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Gestion des déchets à Bafoussam : enjeux urbains

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Secteur informel-formel et espace urbain à Bafoussam

(Cameroun) : la récupération des déchets solides


municipaux
Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy
Dans L’Espace géographique 2018/3 (Tome 47), pages 261 à 281
Éditions Belin
ISSN 0046-2497
ISBN 9782410014273
DOI 10.3917/eg.473.0261
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EG
Secteurs informel et formel
2018-3
p. 261-281

Secteur informel-formel et espace urbain


à Bafoussam (Cameroun) : la récupération
des déchets solides municipaux

Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


Université de Lausanne
Faculté de géosciences et de l’environnement
Institut de géographie et durabilité
Géopolis 3527, CH-1015 Lausanne
[email protected]

RÉSUMÉ.— Les espaces de négociation abStRact.— Informal-formal sector and Introduction


des déchets solides se multiplient urban space in Bafoussam (Cameroon):
dans les villes africaines avec Municipal solid waste collection.— Les récupérateurs informels
le développement des systèmes de gestion With the development of waste
des déchets. Plusieurs études ont traité de management systems in Sub-Saharan
de déchets solides municipaux 1
la formalisation du secteur informel, mais African cities, spaces for trading solid waste incluent des indépendants et des
très peu des interactions qui se mettent en are multiplying. While several studies have micro-entreprises informelles de
place entre les acteurs informel et formel. addressed the formalization of the informal tri et de stock (Durand, 2012). Ils
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Dans une démarche essentiellement sector, little is known about the evolving
qualitative, cet article analyse les enjeux interactions between informal and formal
sont souvent actifs, à côté des col-
du tri d’ordures, et le rapport entre actors. Through an essentially qualitative lecteurs de déchets ou éboueurs
récupérateurs informels et formels à approach, this paper analyses the issues of employés formellement par la
Bafoussam. Il montre comment waste sorting and the relation between municipalité ou par une entreprise
les collecteurs de déchets en quête de informal waste pickers and formal waste
moyens de subsistance, participent collectors in Bafoussam, Cameroon.
engagée dans la collecte, le tri et
à la production de l'espace urbain à travers The study shows how waste collectors, la valorisation des ordures. À
un processus interactif de valorisation. seeking a source of livelihood, participate Bafoussam, c’est une entreprise
in the production of urban space through
privée agréée par l’État, la société
DÉchet SoliDe, eSpace URbain, an interactive process of value creation.
SecteUR infoRMel, valoRiSation
Hysacam2, qui opère dans la ville
infoRMal SectoR, SoliD waSte, dans le cadre d’un partenariat
URban Space, valUe cReation

1. Dans cette étude, les déchets solides municipaux incluent :


• les déchets solides ménagers : déchets organiques, objets recyclables, matière plastiques et tout objet solide réutilisable ;
• les déchets de la collectivité : matières solides récupérables, abandonnées sur la voie publique.
2. L’entreprise est une filiale du groupe Grandjouan, associé de SITA 12, une industrie aéronautique internationale.

@ EG
2018-3
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avec le secteur public et dans lequel la municipalité contrôle le service et participe à


son financement. Dans leur parcours de récupération de déchets, les collecteurs des
secteurs informel et formel se côtoient dans la ville. En effet, le secteur informel des
déchets s’est vu exclu du site de décharge municipale autour des années 2010, et ses
adeptes se sont déportés dans les rues et quartiers de la ville. Plusieurs auteurs ont
approché la question de la marginalisation des récupérateurs informels et du pro-
cessus de formalisation de la gestion des déchets dans des villes du Sud (Wilson et
al., 2006 ; Oumar, 2007 ; Nzeadibe, 2009 ; Corteel, Le Lay, 2012). Ils se sont parfois
penchés sur le fonctionnement du secteur informel dans les espaces de la ville.
Cependant, il manque encore des connaissances sur d’éventuelles interactions avec le
secteur formel des déchets solides dans un contexte de formalisation et de privatisa-
tion de ce système. L’organisation en réseaux des acteurs informels des déchets a pris
naissance dans les pays d’Afrique de l’Ouest, voisins du Cameroun, mais a souffert
des insuffisances en termes d’intégration associative, juridique et financière face à de
villes insalubres (Ada, 2006). Cet article met en évidence la relation qui prévaut ces
dernières années entre les récupérateurs informels des déchets solides municipaux et
les collecteurs du secteur formel dont les employés du partenariat public-privé à
Bafoussam. Pour y parvenir, cette recherche adopte une méthode qualitative suivant
l’approche théorique de la Urban Political Ecology, qui tient compte non seulement
des interrelations entre acteurs et de la lutte de pouvoir autour de la gestion de
l’environnement urbain (Benjaminsen, Svarstad, 2009 ; Heynen, 2014), mais aussi
de la définition de la ville comme un produit social et environnemental toujours
interconnecté (Heynen et al., 2006), engageant dans la présente recherche, une
réflexion sur la (co)production de l’espace urbain. Après une revue des travaux menés
sur la représentation du secteur informel des déchets, l’article décrit le processus de
changement d’espace des récupérateurs informels, partis de la décharge municipale
pour les rues de la ville de Bafoussam. Il identifie ensuite ces récupérateurs, leurs
enjeux et leur lien avec le secteur formel. Enfin, cette étude analyse l’itinéraire des
trieurs d’ordures, leur logique de récupération des déchets solides, leurs espaces de
travail et leur participation à la production de l’espace urbain africain.
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Le secteur informel des déchets dans l’espace urbain du Sud :
vers une formalisation ?
Selon Adrien Fauve et Cécile Gintrac (2009), la production de l’espace urbain met
en scène trois principaux types d’acteurs : celui qui planifie, celui qui aménage et celui
qui construit. Dans les pays en développement, cette fabrique de la ville implique sa
transformation par la société (Piermay, 2003) mais surtout par le citadin, dont l’action
contribue considérablement à l’organisation de l’espace urbain (Yemmafouo, 2013).
En Afrique subsaharienne, ce sont les citadins du secteur informel qui y jouent un rôle
majeur employant notamment des moyens irréguliers ou informels d’accès au foncier ou
à l’immobilier en ville (Piermay, 2002 ; Clerc, 2010 ; Meyer, 2016). Cependant, au-delà
de la construction de l’immobilier en ville, les modes de production urbaine s’étendent à
la gestion de l’environnement urbain, y compris le secteur de récupération des ordures
municipales. Les activités de récupération des déchets consistent au tri manuel des
objets depuis le site de décharge, du ménage, du commerce, de l’administration ou de
l’industrie, pour la réutilisation, le recyclage ou la valorisation de ces objets sortis du

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mélange (Oumar, 2007), ou simplement pour s’en débarrasser. D’un point de vue
historique, l’activité de récupération des déchets date du XIX e siècle, importée
d’Occident et notamment d’Europe, avant d’émerger en Afrique un siècle plus tard
dans une période de crise économique (Ada, 2006). Au Gabon par exemple, alors
qu’elle était jusque-là opérée par quelques étrangers ou par des personnes souffrant
de troubles mentaux, cs derniers ont été rejoints par des personnes urbaines de toute
origine ethnique, d’âge et de sexe, comme c’est le cas au Cameroun aujourd’hui. Les
années 1990 furent marquées par le boom du secteur informel dans les grandes villes
africaines subsahariennes et même arabes (Monqid, 2011) pour une question de
survie face à une crise économique et sociale aiguë. Cette invasion d’acteurs de
déchets au XXe siècle concerne aussi des ONG, des groupements associatifs et/ou des
prestataires de service engagés dans le cadre des principes de « bonne gouvernance ».
L’émergence de ces acteurs fait suite à l’imposition des plans d’ajustement structurel
par le Fond monétaire international et par la Banque mondiale à travers la privatisation
des services publics (Dorier-Apprill, Meynet, 2005). Dans certains cas, cette privatisation
a eu un impact ravageur sur l’économie des acteurs informels (Fahmi, 2005). Les
recherches effectuées sur les récupérateurs de déchets en Afrique sont généralement
abordées sous trois principaux angles.
Une première vague d’études souligne le volet informel et la pauvreté en milieu
urbain, mettant en évidence les mauvaises conditions de travail et de santé (Wilson et
al., 2006 ; Oumar, 2007 ; Nzeadibe, 2009). L’ampleur des risques sanitaires, notam-
ment sur les sites de décharge induit des projets de formalisation du secteur et de
déplacement des collecteurs informels vers des endroits peu dangereux de la ville
(Carré, 2012 ; Durand, 2012). En outre, cet angle d’analyse présente une image plutôt
dégradante de ces travailleurs (Corteel, Le Lay, 2012), le déchet étant perçu comme
rabaissant ou salissant (Cissé, 2012). Ces derniers sont parfois vus comme des clan-
destins (Neuwirth, 2012), exerçant une activité de survie qui ne concerne que des
populations vulnérables vivant en marge de la ville (Moreno Sainz, 2010 ; Florin,
2015), ce qui confère à ce secteur une image médiocre qui devrait être améliorée
(Matter, 2013).
Cependant, un deuxième corpus de travaux souligne l’importance des travailleurs
informels, les considérant comme des acteurs cruciaux du système de gestion des
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déchets en ville. Par exemple, Harinaivo. A. Andrianisa et al. (2016), tout comme
Anthony Egbu et Decklan Okoroigwe (2015) mettent en évidence le rôle premier joué
par le secteur informel dans la pré-collecte des ordures auprès des ménages et le
remplissage des camions. Ici, ces collecteurs travaillent surtout à l’intérieur des quar-
tiers, notamment auprès des ménages où ils sont souvent moins exposés aux risques
sanitaires que dans les décharges. En Amérique latine, l’image de cette activité en
ville peut varier selon les enjeux économiques ou environnementaux du système
métropolitain de gestion des déchets. À Lima, Mathieu Durand (2012) qualifie ce
système d’activité informelle d’autogestion, car organisé par les populations pour des
raisons surtout environnementales dans les quartiers peu servis par le service muni-
cipal. Comme le décrit M. Durand (2012), les collecteurs ou recycleurs informels y opèrent
sans autorisation légale soit directement dans les quartiers où le système formel n’inter-
vient pas, soit dans les rues des quartiers aisés pendant la nuit, afin de trier des déchets
recyclables avant le passage du camion municipal. Selon cet auteur, l’obtention d’un
agrément pour les collecteurs informels est très limitée dans ce pays, car il se fait sur la

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base des critères de protection sanitaire et environnementale parfois conformes à la


norme européenne. À Buenos Aires, Marie-Noëlle Carré (2012) postule que le facteur
économique l’emporte sur les enjeux de délivrance du service des déchets. Dans cette
métropole argentine, le partage du territoire entre récupérateurs informels et éboueurs
formels s’avère conflictuel à cause de la valeur ajoutée du tonnage qui s’amenuise,
alors qu’elle constitue la base du calcul du revenu de ces éboueurs. Étant donné que
les niveaux de développement ne sont pas toujours les mêmes dans les métropoles et
les villes de taille moyenne, la nature et la quantité de déchets peuvent varier d’une
ville à l’autre. En d’autres termes, cette approche du secteur de récupération des
déchets soutient que les collecteurs informels contribueraient ainsi au développement
durable (Ezeah et al., 2013).
Le troisième corpus est plus récent, abordant le secteur informel comme une part
à connecter au secteur formel pour rendre le système de gestion des déchets plus effi-
cace. Dans cet ordre d’idées, certains auteurs étudient la faisabilité d’une intégration
des secteurs informel et formel (Wilson et al., 2006 ; Yates, Gutberlet, 2011 ; Paul et al.,
2012 ; Zapata Campos, Zapata, 2014). D’autres chercheurs se limitent à l’idée d’une
coexistence entre des collecteurs informel et formel. Effectivement, tandis que David
C. Wilson et al. (2009) évoquent la relation gagnant-gagnant entre les deux catégories
d’acteurs, Mescharch W. Katusiimeh et al., (2013) soulignent le caractère compétitif
des secteurs informel et formel des déchets, notamment lorsque les collecteurs du
secteur privé effectuent la collecte en porte-à-porte autant que ceux du secteur
informel, tandis que le service public réalise la collecte des déchets à distance, avec
du matériel adapté, tels que des bacs à ordures et des camions à bennes.
En outre, l’idée de formalisation du secteur informel rejoint ce troisième corpus,
notamment dans des études en Amérique latine. À ce sujet, Mathieu Durand (2012)
part d’une réflexion sur la gestion des déchets dans la capitale péruvienne et sur des
recherches similaires pour soutenir que les villes en développement gagneraient bien
plus à se concentrer sur une meilleure articulation entre les secteurs formel et
informel au lieu de dépenser leurs efforts financiers et humains à la suppresion du sys-
tème illégal. Il y souligne une tendance à l’institutionnalisation de la relation entre ces
deux systèmes sous forme de gestion partagée, cristallisée par l’association de leurs
atouts que constituent l’efficacité du secteur formel et les expériences de terrain des
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récupérateurs informels. Toutefois, la limite de cette formule a été mentionnée : elle
met le secteur des déchets dans une situation d’illégalité. C’est ainsi que cette idée de
formalisation est parfois avancée sous un angle plus attrayant, notamment celui de la
durabilité du service. Pour le cas de Buenos Aires, il a été démontré que le partage
du territoire de travail entre les deux secteurs est à l’origine de conflits autour des
déchets devenus rares, donc devenus rentables, et cette rareté amène à une régulation
des territoires de déchets et à une redéfinition des statuts des récupérateurs. C’est
ainsi que la conclusion de partenariats entre l’État et les coopératives est encouragée,
et la révision des contrats de gestion se pense avec un tarif désormais défini selon la
surface assainie et non selon la quantité de déchets collectés. Cette institutionnalisation
partielle des récupérateurs, mais non de toute la chaîne du système informel permet
d’apaiser les tensions entre secteurs informel et formel opérant sur le même territoire.
Dans ce cadre d’analyse, des relations de pouvoir sont souvent mises en évidence.
En l’occurrence, Julian Yates et Jutta Gutberlet (2011) ont étudié le cadre politique
local dans lequel la gestion des déchets municipaux est intégrée à Diadema, au Brésil.

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Ces derniers s’intéressent en particulier aux inégalités dans les relations de pouvoir
dans les situations conflictuelles entre acteurs formel et informel, dont la municipalité
et les recycleurs de déchets organiques tels que les jardiniers communautaires. Ils
suggèrent une intégration des programmes de recyclage dans le modèle de gestion
municipale des déchets, pour des relations plutôt professionnelles entre les parties
formelles et informelles encouragées à mieux s’organiser en coopératives. Les implica-
tions politiques du lien entre ces acteurs se traduisent souvent dans la production de
l’espace des villes du Sud. Par exemple à Delhi, André Véron (2006) a montré com-
ment les politiques de gestion de la pollution de l’air en ville se sont traduites par un
processus de périurbanisation, une illustration de la co-production de la société et de
l’environnement urbain souvent vu uniquement comme un résidu de la production
capitaliste. En Amérique latine, la création d’une « ceinture écologique » dans la ville
de Buenos Aires (qui s’étale) a permis de préserver les citadins des impacts sanitaires
des sites d’enfouissement des déchets construits dans la ville (Carré, Negrão, 2015).
Dans le même ordre d’idées, l’eau à Guayaquil, en Équateur est gérée dans le cadre
d’un processus politico-économique et écologique intégré dans l’urbanisation
(Swyngedouw, 1997). Ce dernier auteur a montré à travers une lecture de la ville et
son extension par l’eau, son écoulement et sa gestion. En Afrique, dans deux villes
moyennes au Nord du Cameroun (Garoua et Maroua), Émilie Guitard (2012)
montre comment le volume de tas d’ordures municipales accumulées sur un terroir
donné aboutit à une affirmation du pouvoir de l’autorité du terroir. À Yaoundé, la
capitale politique du pays, la dimension politique de l’ordure fut relevée dès les
années de crise économique et de gestion urbaine alors que, dans les années 1990,
traiter de l’ordure ou en faire un objet de recherche constituait un risque pour le
chercheur. En effet, l’ampleur des poubelles multipliées dans l’espace urbain de
cette capitale d’État, était telle que, la publication du mot « ordure » dans le quotidien
des Yaoundéens résonnait comme un rappel de l’incompétence de l’autorité publique
en charge de ce service (Zoa, 1996). Depuis, le service des déchets en grande partie
informel ou associatif concerne les citadins locaux (Ngambi, 2016).
C’est dans cette approche mettant l’accent sur la connexion entre secteurs informel
et formel et sur les enjeux de ressource, de politique et de pouvoir autour des déchets, que
cette recherche s’inscrit pour étudier le lien entre les récupérateurs informels et les collec-
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teurs formels des ordures ainsi que leur part dans la production de l’espace urbain africain.

Matériel et méthode

Le terrain d’étude et son choix


Cette étude de cas porte sur la ville de Bafoussam (fig. 1), y compris les trois
communes d’arrondissement qui la forment (Bafoussam Ier, IIe et IIIe) faisant d’elle une
communauté urbaine créée en 2008 et comptant une septantaine de quartiers. Ville
secondaire et capitale de la région de l’Ouest du Cameroun, elle apparaît comme la
troisième ville francophone du Cameroun (après Douala et Yaoundé), économique-
ment et politiquement influente dans sa région. Bafoussam est le chef-lieu d’une région
de hautes terres, plus connue sous le nom de pays Bamiléké. Cette ville entretien de
grands échanges interurbains avec les deux grandes métropoles du pays, et avec sa
sous-région, ce qui fait d’elle une véritable ville intermédiaire.

265 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


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La taille moyenne de la ville, son contexte insti-


tutionnel et le facteur social ont été des facteurs du
choix de ce terrain d’étude qui a fait l’objet d’une
n
thèse doctorale dont cet article est issu. Avec près de
Tchad 500 000 habitants, Bafoussam compte parmi ces
Maroua
villes d’Afrique subsaharienne où vit la grande majo-
rité de la population urbaine du continent, villes qui
Nigeria Garoua
sont exposées aux défis de la croissance urbaine
contemporaine. Si la gestion des déchets urbains
Ngaoundéré
relève en premier lieu de la responsabilité de la com-
munauté urbaine, le service des déchets y est effectué
Bamenda
République dans le cadre d’un partenariat public-privé par
Bafoussam
centrafricaine Hysacam, une compagnie privée.
Cameroun
Douala En effet, le système de gestion des déchets au
Bertoua
Cameroun a connu des mutations Institutionnelles
Yaoundé
Golfe de Guinée
depuis plusieurs décennies passant d’une auto-
nomie municipale à la privatisation du service.
0 200 km Hysacam est présent à Douala en 1969, et à
©L’Espace géographique, 2018 (awlb).
Yaoundé depuis 1979. C’est en 2006, quarante
Fig. 1/ Position de la ville d’étude: Bafoussam au Cameroun années plus tard que cette entreprise s’implante
dans les autres villes du pays. Malgré l’existence de
rares études comme celles de Mpakam Hernanie
Grelle et al. (2006) et de Célestin Defo et al. (2015), on en sait peu sur le secteur
informel, et encore moins sur leurs relations avec les collecteurs de déchets employés
par Hysacam. Par ailleurs, des groupes d’initiatives communes sont nés à l’initiative
d’une ONG environnementale (CIPCRE3) intervenant dans quelques quartiers résiden-
tiels. Pour analyser un secteur souvent considéré comme le lieu de travail de résidents
peu scolarisés, la maîtrise de quelques dialectes locaux de l’ethnie bamiléké a constitué
un atout pour les phases de collecte et d’analyse de récits et d’entretiens de terrain.

La collecte des données


Les données présentées dans cet article proviennent d’un travail d’enquête
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effectué à Bafoussam en 2015 et 2016. Pendant cette phase de collecte du matériau
primaire, une trentaine d’entretiens semi-directifs auprès de récupérateurs informels
des déchets rencontrés dans différents quartiers de la ville portaient sur leurs profils,
l’organisation de leur travail, leurs rapports avec d’autres acteurs, ainsi que sur l’accès
et sur l’occupation de leur espace de travail dans la ville de Bafoussam. Ces derniers,
jeunes enfants et adultes, étaient des citadins ou des individus ayant migré temporaire-
ment d’une campagne ou d’une ville voisine, en quête de moyens de subsistance. En
outre, les collecteurs formels ont aussi été interrogés, mais plus souvent sous forme de
focus groupe, étant donné que cette catégorie de trieurs travaille d’une part dans des
groupes organisés par une organisation locale non gouvernementale optant pour la valo-
risation des matières organiques par compostage, d’autre part pour la compagnie privée
de gestion des déchets en partenariat avec la municipalité pour la propreté urbaine géné-
rale. Cette double perspective des « informels » et des « formels » s’avère enrichissante
3. Centre internationale
pour la promotion pour cette recherche, dans la mesure où la plupart des études, ne l’avaient abordé que
et la création. sous un seul angle. Par respect pour les personnes enquêtées, les répondants ne sont pas

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explicitement cités dans ce texte. Par ailleurs, l’observation participante menée auprès de
la société privée de gestion des déchets à Bafoussam a permis de regarder de plus près
les pratiques de récupération des déchets par les collecteurs du secteur privé et leur
interaction avec le secteur informel. Enfin, la littérature existante et des données
d’archives collectées auprès de la municipalité, notamment les rapports d’études sur la
ville de Bafoussam, ont aussi été utilisées comme sources d’informations pour l’élabo-
ration de cet article.

Bafoussam et la récupération de déchets


D’une manière générale, la situation du marché du travail au Cameroun met en
évidence l’emploi précaire et l’expansion du secteur informel avec une prolifération de
petits métiers voués à être organisés plutôt qu’enrayés (Fodouop, 1991). Les statistiques
nationales renseignent, en effet, sur le taux de chômage élevé en milieu urbain
(14,1 %), avec des pics dans les capitales (17,9 % à Yaoundé et 16 % à Douala).
L’Institut national de la statistique du Cameroun estime que le taux de chômage de ce
pays s’élève à 4,4 %, chiffre qui serait plus élevé si le secteur informel n’occupait pas
près de 90 % de personnes à la recherche d’un emploi (INS, 2011).
Si ses fonctions urbaines sont principalement résidentielles, commerciales, agricoles
et industrielles, la ville de Bafoussam regorge de nombreuses activités informelles qui se
manifestent le long des rues par des activités commerciales atteignant 70 à 90 % de
l’emploi non agricole (Plan d’urbanisme directeur, 2013).
Dans cette ville moyenne, l’évolution des modes de consommation et la croissance
démographique peuvent expliquer la production croissante des déchets solides par habi-
tant, estimée de nos jours au-delà de 0,57 kilogramme par jour (Ngnikam, Tanawa, 2006,
p. 126). De surcroît, la population est passée de 282 800 habitants en 2005 (BUCREP,
2010) à près de 400 000, ces dernières années sur une superficie urbaine de plus de
5000 hectares (Yemmafouo, Sufo, 2011). Selon le plan d'urbanisme directeur (Commu-
nauté urbaine de Bafoussam, 2013), les déchets urbains sont essentiellement issus des
ménages, des commerces et des industries dont une vingtaine existant dans la ville.
Comme dans les capitales et plusieurs autres villes du pays, la société Hysacam, engagée
par l’État et la communauté urbaine dans le cadre d’un partenariat public-privé, est offi-
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ciellement responsable de la collecte des déchets solides sur l’intégralité du territoire
urbain de Bafoussam4. Elle effectue également la mise en décharge sur un site contrôlé 4. Marché
situé dans la périphérie est de la ville. Le cahier de charge de cette entreprise indique une no 000328/M/MINMAP/
organisation de ses employés en une quinzaine d’équipes de collecte de déchets dont DGMAS/DMSPI/CE8/CEA8
/ya/2014 passé suivant
quatre à cinq équipes affectées chacune dans l’une des trois communes d’arrondisse- la procédure de gré à gré
ment. Une équipe de collecteurs de la compagnie Hysacam est composée d’un chauffeur sur autorisation
no 00002861/L/PR/MINIM
et de deux éboueurs (ou trois selon le type de camion, photo 1). Les camions sans bennes AP/DGMAS/h-ng/ du
à compaction nécessitent un troisième éboueur dans le haut du véhicule. Ce dernier 27/05/2014 avec la société
Hygiène et salubrité
reçoit et vide les bacs à ordures ménagères. du Cameroun (Hysacam)
Selon les entretiens avec les responsables de l’entreprise, Hysacam s’impose dans pour la collecte,
le système de collecte des déchets avec 200 membres du personnel alors que les autres le transport et
le traitement des ordures
secteurs n’en emploient qu’une cinquantaine pour le secteur informel, et une quin- ménagères, le balayage
zaine pour les communautés de bases associées à l’ONG locale. Au-delà des employés et le nettoyage des rues,
places publiques et
administratifs de Hysacam y compris les chefs de service et de contrôle des équipes de marchés de la ville
collecte, l’entreprise compte 26 chauffeurs et 107 agents de propreté (balayeurs, de Bafoussam.

267 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


Tardy M50J100N20_Tardy 13/11/2018 11:29 Page268

éboueurs, racleurs). En effet, les agents du balayage


de rues font partie de ces employés, mais l’article
se concentre sur les éboueurs travaillant dans le
camion, approximativement une quarantaine.
Auprès de cette entreprise, les chauffeurs ont sou-
vent débuté en tant qu’éboueurs et ont amélioré
leur niveau de compétences grâce à des forma-
tions à la conduite de camion. Cette compétence
leur vaut le statut de chauffeur avec un salaire5
conséquent. L’équipe de collecte travaille dans la
matinée, ou l’après-midi pour un total horaire de
sept heures la session, et ce, dans une certaine
course à l’ordure (Makamté Kakeu-Tardy, Véron,
Photo 1/ Collecte de déchets par une équipe d’employés à paraître).
de Hysacam L’entreprise privée Hysacam travaille en parte-
À gauche, un chauffeur et, à droite, deux éboueurs en uniforme nariat avec la communauté urbaine qui contrôle
de service. Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015. l’effectivité du service et contribue à environ 15 %
au revenu du secteur privé, les 85 % restant prove-
nant de l’État. Il existe aussi des organisations
communautaires qui opèrent dans quelques quartiers de la ville en récupérant de la
matière organique pour en faire du compost destiné à la vente. En ce qui concerne le
type de déchets produits à Bafoussam, près de 70 % sont de type organique, 15 %
sont du papier ou du plastique, 10 % sont du textile, 3 % sont constitués de ferraille
et 2 % de verre (Plan d’urbanisme directeur de Bafoussam, 2013). Selon les observa-
tions directes, les secteurs formel et informel prennent activement part à la collecte
de ces déchets solides à Bafoussam.

Les récupérateurs informels de déchets à la conquête d’autres espaces à Bafoussam


Alors que l’activité de récupération des déchets solides municipaux dans les villes
africaines est généralement plus intense sur les sites de décharge agréées (Zoa, 1996 ;
Cissé, 2012), elle semble plus présente dans les rues et quartiers de Bafoussam. En
effet, situé dans le quartier Banefo, à quatre kilomètres du centre urbain, la décharge
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municipale est le terminus des déchets solides collectés par le secteur formel. Le site de
5. Lors des conversations ce quartier excentré est envahi par des montagnes de déchets entreposés et empilés,
informelles avec
les équipes de collecte, destinés à un enfouissement local (photo 2). À sa création par la municipalité, vers l’an
un exemple de grille 2000, ce site a accueilli de nombreux travailleurs informels effectuant le tri et la vente
de salaires mensuels
évoqués par l’un ou des objets recyclables. Ils ont souvent coopéré avec des entreprises industrielles de
l’autre employé a été recyclage situées à l’extérieur de la ville, basées notamment à Douala, capitale écono-
estimé à plus ou moins
100 000 FCFA (145 euros)
mique du pays. Ensuite, les travailleurs du secteur informel ont été expulsés de cette
pour certains chauffeurs décharge. Le contrat de partenariat avec cette entreprise privée marque son engage-
et plus ou moins ment exclusif dans le service de collecte, de transport et de mise en décharge de
50 000 FCFA (72,5 euros)
pour certains éboueurs. déchets solides municipaux au Cameroun (Makamté Kakeu-Tardy, Véron, à
Les salaires sont majorés paraître). En effet, les municipalités précédemment en charge de ce service ont
selon l’ancienneté de
l’employé ou réduit montré les limites de leurs capacités de gestion au cours de la décennie 1990, en
à la suite d’une pénalité. termes d’équipement et de ressources humaines et financières. Ainsi avec de grands
Les chiffres exacts restent
difficiles à obtenir, car il
camions à compaction, une technologie moderne permet à cette entreprise, princi-
s’agit d’un sujet sensible. pale actrice de gestion des déchets au Cameroun, de ramener les déchets collectés de

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Photo 3/ Haies plantées le long de la décharge


Photo 2/ Montagne d’ordures sur le site de décharge
Le dispositif végétal sépare la route nationale du site
Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
de la décharge. Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

la ville à la décharge municipale. Selon un entretien avec l’un de plus anciens agents
de Hysacam employé dans le secteur de la décharge municipale depuis sa création, la
stricte fermeture des portes de ce site aux collecteurs informels serait due à des actes
répréhensibles. Au fait que ces derniers auraient provoqué des feux dans cet espace,
notamment en brûlant des roues abîmées et des ordures accumulées dans la
décharge, dans le but de faciliter l’extraction des objets métalliques. Selon le récit de
ce responsable de service, ces incendies avaient pour but de récupérer des fils de fer
et objets assimilés, matériaux « de valeur » constituant la perle rare de leur filière de
collecte. Depuis lors, et après de nombreux avertissements de la part de l’autorité
municipale, le site a été interdit d’accès à tout récupérateur informel et plus tard
clôturé de haies vives (photo 3). Les rues de la ville sont devenues le seul refuge de
survie des récupérateurs informels à Bafoussam, sauf si une véritable communauté
de récupérateurs se crée, aussi bien organisés que ceux des grandes villes comme
Douala, mais ceci n’est encore qu’un projet.
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Itinérance et sédentarisme des collecteurs informels de déchets dans l’espace urbain
Les collecteurs itinérants ou petits collecteurs informels
À Bafoussam, dans les années 2000, les travailleurs informels ont donc quitté la
décharge municipale, située en périphérie de la ville. Une grande majorité de collecteurs
allaient directement trier sur place, les déchets solides recyclables ou réutilisables à des
fins commerciales, ceci étant leur moyen de subsistance. L’accès à ce site de décharge
étant devenu exclusivement formel, les collecteurs informels se sont rués sur les autres
espaces de Bafoussam, c’est ainsi que les quartiers densément habités sont devenus leurs
principaux lieux de travail.
Dans cette ville, les récupérateurs se déplacent le long des rues, munis de leur
matériel de collecte. Il s’agit de jeunes enfants non scolarisés et d’adultes, mais aussi
d’élèves et d’étudiants effectuant ce travail au quotidien pour certains ou pendant les
vacances scolaires pour d’autres. Leur activité de récupération consiste à faire du tri
des déchets solides de valeur destinés au recyclage. Leur équipement de travail est
essentiellement constitué d’une charrette à deux roues à traction humaine appelé

269 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


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« pousse-pousse » qu’ils poussent le long des rues. Sans itinéraire très précis, les
récupérateurs sillonnent différents quartiers de la ville. Cette catégorie de récupéra-
tion de déchets à Bafoussam engage exclusivement des hommes, au nombre d’une
cinquantaine, qui collectent une grande variété de matières solides recyclables dont du
fer et des objets plastiques pour un marché parfois concurrentiel entre ces derniers. Par
la suite, ces trieurs ambulants réunissent leurs déchets sur l’un des points de dépôt
informel d’objets recyclables, tenus par des récupérateurs sédentaires dans la ville.
Sur ces sites de tri spécifique, se poursuit le processus de récupération et d’achat du
matériel recyclable entre collecteurs itinérants et acheteurs sédentaires appelés aussi
« patrons ». Ces derniers acheminent ensuite les produits triés vers des entreprises
industrielles spécialisées. Ces entreprises arrivant le plus souvent de Douala. Chaque
partie recherche du profit dans ce circuit de tri et de vente des objets récupérés.
Effectuant la collecte le long des rues, les récupérateurs ambulants n’ont pas de lieu
de travail fixe dans la ville. Ils alertent les vendeurs potentiels de matériaux recyclables
à l’aide d’un cri, afin de les tenir informés de leur passage dans le quartier. Utilisant
une expression locale dont tous comprennent le sens : « Bâta, bâta, bâta » qui signifie
« Babouches en plastique ou en matériel précaire » comme pour demander : « Auriez-
vous des objets recyclables à jeter ou à vendre ? » Les ménages ont ainsi appris à
faire un pré-tri de leurs ordures pour gagner quelques francs FCFA au passage des
collecteurs informels.
Au soir de la collecte, le récupérateur se rend habituellement dans un point de
dépôt où la revente s’opère avec un acheteur ou « patron ». Le choix d’un dépôt
dépend d’un certain nombre de facteurs, tels que la relation de travail entre itinérant
et sédentaire, ou avec d’autres collecteurs ambulants de la ville, la distance à parcourir
pour atteindre le site de dépôt, le type de déchets (photos 4 et 5) recherché par l’ache-
teur, et le prix du marché établit avec ce dernier. Ainsi, les collecteurs informels ont
tendance à se spécialiser dans une filière précise d’ordures recyclables et à collaborer
avec des producteurs de déchets urbains ou des collectionneurs du type de déchets qui
les intéresse. Cette organisation informelle par filière de récupération des déhets solides
en ville semble inchangé en Afrique centrale, depuis l’apparition de cette activité en
Afrique de l’Ouest il y a un siècle, ce qui conforte
l’idée d’une persistance du secteur informel et de son
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mode de fonctionnement dans le système de gestion
des déchets urbains en Afrique subsaharienne. À
Libreville, au Gabon, ville capitale plus cosmopo-
lite, les récupérateurs ambulants sont constitués
d’immigrants, spécialisés selon les nationalités,
notamment les Nigérians pour les casses automo-
biles et les Maliens pour les casseroles (Ada, 2006).

« Je collecte surtout les objets de soudure,


compte tenu de la demande de mon
Photo 4/ Quelques objets récupérés à Bafoussam patron. Nous fonctionnons comme une
chaîne alimentaire : il y a le patron du
Ferraille, bâta bâta (babouches en plastique), cartes mères
patron de mon patron ». Un collecteur
(déchets électroniques), bouteilles et canettes de bière, cuir,
ambulant. Extrait d’entretien de
chaussures, verres, etc.
R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2016.

© L’Espace géographique 270


Tardy M50J100N20_Tardy 13/11/2018 11:29 Page271

À travers ce marché du matériel recyclable, les


récupérateurs redonnent à l’ordure une valeur,
celle d’une ressource alimentant des systèmes éco-
nomiques (Wilson et al., 2006) diffusés en Afrique
depuis plusieurs décennies. Parmi les divers maté-
riaux récupérés à Bafoussam, on distingue du fer,
du cuir, du plastique, du verre, de l’aluminium, du
cuivre, du bronze et des bocaux de crèmes cosmé-
tiques. Ces objets sont achetés auprès des ménages
à des prix relativement bas et en fonction de la
valeur symbolique de l’objet. Par exemple, un petit
bocal est souvent acheté à 25 FCFA6, mais la bou-
teille de bière vide ou un tas de fer se négocie à de
prix variables : 100 FCFA 7 , 500 FCFA, Photo 5/ Collecteur informel, itinérant dans les rues
1 000 FCFA, 2 000 FCFA, 10 000 FCFA. La de Bafoussam
mesure peut se faire selon une estimation à vue d’œil Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
ou sur une balance. Lors de la revente de ces objets
recyclables au point de dépôt, le bénéfice du récu-
pérateur itinérant représente souvent le double du prix d’achat. Le rendement
dépend de la fréquence de collecte et de la négociation de prix. Il existe plusieurs
dépôts répartis dans la ville, mais aussi plusieurs formules de négociations entre les
« patrons » de ces sites et les collecteurs ambulants. Avant le début du service, et avec
l’accord du collecteur, le patron peut estimer un forfait journalier et le verser à ce
dernier comme fonds de commerce et rémunération. Le forfait est ainsi souvent versé
au collecteur « avant » le service pour rendre possible l’achat des déchets recyclables
auprès des ménages et d’autres sources de déchets recyclables, à l’exemple des
menuiseries. Des garagistes de la ville font de même avec les collecteurs informels,
afin de se débarrasser de leurs déchets lourds ou encombrants. À ce sujet, un trieur
ambulant a tenu ces propos :

« Mon lieu de dépôt est situé au ‘‘camp sable’’. On appelle aussi ça ‘‘dépôt la
gloire’’. C’est là où on me fournit de l’argent. Le boss te remet un montant
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d’argent, tu fixes cette base avec lui en fonction de ce que tu peux collecter
durant la journée ou une période définie. [Par exemple 200 0008 FCFA]. Tu
vas acheter et revenir avec les déchets à hauteur de ce montant. Si tu en
collectes plus que ça, le reste d’argent t’appartient, et donc le surplus c’est
pour toi. Il existe plusieurs dépôts dans la ville : trois au camp sable,
Tougang village, grand goudron, Tougang ville et SOCADA ». – Extrait
d’entretien de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

Selon le récit de certains récupérateurs itinérants, la valeur marchande mensuelle


de cette activité informelle en ville pourrait avoisiner les 100 000 FCFA, mais reste
assez variable selon la régularité de l’activité, selon l’offre et la demande. Toutefois,
parler de son salaire ou de son gain mensuel est souvent une question aussi délicate
6. Vingt-cinq FCFA = quatre
que gênante dans la société camerounaise, encore moins lorsqu’il s’agit de personnes centimes d’euro.
pratiquants une activité informelle. Dans ce réseau du marché informel des déchets, 7. Cent FCFA = quinze
l’itinérant est normalement associé à un seul « patron » selon le type de déchet centimes d’euro.
demandé par ce dernier. Mais il peut aussi fonctionner sur différents sites de dépôt 8. Trois cent mille euros.

271 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


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en collaborant avec d’autres récupérateurs intéressés par des ordures d’une filière
différente. Dans ce cas, il s’opère un marché intermédiaire entre collecteurs triant
différents types de déchets sur leur itinéraire.

Les récupérateurs sédentaires ou petits vendeurs de déchets recyclables


Les récupérateurs de déchets solides sont considérés comme des intermédiaires ;
ils sont appelés « patrons » par les petits collecteurs informels, ils sont installés à des
points précis de la ville de Bafoussam (photo 6). En effet, si cela a l’air d’un abus de
langage, le titre de « patron », accordée aux récepteurs ou acheteurs sédentaires de
déchets recyclables, est souvent utilisé au Cameroun pour désigner le supérieur
hiérarchique qui verse le salaire ou la rémunération.
Dans le secteur informel des déchets, le « patron » désigne celui qui achète les
objets recyclables ou qui verse une certaine somme d’argent à des collecteurs pour
ceux-ci revende auprès des grandes entreprises de recyclage de la capitale économique
et industrielle du pays. Venant régulièrement de Douala, ces entreprises débarquent sur
les sites de dépôts à Bafoussam pour marchander des matériels recyclables pré-triés,
principalement de la ferraille et des bouteilles de bière qui sont de grande valeur dans
ce circuit de recyclage.
Ces récupérateurs de déchets mettent en avant leur participation à la lutte contre
l’insalubrité en ville, étant donné que les acteurs du partenariat public-privé, selon leur
contrat, ne manifestent pas particulièrement d’intérêt pour ces déchets ménagers
spéciaux, qui joncheraient les décharges s’il n’y avait pas ce travail de tri en amont.
Des acheteurs viennent aussi de l’étranger, dont des pays voisins comme le Nigeria,
qui semble être l’un des acheteurs réguliers.

« On en vend aux Nigériens, qui se déplacent à Bafoussam, environ


100 kilogrammes par semaine. Cela permet de payer le loyer, vie familiale,
manger. » Un patron du dépôt d’objets recyclables. – Extrait d’entretien de
R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

Alors que beaucoup des itinérants viennent de diverses contrées du pays, la plupart
des récupérateurs sédentaires de Bafoussam sont des autochtones dont l’ancienneté dans
cette activité peut atteindre une vingtaine d’années et constituer le seul ou le principal
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métier. En effet, certains intermédiaires des sites de
dépôt de matières recyclables ont parfois, tout au
long de leur carrière informelle suivi un parcours
allant du statut de récupérateur ambulant à celui
«patron». L’existence de ce commerce est antérieure
à la fermeture de la décharge officielle aux récupéra-
teurs primaires. La plupart des trieurs partis du site
de décharge ont rejoint et envahi l’espace des
quelques collecteurs informels qui devaient déjà
exister dans les quartiers de la ville.
Ces collecteurs itinérants ramènent leurs
objets de fortune aux sédentaires à leur point de
Photo 6/ Espace de travail des patrons et récupération qu’ils considèrent comme leur espace
des récupérateurs de déchets
Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2016.
de travail, ayant occupé le lieu parfois depuis plu-
sieurs années, quoique souvent contre un mandat

© L’Espace géographique 272


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de location privé auprès d’un propriétaire du quartier, comme le montrent ces deux
extraits d’entretiens avec des patrons ou récupérateurs sédentaires de déchets solides à
Bafoussam.

« Voici notre espace, on loue cet endroit au propriétaire. Nous payons des
impôts auprès de la commune. » Patron 1. – Extrait d’entretien de
R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

« Nous sommes des anciens dans le quar tier. On travaille dans la


récupération depuis les années 1996. Voici notre point de dépôts pour la
revente des déchets à de grandes sociétés venant de Douala. Les
Indiens aussi en achètent ! On dépièce les voitures pour récupérer le fer. En
plus des enfants qui nous apportent leurs déchets triés, il y a des camions
des individus qui débarquent ici régulièrement pour nous livrer des
ferrailles. », Patron 2. – Extrait d’entretien de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

L’Organisation non gouvernementale et le compostage dans trois quartiers à Bafoussam


Le secteur informel des déchets côtoie certains acteurs du secteur formel des
déchets dont du CIPCRE, une ONG locale qui travaille principalement dans le
domaine de la production agricole et qui se présente aussi comme un acteur de la
gestion des déchets ménagers à Bafoussam. Cette ONG a installé dans certains quar-
tiers de la ville, des groupes d’initiatives communes (GIC) pratiquant du porte-à-porte
auprès des ménages pour la collecte des ordures à de fin de compostage. Ensuite,
l’activité de tri et compostage a lieu dans leur espace de travail. Elle concerne trois
différents quartiers de la ville que l'article présente plus loin, dans les prochains
paragraphes. Ces petites associations sont généralement constituées de cinq per-
sonnes maximums et de tous les sexes. Des entretiens, et parfois des focus groupes
ont été menés avec les trois groupes d’initiatives communes encore engagés
aujourd’hui dans l’activité de compostage des ordures à Bafoussam. Les échanges
portaient sur le contexte de création du groupe, le processus d’occupation de l’espace
en ville, l’organisation de la collecte des déchets, le mode de gestion des résidus issus
du tri de la matière compostable ou encore sur leur rapport avec le secteur informel.
Auparavant, le nettoyage de la ville de Bafoussam était assuré par la municipalité,
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jusqu’à ce que survienne la crise économique des années 1990. À partir de cette date,
d’énormes tas d’immondices s’accumulaient dans la ville. C’est ainsi que vers 1995, et
pour un mandat de cinq ans, un projet de compostage fût lancé et soutenu par l’Agence
française de développement (AFD), établissement public du gouvernement français
spécialisé dans les relations avec les pays du Sud. Cette agence a ensuite renouvelé le
projet jusqu’en 2002, avec pour objectifs majeurs, l’assainissement de la ville et aussi
la vente de compost à des paysans.
Dans un premier temps, cinq équipes avaient été constituées dans cinq différents
quartiers de la ville, mais seulement trois ont pu survivre grâce au modeste revenu de
leurs efforts de production et de vente. Le prix du sac de compost s’élève à
1 000 FCFA9, et le revenu mensuel constitue le salaire des membres de l’association.
Le compost est vendu à des agriculteurs locaux et ou qui viennent des vastes planta-
tions de cultures vivrières des campagnes de la région. Depuis la fin du projet, ces
équipes poursuivent leurs activités avec des effectifs réduits, faute de subventions. Mais 9. Un euro et cinquante
ces groupes bénéficient parfois d’un accompagnement technique et de matériels de centimes.

273 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy


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travail (bottes, brouettes, gants). Installés sur plus de 500 mètres carrés louées dans
les quartiers de Kouogouo (4 049 habitants), Bamendzi (7 336 habitants) et Banengo
(8 927 habitants), ces groupes ont déployé leur activité dans l’espace urbain. Indépen-
damment de l’ONG, ces groupes effectuent désormais un travail de collecte manuelle
en porte-à-porte et de tri des mélanges d’ordures, auprès des ménages auxquels ils
communiquent parfois préalablement leur calendrier de passage hebdomadaire. Après
cette collecte, le transport des déchets organiques vers l’un des sites de compostage se
fait à l’aide d’un matériel sommaire (brouette ou porte-tout), puis viennent les phases
de tri, de tamisage, de compostage et de vente sur place.
Ces autres acteurs du secteur de la récupération des déchets sont liés aux collec-
teurs informels par l’ordure recyclable séparée de la matière destinée au compostage.
Sur ces sites de compostage, les groupes vont trier la matière recyclable. Les enquêtes de
terrain n’ont pas été approfondies sur le quotidien de ces liens, parce que l’interaction a
été moins forte qu’avec les collecteurs formels de la société privée de gestion des déchets
à Bafoussam. Cette société effectue le ramassage des refus sur les différents sites de
compostage, souvent après le passage des récupérateurs informels.

Le secteur des déchets à Bafoussam : vers une « formalisation » ou une « informalisation » ?


La société privée Hysacam communique régulièrement avec le secteur informel.
Elle travaille au Cameroun depuis plusieurs décennies, dans l’objectif de maîtriser
l’hygiène et la salubrité urbaines. Ses méthodes de collecte à bord d’un camion à
benne ou de compaction constituent l’une des raisons de son succès. C’est pourquoi
cette société a été retenue pour intervenir d’abord à Douala, à partir de 1969, puis à
Yaoundé, la capitale politique du pays, dix ans plus tard. Il faut attendre 2006 pour
voir ce service s’étendre aux villes moyennes, en commençant par Bafoussam, où
Hysacam est chargée d’assurer la propreté de la ville, dans les espaces publics incluant
les rues, carrefours et jardins10. Cependant, Hysacam ne parvient pas toujours à
accéder aux quartiers spontanés ou situés en retrait des voies praticables (Grelle et al.,
2006). Cette difficulté constitue une ouverture favorable à l’émergence et à l’intégration
de systèmes alternatifs de gestion des déchets, telles que l’ONG, pour la valorisation des
ordures organiques, et du secteur informel pour le recyclage des déchets collectés à des
endroitsde la ville peu accessibles pour les camions de Hysacam. À ce jour, Hysacam se
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charge de collecter les déchets ménagers sans distinction de type. Tout ce qui lui est
rendu comme ordures ménagères est mélangé dans le camion à benne et déversé à la
décharge municipale. Selon les observations de terrain, les éboueurs interviennent subtile-
ment dans le circuit informel, donnant ainsi lieu à une interaction des deux secteurs.

Les acteurs agréés, le marché formel-informel des déchets et le partage de l’espace urbain
L’espace urbain de Bafoussam est un lieu de rencontre des urbains, mais aussi
des acteurs de la ville au cours de leur exercice quotidien de gestion urbaine. Alors
que l’entreprise Hysacam parcours l’ensemble de la ville par ses axes principaux et
secondaires pour le ramassage des ordures, les récupérateurs informels, sont omnipré-
sents, surtout dans les quartiers résidentiels et populaires ou à des points de décharge
sauvage. Les récupérateurs informels font du porte-à-porte dans des quartiers planifiés
et résidentiels comme Kamkop et Tamdja. Dans ces quartiers huppés, ils trouvent des
« produits » récupérables en quantité plus élevée que dans les quartiers pauvres ou
10. Voir la note 4. populaires où les ménages récupèrent eux-même du matériel comme des bouteilles en

© L’Espace géographique 274


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plastique, faute de moyens financiers pour acheter des bouteilles neuves. Ces récu-
pérateurs informels qui vont régulièrement dans les quartiers populaires comme
Tougang sont attirés par le nombre de décharges sauvages. Un autre itinéraire favori
de ces petits collecteurs itinérants est celui des circuits de camion Hysacam afin de
favoriser les rencontres pour récupérer la matière recyclable éventuellement triée à
l’avance et rangée séparément dans leur camion à benne (photo 7). Ce service
permet aux récupérateurs formels de renforcer leur revenu mensuel, jugé trop bas,
grâce à ce marché informel de déchets.
Alors que le premier contrat avec Hysacam indiquait, en 2009, la prise en compte
d’une douzaine de circuits de collecte dans la ville, celui de 2014 marque l’extension de
son espace d’intervention qui s’élève désormais à la quinzaine de circuit au total. Cette
augmentation du nombre de zones de collecte montre que Hysacam gagne de nouveaux
espaces et/ou de nouvelles ressources. Ce déploiement des collecteurs formels sur
l’étendue de la ville et sur ses déchets indique leur influence dans le secteur et de leur
pouvoir sur les déchets. Ainsi, une certaine réserve s’impose à propos de la notion de
compétition entre acteurs de déchets, telle qu’elle est proposée par Mersharch W.
Katusiimeh et al. (2013) pour le système de collecte porte-à-porte qui rejoint les voies
de collecte des deux catégories d’acteurs des secteurs informel et formel. En effet, la
société Hysacam est officiellement habilitée à accéder à toutes les zones de la ville à la
recherche de l’ordure, même si elle n’a pas toujours les moyens de sa politique en
raison de l’état de la voirie urbaine (Makamté Kakeu-Tardy, à paraître) contrairement
aux collecteurs informels perçus comme des débrouillards. Cependant, ces derniers
affirment leur important rôle joué dans ce service de collecte de déchets par la flexibilité
de leur mobilité urbaine, leur accès aux quartiers à travers tout type de dessertes, y
compris les routes tertiaires et les pistes piétonnes.

Interactions, conflits et pouvoir autour des « ressources »


Selon les observations de terrain à Bafoussam, les rencontres entre acteurs des
secteurs formel et informel ont lieu au quotidien
sur l’itinéraire des camions de collecte de déchets,
donc essentiellement sur les grands axes. Parfois à
l’avance ou hors des heures de ser vice des
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éboueurs, les récupérateurs vont vers le camion au
cours de leur collecte dans l’un ou l’autre circuit,
pour acheter la matière recyclable disponible dans
le camion. Ce marché formel-informel de déchets
engendre des conflits au sein des équipes formelles
de collecte. Contrairement à la relation de conflit
révélée en Amérique latine, dans le cas de Buenos
Aires, par exemple, entre acteurs informels et for-
mels des déchets face à une ressource susceptible
de se raréfier et de renforcer le pouvoir du secteur
formel sur la ville et l’ordure, le cas de Bafoussam
présente une situation particulière où un conflit naît
au sein de la même équipe formelle de collecte. En Photo 7/ Collecteur informel itinérant avec son pousse-
pousse attendant le passage du camion Hysacam
effet, les chauffeurs de camion Hysacam ne sont pas
Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
toujours favorables à ces transactions opérées par

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leurs co-équipiers, qui devraient plutôt se concentrer à la chasse au tonnage, c’est-à-


dire à leur principal objectif journalier de collecte, d’où provient leur principale rému-
nération (Makamté Kakeu-Tardy, Véron, à paraître). Les entretiens menés avec les
chauffeurs de camion rendent compte des conditions plus difficiles dans lesquelles les
plus anciens chauffeurs ont travaillé en tant que éboueurs au cours du premier contrat
de Hysacam à Bafoussam, sur neuf heures de travail au lieu de sept heures de nos
jours. Ceci explique, dans une certaine mesure, leur impatience vis-à-vis des éboueurs
dans l’exercice de ce deuxième mandat de Hysacam, qui réduisent ainsi le temps dédié
à la collecte au profit d’une activité supplémentaire de récupération des déchets
recyclables vendus aux collecteurs informels. Ci-dessous, un chauffeur exprime son
désarroi vis-à-vis de ses éboueurs :

« Quand tu vois un gars de 2006, tout ce travail ne lui dit plus rien. [Pour un
employé engagé depuis 2006, les tâches de collecte de déchets ne sont plus si
difficiles aujourd’hui] ». Extrait d’entretien de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.

Un autre chauffeur, impatient d’atteindre l’objectif de collecte journalière de son


circuit, racontait son quotidien parfois tendu avec ses éboueurs :

« À Hysacam... sur le terrain, si tu ne produis pas ou ne travailles pas bien


sur le terrain, tu es proche de la porte… il faut travailler, faire ce qu’on te
demande de faire, c’est tout. Pendant qu’on me fait [met] la pression en
amont, je mets aussi la pression sur ceux [mes éboueurs] qui sont là
derrière, car c’est ensemble, à trois que nous allons donner les objectifs
attendus [atteindre l’objectifs des dix tonnes d’ordures par jour]. Pour moi,
[en ce qui concerne ma propre tâche] ce n’est pas [de] la force [dont il est
question], j’ai la chance, j’ai l’art de tenir ce volant, il faut que je les
conduise normalement. Il faut qu’ils ramassent aussi rapidement les
ordures, pour que nous partons [avancions] aussi vite, là [afin que] le travail
marche, [car] c’est le travail d’équipe, chacun doit faire sa part. Et je leur ai
dit que s’ils constatent que je suis très lent, qu’ils m’interpellent. Extrait
d’entretien de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
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Au-delà de l’objectif journalier, une autre raison de ce conflit entre employés
privés, toujours relatif au gain, tient dans le fait que la plupart des chauffeurs ne veulent
pas participer à ce marché informel à raison de leur statut de « supérieur » à celui des
éboueurs en termes de compétence et de salaire. Lorsque le chauffeur de camion est
opposé à ce marché illégal, l’harmonie au sein de l’équipe est perturbée, et l’efficacité du
service de ramassage d’ordures dans toute la ville s’en trouve parfois dégradé. Ce conflit
peut trouver une solution grâce à une entente interne de l’équipe. Préoccupée par
l’objectif du tonnage, la haute hiérarchie de l’entreprise se montre à l’écart de ce sous-
commerce de déchets. Toutefois, nombre de ces chefs d’équipes se montrent générale-
ment compréhensifs malgré tout parce qu’ils sont, eux aussi, à leur niveau, intéressés
par un gain complémentaire en dehors des heures de service. Selon les entretiens de
terrain, les chauffeurs de camions excercent une activité secondaire dans la ville, le
plus souvent toujours liée au transport interurbain. Ces activités ont lieu pendant les
périodes creuses du service des déchets afin d’arrondir leur fin du mois. Seule la
modalité d’approvisionnement du secteur informel avec de la matière recyclable par

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les collecteurs de Hysacam, était identifiable au cours des observations participantes.


Les collecteurs informels n’apportent pas d’ordures à Hysacam, ils effectuent uni-
quement la collecte de leurs déchets recyclables. En revanche, les groupes de l’ONG
collectent de tout auprès des ménages, trient la matière organique pour le compostage
et rangent de côté les refus d’ordures destinés au camion Hysacam. Toutefois, cette
appropriation de l’espace urbain évolue en fonction du statut des collecteurs informels
à la décharge municipale. Selon les entretiens auprès des agents en service à la
décharge de Bafoussam, il a été récemment créé l’Association des récupérateurs au
Cameroun (ARC) à laquelle les collecteurs informels commencent à s’inscrire en
déposant un dossier auprès de l’entreprise privée après l’accord de la municipalité. Cette
association est déjà opérationnelle dans les deux grandes villes du pays et commence à
conctacter les villes moyennes comme Bafoussam. D’après les entretiens de terrain,
quatre dossiers ont été déposés et une dizaine de récupérateurs ont manifesté l’intérêt de
soumettre le leur. Il ne sera plus question d’un accès libre. L’accès contrôlé à la décharge
inclurait un certain nombre de conditions dont le respect des règles de sécurité du site,
l’usage d’un équipement de protection individuelle (bottes, bouchon d’oreille, cache
nez, gangs, tenues), une définition et une proportion des types de déchets accessibles
aux récupérateurs.
Les entretiens de terrain mettent aussi en évidence l’intérêt de Hysacam pour les
déchets organiques dans une perspective de méthanisation. Selon ces même sources,
ces ordures organiques destinées à la méthanisation représentent 60 % des déchets
recyclables : il s’agit d’éléments qui marquent l’autorité de la municipalité et de
l’entreprise privée sur le secteur des déchets, y compris sur les acteurs informels. Par
ailleurs, cette relation de pouvoir entre les deux secteurs rend compte des conditions
du processus de prise en compte du secteur informel par la municipalité et de
l’amorce d’une formalisation d’une gestion partagée.
En général, les différents acteurs de déchets à Bafoussam ne s’intéressent pas
toujours tous aux mêmes « ressources ». Si le secteur formel privé collecte un mélange
d’ordures de tout type, sans nécessiter une phase de tri à l’avance, les récupérateurs
informels s’intéressent spécifiquement aux déchets solides recyclables, qu’ils doivent
trier selon la demande de leur patron dans le circuit de récupération, tandis que les
organisations communautaires pour le compostage ne trient que les ordures orga-
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niques. Les espaces de travail de ces acteurs se chevauchent sur le lieu de collecte ou de
négociation des ordures, au niveau des ménages et des espaces publics. Toutefois, il
apparaît que certains collecteurs de Hysacam concourent aux mêmes « ressources » que
les récupérateurs informels, dans un but de profit, ce qui peut être à l’origine d’une
concurrence. La photo 8 illustre une rencontre des collecteurs informel et formel sur
un axe routier secondaire à Bafoussam avec leurs outils respectifs de travail : le « pousse-
pousse » pour le collecteur itinérant et le camion pour l’employé de Hysacam.
Au cours de leur service, les collecteurs formels effectuent le tri des déchets
recyclables depuis la benne du camion pour vendre aux récupérateurs informels. Les
négociations de prix se font assez discrètement derrière le camion à benne.
Le scénario est similaire sur les sites de compostage. Les groupes communau-
taires locaux, après une collecte porte-à-porte des déchets ménagers à l’aide des
outils manuels, sélectionnent la matière organique et rangent d’un autre côté le
matériel recyclable que les récupérateurs informels ramassent à leur passage du
camion Hysacam. En somme, comme l’indique la figure 2, il existe un lien fort entre

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les secteurs formel et informel des déchets solides à


Bafoussam ; les éboueurs de la société privée Hysacam opè-
rent dans un marché tacite de l’ordure avec les récupérateurs
itinérants du secteur informel à des fins de ressource. Ces
interrelations entre acteurs publics et privés maintiennent
une collaboration de profit partagé avec les récupérateurs
informels et les groupes communautaires opérant dans
l’espace urbain de Bafoussam ; ce qui évoque un processus
de formalisation du secteur informel de déchets, analysé par
plusieurs auteurs notamment David C. Wilson et al. (2006),
Johannes G. Paul et al. (2012), Marie José Zapata Campos et
Patrik Zapata (2014), ainsi que Mathieu Durand (2012).

Conclusion
Photo 8/ Achat et vente de déchets
recyclables entre un collecteur informel et Depuis plus d’un siècle, le système de gestion de
un employé d’Hysacam en uniforme de service déchets solides de la ville africaine inclut le secteur informel.
Cliché de R.C. Makamté Kakeu-Tardy, 2015.
Ce secteur y tient aujourd’hui une place considérable et
tend, depuis ces dernières décennies, à montrer une évolution
cyclique de son fonctionnement dans l’espace urbain. Parti du site de décharge, en
périphérie urbaine pour d’autres espaces de la ville où ils côtoient le secteur formel,
un retour vers la décharge contrôlée reste envisageable. De manière interactive, les
récupérateurs informel et formel prennent part à la production de l’espace urbain
camerounais, à travers le processus de collecte et de négociation des ordures recyclables
et par l’appropriation des lieux dans les quartiers de la ville. Par rapport aux travaux
existants sur le lien compétitif entre le secteur formel et informel des déchets en ville
(Katusiimeh et al., 2013), les résultats de la présente recherche permettent de constater
que les déchets recyclables connectent des récupérateurs informels aux collecteurs de la
l’entreprise privée dans un rapport non pas seulement de compétition autour du tri de
déchets recyclables, mais aussi d’affiliation. Les acteurs de ces secteurs à différentes
échelles, sont animés par des enjeux économiques autour de la même « ressource » qu’ils
discutent et négocient dans des espaces de travail qui
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se chevauchent. D’un point de vue environnemental,
Entreprises industrielles comme des recherches portant sur d’autres villes du
nationales et internationales
Sud le suggèrent (Matter, 2013), le tri d’ordures à la
Entreprise privée agréée Récupérateurs sédentaires source serait une initiative à encourager dans les
de collecte de déchets recycleurs et revendeurs
solides : Hysacam du secteur informel villes camerounaises afin d’assister l’entreprise privée
Collecteurs itinérants Hysacam dans la gestion des déchets et donc de
du secteur informel
l’environnement urbain. Au-delà des collaborations
Ong : trois groupes Petites menuiseries et et du pouvoir qui ont lieu dans ce système de gestion
d’initiative commune industries informelles
des déchets recyclabes à Bafoussam, les frontières
entre les secteurs informel et formel demeurent
Citadins : ménages, individus Communauté urbaine floues, notamment lorsque les employés d’Hysacam
s’engagent dans diverses autres activités informelles
Fig. 2/ Interactions des secteurs informel-formel en ville. La présente étude a montré qu’au- delà de
à Bafoussam
la compétition entre les deux secteurs, il existe des
synergies. Ces alliances apparaissent comme autant

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d’obstacles au cahier des charges des employés du secteur formel, appelés à travailler Remerciements.
sans répit et dans un créneau horaire précis. Cette conduite exigée des collecteurs Cet article constitue l’un
formels constitue, en fait, le moyen d’atteindre les objectifs de l’entreprise et de des résultats de la thèse
doctorale de l’auteure,
limiter les conflits au sein de la même équipe de collecte en quête de rémunération financée en grande partie
ou de gain supplémentaire lié aux déchets. Telles sont les implications socio-économiques par la Confédération
suisse et par l’université
et institutionnelles qui complexifient l’intégration du secteur informel au secteur formel, de Lausanne.
malgré des synergies qui tendent à se perpétuer dans la ville. L’auteur remercie
le professeur René Véron
pour ses commentaires
constructifs ; ainsi que
les évaluateurs de
Références la revue L’Espace
géographique pour leurs
pertinentes suggestions.
L’auteur pense aussi aux
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281 Rolande Christelle Makamté Kakeu-Tardy

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