Faites parler les pierres
LE LANGAGE
SYMBOLIQUE
ET LES ÉGLISES
Michel Tillie Commission d’art sacré diocèse d’Arras
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Faites parler les pierres CDAS Arras édition mars 2014
Le langage symbolique et les églises
« Le symbole est un élément chargé d’une signification qui dépasse son apparence […} (l) permr
le passage du visible à l’invisible ».1 Les symboles sont présents à travers toute la bible, et dans
les édifices religieux depuis l’antiquité. Les églises chrétiennes recèlent dans leur plan, leur
construction, leur ornementation quantité de symboles. Nombre d’entre eux trouvent leur
origine dans l’antiquité. Mais « pour les hommes du Moyen Âge tout ce qui constitue le monde
matériel est en correspondance symbolique avec une chose ou un être situé dans le monde
spirituel2. »
Au XIe siècle « les mathématiques sont considérés par les Maîtres de l’Ecole de Chartres
comme le maillon qui relie Dieu au monde tel un instrument magique qui révèle les secrets de l’un
et de l’autre »3. On veut trouver « le divin dans sa création à l’aide de la géométrie et de
l’arithmétique... La théologie se fait géométrie »4. Il n’est pas étonnant que les figures
géométriques aient alors un sens symbolique profond. De même les chiffres et les nombres ont
une signification qui est largement exploitée dans la construction, le rapport entre certaines
dimensions rendra l’édifice harmonieux ou non : « l’harmonie résulte de l’association de chiffres
déterminés » (Pythagore VIe siècle av JC). « La beauté, qui est le but, n’est atteinte que si les
dimensions de l’édifice, longueur, largeur, hauteur, sont harmonisées entre elles 5. »Boèce au Ve
siècle estime que les figures les plus belles sont celles dont les proportions sont les plus
simples, les plus claires. Le nombre d’or, principe des proportions harmonieuses, est largement
utilisé dans la construction des cathédrales, églises abbatiales ou simples églises paroissiales.
Ces bases ont été utilisées au cours des siècles, on peut également les retrouver dans des
édifices relativement récents.
On peut dire qu’il s’agit tout au moins pour la période médiévale d’un langage codé utilisé par les
compagnons qui voulaient conserver le secret de la construction.
L’art roman est riche de ces symboles mais on les retrouve aussi dans l’art gothique et d’autres
styles.
Au-delà de ces généralités la symbolique existe dans de nombreux points de la construction ou
de l’ornement.
Visiter une église et en comprendre la structure implique donc de connaître les bases qui ont
présidé à sa construction ainsi que la signification de certaines représentations.
1
Gérald Gambier , symbolisme dans l’art roman La Taillanderie 2012, p. 9
2
Thierry Hatot, Bâtisseurs au Moyen Âge, Editions l’Instant Durable 2001 P. 53
3
Felix Schwarz, Symbolique des cathédrales ; Editions du Huitième jour Paris 2003, p. 28.
4
Felix Schwarz, Op Cit.
5
Thierry Hatot, Op Cit. P. 31
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Le bâtiment porteur de sens,
L’édifice est lui-même symbole. Le clocher n’est-il pas la première chose que nous voyons
lorsqu’on aborde un bourg ou un village ? Il signifie que en cet endroit se trouve la maison des
croyants, il est message adressé aux croyants. Ses cloches rappellent, par leur sonnerie, les
devoirs religieux (ex l‘angélus, l’annonce de l’office dominical un décès un mariage … .).
Le portail ouvre symboliquement la voie qui conduit au salut.
Les voûtes représentent la voûte céleste ; les murs portent un décor qui se veut enseignement ;
la nef est le vaisseau qui protège l’homme durant son périple à l’image du navire qui protège les
voyageurs des intempéries. (Voir les passages bibliques relatifs à la mer).
Le mobilier liturgique est toujours porteur de sens : l’autel rappelle la cène, la chaire et
l’ambon sont le lieu de proclamation de la parole, les fonts baptismaux : l’eau de la Vie.
Symboles géométriques,
Le tracé des églises
Il faut se placer dans le contexte de l’époque de la construction des premières églises : au
Moyen Âge les moyens de mesure et de tracé n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Les bâtisseurs
d’alors disposaient d’outils très simples comme la corde à 12 nœuds, le bâton étalon, l’équerre
avec fil à plomb et de grands compas. Les tracés sont réalisés avec un cordeau et consistent
essentiellement en carrés, cercles et triangles. Ces tracés à base de carrés se retrouvent dans
la plupart de nos églises.
Le cercle
Lors de la construction d’une église le maître d’œuvre
commence par tracer un cercle qui délimite le premier
espace de construction : l’espace entre le chœur et la nef.
Il servira à implanter les premières figures géométriques.
Ce cercle est appelé cercle primitif. En son centre le
maître plante un bâton dont l’ombre, projetée au soleil
levant, définit l’orientation de l’édifice : l’axe est-ouest. À
midi l’ombre projetée indique la direction du nord.
On dit qu’une église est orientée c’est-à-dire axée vers Figure 1 : le cercle primitif
l’orient et non vers Jérusalem. (Cette pratique tombe en
désuétude après le Concile de Trente, certaines églises peuvent ne pas être orientées, mais
dans le diocèse, généralement, nos églises sont orientées).
Le cercle est une figure géométrique parfaite, dessiné d’un seul
trait, il n’a pas de commencement ni de fin. Il représente la totalité,
l’unité, il est figure de l’incréé, un symbole de Dieu.6 (Certaines
églises sont construites sur un plan circulaire).
Le carré
On distingue le carré du ciel et le carré de la terre par leur
orientation.
Figure 2 : en trait plein le carré
de la terre, en pointillés, le
carré du ciel
6
Michel Feuillet, Lexique des symboles chrétiens ; PUF Paris, 2004
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Le carré du ciel est inscrit dans le cercle primitif de façon
que ses quatre coins soient situés sur les axes des quatre points
cardinaux. Ce carré oriente l’église. Les diagonales rejoignant les
quatre coins forment une croix orientée selon les points cardinaux.
« Le carré du Ciel qui donne l’orientation est l’émanation de la volonté
du Ciel »7
Le carré de la terre s’inscrit également dans le cercle
primitif, ses quatre côtés étant parallèles aux axes des points
cardinaux. Aux angles de ce carré seront
placés les piliers de la croisée ou les angles
des murs latéraux. Le carré de la terre est
Figure 3 ici les quatre points l’incarnation du principe céleste, il est
du carré de la terre indiquent complémentaire de celui du ciel. Il
l’emplacement de angles des détermine le module géométrique de
murs de la nef, du transept et
l’édifice : largeur de la nef et celle du
du chœur.
transept.
Notons que ce carré n’est pas, toujours, un carré parfait mais
une figure quadrangulaire. C’est en effet « le rapport entre les côtés
des deux carrés qui donne le principe d’harmonie de l’édifice, les
nombres choisis étant toujours symboliques8 ». Ce rapport est soit 5
à 6 (Reims, Troyes) soit 6 à 7 (Chartres)9, le chiffre six représente Figure 2 : le carré de la terre
les six directions de l’espace : les quatre points cardinaux, le ciel et définit les dimensions de la
nef et du transept (église de
la terre. Lillers Plan H.B.)
Le carré est mesurable il est défini par quatre angles droits et quatre côtés. Il représente le
monde crée, figure du monde sensible, mais aussi les quatre vertus cardinales : la justice, la
prudence, la force, la tempérance, les quatre évangiles…
L’octogone
Il est une figure géométrique à huit côtés. « Octo » signifie étymologiquement «
sept plus un. Dans la genèse le huitième jour succède aux six jours de la
Création et au septième, jour où à Dieu se repose. Le
Christ est ressuscité le huitième jour. Huit est le
symbole de la résurrection.
L’octogone se situe entre le carré (la terre) et le
cercle (le ciel), notons que les quatre coins du carré du ciel
et ceux du carré de la terre forment un octogone ; il constitue un lien
entre le monde matériel et le monde spirituel. La figure de l’octogone
matérialise le signe de la renaissance. La symbolique chrétienne y est
très attachée. Le chiffre huit est riche de connotations très anciennes.
8 est le chiffre de la vie nouvelle ; l’octogone symbole de la résurrection,
Figure 3 : cuve de fonts de la renaissance par le baptême, explique la forme de nombreux
baptismaux octogonale
(Notre-Dame Calais).
baptistères ou de fonts baptismaux.
Le triangle
7
Felix Schwarz, Op Cit
8
Felix Schwarz, Op Cit
9
Felix Schwarz, Op Cit
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Le triangle représente la trinité. Dans l’art
sculptural il est souvent représenté avec
trois faisceaux de lumière il peut également
porter un œil en son centre : regard
omniprésent, symbole de la connaissance
divine.
Le triangle Equilatéral, est l’image de
Dieu (fig 6 et 7)
Figure 4 Le triangle, l’œil de
Dieu Fronton des Clarisses
(Arras) Figure 5 antependium d’autel Acquin
L’œil de Dieu inscrit dans un triangle
Le triangle est une constante dans l’architecture de nos églises. Il
est très souvent à la base du tracé géométrique de l’édifice, (fig. 7 tracés géométriques de la
cathédrale d’Arras).
Figure 6 Tracé géométrique, Cathédrale d’Arras : triangles équilatéraux, cercles,
Le rapport entre la longueur de l’édifice et sa largeur au transept est égal au nombre d’or.
Symbolique des labyrinthes
Le labyrinthe est une figure géométrique complexe
dans son apparence. Il est de forme octogonale à
Amiens, circulaire à Chartres. Celui de Reims a la
particularité d’être un carré cantonné de quatre
plans de colonnettes, figurant ainsi le plan d’un
pilier. Il est devenu l’emblème des monuments
historiques.
Figure 7 : labyrinthe de Au Moyen-Âge on appelait aussi le labyrinthe
Figure 8 : Labyrinthe
Reims, emblème des «chemin de Jérusalem » Le croyant qui ne pouvait d’Amiens
M.H. accomplir le pèlerinage réel parcourait le
labyrinthe jusqu'à ce qu'il arrive au centre, au lieu saint. Le labyrinthe ne
comprend pas d’impasse.
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