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Lalina Coulange
University of Bordeaux
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Lalina COULANGE
Didactique des mathématiques, Laboratoire Leibniz
Université Joseph Fourier, Grenoble
Nous ne nous sommes pas intéressés de manière directe au sujet évoqué par le titre
que nous avons donné à cet article. La "mise en équations" de problèmes "concrets" s'est
présentée à nous par le biais de questions en rapport avec la modélisation mathématique et
sa place dans l'enseignement, qui ont motivé notre travail. Pour éclairer le lecteur, il nous
faut revenir au début de l'''histoire'' de notre recherche et expliciter les choix que nous
avons faits au cours de cette étude.
Au travers de lectures préliminaires à notre recherche, nous avons pu constater deux
directions dans les travaux en didactique des mathématiques en rapport avec la
modélisation mathématique. Ce sont les directions: "enseigner par la modélisation" et
"enseigner la modélisation ".
Dans la première (enseigner par la modélisation), les articles ou ouvrages sont
nombreux autant en didactique des mathématiques qu'en didactique de la physique: il
s'agit d'étudier l'utilisation de la modélisation comme façon de poser aux élèves des
questions d'enseignement, c'est-à-dire leur faire acquérir une connaissance (nouvelle ou
non) par l'intermédiaire de la construction de modèle en classe. On peut, par exemple,
citer Di Martino, Legrand et Pintard (1995) qui ont explicitement travaillé dans ce sens à
propos de l'introduction du concept de limite:
"La compréhension du jeu de modélisation est un préalable à la compréhension scientifique des
concepts fondamentaux de toute science, son approfondissement "doit donc" (pour que le sens soit
préservé) être explicite et pour le moins concomitant à l'introduction de ces concepts." (op. cité
p. 285).
Notre étude s'inscrit dans la deuxième direction des travaux en didactique des
mathématiques sur la modélisation (enseigner la modélisation) : il s'agit donc d'étudier
l'enseignement de la notion de modélisation elle-même. Plus précisément, nous nous
sommes fixés comme objectif de faire des recherches à ce propos sur l'enseignement des
mathématiques en vigueur dans les classes de Seconde actuellement. Notons que c'est sur
ce point que cet article diffère de ceux précédemment parus dans « petit x» en rapport
avec la modélisation mathématique (Béguin, Gurtner, de Marcellus, Denzler, Tryphon,
1Cet article est inspiré de notre mémoire de DEA de didactique des disciplines scientifiques (Coulange,
1997)
Vitale, 1994) où les auteurs étudient la mise en œuvre d'un processus d'enseignement de
la modélisation qui n'existe pas habituellement dans les institutions actuelles 2 au niveau de
la Seconde.
Notre objectif est donc d'étudier un éventuel apprentissage de la modélisation dans
l'enseignement actuel des mathématiques en classe de Seconde3 .
En préambule à une étude sur le sujet, il nous fallait dans un premier temps, éclaircir
ce que nous entendions par "modélisation mathématique". Nous avons été amené ainsi à
construire une description pragmatique de la démarche de modélisation mathématique à
partir d'une situation "réelle". Cette schématisation que nous présentons n'a pas pour but
de faire une description détaillée de ce qu'est la modélisation mathématique mais de nous
fournir un point de vue particulier qui nous servira de référence pour étudier les faits
observés au niveau d'enseignement considéré.
2 "Nous présentons ici les résultats d'une approche exploratoire à l'enseignement interdisciplinaire de la
mathématique et des sciences." (Béguin, Gurtner, de Marcellus, Denzler, Tryphon, Vitale, 1994 p. 41)
3 Notons que bien que nous ayons choisi dans un premier temps la classe de Seconde comme terrain
d'observation, l'étude que nous allons présenter dans cet article nous semble réutilisable, en continuité, au
niveau de la classe de Troisième. Nous reviendrons sur cette remarque en conclusion de notre article.
4 Caractéristique d'ailleurs également bien mise en valeur par la série de 3 articles en rapport avec la
modélisation précédant celui-ci dans Petit x : "Mots clefs: enseignement de la mathématique, enseignement
des sciences, enseignement transdiciplinaire, modélisation... " (Béguin, Gurtner, De Marcellus, Denzler,
Tryphon et Vitale 1994)
5 "Il s'agit de traduire cette description (de la situation réelle que l'on cherche à modéliser mathématiquement) en
un système simplifié et structuré: c'est le niveau du modèle pseudo-concret" (Henry 1989, p. 3)
6 "On définit le système que l'on entend étudier (ou modéliser) en précisant les aspects "pertinents" par rapport à
l'étude que l'on entendfaire de ce système..." (Chevallard, 1989)
35
liée à une situation "réelle" (qui peut éventuellement provenir d'autres disciplines de
sciences expérimentales ou humaines) ou à sa description en langage naturel, relativement
à des questions que l'on se pose sur cette situation.
On peut alors schématiser la démarche de modélisation mathématique de la manière
suivante: en entrée, une situation "réelle" et des questions en rapport avec cette situation:
Un modèle mathématique a pour "registre d'entrée" (pour reprendre les termes de
Chevallard, 1989) une situation "réelle"7 et des questions que l'on se pose à l'intérieur de
cette situation. La démarche de modélisation comporte ensuite schématiquement 4 phases
(dont le contenu est explicité dans le schéma de la figure 1) qui sont en fait en interrelation
les unes par rapport aux autres. Quand on construit un modèle mathématique, ces phases
ne correspondent pas réellement à des étapes qui se succéderaient dans un ordre linéaire.
Nous les dissocions ici pour mieux faire apparaître les différents types de tâches qui sont
mises en œuvre dans une modélisation mathématique.
MODELES
PSEUDO-CONCRETS
plus ou moins proches
7 Nous considérerons cette situation "réelle" comme non-mathématique: nous n'avons en effet pas abordé
la question de la modélisation intra-mathématique dans ce travail.
36
En articulation avec ces premières questions, nous sommes venus à nous en poser
d'autres plus en rapport avec les comportements d'élèves et les pratiques d'enseignants en
classe de Seconde :
(2) Quelles activités en rapport avec une démarche de modélisation mathématique
(telle que nous la caractérisons) les élèves ont-ils à prendre en charge 7 Quelles sont les
exigences qu'ils y attachent et qu'ils essaient de satisfaire 7 D'autre part quelles sont les
attentes des enseignants liées aux productions de leurs élèves dans ces pratiques 7
Pour mieux cerner ces questions et y apporter des éléments de réponse, nous avons
choisi de les reprendre sous l'éclairage de deux grandes perspectives théoriques de la
didactique des mathématiques: le point de vue de l'écologie des savoirs et en articulation,
celui du contrat didactique.
8 La "loi écologique fondamentale" à retenir est la suivante: "Pour être viable au sein d'un corpus de savoirs
(savant ou enseigné), un élément de savoir doit pouvoir y apparaître (...) comme partie d'un tout structuré"
(Rajoson 1988,p. 135).
9 "Pour le dire en langage volontairement anthropomorphe, l'habitat, c'est en quelque sorte l'adresse , le lieu de
résidence de l'organisme. La niche, ce sont les fonctions que l'organisme y remplit : c'est en quelque façon la
profession qu'il y exerce" (Chevallard, 1994, p.14).
37
outil ou "utilisateur" de ces objets: pour vivre de manière stable, un objet de savoir doit
être relié vers le haut (outil de) et vers le bas ("outillé" par) à d'autres objets du savoir
considéré.
De même, le point de vue du contrat didactique nous a paru pertinent par rapport
aux questions (2) centrées sur les comportements d'élèves et d'enseignants vis-à-vis des
activités de modélisation mathématique en classe de Seconde. Il nous permettra en effet de
décrire ces comportements en les inscrivant dans des règles "contractuelles" reconnues par
enseignants et élèves.
Nous avons cherché dans notre étude à articuler ces deux perspectives théoriques 1o.
Nous montrerons qu'à partir des résultats d'une étude en termes d'écologie des savoirs, il
est possible de révéler en partie les règles du contrat didactique.
Notre point de départ est donc une analyse écologique du programme de Seconde
actuel et de deux manuels d'édition récente.
Dans un premier temps, comme l'évoque Chevallard II, ces directives officielles,
semblent suggérer que la modélisation mathématique occupe une place importante dans
l'enseignement actuel en classe de Seconde. Sa présence paraît répondre à une volonté
d'ouverture des mathématiques sur ce que les auteurs du programme nomment la "vie
courante" ou "l'environnement de l'élève" ou sur d'autres disciplines enseignées.
Ainsi dans les "Objectifs et capacités valables pour l'ensemble du programme", cette
volonté est explicite :
10 Cette idée d'articuler les deux points de vue de l'écologie et du contrat didactique est inspirée d'un article
d'Assude (1996) : De l'écologie et de l'économie d'un système didactique ou l'auteur montre clairement la
richesse et l'intérêt de ce type d'articulation.
II Dans la partie "Activités et modélisation" de son Dictionnaire de didactique des mathématiques,
Chevallard affirme : "Bien que le terme de modélisation soit de promotion relativement récente, il n'en est pas
moins présent dans les programmes de l'enseignement secondaire (...) La place ainsi accordée à la modélisation
de situations du monde fort diverses semble répondre à une volonté délibérée de rendre sensible la "déraisonnable
efficacité des mathématiques", c'est à dire leur capacité à produire des connaissances sur le réel [...]" (Chevallard,
à paraître)
38
"L'enseignement des mathématiques est aussi à relier avec celui des autres disciplines [...]"
(op. cité p. 357).
Cette ambition d'accorder de l'importance à la modélisation pour ouvrir les
mathématiques vers "l'extérieur" resurgit également à plusieurs reprises dans la
description des contenus du programme (au moins une fois dans chacun des 4 chapitres:
Problèmes numériques et algébriques, Fonctions, Statistiques, Géométrie). Par exemple,
on peut lire à propos de l'enseignement des Statistiques:
"Les documents nécessaires seront proposés en liaison avec les enseignements de sciences
biologiques ou empruntés à l'environnement de l'élève [...]" (ibid. p. 358e)
A première vue, les auteurs du programme semblent ainsi accorder un habitat vaste
et une niche confortable à la modélisation mathématique en classe de Seconde. Mais y a-t
il dans ce programme, des directives présentant explicitement une démarche ou une
méthode en rapport avec la modélisation comme un réel enjeu d'apprentissage ? Les deux
parties du texte consulté concernant l'enseignement des Statistiques et de la Géométrie n'y
font pas allusion.
Dans les deux chapitres restants: "Fonctions" et "Calcul numérique et algébrique",
le terme de modélisation reste absent. Mais on y trouve la description d'une méthode de
mise en équations à appliquer pour résoudre des problèmes "concrets" qui paraît se
rapprocher d'une démarche de modélisation mathématique. On peut lire
- dans le chapitre "Calcul numérique et algébrique" ou plus exactement dans la sous-
partie "systèmes linéaires" :
"L'objectif est d'étudier les problèmes issus d'autres disciplines et de la vie économique et sociale en
mettant en valeur les phases de mise en équations, de traitement mathématique et d'interprétation
des résultats l2 " (ibid. p. 358).
- dans le chapitre "Fonctions" :
"On exploitera largement des situations issues de l'algèbre, de la géométrie, des sciences techniques
et de la vie économique et sociale, en marquant les différentes phases : mise en équations,
traitement mathématique, contrôle et exploitation des résultats" (ibid. p. 358b).
Par ailleurs le programme reste assez flou sur la mise en œuvre par les élèves de
manière autonome de ces méthodes et sur leur description (elles semblent schématisées en
trois phases : mise en équations, traitement mathématique, et exploitation ou contrôle et
interprétation des résultats).
Pour en savoir plus, nous avons donc choisi de consulter deux ouvrages destinés à
la Seconde correspondant à ce programme.
14 On peut noter que dans le chapitre "Fonctions" de Fractale, on ne trouve pas trace de méthode en
rapport avec la modélisation mathématique tandis que dans Terracher, dans le chapitre "Généralités sur les
fonctions", on peut voir apparaître un Point Méthode où les auteurs précisent une méthode pour "mettre en
œuvre une fonction pour décrire une situation, résoudre un problème". (op. cité, p.150).
15 C'est nous qui soulignons.
16 Pour reprendre les termes de Chevallard, la mise en équations vit en tant que notion paramathématique
(et non comme notion mathématique) : "Les notions paramathématiques sont des notions-outils de ['activité
40
Dans les deux ouvrages, cette méthode est constituée de quatre étapes : choix des
inconnues, mise en équations, résolution mathématique ou résolution du système et
conclusion ou retour au problème posé.
La troisième phase de résolution mathématique ou de résolution du système
apparaît, de façon claire, nourrie ou outillée par les connaissances introduites dans la
partie de cours théorique :
"Résolution Mathématique:
Appliquez l'une des méthodes vues dans le cours pour résoudre le système obtenu." (Fractale,
p. 275).
"Résolution du système: (cf cours)" (Terracher, p. 96).
Ceci nous permet d'inscrire la méthode de mise en équations dans le réseau
trophique représenté par le schéma ci-dessous (figure 2).
Enoncés de problèmes
"concrets" proposés
outil pour la
résolution de
Ce schéma souligne le fait que les trois étapes restantes de la méthode: "choix des
inconnues", "mise en équations" et "conclusion" ou "retour au problème posé" semblent
étrangement vivre indépendamment de tout "outil" du cours théorique.
Mais en lisant plus attentivement la description de ces trois étapes, on peut
mathématique; elles ne sont pas normalement objets d'étude pour le mathématicien." (Chevallard, 1991 p. 50).
Si on regarde des ouvrages plus anciens (datant d'avant la parution du programme de 1990), on s'aperçoit
que la mise en équations ne semble pas vivre explicitement dans le texte du savoir. On peut penser que cet
objet est passé du statut de notion protomathématique à celui de paramathématique : "Les notions
paramathématiques (et à fortiori les notions mathématiques) sont des objets dont l'enseignant prend conscience,
à qui il donne un nom (...) Il existe une strate plus profonde de "notions", mobilisées implicitement par le
contrat didactique. Pour elles, j'ai proposé le qualificatif de "protomathématiques". (Chevallard, 1991 p. 51).
41
comprendre pourquoi cela ne rend pas pour autant "inconfortable" la vie de la méthode
mise en équations. On s'aperçoit en fait qu'il semble exister des contraintes sur les
énoncés de problèmes "concrets" permettant aux élèves de Seconde d'appliquer la
méthode de mise en équations :
- Les inconnues à "choisir" semblent correspondre aux grandeurs cherchées ou sont
marquées par des indicateurs linguistiques dans le texte des énoncés de "problèmes
concrets" proposés". On peut reprendre en exemple, la "Fiche méthode" de Fractale:
"CHOIX DES INCONNUES
Lisez très attentivement l'énoncé pour déterminer les grandeurs cherchées. Choisissez alors ces
grandeurs comme inconnues..." (Fractale, p. 275).
- Or l'étape de "mise en équations" est directement suivie de celle de "résolution du
système" ou de "résolution mathématique" (où il s'agit d'appliquer "l'une des méthodes dl
ces énoncés semblent donc toujours
cours pour résoudre le système obtenu" (Fractale, p.275») :
"cacher" un système d'équations linéaires connu (de taille "raisonnable" avec autant
d'équations que d'inconnues) et résolvable par les méthodes du cours théorique. Ce que
l'on pourrait schématiser par la figure 3, équivalent datl;s le savoir enseigné en classe de
Seconde (dans l'habitat relatif aux systèmes linéaires) de la figure 1.
: : : :MOD LE P.sEtTt>O~CoNClŒt :
Jj:~o~c~ eJe pio~l+~e :e~n:a~m:a(h~~a(iqu~ : .réponse à-la
-> teS' inconnueS' et les "équations à déterminer sont· :qp.~stjo~ ~e:
: '~dé.g~g~e~" Pa:n& l'~npQc~ : : : : : . . . . . . ·l'éOORCé .
. (plus.ou moins apparent~s) . . . .
Cette constatation et nos hypothèses sur l'existence de contraintes sur les exercices
de mise en équations nous amènent à avancer qu'en fait, ces énoncés de problèmes
"concrets" ne représentent pas des situations "réelles" dans toute leur complexité mais
plutôt des modèles pseudo-concrets assez proches du modèle mathématique (de forme
prédéterminée) à construire.
17 On considère les énoncés avec les éventuelles indications qui les accompagnent. Il est possible par
exemple de trouver des énoncés en langage naturel où les inconnues ne sont pas marquées par des
indicateurs linguistiques et ne correspondent pas à des grandeurs cherchées mais elles sont alors
explicitement données par des indications du type : "Choisissez comme inconnues: x la part de chaque enfant,
y l'héritage totaL" (Fractale, p. 282).
43
Comme nous l'avons évoqué plus haut, nous avons choisi d'articuler les approches
théoriques de l'écologie et du contrat didactique. Ainsi à partir de l'analyse que nous
venons de faire, nous allons tirer des hypothèses de règles de contrat didactique décrivant
les comportements respectifs des élèves et des enseignants en classe de Seconde pendant
des activités de "modélisation-mise en équations".
Nous venons d'autre part, de conclure de notre étude écologique que la seule tâche
en rapport avec la modélisation mathématique laissée à la charge d'un élève de Seconde,
dans la mise en équations de problèmes concrets, est celui l'écriture du bon système à
partir de l'énoncé.
On peut alors supposer un ensemble de règles de contrat didactique qui vont
permettre à l'élève de Seconde de gérer cet espace de liberté:
44
- Des règles spécifiques à l'écriture du système
Du fait que les énoncés de problèmes "concrets" proposés à l'élève représentent des
modèles pseudo-concrets quasi-mathématiques où les inconnues à "choisir" sont
désignées par des indicateurs linguistiques ou correspondent aux grandeurs cherchées, on
peut supposer une règle de contrat didactique "principale" :
R2 : Les grandeurs à prendre en compte comme inconnues apparaissent
explicitement dans l'énoncé
et deux corollaires:
R'2: Les grandeurs à prendre en compte comme inconnues sont les grandeurs
cherchées apparaissant dans le question à la fin de l'énoncé.
R" 2 : Les grandeurs à prendre en compte comme inconnues sont "citées" dans
l'énoncé.
- Des règles spécifiques au contrôle de la validité du système linéaire obtenu
Du fait que les problèmes "concrets" à mettre en équations répertoriés dans Fractale
et Terracher "cachent" tous, sauf indication contraire, un système linéaire connu et
résolvable par les méthodes du cours, on peut en déduire que les règles de contrat
didactique suivantes peuvent expliquer les moyens de contrôle de l'élève de Seconde sur
la validité du système écrit à partir de l'énoncé:
R3 : Le système à écrire à partir de l'énoncé d'un problème "concret" est
résolvable par les méthodes de résolution de systèmes linéaires vues dans le cours.
R'3 : Le système à écrire à partir de l'énoncé doit comporter autant d'équations
que d'inconnues, en nombre raisonnable l8 .
Ces règles de contrat didactique tirées de notre étude écologique sont un outil pour
comprendre et interpréter le comportement des élèves de Seconde en réponse aux
injonctions didactiques des enseignants dans des activités de "modélisation-mise en
équations" .
Nous les avons mises à l'épreuve en élaborant un questionnaire destiné aux
enseignants et une expérimentation que nous allons maintenant présenter.
18 d'après le programme de 1990 : "On se limitera à des situations ne comportant pas plus de quatre inconnues
(...] " (op. cité, p. 358 b).
45
Nous présentons donc deux des trois énoncés de problèmes qui constituent notre
expérimentation.
Les élèves de Seconde ont à résoudre cet exercice de manière individuelle en temps
limité (20-25 minutes pour résoudre ce problème et celui du carrelage non présenté ici).
La difficulté de cet exercice ne réside pas dans l'écriture du "bon" système linéaire à
partir de l'énoncé mais dans le choix des inconnues à faire pour résoudre correctement ce
problème (la résolution mathématique du système obtenu étailt par ailleurs assez simple).
En effet, les inconnues à choisir pour écrire le "bon" système: bénéfices au tarif normal et
réduit, ne sont pas explicitement citées dans les phrases à "traduire" sous forme
d'équations ("La première semaine, elle vend 65 bouquets au tarif normal et 18 bouquets
au tarif réduit le dimanche") et ne correspondent pas non plus à des grandeurs directement
demandées par la question en fin d'énoncé ("le tarif réduit représente-t-il un gain ou une
perte pour la fleuriste? De combien ?").
Ainsi cet exercice se trouve-t-il en "rupture" par rapport aux règles R z, R'z et R"z :
l'élève de Seconde agissant dans le plus strict respect de ces règles va donc choisir comme
inconnues les tarifs et non les bénéfices. Cependant si dans un premier temps, il obéit à
ces règles, il est possible que l'incohérence de son résultat numérique 20 (un tarif même
"réduit" ne peut être négatif!) le conduise à un retour réflexif sur le choix des inconnues
en doutant de la validité du système écrit. On en arrive ainsi à une typologie de réponses
d'élèves de Seconde à ce problème que l'on peut résumer par le tableau suivant (tableau
1):
19 Cet énoncé est inspiré d'un exercice posé en classe de troisième au cours d'une étude en didactique des
mathématiques (Vergnaud et al. 1988, pp. 259-280).
20 Les nombres du problème de la "fleuriste" (65, 18, 939, 52, 12, 756) font aboutir la résolution du
système écrit à partir de l'énoncé (avec les bonnes ou mauvaises inconnues) à une solution négative.
46
Réponse de type 1
Soit Pl le tarif normal et P2le tarif réduit.
En traduisant les hypothèses de l'énoncé, on obtient Réponse incorrecte maiS
le système conforme à la règle du contrat
I65Pl + 18p2 =939 r2 et de ses corollaires r'2 et
l 52pl +12p2 =756 r"2
Donc en résolvant ce système par substitution, on
trouve: Pl = 15 et P2 = -2 -> possibilité de rétroaction
D'où le tarif réduit représente une perte pour la
fleuriste de 2 francs.
Réponse de type 2
Soit bIle bénéfice de la fleuriste au tarif normal·, Soit
b2 le bénéfice de la fleuriste au tarif réduit. En Réponse correcte
traduisant les hypothèses de l'énoncé, on obtient le
système
65b l + l8b2 = 939
{52bl + 12b2 = 756
D'où en résolvant ce système par substitution, on
trouve
, b 1 = 15 et b2 = -2
Donc le tarif réduit représente une perte pour la
fleuriste de 2 francs.
Tableau 1. Deux types de réponses possibles a l'exercice "La fleuriste"
figure 1 figure 2
D
Les élèves interagissent en binômes pour résoudre cet exercice en 20-25 minutes.
21 Cet énoncé est tiré de la série d'exercices du manuel Terracher associée au chapitre "Systèmes linéaires"
(exercice 71, p. 106).
47
Analyse a priori de la situation ''La table"
Cet énoncé de problème "concret" présente une résolution de type algébrique par
l'intermédiaire de l'écriture d'un système à 2 équations et 3 inconnues (donc inhabituel
pour un élève de Seconde) et une résolution de type arithmétique. L'élève se conformant
à la règle RI (écriture d'un système à partir de l'énoncé) se retrouve en situation de
"rupture" par rapport aux règles R 3 et R'3' On peut donc supposer que certains élèves ne
sauront pas résoudre cet exercice ou reviendront à une solution de type arithmétique se
plaçant alors en situation de rupture avec RI' Des réponses d'élèves de Seconde à cet
exercice nous donneront donc des indications sur la stabilité de leur comportement vis à
vis des règles RI, R3 et R'3'
De cette analyse, on peut trrer deux types de réponses pOSSl"bl es:
Réponse de type 1
On introduit deux inconnues auxiliaires, x et y dimensions
des blocs. Soit h la hauteur de la table. L'énoncé conduit
au système suivant:
{h~r-Y+x
Réponse correcte en rupture
avec la règle du contrat
didactique R3 et R' 3
h=s+y-x
L'expérimentation que nous avons élaborée et dont nous avons présentée en partie
le scénario au lecteur, a été mise en œuvre le 10 avril 1996 dans une classe de Seconde au
lycée de Pontcharra (Isère). L'effectif de la classe était de 30 élèves.
Cinq élèves n'ont pas du tout abordé cet exercice. Examinons les 25 copies et
brouillons restants.
Trois élèves n'ont pas précisé le choix des inconnues: ils ont écrit des "x" et des
"y" sans préciser à quoi ces lettres correspondent pour eux. 21 élèves ont amorcé une
réponse incorrecte du type 2 (voir annexe II et III) en choisissant les tarifs comme
inconnues. Une seule élève a choisi les "bonnes" inconnues correspondant aux bénéfices
et commencé une résolution correcte du type 1.
Ces 25 élèves ont tous écrit le système:
65X + 18y = 939
{52x + l2y = 756 (avec x et y désignant les "bonnes" ou "mauvaises" inconnues)
Sept d'entre eux (dont l'unique élève ayant choisi les "bonnes inconnues"), se sont
49
arrêtés directement après cette étape de la méthode de mise en équations et n'ont pas
résolu le système obtenu. Huit autres élèves ont fait des erreurs de calculs et aboutissent à
des solutions numériques inexactes. Trois élèves n'indiquent sur leur copie que le résultat
"Pl = 15" mais des calculs et des ratures sur leur brouillon nous suggère qu'ils ont en fait
trouvé la solution "P2 =- 2" mais que devant ce résultat négatif, persuadés d'avoir fait une
erreur numérique, ils ont recommencé leurs calculs. Sept élèves indiquent les deux
solutions trouvées "Pl = 15" et "P2 = -2" : parmi eux, deux élèves concluent par
"impossible" ou "faux" (voir en annexe II) et les deux autres marquent leur étonnement
("C'est dingue! ").
Les difficultés des élèves de cette classe en réponse à l'exercice "La fleuriste"
confIrme bien les prévisions de la majorité des enseignants interrogés et le fait que cet
exercice est en rupture avec le contrat didactique spécifIque à la mise en équations de
problèmes "concrets". Le comportement de pratiquement tous les élèves (21 sur les 25 qui
ont répondu) a obéi aux règles de contrat Rz,R'z et R"z : les débuts dè réponses dites de
type 2 dans notre analyse sont majoritaires. Ces règles semblent par ailleurs très stables :
devant une solution négative, certains élèves ont remis en doute leur résolution numérique
du système ou montré leur surprise mais aucun n'a douté de son choix d'inconnues.
Beaucoup d'élèves ont semblé être très perturbés par la "rupture" que représente cet
énoncé avec les règles R 3, R'3. Douze binômes interrogés (dont huit ayant fmi par
trouver la solution et quatre n'ayant pas abouti) ont essayé au moins dans un premier
temps de résoudre le système de la réponse de type 1 pour trouver la valeur des 3
inconnues par les méthodes numériques connues, tout en marquant leur surprise devant sa
forme "inhabituelle". Six binômes ont également réagi par rapport à cette rupture en
22 Nous avons également enregistré les dialogues entre 8 binômes pour analyser les interactions entre les
élèves pendant la résolution de cet exercice, ce qui dans notre mémoire de DEA donne lieu à une analyse œ
protocole que nous laissons de côté ici.
50
v. Conclusion
23 "D'ailleurs, ce sont en fait les ruptures de contrat qui sont importantes (...) la connaissance sera justement ce
qui résoudra les crises issues de ces ruptures." (Brousseau 1986, p. 51-52).
51
ne faut pas négliger cet espace de liberté restreint laissé à l'élève qui n'est pas sans lui
poser des difficultés. Cependant pour en revenir à nos premières préoccupations, peut-on
encore parler d'activité de modélisation?
D'autre part la stabilité du comportements des élèves vis-à-vis des attentes de
l'enseignant (que nous avons interprété comme le respect de règles implicites) ne peut
s'expliquer que par des pratiques déjà anciennes des élèves et des enseignants, c'est à dire
des pratiques algébriques installées dès le collège. Rappelons le texte du programme
actuel de la classe de Troisième :
"3. Équations et inéquations du premier degré:
Méthodes graphiques de résolution d'équations et d'inéquations du premier degré à deux inconnues à
coefficients numériques
Méthodes de résolution d'un système de deux équations ou inéquations du premier degré à deux
inconnues à coefficients numériques
Exemples variés de problèmes se ramenant au premier degré:
Les travaux se placeront dans le cadre des différentes parties du programme. Comme en
Quatrième, on dégagera sur les exemples étudiés, les différentes phases du traitement d'un problème:
mise en équation, résolution, interprétation du résultat." (Op. cité, p.. 66)
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXE 1
QUESTIONNAIRE DESTINE AUX ENSEIGNANTS
Première partie
Deuxième partie
Vous devez cocher pour chaque solution envisagée si cette réponse a des chances
d'apparaître dans votre classe (attendue) ou si elle a peu de chance d'apparaître (non
attendue).
Exercice 1
Énoncé
Solutions proposées
Solution 1:
Soit Pl le tarif normal et P2le tarif réduit, en traduisant les hypothèses de l'énoncé,
on obtient le système
Solution 2:
Exercice 1
Solution 1
Attendue : oui - non
Pourquoi:
Commentaire:
Solution 2
Attendue : oui - non
Pourquoi:
Commentaire:
56
ANNEXE II
BROUILLON DE L'ELEVE 1
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57
ANNEXE III
BROUILLON DE L'ELEVE 2
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65
58
ANNEXE IV
ENONCE DU BINOME 1
exercice J:
On dispose d'une ulblc el de deux blocs plucés comme sur la figure 1. On trouve que la
longueur r esl de 32 pouces. Après ~lvoirréarrangé les deux blocs comme sur la figure 2. on
t~que la longueur s est de 28 pouces.