FISCALITÉ DE L’AVOCAT AU MAROC
Depuis la loi de finances 2023, le régime fiscal des avocats a été modifié et pose de grandes difficultés
aux avocats, et ce d’autant plus que la profession d’avocats, profession libérale, ne bénéficie d’aucune
protection sociale (assurance maladie, retraites, versement d’une indemnité en cas d’incapacité ou de
maladie, notamment professionnel, …).
Nous allons dans un premier temps décrire le régime fiscal de la profession d’avocats, avant de faire
un benchmark par la fiscalité des avocats dans d’autres législations, pour enfin, faire des propositions
de modifications du code général des impôts permettant ainsi aux avocats de participer au
développement de la croissance du Maroc, mais permettant également à l’avocat de subvenir à ses
besoins personnels et professionnels.
Titre I Régime fiscal de l’avocat selon le CGI, Version 2023
Signalons tout d’abord que les avocats sont soumis à l’impôt sur le revenu avec le même barème que
pour les salariés, qui sont par définition protégés et bénéficient d’une protection sociale assez large.
Les barèmes de l’impôt sur le revenu sont calculés comme suit :
Ainsi, on peut valablement estimer que s’agissant tout avocat qui réalise un résultat net de plus de
180.000 dirhams, celui-ci est imposable à 38%, soit un taux supérieur de loin au taux des sociétés
commerciales, et des cabinets de conseils juridiques, notamment internationaux, créant ainsi une
entorse au principe de l’équité fiscale.
Selon le nouveau CGI, les avocats sont amenés à régler l’IR avant même l’encaissement des
honoraires dans certains cas, et avant même la déduction des charges dans d’autres cas.
1. Versement spontané des acomptes provisionnels
L’article 173 du CGI précise dans son paragraphe III, que les avocats peuvent opter pour l’un des deux
régimes de versement spontané des acomptes provisionnels au titre de l’impôt sur le revenu.
1
En effet, cet article a prévu que les avocats peuvent verser spontanément, sur option, pour chaque
dossier, des acomptes provisionnels au titre de l’impôt sur le revenu de l’exercice en cours, selon l’un
des deux régimes suivants :
Le versement spontané desdits acomptes auprès du secrétaire-greffier à la caisse du tribunal
pour chaque affaire, pour le compte du receveur de l’administration fiscale ;
Le versement spontané auprès du receveur de l’administration fiscale d’un acompte
provisionnel annuel, par procédé électronique, avant l'expiration du mois suivant l’exercice
concerné.
Il convient de signaler que l’avocat est libre d’opter pour l’un ou l’autre régime pour chaque dossier
sans aucune formalité.
1.1. Option pour le versement spontané auprès du secrétaire-greffier
Ce mode oblige l’avocat à verser spontanément auprès du secrétaire greffier à la caisse du tribunal,
pour le compte du receveur de l’administration fiscale, des acomptes provisionnels au titre de l’IR de
l'exercice en cours, dont chacun est égal à 100 dirhams.
Ce montant est une seule fois pour chaque affaire, qu’il ait ou non perçu des honoraires 1, lors du dépôt
ou de l’enregistrement d’une requête ou d’un recours ou lors de l’enregistrement d’un mandatement ou
d’une assistance devant les tribunaux du Royaume.
A ce titre, il est à préciser que le versement de ce montant couvre l’ensemble des étapes du procès
relatives à la même affaire (1ère instance, appel et cassation).
Ce versement s’effectue auprès du secrétaire-greffier sur la base d’un bordereau-avis, selon un modèle
établi par l’administration fiscale.
A cet effet, le secrétaire-greffier est tenu de verser à l’administration fiscale, par procédé électronique,
le montant desdits acomptes provisionnels devant être recouvré lors de l’accomplissement des
formalités précitées, durant le mois qui suit celui au cours duquel l’encaissement a eu lieu,
accompagné d’un état détaillé.
1.2. Option pour le versement spontané auprès du receveur de l’administration fiscale
Ce mode permet à l’avocat d’opter pour le versement spontané auprès du receveur de l’administration
fiscale, d’un seul acompte provisionnel annuel, par procédé électronique, avant l'expiration du mois
suivant l’exercice concerné, soit avant le 1er février de chaque année.
Le montant dudit acompte est déterminé compte tenu du nombre des affaires enregistrées au nom de
l’avocat durant l’exercice, pour lesquels il a perçu ou non des honoraires, multiplié par cent (100)
dirhams.
A ce titre, l’avocat est tenu de communiquer à l’administration fiscale, la liste desdits dossiers selon un
modèle établi par l’administration comportant les indications relatives notamment, à son identité
fiscale et à son identification et le nombre des affaires enregistrées en son nom.
1.3. Avocats exonérés
Les avocats nouvellement identifiés auprès de l’administration fiscale sont exonérés du versement des
acomptes provisionnels susvisés durant les soixante (60) premiers mois, à compter du mois
d’obtention du numéro d’identification fiscale.
1.4. Dossiers exclus
1
Pour rappel, les entités relevant du secteur public ne versent pas d’acomptes sur les services.
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Sont exclues de l’obligation de versement des acomptes provisionnels susvisés :
les requêtes relatives aux ordonnances sur requêtes et des constats conformément aux
dispositions de l’article 148 du code de procédure civile ;
les affaires dispensées de la taxe judiciaire ou bénéficiant de l’assistance judiciaire.
Dans ce cas, le versement n'est effectué pour ces affaires que lors de l'exécution du jugement y
afférent.
2. Retenue à la source au titre des rémunérations allouées aux avocats
Le nouveau CGI prévoit une retenue à la source en matière d’IS et d’IR sur les honoraires versés aux
avocats et les sociétés civiles professionnels d’avocats.
La retenue à la source est opérée sur les honoraires versés aux avocats, au taux de 10% pour les
avocats personnes physiques, et au taux de 5% pour les SCP, par les personnes morales de droit public
ou privé ainsi que par les personnes physiques dont les revenus sont déterminés selon le régime du
RNR ou celui du RNS.
La retenue à la source précitée est imputable sur le montant de l’IS ou de l’IR, avec droit à restitution.
Cette retenue à la source a été appliqué sur les factures émises par les avocats au cours de l’exercice
2022 et réglées qu’en 2023, créant ainsi de graves difficultés financières pour le paiement de la
cotisation minimale au 30 janvier 2023 au titre de l’exercice 2022, et ce contrairement au principe de
l’indépendance des exercices.
3. Imputation des acomptes provisionnels et des montants retenus à la source (RAS)
Le montant des acomptes provisionnels versés par l’avocat au cours de l’année auprès du secrétaire-
greffier ou celui versé auprès du receveur de l’administration fiscale, est imputable sur le montant de
la cotisation minimale dû au titre de l’année concernée.
Toutefois, lorsque le montant de la cotisation minimale ne permet pas l’imputation de la totalité des
acomptes provisionnels versés au titre de l’impôt sur le revenu, le surplus demeure imputable sur la
fraction du montant de l’impôt sur le revenu correspondant au revenu professionnel et ce, lors de la
souscription de la déclaration annuelle du revenu global. Le montant du reliquat éventuel reste acquis
au Trésor.
L'ordre d'imputation à retenir, dans ce cas, se présente comme suit :
lors du versement de la CM :
Imputation des acomptes provisionnels ;
Imputation de l'impôt retenu à la source ;
lors de la régularisation de l'IR
Imputation de la cotisation minimale due sur la fraction du montant de l’impôt sur le
revenu correspondant au revenu professionnel ;
Imputation des acomptes provisionnels non imputés sur la CM, sur la fraction restante du
montant de l’impôt sur le revenu correspondant au revenu professionnel ;
Imputation sur le montant de l’impôt sur le revenu global de l'impôt retenu à la source, non
imputé sur la CM.
4. Application la TVA au taux normal aux avocats
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Le nouveau CGI, prévoit que les opérations effectuées, dans le cadre de leur profession, par les
avocats, sont soumises, au taux normal de 20%, au lieu du taux de 10% appliqué pour l’exercice 2022.
Néanmoins, pour les avocats dont le chiffre d’affaires est inférieur à 500.000 MAD, la TVA n’est pas
applicable.
Cette mesure, appliqués dans les relations avec les clients particuliers des avocats, a dans certains cas
renchéri le cout d’accès à la justice pour le justiciable marocain, et dans d’autres cas, diminué de 10%
le montant des honoraires perçus par les avocats.
Titre II Régime fiscal applicable aux avocats en droit français
1. Régime de la taxe sur la valeur ajoutée
Les avocats en France sont un assujettis redevables de la TVA par principe à raison des prestations
qu'ils accomplissent dans le cadre de l’exercice de la profession d’avocats (consultation, assistance,
représentation, rédaction d'actes juridiques, postulation, plaidoirie) au taux de droit commun.
L'exercice de la profession à titre individuel, ou par un avocat collaborateur à titre libéral, en tant que
membre d'un groupement -européen ou non- d'intérêt économique ou encore associé d'une société en
participation entraîne également l'assujettissement à la TVA et confère à l'auxiliaire de justice une
qualité de redevable de la taxe.
De même, s'agissant des sociétés d'exercice libéral ou des sociétés civiles professionnelles, ces
dernières ont la qualité d'assujetti redevable de la TVA.
L'avocat doit choisir entre plusieurs régimes :
1.1. Régime de la franchise en base
Les avocats bénéficient d'un seuil spécifique fixé à 42 300 euros, en deçà duquel ils ne sont pas
redevables de la TVA pour leurs activités réglementées.
Si l'avocat dépasse le seuil de 42 300 euros, il sera alors redevable de la TVA au 1 er janvier de l'année
suivante mais, dans l'hypothèse où ses recettes seraient supérieures à 52 000 euros, il sera redevable de
la TVA le mois à compter duquel ce seuil sera dépassé. A noter qu'il existe également un autre seuil de
17 400 euros pour les livraisons de biens et les prestations de services qui n'ont pas bénéficié de la
franchise de 42 300 euros, dont nous rappelons qu'elle s'applique pour les opérations réalisées dans le
cadre de l'activité réglementée des avocats.
1.2. Régime d'imposition simplifiée
Le régime d'imposition simplifiée est ouvert aux avocats dont le chiffre d'affaires est inférieur à 234
000 euros HT. Il comporte quatre acomptes et une déclaration annuelle devant être souscrite au plus
tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai.
1.3. Régime normal
Ouvert sur option ou lorsque le chiffre d'affaires est supérieur à 234 000 euros HT, le régime normal
entraîne une déclaration mensuelle, sauf si le montant de la TVA exigible au cours d'une année est
inférieure à 4 000 euros (2).
Dans l'hypothèse du franchissement du seuil de 234 000 euros HT, l'application du régime normal sera
effective au 1er janvier de l'année suivante si toutefois le chiffre d'affaires ne dépasse pas 265 000
euros HT. Dans le cas inverse, l'avocat relèvera du régime réel à compter du premier jour du mois où
le seuil aura été franchi.
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1.4. Assiette
Les avocats comprendront dans l'assiette de la TVA les honoraires rétrocédés à des confrères.
S'agissant des débours (frais de procédure, frais de publicité légale, droits de plaidoirie...), il est
possible d'exclure de la base d'imposition les frais engagés au nom et pour le compte de clients.
1.5. Exigibilité
Les avocats soumettront à la TVA les provisions réclamées aux clients dès leur encaissement.
2. Imposition des revenus issus de l’activité de la profession d’avocat : les bénéfices non
commerciaux
S'agissant de l'imposition de leurs revenus, les avocats relèvent du régime des bénéfices non
commerciaux (BCN), même lorsqu'ils exercent en qualité d'avocat collaborateur, à raison des
rétrocessions d'honoraires perçues.
L'avocat ne comprendra pas, dans ses recettes imposables, les dépôts de fonds des clients destinés à
être reversés à des tiers.
S'agissant des dépenses déductibles de la base imposable, celles-ci doivent avoir un caractère
professionnel.
A nouveau, l'avocat doit opérer un choix quant au régime d'imposition :
2.1. Micro-BNC
Applicable lorsque les recettes sont inférieures à 32 600 euros, le régime du micro-BNC offre
l'avantage de la simplicité en forfaitisant les charges à 34 % des recettes, mais il ne permet pas de
constater l'existence d'un déficit. En d'autres termes, le micro-BNC est un régime nécessairement
bénéficiaire en présence d'un chiffre d'affaires.
2.2. Régime de la déclaration contrôlée
Il s'agit alors de tenir une comptabilité de caisse ou, sur option, d'engagement enregistrant les recettes
et les dépenses réelles résultant de l'exercice professionnel. Ces dépenses comprendront notamment les
frais de déplacement, les amortissements, les loyers, les cotisations ordinales, les primes d'assurance,
les dépenses de représentation...
La déclaration est souscrite en un seul exemplaire au plus tard le second jour ouvré qui suit le 1er mai.
Elle est adressée au Service des impôts des entreprises où le contribuable exerce son activité
professionnelle ou bien au lieu de son principal établissement.
Titre III Proposition d’un nouveau cadre fiscal pour les avocats au Maroc
1. En matière d’impôt sur le revenu
1.1. Instauration de différents régimes fiscaux en fonction du chiffre d’affaires réalisé par
l’avocat
1.1.1. Instauration d’un régime comparable au Micro-BNC pour les avocats réalisant un
chiffre d’affaires inférieur à 500.000 MAD
Ce nouveau régime devra permettra aux avocats d’être soumis, sur option, à un régime forfaitaire
des charges en réalisant un abattement de 50% ou 40% du chiffre d’affaires, et en appliquant le
barème de l’IR sur le chiffre d’affaires après abattement.
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Bien entendu, le montant de l’IR sera déductible de la cotisation minimale et de la retenue à la
source le cas échéant.
1.1.2. Régime du résultat net réel amélioré
Au-delà de 500.000 MAD, l’avocat devra souscrire à une déclaration fiscale et déposer un bilan
auprès de l’administration fiscale en justifiant ces charges. Toutefois, compte tenu de la
persistance de l’informel dans le paysage marocain, en sus de la déduction des dépenses justifiées,
l’avocat devrait bénéficier d’un abattement supplémentaire de 30% à 40% pour frais
professionnels non justifiés.
1.2. Réduction du barème de l’IR applicable aux avocats
Afin de permettre aux avocats de développer leurs activités, ainsi que les modalités d’exercice de
la profession, ces derniers devrait bénéficier d’un barème différent de celui des salariés. Cette
réduction de charges fiscale permettra notamment à l’avocat de réaliser des investissements
supplémentaires.
Le maximum du taux de l’IR ne devrait pas dépasser 20 à 25%, avec une ventilation plus souple
au niveau des tranches de l’IR.
1.3. Crédit d’impôts pour une durée limitée
Investissements dans les nouvelles technologies, dans la documentation juridique, la formation
professionnelle et les bases de données juridiques en ligne.
Toutes les dépenses afférentes à ces sujets devraient non seulement être considérés comme des
charges déductibles, mais également réduire son impôt sur le revenu à hauteur de 100% de ces
investissements.
Bien entendu, cette mesure devrait être temporaire et devra permettre de préparer les avocats
marocains à se préparer à l’ouverture du marché aux cabinet étrangers lesquels sont par ailleurs
déjà très présents sur le marché.
1.4. Encourager la constitution des SCP ou tout autre forme introduite par la Loi
Afin d’encourager la constitution des SCP entre avocats, et permettre notamment de préparer les
avocats marocains à la mondialisation du droit en cours, il faudra non seulement mettre en place
un régime fiscal approprié pour les SCP, mais instaurer un régime spécifique pour les apports de
l’activité des avocats individuels au SCP sans imposition (exonération des droits d’enregistrement,
exonération des plus-values de cession, continuité de l’activité sans cessation fiscale de l’avocat
apporteur, …).
2. En matière de TVA
En matière de TVA, nous proposons de maintenir l’exonération actuelle pour les avocats réalisant
un CA inférieur à 500.000 MAD.
Néanmoins, nous souhaitons à ce que deux taux de TVA cohabitent selon l’identité des clients.
Ainsi, pour les clients personne physiques ou autres n’ayant pas la possibilité de récupérer la
TVA, nous proposons de revenir à un taux de TVA de 10%, et de maintenir ainsi le taux de TVA
de 20% aux clients pouvant procéder à sa déduction.
Par ailleurs, pour les dossiers de droit social (indemnités de licenciement), pour les dossiers
d’accident de travail, ainsi que pour les dossiers des accidents de circulation, pour les dossiers de
droit pénal pour les personne poursuivis par le ministère public et incarcérés nous proposons, pour
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les expulsions des personnes physiques de leur logement principal, une exclusion de la TVA
devrait être introduites dans le CGI.