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Bilan Électrique 2022 Rapport Complet

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022

RAPPORT COMPLET
Bilan électrique 2022
SOMMAIRE

2022 : un système électrique résilient face à une crise énergétique


inédite depuis les années 1970 4

1. Consommation 6
1.1 Évolution sur les dernières années 6
1.2 Évolution au cours de l’année 2022 7
1.3 Une consommation brute en nette baisse en lien avec des températures
exceptionnellement élevées 10
1.4 En 2022, une consommation en baisse également dans d’autres pays européens 12
1.5 Évolution de la demande d’électricité par secteur 12

2. Production 16
2.1 Une production totale à son plus bas niveau depuis 1992,
en raison de la faible production nucléaire et hydraulique 16
2.2 L
 e parc de production décarbonée progresse, principalement tiré
par les filières renouvelables terrestres et marines 17
2.3 Nucléaire : une production historiquement faible sur l’année 2022 18
2.4 H
 ydraulique : La production a atteint son plus bas niveau depuis 1976,
en raison des conditions climatiques exceptionnellement chaudes et sèches 25
2.5 Thermique fossile : une production en hausse, notamment portée par le gaz 28
2.6 Éolien : des conditions météorologiques peu favorables en 2022
mais une production en hausse grâce au développement du parc 31
2.7 Solaire : une production en nette hausse 36
2.8 Thermique renouvelable et déchets 40

3. Prix 41
3.1 Vision d’ensemble 41
3.2 O
 ctobre 2021 - Mars 2022 : des tensions montantes sur le marché du gaz
jusqu’aux répercussions de l’invasion de l’Ukraine par la Russie 44
3.3 Avril - Juin 2022 : légère accalmie après un épisode de tension 45
3.4 Juillet – Août 2022 : une forte tension sur le système électrique 47

2
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

3.5 Septembre - Octobre 2022 : une forte baisse des prix spot grâce à un contexte plus favorable 48
3.6. Nov-Déc 2022 : un retour progressif aux fondamentaux de marché 49

4. Échanges 53
4.1 Introduction : le système électrique, un sujet à dimension européenne 53
4.2 En 2022, la France est devenue importatrice nette d’électricité
pour la première fois depuis 40 ans 55
4.3 Le solde des échanges a été fortement contrasté selon la frontière 57
4.4 L
 ’approvisionnement en énergie de la France reste bien plus dépendant
des importations de combustibles fossiles que des importations d’électricité 64

5. Émissions 66
5.1 Introduction 66
5.2 L
 es émissions pour la production d’électricité augmentent de manière contenue
et restent inférieures aux niveaux de 2016 et 2017 66
5.3 M
 ême en tenant compte des importations, la consommation d’électricité en France
est parmi les plus décarbonées d’Europe 67
5.4 Les pays voisins ont moins bénéficié des exportations françaises décarbonées 70

6. Électrification des usages 72


6.1 Électrification des transports 72
6.2 Électrification des usages dans les bâtiments 75
6.3 Électrification de l’industrie 77

7. Flexibilités et équilibrage 80
7.1 Des moyens de flexibilité pour garantir l’équilibre entre production et consommation 80
7.2 STEP 81
7.3 Stockage par batterie 82
7.4 Effacement de consommation 83
7.5 Mécanisme d’ajustement 85

8. Réseau de Transport 87
8.1 Évolution du réseau de transport 87
8.2 L
 a transition énergétique suppose de doubler la capacité d’interconnexion
à l’horizon 2035 88
8.3 Réseaux en mer 90
8.4 Évolution des S3REnR 91

Glossaire 93

3
Bilan électrique 2022
RAPPORT COMPLET

2022 : un système électrique résilient face à une crise


énergétique inédite depuis les années 1970
L’année 2022 a vu une crise énergétique majeure Dans ce contexte, le système électrique a fait
se développer, dans des proportions inédites preuve de résilience : il n’y a pas eu de rupture
depuis les chocs pétroliers des années 1970. Au d’approvisionnement. Ceci est dû à la diminu-
niveau français et européen, il s’agit en réalité de tion structurelle de la demande en électricité en
trois crises indépendantes mais simultanées qui se France et dans les pays voisins ainsi qu’à un fonc-
sont additionnées : tionnement des échanges de gaz et d’électricité
• l’envolée des prix du gaz, soutenue par les conformes aux règles européennes.
menaces sur l’approvisionnement de l’Europe
résultant de la guerre menée par la Russie en En particulier, les marchés de court terme ont
Ukraine. Précisément, une première envolée envoyé les bons signaux économiques lors des
des prix du gaz est intervenue dès la fin 2021 périodes de tension. Ce fut le cas notamment
en raison de la reprise économique succédant à durant la période estivale, marquée par une très
la crise sanitaire. Elle a été amplifiée par le conflit forte baisse de production hydraulique et nucléaire
en Ukraine et la réduction des livraisons de gaz et qui s’est traduite par une augmentation des
russe qui en a résulté, dans un contexte d’in- prix sur les marchés conforme aux fondamentaux
quiétude sur la sécurité d’approvisionnement du économiques.
continent européen tout entier ;
• une crise française de production nucléaire Les effets de la crise sont donc essentiellement
avec la caractérisation d’un aléa générique sur de nature économique. En particulier, les mar-
les réacteurs les plus récents du parc suite à la chés à terme ont révélé une prime de risque pour
découverte du phénomène de corrosion sous la France, conduisant à des hausses de prix sans
contrainte, qui a conduit à de nombreux arrêts précédent pour l’hiver.
pour contrôles et réparation depuis fin 2021.
Elle s’est traduite par une production nucléaire À partir de septembre, la gestion de la crise par les
au plus bas depuis 1988, en recul de 30 % pouvoirs publics, la remise en service d’un grand
par rapport à la moyenne de ces 20 dernières nombre de réacteurs nucléaires, les températures
années ; anormalement hautes pour la saison ou encore le
• une sécheresse longue qui a réduit la pro- constat de la baisse de la demande et d’un bon
duction hydraulique en France à son plus bas fonctionnement des interconnexions ont progres-
niveau depuis 1976, ainsi que dans une large sivement réduit les incertitudes.
partie de l’Europe.

4
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Pour autant, les effets seront encore perceptibles carbone des imports reflète le contenu moyen des
en 2023 car ces prix hauts forment le sous-jacent pays voisins, la France important dans des situa-
de nombreux contrats de fourniture souscrits au tions de forte sollicitation de centrales fossiles
second semestre 2022 pour les années 2023 et aussi bien que pendant des périodes de forte pro-
suivantes. Cela veut dire que la décrue des prix de duction éolienne ou solaire par exemple.
marché entamée fin 2022 ne se traduira qu’avec
un effet retard pour les consommateurs ne bénéfi- Dans ce contexte, il faut noter que l’année 2022
ciant pas des protections mises en place par l’État n’a pas marqué de pause dans la transition éner-
(bouclier, amortisseur). gétique. Avec 5 GW installés, le record de mise en
service d’installations renouvelables a été battu.
Le coût environnemental de la crise énergétique
est réel, mais contenu. Les émissions asso- Une accélération demeure nécessaire pour
ciées à la production sont de 25 MtCO2eq (contre atteindre les objectifs du pays mais, à l’instar d’autre
21,5 MtCO2eq en 2021). Le système électrique études publiées récemment en Europe, le Bilan
français a quasiment achevé sa sortie du charbon électrique 2022 permet de montrer que la tran-
(qui ne représente plus que 0,6 % de la produc- sition du système se poursuit et que les énergies
tion d’électricité française). Les centrales à gaz ont renouvelables en France contribuent désormais à
été sollicitées à un niveau inédit, mais inférieur au la fois à la décarbonation structurelle du mix et à la
niveau redouté en cas d’hiver froid ou de main- sécurité d’approvisionnement.
tien de la consommation énergétique. Ce volume
d’émissions reste bien inférieur à celui d’autres En 2023, l’évolution favorable de la situation sur
pays comparables : en 2022, il est de l’ordre de le parc nucléaire français sera essentielle pour
10 fois plus élevé en Allemagne par exemple. accroître la résilience du système électrique aux
risques internationaux sur les combustibles fos-
Le bilan carbone de l’électricité consommée n’est siles et retrouver la trajectoire de décarbonation de
pas significativement dégradé si l’on tient compte l’économie dans son ensemble.
des imports depuis les pays voisins : le contenu

5
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

1. Consommation

1.1 Évolution sur les dernières années crise sanitaire, dont les effets se sont fait ressentir
La consommation française d’électricité, corrigée jusqu’à mi-2021. Au cours de la deuxième moitié
des aléas météorologiques et des effets calen- de l’année 2021, la consommation a retrouvé des
daires, s’est maintenue à des niveaux relativement niveaux proches de ceux d’avant-crise sanitaire, en
stables sur la période 2010-2019. Cette tendance, lien avec une reprise économique marquée sur les
constatée autant en France qu’en Europe, s’ex- deux derniers trimestres. Sur l’ensemble de l’année
plique essentiellement par : 2021, la consommation est restée légèrement infé-
• un ralentissement de la croissance économique rieure à ses niveaux d’avant-crise sanitaire (-1,9 %
à la suite de la crise financière de 2008, ainsi par rapport à 2019).
qu’une croissance démographique plus faible ;
• la poursuite de la tertiarisation de l’activité éco- En 2022, la consommation corrigée des aléas
nomique, moins consommatrice d’électricité que clima­tiques et des effets calendaires (ce qui per-
l’activité industrielle, en recul en France depuis met une comparaison d’une année sur l’autre et une
les années 1990, ainsi que la modification du identification des effets structurels qui affectent le
tissu industriel français (stagnation de l’indus- niveau de consommation), a représenté un volume
trie manufacturière et évolutions structurelles de 459,3 TWh, soit une diminution de 1,7 % par
en faveur d’une industrie de haute technologie) ; rapport à 2021. Ce niveau de consommation est plus
• un renforcement des mesures d’efficacité éner- faible que celui enregistré en 2020 (461 TWh), année
gétique au sein des bâtiments et de perfor- pourtant largement marquée par les restrictions dues
mance des équipements, conduisant à réduire aux confinements et le recul de l’activité économique
considérablement la consommation d’électricité du fait de la crise sanitaire. Il faut remonter jusqu’en
pour un besoin identique. 2005 pour trouver un niveau de consommation élec-
trique corrigé du climat (453 TWh) inférieur à celui
Cette phase de stabilité a été suivie en 2020 par de 2022. À cette époque, en effet, la consommation
un net recul lié aux épisodes de confinement et à française n’avait pas encore atteint le « plateau » de
la réduction de l’activité économique du fait de la relative stabilité des années 2010.

Figure 1 : Consommation corrigée des aléas climatiques et des effets calendaires, valeurs moyennes hebdomadaires sur les jours ouvrés

80

75

70

65
GW

60

55

Année 2020
50 Année 2021
Année 2022
45 Enveloppe 2014-2019

40
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre
* Jours ouvrés uniquement

6
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 2 : Consommation électrique annuelle corrigée des aléas climatiques et des effets calendaires

478 481 480 480 479 476


500 461 467 459

400

300
TWh

200

100

0
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

1.2 Évolution au cours de l’année 2022 énergie sur l’automne et l’hiver 2022/2023, des
Sur la première partie de l’année 2022, la consom- préconisations en matière de sobriété énergétique
mation est restée relativement proche des niveaux ont été diffusées dès la fin de l’été, visant à réduire
les plus faibles observés au cours de la période d’une part le risque pesant sur la sécurité d’appro-
2014-2019 malgré une forte hausse des prix visionnement électrique, et d’autre part à maintenir
sur les marchés de gros de l’électricité. En effet, un bon niveau de remplissage des stocks de gaz.
ces derniers ne se répercutent que partiellement
et de manière progressive sur les prix payés par • En août 2022, l’Union européenne a adopté le
les consommateurs finals, en fonction des tarifs règlement 2022/1369 qui prévoit une réduc-
auxquels ils souscrivent et des mécanismes de tion volontaire de la demande de gaz naturel
protection dont ils bénéficient. Ainsi, du fait des d’au moins 15 % au cours de la période allant
mesures mises en place pour la protection des du 1er août 2022 au 31 mars 2023, et qui donne
consommateurs depuis l’automne 2021 (plafon- au Conseil la possibilité de déclarer une alerte
nement des tarifs réglementés de vente via la mise déclenchant une obligation de réduction.
en place d’un bouclier énergétique, augmentation • Le 6 octobre 2022, le gouvernement a présenté
du plafond ARENH, baisse de la TICFE), l’inflation un plan de sobriété1 , ayant pour objectif une
énergétique en France a été parmi les plus faibles réduction de la consommation énergétique de
en Europe, ce qui a contribué à limiter les effets de 10 % à l’horizon 2024. Ce plan repose à la fois
la hausse des prix, en particulier pour les consom- sur l’incitation à des éco-gestes citoyens, tels
mateurs résidentiels (dont l’augmentation des que la réduction de la température de chauf-
tarifs réglementés de vente de l’électricité en 2022 fage de consigne ou le décalage du début de
a été contenue à 4 % à partir du mois de février). la période de chauffage, et à des actions dans
les entreprises et les administrations publiques
Compte tenu de la situation particulièrement ten- ou les collectivités territoriales comme la réduc-
due qui se préfigurait pour le système électrique tion de l’utilisation d’eau chaude sanitaire dans
et plus largement pour les approvisionnements en les bâtiments, une baisse des températures de

1. [Link] ([Link])

7
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

chauffage, ou une réduction des périodes et de • En parallèle, RTE a fait évoluer le dispositif
l’intensité d’éclairage public. Le plan de sobriété EcoWatt 2 national (existant à cette maille depuis
incite également les consommateurs à décaler 2020 et à la maille territoriale depuis 2012), qui
les usages de l’électricité pour réduire les pics permet désormais d’alerter les consommateurs
de consommation lors des heures de pointe. à l’avance (J-3) des périodes de tension sur le
• Le 6 octobre 2022 également, l’Union euro- système électrique nécessitant des gestes
péenne a adopté un règlement d’urgence pour additionnels de réduction ou de décalage de
faire face aux prix élevés de l’énergie (règlement la consommation pour repousser le risque de
2022/1854), contenant une série de mesures coupures. Environ 350 3 entreprises françaises,
concernant la consommation, les recettes des collectivités et autres acteurs publics et pri-
acteurs de marché et la fixation des prix. Ce vés se sont également engagées à agir en
règlement impose aux États membres de réduire faveur de la sécurité d’approvisionnement en
la consommation d’électricité d’au moins 5 % sur signant la charte EcoWatt, qui prévoit l’adop-
les heures de pointe définies par chaque pays, tion d’actions de modération ou de décalage de
et de viser une réduction totale de la consom- consommation.
mation d’électricité de 10 % sur la période allant
du 1er décembre 2022 au 31 mars 2023. Dans ce contexte, un décrochage vis-à-vis des
• Un dispositif temporaire (pour 6 mois à partir du valeurs historiques de consommation est apparu
15 octobre 2022 et jusqu’au 15 avril 2023) de à partir du mois de septembre : la consommation
décalage du fonctionnement des ballons d’eau (corrigée de l’aléa météorologique) a été inférieure
chaude sanitaires des heures creuses méri- de 5,5 % à la moyenne des mois de septembre
diennes (12 h-14 h) vers la nuit est également des années 2014-2019. Cette baisse a d’abord
entré en vigueur depuis la mi-octobre, ce qui touché les acteurs industriels, plus exposés aux
a permis de lisser les appels de puissance en hausses des prix de l’énergie, et en particulier les
milieu de journée. branches à plus forte intensité énergétique telles

Figure 3 : Consommation mensuelle d’électricité corrigée des aléas climatiques et des effets calendaires

60

50

40
TWh

30

20

10
 oyenne
M
2014-2019
0 2022
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

2. Ecowatt | [Link]
3. Vu de début février 2023.

8
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 4 : Écart en pourcentage entre la consommation corrigée mensuelle en 2022 et ses valeurs moyennes sur la période 2014-2019

0%
-0,8 % -1,0 %
-1 %
-1,7 %
-2,2 % -2,1 %
-2 %

-2,3 % -2,1 %
-3 %
-3,1 %
-4 %

-5 %
-5,5 %
-6 %

-7 %

-8 %
-9,0 %
-9 %
-8,7 %
-10 % -9,4 %
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

que la chimie, la métallurgie et la sidérurgie (res- la chimie, de la métallurgie et de la sidérurgie évo-


pectivement -12 %, -10 % et -8 % de baisse de qués plus haut, la baisse a été de l’ordre de 20 %
consommation sur l’année 2022 par rapport à entre septembre et décembre.
2021), suivant en cela une tendance européenne.
Il reste difficile de départager l’effet sur la consom-
La baisse de consommation s’est confirmée et mation de la contrainte économique et des actions
intensifiée au cours des mois suivants. En octobre, en faveur de la sobriété énergétique. En effet,
la consommation corrigée de l’aléa météorologique
a baissé de 3,3 TWh (-8,7 %) par rapport à la même
période des années d’avant crise (moyenne 2014- FOCUS
2019). Comme le mois précédent, cette baisse de
la consommation a touché le secteur de l’industrie
mais s’est élargie également aux secteurs résidentiel Suivi de la consommation
et tertiaire, bien que le gisement disponible pour les d’électricité en France
économies d’énergie fût encore relativement faible La consommation électrique en France a fait l’objet
car situé avant le début de la saison de chauffage. d’un suivi renforcé depuis le mois de septembre. RTE
a publié mi-septembre l’étude sur les « Perspectives
Au cours des mois de novembre et décembre 2022, pour le système électrique pour l’automne et l’hiver
l’écart par rapport aux années avant crise sanitaire 2022-2023 », suivie par des réactualisations men-
s’est accentué pour atteindre une réduction de suelles, permettant de préciser le diagnostic sur la
respectivement 9,4 % et 9,0 %. Cette baisse désor- sécurité d’approvisionnement en tenant compte de
mais consolidée a touché l’ensemble des secteurs l’évolution des prévisions météorologiques et de la
disponibilité des moyens de production, ainsi que du
(industriel, tertiaire, résidentiel). La consommation
contexte européen. RTE publie également, depuis
agrégée des secteurs tertiaire et résidentiel (majo-
mi-octobre, une synthèse hebdomadaire de l’évolu-
ritaire en volume) a notamment été 6 % à 7 % plus
tion de la consommation, pour suivre cet indicateur de
faible en novembre et décembre que son niveau
manière régulière, dans un contexte d’incitation à la
de 2021 (ce qui représente environ 7 TWh). La
sobriété énergétique promus par les pouvoirs publics
consommation de la grande industrie a baissé de et plus largement par la Commission européenne.
15 % sur les quatre derniers mois de l’année (envi-
ron 2 à 3 TWh). Dans les secteurs industriels de

9
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

malgré le bouclier tarifaire concernant les tarifs de températures ont été plus élevées que les normales
l’électricité pour les particuliers, la pression infla- de saison sur la plupart de l’année. La température
tionniste pesant sur le budget global des ménages moyenne sur l’année a atteint 14,5° C, soit 1,6° C
a pu inciter aux économies même en l’absence de au-dessus des normales saisonnières calculées sur
réévaluation des tarifs. Dans le même temps, la la période 1991-2020.
mobilisation nationale réussie en faveur des éco-
nomies d’énergie de la part des particuliers et des Ces températures très élevées, en particulier lors des
entreprises a joué un rôle important. épisodes de canicule et de sécheresse de l’été, ont eu
un effet notable sur le système électrique, en ce qui
1.3 Une consommation brute en nette concerne notamment les stocks hydrauliques ou les
baisse en lien avec des températures dérogations rendues nécessaires concernant les tem-
exceptionnellement élevées pératures de rejet de l’eau des centrales nucléaires
À la baisse de la consommation liée à la crise énergé- sur certaines périodes (voir partie Production). L’effet
tique et aux efforts en faveur des économies d’énergie, est également remarquable sur la consommation
visibles dans l’analyse de la consommation corrigée brute d’électricité, notamment sur l’automne et l’hiver,
du climat détaillée dans la partie précédente, s’ajoute avec la réduction des besoins de chauffage. Le mois
celle liée à l’effet des conditions climatiques anormale- d’octobre, en particulier, a été le plus chaud jamais
ment chaudes. Ainsi, la réduction de la consommation enregistré depuis 19005. L’été a également été parti-
brute, c’est-à-dire non corrigée des effets du climat, culièrement chaud (derrière seulement l’été 2003), ce
est encore plus marquée. Elle s’est élevée en 2022 à qui a eu un léger effet haussier sur la consommation
452,8 TWh, soit une réduction de 4 % par rapport à liée à l’usage de la climatisation. En revanche, certaines
2021 (et de 4 % par rapport à 2019). journées particulièrement froides en hiver ont tout de
même engendré des pics de consommation dépas-
L’année 2022 a été l’année la plus chaude depuis sant les 80 GW, avec un maximum annuel observé de
le début du XXe siècle, détrônant l’année 2020 87,3 GW le 14 janvier 2022 à 9 h 30 (contre un maxi-
qui détenait précédemment ce record4. Les mum en 2021 de 88,7 GW le 11 janvier à 19 h 00).

Figure 5 : Consommation annuelle brute d’électricité en France en TWh

474,1 482,5 480,8 477,1 471,9 471,5


500 462,7 452,8
448,5

400

300
TWh

200

100

0
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

4. Météo France, bilan climatique annuel 2022 2022 : les bilans climatiques | Météo-France ([Link])
5. Météo France, bilan climatique annuel 2022

10
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 6 : Température de référence et températures réalisées (sur la base de données Météo-France)

30
Température de référence
Température réalisée
25

20

15
°C

10

0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

Figure 7: Température moyenne mensuelle pour 2021 et 2022 (sur la base de données Météo-France)

25
2022
2021
20

15
°C

10

0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre
+

Pourquoi corriger la consommation du climat ?


EN SAVOIR PLUS

La consommation corrigée du climat est la consommation qui aurait eu lieu si les températures avaient
été alignées sur les températures normales pour la période. Ce calcul est réalisé chaque année sur les
données de consommation. De cette manière, il est possible d’identifier les variations de consomma-
tion dues à des tendances structurelles (démographie, activité économique) ou à la conjoncture (crise
sanitaire, efforts de sobriété…) de ce qui relève uniquement des variations de température et de la
thermo­sensibilité du système électrique français. Par exemple, si lors d’une semaine d’hiver les tempé-
ratures sont plus élevées que la normale, la consommation brute (c’est-à-dire non corrigée) sera plus
faible que la consommation ramenée aux températures normales.

11
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

1.4 En 2022, une consommation deuxième règlement fixe un objectif contraignant


en baisse également dans de réduction de consommation d’électricité de 5 %
d’autres pays européens sur les heures de pointe.
Comme pour la France, la consommation électrique
des autres pays de l’Union européenne a été forte- Afin d’atteindre ces objectifs, des plans de sobriété
ment affectée par la crise énergétique en 2022. ont été déclinés par chacun des pays européens. Ces
plans visent à réduire la consommation énergétique
Dans chaque pays, les pouvoirs publics ont mis en globale et portent, entre autres, sur les tempéra-
place des mesures variées de protection qui ont tures de consigne de chauffage et de climatisation,
permis de limiter dans différentes proportions les la réduction des horaires d’ouverture des commerces
répercussions de la crise sur les prix à destination (en Espagne, certaines enseignes doivent fermer plus
des consommateurs finals. À titre de comparaison, tôt), ou la régulation de l’éclairage public (par exemple,
les augmentations de prix constatées par Eurostat en Allemagne, les monuments qui ne contribuent pas
pour les consommateurs résidentiels entre fin 2021 à la sécurité routière ne peuvent plus être illuminés)7.
et début 2022 étaient de 37,9 % pour l’Italie, 32,2 %
pour l’Espagne, 25 % pour la Belgique contre 7,2 % Enfin, les conditions climatiques ont également été
pour la France et 2,7 % pour l’Allemagne6. exceptionnelles chez les autres pays européens.
L’année 2022 est l’année la plus chaude observée
Des mesures incitant aux économies d’énergie ont depuis 1881 en Allemagne, depuis 2020 en Belgique
également été largement partagées. Ainsi, l’Union (qui était l’année la plus chaude depuis 1833), depuis
européenne a adopté deux règlements incitant à 1916 en Espagne et depuis 1800 en Italie8.
une réduction volontaire de la consommation de
gaz naturel de 15 % sur la période août 2022 - mars 1.5 Évolution de la demande
2023 et à une réduction volontaire de la consom- d’électricité par secteur
mation globale d’électricité de 10 % sur la période La consommation d’électricité a connu une phase
décembre 2022 - mars 2023. En complément, le de relative stabilité au cours de la décennie 2010,

Figure 8 : Évolution de la consommation d’électricité en France, par secteur, entre 2005 et 2019

500

450

400

350

300
TWh

250

200

150  ranche
B
énergie
100 Agriculture
Industrie
50 Transports
Tertiaire
0 Résidentiel
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

6.  ttps://[Link]/eurostat/fr/web/products-eurostat-news/-/ddn-20221031-1
h
7. [Link]
8. [Link]

12
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

après avoir traversé une période de forte crois- consommatrice d’électricité que l’activité indus-
sance lors de la seconde moitié du XXe siècle. Cette trielle, ainsi que de la modification du tissu industriel
stabilisation masque des dynamiques sectorielles français (stagnation de l’industrie manufacturière et
de consommation diverses, et qui se compensent évolutions structurelles en faveur d’une industrie de
dans une certaine mesure. haute technologie). La diminution de la consomma-
tion de l’industrie a ainsi été hétérogène selon les
1.5.1 Résidentiel : Une consommation en légère sous-secteurs. La baisse a été plus importante pour
hausse mais qui restera maîtrisée à l’avenir les industries du papier et du carton (-4,5 TWh), de
Le principal secteur consommateur d’électricité la chimie minérale (-3,5 TWh) et de la sidérurgie
en France est le secteur résidentiel. Sa part dans (-2,6 TWh). La sidérurgie reste cependant le deu-
la consommation a augmenté de 29 % à 34 % xième secteur industriel le plus consommateur en
depuis 2005 sous l’effet du développement du 2019, derrière l’industrie agroalimentaire.
chauffage électrique et de la diffusion d’appa-
reils électroniques et informatiques, ceci malgré la Selon les trajectoires analysées par RTE9, la
réduction des besoins d’énergie pour l’éclairage et consommation de l’industrie sera amenée à évo-
les appareils électroménagers grâce aux progrès luer à la hausse dans les années à venir, sous les
de l’efficacité énergétique. Le chauffage électrique effets de l’électrification de certains procédés, voire
représente une part importante dans la demande des relocalisations, qui ne seront que partielle-
électrique de ce secteur puisqu’il représente à lui ment compensées par la progression de l’efficacité
seul 28 % de la consommation d’électricité rési- énergétique et par les effets liés à l’évolution de la
dentielle en 2019. structure de production vers des industries moins
intensives en énergie.
Du fait des progrès avérés dans l’efficacité éner-
gétique des appareils et des réglementations 1.5.3 Tertiaire : une demande stable qui recèle
contraignantes à ce sujet au niveau européen, en un fort potentiel d’efficacité énergétique
tenant compte des objectifs publics concernant les La consommation du secteur tertiaire a dépassé
rénovations thermiques des bâtiments (voir partie celle de l’industrie à partir de 2009 et reste depuis
Électrification des usages), la consommation du le deuxième secteur consommateur d’électricité. La
secteur résidentiel devrait rester maîtrisée dans consommation du tertiaire a été marquée par une
les années à venir, et ce malgré la hausse atten- dynamique haussière pendant plusieurs décennies,
due des consommations pour la ventilation et la dérivant de la tertiarisation de l’activité écono-
climatisation. mique combinée à l’essor de nouveaux usages de
l’électricité (électrification des usages thermiques,
1.5.2 Industrie : une consommation en baisse développement de la bureautique…). Cependant,
depuis plusieurs années mais dont la tendance la demande du secteur est stable depuis 2010,
pourra s’inverser du fait de l’électrification sous l’effet de plusieurs effets contrastés (efficacité
La structure de la consommation d’électricité a énergétique, développement des TIC…). Comme
reflété les profondes mutations de l’économie fran- pour le résidentiel, une part importante de la
çaise sur la période observée. La consommation de consommation est liée aux besoins de chauffage.
l’industrie a notamment baissé au cours des der- Le secteur tertiaire recèle un fort gisement d’effica-
nières décennies pour des raisons structurelles, cité énergétique, dont l’exploitation pourra conduire
en raison d’un mouvement de désindustrialisation à une progressive diminution de la consommation
conduisant à la fermeture de certaines indus- du secteur, même en tenant compte du dévelop-
tries très intensives en énergie, de la poursuite de pement des usages numériques (data centers,
la tertiarisation de l’activité économique, moins TIC…)10.

9. « Futurs énergétiques 2050 », Chapitre 3, « La consommation », RTE, 2022


10. « Futurs énergétiques 2050 », Chapitre 3, « La consommation », RTE, 2022

13
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

1.5.4 Transports : une augmentation des pour le système électrique à l’horizon 203512 et ana-
consommations d’électricité à l’avenir pour lysé plusieurs trajectoires de développement de la
remplacer les énergies fossiles mobilité électrique à ­l’horizon 205013.
Aujourd’hui, la consommation d’électricité du sec-
teur des transports est essentiellement liée au 1.5.5 Le développement de l’hydrogène
transport ferroviaire et aux transports en commun bas carbone : une consommation très faible
sur rail. Elle est restée relativement stable, autour aujourd’hui mais amenée à augmenter fortement
de 13 TWh, pendant plusieurs années. Depuis Aujourd’hui, la consommation d’hydrogène trouve
quelques années, la dynamique d’électrification avant tout des débouchés industriels, dont le
de la mobilité s’accélère : les véhicules tout élec- raffi­nage pétrolier et la production d’engrais. Cet
triques et hybrides rechargeables ont représenté hydrogène est produit majoritairement par vapore-
18,5 % du marché en 2022 (contre 15 % en 2021), formage à partir de combustibles fossiles, avec
avec près de 346 000 immatriculations sur envi- l’émission de 9 kg de CO2 pour chaque kilogramme
ron 1,9 millions de véhicules légers (particuliers et d’hydrogène produit. Dans le cadre d’un sys-
utilitaires légers) mis en circulation sur l’année11. Ils tème électrique peu carboné, l’électrolyse de l’eau
représentent entre 1 et 2 TWh de la consommation représente une alternative bas-carbone pour la pro-
d’électricité en 2022, selon une estimation de RTE. duction d’hydrogène à grande échelle. L’hydrogène
permet de décarboner des secteurs ou l’électrifica-
L’électrification de la mobilité va se poursuivre sous tion directe est difficile ou onéreuse. Son potentiel
l’effet des mesures incitatives et des réglementations en tant que « stockage d’électricité » (via le power-
françaises et européennes pour se passer des com- to-gas-to-power) en fait également un élément de
bustibles fossiles dans les transports, notamment la flexibilité pour le système électrique, complémen-
fin de la vente de voitures neuves thermiques à partir taire au développement des énergies renouvelables.
de 2035. RTE a publié une analyse approfondie des Ainsi, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC)
enjeux du développement de la mobilité électrique intègre une croissance de la production et de la

Figure 9 : Décomposition sectorielle de la consommation électrique française en 2019 sous la forme d’un diagramme de Sankey.
Les secteurs industriels sont agrégés pour faciliter la lecture.

Autres usages résidentiels

Résidentiel dont chauffage résidentiel

dont eau chaude sanitaire résidentielle


dont climatisation résidentielle

Autres usages tertiaires


Tertiaire
Consommation
dont chauffage tertiaire
dont eau chaude sanitaire tertiaire
dont climatisation tertiaire
Industrie Métallurgie
Industries diverses
Chimie et parachimie
Agriculture Industrie agroalimentaire
Transports Sidérurgie
Minéraux et Matériaux
Branche énergie (hors pertes) Construction automobile
Pertes

11. D onnées AVERE


12. « Enjeux du développement de la mobilité électrique pour le système électrique », RTE, 2019
13. « Futurs énergétiques 2050 », Chapitre 3, « La consommation »

14
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

consommation d’hydrogène dans ses scénarios, qui notamment en Europe sous l’effet d’objectifs clima­
représente une consommation d’électricité d’environ tiques plus ambitieux (baisse des émissions de
50 TWh à l’horizon 2050. Le rôle du développement 55 % en 2030, neutralité carbone en 2050).
des électrolyseurs sur la consommation et la flexibi-
lité du système électrique a été identifié et précisé Les orientations actuelles prises par la France
par RTE dans plusieurs rapports14. La perspective (SNBC, Plan Hydrogène, politiques sectorielles)
de décarbonation des usages actuels de l’hydro- conduisent RTE à considérer, au sein des Futurs
gène, combinée au fort potentiel de l’hydro­gène en énergétiques 2050 publiés à l’automne 2021,
tant que combustible décarboné pour le remplace- différentes perspectives d’évolution de la consom-
ment des combustibles fossiles, a conduit plusieurs mation d’électricité. Malgré l’intégration de mesures
états européens (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, d’efficacité énergétique (par effet mécanique
Belgique et France) à se doter de plans stratégiques associé à l’électrification, poursuite du rythme ten-
pour la production d’hydrogène. danciel d’amélioration de l’efficacité des appareils
électriques, et accélération forte de la rénovation
1.5.6 Les trajectoires prospectives de thermique des bâtiments), ces trajectoires sont
consommation sont orientées à la hausse dans toutes orientées à la hausse à l’horizon 2050
le cadre de la décarbonation de l’économie et par rapport aux niveaux actuels : de 555 TWh à
l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050 755 TWh en fonction des perspectives de sobriété
Au cours des dernières années, les perspectives ou de réindustrialisation, avec une vision centrale à
d’évolution de la consommation d’électricité ont 645 TWh.
été revues à la hausse partout dans le monde et

14. « Futurs énergétiques 2050 », Chapitre 3, « La consommation » et Chapitre 7, « La sécurité d’approvisionnement », RTE, 2022, et « La transition vers un
hydrogène bas carbone », RTE, 2020.

15
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2. Production

2.1 Une production totale à son plus bas Le volume total de production a atteint
niveau depuis 1992, en raison de la faible 445,2 TWh, ce qui représente une baisse d’en-
production nucléaire et hydraulique viron 15 % par rapport à l’année précédente
Dans le contexte particulier qui a caractérisé ­l’année (-77 TWh). Il s’agit du niveau le plus faible
2022, la production d’électricité en France s’est écar- depuis 1992, alors que le parc nucléaire n’était
tée de ses valeurs historiques, à la fois du point de vue pas totalement en service15.
du volume que de la répartition entre filières.

Figure 10 : Production totale d’électricité en France entre 1995 et 2022

528,1 TWh 547,5 TWh 536,0 TWh 499,7 TWh 522,4 TWh 445,2 TWh Production totale

88,5 % 91,7 % 91,0 % 91,3 % 91,4 % 87,3 % Part décarbonée


600

500 Solaire : +4 TWh


Éolien : +1 TWh
400 Charbon : -1 TWh
Gaz : +11 TWh  hermique
T
TWh

300 Hydraulique : -12 TWh renouvelable


et déchets
Solaire
200 Éolien en mer
Nucléaire : -82 TWh Éolien terrestre
Fioul
100 Charbon
Gaz
Hydraulique
0 Nucléaire
2017 2018 2019 2020 2021 2022

Figure 11 : Production totale d’électricité en France en 2022 et répartition par filière

Nucléaire
279,0 TWh / 63 %

Éolien (terrestre et en mer) 38,1 TWh / 9 % Hydraulique Gaz


49,6 TWh / 11 % 44,1 TWh / 10 %
Solaire 18,6 TWh / 4 %

Thermique renouvelable et déchets Charbon Fioul


10,6 TWh / 2 % 2,9 TWh 2,2 TWh
<1% <1%
Autres
Production totale : 445,2 TWh 0,1 TWh
<1%

15. S
 ix réacteurs ont été mis en service depuis 1992 (Penly 2, Golfech 2, Chooz B 1, Chooz B 2, Civaux 1, Civaux 2) et deux réacteurs ont été arrêtés
(Fessenheim 1 et Fessenheim 2).

16
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Ceci est le reflet de la faible disponibilité du parc (0,5 GW). Le parc hydraulique a également évolué
nucléaire, dont la production a baissé de 82 TWh à la marge (+0,1 GW).
par rapport à 2021, ainsi que des contraintes sur la
production hydraulique (-12 TWh). La baisse de la Le parc nucléaire s’est maintenu à son niveau de
production de ces deux filières a été partiellement 61,4 GW, atteint en 2020 après la fermeture des
compensée par l’augmentation de la production deux réacteurs de la centrale de Fessenheim.
renouvelable (+4 TWh pour le solaire et +1 TWh
pour l’éolien) et de la production à partir de gaz En ce qui concerne le parc thermique, l’année 2022
(+11 TWh), et par ailleurs par un recours accru aux a vu la mise en service du cycle combiné gaz de
importations (voir partie Échanges) et par la baisse Landivisiau d’une puissance de 0,4 GW.
de la consommation. Le volume de production sur
l’année s’est révélé par ailleurs inférieur à celui de Au cours des prochaines années, le parc de produc-
2020 (-50 TWh), alors que ce niveau de 2020 tion sera amené à se transformer en profondeur.
avait été le plus bas enregistré depuis 20 ans. Dans les prochains mois, la Stratégie Française
Énergie Climat (SFEC), qui constituera la feuille
2.2 Le parc de production décarbonée de route de la France pour atteindre la neutralité
progresse, principalement tiré par carbone en 2050, sera remise à jour et redéfinira
les filières renouvelables terrestres les nouveaux objectifs de politique énergétique
et marines du pays. En amont, une concertation nationale
Le parc français a poursuivi son évolution en 2022 concernant le mix énergétique s’est déroulée entre
grâce à la progression des filières renouvelables. octobre 2022 et janvier 2023 à l’initiative du minis-
La puissance installée a atteint 144,3 GW au tère de la transition énergétique et alimentera les
31 décembre, soit une augmentation de 5,6 GW discussions parlementaires qui démarreront en
en un an, dont 5 GW de puissance éolienne et 2023 en vue de la prochaine Loi de programme
solaire. En particulier, le parc solaire photovol- énergie climat (LPEC). Une fois adoptée, cette loi
taïque a atteint 15,7 GW au 31 décembre 2022 fixera notamment les orientations de la nouvelle
(+2,6 GW en un an), le parc éolien terrestre a atteint Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE
20,6 GW (+1,9 GW) et le premier parc éolien en 3) qui précisera, pour la période 2024-2033, les
mer en France a été mis en service à Saint-Nazaire objectifs d’évolution du mix énergétique en France.

Figure 12 : Évolution du parc français de production d’électricité en 2022

Parc solaire Parc éolien Parc éolien Parc thermique Parc hydraulique Parc thermique Parc nucléaire
terrestre en mer fossile renouvelable
et déchets

+2,6 GW +1,9 GW +0,5 GW +0,4 GW +0,1 GW +0 GW +0 GW


3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0 3,0

2,5 2,5 2,5 2,5 2,5 2,5 2,5

2,0 2,0 2,0 2,0 2,0 2,0 2,0

1,5 1,5 1,5 1,5 1,5 1,5 1,5

1,0 1,0 1,0 1,0 1,0 1,0 1,0

0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5

0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Autre : +0,1 GW

17
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.3 Nucléaire : une production 39,4 GW de disponibilité en moyenne au cours du


historiquement faible sur l’année 2022 mois de décembre (36 % du parc à l’arrêt), tout en
restant nettement en-deçà des niveaux des années
2.3.1 Le niveau de production le plus faible précédentes. La concentration des différents arrêts
depuis 1988 durant l’été a néanmoins permis de maximiser la
La production du parc nucléaire français a fortement disponibilité lors de la période hivernale.
baissé en 2022 par rapport aux années précé-
dentes, avec un volume produit de 279 TWh (soit Un niveau de production aussi faible sur l’année
62,7 % de la production totale) contre 360,7 TWh n’avait jamais été atteint depuis la fin du déve-
en 2021 et 379,5 TWh en 2019. La production loppement du parc nucléaire existant. Il se situe,
est également inférieure à celle de l’année 2020 dans l’absolu, au niveau le plus bas observé depuis
(335,4 TWh), pourtant une année hors norme du 1988. Cette année-là, la puissance nucléaire ins-
fait de la crise sanitaire. tallée ne représentait que 51 GW, soit 83 % de la
puissance installée actuellement (pour 8 réacteurs
Ce faible niveau de production découle d’une dis- en moins).
ponibilité historiquement faible du parc au cours
de l’année. L’écart avec les années précédentes a 2.3.2 Des indisponibilités planifiées dans
été particulièrement marqué au cours de la période le cadre du Grand Carénage, subissant encore
estivale, pendant laquelle se sont concentrés les des répercussions de la crise sanitaire
arrêts pour maintenance et contrôles liés au phéno- Des arrêts réguliers et programmés plusieurs
mène de corrosion sous contrainte, dans le but de années en avance sont nécessaires pour l’en-
maximiser la capacité de production au cours des semble des réacteurs français, en particulier pour
périodes les plus froides. En particulier, la disponi- des rechargements de combustible (généralement
bilité a atteint un minimum historique de 21,7 GW tous les 12 à 18 mois pour une durée de l’ordre
le 28 août 2022, avec 65 % du parc nucléaire à de 40 jours16) ainsi que des visites permettant
l’arrêt, avant de remonter en fin d’année, avec un réexamen de sûreté du réacteur : des visites

Figure 13 : Production nucléaire annuelle entre 1995 et 2022

450

400

350

300
TWh

250

200

150

100

50

0
95

96

97

98

99

00

01

02

03

04

05

06

07

08

09

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22
19

19

19

19

19

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

16. D
 urée prévisionnelle habituellement déclarée par EDF sur les années précédentes dans le cadre du règlement Transparence. Les durées effectives
peuvent varier.

18
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

partielles (tous les 3 à 4 ans, d’une durée de près En effet, il a été constaté une augmentation des
de 3 mois et combinées au rechargement de com- durées des visites décennales programmées au
bustible) et des visites décennales (tous les 10 ans, cours de l’année 2022. De plus, quatre réacteurs
d’une durée minimale de 6 mois). du palier 900 MW ont effectué leur quatrième
visite décennale «(VD4) au cours de l’année
Dans le cadre du programme du Grand Carénage, (Gravelines 3, Dampierre 2, Tricastin 3 et Blayais 1)
engagé depuis 2014 par EDF, des travaux de et de manière simultanée, ce qui constitue un fait
maintenance ou d’améliorations pour prolonger inédit. Cette densification des opérations de main-
la durée de vie et la sûreté des réacteurs ont lieu, tenance devrait se maintenir au cours des années
majoritairement lors des 4es visites décennales. Ils à venir : en 2023 par exemple, cinq VD4 sont pré-
concernent le changement de gros composants du vues simultanément.
réacteur comme les générateurs de vapeur, ou l’in-
troduction de nouvelles installations pour renforcer À ce planning déjà contraint se sont ajoutés les
la sûreté17, et rendent les opérations plus longues effets de la crise sanitaire survenue en mars 2020,
et plus complexes. qui a conduit au décalage d’un certain nombre
d’arrêts programmés prévus cette année-là, avec
Le positionnement des arrêts programmés obéit des répercussions en 2021 et 2022.
à la fois à des logiques de sûreté des réacteurs,
d’orga­nisation industrielle (composants/interve- 2.3.3 Des indisponibilités imprévues du fait
nants), ainsi qu’à la nécessité de maintien d’un du phénomène de corrosion sous contrainte
niveau de disponibilité suffisant pour garantir la Fin 2021, un aléa générique a été caractérisé sur
sécurité d’approvisionnement. Ces arrêts sont les réacteurs les plus récents du parc nucléaire,
donc échelonnés dans le temps, et prévus généra- concernant la fissuration de certaines tuyauteries
lement hors des périodes hivernales. auxiliaires au circuit primaire et attribuable à un
phénomène de corrosion sous contrainte. Le phé-
Dans l’édition 2019 du Bilan prévisionnel publié nomène a d’abord été détecté en octobre sur le
avant la crise sanitaire18, RTE avait identifié les réacteur 1 de la centrale de Civaux (1 450 MWe),
hivers 2021-2022 et 2022-2023 comme étant lors de contrôles réalisés dans le cadre de la visite
particulièrement contraints du point de vue de la décennale du réacteur19. En novembre 2021, le
sécurité d’approvisionnement. Au-delà des incer- réacteur 2 de la centrale de Civaux a été arrêté
titudes concernant la mise en service de l’EPR de manière préventive, anticipant l’échéance de
de Flamanville, ceci résultait du positionnement sa deuxième visite décennale, pour réaliser des
de quatre visites décennales affectant la période contrôles20 qui ont mené à la détection du même
du cœur de l’hiver 2021-2022 en cas d’allonge- problème. Mi-décembre, EDF a communiqué les
ment de ces arrêts de deux mois, et de trois visites résultats des analyses menées sur les tuyauteries
décennales planifiées sur le mois de janvier 2023. concernées, qui ont révélé que la fissuration était
Par ailleurs, la tendance au rallongement de la provoquée par un phénomène de corrosion sous
durée des arrêts et l’augmentation des arrêts hors contrainte (CSC). Entre décembre 2021 et janvier
visites décennales avaient été identifiés à l’époque 2022, le phénomène a été identifié également
comme un facteur pouvant affecter la disponibilité dans les deux réacteurs de la centrale de Chooz, de
des réacteurs les années suivantes. même technologie que ceux de Civaux21 (palier N4,

17.  n exemple est la construction d’un récupérateur de corium sous chacun des réacteurs.
U
18. Publié le 1er mars 2020.
19. Phénomène de corrosion sous contrainte détecté sur certains réacteurs - 04/11/2022 - ASN
20. Les contrôles étant invasifs (découpe de tuyauterie), ils ne pouvaient pas être menés sur un réacteur en fonctionnement et nécessitaient le remplacement
de la portion de tuyauterie concernée par les fissures avant que les réacteurs soient remis en fonctionnement. EDF a dévoilé en juillet 2022 sa stratégie
visant à contrôler d’ici 2025 l’ensemble des réacteurs et affirmé l’ambition de mettre en œuvre des contrôles non destructifs, par ultra-sons, de manière
systématique à partir de janvier 2023. Note d’information d’EDF, mise à jour du 27 juillet 2022
21. Les paliers regroupent des réacteurs homogènes. En effet, même si tous les réacteurs du parc français reposent sur la même technologie, des évolutions
ont été introduites au fil du temps.

19
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

1 450 MWe), arrêtés de manière préventive, et dans avait été détectée, et Cattenom 4, qui ne présen-
le réacteur 1 de Penly (palier P’4, 1 300 MWe), déjà tait pas de CSC). EDF a indiqué que le traitement
arrêté pour visite décennale. de tous les réacteurs des paliers N4 et P’4 sera
complété d’ici fin 2023. Les réacteurs des paliers
EDF a alors établi une stratégie de contrôle des 900 MW et P4 n’ayant pas déjà été contrôlés en
autres réacteurs du parc, soit lors d’arrêts déjà 2022 le seront entre 2023 et 2024 lors des visites
programmés, soit lors d’arrêts spécifiques, jugée programmées23.
« appropriée » par l’ASN fin juillet 2022. Ceci a
conduit à la mise à l’arrêt d’une partie importante En début d’année 2022, pour limiter le nombre de
du parc, en vue de réaliser des investigations pous- réacteurs à l’arrêt dans une période à fort enjeu
sées et de stabiliser un diagnostic d’une part, et pour le système électrique, certains arrêts pour
afin de procéder à des réparations sur les réacteurs maintenance programmée ont été décalés. Cette
pour lesquels le défaut a été jugé inacceptable optimisation des plannings par l’exploitant a per-
d’autre part. À la suite des investigations réalisées, mis de maximiser la disponibilité du parc durant la
EDF a indiqué que les réacteurs les plus sen- période hivernale.
sibles au phénomène étaient ceux des paliers N4
(4 réacteurs, de 1 450 MWe) et P’4 (12 réacteurs Les arrêts en lien avec les contrôles vis-à-vis du
de 1 300 MWe), à la fois les plus récents et les plus phénomène de corrosion sous contrainte ont for-
puissants du parc nucléaire français, qui n’étaient tement affecté les prévisions de disponibilité du
pas concernés de manière prioritaire par le Grand parc nucléaire au cours de l’année, à mesure de
Carénage du parc et les opérations de prolonga- l’avancée des contrôles et analyses réalisés par l’ex-
tions de la durée de vie des centrales. ploitant. À titre d’exemple, la disponibilité moyenne
planifiée pour août 2022 était de 44,9 GW vue du
Sur ces seize réacteurs N4 et P’4, dix ont fait ­l’objet 1er octobre 2021, de 40,9 GW vue du 1er février
d’examens en 2022, dont trois pour lesquels le 2022 et a finalement atteint 26,4 GW. La réactua-
traitement est terminé22 (Civaux 1 et 2, où une CSC lisation des déclarations de disponibilité nucléaire a

Figure 14 : Puissance nucléaire indisponible par mois entre novembre 2021 et décembre 2022 et décomposition par cause,
pour les réacteurs concernés par les contrôles liés au phénomène de corrosion sous contrainte. Les allongements des arrêts
programmés peuvent être dus aux contrôles liés à la corrosion sous contrainte mais également à d’autres déterminants.

25 Indisponibilité totale
en GW des réacteurs
contrôlés ou réparés
20 pour CSC
Indisponibilité
due à des arrêts
15 spécifiques
Indisponibilité due
à des allongements
GW

10 des arrêts
programmés par
rapport au planning
5
Maintenances
planifiées dès 2021
0 Indisponibilité
réduite grâce à
des reports de
-5 maintenance
nov. 21 déc. 21 jan. 22 fév. 22 mars 22 avr. 22 mai 22 juin 22 juil. 22 août 22 sept. 22 oct. 22 nov. 22 déc. 22

22. N ote d’information d’EDF, mise à jour du 16 décembre 2022 et Note d’information d’EDF, mise à jour du 3 novembre 2022
23. Note d’information d’EDF, mise à jour du 3 novembre 2022

20
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 15 : Disponibilité journalière prévisionnelle en 2022 déclarée par l’exploitant à plusieurs échéances, et disponibilité effective (la
disponibilité déclarée ne tient pas compte, par nature, des arrêts fortuits)

70

60

50

40
GW

30

20
Disponibilité déclarée au 1er octobre 2021 Disponibilité déclarée au 1er janvier 2022
10 Disponibilité déclarée au 1er avril 2022 Disponibilité déclarée au 1er juillet 2022
Disponibilité déclarée au 1er ocotbre 2022 Disponibilité effective
0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

eu un impact direct sur l’évolution des prix spot et Fin décembre, du fait des conditions de marché
des prix à terme (voir partie Prix). atypiques avec une consommation d’électricité et
des prix extrêmement bas, la disponibilité effective
La disponibilité du parc nucléaire a évolué dans a de nouveau baissé. En effet, dans cette configura-
l’enveloppe prévue par RTE dans l’étude saison- tion très favorable pour l’équilibre offre-demande,
nière sur l’hiver24. À partir de fin novembre, elle des arrêts courts ont été réalisés par l’exploitant
s’est avérée légèrement supérieure à la prévision dans une logique d’optimisation de la performance
centrale de mi-novembre car de nombreux réac- globale du parc nucléaire, sans incidence sur la
teurs avaient été redémarrés à ce moment-là. sécurité d’approvisionnement.

Figure 16 : Disponibilité nucléaire mensuelle moyenne entre 2015 et 2022

70

60

50

40
GW

30

20

10
Enveloppe 2015-2019   2020   2021   2022
0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

24. RTE- Analyse pour l’hiver 2022-2023

21
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Ainsi, les scénarios les plus dégradés pour le Sur la base d’une analyse des déclarations d’indis-
système électrique ont pu être évités même si ponibilité et de leur évolution au cours du temps,
la disponibilité du parc nucléaire est restée à un il est possible de distinguer les effets du Grand
niveau inférieur à celle des années précédentes sur Carénage de ceux de la crise sanitaire, intégrés
la même période. dans les plannings, ainsi que les allongements des
durées d’indisponibilité par rapport aux plannings
2.3.4 Décomposition des indisponibilités déclarés, liées en partie à la découverte de la CSC
nucléaires en 2022 et aux contrôles et réparations associés. Ces der-
Les indisponibilités du parc nucléaire relèvent, en nières ont eu un effet significatif sur la disponibilité
2022, de différents facteurs qui, combinés, ont du parc (voir ci-après).
représenté environ 14 GW de puissance indispo-
nible en moyenne sur l’année 2022 : Sur la totalité de l’année, les centrales nucléaires
• augmentation du rythme et de la longueur des présentant le taux d’indisponibilité le plus fort sont
arrêts pour maintenance dans le cadre du pro- donc celles qui ont été soumises à des contrôles
gramme de Grand Carénage ; et des réparations en lien avec la corrosion sous
• perturbation du calendrier des arrêts pour main- contrainte. Les centrales de Chooz et de Civaux en
tenance du fait de la crise sanitaire ; particulier (palier N4) ont été indisponibles durant
• découverte du phénomène de corrosion sous toute l’année 2022.
contrainte (CSC).

Figure 17 : Facteurs explicatifs de l’indisponibilité du nucléaire en 202225

Période 2017-2019 Année 2022


Maintenances courantes Maintenance courante
et grand carénage et augmentation du rythme
Arrêts spécifiques pour
70 (moyenne 2017-2019) Interruptions fortuites et 70 du grand carénage en 2022
CSC et allongement
Maintenances
allongement des arrêts programmés décalées du fait des arrêts programmés
60 -9,9 pour maintenance 60 du COVID-19 pour les réacteurs concernés Interruptions fortuites
-10,5 par les contrôles CSC et allongement des arrêts
50 -5,5 50 -2,8 programmés pour maintenance
-10,2 (hors contrôles CSC)
40 40
GW

GW

-3,9
63,1 61,4
30 30
53,2 50,9
47,8 48,1
20 20 37,9 34,1

10 10

0 0
Puissance nucléaire Puissance Puissance disponible Puissance nucléaire Puissance Puissance Puissance théoriquement Puissance
installée théoriquement après prise en compte installée en 2022 théoriquement théoriquement disponible après prise disponible après
disponible après des arrêts fortuits (sans Fessenheim) disponible après disponible après en compte des arrêts et prise en compte
prise en compte (avant modulation*) prise en compte prise en compte allongements des durées des arrêts fortuits
des maintenances des maintenances des perturbations d’arrêts programmés (avant modulation*,
programmées avant le COVID-19 des calendriers de (pour les réacteurs estimation pour 2022)
maintenance dues concernés par
au COVID-19 les contrôles CSC**)

* Ces valeurs ne tiennent pas compte des modulations du parc (limitations et arrêts) pour des contraintes environnementales,
sociales et réglementaires, de profil de consommation, de fourniture des services systèmes et d’optimisation.
** CSC : Corrosion Sous Contrainte

25. D
 ans ces chiffres, il n’est pas pris en compte les modulations du parc (limitations et arrêts) pour des contraintes environnementales, sociales et
réglementaires, de profil de consommation, de fourniture des services systèmes et d’optimisation. Les chiffres issus des plannings de maintenance sont
obtenus au 1er décembre de l’année précédente.

22
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 18 : Heatmap de l’indisponibilité totale par centrale et par mois de l’année. Vert = 0 % et Rouge = 100 % d’indisponibilité.
Le nom des centrales est coloré en violet si la centrale a été contrôlée en lien avec le phénomène de CSC en 2022.

Centrale Jan. Fév. Mars Avr. Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.
Belleville (2,6 GW)
Blayais (3,6 GW)
Bugey (3,6 GW)
Cattenom (5,2 GW)
Chinon (3,6 GW)
Chooz (3 GW)
Civaux (3 GW)
Cruas (3,7 GW)
Dampierre (3,6 GW)
Flamanville (2,7 GW)
Golfech (2,6 GW)
Gravelines (5,5 GW)
Nogent (2,6 GW)
Paluel (5,3 GW) Niveau d’indisponibilité :
0% 100 %
Penly (2,7 GW)
St Alban (2,7 GW)
 entrale contrôlée
C
St Laurent (1,8 GW) en lien avec
le phénomène
Tricastin (3,7 GW)
de CSC en 2022

23
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

FOCUS

Dérogations sur les rejets thermiques des centrales nucléaires


lors d’épisodes de canicule
Au cours de l’été 2022, dans un contexte de ten- des conditions météorologiques et de l’état du
sion sur la sécurité d’approvisionnement du fait ­système électrique :
de la faible disponibilité des réacteurs nucléaires • un premier seuil de température s’appliquant de
combinée à des épisodes caniculaires, certaines manière habituelle ;
centrales ont obtenu une dérogation pour conti- • un second seuil s’appliquant lors de tempéra-
nuer à fonctionner malgré des températures tures élevées, lorsqu’une production minimale
situées au-dessus des seuils réglementaires pour des centrales est requise pour assurer la sécurité
raisons environnementales des cours d’eau utilisés du système électrique, et activé à la demande
pour le refroidissement. de RTE.

En effet, les centrales nucléaires situées en bord Les épisodes de canicule en juillet et août 2022 ont
de mer ou de cours d’eau utilisent ces sources nécessité un encadrement exceptionnel des rejets
d’eau froides pour refroidir la vapeur d’eau en de certaines centrales, au-delà du second seuil, car
sortie des turbines qui permettent de produire le respect de celui-ci n’aurait pas été suffisant pour
l’électricité. En circuit ouvert, l’eau prélevée est garantir la sécurité d’approvisionnement. Cette dis-
ainsi directement renvoyée vers la mer ou le cours position, qui relève de l’article R 593-40 du code de
d’eau, à une température légèrement plus élevée l’environnement et est soumise à l’autorisation de
qu’initialement. Dans ce cas, la température maxi- l’ASN, a concerné les centrales de Blayais, Golfech,
male de l’eau rejetée est encadrée afin de réduire Saint-Alban et Bugey du 13 et 15 juillet au 11 sep-
les conséquences sur l’environnement. Ce pro- tembre 2022 et la centrale de Tricastin du 4 août au
cessus peut également avoir lieu en circuit fermé, 11 septembre 2022. Seule la centrale du Bugey a
via un système de refroidissement par des tours eu recours (les 19 et 20 juillet) aux dispositions de la
aéroréfrigérantes. décision de l’ASN du 15 juillet 2022. Ce recours s’est
accompagné d’une surveillance accrue des milieux
En cas de fortes chaleurs, il est parfois néces- naturels à proximité des centrales. Le programme
saire de réduire la puissance des réacteurs de surveillance renforcée associé à cette situation
concernés par le circuit ouvert afin de ne pas n’a pas relevé de conséquence sur l’environnement.
dépasser une température limite. Deux niveaux Pour les autres centrales, les premiers ou seconds
de seuil de température s’appliquent, en fonction niveaux de limites ont été respectés.

Source et informations complémentaires : Modification temporaire des prescriptions encadrant les rejets thermiques de 5 c­ entrales nucléaires - 06/09/2022 - ASN

24
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.4 Hydraulique : La production été les centrales comportant des retenues d’eau,
a atteint son plus bas niveau dont les centrales de type lac, présentes souvent
depuis 1976, en raison des conditions dans les zones de haute montagne, qui ont affiché
climatiques exceptionnellement une baisse de production de 35,4 % par rapport à
chaudes et sèches 2021, et les centrales d’éclusée (présentes surtout
en moyenne montagne), pour lesquelles la réduc-
2.4.1 Une production hydraulique tion a été de 27,8 %. Enfin, les centrales au fil de
au plus bas depuis 1976 l’eau, qui ne présentent pas de retenues d’eau,
La filière hydraulique a contribué à la produc- ont vu leur production baisser de 16,3 %. La pro-
tion d’électricité en France en 2022 à hauteur de duction de ces dernières est très dépendante de
49,6 TWh, soit 11,1 % de la production totale. En la pluviométrie : elle a été très limitée entre mai et
lien avec des faibles précipitations de l’hiver 2021- septembre puis s’est améliorée à partir d’octobre
2022 et des épisodes de sécheresse au printemps avec le retour de la pluie.
et l’été, le volume de production est en net recul par
rapport à celui de 2021 (62,0 TWh, soit une baisse 2.4.2 Une année particulièrement sèche
de 20 %) ainsi que par rapport à la moyenne de la Du point de vue météorologique, l’année 2022 a
période 2014-2019 (61,6 TWh). Il s’agit du niveau été très atypique par rapport à l’historique sous
de production le plus faible depuis 1976, année diffé­
rents aspects. Il s‘agit de l’année la plus
touchée également par une très forte sécheresse chaude jamais enregistrée, avec des records de
en Europe. Malgré cela, la filière hydraulique est température et d’ensoleillement battus dans plu-
restée en 2022 la deuxième source de production sieurs régions. Il s’agit également de l’année la
électrique après le nucléaire, et la première source plus sèche depuis 1959 avec une pluviométrie
de production renouvelable. déficitaire de près de 25 % en moyenne sur l’an-
née26, ce déficit ayant été particulièrement marqué
La baisse de production a concerné tous les types entre mai et juillet 2022. De plus, l’équivalent en
de centrale (hors STEP). Les plus affectées ont eau du manteau neigeux sur l’hiver 2021-2022

Figure 19 : Production annuelle de la filière hydraulique entre 1995 et 2022

90

80

70

60

50
TWh

40

30

20
Autre
10 Éclusée
 Lac
0  Fil de l’eau
95

96

97

98

99

00

01

02

03

04

05

06

07

08

09

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22
19

19

19

19

19

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

26. Selon le bilan annuel définitif publié par Météo France 2022 : les bilans climatiques | Météo-France ([Link])

25
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

FOCUS

La gestion des stocks hydrauliques est optimisée sur la base des valeurs d’usage
Bien que les centrales hydroélectriques de différée en substitution de moyens de production
type ­barrage n’aient pas de coûts de combus- plus coûteux. Elle est mise en œuvre en estimant
tibles, elles peuvent parfois se retrouver après le coût d’opportunité d’une utilisation reportée de
les centrales thermiques dans l’ordre de pré- la centrale. Cette dernière ne sera donc utilisée
séance économique, en raison de contraintes à un certain moment que si sa valorisation sur
portant sur la contenance du lac, des apports les marchés dépasse ce coût d’opportunité. La
éventuels et du risque d’épuisement. Le pro- valeur dépend de l’instant considéré, du niveau
gramme de production d’un moyen soumis à de consommation, du niveau de stock restant
des contraintes de stock est géré en fonction de ainsi que de celui des autres stocks modélisés et
la valeur d’usage du stock, de l’eau dans le cas des prix futurs attendus pour les combustibles
de l’hydraulique. et l’électricité. Il peut donc arriver que la valeur
d’usage de l’hydraulique de lac soit supérieure
La gestion d’un actif sur la base de la valeur aux coûts des moyens thermiques. La gestion
d’usage est usuelle lorsqu’il s’agit de centrales de sur la base des valeurs d’usage s’applique éga-
production dont le stock de combustible est limité. lement à d’autres types de production, comme le
L’objectif est de répartir dans le temps la produc- nucléaire (stock de combustible), ou la production
tion des centrales concernées de façon optimale, des moyens thermiques en cas de stock d’émis-
en arbitrant entre une utilisation immédiate, ou sions à ne pas dépasser.

a été proche des normales dans les Pyrénées En prévision d’un hiver tendu pour le système
mais largement déficitaire dans les Alpes, ce qui a électrique, la gestion des stocks de la part des
limité le remplissage des barrages au moment de exploitants a été particulièrement responsable au
la fonte des neiges. cours de l’été, avec une production limitée pour
les centrales de type lac et d’éclusée (voir partie
2.4.3 Un stock hydraulique qui a atteint Prix). Cette gestion responsable, accompagnée
un minimum historique durant l’été, mais qui a pu d’une reprise des précipitations en septembre (qui
être reconstitué en prévision de l’hiver 2022-2023 a connu une pluviométrie excédentaire28 par rap-
Malgré un stock hydraulique situé encore dans port à la normale), a permis de retrouver à partir
la moyenne historique en début d’année 202227, d’octobre des niveaux moins critiques que ceux
celui-ci s’est dégradé tout au long de l’année du des mois précédents, tout en restant relative-
fait des conditions hydrologiques peu favorables. ment bas. À partir de novembre, mois également
La combinaison de l’ensemble des facteurs clima- caractérisé par une pluviométrie excédentaire, la
tiques n’a pas permis de reconstituer des stocks situation s’est nettement améliorée, les stocks se
suffisants entre avril et juillet, durant la période de situant au-dessus de la moyenne des cinq der-
fonte des neiges. Ainsi, le niveau de stock a com- nières années.
mencé à décliner dès mi-juillet, atteignant sur le
mois d’août des niveaux historiquement bas.

27. B ulletins de situation hydrologique | Eaufrance


28. Bilan climatique de septembre 2022 par Météo France : [Link]

26
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 20 : Stock hydraulique hebdomadaire

4,0

3,5

3,0

2,5
TWh

2,0

1,5

1,0

0,5
Enveloppe 2017-2021   2022   Moyenne 2017-2021
0,0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

Figure 21 : Production mensuelle hydraulique entre 2017 et 2022

5
TWh

2 2017
2018
2019
1 2020
2021
0 2022
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

27
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.5 Thermique fossile : 2.5.1 Une production gaz en forte augmentation


une production en hausse, malgré un prix du combustible élevé
notamment portée par le gaz Au cours de l’année 2022, la production à par-
tir de gaz a été fortement sollicitée, représentant
Les moyens de production thermiques ont forte- 44,1 TWh (soit 9,9 % de la production totale).
ment contribué à l’approvisionnement en électricité Pendant les mois de printemps et d’été, période
de la France sur l’année 2022, en compensation à laquelle les moyens thermiques sont en géné-
de la baisse historique de production nucléaire et ral peu sollicités, la production d’électricité à partir
hydraulique. de gaz s’est située systématiquement au-dessus
des niveaux les plus hauts observés au cours
des années précédentes. Sur le début et la fin de

Figure 22 : Production d’électricité à partir de combustible thermique fossile

60

50

40
TWh

30

20

10
Fioul
Charbon
0 Gaz
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Figure 23 : Production hebdomadaire des centrales à gaz en 2022 et comparaison avec les années précédentes

1,8
Enveloppe 2017-2019   2022   Moyenne 2017-2019
1,6

1,4

1,2

1,0
TWh

0,8

0,6

0,4

0,2

0,0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

28
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

la production d’électricité à partir de charbon est


FOCUS
restée en 2022 inférieure à celle de 2021. Elle a
représenté 2,9 TWh sur ­l’année (soit 0,6 % de la
production totale). A fortiori, le niveau de production
Mise en service de la centrale est significativement inférieur aux niveaux observés
de Landivisiau jusqu’en 2017, avant l’arrêt de l’unité charbon de la
La centrale à cycle combiné gaz de Landivisiau
centrale de Gardanne (à l’arrêt depuis 2018, fermée
(Bretagne), d’une puissance installée de 446 MW,
en 2021) et la fermeture de la dernière unité char-
a été mise en service le 31 mars 2022. Il s’agit
bon de la centrale du Havre intervenue en 2021.
d’une technologie qui allie une turbine à vapeur
et une turbine à gaz pour produire de l’électricité
avec un meilleur rendement que les centrales à gaz Actuellement, il ne reste plus que deux centrales au
classiques. charbon encore en activité en France : Cordemais
(deux groupes pour une puissance totale instal-
lée de 1,2 GW) et Émile-Huchet (un groupe d’une
puissance installée de 0,6 GW), située à Saint-
Avold. Leur durée de fonctionnement est limitée29
l­’année, elle est restée à des niveaux relativement par le respect d’un plafond d’émissions corres-
hauts mais déjà observés par le passé, cette filière pondant environ à l’équivalent de 700 heures de
participant au maintien de la sécurité d’approvi- fonctionnement à pleine puissance pour chaque
sionnement sur les périodes hivernales. centrale. Début février 2022, suite à l’alerte de RTE
concernant la possible fragilisation de la sécurité
2.5.2 Une production charbon en baisse d’approvisionnement au cours du mois de février,
Malgré le rehaussement des seuils de fonctionne- ce plafond a été rehaussé par décret, pour un
ment autorisés des centrales en prévision de l’hiver niveau correspondant à environ 1 000 heures de
2022-2023 annoncé comme particulièrement tendu fonctionnement à pleine puissance du 1er janvier
d’un point de vue de la sécurité d’approvisionnement, au 28 févier 2022, et à environ 600 heures de

Figure 24 : Production hebdomadaire des centrales à charbon en 2022 et comparaison avec les années précédentes

0,6

Enveloppe 2014-2021 2022 Moyenne 2014-2021


0,5

0,4
TWh

0,3

0,2

0,1

0,0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

29. Le plafond correspond à 0,7 ktCO2eq/MW (code de l’énergie, art D. 311-7-2)

29
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

fonctionnement sur le reste de l’année 2022. Une centrale Émile-Huchet devait intervenir à la fin du
nouvelle modification est intervenue en septembre mois de mars 2022. Cette fermeture a finalement
2022 : le plafond d’émissions est désormais fixé à été reportée à 2023 afin que la centrale puisse
3,1 kilotonnes d’équivalents dioxyde de carbone contribuer à la sécurité d’approvisionnement au
par mégawatt de puissance électrique installée, cours l’hiver 2022-2023. La centrale a recom-
entre le 1er mars 2022 et le 31 mars 2023, ce qui mencé à produire le 29 novembre 2022 après des
correspond à environ 3 100 heures de fonctionne- opérations de maintenance.
ment sur la période. Même avec le rehaussement
des plafonds de fonctionnement pour les deux cen- 2.5.3 Une production fioul en hausse
trales restantes, les niveaux de production restent La production d’électricité à partir de fioul a repré-
faibles, compte tenu de la faible puissance installée senté 2,2 TWh sur l’année 2022, soit 0,5 % de
résiduelle. la production totale. Ce volume n’avait pas été
atteint depuis 2017, et correspond à une hausse
En cohérence avec l’objectif de décarbonation de 18,4 % par rapport à 2021, particulièrement
global du secteur énergétique, la fermeture de la ­marquée entre janvier et septembre.

Figure 25 : Production mensuelle des centrales au fioul entre 2019 et 2022

60

50

40
TWh

30

20

10 2019
2020
2021
0 2022
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

30
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.6 Éolien : des conditions installée à l’horizon 2028, compris entre 33,2 GW
météorologiques peu favorables en et 34,7 GW. Cela correspondrait à une progres-
2022 mais une production en hausse sion moyenne entre 2,1 GW/an et 2,4 GW/an sur
grâce au développement du parc la période 2023-2028, soit une accélération indis-
pensable également sur cette période par rapport
2.6.1 Un développement important du parc aux rythmes historiquement constatés30.
terrestre, mais dont l’accélération reste nécessaire
pour atteindre les objectifs définis par les pouvoirs Sur des horizons plus longs, le parc éolien devra
publics au cours de la décennie 2020-2030 continuer à se développer pour répondre aux
La puissance du parc éolien terrestre est passée enjeux de décarbonation des usages de l’énergie
de 18,7 GW au 31 décembre 2021 à 20,6 GW fixés par les pouvoirs publics. À titre d’exemple, les
au 31 décembre 2022, soit une augmentation de trajectoires analysées dans les Futurs Énergétiques
1,9 GW en un an (contre une augmentation de 2050 de RTE considèrent plusieurs scénarios de
1,7 GW en 2017). Cependant, une accélération mix électrique à l’horizon 2050, avec des puis-
du rythme de développement reste nécessaire sances installées pour l’éolien terrestre qui se
pour atteindre les objectifs fixés par les pouvoirs situent entre 43 GW et 74 GW.
publics : il serait nécessaire que le parc éolien ter-
restre progresse de 3,5 GW en 2023 pour atteindre Le volume de projets éoliens en développe-
l’objectif de la PPE de 24,1 GW à fin 2023. La PPE ment31 a légèrement augmenté en 2022 : il atteint
actuelle fixe également un objectif de puissance 10,6 GW32 au 31 décembre.

Figure 26 : Évolution du parc éolien terrestre (puissance installée totale et incrément annuel), et comparaison avec les objectifs publics

40 Objectif PPE 2028


Puissance installée   Variation annuelle   Objectifs PPE 33,2 – 34,7 GW
35

30
Objectif PPE 2023
24,1 GW
25

2022 : 20,6 GW
GW

20

15

10

0
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028

30. L
 e développement des parcs éoliens est soumis à un certain nombre de contraintes administratives, règlementaires et territoriales, qui doivent être prises
en compte dans le choix de localisation en même temps que le potentiel éolien du site. Par exemple, la présence de couloirs de navigation aérienne interdit
aujourd’hui l’installation d’éoliennes sur 50 % du territoire français (d’après FEE, Observatoire de l’éolien 2022 – France Energie Eolienne ([Link]) ).

31
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 27 : Volume de projets éoliens en développement sur le réseau de transport (RTE) et le réseau de distribution
(Enedis uniquement)

12

10

8
GW

4
 éseau de
R
distribution
2 (uniquement
Enedis)
Réseau de
0 transport
2021-T1 2021-T2 2021-T3 2021-T4 2022-T1 2022-T2 2022-T3 2022-T4

2.6.2 Un facteur de charge qui a atteint son Malgré un facteur de charge en baisse, le volume
niveau le plus faible sur les dix dernières années de production du parc éolien terrestre sur l’année
En 2022, les conditions météorologiques n’ont pas (37,5 TWh) a été plus élevé que celui de l’année pré-
été favorables à la production éolienne : le facteur de cédente grâce à la progression du parc installé, tout
charge pour l’éolien terrestre s’est établi à 21,6 %33, en restant néanmoins inférieur au niveau de pro-
contre 23,2 % en 2021 et 26,6 % en 2020. duction en 2020 (39,6 TWh). Le taux de couverture

Figure 28 : Facteur de charge annuel de l’éolien terrestre

30 %
26,6 %
24,5 % 24,5 %
25 % 23,2 %
22,5 % 22,0 % 21,8 %
22,8 % 21,6 %
20 %

15 %

10 %

5%

0%
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

31. P our le réseau de RTE, il s’agit des projets ayant fait l’objet d’une « proposition d’entrée en file d’attente » ou d’une « proposition technique et financière »
acceptée ou qui ont été retenus dans le cadre d’un appel d’offres. Pour le réseau d’Enedis, il s’agit de projets pour lesquels une demande de raccordement
a été qualifiée complète par le gestionnaire de réseau de distribution.
32. Données RTE sur le réseau de transport, et données ENEDIS sur le réseau de distribution (Demande de raccordement – Demandes en cours par tranches
de puissance et modalités d’injection – Historiques cumulés – Enedis Open Data)
33. Taux moyen annuel calculé comme la moyenne des facteurs de charge au pas 30 minutes.

32
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 29 : Volume de production de l’éolien terrestre

45

40

35

30

25
TWh

20

15

10

0
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

de la consommation par la production éolienne ter-


FOCUS
restre s’est élevé à 8,4 % en moyenne sur l’année34.

Évolution du vent sur 2.6.3 Mise en service du premier parc éolien


les trois dernières années en mer en 2022
La vitesse du vent est un déterminant essentiel du ren- L’année 2022 a été caractérisée par la mise en ser-
dement des installations éoliennes. L’année 2020 avait vice, le 23 novembre, du premier parc éolien en mer
été particulièrement venteuse, notamment sur la côte de en France, situé au large de Saint-Nazaire. Ce parc se
l’Atlantique et de la Manche. Les années 2021 et 2022, compose de 80 éoliennes posées sur le fond marin et
en revanche, ont été caractérisées par des vitesses de situées entre 12 et 20 km des côtes, pour une puis-
vent plus faibles sur les différentes régions françaises. sance installée totale de 480 MW35. Le parc a produit
647 GWh sur l’année36. Sur le mois de décembre, le
facteur de charge a atteint 48 % en moyenne, grâce
Figure 30 : Évolution du vent moyen annuel par station notamment à une production élevée la deuxième
météorologique entre 2020 et 2022 partie du mois, période caractérisée également par
(Données issues de Observation météorologique une forte production de l’éolien terrestre.
historiques France (SYNOP) – Opendatasoft)

La PPE fixe un objectif de 2,4 GW d’éolien en mer


en service d’ici fin 2023, et entre 5,2 et 6,2 GW
d’ici fin 2028, la mise en service de plusieurs parcs
éoliens en mer est déjà prévue pour ces prochaines
années (cf. partie Réseau). L’année 2023 devrait
voir le mouvement de mise en service se poursuivre
et s’amplifier avec la mise en service attendue des
 020
2 parcs de Saint-Brieuc et Fécamp, pour une puis-
2021 sance d’environ 500 MW chacun.
2022

34. T aux moyen annuel calculé comme la moyenne des taux de couverture
au pas 30 minutes.
35. Mise en service complète du premier parc éolien en mer de France |
[Link]
36. Le parc avait produit de l’électricité déjà avant sa mise en service
commerciale.

33
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.6.4 Un développement du parc éolien français plus lente sur ces dernières années, mais un
en retrait par rapport à ceux des voisins européens rythme d’augmentation élevé pour le parc éolien
La capacité totale du parc de production éolien en mer. La capacité éolienne terrestre installée en
français reste nettement inférieure à celle instal- Italie reste en revanche plus faible que la capacité
lée en Allemagne, Espagne ou au Royaume-Uni. installée en France.
De plus, le rythme d’accroissement du parc éolien
terrestre français entre 2019 et 2022 est légère- Les taux de couverture de la consommation par
ment inférieur aux rythmes allemand ou espagnol la production éolienne (terrestre) sont nettement
(+1,4 GW/an pour le parc français contre +1,6 GW/ plus élevés en Allemagne et en Espagne qu’en
an et +1,5 GW/an respectivement pour les parcs France du fait de la plus grande puissance instal-
espagnol et allemand). Le Royaume-Uni a, quant à lée. En revanche, le taux de couverture en Italie
lui, connu une augmentation de son parc terrestre est proche du taux français, malgré une puissance

Figure 31 : Parc éolien dans une sélection de pays européens, à fin 2022, sauf Royaume-Uni T3 2022.
(Sources : Fraunhofer Institute, REE, RTE, BEIS UK, TERNA)

70
Éolien terrestre   Éolien en mer
60

50

40
GW

30

20

10

0
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
Allemagne Espagne France Royaume-Uni Italie

Figure 32 : Part de la consommation couverte par l’éolien terrestre dans quelques pays européens, moyenne mensuelle.
(Source : ENTSO-E)

50 %
France   Allemagne   Espagne   Italie

40 %

30 %

20 %

10 %

0%
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.

2019 2020 2021 2022

34
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

installée inférieure, en raison du moindre volume moyenne plus élevés que les tarifs garantis. D’après
de consommation d’électricité en Italie par rapport les estimations de la CRE, l’éolien terrestre devrait
à la France. rapporter 8,9 milliards d’euros en 202237, soit 77 %
des subventions reçue par la filière via le mécanisme
2.6.5 Le tarif garanti a rapporté pour de la CSPE au cours des 20 dernières années38. Si,
la première fois des recettes à l’État dès le début de l’année 2023, la filière devrait avoir
La majorité de la production éolienne et solaire reversé plus au budget de l’État qu’elle n’a reçu,
bénéficie d’un mode de rémunération incitatif grâce d’autres subventions lui seront versées en fonction
à un tarif garanti qui permet de soutenir le déve- des prix de gros de l’électricité dans les décennies à
loppement de ces filières. Ce financement, qui venir, qu’il n’est pas possible d’évaluer aujourd’hui.
varie en fonction des prix sur le marché de l’élec- Toujours selon la CRE, en 2022 le solaire aura rap-
tricité, est porté par l’État. En 2022, ce mécanisme porté 724 millions d’euros, soit 3 % des subventions
a représenté pour la première fois une recette pour passées, alors que l’éolien en mer rapportera pour
l’État, les prix de gros de l’électricité ayant été en sa première année 169 millions d’euros.

FOCUS

Le projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables


Le projet de loi relatif à l’accélération de la pro- des territoires déjà largement exploités donnant lieu
duction d’énergies renouvelables39 introduit des à un sentiment d’injustice territoriale40.
mesures temporaires pour accélérer la réalisation
de projets d’énergies renouvelables (les installations Afin de favoriser le développement de la filière
concernées seront précisées par décret) permettant solaire photovoltaïque, le projet de loi relatif à
notamment de reconnaître une Raison Impérative l’accélération de la production d’énergies renou-
d’intérêt Public Majeur (RIIPM) pour certains projets. velables prévoit aussi l’obligation d’installation
Il introduit également la prise en compte de « l’effet de panneaux solaires sur les parkings de plus de
de saturation visuelle dans le paysage » avant d’im- 1 500 m2 (cette obligation existe déjà pour les ins-
planter de nouvelles éoliennes terrestres, ceci afin tallations de plus de 2 500 m2)41.
que les nouveaux projets ne se concentrent pas sur

37.  élibération de la CRE du 3 novembre 2022 relative à la réévaluation des charges de service public de l’énergie pour 2023
D
38. Annexe 7 de la délibération de la CRE – Historique des charges de service public de l’énergie
39. Adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale en janvier 2023.
40. Projet de loi énergies renouvelables éolien solaire | [Link]
41. Projet de loi énergies renouvelables éolien solaire | [Link]

35
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.7 Solaire : mais la production solaire a fortement progressé


une production en nette hausse par rapport à l’année précédente dans toutes les
régions, excepté la Corse où la progression a été
2.7.1 Une production solaire en nette hausse, plus mesurée.
induite par l’augmentation du parc
et par un bon ensoleillement La hausse de la production s’explique en premier
La production solaire s’est établie à 18,6 TWh, en lieu par l’augmentation du parc solaire installé qui
augmentation de 30,6 % (+4,4 TWh) par rapport à a accéléré en 2021 et en 2022 (cf. partie suivante).
2021. Les régions Nouvelle-Aquitaine (+0,9 TWh), Par ailleurs, l’ensoleillement a été meilleur en 2022
Occitanie (+0,8 TWh) et Auvergne-Rhône-Alpes qu’en 2021 ce qui a conduit à une amélioration du
(+0,6 TWh) ont le plus contribué à cette hausse, facteur de charge, qui s’est établi à 14,6 % en 2022

Figure 33 : Production solaire annuelle

20

18

16

14

12
TWh

10

0
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Figure 34 : Facteur de charge annuel du solaire photovoltaïque

20 %

18 %
15,2 %
16 % 14,7 % 14,6 % 14,8 % 14,6 % 14,6 % 14,6 %
14,0 % 13,9 %
14 %

12 %

10 %

8%

6%

4%

2%

0%
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

36
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

contre 13,9 % en 2021. Le taux de couverture de la pour atteindre les objectifs fixés par la PPE pour
consommation par la production solaire s’est établi 2023. En effet, 4,4 GW devraient être mis en ser-
en moyenne à 4,2 %42 au cours de l’année 2022. vice pour atteindre l’objectif de 20,1 GW fin 2023.
La fourchette des objectifs de la PPE pour 2028
2.7.2 Un parc solaire qui maintient sa s’étend quant à elle de 35,1 GW à 44,0 GW, soit
croissance mais une accélération ultérieure est un rythme compris entre 3,2 et 4,7 GW/an vu de
nécessaire pour atteindre les objectifs de la PPE fin 2022.
Le parc solaire a atteint 15,7 GW à fin 2022, soit
une augmentation de 19,9 % par rapport à fin Sur des horizons plus longs, le parc solaire devra
2021 (+2,6 GW), une progression en léger recul continuer de se développer pour répondre aux
par rapport à 2021, lorsqu’une puissance de enjeux de décarbonation des usages de l’énergie
2,8 GW avait été installée43,44. Un des éléments fixés par les pouvoirs publics. À titre d’exemple, les
explicatifs reposerait sur un décalage à 2021 de trajectoires analysées dans les Futurs Énergétiques
la mise en service de certains projets initialement 2050 de RTE considèrent des puissances instal-
prévus en 2020, conséquence de la crise sanitaire. lées se situant entre 70 GW et 214 GW à l’horizon
Par ailleurs, la filière a été particulièrement affectée 2050 selon le scénario retenu.
en 2022 par la hausse des coûts des matières pre-
mières et des tensions sur l’approvisionnement de Le volume de projets solaires en développement a
certains composants45. fortement progressé en 2022, atteignant plus de
16,2 GW à fin 202246. Le rythme de développement
Malgré ce développement significatif du parc, le pour cette filière est donc susceptible d’augmenter
rythme reste en deçà de celui qui serait nécessaire largement au cours des prochaines années.

Figure 35 : Évolution annuelle du parc solaire

50 Objectif PPE 2028


Puissance installée   Variation annuelle   Objectifs PPE 35,1 – 44 GW
45

40

35

30
Objectif PPE 2023
GW

25
20,1 GW
20
2022 : 15,7 GW
15

10

0
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028

42. T aux moyen annuel calculé comme la moyenne des taux de couverture au pas 30 minutes.
43. Les valeurs ont évolué par rapport à celles indiquées dans le Bilan électrique 2021 du fait du passage à des données définitives.
44. À noter que les installations en autoconsommation sans injection ne sont pas comptabilisées dans le parc et la production. Les installations en
autoconsommation avec injection sont comptabilisées dans le parc, mais seule la production injectée est prise en compte. Ces types d’installations ont
fortement progressé cette année bien qu’elles ne représentent encore qu’une faible part du parc solaire total. Graphique Enedis Open Data
45. Baromètre 2022 des énergies renouvelables électriques en France, Observ’ER
46. Données RTE sur le réseau de transport, et données ENEDIS sur le réseau de distribution (Demande de raccordement – Demandes en cours par tranches
de puissance et modalités d’injection – Historiques cumulés – Enedis Open Data)

37
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 36 : Volume de projets solaires photovoltaïques en développement sur le réseau de transport (RTE)
et le réseau de distribution (Enedis uniquement)

18

16

14

12

10
GW

6
 éseau de
R
distribution
4
(uniquement
Enedis)
2 Réseau de
transport
0
2021-T1 2021-T2 2021-T3 2021-T4 2022-T1 2022-T2 2022-T3 2022-T4

2.7.3 Un développement encore modéré inférieur aux parcs allemand, italien ou espa-
par rapport à d’autres pays européens gnol. La dynamique d’accrois­ sement du parc
La progression de la capacité photovoltaïque français depuis 2019 (+1,8 GW/an) est très infé-
installée sur les deux dernières années a per- rieure à celle de l’Allemagne (+5,3 GW/an) ou de
mis au parc français de dépasser en 2022 celui ­l’Espagne47 (+3,7 GW/an) mais supérieure à celle
du Royaume-Uni. Il reste cependant nettement de l’Italie (+1,2 GW/an).

Figure 37 : Parc solaire photovoltaïque dans quelques pays européens en fin d’année 2022, sauf Royaume-Uni T3 202248.
(Sources : Fraunhofer Institute, REE, TERNA, BEIS UK, RTE.)

70

60

50

40
GW

30

20

10

0
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022

Allemagne Italie Espagne France Royaume-Uni

47. L
 es chiffres pour l’Espagne ne prennent pas en compte les installations en autoconsommation des particuliers et industriels, qui se sont très fortement
développées ces dernières années (+2,5 GW en 2022 selon la filière).
48. Les chiffres pour l’Espagne ne prennent pas en compte les installations en autoconsommation des particuliers et industriels, qui se sont très fortement
développées ces dernières années.

38
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 38 : Part de la consommation couverte par le solaire photovoltaïque dans une sélection de pays européens,
moyenne mensuelle. (Source : ENTSO-E)

25 %
France   Allemagne   Espagne   Italie

20 %

15 %

10 %

5%

0%
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
jan.
fév.
mars
avril
mai
juin
juil.
août
sept.
oct.
nov.
déc.
2019 2020 2021 2022

D’après les chiffres de la filière49, l’année 2022 Le taux de couverture de la consommation d’élec-
est une année record pour l’augmentation du parc tricité nationale par la filière solaire en France reste
photovoltaïque au niveau européen, avec 47 % de inférieur à celui des pays voisins. Cependant, on
capacité installée en plus (41,4 GW) par rapport observe une nette progression en 2022, avec un
à 2021 (28,1 GW), soit une augmentation totale taux de couverture passant de 3,1 % en 2021 à
du parc installé de 25 % en un an (de 167,5 GW 4,2 % en 2022, suite à la forte augmentation du
à 208,9 GW). En particulier, l’Allemagne a installé parc installé depuis 2021.
7,2 GW en 2022.

49. SolarPower Europe – EU Market Outlook 2022

39
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

2.8 Thermique renouvelable et déchets

Figure 39 : Production annuelle du parc thermique renouvelable et déchets

12

10

8
TWh

6
 utre
A
Déchets
4 papeterie
Biogaz
Biomasse et
2 combustibles
liquides
Déchets
0 ménagers
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

La production thermique à partir de bioénergies production d’électricité à partir de biomasse ou


et déchets a continué de progresser cette année biogaz, qui font partie de la production renouve-
(+5,7 %) pour s’établir à 10,6 TWh. lable, et celles de production d’électricité à partir
des déchets, par incinération (dont 50 % est consi-
Le parc de production thermique renouvelable déré renouvelable50).
et à partir de déchets inclut les installations de

50. A
 rrêté du 8 novembre 2007 pris en application de l’article 2 du décret n° 2006-1118 du 5 septembre 2006 relatif aux garanties d’origine de l’électricité
produite à partir de sources d’énergie renouvelables ou par cogénération. – Légifrance ([Link])

40
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

3. Prix

3.1 Vision d’ensemble sécheresse qui a affecté la production hydraulique,


La crise énergétique liée à la situation internatio- ont eu pour conséquence une diminution de la
nale et à l’augmentation des prix des combustibles quantité d’électricité produite sur le territoire. Ceci
a conduit à une augmentation sans précédent a entraîné à la fois une augmentation conséquente
des prix de l’électricité en Europe, en particulier des volumes d’électricité importés depuis les pays
entre le printemps et l’été 2022. Ceci a fait suite voisins, qui présentent un mix de production qui
à une période déjà tendue sur la fin de l’année repose davantage sur du gaz et du charbon, et
2021, quand la reprise économique en sortie de l’augmentation du volume de production à partir
crise sanitaire avait entraîné une tension entre la de gaz en France.
demande de gaz et l’offre disponible, avec des
répercussions sur les prix du gaz et in fine sur les Dans ce contexte, les prix de l’électricité ont for-
prix de l’électricité. tement augmenté, à la fois en ce qui concerne
les prix spot que les prix à terme (voir partie Pour
La France dispose structurellement d’atouts mieux comprendre). Les analyses publiées par RTE
permettant de faire face à des tensions sur les com- dans le cadre de l’étude saisonnière sur la sécu-
bustibles pour la production d’électricité : elle est rité d’approvisionnement pour l’automne et l’hiver
habituellement exportatrice d’électricité et son mix 2022-2351 ont montré que les augmentations des
électrique est largement dominé par le nucléaire prix spot ont été globalement en lien avec les fon-
et les énergies renouvelables, des moyens de pro- damentaux de marché, c’est-à-dire qu’elles ont
duction à coût variables faibles. Cependant, les reflété le recours accru aux moyens de production
tensions sur le parc de production nucléaire fran- thermique fossile et aux importations, en suivant
çais survenues en fin d’année 2021 et qui se sont les évolutions des prix des combustibles.
prolongées au cours de l’année 2022, ainsi que la

Figure 40 : Prix spot horaires en France et comparaison avec la fourchette de variation des coûts variables de production
des centrales thermiques en France

3 000

1 000

800
€/MWh

600

400

200

0
oct. nov. déc. jan. fév. mars avril mai juin juil. août sept. oct. nov. déc. jan.
2021 2021 2021 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2023

51. « Perspectives du système électrique pour l’automne et l’hiver 2022-23 » (septembre 2022 et actualisations mensuelles à partir d’octobre)

41
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 41 : Évolution du prix spot moyen hebdomadaire entre septembre 2021 et janvier 2023 (Source : EPEX)

Augmentation progressive
Dégradation progressive de la disponibilité de la disponibilité nucléaire
700 du parc nucléaire par rapport à l’historique

612 €/MWh Augmentation des


prix des combustibles
600
Vagues de chaleur Températures
au-dessus Baisse des
Annonce de températures
la caractérisation des normales,
500 Production hydraulique consommation et augmentation
d’un aléa générique Invasion de l’Ukraine limitée en Europe de la demande
(corrosion sous contrainte) par la Russie faible pour la saison

Livraisons 399 €/MWh


400
€/MWh

369 €/MWh abondantes de GNL


345 €/MWh Craintes
d’interruption
Sites de stockage
remplis à 90 %
Nord Stream 1
300 Recul de la demande
avec l’arrivée de
Les stocks
températures plus élevées
Vague hydrauliques Production
de froid Bonne s’améliorent éolienne
200 production éolienne importante
(10 GW en
Tension sur l’offre
Températures moyenne)
et la demande de gaz
100 Volatilité des flux Afflux de largement au-dessus
de gaz russe livraisons de GNL des normales

Rebond économique post crise sanitaire 2021 Guerre en Ukraine


0
sept. oct. nov. déc. jan. fév. mars avril mai juin juil. août sept. oct. nov. déc. jan.
2021 2021 2021 2021 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2023

* Gaz Naturel Liquéfié

En revanche, les prix à terme enregistrés entre 2022-2023. Cette prime de risque porte à la fois
le printemps et l’automne 2022 pour livraison sur le « risque prix » et sur le « risque volume ».
au cours de l’hiver 2022-2023 ont été régulière- Le « risque prix » incite les acteurs à se cou-
ment supérieurs en France à ceux observés dans vrir des risques de fluctuations des prix spot et
les pays voisins, dépassant largement l’intervalle infra-­journaliers : par exemple, les fournisseurs
des coûts variables de production des centrales souscrivent des contrats à terme pour couvrir des
thermiques au gaz. Ceci traduisait l’intégration, de larges parties du volume de consommation de leur
la part des acteurs de marché, d’une « prime de portefeuille de clients. Le « risque volume », dans
risque » très élevée pour la France, vis-à-vis de la un contexte déjà tendu sur les prix, incite les four-
sécurité d’appro­visionnement de l’automne-hiver nisseurs à se couvrir sur des volumes additionnels

Figure 42 : Évolution des prix à terme pour le premier trimestre 2023 en base, en France et en Allemagne, entre octobre 2021
et janvier 2023 (moyennes journalières. Source : EEX, calculs RTE)

2 500

2 000

1 500
€/MWh

France
1 000

500

Allemagne
0
oct. nov. déc. jan. fév. mars avril mai juin juil. août sept. oct. nov. déc. jan.
2021 2021 2021 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2022 2023

42
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

en anticipation par exemple d’une surconsomma- réacteurs nucléaires. L’analyse publiée par la CRE
tion lors d’une vague de froid, qui pourrait être très en décembre 2022 a confirmé ce constat52. Par la
coûteuse à alimenter s’ils devaient se sourcer sur suite, la réduction progressive des incertitudes sur
le marché spot, infra-­journalier, ou encore davan- la sécurité d’approvisionnement (retour en service
tage s’ils devaient acquitter le prix de règlement de réacteurs nucléaires en décembre, températures
des écarts, s’ils n’étaient pas à l’équilibre sur leur relativement élevées par rapport aux normales sur
périmètre. la première partie de l’hiver) s’est traduite par une
forte baisse des primes de risque intégrées par les
RTE a souligné, dès la publication de l’analyse sur acteurs, amenant les prix à terme à se rapprocher
la sécurité d’approvisionnement sur l’automne et de ceux des autres pays européens sur la fin de
l’hiver 2022-23 en septembre 2022, et lors des l’année 2022.
mises à jour des mois suivants, que les primes de
risque intégrées par les acteurs correspondaient Sur l’ensemble de l’année, les prix français de
à une anticipation de situations de défaillance « gros » spot et à terme ont été supérieurs à la
allant bien au-delà du scénario le plus dégradé plupart de ceux des pays voisins pour les raisons
anticipé par RTE. Ce phénomène de « surcouver- évoquées précédemment. En moyenne sur l’an-
ture » correspondait donc à une perception des née, le prix spot a atteint 275,9 €/MWh (contre
risques qui s’écartait largement des fondamen- 109,2 €/MWh en 2021).
taux de fonctionnement du système électrique,
traduisant un manque de confiance des acteurs Les ménages et les petites entreprises ont été en
vis-à-vis des risques sur la sécurité d’approvision- large partie protégés de ces augmentations de
nement et aux trajectoires de remise en service des prix grâce au « bouclier tarifaire », qui a limité les

Figure 43 : Distribution des écarts de prix spot entre la France et les pays voisins (Source : EPEX, calculs : RTE)

700

600

500

400

300
€/MWh

200

100

-100

-200

-300

-400
France - Espagne France - Allemagne France - Grande-Bretagne* France - Belgique France - Italie (nord)

* Pour la Grande-Bretagne, l’écart est corrigé des pertes sur les interconnexions IFA et IFA2

Lecture : le graphique représente la distribution des différences entre le prix spot en France et celui d’un autre pays. L’épaisseur des formes dépend du nombre de pas de temps dans l’année caractérisés par l’écart
affiché sur l’axe. Le niveau où la forme est la plus « épaisse » correspond à la valeur d’écart enregistrée le plus souvent. Plus la forme est « allongée », plus les écarts ont varié au cours de l’année. La ligne en pointillés
représente la moyenne des écarts pour chaque frontière. Par exemple, le prix en France a été en moyenne 108 €/MWh plus élevé qu’en Espagne. Les écarts se sont situés le plus souvent entre 50 €/MWh et -50 €/MWh.
Les écarts au-dessus de la moyenne ont été moins fréquents mais ont pu atteindre près de 600 €/MWh.

52. CRE, « Les prix à terme de l’électricité pour l’hiver 2022-2023 et l’année 2023 », décembre 2022.

43
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

hausses des tarifs réglementés de vente à 4 % (GNL), qui s’est manifestée par une hausse des prix
en 2022. En l’absence de cette mesure, l’aug- du gaz. Les incertitudes sur les flux de gaz russe
mentation aurait dû atteindre 44 %53,54. D’autres ont également pesé sur ces prix, qui sont passés
mesures, comme l’augmentation du volume de 15-20 €/MWh en début d’année 2021 à envi-
d’ARENH55, des baisses de taxes (TICFE) ont ron 80 à 100 €/MWh à la fin de l’année (avec des
permis de contenir la hausse pour les entreprises pics atteignant les 150 €/MWh ponctuellement).
et les collectivités publiques56. Cependant, ces Les tensions sur les marchés des combustibles
niveaux de prix très élevés ont eu des répercus- se sont répercutées sur les prix de l’électricité,
sions sur la demande d’électricité, notamment qui ont dépassé les 450 €/MWh en moyenne le
pour les industries intensives en énergie (voir par- 22 décembre, alors que dans le même temps, la
tie Consommation). découverte des défauts dus à la corrosion sous
contrainte rendait nécessaire l’arrêt pour contrôles
3.2 Octobre 2021 - Mars 2022 : d’un certain nombre de réacteurs nucléaires (voir
des tensions montantes sur le marché partie Production).
du gaz jusqu’aux répercussions de
l’invasion de l’Ukraine par la Russie Sur le début d’année 2022, les prix spot de l’élec-
Sur la deuxième moitié de l’année 2021, à la sor- tricité sont restés inférieurs à ceux de décembre
tie de la crise sanitaire, la forte reprise économique 2021 grâce au recul des prix du gaz (du fait de
a entraîné avec elle la demande de combustibles l’abondance des livraisons de GNL) et malgré la
fossiles dans le monde. Celle-ci s’est traduite par diminution progressive de la disponibilité du parc
une tension entre la demande et l’offre disponible, nucléaire. En février, la production éolienne très
et en une concurrence entre les pays européens importante en France et en Europe et les tem-
et asiatiques concernant le gaz naturel liquéfié pératures au-dessus des normales de saison ont

Figure 44 : Origine des importations de gaz en 2019 (Source : Eurostat)

Hongrie

Pologne

Allemagne

Italie

Union Européenne
Origine :
Pays-Bas
Russie
Norvège
France Royaume-Uni
Algerie
Espagne Nigeria
États-Unis
Qatar
Belgique Autre

0% 10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 % 90 % 100 %

53. P roposition d’évolution des tarifs réglementés de vente d’électricité au 1er février 2022 – CRE
54. Pour l’année 2023, la hausse des TRV est de 15 %, alors qu’elle aurait dû être de 107 % selon l’analyse de la CRE. La CRE calcule l’évolution théorique
des tarifs réglementés de vente d’électricité au 1er février 2023 avant application du bouclier tarifaire – CRE
55. Permettant aux fournisseurs alternatifs de s’approvisionner auprès d’EDF à un prix plus faible que celui observé sur le marché au cours de l’année 2022
et en 2023.
56. Un dispositif « amortisseur électricité » est également entré en vigueur à partir du 1er janvier 2023.

44
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

permis un recours plus faible à la production ther- 3.3 Avril - Juin 2022 : légère accalmie
mique fossile en France et également réduit les après un épisode de tension
besoins d’importation d’électricité, diminuant ainsi À partir du mois de mars, la disponibilité du parc
la dépendance des prix français à ceux de la pro- nucléaire français a commencé à se dégrader
duction de centrales thermiques à l’étranger. Le nettement, du fait des contrôles en lien avec le phé-
mois de février a été le seul mois avec un solde des nomène de corrosion sous contrainte qui se sont
échanges nettement exportateur. ajoutés aux arrêts programmés pour maintenance
et aux arrêts pour des indisponibilités fortuites
Le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le (voir partie Production).
jeudi 24 février, a marqué un tournant dans la crise
énergétique. La Russie étant alors un des princi- Dans ce contexte dégradé, le lundi 4 avril la France
paux fournisseurs de l’Europe en matière de gaz a connu une vague de froid tardive qui a mené à des
(38 % en 201957), de charbon (41 % en 201958) fortes contraintes sur l’équilibre offre-­demande.
et de pétrole (23 % en 201959), les craintes des Ce jour-là, les possibilités d’importation en pro-
acteurs se sont renforcées au sujet de potentielles venance d’Allemagne et Belgique ont été limitées
ruptures d’approvisionnements. Cela a poussé à la fois pour des contraintes du réseau interne
le prix de ces matières premières à des niveaux allemand mais également à cause du contexte
rarement atteints auparavant (+31 % pour le gaz, très tendu dans d’autres pays d’Europe centrale.
+25 % pour le charbon sur la seule journée du Le prix spot horaire français s’est rapproché du
24 février). Peu de temps après, le mardi 8 mars, prix plafond de 3 000 €/MWh à 8 h et il a dépassé
des pics significatifs des prix spot de l’électricité 550 €/MW en moyenne sur la journée, au-dessus
ont été atteints partout en Europe. En France, le du pic du mois de mars.
prix spot a dépassé les 540 €/MWh en moyenne
sur la journée, un niveau largement supérieur au Les tensions sur les prix des combustibles,
pic observé en décembre 2021. accompagnées des craintes sur la sécurité

Figure 45 : Évolution des prix à terme pour l’année 2023 en base (Source : EEX, calculs : RTE)

350

300

250

200
€/MWh

France  
150 Royaume-Uni
Italie Nord
Allemagne  
100 Espagne
Enveloppe de
coûts variables
50
de la production
thermique à partir
0 de gaz

janvier 2022 février 2022 mars 2022 avril 2022

57. S ource : Eurostat


58. Source : Eurostat
59. Source : Eurostat

45
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

d’appro­ visionnement électrique sur l’automne et La baisse des prix a également été facilitée par
l’hiver 2022-23, se sont également reflétées sur la diminution de la consommation d’électricité,
les prix à terme pour l’hiver 2022-23 ainsi que pour en lien avec l’augmentation des températures, et
l’année 2023. En particulier, les prix en France sont par une production renouvelable plus importante,
passés au-dessus de ceux de ses voisins, tout en avec notamment une production éolienne signifi-
restant encore dans l’intervalle des coûts variables cative sur le mois d’avril et une production solaire
de production des centrales thermiques au gaz. élevée en mai et juin. Ceci a permis de réduire le
recours à la production thermique fossile par rap-
Après ce pic de début avril, les prix spot de l’élec- port aux mois précédents, même si elle est restée
tricité ont baissé jusqu’à mi-juin, même s’ils sont élevée pour la période en lien avec la dégradation
restés à des niveaux relativement élevés par rapport ultérieure de la disponibilité du parc nucléaire, et
à la période précédant la crise énergétique (autour de diminuer les besoins d’importation. Le mois de
de 200 €/MWh en moyenne). Cette réduction a été mai a notamment été l’un des deux mois de l’année
le reflet d’un relatif allègement des tensions sur le où le solde des échanges de la France a été expor-
gaz sur la période. Malgré l’incertitude toujours liée tateur, même si dans une moindre mesure que le
aux flux de gaz russes (demande d’un paiement mois de février.
en roubles, arrêt des livraisons vers certains pays
européens), ceux-ci sont restés conséquents sur
la période. En parallèle, la disponibilité de GNL en
Europe a augmenté du fait des prix attractifs.

FOCUS

Le mécanisme de plafond de prix pour le marché spot


Conformément aux règles de marché, le pic de télécommunications et énergie » convoquée le
prix observé le 4 avril a conduit à une augmenta- 9 septembre 2022 sur les questions énergétiques.
tion automatique du prix plafond pour le marché Le comité des NEMO (Nominated Electricity Market
spot de l’électricité de 3 000 €/MWh à 4 000 €/ Operators) a confirmé en septembre le gel du
MWh. En effet, jusqu’à récemment, le plafond de plafond à son niveau actuel de 4 000 €/MWh ; la
prix sur le marché journalier pouvait augmenter de Commission européenne a proposé en janvier 2023
1 000 €/MWh dès lors que le prix s’élevait à 60 % une révision du mécanisme pour le rendre plus gra-
du plafond courant. Le plafond aurait ainsi dû être duel. Ainsi désormais, si le prix spot atteint 70 % du
relevé à 5 000 €/MWh avant fin septembre 2022. plafond courant (4 000 €/MWh) pendant au moins
Cependant, la plupart des États membres de l’Union deux heures sur deux jours dans une période de
européenne se sont opposés à une telle hausse, crai- 30 jours glissants, alors le plafond est relevé de
gnant un phénomène d’emballement des prix, lors 500 €/MWh dans un délai de 28 jours60.
d’une réunion extraordinaire du Conseil « Transports,

60. h
 ttps://[Link]/news-and-events/news/acer-approves-new-automatic-maximum-price-limit-adjustment-mechanism-european-electricity-spot-
markets#reciteme-launch

46
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

3.4 Juillet – Août 2022 : une forte • La disponibilité du parc nucléaire français a
tension sur le système électrique continué à se réduire pour atteindre un mini-
Entre mi-juin et fin août, les prix de l’électricité ont mum historique au mois d’août.
connu une dynamique haussière, ayant culminé fin • Les niveaux de stock pour la production hydrau-
août à des niveaux de prix bien supérieurs à ceux lique étaient très bas en France et plus large-
observés en fin d’année 2021 ou au printemps ment en Europe (voir partie Production).
2022. Cette hausse est le résultat d’un ensemble • Les prix du charbon ont également augmenté
de facteurs : jusqu’à atteindre des niveaux record au cours de
• Les prix du gaz en Europe ont fortement aug- l’été. En effet, pour sécuriser la sécurité d’approvi-
menté du fait d’une forte réduction des flux en sionnement en électricité sur l’hiver 2022/2023,
provenance de Russie (réductions et arrêts des les gouvernements européens ont pris des
flux sur Nord Stream 1), et à l’arrêt partiel d’une mesures dès l’été afin de permettre un recours
des plus importantes usines de liquéfaction plus important aux centrales au charbon (réou-
de gaz aux États-Unis à cause d’un incendie. verture de la centrale de Saint-Avold en France,
Sur la période, une grande importance a été remise sur le marché de centrales en réserve en
accordée au remplissage des stocks de gaz : Allemagne). En parallèle, un embargo sur l’im-
l’Union européenne a adopté fin juin un règle- portation de charbon russe a été voté début avril
ment imposant un niveau minimal de remplis- par les pays de l’UE pour une entrée en vigueur à
sage des stockages de gaz des pays membres partir du mois d’août, ce qui a contribué à la mon-
avant le début de l’hiver61 (80 % pour l’hiver tée des tensions sur le marché.
2022/2023 et 90 % pour les hivers suivants). • Les vagues de chaleur de l’été ont entraîné
Le remplissage des stocks a conduit à une une hausse de consommation en Europe du
augmentation de la demande qui s’est égale- fait des besoins de climatisation. L’été 2022 a
ment reflétée sur les prix. Le prix spot du gaz été le plus chaud depuis au moins un siècle en
a atteint 150 €/MWhPCS en moyenne en août Espagne, Italie, Allemagne et Royaume-Uni, et
2022. le d
­ euxième après 2003 en France 62 .

Figure 46 : Évolution du taux de remplissage des réserves de gaz par pays en 2022 et jusqu’au 31 janvier 2023
(Source : GIE AGSI)

120 %

100 %

80 %

60 %

40 %

20 %
Min et Max France 2014-2019   France 2022-2023
Allemagne 2022-2023   Espagne 2022-2023   Italie 2022-2023  
0%
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre janvier

61. À noter que, en France, la législation prévoyait déjà un niveau minimal de remplissage de 85 % au 1er novembre.
62. 2022, année la plus chaude en France | Météo-France ([Link])

47
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

L’équilibre du système électrique était donc très notamment été le reflet de la dynamique baissière sur
tendu au cours de l’été et les prix spot ont sou- les prix du gaz, qui ont retrouvé, en octobre 2022, un
vent été plus élevés que les coûts théoriques de niveau moyen d’environ 50 €/MWhPCS, comparable à
production des centrales thermiques au gaz fran- celui d’octobre 2021. La réduction de la tension sur le
çaises. Une première explication résulte du recours marché du gaz et sur le système électrique est liée à
aux importations des pays voisins, lorsque les plusieurs c­ irconstances favorables :
moyens de production au gaz sollicités sont plus • Les stocks de gaz en Europe ont atteint les objec-
anciens et présentent de moins bons rendements tifs de remplissage fixés par l’Union européenne
qu’en France. La seconde explication réside dans bien avant la date limite du 1er novembre, ce qui
l’optimisation de la gestion de stocks pour la pro- a réduit la tension sur la demande 63 . La décision
duction d’électricité. En effet, les centrales qui de prolongation jusqu’en avril 2023 du fonction-
disposent d’un stock pour la production (barrages nement des trois derniers réacteurs nucléaires
hydrauliques, centrales nucléaires, turbines à com- actifs en Allemagne, dans le but de sécuriser
bustion au fioul) peuvent choisir de conserver le l’approvisionnement énergétique de l’hiver et
stock pour des périodes potentiellement plus ten- d’économiser du gaz, a également contribué.
dues, lorsque le prix de l’électricité est élevé. Le prix • En même temps, les approvisionnements en
que ces acteurs peuvent proposer sur le marché GNL sont restés très abondants. L’Europe a été
de l’électricité au cours de l’été dépend donc des la principale destination des cargos GNL entre la
prix qu’ils anticipent pour l’hiver suivant et qui, vus fin de l’été et le début de l’automne 64 grâce à la
de l’été 2022, étaient très élevés comme évoqué réduction des importations de GNL en Asie, où
précédemment. les pays se sont tournés davantage vers le char-
bon du fait de l’augmentation des prix du gaz.
Ainsi, le prix spot moyen journalier en France a Dans ce contexte, l’arrêt des flux sur le gazoduc
atteint des niveaux historiquement élevés à par- Nord Stream 1 pour une durée indéterminée n’a
tir du 24 août, dépassant les 700 €/MWh les 26, que très peu pesé sur les marchés.
29 et 30 août. En moyenne, le prix spot s’est rap- • Par ailleurs, les températures au mois d’octobre et
proché de 400 €/MWh sur le mois de juillet et de jusqu’à mi-novembre sont restées sur des niveaux
500 €/MWh sur le mois d’août. très élevés par rapport aux normales de saison,
réduisant la consommation de gaz ainsi que d’élec-
Les tensions évoquées ont également affecté les tricité et donc la tension sur le système électrique.
prix à terme de l’électricité, qui ont atteint des • La production renouvelable en France a été
niveaux sans précédent et ont été régulièrement importante sur la période. La production solaire
supérieurs en France à ceux observés dans les est restée particulièrement élevée et la produc-
pays voisins (voir « Vision d’ensemble »). tion éolienne s’est établie aux meilleurs niveaux
observés à la même période.
3.5 Septembre - Octobre 2022 : • Les stocks hydrauliques se sont améliorés dès
une forte baisse des prix spot grâce l’autom­ne grâce à une pluviométrie plus abon-
à un contexte plus favorable dante et à la gestion responsable des stocks
Après cette période de tension inédite, les prix spot pendant l’été.
de l’électricité ont fortement baissé au cours des
mois de septembre et octobre. La moyenne men- En revanche, les prix à terme de l’électricité pour
suelle des prix spot en France est ainsi passée de la fin de l’année 2022 et le premier trimestre 2023
près de 500 €/MWh en août à moins de 200 €/MWh sont restés, à cette période, supérieurs aux niveaux
en octobre, au plus bas depuis octobre 2021. Ceci a pouvant être expliqués par les fondamentaux

63. A GSI ([Link] et CRE ([Link]


64. Les importations de GNL ont progressé de 102 % en France et de 84 % en Europe (y compris le Royaume-Uni) en 2022 par rapport à 2021
(source : GRTgaz)

48
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 47 : Importation de GNL des pays membres de l’UE (Source : Bruegel)

3 000

2 500

2 000
millions de m3

1 500

1 000

2021
500 2022
Enveloppe
min-max
0 2015-2020
jan. fév. mars avr. mai juin juil. août sept. oct. nov. déc.

économiques, malgré la baisse des coûts des com- dépassements occasionnels de cette plage ont eu lieu
bustibles (y compris à terme). Les acteurs semblent quand les centrales marginales (les dernières cen-
donc avoir maintenu, voire incrémenté, les primes trales sollicitées et fixant le prix) étaient des moyens
de risque considérées sur les mois précédents, thermiques à l’étranger (en cas d’importations), ou
malgré les réactualisations des diagnostics sur la quand il y a eu recours à une production en France
sécurité d’approvisionnement, qui considéraient de à partir de stocks qui peuvent être utiles pour l’hiver
moins en moins probable la survenue d’aléas parti- (hydraulique, combustible nucléaire, fioul, voire gaz).
culièrement défavorables au cours de l’hiver.
Sur la période novembre-décembre, les prix spot
Pour limiter les effets des prix élevés de l’électricité journaliers de l’électricité ont suivi l’évolution des
sur les consommateurs ainsi que sur les finances prix du gaz, des conditions météorologiques et du
publiques (pour le financement des mesures de pro- rythme de retour de maintenance des réacteurs
tection), des mesures d’urgence ont été adoptées nucléaires français à l’arrêt.
début octobre par l’Union européenne65 et par les • La baisse des températures a entraîné une aug-
diffé­rents pays, pour d’une part limiter la consomma- mentation de la consommation, qui est cepen-
tion d’électricité et d’autre part plafonner les revenus dant restée structurellement plus faible que
de certains producteurs d’électricité, redistribuant ses niveaux habituels pour la période (voir par-
aux consommateurs d’électricité la rente perçue. tie Consommation). Une vague de froid s’est
installée en Europe entre fin novembre et mi-­
3.6. Nov-Déc 2022 : un retour progressif décembre 66 , avec des températures descendant
aux fondamentaux de marché jusqu’à 6° C en dessous des normales en France.
À partir de mi-octobre, les prix spot en France ont • Les prix du gaz ont repris une tendance haus-
retrouvé des niveaux correspondant aux coûts sière dès début novembre, avec l’augmentation
variables de production des centrales thermiques en de la demande pour le chauffage domestique et
France, qui ont donc souvent fixé les prix. Quelques la production d’électricité.

65. R èglement (UE) 2022/1854 du conseil du 6 octobre 2022 sur une intervention d’urgence pour faire face aux prix élevés de l’énergie
66. Un pic de consommation (81,8 GW) a été atteint le lundi 12 décembre à 19 h. Il ne s’agit pas cependant du niveau de consommation le plus élevé sur
l’année, qui a été enregistré en janvier (voir partie Consommation). Lors de cette journée, le recours aux importations a été très important, avec l’activation
également de contrats de secours entre gestionnaires de réseaux de transport.

49
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

• La disponibilité du parc nucléaire français s’est puis s’est étendue aux prix à terme pour livraison
progressivement améliorée, notamment à par- au premier trimestre 2023. Le prix français pour
tir de début décembre, même si elle est restée livraison au premier trimestre 2023 a été divisé par
faible par rapport à l’historique. La disponibilité 7 entre fin août et fin décembre. Si la baisse des
moyenne sur le mois est passée de 28,5 GW prix à terme est en partie liée à la baisse des prix du
en octobre à 31,6 GW en novembre puis à gaz par rapport aux niveaux de l’été, elle est princi-
39,3 GW en décembre. palement une conséquence de la quasi-disparition
• La production éolienne a été relativement de la prime de risque associée au comportement
faible au moment de la vague de froid de fin de surcouverture des acteurs, et de faible confiance
novembre - début décembre, pour atteindre dans les prévisions de remise en service des réac-
des niveaux très élevés sur les deux dernières teurs nucléaires.
semaines de décembre.
En effet, la perception du risque a évolué au cours
Ainsi, les prix spot de l’électricité ont entrepris une de l’automne et en début d’hiver, à mesure que la
nouvelle augmentation dès la mi-novembre pour disponibilité du parc nucléaire augmentait et que
atteindre un pic mi-décembre en concomitance la consommation d’électricité confirmait sa baisse
avec la vague de froid, tout en restant plus faibles structurelle par rapport aux années précédentes,
que ceux enregistrés au mois d’août. À partir de rendant toujours plus improbables les « scénarios
mi-décembre, la baisse de consommation grâce du pire » anticipés par les acteurs en début d’au-
au retour de températures nettement supérieures tomne. Depuis la fin décembre, les prix observés
aux normales saisonnières combinée à l’effet des sur les marchés à terme apparaissent ainsi plus
vacances de fin d’année, et la production éolienne cohérents avec l’analyse des fondamentaux et
très importante, ont permis aux prix de l’électricité sont désormais proches de ceux des pays voisins,
de retrouver des niveaux très faibles, avec notam- même s’ils restent encore à des niveaux élevés.
ment des épisodes de prix nuls voire négatifs sur
certains pas de temps. Ainsi, au cours des deux Même après la baisse observée fin 2022, les
dernières semaines de l’année, les prix spot ont niveaux de prix continuent de générer des fortes
régulièrement été inférieurs à la plage de variation tensions sur les finances publiques et sur l’éco-
des coûts de production des moyens thermiques, nomie en général. Au niveau européen, un accord
qui ont été très peu sollicités sur la période. Des sur le plafonnement des prix de gros du gaz a
conditions similaires ont entraîné une baisse des été trouvé en décembre. Les débats actuels se
prix dans la plupart des pays européens. réorientent maintenant vers une réforme plus
structurelle du marché d’électricité, qui devrait viser
Les prix à terme ont connu une très forte baisse à mieux aligner les coûts et les factures payées par
à partir du mois de novembre, pour revenir à des les consommateurs d’électricité, tout en mainte-
niveaux compatibles avec les fondamentaux de nant l’efficacité du marché de court terme et les
marché. La baisse a d’abord touché les prix à terme incitations à l’investissement dans les nouveaux
pour la livraison en fin d’année (en novembre, le moyens de production d’électricité nécessaires à la
prix à terme pour livraison en décembre a été divisé décarbonation.
par deux par rapport à son niveau du mois d’août),

50
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

POUR MIEUX COMPRENDRE

Pourquoi les prix de l’électricité peuvent-ils dépendre des prix du gaz ?

Le marché de l’électricité européen repose horaire se fixe généralement sur le coût variable
sur le principe selon lequel le prix de l’électri- des moyens de production correspondants cor-
cité se fixe à chaque instant au niveau du coût rélant ainsi l’évolution du prix de l’électricité avec
variable de production de la dernière unité celle des prix des combustibles comme le gaz
appelée pour couvrir la demande électrique67. et le charbon ainsi qu’avec le prix du CO2. Ainsi,
En d’autres termes, pour chaque heure, tout même si la part du thermique fossile dans la pro-
se passe comme si les moyens de production duction d’électricité française est faible, elle reste
étaient « empilés » par ordre de préséance éco- aujourd’hui déterminante dans la formation du
nomique jusqu’à atteindre un volume suffisant prix de l’électricité :
pour approvisionner la demande d’électricité : la • d’une part, dans le contexte actuel, les cen-
dernière centrale sollicitée dans cet empilement trales au gaz sont généralement nécessaires à
détermine alors le prix de l’électricité sur l’heure l’équilibre entre l’offre et la demande, notam-
donnée (on parle de « centrale marginale »). ment pour compenser les faibles disponibilités
Ceci assure une allocation économiquement du parc nucléaire et de l’hydraulique ;
optimale de la production. • d’autre part, l’interconnexion avec le reste
de la plaque européenne conduit à ce que
À l’échelle européenne, le parc thermique fos- les prix de l’électricité en France dépendent
sile étant la plupart du temps nécessaire pour également de la production thermique fossile
assurer l’équilibre offre-demande, le prix spot située à l’étranger et échangée sur le marché.

Figure 48 : Ordre de préséance économique et formation du prix de l’électricité sur un exemple illustratif, avant et après la crise

Demande Demande
400 400
Gaz
350 350

300 300
Prix (€/MWh)

Prix (€/MWh)

Charbon
250 250
Avant crise Après crise
200 200
énergétique énergétique
150 150

100 100
Gaz Charbon
50 50
Éolien et Éolien et
solaire Nucléaire solaire Nucléaire
0 0

67. En toute rigueur, il s’agit d’une approximation supposant qu’il y a libre concurrence sur le marché, que la consommation est achetée à tout prix et que
les centrales n’incluent pas dans les prix leurs contraintes techniques notamment les coûts de démarrage.

51
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

POUR MIEUX COMPRENDRE

Les différentes notions de prix de l’électricité (spot, à terme…)

Le prix de l’électricité recouvre en pratique diffé- Les « prix à terme » (ou prix forward) reflètent en
rentes notions. Il est notamment nécessaire de principe la moyenne des prix spot anticipés par les
distinguer d’une part le « prix de gros » de l’élec- acteurs de marché sur l’ensemble de la période de
tricité sur les marchés, et d’autre part le « prix de livraison considérée. Ils participent directement du
détail » facturé au consommateur. prix de l’électricité payé par les consommateurs
puisqu’ils (i) interviennent dans la construction des
La notion de « prix de gros » est elle-même multi- tarifs réglementés de l’électricité et (ii) sont utili-
ple : il peut s’agir soit du prix spot, correspondant sés pour couvrir les clients n’ayant plus accès à ces
au prix d’un mégawattheure d’électricité pour une tarifs réglementés comme les industriels. Le « prix
heure donnée, la veille pour le lendemain (construit de détail » qui apparaît sur la facture d’électricité des
selon le principe de l’ordre de préséance écono- consommateurs est composé pour partie seulement
mique illustré ci-dessus), soit d’un prix à terme des prix à terme. En effet, à ces coûts d’approvision-
dont l’échéance de livraison est plus éloignée et nement en électricité s’ajoutent des dispositifs de
pour une période allant de la semaine à l’année. régulation « hors marché » comme l’ARENH ainsi
que les coûts du réseau d’électricité et les taxes.
Les marchés à terme permettent aux acteurs de
couvrir le « risque prix » du marché spot : il s’agit Dans les marchés physiques à court terme (le
notamment pour les producteurs de fixer leur marge marché spot – avec livraison pour le lendemain –
et pour les fournisseurs de déterminer un tarif pour mais également les marchés infrajournaliers), les
leurs clients sans s’exposer à la volatilité horaire du conditions météorologiques jouent un rôle impor-
prix spot. Les fournisseurs ou gros consommateurs tant. En revanche, dans les marchés à terme, dont
couvrent ainsi une large part de leur consommation l’échéance de livraison est plus éloignée, les prix
sur les marchés à terme, plusieurs mois voire plusieurs sont plus fortement dépendants des perspectives
années en amont, et seulement pour une part rési- d’évolution à moyen terme des prix du gaz et de la
duelle sur le marché spot du jour pour le lendemain. situation en matière d’offre et de demande.

Figure 49 : Fonctionnement des marchés de gros et de détail de l’électricité

Marché de gros Marché de détail

Couverture J-1
Prix
Prix de détail
spot

= coût de la dernière centrale appelée


(le plus souvent thermique)

Producteurs Fournisseurs Consommateurs


ARENH, bouclier
tarifaire, etc.
Couverture
Prix à long terme
terme Tarifs réglementés
détermine pour partie
= moyenne projetée du prix spot
à l’échéance considérée

52
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

4. Échanges

4.1 Introduction : le système pointes de consommation ne surviennent pas au


électrique, un sujet à dimension même moment de la journée ni à la même saison
européenne selon les pays (pointes en été dans l’après-midi
Les systèmes électriques des différents pays en Italie, en soirée en hiver en France, en hiver
européens sont aujourd’hui assez largement dans la matinée dans les pays scandinaves). Dans
interconnectés. La plupart des pays d’Europe une moindre mesure, cela permet de profiter du
continentale font partie du « système électrique foisonnement de la production des énergies renou-
continental synchrone », qui partage à chaque velables variables.
instant la même fréquence électrique à 50 Hz. En
mars 2022, ce système synchrone a été étendu en Le marché européen de l’électricité concourt à
urgence à l’Ukraine et la Moldavie pour soutenir minimiser le coût de fonctionnement du système
la stabilité du réseau électrique dans ces régions, électrique au périmètre européen. Cependant,
grâce à l’accélération de procédures déjà en cours. les niveaux très élevés des prix de l’électricité
atteints sur l’année 2022 (voir partie Prix), qui ont
Le développement des interconnexions repré- généré des fortes tensions sur les consommateurs,
sente de longue date une priorité de la politique les finances publiques et l’économie en général,
énergétique de l’Union européenne. Mentionné ont conduit à l’émergence d’un débat au niveau
dès 195568, cet objectif est considéré comme européen sur le sujet, qui s’oriente actuellement
un moyen pour réduire le coût de l’électricité. vers une réforme structurelle du marché. Celle-ci
L’interconnexion des réseaux nationaux constitue devrait viser à mieux aligner les coûts et les fac-
en effet un prérequis à la mise en place du marché tures payées par les consommateurs d’électricité,
européen de l’électricité. En permettant de tirer parti tout en maintenant l’efficacité du marché de court
des complémentarités des mix énergétiques natio- terme et les incitations à l’investissement dans
naux, elle est de nature à bénéficier à la collectivité les nouveaux moyens de production d’électricité
européenne selon trois axes : le renforcement de la nécessaires à la décarbonation.
sécurité d’approvisionnement en électricité et de la
sécurité d’exploitation des systèmes interconnec- Par ailleurs, le renforcement des capacités
tés, la réduction des coûts de production à l’échelle d’échange participe du projet politique de l’Union
du continent par l’accroissement de la concurrence, européenne (UE). Le règlement (UE) 2018/1999
et la faculté d’intégrer des volumes plus importants du 11 décembre 2018 concernant la gouvernance
d’énergies décarbonées. de l’Union de l’énergie et l’action pour le climat
demande à chaque État membre, dans le cadre
Ainsi, les échanges entre pays européens per- des plans nationaux énergie-climat, de prioriser
mettent une mutualisation des capacités ses investissements d’interconnexion afin de viser
nécessaires à la sécurité d’approvisionnement et des capacités à hauteur de 15 % de ses capa-
de solliciter à chaque instant les capacités de cités de production en 2030, sous réserve d’une
production les moins coûteuses (et les moins analyse coûts-avantages positive pour chaque
carbonées) disponibles pour couvrir la demande investissement et de certaines conditions, notam-
d’électricité en Europe. Cette mutualisation est ment d’intégration environnementale. Au titre du
particulièrement intéressante parce qu’elle permet règlement sur les réseaux transeuropéens d’éner-
de tirer profit des profils de consommation dans gie, l’Union européenne a introduit la notion de
les différents pays européens. Par exemple, les « projets d’intérêt commun » qui permet aux projets

68. L
 a résolution de Messine (1955) mentionne que « toutes dispositions devront être prises pour développer les échanges de gaz et de courant électrique
propres à augmenter la rentabilité des investissements et à réduire le coût des fournitures ».

53
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

d’interconnexion qui en bénéficient de devenir éli- son parc de production sans marges par rapport
gibles, sous certaines conditions complémentaires, au critère public de sécurité d’approvisionne-
à des soutiens financiers européens dans le cadre ment conduisent le pays à se trouver en position
du mécanisme pour l’interconnexion en Europe importatrice en cas de tension sur l’équilibre
(Connecting Europe Facility). offre-demande. Toutefois, la production française
(nucléaire, hydraulique et autres renouvelables)
Le fonctionnement du système électrique à étant plus compétitive que celle de ses voisins, la
l’échelle européenne constitue aujourd’hui France redevient exportatrice dès lors que l’équi-
une réalité, qui s’est révélée essentielle dans le libre entre l’offre et la demande n’est pas tendu.
contexte tendu qui caractérise l’automne-hiver L’interconnexion de la France aux autres pays
2022/2023. Depuis dix ans, le renforcement des européens lui permet ainsi d’une part d’assurer sa
interconnexions entre les pays et le développement sécurité d’approvisionnement et d’autre part de
d’énergies renouvelables variables ont conduit à trouver des débouchés économiques à sa produc-
une augmentation significative des échanges entre tion bas carbone et contribuer à la décarbonation
pays. du mix européen. Ainsi, le solde des échanges
entre la France et les pays voisins a été large-
Située à l’intersection de plusieurs pénin- ment exportateur au cours des années passées,
sules électriques (péninsule ibérique, Italie, mais les fortes tensions sur l’approvisionne-
Grande-Bretagne) et dotée d’importantes capa- ment tout le long de l’année 2022 (voir partie
cités de production installées, la France participe Production) ont amené à un retournement de
pleinement aux échanges européens. La ther- la situation, avec un solde net importateur sur
mosensibilité de la consommation française et l’année.

Figure 50 : Échanges d’électricité entre la France et les pays voisins, 1953-2022

Fort développement de
la production éolienne en
Baisse de la production
100 Allemagne et en Espagne
nucléaire en France
80
Déploiement du parc
nucléaire en France
60

40

20
TWh

-20

-40 Baisse ponctuelle de la


production nucléaire française
-60 en 2009 (mouvements sociaux
et anticipation d’opérations de Exports physiques  
-80
maintenance sur 15 réacteurs) Imports physiques  
-100 Solde

1953 1958 1963 1968 1973 1978 1983 1988 1993 1998 2003 2008 2013 2018 2022

54
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

4.2 En 2022, la France est devenue flux d’électricité ont été globalement dirigés là où
importatrice nette d’électricité pour les prix étaient les plus élevés du fait des tensions
la première fois depuis 40 ans sur la production. Les interconnexions ont donc
L’année écoulée a été marquée par des fortes ten- notamment permis à la France d’importer des
sions sur le parc de production français (cf. partie volumes significatifs pour assurer l’équilibre entre
Production) qui ont rendu nécessaire un recours offre et demande, tout en permettant de continuer
conséquent aux importations et ont affecté la posi- à exporter lors de périodes moins tendues caracté-
tion traditionnellement exportatrice de la France. risées notamment par une production renouvelable
Au cours de l’année, le pays a importé plus abondante ou une moindre consommation. Suivant
d’électricité qu’il n’en a exporté, ce qui n’était un principe d’optimisation économique des
pas arrivé depuis 1980, c’est-à-dire avant le moyens de production à la maille européenne, les
développement de la plus grande partie du parc interconnexions ont également permis au système
nucléaire. électrique français de tirer parti d’une électri-
cité moins chère à l’étranger lorsque celle-ci était
La faible disponibilité du parc nucléaire est le pre- disponible.
mier déterminant de ce retournement. Cependant,
au cours de certaines périodes, une produc- Sur l’historique récent, la position de la France dans
tion renouvelable abondante a ponctuellement les échanges a été largement exportatrice pendant
compensé la baisse de la production nucléaire l’été mais plus contrastée en hiver. En effet, du fait
et permis à la France de redevenir exporta- de la forte thermosensibilité de la consommation
trice en solde (en février par exemple, ou sur les électrique française (cf. partie Consommation), le
deux dernières semaines de décembre), dans des système est plus tendu en hiver, ce qui limite les
proportions insuffisantes toutefois pour rétablir marges de production disponibles à l’export, voire
l’équilibre sur l’année. nécessite parfois d’importer des volumes consé-
quents d’électricité. Cela est également le cas
Cette situation, historique pour la France, reflète le lorsque la disponibilité de la production nucléaire
principe de fonctionnement normal des marchés est nominale. En été, à l’inverse, en temps normal,
européens, même dans une situation de hausse la France a tendance à exporter des volumes très
des prix généralisée : en Europe de l’Ouest, les importants, et de manière continue : c’est à cette

Figure 51 : Échanges commerciaux d’électricité entre la France et ses voisins en 2022 par mois

6
La France
4 exporte
vers les pays
voisins
2
TWh

-2
La France
-4 importe depuis
les pays voisins
Exports    Imports   Solde des échanges
-6

-8
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

55
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 52 : Solde des échanges commerciaux d’électricité de la France avec les pays voisins selon la saison

80

60

40
TWh

20

-20

Automne/hiver (octobre-mars)   Printemps/été (avril-septembre)


-40
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

saison que le solde exportateur de l’année se à la minimisation globale des coûts de production
« construit ». En 2022, le solde des échanges pour à l’échelle du système européen interconnecté (le
la France s’est surtout creusé à l’été. Pendant les sens des échanges dépend des écarts de prix) qu’à
mois d’hiver (début et fin 2022), les efforts pour la sécurité d’approvisionnement, même si les deux
maximiser la disponibilité du parc nucléaire ont sont liés.
permis de limiter l’écart avec le solde sur les hivers
précédents, sur lesquels il était déjà fréquent que la Ainsi, le nombre de pas de temps sur l’année sur
France doive importer69. lesquels la France a eu recours aux importations
des pays voisins pour couvrir sa consommation
Le solde importateur net de la France sur l’an- a considérablement augmenté. Il est cependant
née 2022 est de 16,7 TWh, ce qui représente un important de noter que les périodes sur lesquelles
peu moins de 4 % de la consommation nationale la France importe de l’électricité peuvent inclure
d’électricité70. Les seuls mois de juillet, août et à la fois les situations où les importations sont
septembre représentent à eux seuls 60 % de ce indispensables pour la sécurité d’approvisionne-
solde négatif, soit 10 TWh. ment (c’est-à-dire, où il n’y aurait plus de marges
pour solliciter une production ou des effacements
Ce raisonnement en volumes nets annuels, ou de consommation additionnels en France) et des
même mensuels, occulte néanmoins une réalité situations où les importations ont contribué à cou-
essentielle du fonctionnement du système élec- vrir la consommation en évitant le recours éventuel
trique français et européen : les échanges, comme à des moyens additionnels très coûteux en France.
beaucoup de grandeurs du système électrique, Ainsi, la France a été dépendante des importa-
varient de manière importante dans le temps tions pour la sécurité d’approvisionnement sur
(selon le moment de l’année, de la semaine, voire moins de 10 % du temps, alors que le solde des
de la journée) et dans l’espace (selon la frontière échanges a été importateur sur près de 70 % du
considérée). La raison principale tient davantage temps sur l’année 2022.

69. À
 noter cependant que la présente analyse couvre l’année civile : le début de l’hiver 2021/2022 est considéré dans les données 2021 et la fin de l’hiver
2022/2023 n’est pas inclue.
70. Pour avoir un ordre de comparaison, cela représente à peu près la production annuelle moyenne de la centrale nucléaire de Belleville (2 x 1 310 MW,
palier P’4)

56
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

4.3 Le solde des échanges au cours de l’été, portée notamment par la climati-
a été fortement contrasté selon sation contrairement à la France dont la pointe de
la frontière consommation survient l’hiver.
Au-delà des variations au cours de l’année, la
position de la France vis-à-vis des échanges a été Ainsi, sur le premier semestre 2022, les
contrastée selon les frontières. On peut distinguer échanges avec l’Espagne sont restés équilibrés
trois types de frontières : et très variables selon les conditions météorolo-
• celles depuis lesquelles la France est fortement giques, dans la lignée des années précédentes.
importatrice : Allemagne et Belgique71 ; En volume net, la France a été légèrement impor-
• celles vers lesquelles la France est fortement tatrice sur cette période, à part en février, en
exportatrice : Italie et Suisse ; raison notamment d’un épisode de vent soutenu
• et celles où la situation est plus équilibrée, ou en France ainsi que d’une disponibilité nucléaire
contrastée : Espagne et Grande-Bretagne. encore correcte.

Par ailleurs, la décomposition par frontière per- Sur le second semestre, en revanche, les échanges
met également de rendre compte de dynamiques entre la France et l’Espagne ont été déterminés
de décarbonation des mix électriques amor- essentiellement par le plafonnement du prix du
cées depuis quelques années : la production gaz pour la production d’électricité décidé par
dans certains pays voisins devient de plus en les gouvernements espagnol et portugais72 pour
plus compétitive, de plus en plus souvent. C’est limiter l’envolée des prix de l’électricité constatée
notamment le cas pour les systèmes caractéri- partout en Europe. Ainsi, à partir de juin, la dis-
sés par une proportion grandissante d’énergies ponibilité d’une production thermique à coût plus
renouvelables, comme l’Espagne ou la Grande faible dans la péninsule ibérique a mené à de tels
Bretagne. écarts de prix spot entre la France et l’Espagne
que les capacités d’échange ont été fortement
France - Espagne saturées dans le sens des importations pour la
Sur la frontière franco-espagnole, la France est France. Sur cette deuxième moitié d’année, la
habituellement très exportatrice au printemps et en France n’a exporté vers l’Espagne que quelques
été. En hiver, les échanges ont tendance à être plus jours, à la faveur d’un épisode particulièrement
équilibrés et variables selon les conditions météo- doux en octobre.
rologiques. Le parc éolien espagnol est notamment
très important, avec près de 30 GW installés, ce Sur l’année, le solde total des échanges avec
qui permet à l’Espagne d’exporter le surplus de ­l’Espagne s’élève à 9,1 TWh en import, dont près
production lors des épisodes de vent abondant à de 85 % au deuxième semestre, à partir de la mise
cette saison. Ceci est également renforcé par le fait en place du plafonnement des prix du gaz pour la
que la demande d’électricité est élevée en Espagne production d’électricité.

71. S
 ur cette frontière, les échanges sont organisés à l’échelle d’un ensemble de pays, dit région CWE (Central Western Europe) devenue région Core depuis
le 9 juin 2022. Pour la France, cette organisation signifie qu’il n’est pas possible d’isoler les échanges avec chacun de ses deux voisins de la région CWE
(resp. Core), la Belgique et l’Allemagne : on parle alors d’échanges avec la région CWE (resp. Core) sans distinction.
72. Ce mécanisme, appliqué à partir de mi-juin 2022 en Espagne et au Portugal, consiste en un plafonnement du prix du gaz naturel utilisé pour la production
d’électricité. La différence avec le prix réel du gaz est couverte par une subvention publique, donc par le budget de l’État. Comme le moyen marginal de
production d’électricité en Espagne est le plus souvent une centrale au gaz, cela a pour effet concret de limiter également les prix de l’électricité.

57
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 53 : Volumes des échanges commerciaux (en haut) entre la France et l’Espagne et écarts moyens mensuels
entre les prix spot français et espagnol (en bas) en 2022, par mois

3,5
3,0
2,5
2,0 La France
1,5
exporte vers
l’Espagne
1,0
0,5
TWh

0,0
-0,5
-1,0
-1,5 La France
-2,0 importe depuis
l’Espagne
-2,5
-3,0 Exports    Imports   Solde des échanges
-3,5
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

350

300

250

200
Prix
français
150 supérieur
€/MWh

au prix
100 espagnol
50

0
Prix
-50 espagnol
supérieur
-100
• Écart de prix (prix France - prix Espagne) moyen aux prix
-150 français
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

58
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

France - Grande-Bretagne Sur les dernières années, tout comme en France,


La France exporte habituellement des volumes les marges du système électrique britannique se
importants vers la Grande-Bretagne toute l’année. sont réduites. Ainsi, malgré une production renou-
Sur l’année 2022, cependant, les échanges ont été velable parfois conséquente, des périodes de
importateurs. tension apparaissent régulièrement en hiver. En
2022, ce constat est bien visible sur les périodes
Le solde net des échanges sur cette frontière a été de début et de fin d’année, pendant lesquelles la
d’environ 10 TWh en import, dont près de la moitié au France a exporté vers la Grande-Bretagne.
cours des trois mois pendant lesquels la disponibilité
nucléaire a été la plus basse (juillet, août, septembre).

Figure 54 : Volumes des échanges commerciaux (en haut) entre la France et la Grande Bretagne et écarts moyens mensuels
entre les prix spot français et britannique (en bas) en 2022, par mois

3,5
3,0
2,5
La France
2,0
exporte vers
1,5 la Grande-
1,0 Bretagne
0,5
TWh

0,0
-0,5
-1,0
-1,5
La France
importe depuis
-2,0
la Grande-
-2,5 Bretagne
-3,0 Exports    Imports   Solde des échanges
-3,5
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

150

100 Prix
français
supérieur
50 au prix
britannique
€/MWh

-50 Prix
britannique
supérieur
-100 au prix
français
• Écart de prix (prix France - prix Grande-Bretagne) moyen
-150
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

59
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

France - Core contrastées entre ce pays et la France : différence


La France est habituellement fortement impor- de structure du parc de production, du parc de
tatrice depuis la région Central Western Europe/ chauffage résidentiel, etc.
Core73 (représentée par les frontières avec la
Belgique et l’Allemagne) en hiver, et fortement En 2022, en raison du déficit de production
exportatrice en été ; le bilan annuel fluctue entre en France pendant l’été, les échanges ont été
+10 TWh et -10 TWh sur les dix dernières années. presque uniquement orientés à l’import vis-à-
Bien que les échanges avec cette région ne puissent vis de cette frontière. Le solde de la France a
pas être résumés aux échanges avec l’Allemagne, été importateur sur tous les mois de l’année et
cette situation souligne en partie les dynamiques sur 51 des 52 semaines. Le solde des échanges

Figure 55 : Volumes des échanges commerciaux entre la France et les pays membres de la zone Core (en haut)
et écarts moyens mensuels entre les prix spot français et respectivement allemand et belge (en bas) en 2022, par mois

3,5
3,0 Exports    Imports   Solde des échanges
2,5
La France
2,0
exporte
1,5 vers la zone
1,0 Core
0,5
TWh

0,0
-0,5
-1,0
La France
-1,5
importe
-2,0 depuis la
-2,5 zone Core
-3,0
-3,5
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

150
Prix
français
100
supérieur
au prix
allemand
50
(resp.
belge)
€/MWh

Prix
-50 allemand
(resp.
belge)
-100 supérieur
• Écart de prix (prix France - prix Allemagne) moyen au prix
• Écart de prix (prix France - prix Belgique) moyen français
-150
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

73. L
 a région Central Western Europe correspond à la région de calcul de capacité comprenant la France, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas,
opérationnelle depuis 2015. Le 9 juin 2022, cette région, désormais appelée Core, a été étendue à l’Autriche, la Slovénie, la Pologne, la République
Tchèque, la Slovaquie, la Croatie, la Hongrie et la Roumanie

60
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

s’élève à 27 TWh en import, de loin la frontière En conséquence, des records de puissance


la plus importante, en valeur absolue, du point d’import instantanée ont été atteints en 2022
de vue des volumes échangés. sur cette frontière, avec un maximum enregis-
tré à près de 10 GW début décembre, lors de la
L’extension du calcul de capacité de Central période la plus tendue du point de vue de l’équi-
Western Europe à Core a globalement eu pour libre offre-­demande en France. La contribution de
effet, toutes choses égales par ailleurs74, de la région Core à la sécurité d’approvisionnement
permettre une meilleure optimisation des capa- de la France a donc été très importante.
cités d’échange entre la France et cette région.

74. Maintenances sur le réseau, plan de production, etc.

61
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

France - Italie également quand des moyens thermiques sont sol-


La frontière italienne est la seule vers laquelle la licités en France, puisque le parc thermique français
France exporte presque en permanence, et ce depuis est relativement plus récent et donc plus efficient.
les années 1980. En effet, l’Italie repose fortement
sur les importations d’électricité pour couvrir ses Pour ces raisons structurelles, cette frontière est la
besoins depuis plusieurs décennies : les importa- seule sur laquelle la situation n’a pas montré de varia-
tions représentent régulièrement plus de 10 % de tion significative en 2022 par rapport aux années
la consommation nationale. De plus, le parc de pro- précédentes : la France a exporté environ 18 TWh
duction dans le pays est largement dominé par la d’électricité vers l’Italie. Il est néanmoins intéressant
production thermique (65,1 % en 202175), en parti- de noter que, lors de la vague de froid importante de
culier à partir de gaz, ce qui rend le coût de production début décembre, la France a importé de l’électricité
souvent plus élevé qu’en France. Ceci reste vrai depuis l’Italie pendant quelques jours76.

Figure 56 : Volumes des échanges commerciaux entre la France et l’Italie (en haut) et écarts moyens mensuels
entre les prix spot français et italien (en bas) en 2022, par mois

3,5
3,0
2,5
2,0 La France
1,5
exporte
vers l’Italie
1,0
0,5
TWh

0,0
-0,5
-1,0
-1,5 La France
-2,0 importe
depuis l’Italie
-2,5
-3,0 Exports    Imports   Solde des échanges
-3,5
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

150

100 Prix
français
supérieur
50 au prix
italien
€/MWh

-50 Prix italien


supérieur
au prix
-100 français

• Écart de prix (prix France - prix Italie) moyen


-150
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

75. T erna, “Dati statistici sull’energia elettrica in Italia 2021”.


76. Ce qui confirme l’intérêt des échanges pour la sécurité d’approvisionnement à l’échelle européenne et constitue un exemple intéressant pour une réflexion
sur la notion de « dépendance » (cf. plus loin).

62
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

France - Suisse le pays ayant lui-même en général suffisamment


Les échanges avec la Suisse ont des caractéris- de production pour couvrir ses propres besoins.
tiques plus complexes. Premièrement, les capacités Pour ces deux raisons, l’interprétation des volumes
de transit sont asymétriques : environ 3 GW dans d’échange grâce aux considérations économiques
le sens de la France vers la Suisse, contre 1 GW ou d’équilibre offre-demande est plus délicat sur
dans le sens Suisse vers France. Cela signifie que, cette frontière que sur les autres.
schématiquement, si les conditions de marché
étaient telles qu’il serait intéressant d’exporter Du point de vue du bilan global, le solde d’échanges
vers la Suisse la moitié du temps et d’importer sur avec la Suisse est en général exportateur, bien qu’il
l’autre moitié, on observerait à la fin des volumes ait eu tendance à se réduire depuis le milieu des
d’importations et d’exportations différents. Ensuite, années 2010. L’année 2022 n’a pas été très diffé-
la Suisse est souvent un « pays de transit » : lors- rente de ce point de vue, avec un solde exportateur
qu’elle importe depuis la France, elle exporte en de 12 TWh (les soldes avaient été compris entre
réalité le plus souvent vers l’Italie en même temps, 10 et 16 TWh en export depuis 2015).

Figure 57 : Volumes des échanges commerciaux entre la France et la Suisse (en haut) et écarts moyens mensuels
entre les prix spot français et suisse (en bas) en 2022, par mois

3,5
3,0
2,5
La France
2,0
exporte vers
1,5 la Suisse
1,0
0,5
TWh

0,0
-0,5
-1,0
La France
-1,5
importe depuis
-2,0 la Suisse
-2,5
-3,0 Exports    Imports   Solde des échanges
-3,5
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

150

100 Prix
français
supérieur
50 au prix
suisse
€/MWh

-50 Prix suisse


supérieur
au prix
-100 français
• Écart de prix (prix France - prix Suisse) moyen
-150
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

63
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

4.4 L’approvisionnement en énergie Ainsi, les périodes pendant lesquelles la France


de la France reste bien plus dépendant a été importatrice nette d’électricité (21 % du
des importations de combustibles temps en 2021 et de l’ordre de 70 % du temps
fossiles que des importations en 2022) ont inclus à la fois les situations où les
d’électricité importations étaient indispensables pour la sécu-
Les échanges d’électricité au niveau européen per- rité d’approvisionnement et des situations où les
mettent de mutualiser les moyens de production importations ont contribué à couvrir la consomma-
et d’optimiser le fonctionnement du système élec- tion en évitant le recours éventuel à des moyens
trique, en ayant recours aux moyens de production additionnels très coûteux en France. Ainsi, la
les moins carbonés et les moins onéreux. France a été dépendante des importations pour
la sécurité d’approvisionnement sur moins de
Cette mutualisation permet de tirer profit des 10 % du temps, alors que le solde des échanges
diffé­rences dans les profils de consommation a été importateur sur près de 70 % du temps sur
des différents pays et dans une certaine mesure, ­l’année 2022.
du foisonnement des productions renouvelables
variables pour réduire les coûts de production Ainsi, tous les ans, il existe un nombre non négli-
d’électricité à l’échelle européenne. Elle permet geable de pas de temps où la France est importatrice
également d’éviter de surdimensionner le parc de nette, et qui est variable selon les années (condi-
production, et d’accroître la sécurité d’approvision- tions météorologiques en France et dans les pays
nement des systèmes électriques nationaux. voisins, disponibilité du parc nucléaire et de la pro-
duction hydraulique…).
Ainsi, la France a été importatrice nette au cours
de l’année 2022, caractérisée par une situation Enfin, sur le plan énergétique, il est essentiel de
atypique qui a vu l’apparition de périodes tendues rappeler qu’aujourd’hui l’approvisionnement de la
notamment en été, alors que les contraintes sur le France77 dépend à plus de 60 % des combustibles
parc de production étaient au plus fort. fossiles, qui sont majoritairement importés depuis

Figure 58 : Distribution du taux de couverture de la consommation brute en France par les importations sur l’année,
pour plusieurs années récentes (un point = une heure sur l’année)

La France
importe

La France
exporte

77. En énergie finale. (Source : Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Service des données et études statistiques).

64
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 59 : Facture énergétique de la France entre 1970 et 2021 (Données Bilans énergétiques SDES) et pour l’année 2022
(données Douanes et RTE), euros constants 2022

115 Md€ : facture


120 énergétique de
la France en 2022
100

80
35 à 80 Md€ : 108 Md€ : facture
60 énergétique en 2022
facture énergétique
Md€

entre 2010 et 2019 liée aux combustibles


40 fossiles

20

0 7 Md€ : facture
énergétique liée
-20 aux importations
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2022 d’électricité en 2022

Électricité   Bois-énergie et biocarburants   Charbon   Gaz   Pétrole brut   Produits raffinés   Solde

le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, la Russie (mal- estimé que la facture pourrait représenter 48 Md€
gré la baisse des flux en 2022) et quelques pays au premier semestre 2022, pouvant potentielle-
européens (Norvège, Pays-Bas). Par ailleurs, d’un ment atteindre de l’ordre de 115 Md€ sur l’année
point de vue économique, le poids des importations complète78. Ceci est dû en grande partie à l’aug-
de combustibles fossiles sur la facture énergétique mentation des prix des combustibles. Selon une
de la France est bien plus important que le poids première estimation de RTE, l’augmentation des
qu’avaient les exportations d’électricité sur les importations d’électricité pèserait pour environ
années passées, et il restera en ordre de grandeur 7 Md€ (contre un peu moins de 3 Md€ de béné-
bien plus important que le poids des importations fices en 2021).
d’électricité sur l’année 2022. En effet, le Trésor a

78. La facture énergétique française dépassera les 100 milliards d’euros en 2022 – [Link]

65
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

5. Émissions

5.1 Introduction 2. Au périmètre de la consommation française d’élec-


Le mix électrique français, largement dominé par le tricité : émissions liées à la production française qui
nucléaire et les renouvelables, est l’un des plus décar- alimente la consommation en France (donc retran-
bonés d’Europe. Ainsi, malgré une consommation chée des exports), et émissions des importations
d’électricité par habitant relativement élevée en com- qui alimentent la consommation en France.
paraison avec celle des pays voisins79, les émissions 3. Au périmètre des émissions évitées pour les pays
pour la production d’électricité représentent autour voisins grâce aux exportations de la France : le
de 5 % des émissions territoriales en France80 contre mix de production français étant particulière-
19 % au niveau de l’Union européenne81. De plus, ment décarboné, les exportations d’électricité
le solde traditionnellement exportateur de la France de la France permettent aux pays voisins d’évi-
permet aux pays voisins de bénéficier de l’électricité ter de solliciter des moyens de production plus
bas-carbone produite par le parc français. carbonés.

En 2022, les tensions sur le parc de production condui- 5.2 Les émissions pour la production
sant à l’inversion du sens du solde des échanges ont d’électricité augmentent de manière
eu une répercussion sur les émissions de gaz à effet contenue et restent inférieures
de serre du système électrique, qui peut s’apprécier aux niveaux de 2016 et 2017
selon différents périmètres d’analyse : Au périmètre du parc de production français,
1. Au périmètre du parc de production français : les contraintes pesant sur la production nucléaire
émissions directes liées à la production d’électri- et hydraulique ont conduit à une baisse du
cité en France. volume de production décarbonée, qui n’a été que

Figure 60 : Production d’électricité décarbonée en France

600 100%

500 90%

400 80%
TWh

300 70%
 hermique
T
renouvelable
et déchets
200 60% Solaire
Éolien
Hydraulique
100 50% Nucléaire
Part décarbonée de
la production totale
0 40% (axe de droite)
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

La production à partir de déchets est considérée renouvelable à 50 % ; la production hydraulique est retranchée de 70 % de la consommation de pompage des STEP selon la directive européenne 2009/28/CE.

79. E n raison notamment de la part importante du chauffage électrique. En 2021, la consommation était d’environ 7 200 kWh/habitant en France, contre
6 000 kWh/habitant en Allemagne, 5 500 kWh/habitant dans l’Union européenne, et moins de 5 000 kWh/habitant en Espagne et en Italie
80. Les émissions territoriales en France se sont élevées à 418 MtCO2eq en 2021 (source : CITEPA).
81. Les émissions territoriales de l’Union européenne se sont élevées à 3 735 MtCO2eq en 2021 (Source : European Environmental Agency). Les émissions
dues à la production d’électricité ont atteint 210 MtCO2eq (source : Ember Climate).

66
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 61 : Émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité en France

40 70

35 60

30
50

25

gCO2eq/kWh
40
MtCO2eq

20
 hermique
T
30
renouvelable
15 et déchets
Fioul
20
10 Charbon
Gaz
10 Intensité en
5 émissions de la
production en France
0 0 (axe de droite)
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

partiellement compensée par l’augmentation de la et la Finlande). L’électricité utilisée en France est


production solaire et éolienne. Malgré cette baisse fortement décarbonée y compris en tenant compte
en volume, l’électricité produite en France en 2022 des imports, plus importants en volume cette année.
est restée à 87 % d’origine décarbonée, contre Ces imports proviennent de pays dont la production
environ 91 % sur la période 2014-2021. d’électricité émet plus de CO2éq qu’en France mais
qui se décarbone progressivement via l’intégration
Le recours accru aux centrales thermiques a entraîné de volumes croissants d’énergies renouvelables.
une augmentation des émissions liées à la produc-
tion d’électricité, qui ont atteint 25 MtCO2eq (contre 5.3 Même en tenant compte
21,5 MtCO2eq en 2021). Les émissions sont restées des importations, la consommation
plus faibles que celles de 2016 et 2017, années d’électricité en France est parmi
caractérisées par une production d’électricité à base les plus décarbonées d’Europe
de charbon plus importante qu’en 2022. En effet, ce En 2022, la France a été importatrice nette d’élec-
sont essentiellement les centrales à gaz qui été sol- tricité, ce qui rend nécessaire d’analyser également
licitées pour compenser la baisse de production des les émissions liées à la consommation d’élec-
filières décarbonées (hydraulique et nucléaire). En tricité française en tenant compte de l’ensemble
revanche, la production des centrales à charbon a des moyens de production auquel il a été néces-
baissé par rapport à celle des années précédentes. saire de recourir en France et à l’étranger, pour la
Ce volume d’émissions reste bien inférieur à celui satisfaire. En revanche, les émissions liées à la pro-
d’autres pays comparables. Par exemple, en 2022, les duction d’électricité en France qui a été exportée
émissions du parc de production allemand ont été de pour satisfaire la consommation des pays voisins
l’ordre de dix fois supérieures à celles du parc français. ne sont pas comptabilisées. L’analyse tient compte
de la variation des volumes importés (et exportés)
L’électricité produite en France est parmi les plus vers les pays voisins et du mix de production de
décarbonées d’Europe (au 3e rang derrière la Suède ces pays à chaque instant82.

82. U
 ne simplification est faite pour le calcul, considérant que les flux d’électricité vont de la France vers les pays voisins ou inversement, sans extension du
traçage des flux aux pays frontaliers des pays voisins et ainsi de suite. L’imprécision induite par cette simplification ne devrait pas être susceptible de
remettre en question les ordres de grandeur affichés.

67
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 62 : Émissions (directes) de gaz à effet de serre liées à la consommation d’électricité en France

40

30
MtCO2eq

20

10

0
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

 missions de la production en France


É qui alimentent la consommation en France
Émissions liées aux importations

Les importations, qui sont le reflet des mix de Cependant, le mix électrique des pays voi-
production des pays voisins, sont en général sins se décarbone progressivement depuis
caractérisées par une intensité carbone supé- plusieurs années, intégrant des parts plus ou
rieure à celle du mix de production français, qui moins conséquentes d’énergies renouvelables.
est très largement décarboné. Ainsi, les émis- Le contenu carbone des mix des pays voisins est
sions totales liées à la consommation d’électricité donc bien plus faible que le contenu en émissions
en France selon ce périmètre sont plus élevées de la production des centrales à gaz et a fortiori de
que celles liées à la production d’électricité en la production à partir de charbon.
France.

Figure 63 : Intensité en émissions moyenne liée au système électrique français à différents périmètres

400

350

300

250
gCO2eq/kWh

 acteur d’émission
F
200
des centrales à gaz
les plus efficaces
150 Intensité en émissions
des importations
100 Intensité en émissions
de la consommation
en France
50 Intensité en émissions
de la production
0 en France

2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

68
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 64 : Comparaison de la distribution des intensités en émissions des pays voisins en général,
et quand la France importe de ces frontières

Maximum
600

Moyenne

400 Minimum
gCO2éq/kWh

Lecture : le graphique représente la


distribution des intensités CO2 de
l’électricité produite dans les pays voisins
de la France en général (en bleu) et lorsque
la France importe depuis ces pays (en vert)
200 L’épaisseur des formes dépend du nombre
de pas de temps dans l’année caractérisés
par l’intensité affiché sur l’axe. Le niveau où
la forme est la plus « épaisse » correspond
à la valeur d’intensité enregistrée le plus
souvent. Plus la forme est « allongée »,
plus l’intensité a varié au cours de l’année.
0 La ligne en pointillés représente la
Allemagne/ Allemagne/ Espagne Espagne France France Grande- Grande- Italie Italie moyenne de intensités pour chaque pays.
Belgique Belgique en général quand en général quand Bretagne Bretagne en général quand Par exemple, l’intensité de la production
en général quand la France la France en général quand la France en France a été en moyenne de
la France importe importe la France importe 56 gCO2éq. /kWh. Les intensités en
France
émissions se sont situées le plus souvent
importe importe entre 0 gCO2éq./kWh et 100 gCO2éq./kWh.

Ainsi, même en prenant en compte l’effet des En volume, les émissions qui découlent des impor-
échanges d’électricité sur l’année 2022 (avec tations sont, au premier ordre, liées aux échanges
la forte augmentation des volumes importés), sur les frontières allemande et belge83, consé-
le volume d’émissions liées à la consommation quence de la prédominance de ces frontières dans
d’électricité en France reste du même ordre de les importations d’énergie de la France, et, au
grandeur que celui d’autres années récentes, second ordre, découlent de l’intensité carbone plus
comme 2016 et 2017. élevée du mix allemand.

83. É
 changes avec la région Core qui comprend, au-delà de la France, les pays suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Croatie, Hongrie, Luxembourg,
Pays-Bas, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie.

69
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

5.4 Les pays voisins ont moins conséquence, la nette baisse du volume d’exporta-
bénéficié des exportations françaises tions de la France en 2022, qui a mené à un solde
décarbonées net importateur sur l’année, a également entraîné
Le solde traditionnellement exportateur de la France des répercussions sur les émissions de gaz à
permet aux pays voisins de bénéficier de l’électri- effet de serre des pays voisins pour satisfaire leur
cité bas-carbone produite par le parc français. En consommation d’électricité.

Figure 65 : Émissions de gaz à effet de serre évitées à l’étranger grâce à la production d’électricité exportée par la France

18
Allemagne et Belgique   Grande-Bretagne   Espagne   Italie
16

14

12

10
MtCO2eq

0
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Figure 66 : Comparaison des émissions liées à la production d’électricité en France, des émissions liées à la consommation
(tenant compte des échanges) et des émissions évitées à l’étranger84
Émissions à l'étranger liées
50 à la baisse des exports français
(estimation)
45
Prise en compte
40 des imports 6,7
35

30 Prise en compte 14,6


des exports
MtCO2eq

25
2,3 44
20
37,3
15

10
25,0

0
Périmètre production Périmètre consommation Périmètre consommation
et émissions évitées à l'étranger
France

84. L
 a hausse des émissions à l’étranger liée à la baisse des exports français est estimée en comparant les émissions évitées par les exports français en 2022
à la moyenne des émissions évitées chaque année par les exports français entre 2016 et 2019.

70
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

En effet, la baisse des exportations d’électricité la France et l’intensité en émissions des mix de
décarbonée par la France a dû faire l’objet d’une production des deux pays pour le pas de temps
compensation par les moyens de production considéré. Ainsi, l’on observe que les émissions
des pays voisins, ayant des mix de production évitées à l’étranger se sont réduites d’environ
davantage émetteurs de gaz à effet de serre. Les 7 MtCO2eq en 2022 par rapport à 2021, même
émissions évitées à l’étranger peuvent être esti- si elles restent importantes en Italie, pays vers
mées en considérant, pour chaque frontière et à lequel le solde des échanges français est resté
chaque instant, le volume d’électricité exporté par exportateur en 2022.

Figure 67 : Volumes d’électricité produits dans l’Union européenne en 2022 et répartition entre production carbonée
et décarbonée (Source : Ember)

(445 TWh)
Lettonie, Lituanie

République Tchèque
Danemark
Suède

Finlande

Slovaquie
France

Autriche

Belgique
Slovénie

Roumanie

100%
Espagne
Hongie

Portugal

Allemagne
Part décarbonée

Croatie

Bulgarie

Pays-Bas
80%

Estonie

Chypre, Malte
Irlande
Grèce
60%

Italie

Pologne
40%

20%

0% 0%

Part carbonée
20%

40%
Renouvelable (%)
Bioénergies, hydraulique, solaire, éolien, autres
Part en %

60%
Nucléaire (%)
Thermique fossile (%) 80%
Gaz, charbon, lignite, autres
100%
Production
totale

71
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

6. Électrification des usages


Dans tous les scénarios de neutralité car- 6.1 Électrification des transports
bone à l’horizon 2050, français ou européens, Les transports représentent aujourd’hui 30 % des
la décarbonation de l’économie passe par un émissions annuelles de gaz à effet de serre en
développement significatif de l’électrification France, et le transport routier représente à lui seul
des usages de l’énergie, en particulier en ce qui 29 %. C’est l’un des seuls secteurs dont les émis-
concerne les secteurs les plus émetteurs de gaz à sions ont augmenté depuis 1990 (+10 %)89. Pour
effet de serre. L’électrification peut être directe, ou cette raison, l’électrification du parc de véhicules
indirecte via notamment le recours à l’électrolyse ainsi que le développement de la production de
pour la production de combustibles décarbo- combustibles décarbonés (dont l’hydrogène pro-
nés. Les implications pour le système électrique duit par électrolyse) représentent un des grands
seront importantes, que ce soit du point de vue enjeux de la décarbonation de l’économie, qui est
du volume de consommation, appelé à augmen- susceptible d’entraîner une hausse significative de
ter selon les différentes trajectoires analysées par la consommation d’électricité90.
RTE85, ou pour le pilotage des appels de puissance.
RTE a publié entre 2019 et 2020 trois rapports Le développement massif de la mobilité électrique
approfondis qui détaillent les enjeux de l’électri- dans les années à venir semble être une certitude,
fication des usages pour le système électrique, avec une dynamique positive déjà installée depuis
à l’horizon 2035 : sur la mobilité électrique86, la plusieurs années. En 2022, l’électrification du parc
production d’hydrogène87 et le chauffage dans les de véhicules s’est poursuivie en France de manière
bâtiments88. favorable, grâce notamment au maintien des aides
à l’achat (bonus écologique, prime à la conversion)

Figure 68 : Émissions territoriales de gaz à effet de serre, France 2019, par secteur, en MtCO2eq
(Source : Ministère de la transition écologique « Chiffres clés du climat 2019 »)

Procédés industriels
Industrie
48,0 MtCO2eq de l'énergie
43,6 MtCO2eq

Résidentiel Industrie manufacturière Déchêts Autres


Transport Agriculture tertiaire et construction 17,4 13,1
130,8 MtCO2eq 74,1 MtCO2eq 61,0 MtCO2eq 48,0 MtCO2eq MtCO2eq MtCO2eq

85.  oir « Futurs énergétiques 2050 », chapitre 3, « La consommation », 2022, RTE.


V
86. « Enjeux du développement de l’électromobilité pour le système électrique », 2019, RTE.
87. « La transition vers un hydrogène bas carbone », 2020, RTE.
88. « Réduction des émissions de CO2, impact sur le système électrique : quelle contribution du chauffage dans les bâtiments à l’horizon 2035 », 2020, RTE,
ADEME.
89. Citepa, rapport Secten 2022.
90. Voir « Futurs énergétiques 2050 », chapitre 3, « La consommation », 2022, RTE.

72
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 69 : Part de marché des véhicules tout-électrique dans une sélection de pays européens, 2019-2022 (Source : Argus)

20%

18%

16%

14%

12%

10%

8%

6%

4%
France
2% Allemagne
Grande-Bretagne
0% Espagne
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

et au développement de l’offre. Les véhicules tout marché de 14 %, soit 207 000 ventes en 2022
électriques et hybrides rechargeables ont repré- sur un total de 1,5 millions.
senté 18,5 % du marché en 2022 (contre 15 %
en 2021), avec près de 346 000 immatriculations La mobilité électrique se développe également chez
sur environ 1,9 millions de véhicules légers (par- nos voisins européens, avec une dynamique compa-
ticuliers et utilitaires légers) mis en circulation sur rable. La part de marché des véhicules tout-électriques
l’année . Le nombre de nouvelles immatriculations est supérieure en Allemagne par rapport à la France, et
en 2022 marque ainsi une progression de +10 % dépasse les 30 % en 2022, et similaire au Royaume-
par rapport à 2021 et a été multiplié par 5 par Uni (légèrement au-­dessus de 20 %). La part de
­rapport à 2019. Les véhicules particuliers 100 % marché en Espagne est, quant à elle, largement plus
électriques ont, eux, représenté une part de faible, et ne dépasse toujours pas les 5 %.

Figure 70 : Émissions évitées par l’électrification du parc des véhicules légers tout-électriques en France depuis 2013 (cumulées)
(Calculs RTE, hypothèses disponibles dans le rapport Futurs énergétiques 2050)

3,0

2,5

2,0
MtCO2éq

1,5

1,0

0,5

0,0
2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

73
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Le développement de la mobilité électrique en être la fabrication des batteries dans des pays où le
France a déjà permis d’éviter un volume d’émis- mix énergétique, et le mix électrique en particulier,
sions non négligeable, compte tenu de la part est moins carboné. Une estimation considérant par
encore faible des véhicules électriques dans le exemple une fabrication en France porterait le total
parc roulant (moins de 1 %). Environ 2,8 MtCO2eq d’émissions évitées depuis 2013 à 3,5 MtCO2eq92,
ont été évitées depuis 2013 grâce à l’électrifi- soit une augmentation de +25 %.
cation des véhicules légers (tout-électriques),
dont la moitié sur les deux dernières années. Ce Développement des infrastructures de recharge
volume est estimé en prenant en compte toutes Un déploiement important de bornes de recharge
les émissions sur le cycle de vie des véhicules, publiques doit accompagner le développement
notamment les émissions liées à la fabrication de de la mobilité électrique pour en favoriser l’adop-
la batterie, et en les comparant aux émissions sur tion par les usagers. La Commission européenne
le cycle de vie d’un véhicule thermique (essence) recommandait en 2014 un ratio indicatif d’au moins
équivalent. 1 borne pour 10 véhicules93. Cela permet d’estimer
l’adéquation entre le développement des véhicules
Des leviers possibles d’amélioration du bilan électriques et celui des infrastructures néces-
environnemental saires pour les accueillir94. Le graphique suivant
Les valeurs affichées ci-dessus ont été estimées montre l’évolution du nombre cumulé de bornes
sur la base d’une fabrication des batteries en Asie. de recharge publiques sur le territoire français ces
Un des leviers d’amélioration possibles du bilan sur dernières années, ainsi que le ratio véhicules par
le cycle de vie des véhicules électriques, du point de borne.
vue des émissions de gaz à effet de serre, pourrait

Figure 71 : Développement des infrastructures publiques de recharge, 2016-2022 (Source : Avere-France)

100 000 12

90 000
Véhicules électriques par borne
10
80 000
Bornes de recharge

70 000
8
60 000

50 000 6

40 000
4
30 000

20 000
2
10 000

0,0 0
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Nombre de bornes de recharge publiques   Nombre de véhicules électriques pour une borne (axe de droite)

91. D onnées AVERE.


92. Les données concernant les émissions sur le cycle de vie sont celles considérées dans l’analyse environnementale des Futurs énergétiques 2050, pour
2021 et les années antérieures. Les données concernant les immatriculations sont celles du Ministère de la Transition Écologique et de l’AVERE pour les
immatriculations mois par mois en 2022.
93. Directive (UE) n° 2014/94 sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs.
94. Un autre paramètre important mais plus difficile à mesurer est la répartition géographique de ces bornes. Dans le cadre du projet de règlement sur les
carburants alternatifs, qui fait partie du paquet Fit-for-55, un indicateur d’une borne tous les 60 km est actuellement discuté.

74
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Dans l’ensemble, le développement des infrastruc- construction neuve et la rénovation des bâti-
tures publiques de recharge suit celui des véhicules ments anciens ;
électriques. En 2022, une borne de recharge publique • L’amélioration du rendement des solutions de
était disponible pour 8 véhicules électriques en circu- chauffage par le recours à des solutions perfor-
lation, ratio qui dépasse l’objectif de la Commission mantes, comme la pompe à chaleur ;
européenne95. En parallèle de la progression du • Le remplacement des installations de chauf-
nombre de bornes publiques, il sera également fage au gaz ou au fioul par des systèmes bas-­
nécessaire que le réseau privé de bornes de recharge, carbone, comme les installations électriques
notamment dans les entreprises et les logements col- performantes, ou d’autres solutions reposant
lectifs, se développe de manière adéquate. sur les réseaux de chaleur ou les bioénergies.

6.2 Électrification des usages Solutions de chauffage


dans les bâtiments Le remplacement progressif des installations de
Le secteur des bâtiments résidentiels et tertiaires chauffage alimentées par des combustibles fos-
représente environ 13 % des émissions territoriales de siles, ainsi que la transition vers des solutions plus
la France, sans compter les émissions dues à la pro- performantes, est visible dans l’évolution des parts
duction d’électricité consommée dans les bâtiments. de marché des installations de chauffage pour les
nouveaux logements. Il est important de noter qu’il
La consommation d’énergie des bâtiments est existe une inertie considérable dans le parc des
en grande partie liée au chauffage, et dans une appareils existants, liée aux durées de vie impor-
moindre mesure à l’eau chaude sanitaire, à la cli- tantes, ce qui rend la diffusion dans le parc de
matisation en été, et à la cuisson. À ce titre, les logements plus lente.
stratégies de décarbonation de ce secteur mises
en avant par les pouvoirs publics reposent sur trois Tous types de logements confondus, on observe
piliers principaux : une augmentation de la part des pompes à chaleur
• L’amélioration de la performance énergétique sur la décennie 2010, qui atteint un peu moins d’un
du bâti, via des normes plus strictes pour la tiers des nouveaux logements en 2021. La part de

Figure 72 : Émissions territoriales de gaz à effet de serre, France 2019, par secteur, en MtCO2eq
(Source : Ministère de la transition écologique « Chiffres clés du climat 2019 »)

Procédés industriels
Industrie
48,0 MtCO2eq de l'énergie
43,6 MtCO2eq

Résidentiel Industrie manufacturière Déchêts Autres


Transport Agriculture tertiaire et construction 17,4 13,1
130,8 MtCO2eq 74,1 MtCO2eq 61,0 MtCO2eq 48,0 MtCO2eq MtCO2eq MtCO2eq

95. À l’exception de 2020, où l’on peut supposer que les installations ont pu être freinées temporairement par la crise sanitaire.

75
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 73 : Part de marché de différentes solutions de chauffage dans les logements neufs en France (Source : Bati-étude)

100%

80%
Part de marché

60%

40%

20%

Chauffage non-électrique
Pompes à chaleur
0% Radiateurs électriques
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

marché du chauffage électrique, elle, a d’abord RÉNOVATION THERMIQUE DES BÂTIMENTS


diminué sur la décennie du fait de la baisse de la L’autre principal levier de décarbonation du secteur
part des radiateurs électriques, avant de remonter est la rénovation thermique des bâtiments. L’enjeu
pour atteindre 40 % aujourd’hui. économique, énergétique et climatique est consi-
dérable, puisqu’aujourd’hui le parc de logements
Ces chiffres cachent une disparité importante selon comprend 5,2 millions de « passoires énergé-
le type de logement. En effet, la part de marché tiques »96 (logements des classes F et G selon le
des pompes à chaleur est bien plus élevée dans les diagnostic de performance énergétique), dont les
maisons individuelles neuves, avec près de 60 % consommations d’énergie pour le chauffage sont
en 2021, en progression constante depuis 2010. très élevées avec des répercussions significatives
Dans les immeubles collectifs, la part de marché à la fois sur le budget des occupants que sur les
des pompes à chaleur, et du chauffage électrique émissions de gaz à effet de serre.
en général, reste plus faible (respectivement 13 et
23 %), mais elle augmente lentement depuis la Ainsi, l’État mobilise des ressources très impor-
fin des années 2010. La majorité du chauffage tantes97 pour atteindre l’objectif, fixé dans la
non-électrique est au gaz. Dans les logements col- dernière PPE, d’environ 380 000 rénovations par
lectifs, les réseaux de chaleur ont également une an sur la période 2015-203098, à travers des pro-
part de marché non-négligeable (autour de 10 %), grammes d’aides financières pour les particuliers
tout comme le bois dans les maisons individuelles et les collectivités. Les fonds mobilisés en 2022 ont
(entre 10 et 15 %). dépassé 3 Md€99. Si le programme de rénovation
thermique a peiné à démarrer, les deux dernières

96. L e parc de logements par classe de performance énergétique au 1er janvier 2022 | Données et études statistiques ([Link])
97. Ces ressources, gérées par l’Agence nationale pour l’habitat, proviennent entre autres du Système d’échange de quotas d’émissions de l’Union
européenne, l’ETS, dont 100 % des fonds récoltés par la France sont fléchés vers la rénovation thermique, ainsi que du Plan de relance post-Covid.
98. Cet objectif est amené à être réévalué dans la prochaine PPE/SFEC.
99. Cette augmentation est à mettre en regard de l’augmentation du prix des quotas de CO2, qui influe directement sur le budget qui peut être alloué à la
rénovation thermique des bâtiments.

76
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 74 : Évolution du nombre de rénovations thermiques en France, et du montant des aides à la rénovation thermique
distribuées par l’Agence nationale de l’habitat, 2012-2022 (Source : Agence nationale de l’habitat)

800 3,5

700 3,0

600
Logements (milliers)

2,5

500
2,0

Md€
400
1,5
300

1,0
200

100 0,5

0 0,0
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Nombre de logements rénovés   Objectif PPE   Montant total des aides (axe de droite)

années ont vu une nette accélération, avec près des émissions associées nécessaires à alimenter la
de 700 000 logements rénovés en 2021 et autant consommation française de produits industriels a
en 2022, largement au-dessus de l’objectif de la simplement été déplacée hors de France.
PPE, et plus que sur toute la période 2012-2020
cumulée. Cependant, l’objectif de la PPE porte sur Aujourd’hui, certaines industries fortement émet-
la période 2015-2030 en moyenne, et le retard trices et consommatrices d’énergie restent en
accumulé en début de période n’a été qu’en partie activité sur le territoire, par exemple le raffinage
rattrapé sur les deux dernières années : pour tenir de pétrole, la sidérurgie ou la chimie. Ces com-
l’objectif, il faudra que le rythme se maintienne plexes industriels sont concentrés dans quelques
autour de 500 000 rénovations par an jusqu’en zones économiques, notamment dans les Hauts-
2030. de-France, en Normandie, dans la vallée du Rhône
et dans les Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, cette
6.3 Électrification de l’industrie industrie représente environ un cinquième des
L’économie française a été marquée, dans le der- émissions territoriales de la France100.
nier quart du 20e siècle, par un mouvement de
désindustrialisation reflété par la baisse de la part La décarbonation de l’industrie représente un
de l’industrie dans le PIB. Ceci dérive d’une part double enjeu, concernant à la fois l’industrie
de la tertiarisation de l’économie, normale pour les existante sur le territoire, et d’autre part les pers-
économies matures où, au-delà d’un certain niveau pectives de réindustrialisation du pays. En effet,
de développement, les dépenses pour les services grâce au mix électrique déjà largement décarboné,
augmentent plus vite que celles pour les produits la France possède un avantage comparatif (éco-
manufacturés. Il est cependant également lié à nomique et climatique) en matière de production
la fermeture d’une part importante de l’industrie d’électricité101, qui représente une fenêtre d’oppor-
lourde du pays : malgré les progrès dans l’effica- tunité en matière d’investissement dans l’appareil
cité énergétique des procédés en France et dans le industriel au cours des prochaines années.
monde, une partie des consommations d’énergie et

100. C hiffres 2019, Ministère de la transition écologique


101. Cet avantage est néanmoins transitoire, il va s’estomper au fur et à mesure de la décarbonation des mix électriques des autres pays.

77
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 75 : Émissions territoriales de gaz à effet de serre, France, 2019, par secteur, en MtCO2eq
(Source : Ministère de la transition écologique « Chiffres clés du climat 2019 »)

Procédés industriels
Industrie
48,0 MtCO2eq de l'énergie
43,6 MtCO2eq

Résidentiel Industrie manufacturière Déchêts Autres


Transport Agriculture tertiaire et construction 17,4 13,1
130,8 MtCO2eq 74,1 MtCO2eq 61,0 MtCO2eq 48,0 MtCO2eq MtCO2eq MtCO2eq

Une partie des procédés industriels peuvent en


effet être concernés par une électrification directe.
Figure 76 : Localisation des industries émettrices de
Pour d’autres procédés, comme pour la pro- gaz à effet de serre sur le territoire français (Source :
duction d’acier, cela est plus difficile. Une autre Ministère de la transition écologique, registre français
solution envisageable pour la décarbonation de des émissions polluantes. Calculs et cartographie : RTE)

ces procédés repose sur le recours à l’hydrogène


bas-carbone, dont la production dans des élec-
trolyseurs représente également un enjeu pour le
système électrique dans les prochaines décennies.

Une analyse de la part de l’électricité dans la


consommation finale d’énergie de l’industrie depuis
les années 1970 montre une tendance haussière
entre 1970 et 2005, suivie par une relative stabilité.
Cette tendance est essentiellement attribuable au
changement de nature et de structure de l’industrie
française. La relative stagnation depuis les années
2000 peut être le résultat de plusieurs effets oppo-
sés, notamment l’électrification, le développement
de l’efficacité énergétique, et une poursuite de
l’évolution structurelle de la production.

Dans ce contexte, et dans le sillage de la crise


énergétique que connaît l’Europe, l’année 2022
a été marquée sur le plan législatif par l’adoption énergétique102, dont une partie concerne spécifi-
d’une loi sur l’accélération des procédures adminis- quement les zones prioritaires de décarbonation
tratives pour les projets contribuant à la transition de l’industrie.

102. Projet de loi relatif à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, adopté définitivement le 7 février 2023.

78
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 77 : Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de l’industrie, hors chaleur vendue,
hors usage matière première, 1970-2021 (Source : Ministère de la transition écologique, SDES)

45%

40%

35%

30%

25%

20%

15%

10%

5%

0%
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2021

79
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

7. Flexibilités et équilibrage

7.1 Des moyens de flexibilité pour du temps réel. Plusieurs mécanismes de marché
garantir l’équilibre entre production interviennent pour organiser la contribution des
et consommation différents acteurs à la flexibilité du système.
À l’heure actuelle, l’électricité est difficilement
stockable à grande échelle, malgré l’existence de Les capacités mobilisables pour la gestion de l’équi-
stations de stockage d’énergie potentielle comme librage en temps réel constituent les « réserves
les STEP ou les progrès réalisés par les batte- opérationnelles », dont les volumes requis pour
ries. Pour garantir l’équilibre entre production et chaque échéance de temps (quelques secondes,
consommation d’électricité à tout instant, il est quelques minutes, quelques dizaines de minutes)
donc nécessaire de disposer de moyens de flexi- sont déterminés en fonction des situations que
bilité permettant de compenser la variabilité de la le système électrique est susceptible de rencon-
consommation et de la production ainsi que de trer. Ces capacités sont mises en réserve et ne
faire face à des aléas en temps réel. Avec le déve- sont donc pas utilisées pour couvrir la demande
loppement des énergies renouvelables variables, si celle-ci est conforme à la prévision : elles ne
les besoins de flexibilité du système deviennent servent que lorsque surviennent les aléas de court
de plus en plus importants et seront amenés à terme. À l’heure actuelle, ces réserves sont dimen-
évoluer fortement à moyen et long terme103. sionnées pour faire face aux risques d’arrêt brutal
des grands groupes de production et aux erreurs
Ces moyens de flexibilité représentent une puis- de prévision de la consommation et représentent
sance pilotable permettant d’assurer l’équilibre un total d’environ 3 GW. Aujourd’hui, tous les
entre l’offre et la demande d’électricité : ils peuvent moyens de productions pilotables raccordés au
aussi bien se situer du côté de la production (modu- réseau public de transport d’électricité ont l’obliga-
lation de la production à la baisse ou à la hausse) tion d’offrir leur puissance disponible dans le cadre
que de la consommation (baisse des consomma- du mécanisme d’ajustement (réserve tertiaire ou
tions à la demande) ou du stockage. Ils peuvent mFRR et RR104) et qui contribue à l’équilibre du
également se situer à l’étranger et contribuer à système électrique en cas d’aléas.
l’équilibrage du système via les échanges d’électri-
cité avec les pays voisins. Les autres moyens (production non pilotable, flexi-
bilités de consommation, stockage etc.) peuvent
Chaque moyen de flexibilité a des caractéristiques participer de manière volontaire aux différents
technico-économiques différentes, qui permettent mécanismes de marché. Bien que les capacités
de répondre à différents besoins de flexibilité. En de modulation offertes par ces moyens restent
effet, la flexibilité au sens large peut tout aussi bien aujourd’hui minoritaires par rapport à celles liées
concerner la modification du profil de consom- à la production classique, leur volume est en
mation sur le moyen-long terme pour améliorer augmentation.
l’intégration des énergies renouvelables variables
(via des mécanismes type heures pleines/heures Ce chapitre présente différents moyens participant
creuses, par exemple), que la gestion d’aléas sur à la flexibilité et sur des mécanismes de marché
la production et la consommation au plus proche permettant la participation de ces moyens.

103. V oir en particulier le chapitre 7 (« La sécurité d’approvisionnement ») du rapport « Futurs énergétiques 2050 », publié par RTE.
104. mFRR = manual frequency resoration reserve et RR = replacement reserve sont les termes utilisés au niveau européen.

80
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

7.2 STEP la consommation est faible, pour la restituer au


Les STEP (Station de Transfert d’Énergie par cours de la journée, ou stocker une production
Pompage) représentent actuellement le seul éolienne importante au cours d’un week-end pour
moyen de stockage à grande échelle et qui dis- la restituer les jours suivants.
pose de durées de stockage de plusieurs heures
( jusqu’à quelques dizaines d’heures) disponible en La capacité installée en France est aujourd’hui
France. Elles sont utilisées en général pour fournir d’environ 5 GW et n’a pas significativement évo-
de la flexibilité infra-journalière ou au sein d’une lué au cours des années passées. Cependant,
semaine. quelques possibilités de développement de nou-
velles stations en France existent : la PPE envisage
Par exemple, elles peuvent stocker de l’énergie la ainsi la possibilité de mettre en service jusqu’à
nuit en profitant de la production nucléaire, lorsque 1,5 GW de nouvelles STEP entre 2030 et 2035.

Figure 78 : Capacité installée des Stations de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP) en France

4
GW

0
1990 2000 2010 2020 2022

81
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

7.3 Stockage par batterie tendance à augmenter, et inversement. Comme


Les batteries peuvent répondre à des besoins de la consommation et la production d’électricité
flexibilité allant de quelques secondes à quelques changent en permanence, la fréquence varie
heures. Ainsi, elles peuvent notamment participer continuellement. En situation normale, le seuil de
au réglage de la fréquence, qui nécessite un temps tolérance est de 0,05 Hz en plus ou en moins par
de réaction très court (quelques secondes). rapport à la valeur d’équilibre de 50 Hz.

La fréquence est un indicateur important de l’équi- La capacité de batteries installées a conti-


libre du système électrique : si la production est nué à progresser en 2022 pour s’approcher de
supérieure à la consommation, la fréquence a 500 MW.

Figure 79 : Capacité installée des installations de stockage par batterie en France

500

400

300
MW

200

100

0
2018 2019 2020 2021 2022

82
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

7.4 Effacement de consommation • L’effacement diffus, qui est l’agrégation de


La modulation de la consommation peut contribuer petits effacements unitaires de consommation
à plusieurs niveaux et sur différentes échelles de d’électricité, réalisés au même moment chez
temps à la flexibilité du système, à la hausse ou à des particuliers ou des professionnels, par l’in-
la baisse. Un type particulier de modulation de la termédiaire d’un agrégateur ou d’un fournisseur.
consommation est l’effacement de consomma-
tion, qui est défini par l’article L 271-1 du code Les acteurs de marché (individuels ou agrégateurs)
de l’énergie. Il consiste, sur sollicitation ponctuelle peuvent valoriser leurs effacements sur plusieurs
envoyée à un ou plusieurs consommateurs finals mécanismes de marché. Tout d’abord, ils peuvent
par un opérateur d’effacement ou un fournisseur valoriser la puissance grâce au mécanisme de
d’électricité, à baisser temporairement le niveau capacité ou en participant à différents appels
de soutirage effectif d’électricité sur les réseaux d’offres (l’appel d’offres effacement, les appels
publics de transport ou de distribution d’un ou de d’offres pour les réserves rapides et complémen-
plusieurs sites de consommation, par rapport à un taires (RRC) ou encore à l’appel d’offres pour les
programme prévisionnel de consommation ou à services système). Ils peuvent également valoriser
une consommation estimée. l’énergie grâce au mécanisme NEBEF, au méca-
nisme d’ajustement ou à la participation au réglage
Les effacements peuvent être utilisés par les en fréquence (services système).
acteurs de marché pour optimiser leur propre por-
tefeuille ou pour vendre de l’énergie directement Le mécanisme NEBEF (Notification d’Échange de
à d’autres acteurs ou à RTE. Deux grandes caté- Bloc d’Effacement) permet la participation des
gories d’effacement participent ainsi à l’équilibre effacements au marché de l’énergie, sur lequel la
offre-demande : baisse de consommation est considérée au même
• L’effacement industriel, qui consiste à réduire titre qu’un volume de production équivalent pro-
la consommation d’un ou plusieurs sites indus- posé par un moyen de production classique. Le
triels (soit par arrêt de process, soit par bascule contexte de tension sur le marché de l’électricité
sur un mode d’autoconsommation). Ces efface- en 2022, avec la hausse de prix détaillée dans le
ments peuvent être proposés directement par chapitre correspondant, a mené à une nette aug-
l’industriel ou par l’intermédiaire d’un agréga- mentation du volume d’effacements proposés sur
teur ou d’un fournisseur. ce marché.

Figure 80 : Volume des offres d’effacement activées sur le mécanisme d’ajustement de 2010 à 2022 en GWh

30

25

20
GWh

15

10

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

83
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 81 : Puissance maximale journalière d’effacement activée sur le mécanisme d’ajustement en 2022

700

600

500

400
MW

300

200

100

0
janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre

D’autre part, les acteurs participant au méca- Le volume d’offres d’effacement activées sur le
nisme d’ajustement proposent des offres de mécanisme d’ajustement a légèrement baissé
modulation à la hausse ou à la baisse, qui peuvent par rapport à celui de l’année 2022 (17,6 GWh).
être activées à la demande de RTE si les besoins Les activations se sont étalées sur l’ensemble
d’équilibrage du système électrique le rendent de l’année avec des pics au cours de l’été pen-
nécessaire. dant des épisodes de tension pour le système
électrique.

84
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

7.5 Mécanisme d’ajustement Les périodes de situation tendue sur l’équilibre


Le mécanisme d’ajustement permet à RTE de gérer offre-demande, lorsque les offres d’ajustement
les écarts entre consommation et production en disponibles sont susceptibles de ne pas se révéler
temps réel, en recourant si besoin à des modula- suffisantes pour assurer l’équilibre, sont identifiées
tions des niveaux de production, de consommation par RTE et signalées aux acteurs par l’envoi de
ou des volumes échangés avec les pays voisins. « messages de manque d’offres », qui ont l’objectif
d’identifier des offres supplémentaires activables
Cette modulation se fait via l’activation d’offres en cas de besoin.
d’ajustement, « à la hausse » ou « à la baisse » pro-
posées par les acteurs participant au mécanisme : Les offres sont activées selon un ordre de pré-
• Les ajustements « à la hausse » sont nécessaires séance économique et rémunérées au prix d’offre,
lorsque la consommation d’électricité se révèle sauf celles activées via la plateforme européenne
supérieure à la production : ils peuvent corres- de partage de réserve RR TERRE (Trans-European
pondre à une hausse de production, à une baisse Replacement Reserve Exchange). En effet, ces
de consommation de la part d’un consomma- dernières sont rémunérées au prix marginal.
teur, ou à plus d’importations.
• Les ajustements « à la baisse » sont nécessaires En 2022, le volume des ajustements réalisés à la
lorsque la production d’électricité se révèle hausse et à la baisse pour équilibrer le système
supérieure à la consommation. électrique a reculé de près de 2 TWh par rapport
à 2021. Le volume activé à la hausse a atteint son
Aujourd’hui, tous les moyens de productions pilotables niveau le plus bas depuis 2016 et celui à la baisse
raccordés au réseau public de transport d’électricité son niveau le plus bas depuis 2011. En lien avec
ont l’obligation d’offrir leur puissance disponible dans l’augmentation des prix sur le marché spot, le coût
le cadre du mécanisme d’ajustement (réserve tertiaire moyen des ajustements a augmenté par rapport à
ou mFRR et RR105), les autres moyens (production 2021 (408,4 €/MWh à la hausse, 150,4 €/MWh à
non pilotable, flexibilités de consommation, stockage la baisse), alors que le niveau atteint en 2021 était
etc.) peuvent participer de manière volontaire. déjà élevé par rapport à l’historique.

Figure 82 : Énergie activée sur le mécanisme d’ajustement et prix moyen d’activation à la hausse, sur l’année

6 450

400
5
350

4 300
€/MWh

250
TWh

3
200

2 150

100
1
50  nergie
É
Prix moyen
0 0 (axe de droite)
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

105. mFRR = manual frequency resoration reserve et RR = replacement reserve sont les termes utilisés au niveau européen.

85
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Figure 83 : Énergie activée sur le mécanisme d’ajustement et prix moyen d’activation à la baisse, sur l’année

6 160

140
5

120
4
100

€/MWh
TWh

3 80

60
2

40
1
20  nergie
É
Prix moyen
0 0 (axe de droite)
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

Le nombre de situations tendues a légèrement dans les parties « Production » et « Prix ». La ten-
baissé en 2022 par rapport aux années pré- sion a été particulièrement élevée sur le troisième
cédentes, mais il est resté élevé par rapport aux trimestre, où la production nucléaire et hydraulique
années d’avant-crise sanitaire. était au plus bas. Cela a conduit à multiplier par 30,
par rapport à 2021, le nombre de demi-journées
Cela témoigne de la tension sur le système élec- caractérisées par un message de manque d’offres
trique français en 2022 détaillée en particulier à la hausse sur cette période.

Figure 84 : Nombre de demi-journées caractérisées par un message de manque d’offres sur le mécanisme d’ajustement

250
Nombre de demi-journées

200

150

100

50

Hausse
0 Baisse
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022

86
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

8. Réseau de Transport

8.1 Évolution du réseau de transport poursuit sa croissance et atteint un total de


Le réseau public de transport d’électricité en France, 7 055 km (+3,4 % par rapport à l’année 2021).
géré par RTE, comprend 105 817 km de lignes à
haute tension répartis sur les différents niveaux de L’année 2022 a vu la création de 226 km de nou-
tension allant de 63 kV à 400 kV. Il s’agit du plus velles lignes sur le réseau de transport :
vaste réseau de transport électrique européen. • dont 96 % relatifs à la création de lignes sou-
terraines ou à la mise en souterrain de lignes
Le réseau évolue en permanence pour plusieurs aériennes existantes ;
raisons : • 96 % des nouvelles lignes créées concernent les
• Création de nouvelles lignes aériennes et tensions 225 kV et 63 kV.
souterraines ;
• Renouvellement de lignes (remplacement de Les principales évolutions du réseau en 2022
conducteurs) ; concernent la mise en service du raccordement du
• Mise en souterrain de lignes aériennes ; parc éolien en mer de Saint Nazaire, la poursuite des
• Suppression de lignes. travaux pour le raccordement du parc éolien en mer
de Fécamp (voir partie Réseau en mer), l’accroisse-
La longueur totale du réseau de lignes aériennes ment des capacités d’interconnexion avec les pays
s’élève, à fin 2022, à 98 762 km, en très légère voisins (voir Interconnexions) ainsi que l’adaptation
baisse (-0,4 %) par rapport à l’année 2021, confor- du réseau pour accueillir des volumes croissants de
mément aux engagements pris par RTE dans production renouvelable et la mise en souterrain de
le cadre du contrat de service public signé avec lignes en région parisienne pour libérer du foncier en
l’État. En revanche, le réseau de lignes souterraines vue des Jeux Olympiques de 2024.

Figure 85 : Principales évolutions sur le réseau en 2022

Renforcement de l’interconnexion
400 kV France-Belgique
Augmentation de 2 GW de la capacité
Mise en service des des liaisons existantes
transformateurs boosters 225/45
pour le prochain raccordement
du parc éolien en mer de
Fécamp de 500 MW
Jeux Olympiques et paralympiques 2024
Poursuite des travaux de mise en souterrain
de lignes électriques pour libérer du terrain
Liaison double 225 kV
pour la mise en service du Reconstruction du transformateur
raccordement du parc éolien 225/150 pour l’alimentation en électricité
en mer de Saint-Nazaire décarbonée des consommateurs
de 480 MW industriels (92 MW) autour du Creusot

Renforcement du réseau Interconnexion France - Italie


électrique dans le sud Nouvelle interconnexion Savoie-Piémont : mise en service
de l’Aveyron pour en 2022 à la hauteur de 50 % de sa capacité totale de
le raccordement d’un 1,2 GW (mise en service complète prévue en 2023)
parc éolien de 2 GW

87
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

8.2 La transition énergétique Les projets d’interconnexion ont été classés en trois
suppose de doubler la capacité paquets cohérents permettant un développement
d’interconnexion à l’horizon 2035 séquencé. Depuis 2019, certains projets ont déjà été
Le développement des interconnexions électriques complétés et d’autres sont en cours de réalisation :
constitue de longue date l’un des piliers de la poli- • le « paquet 0 » inclut deux nouvelles inter-
tique énergétique de l’Union européenne. En tirant connexions avec le Royaume-Uni (IFA2 et
parti des complémentarités énergétiques des pays, Eleclink) qui sont désormais en service pour des
elles contribuent de manière essentielle à l’intégra- capacités respectives de 2 GW et 1 GW, et une
tion des énergies renouvelables et constituent un nouvelle interconnexion avec l’Italie, Savoie-
élément-clé de la transition énergétique. Au niveau Piémont, entrée en service en novembre 2022 à
national, la feuille de route énergétique prévoit un 50 % de sa capacité totale de 1,2 GW ;
développement important des interconnexions, qui • le « paquet 1 » rassemble toutes les inter-
se traduit dans le projet de PPE par des projets de connexions qui apparaissent « sans regret »,
renforcement sur toutes les frontières. Le Schéma c’est-à-dire dont la justification est acquise dans
Décennal de Développement du réseau (SDDR) tous les scénarios d’évolution de mix énergé-
publié par RTE en 2019 est ainsi fondé sur la tique. Ce paquet inclut le renforcement des
perspective d’un doublement de la capacité d’inter- interconnexions avec la Belgique : les travaux,
connexion de la France entre 2019 et 2035, passant terminés en 2022, ont permis d’équiper la liai-
d’une quinzaine à une trentaine de gigawatts. son existante (Avelin-Avelgem) de nouveaux

Figure 86 : Illustration des paquets du SDDR 2019


Paquet 0
~3 GW
IRLANDE IFA2
GRANDE- ElecLink
BRETAGNE PAYS-BAS Savoie-Piémont
ALLEMAGNE

Avelin/Mastaing Paquet 1
Avelgem-Horta ~5 GW
Celtic ElecLink Lonny-Achêne-
BELGIQUE Golfe de Gascogne
Interconnector Manche Gramme Avelin/Mastaing-
Vigy- Avelgem-Horta
Uchtelfangen TD Aubange
IFA2 TD Aubange
Vigy-Uchtelfangen
Muhlbach-Eichstetten
Muhlbach-
Paquet 0 Eichstetten
Paquet 1 Paquet 2
Paquet 2 ~5 GW
Hors paquets FRANCE SUISSE
Lonny-Achêne-
Renforcement Gramme
France-Suisse Celtic Interconnector
ITALIE 2 projets France-
Grande Bretagne
Golfe de
Gascogne Savoie- Renforcement
Piémont France-Suisse

Projets Hors paquets


transpyrénéens
ESPAGNE 1 projet France-
Méditerranée
Grande Bretagne
Projets transpyrénéens

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

câbles, pour une augmentation de capacité GOLFE DE GASCOGNE


de 2 GW. La liaison a été remise en service en Ce projet concerne la création d’une nouvelle inter-
novembre 2022. Le paquet 1 inclut également connexion électrique entre la France et l’Espagne.
le renforcement des capacités d’échange avec Prévue pour être mise en service en 2028 (avec
l’Espagne via la ligne « Golfe de Gascogne », et une mise en service partielle dès 2027), elle por-
le renforcement des capacités d’échanges avec tera les capacités d’échanges d’électricité entre ces
l’Allemagne ; deux pays à près de 5 000 MW. Longue de 400 km,
• D’autres projets d’interconnexion ont été ras- enfouie dans le sol ou au fond de l’océan, elle reliera
semblés dans un « paquet 2 », « sous conditions ». le poste de Cubnezais (près de Bordeaux) et le
Ces conditions peuvent être de nature politique, poste de Gatika (près de Bilbao), et sera la première
économique ou technique. Un exemple de pro- interconnexion en grande partie sous-marine entre
jet dans ce paquet est le Celtic Interconnector, la France et l’Espagne.
visant à créer une interconnexion électrique
sous-marine de 575 km avec l’Irlande de capa- En décembre 2021, le projet est entré, des deux
cité cible de 700 MW. côtés de la frontière, dans une phase d’instruc-
tion des autorisations administratives. En France,
Projets en cours l’enquête publique s’est déroulée d’octobre à
décembre 2022. Les autorisations administratives,
SAVOIE - PIÉMONT préalables au lancement des approvisionnements
Concernant l’interconnexion Savoie - Piémont, et des travaux, sont espérées pour 2023. Une mise
une première liaison a été mise en service en en conduite partielle de la Liaison d’interconnexion
novembre 2022, d’une capacité de 600 MW. La est prévue en 2027.
seconde liaison, également de 600 MW, devrait
être mise en service en 2023, portant la capa- CELTIC
cité totale à 1 200 MW, renforçant les possibilités Le projet Celtic Interconnector porte sur une liaison
d’échanges entre la France et l’Italie. Cette liaison électrique à courant continu, longue d’environ 575 km
souterraine à courant continu, longue de 95 km (dont environ 500 km en mer), permettant l’échange
du côté français, s’intègre aux infrastructures rou- direct d’électricité entre la France et l’Irlande. D’une
tières existantes. Elle traverse 66 km d’autoroutes, capacité de 700 MW, ce projet reliera la côte nord de
18 km de routes départementales, 6 viaducs, la Bretagne et la côte sud de l’Irlande en 2027.
3 tunnels, une galerie hydraulique et emprunte le
tube du tunnel routier du Fréjus sur 6,5 km. C’est la Le projet Celtic a fait l’objet d’une déclaration d’uti-
première fois, en France, qu’une liaison électrique lité publique en août 2022. Il a obtenu l’ensemble
souterraine est regroupée avec une autoroute, des autorisations nécessaires à sa construction.
pour limiter la consommation d’espace. Les travaux vont débuter en 2023 pour une mise
en service début 2027.

89
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

8.3 Réseaux en mer


Pour sortir des énergies fossiles et atteindre la • Six projets sont en phase de définition, avant
neutralité carbone à l’horizon 2050, la France attribution de l’appel d’offre par l’état : Centre
devra fortement développer son parc de produc- Manche 1 et 2 (2,5 GW), Bretagne Sud
tion d’électricité décarbonée dont la production (750 MW), Méditerranée (2 parcs pour 1,5 GW)
éolienne en mer. Le pacte sur les énergies et Sud Atlantique (2 GW).
marines renouvelables signé en 2022 entre
l’État et la filière a fixé un objectif de dévelop- RTE intervient lors de toutes les phases des
pement d’une cinquantaine de parcs éoliens en projets : définition, développement, réalisation,
mer d’ici 2050, pour atteindre 18 GW de puis- exploitation et maintenance.
sance en service à l’horizon 2030 et 40 GW à
l’horizon 2050.

RTE, en tant que gestionnaire du réseau de trans-


Figure 87 : Carte des projets de raccordement
port d’électricité, a été missionné pour raccorder
de parcs éoliens en mer
au réseau les parcs éoliens en mer. Cette activité
de raccordement comprend 15 projets en cours et
1 projet terminé en 2022 :
• Le raccordement du parc éolien de Saint-
Nazaire a été mis en service en 2022 pour une
capacité de 480 MW.
• Les travaux de raccordement se poursuivent
pour trois autres parcs éoliens posés, Saint-
Brieuc, Fécamp et Courseulles-sur-Mer, pour
une capacité de 1,4 GW
• Les travaux de raccordement se poursuivent
également pour trois parcs éoliens flottants
pilote (Faraman, Leucate et Gruissan), pour une
capacité de 84 MW.
• Trois projets sont en phase de développement
(en attente de désignation par l’État du lauréat
de l’appel d’offre pour le développement du
parc et le lancement des travaux) : Dieppe-Le-
Tréport, Yeu-Noirmoutier et Dunkerque, pour
une capacité de 1,6 GW.

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

8.4 Évolution des S3REnR

Figure 88 : Évolution des S3REnR

Capacité réservée aux EnR Puissance des projets en


dans le cadre des S3REnR service dans le cadre des
en cours (en GW) S3REnR en cours (en GW)

Capacité des S3REnR Puissance des projets


en cours mis en service
Moins de 1 GW Moins de 1 GW
De 1 à 3 GW De 1 à 3 GW
Plus de 3 GW Plus de 3 GW

Ensemble de la capacité Puissance (en GW)


(en GW) réservée aux EnR des installations de production
estimée à la publication du d’EnR en exploitation (mises
S3REnR en cours par la région en service) dans le cadre
après évaluation du gisement du S3REnR en cours et qui sont
potentiel d’EnR et qui se raccordées au réseau RTE.
raccorderont au réseau RTE.

Puissance des projets en Quote-part unitaire actualisée


développement dans le cadre des producteurs (en k€/MW)
du S3REnR en cours (en GW)
Quote-part des producteurs
Puissance des projets
Moins de 20 k€/MW
en cours
Entre 20 et 70 k€/MW
Moins de 1 GW Plus de 70 k€/MW
De 1 à 3 GW
Plus de 3 GW
Contribution financière (€/MW)
due par chaque producteur
Puissance (en GW) d’EnR de plus de 250 kW
des installations de demandant son raccordement
production d’EnR en cours au réseau électrique,
de développement dans ceci indépendamment des
le cadre du S3REnR en cours investissements réellement
et qui se raccorderont réalisés pour son raccordement.
au réseau RTE.

Taux de remplissage dans


le cadre des S3REnR en cours
(en %)

Taux de remplissage
Moins de 30 %
De 30 % à 50 %
Plus de 50 %

Taux de remplissage (en %)


du S3REnR en cours :
Cumul des puissances des projets
mis en service et des projets
en cours de développement
rapportés à la capacité globale
du S3REnR en cours.

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Dans le cadre de la stratégie climatique et éner- qui permettent d’intégrer les énergies renouvelables
gétique de la France, et conformément aux au système électrique, tout en assurant la sûreté du
préconisations de la Programmation plurian- système et la maîtrise des coûts.
nuelle de l’énergie (PPE), la part des énergies
renouvelables dans le mix de production élec- Les S3REnR permettent :
trique est amenée à augmenter dans les années • Une visibilité sur les capacités d’accueil de capa-
à venir. Dans ce cadre, les flux sur les réseaux cités de production renouvelables d’ici 2030 ;
électriques vont être amenés à évoluer, ce qui • Une augmentation des capacités d’accueil des
entraine des besoins d’adaptation et développe- énergies renouvelables en optimisant les inves-
ment importants. tissements nécessaires sur le réseau, notam-
ment par le renforcement des infrastructures ;
La loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010, dite « loi • Une mutualisation des coûts entre plusieurs ins-
Grenelle II », missionne RTE pour accompagner le tallations favorisant l’émergence d’installations
développement des énergies renouvelables par l’éla- d’énergies renouvelables dans des zones où les
boration des Schémas Régionaux de Raccordement coûts seraient trop importants pour une instal-
aux Réseaux des Énergies Renouvelables (S3REnR), lation isolée.

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Glossaire

Mot clé Définition

ARENH Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique, droit pour les fournisseurs d'acheter
de l'électricité à EDF à un prix régulé et pour des volumes déterminés par la Commission
de Régulation de l'Énergie (CRE)

ASN L'Autorité de sûreté nucléaire, est en France l'entité qui assure les missions, au nom de
l'État, de contrôle de la sûreté nucléaire, de la radioprotection (travailleurs du nucléaire,
environnement, populations locales) et de l'information des citoyens « pour protéger
les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés aux activités
nucléaires ».

Auto-consommation Consommation, par un consommateur, de tout ou partie de l'électricité produite


par sa propre installation de production

Auto-production Production par sa propre installation, de tout ou partie de l'électricité consommée


par un consommateur

Autres centrales hydrauliques Les centrales regroupées dans la catégorie « autre » sont les centrales marémotrices
et STEP (Station de Transfert d’Énergie par Pompage). Les centrales marémotrices
exploitent l’énergie issue des marées dans des zones littorales de fort marnage
(différence de hauteur d’eau entre la marée haute et la marée basse se succédant).
Elles utilisent le marnage pour produire de l’électricité en exploitant la différence de
hauteur entre deux bassins séparés par un barrage.
Les centrales STEP, fonctionnant en cycles de pompage-turbinage entre un réservoir
inférieur et un réservoir supérieur, grâce à des turbines-pompes réversibles, constituent
un outil de stockage efficace contribuant à l’équilibre du système électrique. Dans le cas
où les réservoirs comprennent des apports naturels, la turbine appartient à la catégorie
« pompage mixte ». Dans le cas contraire, elle appartient à la catégorie « pompage pur ».

Centrales au fil de l'eau Les centrales au fil de l’eau, situées principalement dans les plaines, présentent
une retenue de faible hauteur et ont une durée de remplissage inférieure à 2 heures.
Elles ont donc des capacités faibles de modulation par le stockage et dépendent,
pour la production, du débit des cours d’eau.

Centrales d’éclusée Les centrales d’éclusée, situées principalement dans les lacs en aval des moyennes
montagnes, ont une durée de remplissage de réservoir comprise entre 2 et
400 heures et assurent une fonction de modulation journalière, voire hebdomadaire
(pic de consommation journalière, entre les jours ouvrés et non ouvrés …).

Centrales de lac Les centrales de lac, situées dans les lacs en aval des moyennes et hautes montagnes,
ont une durée de remplissage de réservoir supérieure à 400 heures et permettent
un stockage saisonnier.

Centrale électrique à cycle combiné gaz Technologie qui allie une turbine à vapeur et une turbine à gaz pour produire de
l’électricité avec un meilleur rendement que les centrales à gaz classiques.

CO2éq Équivalent dioxyde de carbone - indice de mesure comparative des émissions entre gaz
à effet de serre selon leur potentiel de réchauffement global. Le volume de gaz émis
est ramené à la quantité équivalente de dioxyde de carbone nécessaire pour atteindre
le même potentiel de réchauffement.

Consommation brute Consommation d’électricité au périmètre France, Corse comprise, incluant les pertes sur
le réseau mais excluant la consommation pour le pompage.

Consommation corrigée Consommation d'électricité corrigée des aléas climatiques et des effets calendaires. C'est
la consommation qui aurait été observée si les températures avaient été les températures
de référence, et excluant la consommation du 29 février pour les années bissextiles.

93
BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Mot clé Définition

Core Région de calcul de capacité d'échanges et de couplage des marchés, incluant France,
l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas, Autriche, la Slovénie, la Pologne, la République
Tchèque, la Slovaquie, la Croatie, la Hongrie et la Roumanie

Écarts (périmètre d'équilibre) Écart entre les injections et les soutirages au sein du périmètre d’équilibre
d'un responsable d'équilibre

Échanges physiques / commerciaux Les échanges commerciaux sont le résultat de transactions commerciales entre les
acteurs de marché qui se trouvent dans des pays différents. Les échanges physiques
rendent compte quant à eux des flux d'électricité qui transitent réellement sur les lignes
d'interconnexion reliant directement les pays, et peuvent être différents des échanges
commerciaux.

Électricité décarbonée Électricité produite à partir d'énergie primaire non-fossile (EnR, nucléaire…)

Ensoleillement D'après la définition de Météo France, la durée d'ensoleillement correspond à la durée


pendant laquelle il y a eu un éclairement au moins égal à 120 watts par mètre carré

EPEX SPOT Opérateur de bourse d'électricité parmi les opérateurs désignés par les régulateurs.
Ces opérateurs organisent le couplage et assurent les transactions sur les marchés
journalier et infrajournalier. Sur décision de la CRE, les opérateurs agréés pour la France
sont EPEX SPOT et Nord Pool.

EPR Le réacteur pressurisé européen ou EPR est un réacteur nucléaire appartenant à la filière
des réacteurs à eau pressurisée (il s'agit de la 3e génération)

Équilibre Offre-Demande Les possibilités de stockage de l’électricité sont limitées. Pour cette raison, il est
nécessaire qu'à chaque instant l'offre et la demande d'électricité soient à l'équilibre,
ce qui est assuré par RTE. Un écart entre l'offre et la demande entraîne une modification
de la fréquence de fonctionnement du système électrique, qui est de 50 Hz à l'équilibre.

Facteur de charge Le facteur de charge correspond au ratio entre la production d'une filière et sa puissance
installée. Dans le Bilan électrique et l'ensemble du portail “Analyses et données”, les
facteurs de charge mensuels et annuels correspondent à une moyenne des facteurs de
charge calculés au pas 30 minutes.

Foisonnement Dans cette acception, il s’agit de la réduction des fluctuations de la production agrégée
des énergies renouvelables grâce à leur dispersion géographique sur des territoires
susceptibles de présenter des conditions météorologiques différentes.

GNL Gaz Naturel Liquéfié

Grand Carénage Programme industriel permettant des améliorations de sûreté pour les centrales
nucléaires existantes

Haute tension Le réseau de transport d’électricité géré par RTE rassemble les lignes à haute tension
(63 000 et 90 000 volts) et à très haute tension (225 000 volts et 400 000 volts).
Ces niveaux de tension limitent les pertes d’électricité dues à l’effet Joule, ce qui permet
de transporter l’électricité sur de grandes distances. Les réseaux de distribution incluent
toutes les lignes d’une tension inférieure, qui transportent l’électricité jusqu’au compteur
de leurs clients.

LPEC Loi de programme énergie climat

Marchés / prix à terme Prix négocié à l'avance dont l’échéance de livraison peut être éloignée, pour une période
allant de la semaine à l’année

Mécanisme d'ajustement Mécanisme par lequel RTE dispose à tout moment de réserves de puissance mobilisables
pour assurer en permanence l'équilibre entre offre et demande d'électricité. RTE peut
demander en effet des modulations à la hausse ou à la baisse de la production ou
de la consommation des différents acteurs ayant formulé des offres.

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Mot clé Définition

MFRR Manual frequency restoration reserve

Moyen de production Installation de production dont l'activation et la variation de puissance peuvent être
pilotable pilotées (centrales thermiques, nucléaires, production hydraulique avec stockage…)

NEBEF Notification d'Échange de Bloc d'Effacement

NEMO Nominated Electricity Market Operators

PPE Programmation pluriannuelle de l'énergie. La PPE actuelle est en vigueur depuis 2020,
une nouvelle PPE est en cours de discussion dans le cadre de la loi de programme
énergie climat.

Pointe de consommation Les pointes de consommation d'électricité sont les pas de temps où la demande
électrique est la plus élevée

Prix de gros Il peut s’agir soit du prix spot (voir définition), soit d’un prix à terme dont l’échéance de
livraison est plus éloignée et pour une période allant de la semaine à l’année.

Prix infrajournaliers Prix caractérisant les transactions d’électricité pour livraison le jour même.

Prix spot Prix de l’électricité fixé dans le couplage de marché J-1 (la veille pour le lendemain)
sur 24 tranches horaires.

Règlement des écarts Transaction financière par laquelle RTE répercute les coûts d'équilibrage du système
sur les responsables d'équilibre en écart.

Réserves rapides et complémentaires Réserves de puissance qui contribuent à l'équilibrage du système par RTE.

Responsable d'équilibre Les responsables d’équilibre sont des acteurs du système électrique (fournisseurs,
consommateurs, négociants d'électricité...) qui s'engagent contractuellement avec RTE
à assurer de l’adéquation entre les injections et les soutirages au sein de leur périmètre
d’équilibre. En cas d’écart global de l’ensemble des responsables d’équilibre, RTE fait
appel aux capacités d’équilibrage (ajustement ou services système fréquence) pour les
résorber. Le coût de l’équilibrage est répercuté sur les responsables d’équilibre en écart.

RR Replacement reserve

RR Terre Plateforme européenne de partage de réserve RR TERRE (Trans-European Replacement


Reserve Exchange)

SDDR Schéma décennal de développement du réseau

Services système Les « services système fréquence » incluent les réserves activées automatiquement pour
contenir la déviation de fréquence du système électrique en cas d'aléa et de rétablir la
fréquence à 50 Hz

SFEC Stratégie Française Énergie Climat

SNBC Stratégie Nationale Bas Carbone

STEP Les “STEP” (stations de transfert d’énergie par pompage) sont des installations
hydroélectriques qui puisent aux heures creuses de l'eau dans un bassin inférieur afin
de remplir une retenue en amont (lac d'altitude). L'eau est ensuite turbinée aux heures
pleines pour produire de l’électricité.

Stock hydraulique Le stock hydraulique à la maille France représente le taux agrégé de remplissage
hebdomadaire des réservoirs et centrales de stockage hydraulique de type Lac. L'énergie
de tête est celle que l'on peut produire sur la (seule) centrale directement rattachée au
réservoir en fonction de son remplissage. Les données publiées constituent uniquement
le stock en lien avec les énergies de tête et sont exprimées en MWh.

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BILAN ÉLECTRIQUE 2022    RAPPORT COMPLET

Mot clé Définition

Système synchrone Système électrique interconnecté dont la fréquence de fonctionnement est la même
(par exemple, système synchrone d'Europe continentale)

S3REnR Schémas Régionaux de Raccordement aux Réseaux des Énergies Renouvelables

Taux de couverture Le taux de couverture de la consommation correspond au ratio entre la production


d'une filière et l'énergie consommée. Dans le Bilan électrique, les taux de couverture
mensuels et annuels correspondent à une moyenne des taux de couverture calculés au
pas 30 minutes.

Températures normales Moyennes de chroniques de températures passées, réputées représentatives de la


décennie en cours. Sur la base de données Météo France, elles sont calculées par RTE
au niveau de la France entière grâce à un panel de 32 stations météorologiques
réparties sur le territoire.

Thermique renouvelable et déchets Production d'électricité dans des centrales thermiques alimentées par : bioénergies, ​déchets
de papeterie, ​déchets ménagers renouvelables, déchets ménagers non-renouvelables

Thermique fossile / combustible fossile Production d'électricité dans des centrales thermiques alimentées par le gaz, le charbon
ou le fioul.

Thermosensibilité La thermosensibilité désigne la variation de la consommation d'électricité en lien avec les


variations de température. Par exemple, la consommation augmente en hiver lorsqu'il fait
froid du fait de la présence du chauffage électrique.

TICFE Taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité

VD4 4e visite décennale, à l'issue de 40 ans d'exploitation d'une centrale nucléaire

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