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Corruption scolaire au Cameroun : perceptions des élèves

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Document de travail

La corruption en milieu scolaire au Cameroun : les opinions des élèves comme moyen
de
compréhension du phénomène
NGASSA NYA Yves Daniel1
Jeunes Chercheurs Associés pour le Développement (JCAD), Cameroun
Résumé
La corruption est un phénomène qui touche tous les secteurs d’un Etat. Plusieurs
études
démontrent que cette pratique est plus accrue dans les pays en voie de
développement où,
même le secteur éducatif et le milieu scolaire n’y échappent pas. C’est notamment
le cas dans
les écoles camerounaises. Cette étude qui a pour cadre un lycée d’enseignement
technique du
Cameroun, scrute les représentations que les élèves se font de ce phénomène. Les
résultats
montrent que la majorité des élèves réduisent la corruption aux pots-de-vin.
Certains élèves
pensent que cette pratique est un moyen d’enrichissement, qu’ils pourront utiliser
après leur
entrée dans la vie active. Il est donc urgent de mener une sensibilisation
effective afin
d’amener ces élèves à prendre véritablement conscience de la dangerosité de la
corruption.
Mots clés : corruption, milieu scolaire, élèves, représentation
Abstract
Corruption is a phenomenon that affects all sectors of a state. Several studies
show that this
practice is more increased in developing countries, even in the education sector
and schools.
This is the case in Cameroonian schools. The framework of this study is one
technical high
school in Cameroon. It examines the representations that students have of this
phenomenon.
The results show that the majority of students consider corruption only like
bribes. Some
students see this practice like an enrichment means, they can use in the future. It
is therefore
urgent to conduct an effective awareness to bring these students to realize that
corruption is
very dangerous for the society.
Keywords: corruption, schools, students, representation
1 Doctorant, membre de Jeunes Chercheurs Associés pour le Développement (JCAD),
Université de Dschang.
Conseiller d’orientation psychologue des lycées et collèges. Mail :
yvedaniel@[Link]
2
Introduction
La lutte contre la corruption est devenue dans plusieurs pays du monde une
préoccupation
majeure, tant cette pratique pose des problèmes socio-économiques. Le Cameroun
s’est
résolument engagé dans cette lutte, après ces tristes premières places mondiales,
du pays le
plus corrompu, obtenues dans les classements de l’organisation non gouvernementale
Transparency International (TI) de 1998 et 1999. Des mesures ont été prises par le
gouvernement camerounais, dont la création du Comité ad hoc de lutte contre la
corruption en
1999 ; de l’Observatoire nationale de lutte contre la corruption en 2000 ; de la
Commission
Nationale Anti-Corruption en 2006 et de bien d’autres organismes (CONAC, 2010 ;
2011).
Malgré tout cela, le constat est sans équivoque : la corruption s’amplifie au
Cameroun et
semble même devenir une norme acceptée par une grande frange de la population
(Tetchiada,
2004 ; Djateng, 2012). Ainsi donc, le Cameroun qui est devenu ‘‘vice champion’’
africain de
la corruption en 2015, est gangrené par cette pratique dans tous les secteurs
d’activité, y
compris l’éducation. Dans les établissements scolaires camerounais, la corruption
implique
plusieurs acteurs, dont les élèves qui en sont parfois les initiateurs (Kaffo,
2009). Les élèves
semblent avoir assimilés les pratiques de corruption en milieu scolaire et les
déploient parfois
en toute aisance, oubliant les risques de diverses natures liées à une telle
pratique (ROCARE,
2007). Cette situation pose plusieurs problèmes : comment comprendre
l’amplification du
phénomène de la corruption en milieu scolaire, bien que cette pratique soit
combattue et
réprimée par les autorités ? Quels sens les élèves donnent-ils à ce phénomène
auquel ils
s’adonnent, bien qu’étant au courant de sa nocivité ?
Les autorités camerounaises ont mis sur pied une panoplie d’organismes et une
batterie de
textes de lois pour juguler la corruption. Les résultats de ces mesures étatiques
sont
perceptibles au niveau de la ‘‘grande corruption’’
, qui concerne des milliards de franc CFA.
Néanmoins, il y a encore beaucoup à faire en ce qui concerne la ‘‘petite
corruption’’
, qui peut
impliquer des faibles montants de l’ordre de cent francs CFA. Il est vrai que la
‘‘petite
corruption’’ met en jeu des montants parfois dérisoires. Pourtant, ce serait une
erreur grave de
ne pas s’en préoccuper, vu que c’est par ces petits montants que la culture de
corruption
s’immisce et s’enracine dans les habitudes de la jeunesse (Hallak et Poisson,
2009). Il est
donc essentiel de cerner le sens que les jeunes donnent à la corruption en milieu
scolaire, de
disséquer la construction des schèmes de pensée autour de ce phénomène, dans
l’optique
d’élaborer des mesures préventives efficaces contre ce fléau. Cette optique est
celle qui
sous-tend d’ailleurs l’action de la Commission Nationale Anti-corruption
lorsqu’elle postule
3
que « C’est dans les esprits que naissent les pratiques de corruption. C’est, par
conséquent,
dans les esprits que doivent être semées et cultivées les graines de la lutte
contre la
corruption. » (CONAC, 2011, p. iv).
L’objectif central de cette étude est donc de mettre en lumière la perception que
les élèves ont
de la corruption en milieu scolaire. De manière spécifique, ce travail vise à
présenter :
- les connaissances des élèves sur la corruption,
- les faits de corruption vécus par les élèves en temps qu’acteurs et/ou victimes,
- les causes de la corruption en milieu scolaire,
- les conséquences de la corruption en milieu scolaire,
- les moyens de lutte contre la corruption en milieu scolaire.
Ce travail comprend plusieurs articulations. Tout d’abord une brève revue de la
littérature est
développée, ensuite sont érigés les aspects méthodologiques et enfin les principaux
résultats
sont interprétés.
I Brève revue de la littérature
I-1 clarification conceptuelle
Avant de présenter les travaux qui ont porté sur l’impact de la corruption en
milieu scolaire, il
est nécessaire de comprendre ce qu’est la corruption.
En ce qui concerne la définition même de la corruption, plusieurs conceptions
émergent,
dépendamment des disciplines, des institutions internationales et nationales. La
définition de
la corruption a suscité un débat entre les économistes et les juristes (Jacquemet,
2006). La
conception économique de la corruption se focalise uniquement sur les relations
économiques
liant les individus et la conception juridique quant à elle, s’appesantie sur le
détournement des
pouvoirs publics pour un gain privé. Le consensus est de plus en plus établi autour
de la
définition de la corruption sur une base juridique. C’est d’ailleurs dans ce sens
que plusieurs
institutions internationales conçoivent le phénomène de la corruption. Ainsi, pour
l’Organisation non gouvernementale Transparency International « la corruption est
l’abus de
pouvoir reçu en délégation à des fins privées » (CONAC, 2011, p. 3). La Banque
Mondiale
soutient que la corruption est le fait d’« utiliser sa position de responsable d’un
service public
à son bénéfice personnel. » (CONAC, 2011, p. 4).
Certains organismes nationaux se sont appuyés sur cette conception juridique de la
corruption
pour concevoir leur propre définition du concept. C’est ainsi que l’Institut
National de la
Statistique (INS) du Cameroun conçoit la corruption comme « l’abus de pouvoir que
l’on a
reçu en délégation (qui peut donc émaner du secteur public comme du secteur privé)
à des
4
fins privées, ne profitant pas nécessairement à la personne abusant du pouvoir,
mais incluant
aussi bien les membres de sa propre famille ou ses amis. » (INS, 2009, p. 41).
La définition proposée par la Commission Nationale Anti-Corruption (CONAC) du
Cameroun est la suivante : « Actes ou pratiques qui consistent, pour quiconque,
fonctionnaire ou non, agent public étranger ou non, à offrir, solliciter, agréer ou
recevoir des promesses, dons ou présents, faveurs, avantages, rétributions en
espèces
ou en nature, pour lui-même ou pour un tiers, pour faire, s’abstenir de faire ou
ajourner
un acte de sa fonction. » (CONAC, 2011, p. 2-3). Cette dernière définition élargie
la
conception de la corruption tant aux agents publics que privés, ainsi qu’aux
nationaux
ou étrangers. La corruption peut aussi bien consister à faire, ne pas faire ou
ajourner un
acte de sa fonction en contrepartie d’un avantage. Il est à noter que l’inaction ou
encore l’action différée (ajourner), en vue d’obtenir un quelconque avantage est
classé
parmi les faits de corruption. Cette conception est aussi partagée par des
chercheurs
comme Djateng (2012) qui stipule que la corruption est « l’acte ou la pratique qui
vient
subvertir négativement une norme, des procédures ou l’organisation d’un système,
pour le
profit d’un seul ou de quelques-uns qui en tirent indument des dividendes
matérielles,
financiers, moraux, sociaux ou en espèces. » (Djateng, 2012, p. 23).
Les précédentes définitions de la corruption ne donnent pas un éclairage spécifique
de ce
qu’est la corruption en milieu éducatif. Ce manque est pallié par Hallak et Poisson
(2009).
Dans le secteur spécifique de l’éducation, la corruption se définit comme « une
utilisation
systématique d’une charge publique pour un avantage privé, qui a un impact
significatif sur la
disponibilité et la qualité des biens et services éducatifs et, en conséquence, sur
l’accès, la
qualité ou l’équité de l’éducation. » (Hallak et Poisson, 2009, p. 29).
Cette dernière définition circonscrit le champ des comportements étudiés à ceux
régulièrement observés et découlant directement des dysfonctionnements du système.
Ensuite,
elle met en exergue une corrélation entre la corruption et ces effets pervers sur
le système
éducatif.
La définition de Hallak et Poisson (2009) sur la corruption dans le milieu éducatif
a fait
l’objet d’un large consensus et a permis d’engager résolument les études des effets
de ce
phénomène sur les membres de la communauté éducative.
5
I-2 Les impacts de la corruption en milieu scolaire
Les conséquences de la corruption dans le milieu éducatif sont cernées par Hallak
et Poisson
(2009) selon trois principaux aspects : l’accès à la ressource éducative, la
qualité du système
éducatif et l’équité du système éducatif. Il ressort des travaux de ces auteurs que
la corruption
influence négativement ces trois aspects et est un frein au développement social.
Afin de mieux dégager les conséquences de la corruption en milieu scolaire
camerounais, La
CONAC (2010) situe d’abord ses manifestations et ses causes, de la manière suivante
: TDE
Tableau 1 : Manifestations et causes de la corruption en milieu scolaire
camerounais
Manifestations Causes
- Monnayage des recrutements, promotions,
affectations et nominations
- Surfacturation des titres de paiement
- Trafic de bourses
- Trafic d’influence
- Abus d’autorité et de fonction
- Pots de vin
- Détournement des biens de
l’établissement (Paquets minimum)
- Détournement des subventions
- Monnayage des notes
- Harcèlement sexuel
- Vente des épreuves
- Trafic d’influence
- Trafic de faux diplômes
- Falsification et réduction des âges
- Tribalisme, égoïsme et immoralité
- Insuffisance des infrastructures scolaires
- Mauvaise exécution des budgets
- Non respect des normes codifiant les
inscriptions
- Pauvreté
- Non respect du profil de carrière
- Bas salaires
- Faible offre des structures éducatives
- Pressions politiques et sociales
- Effectif pléthorique des élèves
- Cupidité des enseignants
- Enrichissement illicite
- Incompétence et abus d’autorité
- Impunité
Source : CONAC, 2010, p. 56
On constate à partir de ce tableau, que les causes et les manifestations de la
corruption sont
variées. Selon la CONAC (2010), la principale conséquence de la corruption en
milieu
éducatif serait l’émergence des citoyens qui respectent très peu la chose publique
et la
disparition de la méritocratie dans le recrutement scolaire et universitaire.
L’étude de Djateng (2012) porte en partie son attention sur le ressenti des élèves
face à la
corruption dans l’action pédagogique. Selon cette étude, la corruption dans
l’action
pédagogique au sein des établissements scolaires, génère chez les apprenants un
désintérêt
pour l’effort dans les études et une primauté accordée à la magouille, comme action
à mener
pour réussir. Cette conclusion rejoint celle du Groupe d’Etudes et de Recherches
sur la
Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES-Cameroun), pour qui
« la pratique de la corruption est une situation normale au Cameroun et c’est
l’honnêteté qui
est un délit » (CONAC, 2010, p. 15).
6
Toutes ces études et bien d’autres2 ont apporté un éclairage majeur sur la
corruption en milieu
scolaire camerounais. Néanmoins, l’approche adoptée dans les différents travaux
cités
précédemment, n’est pas exempte de critiques. En effet, ces travaux s’appuient
principalement sur certains membres de la communauté éducative (parents d’élèves,
enseignants, surveillants, chefs d’établissements, responsables des ministères en
charge de
l’éducation) lésant de fait des acteurs non moins considérables de cette communauté
que sont
les élèves. De plus, ces travaux sont menés la plupart du temps selon une logique
quantitative.
L’approche qualitative est quelque peu marginalisée dans les études sur la
corruption en
milieu scolaire. Pourtant, l’approche qualitative par le biais des discours sur le
vécu des
répondants peut aisément révéler la perception de ce phénomène par les élèves.
I-3 Le cadre théorique de l’étude
Le socio-constructivisme est une théorie qui peut être convoquée pour mettre en
exergue notre
démarche. En effet, Il est supposé dans ce travail que la corruption en milieu
scolaire est une
construction sociale de la réalité (Bolliet et Schmitt, 2002), effectuée par
l’élève.
Il est de plus en plus admis que l’on ne peut effectuer une dichotomie entre le
milieu où
l’enfant évolue et sa conception du réel. Non pas que ce milieu influence l’enfant,
sujet passif
de son environnement, mais qu’il constitue une matière dans le « processus de
construction,
déconstruction et reconstruction d’identités liées aux diverses sphères d’activité
(…) que
chacun rencontre au cours de sa vie et dont il doit apprendre à devenir acteur »
(Dubar, 2000, p. 10). Ce processus dont parle Dubar (2000) entre dans le cadre de
la
socialisation de l’enfant, qui est vue par Jalley et Richelle (2000) comme « le
processus
progressif et cumulatif par lequel l’enfant, au cours de son développement,
assimile les
comportements, valeurs, normes, codes, rôles, rites, coutumes, conventions et modes
de
pensée propres à l’environnement socioculturel » (Jalley et Richelle, 2000, p.
635). Donc, un
élève qui fait face à des valeurs, codes et comportements de corruption, peut avoir
tendance à
les reproduire même sachant pertinemment que cela est immoral. Mais, la corruption
ne
s’impose pas de fait à l’individu, même si une grande partie de son environnement y
baigne,
c’est au fil des expériences que cet élève se fera une ‘‘construction’’ de la
corruption et
prendra position par rapport à cette pratique.
2 Une liste détaillée des études de la corruption au Cameroun est disponible dans
le document de stratégie de
lutte contre la corruption 2010-2015 de la Commission Nationale Anti-Corruption
(CONAC).
7
II Méthodologie de l’étude
La méthodologie de notre étude nous conduit à présenter tour à tour, le terrain
d’étude, la
technique d’échantillonnage et l’outil de collecte des données.
II-1 Le terrain d’étude
Ce travail est mené au Lycée Technique de Foumbot. C’est un établissement
d’enseignement
secondaire technique comportant les deux cycles d’enseignement (premier et second
cycle) et
les deux sections (section des Sciences et technologies du tertiaire (STT) et
section
industrielle). Il est situé dans la ville de Foumbot, région de l’Ouest Cameroun.
Le choix de
cet établissement n’est pas fortuit. En effet, la qualité de conseiller
d’orientation psychologue
dont nous jouissons dans cet établissement, nous a laissé penser que nous
possédions ainsi un
atout pour effectuer plus facilement des entretiens. De plus, la présence des deux
cycles et des
deux sections d’enseignements ont laissé supposer que la diversité des points de
vue selon le
niveau, serait enrichissante pour l’étude. Un autre avantage de cet établissement
est la
présence d’élèves des deux sexes, permettant ainsi de recueillir les récits
d’expériences
vécues, selon le genre.
II-2 La technique d’échantillonnage
La présente étude qui se veut qualitative adopte un échantillonnage non
probabiliste de type
intentionnel ou construit. Cette technique consiste pour le chercheur à retenir
dans son
échantillon des individus ayant des caractéristiques bien précises (Gilles, 1994).
L’avantage
d’une telle méthode d’échantillonnage est l’assurance de recueillir les avis des
élèves selon le
sexe, le niveau d’étude (premier cycle et second cycle) et la section (STT et
industrielle).
Cette méthode permet donc d’obtenir un panorama diversifié des perceptions de la
corruption
par les élèves. La taille de l’échantillon n’as pas été fixée dès le début de
l’étude, mais a tenu
compte du seuil de saturation, qui est atteint lorsque « l’investigation de la
réalité n’apporte
plus rien de nouveau » (Dépelteau, 2003, p. 376). Dans cette étude, le seuil de
saturation a été
atteint pour 25 individus, constituant donc la taille de notre échantillon qui est
constitué
comme suit :
8
Tableau 2 : Constitution des individus de l’échantillon
Cycle d’enseignement Nombre de filles
questionnées
Nombre de garçons
questionnés
Total
Premier cycle section STT 3 4 7
Premier cycle section
Industrielle
4 2 6
Seconde cycle section STT 3 3 6
Second cycle section
industrielle
4 2 6
Total 14 11 25
Source : construction de l’auteur
II-3 La technique de collectes et d’analyse de données
La collecte des données s’est déroulée au sein de la population cible (élèves du
lycée
Technique de Foumbot) du 16 novembre au 16 décembre 2015. L’outil de collecte des
données est l’entretien semi-directif de type compréhensif. L’entretien semi-
directif est
fréquemment utilisé dans les recherches qualitatives (Grawitz, 2001). Il permet de
laisser une
marge de liberté aux répondants, avec la possibilité de les recadrer lorsque ces
derniers se
lancent dans des digressions. Le versant compréhensif de cet entretien que l’on
doit à
Kaufmann (2004), a permis de mettre le répondant au centre de l’entretien et de
faire sentir à
ce dernier un engagement de l’enquêteur. Ces considérations ont permis aux
différents
répondants, non seulement d’aborder le thème de la corruption en milieu scolaire
sans
appréhension, mais aussi à se libérer du joug du secret qui caractérise de tels
actes. Les
entretiens ont duré en moyenne 25 minutes. Ces entretiens se sont effectués sur la
base d’un
guide d’entretien préalablement construit. Les thèmes de ce guide étaient :
1) la connaissance de la corruption,
2) les faits de corruption en milieu scolaire,
3) les causes de la corruption en milieu scolaire,
4) les conséquences de la corruption en milieu scolaire,
5) les moyens de lutte contre la corruption en milieu scolaire.
Les données ont été recueillies par le moyen d’un enregistreur vocal. Ensuite, les
données ont
été retranscrites sur papier format A4.
Ces données ont fait l’objet d’une analyse thématique de contenu. Il s’est agit de
produire une
reformulation de la substance des récits des répondants sous une forme condensée et
formelle.
Pour réaliser cela, on a procédé à un repérage et à la catégorisation des idées
marquantes.
9
III Résultats de l’étude
Les différents entretiens ont fourni des résultats saisissant. Ces résultats
portent sur le sens
que les répondants attribuent à la corruption, les causes du déploiement de la
corruption en
milieu scolaire, ces conséquences de la corruption en milieu scolaire et les moyens
de lutte
contre ce phénomène.
III-1 Définition de la corruption : une construction subjective
La définition de la corruption est quelque chose qui échappe totalement à la
majorité des
élèves questionnés. Plusieurs élèves confondent les manifestations ou les formes de
corruption à une définition plus formelle du phénomène. C’est le cas de Jospin pour
qui la
corruption est : « lorsque quelqu’un demande de l’argent avant de faire quelque
chose qu’il
doit normalement faire ».
Pour Fabrice, la corruption se définit par : « le fait pour un fonctionnaire
d’exiger le
‘‘gombo’’ a quelqu’un avant de lui rendre un service, alors qu’il est payé pour
faire cela ».
A la lumière des réponses de ces élèves, on constate que pour certains apprenants
la
corruption se limite simplement à la sollicitation financière par un fonctionnaire
en vue de
rendre un service public. Le terme ‘‘gombo’’ est celui utilisé en argot camerounais
pour dire
‘‘argent’’ (voire d’autres expressions argotiques de la corruption dans Djateng,
2012). Dans
de telles conceptions, il en ressort une sorte d’injustice attachée à la pratique
de corruption. Ce
sentiment d’injustice chez ces élèves est relatif au fait qu’un agent public payé
pour faire un
travail, sollicite encore des sommes d’argent aux usagers pour exécuter sa tâche.
Ainsi, en
plus de porter en elle une forte charge d’injustice, la corruption pour certains
élèves ne
viserait qu’un but essentiellement pécuniaire. Ce sentiment d’injustice se perçoit
mieux dans
la réponse de Aziz, pour qui la corruption « est le fait pour un individu, de
demander l’argent
pour faire ce qu’il doit faire, alors qu’il est déjà payé pour cela. C’est aussi
lorsque les gens se
mettent à détourner l’argent qui doit servir pour un projet bénéfique pour tout le
monde. Donc
je pense que la corruption c’est aussi lorsque les gens appauvrissent les autres en
remplissant
leurs propres poches ».
Ces constructions mentales de la corruption éludent donc les aspects contenus dans
certaines
définitions du phénomène. Cela montre bien que certains élèves ont une vue
parcellaire de la
conception de la corruption. Cette vision des choses est aussi partagée par la
majorité des
élèves de sexe féminin, dont les réponses rejoignent totalement celles de leurs
pairs
masculins. Ce déficit d’information sur la corruption, est aussi matérialisé par le
fait qu’aucun
10
répondant n’a pu donner la date de célébration de la journée internationale de
lutte contre la
corruption.
Certains élèves du second cycle (des deux sections) ont donné une définition qui
s’approche
de celle fournie par les institutions comme la CONAC. C’est le cas de Abdel pour
qui la
corruption « consiste pour une personne à violer les normes établies pour
s’enrichir ». C’est
aussi le cas de Gislaine (élève de second cycle industrielle) qui pense que le
phénomène de la
corruption peut être perçu comme « l’ensemble des pratiques illégales que les
individus
mettent en place pour se faire de l’argent et en même temps en appauvrissant
d’autres
personnes. Mais la corruption ne se limite pas au détournement d’argent, on peut
aussi inclure
là dedans, les situations où un homme demande à une femme d’avoir des rapports
sexuels
avec lui avant de lui rendre un service ». C’est parmi nos répondants, la seule
fille ayant
inclus le harcèlement sexuel comme une pratique de corruption. Ces deux dernières
réponses
montrent bien que certains élèves du second cycle (très peu cependant) sont ceux
qui ont une
conception assez large du phénomène de la corruption, bien que leurs
représentations du
phénomène mettent toujours une emphase sur la recherche d’avantages financiers.
Pour ces
élèves, la corruption est simultanément un facteur d’appauvrissement de certains et
un moyen
d’enrichissement d’autres personnes.
Les manifestations de la corruption en milieu scolaire sont variées et se posent
avec des
acuités différentiées. C’est ce que pense Oumarou lorsqu’il affirme : « la
principale
manifestation de la corruption à l’école est la vente des notes par certains
enseignants. Les
élèves qui travaillent mal vont voir les enseignants pour qu’on améliore leurs
notes, et comme
ça ils ne se font pas gronder par leurs parents. Les trucs comme l’annulation des
heures
d’absence pour l’argent existent, mais sont moins fréquents que la vente des notes
». Pour sa
part Aminou trouve que « les élèves comme les enseignants sont fautifs dans cette
histoire.
Parfois se sont les enseignants qui proposent aux élèves d’acheter les notes et
parfois se sont
les élèves eux-mêmes qui vont demander à l’enseignant : monsieur on fait comment
alors
pour la note là ? ».
III-2 Les causes de la corruption en milieu scolaire
Pour certains élèves, les causes de la corruption en milieu scolaire sont en grande
partie liées à
la pauvreté du personnel enseignant. A ce niveau, la logique de corruption n’est
plus comprise
comme un enrichissement illégal, mais comme un moyen de survie. Plusieurs élèves
ont
d’ailleurs sur cette base, exprimé une sorte de sympathie pour de tels enseignants,
qui
pourtant leur extorque constamment des faibles montants. A ce propos le récit de
Raïma est
11
saisissant : « les enseignants ne gagnent rien. Ils vont faire comment ? Vous
imaginez
quelqu’un qui gagne un salaire faible comme ça et qui doit nourrir une femme et des
enfants,
les loger, les soigner, payer leurs études etc, vous croyez qu’il va faire
comment ? Il est obligé
de se débrouiller pour survivre. […] je les comprends, ce n’est pas facile ».
Hassan quant à lui
déclare : « […] ça ne laisse personne, vous pensez que les surveillants là gagnent
combien à la
fin du mois ? Ils n’ont pas vraiment le choix, c’est dur pour eux. Si déjà les
enseignants qui
sont payés par l’Etat se plaignent, combien de fois les autres qui sont payés par
l’établissement (vacataires) ». On constate donc que pour certains élèves, les pots
de vin
demandés et/ou reçus par le personnel de l’établissement se fondant sur une logique
de survie,
sont tolérés et justifiés. C’est une forme de légitimation de l’illégalité, pour
raison de survie.
Cela peut s’assimiler à une forme très subtile du syndrome de Stockholm. En effet,
les élèves
sont les premières victimes de ces faits de corruption au sein de l’établissement
scolaire, mais
arrivent à éprouver de la sympathie pour ceux qui leur extorque de l’argent par des
moyens
coercitifs ou non coercitifs. Sur ce point, Yves déclare « quand un enseignant
fauché me
demande de l’argent pour faire ceci ou cela, je lui donne, même comme je sais que
ce n’est
pas normal. C’est un moyen pour moi de l’aider à sortir de la galère ». Dans ce
sens Abdel
renchérit en disant « les enseignants ont faim, et s’ils me grattent (extorquer)
une pièce ou
deux pour manger, ça ne me dérange pas vraiment, d’autant plus que je sais que ça
va me
rapporter quelque chose ». Ainsi, de manière subversive, l’illégal (corruption)
devient
légitime (survie) dans la conception des élèves.
Les autres causes qui reviennent le plus souvent dans les réponses des répondants
sont :
l’égoïsme et la méchanceté de certains membres du personnel enseignant et du
personnel
d’appui de l’établissement. Cette vision se décline dans les propos de Oumarou : «
certains
enseignants exagèrent, ils ont leurs salaires et ils viennent encore nous demander
les pièces de
cent francs, ça c’est le mauvais cœur (méchanceté) ». Hassan pour sa part déclare
que : « les
gens sont égoïstes et ne savent pas que ce qu’ils font aux autres, une autre
personne peut le
faire à leur enfant. Ils ne pensent qu’à eux seul. Venir demander des montants
minables
comme ça aux élèves, alors qu’on a un salaire, c’est bizarre ». Le jugement de
valeur de l’acte
corruptif est plus dur de la part des élèves lorsque c’est un ‘‘salarié’’
(considéré ici comme un
fonctionnaire) qui s’adonne à cet acte.
Si les personnels enseignant et d’appui sont indexés comme les initiateurs de la
corruption
dans les établissements scolaires, les élèves eux même reconnaissent qu’ils sont
très souvent
les initiateurs de l’acte corruptif. C’est le cas de Pascal qui reconnait avoir
déjà eu recours à
12
cette pratique pour se sortir d’une situation embarrassante : « le système est
comme ça, on va
faire comment ? J’ai vu le surveillant et je lui ai proposé de l’argent pour qu’il
me restitue
mon téléphone portable, et comme ça j’ai pu récupérer mon téléphone ». Ainsi,
certains élèves
bien que reconnaissant leur rôle actif dans la pratique de la corruption en milieu
scolaire, se
dédouanent et se déculpabilisent en rejetant le tort sur le ‘‘système’’ ou sur la
fatalité d’un
environnement qui impose de telles pratiques aux individus (‘‘on va faire
comment ?’’). Pour
d’autres, les élèves initient les actes de corruption au sein de l’établissement
pour se
conformer à ce qui semble être une norme sociale qui s’appuie sur un contrat
(tacite et secret)
gagnant-gagnant entre le corrupteur et le corrompu. Aïcha déclare : « J’ai vu que
si je ne le
faisais pas, j’allais être la seule punie, alors j’ai donné ma part d’argent. En
plus une faible
somme comme ça, pour sortir de la situation là, ce n’est rien ». Ce mode de
conformisme à
une sphère sociale, constitue un moyen rapide d’initiation à la corruption. Dans
une telle
circonstance, l’élève qui corrompt par conformisme, ressent moins la portée
négative de son
acte et est amené au fil des expériences intra groupales de corruption, à assimiler
et à intégrer
cet acte, comme une norme.
La recherche de la facilité est aussi une raison qui pousse les élèves à être des
acteurs
corrupteurs au sein de l’établissement scolaire. Pascal déclare à ce sujet : «
c’est le raccourci
qu’il faut prendre pour avoir de bonnes notes sans trop se casser ».
III-3 Les conséquences de la corruption en milieu scolaire
Une des conséquences de la corruption en milieu scolaire, est le mépris des élèves
envers les
personnels enseignant et d’appui qui s’y adonnent. Cela peut se constater dans les
propos de
Aïchettou : « tous ceux qui font ça sont les bandits ! Il faut qu’on les chasse
tous, je ne sais
même pas ce qu’ils nous enseignent là. Ils nous apprennent à voler et à être comme
eux, c’est
tout ». La dureté des propos de cet élève, montrent bien qu’une frange d’élèves
n’éprouvent
aucune sympathie pour les auteurs d’acte de corruption, surtout lorsque lesdits
actes
consistent pour des enseignants à obtenir des élèves de manière coercitive quelques
pièces de
monnaie. Cette colère suscite en ces élèves un désir de vengeance, qu’ils
nourrissent et qu’ils
comptent bien exprimer plus tard, lorsqu’ils seront eux aussi détenteur d’un
quelconque
pouvoir. La dangerosité d’une telle situation est que l’école qui est censé être un
lieu de
socialisation vertueuse, devient plutôt un lieu de socialisation perverse.
L’occurrence chez les
répondants, de la phrase « nous on va faire la même chose quand on va travailler »
est
révélatrice de l’impact des actes présents de corruption sur la personnalité future
de certains
élèves. L’un d’eux, Oumarou, affirme : « le système est comme ça, ce n’est pas moi
qui va
13
changer cela, d’ailleurs on m’a pris de l’argent plusieurs fois pour des bêtises,
donc quand
moi aussi je vais arriver (trouver un emploi) je vais faire la même chose ». Ces
récits montrent
que l’institution scolaire qui pouvait être une plateforme de lutte contre la
corruption, est
entrain de devenir pour les élèves un centre de formation en corruption.
Une conséquence majeure qui découle de la pratique de la corruption en milieu
scolaire est,
l’augmentation des cas d’indiscipline en milieu scolaire (vu qu’il suffit de payer
pour ne pas
être traduit au conseil de discipline).
III-4 Les moyens de lutte contre la corruption en milieu scolaire
Huit des 25 répondants pensent que la corruption ne peut être éradiquée des
établissements
scolaires. Donc, il n’existe pas à leurs yeux, des moyens ou des mesures efficaces
contre ce
fléau. Les 17 autres, pensent que des moyens existent pour lutter contre la
corruption en
milieu scolaire, mais que l’éradication de cette pratique prendra beaucoup de temps
(plusieurs
années). Les solutions préconisées par ces élèves se présentent comme suit :
Tableau 3 : Solutions contre la corruption en milieu scolaire
Solutions Occurrence
Sensibilisation et information de toute la
communauté éducative sur les dangers de la
corruption
17
Application des sanctions lourdes contre les
corrupteurs et les corrompus
17
Augmentation du salaire des enseignants et
des membres du personnel d’appui
17
Séances de prières œcuméniques pour
chasser l’esprit de corruption
13
Source : construction de l’auteur
Il ressort de ce tableau que les principales solutions contre la corruption en
milieu scolaire
sont la sensibilisation de toute la communauté éducative sur les dangers de la
corruption,
l’application de sanctions lourdes contre les corrupteurs et les corrompus et
l’augmentation du
salaire des enseignants et des membres du personnel d’appui. Certains élèves
stipulent par
ailleurs que le recours à une solution spirituelle serait tout aussi efficace. Ce
dernier point
montre bien que pour beaucoup d’élèves, la corruption est d’abord un problème de
mentalité,
qui peut être résorbé par l’action des différentes obédiences religieuses.
14
Conclusion
En définitive on peut affirmer que la corruption en milieu scolaire est perçue de
plusieurs
manières par les élèves. Leurs définitions de la corruption est parcellaire par
rapport aux
explications qu’en donnent les institutions internationales et nationales.
Néanmoins, ces
élèves sont bien informés sur les pratiques de corruption qui existent au sein des
établissements scolaires, car beaucoup d’entre eux y font face comme victimes,
acteurs ou
témoins. Les causes de cette corruption en milieu scolaire, sont d’abord d’ordre
économique.
En effet pour la plupart des élèves c’est la pauvreté qui pousse les membres du
corps
enseignant et le personnel d’appui à solliciter et accepter des pots de vin. Les
élèves posent les
actes de corruption par conformisme et par recherche de la facilité. Une des
conséquences de
la corruption sur les élèves, est l’ambition pour plusieurs parmi eux, d’utiliser
une éventuelle
position future de responsabilité, pour à leur tour s’enrichir par le procédé de la
corruption.
Cela confirme les résultats d’autres travaux qui montrent le caractère d’auto-
alimentation de
la corruption. Il est donc urgent de mettre en place des plans de sensibilisation
des élèves sur
les dangers d’un tel fléau.
Références bibliographiques
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contre la corruption 2010-2015, Yaoundé, Cameroun.
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lutte
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- Dépelteau F., (2003), La démarche d’une recherche en Sciences humaines : de la
question
de départ à la communication des résultats, Les Presses de l’Université Laval, De
Boeck.
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mécanismes de lutte dans le secteur de l’éducation secondaire : le cas de la région
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Cameroun, Zenü network Bafoussam, Cameroun.
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faire ?
Archive Paris, IIEP-UNESCO.
15
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dans les publications statistiques officielles au Cameroun, Yaoundé, Cameroun.
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d’Economie, n° XX, pp. 118-159.
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(Eds.), Dictionnaire de psychologie, Paris, PUF, p. 635.
- Kaffo Fokou R., (2009), Misère de l’éducation en Afrique : le cas du Cameroun
aujourd’hui, Paris, L’Harmattan.
- Kaufmann J.-C., (2004), L’entretien compréhensif, 2ème éd., Paris, Armand Colin.
- Réseau Ouest et Centre Africain de Recherche en Education (ROCARE), (2007),
Corruption en milieu scolaire et éducation des filles, Bamako, Mali.
- Tetchiada S., (2004), La corruption et la désaffection des enseignants minent
l’école,
Inter Press Service News Agency (IPS), Yaoundé,

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