Nouvelles et poèmes
Corentin Charles Dinam
Table des matières
1 Horreur & folie 3
1.1 Le Petit Lazare . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Fou ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2 Description 7
2.1 Petite Vitrine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.2 Oxford . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
3 Amour 9
3.1 Le matin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
3.2 Le dilemme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
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Chapitre 1
Horreur & folie
1.1 Le Petit Lazare
Le petit Lazare était seul dans sa chambre d’enfant de 8 ans. Il était tard,
très tard, le cadran lumineux de son réveil posé dans un coin de sa chambre
affichait 23h58, et il savait qu’il devait dormir depuis longtemps, car ses
parents étaient très méchants le soir quand il descendait leur dire qu’il ne
dormait pas. Ils étaient montés depuis longtemps, il les avait entendus parler
très fort, comme toujours le soir. Il ne bougeait pas, restait immobile sous
sa couette pour être protégé des monstres cachés sous son lit, des monstres
assoiffés de sang et de terreur, des monstres méchants avec des vilaines têtes
moches. Ils étaient tellement méchants que même son papa n’avait pas voulu
les faire partir et lui avait ordonné d’aller se coucher en le menaçant de lui
donner une gifle, une de plus comme il a l’habitude de lui en donner. Son
père lui dit : « T’es pas une mauviette ! Tais-toi et va te coucher ! »
Minuit, l’horloge sonne douze fois. Le jeune Lazare frissonne. Un courant d’air
froid vient de chatouiller ses petits pieds d’enfant, son petit corps traversé
par un froid intense, comme si la fenêtre était ouverte, comme si les monstres
l’avaient ouverte. La porte en face de lui s’était ouverte, dans un grincement
qui lui avait serré la mâchoire. Il se lève, descend de son petit lit pour aller
la refermer, car dehors il y a encore plus de monstres, des monstres qui ne
restent pas sous le lit, des monstres qui se dressent au milieu du couloir
et le fixent droit dans ses yeux terrifiés. Il ferme sa porte. Vite ! Il court
se remettre au lit. Alors qu’il vient de tirer sa couette sur son petit corps
tremblant, un hurlement brise le silence macabre de la vieille maison. Il a
l’habitude d’entendre les cris de ses parents qui se disputent, souvent à voix
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basse pour que le gosse ne les entende pas, mais quand ils ne sont vraiment
pas contents, ils se crient dessus.
Là, ce n’est pas un de ces cris, c’est un cri de terreur pure, un cri que l’on
pousse quand on est confronté à la mort. C’est le cri de sa mère, qu’il entend si
souvent. Il se relève, ouvre la porte, la barrière qui le protégeait des méchants
monstres, et tout doucement, il se dirige vers la chambre de ses parents. Au
moment d’ouvrir la porte, il s’arrête, hésite quelques instants, ses parents
lui ont toujours répété de ne jamais y entrer sous peine de se prendre une
gifle, encore. La peur qu’un malheur soit arrivé à ses parents se heurte à
l’interdiction d‘entrer. Il ouvre la porte, lentement, redoutant la gifle qu’il va
sûrement se prendre. Rien n’arrive. Il espérait presque s’en prendre une, ça
aurait été signe que tout va bien.
Le petit garçon, effrayé, pénètre dans le lieu dont l’entrée lui a toujours
été refusée. C’est une chambre simple, occupée par une vieille commode en
bois noir et une chaise branlante couverte de vêtements. Mais ce qui attire
immédiatement son regard, c’est le lit, couvert de draps sales, et sur lequel
repose le corps inerte de sa mère. Une plaie béante sépare en deux le visage
violacé de la femme qui l’a élevé, les lèvres entrouvertes laissant apparaître
des dents éclatées et des lambeaux de chair pendants. Son cou, tordu dans
un angle impossible, révèle des marques profondes de strangulation, comme
si des griffes monstrueuses s’y étaient enfoncées.
Lazare s’approche, horrifié mais fasciné, et remarque que le sang a éclaboussé
les murs et le sol, formant une mare poisseuse sous le lit. Les yeux vitreux de
sa mère semblent le fixer, vides et accusateurs. Ses bras sont écartés, comme
si elle avait tenté de se défendre en vain, et ses ongles sont brisés, certains
arrachés, laissant des traces rouges sur les draps.
Il sent une odeur âcre de sang qui lui retourne l’estomac. Mais, il n’est pas
comme tous les gamins, lui, il n’aime plus sa mère, il la hait, et au plus
profond de son être, il se réjouit de sa mort. Un rictus involontaire déforme
ses lèvres tremblantes. Il contourne le cadavre mutilé, pour chercher celui de
son père, qu’il espère aussi trouver là. Mais il ne le voit nulle part.
Dans son esprit fatigué et affolé, tout est clair : les monstres de la chambre ont
tué son père et ont emmené son corps déchiqueté dans la cave pour le dévorer.
Le petit Lazare, déterminé par une étrange et sombre curiosité, décide de
descendre à la cave. Il traverse le couloir, chaque pas résonnant lourdement
dans le silence pesant de la maison. Son cœur bat à tout rompre, un mélange
de peur et d’excitation lui donnant le courage de continuer. Les escaliers qui
mènent à la cave sont vieux et grincent à chaque marche. Le bois sous ses
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pieds semble protester contre son passage, mais il avance, tremblant. Arrivé
devant la porte de la cave, il marque une pause, sa petite main hésitant sur
la poignée froide. Il sent une bouffée d’air glacée passer sous la porte, comme
un souffle venu des profondeurs de la terre.
Rassemblant tout son courage, il tourne la poignée et ouvre lentement la
porte. Une obscurité presque palpable envahit ses yeux, seulement percée par
le faible éclairage provenant du couloir derrière lui. Il trouve l’interrupteur
sur le mur et, après un moment d’hésitation, appuie dessus. Une lumière
blafarde éclaire la cave, projetant des ombres sinistres sur les murs de pierre.
Lazare descend les dernières marches, son souffle court et son cœur battant
la chamade. L’air est humide et sent le moisi. Il y a des caisses empilées, des
vieux meubles et des toiles d’araignées dans les coins. Mais ce qui attire son
regard, c’est une silhouette étendue au milieu de la pièce. S’approchant avec
précaution, il découvre son père, allongé sur le sol, les yeux grands ouverts
fixant le plafond, le corps figé dans une expression de terreur. Une large tache
de sang entoure sa tête, son visage déformé par une grimace de douleur.
Le petit Lazare se met à trembler, il est le prochain sur la liste, il le sait.
Quel que soit cette créature horrible, elle va le tuer. L’enfant revoit sa mère,
son père, leurs visages déformés par la peur, par la douleur, il ne veut pas
être le suivant. Dans un élan de désespoir, il court vers la sortie, agrippe la
poignée et la tire. Sa main glisse, elle est trempée. Il la regarde, et à la lueur
de la vieille ampoule, voit qu’elle est couverte de sang. Il lève l’autre main,
la porte à son visage. Elle est couverte de sang.
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1.2 Fou ?
Ce soir-là, une peur indescriptible m’avait saisi au moment de me coucher.
Pourquoi ? je ne sais pas. Je restais étendu dans mon lit pendant plusieurs
minutes, en attendant que cette peur quitte mon corps pour laisser place à
la fatigue.
Quelques minutes plus tard, je me recouchais, ma peur avait disparu. Sou-
dain, au moment où je m’apprêtais à m’abandonner aux bras de Morphée, un
son grave retentit dans ma maison, comme une menace. Je ne bougeais pas,
toute volonté de bouger semblait avoir quitté mon corps. J’étais condamné
à fixer la porte de ma chambre qui était fermé.
Sans un bruit, cette dernière s’ouvrit lentement, et moi, si je l’avais pu, je
me serais échappé de ce lieu maudit. Mais mes muscles ne répondaient pas.
Au bout d’un moment les lumières du couloir s’allumèrent, puis celles de ma
chambre firent de même.
Je me levais, ou plutôt mon corps se levait. Nous nous dirigeâmes, moi et
mon corps, car je ne savais pas qui de nous deux se déplaçait, vers le cou-
loir. Derrière nous, les lumières se reteignaient comme si elles avaient une
conscience.
A présent, je n’étais plus qu’un spectateur de mon corps qui avançait sans
but, en suivant les lumières qui s’allumaient à son arrivée et qui s’éteignaient
après son passage. Au bout d’un moment qui parut être une éternité pour
moi, mon corps s’arrêta, devant la porte d’entrée. Au bout d’une longue
attente, il me sembla voir de pâles silhouettes qui entraient chez moi, qui
parlaient, sans me remarquer comme si j’étais pour elles un fantôme. Fou de
rage, je repris le contrôle de mon corps et j’attrapais un tabouret, prêt à le
jeter sur ces pâles créatures.
Alors, je me rendis compte qu’elles avaient disparue et que les lumières étaient
éteintes. Je revins sur mes pas, et, à chaque fois que je passais devant une
porte ouverte, je fouillais frénétiquement la pièce.
Après de longues minutes, j’arrivai devant la porte de ma chambre et je la
trouvai verrouillée de l’intérieur. Tremblant, je déverrouillai la porte et je la
poussais.
Je me trouvais, là, endormis sur mon lit, et je me demandais nerveusement
si je n’étais pas devenu fou.
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Chapitre 2
Description
2.1 Petite Vitrine
Alors que je me baladais dans un petit village modeste, de par son nombre
d’habitants très bas et une architecture classique en tous points, mon regard
a été attiré par la vitrine transparente comme l’eau, sûrement lavée par un
maniaque, d’une petite boutique. Dans cette vitrine, un décor composé d’ob-
jets de tous genres, de toutes formes, trônait comme des rois sur des coussins
de velours rouge à coins d’or. Ce joyeux petit monde semblait avoir été jeté,
ici et là, sans aucune organisation, sans aucune réflexion, juste avec le souci
de montrer l’étendue des stocks et des ventes de ce petit lieu charmant. Der-
rière, un rideau rouge cachait le dos des étagères en bois disposées de l’autre
côté. Au centre de ce bazar, un télescope noir reflétait les rayons dorés du
soleil mourant. À côté, une petite horloge cassée montrait cinq heures pour
l’éternité. Posée sur cette horloge pour ne pas tromper les passants, une pe-
tite montre déréglée affichait méchamment le chiffre sept pour montrer aux
clients que finalement, le temps n’est pas si important. Ces objets étaient
entourés par d’autres curiosités aussi inutiles qu’inutilisées.
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2.2 Oxford
Oxford, cœur des universitaires, centre des connaissances,
Au milieu des campagnes et des bêtes, un lieu riche en histoire et en mémoire,
Un lieu où les cultures se rejoignent pour n’en former qu’une,
On sent ici les épices, et là on entend la musique,
Avec ses bâtiments, livres ouverts sur la page de la connaissance,
Tel une fourmilière, sa population se déplace en valsant,
En riant, puis le soir, tous se retirent comme la marée,
Et se retrouvent dans les restaurants ou cette joyeuse ville continue de vivre,
Puis le matin, on sort dans les rues, fatigué de la veille,
On est doucement bousculé, car déjà la ville retrouve son entrain,
Et on se laisse emporter, en brindille sur une rivière,
Car sa joie se retrouve dans nos veines et on se laisse entrainer
Parmi tous les autres, et on devient une part de ce beau paysage,
Elle nous fait comédien, d’une grande représentation,
Ici on joue l’érudit qui enseigne à ses élèves,
Là, on joue le touriste venu visiter, qui admire les bâtiments,
Sans se soucier de ce cœur qui bat autour de lui,
Et qui se faire percuter par cette joyeuse foule,
Oxford, toi qui es si belle, toi qui rends le monde joyeux,
Entraine-moi, apprends-moi, tu as en ton sein la connaissance,
Tu es le centre du monde, on y voyage en arpentant tes belles rues chargées
d’histoire,
Où tes enfants de pierre partagent leur savoir.
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Chapitre 3
Amour
3.1 Le matin
Le matin, je te voyais sortir de chez toi par la porte de derrière, tu étais belle,
rayonnante, souriante, et moi, en te voyant, je souriais bêtement, gagné par
cette idiotie que les hommes ont devant celle qu’ils aiment. Mais chaque jour,
après t’avoir vue, je te voyais partir et ce sourire si idiot, si rapidement venu,
partait de même, et jamais je n’osai te dire ce que tout le monde veut dire,
ces deux mots si simples et pourtant si durs à prononcer. Ces deux mots si
importants, mais qu’on dit si simplement, pour dire à la fois tout et rien,
n’étaient maintenant si incroyablement durs à prononcer pour moi, petit
lâche que j’étais. Et alors, tous les matins, je te voyais et tous les matins je
me taisais, car tous les matins j’attendais, j’attendais quoi ? j’attendais qui ?
Je ne sais pas et jamais je ne saurai car jamais je n’oserai lui dire. Le matin,
je te voyais, si belle, si magnifique, si douce, si gracieuse, et moi, si lâche, si
peureux je te regardais de loin mais sans oser approcher, doucement, et te
dire je t’aime.
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3.2 Le dilemme
J’hésite, je ne sais, je ne veux, je ne peux. Chaque jour, cette question me
tourmente, chaque jour, ce choix me hante. Mon esprit, cruel bourreau, me
somme de choisir. Dois-je lui avouer mon amour, risquant de la perdre trop
tôt, ou me taire et la voir s’éloigner, espérant qu’un jour elle revienne ? C’est
un poignard que l’on m’ordonne d’enfoncer dans mon cœur, car je l’aime.
C’est un précipice que l’on me pousse à franchir, mais je ne veux la perdre.
Car elle part, et moi, je reste. C’est une course effrénée, je dois la rattraper,
mais elle a déjà un tour d’avance. C’est une lutte contre le temps, chaque
seconde m’est précieuse et le moindre retard m’est fatal. Vous ! Toi ! Lui !
Je ne sais plus, tout est incertain. Ou je la ramène vers moi, ou je la laisse
s’évaporer. Elle est belle, insouciante, et moi, stupide, trop conscient. Je n’ose
pas, je contemple et me tais devant sa splendeur, mais bientôt elle part, et
moi, je reste. Je sais pourtant qu’elle pourrait rester, lutter contre les flots,
capturer le passé, attendre encore. Il suffirait que je lui dise, simplement :
« Reste ». Mais je ne peux. Je sais que c’est insuffisant. Il faudrait dire
plus : « Je t’aime ». Pas moins. Mais cela non plus, je ne peux, c’est trop
douloureux, et je suis trop lâche. Chaque nuit, le spectre de mon silence me
hante. Chaque matin, la lumière de son absence me transperce. Comment
vivre avec cette ombre de doute ? Comment respirer sans elle ? Mon cœur
est un champ de bataille, déchiré entre l’espoir et la peur. Je suis captif
de mes propres sentiments, prisonnier de mon propre silence. Elle est ma
liberté, et mon enfermement. Mon salut, et ma damnation. Je me tiens au
bord de l’abîme, hésitant, incertain. Dois-je sauter et lui révéler mon amour,
ou rester à jamais enchaîné à cette douleur silencieuse ? Elle est là, belle et
lumineuse, inconsciente de la tempête qui fait rage en moi. Et moi, sombre
et tourmenté, conscient de chaque battement de mon cœur qui crie son nom.
Mais alors, dans un sursaut de courage, une clarté m’envahit. Je ne peux
plus vivre dans cette ombre, je ne peux plus être esclave de ma peur. Il est
temps de choisir la lumière, d’affronter l’inconnu. Je respire profondément,
mon cœur tambourine comme un millier de canons. Je m’approche d’elle,
mes lèvres tremblent, mes mains sont moites. Le monde semble s’arrêter, le
silence devient assourdissant. Chaque fibre de mon être est tendue, prête à
se briser. Je prends une grande inspiration, les mots se forment péniblement
dans ma gorge, brûlants et libérateurs. Je plonge mon regard dans le sien,
cherchant une lueur d’espoir, un signe que tout cela ne sera pas en vain. Et
enfin, d’une voix tremblante mais résolue, je laisse tomber les chaînes de mon
hésitation : « Ô ma chère, Ô ma bien aimée, Ô ma douce étoile, je t’aime ».
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