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Revue québécoise de psychologie
CAPACITÉS DE MENTALISATION SPÉCIFIQUE AU TRAUMA
AUPRÈS D’ADULTES AYANT SUBI DES AGRESSIONS SEXUELLES
DURANT L’ENFANCE
TRAUMA-SPECIFIC REFLECTIVE FUNCTIONING IN ADULTS
WHO EXPERIENCED CHILDHOOD SEXUAL ABUSE
Julie Maheux, Delphine Collin-Vézina, Heather Macintosh, Nicolas Berthelot
and Sébastien Hétu
Volume 37, Number 3, 2016 Article abstract
Little is still known about the mentalizing capacities of childhood sexual abuse
LA MENTALISATION : AU COEUR DE LA PRATIQUE CLINIQUE ET DE (CSA) survivors. This study is aimed at measuring and describing the
LA SANTÉ MENTALE mentalizing capacities of 30 adult CSA survivors using an interview discussing
MENTALIZATION: A CENTRAL CONCEPT IN CLINICAL PRACTICE disclosure of experiences as coded by the Trauma-Specific Reflective
AND MENTAL HEALTH Functioning Scale. Forty percent of the sample presented mentalizing failures
in relation to discussions of trauma, 33 % had low mentalizing abilities and
28 % had good mentalizing abilities. Specific examples of mentalizing
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manifestations were identified. These results will help researchers and
DOI: [Link] clinicians better understand the mechanisms through which survivors respond
and adapt to trauma.
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Revue québécoise de psychologie
ISSN
2560-6530 (digital)
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Maheux, J., Collin-Vézina, D., Macintosh, H., Berthelot, N. & Hétu, S. (2016).
CAPACITÉS DE MENTALISATION SPÉCIFIQUE AU TRAUMA AUPRÈS
D’ADULTES AYANT SUBI DES AGRESSIONS SEXUELLES DURANT L’ENFANCE.
Revue québécoise de psychologie, 37(3), 93–115.
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CAPACITÉS DE MENTALISATION SPÉCIFIQUE AU TRAUMA AUPRÈS
D’ADULTES AYANT SUBI DES AGRESSIONS SEXUELLES DURANT
L’ENFANCE
TRAUMA-SPECIFIC REFLECTIVE FUNCTIONING IN ADULTS WHO EXPERIENCED
CHILDHOOD SEXUAL ABUSE
1
Julie Maheux Delphine Collin-Vézina
Université du Québec à Trois-Rivières Université McGill
Heather Macintosh Nicolas Berthelot
Université McGill Université du Québec à Trois-Rivières
Sébastien Hétu
Virginia Tech Carilion Research Institute
INTRODUCTION
L’agression sexuelle vécue durant l’enfance (ASE) est un enjeu de
santé publique important dont les coûts sont considérables pour notre
société (Bonomi et al., 2008). Pour les victimes, les conséquences
touchent à la fois la sphère physique et sexuelle (Maniglio, 2009), mais
comportent également des impacts majeurs sur le plan psychologique
(Scott, Smith, & Ellis, 2010) et psychiatrique (Chen et al., 2010), et ce,
même à l’âge adulte. Les effets délétères de l’ASE et leur gravité restent
toutefois très variables d’une victime à l’autre (Fergusson, McLeod, &
Horwood, 2013). Des facteurs relationnels et sociaux, tels que le soutien
de la famille et des pairs, semblent avoir un effet positif sur l’ajustement
psychologique à la suite d’un vécu d’ASE (Dimitrova et al., 2010; Whiffen &
MacIntosh, 2005). Cependant, les facteurs de protection psychologique et
de résilience relatifs à cette problématique demeurent très peu connus.
Un de ces facteurs de protection psychologique concerne les
capacités de mentalisation des victimes. Puisqu’elles favoriseraient
l’adaptation psychologique aux événements traumatiques (Chiesa &
Fonagy, 2014; Ensink, Bégin, Normandin, & Fonagy, 2016), ces dernières
ont reçu l’attention tant des chercheurs que des cliniciens. La
mentalisation, mesurée par le construit du fonctionnement réflexif (FR), se
définit comme l’habileté d’un individu à comprendre les émotions, désirs,
sentiments, pensées ou intentions qui sous-tendent ses propres réactions
et comportements ainsi que ceux des autres (Fonagy & Target, 2002).
Cette capacité permet donc à l’individu d’interpréter le sens de ses
comportements et de ceux d’autrui, favorisant de ce fait une meilleure
prédiction et compréhension des relations interpersonnelles et une
1. Adresse de correspondance : Département de psychologie, Université du Québec à
Trois-Rivières, C.P. 500, Trois-Rivières (QC), G9A 5H7. Téléphone : 819-376-5011,
poste 3522. Courriel : [Link]@[Link]
Revue québécoise de psychologie (2016), 37(3), 93-115
Mentalisation spécifique au trauma
meilleure régulation émotionnelle (Allen, Fonagy, & Bateman, 2008;
Fonagy & Luyten, 2009). Enfin, la mentalisation est une capacité humaine
essentielle à l’établissement de relations saines et joue un rôle central
dans le sens et l’organisation de soi (Choi-Kain & Gunderson, 2008;
Fonagy & Target, 1997).
Trauma et mentalisation
Dans un contexte d’ASE, les capacités de mentalisation de l’enfant
sont non seulement mises rudement à l’épreuve, mais risquent également
d’être altérées par le trauma, et ce, pour plusieurs raisons (Fonagy, Target,
& Gergely, 2000). Premièrement, le développement de la mentalisation
s’effectue d’abord au sein d’une relation d’attachement (Fonagy & Target,
1997; 2006) où l’enfant intègre progressivement les représentations
mentales que le parent lui reflète. L’enfance est une période de
construction et de développement du FR durant laquelle cette capacité
demeure précaire et fragile. Lorsque le parent ou la figure d’attachement
présente de faibles capacités de mentalisation, ou qu’il fait preuve d’un
échec de mentalisation en posant des gestes abusifs, il devient alors
difficile pour l’enfant de développer ses propres capacités de
mentalisation. Deuxièmement, le contexte d’ASE est généralement chargé
d’émotions contradictoires et de non-dits, ce qui représente un défi de taille
pour des capacités de mentalisation en émergence. Par rapport à des
contenus aussi chargés émotionnellement et difficiles à comprendre,
l’enfant risque de se couper de ses capacités de mentalisation, c’est-à-dire
de se dissocier des états internes ressentis parce que ceux-ci s’avèrent
trop négatifs, contradictoires et confondants. En effet, explorer l’esprit de
l’autre (en l’occurrence celui d’un parent ou d’une personne significative)
devient troublant et source d’angoisses importantes dans un contexte ou
l’autre semble entretenir des idées malveillantes (Allen, 2012a). Des
auteurs proposent que ces processus de dissociation et de déni associés
au vécu traumatique puissent également empêcher l’enfant de développer
adéquatement ses capacités de mentalisation (Fonagy & Target, 1997). Il
en résulte une confusion en ce qui a trait aux frontières entre le monde
interne et externe (Fonagy & Target, 2000), ce qui est à risque d’affecter
les représentations de soi et des autres (Fonagy, 2002). Cette coupure par
rapport aux capacités de mentalisation et la confusion qui en résulte sont
lourdes de conséquences pour le développement identitaire et relationnel
de l’enfant. Par exemple, l’enfant peut attribuer l’agressivité provenant de
l’extérieur comme étant générée par lui. Cette confusion peut donc être
associée à des sentiments négatifs par rapport à lui-même. Les études
montrent en effet que les contextes d’ASE créent chez l’enfant un
sentiment d’estime personnelle diminué et une image négative de soi
(Toth, Cicchetti, Macfie, & Emde, 1997). Si l’ASE entrave le
développement de bonnes capacités de mentalisation chez les enfants
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RQP, 37(3)
victimes, elle risque également de laisser les adultes qu’ils deviendront
avec des lacunes importantes sur le plan de la mentalisation.
Chez l’adulte ayant vécu des ASE, ces difficultés de mentalisation
peuvent engendrer des impacts majeurs sur le fonctionnement
psychologique, relationnel et social. Par exemple, un FR faible a
notamment été associé à l’occurrence de troubles de la personnalité
(Bateman & Fonagy, 2006; Fischer-Kern et al., 2010), à la difficulté à
maintenir un sens cohérent de soi (Fonagy & Bateman, 2006) et à des
difficultés à développer des relations intimes saines (Stein, Fonagy,
Wheat, & Gerber, 2004). Toutefois, si les capacités de mentalisation sont
préservées chez la victime d’ASE une fois celle-ci adulte, ces capacités
semblent représenter un facteur de protection important sur le plan
psychologique et relationnel (Chiesa & Fonagy, 2014; Fonagy & Target,
2006). Les capacités de mentalisation pourraient donc représenter un
levier de changement thérapeutique et une cible de traitement pour
l’intervention auprès des victimes d’ASE.
Puisqu’elle semble être à la fois reliée aux séquelles associées aux
ASE, mais également être un outil de traitement, la mentalisation en
contexte d’ASE représente un domaine de recherche prometteur. Il est
important de noter que, dans la plupart des études (Allen, 2012a; Bateman
& Fonagy, 2006), la mentalisation est mesurée de façon globale ou
générale et non relativement aux expériences d’abus spécifiquement.
Toutefois, une étude ayant comparé le fonctionnement réflexif spécifique
au trauma (FR-T) et le FR général suggère que les victimes de
maltraitance ne présentent pas une incapacité à mentaliser de façon
globale, mais présentent plutôt un effondrement marqué de la capacité à
réfléchir à leurs expériences traumatiques et à leurs impacts (Ensink,
Berthelot, Bernazzani, Normandin, & Fonagy, 2014). Cette étude, réalisée
auprès de femmes enceintes ayant vécu de mauvais traitements au cours
de leur enfance, a aussi montré une association entre un FR-T faible et
une difficulté à investir la grossesse, des sentiments négatifs envers le
bébé à venir et la parentalité ainsi que des difficultés significatives dans la
sphère conjugale (Ensink et al., 2014). Une seconde étude de Berthelot,
Ensink, Bernazzani, Normandin, Luyten et Fonagy (2015) auprès du même
échantillon a également montré que le FR-T faible des mères pendant la
grossesse prédisait de façon prospective le développement d’une relation
d’attachement désorganisée avec leur enfant 17 mois après sa naissance.
Ces résultats suggèrent qu’afin d’avoir un portrait plus fidèle des capacités
de mentalisation des victimes d’ASE, il serait préférable de mesurer
précisément les capacités de mentalisation spécifique au trauma, à partir
du construit de fonctionnement réflexif spécifique au trauma (FR-T).
Le FR-T (Berthelot, 2010; Berthelot, Ensink, & Normandin, 2013;
2014) se définit comme la capacité à se représenter les impacts
95
Mentalisation spécifique au trauma
psychologiques et relationnels qu’ont pu avoir ces expériences
traumatiques sur soi et les autres ainsi qu’à se représenter l’expérience de
l’abus ou de la négligence de façon cohérente, sans nier ou minimiser ce
qui s’est passé et sans s’attribuer le blâme (Berthelot, Ensink, & Drouin-
Maziade, 2016). À ce jour, le FR-T se mesure à partir de la même
entrevue que celle utilisée pour coter le FR général (Fonagy, Target,
Steele, & Steele, 1998), soit l’entrevue d’attachement adulte (George,
Kaplan, & Main, 1985), bien qu’il ne s’agisse pas d’une entrevue
spécifiquement orientée sur les expériences traumatiques.
Une entrevue portant sur les expériences de dévoilement de l’ASE
pourrait représenter une excellente façon de solliciter et de mesurer le FR-
T, contexte dans lequel la victime aborde les moments où elle a dévoilé les
expériences vécues à un proche, un membre de la famille, des amis, des
personnes externes ou des autorités légales. Les contextes de
dévoilement de l’ASE sont des moments particulièrement chargés
émotionnellement et essentiellement relationnels, impliquant des
dynamiques complexes entre la victime et son entourage (Alaggia, 2010).
Ces dévoilements impliquent des émotions et motivations diverses chez la
victime ainsi qu’un désir de communiquer et de partager une expérience
interne significative (Collin-Vézina, De La Sablonnière-Griffin, Palmer, &
Milne, 2015). La personne ayant un vécu d’ASE y aborde les émotions,
pensées et réactions expérimentées par elle-même et les autres, dans la
situation abusive et lors du dévoilement. Ce contexte est dès lors
susceptible de solliciter particulièrement le FR-T. Nous croyons donc
qu’une entrevue portant sur le dévoilement des ASE est particulièrement
pertinente pour mesurer les capacités de mentalisation spécifique au
trauma chez les victimes une fois adultes.
L’objectif de la présente étude était d’étudier les capacités de
mentalisation spécifique au trauma chez des victimes adultes d’ASE,
lorsqu’elles abordent les contextes de dévoilement de ces expériences
traumatiques. Plus spécifiquement, cet article visait à décrire les diverses
manifestations de mentalisation déficitaire et efficiente les plus observées
et à offrir aux chercheurs et aux cliniciens des exemples concrets de
discours représentant ces manifestations. Cette étude visait également à
explorer pour la première fois si les capacités de mentalisation spécifique
au trauma peuvent être adéquatement évaluées dans le cadre d’une
entrevue portant sur les contextes de dévoilement des ASE.
MÉTHODOLOGIE
Participants
L’échantillon était constitué de 30 participants (24 femmes) âgés de 27
à 58 ans (M = 43; ET = 1,79) rapportant un vécu d’ASE. Le recrutement
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RQP, 37(3)
s’est effectué dans la grande région de Montréal auprès de quatre
différents organismes d’aide et de soutien aux victimes d’ASE. Les
participants recevaient tous des services au sein de ces organismes en
lien spécifiquement avec les ASE vécues. Cette recherche a été
approuvée par le comité d’éthique à la recherche de l’Université McGill.
Les participants ont tous donné leur consentement écrit ou verbal à
participer à l’étude et à ce que leur entrevue téléphonique soit enregistrée.
Les participants de ce projet étaient tous francophones. Le Tableau 1 fait
état des caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon.
Procédure
Les entrevues étaient administrées par des professionnels de la santé
mentale possédant un diplôme d’études supérieures dans le domaine.
L’entrevue téléphonique consistait en une entrevue semi-structurée portant
spécifiquement sur les expériences de dévoilement de l’ASE. Cette
entrevue a été élaborée afin d’explorer les processus et dynamiques
complexes impliqués dans les différentes expériences de dévoilement.
Dans le cadre de l’entrevue, il était demandé aux participants de décrire
leurs expériences de dévoilement, incluant leurs motivations, leurs
émotions et leurs pensées dans ce contexte. Il leur était également
demandé de décrire et d’expliquer les émotions et réactions des individus
à qui ils ont dévoilé. Les autres thèmes abordés étaient les suivants : leurs
attentes quant aux dévoilements et aux réactions attendues, les autres
personnes à qui ils aimeraient dévoiler et pourquoi, leurs perceptions de ce
qui a été aidant ou non dans le processus de dévoilement. La durée de
l’entrevue était variable d’un individu à l’autre, mais s’étendait en moyenne
sur 70 minutes (ET = 3,80 minutes). Il est important de noter que, pour
l’ensemble des participants, l’entrevue ne représentait pas la première
expérience de dévoilement. Les entrevues téléphoniques étaient
retranscrites sous forme de verbatim et codifiées à l’aide de l’échelle de
FR-T (Berthelot, 2010).
L’Échelle de fonctionnement réflexif spécifique au trauma (FR-T)
L’Échelle de fonctionnement réflexif spécifique au trauma (Berthelot,
2010; Berthelot et al., 2013; 2014) permet de mesurer le FR-T, c’est-à-dire
le FR des victimes lorsqu’elles abordent spécifiquement les contextes ou
les contenus traumatiques. Il s’agit d’un addenda à l’échelle de
fonctionnement réflexif de Fonagy et ses collègues (1998), qui comporte
une échelle similaire à celle du FR (général). L’échelle de FR-T tient
compte des particularités des expériences d’agression sexuelle, de
négligence et de maltraitance dans les manifestations du FR des victimes
de trauma. La codification du FR-T s’effectue à partir d’un verbatim
d’entrevue et doit être réalisée par un coteur formé et expérimenté à la
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Mentalisation spécifique au trauma
Tableau 1
Absence de lien significatif entre les variables sociodémographiques et le niveau
de FR-T des participants
Statistiques sur le lien entre
Variables Données descriptives
la variable et le niveau FR-T
Âge M = 43 ans, ET = 1.79 ρ = -0,19; p = .335
Genre 24 femmes χ2(3, 30) = 5.60; p = .161
6 hommes
Groupe ethnique 23 caucasiens χ2(6, 30) = 4,63; p = .592
4 Québécois, mais groupe ethnique
différent
3 immigrants
Niveau d’éducation 11 avec études universitaires χ2(6, 30) = 3,62; p = .728
(3 études supérieures)
8 avec études collégiales
11 avec DES ou diplôme
professionnel
Type d’emploi 14 sans emploi, ont quitté leur χ2(6,30) = 4,71; p = .581
emploi, étaient à la maison
14 employés
2 retraités
Type d’ASE vécue 14 ASE intrafamiliale χ2(6, 30) = 4,73; p = .579
19 ASE extrafamiliale
Genre de l’abuseur 28 hommes χ2(3, 30) = 6,14; p = .407
2 femmes
Moment du 1er 4 à l’enfance χ2(15, 30) = 16,57; .345
dévoilement 5 à l’adolescence
8 pendant la vingtaine
1 pendant la trentaine
5 quarantaine et plus
7 sans réponse
Longueur de M = 70,0 min, ET = 3,8 ρ = 0,12; p = .545
l’entrevue
codification du FR et du FR-T. Les recherches récentes ayant utilisé cet
instrument ont établi de façon préliminaire la validité et la fidélité de
l’instrument (Berthelot et al., 2015; Ensink et al., 2014), montrant que le
FR-T corrèle avec la mesure générale du FR (Ensink et al., 2014) et qu’il
fait preuve d’une bonne validité prédictive (Berthelot et al., 2015). L’échelle
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RQP, 37(3)
de FR-T comporte des scores entre -1 (anti-réflexif) et 9 (FR exemplaire et
élaboré), attribués à tous les segments de l’entrevue où le participant
discute des événements traumatiques. Ces scores peuvent se regrouper
en niveaux de mentalisation. Dans le cadre de notre étude, nous avons
utilisé quatre niveaux de mentalisation, tels que décrits par Berthelot
1
(2010) : 1) Échec de mentalisation/FR-T absent ou négatif (qui
correspond à des scores de -1 ou 0); 2) Échec de mentalisation/FR faible
(qui correspond à des scores de 1 ou 2); 3) Amorce de mentalisation/FR-T
modéré/rudimentaire (qui correspond à des scores de 3 ou 4);
4) Mentalisation efficiente/FR-T bon ou supérieur (qui correspond à des
scores de 5 et plus). En plus d’attribuer un score quantitatif, chaque
segment est décrit en identifiant la forme de FR-T manifestée (p. ex.,
explication ou description bizarre et incohérente, réflexion complexe sur
l’impact de l’ASE sur soi, etc.). Ces différentes formes de FR-T sont
décrites dans deux articles portant spécifiquement sur cette grille
(Berthelot et al., 2013; 2014). Lorsque tous les segments de l’entrevue ont
été codifiés, un score global est attribué à l’entrevue en fonction du niveau
général de mentalisation présenté. Dans le cadre de notre étude, la
procédure de codification spécifique était la suivante : 1) Identification des
segments de l’entrevue où le participant discute des événements
traumatiques; 2) Identification de la forme de mentalisation présentée;
3) Attribution d’un score de -1 à 9 et du niveau de FR-T lui correspondant;
4) Attribution d’un score global. L’ensemble des entrevues a été codifié par
la première auteure de l’étude. Afin de s’assurer de la qualité de la
codification et que cette dernière correspondait aux standards de la grille,
un processus d’entente interjuge a été effectué. Pour ce faire, un
deuxième coteur également formé pour mesurer le FR-T a codifié deux
entrevues, pour un total de 63 passages où la mentalisation du trauma
pouvait être évaluée. L’entente interjuge a été calculée pour chaque
segment, sur les niveaux du FR-T et le score global de FR-T du
participant. L’entente interjuge s’est montrée excellente, avec une
corrélation intraclasse ICC (2,1) de pI = ,952 en ce qui a trait aux niveaux
spécifiques. Les scores globaux attribués par les deux coteurs étaient
identiques.
1. Il est à noter que dans le cadre de précédentes études s’intéressant au FR-T (Berthelot
2015; Ensink 2014), trois catégories de mentalisation spécifique au trauma étaient
utilisées, soit l’échec de mentalisation, l’amorce et la mentalisation efficiente. Afin d’offrir
un portrait plus détaillé, nous avons choisi d’utiliser, tel que proposé par l’échelle de FR-
T (Berthelot, 2010), quatre niveaux de mentalisation, les échecs de mentalisation
pouvant être subdivisés en deux catégories, soit un FR-T absent/négatif et un FR-T
faible. Ces deux sous-catégories présentent des distinctions théoriques et cliniques qui
seront abordées.
99
Mentalisation spécifique au trauma
Analyses
Dans le cadre de notre étude, nous nous sommes particulièrement
intéressés à la distribution du FR-T selon quatre niveaux de mentalisation
(d’échecs de mentalisation à mentalisation efficiente). Des analyses
descriptives ont permis d’évaluer la répartition de nos participants par
rapport aux quatre niveaux de mentalisation ainsi que d’identifier les
formes de manifestations de FR-T les plus fréquemment retrouvées chez
les participants pour chacun des niveaux de mentalisation spécifique au
trauma. Enfin, nous avons identifié et rapporté des exemples de discours
au sein des verbatims de notre échantillon illustrant chacune de ces
manifestations.
Afin de vérifier si l’entrevue portant sur le dévoilement était adéquate
pour mesurer le FR-T, nous avons regardé la proportion du discours du
participant ayant été identifiée comme pertinente pour la codification du
FR-T, le nombre de segments impliqués et la diversité des manifestations
retrouvées.
RÉSULTATS
Analyses préliminaires
Des analyses préliminaires ont été effectuées afin de s’assurer que les
capacités de mentalisation des participants n’étaient pas
systématiquement associées à certaines de leurs caractéristiques
sociodémographiques. Cette étape permettait de vérifier que la distribution
de l’échantillon n’était pas uniquement le reflet de caractéristiques
sociales, professionnelles ou économiques chez les participants. Des
analyses de chi-carré (variables catégorielles) et des corrélations de
Spearman (variables continues) n’ont montré aucun lien entre le niveau
global de FR-T et ces variables, tel que présenté dans la dernière colonne
du Tableau 1.
Niveau général de FR-T
Tous les niveaux de mentalisation ont été retrouvés au sein de notre
échantillon. Sur l’ensemble de nos participants, 12 d’entre eux (40,0 % de
l’échantillon) démontraient des capacités de mentalisation spécifique au
trauma déficitaires, six ayant obtenu un score global de FR-T
absent/négatif (20,0 % de l’échantillon) et six participants ayant obtenu un
score global de FR-T faible (20,0 % de l’échantillon). En ce qui a trait à la
catégorie d’amorce de mentalisation, 10 participants ont obtenu un score
global de FR-T modéré ou rudimentaire (33,3 % de l’échantillon). Enfin,
huit participants (26,7 % de l’échantillon) ont obtenu un score global de
FR-T bon ou supérieur. L’ensemble des manifestations du registre de FR-
T (Berthelot, 2010; Berthelot et al., 2013; 2014) sont présentées dans le
100
RQP, 37(3)
tableau 2 et les manifestations les plus fréquemment retrouvées au sein de
notre échantillon y ont été identifiées. Des exemples tirés des verbatims y
sont présentés. La section qui suit présente et décrit plus en détail les
manifestations les plus fréquemment retrouvées au sein de notre
échantillon.
Échecs de mentalisation – FR-T absent ou négatif
Un FR-T absent ou négatif se définit par une incapacité complète à
identifier et décrire ses propres états mentaux et ceux des autres lorsque
le trauma est abordé. Ce niveau correspond à un rejet total de toute
réflexion en ce qui a trait aux motivations et émotions sous-jacentes aux
comportements reliés aux ASE ou à leur dévoilement, tant en ce qui
concerne soi que les autres. Il y a alors entrave aux capacités de
mentalisation. L’analyse de verbatims des participants de notre échantillon
présentant un niveau global d’échec de mentalisation spécifique au trauma
a permis d’identifier trois formes de manifestations de FR-T absent/négatif
plus fréquemment retrouvées dans le discours des victimes.
Explications ou descriptions bizarres et incohérentes
Cette manifestation était la plus fréquemment retrouvée chez les
participants présentant un FR-T absent ou négatif dans notre échantillon.
Elle était présente à plusieurs reprises chez cinq des six participants
présentant un FR-T absent ou négatif.
Cette manifestation s’apparente à celle de l’échelle de Fonagy appelée
Explication ou RF bizarre, non intégré, inapproprié ou incohérent, mais
dans l’Échelle de FR-T, elle s’applique plus spécifiquement aux thèmes et
contenus traumatiques abordés. Il s’agit d’explications qui défient le sens
commun et sont truffées d’irrégularités et d’étrangetés. La littérature
rapporte d’ailleurs l’occurrence fréquente de discours discontinus et
incomplets concernant les expériences traumatiques chez les victimes de
trauma (Main, Hesse, & Goldwyn, 2008; Siegel, 2001). Les symptômes
traumatiques seraient associés à des incohérences dans le discours des
victimes en ce qui a trait à leurs expériences abusives (Mundorf & Paivio,
2011), notamment en raison des altérations de la mémoire reliée au
trauma. Rappelons que lorsque cette manifestation est présente, ce n’est
pas l’ensemble du discours qui est confus, mais plus particulièrement les
moments où le participant aborde les ASE, ce qui représente
potentiellement la confusion et la détresse ressenties par rapport à un
événement qui demeure incompris et fragmenté dans l’esprit de la victime
(Androutsopoulou, Thanopoulou, Economou, & Bafiti, 2004; Zoellner,
Alvarez-Conrad, & Foa, 2002). Un exemple tiré des verbatims de notre
échantillon est présenté dans le Tableau 2.
101
Tableau 2
Niveaux de mentalisation spécifique au trauma ainsi que les scores de FR-T et les types de manifestation leur étant associés
Niveau Échec de mentalisation/ Échec de mentalisation/ Amorce de mentalisation/ Mentalisation efficace/
de FR-T FR-T absent FR-T faible FR-T rudimentaire FR-T bon ou supérieur
Scores à l’échelle de FR générale et FR-T (-1 à 9)
-1 et 0 1 et 2 3 et 4 ≥5
Explications ou Négation de sa vulnérabilité Identification d’états Prise de conscience de l’impact de
descriptions bizarres et Ex. : « Une des choses que la mentaux dans un contexte la maltraitance sur la dynamique
incohérentes vie m’a donnée pour me guérir de maltraitance et familiale
Ex. : I : « Est-ce que vous des AS ça a été de devenir Reconnaissance de Ex. : “Ma mère, quand je lui ai parlé de
pouvez me parler d’une masseuse érotique : un super l’influence de la ça (des ASE), j’aurais voulu avoir de
autre fois où vous avez bel atelier pour moi, où je me maltraitance sur les états l’amour, d’la compréhension, ce que
dévoilé l’abus? Une situation rendais sur les lieux avec la mentaux ma mère m’a jamais donné. Je sentais
où c’était important pour femme que j’étais, sans drogue Ex. : “J’étais perturbée que je n’avais jamais de place dans la
Formes de manifestations
vous de dévoiler. » pis sans alcool, moi avec mes émotivement, je sentais une famille. Pis aujourd’hui je comprends :
P : « euh… c’est, parce que émotions. Je me disais toujours grande blessure. Mais je c’était très difficile d’avoir un enfant qui
moi, j’étais dans le métro, que ça pouvait être le dernier si faisais aussi beaucoup de se fait agresser par trois de tes frères
pis y’avait un immigrant qui je voulais. Je me permettais crises de colère, et qui vient te le dire. Elle n’était pas
a touché aux parties de son d’arrêter quand je voulais. d’agressivité. Et puis pas prête à accepter ça. Ça l’a dérangée,
p’tit gars. Ça ça m’a mis en J’accueillais les hommes et je confiance en personne. (…) peut-être qu’elle se sentait
beau fusil. Et pis, là bin, en me rendais dans la salle. C’est C’était sûrement en lien avec coupable, elle ne pouvait pas entendre
bas du métro, comme ça pas tout le monde qui pourrait mes agressions.” ça. (…) Il fallait qu’elle s’éloigne de
j’ai… le p’tit gars va être faire ça. J’étais capable de me moi, mais plus elle s’éloignait, plus ça
correct? Qu’est-ce ça va me faire respecter. Quand les me faisait souffrir, et moins
donner de, tu sais.. (rire) » limites commençaient à être j’acceptais.”
plus borderline de ne pas me Réflexion complexe de l’impact sur
le développement
Ex. : “Elle me disait que j’étais une
enfant criarde, brailleuse, jalouse
Tableau 2
Niveaux de mentalisation spécifique au trauma ainsi que les scores de FR-T et les types de manifestation leur étant associés
Niveau Échec de mentalisation/ Échec de mentalisation/ Amorce de mentalisation/ Mentalisation efficace/
de FR-T FR-T absent FR-T faible FR-T rudimentaire FR-T bon ou supérieur
Scores à l’échelle de FR générale et FR-T (-1 à 9)
-1 et 0 1 et 2 3 et 4 ≥5
Rage incontrôlée envers faire respecter ben… à Reconnaissance du recours à boudeuse. Je crois que j’ai
l’agresseur et Excitation à parler chaque fois… ben je me des stratégies défensives été peut-être rejetée. Mais,
de comportements maltraitants faisais respecter. C’était de Ex. : “Je n’avais rien ressenti. C’est ça c’est l’adulte qui parle de
Ex. : P : ‘C’est une chose que j’ai dire à ma petite fille maintenant, que je retourne dans ça, mais je pense que
dans ma tête encore qu’il m’en (intérieure) ben regarde là, ces souvenirs-là, je réalise que je l’enfant que j’étais l’a senti. »
vient plaisir : si ça serait juste de maintenant, je suis capable. n’avais rien ressenti. C’était comme Réflexion complexe de
moi, ben je le tuerais moi-même de Moi je suis capable.” un déni total, c’est comme l’impact sur soi
Formes de manifestations
mes deux mains s’il était encore en Maltraitance n’a pas quelqu’un qui sait, qui sait qu’elle a (comportement actuel,
vie (l’abuseur). Je l’haïssais pour d’impact puisque le sujet n’y été blessée, mais refuse de comportement parental ou
mourir (rire). J’ignore si je suis pense pas ou l’oublie l’accepter. Ou en parle, mais avec l’identité)
responsable en partie de sa mort, Négliger de considérer des tellement de détachement que Ex. : « Je me sentais
mais je l’espère. (…) Je rencontre aspects importants liés à la (silence).” responsable aussi et
un pédophile, j’vais l’étriper l’hostie. situation de maltraitance Prise de perspective par rapport responsable, le mot est pas
J’vais le démolir... moi je serais aux comportements de assez fort. On va dire
prête à me ruiner pour poursuivre Compulsion à la répétition
hors de la conscience ou maltraitance coupable, parce que là, ça
un pédophile pour qu’il répare ses faisait plus d’un an qu’on
torts le câlisse. Vous comprenez, hors contrôle Ex. : “J’ai été toutes ces années-là
à, à souffrir de la honte que jjj, que essayait d’avoir un enfant,
c’est comme ça, je déteste les Manque de considération que ça ne fonctionnait pas
pédophiles, d’accord?’ notable pour les besoins de dans le fond que j’avais pas à avoir
honte de t’ça, que c’était pas moi. (…). À un moment donné,
son enfant j’en suis arrivée à la
Mais c’était comme ça, j’ai, j’pense
que j’étais pas encore p... rendue à, conclusion que mon corps
à dénoncer.” ne voulait pas que je sois
Tableau 2
Niveaux de mentalisation spécifique au trauma ainsi que les scores de FR-T et les types de manifestation leur étant associés
Échec de mentalisation/ Échec de mentalisation/ Amorce de Mentalisation efficace/
Niveau
FR-T absent FR-T faible mentalisation/FR-T FR-T bon ou supérieur
de FR-T
rudimentaire
Scores à l’échelle de FR générale et FR-T (-1 à 9)
-1 et 0 1 et 2 3 et 4 ≥5
I : “Je pense que je enceinte, parce que j’avais peur d’avoir une
comprends effectivement ce fille. Hum, et pour moi, une fille c’est plus
que vous…” vulnérable. Alors, y’avait, y’avait, hum, c’est
P : “Ben c’est tous les ça, cette culpabilité-là que je portais, cette
agresseurs asexuels tout peur pour le futur aussi. Sur le plan sexuel,
court (rires)” pour moi c’était rendu des relations forcées
(pour avoir un enfant), je le vivais comme si
Considérer la maltraitance ça venait rejoindre l’abus sexuel à quelque
comme étant méritée part. »
ou justification des états Contribution au contexte de maltraitance
mentaux de la personne
Manipulation consciente d’états mentaux
maltraitante dans le contexte de maltraitance
Déni de la maltraitance ou Élaboration de la perspective de la personne
de ses impacts maltraitante
Évitement passif du thème Conscience de la réalité subjective de l’autre
de la maltraitance par rapport au dévoilement d’une situation de
maltraitance
Note. Les manifestations en gras sont celles ayant été le plus fréquemment retrouvées dans notre étude et sont accompagnées d’un exemple tiré du
discours des participants de notre échantillon (I : interviewer; P : participant).
RQP, 37(3)
Rage incontrôlée envers l’agresseur et Excitation à parler de
comportements maltraitants
Ces manifestations ont été fréquemment retrouvées ensemble (à
l’intérieur d’un même segment) dans les verbatims de cinq des six
participants ayant un FR-T absent/négatif.
Les sentiments de rage sont souvent présents chez les victimes
d’ASE, mais ne représentent pas nécessairement une entrave aux
capacités de mentalisation, si ces sentiments sont reconnus, verbalisés et
réfléchis par la victime. Un individu capable d’identifier ces sentiments
chez lui et en mesure de décrire l’impact que ces derniers peuvent avoir
sur ses pensées et comportements ferait plutôt preuve d’un bon
fonctionnement réflexif. Par contre, la mise en actes de réactions hostiles
et de rage dans le discours représente une interférence importante au
processus de réflexion (Berthelot et al., 2013) puisqu’elle entrave toutes
possibilités de réfléchir aux sentiments qui habitent l’individu. Les
sentiments ne sont alors que brièvement ressentis et rapidement
agis/extériorisés. La rage incontrôlée est évidente dans le discours, mais il
n’y a pas de reconnaissance et de réflexion effectuées chez l’individu
concernant ces sentiments ressentis. Il n’y a en effet aucun espace ou
disponibilité chez la personne pour explorer ou réfléchir à son monde
interne ou celui de l’autre de façon adéquate et non biaisée par cette rage.
L’excitation à parler de comportements abusifs apparaît lorsque la
victime s’identifie inconsciemment à l’agresseur, c’est-à-dire qu’elle remet
en acte (dans ses paroles, gestes ou fantaisies) les comportements
agressifs ou abusifs et en tire un plaisir apparent. Il s’agit d’un mécanisme
chez l’individu pour contrôler la peur laissée par les traumas vécus et pour
évacuer également des sentiments de rage de façon détournée (Chagnon,
2011; Neau, 2013). Or, lorsque la personne s’identifie à l’agresseur de
façon active dans ses propos, il y a une entrave à toute réflexion sur les
états mentaux y étant rattachés puisque les sentiments de rage sont agis
et extériorisés au lieu d’être réfléchis et compris (Berthelot et al., 2013). Il
n’est pas surprenant que ces deux manifestations se présentent
simultanément dans le discours des victimes puisqu’elles sont toutes deux
nourries par des sentiments de colère et de rage (voir exemple tiré d’un
verbatim dans le Tableau 2).
Échec de mentalisation – FR-T faible
À la différence du FR-T négatif ou absent, le FR-T faible fait état d’une
tentative de réflexion sur le monde interne. Toutefois, il s’agit toujours
d’échec de mentalisation puisque même si les états mentaux sont
considérés ils ne sont pas appropriés à la situation. Ainsi, contrairement à
l’absence totale de mentalisation, la catégorie FR-T faible comporte
105
Mentalisation spécifique au trauma
quelques états mentaux ou mentions d’émotions, bien que demeurant
insuffisants pour parler de mentalisation minimalement efficiente. Il n’y a
pas d’attaque à la mentalisation ou de déni total, mais on note un
évitement des émotions qui pourraient s’avérer douloureuses ou
confrontantes, notamment les affects et cognitions reliés au trauma
comme le sentiment de vulnérabilité, par exemple. Dans notre échantillon,
la négation de sa vulnérabilité était la forme de manifestation la plus
fréquemment retrouvée chez les participants présentant un FR-T faible.
Négation de sa vulnérabilité
Dans cette forme de manifestation, le participant fait abstraction de
ses vulnérabilités dans les contextes abusifs. Son langage peut
ressembler à un langage réflexif puisqu’il décrit des états, affects et
pensées sous-jacents aux comportements. Par contre, le participant fait
abstraction des états de vulnérabilité qu’il pourrait expérimenter (Berthelot
et al., 2013). Ces états de vulnérabilité peuvent être attribués aux autres,
mais la personne elle-même n’est pas concernée et se présente en
contrôle de la situation traumatique. Il peut y avoir des indices de
mentalisation qui s’amorce chez le sujet lorsqu’il parle de la vulnérabilité
des autres, mais le FR-T demeure faible puisqu’il est incapable de
s’attribuer à lui-même ces états mentaux et émotions et de reconnaître
l’impact que ceux-ci peuvent avoir sur ses réactions et comportements. Ce
déni de la vulnérabilité pourrait éventuellement augmenter le risque que la
personne se retrouve à nouveau dans des situations potentiellement
abusives ou dangereuses.
Dans l’exemple présenté au Tableau 2, le contexte d’agression
sexuelle est remis en scène et la participante présente la conviction ferme
de pouvoir, cette fois-ci, le contrôler. Il y a négation des impacts du trauma
et de la vulnérabilité de l’individu dans ce contexte. Elle ne semble pas
consciente du risque de revictimisation associé au contexte qu’elle décrit.
Ses propos sous-tendent plutôt une impression subjective d’être
suffisamment forte, voire inatteignable, dans un contexte où il y a un haut
risque de danger d’être agressée de nouveau. Ce n’est pas le réel danger
de la situation qui est dénié, mais plutôt les vulnérabilités et fragilités de la
personne. Cette manifestation du FR-T s’accompagne souvent de propos,
dans le discours des victimes d’ASE, qui suggèrent qu’elles seules
auraient pu passer au travers de cette épreuve. Cette manifestation
concorde également avec un processus d’identification à la victime, mais
avec le sentiment trompeur de pouvoir contrôler le danger, tel que décrit
par Faller (1990).
106
RQP, 37(3)
Amorce de mentalisation – FR-T modéré
Le FR-T modéré correspond à un niveau de mentalisation
rudimentaire, c’est-à-dire qu’il y a présence d’états mentaux cohérents
dans le discours de la personne relativement aux traumas vécus, mais
ceux-ci demeurent peu élaborés et peu complexes. L’amorce de
mentalisation constitue les premiers balbutiements d’un FR-T adéquat,
sans être complètement déployé à ce stade-ci. La personne est consciente
que les contextes traumatiques ont eu un impact sur les états mentaux,
mais elle n’est pas en mesure de décrire cette dynamique ou ce lien de
façon claire et élaborée. Toutefois, il s’agit de bases essentielles qui
pourraient permettre à l’individu, si accompagné adéquatement, de
développer un FR-T plus riche et articulé. L’analyse des verbatims de
notre échantillon a permis d’identifier quatre manifestations de FR-T
modéré plus fréquemment retrouvées chez nos participants.
Identification d’états mentaux dans un contexte de maltraitance et
Reconnaissance de l’influence de la maltraitance sur les états mentaux
Les manifestations de mentalisation modérée les plus souvent
retrouvées au sein de notre échantillon sont le fait d’identifier ses états
mentaux relatifs au contexte de maltraitance et de reconnaître l’influence
de la maltraitance sur ses états mentaux. Très fréquemment, l’occurrence
de ces deux manifestations s’est retrouvée au sein d’un même segment.
Tous les participants présentant un FR-T modéré ont manifesté cette
forme de FR-T. Il s’agit du processus de base de la mentalisation, qui
consiste à identifier adéquatement quels sont les états, sentiments et
émotions sous-jacents aux comportements, tel que le mentionne Fonagy,
Gergely, Jurist et Target (2004). Pour les victimes d’ASE, le simple fait de
nommer et décrire les états mentaux concernant les événements
traumatiques représente un défi puisqu’il s’agit de contenu hautement
troublant et chargé affectivement. Réfléchir aux événements abusifs
devient alors une menace pour l’équilibre psychologique et émotionnel de
l’individu, ce qui demande un effort de mentalisation supérieur dans ce
contexte (Berthelot et al., 2014). En nommant les états mentaux qui
concernent le vécu d’ASE, la personne reconnaît : 1) qu’elle a vécu un
événement abusif; 2) que cet événement a laissé des traces sur ses
pensées, émotions et son monde interne; 3) que cet impact peut influencer
son comportement, ses réactions ou ses perceptions. Il s’agit là de trois
étapes importantes dans la reconnaissance des états mentaux et dans le
processus réflexif de la victime. Un exemple de ces deux formes de
manifestation, tiré d’un même segment, est présenté dans le tableau 2.
Reconnaissance du recours à des stratégies défensives
La réflexion sur le fait de présenter des comportements défensifs en
contexte traumatique ou face à des situations abusives représente une
107
Mentalisation spécifique au trauma
autre amorce de FR-T observée chez les participants : neuf participants
sur 10 présentaient cette forme de manifestation dans notre échantillon.
Dans cette forme de manifestation du FR-T, le participant note des
réactions surprenantes ou incohérentes et est en mesure de reconnaître
leur caractère étrange, mais également défensif, dans la perspective de
mieux les comprendre ou d’identifier l’impact de ces réactions défensives
sur soi et les autres (exemple Tableau 2).
Prise de perspective par rapport aux comportements de maltraitance
Le fait de prendre une perspective par rapport aux comportements
abusifs vécus est une amorce de mentalisation par rapport au trauma qui a
été fréquemment observée chez huit participants sur 10 présentant un FR-
T modéré ou rudimentaire. Le participant fait alors preuve d’une curiosité
et d’une recherche active des causes des événements traumatiques vécus
et des émotions y étant rattachées. Un tel exercice demande toutefois un
effort de mentalisation considérable chez les victimes, en raison
notamment du grand sentiment de culpabilité qui peut être rattaché à ces
expériences (Berthelot et al., 2014) et qui peut bloquer le déploiement du
FR. En effet, plusieurs victimes entretiennent l’idée consciente ou
inconsciente qu’elles ont mérité les agressions subies (Collin-Vézina et al.,
2015), ayant intégré des représentations négatives d’elles-mêmes (Fonagy
& Target, 1997). La prise de perspective par rapport aux comportements
de maltraitance vécus permet éventuellement à la victime de tirer un sens
des événements, de remettre à l’agresseur la responsabilité de ses actes
et de reconnaître ne pas avoir mérité les sévices reçus (exemple
Tableau 2).
Mentalisation efficiente – FR-T bon ou supérieur
Des capacités de mentalisation spécifique au trauma efficientes se
définissent par une compréhension élaborée des états mentaux sous-
jacents aux comportements et des dynamiques complexes régissant leur
monde interne et celui des autres, lorsque le contexte traumatique est
abordé. L’individu est alors capable de bien identifier les états qui l’habitent
et l’influence de ces états sur ses comportements. Il arrive également à
reconnaître chez l’autre les facteurs, émotions et pensées qui peuvent
expliquer son comportement. Le monde extérieur devient alors beaucoup
plus prévisible pour l’individu et il est en mesure de tirer un sens de ses
propres comportements et de ceux des autres. L’analyse des verbatims de
notre échantillon a permis d’identifier les trois manifestations les plus
fréquemment utilisées par nos participants présentant des capacités de
mentalisation efficientes.
108
RQP, 37(3)
Prise de conscience articulée de l’impact de la maltraitance sur la
dynamique familiale
S’intéresser à comprendre les états mentaux des autres dans le
contexte abusif s’avère un exercice périlleux et complexe, surtout si ces
personnes sont directement touchées par les événements ou s’il s’agit des
principales figures d’attachement (Allen, 2012b). Pour cette raison, la
capacité d’une victime à décrire les impacts de l’ASE sur la dynamique
familiale témoigne de capacités de mentalisation élaborées et soutenues.
Cette manifestation de mentalisation efficiente a été la forme la plus
fréquemment codifiée, et ce, chez six des huit participants présentant un
FR-T bon ou supérieur (exemple Tableau 2).
Réflexion complexe de l’impact de la maltraitance sur le développement
Il s’agit de la capacité des victimes d’ASE à reconnaître que le trauma
peut avoir eu une influence sur leur développement et que le
développement peut également influencer leur façon de percevoir certains
phénomènes. Cette manifestation a été relevée fréquemment chez sept
des huit participants présentant un bon FR-T. Tel que le soulignent
Berthelot et ses collègues (Berthelot et al., 2014), la capacité de l’individu
à considérer que des aspects développementaux (ex. : âge ou degré de
maturité affective et cognitive) puissent influencer sa perception et sa
compréhension d’une situation requiert des capacités de mentalisation
développées, notamment lorsqu’il s’agit de situations ou relations abusives
et complexes. Par exemple, un participant pourrait relater en quoi le fait
d’être un enfant a pu influencer sa perception et ses émotions à cette
époque ou identifier comment certaines vulnérabilités ou limites du fait
d’être un enfant peuvent affecter l’interprétation d’une situation complexe
telle que l’ASE. Cette manifestation peut aussi s’exprimer par une réflexion
portant sur la façon dont l’ASE a pu moduler le développement du
participant d’une façon spécifique (exemple tableau 2).
Réflexion complexe de l’impact de l’ASE sur soi
Cette manifestation représente la capacité des victimes à reconnaître
l’impact de l’ASE sur l’adulte qu’elles sont devenues et, plus précisément,
de quelle façon les événements traumatiques peuvent avoir encore un
impact aujourd’hui sur leur façon de se sentir, de se percevoir, de
percevoir les autres et sur leurs relations interpersonnelles. Cette
manifestation de FR-T élaboré peut se décliner en plusieurs formes de
réflexion, soit une réflexion sur l’impact de l’ASE sur ses comportements
actuels, sur son identité et sur ses pratiques parentales. Il s’agit d’une
activité mentale élaborée que de pouvoir associer des événements
lointains à des réactions et dynamiques actuelles et complexes. De plus,
ceci requiert chez la victime une exploration et une ouverture ainsi qu’une
attitude non défensive, pour être en mesure de reconnaître l’impact
109
Mentalisation spécifique au trauma
toujours vif et actuel des événements sur les émotions dans le présent.
Dans notre échantillon, tous les participants présentant un FR-T bon ou
supérieur ont manifesté cette forme de mentalisation à l’égard du trauma,
soit en abordant leurs comportements actuels, leur identité ou l’influence
sur leurs pratiques parentales ou leurs perceptions et émotions comme
parents (voir exemple Tableau 2).
Adéquation de l’entrevue portant sur le dévoilement pour l’évaluation du
FR-T
L’analyse des entrevues a révélé, pour l’ensemble des participants, un
contenu riche et substantiel en ce qui a trait aux verbalisations pouvant
être utilisées pour la codification du FR-T. En moyenne, plus de 60 % du
discours du participant au cours de l’entrevue fut identifié par les coteur(s)
comme étant du contenu pertinent pour codifier de la mentalisation, pour
une moyenne d’une cinquantaine de segments de mentalisation codifiés
par entrevue. De plus, la distribution de FR-T montre une variabilité qui
couvre l’ensemble des niveaux de FR-T et toutes les formes de
manifestations possibles pour chaque niveau de mentalisation, tel que
décrits par Berthelot (Berthelot, 2010; Berthelot et al., 2013; 2014).
DISCUSSION
L’objectif principal de cette étude était de documenter et décrire la
distribution du FR-T et de rapporter les manifestations les plus
fréquemment retrouvées au sein d’un échantillon d’adultes ayant subi des
ASE. Elle visait également à explorer pour la première fois la possibilité de
mesurer le FR-T à partir d’une entrevue portant sur les expériences de
dévoilement de l’ASE.
Bien que 40 % des participants présentaient un FR-T absent ou faible,
la majorité d’entre eux (60 %) présentait au minimum une amorce de FR-T
et, dans plus de 25 % des cas, un FR-T bon ou de niveau supérieur. Cette
observation rappelle la capacité que possèdent plusieurs victimes d’ASE à
réfléchir et comprendre l’impact du trauma sur eux et sur leurs relations
(Berthelot et al., 2015; Ensink et al., 2014). Si un bon FR-T s’avère
effectivement associé à la résilience et à un meilleur fonctionnement
psychologique chez les survivants d’ASE (Chiesa & Fonagy, 2014; Fonagy
& Target, 2006), alors il pourrait s’agir d’une ressource psychologique
représentant un levier thérapeutique considérable. Le fait d’être en mesure
de réfléchir au trauma et de comprendre l’impact sur soi et les autres
pourrait représenter une variable déterminante expliquant potentiellement
une partie de la grande variabilité des séquelles psychologiques du trauma
d’une victime à l’autre.
110
RQP, 37(3)
Rappelons que les participants de notre échantillon ont tous reçu des
services d’intervention et de soutien auprès d’organismes d’aide pour les
victimes d’ASE. Cette caractéristique propre à notre échantillon, en plus de
sa taille restreinte, limite la généralisation de nos observations. Il est
possible que les services reçus par les participants de notre étude leur
aient permis de développer ou d’accéder à de meilleures capacités de
mentalisation relatives aux expériences traumatiques vécues. En effet, il a
été démontré que l’expérience d’une relation thérapeutique significative et
de certaines formes de psychothérapie pouvait permettre le
développement du FR chez les patients (Bateman & Fonagy, 2006), du
moins en ce qui a trait au FR général. En revanche, il est aussi possible
qu’un certain nombre d’individus qui demandent de l’aide psychologique et
du soutien à la suite de telles expériences possèdent déjà des capacités
de mentalisation plus développées à la base. Ces victimes ont été en
mesure de reconnaître que l’ASE avait un impact dans leur vie et ont fait
les démarches pour obtenir l’aide nécessaire et appropriée à leurs
besoins. Or, nous savons qu’un grand nombre de victimes ne dévoilent
jamais ces expériences et ne vont pas rechercher d’aide à cet égard
(Stoltenborgh, van IJzendoorn, Euser, & Bakermans-Kranenburg, 2011). Il
serait donc important d’étudier le lien possible entre le FR-T et la capacité
à dévoiler ou obtenir de l’aide, cet élément étant susceptible d’avoir un
impact sur l’accès aux services par les victimes. Il demeurerait également
nécessaire de mieux connaître l’effet spécifique d’un travail thérapeutique
visant le soutien et le développement des capacités de mentalisation
spécifique au trauma, dans le cadre d’études empiriques à venir.
Les résultats de la présente étude suggèrent également que l’échelle
de FR-T est un outil prometteur et qui peut être utilisé pour codifier des
entrevues portant spécifiquement sur les contextes traumatiques. Les
niveaux de FR-T retrouvés apparaissent similaires à ceux retrouvés dans
les études antérieures qui elles utilisaient un entretien en face à face
(Berthelot et al., 2015; Ensink et al., 2014). De plus, la richesse des
entrevues, en ce qui a trait aux thèmes soulevés, à la diversité des
manifestations et à la proportion de contenu pouvant être analysé, laisse
croire qu’une entrevue portant entièrement sur les contextes d’ASE et de
leur dévoilement serait idéal pour mesurer le FR-T. Pouvoir mesurer le FR-
T au sein de différents contextes de recherche clinique portant
spécifiquement sur les expériences traumatiques s’avère essentiel afin de
bonifier nos connaissances empiriques dans le domaine (Choi-Kain &
Gunderson, 2008). La communauté scientifique soulève d’ailleurs de plus
en plus l’importance de pouvoir mesurer le FR de façon plus accessible,
plus écologique et près de la réalité clinique sur le terrain (Macintosh,
2013).
111
Mentalisation spécifique au trauma
Connaissant l’important rôle que le FR-T peut jouer sur l’identité, la
régulation émotionnelle, la parentalité et la capacité à établir des relations
satisfaisantes, il appert essentiel que les cliniciens puissent être à l’affût
des capacités de mentalisation spécifique au trauma chez les victimes
d’ASE en contexte thérapeutique. Nous croyons qu’un article comme celui-
ci, incluant une description des différentes manifestations et des exemples
cliniques, permettra aux cliniciens de mieux repérer les capacités de
mentalisation spécifiques au trauma de différents niveaux chez leurs
patients et d’utiliser ce construit à la fois comme une variable diagnostique
et comme un levier thérapeutique.
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RÉSUMÉ
Les capacités de mentalisation des victimes d’agression sexuelle vécue durant l’enfance
(ASE) sont méconnues. L’étude propose de mesurer et décrire les capacités de mentalisation
spécifique au trauma chez 30 adultes ayant subi des ASE. Ces capacités sont codifiées à
partir d’une entrevue sur les dévoilements de l’ASE. Quarante pourcent des participants
présentent des capacités de mentalisation déficitaires, 33 % des capacités de mentalisation
rudimentaires et 28 % une mentalisation efficiente. Des exemples de manifestations de
mentalisation sont décrits. Ces résultats permettent de mieux comprendre les capacités de
mentalisation des victimes à l’égard des expériences traumatiques. Les implications cliniques
sont discutées.
MOTS CLÉS
mentalisation spécifique au trauma, fonctionnement réflexif, agression sexuelle durant
l’enfance, adultes
ABSTRACT
Little is still known about the mentalizing capacities of childhood sexual abuse (CSA)
survivors. This study is aimed at measuring and describing the mentalizing capacities of 30
adult CSA survivors using an interview discussing disclosure of experiences as coded by the
Trauma-Specific Reflective Functioning Scale. Forty percent of the sample presented
mentalizing failures in relation to discussions of trauma, 33 % had low mentalizing abilities
and 28 % had good mentalizing abilities. Specific examples of mentalizing manifestations
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RQP, 37(3)
were identified. These results will help researchers and clinicians better understand the
mechanisms through which survivors respond and adapt to trauma.
KEYWORDS
trauma-specific reflective functioning, mentalizing, childhood sexual abuse, adults
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