Gestion stratégique des RH dans les PME
Thèmes abordés
Gestion stratégique des RH dans les PME
Thèmes abordés
2024 02:56
0776-5436 (imprimé)
1918-9699 (numérique)
Découvrir la revue
Tous droits réservés © Presses de l’Université du Québec, 2010 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique
d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne.
[Link]
Mohamed BAYAD
IAE de Nancy
MOTS CLÉS
Étude longitudinale – Enquête RÉPONSE – Gestion stratégique des
ressources humaines – PME – Pratiques de GRH
LES AUTEURS
Abdelwahab Aït Razouk est titulaire d’un doctorat en sciences de gestion de l’Université
Nancy II. Il est enseignant-chercheur à l’ESC Bretagne Brest et membre du CEREFIGE Nancy
Université. Ses recherches portent sur la GSRH, sur la création de valeur par les pratiques
des RH et sur la GRH des PME. Adresse : ESC Bretagne Brest, 2, avenue de Provence
29238 Brest-France. Téléphone : 33 2 98 34 44 93. Courriel : <[Link]-razouk@esc-
[Link]>.
Mohamed Bayad est professeur agrégé à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de
Nancy et membre du CEREFIGE. Ses travaux portent sur l’entrepreneuriat, la gestion du
changement et la GRH en PME. Téléphone : 33 3 54 50 35 59. Courriel : <[Link]@
[Link]>.
RÉSUMÉ
Dans cet article, nous avons tenté de comprendre l’évolution de la gestion stra-
tégique des ressources humaines dans les petites et moyennes entreprises en
France. Le but de cette recherche est double. Premièrement, nous avons répondu
aux appels de plusieurs auteurs demandant de multiplier les études de la GRH
dans les PME. Deuxièmement, nous avons essayé d’enrichir nos connaissances
de la GSRH dans un autre contexte que celui de l’Amérique du Nord ou celui des
grandes entreprises. Cette recherche est basée sur une analyse dynamique à partir
de données longitudinales de 388 PME françaises sur la période 1998-2005. Les
132 Abdelwahab Aït Razouk et Mohamed Bayad
ABSTRACT
RESUMEN
ZUSAMMENFASSUNG
Introduction
Les ressources humaines (RH) apparaissent, de manière très visible
aujourd’hui dans la littérature en sciences de gestion, comme un paramètre
de première importance de compétitivité des organisations. Cependant, si
le rôle des activités RH dans la recherche de compétitivité est largement
reconnu, la question de la variété et de l’intensité des liens entre la gestion
des ressources humaines (GRH), la stratégie et la performance des organi-
sations demeure un sujet de débat. Les chercheurs qui s’intéressent à cette
question inscrivent généralement leurs recherches dans le champ de la gestion
stratégique des ressources humaines (GSRH).
La GSRH connaît un remarquable essor depuis quelques années et
mobilise un bon nombre de chercheurs (Becker et Huselid, 2006 ; Guest,
1987 ; Legge, 1995 ; Lengnick-Hall et Lengnick-Hall, 1988 ; Lepak et Shaw,
2009 ; Schuler, 1992 ; Walker, 1980). Plusieurs facteurs, dont les mutations
économiques, technologiques et démographiques, y ont contribué en poussant
les entreprises, d’une part, à reconsidérer la place des RH dans la recherche
de compétitivité et, d’autre part, à mener une rénovation de leur mode de
management et de leurs pratiques de GRH (Becker et Huselid, 2006 ; Jackson
et Schuler, 1995). L’affaiblissement des contraintes institutionnelles a égale-
ment contribué au développement de pratiques flexibles en termes de GRH
(Huselid 1997 ; Jackson et Schuler 1997).
Traditionnellement, la fonction RH s’est occupée de la gestion essen-
tiellement administrative des ressources humaines en les contrôlant pour
minimiser leurs coûts (Huselid, Jackson et Schuler, 1997, Storey, 2001). Les
partisans de la GSRH sont en désaccord avec cette vision de la GRH (Becker
et Huselid, 2006 ; Beer et al., 1984 ; Dyer, 1985 ; Guérin et Wils, 2006). Ils
considèrent que le capital humain est une ressource dans laquelle il faut
investir en mobilisant un ensemble de pratiques stratégiques afin d’attirer, de
développer et de retenir les meilleures compétences dans le but d’améliorer
la performance des entreprises (Beer et al., 1984 ; Pfeffer, 1998 ; Wright et
McMahan, 1992). Plusieurs chercheurs ont trouvé des relations significatives
entre la formation, l’évaluation, les incitatifs, la participation, la sécurité de
l’emploi, le partage de l’information et les indicateurs de rentabilité (Delery
et Doty, 1996 ; Guerrero et Barraud-Didier, 2004), de productivité (Datta,
Guthrie et Wright, 2005 ; Guthrie, 2001 ; Ichniowski, Shaw et Prennushi, 1997 ;
MacDuffie, 1995), de performance financière (Akhtar, Ding et Ge, 2008 ;
Collins et Allen, 2006 ; Huselid, 1995), de climat social (Collins et Smith, 2006 ;
Ngo, Lau et Foley 2008) et de roulement du personnel (Arthur, 1994 ; Huselid,
1995 ; Shaw, Gupta et Delery 2005 ; Sun, Aryee et Law 2007).
1. Revue de la littérature
1.1. La GSRH : quelles relations entre la GRH et la stratégie ?
Tremblay (2002) ont, par exemple, montré à travers leur étude sur 252 entre-
prises québécoises que les entreprises qui préconisent les équipes autonomes
de travail, la qualité totale et la gestion participative optent davantage pour
des politiques de rémunération orientées vers la performance individuelle et
collective, accordent un pourcentage de bonis plus élevé et favorisent une plus
grande transparence dans leurs processus de gestion. Cette cohérence interne
assure la coopération des salariés avec un degré d’engagement supérieur (par
opposition au contrôle) et permet d’accroître les performances économique
et sociale des entreprises (Godard, 2004 ; Ichniowski, Shaw et Prennushi,
1997). Ces pratiques cherchent à faire des salariés une source d’avantages
compétitifs en agissant sur la volonté d’agir (l’engagement), le pouvoir d’agir
(les compétences requises) et l’opportunité d’agir (les possibilités d’exercer
les compétences) (Beaupré et Cloutier, 2007). Les pratiques stratégiques RH
concernent, par exemple, la décentralisation du pouvoir qui résulte en de
nouvelles formes d’organisation du travail (p. ex. enrichissement des tâches),
la formation, le partage d’information, la participation aux décisions et la
rémunération liée au rendement (Godard et Delaney, 2000 ; Huselid, Jackson
et Schuler 1997 ; Pfeffer, 1998 ; Way, 2002). Dans notre travail, nous optons
pour cette dernière définition de la GSRH que nous essayerons d’analyser
dans le contexte français. Ce choix des pratiques se justifie par le fait que pour
réaliser les objectifs stratégiques des entreprises, la fonction RH a intérêt à
mettre en place des pratiques de GRH capables d’attirer, de développer et
de reconnaître les compétences détenues par le capital humain.
Les premiers travaux sur la GRH dans les PME ont longtemps soutenu que
ces dernières investissent peu dans le capital humain et que leurs pratiques
RH restent informelles (Mayson et Barrett, 2006). Toutefois, certains auteurs
constatent que les pratiques RH des PME sont plutôt sophistiquées et jouent
un rôle stratégique (Chandler et MacEvoy, 2000 ; Hayton, 2003 ; MacEvoy,
1983). C’est le cas par exemple de Deshpande et Golhar (1994) qui ont relevé
dans leur recherche des similarités entre les pratiques de GRH des PME
du secteur manufacturier et celles des grandes entreprises. Ces auteurs ont
soutenu que l’implantation des pratiques de GRH peut être liée à de bons
résultats des PME. Certaines recherches récentes valident cette hypothèse
et confortent leur prédiction. À ce propos, Hayton (2003) a constaté, dans
sa recherche sur un échantillon de PME américaines, une différence de
performance entre les PME qui mettent en œuvre des pratiques de GRH
visant l’implication des salariés telles que la participation, les incitatifs et la
responsabilisation et celles qui ne le font pas ; ces dernières s’avèrent être
moins performantes. Dans la même veine, Way (2002) a relevé, dans une autre
étude sur 446 PME américaines de moins de 100 salariés, la présence de pra-
tiques visant la haute performance. Ces pratiques sont liées à de meilleures
performances en termes de productivité et de roulement du personnel. Fabi,
Raymond et Lacoursière (2007) ont étudié dans leur recherche le lien entre
les pratiques de GRH et la performance sur un échantillon de 176 PME cana-
diennes. Ces auteurs ont remarqué que l’alignement des pratiques de GRH
(information, structuration, motivation, consultation et formation) de leurs
trois groupes de PME (locales, mondiales et internationales) sur la stratégie
de développement (réseaux, produits et marchés) a produit une amélioration
de leurs performances financière, RH et opérationnelle. Enfin, Michie et
Sheehan (2008) ont récemment relevé dans leur étude sur un échantillon de
189 petites manufactures, britanniques et américaines de 10 à 100 salariés,
des effets positifs de pratiques mobilisatrices de GRH sur les indicateurs de
performance d’innovation et de productivité.
En France, plusieurs chercheurs préconisent l’adoption de la GSRH
pour faire face aux défis du xxie siècle (Besseyre des Horts, 2004 ; Bournois,
1997). Parmi les études existantes, nous pouvons citer les recherches de Som
et Cerdin (2005) et de Liouville et Bayad (1998). Dans leur étude auprès
de 28 entreprises françaises (grandes et PME), Som et Cerdin ont analysé
l’évolution des pratiques de GRH dites innovantes (organisation du temps de
travail, recrutement, formation et redéploiement, promotion, évaluation de
la performance, rémunération et régulation des effectifs). Ces auteurs confir-
ment la présence d’une GSRH dans les entreprises étudiées et remarquent
que ces pratiques ont des effets positifs sur leur performance. Liouville et
Bayad ont de leur côté analysé le lien entre la GRH et la performance dans
un panel de 300 PME manufacturières. Les pratiques retenues concernent
la formation, la responsabilisation, la communication, la participation, la
promotion et la gestion des carrières, ainsi que l’amélioration des conditions
de travail. Le premier résultat de cette étude montre que ces pratiques sont
bien implantées dans les PME par rapport aux pratiques qualifiées d’admi-
nistratives (sélection basée sur les capacités techniques, formation centrée
sur la recherche de gains de productivité, évaluation basée sur des standards,
rémunération basée sur l’ancienneté et les résultats individuels, système
d’information descendante). Le second résultat montre que les pratiques
stratégiques permettent de meilleures performances. Cependant, bien que
ces études aient démontré l’impact des pratiques stratégiques RH sur la per-
formance, elles n’ont en aucun cas montré directement la place de la GSRH
dans les PME. En outre, à part la recherche de Liouville et Bayad qui a été
consacrée aux PME, celle de Som et Cerdin portait sur un échantillon mixte
regroupant à la fois des GE et des PME. Enfin, l’utilisation des données en
coupe instantanée ne permet qu’une photographie des événements à un
moment donné.
En résumé, nous pouvons dire que les PME peuvent adopter autant
que les grandes entreprises des pratiques de GSRH afin d’assurer leur déve-
loppement et leur pérennité (Hornsby et Kuratko, 1990). Toutefois, en dépit
de l’importance de l’investissement en GRH pour les PME, les dirigeants
semblent accorder encore peu d’intérêt aux ressources humaines (Rocha
et Riaz Khan, 1985 ; Mayson et Barrett, 2006). Dans la quête d’avantages
concurrentiels et de performance, ce désintérêt apparent envers les RH peut
être préjudiciable pour les PME dans la mesure où elles ne possèdent pas
les mêmes ressources financières et technologiques que les GE (Cardon et
Stevens, 2004 ; Hornsby et Kuratko, 2003). Dans cet esprit, nous tenterons
à travers cette recherche de décrire les pratiques RH de PME françaises et
d’analyser les facteurs qui favorisent ou empêchent l’adoption de la GSRH.
2. Méthodologie
2.1. Échantillon
Pour notre recherche, nous avons extrait nos données de l’enquête REPONSE
(RElations PrOfessionnelles et NégociationS d’Entreprise). Cette enquête a
été menée par la DARES (Direction d’animation de la recherche, des études
et des statistiques) et l’institut BVA à l’aide d’entretiens en face à face avec
les responsables d’entreprises, une partie des salariés et les représentants
du personnel sur un échantillon représentatif de 2978 entreprises françaises
de plus de 20 salariés en 1998 et de 2930 entreprises en 2005. Nous n’avons
utilisé que le volet « employeur » des deux enquêtes car il assure une meilleure
cohésion d’ensemble des données sur l’organisation de l’entreprise et contient
l’essentiel des informations dont nous avons besoin pour caractériser les
pratiques de GRH. Les deux autres volets n’ont pas été retenus pour éviter
les biais d’interprétation (p. ex. faible nombre des salariés interrogés).
La réponse aux questions de cette recherche a nécessité d’extraire à
l’aide du numéro SIRET un panel de 388 PME françaises sur la période 1998-
2005. La sélection de cet échantillon a été effectuée à partir des critères de
taille et de propriété. Nous avons retenu les PME totalement indépendantes
et qui ont un nombre de salariés inférieur à 500. Les réponses proviennent
de PME de tailles différentes : 40 % dans les PME comptant entre 20 et
49 salariés, 28 % dans les PME de 50 à 199 salariés et 32 % dans les PME
de 200 à 499 salariés. Ces PME opèrent dans divers secteurs : 39 % dans
l’industrie manufacturière, 15 % dans la construction et l’énergie, 14 % dans
le commerce, 10 % dans le transport, 12 % dans les activités financières et
10 % dans les secteurs marchands (immobilier, services aux entreprises et
aux particuliers).
Tableau 1
Résultats de l’analyse factorielle
Axe factoriel Inertie (%) Variables actives
Organisation 54,73 Description des tâches, contrôle, cas d’incident mineur.
de travail
Gestion des 33,67 Dépenses de formation, entretien avec les salariés non
compétences cadres et cadres, liens avec la formation et la promotion.
Salaire 24,69 Augmentations générales.
Incitatifs 35,17 Augmentations individuelles, primes individuelles,
primes collectives.
Animation 43,85 Participation, information, communication.
tandis qu’elles ne sont que 11 à revenir sur leurs pratiques flexibles pour
adopter des pratiques administratives, soit seulement 10 % des entreprises
qui adoptaient des pratiques de GRH stratégique en 1998. Ce résultat est
conforté par les cas d’abandon de la GRH hybride au profit de la GRH stra-
tégique. Dans 65 PME, la formule des pratiques mixtes a été abandonnée au
profit d’une approche stratégique, soit près de 38 % de l’ensemble des PME
du système hybride en 1998. Si la tendance est plutôt favorable à la GRH
stratégique, elle l’est moins lorsqu’il s’agit de la GRH administrative. Les
taux d’irréversibilité qui sont enregistrés – environ 10 % seulement des PME
quitte une GRH stratégique pour une GRH administrative et 9 % dans le cas
de la GRH hybride – attestent d’un recul du modèle traditionnel de GRH.
Bien que les résultats obtenus décrivent l’évolution de la GSRH, ils ne
permettent pas de connaître les raisons qui poussent les PME à adopter les
pratiques de GRH stratégique au détriment des autres. Certaines variables
contextuelles sont introduites pour mieux appréhender le changement de
trajectoire opéré par les PME concernées par notre recherche. Deux groupes
de facteurs sont envisagés : le contexte structurel et la structure de propriété.
Les variables structurelles concernent la taille, le secteur d’activité et l’éten-
due du marché. La structure de propriété est décrite par le fait d’être ou non
coté en Bourse. Le modèle logit dichotomique permet d’estimer les facteurs
d’appartenance à une classe de GRH plutôt qu’à une autre.
Tableau 4
Évolution des groupes de PME (Matrice de transition)
GRH GRH GRH
administrative hybride stratégique
2005 2005 2005 Ensemble
GRH administrative 22a 42 38 102
1998 21,57b 41,18 37,25 26,29
GRH hybride 16 92 65 173
1998 9,25 53,18 37,57 44,59
GRH stratégique 11 42 60 113
1998 9,73 37,17 53,10 29,12
Ensemble 49 176 163 388
12,63 45,36 42,01 100
a. Il s’agit des 22 PME (sur les 388 interrogés) qui ont maintenu leurs pratiques de GRH admi-
nistratives entre 1998 et 2005, ce qui représente 21,57 %.
b. Plus précisément, 22 entreprises sur 102 avaient déjà adopté ces pratiques en 1998.
L’étape suivante consiste à expliquer les trajectoires prises par les PME entre
1998 et 2005. Les trajectoires traduisent ici le glissement des PME d’une GRH
donnée vers une autre. En effet, les quatre trajectoires sont les suivantes :
Trajectoire 1 : de la GRH administrative vers la GRH stratégique ;
Trajectoire 2 : de la GRH administrative vers la GRH hybride ;
Trajectoire 3 : de la GRH hybride vers la GRH stratégique ;
Trajectoire 4 : de la GRH stratégique vers la GRH hybride.
Pour mener à bien notre analyse explicative, plusieurs sous-échantillons
ont été créés à partir de notre échantillon de 388 PME. En effet, nous
nous sommes servis de la matrice de transition pour sélectionner les quatre
sous-échantillons suivants :
Sous-échantillon 1 : constitué de 38 PME et correspond à la Trajectoire 1 ;
Sous-échantillon 2 : constitué de 42 PME et correspond à la Trajectoire 2 ;
Sous-échantillon 3 : constitué de 65 PME et correspond à la Trajectoire 3 ;
Sous-échantillon 4 : constitué de 42 PME et correspond à la Trajectoire 4.
L’analyse économétrique soutient l’hypothèse d’un rôle déterminant
du contexte structurel comme facteur discriminant des modèles de GRH
(voir tableau 5). Les estimations concernant l’impact du secteur d’activité
montrent que les PME qui changent leur système de GRH administrative
par un système de GRH stratégique (trajectoire 1) sont celles qui appar-
tiennent aux secteurs de la finance, des services marchands et, dans une
moindre mesure, du commerce. Les PME qui adoptent des systèmes de
GRH hybride à la place de systèmes de GRH administrative (trajectoire 2)
viennent toutes des secteurs de l’industrie manufacturière, du commerce et
du transport. Enfin, l’analyse économétrique fait apparaître, toutes choses
égales d’ailleurs, que les PME des trajectoires 3 et 4 proviennent de différents
secteurs d’activité. En ce qui concerne la trajectoire 3, les PME abandonnent
leur système de GRH hybride au profit du système de GRH stratégique. Ces
dernières sont essentiellement issues des secteurs de la finance, des services
marchands et, dans une moindre mesure, des secteurs du commerce et de
l’industrie manufacturière. Enfin, la trajectoire 4 regroupe des PME qui
appartiennent à des secteurs de l’industrie manufacturière, du transport, du
BTP, du commerce mais pas d’activités financières.
L’analyse économétrique conforte également la taille comme un facteur
déterminant dans la variation de la GRH au sein des entreprises. En effet,
plus leur taille est élevée, plus les PME utilisent la GRH de façon stratégique ;
le contraire est également vrai lorsque la taille est moins grande, c’est-à-dire
que ces PME choisissent des systèmes de GRH administrative ou hybride au
détriment de la GRH stratégique. Les politiques peu actives en matière de
GRH sont par ailleurs plus souvent le fait d’entreprises opérant sur un marché
local et régional. L’analyse des résultats de l’estimation économétrique
confirme à ce propos, toutes choses égales d’ailleurs, que la concurrence est
un facteur clé dans le choix d’un système de GRH. En regardant de près la
trajectoire 1, on remarque que les PME, qui quittent le groupe où la GRH est
administrative pour une où la GRH est stratégique, ont des activités ouvertes
sur le marché international.
Concernant la structure de propriété, l’analyse économétrique montre
que la cotation en Bourse augmente la probabilité d’avoir mis en place une
politique de GRH stratégique ou hybride (plutôt qu’une politique de GRH
administrative). En ce sens, l’activisme des modes de GRH en cause peut
être lu comme une normalisation des pratiques correspondant aux attentes
des actionnaires.
Ce modèle économétrique (modèle de régression non linéaire de type
logit) contrôle l’impact d’un certain nombre de caractéristiques sur la pro-
babilité qu’une PME change de système de GRH, en isolant l’effet propre à
chaque variable explicative, compte tenu des hypothèses retenues (c.-à-d. de
l’ensemble des variables explicatives intégrées dans le modèle). La modalité
de référence est l’inverse de la modalité testée (p. ex. marché local / marché
mondial).
Discussion et conclusion
L’objet de cette recherche était de déterminer si les PME adoptent des pra-
tiques de GRH stratégiques et de mesurer l’impact de certains facteurs dans
ce choix. Dans la littérature, la GSRH est fortement liée à l’amélioration de la
performance des entreprises. Si ce résultat est souvent vérifié dans les grandes
entreprises, il est possible de penser que les PME sont également concernées
mais de manière différente par cette option puisqu’elles ne peuvent compter
que sur leur capital humain pour se développer et rester performantes. Notre
recherche va dans ce sens en montrant que les PME font de plus en plus appel
à des pratiques de GRH stratégiques pour attirer et retenir leur personnel.
Notre recherche n’est toutefois pas exempte de certaines limites. Le
choix d’un seul répondant peut être source de biais de subjectivité des
réponses. Une triangulation des réponses des employeurs avec celles des
employés est souhaitable dans une prochaine recherche. La mesure des
variables est une autre limite. La nature dichotomique des variables de GRH
ne permet pas de connaître leur étendue ni de faire une analyse plus fine
de leur mise en place. La prise en compte du degré de leur implantation est
également souhaitable dans un travail futur.
Nous avons vu, à travers l’analyse de l’évolution des pratiques de
GRH dans le contexte de PME françaises, que la GRH stratégique est en
progression. À l’opposé, les pratiques de GRH administrative ont affiché un
net recul au cours de ces 10 dernières années. La GSRH est surtout adoptée
par les PME exposées à la concurrence mondiale et dont les activités sont
dans les services. Ces entreprises ont besoin d’un personnel compétent et
motivé pour produire de la valeur et présenter un avantage concurrentiel
par rapport aux concurrents (Barney et Wright, 1998). Nous pouvons donc
considérer que l’adoption de la GSRH est plus susceptible d’aboutir dans
le cas des PME soumises à des contraintes environnementales fortes. Selon
Jenkins et Van Wijk (1996), les périodes les plus propices aux changements
sont celles de faible croissance et de récession, où les entreprises n’auraient
pas d’autres choix.
Toutefois, bien que les résultats de notre étude soient favorables à la
GSRH, l’apparition d’une GRH hybride peut les nuancer. Le groupe de PME
adoptant des pratiques de GRH hybride mixant les pratiques stratégiques
et administratives paraît comme le plus important (173 PME en 1998 et
176 en 2005). Ce résultat est conforté par celui déjà démontré par Hayton
(2003) et Huselid, Jackson et Schuler (1997). Ces auteurs ont conclu que peu
d’entreprises mettent l’accent exclusivement sur une GRH stratégique ou
une GRH administrative. En revanche, elles sont nombreuses à chercher à
équilibrer les deux modes de gestion pour atteindre leurs objectifs straté-
giques. Le groupe de GRH hybride peut constituer une phase transitoire où
les dirigeants et les responsables RH adoptent une introduction progressive
de la GRH stratégique pour des raisons de climat social, d’équité et de justice
interne. En outre, l’importance de la GRH hybride pourrait être attribuée
au contexte des entreprises françaises qui se trouvent traditionnellement
sous l’influence de la réglementation et des institutions (Brewster, 2007).
Nous n’avons pas testé ce point dans cette étude, mais nous pouvons déjà
envisager de le faire dans une prochaine étude. En effet, selon la théorie
institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983), le choix par l’organisation
d’un système de pratiques de GRH dépend du pouvoir coercitif exercé par
des acteurs externes.
L’hybridation des pratiques RH pourrait être également le résultat
d’un compromis entre les différentes parties prenantes de l’entreprise du
fait de la contradiction de la GSRH avec les valeurs culturelles des Français
(Brewster, 2007). Selon cet auteur, l’individualisation des rapports salariaux
Bibliographie
Akhtar, S., D.Z. Ding et G.L. Ge (2008), « Strategic HRM practices and their impact
on company performance in Chinese enterprises », Human Resource Manage-
ment, vol. 47, no 1, p. 15-32.
Arthur, J. (1994), « Effects of human resource systems on manufacturing perfor-
mance and turnover », Academy of Management Journal, vol. 37, p. 670-687.
d’Amboise, G. (1982), Peut-on faire de la recherche sur la PME ?, Détroit, TIMS/
ORSA (traduction française de l’Université Laval).
Bacon, N. et K. Hoque (2005), « HRM in the SME sector : valuable employees and
coercive networks », International Journal of Human Resource Management,
vol. 16, no 11, p. 1978-1999.
Baird, L. et I. Meshoulam (1988), « Managing two fits of strategic human resource
management », Academy of Management Review, vol. 13 no 1, p. 116-128.
Barney, J. et P.M. Wright (1998), « On becoming a strategic partner : the role of
human resources in gaining competitive advantage », Human Resource Manage-
ment, vol. 37, no 1.
Barney, J. (1991), « Firm Resources and sustained competitive advantage », Journal
of Management, vol. 17, p. 99-120.
Barney, J., M. Wright et D.J. Ketchen (2001), « The resource-based view of the
firm : ten years after 1991 », Journal of Management, vol. 27, no 6.
Barrett, R., S. Mayson et N. Warriner (2006), « HRM and small firm growth : is it
a positive relationship ? », Proceedings of the 2nd Annual ACREW Conference,
Prato, Italie, du 1er au 3 juillet.
Bartlett, CA. et S. Ghoshal (2002), « Building competitive advantage through
people », Sloan Management Review, hiver, p. 34-41.
Bayad, M., H. Mahé De Boislandelle, D. Nebenhaus et P. Sarnin (1995),
« Paradoxe et spécificités des problématiques de GRH en PME », Gestion 2000,
vol. 11, no 1, p. 95-108.
Datta, D.K., J.P. Guthrie et P.M. Wright, (2005), « Human resource management
and labor productivity : does industry matter ? », Academy of Management
Journal, vol. 481, p. 135-145.
Delery, J. (1998), « Issues of fit in strategic human resource management : implica-
tions for research », Human Resource Management Review, vol. 8, p. 289-309.
Delery, J. et D.H. Doty (1996), « Modes of theorizing in strategic human resource
management : tests of universalistic, contingency, and configurational perfor-
mance predictions », Academy of Management Journal, vol. 39, p. 802-835.
Deshpande, S. et D.Y. Golhar (1994), « HRM practices in large and small manu-
facturing firms : a comparative study », Journal of Small Business Management,
vol. 32, no 2, p. 49.
Devanna, M., C. Fombrum et N. Tichy (1981), « Human Resources Management : a
strategic perspective », Organizational Dynamics, vol. 9, no 3, hiver 81, p. 51-67.
Dimaggio, P.J. et W.W. Powell (1983), « The iron cage revisited : institutional isomor-
phism and collective rationality in organizational fields », American Sociological
Review, vol. 48, p. 147-160.
Drazin, R. et A.H. Van de Ven (1985), « Alternate forms of fit in contingency
theory », Administrative Science Quarterly, 3D.
Drucker, P.F. (1957), La pratique de direction des entreprises, Paris, Les Éditions
d’Organisation.
Dyer, L. (1985), « Strategic human resource management and planning », dans K.R.
Rowland et G.R. Ferris (dir.), Research in Personnel and Human Resource
Management », Greenwich, JAI Press, vol. 3.
Fabi, B., L. Raymond, et R. Lacoursière (2007), « La GRH, levier du dévelop-
pement stratégique des PME », Revue de Gestion des Ressources Humaines,
no 65, p. 41-56.
Fabi, B. et D. J. Garand (2005), « La gestion des ressources humaines en PME »,
dans P.-A. Julien (dir.), Les PME : bilan et perspectives, Cap-Rouge, Presses
Inter Universitaires, p. 459-531.
Godard, J. (2004), « A Critical Assessment of the High-Performance Paradigm »,
British Journal of Industrial Relations, vol. 42, no 2, p. 349-378.
Godard, J. et J.T. Delaney (2000), « Reflection on the high performance paradigm’s
implication for industrial relations as a field », Industrial and Labor Relations
Review, vol. 53, no 3, p. 482-502.
Guérin, G. et T. Wils (2006), « La gestion stratégique des Ressources Humaines : la
perspective nord-américaine », dans J. Allouche, Encyclopédie des Ressources
Humaines, Paris, Vuibert.
Guerrero, S. et V. Barraud-Didier (2004), « High-involvement practices and
performance of French firms », International Journal of Human Resource
Management, vol. 15, no 8, p. 1408-1423.
Guest, D. (1987), « Human resource management and industrial relations », Journal
of Management Studies, vol. 25, no 5, p. 503-521.
Several theoretical perspectives describe the relationship between HRM practices and organizational performance in SMEs. The universalistic perspective suggests that certain 'best practices' universally improve performance, while the contingency perspective posits that the effectiveness of HRM practices depends on alignment with organizational strategy . Finally, the configurational approach argues that a coherent set of HR practices, tailored to specific organizational contexts, optimizes performance . These perspectives differ in their emphasis on prescriptive best practices versus contextual customization and strategic alignment as drivers of performance enhancement .
The adoption of high-performance HR practices in SMEs is positively correlated with increased productivity and reduced turnover rates. This relationship is attributed to practices such as employee participation, strategic incentives, and empowerment, which enhance engagement and job satisfaction . Studies have shown that SMEs implementing these practices observe notable improvements in workforce stability and operational efficiency . For instance, Way (2002) found that U.S. SMEs that invested in high-performance work systems experienced lower turnover rates and higher productivity .
Hybrid HRM practices combine elements of both strategic and administrative HRM, unlike approaches that focus solely on either. This balance allows SMEs to incrementally adopt strategic HRM while maintaining necessary administrative functions, leading to more flexible and adaptive HR policies . The advantages include increased adaptability to external conditions and internal demands, such as regulatory compliance and operational efficiency, which can facilitate a smoother transition during organizational changes and promote equitable labor relations among employees .
SMEs face challenges such as limited resources and the informality of their HR practices in adopting strategic HRM. However, recent studies have found that these firms can overcome such challenges by implementing high-performance HR practices that align with their strategic priorities. The transition to strategic HRM often requires balancing administrative and strategic HRM (hybrid model) to manage resource constraints effectively . Additionally, aligning HR practices with SME development strategies, such as market and product focus, can also enhance performance and address such hurdles .
Research indicates that during economic recessions, strategic HRM practices become crucial for SMEs to retain their competitive edge. According to Jenkins and Van Wijk (1996), organizations adopting strategic flexibility in their HRM are able to navigate low-growth periods more effectively. The strategic use of HRM can help SMEs maintain employee morale and productivity by fostering a sense of inclusivity and cooperation, which is critical during challenging economic times . This adaptive approach aids in mitigating turnover and sustaining business operations when market conditions demand resilience .
HRM practices influence innovation in SMEs significantly by creating an environment that fosters creativity and knowledge sharing. Studies like those by Michie and Sheehan (2008) have shown that SMEs adopting strategic HRM practices that promote employee involvement and empowerment see higher rates of innovation. These practices include participatory decision-making and incentives aligned with company goals, which drive innovative behavior among employees . The active engagement and motivation facilitated by strategic HRM are crucial for encouraging incremental and radical innovations necessary for competitive advantage .
Coercive institutional pressures, as framed by the theory of institutional isomorphism, significantly shape HRM practices in SMEs through compliance with legal and regulatory norms. This theory posits that organizations adopt certain practices due to pressures from regulatory bodies, which can lead SMEs to conform to standardized HR policies to avoid penalties and gain legitimacy . This conformity may also result from cultural norms emphasizing collective equity prevalent in the French context, thereby influencing HRM practices in ways that align with broader social values . The pressures can compel SMEs to balance strategic HR pursuits with administrative requirements, often leading to the adoption of hybrid HR practices as an adaptive response .
The institutional context significantly influences HRM practices in French SMEs, mainly through regulatory and cultural norms. According to the theory of institutional isomorphism by DiMaggio and Powell, external pressures from institutions can coerce SMEs into adopting certain HRM practices . Furthermore, cultural values in France, which emphasize collective equity and justice, often necessitate a hybrid approach combining strategic and administrative HRM to ensure internal fairness. This context results in a dynamic balance between compliance with institutional requirements and strategic HR adaptation to competitive pressures .
Research evidence supports the notion that strategic HRM practices contribute to better financial outcomes in SMEs through enhanced workforce alignment and effectiveness. For instance, the research by Fabi, Raymond, and Lacoursière (2007) demonstrated improvements in financial performance when HR practices such as training, motivation, and consultation were aligned with business strategies. Furthermore, studies by Deshpande and Golhar (1994) found similarities between HR practices in SMEs and large firms, with strategic HRM correlating to better financial results in the manufacturing sector . These studies highlight the financial benefits of strategically integrated HR practices tailored to organizational goals .
Strategic human resource management (GSRH) practices in SMEs have been shown to positively impact their performance by aligning HR practices with strategic goals. Studies such as those by Hayton (2003) and Fabi, Raymond, and Lacoursière (2007) observed that SMEs implementing participative management practices like participation, incentives, and empowerment tended to have better operational and financial outcomes. Michie and Sheehan (2008) also reported that mobilizing HR practices positively affected innovation and productivity in smaller firms .