Cours Géodynamique Externe
Cours Géodynamique Externe
FILIÈRE : BCG - S2
MODULE : GEODYNAMIQUE
Partie II
Géodynamique externe
Chapitre 1
transport (eau, glace, vent, gravité) et des notions de vitesse et de distance. Il obéit
essentiellement à des lois physiques. La sédimentation se produit quand l’agent de transport
perd de son énergie. Elle dépend essentiellement des conditions topographiques locales.
La lithification est le résultat de la diagénèse qui est un processus de compaction, de
recristallisation et de cimentation des éléments détritiques constituant le sédiment.
Au sein du cycle géologique, les processus sédimentaires comprennent l'altération, l'érosion,
le transport, le dépôt et la diagenèse.
A. DEFINITION
La météorisation (ou altération superficielle) des roches est leur destruction par les
agents météoriques. Elle affecte les roches magmatiques, métamorphiques et sédimentaires
par des processus physiques, chimiques et biochimiques. Les produits de cette météorisation
sont les sols, les débris rocheux de différentes tailles et les ions en solution dans les eaux
superficielles.
1. PROCESSUS PHYSIQUES
Les processus physiques d’altération météorique des roches entraînent leur désagrégation
(fragmentation des roches en débris de toutes tailles) ou des séparations les uns des autres de
leurs minéraux constitutifs.
La désagrégation des roches est due à :
1. La thermoclastie
2. La décompression
3. La cryoclastie ou gélifraction ou gélivation
4. L’hydroclastie et la haloclastie.
a. La thermoclastie
La thermoclastie est la désagrégation des roches à cause des variations importantes de la
température entre le jour et la nuit. Ces fortes variations de température, qui peuvent avoir
lieu dans certaines régions désertiques, conduisent à une alternance de dilatations et de
rétractions des surfaces externes des roches. Il en résulte l’apparition de cassures, de
desquamations (détachement de pellicules de roches) et donc leur fragmentation (fig. 4.2).
b. La décompression ou exfoliation
Certaines roches, suite à des phénomènes de dénudation (soulèvement et érosion), se
dilatent par baisse importante de pression. Il résulte de cette dilatation un gonflement de ces
roches en formant un dôme. Elles se débitent en feuilles ou en plaques (exfoliation) (fig.
1.2).
Un grand pluton, qui a cristallisé sous le poids de quelques kilomètres de roches, se dilate
lors de l’enlèvement de ce recouvrement par météorisation et par transport des produits
ailleurs (météorisation + transport = érosion). On le voit alors s’écailler ou développer une
structure en pelure d’oignon. Les joints ainsi créés favorisent la circulation de l’eau et
accélèrent la désagrégation du massif.
c. La cryoclastie ou gélivation
La gélivation des roches est due à l’alternance de gel et de dégel de l’eau contenue dans
leurs fissures. La glace, par augmentation de volume, exerce sur les parois de ces fissures
des tensions capables de les agrandir. La conséquence de cette fissuration est la fracturation
des roches (fig. 1.3).
Fig. 1.3 - Schéma et photo montrant la fragmentation des roches par l’action du gel et dégel de
l’eau se trouvant dans leurs fissures. L'eau en gelant augmente son volume de 9-10% et agit
comme un coin, élargissant progressivement les fractures.
d. L’hydroclastie et haloclastie
L’hydroclastie est la fragmentation des roches provoquée par les variations de leur teneur
en eau. Ces variations sont dues à l’alternance d’hydratation et de déshydratation de leurs
minéraux. L’eau qui s’insinue dans les moindres failles de la roche fait gonfler les minéraux
(telles les argiles) capables de l’absorber.
L’eau chargée en sels dissous pénètre dans les fissures des roches et les fait éclater lors
de la recristallisation : c’est la haloclastie.
2. PROCESSUS CHIMIQUES
C’est la dissolution et l’entraînement par l’eau des constituants chimiques des roches.
L’altération chimique se fait en présence d’eau : elle a lieu essentiellement en climat humide.
Les réactions d’altération sont essentiellement des hydrolyses, accessoirement des
complexolyses, des oxydations, des hydratations, des dissolutions et des décarbonatations
pour les roches calcaires. Les éléments solubles sont lessivés en partie ou en totalité selon le
climat. Les parties insolubles restent sur place.
Les roches les plus rapidement solubles sont les calcaires. Les moins rapidement solubles sont
les hydroxydes de fer et les hydroxydes d’aluminium.
a. L’hydrolyse
L’hydrolyse est la destruction des minéraux silicatés et alumino-silicatés par l’eau. Elle
se produit lorsque la surface du minéral se trouve en contact avec les molécules d’eau. Lors de
l’hydrolyse d’un minéral silicaté il y a échange de protons contre des cations (Na+, Ca2+, Mg2+,
K+).
La résistance d’un minéral à l’altération dépend de l’énergie de liaison des ions avec l’oxygène.
Exemple :
• K+ est faiblement lié à l’oxygène
• Fe++ et Mg++ le sont moyennement
• Si4+ établit au contraire des liaisons très fortes.
Le quartz (SiO2), ne comportant que des liaisons fortes entre le silicium et l’oxygène, résiste
donc mieux à l’altération.
L’olivine ((Mg, Fe)2 SiO4) en revanche, contenant des cations moins liés (Fe++ et Mg++) a un
réseau cristallin plus fragile.
La mobilité d’un ion dépend de son rayon et de sa charge ionique. La taille des ions
détermine leur arrangement cristallin. Le nombre de coordination d’un ion par rapport à
l’oxygène est le nombre d’ions oxygène qui peuvent se disposer autour de l’ion considéré.
Exemple :
- Silicium : nombre de coordination 4, l’arrangement est un tétraèdre.
- Aluminium : nombre de coordination 6, l’arrangement est un octaèdre.
Un ion peut être caractérisé par son potentiel ionique e/r : e est la charge de l’ion et r son
rayon ionique. Le diagramme de Goldschmidt (fig. 1.4) illustre le potentiel ionique pour les
principaux ions trouvés dans les roches. On peut y distinguer trois groupes d’éléments :
e
➢ les ions à faible potentiel ionique, < 3 (ex : Na+, Ca2+, Mg2+…)
r
Ces ions, de fort rayon, ne comportant qu’une ou deux charges, les répartissent sur une
grande surface : le champ électrique exercé est faible et ces ions donnent des solutions à
caractère alcalin (NaOH, Ca(OH)2). Les ions à très faible potentiel ionique (e/r < 1, ex :
K+, Rb+, Cs+) n’ont aucune tendance à se solvater. Ils ne développent pas un champ
électrostatique suffisant pour attirer l’eau dipolaire. Ces ions sont dits anti-Stokes.
e
➢ Les ions à potentiel ionique moyen (3 < < 10) précipitent par hydrolyse à l’état
r
d’hydroxyde (ex : Al sous forme de Al(OH)3. Ces ions de plus faible rayon et dont la charge
est de 2 ou 3 (Al3+, Fe3+, …) n’exercent sur les hydroxyles qu’un champ moyen et donnent
naissance aux hydroxydes amphotères, capables de fonctionner comme acides ou comme
bases suivant les milieux, et dont la stabilité en solution est faible (Al(OH)3, Fe(OH)3 …).
e
➢ Les ions à potentiel ionique fort ( >10) forment des anions complexes avec l’oxygène
r
(ex : P5+ qui donne naissance à PO43-). Ces ions de faible rayon et de charge élevée (B3+,
P5+, S6+, Si4+, C4+ …) développent à leur surface un champ considérable. L’hydrogène des
hydroxyles est libéré et devient un hydrogène acide (H+), tandis que l’oxygène est annexé
et engagé dans des anions complexes. Ces ions n’existent pas en solution mais se trouvent
au cœur de structures que l’on appelle des anions complexes (BO33-, PO43-, SiO44-, SO 42-
…). Ces anions complexes accompagnent en phase aqueuse Na+, Ca2+, Mg2+ et précipitent
par exemple sous forme de carbonates (CaCO3, CaCO3MgCO3) ou de sulfates (CaSO4).
Un stade plus poussé d’altération s’accompagne d’un lessivage plus important de la silice
et on obtient généralement de la kaolinite (hydrolyse forte). Ce minéral argileux à un rapport
Si/Al égal à 1. C’est le phénomène de monosiallitisation ou kaolinisation.
La réaction globale est :
Orthose + eau kaolinite + silice + potassium
Si/Al = 3 Si/Al = 1
Dans la kaolinite il n’y a que deux couches, l’une octaédrique et l’autre tétraédrique d’où le
terme argile "TO" ou 1/1.
Dans un stade ultime de l’altération, toute la silice est lessivée. Il ne reste qu’un
hydroxyde d’aluminium appelé gibbsite (Al(OH)3) ou Al2O3, 3H2O (hydrolyse totale). Dans
ce minéral le rapport Si/Al = 0.
La réaction globale est :
Orthose + eau Gibbsite + Si + K
Si/Al = 3 Si/Al = 0
C’est le processus d’allitisation. Comme le produit d’altération contient une certaine quantité
de fer on parle de ferralitisation ou de latéritisation.
Le passage d’un stade d’altération à un autre dépend du climat.
Conclusion :
L’hydrolyse des silicates conduit :
• au départ des cations basiques (Na+, Ca2+, Mg2+, K+…) ainsi que des anions complexes
tels que Si(OH)4.
• à la précipitation des cations métalliques sous forme d’hydroxydes de fer (Fe(OH)3) et
d’hydroxydes d’aluminium (Al(OH)3).
L’hydrolyse est partielle lorsque la dégradation est incomplète donnant directement des
composés silicatés (argiles). Elle est totale lorsque le minéral est détruit en plus petits composés
possibles (hydroxydes, ions).
c. L’hydratation
L’hydratation est une incorporation de molécules d’eau à certains minéraux peu hydratés
contenus dans la roche comme les oxydes de fer. Elle produit un gonflement du minéral et donc
favorise la destruction de la roche. L’anhydrite augmente de volume de près d’un tiers en se
transformant en gypse.
d. La dissolution
La dissolution implique les roches salines : sel gemme, potasse et gypse.
e. La décarbonatation
La décarbonatation produit la solubilisation des calcaires et des dolomies généralement sous
l’action du CO2 dissous dans l’eau :
CaCO3 + CO2 + H2O Ca(CO3H)2 (soluble)
Ca(CO3H)2 Ca 2+ + 2(CO3H)-
Conclusion:
3. PROCESSUS BIOLOGIQUES
a. Actions biochimiques
C’est la destruction des roches par processus chimiques à cause des acides secrétés par les
bactéries, les lichens et les racines des végétaux (fig. 1.5).
b. Actions biophysiques
C’est la destruction des roches à cause de la croissance des racines des végétaux supérieurs
(fig. 1.5).
Fig.1.5 - Altérations biologiques : chimiques à gauche par les acides secrétés par les lichens
et physiques à droite par la croissance des racines des végétaux.
L’altération du granite sous différents climats est illustrée sur la coupe montrant la zonalité
climatique des altérations du pôle Nord à l’équateur (fig. 1.6).
• Sous climat tropical et équatorial (chaud et humide), les températures élevées ainsi que
l’humidité favorisent les réactions chimiques qui conduisent à l’altération des roches.
L’épaisseur d’altération atteint son maximum.
• Sous climat tempéré, l’épaisseur des altérations est modérée. L'altération est surtout
mécanique. L'altération chimique est faible.
• Sous climat froid, les roches s’altèrent essentiellement par l’alternance de gel et dégel
(cryoclastie). L’altération y est faible.
• Sous climat désertique (chaud et sec), l’altération est due aux grandes variations de
température entre le jour et la nuit (thermoclastie). L’altération y est très faible.
Fig. 1.6 - Zonalité climatique des altérations du pôle Nord à l’équateur en passant par l’Europe
et l’Afrique.
L’altération du granite sous climat tropical et sous climat tempéré (fig. 1.7) :
En climat tropical, l’altération chimique est importante. La chaleur et la forte humidité
provoquent la mise en solution de la plupart des minéraux avec précipitation de Fe, Al et Si
sur place constituant la cuirasse latéritique. L’horizon riche en argile résulte de processus de
néoformation à partir des minéraux de la roche mère et à partir des ions venant des horizons
supérieurs. A la base du profil, on trouve la roche-mère avec une zone d’arénisation très peu
développée.
En climat tempéré, l'altération est surtout mécanique. L'altération chimique est faible et
consiste surtout dans le départ de cations très solubles comme Na+ et Ca++ des minéraux les
moins stables. Elle est plus active au niveau de l’intersection des plans de diaclases (fig. 1.8).
La fracturation de la roche est liée à l’altération des biotites qui en s’hydratant gonflent et
exercent des tensions sur les minéraux voisins. Ces tensions accélèrent la fracturation
mécanique et favorisent la décomposition chimique. Une arène granitique est créée qui est une
sorte de sable grossier formé de minéraux inaltérables (quartz, muscovite, oxydes) de feldspaths
altérés et d’argiles.
Fig. 1.7 - Altération du granite sous climat tropical à gauche et sous climat tempéré à
droite.
D. LES SOLS
L’altération conduit, par la mobilisation sur place des éléments de la roche-mère, à la
formation des sols dont l’étude fait l’objet d’une Science appelée Pédologie.
La formation d’un sol est influencée par le climat, la nature de la roche-mère, les
organismes vivants, la topographie et le temps.
Horizon 1
Horizon 2
Horizon 3
Horizon 4
Horizon 5
Roche-mère
II. L’EROSION
L'érosion correspond à la mobilisation des produits de l'altération. Une fois libérés, ces produits
sont transportés par le vent, l'eau, la glace..., laissant certaines "formes d'érosion"
caractéristiques sur le massif rocheux soumis à l'altération.
1. Déflation
La déflation est le nettoyage des surfaces meubles par le vent. Le vent soufflant sur une
surface désertique balaie les particules les plus fines et peut faire apparaître la surface rocheuse
(hamadas sahariennes). Lorsque le sol comporte des matériaux hétérométriques (sols alluviaux,
par exemple), la déflation élimine les éléments les plus fins, laissant sur place un désert de
cailloux ou reg (pavements des déserts) qui occupe plus des trois quarts de la surface du Sahara
(fig. 1.11). La déflation est responsable de la formation de grandes dépressions désertiques
comme les chotts du Sahara ou les playas des déserts américains. La déflation s'exerce jusqu'à
ce que le niveau hydrostatique soit atteint. A ce moment, elle s'arrête et il s'ensuit des surfaces
planes s'étalant sur des centaines de kilomètres, souvent indurées par une croûte de sel.
2. Corrasion
La corrasion est l'attaque des roches par le vent armé de matériaux qu'il transporte,
surtout des grains de quartz (fig. 1.12). Les quartzs éoliens sont sub-sphériques, piquetés et mats
appelés grains "ronds-mats".
1. LE RUISSELLEMENT
Le ruissellement se déclenche si les précipitations sont supérieures à la capacité
d'infiltration. C'est le cas général des terrains imperméables, comme les terrains argileux ou
schisteux, où, après une forte pluie, les eaux empruntent les fissures du sol, les élargissent
progressivement en chenaux parallèles qui fusionnent par écroulement des crêtes qui les
séparent. En même temps, les têtes des chenaux reculent vers l'amont (érosion régressive).
En terrains hétérogènes, ces eaux ont tendance à évacuer les matériaux les plus fins, les plus
meubles et les plus solubles pour laisser en relief les parties résistantes ou insolubles. Les
formes obtenues sont :
a. Les cheminées de fées (demoiselles coiffées), qui apparaissent surtout dans les
dépôts morainiques ou volcaniques à forte hétérométrie, sont des colonnes de
terrain tendre, typiquement surmontées d'un gros bloc de pierre qui en protège le
sommet (fig. 1.13).
Fig. 1.14 - Paysage ruiniforme : Bryce Canyon, Utah, USA. Il s'agit de grès et d'argiles
tertiaires.
2. Cuestas
En avant du front, il arrive que des reliefs isolés témoignent de l'ancienne extension de la
formation résistante : ce sont des buttes-témoins. Divers facteurs modèlent la morphologie de
la cuesta: citons essentiellement la différence de résistance à l'érosion des deux formations qui
conditionne le caractère plus ou moins abrupt du front; le pendage et l'épaisseur relative de la
formation résistante qui tous deux contrôlent l'aspect plus ou moins rectiligne du front: une
formation résistante mince ou de faible pendage donnera naissance à un front très disséqué par
l'érosion et donc très sinueux au contraire d'une formation résistante épaisse ou de pendage
élevé. En ce qui concerne le réseau fluviatile, il est soit conséquent (et il suit le pendage général
des formations en entaillant la cuesta, sans que la dureté relative des roches intervienne), soit
subséquent et longe le front de la cuesta en respectant les couches les plus résistantes. Un réseau
fluviatile conséquent a en général un aspect dendritique, hiérarchisé, tandis qu'un réseau
subséquent a un aspect en treillis orienté en fonction des directions des couches géologiques.
Fig. 1.15 - Schéma montrant la disposition théorique des cuestas et de leur réseau
hydrographique.
3. LES TORRENTS
Les torrents sont des cours d'eau temporaires rapides en pays montagneux. Ils forment la
partie amont des systèmes fluviatiles. Un torrent comprend 3 parties (fig. 1.16) :
4. RIVIERES ET FLEUVES
Les rivières et les fleuves sont des cours d'eau permanents formant un réseau hiérarchisé.
Les rivières convergent vers un fleuve qui se dirige vers la mer. Ce type de drainage est dit
exoréique c'est à dire que les eaux fluviatiles sont ramenées vers la mer. Les fleuves peuvent
aboutir à des lacs ou des lagunes dans des dépressions fermées : c'est le
a. Types de rivières
D’après la morphologie du lit fluvial, on distingue plusieurs types de rivières (Fig. 4.17) :
• Les rivières à méandres (Fig. 1.17.1). Ce sont des rivières à chenaux très sinueux.
Chacune des courbures du lit est un méandre.
• Les rivières à chenaux droits présentant des bancs de sable alternant d’une rive à
l’autre (fig. 1.17.2).
• Les rivières à chenaux anastomosés (Fig. 1.17.3). Elles présentent de nombreux
chenaux qui se divisent et se rejoignent.
• Les rivières à chenaux tressées (Fig. 4.17.4).
a. Erosion latérale
En plus de l'érosion verticale, se produit dans les rivières une érosion latérale, conduisant
à la formation d'une plaine alluviale. Comme l'érosion latérale est fortement contrôlée par la
résistance des roches à l'érosion, la largeur de la plaine alluviale est variable et généralement
réduite dans les roches dures. Le mécanisme de l'érosion latérale est lié principalement au
développement des méandres.
Une fois formés, les méandres ont tendance à se déplacer vers l'extérieur et vers l'aval du cours
d'eau par érosion sur la rive concave (où la vitesse du courant est la plus forte) et dépôt sur la
rive convexe où la vitesse est la plus faible (fig. 1.18).
C. EROSION KARSTIQUE
Les formes d'érosion qui résultent de la dissolution de roches (surtout calcaires mais pas
uniquement) par les eaux douces sont très particulières : elles reçoivent le nom de morphologie
karstique d'après une région de la Croatie. Les différents éléments d'un paysage karstique sont
schématisés à la figure 1.19.
Fig. 1.19 - Eléments géomorphologiques d'un paysage karstique. (1) terrains non karstiques;
(2) canyon; (3) reculée; (4) vallée sèche; (5) résurgence de rivière; (6) perte; (7) doline; (8)
ouvala; (9) lapiez; (10); aven; (11) grotte; (12) source vauclusienne; (13) rivière souterraine.
D. EROSION GLACIAIRE
• à grande échelle, on observe des vallées caractéristiques, dites en "U" ou en auges dont
la section transversale présente des parois verticales et un fond plat s'oppose à la forme
en "V" des vallées fluviatiles (fig. 1.21). Cette forme caractéristique s'explique par une
érosion latérale plus importante que l'érosion verticale. Le profil longitudinal des vallées
glaciaires est lui aussi caractéristique, avec des tronçons à faible pente, correspondant à
des élargissements et des tronçons à forte pente couplés avec des rétrécissements ou
verrous. On peut même observer des contrepentes en amont des verrous (Fig. 1.22). En
amont des vallées glaciaires s'observent les cirques glaciaires.
Sur les flancs de ces vallées glaciaires, on peut voir d’anciens cirques érodés. Les vallées
secondaires sont aussi découpées par de la vallée principale formant des gradins appelés
gradins de confluence.
Fig. 1.22 – Profil longitudinal d’un glacier alpin en coupe (A) et en plan (B)
• A petite échelle, l'érosion glaciaire se manifeste par des surfaces polies et arrondies
("roches moutonnées"), souvent striées par des blocs durs enchâssés dans la glace (stries
glaciaires, fig. 1.23). Dans beaucoup de cas, ces roches moutonnées présentent une pente
plus faible vers l'amont (usure) que vers l'aval (arrachement de blocs), permettant de
reconstituer le sens d'écoulement des glaciers.
Fig. 1.23 – Stries glaciaires sur une roche usée par l'action d'un glacier
E. EROSION MARINE
Les principaux agents de l'érosion marine sont les vagues et les courants, auxquels on peut
ajouter l'action des embruns emportés par le vent (fig. 1.24).
Fig. 1.24 - Formation de taffoni (cavités) sur une falaise de basalte, par l'action corrosive des
embruns.
Le matériel sédimentaire mobilisé subit ensuite un tri granulométrique efficace. Le matériel fin
est emporté vers le large ou déposé dans des zones calmes alors que le matériel grossier
s'accumule à proximité de la côte. Les sédiments mis en suspension par les vagues peuvent être
également transportés par les courants. Les grains de sable qui subissent l'action des vagues et
des courants prennent un aspect luisant ("émoussé-luisant" par opposition au "rond- mat" du
transport éolien).
La principale forme d'érosion littorale est la falaise. On distingue les falaises vives,
encore battues par la mer et les falaises mortes, séparées de la mer par une zone de dépôt. Les
falaises se forment par sapement à la base et éboulements par pans (fig. 1.25).
Fig. 1.25 - Falaise vive : e: encoche d'érosion; b: blocs tombés de la falaise; g: cordon de
galets de craie formés par usure du matériel de la falaise.
Les vagues, par ces processus d’érosion, sapent (détruisent progressivement) les falaises
à leur base et provoquent leur effondrement. Elles attaquent les promontoires (caps élevés
s’avançant dans la mer) de part et d'autre, les réduisant peu à peu jusqu'à leur disparition (fig.
4.26). Des grottes creusées de chaque côté d'un promontoire peuvent se rejoindre en un tunnel
qui s'élargira en arche naturelle.
III. LE TRANSPORT
Les sédiments sont transportés depuis les zones sources jusqu'aux zones de dépôt par trois
types de processus :
1. glissements par gravité en l'absence de fluides (avalanches de débris, glissements de
terrain) ;
2. écoulements gravitaires en présence de fluides ;
3. écoulements d'eau, d'air ou de glace.
Dans ce type de processus, les fluides ne jouent qu'un rôle mineur, par leur effet lubrifiant à la
base des unités transportées. Ces processus déplacent des masses considérables de sols et débris
rocheux sur des distances courtes (de l'ordre du km). Leur impact sédimentaire est pourtant
important, car ils mettent les matériaux mobilisés à la disposition du système fluviatile.
Les éboulements
Les éboulements résultent d’écroulement en masse. La chute affecte, simultanément,
une masse importante de matériaux de grande taille (fig. 1.28). Il n’y a donc pas de classement
comme dans le cas des éboulis. Les éboulements sont souvent dus à l’existence d’un surplomb
que l’élargissement des diaclases ou de joints de stratification détache et fait écrouler.
Ils sont souvent spectaculaires ou catastrophiques.
Remarquez la cicatrice de
décollement du plan de la
falaise verticale et l’énorme
chaos rocheux étalé à son
pied. Les matériaux ne sont
pas classés. Le phénomène
est très brusque et les
destructions considérables.
La reptation
C’est un déplacement et une redistribution des particules au sein d'une formation meuble
vers le bas des versants. Ce mouvement produit des terrassettes en marches d'escalier inclinant
les poteaux et les arbres, affaissant les murs et fissurant les routes (fig. 1.29).
Glissements de terrain
C'est un déplacement lent d’une masse de terrain le long d’une surface de glissement
(plan de stratification ou soubassement argileux ou marneux saturé en eau) qui facilite
l'intervention de la gravité (fig. 1.30). Il dépend de plusieurs facteurs :
➢ La pente ;
➢ La nature plastique du matériau (argile, gypse…) ;
➢ La teneur en eau.
Le facteur essentiel est la teneur en eau. Son augmentation dans les terrains argileux entraîne
une décohésion par élévation de la pression interstitielle. Les forces de cohésion qui assurent la
stabilité des pentes deviennent, en présence d’eau, inférieures aux forces de mouvement liées à
la masse des terrains et à la pente.
Les solifluxions
Ce sont des glissements plus rapides d'une coulée de boue décollée d'un soubassement
stable à la suite de pluies soudaines et violentes (fig. 1.31). L'affaissement peut débuter par un
effondrement mais la masse perd toute sa cohésion et s'étale en lobes sur les zones horizontales
plus basses. Les solifluxions ne peuvent donc affecter que des matériaux à forte capacité
d'absorption d'eau (argiles).
2. Ecoulement gravitaire
Dans un écoulement laminaire, les filets d'eau restent parallèles entre eux : ce régime
tranquille est réalisé par exemple pour un écoulement d'eau étalé sur de grandes surfaces ainsi
que pour des fluides visqueux comme les coulées boueuses.
Dans un régime turbulent, les filets d'eau se mélangent, forment des tourbillons et ne
restent plus parallèles entre eux et parallèles au fond. Ceci a une conséquence importante quant
à la capacité d'érosion et de transport du fluide : la composante ascendante des tourbillons et
filets d'eau maintient les sédiments en suspension ou favorise leur érosion.
Dans ces phénomènes, les particules sédimentaires sont en suspension dans un fluide, mais
leur mouvement est dû à la gravité, non au déplacement du fluide lui-même.
Les courants de turbidité sont des écoulements gravitaires dans lesquels le sédiment est
maintenu en suspension par la turbulence du fluide interstitiel. Ils se produisent lorsqu'un choc
(Tremblement de terre, vague) ébranle une masse de sédiment. Ce mélange d'eau et de sédiment
(25 mg/l à 1 kg/l) possède une densité plus grande que celle de l'eau et se déplace vers le bas
sous l'effet de la gravité. Ce n'est pas le fluide qui fait se mouvoir le courant de turbidité, mais
la pesanteur. Le fluide ne fait que maintenir les particules en suspension.
Plusieurs modes de transport par le vent ou par un courant d’eau ont été observés (Fig.
1.32) : il s'agit du roulement et de la traction sous l’effet de la poussée du fluide, de la saltation
(transport par bonds, suite à des chocs successifs) et du transport en suspension dans l’air ou
dans l’eau. Les particules très fines (poussières) sont transportées en suspension dans l’air,
souvent sur de très grandes distances. Les particules en mouvement par roulement, traction et
saltation constituent la charge de fond ("bedload"), généralement formée de galets et de sable.
La charge en suspension est surtout constituée d'argile et de silt. La charge en suspension des
écoulements turbulents est beaucoup plus importante que celle des écoulements laminaires.
Diagramme de Hjulström
La granulométrie des particules sédimentaires a donc une influence majeure sur leur
transport (et sur leur vitesse de sédimentation). Ces relations sont synthétisées par le
diagramme de Hjulstrom (Fig. 1.33). Ce graphe (essentiellement basé sur des expériences en
laboratoire) montre la vitesse minimale d'un courant nécessaire pour mobiliser, transporter et
déposer des grains de quartz de granulométrie variable. Si l'on examine d'abord la partie
supérieure de ce graphe (érosion des particules), la portion de la courbe représentant l'érosion
des particules moyennes à grossières (sable fin à galets) semble logique : la vitesse du courant
nécessaire pour mobiliser des grains augmente avec leur granulométrie. Pour les particules
fines, par contre, la courbe montre une augmentation de la vitesse du courant avec la diminution
de la granulométrie. Ce comportement paradoxal est la conséquence de la cohésion élevée des
particules fines, surtout liée à un effet électrostatique. La partie inférieure du graphe montre la
relation entre la granulométrie des particules et la vitesse du courant lors de leur dépôt.
Exemple :
• En A, l’eau circule à la vitesse de 300 cm/s. Elle sépare les particules les unes des
autres et les élimine : il y a érosion ;
• En B, l’eau est capable de déplacer les particules jetées dans le courant, mais ne pourra
pas les arracher : il y a exclusivement transport ;
• En C, l’eau circule sans arracher aucune particule et sans transporter aucune : il y a
sédimentation.
• De L à M, l’eau est incapable d’arracher les particules immobiles mais elle pourra les
transporter ;
• De M à N, les particules sont arrachées et évacuées ;
• De N à O, même observation que de L à M mais maintenant les particules sont
beaucoup plus grosses ;
• De O à P, les particules ne sont ni arrachées ni transportées. Elles se déposent
immédiatement sur le fond.
Ecoulement de glace
Les glaciers de montagnes transportent des matériaux provenant de la gélifraction et de
l'érosion des reliefs.
Chapitre 2
PROCESSUS SEDIMENTAIRES :
DEPOT ET DIAGENESE
I. LE DEPOT
Le dépôt des sédiments a lieu lorsque la vitesse de l'agent de transport diminue ou lorsque cet
agent de transport disparaît (fonte de la glace). La granulométrie des particules, la texture des
sédiments, la géométrie des dépôts sont d'importants indices sur l'agent de transport, sa vitesse
au moment du dépôt, sa direction, etc.
A. DEPOTS FLUVIATILES
Terrasses alluviales
Une terrasse alluviale apparaît chaque fois que les rivières s'encaissent dans leurs
propres alluvions. La surface de l'ancien lit majeur est alors suspendue au-dessus du fleuve.
La formation de ces terrasses est à relier avec l'alternance de périodes d'alluvionnement et de
périodes d'érosion. Si le phénomène se produit plusieurs fois on obtient des terrasses étagées,
séparées par des affleurements du substratum ou emboîtées quand les alluvions se déposent les
unes sur les autres sans reprise de l'érosion du substratum (fig. 2.1).
Dans le premier cas au moins, on note l'exception apparente au principe de superposition
puisque les terrasses les plus anciennes sont les plus hautes. La terrasse la plus basse est toujours
la plus récente.
Au voisinage des embouchures, l'altitude des terrasses est corrélable avec le niveau
marin : terrasses eustatiques, tandis que à l'amont elle dépend du climat : terrasses climatiques.
C. DEPOTS EOLIENS
1. Les dunes
Les dunes sont des édifices éoliens constitués de sable siliceux formé de grains de
quartz. A l'origine d'une dune se trouve un obstacle (relief ou végétation) qui ralentit la vitesse
du vent provoquant à l'aval le dépôt des grains de sable. La forme élémentaire qui en résulte est
une barkhane dont la convexité, tournée vers le vent, présente une pente plus douce que celle
de la concavité (sous le vent) (fig. 2.2). Le profil transversal des cornes de la dune est
symétrique.
Vent
Fig. 2.2 - Morphologie d’une barkhane. Un vent de direction constante qui déplace une
quantité limitée de sable tend à créer des barkhanes en forme de croissant.
L'association de plusieurs barkhanes donne des dunes transversales dont le profil est
dissymétrique et analogue à celui des rides (ripple-marks) observées à la surface des dunes ou
sur les plages sous l'action de l'eau (fig. 2.2.3).
Lorsque les cornes d'une dune, retenues par un obstacle ou par la végétation avancent
moins vite que la partie centrale, où le vent tourbillonne, la dune prend une forme inverse de la
barkhane et devient convexe sous le vent : c'est la dune parabolique (fig. 2.2.6).
Quand la parabole s'ouvre complètement on obtient un système de dunes longitudinales
ou séif allongées dans la direction du vent (fig. 2.2.4).
Les ergs sont des accumulations dunaires formés d'un grand nombre de formes
élémentaires associées (barkhanes, dunes transversales, longitudinales, paraboliques etc.). Ils
sont les principaux sites d'accumulation du sable transporté par le vent.
Fig. 2.2 - Divers types de dunes. Les flèches indiquent le sens du vent
D. DEPOTS LACUSTRES
a. Sédimentation détritique
Les sédiments lacustres détritiques sont des galets, des sables et des vases (fig. 2.3). Les
vases peuvent avoir une différence de coloration en fonction de la saison :
- claire en été due à la précipitation des carbonates et à une sédimentation plus grossière,
- sombre en hiver due à la précipitation de minéraux argileux riche en matière
organique.
Cette succession de séquences à deux termes ou varves est très fréquente dans les lacs
d’origine glaciaire de Scandinavie et dans les barrages hydroélectriques en montagne.
Fig. 2.3 - Sédimentation détritique dans un lac de climat tempéré en fonction des apports
fluviatiles
b. Sédimentation chimique
✓ Dépôts salins des chotts et lacs salés en climat désertique.
✓ Dépôts de gypse, de chlorures et bromures de sodium, de potassium et de magnésium
dans la mer Morte.
c. Sédimentation organique
✓ Les plantes herbacées et le plancton se déposent après la mort.
✓ Si la matière organique se décompose à l’abri de l’air elle évolue par processus de
carbonisation soit vers les hydrocarbures (gaz des marais) et le kérogène soit vers les
tourbes.
E. SEDIMENTATION MARINE
Les fleuves et les rivières transportent les produits de dégradation des continents jusqu’à
la mer. Ces matériaux déposés en milieu marin peuvent se présenter soit sous forme de
particules solides (sédimentation détritique) soit sous forme ionique (sédimentation ionique
ou chimique).
1. DOMAINE FLUVIO-MARIN
Le contact entre le milieu fluviatile et le milieu marin s'effectue au niveau des
embouchures des fleuves. Deux milieux différents sont donc en présence :
➢ l'un fluvial d'eau douce qui transporte des particules solides ou des ions en solution ;
➢ l'autre marin, donc salé, qui prend en charge ces éléments transportés.
La nature du contact fleuve-mer, au niveau des embouchures, dépend d'une part de la
charge détritique apportée par le fleuve et d'autre part de l'énergie déployée par les courants
marins pour la déblayer.
Les cours d'eau, à leur arrivée dans la mer, présentent deux types d'embouchures : les estuaires
et les deltas.
a. Les estuaires
Les estuaires résultent de l'envahissement par la mer de la basse vallée des cours d'eau. Ils
constituent de véritables bras de mer à marée haute et d'immenses vasières à marée basse. Au
niveau des estuaires le milieu marin, du fait de l'importance des courants côtiers et des courants
de marées, prend directement le relais en ce qui concerne le transport des matériaux. Le dépôt
essentiel des estuaires est la vase.
b. Les deltas
Les deltas sont des embouchures de fleuves riches en matériaux détritiques qui ne sont
pas déblayés par les courants. Le milieu continental gagne du terrain sur le milieu marin.
Morphologiquement, un delta comprend de l'amont (partie proximale) à l'aval (partie distale)
(fig. 2.4) :
➢ une plaine deltaïque subaérienne qui s'arrête à la ligne de côte où elle se prolonge
par l'estran (zone de battement des marées) ;
➢ un delta front (ou front de delta), zone bordière peu profonde qui peut aller jusqu'à
50 km en mer ;
➢ un talus deltaïque ou prodelta, affecté d'une pente de 1 à 10° qui se raccorde au plateau
continental.
Les turbidites sont des sédiments détritiques mis en place par les courants de turbidité.
Les courants de turbidité transfèrent les particules détritiques grossières du plateau et du talus
vers les zones profondes. On retrouve ainsi en zones abyssales des matériaux associés à des
fossiles déposés sans aucun doute à une profondeur plus faible.
Les dépôts de turbidites sont caractérisés par un granoclassement vertical des grains.
La matrice du sédiment est argileuse. Les faunes qu'ils contiennent sont remaniés.
Seules les particules argileuses de petite taille (< 50 µm) se déplacent dans le milieu
océanique. Elles sont très largement distribuées par les courants océaniques et se sédimentent
lentement. Les boues argileuses profondes, de couleur rouge à brune, appelées argiles rouges
des grands fonds, se trouvent dans le Pacifique Nord et au centre du Pacifique Sud ainsi que
dans l'Atlantique en regard de zones continentales de nature cristalline (fig. 2.5). Leur
composition est complexe (quartz très fin, micas, argiles…). L'épaisseur des argiles rouges des
grands fonds est toujours faible (quelques mètres). Leur dépôt est très lent (< 10-6 m/an)
comparé à celui des sédiments carbonatés (entre 15. 10-6 et 40. 10-6 m/an).
Fig. 2.5 - Répartition des principaux types de sédiments dans les océans actuels
3. SEDIMENTATION IONIQUE
La sédimentation ionique résulte d’une concentration des ions à partir de l'eau de mer,
soit à la faveur d'activités métaboliques d'organismes soit à la suite d'une sursaturation en ions
du milieu par évaporation.
a. La sédimentation récifale
La sédimentation récifale résulte de l'activité d'organismes coloniaux constructeurs dont les
squelettes carbonatés forment le sédiment.
Conditions d’établissement des récifs :
➢ Température de l’eau 20°C minimum
➢ Pas de pollution terrigène
Fig. 2.6 - Deux types de récifs (récif barrière et atoll) en plan et en coupe.
Dans les eaux tempérées, les conditions de vie ne permettent pas l'installation des récifs. Ce sont
alors des accumulations sédimentaires d'organismes benthiques qui dominent. Si la région est marquée
par des upwellings (remontée d'eau froide riche en CO2 et matière nutritive), le plancton se développe
de façon intense. Il participe alors à la sédimentation biogène ainsi qu'à la photosynthèse.
Cette figure montre que la dissolution reste faible jusqu’à une certaine profondeur où
elle augmente brusquement. Cette profondeur est appelée lysocline. A une profondeur plus
grande, la dissolution devient totale. Elle est appelée profondeur de compensation des
carbonates (CCD : Calcite Compensation Depth). La CCD marque la profondeur à laquelle
tout l'apport de calcite est compensé par la dissolution. Elle varie dans l'espace et dans le temps.
La CCD est moins profonde en allant vers les hautes latitudes (en s’approchant des régions
polaires) à cause de la solubilité plus grande du CO2 et de la production plus faible de CaCO3
dans les eaux froides (fig. 2.8).
Les eaux profondes de l'Atlantique sont alimentées par les eaux de surface riches en O2
et pauvres en CO2 : la profondeur moyenne de la CCD dans cet océan est située vers 5000
m. Les eaux profondes du Pacifique sont plus riches en CO2 que celles de l'Atlantique : La
profondeur moyenne de la CCD y est à 4 300 m environ.
Les sédiments riches en carbonates de calcium (> 60%) sont essentiellement localisés sur les
hauts-fonds océaniques : dorsales, rides asismiques et plateaux sous-marins. Les sédiments,
dont la teneur en carbonates est moyenne (entre 30 et 60%), occupent toutes les zones situées
entre la profondeur de compensation des carbonates et les hauts-reliefs. Ils recouvrent l'essentiel
des fonds de l'Océan Atlantique, de l'Océan Indien et du Pacifique Sud (fig. 1.40). Cette
répartition est toutefois modifiée aux débouchés des grands fleuves (Mississippi, Amazone…)
où la teneur en carbonates diminue de façon relative par dilution dans une importante fraction
détritique.
Les sédiments siliceux sont principalement composés d'une fraction biogène siliceuse
importante (> 50%) et constituées de :
➢ Tests de Diatomées (phytoplancton) vivant dans les eaux froides ;
➢ Tests de Radiolaires (zooplancton) vivant dans les eaux chaudes.
Dans les océans actuels, ces sédiments sont abondants dans l’Antarctique et répartis de façon
latitudinale dans l’Océan Indien et l’Océan Pacifique. C’est pour cela que l’on parle de 3
ceintures siliceuses (fig. 1.40) :
➢ Ceinture périantarctique (la plus importante) constituée de diatomées (80 à
90%) et de radiolaires (10 à 20%).
➢ Ceinture du Pacifique Nord constituée de plus de radiolaires que la précédente
ceinture avec plus de 35%.
➢ Ceinture sub-équatoriale constituée de sédiments riches en radiolaires (+ de
70%).
Les facteurs déterminant la position géographique de ces 3 ceintures sont :
➢ La température de l’eau de surface,
➢ La profondeur des bassins océaniques.
Les ceintures de haute latitude (Pacifique Nord et Antarctique) résultent d’une
productivité primaire siliceuse abondante dans les eaux froides (Diatomées) riches en CO2 et
pauvres en CaCO3.
La ceinture équatoriale est le résultat de la bathymétrie du fond océanique. Elle est
localisée sous la CCD et résulte donc, par différence, de la dissolution préférentielle des
carbonates. Les organismes à tests carbonatés sont plus abondants que ceux à tests siliceux. Si
le fond océanique se trouve au-dessus de la CCD, le sédiment déposé est à dominante
carbonatée, s’il est sous CCD, il est siliceux par enrichissement relatif après dissolution des
carbonates.
Les ceintures de haute latitude sont épaisses (plusieurs centaines de mètres). La ceinture
équatoriale est mince (quelque dizaine de mètres).
La dissolution des tests siliceux est importante en surface et diminue avec la profondeur
(fig.1.40).
4. SEDIMENTATION EVAPORITIQUE
L'isolement temporaire d'étendues d'eau de mer dans les lagunes conduit, par
évaporation, à la précipitation des sels dissous. Les sédiments qui se forment s'appellent des
2. Domaines paraliques
a. Sebkhas côtières
Ce sont des plaines supratidales envahies épisodiquement par la mer et siège d’une intense
évaporation sous climat aride.
II. LA DIAGENESE
1. Définition
La diagenèse regroupe l'ensemble des phénomènes responsables de la transformation d’un
sédiment (meuble) en roche sédimentaire (solide). Il s'agit de la dernière étape du cycle des
roches.
La diagenèse débute dès le dépôt des sédiments et se poursuit tout au long de leur
enfouissement.sa durée est variable, et elle englobe à la fois des phénomènes physiques,
chimiques ou même biologiques.
3. Processus de la diagenèse
Les processus de diagenèse sont variés et complexes : Il existe six processus principaux :
1. La compaction,
2. La recristallisation,
3. La dissolution,
4. la cimentation,
5. la néoformation,
6. le remplacement.
Le processus diagénétique qui est principalement responsable du passage de sédiment à roche
est la cimentation. Il s'agit d'un processus relativement simple : si l'eau qui circule dans un
sédiment, par exemple un sable, est sursaturée par rapport à certains minéraux, elle précipite
ces minéraux dans les pores du sable, lesquels minéraux viennent souder ensemble les particules
du sable ; on obtient alors une roche sédimentaire qu'on appelle un grès. Le degré de cimentation
peut être faible, et on a alors une roche friable, ou il peut être très poussé, et on a une roche très
solide. La cimentation (induration) d'un sédiment peut se faire tôt sur le fond marin, avant
l'empilement de plusieurs mètres de sédiments (pré-compaction) (figure 2.9 (a)), ou plus
tardivement, lorsque la pression sur les particules est grande due à l'empilement des sédiments.
Dans le cas de la cimentation pré-compaction (figure 2.9 (a)), les fluides qui circulent dans le
sédiment précipitent des produits chimiques qui viennent souder ensemble les particules.
Exemple : la calcite qui précipite sur les particules d'un sable et qui finit par souder ces dernières
ensemble. La compaction d'un sédiment (schéma du bas) peut conduire à sa cimentation. Ainsi,
la pression élevée exercée aux points de contact entre les particules de quartz d'un sable amène
une dissolution locale du quartz, une sursaturation des fluides ambiants par rapport à la silice
et une précipitation de silice sur les parois des particules cimentant ces dernières ensemble.
Chapitre 3
LES MILIEUX DE SEDIMENTATION
(CONTINENTAUX, MIXTES ET MARINS)
Les éléments destinés à former un sédiment sont d'abord généralement transportés à l'état solide ou
en solution. Ils se déposent ou précipitent ensuite dans un milieu de sédimentation. Un milieu de
sédimentation est une unité géomorphologique de taille et de forme déterminée où règne un ensemble
de facteurs physiques, chimiques et biologiques suffisamment constants pour former un dépôt
caractéristique.
Dans les milieux continentaux, les dépôts ne sont qu'en transit du fait de l'action de la gravité. Tôt ou
tard, ils sont repris et transportés finalement jusqu'au point le plus bas, la mer. Les milieux
sédimentaires continentaux sont locaux et transitoires par rapport aux milieux marins qui fournissent
la majeure partie des roches sédimentaires. On distingue des milieux de dépôt continentaux aériens
et aquatiques.
a) Milieux aériens
Les milieux de dépôt aériens sont :
• les sols,
• les pentes (éboulis, coulées de solifluxion),
• vallées torrentielles (alluvions),
• les piémonts (plaine alluviale étalée en un glacis continu),
• les milieux glaciaires (moraines),
• les dépôts éoliens (dunes de sable, lœss).
b) Milieux aquatiques
Les milieux de dépôt aquatiques sont :
les plaines alluviales (grandes rivières permanentes),
les lacs et les marécages.
FILIERES : SVTU - S2
TD DE GEODYNAMIQUE EXTERNE
QUESTIONS
1 Un horizon humifère
sombre
2 Une cuirasse latéritique
de couleur rouge riche
en hydroxydes de fer
(Fe(OH)3) et
d’aluminium (Al(OH)3)
3 Un horizon riche en
kaolinite (lithomarge)
4 Une zone d’arénisation
constituée de blocs de
granite sain et d’arène
granitique.
A la base de ce sol, on observe
le granite sain.
Soit un fleuve drainant les eaux de ruissellement d’un bassin hydrographique de 50 000 km2.
La moyenne des précipitations annuelles est de 100 cm ; 40% de ces eaux ruissellent, le reste
s’infiltre et/ou s’évapore.
a. La partie basse du fleuve a une largeur l de 1000 m et une profondeur moyenne p de
5 m. Quelle est alors sa vitesse ? Le débit Q, supposé constant, est égal à l.p.v.
b. On évalue à 10-2 cm/an l’épaisseur moyenne des sols et de roches érodées dans le
bassin hydrographique considéré. Quelle est la quantité théorique globale de
matériaux érodés ?
c. Quelle est la taille maximum des éléments parvenant à l’embouchure ?
d. En supposant que la profondeur moyenne de 5 m reste constante, quelle est la largeur
du fleuve à partir de laquelle ces alluvions peuvent fournir un matériau dont la
granulométrie est essentiellement supérieure à 0,5 mm.
e. Le climat de cette région est celui de la haute montagne à l’amont et tempéré à l’aval.
Les parties élevées sont granitiques, les parties basses calcaires et argileuses. Quelle
est la nature minéralogique vraisemblable des alluvions en différents points du fleuve
?
f. Une retenue crée un lac artificiel de 2 500 m de large en moyenne et de 10 km de
long. Quel est l’envasement annuel moyen de ce lac ?
Questions :
Lieu du
carottage