I) LA FIN DE L’INCIPIT
* incipire : débuter, commencer
Les cinq fonctions :
- cadre spatio-temporel 1° récit cadre : maintenant en France / 2° récit enchâssé : avant, de son
pays natal
- le ou les personnages principaux le narrateur et Ana, leurs parents et leurs copains
- le ou les grands thèmes de l’œuvre son enfance ; son rapport à la société ; l’écriture et la poésie
- le type de roman autofiction contemporaine : récit avec « je » ; l’auteur évoque son
passé/histoire mais le lecteur ne peut distinguer le vrai du faux.
- accrocher le lecteur oui car en parlant au présent, il retient le suspens de son passé/enfance au
Burundi ; mystérieux au sujet de son enfance. (= analepse : renvoi en arrière)
TACHE FINALE : Commentaire littéraire sur un extrait de petit pays
Pages 15 à 17, thèmes Son passé tumultueux ; sa relation avec la société ; dégoût de lui-
même (plus d’identité propre)
Découpage en mouvement de l’incipit
La vie ici et maintenant
L’auteur utilise le présent à valeur d’énonciation pour rendre le récit plus accessible pour le
lecteur à travers les verbes suivant « m’obsède », « repousse ». D’où le terme du titre : «
maintenant ». Il utilise des procédés littéraires pour rendre le récit poétique : avec des
parallélismes tel que « la nuit en rêve, le jour en songe », avec des antithèses « Tout
m’intéresse. Rien ne me passionne » où ici, le Tout s’oppose au Rien, la forme de négativité
avec celle de la positivité. Avec d’autre part avec une gradation ascendante qui illustre le
malaise du protagoniste : « Je ne les écoute plus. Je respire mal. J’élargis le col de ma
chemise. J’ai le corps emmailloté. »
« Ici » peut être expliqué avec des informations sur l’environnement : « Il pleut », « le ciel est
bas » « il n’y a aucun manguier dans le petit parc coincé entre le centre commercial et les
lignes de chemin de fer ». Le narrateur se contredit en effet il dit que son retour l’obsède
alors qu’il le repousse. Il dit aussi que tout l’intéresse mais que rien ne le passionne. ”Je me
pince, parfois.” nous montre qu’il est souvent dans ses pensées. « Ma vie ressemble à une
longue divagation. » l’auteur compare sa vie à une divagation (propos incohérents), il décrit
ensuite sa vie monotone : « tout m’intéresse. Rien ne me passionne » / « il me manque le sel
des obsessions ». Le narrateur se contredit en disant qu’il n’habite nulle part et ensuite en
parlant de son appartement. Il se contredit aussi en disant que sa vie est comme sans passer
et ensuite en disant qu’il lui a fallu des années pour s’intégrer. Il oppose aussi les termes
« peau caramel » et « patte blanche ». « Ma réponse les agace. Pourtant, je ne cherche pas à
les provoquer. » est une phrase qui s’oppose à elle-même. « La nuit en rêve ; le jour en
songe » est aussi une phrase qui s’oppose à elle-même.
« Dans mon quartier, dans cette impasse » s’oppose. « Est-ce bien moi ?» suivi de « je ne me
reconnais pas » cela montre que le narrateur ne sait plus où il en est dans sa vie et/ou qu’il
n’aime pas le nouvel environnement dans lequel il vit, cela s’oppose aussi au fait qu’il y est
depuis un certain temps, et qu’il n’a toujours pas quitté cet endroit. Il dit aussi que ses
collègues parlent de la météo et du programme télé, ce qui va en opposition avec la phrase
« Je ne les écoute plus. ». On peut aussi noter que le narrateur s’attend à voir un manguier
dans le parc sous sa fenêtre, ce qui montre sa nostalgie envers son pays natal, donc encore
une autre preuve de son inadaptation a la France. Il est aussi important de noter que le
narrateur n’hésite pas trop avant de choisir de partir et de retourner dans son pays natal :
« Ça doit être un signe du destin. Je dois y retourner. » il est donc bel et bien obsédé par son
retour. Le narrateur oppose des éléments de son passé avec ceux de sa vie adulte, par
exemple il imagine des manguiers en pleine ville au milieu d’un centre commerciale.
Il parle aussi de sa “routine”, sa vie avec ses collègues, au travail ainsi que ses pensées et son
ressenti vis-à-vis de la société. L’auteur pense à son passé et à son pays et ne se sent pas à sa
place dans la société en France. « J’y vois la cause de mon inadaptation au monde. Je
m’observe en société » Nous pouvons voire à travers ces mots que gaël Faye a conscience de
son mal-être ainsi que la place qu’il occupe en France « malgré qu’il utilisent le mot monde ».
Celle-ci est monotone le travail occupe la majeure partie de son temps. « Ma vie ressemble à
une longue divagation » Il se questionne sur l’utilité de sa personne notamment dans son
implication sur les sujets importants qu’il ne côtoie pas aujourd’hui. Il se sent inutile.
« Tout m’intéresse, rien ne me passionne » Cette phrase marque le manque de personnalité,
il n’arrive pas à se trouver. C’est très paradoxal. « Je ne me reconnais pas »
Il ne comprends pas comment il pourrait avancer dans la vie alors qu’ il est bloqué dans le
passé. On en revient a ce qu’on a dit plus tôt sur le fait d’avoir des difficultés a se créer une
personnalité. « J’observe mes chaussures cirées » Il vit dans une richesse qu’il n’a pas connu
jusqu’ ici, dans son enfance. « Je cours me réfugier dans le premier bar de la gare. » « Je
commande un autre vers de whisky » Il vit dans un présent dépressif il se réfugie dans ses
propres pensées et par ailleurs dans l’alcool
CORRECTION :
I. UN AILLEURS ISSU DU PASSÉ
A. Les éléments qui créent la nostalgie
Le pays natal n’est pas nommé mais certains détails ont une importance considérable dans
l’esprit du narrateur et donnent au lecteur des précisions qui laissent deviner : un pays
lointain (l. 19) où l’on vit pieds nus (l. 25-26), la pluie est « tropicale » (l. 63) et on y trouve
des crocodiles (l. 64) et des manguiers (l. 28). Cet environnement est le cadre d’une époque
associée au bonheur : « heureux » (l. 6) parce que lié au cadre familial « famille » (l. 6), «
Papa », « Maman » (l. 63) et amical : « mes amis » (l. 6-7), « les copains » (l. 64).
B. Une appréhension pourtant
On sait que ce bonheur est vieux de « vingt ans » (l. 4) et on devine que le fait de retrouver le
pays natal est tentant mais redouté : « une peur » (l. 2), pourquoi ? Le passé ne semble pas
peuplé que d’éléments heureux : il a laissé des cicatrices « des marques » (l. 7), et l’esprit du
narrateur n’est jamais en repos avec une « histoire qui (le) hante » (l. 42), (antithèse, l. 4-5 «
la nuit », « le jour »), « indéfiniment » (l. 1). Mais ce jour-là c’est son anniversaire et comme
par hasard, il a reçu un coup de téléphone qui relance l’idée du retour.
C. Des comptes à régler
Même si l’idée de retrouver le passé fait peur, elle est quand même attirante car elle
permettrait peut-être d’en finir avec des incertitudes douloureuses, d’« en avoir le cœur net »
(l. 40-41), de « solder » (l. 41), de « refermer la porte derrière (soi) » (l. 42-43). Ana semble
être la seule au courant de ce malaise : « lui raconter », « lui dire » (l. 38), la seule capable de
donner un avis, un conseil. Mais Ana ne répond pas. Comme si la décision forcément ne
devait être qu’individuelle.
II. LA VIE « ICI » ET MAINTENANT
A. Un environnement triste
Le narrateur donne quelques éléments de sa vie européenne. Le temps est gris, la météo fait
l’objet des conversations (l. 21), « le ciel est bas » (l. 27), le « crachin » est « gris et gluant » (l.
27-28) (sonorités /gr/ et /cr/ désagréables à l’oreille). Il possède un travail régulier avec « des
collègues » (l. 16 et 20), il s’habille en « chemise » (l. 22) et « chaussures cirées » (l. 23) et
brillantes (l. 24), mais il ressent cela comme une prison « emmailloté » (l. 23).
L’environnement ne correspond en rien à ce qu’il aime, c’est un milieu urbain avec tout ce
qu’il comporte de laideur : un « centre commercial », des « lignes de chemin de fer » (l. 29-
30), « une gare », « un bar » (l. 32), le seul endroit qui ressemble à de la nature, c’est un petit
parc qui étouffe au milieu du béton et dans lequel il n’y a pas de « manguier » (l. 28). Son
travail l’enferme dans un bureau, dans un ascenseur, ses vêtements constituent également
une prison (l. 22 et 26).
B. Le malaise
Le déracinement produit une espèce de vie entre parenthèses. « Tout m’intéresse. Rien ne
me passionne » (l. 12-13). Le parallélisme met en valeur une espèce de vie au ralenti, avec un
champ lexical de la torpeur, comme s’il vivait à côté de sa vie « divagation » (l. 12), « vautrés
» (l. 14), « molle » (l. 15), d’autant plus douloureux qu’il a connu autre chose, « le sel des
obsessions » (l. 14) et qu’il est parfaitement conscient de son état et des causes de son état.
C. Le dédoublement
Il se produit une espèce de dédoublement : il fait des efforts pour s’adapter à ce milieu dont il
n’est pas issu : « je m’observe » (l. 15), les deux questions rhétoriques établissent la façon
qu’il a de mesurer ce qu’il est devenu par souci d’adaptation, mais qui ne convient pas
vraiment à sa nature : « qui se force à rire » (l. 18). Le jeune homme en costume et aux belles
chaussures cherche le petit garçon déguenillé pieds nus mais libre et heureux qui allait cueillir
les mangues. Il a le sentiment de devoir jouer un rôle dans lequel il se sent très mal à l’aise. Il
se déconnecte parfois de son environnement parce que cela devient impossible. Les quatre
phrases simples : « Je ne les écoute plus. Je… » (l. 21 à 23) au rythme saccadé miment un
souffle court qui évoque l’étouffement.
III. LES ÉCHOS DU MONDE
A. De l’autre côté de la misère
Le narrateur/téléspectateur assiste à l’arrivée de réfugiés en Occident. Il est du même côté
que les autochtones qui pensent donner une chance à des victimes de « la folie du monde »
(l. 50). Il en ressent une espèce de honte, « confortablement installé », « tribune
présidentielle », « whisky » (l. 51-52), nanti de tout un ensemble de privilèges apparents. La
vie ressemble à un grand jeu dont le maître est le hasard à travers le champ lexical de la
chance : « fortune » (l. 47-48), « ils jouent leur vie », « terrain » (l. 49-50). Il connaît l’avis des
gens qui l’entourent « l’opinion publique » (l. 52-53), à savoir le sentiment que ces victimes
sont tirées d’affaire en arrivant chez eux. Mais il sait très bien, lui, que la télévision déforme la
perception des choses : « on ne dira rien » (l. 54), « l’opinion […] pensera » (l. 52-53), «
Foutaises ! » (l. 54).
B. Des images décodées Les images peuvent donner au narrateur une impression de déjà
vécu. Il s’agit d’ « êtres humains » (l. 46), mais parmi eux, il voit surtout les enfants qui fuient
la guerre, comme lui à leur âge. Il sait très bien que là où ils arrivent en Europe, ce n’est pas «
L’Eldorado » (l. 54), et il reproche à la télé de ne donner qu’une partie de l’histoire : « le réel »
(l. 58) certes, mais d’où viennent-ils ? Qu’ont-ils vécu pour quitter leur pays ? C’est-à-dire ce
que le narrateur appelle la poésie, la part d’humanité qui existait dans ces êtres avant d’être
étiquetés sous le terme de réfugiés. Mais ce n’est pas cela qui intéresse le journal TV « La
poésie n’est pas de l’information » (l. 55). C’est pourtant ce qui est primordial pour le
narrateur, la poésie, la vérité, cela passe par l’écriture « Ces enfants l’écriront peut-être, un
jour » (l. 58-59), parce que pour lui l’écriture est salvatrice.
INTRODUCTION
3 parties :
- phrase d’accroche (citation, généralité)
- Présentation de l’auteur, œuvre, texte
- Annonce de la problématique (« comment Gaël Faye parvient-il à exprimer
simultanément à la fois son enfance ainsi que la guerre civile au Rwanda ? ») + plan
De 1990 à 1994, le génocide du Rwanda a causé près d’1 million de personnes et a opposé deux
ethnies, à savoir, les Hutu et les Tutsis. C’est ce que Gaël Faye, rappeur et écrivain franco-rwandais né
en 1982 à Bujumbura, tente de retranscrire dans son unique œuvre, Petit Pays, à travers le
personnage de Gaby. Cette autofiction conte l’histoire d’un petit garçon vivant au Burundi avec son
père français, sa mère rwandaise et sa petite sœur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups
avec ses copains de classe jusqu'à ce que la guerre civile éclate, mettant une fin à l'innocence de son
enfance. Traumatisé par son expérience, l’auteur témoigne dans son incipit de son ressenti actuel et
tente de nous communiquer sa nostalgie. Il sera donc possible de se demander comment Gaël Faye
parvient-il à exprimer simultanément à la fois, son enfance ainsi que la guerre civile du Rwanda, qui le
hantera et « l’obsédera » désormais toute sa vie. Afin de répondre à cette problématique, nous
aborderons tout d’abord l’ailleurs issu d’un passé lointain, en étudiant les différents éléments créant
la nostalgie de son enfance. Puis nous nous demanderons comment l’auteur réussit à retranscrire son
malaise dans une société dans laquelle il n’a pas grandi. Enfin, nous évoquerons le mal du Pays que
Gaël Faye tente d’exprimer grâce à son personnage-double, Gaby.