Fabiola
Fabiola
Colorimétrie
2007-2008
Le stimulus physique.
Sources de lumière.
Rayonnement électromagnétique.
Lumière blanche.
Les corps noirs.
Sources à spectres discontinus et combinés.
Sources de lumière standard.
Distinction source et illuminant.
Spectre et couleur.
Description de la couleur.
Coordonnées de couleur.
L’apparence de la couleur.
Le métamérisme.
Résumé.
2. Description de la couleur.
Le système CIE.
Echelle de luminosité.
L’examen.
L’estimation.
L’échantillon.
Regardez !
Spectrophotométrie.
Source, monochromateur et détecteur.
Perceptibilité vs acceptabilité.
4. Les colorants.
Teinture vs pigment.
La solubilité.
La nature chimique.
La transparence.
Résumé.
Sources d’information.
Personnel expérimenté.
Les fournisseurs de colorants.
Les livres et périodiques.
L’expérience de l’utilisateur.
Gammes de couleurs.
5. La coloration en industrie.
Mélange additif.
Appariement de couleurs.
Types d’appariement.
Appariements invariables.
Appariements conditionnels.
L’appariement initial.
L’appariement visuel.
Aides instrumentales.
Monitoring.
La valeur de l’instrument.
L’effet des variations de processus.
Ajustement.
Contrôle.
Bibliographie et webographie.
Le stimulus physique.
Pour décrire la couleur, nous devons parler à la fois d’actions physiques, telle que la
production d’un stimulus sous forme de lumière, et de résultats subjectifs comme la
réception et l’interprétation de ce stimulus au niveau de l’œil et du cerveau. Dans un premier
temps, nous n’étudierons que l’aspect physique de la couleur, qui est le plus simple.
D’un point de vue purement physique, la production de couleur requiert tout au plus 4
choses : une source de lumière, un objet illuminé, un œil pour détecter le signal et le cerveau
pour l’analyser. Bien évidemment, l’œil et le cerveau peuvent être remplacés par un
détecteur photosensible, relié à un ordinateur pour le traitement de signal. Bien qu’une
source de lumière puisse être observée directement pour en percevoir la couleur, nous nous
réfèrerons toujours à un objet illuminé par une source de lumière, à moins qu’il n’en soit
spécifié autrement (puisque c’est l’interaction de la lumière avec la matière qui nous
intéresse préférentiellement).
Sources de lumière.
Rayonnement électromagnétique.
Le rayonnement électromagnétique, dont la lumière est un exemple, est une forme
d’énergie constituée d’ondes, c'est-à-dire de phénomènes vibratoires caractérisés par :
une vitesse de propagation (en l’occurrence c = 3.108 m.s-1, constante pour toutes les
ondes électromagnétiques dans le vide), une fréquence ν (nombre de vibrations par
seconde) et une longueur d’onde λ (distance parcourue pendant une vibration). Ces 3
longueurs sont liées par la relation λ = c / ν. Bien qu’il y ait une continuité totale dans les
valeurs possibles de longueur d’onde (ou de fréquence), on distingue (arbitrairement) sur
cette base des domaines particuliers du rayonnement électromagnétique, comme
indiqué sur la figure 1.1.
La relative insensibilité de l’œil limite la partie visible du spectre à une très étroite
portion du spectre de 400 à 700 nm (380 à 780nm, suivant les auteurs). La nuance que nous
reconnaissons comme étant du bleu se situe environ en dessous de 480 nm, le vert grosso
modo entre 480 et 560, le jaune entre 560 et 590, l’orange entre 590 et 630 et le rouge au-
delà de cette valeur. Le pourpre, qui est obtenu par mélange de lumière rouge et bleue (soit
les extrêmes du spectre visible) est une nuance commune que l’on ne retrouve pas dans le
spectre.
Lumière blanche.
La plupart des sources lumineuses auxquelles nous pouvons penser émettent une
lumière blanche ou proche du blanc (soleil, filament d’une ampoule, tube fluorescent, etc.).
Isaac Newton a montré, en utilisant un prisme pour disperser la lumière en son spectre, que
la lumière blanche est normalement constituée de toutes les longueurs d’onde visibles. La
lumière de n’importe quelle source peut être décrite en terme de puissance relative (ou
d’intensité) émise à chaque longueur d’onde. Le tracé de cette puissance (intensité) en
fonction de la longueur d’onde donne la courbe de distribution de puissance spectrale d’une
source de lumière (son spectre, en simplifié). Quelques exemples typiques sont illustrés
dans la figure 1.2.
tungstène des ampoules à incandescence sont de bonnes approximations d’un corps noir,
mais leur température de couleur n’est pas exactement égale à leur température réelle.
Les spectres de deux corps noirs, représentant l’intervalle de températures de
couleur d’intérêt dans les problèmes de couleur, sont illustrés dans la figure 1.3. Le spectre à
2854 K est typique d’une lampe à filament de tungstène de 100 W, alors que celui à 6500 K
est comparable à celui de la lumière du jour. Notons toutefois que la lumière du jour réelle,
comme on peut le voir dans la figure 1.2., ne présente pas le spectre d’un corps noir, comme
de nombreuses autres sources de lumière répandues telles que les lampes fluorescentes et
les lampes à arc.
A B
Figure 1.4. : A : Spectre discontinu : Emission d’une lampe à vapeurs de mercure dans l’UV. B : Spectre
combiné : Emission d’un tube fluorescent de type « Warm white ».
Spectre et couleur.
Si nous considérons la lumière réfléchie ou transmise par un objet matériel, plusieurs
spectres différents peuvent aboutir au même effet visuel que nous appelons couleur. Il s’en
suit que la connaissance d’une couleur d’un objet ne permet pas d’en déduire le spectre,
mais qu’il est par contre possible de connaître la couleur d’un objet à partir de son spectre.
La transmission.
La lumière peut simplement traverser l’échantillon sans modification majeure, on dit
alors qu’elle est transmise à travers la matière, laquelle est alors dite « transparente ». Si la
matière est incolore, toute la lumière est transmise à l’exception d’une faible quantité qui est
réfléchie aux deux surfaces de l’objet.
Cette réflexion et la diffusion de la lumière, dont nous parlerons ultérieurement, se
produisent chaque fois qu’il y a une modification de l’indice de réfraction (paramètre qui
L’absorption.
En plus d’être transmise, la lumière peut être absorbée. Si une substance absorbe
une partie de la lumière, elle apparaît colorée, mais reste transparente. Si toute la lumière
est absorbée, la substance est noire et dite « opaque ».
Une loi fondamentale de l’absorption de la lumière (la loi de Lambert) établit que la
fraction de lumière absorbée est proportionnelle à l’épaisseur du matériau (figure 1.8.). Cette
loi est toujours vraie, en absence de diffusion.
Une seconde loi fondamentale de l’absorption de la lumière (loi de Beer) établit que la
fraction de lumière absorbée est proportionnelle à la quantité de matériel absorbant (à la
concentration d’une solution, par exemple). Cette loi n’est pas applicable à tous les
matériaux.
La diffusion.
Finalement, la lumière peut être diffusée lorsqu’elle interagit avec la matière. Une
partie de la lumière est absorbée et réémise à la même longueur d’onde, mais la réémission
s’effectue dans toutes les directions. Les effets de la diffusion sont à la fois communs et
importants.
Lorsque la diffusion est suffisante, on dit que la lumière est réfléchie de façon diffuse
par une substance. Si seule une partie de la lumière traversant un échantillon est diffusée et
que l’autre partie est transmise, le matériau est dit « translucide ». Si la diffusion est si
intense qu’aucune lumière n’est transmise (il doit y avoir aussi un peu d’absorption, dans ce
cas) l’objet est dit « opaque ». La couleur de l’objet dépend de la quantité et du type de
diffusion et d’absorption en présence. Si il n’y a pas d’absorption et que la proportion de
lumière diffusée est la même pour toutes les longueurs d’ondes, le matériau apparaît blanc,
sinon, il est coloré.
Il est important de noter, ici, que la diffusion est due à l’interaction entre la lumière et
des petites particules dont l’indice de réfraction est différent de celui de l’environnement. La
quantité de lumière diffusée dépend fortement de la différence d’indices de réfraction entre
les deux matières (figure 1.10.), mais également de la taille des particules diffusantes
(figure1.11.). De très petites particules diffusent très peu, alors que la quantité de lumière
diffusée augmente avec la taille de la particule jusqu’à ce que cette dernière devienne
environ de la même taille que la longueur d’onde de la lumière, après quoi, elle diminue
lorsque la taille augmente encore (figure 1.12.).
Pour ces différentes raisons, les pigments seront des diffuseurs d’autant plus
efficaces que leur indice de réfraction sera différent de celui de la matrice dans lesquels ils
seront inclus et que leur diamètre de particule sera environ égale à celui de la longueur
d’onde. Il est donc possible d’obtenir un emballage transparent avec de très petites
particules d’oxyde de fer, malgré l’importante différence d’indice de réfraction entre le
pigment et la résine, de même, il est possible d’obtenir une bonne diffusion avec des
pigments organiques colorés de taille suffisante, malgré la faible différence d’indice de
réfraction.
Sachant que les matériaux colorés réfléchissent toujours la lumière de leur propre nuance et
absorbent celle de leur nuance complémentaire, on peut développer l’habilité de reconnaître
les couleurs à partir de leurs courbes de facteur de réflexion ou de transmission.
Figure 1. 13. : Courbes de facteur de réflexion (reflectance) : Pour différentes couleurs de substances.
Les bâtonnets.
Les bâtonnets sont responsables de la vision nocturne (vision scotopique) et
possèdent un maximum de sensibilité vers 510 nm. Leur sensibilité est liée à un colorant, la
rhodopsine, qui blanchit à la lumière du jour, expliquant par là leur insensibilité la journée.
Les bâtonnets ne fournissent qu’une réponse photométrique et ne permettent donc pas de
déterminer les couleurs ; nous ne nous y attarderons donc pas plus.
Les cônes.
Il est généralement admis qu’il existe 3 types de cônes dans la rétine et que leur
réponse à la lumière est différente en fonction de la longueur d’onde. Ils fournissent donc
une réponse photométrique et chromatique grâce à des pigments dont les maximums
d’absorption se situent dans le bleu, le vert et le rouge (figure 1.14. droite). C’est là la base
de la vision des couleurs et son aspect trichromatique.
Figure 1. 14 : Sensibilité : A
gauche, schéma des cellules
photosensibles de la rétine
(bâtonnets + cônes). A droite,
courbe de sensibilité des cônes en
fonction de la longueur d’onde.
individu possède une vision de la couleur un peu différente des autres et pour un même
individu, cette perception va évoluer avec le temps (le cristallin ayant tendance, avec l’âge, à
prendre une coloration légèrement jaunâtre, c'est-à-dire à absorber dans le bleu, la vision du
bleu diminue en vieillissant). Il peut donc arriver que, de bonne foi, deux personnes aient un
avis différent sur deux échantillons, l’un affirmant qu’ils sont de la même couleur, alors que
l’autre, les voit de couleurs différentes.
Détecteurs « artificiels ».
Les photomultiplicateurs et les photodiodes sont les pendants artificiels de l’œil. Leur
réponse est différente pour différentes longueurs d’ondes. Les courbes de réponse
spectrales pour ces détecteurs sont différentes de celle de l’œil (figure 1.15.), ce qui est
d’importance considérable pour la mesure des couleurs (certains appareils possèdent un
système de correction pour permettre d’effectuer une détection comparable à celle d’un œil).
Résumé.
Nous avons vu dans cette section que la production physique de couleur nécessitait 3
choses : une source de lumière, un objet à illuminer et un détecteur, habituellement l’œil et le
cerveau. Nous avons vu comment chacun des trois est décrit par une courbe tracée en
fonction de la longueur d’onde : la source de lumière, par son spectre ; l’objet, par sa courbe
de facteur de réflexion et/ou de transmission ; et, finalement, le détecteur, par sa courbe de
réponse spectrale.
La combinaison de ces trois paramètres fournit le stimulus, ou signal, que le cerveau
convertit en notre perception de la couleur. Nous devons maintenant considérer quelques
concepts psychophysiques et perceptuels plutôt que physiques et qui sont essentiels à la
compréhension et à la description de l’apparence de la couleur.
Description de la couleur.
Dans un premier temps, nous allons faire abstraction de tout ce que nous venons de
voir, ne retenant que ce concept très important : pour avoir une couleur, il faut une source,
un objet et un observateur.
Notre premier objectif est de décrire la couleur telle que nous la voyons. Dans cette
section, nous simplifierons le problème en considérant seulement la description d’une
couleur par une personne de vision normale, sous éclairage de jour. Dans la section
suivante, nous verrons quels impactes pourront avoir la variation de l’observateur et/ou de la
source de lumière.
Nous n’aurons toutefois pas encore trouvé une description complète de la couleur
perçue, puisque pour cela, il faudrait considérer les myriades de stimuli qui entourent la
scène complexe que nous observons en cet instant (influence de l’environnement, etc…).
Par simplification, nous ne considérerons donc qu’un stimulus de couleur isolé.
Supposons maintenant qu’elle veuille classer ces galets en fonction de leur couleur.
On peut penser à plusieurs façons de résoudre ce problème, nous n’en présenterons
toutefois qu’une. Considérons que notre expérimentateur, pensant aux couleurs en terme de
noms communs tels que rouge, vert, bleu, etc. comme la plupart d’entre nous le font,
choisisse d’abord de séparer les galets chromatiques des achromatiques (figure 1.17.).
Les galets chromatiques présentent une situation plus complexe parce qu’ils diffèrent
l’un de l’autre de plusieurs façons, pas seulement par des différences de luminosité. Notre
expérimentateur pourrait les séparer d’abord par teinte, c'est-à-dire dans différentes piles
qu’il appelle rouge, jaune, vert, bleu, etc. (figure 1.19.).
Chaque groupe de galets d’une même teinte peut alors être divisé suivant les
luminosités, juste comme pour les pierres achromatiques. Les galets « rouges », par
exemple, peuvent être séparés en roses, puis rouges, jusque rouges foncés. Chaque galet
rouge peut être reconnu comme étant équivalent en terme de luminosité à un galet gris de la
série achromatique (figure 1.20.).
Mais notre naufragé devra reconnaître que certains de ses galets rouges (et ceux
d’autres teintes également) diffèrent entre eux tout en ayant la même teinte et la même
luminosité. Il peut, par exemple, comparer une pierre rouge brique avec un galet présentant
un rouge tomate vif. Il devra admettre qu’ils ont la même teinte, aucune n’est plus jaunâtre
ou bleuâtre que l’autre. De même, il sera évident qu’ils ont la même luminosité, étant
équivalent de ce point de vue, au même galet gris moyen pris de la série achromatique.
Cependant ils sont distinctement différents. L’expérimentateur pourra, après réflexion,
reconnaître que ce troisième type de distinction réside dans la quantité de gris que contient
la couleur, l’un des galets présente une couleur vive (saturée), alors que l’autre présente une
couleur plus fade, grisâtre (désaturée ou lavée) (figure 1.21.).
Coordonnées de couleur.
Une fois que notre naufragé aura séparé toutes ses pierres par teinte, luminosité et
saturation (espace TLS), il trouvera que son classement fournit une place pour tous les
galets de la plage. Aucun qu’il puisse imaginer exister ne serait inclassable. Il conclurait
donc, avec raison, que trois, et seulement trois, paramètres (que nous appellerons
coordonnées colorimétriques) doivent être spécifiés pour définir une couleur.
Notons que seuls trois paramètres sont nécessaires pour déterminer une couleur,
mais ils ne suffisent pas, par contre, à définir l’apparence d’un objet. D’autres facteurs
doivent être pris en compte, comme la taille, la brillance, la texture, l’environnement, etc…
pour avoir une idée de l’apparence d’un objet.
Le schéma que nous avons décrit, avec la teinte, la luminosité et la saturation comme
coordonnées colorimétriques, est largement utilisé pour décrire la couleur d’une façon
systématique, comme dans le modèle de couleur de Munsell dont nous parlerons
ultérieurement. Il convient, toutefois, de noter que d’autres coordonnées pourraient être
utilisées (comme la brillance, un mélange de saturation et de luminosité).
Maintenant que nous avons une description de la couleur telle qu’elle apparaît à
l’observateur, pouvons-nous relier ces concepts psychologiques à la description physique
que nous avons développé dans la section précédente ? La réponse est « oui » ou tout du
moins « presque ». Comme nous le verrons dans le chapitre 2, il est possible de calculer, à
partir de la courbe de facteur de réflexion et/ou de la transmission, des sets de 3 nombres
qui décrivent la couleur. Si nous poussons les calculs suffisamment, ces nombres
commencent à s’accorder avec ce que nous percevons comme la teinte, la luminosité et la
saturation. Il est cependant probable que nous n’arrivions jamais à améliorer les calculs de
façon à ce que ces nombres représentent exactement ce que l’œil humain perçoit, ni même
que nous n’arrivions à comprendre pourquoi cela nous est impossible. Cependant, d’un point
de vue pratique, ce n’est pas très important.
Il est par contre important de noter que les données physiques (courbes de facteur de
réflexion et transmission) contiennent plus d’informations que n’en contiennent les
coordonnées que sont la teinte, la luminosité et la saturation ou n’importe quel autre set. En
d’autres termes, il est possible de trouver les coordonnées TLS à partir des données
physiques, mais l’inverse ne l’est pas. Les répercussions de ce fait sont à la base d’une
grande partie de la discussion de la prochaine section, et sont fondamentales à toute
technologie de la couleur.
L’apparence de la couleur.
Maintenant que nous avons développé un canevas pour la description de la façon
dont une couleur apparaît à un observateur, nous pouvons considérer comment cette
apparence change, lorsque l’un ou plusieurs des trois grands paramètres influençant la
couleur (source de lumière, objet et observateur) est(sont) modifié(s).
Le métamérisme.
Maintenant que nous cherchons les différences dans la perception d’un objet lorsque
la source ou l’observateur change (mais pas les deux à la fois), nous devons penser en
terme de paires d’objets. Voici la situation classique : deux objets semblent avoir la même
couleur, ils correspondent, sous une source lumineuse donnée. Ils ne correspondent
cependant pas sous une autre source (figure1.23.). Cela signifie que les deux objets, qui ont
des coordonnées de couleur identiques sous une source donnée, présentent des courbes de
facteur de réflexion différentes et donc des coordonnées de couleurs différentes sous une
autre source de lumière. Ce qui reflète une fois de plus que la courbe de facteur de réflexion
contient plus d’informations que les coordonnées de couleur.
pratiquement possible qu’en utilisant le même colorant pour les deux échantillons. Dans le
cas de matériaux différents, il est très difficile d’y arriver et tout le talent du coloriste est
nécessaire pour éviter les correspondances conditionnelles ou métamériques.
Résumé.
Si vous ne deviez retenir que quelques éléments de ce que nous venons de voir, ce
seraient les suivants : Dans le cas le plus simple d’un stimulus de couleur isolé, trois facteurs
sont essentiels à la production, la perception et la mesure d’une couleur : la source de
lumière, l’objet et l’observateur (qu’il soit humain ou non).
Malheureusement (d’un point de vue pratique), dans la vie réelle, les couleurs sont
influencées par l’environnement et les stimuli isolés ne sont pas légion. Il convient donc
toujours d’avoir à l’esprit que la sensation de couleur est modifiée par l’environnement et la
capacité d’adaptation de l’œil, et que cela, aucun appareil n’est capable de le mesurer.
Toutefois, l’utilisation industrielle de la technologie de la couleur peut être restreinte,
sans perte majeure, à des cas simples, pour lesquels les concepts que nous venons de
développer restent vrais.
2. Description de la couleur.
En moyenne, l’œil humain est capable de discerner plus de 350 000 couleurs
différentes. Pour pouvoir étudier ou utiliser ces différentes couleurs, il est plus qu’utile d’en
effectuer un classement afin de pouvoir les caractériser de manière simple et efficace.
Des nombreuses façons de classer les nuanciers (espaces colorimétriques), nous
distinguerons ceux qui consistent en une collection d’échantillons physiques et ceux qui ne
sont pas basés sur des échantillons réels. Le premier groupe sera subdivisé suivant la
présence ou l’absence d’une ligne de conduite à suivre pour construire le classement. Dans
chaque classe et division, nous décrirons un ou plusieurs exemples typiques, mais il en
existe d’autres.
Chaque couleur est identifiée de manière unique par un nom de type « P » + numéro
(lesquels ne répondent pas à une logique particulière). Les couleurs de ce nuancier sont en
fait créées à partir de 11 couleurs
fondamentales. Ainsi, P493, une sorte de
vieux rose, est composé de 20.3 % de
« Warm red », de 4.7 % de « Process blue »
et de 75 % de « Transparent white ».
Le système de Ostwald.
C’est probablement le système le plus connu qui soit basé sur les résultats du disque
colorimétrique. Idéalement, les couleurs, dans le système d’Ostwald, sont produites par la
lumière réfléchie sur un disque rotatif possédant des secteurs blanc, noir et d’échantillons
hautement chromatiques dites couleurs « pleines ». Ces teintes de base sont au nombre de
24 et s’appuient sur 4 teintes de base (jaune, rouge, bleu outremer et vert marin). Quatre
couleurs intermédiaires sont ajoutées (rouge-orange, violet, bleu glacier et vert feuille). Enfin,
ces 8 couleurs donnent chacune 3 variantes pour un total de 24 teintes qui peuvent former
un cercle (figure 2.2.). Une échelle de 8 niveaux de gris neutres est ajoutée à ces 24 teintes.
La quantité de blanc et de noir, qui est une « dilution » de la couleur, est notée sous
forme d’une paire de lettres, la première représentant le pourcentage de blanc et la seconde
le pourcentage de noir. Sont définies à la base 8 valeurs possibles notées a, c, e, g, i, l, n et
p. La table suivante indique les valeurs pour chacune des 8 lettres, selon qu’elles sont
utilisées pour désigner le taux de blanc ou de noir :
Lettre %blanc %noir Lettre %blanc %noir
a 89.13 10.87 i 14.13 85.87
c 56.23 43.77 l 8.91 91.09
e 35.48 64.52 n 5.62 94.38
g 22.39 77.61 p 3.55 96.45
Ainsi la notation 3pg définit un brun (teinte orange = 3) mêlé à 3.55% de blanc (p) et 77.61 %
de noir (g).
Figure 2.3. : Classement de Ostwald : Pour chaque teinte de base du cercle de la figure 2.2., il est
possible de définir une page (droite) suivant des critères de dilution par du blanc et du noir et de construire
ainsi une sorte d’espace colorimétrique (gauche)
Plage Catégorie
RAL 1001 à 1099 Jaunes
RAL 2001 à 2099 Oranges
RAL 3001 à 3099 Rouges
RAL 4001 à 4099 Roses / violets
RAL 5001 à 5099 Bleus
RAL 6001 à 6099 Verts
Figure 2.4. : RAL classic : Nuancier RAL classic sous
RAL 7001 à 7099 Gris forme de bloc à spirales.
RAL 8001 à 8099 Bruns
RAL 9001 à 9099 Blancs & noirs
Le RAL design a été mis en place notamment pour organiser les couleurs par teintes
plus précises. Il définit plus de 1600 couleurs, en leur attribuant un code sur 7 chiffres. Les 3
premiers désignent la teinte (001 à 360), les deux suivants la luminosité, et les deux derniers
la saturation. L’utilisation d’un tel système simplifie la recherche de nuances, dans la mesure
où l’on peut, en lisant le code, se faire une idée de la couleur (telle teinte, plutôt saturée ou
non, plutôt sombre ou lumineuse).
Le système Munsell.
Ce système, surtout utilisé aux USA, a été inventé par Munsell (qui l’eût cru ?) en
1909. Les couleurs y sont classées selon leur teinte, leur luminosité et leur saturation, dans
un solide de type « toupie » (figure 1.28.). Le « Munsell Book of Color » définit plus de 1500
couleurs au travers de 40 pages (teintes).
- La saturation commence à 0 (gris) et n’a pas de limite. Les couleurs « normales » ont
une saturation pouvant atteindre 20, mais le système Munsell peut attribuer une
saturation de 30 pour des couleurs fluos.
Ainsi, une couleur se voit attribuer un code du type « T L/S » (à noter qu’en anglais,
teinte = hue, luminosité = value et saturation = chroma, ce qui donne un code de type H
V/C). Par exemple, un rouge corail aura comme notation Munsell « 10R 6/14 », « 10R »
désignant la teinte rouge-orangée, « 6 » la luminosité (lumineuse à 60 %) et « 14 » la
saturation (vivacité).
Notons finalement qu’une « version améliorée » de l’espace de Munsell, le modèle TLS
est utilisé par de nombreux programmes de traitement électronique de l’image (figure 2.8.).
Cette toupie est alors présentée en « tranches » triangulaires, chacune d’entre elles
présentant les variations d’une même teinte.
- La teneur en noir (de 0 à 100 par pas de 10) : plus la valeur est élevée, plus la
couleur est sombre.
- La teneur chromatique (similaire à ce qu’on appelle ailleurs la saturation) entre 0 et
100 : plus la valeur est élevée, plus la couleur est forte (saturée).
Par exemple, un rose saumon (figure 2.11.) est codé S 2030-Y90R : 20 % de noir, 30 %
de teneur chromatique (saturation), mélange de 10 % de jaune et 90 % de rouge. Le préfixe
« S » indique qu’il s’agit d’un code standard dans le système NCS seconde édition.
Autrement dit, le « S » est présent pour les 1950 entrées de l’atlas NCS. Pour toutes les
références hors Atlas, on n’indique pas ce « S ».
Le système ISCC-NBS.
Pour simplifier la description d’une couleur, l’ISCC-NBS (Inter Society Color Council –
National Bureau of Standards) a standardisé le nom de 267 couleurs du nuancier de
Munsell. Chaque nom a donc une correspondance exacte avec une couleur bien
déterminée du système Munsell.
Pour ce faire, les 10 termes de base suivants ont été retenus : pink, red, orange,
brown, yellow, olive, green, blue violet, purple. Puis 28 noms ont été créés à partir de ces
termes, par combinaison en paire : reddish orange (orange tirant sur le rouge), bluish
gree, etc… Auquel il faut ajouter les 3 noms « white », « gray » et « black ». Enfin, une
liste de 8 adjectifs (plus le superlatif « very ») sont choisis pour traduire les nuances
d’une teinte donnée.
La combinaison d’une de ces teintes et d’un de ces adjectifs a permis de constituer les
267 noms de couleurs. On combine donc un adjectif, éventuellement précédé de « very »
plus un des 31 noms (28 + 3). Peut également apparaître le terme « grayish » ou
« blackish ». Dans la notation abrégée, on ne peut pas confondre le « v. » de « very » avec
le « v. » de « vivid », puisque « very » ne peut précéder un autre adjectif. Par exemple
« v.P » désigne « Vivid Purple » alors que « v.d.P » désigne « Very Deep Purple ». Notez
que toutes les combinaisons d’adjectifs et noms n’existent pas, car toutes n’ont pas de sens.
Par exemple, il n’y a pas de « Very Light Black » (noir très clair) ni de « Greenish Red »
(rouge verdâtre).
Ces 267 noms sont appelés « centroïdes » car, s’ils désignent une couleur Munsell bien
définie, on peut visuellement associer les nuances voisines au même terme. La figure 2.12.
montre comment se répartissent les noms ISCC-NBS à cheval sur les pages 4R et 6R du
nuancier de Munsell, et leur emprise approximative.
Le système CIE.
Le système CIE (Commission Internationale de l’Éclairage) est de loin le plus
important des systèmes, non associés à une collection d‘échantillons physiques qui soit
utilisé habituellement avec les instruments de mesure de la couleur. Ce système est basé
sur le fait qu’un stimulus de couleur est fournit par la combinaison adéquate d’une source de
lumière, d’un objet et d’un observateur (figure 2.13.). En 1931, la CIE ébauche la
standardisation de la source et de l’observateur ainsi que la méthodologie permettant
d’obtenir des nombres qui fournissent une mesure d’une couleur illuminée par une source
standard et vue par un observateur standard.
A B C D
Figure 2.13. : Origine d’un stimulus coloré : Un stimulus coloré (D) est fournit par la combinaison
adéquate d’une source de lumière (spectre A), d’un objet (courbe de facteur de réflexion B) et d’un
observateur (courbe de réponse spectrale C).
couleurs très différentes, à savoir rouge, vert et bleu. Ces trois lumières primaires sont
choisies arbitrairement, mais sévèrement contrôlées. En ajustant les intensités de ces
lampes, l’observateur peut fabriquer la couleur combinée qui s’accordera à celle de la lampe
test, sur l’écran. Les quantités des trois lumières primaires sont les trois nombres décrivant
la couleur test (figure 2.14.).
Figure 2.14. : Test CIE : Test de correspondance entre la couleur d’une lumière test et celle d’une
lumière combinée qui a permis de définir l’observateur standard.
Si les couleurs des trois lumières primaires sont assez différentes, une grande
quantité de couleurs tests peuvent être accordées de cette façon, mais en aucun cas, toutes
les couleurs tests possibles, et ce, quel que soit le set de lumières primaires. Ce problème
peut être déjoué de plusieurs façons. L’une d’elles consiste à ajouter une des lumières
primaires à la lampe test, plutôt que d’être mélangée avec les autres deux lumières
primaires. Cela revient en quelque sorte, lors du test évoqué ci-dessus, à soustraire cette
couleur des autres couleurs primaires. La couleur test peut alors être décrit par une
combinaison de quantités positives et négatives de lumières colorées primaires.
En utilisant des quantités négatives de lumière, comme décrit ci-dessus, il est
possible d’accorder n’importe quelle lampe test en mélangeant seulement trois lumières
colorées. Si on sélectionne des couleurs primaires du spectre telle que le rouge à 700 nm
(R), le vert à 546,1 nm (G) et le bleu à 435,8 nm (B), la figure 2.15. montre les quantités
relatives, que nous appellerons r , g et b , qui sont nécessaires à une personne, avec une
vision normale de la couleur, pour coordonner n’importe quelle couleur, pour autant que
chaque source de lumière émette la même quantité de puissance. Dans sa recommandation
de 1931, la CIE a adopté les valeurs moyennes de r , g et b obtenues par un petit nombre
d’observateurs comme étant la définition expérimentale de l’observateur standard CIE.
évident au fil des pages qui vont suivre. L’un d’eux est que y a été sélectionné tel qu’il soit
égal, en quantité de puissance totale, à la courbe de réponse spectrale de l’oeil que nous
avons vu à la figure 1.15., ce qui a pour résultat que la valeur de Y fournit une information
sur la luminosité d’une couleur et ce, quelles que soient les autres valeurs. La courbe y est
parfois appelée efficacité lumineuse spectrale ; à chaque longueur d’onde, elle montre
PR x , PR y et PR z , dont l’intégrale
Par convention, lorsque l’on travaille avec un objet réfléchissant, on assigne la valeur
de 100 à Y à un blanc idéal, non fluorescent, qui réfléchit 100 % à chaque longueur d’onde.
Lorsque l’on travaille avec un objet transparent, on assigne la valeur 100 à Y pour un objet
(fictif) parfaitement incolore et qui transmet à 100 % à chaque longueur d’onde. La façon de
La couleur, telle que décrite par la CIE, peut être tracée sur un diagramme de
chromaticité, habituellement un tracé des coordonnées de chromaticité x et y. L’une des
représentations les plus courantes est celle de la figure 2.19. La ligne connectant les points,
pour lesquels sont indiquées des longueurs d’ondes, représente les chromaticités des
couleurs du spectre. Les chromaticités du corps noir (la ligne noire courbée), les illuminants
CIE standard A, B, C, et D65 ainsi que le point achromatique E (x, y et z = 1/3) sont
également indiqués.
Il est bon de noter que le diagramme de chromaticité CIE1964, n’est que légèrement
différent du diagramme de chromaticité CIE1931. Nous n’en parlerons donc pas plus.
Un set de coordonnées alternatives (figure 2.20.), dans le système CIE, parfois
appelées coordonnées de Helmholtz, que sont la couleur dominante et la pureté
correspondent plus ou moins aux aspects visuels que sont la teinte et la saturation, bien que
leurs gradations ne paraissent pas visuellement uniforme. La couleur dominante d’une
couleur est la longueur d’onde de la couleur du spectre dont la chromaticité est sur la même
ligne droite que le point d’échantillon et d’illuminant. A noter qu’il n’est possible de trouver
une couleur dominante spectrale qu’à condition que la couleur échantillon se trouve entre le
point de l’illuminant et la courbe de spectre (courbe en forme de fer à cheval). Si le point
d’échantillon se trouve entre le point de l’illuminant et la droite correspondant aux couleurs
pourpres, la longueur d’onde que l’on trouve est dite « couleur dominante associée » et la
couleur dominante de cet échantillon est dites « non spectrale ». La pureté est la distance
entre le point correspondant à l’illuminant et celui correspondant à l’échantillon, divisée par la
distance entre le point correspondant à l’illuminant et le point de la longueur d’onde
dominante correspondante.
Illuminant C
Figure 2.20. : Coordonnées de Helmholtz : Supposons des objets de couleur B et B’ éclairés par un
illuminant C. Les couleurs sur un segment [C,A] correspondent à la combinaison d’une lumière spectrale pure
(A) à de la lumière blanche (teinte constante et saturation variable). La couleur A est la couleur dominante
associée à l’échantillon B. A’, qui se trouve sur la droite des pourpres, est une couleur non spectrale et est la
couleur dominante de B’. Notons que dans ce cas, A est la couleur dominante complémentaire de B.
Finalement, B’ est la couleur complémentaire de B (et vice-versa). La pureté de la couleur B est égale à
CB/CA (et celle de B’ est égale à CB’/CA’).
Il est important de noter que le système CIE n’est associé à aucun set particulier
d’échantillons physiques. C’est seulement accidentellement que des sets d’échantillons ont
été produits pour illustrer le système. Le système n’est pas non plus basé sur des étapes de
perception visuelles égales, bien que de nombreuses modifications du système CIE ont été
proposées pour ce faire. En fait, le système CIE n’a d’autres objectifs que de dire si deux
couleurs concordent (ce qui est le cas, si elles ont les 3 mêmes valeurs de X, Y et Z). Le
diagramme de chromaticité CIE, de la même façon, est proprement utilisé seulement pour
déterminer si deux couleurs ont la même chromaticité, pas pour savoir de quoi elles ont l’air,
ou en quoi elles diffèrent, si elles ne concordent pas.
Quoiqu’il en soit, il est souvent souhaitable de savoir, approximativement, où
certaines couleurs se situent sur le diagramme de chromaticité et si, en se limitant soi-même
à des couleurs vues sous un illuminant de type « lumière du jour » par un observateur
adapté à cette lumière, nous n’en sommes pas trop éloignés. C’est sur cette base qu’ont été
assignés les noms de couleurs que l’on retrouve dans le diagramme chromatique de la figure
2.19.
(figure 2.21.). Plus tard (1943), il développera un autre système, permettant de calculer des
petites différences de couleurs, mais ce système ne peut être décrit pas des équations
simples et est loin d’être linéaire.
Echelle de luminosité.
Comme la luminosité d’un objet est une des plus importantes coordonnées de
couleur, une attention particulière a été portée au développement d’échelles de luminosité
correspondant à une perception visuelle uniforme de cette variable. Une des premières
échelle de luminosité, proposée par Priest en 1920 suppose que la luminosité de Munsell
(« Munsell Value ») est proportionnelle à la racine carrée du coefficient de luminosité Y (V =
Y1/2). Ce qui est approximativement vrai lorsque des échantillons d’une échelle de gris sont
observés sur un fond blanc. Cette échelle a été adoptée plus tard, par Hunter (1942) qui a
conçu un colorimètre à lecture directe de la luminosité, L, qu’il a défini comme étant L = 10
Y1/2. Si les échantillons sont observés sur un fond gris moyen, l’équation doit être modifiée
pour tenir compte du facteur de réflexion de ce fond (Y/YMgO = 1,2219 V – 0,23111 V2
+0,23951 V3 – 0,021009 V4 + 0,0008404 V5). En fixant YMg0 comme étant égale à 1,026 pour
certaines conditions bien déterminée, on obtient une échelle de luminosité de Munsell
encore largement utilisée à présent : Y = 1,1913 V – 0,22532 V2 + 0,23351 V3 – 0,020483 V4
+ 0,00081935 V5. Plus tard (1958), Glasser a montré qu’une racine cubique est une bonne
approximation de cette équation et c’est finalement cette fonction qui sera retenue par la CIE
en 1976 pour définir sa luminosité métrique (L* = 116 (Y/Yn)1/3 – 16). A noter que dans cette
équation, Yn est fixé à 100 par convention et que pour des valeurs de Y/Yn inférieures, ou
égales à 0,008856, on utilisera plutôt la formule L* = 903,3 (Y/Yn). L* varie donc de 0 (noir
parfait) à 100 (blanc parfait) en passant, entre autre, par un gris moyen, dont la valeur de L*
est d’environ 50.
En 1973, MacAdam suggéra à la CIE que l’espace ANLAB pouvait être modifié pour
faciliter les calculs. Cette modification fut officiellement recommandée, en 1976, pour devenir
l’espace CIE L*a*b* avec l’abréviation officielle CIELAB (figure 2.23.).
Figure 2.24. : Espace CIELUV : Espace CIELUV à gauche et détail des coordonnées à droite.
L’examen.
L’étape d’examen d’une couleur inclut seulement la triade que nous avons déjà
mentionnée si souvent :
a) Une source de lumière qui illumine l’échantillon et le standard.
b) L’échantillon qui doit être évalué et le standard auquel on le compare. En examen
visuel et avec certains instruments, l’échantillon et le standard sont observés en
même temps. Examiner l’échantillon et le standard, l’un après l’autre, n’est pas une
bonne pratique, visuellement, mais se fait couramment en mesure instrumentale.
c) Un moyen de détecter la lumière qui vient de l’échantillon examiné.
L’estimation.
La seconde étape, dans la mesure d’une couleur, est divisée, pour des raisons
pratiques, en trois opérations nécessaires pour déterminer si un échantillon est identique ou
non au standard.
a) Un rapport doit être établi si il y a une différence entre l’échantillon et le standard. Ce
rapport peut être rédigé en termes de mesures instrumentales, ou de mots.
b) A supposer qu’il y ait une différence, le rapport conséquent doit être exprimé en
termes qui aient la même signification pour toutes les personnes impliquées. Ces
termes peuvent être une description verbale standardisée, en utilisant une
terminologie de couleur préalablement acceptée, ou le simple rapport des lectures
instrumentales elles-mêmes, ou encore, les coordonnées d’un point dans un système
de classement acceptable, dans lequel les données visuelles ou instrumentales ont
été converties.
c) La différence, bien qu’établie, doit être évaluée et une décision doit être prise quant à
son acceptabilité. Nous avons choisi de grouper des deux étapes ensembles, bien
qu’en pratique, elles puissent être entreprises séparément, même par des personnes
différentes de celles qui ont effectué les mesures.
C’est cette dernière étape qui est la plus difficile de toute la procédure de mesure et
évaluation d’une couleur, mais c’est également celle qui remplit les objectifs du processus
entier.
L’échantillon.
Alors que nous débutons notre discussion des étapes impliquées dans la mesure de
la couleur, nous nous trouvons d’abord confrontés au problème de l’origine et de la
préparation des échantillons. Envisageons ce point un peu plus en détail.
Regardez !
La question de la conversion de la substance colorante en une forme souhaitable
pour l’analyse est encore plus importante lorsqu’on envisage d’effectuer des mesures
instrumentales. La confiance aveugle, dans les mesures instrumentales dans des
laboratoires où des machines sont simplement « alimentées » en échantillons et les résultats
renvoyés centralisés, peut amener à de sérieuses erreurs, dues à des échantillons
inadéquatement préparés. Lorsque, par exemple, un panneau peint est regardé et comparé
avec un standard, un observateur entraîné peut repérer si l’échantillon et le standard sont
dans de bonnes conditions. C’est quelque chose qu’aucune machine, aussi complexe fut-
elle, ne peut faire. Les machines, bien qu’extrêmement utiles, ne peuvent réfléchir. C’est
pour cette raison qu’il est important que les échantillons, dont on veut mesurer la couleur,
soient regardés avant toute analyse, quelle que soit la technique que l’on envisage d’utiliser
pour ce faire. Ceci est spécialement vrai dans les grands laboratoires où la préparation de
l’échantillon n’est pas réalisée par la même personne que celle qui effectue l’analyse.
Le problème de variabilité des observateurs, par contre, n’a pas encore trouvé de
réponse satisfaisante. Des différences entre des observateurs, qui sont pourtant tous
reconnus comme ayant une vision normale de la couleur par divers tests, peut malgré tout
conduire à une grande diversité dans la détermination d’une concordance, au même titre que
le ferait une variation de source lumineuse. A moins que les différences au niveau des
observateurs ne soient connues et prises en compte, par exemple, par un accord préalable,
aucune standardisation des sources lumineuses ne peut conduire à des résultats
satisfaisants. A nouveau, nous ne pouvons que mettre l’emphase sur ce paramètre, bien trop
souvent ignoré. Des tests simples, utilisant des paires d’échantillons métamériques, sont
disponibles pour démontrer les différences au niveau des observateurs (et des sources
lumineuses). Ils devraient être utilisés pour trier les observateurs et éliminer ceux dont la
vision des couleurs s’écarte de la moyenne, tout en étant considéré comme ayant une vision
normale de la couleur. Lorsqu’une standardisation des observateurs de cette façon n’est pas
possible, une importance plus grande doit être accordée à la moyenne d’observations à
partir d’un ensemble d’observateurs.
complique beaucoup lorsqu’il existe une différence et qu’il faut dire quelle est cette différence
et la quantifier.
Cette limitation de l’œil humain peut être compensée en lui fournissant plus d’un
standard avec lequel faire une comparaison. Si l’observateur dispose d’un second standard
qui se situe à une distance connue du premier (en terme d’espace de couleur), son
évaluation de savoir si l’échantillon est plus proche du premier standard, le standard cible, ou
du second standard, le standard limite, sera facilitée.
L’examen visuel avec l’aide d’un ou plusieurs standards limites en plus du standard
cible est relativement commun. Le nombre de standards limites de même que le degré de
différence par rapport au standard cible dépend du niveau de tolérance de couleur désiré.
Une combinaison habituelle consiste en un standard cible et 6 standards limites : une limite
supérieure et une limite inférieur, pour chaque coordonnée de couleur, que sont la
luminosité, la teinte et la saturation. L’utilisation d’un set complet de standards limites,
combiné avec des sources standardisées, fournit une procédure de contrôle relativement
satisfaisante en routine. Il est essentiel que ces standards limites soient non métamériques
par rapport au produit qui doit être inspecté, ce qui n’est pas toujours le cas avec les
systèmes de ce type, disponibles commercialement.
Une procédure faisant intervenir des standards limites conduit logiquement à
l’utilisation d’instruments. Comme les standards limites définissent l’intervalle d’acceptabilité,
leur mesure avec un instrument de sensibilité adéquate fournit des valeurs numériques de
ces limites. Le type de valeurs obtenues dépend de l’instrument utilisé et ne devraient être
utilisés que comme accord préalable.
Si, par contre, il est nécessaire que l’instrument mesure l’un des aspects de
l’apparence d’objets colorés, spécialement leur luminosité ou quelque chose qui y est relié
(facteur de réflexion lumineuse, transmission, etc.), d’une façon qui soit en corrélation avec
ce qu’un observateur humain peut voir, il est nécessaire de se montrer plus prudent. La
condition nécessaire est alors que le produit du spectre de la source par la réponse spectrale
du détecteur soit égal au produit du spectre de l’illuminant désiré (habituellement C ou D65)
par la réponse spectrale V(λ) de l’observateur standard (figure 3.2.). Des filtres de lumière
sont disponibles pour remplir cette condition avec la plupart des sources et des détecteurs.
Figure 3.2. : Condition de mesure de luminosité : Si un instrument doit mesurer la luminosité d’un objet
coloré, ou une caractéristique qui lui est reliée, alors, le produit du spectre de la source, éventuellement
modifié par l’utilisation d’un filtre, par la réponse spectrale du détecteur doit être égal au produit du spectre
de l’illuminant désiré par la réponse spectrale de l’observateur standard.
Lumière monochromatique.
Le terme monochromatique signifie « d’une seule couleur » et une lumière
monochromatique est donc une lumière qui ne contient qu’une seule couleur du spectre. Un
monochromateur est un montage, qui peut contenir un prisme ou un réseau, produisant ce
genre de lumière en décomposant la lumière blanche, en son spectre et en isolant une partie
de ce dernier à la fois. Un instrument de mesure de couleur utilisant une lumière
monochromatique peut mesurer la courbe de facteur de réflexion, ou de transmission, d’un
échantillon. Comme nous l’avons vu, cette courbe contient toutes les informations
Spectrophotométrie.
La spectrophotométrie, c'est-à-dire la mesure du facteur de réflexion ou de
transmission des objets en fonction de la longueur d’onde, a beaucoup d’applications, autres
que la mesure de la couleur. Nous ne décrirons, ici, que la spectrophotométrie dans le
domaine visible du spectre, soit entre 380 et 750 nm environs, comme cela se passe
effectivement dans les instruments adaptés à la mesure de la couleur.
Standardisation et précision.
Nous n’allons pas nous étendre sur ce point, retenons simplement que, comme tout
appareil de mesure précis, un spectrophotomètre doit être régulièrement calibré, pour
s’assurer que les résultats fournis sont bien reproductibles. Cette calibration requiert
habituellement, au minimum, 2 standards : l’un étant un blanc de travail, qui peut être
constitué de téflon, d’émail, ou de céramique, par exemple, et dont l’écart par rapport au
blanc parfait est connu du logiciel de traitement des données ; l’autre étant un piège à
lumière, qui permet de fixer le noir parfait. Souvent, on utilise un standard de plus, un vert,
par exemple.
variation est une source de confusion et de découragement. Avec un instrument, par contre,
la description de la différence entre le standard et l’échantillon est non ambiguë, même si
l’interprétation des résultats, en terme visuel, peut être sujet à interprétation.
La conversion de la description de la relation entre le standard et l’échantillon, en des
termes de couleur, telle qu’elle est perçue, n’est pas du tout évident. En se fiant à des
coloristes entraînés et à un système standardisé, il est possible de décrire la différence entre
le standard et l’échantillon de façon à la rendre compréhensible par d’autres personnes
entraînées. Habituellement, toutefois, on fera plus confiance à des standards limites et
l’estimation finale consistera simplement à dire si la couleur de l’échantillon tombe ou non
dans la zone de tolérance,
La première équation de différence de couleur qui ait été utilisée, l’index d’effacement
de Nickerson (1936), additionne simplement les différences de coordonnées de Munsell
2
entre l’échantillon et le standard : ∆E = C∆H + 6∆V + 3∆C (avec C = saturation, V =
5
luminosité et H = teinte). Balinkin a modifié cette formule, en 1941, pour l’adapter à une
géométrie Euclidienne, dans laquelle la distance oblique entre deux points est la racine
carrée de la somme des carrés des distances entre eux, suivant trois axes de coordonnées
2 2
⎛2 ⎞ ⎛ 20 ⎞
mutuellement perpendiculaires : ∆E = ⎜ C∆H ⎟ + (6∆V ) + ⎜ ∆C ⎟ .
2
⎝5 ⎠ ⎝π ⎠
A cause de la difficulté de calculer des coordonnées de Munsell à partir des
coordonnées X, Y et Z CIE, ces équations et leurs modifications ultérieures n’ont jamais été
très populaires. Adams, en 1942, développa les formules, modifiées par Nickerson, qui
aboutirent aux équations ANLAB, dont l’équation de différence de couleur :
calculées à partir de la formule donnée en page 40, avec Y, X/0.9804 et Z/1.1810). Plus tard,
Glasser, Sauderson et Reilly ont introduit quelques modifications mineures à ces équations,
que nous avons déjà abordées à la page 40.
la luminosité est prise en compte, les ellipsoïdes correspondants. Plus tard (1957), Brown a
trouvé des ellipses pour 12 observateurs, Wyszecki (1971) en a étudié encore plus, et Rich
(1975) a obtenu des ellipses similaires, mais pour des surfaces colorées, cette fois. Les
variations observées représentent l’écart dans la perception des différences de couleur, d’un
observateur à un autre, dans les limites d’une vision normale de la couleur.
MacAdam a montré comment utiliser ces ellipses pour calculer des différences de
chromaticité. Simon, pour sa part, les a combiné avec un calcul de luminosité de Munsell
modifié pour fournir des ensembles de tableaux très utiles pour un rapide calcul manuel de
différences de couleurs et comme tableaux de tolérance de couleur. Plus tard, MacAdam,
Friele et Chickering ont collaboré pour produire deux équations de différence de couleur,
connues comme FMC-1 et FMC-2. Cette dernière a été utilisée, plus tard, dans différents
softwares de colorimètres et sa popularité s’est accrue. Malgré l’utilisation courante de ces
équations, ni elles, ni aucune autre équation dérivée des ellipses de MacAdam ne sont
présentes dans les recommandations de la CIE 1976.
Recommandations de la CIE.
Les équations de différence de couleur connues comme équations CIELAB et
CIELUV accompagnent la recommandation CIE de 1976 (CIE 1978) pour les nouveaux
espaces de couleur, équations de différence de couleur et termes de couleurs discutés en
page 41. Les équations dérivent directement des définitions des coordonnées de couleur
psychométriques décrites alors. La CIE ne tranche donc pas sur l’équation à utiliser, soit la
CIELAB, soit la CIELUV. L’une des raisons en est qu’il y a très peu de différence entre elles,
dans leur façon de s’accorder avec des données visuelles. Il a également été montré
qu’aucune de ces équations ne reproduisait ni les ellipses de MacAdam, ni les écarts dans
les couleurs de Munsell. Il est probable que les personnes travaillant dans les domaines de
reproduction de la couleur, qui préfèrent un espace de couleur qui possède un diagramme
de chromaticité qui soit une transformation linéaire du diagramme CIE x, y, préfèreront
l’espace CIELUV et utiliseront probablement les équations de différence de couleur
correspondantes. Par contre, les personnes qui devront travailler avec des colorants dans
des peintures, des plastiques, textiles, etc. et ceux qui sont familiers avec les équations
d’Adams-Nickerson, préfèreront certainement utiliser CIELAB.
Comme nous l’avons signalé à la page 51, il existe une exception au fait qu’il soit
impossible de passer facilement d’une différence de couleur obtenue par une équation à une
autre. Cette exception vient du fait que l’équation CIELAB est très proche de l’équation
ANLAB et qu’il est en général possible de passer d’une différence de couleur déterminée par
ANLAB 40 à une différence de couleur CIELAB, simplement en multipliant par le facteur
constant 1,1.
Il est parfois intéressant de séparer la différence de couleur ∆E* CIELAB ou CIELUV,
en ses composants se rapportant à la teinte (H*), luminosité (L*) et saturation (C*) :
Perceptibilité vs acceptabilité.
Que l’on ait, ou non, converti des données instrumentales en valeur désignant la
différence de couleur, en prenant toutes les précautions nécessaires, le problème, en fin de
compte, dans la mesure de la couleur, est d’évaluer la différence de couleur en terme
d’acceptabilité de l’échantillon, comparé au standard. Si des standards limites,
adéquatement sélectionnés et préparés, sont utilisés, cette dernière étape se fait
automatiquement.
Si les limites d’acceptabilité sont exprimées en termes de valeur de différence de
couleur, il y a un réel problème auquel faire face. Il n’est pas seulement vrai que des valeur
de différences égales, dans n’importe quel système de calcul, ne correspondent pas à des
différences de couleurs visuellement perceptibles égales, mais il se trouve que, ce qui
constitue une différence de couleur acceptable, est un phénomène statistique. C'est-à-dire
que toutes les personnes ne seront pas d’accord sur ce que devrait être une différence de
commander des barres d’acier machinées avec une tolérance de 25 µm si c’est pour les
utiliser comme barres de renforcement d’un béton armé. Une des raisons pour laquelle ce
n’est pas fait, entre autre, est le fait que, plus la tolérance est étroite, plus le prix sera élevé.
Une tolérance, plus réaliste qu’une concordance « exacte », peut être facilement définie par
des standards limites dans plusieurs dimensions de l’espace de couleur. Bien entendu,
lorsqu’une concordance « exacte » est nécessaire, elle peut être fournie… pour autant que
l’on soit prêt à en payer le prix.
Les tolérances de couleur devraient être définies pour correspondre à un accord
entre l’acheteur et le vendeur. Une façon d’y arriver, en utilisant des lectures instrumentales,
est de développer une table de tolérance en gardant un enregistrement des mesures de
chaque lot d’une couleur donnée produite. Ces données peuvent être tracées dans un
espace de couleur uniforme approprié, comme sur le diagramme CIELAB (figure 3.6.).
Comme illustré, les lectures correspondant à chaque lot sont rapportées en indiquant si ce
dernier a été accepté ou non. A mesure que le nombre d’enregistrement augmente, il devient
possible de tracer une figure de tolérance qui peut être un cercle, une ellipse, ou même une
forme irrégulière, centrée, ou non sur le standard. Avec l’expérience, on peut estimer
d’avance la probabilité que le prochain lot, fabriqué, mesuré et rapporté, sera accepté ou
non. Des standards limites, pour un contrôle visuel, peuvent être sélectionné à partir des
lots, dont le point tombe à proximité du tracé de la figure de tolérance.
Cette procédure, pour laquelle une grande confiance est placée dans les mesures
instrumentales et les standards limites, requière une extrême prudence dans la
standardisation des techniques employées. Comme les standards physiques peuvent
changer, il est important que leur stabilité soit vérifiée avant d’utiliser la conformité à ces
standards comme un critère d’acceptabilité. Il faut insister sur le fait que les standards
limites, qu’ils soient utilisés comme assistants à l’examen visuel, ou pour fixer des intervalles
4. Les colorants.
Jusqu’à présent, nous avons répété à plusieurs reprises que la couleur que nous
percevions, d’un objet, dépendait de la combinaison du spectre de la lumière, de la courbe
de facteur de diffusion ou de transmission de l’objet sur lequel la lumière tombe, et de la
courbe de réponse spectrale de l’observateur. Nous le répétons une fois de plus, pour que
nous ayons bien à l’esprit que la couleur est le fruit de trois facteurs, alors que, dans ce
chapitre, nous n’allons considérer qu’un seul d’entre eux. En effet, nous considérerons que
la source et l’observateur, sont deux constantes et n’examinerons que les substances
utilisées pour modifier la courbe de facteur de réflexion ou de transmission d’un objet.
Nous désignerons ces substances par le terme général « colorant ». Nous ferons
ultérieurement une distinction entre les teintures et les pigments, ainsi qu’entre les colorant
chromatiques et achromatiques.
Teinture vs pigment.
Dans le passé, lorsque les choses étaient relativement simples, il était facile de faire
la distinction entre une teinture et un pigment. Une teinture était une substance, soluble dans
l’eau utilisée pour colorer des produits à partir de solutions aqueuses. Un pigment était une
matière insoluble, sous forme de particules dispersées dans le milieu qu’il colorait. Bien que
cette distinction soit toujours valable dans la plupart des cas, il existe de nombreuses
exceptions, de sorte que des critères additionnels ont du être imaginés pour faire une
distinction entre ces deux types de colorants. Aucune définition n’est complètement
satisfaisante, puisqu’un composé chimique donné peut être, soit un pigment, soit une
teinture, en fonction de la façon dont il est utilisé. Dans les paragraphes suivants, nous
allons examiner certains des critères les plus communs permettant de distinguer une teinture
d’un pigment.
La solubilité.
Pendant de nombreuses années, il a été communément établi que les teintures sont
solubles et les pigments insolubles. C’est généralement vrai : la plupart des teintures sont
solubles dans l’eau. Il existe toutefois des exceptions, ou tout le moins, des cas limites.
Depuis un certain temps, dans le but de diminuer la pollution des eaux, l’industrie
textile utilise parfois des bains de teinture à base de solvants. Dans ce cas, à l’exception
qu’un solvant organique est substitué à l’eau, le critère de solubilité est satisfait, le solvant
utilisé servant seulement à assurer un contact intime entre la teinture et le matériau devant
être coloré.
Par contre, les pigments sont toujours insolubles dans le milieu dans lequel ils sont
utilisés : tout caractère soluble est considéré comme un défaut dans l’industrie utilisant des
pigments.
La nature chimique.
Une autre distinction traditionnelle entre pigment et teinture était que les teintures
étaient des substances organiques, alors que les pigments étaient des substances
inorganiques. Cette situation a évolué avec le temps. Si le nombre de teintures inorganiques
est toujours pratiquement nul, il n’en va pas de même des pigments organiques, dont le
nombre ne cesse de croître. Il est donc toujours vrai que la plupart des teintures sont
organiques, mais il n’est plus exact que la plupart des pigments sont inorganiques.
La transparence.
Une autre distinction provient de l’utilisation de pigments ou de teintures pour colorer
les polymères. Les colorants qui se dissolvent dans une résine et qui donnent donc un
mélange transparent, sont appelés teintures, alors que les pigments, qui ne se dissolvent
pas, mais diffusent la lumière, donnent un matériau trouble, translucide ou opaque.
Cette distinction est valable dans la plupart des cas, mais plusieurs pigments
organiques (et quelques inorganiques) peuvent être si bien dispersés que la résine colorée
qui en résulte, est pratiquement transparente. Dans plusieurs cas, il y a si peu de diffusion
qu’il est impossible, à partir d’un simple examen visuel, de déterminer si le plastique est
coloré avec une teinture soluble dans la résine, ou avec un pigment très dispersé.
Pour arriver à un tel degré de transparence, il est nécessaire, dans la plupart des cas,
qu’outre une excellente dispersion, la résine et le pigment possèdent des indices de
réfraction similaires. Avec des pigments organiques, cette condition est remplie. Quelques
pigments inorganiques, tels que l’oxyde de fer, sont constitués de particules tellement petites
qu’ils ne diffusent pas la lumière visible et sont dès lors transparents.
A contrario, une bonne opacité est obtenue plus facilement en utilisant un pigment
dont l’indice de réfraction est très différent de celui de la résine. Les substances organiques
sont donc en général des pigments à faible pouvoir opacifiant, à cause de leur indice de
réfraction trop proche de celui de la résine, et ce, malgré leur insolubilité. Dans ce dernier
cas, les particules du pigment organiques doivent être assez grandes pour permettre une
bonne diffusion de la lumière.
Résumé.
Il est évident que les critères que nous venons de discuter sont tous en accord, la
plupart du temps. La majeure partie du temps, les mêmes colorants seront solubles,
organiques, transparents et ne requérront aucun liant dans un système donné. Ils seront dès
lors appelés teintures.
Sources d’information.
Il y a trois sources majeures d’information sur la sélection des colorants.
Personnel expérimenté.
Le personnel le plus ancien, le plus expérimenté, du laboratoire ou de l’usine,
représente souvent la meilleure source d’information sur le choix des colorants.
Malheureusement, cette situation peut également servir à perpétuer les mythes qui ont cru
dans cette usine ou ce groupe de personnes.
L’expérience de l’utilisateur.
A mesure que le coloriste gagne de l’expérience, ses propres connaissances vont
prendre le pas sur n’importe quelle source d’information. Il doit en être ainsi, puisqu’il est le
seul à travailler dans les conditions exactes d’application dans son usine. Cela dit, si
faire du mieux qu’il peut. Dans ce dernier cas, il lui est quand même souvent loisible de
choisir la méthode de coloration. Plus le choix de la couleur intervient tard dans la
fabrication, plus le producteur dispose d’une grande flexibilité. Par contre, plus tôt le choix de
la couleur intervient dans la fabrication, plus importants sont le contrôle et l’uniformité qui en
résultent. Ces deux extrêmes sont rencontrés dans l’industrie.
Avec tant de paramètres dont il faut tenir compte dans le monde industriel, le choix
du colorant et de la méthode de coloration est, habituellement, un compromis entre les
désirs du designer et le monde réel des colorants disponibles et des considérations
économiques qui gouvernent la coloration de l’objet en question. Dans un monde idéal, il n’y
aurait pas de restrictions dues au coût, et il y aurait des colorants disponibles pour chaque
teinte, dans chaque substrat au niveau de solidité désiré. Mais malheureusement, cette
situation n’existe pas. Pour cette raison, le coloriste, qui doit adapter les projets des
designers au monde réel de l’industrie, doit disposer, lors de la planification de la couleur,
d’une liste complète des propriétés d’ingénierie qui sont nécessaires.
Gammes de couleurs.
Une gamme de couleurs représente l’ensemble des couleurs perceptibles, qui
peuvent être obtenues dans des conditions déterminées. Elle est le fruit de limitations qui
peuvent être discutées en terme de système CIE. Par ordre croissant de sévérité, il y a :
1. Les limites de toutes les couleurs réalisables, comme indiquées par le lieu spectral
du diagramme de chromaticité CIE.
2. Les limites de toutes les couleurs possibles, ayant un coefficient de luminosité donné
(valeur Y), comme défini par les limites de MacAdam (figure 4.1.).
Figure 4.1. : Limites de MacAdam : définissent toutes les surfaces possibles, possédant des couleurs de
coefficient de luminosité donné.
3. Une limitation supplémentaire provient du fait que, même les couleurs les plus
foncées reflètent un peu de lumière, indépendamment du degré d’absorption. Cette
quantité de réflexion varie avec le « brillant » et peut varier de teinte en teinte. Elle
peut représenter approximativement 4 % de la lumière incidente. Lorsque cette
correction est appliquée, on obtient une nouvelle série de limites.
4. Les limitations dictées par les propriétés et réactivités du substrat, ainsi que les
performances requises pour le matériau au terme de sa fabrication, contribuent
également à limiter la gamme de couleurs disponibles, mais d’une façon qu’il n’est
pas aisé de calculer, contrairement aux trois premiers paramètres décrits.
5. Il faut également tenir compte du fait qu’en pratique, on travaille à réaliser
physiquement des couleurs, à partir des matières colorantes existantes, ce qui
habituellement, résulte en une limite encore plus petite que celle qui est
théoriquement réalisable (figure 4.2.).
6. La dernière limitation réside dans le fait que seuls certains colorants, parmi ceux
disponibles pour chaque problème, sont économiquement rentables. Si nous
pouvions ignorer ce point, cela augmenterait considérablement le nombre de
matières colorantes qui pourraient être utilisées pour n’importe quelle substance.
Malheureusement, les conditions financières ne peuvent être ignorées et le coût
d’obtention de certaines couleurs est de loin trop substantiel. Cela diminue donc à
nouveau le nombre de colorants pouvant être utilisés et la gamme résultante se
trouve encore réduite.
5. La coloration en industrie.
Ce chapitre concerne le travail que doit effectuer un coloriste industriel, la personne
responsable de produire les matériaux, dont la couleur correspondra à un échantillon
physique, ou à la description verbale que lui en fera une autre personne. Il sera conscient
que la couleur perçue est un phénomène qui peut être approximativement décrit par une
combinaison de spectre de lumière, courbe de facteur de réflexion ou de transmission d’un
objet, et courbe de réponse spectrale de l’œil d’un observateur. Il réalisera également que de
tous ces paramètres, il ne peut en modifier qu’un seul, puisqu’il n’a pas d’influence sur la
source de lumière qui sera utilisée pour illuminer l’objet et encore moins sur la réponse
spectrale d’un œil. Son travail consistera donc à utiliser des colorants, que nous venons de
classer en pigments et teintures dans le chapitre 4, pour modifier la courbe de facteur de
réflexion ou de transmission de l’objet, jusqu’à ce que la couleur désirée soit obtenue.
Notre coloriste doit également être attentif au fait qu’il change plus que la couleur
perçue de l’objet. Beaucoup d’autres propriétés du matériau doivent être modifiées et
contrôlées si l’on veut que l’article final soit fonctionnel. Certaines de ces propriétés sont
influencées par les colorants utilisés, ce qui peut résulter en diverses limitations, qui doivent
être bien identifiées. Cet aspect d’ingénierie du processus de coloration a été partiellement
discuté dans le chapitre précédent.
Mélange additif.
Le type de mélange de couleurs, qui est peut-être le plus simple, en terme d’actions
physique, ne fait pas intervenir de mélange de colorants, mais plutôt le mélange de lumières
colorées. Ce peut être réalisé de différentes façons. Des lumières colorées de différentes
lampes peuvent être superposées sur un écran blanc. La couleur réfléchie sur, ou traversant,
différentes portions colorées d’un disque qui tourne, peut donner la sensation d’une seule
couleur. Finalement, une autre alternative consiste à mettre des points colorés tellement
proches les uns des autres, qu’à une certaine distance, l’œil ne soit pas capable de les
distinguer (comme dans les téléviseurs cathodiques). Dans les deux derniers cas, l’addition
des couleurs se déroule au niveau de l’esprit et l’observateur et doit donc être un effet
psychologique ou physiologique ; quoiqu’il en soit, le résultat est le même que lorsque des
lumières colorées sont directement additionnées sur un écran blanc.
Comme nous l’avons décrit dans le chapitre 2, une grande variété de couleurs peut
être réalisée par mélange additif de lumières à partir de trois lampes. Par commodité, nous
appellerons le choix le plus pratique de couleurs pour ces lampes « couleurs primaires »
pour mélange additif, ou encore « primaires additives ». Il s’agit du rouge, du vert et du bleu.
Elles n’ont rien de magique, ou d’unique, si ce n’est qu’elles permettent d’obtenir une plus
grande variété de couleurs par mélange, que n’importe quel autre choix. Un mélange de
rouge et de vert donne du jaune, un mélange de vert et de bleu donne du cyan et un
mélange de rouge et de bleu donne du pourpre ou du magenta. Si les trois primaires sont
correctement choisies et mélangées, dans les bonnes proportions, elles s’additionnent pour
donner du blanc, ou dans le cas de lumières réfléchies, du gris clair. L’action de ces
primaires est représentée à la figure 5.1.
Comme le système CIE a été dérivé d’expériences de mélange de lumières colorées,
le résultat d’un tel mélange peut être très facilement déterminé avec l’aide d’un diagramme
de chromaticité CIE x, y. Il faut, dans un premier temps, spécifier la couleur des lumières par
leurs coordonnées x, y et Y. Cela fait, Grassmann a montré que la luminosité (Y) d’un
mélange de lumières est la somme des luminosités de chacune d’elles, quels qu’en soient
les spectres. Les lois de Grassmann montrent également que, sur un diagramme de
chromaticité, la chromaticité (coordonnées x et y) d’un mélange de deux lumières se trouve
sur le segment de droite reliant les chromaticités des deux primaires utilisées. Avec trois
primaires, toutes les couleurs se trouvant à l’intérieur du triangle formé en reliant les
chromaticités des trois primaires, peuvent être produites. La raison pour laquelle le rouge, le
vert et le bleu ont été choisis comme couleurs primaires additives devient dès lors évident :
ils forment le triangle le plus grand qui puisse être inclus dans le diagramme de chromaticité
et permettent donc la formation de plus de couleurs que n’importe quel autre choix.
deux dans ce phénomène, ces deux paramètres sont pris en compte dans les lois régissant
le mélange soustractif complexe. Les équations mathématiques qui correspondent à ces lois
sont bien trop complexes que pour être décrites dans le cadre de ce cours. Par contre, nous
pouvons décrire des équations simplifiées, qui en fournissent une bonne approximation. Les
plus utilisées de ces équations simplifiées, sont celles de Kubelka et Munk. Le cas que nous
allons envisager, le plus simple, consiste en un échantillon totalement opaque.
Plusieurs des principales suppositions dans le traitement de Kubelka-Munk sont les
suivantes :
1. Il doit y avoir suffisamment de diffusion pour que la lumière à l’intérieur de
l’échantillon soit entièrement diffuse. Ce qui est habituellement vrai pour les textiles et
les films ou plastiques peints, qui sont complètement opaques.
2. Il n’y a pas de modification d’indice de réfraction entre les différentes couches de
l’échantillon. Cette condition est remplie dans certains cas, mais ne l’est pas pour la
plupart des mélanges communs de pigments. Saunderson a toutefois réussi à
modifier les équations de Kubelka-Munk pour inclure les effets dus aux modifications
d’indice de réfraction aux interfaces.
3. Comme c’est le cas pour la loi de Beer, décrite dans le mélange soustractif simple,
Les calculs avec les équations de Kubelka-Munk doivent être réalisés à chaque
longueur d’onde du spectre.
Les équations de Kubleka-Munk forment les bases de pratiquement tous les calculs
d’appariement de couleurs dans les systèmes opaques. Un travail de préparation
considérable est nécessaire avant de pouvoir utiliser efficacement les équations de Kubelka-
Munk. Il doit être établi que le système de production de la couleur est complètement sous
contrôle et que les colorants suivent les lois de mélange dans le système utilisé.
L’établissement de ces faits et la détermination de toutes les valeurs nécessaires de K et S,
les coefficients d’absorption et de diffusion de Kubelka-Munk, pour chaque colorant, à de
nombreuses longueurs d’onde, requièrent de nombreuses et rigoureuses préparations et
analyses d’échantillons.
Les couleurs résultant d’un mélange soustractif complexe, sont déterminées, d’une
façon générale, par des calculs similaires à ceux des mélanges soustractifs simples. Des
calculs basés sur les équations de Kubelka-Munk sont réalisés à travers le spectre, pour
donner une courbe spectrale de facteur de réflexion, et sont suivis par une intégration pour
obtenir les coordonnées CIE correspondantes.
La gamme de couleurs qu’il est possible d’obtenir par mélange soustractif d’un petit
nombre de pigments colorés est bien plus limitée que celle résultant d’un mélange additif ou
soustractif simple. Il est dès lors nécessaire de disposer de beaucoup de pigments colorés
pour pouvoir obtenir une grande gamme de couleurs si on envisage le cas de mélanges
soustractifs complexes.
Appariement de couleurs.
La première fonction d’un coloriste industriel est de préparer un matériau coloré qui
réponde aux exigences de son industrie, ce qui peut correspondre à réaliser les vœux d’un
designer, ou à "copier" un produit concurrent. Le travail du coloriste consiste à sélectionner
les colorants appropriés et à ajuster leurs quantités jusqu’à ce qu’un résultat satisfaisant soit
obtenu.
En industrie, le processus de détermination, de la quantité adaptée du colorant
désiré, est divisé en deux étapes :
1. La préparation d’un premier essai d’appariement, qui, en pratique, peut inclure la
sélection des colorants.
2. L’ajustement de cet appariement pour qu’il soit adapté au processus standard
(passage de l’échelle du laboratoire à l’échelle de production, par exemple), ou pour
maintenir l’uniformité du produit coloré.
Puisque les techniques, comme les objectifs, de la formulation initiale et de
l’ajustement subséquent, sont relativement différents, nous les considèrerons séparément. Il
est, plus que tout, important de donner à la sélection des colorants, l’importance qu’elle
mérite et qui est malheureusement trop souvent bâclée.
Types d’appariement.
Avant de préparer un appariement de couleur, la première question à poser, est de
savoir si les deux échantillons devront être identiques pour tous les observateurs, sous tous
les types de sources lumineuses. Comme nous l’avons vu dans le chapitre 1, si tel est le
cas, cela nécessite que les deux objets aient des courbes de facteur de réflexion identiques,
ou presque. On appel ce type d’appariement un appariement invariable.
Appariements invariables.
La condition sine qua non, que deux objets doivent avoir des courbes
spectrophotométriques identiques pour former un appariement invariable, est sévère, mais O
combien vraie ! Cela nécessite différentes choses.
La première de toutes, l’appariement doit être réalisé avec des colorants identiques à
ceux utilisés dans l’échantillon qui doit être apparié. Ceci nous conduit directement à la
question de savoir comment identifier ces colorants et ce point sera abordé ultérieurement.
Appariements conditionnels.
Dans les nombreux cas où un appariement invariable ne peut être obtenu, il est
nécessaire, pour le coloriste, de se contenter d’un appariement proche, dans un nombre
limité de conditions de vision et d’illumination. Nous définissons cela comme un appariement
conditionnel. Certaines des raisons pour lesquelles un appariement invariable ne peut
toujours être obtenu ont déjà été développées. Si les mêmes colorants, que ceux utilisés
dans l’échantillon qui doit être apparié, ne peuvent être utilisés, il en résulte presque
inévitablement un appariement conditionnel. Ce peut être le cas lorsque des matériaux ou
des procédés de coloration différents sont impliqués.
Même si des matériaux ou des procédés de coloration identiques sont impliqués, le
client peut demander à ce que le nouvel échantillon ait une meilleure résistance, soit moins
cher, ou diffère, par d’autres propriétés, de l’échantillon soumis. Dans ce cas également, le
problème ne peut être facilement résolu. Il est important d’en être conscient avant d’entamer
quoique ce soit pour éviter de perdre inutilement, énergie et temps.
Dès qu’un accord est intervenu sur le fait qu’un appariement conditionnel est
nécessaire, il est important de savoir sous quelles conditions (source de lumière)
l’appariement doit être jugé, puisqu’il sera nécessairement métamérique et variera donc
suivant la source et l’observateur.
Il est pratiquement impossible de contrôler les caractéristiques de vision de la couleur
des observateurs qui vont juger ces appariements conditionnels (sauf cas extrêmes). Il est
important, par contre, que les appariements conditionnels soient jugés visuellement sous des
sources de lumière standard qui correspondent le plus possible aux conditions d’utilisation
anticipées. Des cabinets de lumière disposant de sources standard sont largement utilisés
(cfr. pg. 45). Le fournisseur et le client doivent utiliser les mêmes modèles de cabinets, avec
les mêmes sources et les mêmes filtres, si possible. Les qualités des lampes peuvent
différer de façon importante suivant ces paramètres et des échantillons qui pourraient
sembler identiques dans un cabinet pourraient paraître différents dans un autre.
En dépit de toutes les précautions que l’on peut prendre au niveau du contrôle de
l’éclairage, il est de loin plus difficile, visuellement, d’arriver à apparier deux couleurs de
façon conditionnelle que de façon invariable. Cela s’explique par le fait qu’il faut trouver le
meilleur compromis sous différentes sources d’éclairage.
Quoiqu’il en soit, il faut également garder à l’esprit qu’utiliser d’autres colorants, que
ceux utilisés dans l’échantillon à apparier, va non seulement conduire à du métamérisme,
mais également à des modifications d’autres propriétés importantes.
Les propriétés de travail des colorants sont de deux types généraux. Certaines
d’entre elles sont inhérentes au matériau qui doit être coloré et au procédé de coloration.
Parmi celles-ci, on trouve, par exemple, l’affinité de la teinture pour une fibre particulière ou
la stabilité d’un colorant à la température élevée de mise en oeuvre d’un plastique.
D’autres propriétés de travail sont considérées comme optionnelles, c'est-à-dire
désirables, mais non essentielles. Parmi celles-ci, on retrouve le niveau de solidité et le prix.
Si c’est nécessaire, ces paramètres peuvent être modifiés pour des raisons de stratégie
marketing, alors que les propriétés inhérentes ne peuvent être altérées.
La sélection des colorants, pour différents objectifs d’appariement de couleur, est
illustrée par le tableau suivant.
Nombre de colorants
Type de formulation Type d’appariement Propriétés de travail Parmi lesquels sélectionner Utilisables
Style original - Général Grand Modéré
- Restreint Limité Limité
Appariement dans la même matière Invariable Identique Très limité Extrêmement limité
Invariable Modifié Grand Limité
Conditionnel Egal Limité Limité
Conditionnel Modifié Grand Grand
Appariement dans une matière différente Invariable Egal Limité Très limité
Invariable Modifié Grand Limité
Conditionnel Egal Limité Limité
Conditionnel Modifié Grand Grand
Formulations originales.
Il y a deux catégories de formulations originales qui concernent l’utilisation des
colorants. Le premier type, préparé pour répondre aux besoins du designer, est le cas pour
lequel les propriétés de travail du colorant ne sont pas trop sévèrement limitantes et que le
coût n’est pas de la plus haute importance. Dans un tel cas, les colorants peuvent être
sélectionnés à partir d’un nombre relativement important rencontrant ces besoins généraux
et non restrictifs. Souvent, un nombre raisonnable, de 3-4 à une douzaine, de colorants est
sélectionné pour être utilisé dans un système intermix duquel les couleurs finales seront
préparées.
Le second type de formulations originales est celui où les performances requises
et/ou les considérations économiques limitent drastiquement le nombre de colorants pouvant
être utilisés. Dans ce cas, comme nous l’avons déjà signalé, le nombre de colorants
utilisable diminue, et la gamme de couleurs que l’on peut obtenir, également.
C’est le cas où le coloriste doit apparier deux échantillons de même nature, colorés
par le même procédé. Quatre cas peuvent alors être distingués : la combinaison
d’appariement invariable ou conditionnel, avec ou sans modification des propriétés de travail.
Le cas demandant le plus de précautions est celui d’un appariement invariable, avec
conservation des propriétés de travail. Un appariement de ce type peut être atteint en
utilisant les mêmes colorants que dans le standard, ce qui requiert leur identification, comme
nous allons le montrer ultérieurement. Si certaines propriétés de travail peuvent être
modifiées, différents colorants peuvent être utilisés, mais dans ce cas, il est nécessaire de
les sélectionner à partir d’un grand nombre, pour dupliquer la courbe spectrophotométrique
du standard aussi bien que possible.
Si un appariement conditionnel est permis, les restrictions sur le nombre de colorants
utilisables peuvent être parfois moins sévères, en fonction du degré de métamérisme qui
peut être toléré. Si les propriétés de travail doivent être égales à celles de l’échantillon
original, il reste bien entendu certaines limitations.
Couleurs coordonnées.
Il est parfois souhaitable, pour des raisons commerciales, de fournir des appariement
de couleurs dans différents matériaux, de sorte que, par exemple, les carrelages de la salle
de bain, les rideaux de douche, les éviers et les serviettes puissent être accordés. Outre les
considérations que nous avons déjà abordées, il est alors préférable de commencer le
développement du produit pour lequel la gamme de couleurs et la palette de colorants seront
les plus limitées. Les échantillons de ce matériau deviendront alors les standards auxquels
devront être appariés les autres systèmes, pour lesquels plus de colorants sont disponibles.
L’appariement initial.
Bien que la sélection de colorants adaptés soit d’une importance majeure,
spécialement dans le cas d’appariements invariables, elle ne fournit pas d’informations sur
les quantités correctes de colorant à utiliser. Ces dernières sont habituellement déterminées
par essais et erreurs, reposant sur les compétences du coloriste, mais également sur des
méthodes instrumentales.
L’appariement visuel.
Comme c’est le cas pour de nombreux procédés dans une industrie où l’aspect
artistique est aussi important que le scientifique, l’expérience du coloriste ne doit jamais être
sous estimée. Il n’y a pas de substitut à cela, et il est impossible d’essayer de le retranscrire
en quelques mots. Il est toutefois extrêmement rare que cette compétence soit utilisée sans
la moindre aide, que ce soit le recours à des notes prises lors d’expériences précédentes,
l’utilisation de mesures instrumentales, ou l’utilisation de calculs sophistiqués.
Le coloriste conserve habituellement une banque de tous les appariements qui ont
été réalisés dans le laboratoire, résultant parfois du travail de plusieurs années. Se référer à
une telle banque est presque toujours la première étape entreprise par le coloriste chargé de
réaliser un appariement visuel. La sélection de la couleur la plus proche de la banque est
suivie par une modification appropriée pour s’accorder à la nouvelle couleur soumise.
Il semble évident que le pré requis, pour un coloriste chargé de réaliser un
appariement visuel, soit de posséder une vision normale de la couleur, toutefois, les
personnes chargées de ce travail, le sont sans véritable évaluation de la vision.
Cette évaluation débute et se termine, habituellement, par des séries de tests utilisant
des planches pseudoisochromatiques (figure 5.4.) contenant des nombres, ou des formes
qui apparaissent différents aux personnes qui ont une vision normale de la couleur et aux
daltoniens.
Le test 100-hue permet de trier les observateurs, possédant une vue normale de la
couleur, en fonction de leur capacité à discriminer des couleurs, et sert donc de test
d’aptitude.
Les différents tests que nous venons d’aborder ne sont, bien entendu, pas exhaustifs,
mais le principe des autres tests varie peu de ceux-ci.
L’apprentissage des couleurs, pour un coloriste amené à surtout utiliser des examens
visuels, pourrait commencer par la maîtrise de l’utilisation du classement de Munsell, puis
par l’apprentissage des lois de mélange de couleur. En travaillant avec le système, ou les
systèmes dans le(s) quel(s) les appariements doivent être réalisés, ces lois de mélange des
couleurs pourraient être testées expérimentalement en créant une variété de mélanges de
deux ou plusieurs colorants chromatiques et en voyant ce que cela donne. Une roue
chromatique pourrait alors être élaborée, sous forme de tableaux de mélanges pour pouvoir
relier les résultats de tests de façon qualitative, en trouvant, exactement, comment on doit
modifier les concentrations dans les mélanges pour se déplacer d’une certaine façon dans
les tables.
Malheureusement, pour obtenir des résultats vraiment objectifs et quantitatifs, il est
nécessaire d’avoir recours à des techniques instrumentales.
Aides instrumentales.
L’objectif de l’instrumentation et des analyses chimiques de colorants, est de réduire
la quantité d’expériences nécessaires dans le domaine de l’appariement des couleurs, où il
est de plus en plus difficile de compter sur du personnel expérimenté. Ce qui reste toutefois
vrai, c’est qu’il n’existe pas de substitut à l’expérience et que le coloriste doit en acquérir
dans l’utilisation de l’instrumentation et de l’interprétation des résultats avant de pouvoir les
utiliser efficacement dans le processus d’appariement des couleurs. L’avantage majeur, est
qu’un novice peut apprendre à apparier des couleurs plus rapidement avec l’aide
d’instruments qu’il ne peut le faire avec des méthodes visuelles. Inversement, des coloristes
expérimentés peuvent avoir une certaine méfiance, non légitime, devant l’utilisation
d’instruments pour les assister.
Dans la discussion de l’aide instrumentale, il apparaît, à nouveau, assez pratique de
distinguer l’appariement invariable et l’appariement conditionnel séparément. De même,
c’est à nouveau le spectrophotomètre qui se révèle être l’instrument le plus utile pour aider
au processus de formulation d’appariements invariables. Une importante quantité
d’informations peuvent être obtenues à partir des formes des courbes
spectrophotométriques, tant au niveau des quantités que des identités des colorants utilisés
dans l’échantillon cible.
Deux types de représentations, disponibles sur la plupart des spectrophotomètres,
sont particulièrement utiles dans l’interprétation de la forme des courbes
spectrophotométriques. La première est la représentation « log-absorbance », qui trace les
courbes de sorte que leur forme est pratiquement la même, quelle que soit la quantité de
colorant présente (figure 5.7.). Cette représentation est particulièrement utile pour l’utilisation
de mélanges soustractifs simples. Le principe de base qui rend ce tracé utile, est dérivé de la
loi de Beer et établit que, à toute longueur d’onde, les distances verticales, sur le tracé, sont
Cela dit, l’adage « on n’a rien sans rien » est bien d’application ici. Il est nécessaire
de connaître le comportement de chaque colorant individuellement avant que les distances,
sur un tracé de log(K/S) ou log(A) puisse être converti en concentrations. Il est donc
nécessaire que des échantillons soient fabriqués dans un intervalle de concentrations d’un
colorant à la fois, et mesuré au spectrophotomètre pour fournir les données nécessaires à la
calibration du système. Un fois que c’est fait pour un milieu et une technique de mise en
œuvre donnée, tous les échantillons qui seront fabriqués ultérieurement, de cette façon,
pourront être traités. Cette étape est absolument nécessaire.
Comme tout ce que nous avons dit, jusqu’à présent, est basé sur la reproduction de
la courbe spectrophotométrique de l’échantillon devant être apparié, cela s’applique
uniquement à la production d’appariements invariables. Lorsque les colorants, qui doivent
être utilisés, sont différents de ceux présents dans l’échantillon devant être apparié, les
méthodes basées sur la seule courbe spectrophotométrique sont de peu de valeur. Il est
alors nécessaire de travailler avec les coordonnées de couleur de l’échantillon. Nous ne
pouvons, toutefois, qu’insister, à nouveau, sur le fait que les appariements conditionnels
doivent être évités dans la mesure du possible.
Malheureusement, la plupart des appariement de couleur, qu’ils soient réalisés
visuellement ou instrumentalement, sont des appariements conditionnels, et donc au moins
légèrement métamériques. Si des instruments doivent être utilisés, le jugement de
l’appariement se fera, certainement, suivant un index de métamérisme. Ce jugement peut ne
pas bien correspondre à l’apparence visuelle de l’appariement pour diverses raisons : les
indices de métamérisme, bien qu’ils soient les meilleurs paramètres que nous puissions
mesurer, ne sont pas de très bons indicateurs de l’acceptabilité d’un appariement ;
l’observateur n’est probablement pas un « observateur standard » et la source, utilisée pour
les observations visuelles, n’est sans doute pas exactement la même que l’illuminant utilisé
dans les calculs de coordonnées de la couleur.
Les coloristes consciencieux voudront certainement contrôler ces variables aussi
précisément que possible. Les indices de métamérisme seront utilisés comme première
estimation, mais on ne s’y fiera pas aveuglément. Un panel d’observateurs sera utilisé pour
des jugements visuels critiques. Et pour des résultats encore plus précis, le spectre de la
source utilisée pour les examens visuels sera déterminé, puis utilisé comme illuminant pour
le calcul informatique des coordonnées de couleur.
Comme seules les coordonnées de couleur, plutôt que les courbes
spectrophotométriques, sont nécessaires pour l’aide instrumentale à l’appariement
conditionnel, on pourrait penser que des colorimètres pourraient être utilisés
avantageusement dans cette situation. La prudence s’impose cependant. Les colorimètres
conventionnels à filtre sont, à la base, utiles seulement pour mesurer de petites variations de
couleurs entre un échantillon et un standard lorsqu’ils sont préparés avec le même colorant.
Leur performance est bien plus limitée dans le cas d’un appariement conditionnel, puisque
différents sets de colorants sont impliqués.
Comment peut-on formuler un appariement conditionnel initial en connaissant les
coordonnées de couleur d’un échantillon devant être apparié et celles de colorants
individuels devant être utilisés à des concentrations différentes ? La quantité de calculs à
faire est trop importante que pour l’envisager « sur papier », mais le recours aux ordinateurs
nous permet de résoudre ce problème facilement.
La meilleure façon de faire est sans doute de systématiquement enregistrer les
mesures effectuées sur chaque échantillon produit et de construire ainsi une banque de
données utilisables ultérieurement comme point de départ.
Monitoring.
La valeur de l’instrument.
C’est dans le suivi de la production d’objets colorés que l’utilisation d’instruments de
mesure de la couleur prend toute son importance. Les données instrumentales fournissent
un enregistrement continu de la nature de l’objet étant produit, et de sa variation par rapport
au standard en termes quantitatifs. Si l’instrumentation et l’échantillonnage sont
suffisamment sensibles, de légères déviances peuvent être détectées et corrigées, bien
avant que le processus ne devienne hors de contrôle et que du matériel non standard ne soit
produit.
Ajustement.
La principale fonction de la plupart des coloristes, en industrie, est de maintenir
l’uniformité de la couleur d’un produit, une fois que la formulation a été établie. C'est-à-dire
qu’ils travaillent à réduire la différence de couleur entre un échantillon de production et le
standard. Habituellement, le standard devrait être fabriqué avec le même matériau, les
mêmes colorants et le même procédé de coloration que l’échantillon de production.
Quelle que soit la façon de contrôler le procédé, il arrivera un moment où la couleur
du produit devra être modifiée en changeant la formulation en colorants. Que ce soit réalisé
par un coloriste expérimenté utilisant seulement sa compétence et son expérience, ou par
des mesures instrumentales complexes, il y a un principe majeur à toujours respecter pour
ce type d’ajustement : AUCUN AUTRE COLORANT QUE CEUX SPECIFIES DANS LA
FORMULATION NE PEUT ETRE AJOUTE POUR FAIRE UN AJUSTEMENT.
Ce principe fondamental devrait être encadré en grand, de façon permanente dans
chaque laboratoire d’appariement de couleur. Une fois la formulation établie, peut importe sa
complexité ou sa simplicité, aucun autre pigment, ou teinture, ne peut être utilisé pour faire
des ajustements d’accord au standard. A moins que cette règle ne soit correctement suivie,
les pseudo appariements de couleur au standard seront en fait métamériques et
distinctement non standard.
Une des conséquences de cette règle est que, pour toute opération de coloration, les
colorants doivent être sélectionnés et standardisés de sorte qu’ils donnent toujours le même
résultat, dans les mêmes conditions d’utilisation. Un bon appariement de couleur ne peut
être réalisé sans que cela ne soit fait. C'est-à-dire que l’appariement de couleur ne peut être
meilleur que la qualité de colorant ne le permet. Par qualité, nous sous entendons, non
seulement les propriétés colorimétriques, mais également les propriétés de travail des
colorants – la vitesse d’épuisement d’une teinture dans un bain, la facilité de développement
de couleur d’un pigment, etc.
La comparaison d’un échantillon de production avec le standard est un exemple idéal
de mesure pour laquelle les colorimètres sont le plus adaptés. Les différences de couleur
impliquées sont légères et il n’y a pas de problème de métamérisme (normalement).
Des instruments peuvent être utilisés à la fois qualitativement et quantitativement
pour aider le coloriste dans cette situation. D’un point de vue qualitatif, ils peuvent montrer
dans quel sens l’échantillon diffère du standard. Comme indiqué précédemment dans cette
section, plus la différence de couleur est faible, plus grande est la difficulté, pour un
examinateur visuel, de déterminer la direction de la différence, bien qu’il soit capable d’en
avoir une bonne idée de l’amplitude. Quantitativement, les ordinateurs sont utilisés grosso
modo de la même façon que lors de la formulation originale, excepté qu’à présent, les
colorants sont connus. Mais la tâche d’apporter de légères corrections, en utilisant
essentiellement la même méthode que pour la formulation initiale, n’est pas aussi simple
qu’elle n’y paraît.
L’expérience acquise dans la formulation d’une couleur, archivée avec soin, fournit un
point de départ pour les prochaines couleurs similaires à apparier. C’est vrai pour toutes les
données des formulations de colorant, quelle que soit la façon dont elles sont obtenues. Un
archivage systématique et une méthode de classement facilitant la récupération des
informations, constituent une mémoire inestimable pour un coloriste. Le classement peut se
faire, par exemple, suivant les coordonnées CIE.
Contrôle.
L’objectif ultime, lorsqu’on applique une procédure analytique à une situation de
production, est de développer une technique qui va, non seulement détecter une variation,
mais également servir de signal pour une action corrective. Nous sommes arrivés, ici, au
point où un contrôle continu du procédé, fiable et bien maîtrisé est appliqué, mais l’étape
suivante à franchir, à savoir que faire des données obtenues, est plus difficile.
Si l’écart d’une couleur normale est connue comme étant dépendant entièrement
d’une seule variable du procédé, comme la température d’un four, par exemple, le résultat
d’une mesure de la couleur pourrait être utilisé pour générer un signal adaptant la
température d’une façon prédéfinie.
Bibliographie et webographie.
“Principles of color technology”, 2nd Edition de Fred W. Billmeyer et Max Saltzman aux
éditions Wiley-interscience.
“Measuring colour” de R. W. G. Hunt aux editions Halsted Press Edition.
“The colour science of dyes and pigments” de K. McLaren aux editions Adam Hilger.
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