Rapport de Capitalisation Version Finale 2024 - FAO LRI
Rapport de Capitalisation Version Finale 2024 - FAO LRI
RANDRIANARISON Narilala
Consultant en capitalisation des acquis de projet
Février
2024
SOMMAIRE
5. RESUME
7. INTRODUCTION
9. METHODOLOGIE
41. Propositions de mise à l’échelle des bonnes pratiques établies dans le cadre de ce
projet
44. ANNEXE
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LISTE DES FIGURES
17. Figure 4 : Schéma conceptuel des méthodes adoptées pendant l’identification des
paquets technologiques
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LISTE DES TEMOIGNAGES
35. Producteurs de tomate, bénéficiaires du projet à Mahitsy (lors des entretiens focus
group)
35. RASOLOFOMANANA Jean Baptiste, producteur de tomates à Imerintsiatosika
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RESUME
Dans les pays en développement et agricoles comme Madagascar, la valorisation des résultats de la
recherche scientifique revêt une importance capitale pour atteindre les Objectifs de Développement
Durable (ODD) dont principalement l’ODD1 : « Eliminer la pauvreté » à travers l’augmentation de
revenu engendrée par la mise en place de nouvelles pratiques plus productives et résilientes ;
l’ODD2 : « Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir
l’agriculture durable » à travers l’amélioration de la production agricole et la mise en place des
pratiques agricoles durables ; l’ODD13 : « Prendre d’urgences des mesures pour lutter contre les
changements climatiques et leurs répercussions » à travers la diffusion de pratiques agricoles et
modes de gestion durable. C’est dans cette optique que la FAO en collaboration avec le Ministère
de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESupReS) à travers le Laboratoire
des RadioIsotopes (LRI) ont conçu le projet d’appui à la stratégie de développement agricole de
Madagascar.
Ce projet, qui s’est focalisé sur les Hautes Terres malgaches dont Mahitsy (Région Analamanga),
Behenjy (Région Vakinankaratra) et Imerintsiatosika (Région Itasy), avait pour objectif de
valoriser les résultats de la recherche scientifique, qui sont peu connus et sous-utilisés, pour une
amélioration durable des revenus et des conditions de vie des producteurs. L’atteinte de cet objectif
s’appuyait principalement sur deux composantes dont le renforcement de capacité technique et
organisationnelle du LRI et la mise en application auprès des producteurs de pratiques agricoles
durables, efficientes et appropriées leur permettant d’améliorer durablement la production agricole.
Le présent rapport vise à capitaliser les acquis dans le cadre de ce projet. La méthodologie de
capitalisation adoptée comportait trois étapes successives dont l’identification et la caractérisation,
la description et l’analyse des expériences réussies. La collecte de données a été organisée en
deux étapes, à savoir la revue des documents de projet disponibles et les entretiens individuels et
en focus group avec les acteurs impliqués. Le traitement et l’analyse des données et informations
obtenues mais aussi la considération des diverses réalisations dans le cadre de ce projet ont
permis de ressortir les trois (3) expériences ci-après :
Le renforcement de capacité technique et organisationnelle du LRI via la réhabilitation de la
pédothèque, la rénovation des matériels utilisés et la formation du personnel sur les règles de
sécurité à respecter en laboratoire, a permis d’améliorer le fonctionnement dans la conduite des
activités de recherche tout en s’orientant davantage vers la mise en place d’une démarche qualité.
L’identification de pratiques agricoles durables, efficientes et adaptées aux contextes des Hautes
Terres malgaches et la conception de paquets technologiques ont conduit à une meilleure valorisation
des résultats de la recherche scientifique, en proposant diverses possibilités techniques pouvant
permettre d’augmenter la production et ainsi les revenus des producteurs, répondre à certains
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aspects problématiques du changement climatique et contribuer à l’effort pour la mise en place
d’une agriculture durable mais aussi l’amélioration de la nutrition et de la sécurité alimentaire.
La mise en place de parcelles de démonstration pour l’application en milieu paysan et la diffusion
des paquets technologiques conçus a permis d’observer l’acceptabilité des pratiques identifiées,
transférer des nouvelles compétences techniques à l’endroit des producteurs, nourrir la recherche
par l’intermédiaire de démarche de co-construction impliquant les bénéficiaires, repérer de
nouvelles pistes de recherche et enfin contribuer à l’amélioration durable des revenus et des
conditions de vie des producteurs.
Pour la mise à l’échelle concernant la diffusion des bonnes pratiques, il est recommandé de
s’appuyer sur des structures locales, de préférence des groupements de producteurs déjà
existants et fonctionnels voire formels (incluant les groupements villageois d’épargne et de crédit).
Cette option n’écarte pas la possibilité d’en créer d’autres, c’est-à-dire des nouveaux groupements
de producteurs, qui doivent être in fine autonomes et capables de pérenniser les actions de
développement mises en œuvre grâce notamment à des renforcements de capacité. La mise en
place de paysans leader est aussi recommandée à condition de bien faire le choix, le suivi et
l’accompagnement et ensuite d’organiser des renforcements de capacité en termes de leadership,
d’organisation des activités et d’animation. Pour la diffusion proprement dite, il peut être envisagé
la mobilisation de l’outil Champ-Ecole Paysan (CEP), qui est un espace de concertation locale,
de partage, d’échange et de diffusion des pratiques éprouvées auprès des producteurs membres
ou non (incluant ainsi la diffusion spontanée). Des renforcements de capacité technique, avec
utilisation de supports de formation appropriés pour les producteurs, sont aussi conseillés en
matière de lutte intégrée pour promouvoir une agriculture durable. Enfin, la mise en œuvre de
ces diverses recommandations émises peut être confiée à des organismes non-gouvernementaux
(ONGs) intervenant localement, qui avant de s’engager doivent être impliqués dans un atelier de
partage et d’échange sur les acquis dans le cadre de ce projet, avec la contribution de la FAO et
du LRI mais aussi les acteurs potentiellement impliqués dans le cadre de la mise à l’échelle de la
diffusion des bonnes pratiques établies.
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INTRODUCTION
Dans les pays en développement et agricoles comme Madagascar, la valorisation des résultats de la
recherche scientifique revêt une importance capitale pour atteindre les Objectifs de Développement
Durable (ODD) dont en particulier l’ODD 1 : « Eliminer la pauvreté » à travers l’augmentation de revenu
engendrée par la mise en place de nouvelles pratiques plus productives et résilientes ; l’ODD 2 : «
Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture
durable » à travers l’amélioration de la production agricole et la promotion de pratiques agricoles
durables et l’ODD 13 : « Prendre d’urgences des mesures pour lutter contre les changements
climatiques et leurs répercussions » à travers la diffusion de pratiques agricoles et modes de
gestion durables. C’est justement dans cette optique que la FAO en collaboration avec le Ministère
de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESupReS) à travers le Laboratoire
des RadioIsotopes (LRI) ont développé le projet d’appui à la stratégie de développement agricole
de Madagascar.
Ce projet, qui s’est focalisé sur les Hautes Terres malgaches, avait pour objectif de mettre à
l’échelle les résultats de la recherche scientifique pour une amélioration durable des revenus
et des conditions de vie des producteurs. L’atteinte de cet objectif s’appuyait principalement sur
deux composantes dont (i) le renforcement de capacité technique et organisationnelle du LRI via la
réhabilitation de la pédothèque, la rénovation des matériels utilisés et la participation du personnel
à une formation sur les mesures de sécurité à respecter au laboratoire et (ii) la mise en application
auprès des producteurs de pratiques agricoles durables, efficientes et appropriées leur permettant
d’améliorer durablement la production agricole.
La mise en œuvre de ce projet s’appuyait sur les résultats de recherche disponibles au sein du LRI
mais aussi d’autres organismes nationaux et internationaux d’enseignement, de recherche et/ou
de développement (ESSA, FOFIFA, GSDM, CIRAD, etc.). Les données socio-économiques mobilisées
ont été puisées dans le cadre d’autres projets de recherche et de développement comme le Projet
SECURE.
Généralement, les résultats de recherche disponibles portent sur des problématiques essentielles
liées au développement agricole des Hautes Terres malgaches. Cependant, ils sont encore perçus
comme étant sous-utilisés et peu connus par les utilisateurs finaux, c’est-à-dire les producteurs.
Par conséquent, il a été mené dans le cadre de ce projet l’identification et la conception de paquets
technologiques durables, efficients et appropriés aux contextes des Hautes Terres malgaches
suivies de la mise en application dans les trois sites d’intervention choisis dont Mahitsy (Région
Analamanga), Behenjy (Région Vakinankaratra) et Imerintsiatosika (Région Itasy).
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Le présent rapport vise à capitaliser les expériences réussies dans le cadre du projet. Il s’agit de
documenter les bonnes pratiques, partager les connaissances, c’est-à-dire les résultats, impacts
et leçons apprises, auprès des organismes de recherche et/ou de développement intervenant dans
le développement agricole de Madagascar. La méthodologie de capitalisation adoptée comportait
trois étapes successives dont l’identification et la caractérisation, la description et l’analyse des
expériences réussies. La collecte de données a été organisée en deux étapes, à savoir la revue
des divers documents de projet et les entretiens individuels et en focus group avec les acteurs
impliqués dans le cadre du projet.
Les expériences considérées sont énoncées ci-après :
• Renforcement de capacité technique et organisationnelle du LRI : réhabilitation de la pédothèque,
rénovation des matériels, formation du personnel sur les mesures de sécurité au laboratoire, pour
une meilleure efficacité dans la recherche scientifique.
• Identification de pratiques agricoles durables, efficientes et appropriées aux contextes des Hautes
Terres malgaches et conception de paquets technologiques, pour une meilleure valorisation des
résultats de la recherche scientifique.
• Mise en place de parcelles de démonstration pour l’application en milieu paysan et la diffusion
des paquets technologiques conçus, pour une amélioration durable des revenus et des conditions
de vie des producteurs.
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METHODOLOGIE
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Méthodologie de collecte des informations
Revue de documents : Consultation de divers documents du projet en utilisant des grilles
d’organisation des informations.
Entretiens avec les acteurs impliqués plus ou moins directement dans la mise en œuvre du projet
dans les 3 sites d’intervention :
• Entretiens individuels avec les responsables techniques auprès de la FAO et du LRI.
• Entretiens focus group auprès des producteurs et entretiens individuels auprès des points
focaux.
Suivi des réalisations sur terrain, prise de photos et mise à jour des informations concernant les
résultats obtenus dans le cadre du projet.
Les détails concernant la méthodologie peuvent être consultés en annexes.
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Renforcement de capacité technique et organisationnelle du
LRI : réhabilitation de la pédothèque, rénovation des matériels,
formation du personnel sur les mesures de sécurité au
laboratoire, pour une meilleure efficacité dans la recherche
scientifique
Contexte :
Le LRI est un organisme de recherche qui œuvre pour l’amélioration de la production agricole à
Madagascar. Il dispose avec ses différents partenaires nationaux et internationaux d’une panoplie
de résultats de recherche pertinents et adaptés au contexte malgache. Cependant, comme la plupart
des organismes de recherche publics, le LRI est souvent face à diverses contraintes d’ordres
matériel, organisationnel et fonctionnel. Des appuis de divers ordres sont ainsi nécessaires.
Le projet vise à fournir les appuis nécessaires au LRI pour le soutenir dans la réalisation de son
objectif premier qui est d’être au service de l’enseignement, de la recherche et du développement.
Témoignage
« Il faut dire que nous, on apprécie l’appui, j’aimerais
que ça soit bien montré (…) Je pense que c’est
important qu’ils appuient un peu les organismes de
recherche car ce sont aussi à la base des activités de
développement. (…) Que ce type d’activités continue
car ça aide LRI…On sait dans quelles conditions
vivent les laboratoires de recherche et les chercheurs
à Madagascar. Si les laboratoires fonctionnent, c’est
à cause de la volonté des chercheurs à faire tourner
le laboratoire. A cause des flops administratives, de
manque d’appui…je pense que ce type de programme,
même si c’est un peu petit, aide les laboratoires ».
RAZAFIMBELO Tantely, Directeur du LRI.
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5. Leçons apprises et recommandations
L’existence de discussions et d’échanges entre le responsable du LRI et le représentant de la FAO
lors de la formulation du projet, l’alignement des objectifs des deux institutions, l’existence de réels
besoins d’amélioration au niveau du LRI et l’identification de ces besoins ainsi que l’initiative née
entre les deux institutions sont les principaux facteurs clés de réussite de cette expérience.
Les échanges et partages entre les institutions œuvrant dans le développement permettent de
formuler et de réaliser des appuis répondant aux besoins du laboratoire. En effet, l’implication du
bénéficiaire dans la conception du projet assure la pertinence des activités à mettre en œuvre et
constitue une motivation pour chaque partie prenante dans le respect de leur engagement respectif.
La complémentarité des appuis, c’est-à-dire la réhabilitation de la pédothèque suivie du renforcement
de capacité des personnels sur les modes de gestion et de fonctionnement du laboratoire, permet
de pérenniser les effets voulus de la rénovation en termes d’efficacité et d’efficience. Il a été
recommandé par le responsable que le renforcement de capacité soit réalisé en groupe pour
s’assurer que les personnels reçoivent les mêmes informations et soient au fait des nouvelles
pratiques et procédures en même temps.
Cette expérience montre l’importance de soutenir les laboratoires de recherche afin d’améliorer
leur efficacité et leur efficience dans la mise en œuvre de leurs activités. En effet, les appuis
insufflent une nouvelle dynamique aux activités de recherche du LRI. Il est à noter que ce dernier
est à la base des activités de développement en proposant des pratiques agricoles efficaces et
prouvées scientifiquement à diffuser auprès des producteurs.
Néanmoins, des contraintes liées aux procédures administratives freinent la réalisation des
activités du projet. Le déblocage des fonds suit une procédure lourde, entraînant des retards dans
la mise en œuvre des activités. En outre, le plan de construction de la pédothèque a été déjà
finalisé et recommencé, ce qui a entravé la progression de la mise en œuvre du projet.
Concernant la dotation en matériels informatiques, la clé de licence fournie par le prestataire ne
fonctionne pas. Les ordinateurs ne sont donc pas pour le moment dotés d’une suite bureautique avec
une licence valide. Il est recommandé de vérifier les matériels et fournitures avec le fournisseur
lors de la livraison afin d’éviter une telle situation.
A part la dotation en matériels informatiques, le laboratoire solliciterait un soutien en fournitures et
consommables si possible. Les fournitures et consommables constituent d’importantes dépenses
dans les laboratoires comme le LRI.
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Identification de pratiques agricoles durables, efficientes et
appropriées aux contextes des Hautes Terres malgaches et
conception de paquets technologiques, pour une meilleure
valorisation des résultats de la recherche scientifique
Contexte
La pauvreté et l’insécurité alimentaire frappent les ménages ruraux à Madagascar incluant ceux
des Hautes Terres. Différents facteurs sont à l’origine de cette situation parmi lesquels figurent la
saturation des bas-fonds conduisant à l’exploitation des tanety et la productivité faible liée à fertilité
du sol et au changement climatique. Afin de proposer des solutions relatives à ces contraintes,
le Laboratoire des Radio-Isotopes (LRI) réalise des travaux de recherche sur le domaine de
l’agronomie. Ses axes de recherche se focalisent sur 3 piliers dont sols et changement climatique,
biodisponibilité des nutriments, et biologie du sol. Plusieurs résultats fructueux ont été publiés au
niveau national et international. Cependant, ces résultats sont éparpillés dans divers documents et
peu connus par les organismes chargées de la diffusion des innovations et des utilisateurs finaux.
Le projet vise à inventorier et identifier les pratiques agricoles efficientes et adaptées aux contextes
des Hautes Terres en vue d’un transfert des bonnes pratiques auprès des producteurs dans les
activités ultérieures.
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doctorat, de mémoires de fin d’étude, d’articles et revues scientifiques, et de documents de projets
de recherches conduits au niveau du LRI. Des documents des autres institutions de recherche
(DP SPAD, CIRAD, FOFIFA, etc.) et des organismes non gouvernementaux (ONG) œuvrant dans
le domaine de l’agroécologie (AVSF, Agrisud International, GSDM, etc.), relatifs aux résultats de
recherche du LRI ont été également mobilisés comme compléments d’informations. En effet, la
recherche réalisée au sein du LRI est plus orientée aux cultures en grande saison et manque
d’études socio-économiques, ce qui a suscité la mobilisation d’autres sources d’informations.
Ainsi, pour obtenir les informations concernant les cultures en contre-saison, des documents des
autres institutions comme le journal de l’agroécologie du GSDM ont été consultés. A ces documents
s’ajoutent l’article de Wesel (2014) qui présente certaines pratiques agricoles des pays tempérés et
qui peuvent être adaptées sur les Hautes-Terres et des documents de recherche menée en Afrique
sub-saharienne.
A part la consultation des documents disponibles, des personnes ressources au sein du LRI ont
été contacté, ce qui a facilité l’obtention des informations complémentaires sur les rapports des
projets et/ou les documents inaccessibles.
Il est à noter que les pratiques ont été inventoriées selon le type de culture en raison de la variabilité
de l’effet des pratiques sur les plantes cultivées.
Identification des pratiques efficientes et adaptées aux contextes des Hautes Terres
Après l’inventaire, la performance de chaque pratique agricole a été évaluée selon différents
critères afin d’identifier celles qui sont efficientes et adaptées aux contextes des Hautes Terres.
Pour apprécier l’efficience et l’adaptabilité de chaque pratique, leur performance agronomique et
écologique ainsi que la disponibilité et l’accessibilité des ressources mobilisées figurent parmi
les critères de sélection. Concernant la performance agronomique, ce critère est surtout lié aux
conditions édaphiques qui sont souvent caractérisées par des sols de type ferrallitique jugés
pauvres en éléments nutritifs. Ainsi, la performance agronomique n’est pas limitée au rendement
mais renseigne également sur la capacité de la pratique à améliorer le sol pour assurer la durabilité
de l’activité productive. La performance écologique est relative à l’adaptabilité de la pratique dans
l’atténuation des effets du changement climatique. En effet, les pratiques efficientes et adaptées
devraient contribuer dans la lutte contre le changement climatique. Enfin, la disponibilité et
l’accessibilité des ressources nécessaires renseignent sur la possibilité de la mise en application
en milieu paysan.
Les informations concernant les performances agronomiques et écologiques de chaque pratique
sont disponibles au niveau du LRI. Par contre, il manque les informations sur la disponibilité
et l’accessibilité des ressources. Par conséquent, les résultats de recherche issus du projet
SECuRE, mis en œuvre par le LRI en partenariat avec le FOFIFA et le CIRAD, ont été mobilisés
afin de combler le manque en étude socio-économique. Ce projet a mené une étude dans les
Régions Itasy et Vakinankaratra sur les modes de fertilisation et de restauration de la fertilité
du sol pratiqués par les agriculteurs. Durant ce projet, une évaluation des pratiques agricoles
selon la disponibilité et l’accessibilité des ressources a été également réalisée. Ces informations
s’avèrent indispensables pour apprécier la performance de chaque pratique. En outre, le journal
agroécologique du GSDM présente les différentes pratiques adoptées par les agriculteurs dans
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les Hautes Terres. Ainsi, l’analyse de la performance des pratiques agricoles tient en compte les
aspects technique (agronomique), environnemental (écologique) et socio-économique à travers la
disponibilité et l’accessibilité des ressources, ce qui garantit la durabilité de la pratique.
Hiérarchisation et sélection des pratiques efficientes
Pour la sélection finale, une hiérarchisation des pratiques efficientes a été réalisée. Pour ce faire, deux
critères ont été pris en compte dont le niveau d’intégration de la pratique et le potentiel d’adoption.
Ces critères notamment le niveau d’intégration s’avèrent déterminants car ils renseignent sur
l’adaptabilité de la pratique aux contextes locaux. En effet, les innovations incrémentales, c’est-
à-dire une amélioration de ceux qui sont déjà pratiqués, sont plus susceptibles d’être adoptées et
appropriées par les agriculteurs.
Figure 4 : Schéma conceptuel des méthodes adoptées pendant l’identification des paquets technologiques
Résultats et effets
Culture pluviale
En culture pluviale, l’assemblage de matières fertilisantes et l’agroforesterie ont été considérés
comme pratiques efficientes et adaptées aux contextes des Hautes Terres.
Assemblage de matières fertilisantes
L’assemblage de matières fertilisantes est proposé comme base de la fertilisation en culture
pluviale. De point de vue agronomique, cet assemblage permet de combler la carence multiple en
éléments nutritifs des sols de « tanety » pour améliorer la fertilité du sol afin d’assurer une meilleure
nutrition, croissance et production de la culture. De plus, cette pratique possède à la fois un niveau
d’intégration et un potentiel d’adoption élevés. Elle est classée parmi les pratiques déjà appliquées
par les agriculteurs, ce qui suggère la disponibilité et l’accessibilité des fertilisantes organiques au
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niveau des exploitations agricoles. L’utilisation
des matières fertilisantes d’origine animal
est également favorisée par les opérations Les paquets technologiques efficients
d’échanges (troc, achat, vente) entre les adaptés aux contextes des Hautes
agriculteurs. Ainsi, les contextes des Hautes Terres de Madagascar
Terres sont favorables pour la promotion de
En culture pluviale
l’assemblage de matières fertilisantes afin
d’améliorer la production, ce qui contribue dans Assemblage de matières fertilisantes
l’augmentation du revenu des producteurs et Selon la disponibilité et accessibilité des
l’amélioration de leurs conditions de vie. matières fertilisantes :
Culture intercalaire d’arbre : agroforesterie (i) Fertilisation organo-minérale : fumier de
Concernant l’agroforesterie, son niveau porc (3 t MS/ha) + cendre de balles de riz
d’intégration actuel est moyen tandis qu’une (500 kg MS/ha).
potentielle d’adoption future élevée est espérée. (ii) Assemblage de fertilisantes organiques
Cette pratique possède une performance : fumier de bovin (2t MS/ha) + compost (2t
écologique intéressante en termes de MS/ha) + lombricompost (2t MS/ha) + fiente
séquestration de carbone et de valorisation de volailles (500 kg MS/ha).
des espèces forestières et permet d’optimiser
Culture intercalaire d’arbre : agroforesterie
l’espace en installant des cultures annuelles
entre les pieds d’arbres. Grâce à l’association Association des arbres et des cultures
de l’arbre avec une culture annuelle, le annuelles (fertilisation des cultures
producteur peut obtenir deux produits différents annuelles basée sur l’assemblages de
permettant ainsi de diversifier ses sources matières fertilisantes).
de revenu. Dans ce système, la fertilisation à En culture irriguée
base de l’assemblage de matières fertilisantes
P-dipping
est également à appliquer. Le choix de la
culture annuelle à intégrer dans le système Dose : 6,52 g TSP/m2.
agroforestier dépend de la saison culturale Rotation culturale riz-tomate
comme le riz pluvial en grande saison et le Fertilisation de la culture de tomate basée
haricot en intersaison. sur le lombricompost : 15,5t MS/ha avec
Culture irriguée 3 apports fractionnés (au moment de la
En culture irriguée, le P-dipping, qui permet transplantation, en début de floraison et
d’optimiser le rendement en riz irrigué, et la pendant la fructification).
rotation culturale riz irrigé – tomate ont été
considérés comme des pratiques efficientes et
adaptées aux contextes des Hautes Terres.
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P-dipping
En culture irriguée, le P-dipping est conseillé élevés. La rotation culturale riz irrigué-tomate
notamment pour la riziculture irriguée. Cette est un système de culture déjà adopté par la
pratique consiste à tremper les racines des plupart des agriculteurs dans les Hautes Terres
jeunes touffes de riz dans un mélange composé en installant la tomate en culture de contre
de boue, d’eau et d’engrais phosphaté (Triple saison après la récolte du riz. Il est à noter que
Super Phosphate : TSP) avant le repiquage afin la tomate figure parmi les cultures maraîchères
d’améliorer l’efficience des engrais phosphatés ayant une valeur marchande élevée. Pour la
pour assurer une meilleure production rizicole fertilisation, le lombricompost sera utilisé
par la suite. Bien que son niveau d’intégration avec 3 apports fractionnés. L’utilisation
actuel demeure faible, un potentiel d’adoption du lombricompost permet non seulement
future élevé est espéré grâce au niveau de d’augmenter le rendement mais contribue
technicité requis pour l’adoption faible, facilitant également dans l’amélioration de la qualité
ainsi sa mise en application, et à ses avantages nutritionnelle de la tomate. Couplée à la pratique
sur la production rizicole. En outre, des activités du P-dipping dans la riziculture, cette rotation
de diffusion de cette pratique sont en cours de culture s’avère intéressante pour améliorer
dans les Hautes Terres. le revenu grâce à l’amélioration du rendement
de tomate et la sécurité alimentaire en raison
Rotation culturale : riz irrigué-tomate
de l’augmentation de la production rizicole au
La rotation culturale figure pami les niveau des ménages. En outre, la pratique du
pratiques agricoles les plus appliquées par P-dipping entraîne un raccourcissement du
les producteurs. En effet, cette pratique est cycle du riz, ce qui facilite la gestion du temps
bénéfique que ce soit sur le plan agronomique de travaux pour l’installation de la culture de
ou économique et possède à la fois un niveau tomate.
d’intégration et un potentiel d’adoption future
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La mobilisation de plusieurs sources d’informations issues de différentes institutions a permis
non seulement d’obtenir des informations plus complètes concernant les pratiques agricoles
efficientes dans les Hautes Terres mais aussi de ressortir les pratiques ayant fait ses preuves
scientifiquement et celles déjà diffusées par les organismes non gouvernementaux et adoptées
par les producteurs. De plus, les documents issus des projets mis en œuvre renseignent sur les
réalités en milieu paysan, les expériences réussies ainsi que les difficultés rencontrées, ce qui
constituent des informations indispensables pour la sélection des pratiques efficientes.
Le partenariat avec d’autres institutions dans la mise en œuvre des activités de recherche
s’avère très importante. En effet, la complémentarité des compétences de chaque institution
permet d’obtenir de meilleurs résultats grâce à la considération des différentes dimensions qui
garantissent la durabilité d’une pratique (aspect économique incluant l’activité de production,
environnemental et social). En outre, la collaboration ne devrait pas être limitée au niveau des
institutions de recherche mais développée avec les organismes qui diffusent les bonnes pratiques
au niveau des producteurs. L’existence d’échanges entre ces deux types d’acteurs permet de mieux
orienter les activités de recherche en tenant en compte la réalité sur terrain lors de la diffusion.
Ainsi, une telle initiative favoriserait l’obtention de résultats de recherche pertinents, répondant
aux besoins et adaptés aux contextes.
L’adoption d’une évaluation multicritère, c’est-à-dire par rapport aux performances agronomique et
écologique, la disponibilité et l’accessibilité des ressources et le niveau d’intégration et le potentiel
d’adoption future, lors de la sélection des pratiques efficientes et adaptées aux contextes des
Hautes Terres garantie la durabilité de ces pratiques. En effet, les aspects techniques incluant la
production, environnemental, social et économique sont pris en compte. En outre, la confrontation
des résultats issus de la recherche à celles déjà adoptées par les producteurs et la considération
de la perception paysanne de la pratique sont essentielles pour sélectionner des pratiques
innovantes ayant un potentiel d’adoption élevé.
Par contre, le manque d’études socio-économiques constitue une faille dans le processus
d’identification des pratiques efficientes et adaptées dans les Hautes Terres. Bien que les
informations issues du projet SECuRE (sur les régions Vakinankaratra et Itasy) étaient mobilisées,
la représentativité demeure moyenne. Ainsi, l’exploitation d’autres données issues d’autres projets
conduits dans d’autres zones est recommandé lors de la reproduction d’une telle expérience. Lors
de l’application future des résultats, la prise en compte de la diversité des contextes spécifiques
aux sites d’application est également suggérée.
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Mise en place de parcelles de démonstration pour l’application
en milieu paysan et la diffusion des paquets technologiques
conçus, pour une amélioration durable des revenus et des
conditions de vie des producteurs
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fiente de volailles, et leur accessibilité, mais
aussi la possibilité de mise en œuvre des
paquets technologiques comme l’existence
d’arbres pour l’agroforesterie. Une fois les
paquets technologiques conçus, trois sites
ont été choisis : Behenjy, Imerintsiatosika et
Mahitsy. Behenjy et Imerintsiatosika figurent
parmi les zones d’intervention du LRI, ce qui
a facilité la mise en place de la parcelle de
démonstration. Pour le cas de Mahitsy, le choix
repose sur la réputation de la zone concernant
l’approvisionnement en grande partie du marché
du capital en haricot. En outre, c’est une zone
Figure 6 : Variété CAL98 (vangamena) productrice de tomate, qui est la culture prévue
en contre-saison. En grande saison, bien que le
contribuant à l’amélioration de la sécurité
haricot soit la culture principale, ce dernier a été
alimentaire. La variété CAL98 du FOFIFA,
associé au maïs fourrage à Mahitsy en raison
connue sous le nom vernaculaire « vangamena
du développement de la culture fourragère
» a été choisie après une discussion entre la FAO
suite à l’appui de la filière lait par le Malagasy
et le LRI. Le « vangamena » est réputé pour sa
Dairy Board. L’association culturale permet non
richesse nutritionnelle par rapport aux autres
seulement d’obtenir une production de deux
variétés de haricot disponibles localement. En
cultures différentes mais limite également
outre, une forte demande de cette variété a
l’attaque des ennemis de culture. Il est à noter
été observée lors du FIER Mada 2022, ce qui
que l’association de culture n’est pas une
pourrait motiver les producteurs à cultiver cette
pratique nouvelle pour les producteurs. Pour
dernière. En contre saison, la culture de tomate
Behenjy, la culture du haricot a été implantée
a été choisie et les producteurs seront libre de
sur un terrain arboré, notamment des arbres
choisir la variété. L’utilisation du lombricompost
fruitiers. L’agroforesterie permet de diversifier
en tant que principale matière fertilisante pour
les sources de revenus des producteurs. Pour
la culture en contre-saison est à l’origine de ce
Imerintsiatosika, une culture pure de haricot
choix. En effet, les résultats de la recherche
a été installée faute de disponibilité de terrain
ont montré que le lombricompost ait un fort
pour la mise en place d’un système agroforestier
potentiel d’amélioration de la production et de la
à base d’eucalyptus. La prise en compte de la
qualité des produits maraîchers en particulier
diversité des contextes spécifiques aux trois
les tomates.
sites constituerait un paramètre important
Choix des sites concernant l’adaptation des pratiques dans
La deuxième étape de la mise en place de la d’autres zones. En outre, la répartition des
parcelle de démonstration concerne le choix sites dans différentes localité d’Analamanga,
des sites. Les critères de choix portaient c’est-à-dire Behenjy au sud suivant le RN7,
principalement sur la disponibilité des matières Imerintsiatosika à l’ouest suivant le RN1 et
fertilisantes dans les sites, notamment de la Mahitsy au Nord suivant le RN4, suggère une
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meilleure représentativité des Hautes Terres. contraintes de l’agriculture sur les Hautes-
La culture de tomate a été mise en place dans 2 Terres de Madagascar, notamment la carence
sites dont Mahitsy et Imerintsiatosika. multiple en éléments nutritifs du sol, suivi des
Identification des points focaux alternatives pour faire face aux problèmes.
La solution proposée concerne la fertilisation
Le choix des sites a été suivi de l’identification
avec un focus sur l’assemblage de matières
des points focaux, qui sont les interlocuteurs
fertilisantes. Les avantages de chaque matière
avec le projet, et du choix de la parcelle de
fertilisante mais aussi de l’assemblage et la
démonstration. Ces points focaux sont des
dose ont été également expliqués. A part la
producteurs propriétaires de la parcelle, ce qui
fertilisation, les avantages nutritionnels de
facilite la mise en place. Ils sont chargés du choix
la variété CAL 98 a été mentionné. Pour la
de la parcelle et des 09 autres bénéficiaires
culture de tomate, la formation s’est focalisée
; qui vont l’aider dans la mise en place des
sur le lombricompost. Durant la formation,
paquets technologiques et dans la réalisation
la lombriculture a été introduite incluant les
des activités d’entretiens et de récolte ; et
vers de terre utilisés et leur nourriture. Les
du suivi de la parcelle. Comme Behenjy et
avantages du lombricompost notamment
Imerintsiatosika sont des zones d’intervention
par rapport à la lutte contre les ravageurs et
du LRI, les points focaux sont des producteurs
maladie des cultures mais aussi à la qualité des
ayant déjà collaboré avec eux. Pour Mahitsy, le
produits obtenus (47 fois riches en vitamine C,
point focal est un président d’une association
moins périssables) ont été également mis en
de producteurs, ce qui peut faciliter la diffusion
exergue. Lors de la formation, des papiers craft
des pratiques de manière informelle au sein de
et de tableau blanc ont été utilisés pour inscrire
son groupement via les échanges. Les autres
les informations clés à retenir. La mobilisation
bénéficiaires sont des agriculteurs, intéressés
de ces outils a permis aux bénéficiaires de
par l’innovation agricole. Concernant le choix
suivre l’explication et de comprendre les
de la parcelle de démonstration, les critères
informations. En outre, les producteurs de
portaient principalement sur la superficie,
Mahitsy ont mentionné la distribution de cahier
qui est de de 2 ares, le terroir (sur tanety) et
et de stylo pour la prise de note. La formation
l’existence d’arbre pour l’agroforesterie. Pour
a été directement suivie par la pratique pour la
la sélection finale, l’équipe de la FAO et du LRI
mise en place des paquets technologiques, ce
a effectué une prospection des sites proposés
qui a facilité la compréhension des participants.
par le point focal et la délimitation. Avant la
mise en place des paquets technologiques,
Figure 7 : Formation des producteurs à Mahitsy
l’équipe de la FAO et du LRI a réalisé une visite
de courtoisie auprès des autorités locales,
notamment des fokontany, pendant laquelle les
objectifs du projet ont été exposés.
Formations des bénéficiaires
Avant l’installation proprement dite des
paquets technologiques, les points focaux et
leurs équipes ont reçu des formations. Pour la
culture de haricot, le formateur a introduit les
23
Figure 8 : Agroforesterie – cultures de Haricot
Activités aux champs : culture de haricot puis 2 rangs de maïs, a été choisie. Pour
haricot le maïs, les poquets ont été distants de 40 cm
sur chaque ligne et de 40 cm entre les rangs.
Les activités aux champs ont débuté par
Pour respecter la distance entre les poquets,
l’assemblage des matières fertilisantes. Les
des cordes marquées à l’avance tous les 20 cm
matières fertilisantes utilisées sont constituées
ont été utilisées. Pour Behenjy, le semis a été
de fumier de bovin (2t MS/ha), de compost (2t
fait en courbe de niveau afin de réduire l’érosion.
MS/ha), de lombricompost (2t MS/ha) et de
Après la trouaison, 2 graines (de haricot ou de
fiente de volailles (0,5t MS/ha). L’assemblage
maïs) par poquet ont été semées. La mise en
a été réalisé manuellement ou en utilisant
place de la culture s’est terminée par l’apport
l’angady. Ensuite, les semences ont été triées
d’engrais par poquet à raison d’une poignée.
et traitées avec un produit phytosanitaire ayant
comme matière active l’imidaclopride et le
thirame avec une dose de 4g/kg afin de lutter
contre les attaques des insectes terricoles et
les maladies défavorisant la levée des jeunes
plantes. Pour la culture de haricot, la fiche
technique du FOFIFA a été mobilisée. Lors de
la trouaison, un espacement de 20 cm entre
les poquets sur chaque ligne et 40cm entre les
rangs a été adopté. Pour le cas de l’association
haricot et maïs à Mahitsy, la méthode 2 :4 :2,
c’est-à-dire 2 rangs de maïs suivi de 4 rangs de
Figure 9 : Assocation de cultures : Haricot et Maïs
24
Le planning et la réalisation des activités
d’entretien ont été assignés aux points focaux.
Ces derniers communiquent l’organisation
de ces activités d’entretien auprès des
autres bénéficiaires. Ces activités d’entretien
comprennent le sarclage, le traitement
phytosanitaire, le buttage et l’arrosage. Le
traitement phytosanitaire est appliqué selon
l’attaque des ravageurs. Le buttage a été
réalisée afin de renforcer la tige et éviter la
chute des graines. Les points focaux possèdent
une certaine autonomie dans la mise en œuvre Figure 11 : Dispositif en planches au début de
des activités d’entretien de culture par exemple plantation à Imerintsiatosika
sur le planning du sarclage et du buttage,
l’utilisation du ady gasy, etc. Toutefois, ils Activités au champ : culture de tomate
sont incités à informer l’équipe de la FAO sur
Pour l’ensemble des 2 zones (Mahitsy et
les activités réalisées sur la parcelle. En cas
Imerintsiatosika), la tomate a été cultivée en
d’attaque d’ennemis et de ravageurs de culture,
contre-saison après le riz. La fertilisation
les points focaux doivent appeler l’équipe
durant la culture de tomate permet d’améliorer
de la FAO avant l’application des produits
la fertilité du sol et engendre un effet cumulé
phytosanitaires afin d’obtenir les instructions
lors de la culture de riz en grande saison, ce qui
et les consignes sur les produits à utiliser, la
affecterait la production rizicole. Dans les deux
dose préconisée et les précautions à prendre.
sites, les tomates ont été plantées en poquets.
Après chaque incident, le responsable au sein
Concernant les pratiques culturales, l’équipe
de la FAO devrait faire une descente sur terrain
de la FAO a discuté avec les points focaux, ce
pour voir l’état de la culture. Durant la période
qui suggère une orientation vers la démarche
de culture, les points focaux doivent également
de co-construction pour mieux responsabiliser
rapporter sur l’état de la culture auprès de
les producteurs. En effet, une différence est
l’équipe de la FAO surtout en cas d’occurrence
observée sur le mode de culture dans les deux
d’une situation problématique.
sites après la discussion avec les points focaux.
Le semis direct a été appliqué à Imerintsiatosika
alors que les jeunes plantes ont été transplantés
à Mahitsy. Les parcelles ont été aménagées en
buttes (plates-bandes surélevées) séparées
par des canaux d’irrigation de 40cm de largeur
dans les deux sites. Ce type d’aménagement
facilite le drainage vu que la culture en contre-
saison est installée sur une rizière. Les poquets
sont distants de 20 cm entre les lignes. A
Mahitsy, la transplantation a été effectuée un
mois après la mise en pépinière et un jour après
27
Résultats et effets
Après le choix de culture et des sites, trois parcelles de démonstration ont été implantées afin
de transférer les paquets technologiques auprès des producteurs. La prise en compte de la
spécificité de chaque zone a entraîné la mise en place de différents systèmes de culture dans
chaque parcelle de démonstration. En effet, la culture du haricot a été associée à la culture de
maïs fourrage à Mahitsy en raison du développement de la filière lait dans la zone. A Behenjy,
un système agroforestier composé de culture de haricot et d’arbre fruitier a été adopté, ce qui
est non seulement bénéfique sur les plans économique et environnemental mais également sur
l’amélioration de la sécurité alimentaire. Pour Imerintsiatosika, une culture pure de haricot a été
installée en raison de l’indisponibilité de parcelle adéquate pour l’agroforesterie.
Pour les activités de suivi, un point focal a été identifié dans chaque site. Ces points focaux sont
les propriétaires de la parcelle sauf à Behenjy. Dans ce site, le propriétaire est souvent absent et a
assigné les activités d’entretien à un personnel. Pour Mahitsy, une cohésion entre les bénéficiaires
est observée grâce à la mise en œuvre collective des activités d’entretiens. En outre, la récolte a été
partagée, selon la décision des bénéficiaires. De même, les autres bénéficiaires ont été impliqués
dans les activités d’entretiens à Imerintsiatosika sauf que la récolte revenait au propriétaire de la
parcelle. Par contre, cette implication des autres bénéficiaires dans les autres activités n’a pas eu
lieu à Behenjy. En effet, les autres bénéficiaires ont participé seulement à la mise en place des
paquets technologiques.
Pour la mise en place des paquets technologiques, les bénéficiaires ont reçu deux sessions de
formation qui ont été réalisées avant chaque installation de culture. Ces formations ont permis
non seulement aux bénéficiaires d’acquérir des connaissances de base sur le sol et la fertilisation
mais également de renforcer leur capacité technique. Durant la formation et la mise en place, les
bénéficiaires ont découvert de nouvelles pratiques efficaces comme le traitement de semences,
qui a été souligné par les producteurs d’Imerintsiatosika. Selon ces producteurs, le traitement de
semences permettra de réduire la quantité de semences utilisée, ce qui constituerait un gain, vu
que le nombre de graine par poquet est réduit.
Grâce aux intrants et matériels fournis par le projet, les producteurs ont pu bien mener les
activités. En effet, ils ont reçu des semences, des matières fertilisantes et des matériels. Toutefois,
les bénéficiaires ont réclamé sur la qualité des intrants notamment des semences non triées et
des engrais organiques faiblement décomposés.
28
Tableau 3 : Liste des matériels et intrants reçus par les bénéficiaires
46 39 38
Soubique 5 5 5
Sacs 10 10 10
Tableau 4 : Liste des pesticides reçus par les bénéficiaires pour le traitement phytosanitaire durant
la culture de tomate
Nom commercial (Quantité Types Matière active
offerte)
Indoxan 50 EC (1 flacon de 1 Insecticide Indoxacarbe 50 g/L
litre)
Pyrivert 480 EC (1 flacon de 1 Insecticide Chlorpyriphos-Ethyl 480 g/L
litre)
Cypvert 240 EC (2 flacons de Insecticide Cypermethrin 240 g/L
250 ml)
Mancovert 80 WP (1 kg) Fongicide Mancozèbe 80 g/kg (80%)
29
Tableau 3 : Liste des matériels et équipements phytosanitaires reçus par les bénéficiaires
Séringue 10 unités
Fût 1 unité
Pulvérisateurs 2 unités
Botte 1 paire
Bidon 6 unités
Entonnoir 3 unités
35
Leçons apprises et recommandations
La collaboration entre les deux institutions LRI et FAO, les points focaux, l’offre de formations, les
dotations de matériels et intrants ainsi que l’appropriation et l’adaptation des paquets technologiques
par les producteurs sont les principaux facteurs clés de réussite de cette expérience. L’appréciation
de la méthode de co-construction par les producteurs est positive, car ils estiment que les
chercheurs peuvent mieux comprendre la réalité du terrain grâce à cette approche.
La localisation des sites, c’est-à-dire Behenjy se trouvant dans l’axe de la RN7 (au Sud),
Imerintsiatosika suivant la RN1 vers l’Ouest et Mahitsy suivant le RN4 vers le Nord-Ouest, suggère
une meilleure représentativité des Régions Analamanga, Itasy et Vakinankaratra malgré le
nombre limité des parcelles de démonstration mises en place. En effet, cette répartition permet
de voir la diversité des contextes spécifiques de chaque site et de tester l’adaptabilité des paquets
technologiques conçus.
Le choix des cultures orienté vers des produits habituellement cultivés par les producteurs leur
permet de comparer les résultats issus de la parcelle de démonstration avec ceux issus des
techniques appliquées localement. Ces résultats concernent non seulement le rendement mais
également la quantité d’intrants mobilisée, la qualité du sol, la santé des plantes, l’adaptation au
changement climatique, etc. En effet, l’expérience des producteurs sert d’élément de référence pour
la comparaison. Toutefois, il est recommandé d’insérer une parcelle témoin où la pratique locale
est appliquée afin de prouver l’efficacité des paquets technologiques proposés. Cette méthode
permet aux bénéficiaires d’apprécier directement la différence en regardant le développement de
la culture et en quantifiant le rendement. L’appréciation visuelle constitue un élément important
pour l’adoption des pratiques.
La sensibilisation sur la valeur nutritionnelle durant l’offre de formation et la coïncidence du
moment d’introduction de la variété CAL98 avec l’accroissement de la demande en ce produit sur le
marché pourrait encourager les producteurs à cultiver cette variété de haricot. Toutefois, la non-
disponibilité de la semence sur le marché local dans les trois sites pourrait limiter leur motivation.
En outre, l’opportunité de marché concernant cette variété de haricot demeure peu connue par
les producteurs des autres sites notamment à Behenjy et Imerintsiatosika. Ainsi, l’introduction
de la variété devrait être accompagnée par des informations concernant l’approvisionnement en
intrants et le marché.
Les points focaux tiennent un rôle important dans la réussite de la mise en place des parcelles
de démonstration comme ils sont impliqués dans différentes activités (choix de la parcelle et des
autres bénéficiaires, suivi de la culture, organisation et mise en œuvre des activités d’entretiens).
De plus, c’est l’interlocuteur du projet. En effet, leur profil, motivation et dynamisme conditionnent
la réussite du transfert des pratiques auprès des producteurs. Le cas observé à Mahitsy illustre
ce fait. Le point focal qui est un président d’une organisation de producteurs possède une bonne
capacité à animer et organiser les activités. Ces éléments influencent non seulement la volonté
et la motivation des autres bénéficiaires dans la mise en œuvre des différentes activités mais
aussi leur conviction à adopter la pratique introduite. Ainsi, il est important de bien choisir le point
focal, qui devrait avoir le profil d’un leader. Cette identification nécessite du temps et une bonne
36
stratégie surtout dans les zones où des organisations de producteurs sont quasi-inexistantes.
Pour l’identification du point focal, une prise de contact auprès du chef fokontany ou fokonolona est
recommandé. Le trait de personnalité et la fiabilité figurent parmi les critères de choix à considérer.
Il est également préférable que le point focal soit le propriétaire de la parcelle pour s’assurer qu’il
s’implique activement dans les activités de suivi et d’entretien des cultures.
L’implication des bénéficiaires dans la mise en place des paquets technologiques, le suivi et la
réalisation des activités d’entretien pourrait développer le sens de responsabilité et contribuer
à l’appropriation des pratiques. L’essai en milieu paysan permet aux producteurs de vivre de
nouvelles expériences durant lesquelles ils apprennent et perçoivent les résultats. Toutefois,
l’accompagnement via la descente sur terrain et le suivi réalisés par l’équipe du projet est nécessaire
pour renforcer ce processus d’apprentissage grâce aux discussions et conseils pratiques fournis
surtout en cas de situation problématique. Pour assurer cet accompagnement, une intervention à
temps et organisée selon le cycle de développement de la culture est recommandée. Cependant,
les contraintes et difficulté en agriculture demeurent imprévisibles, nécessitant une certaine
flexibilité concernant la descente sur terrain. Ainsi, la procédure pour la descente sur terrain
devrait être adaptée à ce contexte.
L’emplacement de la parcelle de démonstration, influençant sa visibilité, importe également. Grâce
à cet emplacement, les autres producteurs peuvent voir le développement de la culture et apprécier
l’efficacité de la pratique, ce qui pourrait attirer leur attention et susciter leur intérêt.
L’offre de formation théorique suivie directement de la séance pratique est bien appréciée par les
bénéficiaires. La complémentarité entre ces activités et la facilitation de la compréhension et de
la mémorisation ont été avancées comme raisons. En outre, l’implication directe des bénéficiaires
dans la mise en place de la parcelle de démonstration leur permet déjà d’apprécier la charge
de travail nécessaire et le niveau de complexité des pratiques et de donner un feed-back. Il est
suggéré de demander ces feed-back et de les valoriser pour améliorer les pratiques proposées.
L’appui matériels et en intrants motive les producteurs dans la mise en place de parcelle de
démonstration. Toutefois, la qualité de ces intrants et matériels doit être assurée car elle peut
entraîner un biais sur les résultats. En outre, les producteurs utilisent ces éléments pour juger le
professionnalisme et la fiabilité de l’entité qui intervient, pouvant influencer la volonté à adopter
les pratiques. Ce cas surgit quand les producteurs possèdent des expériences importantes et/
ou un niveau de connaissance assez élevé. Ainsi, une amélioration doit être apportée concernant
l’approvisionnement et la vérification des matériels et des intrants. Pour ce faire, il est suggéré que
les personnels qui connaissent la spécification technique des intrants et matériels procèdent à la
vérification avant la livraison dans les sites.
Malgré l’efficacité de l’assemblage de matières fertilisantes perçue par les producteurs,
l’indisponibilité du lombricompost demeure un facteur limitant dans les trois sites. L’offre de
formation concernant le lombricompostage pourrait remédier à ce problème vue la cherté du
lombricompost. En outre, les matières fertilisantes disponibles localement comme les cendres
devraient être valorisées. Ainsi, une équivalence entre les matières fertilisantes devrait être
établie pour une meilleure adoption des pratiques.
37
Bien que la fertilisation soit une pratique courante dans les trois sites, le respect des doses
demeure peu maitrisé. Ce problème limite l’optimisation de l’utilisation des engrais. Pour résoudre
ce problème, la conception et/ou l’utilisation de matériels adaptés au contexte est suggérée.
Ces matériels devraient être accessibles et disponibles en milieu rural comme les soubiques ou
charrette (en précisant la dimension) pour la dose totale et les gobelets pour l’épandage.
Une attention particulière est nécessaire pour la culture de tomates notamment sur la lutte
contre les bioagresseurs. La tomate possède une grande sensibilité aux ravageurs alors que les
agriculteurs ne disposent pas des connaissances requises en matière de traitement phytosanitaire.
Tout retard dans le traitement des cultures accroît l’étendue des dommages et les conséquences
des attaques.
Il est recommandé de prêter attention aux impacts du climat. La mise en place d’un système
rigoureux permettant aux agriculteurs de se prémunir contre les effets des aléas climatiques est
cruciale. L’apparition de forte pluie accompagnée de grêle a causé de dommages aux cultures.
Un élément essentiel à prendre en compte est le marché. Cette saison, la mise en place de la
culture de la tomate est bien planifiée, et les producteurs à Imerintsiatosika ont bénéficié de prix
avantageux.
Pour reproduire cette expérience dans d’autres localités, la considération du contexte local,
notamment lié à la disponibilité des matières fertilisantes, et des pratiques locales s’avère
importante. Cette prise en compte du contexte facilite non seulement l’insertion de l’innovation
dans la pratique habituelle mais aussi l’appropriation par les producteurs. En outre, leur
implication dès la conception de la technique est hautement recommandée afin de comprendre
leur logique et l’origine de leurs pratiques. La technique co-construite est plus adaptée et acceptée
par les producteurs. Il est également important de bien choisir l’emplacement de la parcelle de
démonstration et le point focal qui figurent parmi les facteurs de réussite de la mise en place de
parcelle de démonstration.
L’effort déployé pour diffuser les résultats de recherche en milieu paysan améliore considérablement
la visibilité du LRI. Ce projet a permis au LRI d’adopter une nouvelle approche pour la conduite
de ses activités de recherche, en favorisant la co-construction avec les producteurs dans une
perspective de vulgarisation. L’appréciation des producteurs représente une source potentielle
d’inspiration pour de futures activités de recherche. D’autres projets, tels que le projet Innov’Earth,
se sont inspirés de cette démarche de co-construction avec les producteurs.
Le budget alloué au projet était limité, ce qui a restreint la capacité du LRI à travailler sur plusieurs
zones. Il aurait été préférable de couvrir plusieurs zones pour obtenir des résultats statistiquement
significatifs. L’idée initiale était d’établir un champ école paysan, mais en raison des contraintes
budgétaires, cette approche n’a pas pu être adoptée, tout comme la mise en place de paysans
pilotes. En outre, il aurait été plus avantageux si la durée du projet s’était étalée sur plus de deux
ans. Deux ans pour couvrir l’ensemble des saisons culturales sont contraignants pour ce projet,
d’autant plus que la première année a été principalement consacrée à la conception des paquets
38
technologiques. Le LRI a peu de résultats exploitables en ce qui concerne les cultures de contre-
saison, se concentrant principalement sur les cultures pluviales. Il aurait donc été préférable de
prolonger la durée du projet, même si le budget n’a pas été augmenté.
La démarche administrative ainsi que les procédures suivies sont rigides, lourdes et parfois
inadaptées à la mise en œuvre d’activités sur le terrain. L’organisation de missions et les frais
de déplacement, par exemple en cas d’attaque de maladies imprévisible, incombent au personnel
du LRI. Cette situation implique un investissement en termes de temps et d’argent de la part du
LRI pour prévenir les dommages aux cultures, sans qu’il ait la garantie d’un remboursement. Un
autre exemple de la non-flexibilité des démarches à suivre s’aperçoit au niveau des producteurs.
Pendant la transplantation de tomate à Mahitsy, la transplantation a été faite un jour après la
trouaison alors que le sol était encore trop humide, ce qui entraînait une répercussion sur la
production. Il fallait attendre que le sol soit séché mais les producteurs ont proclamé avoir reçu
une demande pour commencer la transplantation.
.
39
CONCLUSION
La capitalisation des acquis a mis en évidence l’efficacité des interventions mises en œuvre dans
le cadre du projet d’appui à la stratégie de développement agricole à Madagascar. Compte tenu
de son objectif de mettre à l’échelle les résultats de recherche pour une amélioration durable de
conditions de vies et des revenus des producteurs, le projet a réussi à initier différentes actions
concrètes dans les Hautes Terres de Madagascar.
Le renforcement de capacité technique du LRI a porté ces fruits par l’acquisition de nouveaux
ordinateurs, ce qui permettra d’éviter des accidents de travail comme la perte de données et
accélèrera le traitement et analyse des données. Grâce à la réhabilitation de la pédothèque, le
laboratoire pourra assurer une mise en place, suivi et contrôle efficace des échantillons permettant
de réduire largement les erreurs, la perte d’échantillons et d’orienter vers une démarche de qualité.
L’appui de l’aide d’un expert a permis de conscientiser les personnels sur les consignes de sécurité
en laboratoire et d’améliorer le mode fonctionnement de fonctionnement et gestion du laboratoire
grâce au manuel de procédure. L’identification de pratiques agricoles efficientes principalement
basées sur l’assemblage de matières fertilisantes constitue un résultat remarquable. D’autres
utilisateurs, chercheurs ou mêmes des acteurs de développement pourront ainsi explorer
une base de connaissances précieuse sur le développement agricole des Hautes Terres et à
l’amélioration des pratiques agricoles pour une agriculture durable. La mise en place de parcelles
de démonstration de l’association de culture haricot-maïs, tomates et agroforesterie dans trois
sites dont Mahitsy, Behenjy et Imerintsiatosika, a permis l’application des paquets techniques
identifiés. Les bénéficiaires ont tiré de nouvelles compétences qu’ils pourront adapter à leur
contexte, notamment le principe d’assemblage de matières fertilisantes accessibles et disponibles
localement ainsi que l’apprentissage de techniques de lombricompostage et de l’agroforesterie. Ils
ont également bénéficié d’appuis matériel et technique. En plus, le projet a aidé à augmenter leur
revenu. Par ailleurs, cet effort de mise en place a également alimenté les pistes potentielles de
recherche envisageable au niveau du LRI. Ce dernier a perçu l’importance de ce type de projet qui
aide les institutions de recherche dans la réalisation de ces activités. L’aide de l’équipe de la FAO
dans la mise en œuvre des activités a apaisé les lourdes tâches habituellement attribuées au LRI.
En vue d’une amélioration d’interventions futures, le suivi de démarches et procédures plus
flexibles adaptées aux activités de terrains est souhaitable. La prise en compte de la disponibilité
et accessibilité des ressources locales est importante, il doit alors conduire des études propres
aux sites d’intervention avant la mise en œuvre des actions.
40
Propositions de mise à l’échelle des
bonnes pratiques établies dans le
cadre de ce projet
Pour la mise à l’échelle concernant la diffusion des bonnes pratiques, et considérant les acquis
dans le cadre de ce projet, il est vivement recommandé de s’appuyer sur des structures locales,
de préférence des groupements de producteurs déjà existants et fonctionnels voire formels
(institutionnalisation des actions collectives), selon l’expérience observée à Mahitsy. Cependant,
cette option n’écarte pas la possibilité d’en créer d’autres, c’est-à-dire des nouveaux groupements
de producteurs, en optant pour la démarche qui consiste à informer / communiquer, concerter
et organiser les producteurs, et en faisant attention au choix des critères de regroupement, qui
doivent permettre de favoriser la cohésion sociale des membres / adhérents. A part cela, il importe
aussi de considérer les phases normales d’évolution des groupements de producteurs (phase de
préparation et de mise en place, phase opérationnelle, phase de consolidation) pour s’assurer de
leur autonomie mais aussi de leur capacité à pérenniser les actions de développement mises en
œuvre grâce notamment à des renforcements de capacité.
Par rapport à cette première recommandation, l’essentiel est de pouvoir s’appuyer sur les fonctions
d’ordres technique, social et économique de la structuration des producteurs. Parmi les fonctions
d’ordre technique, le regroupement des producteurs facilite l’organisation et la mise en œuvre des
activités (incluant les formations) tout en permettant l’atteinte des objectifs attendus, favorise la
concertation locale, le partage de connaissances et l’échange souvent à l’origine de processus
d’apprentissage entre les membres / adhérents et d’une large diffusion des bonnes pratiques
établies et éprouvées (diffusion spontanée). En touchant plus de producteurs, il permet en même
temps de réaliser une économie d’échelle par rapport aux coûts des diverses activités prévues.
Ensuite, parmi les fonctions d’ordres social et économique, le regroupement des producteurs
permet d’améliorer leur pouvoir de négociation, notamment par rapport au prix, à travers les
achats et les ventes groupés effectués. Les achats groupés concernent les intrants, comme les
engrais organiques et les produits de traitement phytosanitaire, ainsi que les matériels agricoles.
Par contre, les ventes groupées portent sur la commercialisation auprès des collecteurs. Il ressort
ainsi logiquement que la mise en place des groupements des producteurs est susceptible de faciliter
non seulement l’accès aux intrants ainsi qu’aux matériels agricoles mais aussi la commercialisation
de la production agricole. Enfin, la création des groupements villageois d’épargne et de crédit peut
être aussi envisagée car cela permet aux membres / adhérents de recourir plus facilement au
crédit en cas de besoins, pour acquérir les intrants et matériels agricoles nécessaires (crédit de
campagne, crédit équipement, etc.).
41
La mise en place de paysans leader (c’est diffusion des pratiques éprouvées auprès des
l’équivalent des points focaux dans le cadre producteurs membres ou non (incluant ainsi
de ce projet) s’avère aussi judicieuse. Ces la diffusion spontanée). En outre, le CEP, qui
paysans leader sont membres ou non de favorise l’apprentissage par la pratique, permet
groupements de producteurs. Cependant, ils aux producteurs de participer pleinement au
sont souvent impliqués dans divers projets processus de co-construction des pratiques
de recherche et/ou de développement, ce qui innovantes, ce qui est important pour leur
peut constituer des avantages compte tenu de appropriation mais aussi leur amélioration
l’effet cumulatif du processus d’apprentissage, progressive selon les contextes. Par ailleurs,
mais aussi des inconvénients en raison de lors de la mise en œuvre des activités au
leur faible disponibilité (et donc leur faible niveau des CEP, les membres de bureau au
implication dans le cadre d’un autre projet sein des groupements de producteurs et/
éventuel). Par conséquent, il est fortement ou les paysans leader peuvent jouer le rôle
recommandé de bien faire les choix. Pour leur d’animateur et d’organisateur. Ensuite, bien
identification, il peut être ainsi envisagé de que les paysans leader soient sélectionnés, le
consulter préalablement les autorités locales suivi, les conseils (de manière informelle ou
voire traditionnelles (les chefs de fokontany, sous forme de formation) et l’accompagnement
les notables, les ray aman-dreny, etc.) mais par des techniciens constituent toujours des
aussi éventuellement les membres / adhérents éléments clés pour la réussite de l’intervention,
des groupements de producteurs auxquels ils ce qui conduirait aussi à une interaction plus
appartiennent, pour choisir efficacement les ou moins régulière avec les producteurs. Enfin,
personnes à qui les responsabilités peuvent la solution expérimentée avec la parcelle de
être attribuées. Le trait de personnalité, la démonstration mise en place à Mahitsy, qui
curiosité et la crédibilité mais aussi la capacité consiste à partager la récolte (notamment pour
à partager des connaissances et la disponibilité le haricot) avec une part relativement plus
sont autant de critères de choix des paysans importante pour le propriétaire de la parcelle
leader pouvant être considérés. Ensuite, après et selon le degré d’implication des producteurs,
l’identification, il est aussi conseillé d’organiser semble appropriée et inspirante pour s’assurer
des renforcements de capacité en termes de la participation et motiver les membres dans
de leadership, d’organisation des activités le cadre des CEP.
et d’animation afin qu’ils puissent assurer Les résultats obtenus dans le cadre de ce projet
pleinement leurs rôles. ont mis en évidence les difficultés rencontrées
Pour la diffusion proprement dite, il peut être par les producteurs concernant la lutte contre
envisagé la mobilisation d’un outil particulier les ennemis de culture. Par conséquent, des
comme le Champ-Ecole Paysan (CEP, qui est renforcements de capacité technique, avec
l’équivalent de la parcelle de démonstration utilisation de supports de formation appropriés
dans le cadre de ce projet). Cet outil, qui doit pour les producteurs, sont conseillés en
être mobilisé de préférence à l’échelle d’un matière de traitements phytosanitaires. En
groupement de producteurs, est un espace de effet, pour promouvoir une agriculture durable,
concertation locale, de partage, d’échange et de l’utilisation de matières fertilisantes organiques
42
ne suffit pas mais devant être accompagnée de Pour terminer, la mise en œuvre de ces
la promotion de la lutte intégrée. Or, comme cet diverses recommandations peut être confiée
aspect exige des connaissances spécifiques, à des organismes non-gouvernementaux
une collaboration avec les établissements (ONGs) intervenant localement, qui avant
d’enseignement et de recherche ou les de s’engager doivent être impliqués dans un
organismes ministériels comme la Direction atelier de partage et d’échange sur les acquis
de la Protection des Végétaux (DPV) pour un dans le cadre de ce projet, avec la contribution
approfondissement de la lutte intégrée, incluant de la FAO et du LRI mais aussi les acteurs
notamment les pratiques locales « ady gasy », potentiellement impliqués (par exemple les
est fortement recommandée. acteurs mentionnées plus haut) dans le cadre
de la mise à l’échelle de la diffusion des bonnes
pratiques établies.
43
ANNEXE : NOTE METHODOLOGIQUE
La présente méthodologie répond aux TDR de la FAO concernant la réalisation d’une étude portant
sur la capitalisation des acquis dans le cadre du projet d’appui à la stratégie de développement
agricole de Madagascar.
L’étude vise principalement à répertorier et puis à caractériser les expériences réussies dans le
cadre du projet dans le but d’un partage de connaissances et de bonnes pratiques. Il s’agit plus
précisément de :
• identifier et caractériser les expériences réussies (incluant les bonnes pratiques) dans le cadre
du projet ;
• mettre à jour les informations sur les réalisations du projet;
• décrire et puis analyser les expériences réussies. Il s’agit en particulier d’apprécier les
changements induits en matière de renforcement de la stratégie de développement agricole
de Madagascar en mettant en exergue le processus ayant abouti aux résultats obtenus dans le
cadre du projet ;
• dégager les leçons apprises en mettant en évidence les facteurs clés de réussite (mais aussi
les limites), les éléments d’apprentissage (les enseignements tirés) et les conditions de
reproductibilité des expériences réussies.
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Chaque expérience est mise en œuvre par un ensemble d’acteurs plus ou moins liés ayant des
rôles et des stratégies particuliers.
L’appréciation du succès dans la réalisation des actions/activités sera aussi appuyée en mobilisant
les indicateurs objectivement vérifiables du projet.
Les expériences réussies doivent améliorer la situation par rapport à un contexte problématique
spécifique. Elles doivent être éprouvées (ayant fait ses preuves), c’est-à-dire considérées comme
moyens efficaces pour atteindre les objectifs spécifiques du projet. C’est la pertinence stratégique.
Les expériences réussies doivent être aussi adoptées et/ou appropriées par les bénéficiaires.
L’adoption suggère que les expériences réussies soient :
• techniquement réalisables, c’est-à-dire non seulement des connaissances relativement
faciles à acquérir (acquisition des connaissances) mais également des pratiques relativement
simples à mettre en œuvre (mise en œuvre des pratiques) ;
• sensibles au genre, c’est-à-dire prenant en compte les diverses catégories des populations
vulnérables ;
• les résultats d’un processus participatif en termes de prise de décision et de mise en
œuvre. C’est une condition nécessaire et importante facilitant l’adoption/l’appropriation des bonnes
pratiques par les bénéficiaires ;
• reproductibles et adaptables, c’est-à-dire pouvant être adaptées dans des contextes
différents.
Les expériences réussies doivent permettre de renforcer la résilience des producteurs en
contribuant à la réduction des risques de catastrophes/crises. La durabilité parmi les critères
d’identification des expériences réussies suggère la prise en compte des impacts futurs possibles
des actions/activités (ou ensemble d’actions/activités) menées en tenant compte des dimensions
économique, sociale, environnementale et institutionnelle.
La caractérisation implique la prise en compte du contexte économique, social, environnemental,
institutionnel et/ou politique ayant eu une influence majeure sur le déroulement des expériences
réussies.
Pour terminer la caractérisation, chaque expérience doit être subdivisée en quelques étapes
montrant l’articulation des différentes actions/activités mises en œuvre. Les différentes étapes
peuvent être définies de plusieurs manières, c’est-à-dire selon les activités principales, les
thématiques ou les phases de l’expérience.
La grille d’organisation des informations suivante sera utilisée pour identifier et caractériser les
expériences réussies dans le cadre de cette étude.
Tableau 1 : Grille d’organisation des informations pour l’identification et la caractérisation des
expériences réussies
Titre de l’expérience
Zone/lieu
Date et durée de la mise en œuvre
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Contexte initial
Problèmes à résoudre
Initiatives précédentes
Objectifs (de l’expérience)
Acteurs principaux/ rôles
Stratégie/ approche
Composantes (comment les activités de l’expérience ont été organisées et mises en œuvre ?)
Résultats (de l’expérience par rapport à la problématique initiale, aux objectifs global et spécifiques,
à l’amélioration de la résilience des bénéficiaires)
Impacts de l’expérience (positifs ou négatifs sur les moyens d’existence des bénéficiaires ; sont-ils
plus résilients ; prise en compte de la dimension genre)
Niveau d’adoption/adhésion à l’expérience
- est-ce efficace, en ayant fait ses preuves ?
- est-ce techniquement réalisable ? (acquisition de connaissance, mise en œuvre des
pratiques)
- est-ce sensible au genre ?
- est-ce résultant d’un processus participatif ?
- est-ce reproductible et adaptable ?
Durabilité aux niveaux environnemental, économique et social de l’expérience
a)
b)
c)
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2. Méthodologie de collecte des informations
2.1. Revue des documents
L’identification et la caractérisation des expériences réussies se fera via les divers documents de
projet (proposition de projet, cadre logique, différents rapports).
Tout au long du processus de capitalisation des expériences, une documentation sera effectuée
pour rassembler les informations disponibles et identifier les informations manquantes à demander
lors des entretiens.
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Concernant la formation, les informations à collecter porteront sur les objectifs, le contenu, la
conduite de formation, les matériels utilisés, les résultats (si on peut l’apprécier), les contraintes,
les facteurs ayant facilité l’offre de formation, les facteurs clés de réussite ainsi que les leçons
apprises.
Concernant le renforcement du laboratoire LRI, le responsable au sein de la FAO sera mené
à expliquer les objectifs, les activités réalisées, les résultats, les contraintes et difficultés
rencontrées mais aussi les facteurs ayant facilité la réalisation des activités d’appui, les facteurs
clés de réussite permettant d’obtenir les résultats et d’atteindre les objectifs ainsi que les leçons
apprises. L’implication des responsables du LRI dans la formulation des appuis sera demandée.
Entretien individuel auprès du responsable du LRI
Les informations à collecter auprès du responsable du LRI concerneront les objectifs et les
appuis reçus dans le cadre du projet, la pertinence des appuis (incluant la qualité des matériels et
leur utilité), les résultats et les effets sur les activités de recherche, les contraintes (notamment
technique, s’il y en a). Le responsable sera également demandé sur leur implication dans la
formulation des appuis et le degré de cette implication.
Entretien en focus group auprès des bénéficiaires et entretien individuel auprès des points
focaux
Les informations à collecter auprès des bénéficiaires du projet concerneront leur appréciation
de la formation offerte dans le cadre du projet. Toutefois, comme ces bénéficiaires ont participé
dans la mise en place des paquets sur la parcelle de démonstration et ont vu l’état de la culture,
leur appréciation sur le contenu des paquets technologiques, l’adaptation de la pratique aux
conditions édaphiques et climatiques et aux contextes socio-économiques dans la zone (incluant
la disponibilité des ressources) mais aussi les contraintes pouvant empêcher l’adoption des
pratiques seront demandées. Le degré de leur implication dans la mise en place des paquets
technologiques sera également évalué. Les bénéficiaires seront aussi demandés d’apprécier le
contenu des paquets technologiques par rapport aux critères de bonnes pratiques agricoles dont :
l’efficacité, la faisabilité de la technique, la sensibilité au genre, la reproductibilité et l’adaptabilité,
la mobilisation de l’approche participative, la durabilité et le renforcement de la résilience des
producteurs. La connaissance de ces appréciations s’avère indispensable car elles reflètent déjà
le potentiel d’adoption des paquets dans la zone. Leur appréciation sera ensuite valorisée dans la
proposition de recommandation pour la mise à l’échelle des paquets technologiques.
Des guides inspirées des grilles d’organisation des informations seront élaborées pour la réalisation
des entretiens.
REFERENCE BIBLIOGRAPHIQUE
• FAO, 2013. Les bonnes pratiques à la FAO : Une démarche de capitalisation d’expériences pour
un apprentissage commun. Note conceptuelle externe. p. 12.
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Février 2024
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