Sent: 5/30/2005 8:10 PM
On découvre dans le texte intitulé: le Rouleau de la Règle, que la secte des
Esséniens est l'équivalent d'une communauté monastique, qui comporte à son
sommet un conseil de sages. Par ailleurs, le monachisme n'existe pas dans le
judaïsme traditionnel.
Les Esséniens se séparent très nettement et volontairement du reste des juifs
qu'ils qualifient de "congrégation des hommes pervers", alors qu'eux-mêmes se
qualifient de "congrégation de pénitents".
Cette communauté est secrète en ce sens qu'elle ne divulgue pas
d'enseignement extérieur. C'est une communauté initiatique dans le sens plein
du terme. Ils considèrent qu'ils ont cherché la vérité et qu'ils l'ont trouvée. Il faut
la donner seulement à ceux qui sont prédisposés et qui ont donc suivi les étapes
de l'initiation.
L'ensemble des livres découverts, précise dès le début que chacun d'eux est
exclusivement réservé aux initiés.
L'Essénisme, à travers ces documents, constitue bel et bien une doctrine cachée,
une doctrine ésotérique du peuple juif.
Et il semble que seule cette communauté de Qumrân l'ait pratiquée ainsi.
Source: Jacques d'Arès. Encyclopédie de l'ésotérisme . Les avatars du christianisme.
Paris: Jean-Pierre Delarge, éditeur, 1975. pp.25-26
Du fait du caractère initiatique de l'enseignement essénien, on constate l'existence
de rites.
Les Esséniens connaissent en réalité deux baptêmes, l'un purificateur, avant de
commencer l'initiation, qui s'accomplit en trois années. A l'issue des trois années
d'enseignement et d'initiation, intervient un second baptême dont les textes ne
donnent pas le détail.
Il semble bien qu'à la fin de ce parcours on remette au récipiendaire une sorte de
symbole, de signe distinctif tout comme on le faisait à Eleusis où l'on posait un
grain de blé sur la langue de l'initié en prononçant des paroles énigmatiques. Chez
les Esséniens, l'épopte, celui qui a accompli les rites, reçoit une petite double hache
d'or.
Or il s'agit là d'une filiation très ancienne, cette double hache, la bipenne, étant la
manifestation même du dualisme ou de la double nature.
C'est aussi une représentation de l'amour et de la connaissance symbolisés par les
deux ailes indispensables pour construire l'architrave grâce à l'influx divin
représenté par l'axe vertical. Lorsque les Esséniens l'utilisent, ce symbole
initiatique figure déjà dans l'histoire des peuples depuis des siècles, notamment
chez les Celtes gaulois.
L'Eglise reconnaît que saint Jean-Baptiste a été initié chez les
Esséniens et que l'épisode si capital dans le christianisme du
baptême du Jourdain a eu lieu dans ce contexte. Alors le
christianisme apparaît bien comme provenant du judaïsme mais
essentiellement du judaïsme essénien.
La Règle précise un autre rite essentiel de cette communauté, la prière faite le matin
par les Esséniens un peu avant le lever du soleil en se tournant vers l'astre du jour.
C'est une confirmation du caractère solaire des croyances esséniennes.
Toutes leurs fêtes sont déterminées d'après un calendrier solaire, c'est-à-dire
d'après les solstices et les équinoxes et ils connaissent une année de trois cent
soixante-quatre jours: l'année du calendrier essénien est solaire et compte 12 mois
de 30 jours.
Nous constatons qu'à la fin du douzième mois, le jour
qui précède le premier mois de l'année suivante, la
longueur du jour est égale à celle de la nuit. Les jours
s'allongeant les mois suivants, on peut en conclure que l'année commence à
l'équinoxe vernal (ou équinoxe de printemps). La découverte d'un cadran solaire
annuel semble confirmer la surveillance des solstices et des équinoxes.
Une année de 364 jours compte
exactement 52 semaines.
Du coup, les fêtes et autres événements
peuvent être placés toujours le même jour
de l'année.
A l'époque, le monde hébreu qui les
entoure ne distingue que deux saisons, alors que les Celtes et les Grecs
connaissaient déjà quatre saisons. Les Esséniens considèrent que le calendrier est
révélé par Dieu, authentiquement conforme à la loi divine du monde. Ils savent
établir un rapport symbolique entre les plans d'en haut et les plans d'en bas: le
calendrier est, sur le plan matériel, le reflet de la marche du cosmos. Il faut que
l'homme soit en accord avec les lois universelles.
Le Rouleau de la Règle indique que certains repas communautaires
s'accompagnent de prières. Il est intéressant de noter que c'est là une préfiguration
de la Cène dans un texte antérieur au christianisme.
"Quand ils disposeront la table
pour manger ou prépareront le
vin pour boire, le prêtre
étendra en premier sa main
pour prononcer la bénédiction
sur les prémices du pain et du
vin."
Cette préfiguration de la Cène est
sans rapport avec les sacrifices que
pratiquaient les Hébreux dans le
même pays, à la même époque. Ces
derniers ont un caractère populaire
tandis que le rite essénien est
essentiellement symbolique et donc
ésotérique.
Dans l'esprit des Esséniens la
louange divine et la conduite parfaite pouvaient suffire à assurer la bienveillance
divine et remplacer les sacrifices d'expiation.
Une telle doctrine pouvait se réclamer d'Amos, d'Osée, d'Isaïe; mais elle s'accordait
aussi avec les tendances spirituelles d'une élite religieuse dans le monde antique.
Zoroastre avait aboli les sacrifices sanglants et certains Pythagoriciens les
interdisaient rigoureusement. Apollonius de Tyane commande de ne sacrifier en
aucun cas au Dieu grand, qui est au-dessus de toutes choses.
Les Esséniens se trouvent
donc en réalité en parfait
accord avec les autres
traditions de la même
époque. Ils pratiquaient un
culte spirituel avec les
prémices du pain et du vin.
Un second passage de la Règle
annexe décrit la Cène idéale, la
Cène que présideront, à la fin
des temps, à la fois le Prêtre et
le Messie d'Israël. Or le prêtre
dont il est ici question c'est le
Prêtre qui fonda la secte et que
ses fidèles nommaient le Maître
de Justice.
Source: M. Dupont-Sommer.
Les écrits esséniens
découverts près de la Mer
Morte.
Pour la clarté du débat, je conseille d'éviter d'utiliser le mot secte quand on parle
des Esséniens. Le terme est impropre. Aujourd'hui, les véritables spécialistes
préfèrent parler d'un courant du judaïsme, ou mieux d'un "judaïsme messianique".
Avant la destruction du Temple, aucune forme particulìère de judaïsme n'était
"orthodoxe" dans un sens qui ferait croire qu'une autre tendance était considérée
comme hérétique. La communauté de Qumrân était un groupe organisé, avec des
croyances définies et des règles strictes.
Les règles de la communauté, telles qu'elles sont
rassemblées dans le Manuel de Discipline, montrent déjà
qu'une tradition importante s'était développée.
Le Rouleau de la Règle donne des idées sur la
doctrine des Esséniens.
"La cause de tout mal, c'est l'homme."
Mais une autre assertion e la même Règle affirme:
"La cause de tout mal, c'est l'esprit du mal ou Prince
des ténèbres.
La cause de tout bien, c'est Dieu."
Il existe également un esprit du bien ou "Prince des lumières" qui est
distinct.
Cette idée de la doctrine est capitale et elle n'apparaît pas dans le
judaïsme officiel tel qu'il est présenté sous la forme d'un monothéisme
absolu. Chez les Esséniens, il y a Dieu, au-dessus de tout, qui est cause
de tout ce qui est bien, mais il y a en dessous le Prince des lumières et,
à l'opposé, le Prince des ténèbres.
Dieu agit par l'intermédiaire du Prince des lumières. Le
texte de la Règle proclame:
"Dieu l'aime pour la durée des siècles et en tous
ses actes il se complaît à jamais."
Il existe un troisième texte tout aussi important pour
connaître les Esséniens. Il s'agit du Rouleau du "règlement
de la guerre", dit: "La guerre des Fils de Lumière contre les
Fils des Ténèbres". La particularité de l'ouvrage se cache derrière la
signification mythique et symbolique de ce titre.
Le fidèle de la communauté de l'Alliance est un soldat de l'armée de la
Lumière, d'une société conçue et organisée tout entière comme une
milice divine.
Il semble que cet aspect guerrier de l'essénisme soit intimement lié
aux perspectives eschatologiques de la Bible.
Les Esséniens croyaient que toutes choses sont ordonnées par Dieu et que les
luttes entre le bien et le mal dans la société humaine et dans l'âme individuelle font
partie du plan divin.
Mais comment les Esséniens conçoivent-ils la vie future de l'individu?
Ont-ils cru à la résurrection du corps? Sinon, accepteraient-ils l'idée de l'immortalité
de l'âme?
Ce qu'ils attendaient n'était ni la résurrection du corps, ni l'immortalité de l'âme
seule, mais "l'assomption" de l'être entier dans le corps purifié.
D'après le Manuel de Discipline, les hommes de Bélial souffriront un châtiment
éternel et les justes auront "la joie éternelle dans la vie de l'éternité".
Peu d'éléments dans les textes suggèrent une vie corporelle renouvelée sur la terre,
alors qu'il est souvent question de l'existence dans le monde de lumière, le monde
d'En Haut, celui de Dieu et des anges. D'autres passages des Hymnes d'Action de
Grâces semblent impliquer que les âmes des justes demeureront en la présence de
Dieu et des anges, une sorte de Champs-Elysées. Les amis de Dieu jouiront
éternellement de sa présence.
Ils avaient l'espoir fervent d'être purifiés de tout mal par l'esprit de vérité, et de jouir
d'une félicité éternelle avec les armées des anges en la présence de Dieu.