Traitements Tertiaires Des Effluents Industriels: Alain TRUC
Traitements Tertiaires Des Effluents Industriels: Alain TRUC
DOCUMENTATION
27/09/2008
Traitements tertiaires
des effluents industriels
L’un ou l’autre des objectifs suivants est poursuivi sur les eaux traitées :
– soit leur réutilisation dans un usage industriel (lavage de sols ou de pro-
duits, systèmes d’incendie, circuits de refroidissement, eau de procédé, voire
alimentation de chaudières), agricole (irrigation) ou municipal (arrosage de
golfs, de pelouses ou de terrains de jeu....) ou leur recyclage (partiel ou total)
vers les ateliers de fabrication d’où elles proviennent (aspect traité dans le
dossier [G 1 330]) ;
– soit une simple amélioration de leur qualité pour respecter des normes de
rejet en perpétuelle évolution et de plus en plus sévères (surtout dans les
zones sensibles), ce qui est l’objet du présent article.
Les deux objectifs peuvent conduire à la mise en place de traitements
similaires.
Il faut, de plus, tenir compte du fait que le traitement tertiaire peut être :
– soit conçu au sein d’une nouvelle ligne de traitement où les étapes pri-
maires et secondaires sont d’emblée optimisées ;
– soit mis en place en aval d’une ligne de traitement existante, parfois
vieillissante, dont les performances d’épuration sur les paramètres classiques
(MEST, DBO5 , DCO) restent à améliorer et où le traitement de l’azote peut être
mal intégré.
Ainsi, le traitement tertiaire s’applique aux deux cas suivants :
– amélioration de l’épuration sur les paramètres classiques : MEST, DBO5 et
DCO ;
– action spécifique sur des paramètres qui ne sont que peu ou pas touchés
par les traitements classiques en amont.
La plupart des technologies de traitement des eaux, hormis les traitements
dits préliminaires (décrits dans le dossier [G 1 250]) sont applicables dans ce
domaine. Leur utilisation, seule ou agencé en une filière de traitement tertiaire,
sera illustrée par quelques exemples pris dans diverses industries.
O3 , H 2 O2 ,
O3 + UV, O3 ,
catalyti- UF NF/OI
biologie Cl2
que
DBO résiduelle •
Phosphore • •
Azote •
MEST et DCO • •
colloïdale
DCO dure • • • • •
AOX • • • •
Décoloration • • • • •
Désinfection •
Anions, cations • • •
Métaux, • • • •
métalloïdes
(1) L’utilisation de membranes ou de résines présente l’avantage de produire une eau traitée de parfaite qualité mais impose des prétraitements adaptés et,
surtout, produit des concentrats salins qu’il faut gérer (évacuation pour traitement extérieur ou retraitement sur site)
(2) Décantation, flottation à l’air dissous et filtration sur matériau granulaire, après tout ou partie des étapes de neutralisation, coagulation, floculation.
Traitement
2.2 Traitement par lagunage physico-chimique
DCO 1 200 mg/L
Le lagunage [J 3 942] met en jeu des phénomènes d’autoépura-
DBO5 600 mg/L
tion naturelle complexes, dépendants des conditions climatiques MEST 100 mg/L
(les performances augmentent avec les températures) et dont les
équilibres ne sont pas toujours aisément maîtrisables. Boues activées
Il requiert des surfaces au sol importantes et des caractéristiques
de terrain spécifiques comme l’imperméabilité. DCO 350 mg/L
DBO5 60 mg/L
Les lagunes nécessitent en général peu d’équipements électro- MEST 50 mg/L
mécaniques et sont réputées pour leur rusticité et leur capacité
Biofor C
d’adaptation aux variations de charges organiques et hydrauli- nombre : 4
ques. Toutefois, les moyens d’intervention sur le procédé restent surface unitaire : 17,6 m2
limités sauf sur le lagunage aéré. DCO 150 à 250 mg/L
Cette technique est peu répandue en traitement tertiaire lorsqu’il DBO5 5 à 18 mg/L
s’agit d’une nouvelle station, d’autant plus que la qualité du rejet MEST 10 à 20 mg/L
est altérée en MEST (biomasse algale).
Cependant, lorsqu’une sécurisation poussée du rejet est recher- Figure 2 – BIOFOR C en tertiaire. Usine de fabrication de papier cou-
chée et que le terrain le permet, l’installation d’un lagunage de ché 190 000 t/an (Allemagne)
maturation à microphytes (microalgues) peut contribuer au polis-
sage des effluents avant rejet, tout en assurant, si un volume de
marnage est prévu, une capacité tampon qui offre de la souplesse – application aux effluents dilués et éventuellement froids ;
d’exploitation. C’est pour ces raisons que, dans le cadre d’une – très haute qualité de l’eau traitée notamment sur les MEST
réhabilitation ou de l’amélioration d’un traitement par lagunage, il (fonction de filtre) ;
est parfois conservé tout ou partie des lagunes en traitement ter-
– absence de phénomènes de lessivage de la biomasse ;
tiaire pour accomplir cette fonction.
– couverture aisée permettant la maîtrise du bruit et des odeurs ;
Le long temps de séjour et la surface importante d’échange avec
l’air dans une lagune permettent un refroidissement naturel des – constructions modulaires ;
effluents avant rejet qui peut être appréciable dans certaines appli- – automatisation simple.
cations.
Ils en font un outil particulièrement pertinent en traitement ter-
tiaire.
2.3 Traitement par biofiltration À titre d’exemple, on peut citer parmi de nombreuses références
deux mises en place de BIOFOR® (Degrémont, Ondeo Industrial
La biofiltration, par opposition au lagunage, constitue une solu- Solutions), dont on peut voir le principe et le schéma de fonction-
tion technologique et maîtrisée de traitement tertiaire de la pollu- nement sur la figure 1, en traitement tertiaire en papeterie pour
tion carbonée biodégradable. faire face à une évolution des normes de rejet et des flux polluants
Les grandes lignes de la biofiltration et la description de diffé- des stations d’épuration (figure 2, figure 3 et figure 4).
rents appareils sont données dans les dossiers [C 5 220], [G 1 300]
et [J 3 942] des Techniques de l’Ingénieur. Le deuxième exemple est particulièrement intéressant dans le
cas d’une réhabilitation de station. Il démontre que, lorsque le trai-
Les avantages de cette technologie d’épuration biologique en tement biologique existant devient insuffisant par rapport à des
cultures bactériennes fixées sont multiples : données d’entrée et/ou de sortie qui varient, celui-ci peut être amé-
– absence de la clarification nécessaire aux cultures bactériennes lioré soit par un traitement tertiaire objet du présent dossier, soit
libres ; par un traitement en amont, ici l’ajout d’un traitement biologique
– compacité (faible emprise au sol) ; forte charge (MÉTÉOR®), ou par les deux (en deux étapes succes-
– bonne adaptation aux variations de charges ; sives dans le présent exemple).
Traitement
physico-chimique
DCO 600 mg/L
DBO5 300 mg/L
MEST 100 mg/L
Boues activées
75 1,5 Les sels les plus utilisés sont le chlorure ferrique, le chlorosul-
fate ferrique et le sulfate d’alumine.
90 2,5
Les valeurs résiduelles en PT obtenues peuvent être inférieures
au mg/L moyennant les doses de sels adéquates et la mise en
œuvre dans un séparateur physico-chimique performant.
La présence de magnésium influe sur la solubilité du phosphate
tricalcique et son action est favorable pour un pH supérieur à 10.
Cette voie de précipitation est cependant évitée en traitement 3.3 Mise en œuvre de la déphosphatation
tertiaire car elle nécessite une neutralisation de l’effluent avant son
rejet ce qui la rend économiquement rédhibitoire.
physico-chimique
■ Déphosphatation par des sels d’aluminium (Al 3+) et ferriques Après l’adjonction de réactifs, le phosphore se retrouvant essen-
(Fe3+) tiellement dans les matières en suspension (MEST), il est impor-
La précipitation du phosphate métallique s’accompagne de la tant que le séparateur apporte un excellent rendement
précipitation de l’hydroxyde métallique. Les réactions de précipita- d’abattement des MEST. Les différents séparateurs physico-chimi-
tion peuvent s’exprimer par : ques, applicables en traitement de l’eau, sont abondamment
• Pour le sel d’aluminium décrits dans les dossiers [C 5 199], [G 1 170], [G 1 270] et [J 3 451].
La phase de précipitation constitue, dans le cas de la déphos-
Al3+ + PO 34− → AlPO 4 phatation chimique, la phase de coagulation.
Al3+ + 3 HCO −3 → Al(OH)3 + 3 CO 2 La phase de floculation permet l’agglomération des flocs
d’hydroxydes métalliques et de précipités colloïdaux de phos-
• Pour le sel ferrique phate.
La séparation peut être réalisée :
Fe3+ + PO 34− → FePO 4 – par décantation, les décanteurs lamellaires à recirculation de
Fe3+ + 3 HCO −3 → Fe (OH)3 + 3 CO 2 boues seront à privilégier pour leur optimisation de la floculation,
leur compacité et leur capacité à épaissir les boues (exemple du
DENSADEG® (Degrémont, Ondeo Industrial Solutions), tableaux 3
Les précipités AlPO4 et FePO4 , très peu solubles, sont à l’état
et 4 et figure 5 ;
colloïdal et sont éliminés par adsorption sur un excès d’hydro-
xydes métalliques. – par flottation à l’air dissous (ou aéroflottation) ;
– plus rarement par filtration (sauf dans des cas particuliers, par
Les coréactions de précipitation d’hydroxydes métalliques amè- exemple en présence d’une faible quantité de phosphore résiduel
nent une consommation d’alcalinité et une baisse du pH. à piéger) ; les MEST physico-chimiques liées à la précipitation du
En traitement tertiaire, donc en aval d’un traitement biologique, phosphate s’ajoutent aux MEST qui s’échappent naturellement du
ces phénomènes sont généralement sans conséquence. Sauf à traitement biologique secondaire or la filtration est souvent mal
avoir à précipiter une quantité de plusieurs dizaines de mg/L de adaptée à une quantité importante de MEST à retenir.
+
NH4 (eau brute) Substrat
carboné
Figure 6 – Les différentes étapes de la métabolisation Figure 7 – Principe du traitement tertiaire biologique de l’azote
de la pollution azotée
Aussi, face à un problème d’azote sur une station à concevoir ou 4.3 Exemples de traitement tertiaire
sur une station existante dont les performances sur ce paramètre biologique de l’azote
doivent être améliorées, la valeur de la DBO5 renseigne sur la
démarche à suivre. Par leur faculté à sélectionner et donc à séparer les colonies bac-
tériennes, les technologies en cultures fixées sur support sont les
• Si la DBO5 de l’effluent est suffisante pour dénitrifier les
plus pertinentes en traitement tertiaire. Les biofiltres tels le BIO-
nitrates initialement présents et/ou produits par la nitrification, on
FOR® (Degrémont, Ondeo Industrial Solutions) en nitrification et
privilégiera son utilisation seule par les mises en œuvre suivantes :
dénitrification, ou le BIOSTYR® (OTV) en nitrification, sont parti-
– bassin de prédénitrification en amont de l’aération ou « anoxie culièrement adaptés grâce à leur capacité complémentaire de
en tête » ; filtration, comme on peut le voir sur l’exemple de la figure 8 ; la
– aération séquencée ou « dénitrification mixte » ; figure 9 montre un autre exemple de BIOFOR® appliqué en dénitri-
– et, dans une moindre mesure, compte tenu des volumes fication.
importants mis en jeu, la « dénitrification endogène » en aval de
On peut citer aussi, des développements industriels récents
l’aération.
dans le traitement biologique de l’azote, qui consistent à court-
• Dans le cas contraire, l’apport d’un substrat carboné est indis- circuiter l’étape d’oxydation des nititres NO −2 en nitrates NO −3
pensable et on parle de traitement tertiaire de l’azote lorsque, par les nitrobactéries, afin de promouvoir la réaction bactérienne :
après un traitement biologique secondaire qui permet éventuelle-
ment un abattement partiel des formes azotées, une étape de nitri-
NH+4 + NO −2 → N2 + 2 H2O
fication et/ou de dénitrification avec apport de substrat carboné est
mise en place (figure 7).
La société Paques dispose avec ANAMMOX® d’un appareil fonc-
Le méthanol est communément utilisé en tant que substrat car- tionnant suivant ce schéma réactionnel et adapté aux concentra-
boné. D’autres alcools ou composés (acétate...) sont possibles, tions élevées en N-NH4 (> 200 mg/L).
compte tenu de leur disponibilité et des contraintes de stockage
Les avantages de cette voie sont :
sur le site.
– limitation de la consommation énergétique (moindre consom-
Le pH et l’alcalinité influencent les réactions de nitrification et
mation d’oxygène) ;
dénitrification. Si la première en consomme, la deuxième en four-
nit, le bilan étant déficitaire lorsque les deux réactions se – pas d’utilisation de substrat carboné ;
succèdent. – limitation de la production de boues.
Isopropanol
Polymère 1 à 2 mg/L
Débit 12 000 à 14 000 m3/j DCO 240 à 320 mg/L DCO 160 à 240 mg/L
DCO 45 à 65 t/j MEST 70 à 150 mg/L MEST 10 à 30 mg/L
PT 1 à 2,5 mg/L PT < 0,5 mg/L
Figure 10 – Traitement tertiaire par aéroflottation. Usine de reconstitution de feuilles de tabac (France). (Document Ondeo Industrial Solutions) [1]
LIGNE
AMIDONNERIE Prétraitement Évent
- tampon Boues activées
faible charge Gaz
Eau motrice
- neutralisation ozoné
Hydroéjecteur
DCO 3 000 mg/L
NTK 20 mg/L
Sortie
d'eau
LIGNE
FERMENTATION Prétraitement
- tampon Boues activées
- neutralisation N/DN
Entrée
DCO 2 600 mg/L Diffuseur
d'eau radial
NTK 600 mg/L off gas O2
réutilisé en biologie
Gaz
Rejet
Aéroflottation
BIOFOR Ozonation
tertiaire
Liquide
Traitement biologique avec traitement de finition ozone + BIOFOR, Figure 15 – Ozonation. Réacteur avec diffuseur radial
permettant l'obtention de rendements d'épuration très élevés en et hydroéjecteur (d’après Degrémont – Mémento technique de l’eau
DCO (dont environ 50 % de la DCO dure) et en composés azotés. 10e édition) [2]
FeCl3
L'effluent est facilement biodégradable. Le BRMO donne une eau de très belle qualité.
Cependant, le milieu naturel récepteur est particulièrement sensible et un traitement tertiaire
sur CAG est nécessaire pour satisfaire les normes de rejet sévères, notamment sur la DCO.
Garanties exigées :
Figure 16 – Adsorption tertiaire sur CAG après BRMO. Effluents d’un centre international de recherche en agroalimentaire (produits laitiers)
(France). (Document Ondeo Industrial Solutions) [1]
Lorsqu’il est saturé, le CAG doit être régénéré. Les régénérations Les membranes se distinguent en particulier par leur seuil de
sur site ne sont qu’exceptionnelles. Dans la plupart des cas, les coupure qui les classe de la manière suivante ([G 1 330]) :
charbons font l’objet d’un contrat de régénération à façon proposé – microfiltration (seuil de coupure de 0,1 à 10 µm) : la MF arrête
par les producteurs. Il est même assez fréquent que ceux-ci pro- tout ou partie des bactéries et colloïdes, partiellement les virus.
posent, lorsque les débits à traiter le permettent, des prestations Elle a tendance à céder du terrain à l’ultrafiltration ;
de location d’unités mobiles de filtration qui sont facilement dépla- – ultrafiltration (seuil de coupure de 0,001 à 0,1 µm) : l’UF arrête
cées par camion. Quand le charbon est saturé, le camion revient tout ou partie des virus et certains composés organiques à haute
avec un second adsorbeur contenant une nouvelle charge et le masse moléculaire. Ainsi, elle peut permettre de traiter une partie
premier, après drainage, repart chez le producteur pour régénéra- de la DCO dure ;
tion. L’un des avantages de ce système est qu’il permet d’estimer – nanofiltration (seuil de coupure de l’ordre de 0,001 µm) : la NF
les besoins à long terme d’un traitement avant d’investir dans une
retient les ions multivalents et les composés organiques de masse
installation fixe.
molaire au-delà de 250 à 300 g/mol. Elle permet ainsi de traiter une
En effet, le ratio de consommation de charbon actif, classique- bonne partie des composés qui constituent la DCO dure comme
ment de 2 à 4 kg de charbon actif par kilogramme de DCO les pesticides ;
adsorbé, peut parfois être bien plus élevé. Les abattements de – osmose inverse (seuil de coupure de 0,0001 à 0,001 µm) : l’OI
DCO peuvent être estimés par des isothermes d’adsorption réali- ne laisse passer idéalement que les molécules d’eau. Elle retient
sés sur échantillons réels, la consommation de charbon est plus donc, outre les sels dissous, les composés organiques de faible
difficilement quantifiable avec précision. masse molaire. L’OI nécessite l’application de pression de l’ordre
Les lits de CAG ont des hauteurs de charbon qui peuvent varier de 20 à 80 bar suivant la salinité de l’effluent. Elle constitue une
entre 1 et 6 m. Les critères de dimensionnement donnent des excellente barrière physique à la DCO dure.
charges volumiques généralement comprises entre 0,5 et 3 volumes Un bioréacteur à membrane n’est pas un traitement tertiaire à
d’effluent par volume de charbon et par heure. proprement parler, comme déjà indiqué au paragraphe 5.2, mais
c’est un traitement secondaire qui fournit la même qualité
6.3.2 Traitement membranaire d’effluent qu’une filtration tertiaire sur membrane MF ou UF.
Ce n’est pas un traitement de la DCO dure stricto sensu non
Depuis les années 1970, les procédés de séparation par plus, notamment du fait de la barrière physique de la membrane
membranes n’ont cessé de se développer et en particulier dans le d’ultrafiltration associée qui ne retient pas la totalité des composés
domaine du traitement des eaux. Ils ont d’abord été appliqués sur les organiques.
eaux propres (eaux de distribution, eaux de procédé, dessalement
d’eau de mer) puis à partir des années 1990, sur les eaux résiduaires : Cependant, par rapport à un traitement par boues activées clas-
sique, le bioréacteur à membrane permet une meilleure élimina-
– en traitement tertiaire généralement en vue de la réutilisation et/
tion de la DCO difficilement biodégradable pour au moins deux
ou du recyclage de ces eaux résiduaires urbaines et industrielles ;
raisons :
– en bioréacteur à membrane, en couplant un bioréacteur avec
des membranes MF ou UF, organiques ou minérales, séparées ou – l’âge des boues généralement plus élevé (du fait d’une concen-
intégrées, immergées ou sous pression [G 1 300]. tration plus forte en biomasse) permet de développer des souches
bactériennes à faible taux de croissance, adaptées à des molécules
Actuellement, les projets associant des membranes sont de plus
difficilement biodégradables ;
en plus nombreux et de forte taille, notamment dans les régions à
– certaines macromolécules sont retenues par les membranes,
fort stress hydrique, en dessalement et en traitement d’eaux rési-
et les micro-organismes disposent de plus de temps pour les
duaires.
dégrader.
Les différents types de membranes et principes de mise en
œuvre sont largement décrits dans différents documents des Tech- C’est donc la nanofiltration et l’osmose inverse qui sont les tech-
niques de l’Ingénieur. On pourra se reporter aux articles généraux niques membranaires tertiaires plus spécifiquement dédiées à la
sur le traitement des eaux ([G 1 171], [G 1 271] et [C 5 200]), aux séparation de la DCO dure. Ces techniques nécessitent des prétrai-
dossiers [G 1 300] et [C 5 220] pour les bioréacteurs à membrane, à tements poussés et sont généralement associées à une ultrafiltra-
l’article [W 4 120] dédié uniquement à la filtration membranaire tion en amont. Leur utilisation doit, pour être rentable,
des eaux, et au dossier [G 1 330] pour la réutilisation et le recy- s’accompagner d’un recyclage ou d’une réutilisation de l’eau trai-
clage. On trouvera aussi tous les principes et applications des tée qui est d’excellente qualité.
membranes dans la référence [2]. C’est le cas des exemples présentés dans les figures 18 et 19.
Figure 18 – Osmose inverse tertiaire sur digestats de déchets organiques (Belgique). 150 000 tonnes/an de déchets issus du traitement
de la pomme de terre et d’autres industries agroalimentaires. (Document Ondeo Industrial Solutions) [1]
Membranes
Bassin tampon organiques Bassin Biofiltration Prétraitements
eau ultrafiltrée immergées tampon
d'ultrafiltration
Figure 19 – Ultrafiltration et osmose inverse en tertiaire sur effluent de raffinerie (Italie). (Document Ondeo Industrial Solutions) [1]
Dans le cas des digestats de la figure 18, la DCO résiduelle, de rejet en DCO. Il est nécessaire que la DCO dure soit suffisamment
400 mg/L en sortie du bioréacteur à membrane, ne permet pas un sous forme colloïdale pour être piégée avec une coagulation de
rejet en milieu naturel. L’élimination de cette DCO dure sur OI bonne qualité, sachant qu’en parallèle une partie de DCO pure-
permet de produire une eau de qualité pour l’alimentation des ment soluble peut être adsorbée sur les flocs. Dans la pratique,
chaudières. seuls des essais de type jar test permettent de valider l’efficacité
Dans le cas des effluents de raffinerie de la figure 19, le traite- du traitement et de définir les doses de réactifs à mettre en œuvre.
ment tertiaire par UF puis OI produit une eau de qualité adaptée à
une désionisation sur une unité existante. Par ailleurs, l’association
de filtres à charbon actif sur les concentrats limite les rejets de
polluants organiques en milieu naturel.
7. Décoloration
6.3.3 Autres traitements
La couleur vraie après filtration est due à la présence de subs-
Parmi les autres procédés séparatifs existants, on peut citer, tances dissoutes (matières organiques, dérivés nitrés) ou colloïda-
pour mémoire, l’évapo-concentration. Cependant, celle-ci trouve les (pigments, sulfures). Il n’y a pas toujours de relation entre la
difficilement sa place en traitement tertiaire car elle est plutôt couleur et la concentration en matières organiques. Elle est mesu-
réservée à de faibles débits fortement concentrés en DCO. rée par comparaison à une solution de référence (platine-cobalt)
Dans un autre ordre d’idée, il peut arriver qu’un traitement ter- dont l’unité de concentration, exprimée en mgPt-Co/L, est aussi
tiaire physico-chimique soit suffisant pour satisfaire la norme de appelée degré Hazen (méthode normalisée : NF EN ISO 7887).
La désinfection des eaux résiduaires est une nécessité dans le Nota : suivant l’arrêté du 13 décembre 2004, relatif aux installations de refroidisse-
ment par dispersion d’eau dans un flux d’air soumises à autorisation au titre de la
cas de rejets à proximité de prises d’eau pour la production d’eau rubrique no 2921 de la nomenclature des installations classées, et suivant les prescrip-
potable, de zones de baignade, de zones sensibles vis-à-vis de tions générales pour les installations du même type soumises à déclaration, l’eau
l’environnement ou d’établissements piscicoles et conchylicoles. d’appoint doit respecter les limites suivantes :
Legionella sp. < seuil de quantification de la
Elle s’impose aussi dans le cas de la réutilisation d’eaux traitées technique normalisée utilisée
en irrigation, cas de plus en plus souvent rencontré pour les Numération de germes aérobies revivifiables à 37 oC < 1 000 germes/mL
effluents urbains dans des zones à fort stress hydrique. MEST < 10 mg/L
A fortiori elle peut s’imposer en milieu industriel, notamment La désinfection permet d’éliminer les micro-organismes patho-
pour protéger les opérateurs qui peuvent être en contact avec gènes de l’eau. Quelques germes banals peuvent cependant
l’eau ou des aérosols : subsister, car la désinfection n’est pas une stérilisation (stérilisa-
– en réutilisation pour des opérations d’arrosage ; tion = destruction de tous les germes présents dans un milieu).
La désinfection des eaux implique deux effets différents Par contre, ce traitement ne présente pas d’effet rémanent et
[W 5 500] : doit être couplé avec le chlore, par exemple, lorsque cet effet est
– effet bactéricide : capacité de destruction des germes ; recherché. Il est possible toutefois de s’en passer lorsque le réseau
– effet rémanent : effet du désinfectant qui se maintient dans l’eau de distribution jusqu’au point d’utilisation est court et bien entre-
et qui permet de garantir sa qualité bactériologique jusqu’à son lieu tenu. Le couplage avec le chlore est intéressant pour la réutilisa-
de distribution : c’est à la fois un effet bactériostatique contre les tion en eaux de refroidissement : traitement aux UV de l’eau
reviviscences bactériennes et un effet bactéricide contre des pollu- d’appoint et chloration du circuit fermé.
tions faibles et ponctuelles pouvant survenir dans le réseau.
Les micro-organismes présents dans les eaux résiduaires après 8.3 Désinfection par ultraviolets
traitement secondaire sont :
Le terme « UV » est utilisé pour les radiations du spectre électro-
– les espèces microbiennes présentes dans les eaux usées et dont
magnétique de longueurs d’onde situées entre le visible et les
l’élimination est loin d’être complète dans les étapes primaires et
rayons X, soit de 100 à 400 nm.
secondaires. Lorsque la désinfection des eaux est recherchée, il peut
être intéressant de séparer les effluents purement industriels de l’usine La région entre 200 et 400 nm est divisée en 3 parties :
des effluents sanitaires, à diriger vers le réseau de collecte urbain, pour – les UVA, de 320 à 400 nm ;
limiter la présence des micro-organismes d’origine fécale ; – les UVB, de 290 à 320 nm ;
– les espèces microbiennes apportées par l’environnement exté- – les UVC, de 200 à 290 nm : l’action germicide des UV est prin-
rieur (oiseaux, air ambiant...) ; cipalement rencontrée dans cette plage de longueurs d’onde, avec
– les micro-organismes épurateurs qui s’échappent inévitable- une efficacité maximale à 254 nm.
ment, même en faible quantité, de l’eau traitée soit au sein des L’action germicide des ultraviolets est essentiellement localisée
flocs rejetés avec l’effluent soit sous forme dispersée dans la au niveau des molécules d’ADN et d’ARN. Cela conduit à un blo-
phase soluble de l’effluent pour les bactéries. cage de la réplication du matériel génétique, à l’arrêt de la multipli-
Ceci n’est cependant pas vrai avec le bioréacteur à membrane cation cellulaire et à la mort des cellules. Si un micro-organisme
(paragraphe 6.3.3). Parmi les traitements secondaires, avec la mise ne peut pas se reproduire, il est considéré comme mort.
en place de membranes d’ultrafiltration de seuil de coupure de Les sources lumineuses utilisées en désinfection par UV sont
0,01 µm environ, le bioréacteur à membrane permet d’assurer l’éli- des lampes à vapeur de mercure, métal choisi car il présente une
mination totale (désinfection physique) des bactéries, des proto- raie de résonance à 253,7 nm, ce qui est très proche de la bande
zoaires et des virus. Il faut toutefois pouvoir vérifier en d’efficacité optimale pour la désinfection.
permanence l’intégrité des membranes. L’apparence et le fonctionnement des lampes UV sont similaires à
Hormis ce cas, il faut donc mettre en place une désinfection. ceux de lampes fluorescentes. Chaque lampe est placée dans une
gaine de quartz, transparente aux rayonnements UV. Une décharge
électrique entre les deux électrodes de la lampe provoque l’excita-
8.2 Désinfectants usuels tion des atomes de mercure, qui émettent des radiations.
en eaux résiduaires Il existe essentiellement deux types de lampes utilisés en traite-
ment de désinfection des eaux résiduaires : les lampes basse pres-
Le tableau 6 rappelle les qualités de chacun des désinfectants sion et les lampes moyenne pression. La puissance UVC dissipée
les plus communs sur des eaux résiduaires traitées. par une lampe moyenne pression est plus importante que celle
fournie par une lampe basse pression, mais son rendement (puis-
■ Le chlore est de moins en moins employé seul car il exige une sance UVC/puissance consommée) est moindre.
bonne qualité d’eau quant à la teneur en matières organiques et Les lampes peuvent être disposées à l’horizontale ou à la verti-
un temps de contact de trente minutes environ. Par ailleurs, il peut cale par rapport à l’écoulement de l’eau.
générer des sous-produits nocifs. Il reste cependant utile lorsque Les réacteurs de mise en œuvre sont de deux types :
l’effet rémanent est recherché. Dans ce sens il s’impose quasiment
– fermés sous forme de chambre sous pression : ils sont réser-
toujours pour la réutilisation en irrigation. Pour limiter ses
vés aux eaux potables ou résiduaires avec une très bonne trans-
inconvénients, il peut être avantageusement couplé aux UV en
mittance (supérieure à 85 %),
intervenant en aval pour accomplir cet effet.
– ouverts en canal (figure 22), ces réacteurs comprennent un ou
■ L’ozone a un meilleur pouvoir germicide que le chlore, mais n’a plusieurs canaux parallèles ; plusieurs modules sont disposés en
pas d’effet rémanent. Il génère aussi des sous-produits nocifs et se série et en parallèles dans les canaux ; chaque module comprend
consomme sur les matières organiques résiduelles. Malgré son une série de lampes et gaines de quartz (figure 23). Ce sont les
excellent pouvoir germicide, son utilisation dans l’application réacteurs les plus souvent utilisés en eaux résiduaires.
d’une désinfection seule est assez peu développée car elle néces- Il est nécessaire de prévoir systématiquement un système de
site des investissements importants. nettoyage mécanique des gaines de quartz, et de le compléter par
un nettoyage chimique périodique. Dans le cas des réacteurs
■ La désinfection UV présente les avantages suivants : ouverts, un nettoyage à l’air surpressé facilite l’entretien des
– faible temps nécessaire à l’inactivation des pathogènes ; canaux et des modules.
– quasi-absence de sous-produits ;
– très large gamme de pathogènes concernés ; La transmittance UVC est le rapport de l’irradiance (flux UVC
– pas de produit chimique à introduire et donc pas de stockage reçu par une surface infinitésimale) transmise à l’irradiance
de produits dangereux. incidente à travers une lame d’eau de 1 à 5 cm.
Tableau 6 – Qualités de désinfection Afin d’assurer une bonne efficacité du traitement de désin-
fection par ultraviolets, l’effluent à traiter doit avoir les caracté-
Effet O3 Cl2 UV ristiques suivantes en entrée :
Bactéricide + virulicide +++ ++ ++ – MEST < 30 mg/L voire 10 lorsque les exigences sont
poussées ;
Kyste de protozoaire + 0 +++ – transmittance (sur échantillon non filtré) > 45 % ;
Rémanence 0 + 0 – fer total < 1 mg/L.
Portique
Module relevé
pour entretien
Réacteurs
( )
abattement u log = log
nombre de germes avant traitement
nombre de germes après traitement
Généralement, les effluents qui nécessitent un traitement des composés organiques. Pour l’élimination des métalloïdes (arsenic,
métaux et/ou métalloïdes sont issus d’industries les utilisant antimoine, bore) il faut avoir recours à des filtrations sur adsor-
comme matières premières : bants spécifiques de type oxydes métalliques tels que les alumines
– métallurgie et hydrométallurgie ; activées ou les oxyhydroxydes de fer, pour une bonne efficacité.
– traitement de surface ;
– industries automobile et mécanique ; ■ NF ou OI
– industries minières.
Ces techniques de séparation membranaire sont évidemment
Ces effluents ne subissent usuellement pas de traitement bio- applicables mais elles ne constituent pas un traitement spécifique.
logique. Par conséquent, on ne peut parler de traitement tertiaire Elles nécessitent, par ailleurs, un prétraitement adapté.
comme on l’entend dans cet article.
Toutefois, après des étapes élémentaires d’oxydation, de réduc-
tion, de neutralisation puis de précipitation, la séparation s’effec- 9.2 Traitement de certains anions
tuant le plus souvent dans un décanteur, les quantités résiduelles
en métaux et/ou métalloïdes sont faibles mais peuvent néanmoins
nécessiter un traitement complémentaire. À titre d’exemple, des solutions de traitement des ions nitrates
NO −3 , non biologiques, sont présentées dans le tableau 5
Les techniques applicables sont des techniques séparatives. (paragraphe 4.4).
■ Filtration tertiaire Pour d’autres anions, même s’ils sont séparables par précipita-
Pour réduire les concentrations en métaux rejetés, il faut éli- tion comme les ions sulfates SO 2−4 , s’il faut atteindre des valeurs
miner totalement les MEST qui, la plupart du temps, sont des très basses, la séparation par nanofiltration bien que non spécifi-
hydroxydes desdits métaux. Il peut aussi être nécessaire de dimi- que est possible ; il en est de même pour l’échange d’ions.
nuer préalablement la fraction soluble de ces métaux par adjonc-
tion d’un produit chimique insolubilisant (sulfures organiques,
phosphates...). La filtration sur sable, sous pression, donne alors 9.3 Traitement de composés spécifiques
de très bons résultats. Une coagulation sur filtre peut être néces-
saire. organiques
■ Résines échangeuses d’ions de finition Les composés spécifiques organiques réfractaires au traitement
Cette technique se met en place comme la filtration tertiaire, et biologique constituent la DCO dure des effluents dont le traitement
souvent derrière un filtre à sable pour éviter tout colmatage pré- tertiaire est exposé au paragraphe 6.
maturé des résines. Il s’agit de piéger les métaux résiduels
solubles sur des résines spécifiques (en général cationiques). On Dans la figure 17 (paragraphe 6.3.3), on a vu un cas de traite-
emploie alors deux échangeurs en série afin d’obtenir la capacité ment des pesticides (fongicides, herbicides) par deux étages
maximale de concentration des métaux sur le premier et une d’adsorption sur CAG.
bonne finition sur le second. Les éluats de régénération sont Les détergents sont notamment présents dans les industries tex-
retournés en tête de station. On peut ainsi obtenir des rejets de tiles et leur traitement par l’ozone est effectif dans l’exemple de la
quelques ppb, quels que soient les métaux concernés. figure 20 (paragraphe 7). Une adsorption sur CAG serait égale-
■ Adsorption ment envisageable.
Certains métaux lourds comme le zinc ou le cuivre sont adsor- Un cas de traitement d’hydrocarbure soluble, le phénol, est
bés sur charbon actif, parfois parallèlement à l’adsorption des donné dans la figure 24.
Figure 24 – Adsorption tertiaire sur CAP mis en œuvre sur une aéroflottation. Effluents d’industrie chimique -
fabrication d’additifs pétroliers (France). (Document Ondeo Industrial Solutions) [1]