Répertoire des actes de procédure civile
Répertoire des actes de procédure civile
Actes de procédure
Géraldine MAUGAIN
Maître de conférences à l'Université de Bourgogne
Membre du CREDESPO
avril 2022
Généralités 1 - 7
Tit 1 - Conditions de validité des actes de procédure 8 - 206
§ 2 - Procédures orales 59 - 69
§ 1 - Support 71 - 72
§ 2 - Langue de rédaction 73 - 74
§ 3 - Copies 75 - 82
Art. 2 - Sanctions du non-respect des délais par les parties 342 - 344
Bibliographie
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L'irrégularité de fond tenant à l'inexistence de la personne morale qui agit en justice ne peut être
couverte, D. actu. 17 mars 2021 ; De l'erreur relative à la dénomination d'une partie dans un acte de
procédure, D. actu. 22 févr. 2021 ; La signification par procès-verbal de recherches infructueuses à la
dernière adresse connue, condition de la notification, D. actu. 28 juill. 2020 ; Rappel du caractère
exhaustif des modes de notification des actes entre avocats, D. actu. 28 juill. 2020 ; Aide
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orale et procédure écrite en matière prud'homale, in La procédure en tous ses états, Mélanges Buffet,
2004, LPA, p. 457 s. – WATINE-DROUIN, Le « commandement d'avoir à libérer les locaux »,
préalable à l'expulsion, Rev. huiss. 1996. 769. – WIEDERKEHR, Qu'est-ce qu'un juge ?, in Nouveaux
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Généralités
1. Intérêt. - La notion d'« actes de procédure » apparaît dès le deuxième article du code de procédure
civile. « Les parties conduisent l'instance sous les charges qui leur incombent. Il leur appartient
d'accomplir les actes de la procédure dans les formes et les délais requis ». Tout contribue à donner à ces
actes une importance particulière à commencer par cette situation en tête des dispositions communes à
toutes les juridictions et aux principes directeurs du procès, ainsi que leur proximité avec les charges
incombant aux parties. Les « charges » sont le corollaire de la maîtrise de la matière litigieuse par les
parties. Pour MOTULSKY, elles résultent de la nécessité pour la partie « d'apporter spontanément tous
les matériaux de fait indispensables à la solution qu'elle requiert » sans quoi elle succombera
(MOTULSKY, Principes d'une réalisation méthodique du droit privé, 2002, coll. Bibliothèque, Dalloz,
spéc. no 83, p. 84). Cette définition doit être complétée par celle délivrée par le Vocabutaire juridique
CORNU. La charge est « la nécessité imposée par la loi au plaideur dans la mise en œuvre de ses
prétentions sous peine de voir écarter celles-ci » (CORNU [dir.], Vocabulaire juridique, 13e éd., 2020,
coll. Quadrige, PUF). Bien qu'il n'y ait pas de lien grammatical entre les deux phrases de l'article 2 du
code de procédure civile, il est évident que c'est en grande partie par la réalisation des actes de
procédure que les parties pourront remplir les charges qui pèsent sur elles, faire valoir leurs prétentions
et éviter, le cas échéant, la péremption d'instance (V. Péremption d'instance [Pr. civ.]). En effet,
« l'instance est périmée lorsque aucune des parties n'accomplit de diligences pendant deux ans » (C. pr.
civ., art. 386 ). Or il est admis que le terme « diligences » renvoie essentiellement aux actes de
procédure (HÉRON, LE BARS et SALHI, Droit judiciaire privé, 7e éd., 2019, coll. Précis Domat droit
privé, LGDJ, spéc. no 1202, p. 979 : « les diligences consistent en des actes des parties se rapportant à
l'instance, manifestant leur volonté d'en faire avancer le cours et "de nature à faire progresser l'affaire"
[Civ. 3e, 20 déc. 1994, no 92-21.536 , Bull. civ. III, no 227 ; RTD civ. 1995. 683, obs. Perrot ],
comme une réassignation ou des conclusions », ce qui correspond notamment à la définition des actes
de procédure [V. infra, no 2]). En d'autres termes, de la maîtrise des règles régissant les actes de
procédure, et plus particulièrement des règles régissant leurs formes et leurs délais, dépendent en
grande partie les chances de succès des parties au procès. Le problème est que le code de procédure
civile égraine çà et là quelques règles relatives au régime de ces actes sans en donner une vue
d'ensemble ni aucune définition.
2. Notion. - La notion d'acte de procédure ne se laisse pas facilement appréhender. Tout d'abord, le
code de procédure civile emploie tantôt l'expression « actes de procédure » (C. pr. civ., art. 112 à
114 , 118 à 120 , 175 , 347, 649 , 689-1, 694 , 748-1 , 849-17 , 850 , 905-2 , 914
, 916 , 930-1 , 930-2 et 966), tantôt l'expression « actes de la procédure » (C. pr. civ., art. 2,
389 , 411 , 469 et 470 , 800 , 801 et 972-1 ). Cette seconde terminologie qui semble
porter en elle une plus grande précision, n'est due qu'au contexte textuel qui s'attache à une instance en
particulier. Nous tiendrons donc les deux expressions pour synonymes. Ensuite, le code de procédure
civile ne propose aucune définition. C'est alors tout naturellement qu'il faut se tourner vers le sens
commun des mots. Si on se réfère au dictionnaire Larousse, l'acte est une manifestation de volonté,
considérée dans son but. Le terme procédure vient du latin pro-cedere qui renvoie à l'idée de marche à
suivre, de déroulement. Le même dictionnaire de la langue française définit la procédure comme la
forme suivant laquelle les affaires sont instruites devant les tribunaux, et plus particulièrement les actes
faits dans une instance. Ainsi un acte de procédure serait une manifestation de volonté ayant pour but
de faire avancer l'instance. On reconnaît ici les caractéristiques de l'acte juridique, défini comme une
manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit (TERRÉ, SIMLER et LEQUETTE,
Droit civil. Les obligations, 11e éd., 2013, coll. Précis Droit privé, Dalloz, spéc. no 5, p. 6. –
MALINVAUD, FENOUILLET et MEKKI, Droit des obligations, 14e éd., 2017, coll. Manuels,
LexisNexis. – En ce sens, CORNU, note D. 1977. 125 : « l'acte de procédure constitue, précisément,
une espèce particulière d'actes juridiques » ; L'élaboration du code de procédure civile, in La
codification, 1996, coll. Thèmes et commentaires, Dalloz, spéc. p. 71 s., spéc. p. 72 : la théorie de l'acte
juridique serait transposée dans le code de procédure civile. « Le postulat est que l'acte de procédure
n'est rien d'autre qu'une espèce d'acte juridique dans la plus pure définition […] C'est écrit à l'article
117 ». – JEULAND, Droit processuel général, 2014, coll. Précis Domat droit privé, LGDJ, spéc.
no 411. – HÉRON, Réflexions sur l'acte juridique et le contrat à partir du droit judiciaire privé, Droits
1987/7, p. 85 s., spéc. p. 85 : « Que l'acte de procédure soit un acte juridique n'est pas discuté et n'est
pas vraiment discutable » ; sur l'ensemble de la question, MAYER, Actes du procès et théorie de l'acte
juridique, 2009, IRJS éd.). Reste alors à discuter l'étendue des actes de procédure en identifiant leurs
auteurs et leur champ d'intervention.
3. Auteurs. - La lecture des textes du code de procédure civile ne permet pas de soupçonner que
l'identification de l'auteur des actes de procédure puisse poser difficulté. Ces actes sont associés tantôt
expressément (C. pr. civ., art. 2), tantôt implicitement (C. pr. civ., art. 386 ) aux parties voire à leur
représentant (C. pr. civ., art. 411 ). Mais si l'acte de procédure est l'expression d'une volonté ayant
pour but de faire avancer l'instance, selon les premiers éléments de définition, cette apparente
simplicité doit être remise en cause. En effet, l'idée d'une coopération dans l'élaboration de la décision
de justice, entre les parties et le juge, est aujourd'hui acquise (CADIET, NORMAND et AMRANI-
MEKKI, Théorie générale du procès, 3e éd., 2020, coll. Thémis droit, PUF, spéc. p. 559 : « Le droit du
procès est divers, même si cette diversité n'exclut pas les phénomènes de ressemblance, voire de
rapprochement sinon de convergence autour d'un modèle que nous qualifions de coopératif, où la
solution du litige est appréhendée comme le résultat de la coopération du juge et des parties dans la
définition des termes du litige et du déroulement de l'instance »). Cette idée n'est pas nouvelle.
MOTULSKY analysait déjà le décret du 13 octobre 1965 (Décr. no 65-872 du 13 oct. 1965, JO
14 oct.) comme la recherche d'une « collaboration féconde entre juge et conseils des parties en vue de
parvenir à une solution aussi juste que possible » (MOTULSKY, Prolégomènes pour un futur code de
procédure civile : consécration des principes directeurs du procès civil par le décret du 9 septembre
1971, D. 1972. Chron. 91, spéc. no 2, p. 92. – Adde : GARAPON, Vers une nouvelle économie
politique de la justice ?, D. 1997. Chron. 69 , spéc. p. 69.). Cette coopération est particulièrement
visible en ce qui concerne la détermination de la matière factuelle, longtemps présentée comme
l'apanage des parties. Le juge peut prendre en compte les faits adventices (C. pr. civ., art. 7 , al. 2). Il
peut ordonner, même d'office, « toute mesure d'instruction légalement admissible » (C. pr. civ., art. 10
et 143 ) et ce, notamment quand il « ne dispose pas d'éléments suffisants pour statuer » (C. pr. civ.,
art. 144 ). Il peut faire comparaître les parties personnellement et tirer toute conséquence de droit de
leurs déclarations, de leur absence ou du refus de répondre à l'une d'entre elles (C. pr. civ., art. 11,
al. 1er, et 198 ). La coopération est également recherchée concernant la conduite du procès, avec
l'instauration d'un calendrier de procédure (MAGENDIE, Les évolutions de la procédure civile :
l'instruction du procès civil, in Les entretiens du palais, Gaz. Pal. spécial, 28-29 janv. 2004, p. 35 s.,
spéc. p. 37 ; L'exigence de qualité de la justice civile dans le respect des principes directeurs de l'euro-
procès. La démarche parisienne, in La procédure en tous ses états, Mélanges Buffet, 2004, LPA, p. 319
s. ; Le nouveau contrat de procédure civile – Objectifs, exigences et enjeux de la réforme parisienne,
Gaz. Pal. 4-5 avr. 2001, p. 2. – MONGIN-ARCHAMBEAUD, Un nouveau calendrier de procédure
devant le tribunal de commerce de Paris, Procédures 2013. Alerte 60) et la consécration de calendrier
de la mise en état (C. pr. civ., art. 781 et 912 . – V. infra, no 347). Concernant l'identification du
droit applicable, l'évidence d'une coopération est apparue avec le décret no 98-1231 du 28 décembre
1998 qui a imposé aux parties d'indiquer leurs moyens en fait et en droit, tant dans l'assignation (C. pr.
civ., art. 56 ) que dans leurs conclusions (C. pr. civ., art. 753 et 954 ). Avec l'arrêt Césaréo (Cass.,
ass. plén., 7 juill. 2006, no 04-10.672 , Bull. ass. plén. no 8 ; BICC 15 oct. 2006, rapp. Charruault,
note Koering-Joulin, avis Benmakhlou. – Adde : CROZE, Da mihi factum jusque, Procédures oct.
2006, Repère no 9 ; RTD civ. 2006. 825, obs. Perrot ; D. 2006. 2135, note Weiller ; RDI 2006.
500, obs. Malinvaud ) qui consacre le principe de concentration des moyens, la coopération atteint
son paroxysme. Il incombe désormais aux parties de présenter, dès l'instance relative à la première
demande, l'ensemble des moyens de nature à fonder leurs prétentions. Ainsi parties et juge
accomplissent de concert les actes nécessaires à la progression de l'instance. Cette évolution permet de
mieux appréhender les deux conceptions de l'acte de procédure. Au sens strict, un acte de procédure
émane des seules parties et de leurs représentants, tandis qu'au sens large, cet acte peut être l'œuvre des
parties et de leurs mandataires ou des juges et de leurs auxiliaires (CORNU [dir.], Vocabulaire
juridique, op. cit.). Face à ces deux acceptions, la doctrine est partagée. Certains auteurs optent pour
l'acception large de la notion d'actes de procédure, qui peuvent émanés soit d'une partie, soit d'un juge
(CROZE, Procédure civile, 6e éd., 2017, coll. Objectif droit, LexisNexis. – CADIET et JEULAND,
Droit judiciaire privé, 10e éd., 2017, coll. Manuels, LexisNexis, spéc. no 512, p. 445 ; bien que ces
auteurs abordent les actes de procédure dans l'étude des charges des parties au regard de l'instance, ils
écrivent que les actes de procédure prennent normalement la forme d'actes écrits, rédigés par les
auxiliaires des parties ou du juge). Il faut d'ailleurs noter que l'article 347 du code de procédure civile
fait état dans son alinéa 3 in limine des « actes de procédure accomplis par le juge ou la juridiction ».
Cependant, d'autres auteurs préfèrent une conception plus étroite selon laquelle les actes de procédure
n'émaneraient pas du juge, mais uniquement d'auxiliaires de justice (avocats, greffiers et huissiers de
justice) pour le compte des parties (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, Procédure
civile. Droit commun et spécial du procès civil, MARD et arbitrage, 35e éd., 2020, coll. Précis droit
privé, Dalloz, spéc. no 981, p. 706. – BLÉRY, La formation et la communication des actes de
procédure, in GUINCHARD (dir.), Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen
2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action, spéc. no 27.06, p. 655. – HÉRON, LE BARS et SALHI,
op. cit., spéc. no 165, p. 147 : « les demandes et défenses sont portées devant le juge au moyen d'actes
juridiques particuliers, les actes de procédure ». – COUCHEZ et LAGARDE, Procédure civile, 17e
éd., 2014, Sirey, no 178, p. 193). Cette seconde position peut trouver une explication dans les
spécificités des actes du juge.
4. Spécificités des actes du juge. - D'une part, en raison de leur finalité, il n'est pas aisé de qualifier les
actes du juge, d'actes de procédure faisant avancer l'instance. Ainsi, les mesures d'administration
judiciaire qui ont rapport avec le fonctionnement de la juridiction ne contribuent qu'indirectement au
déroulement de l'instance. Il en est de même des décisions ordonnant des mesures d'instruction qui
permettent d'alimenter la matière litigieuse et de compléter l'information du juge. Quant aux
jugements, ils mettent fin à l'instance. D'autre part, les règles régissant le régime des actes du juge
diffèrent, pour partie, de celles régissant le régime des actes de procédure. En effet, si les décisions et
actes d'exécution relatifs aux mesures d'instruction sont soumis aux dispositions qui régissent la nullité
des actes de procédure (C. pr. civ., art. 175 ), ce n'est pas le cas des autres actes du juge. Les mesures
d'administration judiciaire ne sont sujettes à aucun recours, selon l'article 537 du code de procédure
civile. Quant aux jugements, des similitudes avec les actes des parties peuvent être soulignées. Un
formalisme s'impose pour tous ; tous ces actes doivent être notifiés pour être officiellement portés à la
connaissance des parties intéressées ; ils sont assujettis à des délais (V. Jugement [Pr. civ.]). Mais le
particularisme des jugements est indéniable. Le code de procédure civile prévoit différentes causes de
nullité qui leur sont propres (C. pr. civ., art. 458 ) : irrégularités formelles provenant de
l'inobservation des règles d'élaboration, de rédaction et de prononcé du jugement, ou encore nullité
pour violation des règles relatives à la composition du tribunal, pour inobservation des règles relatives à
la publicité de l'audience. De plus, aucun renvoi n'est fait aux articles 112 et suivants du code de
procédure civile qui régissent la nullité des actes de procédure. Enfin, les voies de nullité classiques sont
inopérantes à l'encontre d'un jugement. « La nullité d'un jugement ne peut être demandée que par les
voies de recours prévues par la loi » (C. pr. civ., art. 460 ). Se profile alors l'idée que si les actes du
juge doivent en grande partie être exclus des actes de procédure, l'affirmation doit être nuancée en ce
qui concerne les actes participant de l'avancement de l'instance, tels que les mesures d'instruction.
Toutefois, compte tenu de l'ampleur de cette étude, il ne sera fait que ponctuellement mention des
actes du juge et sera renvoyé aux rubriques traitant chacun d'entre eux (V. Jugement [Pr. civ.], Preuve
[Pr. civ.] et Tribunal judiciaire : procédure écrite ordinaire [Pr. civ.]).
5. Étendue. - Certains actes accomplis en vue d'un procès peuvent être perçus comme des actes de
procédure. Il s'agit alors le plus souvent d'actes extrajudiciaires, définis depuis l'arrêt de la troisième
chambre civile de la Cour de cassation en date du 27 novembre 1990, comme se trouvant en dehors du
déroulement de l'instance, mais signifiés par huissier de justice (Civ. 3e, 27 nov. 1990, no 88-12.719 ,
D. 1991. 357, note Laroche de Roussane ; RTD civ. 1991. 162, obs. Perrot ). Ce peut être alors,
par exemple, un congé (Civ. 3e, 5 juin 2013, no 12-12.065 , RTD civ. 2013. 665, obs. Perrot ), une
sommation (V. Sommation [Pr. civ.]. – V. infra, nos 140 et 141), un protêt ou encore un commandement
(V. infra, no 142) (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 945,
p. 670). Pointe alors une nouvelle définition des actes de procédure quant à leur objet : il ne s'agit pas
seulement d'actes ayant pour objet de faire avancer l'instance, mais encore de la préparer, ou de la
parachever, l'acte de procédure pouvant également intervenir à la suite de l'instance, afin de réaliser
une exécution forcée (GARSONNET, Traité théorique et pratique de procédure, t. 2, 2e éd., 1898,
Sirey : l'auteur les incluait dans les actes de procédure puisqu'il y rangeait tous les actes d'huissier
[§ 566]). À nouveau, toujours en raison de l'ampleur de cette étude, les actes d'exécution ne seront
envisagés qu'exceptionnellement et nous renvoyons le lecteur aux rubriques qui leur sont dédiées
(V. Exécution des jugements et des actes [Pr. civ.]). Restent les actes réalisés en dehors de l'instance,
sans intervention d'un huissier de justice, mais qui sont eux aussi réalisés en vue d'une procédure.
C'était le cas, jusqu'au 1er octobre 2016, de la lettre missive réalisant une mise en demeure (C. civ., anc.
art. 1139 et 1153 ). La doctrine en faisait un acte de procédure (en ce sens, COSNARD, La lettre
missive, acte de procédure, D. 1960. Chron. 97. – DEBRAY, La lettre recommandée dans la procédure
civile et commerciale, D. 1968. Chron. 155) et la jurisprudence lui appliquait le régime de nullité des
actes de procédure (Civ. 3e, 10 mai 1991, no 89-15.026 , Bull. civ. III, no 133, qui applique au congé
donné par un bailleur à son locataire, semble-t-il par lettre, l'article 112 du code de procédure civile).
Aujourd'hui, l'article 1344 du code civil use de termes plus larges, la mise en demeure pouvant résulter
d'une sommation ou d'un acte portant interpellation suffisante, mais rien ne semble justifier un régime
différent. Enfin, le débat peut encore être étendu aux correspondances entre avocats que le Règlement
Intérieur National de la profession d'avocat assimile aux actes de procédure (RIN issu de la décision à
caractère normatif no 2005-003 du Conseil national des barreaux, art. 3 .2 ). Il s'agit de lettres
permettant la communication de pièces, la transmission de fond… dont l'utilité a pu être remise en
cause, en l'état des dispositions du code de procédure civile sur les notifications directes entre avocats
(MARTIN, Le règlement intérieur unifié est arrivé, JCP 2004. Actu. 1101). Ainsi, l'approche de la
notion d'acte de procédure peut être très ouverte. Pour les besoins de notre étude, nous restreindrons
pour l'essentiel nos développements aux actes réalisés par les parties ou pour leur compte et qui ont
pour objet de faire avancer l'instance et de la préparer.
6. Informatique et numérique. - Une ultime précision liminaire doit être apportée quant à l'impact de
l'informatique et du numérique sur les actes de procédure. L'expansion des nouvelles technologies de
l'information et de la communication exerce une forte pression en faveur de la dématérialisation des
actes de procédure afin d'accélérer le traitement des procédures. Cela passe, tout d'abord, par
l'élémentaire traitement de texte qui, utilisé conjointement avec un gestionnaire de fichiers, permet de
réaliser plus rapidement toute sorte de documents. Cela passe également par la problématique de la
signature électronique (V. Preuve [Pr. civ.] et Communication électronique [Pr. civ.]). Le décret
no 2002-1436 du 3 décembre 2002 a d'ailleurs complété les articles 287 et suivants du code de
procédure civile relatifs à la procédure de vérification d'écriture afin de les adapter à l'écrit et à la
signature électroniques. Mais les plus grandes avancées touchent à la communication électronique
(V. infra, nos 211 s.), dont la mise en œuvre n'est pas sans rencontrer un certain nombre d'obstacles
techniques, psychologiques et juridiques.
7. Plan. - Puisque c'est par la réalisation des actes de procédure que les parties pourront faire valoir leurs
prétentions, les conditions de validité de ces actes revêtent une importance toute particulière (V. infra,
nos 8 s.), tout comme leur notification sans laquelle ils ne sauraient produire d'effets (V. infra, nos 207
s.). Mais il ne faut pas oublier que l'article 2 du code de procédure civile exige également que ces actes
soient accomplis dans les délais requis (V. infra, nos 327 s.).
8. Fond et forme. - En tant que manifestation de volonté, l'acte de procédure doit respecter un certain
nombre de conditions de fond (V. infra, nos 10 s.). Mais parce que la majorité des actes de procédure
sont des actes unilatéraux, la principale préoccupation du législateur est que le destinataire de y trouve
les éléments d'informations qui lui sont nécessaires. Cela explique la primauté accordée aux conditions
de forme, comme cela ressort de l'article 2 du code de procédure civile qui énonce uniquement que les
parties doivent accomplir « les actes de procédure dans les formes et délais requis » (V. supra, no 1 ;
V. infra, nos 46 s.).
9. Sanctions des irrégularités. - La violation des conditions requises par la loi pour la validité des actes
de procédure peut entraîner deux types de sanctions. Le plus important est la nullité de l'acte (C. pr.
civ., art. 112 à 121 ) à laquelle il sera souvent fait référence et pour laquelle il convient de se
reporter à la rubrique spécifiquement consacrée à cette notion (V. Nullité [Pr. civ.]). Le second type de
sanction est encouru par l'auxiliaire de justice, rédacteur de l'acte. Lorsqu'un acte est nul ou irrégulier
ou qu'il se révèle sans utilité pour la procédure en cours (acte dit frustratoire), l'avocat ou l'officier
ministériel doit en acquitter le montant (C. pr. civ., art. 650 , 697 et 698 ). Sans préjudice
d'éventuelles sanctions disciplinaires, cet auxiliaire de justice peut également être condamné à des
dommages et intérêts envers les parties à qui sa négligence aurait porté préjudice (C. pr. civ., art. 650
et art. 698 ).
10. Énumération. - Le code de procédure civile n'énumère pas les conditions de fond des actes de
procédure, ni ne les définit. Ces conditions se déduisent d'une interprétation a contrario de l'article 117
du code de procédure civile qui liste des irrégularités de fond affectant la validité des actes. Constituent
des irrégularités de fond le défaut de capacité d'ester en justice, le défaut de pouvoir d'une partie ou
d'une personne assurant une représentation ad agendum et encore, le défaut de capacité ou de pouvoir
d'une personne assurant une représentation ad litem. Constituent donc des conditions de fond des actes
de procédure la capacité et le pouvoir d'ester en justice, propres aux parties à l'instance (V. infra, nos 12
s.), ainsi que la capacité et le pouvoir de représenter une partie à l'instance (V. infra, nos 36 s.).
11. Liste exhaustive. - On peut alors se demander si l'énumération tirée de l'interprétation a contrario de
l'article 117 du code de procédure civile est exhaustive. On pourrait le déduire de l'arrêt de la chambre
mixte en date du 7 juillet 2006 qui énonce que « seuls affectent la validité d'un acte de procédure, soit
les vices de forme faisant grief, soit les irrégularités de fond limitativement énumérées à l'article 117 du
nouveau code de procédure civile » (Cass., ch. mixte, 7 juill. 2006, no 03-20.026 , Bull. ch. mixte,
no 6 ; Gaz. Pal. 2006. 2, p. 2517, concl. Domingo ; Gaz. Pal. 2006. 2, p. 3305, note Deharo ; RTD civ.
2006. 820, obs. Perrot ; JCP 2006. II. 10146, note Putman ; JCP 2006. I. 183, obs. Serinet ; Dr. et
pr. 2006. 346, obs. Salati ; Procédures 2006, no 200, note Perrot ; Dr. et patr. 2/2007. 118, obs.
Amrani-Mekki. – Adde : Civ. 3e, 24 oct. 2007, no 06-19.379 , Bull. civ. III, no 184). Mais si certains
arrêts reprennent la formule de la chambre mixte (Civ. 3e, 24 oct. 2007, no 06-19.379 , préc.,
D. 2007. AJ 2812 ; Procédures 2007, no 272, note Perrot. – Civ. 1re, 17 janv. 2008, no 06-14.380 ,
Bull. civ. I, no 13 ; Procédures 2008, no 70, note Perrot ; D. 2008. 638, obs. Chauvin ), d'autres
continuent à dégager des nouveaux cas de nullité de fond et par là même de nouvelles conditions de
fond. Ainsi la troisième chambre civile a décidé que les conclusions déposées après une mesure
d'instruction devant le juge des loyers commerciaux, aux lieu et place de la notification d'un mémoire,
sont affectées d'une nullité de fond (Civ. 3e, 4 févr. 2009, no 08-10.723 , Bull. civ. III, no 29 ;
D. 2009. 2657, note Beauchard ; Gaz. Pal. 5 mai 2009, p. 32, note Brault ; AJDI 2009. 538, obs.
Blatter ; Dr. et pr. 2009. 211, note Poison. – À rapprocher de Civ. 3e, 14 sept. 2011, no 10-10.032
, Bull. civ. II, no 148, qui fait seulement mention d'une procédure irrégulière). Quant à la chambre
sociale, elle estime que l'absence de toute mention permettant de déterminer l'identité et la qualité de
l'auteur de la déclaration d'appel ainsi qu'une signature illisible précédée de la formule « P.O. »
constituent une irrégularité de fond (Soc. 20 juin 2007, no 05-45.560 , Procédures 2007, no 211, note
Perrot. – Soc. 7 nov. 2007, no 06-42.102 , Procédures 2008, no 3, note Perrot). En revanche, la Cour
de cassation estime que les actes de procédure délivrés par un huissier de justice et résultant d'une
mauvaise exécution du mandat qui lui a été donné ne sont pas entachés d'irrégularité de fond (Civ. 3e,
5 juin 2013, no 12-12.065 , Gaz. Pal. 27 juin 2013 no 178, p. 24 ; RTD civ. 2013. 665, obs. Perrot
). En outre, la doctrine envisage la représentation ad agendum plus largement que l'article 117, alinéa 3
(V. infra, nos 33 s.).
Section 1re - Conditions tenant aux parties à l'instance
12. Capacité et pouvoir. - L'acte de procédure doit être accompli par une personne capable d'ester en
justice (V. infra, nos 13 s.), et si c'est un tiers qui accomplit les actes, il doit être muni d'un pouvoir de
représentation (V. infra, nos 23 s.). On parle alors de représentation dans l'action ou représentation ad
agendum. Le non-respect de ces conditions est sanctionné par une nullité qui peut être soulevée en tout
état de cause (C. pr. civ., art. 118 ). Dans une procédure orale, cela signifie que la nullité peut être
soulevée jusqu'au dernier moment. Dans une procédure écrite, cette nullité peut être soulevée dans
n'importe quel jeu de conclusions avant le dessaisissement du juge de la mise en état, le cas échéant, soit
avant l'ouverture des débats (V. Nullité [Pr. civ.]). Le juge peut toutefois sanctionner par des dommages
et intérêts celui ou ceux qui se seraient abstenus dans une intention dilatoire de la soulever plus tôt
(C. pr. civ., art. 118 ). Il exerce alors son pouvoir souverain d'appréciation (Civ. 2e, 23 oct. 2003,
no 01-17.806 , Bull. civ. II, no 325). Il n'est pas nécessaire de justifier d'un grief, ni que la nullité
résulte d'un texte exprès (C. pr. civ., art. 119 ).
ACTUALISATION
12, 21. Appréciation de la nullité d'un acte de procédure non régularisable. - Si la nullité d'un acte
de procédure doit être appréciée à la date de ce dernier, cette appréciation peut se fonder sur des
éléments de preuve extérieurs à cet acte (Civ. 2e, 9 juin 2022, no 21-12.738, D. actu. 1er juill.
2022, obs. G. Maugain).
14. Attribution systématique. - Depuis l'abolition de l'esclavage, la personnalité juridique est reconnue
à toute personne physique ; les déclarations et pactes internationaux sont formels : « chacun a le droit à
la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique » (DUDH [Déclaration universelle des
droits de l'homme], art. 6 ; PIDCP [Pacte international relatif aux droits civils et politiques], art. 16). À
partir de là, la capacité juridique des personnes physiques, définie comme l'aptitude à être sujet de
droits et d'obligations – capacité de jouissance – et à les exercer – capacité d'exercice – est le principe,
peu important que l'identité du sujet de droit soit erronée (Civ. 2e, 3 mai 1990, no 88-19.396 , Bull.
civ. II, no 80). Ce principe connaît toutefois quelques exceptions, qui touchent essentiellement la
capacité d'exercice
15. Capacité de jouissance. - « Le droit d'agir en justice est si fondamental que la capacité d'agir en
justice, au point de vue de la jouissance du droit, constitue une règle à laquelle il est rarement dérogé »
(CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 176, p. 147). Le seul
véritable problème est celui du décès de la partie pour le compte de laquelle l'acte a été réalisé, décès
qui met fin à sa personnalité juridique. Dans ces situations, les parties ne sont pas simplement privées
de leur capacité juridique, mais de leur existence et corrélativement de la possibilité d'être titulaire de
droit. L'acte accompli pour le compte de ces personnes est alors susceptible de deux sanctions. Soit il est
atteint de nullité en raison de l'irrégularité de fond que constitue le défaut de capacité (C. pr. civ.,
art. 117 et 118 ), soit il est irrecevable en raison du défaut de droit d'agir (C. pr. civ., art. 122 ).
Tandis que la Cour de cassation opte pour une nullité de fond, la doctrine préfère y voir une fin de non-
recevoir.
16. Sanction de l'acte accompli au nom d'une personne décédée. - À propos de l'assignation présentée
pour le compte d'une personne physique décédée, la Cour de cassation décide que cet acte est frappé
d'une irrégularité de fond (Civ. 2e, 13 janv. 1993, no 91-17.175 , Bull. civ. II, no 15 ; D. 1993.
Somm. 181, obs. Julien . – Civ. 2e, 27 juin 2002, no 00-17.578 , D. 2003. 1402 , obs. Taormina
; RTD civ. 2002. 566, obs. Perrot . – Civ. 2e, 25 févr. 2010, no 09-11.820 , Dr. et pr. 2010. 177,
obs. Vinckel. – Il en est de même quand la décision est dirigée contre une personne décédée, Civ. 2e,
23 oct. 1996, no 94-21.971 , JCP 1996. IV. 2457) que ne peut couvrir la reprise de l'instance par les
héritiers (Civ. 2e, 13 janv. 1993, préc.) ou par les ayants droit (Cass., ord., 13 nov. 2008, no 07-14.942
, Bull. civ., no 6). Les commentateurs de ces décisions ne sont toutefois pas d'accord avec l'analyse
livrée par les juridictions judiciaires. Ainsi, M. VINCKEL, reprenant l'analyse du professeur JULIEN
(JULIEN, obs. sous Civ. 2e, 13 janv. 1993, préc., D. 1993. Somm. 181 ), explique que, « plus qu'une
simple incapacité, le décès du demandeur remettait en question l'existence même de la personne au
nom de laquelle l'assignation avait été formée ». Faute de titulaire pour l'exercer, c'est le droit d'agir en
justice lui-même qui faisait défaut et donc c'est une fin de non-recevoir qui aurait dû être soulevée
(VINCKEL, obs. sous Civ. 2e, 25 févr. 2010, préc. – Adde : CHAINAIS, FERRAND, MAYER et
GUINCHARD, op. cit., spéc. no 177, p. 147). La Cour de cassation conserve sa position. À propos
d'une signification délivrée au nom d'une personne décédée, elle énonce que « l'acte délivré au nom
d'une personne décédée et comme telle, dénuée de la capacité d'ester en justice est affecté d'une
irrégularité de fond, peu important que le destinataire ait eu connaissance de ce décès » (Civ. 2e, 18 oct.
2018, no 17-19.249 , D. actu. 30 oct. 2018, obs. J. Jourdan-Marques ; D. 2018. Actu. 2096 ;
Gaz. Pal. 29 janv. 2019, p. 63, note Mayer). En revanche, si un seul des codemandeurs décède, cela
n'affecte pas la validité de l'assignation à l'égard des autres parties au nom desquelles l'acte est
également délivré (Civ. 2e, 25 févr. 2010, préc. – Civ. 1re, 16 déc. 2015, no 15-14.273 ). L'idée est
que l'assignation est un acte instrumentaire qui comporte deux volontés distinctes.
17. Conséquence du décès d'une partie en cours d'instance. - Quand une partie décède, l'instance est
interrompue si l'action est transmissible (C. pr. civ., art. 370 ). Les héritiers acquièrent alors
automatiquement la qualité de partie au procès en cours en vertu de l'article 724 du code civil (Civ. 1re,
8 janv. 1991, no 89-12.384 , Bull. civ. I, no 10 ; RTD civ. 1991. 776, obs. Patarin . – Civ. 1re,
28 mars 2012, no 10-30.713 , Bull. civ. I, no 80 ; RTD civ. 2012. 373, obs. Perrot ). La Cour de
cassation a même décidé que le décès en cours d'instance d'un majeur protégé ayant formé un recours
contre la décision l'ayant placé sous mesure de protection juridique entraîne l'interruption d'instance,
qui peut être reprise par ses héritiers (Civ. 1re, 13 févr. 2013, no 11-26.968 , AJ fam. 2013. 302, obs.
Verheyde ). Dans tous les cas, l'instance peut être volontairement reprise « dans les formes prévues
pour la présentation des moyens de défense » (C. pr. civ., art. 373 ). L'instance reprend et les héritiers
ne peuvent ignorer les actes accomplis précédemment par le de cujus, actes qui demeurent valables. Si
l'action n'est pas transmissible, le décès d'une partie entraîne l'extinction de celle-ci et accessoirement
l'extinction de l'instance (C. pr. civ., art. 384 ).
18. Capacité d'exercice. - Concernant la capacité d'exercer son droit d'agir en justice, la loi pose des
limites pour protéger certaines catégories de personnes, soit en raison de leur jeune âge – ce sont les
mineurs –, soit en raison de l'altération de leurs facultés mentales – ce sont les majeurs protégés.
L'exercice de l'action en justice leur est refusé soit totalement, soit partiellement. Concernant les
mineurs, ils ne peuvent en principe agir en justice. Seul leur représentant a qualité pour le faire
(V. infra, no 25). Il existe toutefois des exceptions. Les mineurs peuvent être autorisés par le conseil de
prud'hommes à agir devant lui (C. trav., art. L. 1453-1 ). En matière d'assistance éducative, l'article
375 du code civil autorise le mineur à saisir lui-même le juge des enfants et les décisions rendues en la
matière peuvent être frappées d'appel par le mineur lui-même (C. pr. civ., art. 1191 ). Enfin, le
mineur émancipé est capable comme un majeur (C. civ., art. 413-6 ), et son représentant légal perd
alors tout pouvoir de le représenter en justice (Civ. 2e, 23 oct. 1985, no 84-10.511 , Bull. civ. II,
no 161). Concernant les majeurs protégés, ceux qui sont placés sous tutelle ne peuvent agir en justice.
À nouveau, seul leur représentant a qualité pour le faire. Ainsi, est entachée d'une irrégularité de fond,
pour défaut de capacité d'ester en justice, la requête en adoption présentée par un majeur placé sous
tutelle (Civ. 1re, 4 juin 2007, no 05-20.243 , Bull. civ. I, no 218 ; D. 2007. Chron. 2327, obs.
Chauvin et Creton ; RTD civ. 2007. 547, obs. Hauser ; D. 2008. 313, obs. Lemouland ). Il a
cependant été jugé que l'irrégularité de fond consistant pour un majeur en tutelle à défendre seul à une
action en contrefaçon pouvait être régularisée en appel par l'intervention volontaire de son tuteur puis,
alors qu'il avait recouvré sa pleine capacité avant la clôture de la procédure, par des conclusions au fond
prises en son nom personnel (Civ. 1re, 20 janv. 2004, no 00-19.577 , D. 2004. 503 , et les obs.). En
revanche, le majeur placé sous curatelle est pleinement capable d'agir en justice. Une nuance toutefois
doit être apportée. Tandis qu'il peut exercer seul, sauf dispositions contraires, les actions relatives à ses
droits patrimoniaux et défendre à de telles actions (C. civ., art. 467 a contrario. – Civ. 1re 9 déc. 2009,
nos 08-16.835 et 08-16.836 , Bull. civ. I, no 244 ; D. 2010. Chron. 636, obs. Norguin ; D. 2010.
Chron. 2115, obs. Lemouland ; RTD civ. 2010. 82, obs. Hauser . – Soc. 10 févr. 2010, no 08-
41.210 , D. 2010. Chron. 2115, obs. Lemouland ), pour la défense de ses autres droits, il doit être
assisté de son curateur (C. civ., art. 249 , al. 1, pour le divorce judiciaire et art. 296 , pour la
séparation de corps). Il reste à noter que le recouvrement ou la perte par une partie de sa capacité
d'ester en justice en cours d'instance entraîne l'interruption de cette dernière, à compter de la
notification de l'événement à l'autre partie (C. pr. civ., art. 370 ).
19. Capacité d'ester en justice des personnes morales. - À la différence des personnes physiques, les
groupements n'ont pas automatiquement la personnalité juridique, encore appelée personnalité morale.
Ils l'acquièrent sous certaines conditions. Or, par principe, un groupement sans personnalité juridique
ne peut agir en justice. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation à propos d'un ensemble de personnes
désignées par leur nom de famille. « La famille X… » est dépourvue de la personnalité juridique et de
capacité d'ester en justice (Civ. 3e, 10 juin 1998, no 96-17.975 , Procédures 1998, no 243, note
Junillon). Sont également dépourvus de personnalité juridique ou de personnalité morale le consulat
d'un État étranger (Toulouse, 9 mai 2006, JCP 2007. II. 10021, note Thominette et Le Quillec), un
groupe de sociétés (Civ. 2e, 3 juin 1998, no 96-15.839 ), une simple dénomination sociale (Civ. 2e,
11 sept. 2003, no 01-14.493 , Bull. civ. II, no 253 ; RTD civ. 2004. 766, obs. Théry ; D. 2003.
IR 2543 ; JCP E 2004. 832, note Chabot ; BJS 2004. 263, note Saintourens) ou encore une société
dissoute (Com. 6 mai 2003, no 00-17.344 , Dr. sociétés 2003, no 203, note Trébulle). La personnalité
morale des sociétés a été consacrée initialement par la loi no 66-537 du 24 juillet 1966. Aujourd'hui,
l'octroi de cette personnalité est subordonné à l'accomplissement de la formalité d'immatriculation au
registre du commerce et des sociétés (C. civ., art. 1842 . – C. com., art. L. 210-6 ). Toutefois,
certaines sociétés sont dépourvues de personnalité juridique (BOURTRY, L'absence de personnalité
morale dans les sociétés, JCP N 2000, no 51-52, p. 1855). Il s'agit des sociétés en participation, que les
associés ont délibérément décidé de ne pas immatriculer (C. civ., art. 1871 . – Civ. 2e, 26 mars 1997,
no 94-15.528 , Bull. civ. II, no 96) et des sociétés créées de fait qui résultent du comportement de
personnes qui, sans en avoir conscience, se traitent entre elles et agissent à l'égard des tiers comme de
véritables associés (Com. 11 févr. 2004, no 01-01.642 , Bull. civ. IV, no 31, RTD com. 2004. 516,
obs. Champaud . – Com. 23 nov. 2004, no 02-14.262 ). Enfin, sont tout naturellement dépourvues
de personnalité morale les sociétés qui ne sont pas encore immatriculées, c'est-à-dire les sociétés en
formation (Civ. 3e, 17 janv. 1996, no 94-11.408 . – Civ. 2e, 19 mai 1998, no 96-16.928 ).
Toutefois, une vieille jurisprudence permet d'assigner des groupements sans personnalité juridique afin
qu'ils n'échappent pas à leurs obligations en arguant que, n'ayant pas la personnalité morale, ils ne
peuvent être attraits en justice (Civ. 30 déc. 1857, DP 1858. 1. 21. – Civ. 25 mai 1887, S. 1888.
1. 161. – Civ. 2 déc. 1917, DP 1918. 1. 15. – Civ. 2e, 24 mars 1993, no 91-18.611 , Bull. civ. II,
no 125 ; JCP 1993. IV. 1337). On parle parfois de capacité passive (SAVAUX, La personnalité morale
en procédure civile, RTD civ. 1995. 1 ). En revanche, dès que le groupement a la personnalité
juridique, il peut agir en justice, même si sa capacité de jouissance n'est pas totale. En effet, celle-ci est
cantonnée dans le champ d'activité que lui donnent la loi et ses statuts, selon le principe de spécialité
des personnes morales. Or, si mince soit sa capacité, toute personnalité morale, du moment qu'elle
existe, a le pouvoir d'agir en justice pour la défense de ses intérêts. Reste que ce droit sera mis en œuvre
par un organe qui la représente (V. infra, no 28).
20. Sanction et éventuelle régularisation. - Le défaut de capacité d'ester en justice et plus généralement
le défaut de personnalité morale constitue une irrégularité de fond qui affecte la validité des actes pris
par le groupement (Civ. 2e, 26 mars 1997, no 94-15.528 , préc. – Civ. 3e, 10 juin 1998, no 96-
17.975 , préc. – Civ. 2e, 11 sept. 2003, no 01-14.493 , préc., RTD civ. 2004. 766, obs. Théry ).
La question s'est alors posée de savoir si un acte accompli par une personne morale dépourvue de
personnalité juridique pouvait être régularisé. À propos du groupe de sociétés (Civ. 2e, 3 juin 1998,
no 96-15.839 ), de la simple dénomination sociale (Civ. 2e, 11 sept. 2003, no 01-14.493 , préc.,
RTD civ. 2004. 766, obs. Théry ), de la société dissoute (Com. 7 déc. 1993, no 91-19.339 , Bull.
civ. IV, no 462 ; Rev. sociétés 1994. 462, obs. Chartier ; JCP 1994. II. 22285, note Putman ; BJS
1994. 282, note Mestre ; Dr. sociétés 1994, no 23, note Bonneau. – Com. 6 mai 2003, no 00-17.344 ,
préc. – Civ. 2e, 20 janv. 2005, no 01-11.491 . – Civ. 2e, 27 sept. 2012, no 11-22.278 , Rev. sociétés
2013. 30 , note Prévost), d'une association syndicale libre dépourvue de personnalité juridique avant
la publication de son acte constitutif (Civ. 3e, 15 déc. 2004, no 03-16.434 , Bull. civ. III, no 238) et de
la société en participation (Civ. 2e, 26 mars 1997, no 94-15.528 , préc.), la Cour de cassation a
clairement affirmé que l'irrégularité de fond ne pouvait être couverte (contra, Civ. 2e, 9 juin 2011,
no 10-19.241 , Bull. civ. II, no 129 ; D. 2011. 2188, note F. Julienne ; Procédures 2011, no 262,
obs. Perrot). Cette évidence est renforcée par l'idée que les groupements dont il était question n'étaient
pas destinés à avoir un jour la personnalité juridique. Plus problématique est l'hypothèse de la société
en formation qui, alors qu'elle n'a pas encore la personnalité juridique, intente une action en justice. À
terme, elle bénéficiera de la personnalité juridique ; ce n'est qu'une question de temps. Les articles 1843
du code civil et L. 210-3 du code de commerce prévoient de manière générale que la société
régulièrement immatriculée peut reprendre à son nom les engagements souscrits alors qu'elle n'était pas
encore immatriculée. Peut-elle alors reprendre l'instance qu'elle a engagée et les actes de procédure
qu'elle a accomplis ? De manière isolée, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a considéré
que l'irrégularité de fond tirée de ce que la société demanderesse était en formation peut être couverte,
avant que le juge statue, par l'immatriculation de la société au registre du commerce et des sociétés
(Civ. 3e, 9 oct. 1996, no 93-10.225 , RJ com. 1998. 16, note Velardocchio ; Procédures 1996, no 348,
obs. Perrot). Mais la chambre commerciale et la deuxième chambre civile ont adopté une autre position.
Elles décident que l'acte accompli par la société en formation n'est pas régularisable (Com. 30 nov.
1999, no 97-14.595 , Bull. civ. IV, no 218 ; D. 2000. AJ 37, obs. M. B . ; D. 2000. 627, note
Lamazerolles ; Dr. sociétés 2000, no 23, note Bonneau ; JCP E 2000, no 9, p. 369, note Croze et
Cayre ; BJS 2000. 331 ; RTD com. 2000. 368, obs. Champaud et Danet ; Dr. sociétés 2000, no 101,
note Croze ; Rev. sociétés 2000. 512, note Beaubrun . – Civ. 2e, 30 mars 2000, no 98-16.648 ,
Procédures 2000, no 171, obs. Junillon. – Com. 14 juin 2000, no 98-10.617 , BJS 2000. 1078, note
Saintourens. – Civ. 2e, 4 mars 2021, no 19-22.829, Rev. sociétés 2022. 180, note V. Thomas . –
MAUGAIN, L'irrégularité de fond tenant à l'inexistence de la personne morale qui agit en justice ne
peut être couverte, D. actu. 17 mars 2021). Qu'il s'agisse de sociétés en formation ou d'autre
groupement, l'idée est que l'inexistence pure et simple de la personne morale, au nom de laquelle l'acte
de procédure a été accompli, est une irrégularité trop fondamentale pour souffrir la moindre
régularisation.
21. Interprétation stricte du défaut de personnalité juridique. - Le défaut de capacité étant un vice
particulièrement grave, la Cour de cassation veille à ce qu'il ne soit pas confondu avec un problème de
dénomination. Ainsi, une cour d'appel avait prononcé la nullité d'une assignation au motif que le
défendeur y était désigné par l'enseigne sous laquelle il exerçait, alors que cette dernière n'avait pas de
personnalité morale et donc pas d'existence. La Cour de cassation casse l'arrêt au motif que « la
désignation du défendeur par l'enseigne sous laquelle il exerce son activité constituait un vice de forme
susceptible d'être régularisé » (Civ. 2e, 14 mai 2009, no 08-10.292 , Bull. civ. II, no 121 ; D. 2009.
AJ 1544 ; Gaz. Pal. 2010. Somm. 3854). Par définition, la qualification de vice de forme (C. pr. civ.,
art. 114 ) écarte le défaut de capacité (C. pr. civ., art. 117 ). Il ne s'agit que de l'affirmation d'une
solution déjà dégagée quelques années plus tôt : « la circonstance que la société appelante se soit
présentée sous une dénomination constituant un nom commercial ne la privait pas de la capacité d'ester
en justice qui est attachée à la personne quelle que soit sa désignation » (Civ. 2e, 24 mai 2007, no 06-
12.454 , Bull. civ. II, no 129 ; D. 2007. 2336, obs. Vigneau ; Procédures 2007, no 157, note Perrot).
Plus récemment, la deuxième chambre civile a généralisé le propos dans une affaire où l'appel avait été
interjeté au nom de « L'Araignée sous la roche », alors que la véritable dénomination de la société était
« L'Araignée de la roche ». Au visa des articles 114 et 117 du code de procédure civile, elle affirme,
dans un chapeau très didactique, que « dans un acte de procédure, l'erreur relative à la dénomination
d'une partie n'affecte pas la capacité à ester en justice qui est attachée à la personne, quelle que soit sa
désignation, et ne constitue qu'un vice de forme, lequel ne peut entraîner la nullité de l'acte que sur
justification d'un grief » (Civ. 2e, 4 févr. 2021, no 20-10.685, D. 2021. 543, obs. N. Fricero ; Rev.
prat. rec. 2021. 7, chron. R. Laher. – MAUGAIN, De l'erreur relative à la dénomination d'une partie
dans un acte de procédure, D. actu. 22 févr. 2021).
ACTUALISATION
12, 21. Appréciation de la nullité d'un acte de procédure non régularisable. - Si la nullité d'un acte
de procédure doit être appréciée à la date de ce dernier, cette appréciation peut se fonder sur des
éléments de preuve extérieurs à cet acte (Civ. 2e, 9 juin 2022, no 21-12.738, D. actu. 1er juill.
2022, obs. G. Maugain).
22. Capacité des personnes morales étrangères. - Le droit d'agir des sociétés étrangères était conditionné
par la loi du 30 mai 1857 qui leur imposait d'être autorisées par décret ou accord international à exercer
leurs droits en France. Cette exigence, présentée comme une condition de capacité, mais sanctionnée le
plus souvent par l'irrecevabilité, a été écartée par la Cour de cassation sous le visa de l'article 6, § 1, de la
Convention européenne des droits de l'homme (Crim. 12 nov. 1990, no 89-81.851 , D. 1992. 29, obs.
Bouloc ; Rev. crit. DIP 1991. 667, obs. Khairallah ; Rev. sociétés 1992. 39, obs. Roujou de
Boubée . – Civ. 1re, 25 juin 1991, no 90-13.849 , Bull. civ. I, no 207. – Com. 8 juill. 2003, no 00-
21.591 , Bull. civ. IV, no 121 ; D. 2004. 692, obs. Khairallah ; Gaz. Pal. 2003, no 294, p. 25, note
Crône ; BJS 2003. 1179, note Menjucq ; RTD civ. 2005. 78, obs. Deumier ). Quant aux associations
étrangères, l'article 5 de la loi du 1er juillet 1901 exigeait, en l'absence d'établissement sur le sol français,
une déclaration faite à la préfecture préalablement à l'exercice du droit d'action. Cette exigence,
condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH 15 janv. 2009, Ligue du monde
islamique et a. c/ France, req. nos 36497/05 et 37172/05, D. 2009. 2771, obs. J.-F. Renucci ; BJS
2009. 481 ; RSC 2009. 134, obs. A. Giudicelli ) a été abandonnée par la chambre criminelle (Crim.
8 déc. 2009, no 09-81.607 , Bull. crim. no 205 ; D. 2010. 202, obs. Léna ; D. 2010. 2323, obs.
L. d'Avout ; D. 2010. 2254, obs. J. Pradel ; JA 2010, no 413, p. 11, obs. J. C.-B ; RSC 2010.
182, obs. Giudicelli ) et la solution, rendue à propos d'une constitution de partie civile, semble devoir
être étendue à toute action d'une association étrangère (BANDRAC, Vérification de la capacité d'ester
en justice, in GUINCHARD (dir.), Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen
2021/2022, op. cit., Dalloz Action, spéc. no 213.15, p. 70).
23. Notion. - La personne munie d'un pouvoir agit en demande et en défense, au nom du titulaire de
l'action, aux lieu et place de celui-ci. On parle alors de représentation ad agendum ou de représentation
à l'acte (V. Assistance et représentation en justice [Pr. civ.]). À la lecture de l'article 117 du code de
procédure civile, seule la régularité du pouvoir du représentant d'une personne morale ou d'une
personne atteinte d'une incapacité d'exercice serait une condition de fond de validité des actes de
procédure (V. infra, nos 24 s.). Le problème est que ce ne sont pas les seuls cas de représentation à
l'action. Une personne peut recevoir de la loi, d'une convention ou du juge le pouvoir d'en représenter
une autre (V. infra, nos 33 s. – CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc.
nos 320 s., p. 255 s.).
24. Pouvoir du représentant légal. - Par une interprétation a contrario de l'article 117 du code de
procédure civile, est une condition de fond des actes de procédure le pouvoir du représentant d'une
personne physique atteinte d'une incapacité d'exercice qu'il s'agisse des mineurs ou des majeures
protégés (V. infra, nos 25 s.) et le pouvoir du représentant d'une personne morale (V. infra, nos 28 s.).
25. Pouvoir du représentant d'un mineur. - Concernant les mineurs, rares sont les hypothèses dans
lesquelles ils peuvent agir seuls (V. supra, no 18). Dans le cadre de l'administration légale, les mineurs
sont représentés par leurs parents qui exercent l'autorité parentale. Si l'autorité parentale est exercée en
commun par les deux parents, chacun d'eux est administrateur légal (C. civ., art. 382 ). Dans ce cas,
chacun des parents est réputé, à l'égard des tiers, avoir reçu de l'autre le pouvoir de faire seul les actes
d'administration (C. civ., art. 382-1 ). Or le décret no 2008-1484 du 22 décembre 2008 range parmi
les actes d'administration toute action en justice relative à un droit patrimonial du mineur ainsi que tout
acte de procédure qui n'emporte pas perte du droit d'action (ann. 1, colonne 1, VI). En revanche,
l'annexe du même décret fait de l'action en justice relative à un droit extrapatrimonial et de tout acte de
procédure qui emporte perte du droit d'action, des actes de disposition. Dans ce cas et en l'absence de
prévisions textuelles, il semble falloir revenir au principe d'exercice conjoint lorsque l'administration
légale est exercée en commun, l'article 382-1 faisant figure d'aménagement à ce principe. À défaut
d'accord, le juge des tutelles est saisi aux fins d'autorisation de l'acte (C. civ., art. 387 ). Enfin,
l'administrateur légal ne peut, sans l'autorisation préalable du juge des tutelles, renoncer pour le mineur
à un droit, transiger ou compromettre en son nom (C. civ., art. 387-1 , 4o). Dans le cadre de la tutelle,
la représentation du mineur dans tous les actes de la vie civile est assurée par le tuteur. Ainsi, le tuteur
représente le mineur à l'action. Toutefois, le tuteur ne peut agir, en demande ou en défense, pour faire
valoir les droits extrapatrimoniaux du mineur qu'après autorisation ou sur injonction du conseil de
famille. Celui-ci peut également enjoindre au tuteur de se désister de l'instance ou de l'action, ou de
transiger (C. civ., art. 408 ).
26. Pouvoir du représentant d'un majeur sous tutelle. - Le majeur sous tutelle est représenté à l'action
par son tuteur (C. civ., art. 475 , al. 1er). Ainsi, la cour d'appel de Paris estime que l'assignation qui
mentionne que le demandeur, majeur protégé, est assisté de son curateur, alors qu'il a été placé sous
tutelle avant la délivrance de l'assignation, est entachée d'une irrégularité de fond. Le fait que les
fonctions de curateur puis de gérant de tutelle aient été confiées successivement à la même personne est
sans incidence sur l'irrégularité de fond affectant l'acte (Paris, 1er juin 2007, Dr. fam. 2008, no 20, note
Fossier). Toutefois, le tuteur ne peut agir, en demande ou en défense, pour faire valoir les droits
extrapatrimoniaux de la personne protégée, en principe, qu'après autorisation ou sur injonction du juge
ou du conseil de famille s'il a été constitué. Le juge ou le conseil de famille peut enjoindre également au
tuteur de se désister de l'instance ou de l'action ou de transiger (C. civ., art. 475 , al. 2). Les pouvoirs
du tuteur sont, de ce point de vue, quasi similaires à ceux du tuteur du mineur, à cette différence près
que le premier peut être autorisé à agir en défense des droits extrapatrimoniaux du majeur protégé sur
autorisation du conseil de famille ou du juge, alternative que l'article 408 du code civil ne prévoit pas.
Le principe connaît une exception. Depuis la loi no 2019-222 du 23 mars 2019, la demande en divorce
formée au nom d'un majeur en tutelle n'est plus subordonnée à l'autorisation du juge ou du conseil de
famille s'il est constitué (C. civ., art. 249 ).
27. Absence de représentation des majeurs sous curatelle. - Le majeur sous curatelle agit lui-même en
justice. L'article 468 alinéa 3 du code civil exige seulement qu'il soit assisté de son curateur pour
introduire une action en justice – peu important qu'elle soit relative à un droit patrimonial ou
extrapatrimonial – ou y défendre. Il ne s'agit pas de représentation. L'acte accompli envers le curateur
est sans effet à l'égard du majeur, et le curateur ne peut agir au nom dudit majeur. L'exigence de l'article
468 alinéa 3 peut en outre être remise en cause par le juge des tutelles, qui peut autoriser le majeur sous
curatelle à exercer sans l'assistance de son curateur une ou plusieurs actions en justice (C. civ., art. 471
).
28. Représentation des personnes morales. - Le même système de représentation est nécessaire pour les
personnes morales qui ne peuvent manifester seules leur volonté. Certains auteurs remettent d'ailleurs
en cause le fait qu'il s'agisse d'une véritable représentation à l'action, estimant davantage que le
représentant incarne la personne morale, dont il n'est que le « porte-plume » (CHAINAIS,
FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 329, p. 265). Toujours est-il que la
vérification de cette qualité d'organe représentatif de la personne morale et de l'étendue de ses pouvoirs
doit se faire selon les règles du droit dont relève cette personne morale (société, association, etc. ;
V. Assistance et représentation en justice [Pr. civ.]).
29. Sociétés. - Pour chaque société, la loi désigne les organes auxquels elle confère un pouvoir de
représentation. Il s'agit du gérant pour les sociétés à responsabilité limitée (C. com., art. L. 223-18 ),
pour les sociétés en nom collectif (C. com., art. L. 221-5 ), pour les sociétés en commandite par
actions (C. com., art. L. 226-7 ) et pour les sociétés civiles sont représentées par un gérant (C. civ.,
art. 1848 ). Ainsi, est frappée d'une irrégularité de fond la déclaration d'appel déposée au nom d'un
gérant décédé (Civ. 2e, 12 juin 1991, no 90-12.594 , Bull. civ. II, no 178 ; D. 1992. Somm. 123, obs.
P. Julien ). De même, le commandement de payer, délivré à la requête d'une personne morale par son
gérant décédé à la date de la délivrance de l'acte, est affecté d'une irrégularité de fond qui n'est pas
susceptible d'être couverte et entraîne la nullité de tous les actes subséquents (Civ. 2e, 21 mars 2013,
no 12-17.107 , D. 2013. 845 ; AJDI 2013. 511, obs. C. Rouquette-Térouanne ; Rev. sociétés
2014. 97, obs. V. Thomas ). Les sociétés anonymes sont représentées par un directeur général
(C. com., art. L. 225-56 ) dont la fonction est assumée soit par le président du conseil d'administration
qui exerce aussi les fonctions de directeur général, soit par une personne physique distincte qui porte le
seul titre de directeur général (C. com., art. L. 225-51-1 ). Auparavant, la société était représentée par
le président du conseil d'administration, éventuellement assisté d'un directeur général. Dans la mesure
où le directeur général avait les mêmes pouvoirs que le président du conseil, la jurisprudence décidait
qu'il avait aussi le pouvoir d'agir en au nom et pour le compte de la société (Cass., ass. plén., 18 nov.
1994, no 90-44.754 , D. 1995. 101, concl. M. Jeol , note D. Cohen ; Rev. sociétés 1995. 296, note
P. Merle ; RTD com. 1995. 127, obs. C. Champaud et D. Danet ; RTD com. 1995. 145, obs.
B. Petit et Y. Reinhard ; JCP 1995. II. 22360, concl. Jéol ; JCP 1995. I. 3833, no 9, obs. Viandier et
Caussain). Par analogie, il faut en conclure que si des directeurs généraux délégués sont nommés, ils ont
également le pouvoir d'agir en justice puisqu'ils disposent, à l'égard des tiers, des mêmes pouvoirs que le
directeur général (C. com., art. L. 225-56 in fine). Enfin, il résulte de l'article L. 227-6 du code de
commerce que les sociétés par actions simplifiées sont représentées, à l'égard des tiers, par leur seul
président (Com. 2 juill. 2002, no 98-23.324 , Bull. civ. IV, no 112 ; D. 2002. 2922, note Hallouin ;
D. 2002. 2263, obs. A. Lienhard ; Rev. sociétés 2002. 727, obs. H. Le Nabasque ; RTD com.
2002. 688, obs. J.-P. Chazal ; RTD com. 2003. 374, obs. A. Martin-Serf ; JCP 2002. I. 188, no 7,
obs. Caussain, Deboissy et Wicker ; Procédures 2002, no 190, obs. Croze). Mais « les statuts peuvent
prévoir les conditions dans lesquelles une ou plusieurs personnes autres que le président, portant le titre
de directeur général ou de directeur général délégué, peuvent exercer les pouvoirs confiés à ce dernier »
(C. com., art. L. 227-6 , al. 3). La Cour de cassation a toutefois précisé que seuls les statuts déposés au
registre du commerce et des sociétés font foi des pouvoirs de représentation du directeur général à
l'égard des tiers (Com. 3 juin 2008, no 07-14.457 , Rev. sociétés 2008. 612, note P. Le Cannu ). En
outre, les tiers peuvent se prévaloir des statuts d'une personne morale pour justifier du défaut de
pouvoir d'une personne à figurer dans un litige comme représentant de celle-ci (Com. 18 févr. 2018,
no 16-21.077, Rev. sociétés 2019. 42, note B. Lecourt ; RTD com. 2018. 701, obs. Lecourt ; Dr.
sociétés 2018. Comm. 98, note R. Mortier. – LEQUET, La contestation par les tiers des actes
accomplis en violation des clauses statutaires limitatives des pouvoirs des dirigeants, Rev. sociétés 2021.
18 ).
30. Associations. - Les associations n'ont pas de représentant désigné par la loi. Leur président n'a pas,
de plein droit, pouvoir pour agir au nom de celles-ci. De ce fait, ce sont les statuts qui doivent réserver
expressément à un organe la capacité de décider de former une action en justice ou désigner la
personne ayant le pouvoir de représenter l'association à l'action (Soc. 16 janv. 2008, no 07-60.126 ,
Bull. civ. V, no 1 ; D. 2008. AJ 426 ; D. 2008. 2051, note K. Rodriguez ; Dr. sociétés 2008, no 71,
note Mortier ; JCP S 2008. 1195, note Pétel-Teyssié. – Adde : Crim. 2 déc. 2008, no 08-83.759 ,
Bull. crim. no 242 ; JCP S 2009. 1061, note Boulmier ; Dr. sociétés 2009. Note 91, note Mortier). Les
statuts doivent alors être suffisamment précis. Le fait qu'ils accordent au président de l'association le
pouvoir de la faire fonctionner, notamment en convoquant le conseil d'administration ou l'assemblée
générale, ne lui confère pas le pouvoir de la représenter à l'action (Civ. 1re, 19 nov. 2002, no 00-18.947
, Bull. civ. I, no 272 ; D. 2003. 21, concl. J. Sainte-Rose ; Rev. sociétés 2003. 341, note P. Hoang
; RDSS 2003. 467, obs. E. Alfandari ; RTD com. 2003. 756, obs. L. Grosclaude ; JCP 2003.
II. 10059, note Boré ; Procédures 2003, no 15, obs. Croze ; JCP E 2003, no 586, note Debily). En
revanche, la Cour de cassation pose une présomption simple, selon laquelle la personne qui tient des
statuts le pouvoir de représentation a également la capacité de décider d'introduire une action en justice
(Civ. 1re, 20 sept. 2017, no 16-18.442 , Bull. civ. I, no 194 ; D. 2017. 1843 ; JA 2017, no 566, p. 9,
obs. X. Delpech ; Rev. sociétés 2018. 119, note P. Didier ). Dans le silence desdits statuts sur ce
point, l'action en justice ne peut être régulièrement décidée que par l'assemblée générale (Soc. 16 janv.
2008, no 07-60.126 , préc.).
31. Copropriété. - Le syndicat des copropriétaires, personne morale de droit privé, est également doté
d'un organe désigné par la loi pour le représenter lors d'actions en justice : le syndic de copropriété
(L. no 65-557 du 10 juill. 1965, art. 15 et 18). Plus précisément, c'est le syndic en fonction au moment
de la réalisation de l'acte qui est investi du pouvoir de représentation. Ainsi, sont irrecevables les actes
pris après l'expiration du mandat de syndic (Civ. 3e, 21 juin 2006, no 05-13.028 , D. 2007.
Pan. 2184, obs. Capoulade ) ou notifiés à un syndic qui avait cessé ses fonctions (Paris, 23e B,
22 mars 2007, JCP 2007. IV. 1903). La présence à l'instance de tous les copropriétaires ne supplée pas
à l'absence de mise en cause du représentant légal du syndicat (Civ. 3e, 18 juin 1997, no 95-16.739 ,
RDI 1997. 483 , obs. P. Capoulade). En outre, le syndicat ne peut pas donner mandat d'agir en
justice à un tiers, tel un avocat, à la place du syndic (Civ. 3e, 5 avr. 1995, no 93-12.511 , Bull. civ. II,
no 97 ; D. 1998. 276, obs. Capoulade ; RDI 1995. 551, obs. P. Malinvaud et Boubli ; RDI 1995.
553, obs. P. Malinvaud et Boubli ; RDI 1995. 596, obs. Capoulade ). Toutefois, « en cas de
carence ou d'inaction du syndic, le président du conseil syndical peut également, sur délégation
expresse de l'assemblée générale, exercer une action contre le syndic, en réparation du préjudice subi
par le syndicat des copropriétaires. Lorsque la copropriété n'a pas de conseil syndical, cette action peut
être exercée par un ou plusieurs copropriétaires représentant au moins un quart des voix de tous les
copropriétaires » (L. no 65-557 du 10 juill. 1965, art. 15, al. 3). Le syndic, organe représentant le
syndicat, ne peut toutefois agir qu'après autorisation de l'assemblée générale (Décr. no 67-223 du
17 mars 1967, art. 55, al. 1er), sauf pour certaines actions concernant, notamment, les mesures
conservatoires, les demandes devant le juge des référés et la défense aux actions intentées contre le
syndicat (Décr. no 67-223 du 17 mars 1967, art. 55, al. 3). Constituent donc un vice de fond le fait pour
un syndic de copropriété d'assigner en justice sans autorisation préalable de l'assemblée générale des
copropriétaires (Civ. 3e, 16 janv. 1985, nos 83-14.466 et 83-14.757, RTD civ. 1985. 422, obs.
Giverdon ; JCP 1987. II. 20724, note Blaisse. – Cass., ass. plén., 15 mai 1992, no 89-18.021 , RDI
1992. 376, obs. Capoulade ; JCP 1992. II. 21940, note Capoulade et Giverdon. – Civ. 3e, 4 mai
1995, no 93-14.442 , D. 1998. 277, obs. Capoulade ; RDI 1995. 597, obs. P. Capoulade ) et le
fait pour l'assemblée générale de copropriétaires de subordonner l'autorisation d'agir à l'accord préalable
du conseil syndical (Civ. 3e, 4 déc. 2002, no 00-18.022 , Bull. civ. III, no 248 ; RDI 2003. 189, obs.
P. Malinvaud ). La mandat donné au syndic doit être précis et déterminer les dommages pour
lesquels le syndicat de copropriété lui donne mandat pour agir en justice (Paris, 23e ch. B, 10 févr.
2000, D. 2000. Somm. 216 ). La Cour de cassation a refusé la validité d'un mandat donné en termes
généraux, voire en des termes larges, qui laissaient au syndic toute possibilité pour englober les
désordres qu'il souhaiterait (Civ. 3e, 22 mai 1997, no 95-15.351 , D. 1997. 565, concl . et note J.-
F. Weber et P. Capoulade ; AJDI 1997. 1079, obs. P. Capoulade ; RDI 1997. 489, obs.
P. Capoulade et C. Giverdon . – Civ. 3e, 22 mai 1997, no 95-12.682 , D. 1997. 331, obs. C. Atias
; AJDI 1998. 46, obs. P. Capoulade ; RDI 1997. 493, obs. P. Capoulade et C. Giverdon ). En
outre, l'autorisation d'agir pour un litige particulier vaut pour tous les syndics successifs, sans qu'il soit
nécessaire que le syndicat des copropriétaires renouvelle son autorisation à chaque changement de
syndic (Civ. 3e, 6 déc. 2006, no 05-16.949 , Bull. civ. III, no 242 ; AJDI 2007. 932, obs. Capoulade
; JCP 2007. I. 117, no 10, obs. Perinet-Marquet). De même, lorsque le syndicat de copropriété a été
partie en première instance, comme demandeur ou défendeur, le syndic n'a pas à être autorisé par
l'assemblée générale des copropriétaires pour interjeter appel (Civ. 3e, 9 juill. 1985, Gaz. Pal. 1986.
Somm. 180, obs. Souleau. – Civ. 3e, 8 juill. 1992, no 90-10.977 , AJDI 1993. 516, note Gélinet ;
RDI 1992. 379, obs. P. Capoulade et C. Giverdon ) ou pour former un pourvoi en cassation (Civ. 3e,
30 juin 1998, no 96-21.787 , RDI 1998. 685, obs. P. Capoulade et C. Giverdon ; Gaz. Pal. 1998.
Pan. 308. – Civ. 3e, 22 mars 2000, no 98-15.743 , Bull. civ. III, no 65 ; AJDI 2000. 932, obs.
P. Guitard ; RDI 2000. 249, obs. Giverdon ; RDI 2000. 234, obs. P. Capoulade ; Gaz. Pal. 7-
8 févr. 2001. Somm. 23, obs. Gélinet). La question a longtemps été de savoir si des tiers pouvaient
contester la régularité de l'habilitation. La Cour de cassation a estimé que la régularité de la décision
d'assemblée générale autorisant ou ratifiant l'action était réservée aux copropriétaires opposants ou
défaillants (Cass., ass. plén., 15 mai 1992, préc.). Le décret no 2019-966 du 18 décembre 2019 (art. 8,
JO 19 sept.) a modifié l'article 55 du décret no 67-223 du 17 mars 1967. Depuis le 1er janvier 2020,
seuls les copropriétaires peuvent se prévaloir de l'absence d'autorisation du syndic à agir en justice
(V. Copropriété des immeubles bâtis : droits et obligations [Civ.]).
32. Personnes morales de droit public. - L'État est représenté par l'agent judiciaire de l'État : « toute
action portée devant les tribunaux de l'ordre judiciaire et tendant à faire déclarer l'État créancier ou
débiteur pour des causes étrangères à l'impôt et au domaine doit, sauf exception prévue par la loi, être
intentée à peine de nullité, par ou contre l'agent judiciaire de l'État » (L. fin. no 55-366 du 3 avr. 1955,
art. 38, mod. par Décr. no 2012-985 du 23 août 2012, art. 3. – V. Agent judiciaire de l'État [Pr. civ.]).
Ce pouvoir de représentation connaît cependant des limites puisque l'article 38 de la loi du 3 avril 1955
exclut les causes relatives à l'impôt et au domaine dans lesquelles l'État est respectivement représenté
par le comptable public et par l'administration chargée des domaines, c'est-à-dire, en principe, le préfet
du département dans lequel le litige a pris naissance, devant les juridictions du fond et le ministre
chargé du Domaine devant la Cour de cassation (CGPPP, art. R. 2331-1 et R. 2331-6 . – Par
exemple : Com. 28 févr. 2006, nos 03-18.589 et 03-20.833 ). L'action intentée contre l'État
représenté par un autre ministre est donc irrecevable (Civ. 3e, 24 sept. 2014, no 12-21.978 , Bull.
civ. III, no 117 ; D. 2014. 2115 ; AJDA 2015. 59, concl. S. Petit ). En outre, le code général des
collectivités territoriales désigne les personnes chargées de représenter les différentes collectivités.
Ainsi, selon l'article L. 2132-2, « Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente
la commune en justice ». Il en résulte que le maire doit préalablement obtenir l'autorisation du conseil
municipal. Toutefois la procédure de référé, en raison de l'urgence, peut être introduite par le maire
d'une commune sans autorisation préalable du conseil municipal, mais sous réserve de produire
ultérieurement une délibération régularisant son acte (Civ. 1re, 3 févr. 2010, no 08-21.433 , Bull.
civ. I, no 27 ; AJDA 2010. 240 ; D. 2010. Actu. 656 ; JCP 2010. 414, note Cholet ; Gaz. Pal. 20-
22 mars 2011, p. 15, obs. Amrani-Mekki). Au niveau du département, c'est le président du conseil
général qui intente les actions au nom du département en vertu de la décision du conseil général et qui,
sur l'avis conforme de la commission permanente, défend à toute action intentée contre le département.
Par délégation du conseil général, il peut être investi d'un pouvoir couvrant la durée de son mandat
(CGCT, art. L. 3221-10-1 ). Au niveau de la région, ce pouvoir est confié, selon des modalités
similaires, au président du conseil régional (CGCT, art. L. 4231-7-1 ).
A - Habilitation conventionnelle
34. Mandat pour agir. - Le pouvoir pour agir en justice peut résulter d'une convention par laquelle une
personne charge une autre d'agir en justice à sa place. Cette représentation conventionnelle est régie
par le droit du mandat, donc par les articles 1984 et suivants du code civil. Ce mandat doit notamment
être spécial (C. civ., art. 1988 ). Un mandat de représentation trop général ne comprend pas celui
d'agir en justice. Ainsi, un agent général d'assurance qui a reçu mandat de gérer et d'indemniser les
sinistres confiés par l'assureur ne possède pas le pouvoir de représenter l'assureur en justice (Civ. 2e,
13 juin 2013, no 12-20.140 , BJS 2013. 631, note C.-M. Bénard ; RGDA 2013. 995, note D. Langé).
Cette solution s'applique même au cas d'une personne morale qui ne souhaite pas être représentée par
son organe légal : elle peut donner pouvoir à une autre personne qui doit alors justifier d'une telle
procuration lorsqu'elle prétend agir au nom de la personne morale. Mais il n'est pas question d'autoriser
une personne physique ou morale à agir sous un prête-nom. C'est pourquoi le nom du mandant doit
obligatoirement figurer dans toutes les pièces de la procédure, sans que sa personnalité soit occultée par
celle du demandeur. C'est ce que traduit aujourd'hui la maxime « nul ne plaide par procureur » (Paris,
11 mars 2005, Rev. crit. DIP 2005. 627, note Fohrer ). En revanche, la gestion d'affaires ne permet
pas au gérant d'affaires d'agir en justice pour réclamer le droit d'autrui, pas plus en demande qu'en
défense (Civ. 1re, 9 mars 1982, RTD civ. 1983. 193, obs. Perrot. – Civ. 3e, 27 oct. 2004, no 03-15.029
, Bull. civ. III, no 183 ; RTD civ. 2005. 182, obs. Perrot ).
B - Habilitation judiciaire
35. Diversité. - Enfin, l'habilitation est parfois donnée par le juge, mais dans les conditions fixées par la
loi et, dans certains cas, sur ordre de la loi, sans pouvoir d'appréciation. Dans les rapports conjugaux, le
juge peut désigner un époux pour représenter son conjoint hors d'état de manifester sa volonté pour
l'exercice des pouvoirs résultant du régime matrimonial (C. civ., art. 219 ). De même, l'article 388-2
du code civil prévoit la possibilité pour le juge des tutelles de désigner un administrateur ad hoc chargé
de représenter un mineur quand les intérêts de celui-ci apparaissent en opposition avec ceux de ses
représentants légaux. Enfin, dans les procédures collectives de sauvegarde, de redressement et de
liquidation judiciaire, les créanciers sont représentés par un mandataire judiciaire désigné par le
tribunal (C. com., art. L. 812-1 ). Les fonctions de ce mandataire sont définies à l'article L. 622-20,
alinéa 1er, du code de commerce : « il a seul qualité pour agir au nom et dans l'intérêt collectif des
créanciers ». L'emploi du terme « qualité » ne doit pas tromper ; il s'agit bien ici de représentation à
l'action (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 328 b, p. 264).
36. Capacité et pouvoir de représenter une partie en justice. - Une lecture a contrario de l'article 117 in
fine du code de procédure civile permet d'identifier, comme condition de fond de validité des actes de
procédure, la capacité et le pouvoir de la personne qui en représente une autre en justice. Cette
représentation ne doit pas être confondue avec la représentation à l'action ou ad agendum (V. supra,
nos 23 s.). Il s'agit ici de la mission qu'une partie confie à un tiers d'effectuer en son nom les actes de la
procédure (C. pr. civ., art. 411 ). On parle alors de représentation ad litem, de représentation à
l'instance ou encore de représentation en justice (C. pr. civ., art. 411 ). Ainsi, dans le cadre des
procédures collectives, le mandataire judiciaire doit choisir un mandataire ad litem, car il n'a pas
vocation à conduire lui-même les procédures (Cass., avis, 27 févr. 2006, no 05-00.027 , D. 2006. 860,
obs. Lienhard ). La représentation ad litem ne doit pas non plus être confondue avec l'assistance.
Tandis que le représentant d'une partie est censé exprimer la volonté de cette dernière et la lie par ses
actes, celui qui assiste se tient seulement aux côtés de la partie pour la conseiller et présenter sa défense
sans l'engager (C. pr. civ., art. 412 ).
37. Choix limité de représentant. - Plus que tout autre, le mandat ad litem repose sur la confiance entre
les parties au mandat. C'est pour cela que l'article 19 du code de procédure civile énonce que « les
parties choisissent librement leur défenseur soit pour se faire représenter soit pour se faire assister
suivant ce que la loi permet ou ordonne ». La cour d'appel de Versailles a d'ailleurs annulé une clause
de non-concurrence contenue dans une convention de présentation de clientèle, car son libellé portait
atteinte au principe de libre choix de l'avocat (Versailles, 23 févr. 2017, RG no 15/08001, D. actu,
16 mars 2017). Toutefois, la loi encadre ce choix. Tout d'abord, la partie ne peut désigner qu'un seul
représentant ad litem, personne physique ou morale (C. pr. civ., art. 414 ). Une double constitution
est une irrégularité de forme susceptible d'être couverte postérieurement à condition de ne laisser
subsister aucun grief (Paris, pôle 5, ch. 3, 13 oct. 2010, JCP 2011. 73). En toute hypothèse, le nom du
représentant et sa qualité doivent être portés à la connaissance du juge par déclaration au greffier de la
juridiction (C. pr. civ., art. 415 ) et la constitution doit être dénoncée à l'adversaire (Civ. 2e, 6 mai
1976, no 75-11.290 , Bull. civ. II, no 146). Selon les juridictions et les contentieux, les textes tantôt
imposent la représentation (V. infra, nos 38 s.), tantôt la rendent facultative (V. infra, nos 40 s.),
représentation ad litem dont la nature et l’étendue nécessitent quelques précisions (V. infra, nos 42 s.).
38. Représentation obligatoire. - Longtemps, la représentation obligatoire s'imposait dans les procédures
écrites. Mais la loi no 2019-222 du 23 mars 2019 et le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019 ont
élargi la représentation obligatoire, la déconnectant du caractère écrit de la procédure (AMRANI-
MEKKI, Décret no 2020-1452 réformant (encore !) la procédure civile. Des corrections sans grands
bouleversements, JCP 2020. 1404). Par principe, la représentation est aujourd'hui obligatoire devant le
tribunal judiciaire (C. pr. civ., art. 760 , al. 1er), devant le tribunal de commerce (C. pr. civ., art. 853
), devant la cour d'appel (C. pr. civ., art. 899 , al. 1er) et devant la Cour de cassation (C. pr. civ.,
art. 973 ). Cette représentation obligatoire est alors réservée à certaines personnes qui bénéficient
d'un monopole. Il s'agit le plus souvent de professionnels : avocats devant le tribunal judiciaire, le
tribunal de commerce et la cour d'appel (L. no 71-1130 du 31 déc. 1971, art. 4. – C. pr. civ., art. 760 ,
853 et 899 ) et avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation devant la Cour de cassation (C. pr.
civ., art. 973). Mais depuis le 1er août 2016, les parties faisant appel d'un jugement du conseil de
prud'hommes peuvent également être représentées par un défenseur syndical devant la cour d'appel
(C. trav., art. R. 1461-1 ). Il s'agit d'un salarié inscrit sur une liste établie par le directeur régional des
entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte), sur proposition
des organisations représentatives de salariés et d'employeurs (C. trav., art. D. 1453-2-1 ). Peu après
l'instauration du défenseur syndical, le Conseil national des barreaux avait soutenu que les dispositions
régissant ce représentant ad litem méconnaissaient le principe d'égalité devant la justice au motif que le
défenseur syndical ne présentait pas des garanties de confidentialité aussi protectrices pour le
justiciable que celles auxquelles étaient tenus les avocats. Le Conseil d'État avait alors transmis au
Conseil constitutionnel, une question prioritaire de constitutionnalité à ce sujet (CE 18 janv. 2017, req.
no 401742 ). Dans une décision du 7 avril 2017, le Conseil constitutionnel a souligné que le
défenseur syndical est tenu à une obligation de secret professionnel pour toutes les questions relatives
aux procédés de fabrication et à une obligation de discrétion à l'égard des informations ayant un
caractère confidentiel et présentées comme telles par la personne qu'il assiste ou représente ou par la
partie adverse dans le cadre d'une négociation. Tout manquement à ces obligations peut être sanctionné
par la radiation de la liste des défenseurs syndicaux et par des sanctions pénales pour violation du secret
professionnel. Le Conseil constitutionnel en conclut que sont assurées aux parties, qu'elles soient
représentées par un avocat ou par un défenseur syndical, des garanties équivalentes quant au respect
des droits de la défense et de l'équilibre des droits des parties. Il n'y a donc pas de violation de la
Constitution (Cons. const. 7 avr. 2017, no 2017-623 QPC , D. avocats 2017. 131, obs. L. Dargent
). Quoi qu'il en soit, la personne qui ne constituerait pas d'avocat – ou ne serait pas représentée par un
défenseur syndical quand cela est permis – alors que la loi le lui impose, verrait ses actes frappés de
nullité de fond (en ce sens, Com. 23 avr. 1985, no 81-16.048 , Bull. civ. IV, no 126. – Douai, 1re ch.,
15 avr. 2004, JCP 2004. IV. 3213). Toute la difficulté est alors de savoir si le défaut de mention de
cette constitution dans l'acte introductif d'instance reflète un véritable défaut de constitution et donc
une irrégularité de fond ou une simple omission de son indication dans l'acte introductif d'instance
constitutive d'un vice de forme. Dans tous les cas, il s'agit d'une exception de procédure qui relève de la
compétence du juge de la mise en état (Civ. 2e, 10 nov. 2010, no 08-18.809 , Bull. civ. II, no 184 ;
D. 2011. 265, obs. Fricero ). En outre, toute personne, autre que celles indiquées par les textes, qui
prétendrait représenter à l'instance une partie devant ces juridictions, serait frappée d'incapacité.
39. Capacité de l'auxiliaire de justice. - Le choix du professionnel dans la liste de ceux qui bénéficient
d'un tel monopole est libre pour les parties. Cette liberté est cependant restreinte par le principe de la
territorialité de la postulation. Les avocats ne peuvent représenter les parties que devant les tribunaux
judiciaires du ressort de la cour d'appel dans lequel ils ont établi leur résidence professionnelle et
devant ladite cour d'appel (L. no 71-1130 du 31 déc. 1971, art. 5, al. 2. – Douai, 1re ch., 15 avr. 2004,
JCP 2004. IV. 3213). La mention dans l'assignation de la constitution d'un avocat n'ayant pas la
capacité de représenter la partie devant la juridiction saisie affecte cette assignation d'une irrégularité
de fond (Poitiers, 6 août 1981, D. 1983. IR 139, obs. Julien. – Civ. 2e, 9 janv. 1991, no 89-12.457 ,
Bull. civ. II, no 13 ; RTD civ. 1991. 598, obs. Perrot ; JCP 1992. II. 21381, note Rusquec. – Civ. 2e,
24 févr. 2005, no 03-11.718 , D. 2006. 545, obs. P. Julien ; RTD civ. 2005. 630, obs. Théry . –
Pour une solution contraire, Roanne, JME, 9 nov. 2007, Rev. huiss. 2009. 88, obs. Desmarthon). Cela
n'implique pas qu'il ait également sa résidence effective dans ce ressort. « Il résulte des articles 5, alinéa
2, et 8, alinéas 5 et 6, de la loi du 31 décembre 1971 que le législateur, qui retenant le principe de la
territorialité de la postulation pour les avocats exerçant leur profession à titre individuel, a entendu
permettre que, dans le ressort d'une même cour d'appel, une société civile professionnelle puisse
librement regrouper des avocats associés appartenant à des barreaux différents, et puisse ainsi postuler,
par le ministère de ses associés, auprès de plusieurs tribunaux de grande instance » (Civ. 1re, 22 janv.
1985, no 83-15.927 , Bull. civ. I, no 30 ; JCP 1985. IV. 126). Enfin, si le décret no 2019-1333 du
11 décembre 2019 a inscrit à l'article 853 du code de procédure civile le principe de la représentation
obligatoire devant les tribunaux de commerce, il n'a pas modifié les règles de postulation prévues aux
articles 5 et 5-1 de la loi no 71-1130 du 31 décembre 1971 et qui ne s'appliquent qu'aux tribunaux
judiciaires. Devant les tribunaux de commerce, il n'y a donc pas de postulation territoriale.
40. Choix de l'éventuel représentant sur une liste. - Parfois, la loi prévoit que les parties ne sont pas
tenues de se faire représenter ad litem. Il s'agit alors pour elles d'une faculté, qui se double d'une liberté
quant au choix du représentant, liberté encadrée puisque la plupart des textes donnent une liste de
personnes parmi lesquelles le choix doit être effectué. Ces listes sont exhaustives (Civ. 2e, 1er juill.
1981, no 80-12.360 , Bull. civ. I, no 145 ; RTD civ. 1982. 477, obs. Perrot). Leur longueur et la
variété des représentants y figurant dépendent de la juridiction. De manière générale, il est toujours
possible de recourir à un avocat. Dans ce cas, la constitution d'un avocat territorialement incompétent
n'est pas constitutive d'une irrégularité de fond (Civ. 3e, 29 nov. 2006, no 05-19.736 , Bull. civ. III,
no 238 ; AJDI 2007. 385, obs. J.-P. Blatter ). Devant le tribunal judiciaire, lorsque, par exception, la
représentation par avocat n'est pas obligatoire (C. pr. civ., art. 761 ), les parties peuvent se faire
représenter par un avocat, leur conjoint, leur concubin ou la personne avec laquelle elles ont conclu un
pacte civil de solidarité, leurs parents ou alliés en ligne directe, leurs parents ou alliés en ligne
collatérale jusqu'au troisième degré inclus ou encore les personnes exclusivement attachées à leur
service personnel ou à leur entreprise (C. pr. civ., art. 762 ). Dans cette dernière hypothèse, il a été
jugé qu'une personne qui n'est pas salariée de l'entreprise ne peut être considérée comme habilitée à la
représenter (Soc. 5 mars 2008, no 06-60.125 , Bull. civ. V, no 56 ; Gaz. Pal. 2009. 2759, no 2060, obs.
Rusquec ; Procédures 2008, no 138, note Perrot ; JCP S 2008. 1454, obs. Gauriau). Concernant l'État
et les personnes morales de droit public, le dernier alinéa de l'article 761 du code de procédure civile
énonce que : « L'État, les départements, les régions, les communes et les établissements publics peuvent
se faire représenter ou assister par un fonctionnaire ou un agent de leur administration ». Le fait que le
décret du 11 décembre 2019, pris en application de la loi no 2019-222 du 23 mars 2019, ait rattaché
cette disposition à l'article 761 relatif à la dispense de constitution d'avocat et non à l'article 762 relatif à
la personnalité des potentiels représentants, doit conduire à conclure qu'il s'agit d'une dispense doublée
d'une alternative à l'avocat, comme représentant (CAYROL, Assistance et représentation des parties, in
Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen 2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz
Action, spéc. no 281.91, p. 843). Cela est confirmé par l'avis rendu par la Cour de cassation le
18 février 2021 (Cass., avis, 18 févr. 2021, no 20-70.006, AJDA 2021. 426 ). Elle était alors saisie de
la question de savoir si l'assistance et la représentation facilitées de l'État et des autres publiques était, à
compter du 1er janvier 2020, valable uniquement lorsque la représentation par avocat n'est pas
obligatoire. Pour répondre, la Cour de cassation constate que l'objectif poursuivi par la loi du 23 mars
2019, tel qu'il ressort des travaux préparatoires, n'a pas été de limiter la faculté pour les personnes
publiques de se faire représenter ou assister par un fonctionnaire ou un agent de leur administration
aux seuls cas où la représentation par avocat n'est pas obligatoire. Le décret no 2021-1322 du
11 octobre 2021 a inscrit la règle relative à la représentation de l'État et des personnes morales de droit
public de l'article 761 dans les dispositions relatives au tribunal de commerce (C. pr. civ., art. 853 in
fine) mettant ainsi fin à la distorsion qui existait avec les dispositions relatives au tribunal judiciaire. Il
est regrettable qu'il n'en ait pas profité pour prendre position sur le point qui a donné lieu à l'avis du
18 février 2021. Dans tous les cas, le représentant, s'il n'est pas avocat, doit justifier d'un pouvoir
spécial. Devant le pôle social du tribunal judiciaire, les parties peuvent se faire représenter toujours par
un avocat, mais aussi par leur conjoint, partenaire ou concubin, par un ascendant ou descendant en
ligne directe, ou, suivant le cas, par un travailleur salarié ou un employeur ou un travailleur
indépendant exerçant la même profession ou un représentant qualifié des organisations syndicales de
salariés ou d'employeurs, par un administrateur ou un employé de l'organisme partie à l'instance ou un
employé d'un autre organisme de sécurité sociale ou encore par un délégué des associations de mutilés
et invalides du travail les plus représentatives ou des associations régulièrement constituées depuis cinq
ans au moins pour œuvrer dans les domaines des droits économiques et sociaux des usagers ainsi que
dans ceux de l'insertion et de la lutte contre l'exclusion et la pauvreté (CSS, art. L. 142-9 ). Devant le
conseil de prud'hommes, la représentation a longtemps été considérée comme interdite en raison de
l'ancienne rédaction de l'article R. 1453-1 du code du travail : « les parties comparaissent en personne,
sauf à se faire représenter en cas de motif légitime ». L'exigence d'une comparution « personnelle » était
justifiée par le caractère conciliatoire de la procédure prud'homale (Soc. 6 juill. 1978, no 76-40.728 ,
Bull. civ. V, no 577 ; D. 1979. IR 29). Le décret no 2016-660 du 20 mai 2016 a rationalisé le traitement
judiciaire du contentieux du travail et a rendu la représentation facultative devant la juridiction
prud'homale. L'article R. 1453-1 du code du travail dispose que « les parties se défendent elles-mêmes.
Elles ont la faculté de se faire assister ou représenter ». L'article R. 1453-2 désigne les personnes
pouvant remplir ce mandat ad litem. Il s'agit des salariés et des employeurs appartenant à la même
branche d'activité que les parties, des défenseurs syndicaux, du conjoint, du partenaire ou du concubin
des parties ou encore des avocats. L'employeur peut également se faire assister ou représenter par un
membre de l'entreprise ou de l'établissement fondé de pouvoir ou habilité à cet effet. Le représentant,
s'il n'est pas avocat, doit être muni d'un pouvoir spécial. Devant le tribunal paritaire de baux ruraux, les
personnes habilitées à être mandataires ad litem sont l'avocat, l'huissier de justice, un membre de la
famille de la personne qui souhaite être représentée – sans plus de limite quant au degré de parenté –
son concubin ou son partenaire d'un pacte civil de solidarité, ou encore un membre ou un salarié d'une
organisation professionnelle agricole (C. pr. civ., art. 884 ). Enfin, devant la cour d'appel, les parties
ne sont pas tenues de se faire représenter quand l'appel est formé contre les décisions des tribunaux
paritaires des baux ruraux (C. pr. civ., art. 892 ), ou en matière de sécurité sociale (CSS, art. R. 142-
11 ). Les parties peuvent se faire représenter selon les règles applicables devant la juridiction dont
émane le jugement (C. pr. civ., art. 931 , al. 2).
41. Libre choix de l'éventuel représentant. - Devant le tribunal de commerce, lorsque les parties sont
dispensées de l'obligation de constituer avocat (C. pr. civ., art. 853 , al. 3), « elles ont la faculté de se
faire assister ou représenter par toute personne de leur choix » (C. pr. civ., art. 853 ). Elles peuvent
même se faire représenter par un huissier de justice, ce qui n'allait pas de soi avant la loi no 87-550 du
16 juillet 1987. De manière générale, le recours à un huissier est toujours possible, quand les textes
prévoient que l'acte peut être adressé à la juridiction par « tout mandataire ». C'est le cas des requêtes
devant le tribunal judiciaire (C. pr. civ., art. 846 ), et devant le juge de l'exécution (C. pr. exéc.,
art. R. 121-23 , al. 2). Il en va de même des requêtes en injonction de payer (C. pr. civ., art. 1407 ).
Les huissiers de justice sont, comme toutes autres personnes, susceptibles d'être désignés comme
mandataires pour présenter la requête (Civ. 2e, 5 nov. 1975, D. 1975. IR 34 ; RTD civ. 1976. 204, obs.
Perrot). Ils doivent alors justifier d'un pouvoir spécial (V. infra, nos 42 s. – V. Assistance et
représentation en justice [Pr. civ.]).
42. Nature du mandat « ad litem ». - Le code de procédure civile ne définit pas précisément ce qu'est le
mandat ad litem. Il s'agit d'un mandat de nature contractuelle, en raison des relations de confiance très
marquées qu'il suppose entre le plaideur et son représentant. Toutefois, cette nature n'explique qu'en
partie le régime du mandat ad litem. Il est soumis à un certain nombre de règles dérogatoires au régime
de droit commun du mandat en raison de son objet particulier : faire des actes de procédure au nom et
pour le compte d'autrui (V. Assistance et représentation en justice [Pr. civ.]).
43. Preuve du mandat « ad litem ». - Toute personne qui entend représenter une partie doit justifier du
mandat qui les lie (C. pr. civ., art. 416 ). Cette justification doit normalement prendre la forme d'une
procuration écrite. Mais les avocats, en raison de leur qualité de professionnels de la justice, bénéficient
d'une présomption de mandat. Ils n'ont pas à justifier du mandat émanant de la partie (C. pr. civ.,
art. 416 . – Com. 5 mai 1970, no 69-11.041 , Bull. civ. IV, no 144. – Soc. 20 juin 1984, JCP 1984.
IV. 275. – Civ. 2e, 20 févr. 1991, no 89-14.045 , Bull. civ. II, no 59. – Civ. 1re, 12 mai 1993, no 91-
12.445 , 1re esp., D. 1993. 411, note Chartier . – Civ. 2e, 7 déc. 1994, no 92-20.354 , D. 1995.
IR 33 ). Toutefois, il s'agit d'une présomption simple qui peut être combattue par la preuve contraire
(Com. 19 oct. 1993, no 91-15.795 , Bull. civ. IV, no 339 ; RTD civ. 1994. 160, obs. Perrot ).
L'huissier de justice bénéficie également d'une telle dispense « dans les cas où il est habilité à
représenter ou assister les parties » (C. pr. civ., art. 416 , al. 2). Dans ce cas, l'habilitation doit être
entendue largement. Elle peut être expresse comme devant le tribunal paritaire de baux ruraux (C. pr.
civ., art. 884 ) ou implicite comme devant le tribunal de commerce, où les parties ont « la faculté de se
faire assister ou représenter par toute personne de leur choix » (C. pr. civ., art. 853 ). La Cour de
cassation a toutefois précisé, au visa de l'article 416 du code de procédure civile et des articles 5 et 18 du
décret no 56-222 du 29 février 1956, que « l'huissier de justice n'est dispensé de justifier d'un mandat
que lorsqu'il assiste ou représente les parties devant une juridiction de son ressort » (Civ. 2e, 10 mai
1995, no 93-16.028 , Bull. civ. II, no 136 ; D. 1996. Somm. 136, obs. Julien ; RTD civ. 1995. 956,
obs. Perrot ).
44. Étendue du mandat « ad litem ». - Selon l'article 411 du code de procédure civile, le mandat de
représentation en justice emporte pouvoir et devoir d'accomplir au nom du mandant les actes de
procédure. C'est un mandat général qui embrasse tous les actes de procédure nécessaires à la conduite
de l'instance. Ce mandat emporte également mission d'assistance sauf disposition ou convention
contraire (C. pr. civ., art. 413 ). L'assistance peut alors être confiée à une autre personne (on parle
alors d'un avocat plaidant par opposition à l'avocat postulant). En outre, face à la gravité de certains
actes, il est exigé du mandataire un pouvoir spécial pour engager son mandant. Le mandat de
représentation à l'instance ne suffit pas. C'est le cas pour engager une procédure d'inscription de faux
(C. pr. civ., art. 306 , al. 1er), déférer ou référer un serment judiciaire (C. pr. civ., art. 322 ), ou
encore pour récuser un juge (C. pr. civ., art. 343 , al. 2). C'est aussi le cas pour les actes énumérés à
l'article 417 du code de procédure civile. Le mandataire doit avoir reçu un pouvoir spécial pour faire ou
accepter un désistement, acquiescer, faire, accepter ou donner des offres, un aveu ou un consentement.
L'article R. 1453-2 du code du travail reprend pour partie cette idée. Devant le bureau de conciliation
et d'orientation, le mandat spécial dont doit justifier le représentant qui n'est pas avocat (V. supra,
no 43) « doit l'autoriser à concilier au nom et pour le compte du mandant, et à prendre part aux mesures
d'orientation ». Cependant, afin de pallier les incertitudes liées à la diversité des volontés individuelles,
la loi a posé des règles de pouvoir « externe », c'est-à-dire régissant les rapports avec le juge et la partie
adverse. À l'égard du juge et de la partie adverse, le mandataire ad litem est présumé de façon
irréfragable, avoir reçu un mandat spécial (C. pr. civ., art. 417 ). Il en résulte que, si un avocat a
outrepassé les limites que lui avait expressément imposées son client, l'acte de procédure ne pourra pas
être remis en cause, même si le dépassement de pouvoir est établi de la façon la plus certaine qu'il soit
(Civ. 2e, 27 févr. 1980, Bull. civ. II, no 43 ; RTD civ. 1980. 815, obs. Perrot ; D. 1980. IR 464, obs.
Julien). La partie est engagée irrévocablement par l'acte accompli par son mandataire. Elle peut
seulement engager la responsabilité civile de celui-ci (TGI Dinan, 15 juin 1982, Gaz. Pal. 1983. 1. 289,
note Avril), voire sa responsabilité disciplinaire (Bordeaux, 11 mars 1983, Gaz. Pal. 1983. 2. 384, note
Damien et sur pourvoi, Civ. 1re, 11 juill. 1983, Gaz. Pal. 1984. 1. 152, note Damien).
45. Fin du mandat « ad litem ». - En principe, le mandat prend normalement fin après l'exécution du
jugement, à condition que celle-ci soit entreprise (mais pas nécessairement réalisée) moins d'un an après
qu'il soit passé en force de chose jugée (C. pr. civ., art. 420 ), autrement dit moins d'un an à partir du
jour où le jugement n'est plus susceptible d'un recours suspensif d'exécution. Un nouveau pouvoir est
nécessaire, passé ce délai. Mais, le mandat de représentation en justice étant conclu intuitu personae,
chacune des parties peut normalement y mettre fin à tout moment et donc en cours de procédure. La
liberté des parties doit toutefois se combiner avec la nécessité d'éviter toute discontinuité dans la
représentation du plaideur quand celle-ci est obligatoire. Il faut alors distinguer selon la partie qui
prend l'initiative d'y mettre fin. S'il s'agit du plaideur, il doit alors soit remplacer son mandataire lorsque
la représentation est obligatoire, soit informer le juge et la partie adverse de son intention de se défendre
lui-même si la loi l'autorise. S'il ne respecte pas cette obligation de remplacement ou d'information, « son
adversaire est fondé à poursuivre la procédure et à obtenir jugement en continuant à ne connaître que
le représentant révoqué » (C. pr. civ., art. 418 ). Si c'est le mandataire qui souhaite mettre fin à ses
fonctions, il ne sera alors déchargé de son mandat qu'après avoir informé de sa décision son mandant, le
juge et les autres parties (C. pr. civ., art. 419 , al. 1er). L'ancien article 156 du décret no 91-1197 du
27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat exigeait en outre que le client soit prévenu en
temps utile pour pourvoir à la défense de ses intérêts, ce que la Cour de cassation n'a pas hésité à
rappeler (Civ. 1re, 4 oct. 2000, no 97-18.743 , Bull. civ. I, no 232). Or cet article 156 a été abrogé par
le décret no 2005-790 du 12 juillet 2005. Il semble toutefois que la solution, conforme aux règles
déontologiques de la profession, doit être maintenue. Enfin, en cas de représentation obligatoire, la
décharge du mandat ne devient effective que du jour où l'avocat est remplacé par un autre mandataire,
au besoin désigné par le bâtonnier ou par le président de la chambre de discipline (C. pr. civ., art. 419
, al. 2). Il faut encore préciser que la décision de retrait de l'aide judiciaire ne met pas fin au mandat
du représentant désigné, qui ne peut se décharger de son mandat (Civ. 2e, 16 févr. 1984, Gaz. Pal.
1985. 1. 209, note Rusquec). De même que le mandat donné à un avocat par le premier administrateur
judiciaire d'une société ne prend pas fin au décès de celui-ci (Civ. 2e, 7 déc. 1994, no 92-20.354 , JCP
1994. II. 22517, note Rusquec).
47. Actes sous forme verbale ou actes écrits. - En tant que manifestation de volonté qui cherche à
parvenir à une solution juridictionnelle (V. supra, no 2), l'acte de procédure peut recouvrer deux
aspects. Le plus souvent, il s'agit d'un acte écrit (V. infra, nos 70 s.). Mais il n'est pas rare que l'expression
de cette volonté soit orale, que cela soit autorisé ou imposé par la loi. On peut alors parler d'actes de
procédure sous forme verbale (V. infra, nos 48 s.).
48. Origines. - En France, au moment de l'adoption du code de procédure civile de 1806, l'oralité est
présentée comme le moyen de se prémunir contre l'arbitraire du juge, de lutter contre la chicane, de
simplifier la procédure, d'en accélérer le cours et d'en diminuer les frais (DAUCHY, La conception du
procès civil dans le code de procédure civile de 1806, in De la commémoration d'un code à l'autre : 200
ans de procédure civile en France, 2006, Litec, p. 77 s., spéc. p. 83-84). Au XXe siècle, elle était surtout
envisagée comme le seul moyen pour un citoyen, « serait-il totalement illettré, de saisir directement son
juge, sans formalisme, par simple comparution, sans frais (sauf devant le tribunal de commerce) et de
plaider lui-même sa cause » (TRAVIER, Procédures orales, 2002, coll. Dalloz Services, Dalloz, spéc.
no 0.24, p. 18). Mais aujourd'hui, l'oralité recule dans les procédures des pays européens et en France,
plus particulièrement. Il faut dire que l'oralité peut être source d'insécurité en raison de son
évanescence. La pratique a d'abord cherché à la contourner pour éviter l'incertitude qui en résulte. Plus
récemment, les textes ont consacré une plus grande pénétration de l'écrit dans les procédures se
déroulant devant les juridictions d'exception. Elles restent toutefois le lieu de prédilection de l'oralité
(V. infra, nos 59 s.) que l'on rencontre également dans certains actes de manière plus ponctuelle
(V. infra, nos 49 s.).
49. Faculté. - Que la procédure soit écrite ou qu'elle soit orale, certains actes en raison de leur nature ou
de leur finalité sont le plus souvent réalisés, dans un premier temps, oralement (V. infra, nos 50 s.).
Cette expression n'est pas dénuée de tout formalisme (V. infra, no 58).
A - Manifestations.
50. Identification. - Les actes de procédure sous forme verbale peuvent se rencontrer tout au long de la
procédure (V. infra, nos 55 s.) et parfois même lors de l'introduction de l'instance (V. infra, nos 51 s.).
51. Recul de l'oralité. - L'introduction de l'instance est une manifestation de volonté qui, comme son
nom l'indique, a pour effet juridique d'initier l'instance. Longtemps, l'oralité y a eu sa place grâce
notamment à la présentation volontaire qui permettait aux parties de saisir verbalement le juge, mais
également grâce aux déclarations qui pouvaient être « faites » (V. infra, no 53). Mais depuis le décret
no 2019-1333 du 11 décembre 2019 réformant la procédure civile, et portant application de la loi
no 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, les modes
introductifs d'instance ont été rationnalisés, et cela s'est traduit par la disparition de la présentation
volontaire et le cantonnement de la déclaration aux procédures devant les cours d'appel et la Cour de
cassation. En première instance, l'assignation qui est un acte d'huissier extrêmement formalisé ne peut
être qu'écrite (V. Assignation [Pr. civ.]). A priori, il en va de même pour la requête. Les articles 54 et 57
du code de procédure civile énoncent d'ailleurs que l'assignation et la requête sont remises ou adressées
au greffe de la juridiction, ce qui implique un écrit. Mais certains textes créent un doute en ce qui
concerne la requête.
52. Requête. - Selon le dictionnaire Le Petit Robert, la « requête » est une demande instante, verbale ou
écrite. Or, en fonction des hypothèses, certains textes de procédure semblent exclure l'oralité, quand
d'autres semblent l'admettre. Ainsi, lorsque l'article 494 du code de procédure civile prévoit que, dans la
procédure sur requête, cette dernière « est présentée en double exemplaire », il est évident que cet acte
introductif d'instance ne saurait être oral. En revanche, d'autres textes énoncent que la requête peut
être « faite, remise ou adressée au greffe ». C'est le cas de l'actuel article 820 du code de procédure civile
relatif à la demande aux fins de tentative préalable de conciliation dans la procédure orale devant le
tribunal judiciaire. C'est le cas aussi de l'article 861-2 à propos de la demande incidente tendant à
l'octroi d'un délai de paiement. C'est le encore de l'article R. 1452-2 du code du travail concernant
l'introduction de l'instance devant le conseil de prud'hommes. La question est alors de savoir si la
requête peut être « faite » verbalement. Historiquement, deux des trois situations précédemment
énoncées permettaient une demande orale. L'ancien article 830 du code de procédure civile énonçait
que, devant le tribunal d'instance, « la demande aux fins de tentative préalable de conciliation [était]
formée verbalement ou par lettre simple, au greffe ». Puis ce texte fut réécrit par le décret no 2010-1165
du 1er octobre 2010 et « la demande aux fins de tentative préalable de conciliation [dut être] formée par
déclaration faite, remise ou adressée au greffe ». Le décret du 1er octobre 2010 visant l'harmonisation
des actes introductifs d'instance, la demande aux fins de tentative préalable de conciliation prenait alors
la même forme que l'acte qui introduisait l'instance devant le tribunal d'instance et devant le tribunal
paritaire des baux ruraux. Avec le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019, la déclaration a laissé la
place à la requête. On ne peut alors s'empêcher de voir derrière la « requête faite », l'ancienne demande
verbale, et ce d'autant plus que cela correspond pleinement à la simplicité qui sied à une procédure
amiable. La même remarque peut être faite à propos de la saisine du conseil de prud'hommes.
Longtemps, le bureau de conciliation a pu être saisi par présentation volontaire. Aujourd'hui, il ne
semble pas que les textes fassent obstacle à une requête « faite oralement » en ce qui concerne la
tentative préalable de conciliation devant le tribunal judiciaire et la demande incidente tendant à
l'octroi d'un délai de paiement. La sécurité juridique est alors assurée par l'enregistrement subséquent
prévu, respectivement, aux articles 820 alinéa 3 et 861-2 du code de procédure civile. En revanche, à
propos de l'introduction de l'instance prud'homale, un certain nombre d'exigences imposées par les
textes laisse penser que la requête ne peut être faite oralement. L'article R. 1452-2 exige notamment
qu'un bordereau soit annexé à la requête et que « la requête et le bordereau [soient] établis en autant
d'exemplaires qu'il existe de défendeurs, outre l'exemplaire destiné à la juridiction ». De plus, sur le site
Service-Public.fr (https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2360), il est indiqué que « la
demande est adressée au conseil de prud'hommes par courrier (recommandé ou non) ». En outre, le
demandeur doit remplir un formulaire Cerfa intitulé « Requête aux fins de saisine du conseil de
prud'hommes par un salarié » (Cerfa no 15586*08) ou « Requête aux fins de saisine du conseil de
prud'hommes par un employeur » (Cerfa no 15587*06). Certains conseillers prud'homaux estiment
d'ailleurs que la baisse de près de 40 % du nombre de saisines des conseils de prud'hommes entre fin
2015 et fin 2016 est due à l'obligation de déposer une requête écrite.
53. Déclaration. - Les mêmes interrogations que pour la requête se posent à propos de la déclaration qui
peut être « faite » et que l'on retrouve dans la procédure d'appel sans représentation obligatoire (C. pr.
civ., art. 932 ) et pour l'appel d'une décision gracieuse (C. pr. civ., art. 950). Peut-elle être faite
oralement ? La Cour de cassation l'a expressément admis dans un arrêt posant un formalisme minimal à
l'oralité (Soc. 8 juill. 1992, no 89-40.559 , RTD civ. 1993. 198, obs. Perrot ; JCP 1992. I. 3636,
note Pierchon). Mais il faut reconnaître que ce recours à l'oralité est rare et de plus, il est temporaire.
Comme tous les actes oraux, la déclaration verbale est transcrite par écrit pour pallier les inconvénients
de l'oralité. Les paroles s'envolent, les écrits restent. Ainsi, l'article 934 prévoit que la déclaration est
enregistrée par le greffier.
54. Communication de la date de l'audience devant figurer dans l'assignation. - Le greffe lui-même est
parfois autorisé à recourir à l'oralité afin d'accomplir de manière rapide et efficace certains actes et de
faire avancer l'instance. C'est le cas chaque fois qu'il peut transmettre une donnée ou une information
« verbalement » ou « par tout moyen ». La question a été renouvelée le décret no 2019-1333 du
11 décembre 2019 généralisant l'assignation « à date » ou « avec prise de date ». Il faut distinguer selon
que la procédure se déroule devant le tribunal judiciaire ou devant les autres juridictions. Devant le
tribunal judiciaire, le décret du 11 décembre 2019 avait initialement inscrit à l'article 751 du code de
procédure civile que la date pouvait être communiquée par tout moyen au demandeur. On peut
imaginer que lors du déplacement au tribunal d'une partie ou de son représentant pour demander
oralement une date, le greffier réponde sur-le-champ sans plus de formalisme. L'arrêté du 9 mars 2020
le réaffirme (art. 1) et précise que la date peut être communiquée par des systèmes de communication
électronique du type RPSH et RPVA. Puis le décret no 2020-1452 du 27 novembre 2020 a réécrit
l'article 751 et a supprimé la précision selon laquelle la communication peut se faire par tout moyen,
sans que l'arrêté du 9 mars 2020 ne subisse de modification de ce point de vue. Il est fort à parier qu'à
long terme cette transmission orale disparaisse au profit d'une communication exclusivement
électronique. Devant les autres juridictions, il n'existe pour l'instant aucune disposition spécifique à la
communication de la date d'audience à inscrire dans l'assignation. Rien n'empêche alors au greffe de la
communiquer verbalement quand elle est sollicitée de cette manière.
2° - Au cours de l'instance
55. Convocation aux audiences. - Quand la juridiction est saisie par requête ou déclaration, il revient
au greffe d'informer le demandeur et le défendeur des jour, lieu et heure de l'audience. Concernant le
demandeur, il semble plus rapide et plus simple de le faire verbalement, chaque fois que celui-ci se
présente physiquement pour remettre l'acte introductif. Ainsi, devant le tribunal d'instance, jusqu'au
décret no 2015-282 du 11 mars 2015, l'article 844 du code de procédure civile prévoyait que le
demandeur pouvait être convoqué « verbalement », contre émargement. Aujourd'hui, même si cette
possibilité n'est plus expressément prévue, elle est sans doute implicitement comprise dans les textes
qui énoncent que « le demandeur est avisé par tous moyens des lieu, jour et heure de l'audience ». C'est
le cas lorsque le tribunal judiciaire est saisi par requête (C. pr. civ., art. 758 ). et dans les procédures
relevant de la compétence du juge aux affaires familiales autres que le divorce et la séparation de corps
(C. pr. civ., art. 1138 ). C'est également le cas devant le conseil de prud'hommes (C. trav.,
art. R. 1452-3 ), devant le tribunal paritaire des baux ruraux (C. pr. civ., art. 886 ) et devant la cour
d'appel quand elle statue selon la procédure sans représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 937 ). On
imagine alors qu'au moment de la remise, le greffe – s'il n'est pas débordé – fixe sur-le-champ une date
d'audience et en informe directement le demandeur, toujours sur les lieux. Cette convocation verbale
peut également être utilisée quand, lors d'une audience, l'affaire nécessite un renvoi à une audience
ultérieure et que les deux parties sont présentes. C'est ce qu'énonce expressément l'article 774 du code
de procédure civile à propos de la procédure écrite ordinaire devant le tribunal judiciaire. Les avocats
présents sont convoqués ou avisés verbalement, avec émargement et mention au dossier. De même, à
défaut de conciliation et si l'affaire n'est pas en état d'être jugée, le greffe peut aviser sur-le-champ et
verbalement les parties de la date de l'audience à laquelle l'affaire est renvoyée. C'est le cas devant le
tribunal judiciaire statuant selon la procédure orale (C. pr. civ., art. 830 in fine), devant le tribunal de
commerce (C. pr. civ., art. 861 , al. 2), devant le conseil de prud'hommes (C. trav., art. R. 1454-17
et R. 1454-18 ), devant le tribunal paritaire des baux ruraux (C. pr. civ., art. 888 ) et devant la cour
d'appel dans la procédure sans représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 947 ).
56. Récusation. - Lorsque la cause justifiant la demande de récusation ou de renvoi est découverte à
l'audience, « la demande est formée par déclaration consignée par le greffier dans un procès-verbal, qui
est adressé sans délai au premier président. Une copie en est conservée au dossier » (C. pr. civ., art. 344
).
57. Instruction. - L'oralité est également présente au moment de l'administration judiciaire de la preuve.
Dans le cadre de la comparution personnelle des parties, celles-ci font des déclarations orales, dont il est
dressé procès-verbal (C. pr. civ., art. 194 , al. 1er). De même, lors de l'enquête, l'article 220 alinéa 4 du
code de procédure civile énonce : « Les observations des parties sont consignées dans le procès-verbal,
ou lui sont annexées lorsqu'elles sont écrites ». La seconde partie de la phrase ne laisse pas de doute : les
observations peuvent être orales. Les parties ne sont d'ailleurs pas les seules à recourir à l'oralité, lors de
l'instruction. Tout d'abord, lorsqu'une mesure d'instruction a été ordonnée et que les parties ou des tiers
doivent y apporter leur concours, ils peuvent être convoqués par le greffier du juge qui y procède, et ce,
verbalement, lorsqu'ils sont présents lors de la fixation de la date d'exécution de la mesure (C. pr. civ.,
art. 160 , al. 2). De même, lorsque le juge souhaite recueillir des déclarations orales, il peut ordonner
une enquête dont la date est communiquée aux parties, verbalement ou par lettre simple (C. pr. civ.,
art. 230 ). Ensuite, les constatations du technicien sont consignées par écrit « à moins que le juge n'en
décide la présentation orale » (C. pr. civ., art. 250 ). En revanche, en ce qui concerne la consultation,
la logique est inversée, faisant de l'oralité le principe : « La consultation est présentée oralement à moins
que le juge ne prescrive qu'elle soit consignée par écrit » (C. pr. civ., art. 257 ). Enfin, concernant
l'expertise, l'article 274 du code de procédure civile énonce que lorsque le juge assiste aux opérations
d'expertise, il peut consigner dans un procès-verbal les explications de l'expert, que l'on imagine
verbales. En outre, ce dernier texte, comme d'autres, fait également référence aux déclarations des tiers,
autres que le technicien. De manière générale, l'article 199 du code de procédure civile énonce, à
propos de la preuve testimoniale, que les déclarations des tiers « sont faites par attestations ou
recueillies par voie d'enquête selon qu'elles sont écrites ou orales ».
B - Conditions de forme
58. Formalisme minimal de l'oralité. - L'expression orale ne saurait se satisfaire de n'importe quelle
forme. C'est surtout à propos des actes introductifs d'instance que les juges se sont prononcés, mais les
solutions doivent être étendues à l'ensemble des actes de procédure verbaux. À propos de la déclaration
d'appel dirigée contre une décision du conseil de prud'hommes, la Cour de cassation décide que « la
déclaration verbale […] ne peut résulter d'une simple conversation téléphonique » (Soc. 8 juill. 1992,
no 89-40.559 , préc.). Cette solution se comprend aisément. Une conversation téléphonique ne peut
garantir la personnalité de celui qui prend l'initiative d'appeler et, par conséquent, la certitude que la
déclaration recueillie émane bien de celui qui a qualité pour saisir la juridiction d'appel (RTD civ.
1993. 198, obs. Perrot ). En outre, les actes d'introduction de l'instance pouvant être formulés
verbalement ne sauraient être effectués par télécopie (Paris, 24 juin 1992, JCP 1992. IV. 2590 ; RTD
civ. 1993. 198, obs. Perrot ), ni par courrier électronique, du moins en principe (DEHARO, L'écrit
dans les procédures judiciaires, Gaz. Pal. 8 mars 2005, no 67, p. 2. – V. Communication électronique
[Pr. civ.]).
§ 2 - Procédures orales
59. Notion. - Dans les procédures orales, « les parties présentent oralement à l'audience leurs
prétentions et les moyens à leur soutien » (C. pr. civ., art. 446-1 ). C'est le cas devant le tribunal de
commerce (C. pr. civ., art. 860-1 ), le tribunal paritaire des baux ruraux (C. pr. civ., art. 882 ), la
cour d'appel pour la procédure sans représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 946 ) et le conseil de
prud'hommes (C. trav., art. R. 1453-3 ). La procédure est également orale devant le tribunal
judiciaire lorsque les parties sont dispensées de constituer avocat conformément aux dispositions de
l'article 761 du code de procédure civile (C. pr. civ., art. 817 ) ou lorsque la procédure se déroule
devant le pôle social (CSS, art. R. 142-10-4 , al. 1er). L'objectif est de garantir au justiciable une
justice de proximité, très accessible grâce à un formalisme atténué. Ces échanges oraux (V. infra, nos 60
s.) se font sous condition de comparution (V. infra, nos 62 s.).
A - Échanges oraux.
60. Obligation de présentation orale des prétentions et des moyens. - Dans les procédures orales, les
demandes et les arguments des parties doivent en principe être échangés oralement, à la barre, comme
cela est expressément rappelé à l'article 446-1 du code de procédure civile. Si les parties choisissent
spontanément de recourir à l'écrit, sans qu'aucune disposition particulière ne les y autorise, elles doivent
comparaître et reprendre à l'audience leurs conclusions (Soc. 11 juin 2002, no 00-42.654 , Bull.
civ. V, no 202 ; Dr. soc. 2002. 1039, obs. F. Duquesne . – Soc. 17 mai 2005, no 03-43.195 , Bull.
civ. V, no 168 ; RTD civ. 2005. 634, obs. R. Perrot ) même par une simple référence, rappelant
l'oralité imposée. Si les parties ne recourent pas à l'écrit, leurs observations « sont notées au dossier ou
consignées dans un procès-verbal » (C. pr. civ., art. 446-1 et 727 , al. 4. – C. trav., art. R. 1453-4
). Cette précaution est essentielle mais non suffisante : des erreurs lors de la transcription écrite sont
toujours possibles. C'est pourquoi la Cour de cassation a élaboré un régime de présomptions.
61. Présomptions. - Les prétentions oralement formées au cours de l'instance sont présumées avoir été
contradictoirement débattues tout comme les moyens soulevés d'office par le juge (Civ. 1re, 10 sept.
2015, no 14-22.223 , D. 2016. Pan. 1396, obs. H. Kenfack ; JT 2015, no 180, p. 14, obs.
X. Delpech ). C'est donc sans inverser la charge de la preuve qu'une cour d'appel a considéré, dans
une cause où un paiement était contesté, qu'il appartenait à la partie prétendument créancière de
démontrer qu'il n'avait pas été question, au cours des débats de première instance, de sa carence dans le
recouvrement de la créance litigieuse (Com. 24 oct. 1995, no 93-16.051 , Gaz. Pal. 1996. Pan. 128),
tout comme les documents retenus par la décision (Soc. 15 mai 1991, no 89-43.845 , Bull. civ. V,
no 239. – Adde, en matière de surendettement, Civ. 2e, 11 janv. 2006, no 04-04.170 , Bull. civ. II,
no 9). De même, « le moyen de droit que le juge a appliqué à un fait dont il n'est pas allégué qu'il n'ait
pas été dans le débat est présumé avoir été contradictoirement débattu » (Soc. 29 mai 1985, no 84-
60.595 , Bull. civ. V, no 310. – Adde : Soc. 7 juill. 1986, no 83-41.808 , Bull. civ. V, no 358). Ces
présomptions étant simples (Civ. 2e, 23 nov. 2006, no 05-10.686 . – Soc. 5 déc. 2006, no 05-42.830
, inédit. – Soc. 7 juin 2007, no 05-45.368 , inédit), c'est au plaideur qui prétend avoir formulé une
demande orale sur laquelle le tribunal ne se serait pas prononcé d'en apporter la preuve (Civ. 2e, 22 oct.
1974, JCP 1975. IV. 6519, note Martin ; RTD civ. 1975. 594, obs. Perrot. – Com. 29 juin 1993, no 91-
16.431 , JCP 1993. IV. 2227. – Com. 2 mars 1999, no 97-10.503 , Bull. civ. IV, no 53) et c'est à
celui qui allègue que le tribunal a statué ultra petita de démontrer qu'il n'a pas soulevé la prétention sur
laquelle le juge a statué (Soc. 15 déc. 1981, Bull. civ. V, no 964 ; RTD com. 1982. 401, obs. Bénabent).
Ce régime jurisprudentiel a été très critiqué, car il laisse le respect du contradictoire « à la merci d'une
prise de note aléatoire, effectuée par le juge ou le greffier, censée suppléer le défaut d'écritures »
(TRAVIER et CROS, Les procédures orales à l'aune de la Convention européenne de sauvegarde des
droits de l'homme : mort ou résurrection ?, Procédures avr. 2007, Étude no 5, spéc. no 7, p. 10), « sans
contrôle de la part de qui que ce soit » (TRAVIER, Le principe de sécurité juridique et les procédures
orales, Procédures 2006, Étude no 6, spéc. no 14, p. 5).
B - Condition de comparution
62. Exigence. - Comme la mise en état, dans les procédures orales, se fait à la barre de la juridiction,
l'oralité exige la comparution des parties ou de leur représentant (V. infra, nos 63 s.). C'est en tout cas
l'interprétation qu'en fait la Cour de cassation, parfois au détriment des intérêts des justiciables et de la
philosophie originelle de la procédure orale (JEULAND, La place de l'écrit dans la procédure orale. La
recherche de pistes pour améliorer la procédure orale, BICC, hors-série no 3, p. 45-48, spéc. p. 45. –
HÉBRAUD, Les juridictions, D. 1959. 151). C'est pourquoi la multiplication des exceptions doit être
favorablement accueillie (V. infra, nos 67 s.).
1° - Comparution obligatoire
63. Inefficacité des actes écrits simplement déposés. - Avant le décret no 2010-1165 du 1er octobre
2010, aucun texte ne tirait les conséquences de l'oralité de la procédure. On aurait pu alors envisager
cette oralité comme une faveur faite au justiciable, l'idée étant de le dispenser de recourir aux écrits,
non de l'en dissuader. Mais la politique jurisprudentielle de la Cour de cassation conduit à ce résultat.
Pour elle, l'oralité impose la comparution des parties et elle admet difficilement que les écrits spontanés
des parties puissent avoir des effets sur le fond du droit. Elle subordonne leur efficacité à une double
condition. Tout d'abord, la partie – ou son représentant – doit être présente à l'audience (Soc. 14 mars
2007, no 05-45.414 , D. 2007. AJ 1018, obs. Moulinier . – Soc. 1er juill. 1999, no 97-19.648 ,
Procédures 1999, no 277, note. Sportouch. – Soc. 12 avr. 1995, no 90-44.024 , RJS 1995, no 551,
p. 367). Aucun écrit simplement déposé (Civ. 2e, 10 févr. 2005, no 02-20.495 , Bull. civ. II, no 31),
aucune pièce (Soc. 23 avr. 1986, Bull. civ. V, no 174) ne saisit le juge si son auteur est absent, solution
conforme à l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme d'après la Cour de cassation
(Civ. 2e, 10 févr. 2005, no 02-20.495 , préc. – Civ. 3e, 16 juill. 1998, no 95-20.683 , Procédures
1998, p. 259, obs. Perrot). Ensuite, la partie comparante doit reprendre à l'audience ses conclusions. La
formule est toujours sensiblement la même : « en matière de procédure orale, les conclusions écrites
d'une partie ne saisissent valablement le juge que si elles sont réitérées verbalement à l'audience » (Soc.
11 juin 2002, no 00-42.654 , Bull. civ. V, no 202 ; Dr. soc. 2002. 1039, obs. F. Duquesne . – Adde :
Soc. 17 mai 2005, no 03-43.195 , Bull. civ. V, no 168 ; RTD civ. 2005. 634, obs. R. Perrot .–
Civ. 2e, 15 mai 2014, no 12-27.035 , D. 2015. 287, obs. Fricero ; RTD civ. 2015. 938,
obs. N. Cayrol ). La rédaction spontanée des moyens et prétentions perd en grande partie de son
intérêt. En outre, en cas de renvoi après cassation, la partie qui ne comparaît pas devant la juridiction de
renvoi alors que la procédure y est orale, est réputée s'en tenir aux moyens et prétentions dont avait été
valablement saisie la juridiction dont la décision a été cassée (Civ. 2e, 12 févr. 2004, no 02-15.108 ,
Procédures 2004, no 97, obs. Perrot). La solution semble évidente du fait que les parties se trouvent
replacées dans le même état que celui où elles étaient avant la cassation. Plus surprenante est la solution
retenue par la Cour de cassation en cas de renvoi de l'affaire, sur déclinatoire de compétence, du
tribunal de grande instance au tribunal d'instance. Si l'une des parties, qui avait développé ses
arguments par écrit devant la juridiction de droit commun, ne comparaît pas devant la juridiction
d'exception et ne se fait pas représenter, faute d'avoir été reprises à la barre les conclusions ne seront pas
retenues par le tribunal d'instance (Civ. 2e, 4 mars 2004, no 02-11.423 , Bull. civ., no 93 ; Procédures
2004, no 97, obs. Perrot). Toutefois, la Cour de cassation admet qu'une simple référence aux
conclusions saisisse le juge des prétentions et moyens qu'elles contiennent (Soc. 17 juill. 1997, no 96-
44.672 , Bull. civ. V, no 281 ; RGDP 1998. 111 ; RJS 1997, no 1125). La solution est aujourd'hui
consacrée à l'article 446-1 du code de procédure civile et à l'article R. 1453-4 du code du travail. De
même, la Cour de cassation décide que, lorsque l'affaire est renvoyée à des audiences successives, il
suffit que les conclusions aient été reprises à une seule audience pour que le juge en demeure saisi,
même si leur auteur ne comparaît pas aux audiences ultérieures (Civ. 2e, 17 déc. 2009, no 08-17.357
, Bull. civ. II, no 291 ; Procédures 2010, no 31, note Perrot. – Civ. 2e, 9 avr. 2009, no 07-44.389 , Bull.
civ. II, no 97, Procédures 2009, no 183, note Perrot). L'intérêt de comparaître devient alors très
discutable.
64. Primauté de l'acte oral sur l'acte écrit. - La Cour de cassation estime que le moyen développé
oralement à l'audience l'emporte sur celui exposé par écrit. Ainsi, aux termes de l'article 74 du code de
procédure civile, les exceptions de procédure doivent, à peine d'irrecevabilité, être soulevées avant
toute défense au fond. Or la Cour de cassation a eu à se prononcer sur la régularité d'une exception
soulevée oralement le jour de l'audience, alors que la partie avait commencé à conclure au fond par
écrit. Elle a d'abord décidé que la défense au fond rendait l'exception irrecevable (Civ. 2e, 6 mai 1999,
no 96-22.143 , Bull. civ. II, no 82 ; RTD civ. 1999. 700 , no 5, obs. Perrot). Ensuite, elle a modifié
son analyse, rendant une solution à contre-courant de la tendance actuelle. Elle estime que l'exception
soulevée oralement par une partie à l'audience, avant toute référence à ses prétentions au fond
formulées par écrit, doit être déclarée recevable (Civ. 2e, 16 oct. 2003, no 01-13.036 , Bull. civ. II,
no 311 ; D. 2004. 454, note Mary ; RTD civ. 2004. 138, obs. Perrot ; JCP 2004. IV. 2907 ;
Procédures 2003, no 248, note Perrot), et ce quand bien même les conclusions écrites invoquant des
moyens de fond avaient été déposées avant l'audience (Civ. 2e, 1er oct. 2009, no 08-14.135 , Bull.
civ. II, no 233 ; RTD civ. 2010. 153, obs. Perrot ). Cette solution qui maintient la primauté des
déclarations verbales sur les conclusions écrites s'explique par la volonté de ne pas pénaliser la partie
qui a pris la peine de rédiger des conclusions écrites. Le fait qu'elle ait pris le temps, préalablement à
l'audience, de matérialiser son argumentation, ne doit préjuger en rien l'organisation de sa défense le
jour de l'audience. C'est cette même préoccupation qui a conduit la Cour, dans d'autres cas, à
privilégier l'écrit sur l'oral.
65. Interruption de la prescription par écrit. - La deuxième chambre civile a affirmé que des
conclusions déposées dans le délai de prescription interrompent valablement celui-ci, alors même que
la procédure, se déroulant devant le tribunal de commerce, est orale et que les débats au fond
n'interviennent qu'après l'écoulement d'un laps de temps équivalent au délai de prescription (Civ. 2e,
26 nov. 1998, no 95-19.280 , Bull. civ. II, no 282. – Civ. 2e, 26 nov. 1998, no 96-12.262 , Bull.
civ. II, no 283 ; RTD civ. 1999. 200, no 6, obs. Perrot . – Pour une solution identique concernant des
écrits imposés par la juridiction, Soc. 11 juin 2002, no 00-42.654 , Bull. civ. V, no 202 ; Dr. soc. 2002.
1039, obs. Duquesne . – Soc. 22 mars 2006, no 03-46.745 , inédit). Cette solution ne peut être
qu'approuvée car, dans une procédure orale, « les parties n'ont évidemment pas le choix du moment où
elles pourront s'exprimer verbalement » (GENTILI, L'écrit des parties dans la procédure orale,
Procédures 2007. Étude 7-13, spéc. p. 12). De même, le délai de prescription est interrompu dès le jour
de dépôt des conclusions contenant une demande incidente (Civ. 1re, 13 nov. 2008, no 06-21.745 ,
D. 2008. 3007, obs. V. Avena-Robardet ).
66. Désistement par écrit. - Plus significative encore est l'évolution de la position de la Cour de
cassation sur la valeur de l'écrit en matière de désistement d'instance. Le principe est qu'un désistement
peut être unilatéral en l'absence de demande ou de défense au fond préalable de la part de la partie
adverse ; il doit être accepté, le cas échéant (C. pr. civ., art. 395 et 401 ). En 1994, la cour d'appel
de Toulouse décide que le désistement intervenant après le dépôt de défenses au fond écrites ne peut
plus être unilatéral (Toulouse, 15 mars 1994, D. 1994. 320 ). Cette approche est condamnée par la
deuxième puis par la troisième chambre civile de la Cour de cassation. L'envoi d'écritures la veille de
l'audience est inopérant pour éviter un désistement unilatéral, en première instance (Civ. 2e, 26 nov.
1998, no 96-14.917 , Bull. civ. II, no 285 ; Procédures 1999, no 2, obs. Perrot ; RTD civ. 1999. 200,
obs. Perrot ), comme en appel (Soc. 11 juin 2002, no 00-42.369 ; Procédures 2002, no 181 obs.
Perrot. – Limoges, 29 mai 2001, Gaz. Pal. 18-19 juill. 2001, p. 34, note Vray), le désistement oral
l'emportant sur les conclusions écrites. La chambre sociale en décide autrement. Tout d'abord, elle
estime que le désistement, fait par écrit avant l'audience, éteint l'instance et ce, immédiatement alors
même que la procédure est orale (Soc. 29 avr. 2003, no 01-41.631 , Bull. civ. V, no 146 ; Procédures
2003, no 162, obs. Perrot. – Soc. 17 mai 2005, no 03-43.195 , Bull. civ. V, no 168 ; RTD civ. 2005.
634, obs. Perrot ). Intervenant en matière prud'homale, cette dernière solution aurait pu laisser
subsister un doute quant à sa généralité, doute balayé par un arrêt de la deuxième chambre civile, en
date du 12 octobre 2006. À propos d'une procédure devant le tribunal d'instance, la Cour décide que le
désistement écrit du demandeur, adressé par lettre au greffe, produit un effet extinctif « immédiat » et
ce, alors même que leur auteur ne comparaît pas et a fortiori ne reprend pas ses prétentions le jour de
l'audience (Civ. 2e, 12 oct. 2006, no 05-19.096 , Bull. civ. II, no 266 ; D. 2007. 896, obs. Vigneau ;
Gaz. Pal. 21 oct. 2006, p. 11, obs. Travier). Puis la chambre sociale s'est prononcée sur le cas de figure
dans lequel le désistement est précédé de conclusions écrites et décide que le désistement nécessite
alors une acceptation de l'intimé (Soc. 14 mars 2007, no 05-43.351 , Bull. civ. V, no 49. – Soc.
14 mars 2007, no 05-42.379 , JCP S 2007. 1332, obs. Boubli ; JCP E 2007. 1976, note Croze ; JCP
2007. IV. 1838 ; D. 2007. AJ 1007, obs. Guiomard ; RDT 2007. 335, obs. Boulmier ; RTD civ.
2007. 642, obs. Perrot . – AMRANI MEKKI, JCP 2007. I. 200. – Adde : GUYADER, Conditions
de recevabilité de l'appel incident en cas de désistement d'appel principal dans la procédure
prud'homale, Procédures juin 2007. Étude 8). Bien que la chambre sociale ait voulu donner à sa
décision la grandeur d'un arrêt de principe en visant l'article 6, § 1, de la Convention européenne des
droits de l'homme, elle a pu laisser planer un doute quant à la généralité de sa décision, en visant
également l'ancien article R. 516-1 du code du travail relatif à feu le principe de l'unicité de l'instance
prud'homale. Si la volonté du défendeur ou de l'intimé, clairement exprimée par écrit, n'était pas prise
en compte, le principe d'unicité ruinait à jamais son droit d'être entendu, ce qui était contraire au procès
équitable. Une décision de la chambre mixte a mis fin au doute. Elle se fonde sur l'égalité des armes et
l'exigence d'un procès équitable pour affirmer que, dans une procédure orale, lorsqu'une demande
incidente formulée par écrit a été déposée au greffe antérieurement au désistement d'appel, elle doit
être prise en compte pour faire obstacle au caractère unilatéral du désistement, à condition toutefois
d'être soutenue à l'audience (Cass., ch. mixte, 13 mars 2009, no 07-17.670 , D. 2009. AJ 880 ;
D. 2009. Pan. 2704, obs. Blanchard ; D. 2010. 169, obs. Fricero ; RTD civ. 2009. 369, obs. Perrot
; JCP 2009. II. 10085, note Travier et Cros).
2° - Comparution facultative
67. Inconvénients d'une comparution obligatoire. - Permettre à un justiciable de se présenter seul, sans
exiger de lui d'écrit, peut être perçu comme une faveur – même si cela est discutable compte tenu des
arcanes de la procédure et du droit (HOCQUART, Le plaideur, l'avocat et le nouveau code de
procédure civile, in Le nouveau code de procédure civile [1975-2005], 2006, Economica, p. 65 s., spéc.
p. 67 : « l'absence de représentation est une fausse bonne idée pour le justiciable »). En revanche,
obliger le justiciable à comparaître, pour ne parfois que faire référence à ses écrits, peut être un
véritable frein à son action, notamment en raison du coût que cela représente. « Obliger un plaideur […]
à comparaître à 1 000 km pour une affaire bénigne ne paraît pas respecter le principe de l'accès effectif
au juge » (JEULAND, La place de l'écrit dans la procédure orale. La recherche de pistes pour améliorer
la procédure orale, BICC, hors série no 3, p. 45-48, spéc. p. 45). La Cour de cassation le soulignait déjà
dans son rapport annuel de 2003 : il est « paradoxal que l'oralité, qui était originellement conçue comme
une facilité donnée aux parties, se retourne contre elles, les obligeant notamment, dans des litiges
généralement sans grande incidence pécuniaire, à financer soit des déplacements, parfois nombreux et
lointains, soit leur représentation sur place par un professionnel du droit » (Cass., Rapport annuel 2003,
2e suggestion, p. 18. – Adde : TRAVIER et CROS, article préc., Procédures avr. 2007, Étude no 5,
spéc. no 33, p. 13). La Cour proposait alors de modifier les dispositions relatives aux procédures orales
pour permettre au juge de prendre en compte les écrits des parties, comme c'était le cas devant le juge
de l'exécution (anc. Décr. no 92-755 du 31 juill. 1992, art. 14).
69. Procédures sans audience devant le tribunal judiciaire. - Selon l'article L. 212-5-1 du code de
l'organisation judiciaire, « devant le tribunal judiciaire, la procédure peut, à l'initiative des parties
lorsqu'elles en sont expressément d'accord, se dérouler sans audience. En ce cas, elle est exclusivement
écrite ». La généralité du texte laisse penser qu'il peut s'appliquer dans la cadre d'une procédure écrite
comme orale. Cette innovation, introduite dans la procédure devant la juridiction de droit commun par
le décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005, a été reprise par la loi no 2019-222 du 23 mars 2019.
Non seulement les avocats ne plaident pas, mais en plus, l'audience est tout simplement supprimée.
« Dans ce système, on aboutit finalement à un jugement sur pièces » (R. PERROT, Décret no 2005-
1678 du 28 décembre 2005, Procédures 2006. Étude 3, no 18). Toutefois, si le défendeur choisit, en
vertu de la dispense énoncée à l'article 761 du code de procédure civile, de ne pas se faire représenter
par un avocat, la procédure qui est alors orale par principe (C. pr. civ., art. 817 ) ne pourra pas
devenir entièrement écrite. La mise en œuvre de l'article L. 212-5-1 nécessite l'accord de toutes les
parties qui ne peut être recueilli qu'au cours de la conférence d'orientation qui est alors orale. En
revanche, si le défendeur est représenté, le demandeur peut donner son accord dans l'assignation (C. pr.
civ., art. 752 ) ou dans la requête (C. pr. civ., art. 757 ) et le défendeur, dans l'acte de constitution
d'avocat (C. pr. civ., art. 764 , al. 2). Toutefois, et dans tous les cas, « le tribunal peut décider de tenir
une audience s'il estime qu'il n'est pas possible de rendre une décision au regard des preuves écrites ou
si l'une des parties en fait la demande (COJ, art. L. 212-5-1 , al. 2).
70. Notion d'écrit. - L'écrit est défini indirectement à l'article 1365 du code civil qui traite de la preuve
littérale encore appelée preuve par écrit. Il s'agit « d'une suite de lettres, de caractères, de chiffres ou de
tous autres signes ou symboles dotés d'une signification intelligible, quels que soient leur support ».
Quelques précisions peuvent être apportées concernant ledit support (V. infra, nos 71 s.), la langue et le
langage utilisés (V. infra, nos 73 s.), ainsi que les éventuelles copies de l’écrit et leur régime (V. infra,
nos 75 s.).
§ 1er - Support
71. Support papier. - Les supports de l'écrit peuvent être multiples, mais concernant les actes de
procédure, c'est le papier qui est traditionnellement utilisé. Il s'agissait d'une telle évidence à l'époque
de l'élaboration du nouveau code de procédure civile qu'aucune disposition ne l'avait précisée. Avec
l'évolution des nouvelles technologies, celui-ci se voit concurrencé par le support électronique.
72. Support électronique. - Il existe une forte pression en faveur de la dématérialisation des actes de
procédure afin d'informatiser le traitement des procédures. Depuis le décret no 2005-1678 du
28 décembre 2005 (mod. par Décr. no 2009-1524 du 9 déc. 2009), les actes de procédure peuvent être
envoyés, remis et notifiés par voie électronique (C. pr. civ., art. 748-1 ). L'utilisation des nouvelles
technologies est donc particulièrement utile au moment de la communication de ces actes (V. infra,
nos 209 s.). Mais, pour être communiqués par voie électronique, il faut également qu'ils soient établis
par voie électronique, c'est-à-dire rédigés sous forme électronique ou numérisés (pour les actes
d'huissier, V. infra, nos 89 s.).
§ 2 - Langue de rédaction
73. Langue française. - Les actes de procédure doivent être écrits en langue française à peine de nullité.
Cette exigence remonte à l'ordonnance de Villers-Cotterêts prise en août 1539 par le roi François Ier et
imposant l'usage du français dans les actes officiels et de justice. Le but était de faciliter la bonne
compréhension des actes d'administration et de justice. Cette exigence a été reprise à la Révolution
(Décr. du 2 thermidor an II et Arr. du 24 prairial an XI) et elle est aujourd'hui affirmée à l'article 2,
alinéa 2, de la Constitution de 1958 qui consacre le français comme la langue de la République. Quant
à la loi no 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, elle énonce dans son article
premier que le français est la langue des services publics. Ainsi, une requête qui est rédigée en langue
bretonne n'est pas recevable (CE 22 nov. 1985, D. 1987. Somm. 62, obs. Brunois). De même, il a été
jugé qu'en exposant une partie des moyens de son assignation par la reproduction d'un texte en langue
anglaise sans traduction, un demandeur ne respectait pas l'exigence de l'emploi de la langue française
(TGI Paris, 23 mars 1983, Gaz. Pal. 1983. 2. Somm. 345).
74. Langage courtois. - En plus d'être rédigés en français, les actes de procédure doivent être exprimés
dans un langage courtois en raison du respect que les parties doivent à la justice (C. pr. civ., art. 24).
Ainsi, estimant que l'assignation ne respectait pas « la courtoisie et l'énoncé serein de faits ou
d'argumentation » et que les termes employés relevaient « d'une phraséologie péjorative voire blessante
et malveillante », des juges consulaires ont condamné le demandeur à payer les dommages et intérêts
que réclamait de ce chef le défendeur (T. com. Rouen, réf., 2 nov. 1998, Gaz. Pal. 1999. 1. 32. –
LASSAUSSOIS, Assignation sur bristol, Gaz. Pal. 1999. 1. Doctr. 167). Toutefois, la cour d'appel de
Rouen a réformé cette décision, estimant que « le style employé, pour le moins relâché et certes
inhabituel dans la prose juridique même commerciale, ne peut, à lui seul, être sanctionné comme
irrespectueux pour la justice » (Rouen, 20 juin 2000, Gaz. Pal. 2001. 2. 1068). En outre, elle en profite
pour rappeler qu'aux termes de l'article 41 de la loi sur la liberté de la presse de 1881, les écrits produits
devant les tribunaux ne peuvent donner lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage. Quant
à l'article 24 du code de procédure civile, il ne saurait conduire à une condamnation à des dommages et
intérêts. Le juge peut seulement, « suivant la gravité des manquements, prononcer, même d'office, des
injonctions, supprimer les écrits, les déclarer calomnieux, ordonner l'impression et l'affichage de ses
jugements » (C. pr. civ., art. 24, al. 2).
§ 3 - Copies
75. Évolution. - Nombreux sont encore les textes qui exigent la copie d'un acte de procédure. Mais,
comme l'a souligné le rapport fait au nom de la commission des lois de l'Assemblée nationale, dans le
cadre de l'adoption de la loi no 2010-1609 du 22 décembre 2010 relative à l'exécution des décisions de
justice, aux conditions d'exercice de certaines professions réglementées et aux experts judiciaires,
« avec la possibilité d'établir les actes sur support électronique, la distinction entre l'original et la copie
perd de sa pertinence » (Rapport no 2622, enregistré à la présidence de l'Assemblée nationale le 10 juin
2010, spéc. p. 74-75). D'ailleurs, certains procédés permettent d'établir des actes dont on ne saurait dire
s'il s'agit d'originaux ou de copies. C'est le cas de la télécopie. C'est également le cas des actes que l'on
tire en plusieurs exemplaires, à partir d'un ordinateur et d'une imprimante. Ces actes sont-ils tous des
originaux, ou faut-il considérer que l'original est conservé sur le disque dur de l'ordinateur, et le cas
échéant que penser des sauvegardes sur disque dur externe ? Ces interrogations (V. infra, nos 78 s.)
s'ajoutent à celles qui résultent des règles régissant l'établissement des copies (V. infra, nos 76 s.) et
remettent en cause la pertinence des sanctions de la discordance entre original et copie (V. infra, nos 82
s.).
A - Modalité d'établissement
76. Reproduction par les officiers publics et ministériels. - Le décret no 52-1292 du 2 décembre 1952,
toujours en vigueur, réglemente l'emploi par les officiers publics et ministériels des procédés de
reproduction des actes. Selon ce texte, les copies peuvent être manuscrites (art. 2). Elles doivent alors
être écrites avec une encre noire indélébile répondant aux normes fixées par arrêté du garde des Sceaux
(Arr. du 22 mai 1954, art. 1er, D. 1954. 215). Les copies peuvent également être établies à la machine à
écrire sans interposition de papier carbone (Décr. no 52-1292 du 2 déc. 1952, art. 3) ou par d'autres
procédés tels que les copies obtenues répondent à des conditions techniques fixées par arrêté du garde
des Sceaux, ministre de la Justice (art. 4). Plus d'une centaine d'arrêtés portant agrément d'appareils et
de fournitures destinés à être utilisés par les officiers publics et ministériels pour la reproduction ont été
pris depuis le décret du 2 décembre 1952, le dernier datant toutefois du 10 novembre 1998. Ces textes,
dont les derniers agréent des photocopieurs analogiques et des photocopieurs numériques, commencent
à dater, et certains procédés ont été oubliés. C'est le cas des actes imprimés à l'avance et dont l'officier
public et ministériel se contente de compléter les blancs.
77. Reproduction par les parties ou leurs représentants. - Les parties ou leurs représentants peuvent
devoir reproduire l'acte original. C'est le cas dans l'hypothèse d'une notification entre avocats. Soit celle-
ci est faite par signification constatée par l'apposition du cachet et de la signature de l'huissier de justice
sur l'acte et sa copie (C. pr. civ., art. 672 ), soit elle s'opère directement par la remise de l'acte en
double exemplaire à l'avocat destinataire, lequel restitue aussitôt à son confrère l'un des exemplaires
après l'avoir daté et visé (C. pr. civ., art. 673 ). Or aucun texte ne réglemente la reproduction de ces
actes. Il faut donc admettre tout mode de reproduction. La jurisprudence a d'ailleurs admis
implicitement, entre avocats, la télécopie comme mode de notification directe (Toulouse, 15 mars 1994,
D. 1994. 320, note Putman . – LAUTRETTE, Télex, télécopie, télégramme ; valeur juridique et
force probante, LPA, no 57, 10 mai 1996, p. 5).
B - Nombre de copies
78. Fonction du nombre de destinataires. - Lorsque l'acte est destiné à être délivré, il doit y avoir autant
de copies que de destinataires. (Civ. 2e, 11 oct. 1995, no 92-18.799 , Bull. civ. II, no 328 ; Rev. huiss.
1996. 243). Ce principe de signification séparée à chaque destinataire s'applique même lorsque l'acte
est signifié selon les modalités de l'article 659 du code de procédure civile, c'est-à-dire lorsque l'huissier
de justice dresse un procès-verbal de recherches infructueuses (Civ. 2e, 8 nov. 2001, no 97-10.767 ,
Rev. huiss. 2002. 106, obs. Menut).
79. Spécificité en cas de signification d'un jugement. - Il est intéressant de se pencher sur la notification
du jugement, étudié dans cette rubrique que de manière ponctuelle (V. supra, no 4), car elle fait l'objet
de règles spécifiques (C. pr. civ., art. 675 s.). Lorsque la décision concerne plusieurs personnes, la
notification, par la remise de copie, doit être faite séparément à chacune d'elles. Ainsi, lorsque la
décision intéresse un couple, une copie doit être adressée à chaque époux (Civ. 2e, 31 mai 2001, no 99-
20.665 ). L'article 679 du code de procédure civile énonce qu'en matière gracieuse, le jugement qui
est notifié par le greffier (C. pr. civ., art. 675 ) doit l'être « aux parties et aux tiers dont les intérêts
risquent d'être affectés par la décision ainsi qu'au ministère public lorsqu'un recours lui est ouvert » .
En outre, cette notification doit s'adresser à toutes les parties en cause, y compris à celle qui a demandé
au greffier de procéder à la notification, car il n'est pas le mandataire de cette partie mais de la
juridiction ; à défaut, la notification intervenue n'aura pas fait courir le délai du recours à l'égard de
cette partie (Paris, 14 nov. 1978, Gaz. Pal. 1979. 1. 203 ; RTD civ. 1979. 672, obs. Perrot).
80. En cas de représentation des personnes protégées. - Lorsque l'acte intéresse une personne privée de
sa capacité d'exercice, il est remis au tuteur en une seule copie, sauf hypothèse de l'article 530, alinéa
1er, du code de procédure civile qui dispose que le délai pour exercer un recours ne court contre une
personne en tutelle que du jour où le jugement est notifié tant à son représentant légal qu'au subrogé
tuteur, s'il y a lieu, encore que celui-ci n'ait pas été mis en cause. Concernant le majeur en curatelle, le
délai ne court que du jour de la notification faite au curateur (ROPERS et CONIL, L'exercice des voies
de recours par un mineur non doué de discernement, Gaz. Pal. 1991. 2. Doctr. 751). En revanche, la
signification au curateur ne dispense pas de la signification au majeur que la loi autorise à exercer seul
les actions relatives à des droits patrimoniaux (Civ. 1re, 5 oct. 1994, no 92-20.149 , Bull. civ. I,
no 274 ; RTD civ. 1995. 327, obs. Hauser ; D. 1995. 358, obs. Massip . – V. supra, no 18).
81. En cas de représentation ad litem. - Lorsque la représentation ad litem est obligatoire, le jugement
doit être, non seulement, notifié aux parties elles-mêmes selon le principe posé par l'article 677 du code
de procédure civile, mais il doit également être préalablement porté à la connaissance des représentants
des parties. Ces exigences sont cumulatives. Est irrégulière la signification faite au seul représentant ad
litem, l'élection de domicile n'emportant pas pouvoir de recevoir les significations de jugement
destinées à la partie elle-même (Civ. 2e, 17 mars 1986, JCP 1987. II. 20794, note Petit ; Gaz. Pal.
1987. Somm. 49, obs. Guinchard et Moussa ; RTD civ. 1987. 150, obs. Perrot). Depuis le décret
no 2020-1201 du 30 septembre 2020, l'article 678 du code de procédure civile envisage deux procédés
pour porter le jugement à la connaissance des représentants des parties. Lorsque le jugement est notifié
aux parties à la diligence du greffe, ce dernier remet une copie de la décision à leur représentant, ce que
ne prévoyait pas le texte auparavant. Dans les autres cas, le jugement est porté à la connaissance des
représentants dans la forme des notifications entre avocats, à peine de nullité de la notification à la
partie. Il n'y a alors pas lieu de rechercher si l'omission a causé un grief (Civ. 3e, 6 déc. 1978, Bull.
civ. III, no 365 ; Gaz. Pal. 1979. 1. 217, note R. D. ; RTD civ. 1979. 835, obs. Perrot. – Civ. 2e, 15 févr.
1995, no 93-15.459 , Bull. civ. II, no 52 ; D. 1995. IR 69 ; JCP 1995. II. 22506, note Rusquec).
L'accomplissement de cette notification entre avocats doit être porté dans l'acte de notification destiné à
la partie. Est régulière la signification à partie mentionnant la notification à avocat, ce dont il se
déduisait que celle-ci avait été faite préalablement, peu important qu'elle ait été effectuée le même jour
(Civ. 2e, 18 janv. 2007, no 05-11.947 , Bull. civ. II, no 11 ; JCP 2007. IV. 1366 ; Procédures 2007,
no 56, obs. Perrot. – Civ. 1re, 28 mai 2008, no 06-17.313 , Bull. civ. I, no 152 ; Gaz. Pal. 2009. 2713,
no 1931, obs. Rusquec). Faute de mention sur la notification à partie de la notification préalable à
l'avocat, la preuve de cette notification et de son caractère préalable incombe à la partie qui a notifié
(Civ. 2e, 4 juill. 1984, Bull. civ. II, no 129 ; Gaz. Pal. 1984. 2. Pan. 291, obs. Guinchard ; RTD civ.
1985. 214, obs. Perrot). Lorsqu'elle fait courir le délai d'appel, la notification du jugement à avocat,
destinée aux parties qu'il représente, doit être faite en autant de copies que les parties ainsi
représentées, (Cass., ass. plén., 15 mai 1992, no 90-12.705 , Bull. ass. plén. no 6 ; JCP 1992.
II. 21884, note Rusquec. – Aix-en-Provence, 8 juin 1984, Gaz. Pal. 1985. 1. 11, note Latil. – Civ. 2e,
25 mars 1987, Gaz. Pal. 1988. 1. 10, note Latil. – Paris, 22 oct. 1987, Gaz. Pal. 1989. 1. Somm. 187,
obs. Latil). Mais si les parties qui procèdent à la signification du jugement étaient représentées par le
même avocat que le destinataire de cette signification, la signification du jugement à partie n'a pas à être
précédée d'une notification au représentant (Civ. 2e, 6 nov. 2008, no 07-16.812 , Procédures 2009,
no 39, obs. Perrot : en l'espèce, les parties au litige avaient le même avocat, jusqu'à ce que l'une d'entre
elles révoque ce dernier sans pourvoir à son remplacement ; en vertu de l'article 418 du code de
procédure civile, son adversaire était fondé à ne connaître que l'avocat révoqué). La troisième chambre
civile de la Cour de cassation a rendu un arrêt qui peut, à première vue, sembler contra legem. Elle a
décidé qu'« un pourvoi en cassation est recevable dès lors que la décision qu'il attaque a été
préalablement signifiée à partie, peu important qu'elle n'ait pas été préalablement notifiée aux
représentants des parties » (Civ. 3e, 13 avr. 2005, no 03-10.935 , D. 2005. IR 1110 ; D. 2006. 545,
obs. Julien ). En réalité, la Cour de cassation a fait une application raisonnée de l'article 678 dans la
mesure où, en l'espèce, c'était le défendeur à la cassation qui, n'ayant pas notifié l'arrêt d'appel au
défenseur de son adversaire, se prévalait lui-même de cette irrégularité pour contester à son profit la
régularité du pourvoi. Enfin, une partie ne peut, dans une matière où l'assistance d'un avocat n'est pas
obligatoire, exiger que la signification des jugements la concernant soit faite au domicile de l'avocat
qu'elle a élu, les articles 677 et 678 du code de procédure civile énonçant que les jugements sont
notifiés aux parties elles-mêmes et à elles seules, hors le cas où la représentation en justice est
obligatoire (Civ. 2e, 18 févr. 1987, no 85-17.836 , Bull. civ. II, no 51).
82. Copie tenant lieu d'original. - La copie étant, a priori, une reproduction fidèle de l'original, en cas de
discordance, il semblerait assez naturel de se reporter à l'original et de tenir la copie pour nulle. La
jurisprudence a adopté la position inverse, plus favorable au maintien des actes et est plus juste pour le
destinataire qui ne reçoit que la copie. Elle considère, tout d'abord, qu'en cas de divergence, c'est la
copie qui tient lieu d'original pour celui qui la reçoit (Com. 18 nov. 1947, D. 1948. 177, note Hébraud ;
S. 1948. 1. 137, note Solus ; RTD civ. 1948. 247, obs. Raynaud. – Com. 1er juill. 1964, Bull. civ. III,
no 345. – Civ. 1re, 5 juill. 1977, no 75-15.156 , Bull. civ. I, no 312. – Com. 2 févr. 1993, no 90-
21.182 , Bull. civ. IV, no 43). Ainsi, le délai de recours ne commence à courir qu'à compter de la date
figurant sur la copie et non sur l'original (Civ. 1re, 5 juill. 1977, préc.). Toutefois, il en va différemment
lorsqu'il est établi que la date portée sur la copie a été falsifiée. Dans ce cas, il faut se reporter à la date
figurant sur l'original (Civ. 2e, 31 janv. 1996, no 93-20.432 , Bull. civ. II, no 26). En outre, la Cour de
cassation admet que la copie puisse ne pas reprendre l'ensemble des mentions de l'original, notamment
quand l'absence de ces mentions n'est pas préjudiciable au destinataire de la copie. Elle affirme ainsi
régulièrement que seuls les originaux ont l'obligation de porter mention des formalités et diligences
auxquelles donne lieu la signification à domicile, pas les copies (Civ. 2e, 21 mars 2013, no 11-26.015 .
– Civ. 2e, 15 juin 1994, no 92-14.904 , Bull. civ. II, no 159. – Civ. 1re, 2 juill. 1991, no 88-14.992 ,
Bull. civ. I, no 229. – Civ. 2e, 10 mai 1989, no 87-20.065 . – Pour une solution nuancée, Com. 2 févr.
1993, préc.). Il ne s'agit là en fait que d'une interprétation stricte de l'article 663 du code de procédure
civile – comme en témoigne plus particulièrement l'arrêt de la deuxième chambre civile en date du
21 mars 2013 (préc.) – qui énonce « les originaux des actes d'huissier de justice doivent porter mention
des formalités et diligences auxquelles donne lieu l'application des dispositions de la présente section,
avec l'indication de leurs dates ». En revanche, dès que la mention manquante est substantielle, la copie
est nulle. Ainsi l'omission de la date – ou du jour et du mois de celle-ci – dans la copie d'un acte de
signification d'une décision de justice est d'une particulière gravité puisque c'est cette date qui est prise
en compte pour le calcul du délai de recours. C'est pourquoi, la Cour de cassation estime que la copie
qui ne pouvait faire courir le délai de recours est frappée de nullité « sans qu'il y ait lieu de rechercher si
elle a eu pour effet de nuire aux intérêts de la défense » (Com. 18 nov. 1947, préc. – Adde : Com.
1er juill. 1964, préc.).
83. Auteurs. - Parmi les auteurs des actes de procédure se trouvent les huissiers de justice (V. infra,
nos 84 s.), les parties (V. infra, nos 147 s.) et leurs représentants. À titre plus exceptionnel, il faut
également se pencher sur certains actes des greffiers et des juges (V. infra, nos 196 s.).
84. Diversité. - Les actes d'huissier de justice sont variés : assignation, sommation, constat, procès-
verbal… Avant d'envisager les mentions requises pour chacun de ces actes (V. infra, nos 128 s.), il faut
indiquer les règles générales de rédaction des actes d'huissier soumis à un lourd formalisme (V. infra,
nos 85 s.).
85. Trois catégories. - Les règles de rédaction peuvent être classées en trois catégories : celles tenant à la
nature des actes d'huissier (V. infra, no 86), celles tenant à leur support (V. infra, nos 97 s.) et celles
tenant à leurs mentions (V. infra, nos 93 s.).
86. Acte authentique. - Parmi les actes d'huissier de justice, un grand nombre possède la particularité
d'être des actes authentiques définis à l'article 1369 du code civil. C'est le cas de tous ceux qui entrent
dans la sphère de compétence exclusive de cet officier ministériel (V. Huissier de justice [Pr. civ.]). Il
s'agit tout d'abord d'une compétence matérielle. Selon l'article 1er de l'ordonnance no 45-2592 du
2 novembre 1945, « les huissiers de justice sont les officiers ministériels qui ont seuls qualité pour
signifier les actes et les exploits, faire les notifications prescrites par les lois et règlements lorsque le
mode de notification n'a pas été précisé et ramener à exécution les décisions de justice, ainsi que les
actes ou titres en forme exécutoire ». Il s'agit ensuite d'une compétence territoriale. Le décret no 2016-
1875 du 26 décembre 2016 a modifié l'article 5 du décret no 56-222 du 29 février 1956. Depuis le
1er janvier 2017, la compétence territoriale de l'huissier s'étend au ressort de la cour d'appel de leur
résidence (V. Huissier de justice [Pr. civ.]). À partir du 1er juillet 2022, les commissaires de justice
gardent la même compétence territoriale (Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 1er ; Ord. no 2016-
728 du 2 juin 2016, JO 3 juin). C'est alors la signature de l'officier public qui confère l'authenticité à
l'acte (C. civ., art. 1367 , al. 1er). Cette signature peut être électronique (C. civ., art. 1367 , al. 2. –
BOBANT et DESSARD, La signature électronique appliquée aux actes d'huissiers, Gaz. Pal. 26 janv.
2006. Doctr. 134). Elle doit pour cela respecter les conditions fixées par le décret no 2017-1416 du
28 septembre 2017 relatif à la signature électronique. Ces actes authentiques sont dotés d'une force
probante particulière : ils font foi jusqu'à inscription de faux (Civ. 2e, 2 avr. 1990, no 89-10.933 ,
Bull. civ. II, no 72. – Civ. 2e, 20 nov. 1991, no 90-15.591 , Bull. civ. II, no 314. – Civ. 3e, 22 févr.
2006, no 05-12.521 , Bull. civ. III, no 44 ; RTD civ. 2006. 767, obs. Mestre ). Cela signifie que
celui qui en conteste l'exactitude ou la sincérité doit recourir, pour en faire écarter l'autorité, à une
procédure exceptionnelle d'ordre public. Une expertise, qui aurait pour effet de mettre en cause la
force probante d'un acte authentique, ne peut être ordonnée même préalablement à une procédure
d'inscription de faux (Civ. 1re, 11 juin 2003, no 00-11.931 , RTD civ. 2003. 503, obs. Mestre et
Fages ; RTD civ. 2003. 539, obs. Normand ; D. 2004. 830, obs. Auberson ). Régie par les
articles 303 et suivants du code de procédure civile, l'inscription de faux expose le demandeur, en cas
d'échec, à une amende civile d'un maximum de 10 000 euros, sans préjudice des dommages et intérêts
auxquels il peut être condamné en faveur de son adversaire (C. pr. civ., art. 305 ).
87. Suppression du double original. - Depuis la loi no 58-127 du 11 février 1958 complétant l'article 2
de l'ordonnance no 45-2592 du 2 novembre 1945 relative au statut des huissiers de justice, ces derniers
étaient obligés de tenir leurs actes, exploits et procès-verbaux en double original. Le second original
était alors transmis au demandeur. La loi no 2010-1609 du 22 décembre 2010 relative à l'exécution des
décisions de justice, aux conditions d'exercice de certaines professions réglementées et aux experts
judiciaires a supprimé cette exigence. Le but était de permettre le déploiement des nouvelles
technologies, en particulier le recours au minutier central. Il apparaissait en effet qu'avec la possibilité
d'établir les actes authentiques sur support électronique accordée par la loi no 2000-230 du 13 mars
2000 (C. civ., anc. art. 1317 devenu art. 1369 ), la distinction entre l'original et la copie perdait de
sa pertinence et mettait à mal l'exigence du double original. Le double original est remplacé par la
délivrance d'une expédition. L'article 24, alinéa 2, du décret no 56-222 du 29 février 1956 pris pour
l'application de l'ordonnance du 2 novembre 1945 relative au statut des huissiers de justice énonce que
« l'original et les expéditions peuvent être établis sur des supports différents ». À partir du 1er juillet
2022, la même disposition est prévue pour les commissaires de justice (Décr. no 2021-1625 du 10 déc.
2021, art. 14 , al. 2).
1° - Support papier
88. Caractéristiques. - Le support naturel des actes de procédure est le papier (V. supra, no 71). L'arrêté
du 29 juin 2010 fixant les normes de présentation des actes d'huissier de justice (JO 30 juin) et auquel
renvoie l'article 24 du décret no 56-222 du 29 février 1956 (pour les commissaires de justice, Décr.
no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 14, al. 14) précise qu'il s'agit de papier au format A4, blanc et de
grammage 80 g/m2. Cet arrêté, entré en vigueur le 31 décembre 2010, prévoit également les marges et
la mise en page, l'utilisation de la police Arial Narrow, la taille de cette police qui change en fonction
des rubriques de l'acte, l'utilisation du gras, de l'italique, du surligné – l'acte d'huissier ne saurait donc
être manuscrit – le décompte et le coût, l'emplacement du cachet, de la mention « acte d'huissier de
justice » et la Marianne d'huissier de justice, la mention copie ou original, le sceau, la signature et les
modalités de remise de l'acte. Il y a là un véritable effort de modélisation de l'acte d'huissier de justice,
afin de s'assurer la clarté de l'acte et de prévenir tout oubli. La principale difficulté est que malgré les
formules impératives employées par les textes (« les actes […] sont établis conformément… », Décr.
no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 24. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc.
2021, art. 14, al. 1er ; « les actes d'huissier de justice doivent être conformes aux normes de
présentation… », Arr. du 29 juin 2010, art. 1er), aucune sanction n'est prévue en cas d'inobservation de
ces dispositions. L'acte est conservé en minute par l'huissier pendant vingt-cinq ans avant versement
dans un dépôt d'archives relevant de la direction des Archives de France (C. patr., art. R. 212-15 ).
Pour cela, les originaux sont enliassés et numérotés par année aux fins de conservation et portent en
outre le numéro d'inscription au répertoire (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-3. – Pour les
commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 18, al. 2). Enfin, l'établissement d'un
original sur support papier n'empêche pas la délivrance d'une expédition sur support électronique
(Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-6, al. 1er in fine. – Pour les commissaires de justice, Décr.
no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 19, al. 2).
2° - Support électronique
89. Originaux. - Depuis la loi no 2000-230 du 13 mars 2000, les actes d'huissier de justice peuvent être
dressés sur support électronique, s'ils sont établis et conservés dans les conditions fixées par décret en
Conseil d'État (C. civ., art. 1369 , al. 2). Il faut alors se reporter au décret no 56-222 du 29 février
1956, modifié à de nombreuses reprises ces dernières années, pour connaître les règles de forme et à
partir du 1er juillet 2022, au décret no 2021-1625 du 10 décembre 2021. Concernant les originaux
établis sur support électronique, ils doivent l'être au moyen d'un système de traitement, de conservation
et de transmission de l'information agréé par la Chambre nationale des huissiers de justice et
garantissant l'intégrité et la confidentialité de leur contenu (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 26,
al. 1er. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 15, al. 1er). Ils
doivent en outre être revêtus de la signature électronique sécurisée de celui qui les a dressés, telle que
définie par le décret no 2017-1416 du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique (Décr.
no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 26, al. 3. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du
10 déc. 2021, art. 15, al. 3). Celle-ci est obtenue par application d'un algorithme cryptographique
asymétrique (BOBANT, Écrit et signature électroniques, Le nouveau journal des Huissiers de justice,
nov.-déc. 2005, p. 31). Avant de le signer, celui qui dresse l'acte y mentionne la date en lettres, ses nom,
prénoms et qualité (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 26, al. 4. – Pour les commissaires de justice,
Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 15, al. 4). Comme les procédés de signature électronique
sécurisée incorporent en principe un outil de datation, l'huissier de justice doit être vigilant pour éviter
toute contradiction entre cette date et celle qui est indiquée dans l'acte (FRICERO, Rédaction des actes
d'huissiers de justice, J.-Cl. Pr. civ., fasc. 140, no 118).
90. Copies. - Même si l'acte a été établi sur support électronique, une copie ainsi que les pièces qui y
sont annexées sont éditées sur support papier, afin d'être remises au destinataire selon les modalités de
remise au destinataire prescrites par les textes en vigueur à moins que celui-ci ait consenti à la
signification par voie électronique de l'acte (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 28. – Pour les
commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 17).
91. Présentation. - On peut alors se demander si les normes de présentation fixées par l'arrêté du
29 juin 2010 (V. supra, no 88) lui sont applicables. La première exigence concernant la présentation de
l'acte sur un papier blanc de format A4 permet d'en douter. Mais le doute est levé à la lecture de l'article
24 du décret no 56-222 du 29 février 1956 pris pour l'application de l'ordonnance no 45-2592 du
2 novembre 1945 relative au statut des huissiers de justice. Cette disposition énonce, avant que ne soit
opérée une quelconque distinction entre les différents supports, que « les actes, exploits et procès-
verbaux sont établis conformément à une norme de présentation fixée par arrêté du ministre de la
Justice, pris après avis de la Chambre nationale des huissiers de justice » (pour les commissaires de
justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 14). Donc les actes d'huissier de justice sur support
électronique doivent, autant que faire se peut, respecter les normes imposées par l'arrêté du 29 juin
2010.
92. Conservation. - L'acte doit alors être conservé pendant vingt-cinq ans par l'huissier de justice
(C. patr., art. R. 212-15 ) dans des conditions de nature à en préserver l'intégrité et la lisibilité (Décr.
no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc.
2021, art. 27, I). Dans un premier temps, la conservation doit être assurée par le système prévu pour
l'établissement des actes sous forme électronique (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-4
renvoyant à l'article 26. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021,
art. 27, II, renvoyant à l'art. 15). Puis, au plus tard dans les quatre mois de leur établissement, les
originaux sont adressés à un minutier central établi et contrôlé par la Chambre nationale des huissiers
de justice qui en assurera la conservation (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-4. – Pour les
commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 27, II). Le support papier n'est alors
pas totalement éradiqué. Tout d'abord, si le destinataire de l'acte n'a pas consenti à la signification par
voie électronique (V. infra, no 211), une copie de l'acte dressé sur support électronique ainsi que celle
des pièces qui y sont annexées sont éditées sur support papier, afin d'être remises au destinataire (Décr.
no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 28. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc.
2021, art. 17). Ensuite, les huissiers de justice peuvent délivrer des expéditions des actes ou procès-
verbaux qu'ils détiennent en minute, soit sur support papier, soit sur support électronique, quel que soit
le support initial de l'acte (Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-6. – Pour les commissaires de
justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 19, al. 2).
93. Article 648 du code de procédure civile. - L'article 648 du code de procédure civile énonce que tout
acte d'huissier de justice doit comporter la date de l'acte (V. infra, nos 94 s.), des éléments
d'identification du requérant (V. infra, nos 98 s.), de l'huissier instrumentaire (V. infra, nos 109 s.) et, le
cas échéant, du destinataire de l'acte (V. infra, nos 115 s. – BERTIN, Les actes d'huissier, Gaz. Pal.
1976. 1. Doctr. 350). Le non-respect de ces mentions obligatoires est sanctionné par la nullité régie par
les dispositions qui gouvernent la nullité des actes de procédure (C. pr. civ., art. 649 ). Il s'agit d'une
nullité de forme (V. Nullité [Pr. civ.]). L'article 648 du code de procédure civile énonce des exigences
semblables à celles des textes régissant ou ayant régi certains modes introductifs d'instance. C'est
pourquoi nous utiliserons indistinctement la jurisprudence relative aux actes d'huissier de justice et à
ces modes introductifs d'instance pour illustrer notre propos.
1° - Indication de la date
94. Intérêt. - C'est une formalité substantielle commune à tous les actes publics, judiciaires et
extrajudiciaires qui permet de vérifier si, lorsque l'acte a été accompli, l'officier public était capable de
dresser un tel acte, et si l'acte pouvait être dressé ce jour-là. En effet, les significations ne peuvent, par
exemple, être faites qu'à certaines heures de certains jours (V. infra, nos 241 s.). De manière générale, la
date de l'acte de procédure permet de vérifier que l'acte a été accompli dans le respect des éventuels
délais qui sont imposés et de déterminer à partir de quel moment il produit ses effets.
95. Place. - L'usage veut que la date figure en tête de l'acte, mais la loi ne le précise pas ; l'huissier de
justice peut donc la placer là où il le jugera le plus opportun, et il suffit pour que l'acte soit valable que
la date figure avant la signature (Civ., 4 déc. 1861, DP 1862. 1. 74. – Civ. 29 août 1865, DP 1865.
1. 329). Concernant la date de la signification, l'arrêté du 29 juin 2010 fixant les normes de
présentation des actes d'huissier de justice précise que, sur la feuille intitulée MODALITÉS DE
REMISE, elle doit être en haut du cadre dans lequel figurent lesdites modalités.
96. Éléments de la date. - Un acte d'huissier de justice doit comporter sa date, rédigée en toutes lettres
avec la précision du quantième, du mois et de l'année. L'indication de l'heure n'est, en principe, pas
obligatoire. Elle n'est exigée que lorsqu'elle présente un intérêt particulier. C'est le cas dans l'assignation
d'heure à heure (V. Assignation [Pr. civ.]). De même, lorsqu'il s'agit de donner la préférence à celui qui
agit le premier, les textes exigent des actes qu'ils contiennent l'heure. Ainsi, par exemple, dans le cadre
d'une saisie-attribution, l'acte d'huissier doit indiquer l'heure à laquelle il a été signifié (C. pr. exéc.,
art. R. 211-1 ). La date doit figurer non seulement sur l'original, mais encore sur la copie remise au
destinataire (Civ. 18 nov. 1947, D. 1948. 177, note Hébraud ; RTD civ. 1948. 247, obs. Raynaud. –
Civ. 2e, 5 mai 1962, Bull. civ. II, no 411. – Rennes, 2e ch., 25 oct. 1984, Gaz. Pal. 1984. 2. 793, note
Rusquec). Si les copies ne peuvent être délivrées le même jour, les originaux porteront mention de la
date de la délivrance des copies.
97. Sanction de l'absence de date. - Dans un premier temps, la Cour de cassation a décidé que
l'indication même de la date avait le caractère d'une formalité substantielle : devait donc être prononcée
la nullité de l'acte ne comportant qu'une date incomplète (Civ. 18 nov. 1947, préc., en l'espèce
n'apparaissait que l'année en cours), aucune date (Civ. 2e, 5 mai 1962, préc.), voire une date raturée
(Civ. 2e, 20 juin 1968, Bull. civ. II, no 188). Or cette nullité devait être prononcée sans rechercher si
l'irrégularité commise avait nui aux intérêts de la défense ou de la partie adverse (Civ. 18 nov. 1947,
préc. – Civ. 2e, 5 mai 1962, préc. – Civ. 2e, 20 juin 1968, préc.). Des arrêts plus récents sont revenus
sur cette idée. Il résulte de la combinaison des articles 114 et 648 du code de procédure civile que la
nullité sanctionnant l'absence de date sur un acte d'huissier de justice est une nullité de forme qui ne
peut être prononcée qu'à charge pour celui qui l'invoque de prouver le grief que lui cause cette
irrégularité (Civ. 2e, 9 févr. 1983, no 81-16.047 , Bull. civ. II, no 36 ; Gaz. Pal. 1983. 1. Pan. 177, obs.
Guinchard. – Civ. 2e, 12 déc. 1990, no 89-18.876 , Bull. civ. II, no 267. – Cass., ch. mixte, 7 juill.
2006, no 03-20.026 , Bull. ch. mixte, no 6 ; RTD civ. 2006. 820, obs. Perrot ; Gaz. Pal. 2006. 2.
2517, concl. Domingo ; Gaz. Pal. 2006. 2. 3305, note Deharo ; D. 2006. IR 1984, note Pahlawan-
Sentilhes ; JCP 2006. II. 10146, note Putman). Les juges du fond apprécient alors souverainement
l'existence du préjudice. En revanche, si c'est volontairement qu'un huissier mentionne dans
l'assignation une date fausse, il y a faux en matière d'acte authentique. Ce sont alors les articles 303 et
suivants du code de procédure civile qui doivent être appliqués (Civ. 2e, 3 févr. 1977, D. 1977. IR 229,
obs. Julien).
2° - Désignation du requérant
98. Identification. - Tout acte d'huissier doit comporter des éléments permettant une parfaite
identification du requérant que ce soit une personne physique (V. infra, nos 99 s.) ou une personne
morale (V. infra, nos 107 s.).
99. Requérant, personne physique. - Si le requérant est une personne physique, doivent apparaître ses
nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance. Ces mentions sont prescrites
a priori à peine de nullité pour vice de forme (V. Nullité [Pr. civ.]). Toutefois, une formulation
maladroite peut être constitutive d'une nullité de fond dès lors qu'elle priverait le requérant de
personnalité juridique et de capacité d'ester en justice (Civ. 3e, 10 juin 1998, no 96-17.975 ,
Procédures 1998, no 243. – Civ. 1re, 4 nov. 2003, no 02-16.269 , Bull. civ. I, no 221 ; RDI 2004. 148,
obs. Grynbaum . – V. supra, nos 12 s.).
100. Nom. - Il s'agit du nom patronymique. La finalité de cette mention étant de porter à la
connaissance du destinataire l'identité du requérant, les juges se sont montrés relativement souples vis-
à-vis de cette exigence. Ils ont admis que cette identité puisse être déduite à partir d'autres éléments dès
lors que le nom ne figurait pas dans l'acte, mais qu'il n'y avait aucun doute sur l'identité. Ainsi,
l'indication du prénom seul peut suffire lorsque le destinataire le connaît et que le requérant est connu
dans le commerce sous ce seul prénom (Riom, 20 mai 1886, DP 1887. 2. 26. – Paris, 17 oct. 1917, DP,
1917. 2. 133). Il en est de même pour un pseudonyme lorsque le destinataire le connaît et que le
requérant a traité sous celui-ci (Req. 31 janv. 1937, JCP 1937. 289. – Toutefois, Paris, 11 janv. 1967,
JCP 1967. II. 15062, pour un journaliste agissant en diffamation), ou encore lorsque l'acte indiqué
émane du percepteur de telle ville sans indication de son nom, le destinataire ne peut se tromper sur
l'identité (Req. 5 juin 1935, Gaz. Pal. 1935. 2. 567). En revanche, la dénomination d'une enseigne
commerciale, sans indication du nom patronymique, ne suffit pas (Req. 25 oct. 1904, DP 1905. 1. 46),
de même que l'utilisation d'un nom qui n'est pas celui du requérant (T. civ. Seine, 29 juin 1955, Rev.
huiss. 1955. 731). Lorsqu'il y a plusieurs requérants, chaque nom doit être indiqué dans l'acte. La
mention « et consorts » ajoutée après la désignation des demandeurs ne permettant pas d'identifier sans
erreurs ces derniers, l'acte – une assignation en l'espèce – est nul. Ainsi est nulle l'assignation délivrée
par des propriétaires et locataires dans laquelle l'huissier de justice n'avait porté que le nom de deux
demandeurs, se bornant à indiquer « et de 54 autres propriétaires et locataires » (Civ. 2 août 1921,
Gaz. Pal. 1921. 2. 586).
101. Prénoms. - L'article 648 du code de procédure civile renvoie aux « prénoms ». Le pluriel permet de
penser qu'il s'agit de tous les prénoms dans l'ordre de l'état civil afin de réduire les risques de confusion
en cas d'homonymie et de faciliter l'exécution d'un jugement lorsque celui-ci requiert l'accomplissement
d'une formalité au fichier immobilier. Toutefois, l'absence de prénoms ou de l'un des prénoms
n'emporte nullité que s'il en résulte un préjudice pour le destinataire (sur une erreur de prénom en cas
de signification en mairie, Civ. 2e, 13 janv. 1971, JCP A 1971. IV. 5891).
102. Profession. - L'indication de la profession complète les indications nominatives et contribue ainsi à
l'identification du requérant. L'omission ou l'inexactitude de cette mention n'emporte toutefois nullité
de l'acte que s'il en est résulté une erreur sur l'identité du requérant et donc un grief (Lyon, 20 févr.
1947, JCP A 1947. IV. 757. – Paris, 24 oct. 1956, JCP A 1956. IV. 2981 ; RTD civ. 1957. 578, obs.
Raynaud).
103. Domicile. - Le domicile est le lieu où la personne physique a son principal établissement (C. civ.,
art. 102 ). Il est le siège légal de la personne, le lieu auquel la loi la rattache, qu'elle y soit présente ou
qu'elle s'en éloigne. Le domicile, qui est ainsi unique, a un caractère de fixité et de permanence
(TERRÉ et FENOUILLET, Droit civil, Les personnes, La famille, Les incapacités, 7e éd., 2005, coll.
Précis Droit privé, Dalloz). Il s'agit de l'adresse précise permettant de localiser aisément le requérant
(V. Domicile, demeure et logement familial [Civ.]). D'ailleurs, quand un acte exige l'indication du
domicile – comme l'assignation par exemple – et la constitution de l'avocat (C. pr. civ., art. 752 et
855 ), c'est la mention du domicile personnel qui doit être faite, alors même que la constitution
emporte élection de domicile (C. pr. civ., art. 760 et 853 ). Cela se déduit d'une interprétation a
pari d'un arrêt de la deuxième chambre civile, relatif à la déclaration d'appel (Civ. 2e, 5 févr. 2009,
nos 07-19.668 et 07-19.868, Procédures 2009, no 104, note Perrot). De manière générale, la notion
de domicile de l'article 648 du code de procédure civile ne saurait désigner le domicile élu (Civ. 2e,
20 oct. 1967, D. 1968. 521, note Lobin). En revanche, il arrive que la loi exige la précision de ce
dernier, en sus de l'indication du domicile légal. C'est le cas de l'assignation devant le tribunal judiciaire,
lorsque la représentation par avocat n'est pas obligatoire et que le demandeur réside à l'étranger (C. pr.
civ., art. 753 ). C'est encore le cas devant le tribunal de commerce lorsque le demandeur réside à
l'étranger (C. pr. civ., art. 855 ). Il doit faire apparaître dans l'acte introductif d'instance les nom,
prénoms et domicile de la personne chez qui il a élu domicile en France. En outre, par domicile, il faut
entendre une adresse précise permettant de localiser aisément le requérant. L'indication que le
demandeur est domicilié en Amérique est insuffisante même si l'exploit a précisé sa dernière résidence
en France (Rennes, 4 févr. 1892, DP 1892. 2. 184). De même, lorsque le requérant habite une
agglomération importante, il faut non seulement indiquer le nom de la ville, mais encore celui de la rue
et le numéro de la maison, ce qui ne s'impose pas dans une plus petite agglomération (Soc. 14 févr.
1946, D. 1946. 243. – Civ. 2e, 23 déc. 1957, D. 1958. 269. – Civ. 2e, 20 oct. 1967, Bull. civ. II,
no 298).
106. Date et lieu de naissance. - Ces précisions sont très utiles, non seulement pour identifier le
requérant au sein d'une même famille où les enfants sont prénommés comme les parents, mais aussi
parce que cela permet au destinataire de vérifier la capacité à agir du requérant. En outre, cette mention
est indispensable lorsqu'on s'adresse à la conservation des hypothèques pour obtenir des fiches de
propriétaires, comme lorsqu'on souhaite mettre en cause certains organismes notamment les caisses de
sécurité sociale ou de retraite. Ainsi, l'absence de cette mention ou des erreurs dans son contenu
pourront emporter nullité, mais toujours tout autant que le grief sera démontré, c'est-à-dire que le
destinataire aura pu se méprendre sur l'identité du requérant (Lyon, 6 nov. 1972, préc. – Adde : Soc.
1er avr. 2009, no 08-40.018 , rectifié par un arrêt du 8 avr. 2009).
107. Requérant, personne morale. - Si le requérant est une personne morale, l'acte d'huissier de justice
doit mentionner sa forme, sa dénomination, son siège social ainsi que l'organe qui la représente. La
pratique ajoute, parfois, le cas échéant, le numéro d'immatriculation au registre du commerce et des
sociétés. L'indication de la forme, de la dénomination et du siège social ne pose généralement pas de
problème, ces informations étant contenues dans les statuts de la personne morale. Plus délicate est la
désignation de l'organe qui représente la personne morale. Tout d'abord, la question s'est posée de
savoir si devait être mentionné le nom de la personne physique représentant la personne morale. Les
textes n'ont jamais imposé cette indication, mais certains arrêts ont pu le laisser croire (Civ. 2e, 13 oct.
1976, no 75-13.244 , Bull. civ. II, no 274), faisant du défaut de mention du seul nom du représentant
un vice de forme (Com. 7 janv. 1997, no 94-21.817 , Bull. civ. IV, no 9). Mais, le plus souvent, la
Cour de cassation juge que la mention du nom de la personne physique qui exerce ce pouvoir n'est pas
exigée par les textes (Civ. 2e, 14 janv. 1987, no 85-15.200 , Bull. civ. II, no 4 ; RTD civ. 1987. 399,
obs. Perrot. – Civ. 3e, 12 juill. 1995, no 93-12.508 , Bull. civ. III, no 176 ; AJDI 1996. 314, obs.
P. Guitard ; RDI 1995. 779, obs. P. Capoulade ; RDI 1995. 796, obs. P. Capoulade ; Gaz. Pal.
1996. 1. Pan. 146 ; JCP 1996. II. 22627, note du Rusquec ; D. 1996. 94, note Atias . – Civ. 2e, 5 juin
1996, no 92-44.293 , Bull. civ. II, no 123 ; Rev. sociétés 1997. 107, obs. Saintourens ). Le
représentant peut être désigné par une simple référence à la loi. C'est le cas pour les personnes morales
dont la représentation est prévue par celle-ci. Ainsi, il suffit d'indiquer pour une SARL qu'elle est
représentée « par son gérant en exercice » pour être en conformité avec les exigences formelles des
textes. Des formules du type « représentée par ses dirigeants légaux en exercice » ou « représentée par
ses représentants légaux en exercice » conviennent également. La Cour de cassation a même estimé que
« la mention “société anonyme” aux côtés de celle selon laquelle la société agissait poursuites et
diligences de ses représentants légaux » permettait à elle seule de déterminer l'organe habilité à la
représenter (Civ. 1re, 30 sept. 2008, nos 06-21.254 et 06-20.298 , Bull. civ. I, no 217 ; RTD civ.
2008. 720, obs. Perrot ; RTD com. 2009. 143, obs. F. Pollaud-Dulian ). Il faut alors s'interroger
avec le professeur PERROT : « quelle peut être l'utilité d'une exigence qui dans les faits se réduit à une
formule passe-partout » ? (PERROT, obs. sous Civ. 1re, 30 sept. 2008, RTD civ. 2008. 720 ). Pour
que l'indication de l'organe représentatif de la personne morale ait une réelle utilité, et qu'elle permette
au défendeur de vérifier s'il avait bien la qualité requise pour agir au nom de la personne morale, il
aurait fallu exiger la mention de son nom. Le législateur n'a pas voulu retenir cette solution qui risquait
d'entraîner une augmentation des causes de nullité. Dans ces conditions, « on comprend la
jurisprudence qui s'efforce d'épargner aux plaideurs le désastre d'une nullité au nom d'une formule qui
ne sert à rien » (PERROT, obs. préc.) et on s'interroge sur l'utilité de maintenir l'indication de l'organe
représentant la personne morale.
108. Sanction des indications incomplètes ou erronées concernant la personne morale. - L'omission de
l'une des mentions exigées pour identifier le demandeur personne morale ou une indication erronée est
un vice de forme qui n'entraîne la nullité de l'acte que si le destinataire prouve qu'il a subi un préjudice
(V. Nullité [Pr. civ.]. – Pour l'indication inexacte du siège social d'une société, Civ. 2e, 24 mai 1984,
Bull. civ. II, no 90 ; Gaz. Pal. 1984. 2. Pan. 257, obs. Guinchard. – Pour une dénomination imprécise,
Soc. 15 mai 2013, no 12-16.192 . – Pour une dénomination inexacte, Civ. 2e, 4 févr. 2021, no 20-
10.685, préc.). Ainsi, le fait pour le requérant de se présenter dans une assignation sous son nom
commercial ne constitue qu'une irrégularité de forme (Civ. 2e, 11 déc. 2008, no 07-18.511 , Bull.
civ. II, no 267 ; D. 2009. AJ 174 ; Procédures 2009, no 87, note Croze). Une telle irrégularité
touchant à la dénomination ne doit alors pas être confondue avec celle résultant de l'absence de
personnalité juridique de la personne morale, constitutive d'un défaut de capacité et sanctionnée par
une nullité pour irrégularité de fond (V. supra, no 20. – Civ. 2e, 4 mars 2021, no 19-22.829, préc.). Plus
problématique est l'irrégularité touchant à la mention de l'organe représentant la personne morale. En
cas de défaut par exemple, on peut penser que ce n'est pas seulement la mention du représentant qui
manque, mais que le représentant n'existe pas. D'ailleurs, la chambre commerciale de la Cour de
cassation a qualifié le défaut d'indication de l'organe social de la société appelante de vice de fond
(Com. 3 juin 1998, no 96-12.217 , Bull. civ. IV, no 174 ; Dr. sociétés 1998, no 113, obs. Bonneau ;
RTD civ. 1999. 102, obs. J. Mestre ). La deuxième chambre civile, elle, a décidé qu'il s'agissait d'un
vice de forme, à charge pour celui qui l'invoque de prouver un grief (Civ. 2e, 12 juill. 2001, no 99-
19.555 , Bull. civ. II, no 138). La chambre mixte de la Cour de cassation a tranché en faveur de la
position de la deuxième chambre : « le défaut de désignation de l'organe représentant légalement une
personne morale dans un acte de procédure, lorsque cette mention est prévue à peine de nullité, ne
constitue qu'un vice de forme » (Cass., ch. mixte, 22 févr. 2002, nos 00-19.639 et 00-19.742, Bull. ch.
mixte no 1 ; BJS 2002. 688, § 54 ; RTD civ. 2002. 358, obs. Perrot ; D. 2002. 3261, obs. Hallouin ;
Rev. sociétés 2002. 293, obs. Chartier ; D. 2002. IR 1009 ; BICC, 1er avr. 2002, no 553, p. 4, avis
de Gouttes, note Peyrat ; Procédures 2002. no 69, obs. Perrot et no 73, obs. Croze. – Adde : Civ. 2e,
18 sept. 2003, no 01-15.608 , Bull. civ. II, no 276. – Civ. 2e, 28 févr. 2006, no 03-17.849 , Bull.
civ. II, no 55 ; D. 2007. 267, obs. Hallouin . – Soc. 31 mars 2009, no 08-60.517 , Bull. civ. V,
no 100). Une seconde difficulté tient à l'irrégularité qui affecte la mention du représentant de la
personne morale. Là encore, il existe une divergence entre les différentes chambres de la Cour de
cassation. La deuxième chambre civile a estimé que la déclaration d'appel déposée au nom d'une
banque « par son représentant local » n'ayant produit aucun pouvoir est frappée d'une irrégularité de
fond (Civ. 2e, 24 juin 1998, no 95-21.993 ). Des arrêts postérieurs ont adopté une solution moins
sévère. La première chambre civile casse l'arrêt d'appel selon lequel un acte réalisé par un gérant pour
une société anonyme, transformée au cours de l'instance d'appel en société par actions simplifiée, est
atteint d'une irrégularité de fond. « Les irrégularités qui affectent les mentions de la déclaration d'appel
constituent des vices de forme » (Civ. 1re, 6 déc. 2005, no 03-12.342 , Bull. civ. I, no 461 ; D. 2007.
Pan. 259, obs. Hallouin et Lamazerolles ; RTD com. 2006. 128, obs. C. Champaud ). C'est la
position également adoptée par la chambre sociale (Soc. 18 mai 2010, no 09-41.093 ) et par les
deuxième et troisième chambres civiles (Civ. 2e, 31 janv. 2013, no 12-10.041 . – Civ. 3e, 13 nov.
2013, no 12-24.870 , Dr. et pr. 2014, no 04, obs. Fricero ; D. 2014. Pan. 795, obs. Fricero ).
109. Identification de l'huissier de justice exerçant seul. - L'article 648, 3., du code de procédure civile
impose la désignation de l'huissier instrumentaire, c'est-à-dire l'indication de ses nom, prénoms,
demeure et signature, afin d'établir que l'acte a bien été rédigé et délivré par un huissier ayant le droit
d'instrumenter et territorialement compétent (V. Huissier de justice [Pr. civ.]). Lorsque l'huissier de
justice exerce seul, cette identification ne pose pas de problème. Le terme « demeure » renvoie à
l'adresse de l'étude de l'huissier de justice. Autrefois, l'article 58-2o de l'ancien code de procédure civile
exigeait en outre la mention de « l'immatricule » de l'huissier, c'est-à-dire la mention de l'inscription de
celui-ci sur le tableau des huissiers de justice admis par le tribunal de grande instance à exercer dans
son ressort. Cette exigence a été supprimée, ce que certains regrettent. Cette mention permettait au
destinataire de vérifier la compétence territoriale de l'huissier de justice, ce que la demeure n'indique
pas toujours clairement, car l'huissier n'est pas nécessairement établi au siège du tribunal (VINCENT
et GUINCHARD, Procédure civile, 27e éd., 2003, coll. Précis Droit privé, Dalloz, spéc. p. 439,
no 645).
110. Identification de l'huissier de justice exerçant au sein d'une société. - Si l'huissier de justice exerce
au sein d'une société, le décret no 69-1274 du 31 décembre 1969, pris pour l'application à la profession
d'huissier de justice de la loi no 66-879 du 29 novembre 1966 sur les sociétés civiles professionnelles et
modifié par le décret no 2016-1508 du 9 novembre 2016, impose des mentions supplémentaires à
celles de l'article 648, 3. S'il s'agit d'une société titulaire d'un ou plusieurs offices d'huissier de justice,
l'article 45 du décret de 1969 impose que l'appellation de « société titulaire d'un office d'huissier de
justice » ou « société titulaire d'offices d'huissier de justice » accompagne, à l'exclusion de toute autre, la
dénomination sociale dans tous documents émanant de la société. En outre, dans tous les actes dressés
par lui, chaque associé indique son titre d'huissier de justice, sa qualité d'associé d'une société titulaire
d'un office d'huissier de justice et l'adresse du siège de cette société. S'il s'agit d'une société d'huissiers de
justice, l'article 116 du décret de 1969 impose que l'appellation de « société d'huissier de justice »
accompagne la dénomination sociale dans tous documents émanant de ladite société. Et dans les actes
professionnels, chaque associé indique sa qualité d'huissier de justice et la dénomination sociale de la
société dont il fait partie. La Cour de cassation précise que, lorsque les actes sont établis par une société
civile professionnelle, l'acte doit contenir les nom, prénoms, la qualité d'associé et la signature de
l'huissier de justice qui a instrumenté, ainsi que la mention de la société dont il est membre et l'adresse
du siège de cette société (Com. 20 oct. 1998, no 95-15.804 , Bull. civ. IV, no 252 ; RTD com. 1999.
389, obs. Azéma ; JCP 1998. IV. no 3358 ; Rev. huiss. 2000. 206, note Bourdillat). L'omission d'une
de ces mentions est une irrégularité de forme qui n'est sanctionnée par la nullité de l'acte que s'il en
résulte un grief (Civ. 2e, 7 nov. 2002, no 01-00.379 , Bull. civ. II, no 245 ; D. 2002. IR 3185 ; JCP
2002. IV. 3059 ; Dr. et pr. 2003. 115, note Hoonakker ; Gaz. Pal. 30 mars-1er avr. 2003, p. 31, obs.
Rusquec. – Civ. 2e, 27 mai 2004, no 02-20.160 , Bull. civ. II, no 249 ; D. 2004. IR 1860 ; JCP
2004. IV. 2475. – Civ. 2e, 23 juin 2005, no 03-13.682 . – Civ. 2e, 4 oct. 2007, no 06-18.569 ).
111. Signature. - La signature est un élément substantiel (Req. 1er mars 1904, DP 1904. 1. 332), qui
confère l'authenticité à l'acte (C. civ., art. 1367 , al. 1er). Pour autant, l'omission de cette signature
n'entraîne pas l'inexistence de l'acte – la théorie de l'inexistence étant très discutée en procédure civile
(PUTMAN, note sous Cass., ch. mixte, 7 juill. 2006, no 03-20.026 , JCP 2006. II. 10146 ; Bull. ch.
mixte, no 6 ; RTD civ. 2006. 820, obs. Perrot . – Pour une solution contraire, Com. 4 janv. 2005,
no 03-16.486 . – Adde : DOUCHY-OUDOT, Procédure civile, 6e éd., 2014, coll. Master Pro,
Gualino Lextenso, spéc. no 209, p. 137) – et constitue seulement un vice de forme qui entraîne la
nullité de l'acte à condition que celui qui l'invoque prouve le grief que lui a causé l'irrégularité (Civ. 2e,
19 janv. 1977, no 75-40.578 , Bull. civ. II, no 13 ; D. 1977. IR 232, obs. Julien ; Gaz. Pal. 1077. 1.
348. – Civ. 2e, 15 janv. 2009, no 08-11.446 , D. 2010. Pan. 1307, obs. Leborgne ; Procédures
2009, no 79, note Perrot). La jurisprudence voit d'ailleurs dans la signature un élément d'identification
de l'huissier instrumentaire (Com. 19 déc. 2006, no 05-14.431 , Bull. civ. IV, no 265). Cela est sous-
entendu dans la première phrase de l'article 1367 du code civil, l'identification n'étant toutefois que le
moyen de la perfection de l'acte, qui est le but premier. Se pose alors la question de la place et de la
forme de la signature. La signature est habituellement apposée à la fin de l'acte. Longtemps, aucun texte
ne l'imposait et la jurisprudence admettait que sa place était indifférente dès lors qu'il était certain
qu'elle se rapportait à l'acte tout entier. L'annexe de l'arrêté du 29 juin 2010 fixant les normes de
présentation des actes d'huissier de justice et s'appliquant à tous les actes d'huissier depuis le
31 décembre 2010 précise que le sceau et la signature « s'inscrivent sur une feuille annexée à la copie et
constituant la dernière page des originaux, intitulée MODALITÉS DE REMISE DE L'ACTE » et
« sont intégrés au cadre en bas à droite ». Quant à la forme de la signature, une distinction doit être
opérée.
112. Signature sur support papier. - Lorsque l'acte est rédigé sur un support papier, il est admis par la
doctrine qu'il s'agit d'une apposition ou d'un signe graphique « en général manuscrit » (CORNU [dir.],
Vocabulaire juridique, op. cit.). Toutefois, aucun texte ne l'indique expressément. Il est parfois fait
référence au décret no 52-1292 du 2 décembre 1952 qui, dans son article 6, énonce que les signatures
visées au présent article sont toujours manuscrites. Or, dans ce décret et cet article, ce sont
d'expéditions et de copies dont il est question. Il est alors possible de procéder par un raisonnement a
fortiori. Si la copie exige une signature manuscrite, sans doute l'original également. Le décret de 1952
exige encore que la signature soit réalisée avec une encre noire indélébile répondant aux normes fixées
par arrêté du garde des Sceaux, ministre de la Justice (Décr. no 52-1292 du 2 déc. 1952, art. 2
renvoyant à l'arrêté du 22 mai 1954 relatif aux procédés de reproduction des actes par les officiers
publics et ministériels, D. 1954. 215). Un texte pouvait créer le doute. L'annexe de l'arrêté du 29 juin
2010 fixant les normes de présentation des actes d'huissier de justice indique que ceux-ci doivent
prendre la forme de tapuscrit (indication d'une police – Arial Narrow – et de différentes tailles de
police). Il est également question de la place de la signature (V. supra, no 111), mais pas de sa forme.
Faut-il penser qu'elle puisse être également tapuscrite ? Il semble falloir répondre négativement car
rappelons que l'ancien article 1316-4 du code civil devenu l'article 1367 exige que la signature identifie
celui qui l'appose. Or il n'y a rien de plus impersonnel et falsifiable qu'un nom – souvent accompagné
d'un prénom – tapé au bas d'une page, contrairement à la signature « manuscrite » que les huissiers de
justice doivent déposer, accompagnée de leur paraphe, au greffe du tribunal judiciaire du siège de leur
office, avant d'entrer en fonction (Décr. no 75-770 du 14 août 1975, art. 36). La jurisprudence, quant à
elle, exige seulement que les traits qui la composent offrent « l'aspect et la forme de caractère d'écriture
et ne puissent être assimilés à une simple marque » (Alger, 19 mai 1908, DP 1909. 2. 51. – Adde : Civ.
7 févr. 1906, DP 1906. 5. 41). Peu importe qu'elle soit difficilement lisible, pourvu qu'elle ait été
réellement apposée par l'officier ministériel et qu'elle soit conforme à sa signature habituelle (Req.
1er mars 1904, DP 1904. 1. 332).
113. Signature sur support électronique. - Lorsque le support est électronique, l'acte doit être revêtu de
la signature électronique sécurisée de celui qui l'a dressé, telle que définie par le décret no 2001-272 du
30 mars 2001 pris en application de l'article 1316-4 du code civil et relatif à la signature électronique
(Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 26, al. 3. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-
1625 du 10 déc. 2021, art. 15, al. 3, qui fait référence à la signature électronique qualifiée de celui qui a
dressé les originaux). La signature électronique doit, pour être sécurisée, être propre au signataire, être
créée par des moyens que le signataire puisse garder sous son contrôle exclusif, garantir avec l'acte
auquel elle s'attache un lien tel que toute modification ultérieure de l'acte soit détectable (Décr.
no 2001-272 du 30 mars 2001, art. 1er, 2. – Pour une description technique détaillée, ASSAYA et
BAUDOUIN, Signature électronique par cryptographie à clé publique, JCP E 2003. 146. –
GUINIER, Une signature numérique insatisfaisante est-elle encore une signature ?, Gaz. Pal. 2001,
no 109, p. 14).
114. Paraphe. - L'article 648 du code de procédure civile n'exige pas que l'acte d'huissier de justice
revête le paraphe de celui-ci, et l'arrêté du 29 juin 2010 fixant les normes de présentation des actes
d'huissier de justice n'y fait aucune allusion. Ce n'est que concernant les expéditions et les copies que le
paraphe est exigé (Décr. no 52-1292 du 2 déc. 1952, art. 6), écrit dans une encre noire et indélébile
(art. 2). Mais aucune définition n'est donnée. La doctrine décrit le paraphe comme une signature
abrégée destinée à approuver les renvois et les ratures d'un acte ou semblablement une page d'un acte
qui en contient plusieurs (CORNU [dir.], Vocabulaire juridique, op. cit.). Il s'agit le plus souvent de
traits de plume accompagnant la signature et qui ont pour but de rendre plus difficile l'imitation, soit en
lettres initiales des prénoms et noms ou en initiale du nom seulement, soit en une lettre réunie à un trait
de plume suivant des habitudes contractées par le signataire. L'absence de texte a permis à la
jurisprudence d'admettre que, quoique ne contenant pas la lettre initiale du nom patronymique de
l'huissier de justice, un acte est valablement paraphé, dès lors qu'une comparaison est possible avec un
autre paraphe non contesté et la signature de l'huissier apposée sur l'acte avec le paraphe contesté (Req.
3 mars 1931, DH 1931. 193. – Crim. 24 juin 1959, D. 1959. 467, note J. R.).
4° - Désignation du destinataire
115. En cas de signification. - Dans les actes d'huissiers de justice, la désignation du destinataire n'est
pas systématique. Elle est obligatoire si l'acte doit être signifié (C. pr. civ., art. 648 , 4) et ce, afin de
s'assurer que l'acte touche bien le destinataire que le requérant avait en vue. C'est le cas de l'assignation
par exemple (V. Assignation [Pr. civ.]). Les mentions sont alors moins nombreuses qu'en ce qui
concerne le requérant personne physique (V. infra, nos 116 s.), ou personne morale (V. infra, no 121), et
la jurisprudence se montre relativement libérale.
116. Nom. - Le cas échéant, l'acte doit mentionner le nom du destinataire, personne physique. Des
décisions anciennes semblent montrer une certaine souplesse de la part de la Cour de cassation, mais
une sévérité des juges du fond. Ainsi, s'agissant d'un acte intéressant une personne protégée, il a été
jugé que l'acte qui ne mentionne pas le nom du mineur n'est pas nul si le nom du représentant et les
causes de la demande sont clairement exposés (Civ. 13 janv. 1890, S. 1891. 1. 49, note Labbé. – Lyon,
27 déc. 1945, Gaz. Pal. 1946. 1. 151). En revanche, la cour d'appel de Rennes a décidé que devait être
considéré comme nul l'envoi par huissier de justice, après signification d'un appel fait en mairie, d'une
lettre recommandée dont l'adresse ne portait comme destinataire que le nom de femme mariée, sans
indiquer le nom de jeune fille, de sorte que cette lettre avait été retournée à son envoyeur avec la
mention « inconnue » (Rennes, 5 nov. 1957, D. 1958. Somm. 44). De même, a été jugée nulle
l'assignation inexactement délivrée au nom de « mademoiselle » au lieu de « madame », indication
reprise dans la lettre, alors recommandée, destinée à aviser du dépôt de la copie à la mairie, dès lors que
la remise de la lettre a été refusée par la destinataire pour cette seule raison (Paris, 8 nov. 1963, JCP
1964. II. 13632, obs. J. A.). Cette solution s'explique par des circonstances particulières. Après
signification de l'assignation en mairie, faute de trouver la destinataire ou une personne habilitée à son
domicile, l'administration des Postes, faisant preuve d'une prudence exagérée, avait refusé de lui
remettre la lettre recommandée par laquelle l'huissier de justice l'avisait du dépôt en mairie, au prétexte
qu'elle était adressée à « Mademoiselle » et non à « Madame ». La cour d'appel s'est alors bornée à
constater que les droits de la défenderesse avaient été compromis, faute pour elle d'avoir connaissance
en temps utile de l'assignation litigieuse. Dans des décisions plus récentes, la Cour de cassation se
montre pragmatique. Elle a admis la régularité de l'acte remis à l'épouse sous le nom patronymique de
son mari dès lors que cette mention ne laisse aucun doute sur l'identité de la destinataire (Civ. 3e,
24 janv. 2001, no 99-14.310 , Bull. civ. III, no 9 ; AJDI 2001. 509, obs. Briand ; RTD civ. 2001.
327, obs. Hauser ; D. 2003. 633, obs. Laroche-Gisserot ; JCP 2001. IV, no 1493 ; D. 2001.
IR 743 ; Defrénois 2001. 590, note Massip ; Dr. et pr. 2001. 239, obs. Bourdillat). Ensuite, la Cour
de cassation a admis la validité d'un acte introductif d'instance mentionnant la dénomination sous
laquelle le défendeur exerce personnellement son activité commerciale (Civ. 2e, 17 févr. 1988, no 86-
16.379 , Bull. civ. II, no 47 ; RTD civ. 1988. 574, obs. Perrot). Elle est toutefois revenue sur cette
position en décidant que « la désignation du défendeur par l'enseigne sous laquelle il exerce son activité
constituait un vice de forme susceptible d'être régularisé » (Civ. 2e, 14 mai 2009, no 08-10.292 , Bull.
civ. II, no 121 ; D. 2009. AJ 1544 ; Gaz. Pal. 2010. Somm. 3854).
118. Pluralité de destinataires. - Lorsque l'acte s'adresse conjointement à plusieurs destinataires, ainsi
pour obtenir une condamnation solidaire et indivisible, chacun doit être désigné individuellement dans
l'acte. Toutefois, il a été jugé que les héritiers, auxquels est notifié un acte, peuvent suivant les
circonstances être considérés comme suffisamment dénommés par une désignation collective, quand il
s'agit d'un acte dont la signification doit être faite à peine de déchéance dans un délai déterminé et bref,
et alors d'ailleurs que la signification a touché ces héritiers (Civ. 31 déc. 1873, S. 1874. 1. 156). De
même, s'il s'avère que l'omission du nom des codéfendeurs n'a pas empêché le destinataire de l'acte
d'assurer sa défense, parce que l'indication précise de la demande lui permettait de savoir à l'égard de
qui une condamnation solidaire était demandée, la nullité ne sera pas prononcée (Com. 12 févr. 1964,
Bull. civ. III, no 74).
119. Identification du représentant ad agendum. - Lorsque l'acte doit être signifié à une personne en
qualité de représentant d'une autre, l'huissier de justice doit alors mentionner cette qualité, afin de
permettre l'identification des parties et de l'objet du litige. Ainsi, le syndic d'une liquidation de biens
qui ne pouvait avoir de doutes sur la signification à titre personnel d'un jugement le condamnant pour
des fautes personnelles est irrecevable à soulever la nullité de l'acte au motif qu'il pouvait croire être
visé « ès qualités » (Com. 15 févr. 1983, Bull. civ. IV, no 64).
120. Domicile. - Comme pour le requérant (V. supra, no 103), l'indication du domicile est destinée à
parfaire l'identification du destinataire, mais également à permettre la signification (V. infra, nos 232 s.)
puisque c'est cette finalité qui rend l'identification du destinataire obligatoire. Connaître le domicile de
celui auquel on destine l'acte n'est cependant pas toujours aisé. La première source que l'huissier de
justice doit interroger est le requérant. Ainsi, est nulle la signification réalisée à un ancien domicile
lorsque l'huissier ne s'est pas enquis auprès de son mandant du lieu du domicile actuel de l'intéressé
(Civ. 2e, 30 juin 1993, no 91-21.216 , Bull. civ. II, no 238 ; JCP 1994. II. 22274, note Rusquec). Il en
va de même d'une citation délivrée à une adresse volontairement inexacte, ce qui n'a pas permis au
défendeur de se défendre en première instance (Lyon, 19 oct. 1978, Gaz. Pal. tables 1977-1979,
p. 371. – Aix-en-Provence, 18 oct. 1985, D. 1986. IR 221, obs. Julien). En revanche, lorsque le défaut
d'indication du réel domicile procède de l'ignorance du requérant suite à une dissimulation de son
adresse par le destinataire, la nullité de l'acte ne peut être soulevée par ce dernier (pour un exploit qui
avait pu malgré tout être signifié au lieu de travail du destinataire : TGI Nanterre, 4 mars 1975,
Gaz. Pal. 1975. 2. 492). Parallèlement, la loi no 91-650 du 9 juillet 1991 a augmenté les pouvoirs des
huissiers de justice dans la recherche des informations, et notamment de l'adresse du débiteur, au stade
de la mise en œuvre de mesures d'exécution. Aujourd'hui, l'article L. 152-1 du code des procédures
civiles d'exécution fait obligation aux administrations de l'État, des régions, des départements et des
communes, aux entreprises concédées ou contrôlées par l'État, aux régions, aux départements et aux
communes, aux établissements publics ou organismes contrôlés par l'autorité administrative de
communiquer à l'huissier de justice chargé de l'exécution, les renseignements qu'ils détiennent
permettant de déterminer l'adresse du débiteur. Depuis la loi no 2015-177 du 16 février 2015, il n'est
plus exigé que l'huissier de justice chargé de l'exécution soit porteur d'un titre exécutoire lors de la
recherche de renseignements. La jurisprudence décide en outre que, si toute personne est en droit de
refuser de faire connaître le lieu de son domicile ou de sa résidence, il en va autrement lorsque cette
dissimulation lui est dictée par le seul dessein illégitime de se dérober à l'exécution de ses obligations et
de faire échec au droit de ses créanciers (Civ. 1re, 19 mars 1991, no 89-19.960 , Bull. civ. I, no 96 ;
D. 1991. 568, note Velardocchio ; RTD civ. 1991. 499, obs. Hauser ; RTD civ. 1992. 101, obs.
Mestre ; RTD civ. 1992. 189, obs. Perrot . – Civ. 1re, 30 juin 1992, no 90-18.458 , Bull. civ. I,
no 213 ; D. 1993. 421, note Guiho ; RTD civ. 1993. 560, obs. Hauser ; AJDA 1993. 68, obs.
Salon ; JCP 1993. II. 2001, note Daverat).
121. Personne morale. - Concernant les personnes morales, l'article 648, 4., du code de procédure civile
vise seulement leur dénomination et leur siège social, mais pas « l'organe qui représente légalement
cette personne morale » (Civ. 2e, 24 nov. 1982, Gaz. Pal. 1983. 1. Pan. 140, obs. Guinchard. – Civ. 2e,
9 janv. 1985, Bull. civ. II, no 6), ni l'identité du représentant légal de cette personne (Civ. 3e, 6 mai
1998, no 96-15.696 , Bull. civ. III, no 96 ; D. 1999. Somm. 75, obs. Atias ; RDI 1998. 421, obs.
Capoulade ; JCP 1999. 10037, note Rusquec ; Gaz. Pal. 1998. 2. Pan. 263. – Civ. 2e, 8 févr. 2006,
no 04-13.000 , inédit). En revanche, l'indication du siège social est toujours obligatoire, même si la
signification est faite au domicile élu (Civ. 2e, 17 janv. 1996, no 94-12.139 , Bull. civ. II, no 5 ;
D. 1996. IR 45 ; Gaz. Pal. 1996. 2. Pan. 198). Une attention particulière doit être portée lorsqu'en
un même lieu géographique, sont réunies des sociétés juridiquement distinctes, mais liées
économiquement. En vertu du principe du contradictoire énoncé à l'article 14 du code de procédure
civile, elles ne peuvent être confondues. Ainsi chacune d'elles ne peut être condamnée que si elle a été
régulièrement assignée (Com. 4 nov. 1987, Bull. civ. IV, no 225 ; JCP 1988. II. 21087, note Cadiet. –
Soc. 9 mai 1994, no 92-16.274 , Bull. civ. V, no 170 ; D. 1994. IR 149 ; Gaz. Pal. 1995. 1. Pan. 27 ;
D. 1995. Somm. 29, note Prétot ). En matière commerciale, l'identification la plus commode et la plus
sûre est celle qui est fournie par le registre du commerce et des sociétés. C'est d'ailleurs pour cela que la
pratique indique le plus souvent le numéro d'immatriculation de la société au registre du commerce et
des sociétés. Dans le doute, si les sociétés sont trop imbriquées, il est préférable d'étendre l'assignation à
tous, soit comme défendeurs, soit comme appelés en déclaration de jugement commun.
5° - Autres mentions
122. Normes de présentation des actes d'huissier de justice. - L'annexe de l'arrêté du 29 juin 2010
fixant les normes de présentation des actes d'huissier de justice fait état d'un certain nombre de
mentions devant apparaître sur les actes d'huissier, aux côtés de celles de l'article 648 du code de
procédure civile. La principale difficulté est que, malgré l'article 1er énonçant « les actes d'huissier de
justice doivent être conformes aux normes de présentation fixées par le présent arrêté et qui figurent en
annexe », aucune sanction n'est prévue en cas d'inobservation de ces dispositions.
123. Titre. - Il s'agit tout d'abord du titre de l'acte. Comme pour l'ensemble de l'acte, la police utilisée
doit être « Arial Narrow » (V. supra, no 88). Mais pour mettre en valeur le titre, l'annexe de l'arrêté du
29 juin 2010 indique qu'il doit être rédigé en 16 pixels – au lieu de 10 ou 11 pour les autres rubriques –
en majuscule et en gras (Arr. 29 juin 2010, ann., 3.2). En outre, il est suivi des références textuelles se
rapportant à l'acte (Arr. 29 juin 2010, ann., 6.2)
124. Décompte et coût. - Concernant le décompte, il s'agit de celui des sommes réclamées ou dues en
principal, frais et intérêts échus, et qui est intégré dans le corps de l'acte dans lequel il est requis par le
code des procédures civiles d'exécution. Quant au coût, l'article 26 du décret no 96-1080 du
12 décembre 1996 prévoyait que chaque acte ou formalité accompli par l'huissier de justice devait
comporter la mention de son coût, rubrique par rubrique, avec l'indication de l'article du tarif concerné.
Tout manquement à cette règle était passible de poursuites disciplinaires et d'amende. Le décret 2016-
230 du 26 février 2016 relatifs aux tarifs de certains professionnels du droit a abrogé les dispositions du
décret du 12 décembre 1996. Toutefois, l'annexe de l'arrêté du 29 juin 2010 continue à indiquer que le
coût doit être « mentionné en bas de la marge gauche de la première page ou de la feuille de
signification, sous format de police de taille de 7 caractères par pouce, encadré ».
125. Cachet, acte d'huissier de justice et Marianne. - Le cachet est situé dans la marge de la première
page en haut. Sa présentation est libre. La mention ACTE D'HUISSIER DE JUSTICE est présente
dans la marge de la première page. Elle s'inscrit sur quatre lignes en lettres capitales, à équidistance
entre le bas du cachet et le haut de la Marianne. La Marianne d'huissier de justice est présente en bas
de la marge de la première page.
126. Références, mention copie ou original. - Les références de l'étude sont inscrites en pied de page
dans la marge de chaque page. Les références textuelles se rapportant à l'acte sont inscrites en dessous
du titre de l'acte. La mention COPIE, PREMIER ORIGINAL et SECOND ORIGINAL est inscrite
en première page dans la marge gauche, sous la mention « acte d'huissier de justice ». Elle s'inscrit en
lettres capitales italiques grises.
127. Sceau et modalités de remise. - Le sceau de l'huissier de justice s'inscrit, avec la signature, sur une
feuille annexée à la copie et constituant la dernière page des originaux, intitulée MODALITÉS DE
REMISE DE L'ACTE. Le sceau et la signature sont intégrés au cadre en bas à droite. Les modalités de
remise de l'acte constituent le corps du texte en encadré. Cette feuille reporte en haut du cadre les
mentions essentielles de l'acte auquel il se rattache : titre de l'acte, requérant, destinataire et date de
signification. Il existe autant de feuilles « modalités de remise de l'acte » que de destinataires.
128. Diversité. - Ces actes sont très diversifiés. Originairement nommés exploits quel que fut leur objet,
chacun d'eux est aujourd'hui désigné par un terme spécifique et obéit à des règles de forme propres. Il
s’agit d’actes introductifs d’instance tels que l’assignation (V. infra, nos 129 s.) et l’exploit introductif
d’instance (V. infra, no 139), mais également de la sommation et du commandement (V. infra, nos 140
s.) et du constat (V. infra, nos 143 s.). La signification sera momentanément laissée de côté, car
envisagée dans le titre de la notification (V. infra, nos 232 s.). Une circulaire du 2 mai 1974 a proposé
des modèles pour la plupart de ces actes (JO 11 mai). L'idée était d'améliorer les rapports entre les
justiciables et le monde judiciaire en permettant au destinataire de l'acte de comprendre sans difficulté
son contenu et ce qu'il doit faire à sa réception. Ces formules ont simplifié et allégé la rédaction et la
présentation des actes en écartant nombre de mentions inutiles ou désuètes et ont conduit à une
utilisation rationnelle des termes techniques. En outre, différents actes faisant l'objet de rubriques
autonomes, le lecteur y est renvoyé pour de plus amples développements (V. Assignation [Pr. civ.],
Huissier de justice [Pr. civ.] et Sommation [Pr. civ.]).
A - Assignation
129. Article 56 du code de procédure civile. - L'assignation est l'acte d'huissier de justice par lequel un
plaideur « prend l'initiative d'un procès » en citant « son adversaire à comparaître devant le juge »
(C. pr. civ., art. 53 et 55 ). Elle est rédigée comme si l'huissier de justice s'adressait directement à la
partie citée à comparaître (« Maître X…, huissier de justice, a l'honneur d'informer… ») et elle est signée
par l'huissier de justice. En pratique, le rôle de l'huissier dépend beaucoup de la représentation des
parties. Si elles sont représentées par un avocat, c'est le plus souvent ce dernier qui se charge du
contenu matériel de l'acte, en indiquant notamment le fondement factuel et juridique de la demande.
L'huissier de justice renseigne alors, sur un acte prérempli par l'avocat, les mentions concernant son
identité, appose sa signature (V. supra, no 111) et indique les modalités de remise de l'acte. L'huissier de
justice peut toutefois rédiger entièrement l'acte, pour les procédures dans lesquelles la représentation
n'est pas obligatoire. Quoi qu'il en soit, outre les mentions prescrites pour les actes d'huissier de justice,
l'assignation contient à peine de nullité diverses mentions tenant à sa nature de demande initiale (C. pr.
civ., art. 54 ) et de convocation en justice (C. pr. civ., art. 55 ). Il s'agit de mentions relatives au
demandeur, de l'objet de la demande fondé sur un exposé des moyens en fait et en droit et de mentions
relatives à la procédure telles que l'indication de la juridiction saisie, les éventuelles diligences
concernant une recherche préalable de solution amiable, la date de l'audience, l'avertissement fait au
défendeur défaillant et les modalités de comparution. À cela s'ajoute l'indication des pièces sur
lesquelles la demande est fondée, pièces qui sont énumérées dans un bordereau annexé à l'assignation.
Tous ces renseignements sont exigés à peine de nullité pour vice de forme, ce qui suppose, en
application des articles 112 et suivants du code de procédure civile, la preuve d'un grief. En outre, la
nullité est couverte si l'adversaire fait valoir des moyens de défense au fond avant de soulever cette
nullité (Civ. 3e, 26 nov. 2003, no 01-16.126 , Bull. civ. III, no 205). D'autres précisions peuvent
également être requises selon la juridiction saisie (V. Assignation [Pr. civ.]).
131. Objet de la demande. - Comme toute demande initiale, l'assignation doit contenir, à peine de
nullité, « l'objet de la demande », selon l'article 54 du code de procédure civile. L'objet de la demande
doit être entendu comme le « résultat économique et social » recherché par les parties (MOTULSKY,
La cause de la demande dans la délimitation de l'office du juge, D. 1964. Chron. 235, spéc. no 29, a),
note 91). En outre, la mention de l'objet doit être accompagnée d'un exposé « des moyens en fait et en
droit » (C. pr. civ., art. 56 , al. 1er, 2°). « Les moyens sont le soutien nécessaire de la demande et de la
défense » (Lexique des termes juridiques, 28e éd., 2020/2021, Dalloz). C'est sur eux que les
prétentions sont fondées (C. pr. civ., art. 753 et 954 ). Plus exactement, « les moyens peuvent se
définir comme des éléments qui démontrent la cause de la demande en justice afin que le juge fasse
droit à la prétention » (V. Chose jugée [Pr. civ.]). Nous ferons nôtre la définition de Monsieur le
professeur CROZE : le moyen est un modèle de raisonnement proposé au juge. Contrairement aux
faits et à la prétention, c'est un élément dynamique de l'argumentation. Avant le décret du 28 décembre
1998, il n'était pas rare que le demandeur ne développe que des arguments de faits dans son
assignation. Depuis, l'article 56 du code de procédure civile précise que l'assignation doit faire état des
moyens de fait et des moyens de droit, afin d'aider le juge. Un moyen « de droit » est alors un
raisonnement en forme de syllogisme, dont la majeure est une règle de droit (CROZE, MOREL et
FRADIN, op. cit., spéc. nos 362 s., p. 124 s.). Imposer aux parties qu'elles formulent expressément leurs
moyens de droit, c'est exiger d'elles qu'elles exposent la ou les règles de droit dans une dynamique
propre à fonder leurs prétentions. Cet exercice s'inscrit pleinement dans un principe de coopération
entre le juge et les parties (MOTULSKY, Prolégomènes pour un futur code de procédure civile :
consécration des principes directeurs du procès civil par le décret du 9 septembre 1971, D. 1972.
Chron. 91, spéc. no 2, p. 92. – CADIET, NORMAND et AMRANI-MEKKI, Théorie générale du
procès, 3e éd., 2020, Thémis droit, PUF, spéc. no 204, p. 387 et no 438, p. 802). Les parties qui,
dispensées de représentation obligatoire, ne font pas appel à un avocat, peuvent compter sur le
professionnalisme des huissiers de justice. En outre, les juges peuvent se montrer compréhensifs et
estimer que le fondement juridique peut se déduire de la demande. Ainsi, est valable l'assignation dans
laquelle la demanderesse fait état de l'utilisation de photographies la représentant sur des affiches et
précise qu'elle a saisi le tribunal pour voir reconnaître la violation de son droit à l'image et obtenir la
réparation du préjudice qui en est résulté (Paris, 13 juin 2002, LPA 14 nov. 2002, no 228, p. 15, note
Pansier, « La danseuse de charme et le fondement juridique de l'assignation »). En revanche, est nulle
pour défaut de motivation en droit une assignation par laquelle une société civile immobilière se borne
à demander la résolution d'une assemblée générale des copropriétaires au motif que ceux-ci avaient été
trompés (Civ. 2e, 6 avr. 2006, no 04-11.737 , Bull. civ. II, no 103 ; RLDC 2006/31, no 2446, obs.
Miniato ; AJDI 2007. 208, note Capoulade ). Du point de vue formel, l'assignation est rédigée sur le
modèle des jugements. Elle comporte d'abord un rappel des faits, puis l'exposé des moyens de fait et de
droit du demandeur et enfin, la demande. Proche du dispositif, celle-ci est introduite le plus souvent par
la formule suivante « par ces motifs, dire et juger que… ». L'assignation prend ainsi des allures de projet
de décision juridictionnelle.
132. Désignation des immeubles. - Lorsque la demande concerne un immeuble, ces mentions sont
exigées afin de permettre la publication au fichier immobilier (C. pr. civ., art. 56 , 4o). Le décret
no 55-22 du 4 janvier 1955 impose en effet la publication d'un certain nombre d'actes (art. 28) et
prévoit à l'article 7 que « tout acte ou décision judiciaire sujet à publicité doit indiquer, pour chacun des
immeubles qu'il concerne, la nature, la situation, la contenance et la désignation cadastrale (section,
numéro du plan, lieu-dit) ». Le but est d'assurer l'information des tiers et la sécurité des transactions. En
réalité, cette formalité de publicité foncière résulterait de l'insertion d'une copie de l'acte ou d'un
bordereau hypothécaire (pour les sûretés réelles immobilières) dans un des registres tenus au bureau des
hypothèques : registre des publications, registre des inscriptions, registre des saisies immobilières
(HÉRON, LE BARS et SALHI, op. cit., spéc. note 16, p. 380). Il ne faut pas alors confondre la
sanction du défaut, dans l'assignation, des mentions relatives à la désignation des immeubles et celle du
défaut de publication. La première est une nullité de forme, tandis que la seconde est une fin de non-
recevoir de la demande (Décr. no 55-22 du 4 janv. 1955, art. 30, § 4). La preuve de la publication de la
demande en justice résulte alors d'« un certificat du service chargé de la publicité foncière ou la
production d'une copie de la demande revêtue de la mention de publicité » (Décr. no 55-22 du 4 janv.
1955, art. 30, § 5, mod. par Ord. no 2010-638 du 10 juin 2010).
133. Indication de la juridiction. - L'article 54 du code de procédure civile exige, à peine de nullité, que
soit indiquée « la juridiction devant laquelle la demande est portée ». Il s'agit d'indiquer, à peine de
nullité, la nature et le siège de la juridiction saisie en vertu des règles de compétences d'attribution et
territoriale. L'erreur dans la désignation de la juridiction est alors un vice de forme qui ne peut être
sanctionné que lorsqu'un grief est établi (Civ. 2e, 21 oct. 1976, Gaz. Pal. 1977. 1. Somm. 10, note
Viatte). Il n'est pas rare que la désignation de la juridiction se fasse dès le titre de l'acte. C'est alors
l'occasion d'indiquer l'adresse précise de la juridiction et le lieu où se tiendra l'audience, ce qui a une
importance toute particulière lorsque la représentation n'est pas obligatoire et que les parties ont fait le
choix de se passer d'avocat. L'indication du lieu est d'ailleurs maintenant exigée à peine de nullité, à
l'alinéa 1er de l'article 56 du code de procédure civile. Enfin, et c'est aussi une nouveauté du décret du
11 décembre 2019, l'alinéa 2 de l'article 56 prévoit que « l'assignation précise également, le cas échéant,
la chambre désignée ». Cette mention n'est toutefois pas exigée à peine de nullité. Ainsi, la non-
indication de la chambre ou l'indication d'une chambre qui ne sera finalement pas celle qui se
prononcera ne sera pas sanctionnée. L'idée est sans doute de donner, dès l'assignation, un maximum
d'informations au défendeur sans rigidifier à l'extrême la répartition entre les chambres, répartition qui
peut être modifiée in extremis pour le bon fonctionnement de la juridiction.
134. Diligences éventuelles concernant une recherche préalable de solution amiable. - Les exigences du
nouvel article 54 concernant la mention des diligences entreprises en vue d'une résolution amiable se
comprennent au regard de l'évolution textuelle. La loi no 2016-1547 du 18 novembre 2016 de
modernisation de la justice du XXIe siècle a poursuivi le déploiement des modes de résolution amiable
des différends. Pour cela, elle avait notamment instauré une tentative de conciliation obligatoire devant
un conciliateur de justice avant de pouvoir saisir le tribunal d'instance par déclaration, et ce, à peine
d'irrecevabilité que le juge pouvait prononcer d'office. Puis, la loi no 2019-222 du 23 mars 2019 a
étendu ce préliminaire obligatoire et sa sanction à la saisine du tribunal judiciaire pour une demande
tendant au paiement d'une somme n'excédant pas un certain montant ou relative à un conflit de
voisinage. Les parties ont alors le choix entre une tentative de conciliation menée par un conciliateur de
justice, une tentative de médiation, ou une tentative de procédure participative. Enfin, le décret
no 2019-1333 du 11 décembre 2019 a précisé les situations dans lesquelles le justiciable devait justifier
du recours à une tentative de résolution amiable préalable. Cette évolution, qui aboutit, dans certains
cas, à une tentative obligatoire de résolution amiable du litige préalable à la saisine du tribunal
judiciaire (V. infra, no 163) explique la nouvelle rédaction de l'article 54 sur ce point. Toute demande
initiale, et donc l'assignation, doit mentionner « lorsqu'elle doit être précédée d'une tentative de
conciliation, de médiation ou de procédure participative, les diligences entreprises en vue d'une
résolution amiable du litige ou la justification de la dispense d'une telle mesure ». Le défaut d'une telle
mention est la nullité de forme de l'assignation, qui ne doit pas être confondue avec l'irrecevabilité de la
demande pour défaut de diligences (C. pr. civ., art. 750-1 ).
135. Date de l'audience. - L'article 56 alinéa 1, 1° du code de procédure civile tel qu'issu du décret
no 2019-1333 du 11 décembre 2019 exige, à peine de nullité, que l'assignation mentionne le jour et
l'heure de l'audience à laquelle l'affaire sera appelée. Concrètement, il s'agit de la date de l'audience de
plaidoirie dans les procédures orales et de l'audience d'orientation dans les procédures écrites
ordinaires. C'est le résultat de la généralisation de l'assignation « à date » ou « avec prise de date »
voulue pour harmoniser les actes introductifs d'instance (V. supra, no 2). Selon les préconisations du
groupe de travail ayant rendu le rapport « Amélioration et simplification de la procédure civile », cette
généralisation de l'assignation à date devait répondre « aux attentes essentielles et légitimes du
justiciable quant à la prévisibilité de la durée de son procès ». Deux questions se posent alors. Comment
solliciter cette date auprès du greffe et comment le greffe communique cette date ? « Cette question est
essentielle dès lors que la communication de la date constitue le point de départ du délai d'enrôlement
de l'assignation, imposé à peine de caducité » (AMRANI-MEKKI, Décret no 2020-1452 réformant
(encore !) la procédure civile. Des corrections sans grands bouleversements, JCP 2020. 1404). Hors le
cas de l'assignation devant le tribunal judiciaire (V. supra, no 54), il n'existe pour l'instant aucune
disposition spécifique relative aux assignations devant les autres juridictions. Sans doute faut-il
continuer à procéder comme auparavant : s'adresser au greffe par téléphone ou par boîte e-mail
structurelle (MELIN, Procédures écrites et spécifiques devant le tribunal judiciaire, in Droit et
pratique de la procédure civile. Droit interne et européen 2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action,
spéc. no 441.34, p. 1274).
136. Avertissement relatif au défendeur défaillant. - L'assignation doit encore indiquer, à peine de
nullité, que, faute pour le défendeur de comparaître, il s'expose à ce qu'un jugement soit rendu contre
lui sur les seuls éléments fournis par son adversaire (C. pr. civ., art. 56 , al. 1er, 4o). Il s'agit d'une
mesure comminatoire qui doit dissuader le défendeur de rester inerte. Non seulement cette attitude
n'empêcherait pas le procès de se dérouler mais, en plus, elle lui serait préjudiciable. Au vu des seuls
arguments et pièces soumis par le demandeur, le juge rendra un jugement par défaut ou un jugement
réputé contradictoire (C. pr. civ., art. 473 ). Bien que les textes n'imposent rien, cet avertissement est
souvent mis en valeur soit par des techniques de mise en forme (encadré, police grasse), soit par la
mention « très important ».
137. Modalités de comparution. - C'est le décret no 2012-66 du 20 janvier 2012 qui, en son temps, a
complété les exigences de l'article 56 du code de procédure civile et l'avertissement fait au défendeur
qui ne comparaissait pas, des conséquences de sa défaillance (V. supra, no 134). Cela partait du constat
que les règles de comparution sont complexes et variées. Quand la procédure est écrite et que la
représentation est obligatoire, comparaître signifie, pour le défendeur, constituer avocat dans le délai
fixé par l'assignation. Quand la procédure est orale, comparaître signifie se présenter soi-même (seul ou
assisté) ou envoyer un mandataire au moins à l'audience d'appel des causes. Pour que l'avertissement
fait au défendeur défaillant soit pleinement efficace, il devait donc naturellement s'accompagner d'une
information concernant les règles de comparution. Ainsi, il a été exigé que l'assignation contienne, à
peine de nullité, « l'indication des modalités de comparution devant la juridiction ». La formule est
large, et son contenu peut varier en fonction de la juridiction saisie et de la procédure mise en œuvre. Il
est donc conseillé au rédacteur de l'assignation de rappeler minutieusement les règles applicables.
D'ailleurs, est irrégulière la convocation notifiée au défendeur, l'invitant seulement à préciser par
courrier s'il envisageait d'être présent à l'audience de la Cour nationale de l'incapacité, sans mentionner
que sa comparution était obligatoire à peine d'irrecevabilité de ses écritures et de ses pièces. Une telle
convocation contrevient non seulement aux exigences du code de procédure civile, mais encore à celles
de l'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme, dont il résulte que l'accès effectif
au juge suppose une information claire sur les conséquences de l'absence de comparution des parties à
l'audience (Civ. 2e, 11 juill. 2013, no 12-22.264 , Procédures 2013, no 302, obs. Perrot).
138. Indication des pièces et bordereau. - L'assignation comprend encore l'indication des pièces sur
lesquelles la demande est fondée et, depuis le 1er mars 1999, date d'entrée en vigueur du décret no 98-
1231 du 28 décembre 1998 (JO 30 déc.), ces pièces sont énumérées sur un bordereau annexé à
l'assignation (C. pr. civ., art. 56 ). La principale question a longtemps été celle de la sanction de
l'inobservation de cette exigence. Une interprétation textuelle stricte de l'article 56, alinéa 2, du code de
procédure civile conduisait à considérer que ces exigences n'étaient sont pas prévues à peine de nullité,
sanction énoncée uniquement à l'alinéa premier. La Cour de cassation estimait même que cette
obligation n'est assortie d'aucune sanction (Civ. 2e, 3 avr. 2003, no 00-22.066 , Bull. civ. II, no 94 ;
D. 2003. IR 1134 ; Procédures 2003, no 132, note Perrot ; LPA 27-29 juill. 2003, p. 21, note Bolze ;
JCP 2003. IV. 1974). Pourtant, les juges du fond en décidaient parfois autrement. Ainsi, le tribunal de
grande instance de Dijon a jugé que la nullité prévue dans l'alinéa 1er de l'article 56 s'appliquait en cas
de non-respect des exigences de l'alinéa 2. Si le texte de l'assignation ne mentionne aucune pièce à
l'appui de l'exposé des moyens et de l'objet de la demande et qu'aucun bordereau n'y est annexé,
l'assignation est frappée d'une nullité de forme (TGI Dijon, réf., 12 mai 2000, Gaz. Pal. 2001.
Somm. 289). Cette solution serait dictée par le principe du contradictoire. L'indication des pièces et le
bordereau seraient « une formalité substantielle pour la régularité de la procédure […] qui tend à mieux
informer le destinataire de l'assignation des motifs du procès qui lui est intenté, et par conséquent,
contribue à garantir les droits du défendeur en lui permettant d'apprécier précocement la pertinence de
l'action engagée à son encontre et de faire valoir ses droits […]. La violation de cette règle constitue un
vice de forme » (TGI Le Mans, JME, 22 mars 2007, Procédures 2007. Focus 26, obs. Granet). Il faut
croire que les juges du fond ont été entendus. Le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019 a en effet
élevé au rang de contenu exigé à peine de nullité, « la liste des pièces sur lesquelles la demande est
fondée dans un bordereau qui » est annexé à l'assignation (C. pr. civ., art. 56 ). Il faut toutefois faire
attention à l'application dans le temps de cette nouvelle disposition.
139. Saisine du tribunal paritaire des baux ruraux. - L'article 885 du code de procédure civile prévoit
que la demande est formée et le tribunal partiaire des baux ruraux saisi par requête remise ou adressée
au greffe du tribunal (V. infra, nos 158 s.) ou « par acte d'huissier de justice adressé à ce greffe ». Il ne
s'agit donc pas d'une assignation mais d'un exploit d'huissier qui doit être adressé au greffe et non au
défendeur (Civ. 3e, 29 mars 2000, no 98-14.937 , préc.). L'irrégularité de la saisie est sanctionnée
sans qu'il soit besoin de justifier d'un grief (Civ. 3e, 24 janv. 2001, no 99-13.196 , Bull. civ. III, no 6 ;
AJDI 2001. 998 ; Procédures 2001, no 132, obs. Junillon). Mais les risques de confusion entre
l'assignation et cet acte d'huissier existent, même s'ils ont été diminués. En effet, dans un premier temps,
le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019 a complété l'article 885 du code de procédure civile par
un renvoi aux dispositions des articles 54 à 57. Or, si les articles 54 et 57 portent sur la requête, l'article
56 traite exclusivement de l'assignation. Dans un second temps, le décret no 2021-1322 du
11 décembre 2021 a procédé à une rectification de l'article 885 en supprimant le renvoi aux alinéas 2 et
5 de l'article 56. L'exploit d'huissier de justice qui saisit le tribunal paritaire des baux ruraux n'a pas à
indiquer « les lieu, jour et heure de l'audience à laquelle l'affaire sera appelée ». L'article 886 énonce
que c'est au greffe de porter ces informations à la connaissance du défendeur. En outre, l'exploit n'a pas
à indiquer les modalités de comparution. En cela, cet exploit introductif d'instance se dissocie
davantage encore de l'assignation.
C - Sommation et commandement
140. Sommation aux fins d'exécution. - La sommation est l'injonction adressée à une personne de se
conformer à la prescription qui lui est faite. C'est une mise en demeure officielle interdisant au
défendeur de prétendre n'avoir pas su que l'exécution de l'obligation était souhaitée. On parle de
sommation aux fins d'exécution. Il s'agit d'un acte extrajudiciaire (V. Sommation [Pr. civ.]) que l'on peut
délivrer à tout moment mais qui, le plus souvent, précède l'engagement d'un procès (LAUBA, Le
contentieux de l'exécution, 13e éd., 2017, LexisNexis). Outre les mentions devant figurer dans tous les
actes d'huissiers de justice, la nature de l'acte doit être clairement précisée. L'huissier de justice doit
faire apparaître qu'il s'agit d'une sommation. Il doit indiquer la volonté du créancier d'obtenir
l'exécution et préciser l'obligation dont l'exécution est réclamée.
141. Sommation aux fins probatoires. - La sommation peut avoir une finalité probatoire. Elle peut alors
prendre le nom de sommation interpellative. Elle est adressée soit à la partie adverse, dont on recherche
l'aveu, soit à un tiers, dont la déclaration pourra être utilisée pour démontrer ou dénier le bien-fondé des
prétentions de l'une des parties. Elle vise le plus souvent à recueillir l'aveu du débiteur lorsque le
créancier démuni de titre veut se ménager une preuve de l'existence ou du montant de la dette.
Concrètement, l'huissier de justice se rend au domicile du débiteur afin de lui poser des questions et de
recueillir d'éventuelles réponses. C'est pourquoi, la sommation interpellative doit comporter toutes les
mentions exigées pour les actes d'huissiers de justice mais encore un rappel des faits, ainsi que la ou les
question(s) posée(s), la réponse ou le refus de répondre. L'huissier de justice doit faire signer le
déclarant ; si celui-ci refuse, il doit le mentionner.
143. Définition. - Le constat est un acte d'huissier de justice destiné à fixer les éléments de fait d'une
situation. Selon l'article 1er de l'ordonnance no 45-2592 du 2 novembre 1945, il relate des constatations
purement matérielles et exclusives de tout avis sur les conséquences de fait et de droit qui peuvent en
résulter. Il s'agit d'assurer la conservation des preuves les plus périssables et les justiciables y ont
souvent recours en prévision d'un éventuel procès. Le constat permet notamment aux parties d'obtenir
une mesure d'instruction, en évitant de se voir opposer la règle selon laquelle les tribunaux n'ont pas à
suppléer la carence des parties dans l'administration de la preuve. Le constat peut être dressé soit à la
demande d'un particulier, soit à la suite d'une décision judiciaire (FRICERO et CASTELAIN, À
propos du constat d'huissier de justice, Dr. et pr. 2009. 6). Depuis la loi no 2010-1609 du 22 décembre
2010, ces constatations font foi jusqu'à preuve du contraire.
144. Absence de formalisme. - Les constatations sont consignées dans des procès-verbaux. Il n'y a alors
aucune forme imposée et aucune mention venant s'ajouter aux exigences de l'article 648 du code de
procédure civile. L'usage veut que l'huissier de justice expose d'abord l'objet de la réquisition ainsi
qu'un résumé succinct des intentions du demandeur au regard du litige né ou éventuel, puis ses
constatations.
145. Mode d'établissement. - La loi du 27 décembre 1923 relative à la suppléance des huissiers blessés
et à la création des clercs assermentés (JO 29 déc.) avait posé que l'établissement des procès-verbaux
était de la compétence exclusive des huissiers de justice, qui ne pouvaient se faire suppléer par des
clercs assermentés. La loi du 9 juillet 1991 portant réforme des procédures civiles d'exécution a modifié
l'article 1er de l'ordonnance de 1945 relative au statut des huissiers. Elle crée un article 1er bis
autorisant désormais les clercs habilités à dresser des constats : « Les constats établis à la requête des
particuliers peuvent être dressés par un “clerc habilité à procéder aux constats” nommé dans des
conditions fixées par décret et dans la limite d'un clerc par office d'huissier de justice et de deux clercs
par office lorsque son titulaire est une société civile professionnelle ou une société d'exercice libéral.
Dans ce cas, les constats sont signés par le “clerc habilité à procéder aux constats” et contresignés par
l'huissier de justice qui est civilement responsable du fait de son clerc ».
146. Constat électronique. - À l'heure de l'explosion des nouvelles technologies, le constat électronique,
encore appelé constat en ligne ou constat sur internet, est appelé à devenir une opération de plus en
plus courante. Sa fiabilité est alors garantie par des précautions techniques fixées par la jurisprudence :
description précise du matériel, mention de l'adresse IP de la connexion, contrôle de connexion sans
serveur proxy, effacement des caches, des fichiers temporaires et formulaires… (BOBANT et
CAPRIOLI, Le constat en ligne de l'huissier de justice, Dr. et pr. 2007. 195. – LEGRAIN, Le constat
d'huissier sur internet, JCP 2010. 1814. – Pour ex., Lyon, 13 nov. 2012, LEPI 15 janv. 2013, no 1, p. 7,
note Herpe). Le procès-verbal de constat sur internet n'a pas de forme particulière. Il obéit aux règles
générales relatives aux actes d'huissier de justice (V. supra, nos 85 s.). Il est d'usage d'y annexer des
impressions des pages visitées. La jurisprudence exige que ces pages aient été imprimées par l'huissier
lui-même et non par le requérant sans quoi elles perdraient leur valeur probante (LEGRAIN, article
préc.).
147. Actes des parties ou de leur représentant. - Tout au long de la procédure, les parties doivent
accomplir un certain nombre d'actes soit personnellement, soit par le truchement de leur représentant
ad litem (V. infra, nos 154 s.) . Le premier acte peut d'ailleurs être le choix de ce représentant ad litem
que cela soit imposé par la loi ou que cela résulte d'une démarche volontaire (V. infra, nos 148 s. –
V. Assistance et représentation en justice [Pr. civ.]).
148. Formalités minimales. - Lorsque les parties choisissent d'être représentées en justice, le nom du
représentant d'une partie et sa qualité doivent être portés à la connaissance du juge par déclaration au
greffier de la juridiction (C. pr. civ., art. 415 ). En outre, quiconque entend représenter une partie
doit justifier qu'il en a reçu le mandat, à l'exception de l'avocat et de l'huissier de justice dans les cas où
il est habilité à représenter les parties (C. pr. civ., art. 416 ).
149. Mandat donné à un non-professionnel. - Le mandat ad litem doit être spécial. Il doit être donné
pour une affaire déterminée ou bien pour une catégorie précise d'affaires. Un mandat général serait nul,
contrairement à ce que prévoit le droit commun (C. civ., art. 1987 ). C'est ainsi qu'un mandat donné
pour toutes les contestations nées ou à naître devant une juridiction n'est pas spécial et doit être annulé
(Civ. 15 juill. 1924, DP 1924. 1. 201, note Appleton). Au contraire, le mandat donné en vue de gérer
tous les intérêts qui dépendent d'une succession dont une personne a hérité est spécial et à l'abri d'une
action en nullité (Civ. 20 janv. 1850, DP 1850. 1. 123).
150. Constitution d'avocat. - Aucun texte ne définit la constitution ni n'en donne la forme. C'est donc à
la doctrine et à la jurisprudence qu'est revenue cette tâche. La constitution est définie par la doctrine
comme le mandat donné par un plaideur à un avocat en vue d'être représenté et assisté dans un procès
(GUINCHARD [dir.], Lexique des termes juridiques 2017-2018, 25e éd., 2017, Dalloz). Elle est
l'indication de l'avocat qu'une partie a constitué et non l'indication par cet avocat qu'il s'est constitué
pour le demandeur, comme cela est parfois présenté dans la pratique (Lyon, 16 mai 1994, Gaz. Pal.
1995. 1. Somm. 66). Il n'est pas nécessaire que le terme de « constitution » soit expressément employé.
Le fait de mentionner que le plaideur « a tel avocat » en mentionnant le nom de cet avocat, son adresse
et sa qualité vaut constitution dès lors qu'il n'existe aucun doute sur l'identité de l'avocat constitué
(Civ. 2e, 23 oct. 2008, no 07-19.700 , Bull. civ. II, no 223 ; JCP 2008. IV. 2831 ; Procédures 2008,
no 322, obs. Perrot). En outre, il est admis que la constitution de l'avocat puisse ressortir de l'existence
de conclusions notifiées sous son nom (BLÉRY, Condition de formation et communication des actes de
procédure, in GUINCHARD (dir.), Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen
2021/2022, op. cit., Dalloz Action, spéc. no 271.112, p. 673). La constitution d'une société civile
professionnelle d'avocats a alors suscité une difficulté. En effet, une société civile professionnelle
d'avocats bénéficie de la personnalité morale en application de l'article 1er de la loi no 66-879 du
29 novembre 1966. Les juges du fond en ont alors déduit que, si l'avocat constitué est la société, aucun
texte, ni principe ne fait obligation à la partie d'indiquer à son adversaire celui des avocats associés qui
accomplira, au nom de la société, les actes de postulation (Lyon, 16 mai 1994, préc.). La Cour de
cassation adopte une position différente puisqu'elle estime que l'absence d'indication dans l'assignation
du nom de l'avocat, personne physique, par le ministère duquel postule la société, constitue une
irrégularité de forme (Civ. 2e, 1er févr. 2006, no 05-17.742 , Bull. civ. II, no 35 ; D. 2007. 1038, obs.
Dupeux ; D. 2006. IR 465 ; JCP 2006. II. 10071, note Martin ; Gaz. Pal. 17-18 févr. 2006, p. 13.
– Civ. 2e, 11 mai 2006, no 05-20.010 , Procédures 2006. no 151, obs. Perrot. – Civ. 2e, 30 avr. 2009,
no 08-16.236 , Bull. civ. II, no 110). Cette solution est d'une sévérité limitée puisque la nullité ne
pourra être prononcée que s'il est démontré qu'il existe un grief. Elle s'inscrit donc dans une tendance
favorable à la constitution.
151. Constitution d'avocat par le demandeur. - Les nouveaux textes, issus du décret du 11 décembre
2019, régissant l'introduction de l'instance par assignation devant le tribunal judiciaire opèrent une
distinction. Lorsque la représentation par avocat est obligatoire, l'assignation doit contenir à peine de
nullité la constitution de l'avocat demandeur (C. pr. civ., art. 752 ). Lorsque la représentation par
avocat n'est pas obligatoire, l'assignation se contente de mentionner, s'il y a lieu, le nom du représentant
du demandeur (C. pr. civ., art. 753 , al. 3). Aucune sanction n'est alors prévue en cas d'omission de
cette mention, ce qui peut se comprendre, la représentation n'étant pas substantielle à la procédure.
Moins compréhensible est l'article 855 du code de procédure régissant l'introduction de l'instance par
assignation devant le tribunal de commerce. L'assignation mentionne, s'il y a lieu, le nom du
représentant du demandeur, sans qu'aucune sanction ne soit prévue, alors que les parties sont tenues,
sauf dispositions contraires, de constituer avocat (C. pr. civ., art. 853 ). Pour l'appelant et le
demandeur au pourvoi, la constitution de l'avocat du demandeur doit être contenue, à peine de nullité,
dans la déclaration d'appel (C. pr. civ., art. 901 ) ou, le cas échéant, dans la déclaration de pourvoi
(C. pr. civ., art. 975, 3o).
152. Constitution d'avocat par le défendeur. - Le défendeur, auquel on assimile toute personne qui
devient partie au cours de l'instance, doit constituer par acte propre. Devant le tribunal judiciaire, le
défendeur est tenu, lorsque la représentation par avocat est obligatoire, de constituer avocat dans le
délai de quinze jours à compter de l'assignation dans la procédure ordinaire (C. pr. civ., art. 763 ).
L'expression « est tenu de » est trompeuse, le délai de quinze jours n'étant pas un délai couperet pour le
défendeur, mais plutôt un délai minimum qui lui est accordé pour pouvoir s'organiser. En pratique, le
défendeur dispose d'un délai supérieur, car il est rare que l'affaire soit instruite aussi rapidement. En cas
de procédure à jour fixe, le défendeur est tenu de constituer avant la date d'audience (C. pr. civ.,
art. 842 ). Devant la cour d'appel, l'intimé dispose d'un peu plus de temps. S'il n'a pas constitué avocat
dans le délai d'un mois à compter de l'envoi de la lettre de notification de la déclaration d'appel par le
greffe, la déclaration d'appel doit alors lui être signifiée. À peine de nullité, l'acte de signification doit
indiquer à l'intimé que, faute pour lui de constituer avocat dans un délai de quinze jours à compter de
celle-ci, il s'expose à ce qu'un arrêt soit rendu contre lui sur les seuls éléments fournis par son adversaire
(C. pr. civ., art. 902 ). Devant la Cour de cassation, les dispositions sont encore un peu différentes. Il
n'y a pas de délai particulier à compter de la déclaration de pourvoi et, en l'absence de constitution, le
demandeur en cassation est tenu d'assigner l'adversaire défaillant. L'acte de signification indique au
défendeur qu'il doit, s'il entend défendre au pourvoi, constituer un avocat au Conseil d'État et à la Cour
de cassation (C. pr. civ., art. 977, al. 2). Aucun délai n'est prévu. Il faut alors se reporter à l'article 982
qui énonce que « le défendeur au pourvoi dispose d'un délai de deux mois à compter de la signification
du mémoire du demandeur pour remettre au greffe de la Cour de cassation un mémoire en réponse
signé d'un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation et le notifier à l'avocat du demandeur dans
la forme des notifications entre avocats », à peine d'irrecevabilité du mémoire en réponse. Que ce soit
devant les juges du premier ou du second degré, la constitution de l'avocat par le défendeur ou l'intimé
doit indiquer un certain nombre de renseignements qui ne sont pas sans rappeler ceux que l'on trouve
dans les actes d'huissier de justice. Si le défendeur ou l'intimé est une personne physique, l'acte doit
indiquer ses nom, prénoms, profession, domicile, nationalité, date et lieu de naissance ; s'il s'agit d'une
personne morale, sa forme, sa dénomination, son siège social et l'organe qui le représente légalement
(C. pr. civ., art. 765 et 960 ). Il faut alors se reporter aux solutions jurisprudentielles relatives aux
actes d'huissier et aux requête et déclaration pour savoir ce que la jurisprudence range derrière ces
notions. Si ces renseignements ne sont pas fournis, la sanction prévue par les articles 766 et 961 du
code de procédure civile est l'irrecevabilité des conclusions ultérieures et non pas la nullité comme pour
l'assignation et la déclaration (TGI Nanterre, 4 mars 1975, Gaz. Pal. 1975. 2. 492 ; JCP 1975. IV.
no 6524, obs. J. A. – Comp. pour la constitution d'avoué, Civ. 2e, 8 déc. 1982, no 81-15.586 , Bull.
civ. II, no 161 ; Gaz. Pal. 1983. 1. Pan. 171, obs. Guinchard. – Civ. 2e, 17 déc. 1998, no 96-20.411 ,
Bull. civ. II, no 302 ; RTD civ. 1999. 197, obs. Perrot . – Civ. 2e, 18 nov. 2004, no 03-10.410 ,
Procédures 2005, no 28, obs. Perrot. – Civ. 2e, 1er oct. 2009, no 08-12.417 , Bull. civ. II, no 228 ;
D. 2010. Chron. 532, obs. Sommer et Leroy-Gissinger ; D. 2010. 2671, obs. Delebecque ;
Procédures 2009, no 385, obs. Perrot) qui ne nécessite pas la démonstration d'un grief (Civ. 2e, 18 nov.
2004, no 03-10.410 , préc.). Cette irrecevabilité a été jugée conforme aux garanties de l'article 6, § 1,
de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et notamment au principe du droit
d'accès au juge (Civ. 2e, 14 oct. 2004, no 02-15.457 , Bull. civ. II, no 459 ; D. 2005. Somm. 335, obs.
Julien et Fricero ; Rev. huiss. 2005. 92, obs. Fricero. – Civ. 2e, 21 oct. 2010, no 09-68.952 ,
Procédures 2010, no 395, obs. Perrot). Jusqu'alors, elle pouvait être couverte si les indications étaient
fournies avant l'ordonnance de clôture (Paris, 10 juill. 1978, Gaz. Pal. 1979. 1. Somm. 64). Depuis le
1er septembre 2017, date d'entrée en vigueur du décret no 2017-891 du 6 mai 2017, l'article 961
précise que « Cette fin de non-recevoir peut être régularisée jusqu'au jour du prononcé de la clôture ou,
en l'absence de mise en état, jusqu'à l'ouverture des débats ». L'article 766 ne prévoit rien de tel devant
le tribunal judiciaire.
153. Information de la constitution. - Il pèse ensuite sur l'avocat du défendeur ou de l'intimé l'obligation
d'informer celui du demandeur ou de l'appelant de sa constitution (C. pr. civ., art. 764 et 903 ), le
défendeur qui ne respecte pas cette formalité s'expose à être jugé par défaut (Civ. 2e, 6 mai 1976, Bull.
civ. II, no 146). Si l'article 903 énonce, dans le cadre de la procédure d'appel avec représentation
obligatoire, que « dès qu'il est constitué, l'avocat de l'intimé en informe celui de l'appelant et remet une
copie de son acte de constitution au greffe », l'article 764 dispose seulement que « copie de l'acte de
constitution est remise au greffe », sans préciser à qui incombe cette obligation. Dans la pratique, c'est
alors généralement l'avocat du demandeur – à qui cette constitution a été signifiée – qui dépose cette
dernière en même temps qu'il remet une copie de l'assignation au greffe. Il n'y a alors pas de difficulté,
le greffier pouvant convoquer les deux défenseurs clairement identifiés. Or il n'est pas rare que l'avocat
du défendeur ne soit pas constitué avant la remise au greffe de la copie. Pour que cette constitution, que
l'avocat du défendeur déposerait lui-même sans référence, ne se perde pas au greffe, il a été convenu,
par la pratique et par le règlement intérieur d'un certain nombre de barreaux, que c'est à l'avocat du
demandeur, dès qu'il en a connaissance, qu'il incombe le dépôt de la constitution de l'avocat du
défendeur puisqu'il connaît ces références (LATIL, note sous Aix-en-Provence, 10 sept. et 16 oct.
1986, Gaz. Pal. 1987. 1. 211. – CORDELIER et FLÉCHEUX, Le dépôt au greffe de l'acte de
constitution de l'avocat est-il une condition première du contradictoire ?, Gaz. Pal. 1986. 1. Doctr. 116).
Mais le plus souvent, pour éviter une démarche au palais de justice, l'avocat du demandeur ne dépose la
constitution de son confrère que lors de la première audience (CROZE, MOREL et FRADIN, op. cit.,
spéc. no 794, p. 285). Cela nuit à l'efficacité de la conférence d'appel des causes, mais cela n'est pas une
cause en soit de nullité du jugement (Civ. 2e, 26 oct. 2006, no 05-10.356 , Bull. civ. II, no 297 ;
Gaz. Pal. 29 août-1er sept. 2007, p. 11, note Clavier). Le problème survient quand l'avocat du
demandeur ne remet pas la constitution de la partie adverse. Les juges du fond étaient divisés quant au
sort du jugement rendu dans ces circonstances. Il a été jugé que, dès lors que l'avocat du défendeur n'a
pas déposé au greffe copie de sa constitution mais a averti de celle-ci l'avocat du demandeur qui laisse
clôturer la mise en état et prendre un jugement réputé contradictoire, sans avoir communiqué ses
pièces, non jointes à l'assignation, le jugement ainsi rendu est nul, au motif que le tribunal a été trompé
et empêché de veiller utilement au respect du contradictoire (Aix-en-Provence, 10 déc. 1992, Gaz. Pal.
1993. 463, note Latil ; RTD civ. 1994. 158, obs. Perrot . – Déjà, dans le même sens, mais avec une
autre motivation : Aix-en-Provence, 5 mai 1987, JCP 1988. II. 21004, note Leborgne). Mais il a été
aussi jugé que le jugement ne peut être annulé au motif qu'il incombe à l'avocat du défendeur de
déposer sa constitution au greffe et que la pratique des barreaux qui met ce dépôt à la charge de l'avocat
du demandeur ne s'impose pas au tribunal, qui n'est pas concerné par un éventuel manquement aux
règles de déontologie professionnelle (Aix-en-Provence, 8 janv. 1985, Gaz. Pal. 1985. 2. 698, note
Latil ; RTD civ. 1986. 413, obs. Perrot. – 10 sept. 1986 et 16 oct. 1986, JCP 1988. II. 21010, note
Blaisse ; Gaz. Pal. 1987. 1. 211, note Latil. – Et encore Douai, 17 févr. 1994, D. 1995. Somm. 109, obs.
Fricero , qui estime qu'il ne peut y avoir violation du contradictoire dès lors que le tribunal n'a pas été
informé de l'existence d'un contradicteur). C'est la position qu'a adoptée la Cour de cassation dans un
arrêt du 26 octobre 2006, puisque, pour elle, c'est à l'avocat du défendeur qu'il incombe de déposer sa
propre constitution au greffe (Civ. 2e, 26 oct. 2006, no 05-10.356 , préc.). Cette solution doit ainsi
être rapprochée des dispositions de l'article 903 du code de procédure civile applicables à la
constitution d'avocat par l'intimé. Enfin, on peut regretter qu'aucune disposition similaire aux articles
764 et 903 n'ait été adoptée dans le cadre de la procédure devant le tribunal de commerce par laquelle
la représentation par avocat est aujourd'hui le principe (C. pr. civ., art. 853 ).
154. Spécificité due à la représentation ad agendum. - Lorsque la partie est représentée à l'action, le
nom du représenté et du représentant doivent apparaître dans les actes (V. Assistance et représentation
en justice [Pr. civ.]). Cette règle n'est pas exprimée par un texte, mais découle de l'adage « nul ne plaide
par procureur » (GLENN, À propos de la maxime « Nul ne plaide par procureur », RTD civ. 1988.
59. – ROLAND et BOYER, Adages du droit français, 4e éd., 1999, Litec, no 278, p. 551).
155. Spécificité due à la représentation ad litem. - Il n'y a pas dans le code de procédure civile, s'agissant
des actes d'avocat, de dispositions générales, comme celles de l'article 648 pour les actes d'huissiers de
justice. Néanmoins, doctrine et jurisprudence s'accordent pour exiger un minimum de mentions outre
celles spécifiques à la représentation ad agendum et celles spécifiques à chaque catégorie d'actes. Elles
s'imposent, non en vertu d'un texte, mais compte tenu de l'objet des actes qui supposent un débat
contradictoire : l'avocat portera nécessairement à la connaissance de son adversaire la date de l'acte, son
identité et celle de la partie qu'il représente, le tout sous sa signature (VINCENT et GUINCHARD,
op. cit., no 648).
156. Catégories d’actes. - Sans prétendre à l’exhaustivité, les actes réalisés par les parties ou en leur nom
peuvent être rangés en trois catégories : les actes introductifs d’instance (V. infra, nos 157 s.), les actes
relatifs au déroulement de l’instance (V. infra, nos 177 s.) et la communication des pièces (V. infra,
nos 190 s.).
157. Simplification. - Longtemps, cinq modes introductifs d'instance ont été prévus à l'article 54 du
code de procédure civile : la présentation volontaire des parties devant le juge, l'assignation, la requête
conjointe, la requête unilatérale et la déclaration. Or, la présentation volontaire était très peu utilisée.
Quant aux requêtes et à la déclaration, elles ont vu, au fil des réformes, leur qualité rédactionnelle se
rapprocher de celle de l'assignation, sans toutefois l'égaler. Cette attraction a conduit à s'interroger sur
l'intérêt du maintien de la diversité, et ce, alors que le rapport sur l'amélioration et la simplification de la
procédure civile, remis en janvier 2018 au ministre de la Justice, soulignait que « la variété des modes
de saisine existant pour une même juridiction est un facteur de complication des méthodes de travail
alors que le numérique offre d'importantes perspectives de standardisation et devrait permettre de
limiter les tâches répétitives » (Rapport, p. 16). Le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019
réformant la procédure civile, et portant application de la loi no 2019-222 du 23 mars 2019 de
programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice a donc procédé à la simplification des modes
introductifs d'instance (MOURRE-SCHREIBER, Réforme de la procédure : simplification des modes
de saisine, D. actu. 18 déc. 2019). Cela passe par la réduction de leur nombre, sans toutefois parvenir à
un acte unique. Le nouvel article 54 du code de procédure civile énonce que « la demande initiale est
formée par assignation ou par requête remise ou adressée au greffe de la juridiction ». Ainsi subsiste aux
côtés de l'acte d'huissier qu'est l'assignation (V. supra, no 129) la requête, dont le coût est moindre
(V. infra, nos 158 s.). En outre, la requête peut être unilatérale ou conjointe comme l'indique l'alinéa 1
in fine de l'article 54. Quant à la déclaration, si elle a disparu des modes introductifs, c'est seulement en
première instance (V. infra, nos 173 s.). L'appel est toujours interjeté par le truchement d'une
déclaration (ou par requête conjointe) que ce soit dans la procédure avec représentation obligatoire
(C. pr. civ., art. 900 s.), dans la procédure sans représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 932 s.) ou
encore en matière gracieuse (C. pr. civ., art. 950 ). Il en va de même du pourvoi en cassation : il est
formé par déclaration qu'il s'agisse de la procédure avec ou sans représentation obligatoire (C. pr. civ.,
art. 974 et 984 ). On constate alors une harmonisation des règles régissant ces différents modes
introductifs d'instance, c'est pourquoi il faut renvoyer aux règles régissant l'assignation (V. supra,
no 129) et préciser les règles spécifiques.
1° - Requête
158. Notion. - Il n'existe pas de définition générale de la requête. Il peut seulement être déduit de
l'article 54 du code de procédure civile qu'il s'agit d'une forme que peut prendre la demande initiale, par
laquelle un plaideur introduit un procès. Il en découle un certain nombre de dispositions communes à
toutes les requêtes (V. infra, nos 159 s.). L'article 57 en décrit les effets qui diffèrent selon que l'on est en
présence d'une requête unilatérale (V. infra, nos 166 s.) ou d'une requête conjointe (V. infra, nos 171 s.).
159. Mentions requises à peine de nullité. - La requête doit contenir un certain nombre de mentions à
peine de nullité. Si cette sanction était déjà celle qui était prévue en cas de non-respect des conditions
de forme de la requête unilatérale, c'est l'irrecevabilité qui a longtemps sanctionné le non-respect des
conditions de forme de la requête conjointe. Depuis le décret du 11 décembre 2019, la sanction est
unifiée par le nouvel article 57 du code de procédure civile. Ce texte prévoit que toute requête
contient, à peine de nullité, les mentions énoncées à l'article 54 du code de procédure civile, ainsi que
des mentions spécifiques. Il s'agit, tout d'abord, et en vertu de l'article 54, de l'indication de la juridiction
devant laquelle la demande est portée (V. supra, no 133).
160. Identification des demandeurs. - La requête doit, en vertu de l'article 54 du code de procédure
civile, identifier le demandeur de la requête unilatérale ou les parties de la requête conjointe avec la
traditionnelle distinction selon qu'il s'agit de personnes physiques ou de personnes morales. Pour les
personnes physiques, la requête doit mentionner leurs nom, prénoms, profession, domicile, nationalité,
date et lieu de naissance de chacun des requérants. Pour les personnes morales, doivent apparaître leur
forme, leur dénomination, leur siège social et l'organe qui les représente légalement.
161. Objet de la demande et pièces. - L'article 54, 2o, du code de procédure civile exige que la requête
fasse état de « l'objet de la demande ». La formulation n'est pas précisée comme elle l'est pour
l'assignation (V. supra, no 131 – pour une nuance devant le tribunal judiciaire, V. infra, no 163). Le
professeur PERROT a pu estimer que la formule lacunaire était due au fait que la requête était portée,
« non à la connaissance d'un adversaire, mais à celle du juge lui-même » (PERROT, Décret no 2005-
1678 du 28 décembre 2005, Procédures 2006. Étude 4, spéc. no 4, p. 5). L'assertion est aujourd'hui
discutable, car s'il est vrai que le juge est spécialiste du droit, à la différence du quidam, l'exposé des
moyens de droit, exigé dans l'assignation, n'a pas pour seul but d'instruire la partie adverse. Il s'inscrit
dans un principe de coopération entre le juge et les parties (MOTULSKY, article préc., D. 1972.
Chron. 91, spéc. no 2, p. 92. – CADIET, NORMAND et AMRANI-MEKKI, op. cit., spéc. no 204,
p. 387 et no 438, p. 802), principe nécessaire à une mise en état efficace. La seule explication plausible
à cette différence d'exigences tient au fait que la requête introduit en général des procédures sans
représentation obligatoire. L'expression « objet de la demande » est suffisamment large pour ne pas
enfermer le justiciable, qui ne serait pas représenté par un professionnel, dans des concepts juridiques
trop précis pouvant entraîner la nullité de l'acte ouvrant la mise en état. Dans les cas où le litige
concerne un immeuble, la requête porte encore les indications exigées pour la publication au fichier
immobilier (V. supra, no 132). L'article 57 du code de procédure civile ajoute que la requête doit
indiquer, toujours à peine de nullité, les pièces sur lesquelles la demande est fondée.
162. Date et signature. - La requête doit être datée et signée (C. pr. civ., art. 57 , dern. al.). Rien n'est
dit quant à l'identité du ou des signataires. Il s'agit assurément de celle du demandeur ou des parties,
mais également celle de leur représentant dans les procédures avec représentation obligatoire (C. pr.
civ., art. 757 et 927 ). Deux remarques doivent être faites à ce sujet. Premièrement, aucune
disposition relative au tribunal de commerce ne prévoit que la requête doit être signée par les avocats
constitués alors même que depuis le décret du 11 décembre 2019, les parties sont tenues, par principe,
de constituer avocat (C. pr. civ., art. 853 ). Deuxièmement, ni l'article 57 ni les articles 757 et 927 ne
prévoient de sanction en l'absence de signature – pas plus qu'en l'absence de date. Toutefois, il s'agit
d'un élément important de l'identification de l'auteur de l'acte. On ne peut imaginer que son absence ou
son irrégularité ne soit pas sanctionnée. La chambre sociale de la Cour de cassation décide d'y voir une
irrégularité de fond. C'est le cas lorsque la signature figurant sur la déclaration est illisible ou non
identifiée et qu'elle est précédée de la formule « P.O. », sans qu'aucune mention de l'acte ne permette de
déterminer l'identité ou la qualité de son auteur (Soc. 20 juin 2007, no 05-45.560 , préc. – Soc. 7 nov.
2007, no 06-42.102 , préc. – V. supra, no 11). Quant à l'article 1090 du code de procédure civile, il
énonce que c'est à peine d'irrecevabilité que la requête en divorce par consentement mutuel est datée et
signée par chacun des époux et leur avocat. On retrouve ici l'ancienne sanction des requêtes conjointes.
163. Spécificités tenant au tribunal judiciaire. - Qu'elle soit unilatérale ou conjointe, lorsqu'elle est
utilisée pour introduire une instance devant le tribunal judiciaire, la requête doit contenir, en vertu de
l'article 54 du code de procédure civile renvoyant à l'article 750-1 du même code, les diligences
entreprises en vue d'une résolution amiable du litige ou la justification de la dispense d'une telle
tentative (V. supra, no 134). C'est obligatoirement le cas lorsque la demande « tend au paiement d'une
somme n'excédant pas 5 000 euros ou lorsqu'elle est relative à l'une des actions mentionnées aux articles
R. 211-3-4 et R. 211-3-8 du code de l'organisation judiciaire ». En outre, la requête doit contenir les
mentions énoncées à l'article 757 du code de procédure civile. Certaines sont exigées à peine de nullité.
Il s'agit, tout d'abord, de l'exposé sommaire des motifs de la demande venant préciser son objet. S'il n'est
pas exigé un exposé des moyens de fait et des moyens de droit, c'est que cela pourrait être un piège pour
les parties qui, en cas de dispense, peuvent faire le choix de ne pas être représentées par un avocat. Il
s'agit, ensuite, de la constitution, le cas échéant, de l'avocat ou des avocats des parties. Aux côtés des
mentions exigées à peine de nullité, la requête doit également indiquer, le cas échéant, l'accord du
requérant ou des requérants pour que la procédure se déroule sans audience en application de l'article
L. 212-5-1 du code de l'organisation judiciaire (V. supra, no 69). Enfin, « les pièces que le requérant
souhaite invoquer à l'appui de ses prétentions sont jointes à sa requête en autant de copies que de
personnes dont la convocation est demandée ». Toutefois, si la requête est formée par voie électronique,
un seul exemplaire est joint.
164. Dématérialisation et rematérialisation. - Aujourd'hui, des sites internet proposent aux justiciables
d'agir pour eux dans le cadre des petits litiges de la vie quotidienne. Moyennant finance – 349 euros
pour une procédure prud'homale sans avocat, 1 499 euros avec avocat – ces sites génèrent des mises en
demeure, mais proposent également de saisir un juge. Concrètement, le demandeur constitue son
dossier en ligne qu'il signe électroniquement. Ce dossier, reprenant les formulaires Cerfa présents sur le
Web, est ensuite transmis à la juridiction au format papier par courrier postal : d'où l'idée d'une
rematérialisation. Diverses juridictions de proximité ont eu à se prononcer sur la validité d'une telle
déclaration (BLÉRY et TEBOUL, Saisine dématérialisée du tribunal d'instance ou de la juridiction de
proximité ? Chercher l'erreur, Gaz. Pal. éd. spéciale 1er-3 sept. 2013 ; Entre nullité pour vice de forme,
nullité pour irrégularité de fond et exercice illégal de la profession d'avocat : l'audacieux mais périlleux
équilibre de demanderjustice.com, JCP 2014. 578). Certaines se sont montrées favorables à cette
nouvelle manière d'introduire l'instance, estimant que c'est bien le demandeur qui rédige la déclaration
directement en ligne et qu'une signature électronique y est apposée. D'autres ont estimé qu'une telle
déclaration est nulle pour irrégularité de fond, le site internet n'étant pas un avocat et n'ayant pas de
pouvoir spécial : « il n'est pas contesté que la déclaration au greffe a été rédigée, matériellement mise en
forme et adressée par un tiers, par le biais du site internet. Or le rédacteur et signataire de la déclaration
ne s'est pas présenté comme tel dans cet acte. Il n'a pas justifié d'un pouvoir spécial de représentation au
sens des dispositions de l'article 117 du code de procédure civile. Cette irrégularité de fond au titre de
l'article 117 du code de procédure civile justifie que soit prononcée la nullité de la déclaration au
greffe » (Juge prox. Rodez, 10 avr. 2014, Procédures 2014, no 4, actu juris. p. 97). Dans ce contexte, la
position de la Cour de cassation était attendue, mais cette dernière ne s'est pas prononcée formellement
sur la validité ou non du procédé (Civ. 2e, 20 mars 2014, no 13-15.755 , D. 2015. 35, obs.
T. Wickers . – PORTMANN, Validité d'une déclaration au greffe signée électroniquement : la Cour
de cassation botte en touche, D. actu. 21 juin 2014). De plus, un autre problème ne doit pas être
négligé. En procédure civile, la communication par voie électronique est strictement encadrée,
notamment par les articles 748-1 et suivants du code de procédure civile. L'article 748-6 exige
notamment que les procédés techniques utilisés pour ces envois, remises et notifications garantissent,
dans des conditions fixées par arrêté du garde des Sceaux, ministre de la Justice, « la fiabilité de
l'identification des parties à la communication électronique, l'intégrité des documents adressés, la
sécurité et la confidentialité des échanges, la conservation des transmissions opérées et permettre
d'établir de manière certaine la date d'envoi et celle de la réception par le destinataire ». Ce sont les
arrêtés techniques. Or, aucun arrêté relatif à la procédure devant le tribunal judiciaire n'existe et « la
signature électronique, serait-elle certifiée et apposée par le client, ne saurait pallier [cette] absence
d'arrêté technique » (BLÉRY et TEBOUL, article préc., Gaz. Pal. éd. spéciale 1er-3 sept. 2013).
165. Spécificité tenant à la matière gracieuse. - L'article 60 du code de procédure civile énonce qu'« en
matière gracieuse, la demande est formée par requête ». D'apparence fort simple, ce texte n'est pas sans
poser quelques difficultés. Tout d'abord, le texte ne permet pas de savoir s'il s'agit uniquement de
requête unilatérale ou également de requête conjointe. L'absence d'adversaire peut conduire à conclure
qu'il s'agit uniquement de requête unilatérale, mais certains auteurs estiment qu'en raison d'une possible
pluralité de requérants, la requête en matière gracieuse peut également être conjointe (CAYROL,
Actes introductifs d'instance, in Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen
2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action, spéc. no 282.101, p. 863). Il peut être objecté qu'une requête
contentieuse peut émaner de plusieurs demandeurs, elle n'en reste pas moins unilatérale. Sans doute
faut-il alors considérer que la requête gracieuse est une catégorie à part, ni unilatérale, ni conjointe. Les
textes qui la régissent peuvent d'ailleurs appuyer cette interprétation. L'article 60 du code de procédure
civile ne renvoie pas aux textes généraux relatifs aux requêtes que sont les articles 54 et 57 du même
code. Cela pose difficulté, car l'article 60 ne donne aucune précision notamment quant au contenu de
la requête en matière gracieuse. En accord avec le professeur Cayrol, il faut admettre que, si cela
confère une certaine liberté aux parties, elles sont quand même dans l'obligation de fournir un certain
nombre d'informations si elles veulent que le juge fasse droit à leur demande. Il est donc recommandé
que la requête identifie la juridiction, le requérant, ses prétentions et comporte en annexe les pièces
justificatives (CAYROL, Actes introductifs d'instance, op. cit.). Faute de prescription expresse, aucune
omission ne pourra être sanctionnée. Enfin, l'absence de contenu imposé doit être nuancée pour
certaines requêtes. Ainsi, devant le tribunal judiciaire, la demande étant formée par un avocat ou par
un officier public ou ministériel (C. pr. civ., art. 808 ), il semble naturel que ce dernier s'identifie et
signe ladite demande prenant les traits d'une requête. Il existe toutefois une exception à la
représentation obligatoire, dans le cadre de la procédure d'adoption (C. pr. civ., art. 1168 , al. 2. –
V. Adoption [Pr. civ.]). En revanche, la requête qui introduit cette procédure d'adoption doit préciser si
la demande tend à une adoption plénière ou une adoption simple (C. pr. civ., art. 1169 ). Enfin,
devant le juge aux affaires familiales, la requête en matière gracieuse peut également présenter
quelques spécificités. Lorsque le divorce ou la séparation de corps par consentement mutuel sont
judiciaires, la demande est formée par les deux époux dans une seule et même requête (C. pr. civ.,
art. 1089 ) par le biais de leur(s) avocat(s) (C. civ., art. 250 ). La requête ne fait pas apparaître les
faits à l'origine de la demande. En revanche, elle doit indiquer l'identité des époux et de leurs éventuels
enfants, la date et le lieu de leur mariage, les renseignements prévus à l'article 1075, l'indication de la
juridiction saisie, le noms de l'avocat ou des avocats chargés de les représenter. L'article 1090 du code
de procédure civile prévoit que ces mentions sont exigées à peine d'irrecevabilité, tout comme
l'exigence de la date de la requête et sa signature par chacun des époux et leur avocat. Quant à la
demande d''homologation judiciaire du changement de régime matrimonial (C. pr. civ., art. 1301 . –
V. Régimes matrimoniaux [Pr. civ.]), elle prend la forme d'une requête qui doit être accompagnée
d'« une expédition de l'acte notarié qui modifie ou change entièrement le régime matrimonial » (C. pr.
civ., art. 1302 ).
b. - Dispositions propres à la requête unilatérale
166. Notion et mentions spécifiques. - Selon l'article 57 du code de procédure civile, la requête
unilatérale est celle par laquelle le demandeur saisit la juridiction sans que son adversaire en ait été
préalablement informé. Dans ce cas, l'identification du défendeur est exigée à peine de nullité (C. pr.
civ., art. 57 , al. 2). Plus précisément, s'il s'agit d'une personne physique, ce sont le nom, les prénoms et
le domicile de celle-ci qui doivent être indiqués. Il faut ici aussi reprendre les solutions
jurisprudentielles répertoriées à propos de l'identification du destinataire dans les actes d'huissier de
justice (V. supra, nos 115 s.). On constate alors que les éléments d'identification sont beaucoup moins
nombreux. De même, si l'acte est formé contre une personne morale, seuls sa dénomination et son siège
social sont exigés. Ainsi, « l'indication du nom du représentant de la personne morale intimée ne
constitue pas une condition de validité de l'acte déclarant appel » (Civ. 3e, 11 juill. 2001, no 99-21.483
). À nouveau, il faut se reporter aux développements opérés à l'occasion de l'étude des actes d'huissier
(V. supra, nos 115 s.).
167. Devant le tribunal judiciaire. - La requête unilatérale peut servir à présenter la demande initiale
devant lorsque le montant de la demande n'excède pas 5 000 euros en procédure orale ordinaire ou
dans certaines matières fixées par la loi ou le règlement (C. pr. civ., art. 750 , al. 2). Ainsi, en matière
de contestation sur les conditions des funérailles, le tribunal judiciaire est saisi à la requête de la partie
la plus diligente (C. pr. civ., art. 1061-1 ). De, même, dans le cadre du contentieux de la sécurité
sociale, les tribunaux judiciaires, spécialement désignés (COJ, art. L. 211-16 ) sont saisis par requête
« remise ou adressée au greffe par lettre recommandée avec avis de réception » (CSS, art. R. 142-10-1
). Outre les mentions prescrites par l'article 57 du code de procédure civile, l'article R. 142-10-1 du
code de la sécurité sociale exige que la requête contienne « un exposé sommaire des motifs de la
demande », sans qu'aucune sanction ne soit néanmoins prévue en cas d'oubli. Elle est encore
accompagnée « des pièces que le demandeur souhaite invoquer à l'appui de ses prétentions »,
énumérées sur un bordereau qui lui est annexé et « d'une copie de la décision contestée ou en cas de
décision implicite, de la copie de la décision initiale de l'autorité administrative et de l'organisme de
sécurité sociale ainsi que de la copie de son recours préalable ». Enfin, la requête indique, le cas
échéant, le nom et l'adresse du médecin que le demandeur désigne pour recevoir les documents
médicaux. Dans le cadre du contentieux social, lorsque le tribunal judiciaire est appelé à statuer en
matière prud'homale, les demandes sont formées conformément à la procédure applicable devant les
conseils de prud'hommes (C. trav., art. R. 1451-3 ), c'est-à-dire par requête (V. infra, no 168). À
propos des demandes de délégation, de retrait total ou partiel de l'autorité parentale et de déclaration
judiciaire de délaissement parental, le tribunal judiciaire est saisi sur requête (C. pr. civ., art. 1203 ).
Outre les mentions prescrites à peine de nullité par l'article 57 du code de procédure civile, la requête
doit indiquer, à peine d'irrecevabilité, le lieu où demeure le mineur et, le cas échéant, le lieu où
demeurent le ou les titulaires de l'autorité parentale ainsi que les motifs de la requête. La requête est
encore utilisée pour introduire la procédure d'injonction de payer et la procédure d'injonction de faire.
Pour la première, outre les mentions prescrites par l'article 57, la requête contient l'indication précise du
montant de la somme réclamée avec le décompte des différents éléments de la créance ainsi que le
fondement de celle-ci (C. pr. civ., art. 1407 . – V. Injonction de payer [Pr. civ.]). Pour la seconde, la
requête contient l'indication précise de la nature de l'obligation dont l'exécution est poursuivie ainsi que
le fondement de celle-ci et, éventuellement, les dommages et intérêts qui seront réclamés en cas
d'inexécution de l'injonction de faire. (C. pr. civ., art. 1425-3 . – V. Injonction de faire [Pr. civ.,
Com.]). Dans les deux cas, la requête est accompagnée des documents justificatifs.
168. Devant le conseil de prud'hommes. - Depuis le décret no 2016-660 du 20 mai 2016 relatif à la
justice prud'homale, la saisine du conseil de prud'hommes se fait également par requête (C. trav.,
art. R. 1452-1 ). « Elle comporte les mentions prescrites à peine de nullité à l'article 57 du code de
procédure civile. En outre, elle contient un exposé sommaire des motifs de la demande et mentionne
chacun des chefs de celle-ci. Elle est accompagnée des pièces que le demandeur souhaite invoquer à
l'appui de ses prétentions. Ces pièces sont énumérées sur un bordereau qui lui est annexé » (C. trav.,
art. R. 1452-2 ). La requête et le bordereau sont établis en autant d'exemplaires qu'il existe de
défendeurs, outre l'exemplaire destiné à la juridiction (C. trav., art. R. 1452-2 , al. 3). La rédaction de
cet article pose une difficulté. Si l'alinéa 2 prévoit que c'est à peine de nullité que la requête doit
comporter les mentions de l'article 57 du code de procédure civile, il n'est pas évident que cette nullité,
cantonnée à la première phrase de l'alinéa 2, soit également prévue pour sanctionner les exigences
contenues dans la suite de l'alinéa (motivation, pièces, bordereau…). D'ailleurs, le conseil de
prud'hommes de Melun, par un jugement de départage du 27 janvier 2017, a jugé que le défaut de
motivation de la requête ne saurait être sanctionné par la nullité (Cons. prud'h. Melun, formation de
départage, 27 janv. 2017, no 16/00602), en se fondant sur l'audition de madame Taubira citée dans le
rapport déposé par la mission d'information commune de l'Assemblée nationale sur l'application de la
loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques. La garde des
Sceaux précisait alors « le choix a été fait de miser sur le changement de culture, en incitant à la
formalisation de la demande, plutôt que d'imposer un formalisme en l'assortissant d'une sanction
procédurale qui conduirait à des contentieux préalables dès le stade de la saisine du conseil de
prud'hommes » (Rapport d'information sur l'application de la loi no 2015-990 pour la croissance,
l'activité et l'égalité des chances économiques, présenté par R. FERRAND, JOAN 22 mars 2016,
no 3596, p. 151).
169. Devant le tribunal paritaire des baux ruraux. - Le tribunal paritaire des baux ruraux peut être saisi
par une requête remplissant les exigences des articles 54 et 57 du code de procédure civile (C. pr. civ.,
art. 885 . – V. Tribunal paritaire des baux ruraux [Pr. civ.]). Elle doit, en outre, indiquer, même de
façon sommaire, les motifs sur lesquels elle repose.
170. Dans le cadre d'une ordonnance sur requête. - Pour obtenir du juge une ordonnance provisoire
rendue non contradictoirement dans les cas où le requérant est fondé à ne pas appeler de partie adverse,
le demandeur doit lui adresser une requête (C. pr. civ., art. 493 s. – V. Ordonnance sur requête [Pr.
civ.]). Cette requête doit être présentée en double exemplaire, l'un pour le dossier du tribunal, l'autre
pour l'exécution, au greffe de la juridiction saisie. Elle doit être motivée et comporter l'indication
précise des pièces invoquées. Si elle est présentée à l'occasion d'une instance, elle doit indiquer la
juridiction saisie (C. pr. civ., art. 494 ). Bien que l'article 494 n'assortisse d'aucune sanction ces
exigences, la Cour de cassation a jugé que le défaut d'indication des pièces invoquées constitue une
violation du principe du contradictoire (Civ. 2e, 6 mai 1999, no 95-21.430 , Bull. civ. II, no 84 ;
D. 1999. 143 ; Procédures 2000, no 177, obs. Perrot). En outre, il semble évident que la requête fait
apparaître le nom de l'avocat et sa signature, chaque fois que sa constitution est obligatoire (C. pr. civ.,
art. 846 et 874 ) ou de la personne autorisée à assister ou à représenter le requérant (C. pr. civ.,
art. 874 , al. 4).
171. Notion et domaine. - L'article 57 du code de procédure civile énonce que la requête conjointe est
l'acte commun par lequel les parties soumettent au juge leurs prétentions respectives, les points sur
lesquels elles sont en désaccord ainsi que leurs moyens respectifs (V. Requête conjointe [Pr. civ.]). De
plus, lorsque la faculté leur est ouverte par l'article 12 du code de procédure civile, « les parties peuvent,
si elles ne l'ont déjà fait depuis la naissance du litige, conférer au juge, dans la requête conjointe,
mission de statuer comme amiable compositeur ou le lier par les qualifications et points de droit
auxquels elles entendent limiter le débat » (C. pr. civ., art. 58 ). Il est possible de recourir à la requête
conjointe pour introduire l'instance devant le tribunal judiciaire (C. pr. civ., art. 750 , al. 3), devant le
tribunal de commerce (C. pr. civ., art. 854 , 859 ), mais également pour former appel (C. pr. civ.,
art. 900 et 926 à 930 ).
172. Spécificité tenant à l'appel. - L'introduction de l'instance d'appel par requête conjointe est possible
dans le cadre d'une procédure contentieuse avec représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 900
et 926 à 930 ). Cette requête n'est alors recevable que si elle est présentée par tous les plaideurs qui
avaient occupé la position de partie devant les premiers juges (C. pr. civ., art. 926 ). Outre les
mentions prescrites à l'article 57, la requête conjointe contient, à peine d'irrecevabilité – et non de
nullité – une copie certifiée conforme du jugement, le cas échéant, l'indication des chefs du jugement
auquel l'appel est limité et la constitution des avocats des parties. Elle est signée par ces derniers (C. pr.
civ., art. 927 ).
2° - Déclaration
173. Notion et domaine. - Si avant le décret du 11 décembre 2019, l'ancien article 58 du code de
procédure civile donnait une définition commune à la requête et à la décalaration, avec la simplification
des modes introductifs d'instance (V. supra, no 157), la déclaration a disparu des articles relatifs à la
demande en justice et a perdu, par la même occasion, sa définitition générale. Pourtant, elle est toujours
l'acte introductif des instances de recours par lequel le demandeur saisit la juridiction sans que son
adversaire en ait été préalablement informé. L'appel est interjeté par le truchement d'une déclaration –
quand il ne l'est pas par requête conjointe (V. supra, no 172) – que ce soit dans la procédure avec
représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 900 s.), dans la procédure sans représentation obligatoire
(C. pr. civ., art. 932 s.) ou encore en matière gracieuse (C. pr. civ., art. 950 ). Il en va de même du
pourvoi en cassation : il est formé par déclaration qu'il s'agisse de la procédure avec ou sans
représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 974 et 984 ). On constate alors un certain alignement
des règles régissant la forme des déclarations sur celles des assignations et des requêtes.
Indivisibilité de l'objet du litige et effet dévolutif. Si l'appelant n'est pas tenu de mentionner dans
la déclaration d'appel un ou plusieurs des chefs de dispositif du jugement qu'il critique lorsqu'il
entend se prévaloir de l'indivisibilité de l'objet du litige, il n'en doit pas moins se référer, dans la
déclaration, à cette indivisibilité.
La cour d'appel qui relève que la déclaration d'appel se borne à mentionner en objet que l'appel
est « total » en déduit donc exactement qu'elle n'est saisie d'aucun chef de dispositif du jugement
(Civ. 2e, 9 juin 2022, no 20-20.936, D. actu. 11 juill. 2022, obs. C. Lhermitte).
La cour d'appel qui constate que la déclaration d'appel mentionne que l'appel est « limité aux
chefs de jugement expressément critiqués », sans les détailler et sans référence à l'indivisibilité de
l'objet du litige, se borne à mentionner en objet que l'appel est « total » en déduit donc exactement
que l'effet dévolutif n'a pas opéré (Civ. 2e, 9 juin 2022, no 21-11.401, D. actu. 13 juill. 2022, obs.
C. Lhermitte).
Annexe à la déclaration d'appel : nouveau revirement par avis de la Cour de cassation. Une
déclaration d'appel, à laquelle est jointe une annexe comportant les chefs de dispositif du
jugement critiqués, constitue l'acte d'appel conforme aux exigences de l'article 901 du code de
procédure civile, dans sa nouvelle rédaction issue du décret no 2022-245 du 25 février 2022,
même en l'absence d'empêchement technique (Civ. 2e, avis, 8 juill. 2022, no 22-70.005, D. actu.
20 juill. 2022, obs. R. Laffly).
175. Déclaration d'appel (représentation facultative). - Lorsque la procédure est sans représentation
obligatoire, la déclaration doit remplir les exigences de l'article 933 du code de procédure civile,
calquées sur celles de l'article 901 du même code. L'article 933 commence par renvoyer aux 2° et 3° de
l'article 54 et au troisième alinéa de l'article 57 du code de procédure civile. On peut noter ici que le
décret no 2021-1322 du 11 octobre 2021 n'est pas venu remplacer le troisième alinéa par le cinquième
comme il l'a fait pour l'article 901 (V. supra, no 174). Cela a deux conséquences. Premièrement, en
raison du renvoi à l'article 54, 3°, le renvoi à l'article 57, alinéa 3, est redondant, tous deux visant
l'identification du demandeur. Deuxièmement, la date et la signature de la requête ne sont pas exigées.
La signature ne figure d'ailleurs pas parmi les mentions expressément requises par l'article 933, comme
c'est le cas dans l'article 901. Il est seulement demandé de désigner le jugement dont il est fait appel, de
préciser les chefs du jugement critiqués auquel l'appel est limité, sauf si l'appel tend à l'annulation du
jugement ou si l'objet du litige est indivisible, et le nom et l'adresse du représentant de l'appelant, le cas
échéant. La déclaration est en outre accompagnée d'une copie de la décision. Toutefois, la Cour de
cassation a décidé à plusieurs reprises que l'acte qui ne comporte pas la signature de son auteur ne vaut
pas déclaration d'appel (Civ. 2e, 30 avr. 2003, no 00-46.467 , Bull. civ. II, no 118 ; D. 2003. 2827,
obs. Le Stanc ; D. 2003. IR 2827 ; JCP 2003. IV. 2084. – Civ. 2e, 4 déc. 2008, no 07-19.775 ,
Bull. civ. II, no 260 ; D. 2009. AJ 107 ; JCP S 2009. 1061, obs. Boulmier). Toutefois, « l'absence
de signature de l'acte d'appel formé au nom d'une personne identifiée constitue une irrégularité de
forme qui ne peut entraîner la nullité de l'acte que s'il est justifié d'un grief » (Soc. 13 juin 2012, no 11-
12.315 . – Civ. 2e, 23 janv. 2014, no 13-12.052 . – Civ. 2e, 22 janv. 2015, no 13-24.606 . –
Civ. 2e, 28 mai 2015, no 13-19.599 . – Civ. 2e, 7 janv. 2016, no 14-28.015 ). Bien que rendue à
propos d'une procédure sans représentation obligatoire, cette solution, rédigée en termes généraux et au
visa des articles 114 et 117 du code de procédure civile, semble devoir s'étendre à la procédure avec
représentation obligatoire. En outre, la deuxième chambre civile est revenue sur l'exigence de préciser
les chefs de jugement critiqués. Dans le cadre d'une procédure avec représentation obligatoire, elle a
déduit de l'article 562 du code de procédure civile que lorsque la déclaration d'appel tend à la
réformation du jugement sans mentionner les chefs de jugement qui sont critiqués, l'effet dévolutif
n'opère pas (V. supra, no 174). Or l'article 562 figurant dans les dispositions communes du code de
procédure civile, la même solution aurait pu être retenu dans procédure sans représentation obligatoire.
Ce n'est pas le cas comme en témoigne un arrêt du 9 septembre 2021 (Civ. 2e, 9 sept. 2021, no 20-
13.662, D. 2021. 1680 ; D. 2021. 1795, chron. F. Jollec et E. de Leiris ; D. 2022. 625, obs.
N. Fricero ; AJ fam. 2021. 516, obs. F. Eudier ). S'appuyant sur l'article 6, §1, de la Convention
européenne des droits de l'homme et le droit à l'accès à un juge, et précisant que dans la procédure sans
représentation obligatoire, un trop grand degré d'exigence dans les formalités à accomplir par l'appelant
constituerait une charge procédurale excessive, la Cour conclut que la déclaration d'appel qui
mentionne que l'appel tend à la réformation de la décision déférée à la cour d'appel, en omettant
d'indiquer les chefs du jugement critiqués, doit s'entendre comme déférant à la connaissance de la cour
d'appel l'ensemble des chefs de ce jugement. Il est à noter que la Cour ne s'attache pas au critère de la
représentation des parties par un professionnel du droit – dans le cas d'espèce, toutes les parties avaient
fait le choix d'être représentées par un avocat – mais à l'obligation qui leur est faite, ou non, d'être
représentées. Ce faisant, cette distinction s'inscrit dans la jurisprudence de la Cour européenne (par
ex. : CEDH 23 oct. 1996, Levages Prestations services c/ France, req. no 21920/93 , D. 1997. 209,
obs. Fricero ; AJDA 1997. 977, chron. Flauss ).
176. Déclaration de pourvoi. - Les déclarations de pourvoi présentent des similitudes que ce soit dans la
procédure avec représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 975 ) et dans la procédure sans
représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 985 ). Sans référence aux articles 54 et 57 du code de
procédure civile, les textes prévoient, à peine de nullité, une désignation sommaire du demandeur et du
défendeur au pourvoi (nom, prénom, domicile ou forme, dénomination, siège social), ainsi que
l'indication de la décision attaquée. Un arrêt de la deuxième chambre civile du 13 janvier 2022 (no 20-
18.635, Rev. prat. rec. 2022. 9, chron. M. Draillard) rappelle que l’indication d’une adresse erronée
dans la déclaration constitue un vice de forme qui peut conduire à la nullité de l’acte si le défendeur
établit qu’elle nuit à l’exécution des condamnations prononcées à son profit, et lui cause ainsi un grief.
Dans la procédure avec représentation obligatoire, l'article 975 exige que la déclaration contienne, à
peine de nullité, la constitution de l'avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation du demandeur et
l'indication, le cas échéant, des chefs de la décision auxquels le pourvoi est limité. Enfin, la déclaration
doit être signée mais depuis le décret no 2014-1338 du 6 novembre 2014, les textes n'exigent plus
qu'elle soit datée.
177. Renouveau du principe dispositif. - Selon le principe dispositif, essentiellement théorisé par Henri
Motulsky au milieu du XXe siècle (MOTULSKY, La réforme du code de procédure civile par le
décret du 13 octobre 1965 et les principes directeurs du procès, JCP 1966. I. 1996 ; Prolégomènes pour
un futur code de procédure civile : consécration des principes directeurs du procès civil par le décret du
9 septembre 1971, D. 1972. Chron. 91. – BOLARD, Les principes directeurs du procès : le droit
positif depuis Motulsky, JCP 1993. I. 3693), les parties ont la maîtrise de la matière litigieuse et doivent
alléguer les faits nécessaires à l'identification tant de l'objet que de la cause de la demande (C. pr. civ.,
art. 4 , 5 et 7 ). Cette maîtrise passe traditionnellement par les actes introductifs d'instance
(V. supra, nos 157 s.), par les conclusions (V. infra, nos 182 s.) et les communications de pièces et plus
récemment par la possibilité de conclure une convention de procédure participative aux fins de mise en
état (V. infra, nos 178 s.).
178. Genèse. - Initialement, la convention de procédure participative n'a pas été pensée comme un acte
de procédure, mais au contraire comme un mode alternatif de résolution amiable des litiges. En 2008, le
rapport de la commission Guinchard proposait de créer une nouvelle procédure de règlement amiable
des litiges assistée par avocat (Commission sur la répartition des contentieux présidée par
S. GUINCHARD, L'ambition raisonnée d'une justice apaisée, Rapport au Garde des Sceaux, 2008,
coll. Rapports officiels, La Documentation française, spéc. p. 169). La loi no 2010-1609 du
22 décembre 2010 dite loi Béteille (relative à l'exécution des décisions de justice, aux conditions
d'exercice de certaines professions réglementées et aux experts judiciaires) a consacré cette proposition
aux articles 2062 et suivants du code civil. Mais ce mode alternatif n'a pas rencontré le succès
escompté, et le législateur a décidé de le faire évoluer. Avec la loi no 2016-1547 du 18 novembre 2016
et le décret no 2017-892 du 6 mai 2017, la convention de procédure participative peut soit conduire à
un règlement amiable du lige (V. Procédure participative de recherche d'un accord et de mise en état
[Pr. civ.]), soit mettre le litige en état d'être jugé (C. civ., art. 2062 ). Sous ce dernier aspect, elle doit
être regardée comme un acte de procédure, car si techniquement cette manifestation de volonté
interrompt l'instance (C. pr. civ., art. 369 , dern. al. ; V. infra, no 181), elle contribue, par la mise en
état qu'elle recherche, à la faire avancer (V. supra, no 2). En outre, les réformes récentes l'intègrent de
plus en plus dans le schéma procédural (FRICERO, Comprendre le nouveau schéma procédural à
l'épreuve de la justice numérique, in GUINCHARD (dir.), Droit et pratique de la procédure civile.
Droit interne et européen 2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action, spéc. no 112.111, p. 19), peu
important qu'on la considère comme externalisée (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et
GUINCHARD, Procédure civile. Droit commun et spécial du procès civil, MARD et arbitrage, op.
cit., spéc. no 931, p. 668) ou articulée à la procédure juridictionnelle (CADIET, Le développement de
la procédure participative, Procédures 2020. Étude 5, no 3, spéc. no 9). Le décret no 2019-1333 du
11 décembre 2019 développe cet aspect.
180. Actes de procédure contresignés par avocat. - La notion d'acte de procédure d'avocat est apparue
dans le rapport intitulé « Le juge du XXIe siècle », à la suite de travaux conduits par Pierre Delmas-
Goyon, et remis au ministre de la Justice, le 9 décembre 2013. Ce rapport définit l'acte de procédure
d'avocat comme un « acte d'administration de la preuve, contradictoirement accompli par les avocats
des parties » à un procès et qui donnerait « force probante à leurs accords tant sur la mesure elle-même
que sur les diligences accomplies et sur la manière dont elles auront été conduites » (Proposition no 26).
En cela, il constituait une proposition de transposition, en procédure civile, de l'acte sous seing privé
contresigné de l'avocat créé par la loi no 2011-331 du 28 mars 2011 (LE BRETON DE VANNOISE,
Proposition d'une création d'une notion nouvelle en procédure civile : l'acte de procédure d'avocat,
Gaz. Pal. 17-18 janv. 2014. Doctr. 16). C'est finalement la loi no 2016-1547 du 18 novembre 2016 de
modernisation de la justice du XXIe siècle qui a consacré la fonction procédurale des actes d'avocats, en
les liant à la convention de procédure participative à qui elle a donné une finalité de mise en état
(V. supra, no 179). Le décret no 2019-1333 du 11 décembre 2019 a confirmé le rôle procédural de ces
actes et les détachés, pour partie, de la procédure participative. Tout d'abord, ces actes sont maintenant
dénommés « actes de procédure contresignés par avocat ». Ensuite, bien qu'inclus dans les dispositions
relatives à la procédure participative, l'article 1546-3 du code de procédure civile précise que ces actes
peuvent intervenir en dehors ou dans le cadre d'une procédure participative. Ainsi, dans le cadre d'une
mise en état traditionnelle, rien n'interdit aux avocats de procéder à une expertise organisée par un acte
de procédure contresigné par avocat. Mais le lien entre ce type d'acte et la procédure participative aux
fins de mise en état est fort. Depuis le décret du 11 décembre 2019, l'article 1546-3 énonce huit types
de mesures que les parties peuvent notamment prendre par actes contresignés par avocats précisés dans
la convention de procédure participative : énumérer les faits ou les pièces qui ne l'auraient pas été dans
la convention, sur l'existence, le contenu ou l'interprétation desquels les parties s'accordent ; déterminer
les points de droit auxquels elles entendent limiter le débat, dès lors qu'ils portent sur des droits dont
elles ont la libre disposition ; convenir des modalités de communication de leurs écritures ; recourir à un
technicien ; désigner un conciliateur de justice ou un médiateur en fixant sa mission, le montant de sa
rémunération et ses modalités de paiement ; consigner les auditions des parties ; consigner les
témoignages ; consigner les constatations ou avis des techniciens. Cette liste ne saurait être exhaustive
comme en témoigne l'utilisation de l'adverbe « notamment ». Or, il a été constaté fin 2019, qu'en dépit
des efforts déployés par les institutions de la profession, il est peu recouru aux actes contresignés par
avocats (LARTIGUE, Acte contresigné par avocat : où en est-on ?, Gaz. Pal. 10 sept. 2019, no 358m2,
p. 15). Le recours à la convention de procédure participative aux fins de mise en état ne rencontre pas
un plus grand succès, un auteur indiquant qu'en 2020, il n'y en a eu officiellement que trois dont une
devant le juge aux affaires familiales (AMRANI-MEKKI, Le marronnier procédural 2021, Décret
no 2021-1322 du 11 octobre 2021, op. cit., spéc. no 8). Il faut dire que la convention de procédure
participative aux fins de mise en état souffre de malformations congénitales que le législateur, lato
sensu, tente d'estomper. Cela se voit notamment dans ses conséquences.
181. Conséquences. - Sans être exhaustif sur les conséquences de la convention de procédure
participative aux fins de mise en état, il convient d'en souligner certaines afin de montrer son rôle
grandissant en tant qu'acte de procédure. Tout d'abord, dès l'audience d'orientation au cours de laquelle
il est traditionnellement débattu de l'état de la cause, les avocats présents doivent indiquer au président
de la chambre saisie s'ils concluent ou non une convention de procédure participative aux fins de mise
en état (C. pr. civ., art. 776 , al. 2). En cas de réponse positive, le président peut faire application des
dispositions de l'article 1546-1. À la demande des parties, il peut fixer la date de l'audience de clôture
de l'instruction et la date de l'audience de plaidoiries. Il renvoie l'examen de l'affaire à la première
audience précitée. À défaut de demande en ce sens, le juge ordonne le retrait du rôle. En outre, la
conclusion d'une convention de procédure participative aux fins de mise en état interrompt
automatiquement l'instance, même en cas de retrait (C. pr. civ., art. 369 , dern. al.), ce qui conduit à
interrompre le délai de péremption (C. pr. civ., art. 392 , al. 1er). Ce dernier recommence à concourir
à compter de l'extinction de la convention (C. pr. civ., art. 392 , dern. al.). Enfin, le décret du
11 décembre 2019 avait inscrit à l'article 1546-1 du code de procédure civile que « la signature d'une
convention de procédure participative aux fins de mise en état vaut renonciation de chaque partie à se
prévaloir d'une fin de non-recevoir, de toute exception de procédure et des dispositions de l'article 47
du présent code, à l'exception de celles qui surviennent ou sont révélées postérieurement à la signature
de la convention de procédure participative ». En entrant dans une phase de mise en état consensuelle,
les parties renonçaient automatiquement à se prévaloir de difficultés procédurales. L'idée a alors été de
purger toutes les exceptions de procédure, les fins de non-recevoir et l'article 47 du code de procédure
civile lors de l'audience d'orientation, avant la conclusion de la convention de procédure participative.
« Malgré tout, la crainte d'un oubli préjudiciable engageant la responsabilité civile professionnelle des
avocats était un obstacle sérieux » (AMRANI-MEKKI, Le marronnier procédural 2021, Décret
no 2021-1322 du 11 octobre 2021, op. cit., spéc. no 8). Le décret du 11 octobre 2021 a réécrit l'article
1546-1 : « Les parties ont, à tout moment, la possibilité de renoncer expressément à se prévaloir de toute
fin de non-recevoir, de toute exception de procédure et des dispositions de l'article 47, à l'exception de
celles qui surviennent ou sont révélées postérieurement à la signature de la convention de procédure
participative ». L'automatisme est devenu une faculté laissée à la discrétion des parties. Reste le
problème de l'application dans le temps de cette disposition. Faute de précision, cette nouvelle
rédaction entre en vigueur au 1er novembre 2021 et est applicable aux procédures en cours. Mais il faut
admettre que lorsque la convention de procédure participative aux fins de mise en état a été conclue
avant cette date, la nouvelle règle ne peut remettre en cause la renonciation passée (AMRANI-
MEKKI, Le marronnier procédural 2021, Décret no 2021-1322 du 11 octobre 2021, op. cit., spéc.
no 8). En cas d'échec de la mise en état participative, l'affaire est rétablie à la demande de la partie la
plus diligente, pour être mise en état conformément aux règles applicables à la juridiction saisie (C. pr.
civ., art. 1564-5 ).
2° - Conclusions
182. Notion. - Au sens général, les conclusions sont l'exposé ou l'énoncé des prétentions respectives des
parties à un procès, présenté soit oralement – conclusions à la barre – soit, le plus souvent, par écrit. Par
extension, les conclusions désignent les écritures matérialisant ces demandes (CORNU [dir.],
Vocabulaire juridique, op. cit.). Or, comme les mandataires ad litem ayant le plus souvent recours à
l'écrit sont les avocats, soit parce que la loi l'impose dans les procédures écrites, soit parce qu'ils font le
choix de ce moyen de conservation de la parole dans les procédures orales, les conclusions sont souvent
réduites à des actes d'avocat. Les chapitres qui s'ouvrent aux articles 760 et 960 du code de procédure
civile, intitulés « Constitution d'avocat et conclusions » appuient cette conception. Pour notre part, nous
délaisserons cette dernière acception trop restrictive. Premièrement, l'article 954 du même code, qui
décrit ce que doivent être des conclusions qualificatives et récapitulatives (V. infra, no 186), est situé
dans les dispositions communes à la procédure d'appel, qu'elle soit avec ou sans représentation
obligatoire. Cela semble indiquer que les conclusions n'émanent pas obligatoirement de représentant ad
litem. Un arrêt de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation qui a jugé que l'article 954,
alinéa 2 (devenu depuis alinéa 4), relatif aux conclusions récapitulatives, ne s'applique pas lorsque la
procédure est orale, aurait pu semer le doute (Civ. 2e, 30 avr. 2002, no 00-15.917 , Bull. civ. II, no 82,
JCP 2002. II. 10129, note Croze ; D. 2002. 1866, concl. Kessous ; RTD civ. 2002. 560, obs. Perrot
; D. 2002. 2643, obs. Fricero ). En réalité, il ne fait que souligner le fait que l'on ne peut attendre
des conclusions, pouvant parfaitement émaner des parties, qu'elles soient récapitulatives, quand
l'écriture est subordonnée à la parole à l'audience. Car, deuxièmement, les conclusions peuvent être
orales, comme le rappellent cet arrêt ainsi que l'article 844 du code de procédure civile qui énonce que,
dans le cadre d'une procédure à jour fixe devant le tribunal judiciaire, l'avocat du défendeur est admis à
prendre de simples conclusions verbales à l'audience. Les conclusions sont donc le vecteur grâce auquel
les parties vont émettre un certain nombre de demandes et lier ainsi le débat (C. pr. civ., art. 4 ).
183. Spécificité des conclusions d'avocat. - Les conclusions écrites émanant des avocats sont soumises à
une exigence particulière, afin de permettre d'identifier la partie pour laquelle elles sont rédigées et
celle à laquelle elles s'adressent, le tout sous la constitution des représentants respectifs des parties.
Ainsi les articles 766 et 961 du code de procédure civile imposent-ils que ces écrits soient signés par ces
représentants. Un document ne comportant pas la signature de l'avocat postulant mais seulement son
cachet ne peut être considéré comme valant conclusions (Civ. 2e, 13 janv. 2000, no 98-12.204 , Bull.
civ. II, no 6 ; D. 2000. IR 37 . – V. égal. Civ. 2e, 11 oct. 1995, no 93-15.415 , Bull. civ. II, no 232 ;
RTD civ. 1996. 141, obs. J. Hauser . – Civ. 2e, 13 déc. 2001, no 99-18.692 , Bull. civ. II, no 195).
184. Obligation de réserve. - Le texte des conclusions doit encore respecter l'obligation de réserve
imposée aux parties par l'article 24 du code de procédure civile. Le juge peut donc, usant du pouvoir
souverain d'appréciation que lui confère le second alinéa de cet article, ordonner la suppression d'un
paragraphe des conclusions qu'il estime contraire à cette obligation (Soc. 9 oct. 1963, Bull. civ. IV,
no 668. – Civ. 2e, 18 nov. 1971, no 70-12.252 , D. 1972. Somm. 31. – Civ. 2e, 26 févr. 1975,
D. 1975. IR 112. – Civ. 2e, 8 déc. 1983, D. 1984. IR 243, obs. Julien. – Civ. 1re, 1er juin 1999, no 97-
11.759 ), peu important que la demande principale ait été jugée irrecevable (Soc. 1er avr. 2009,
no 07-45.518 ). Mais cette sanction ne saurait s'appliquer chaque fois que la discussion entraîne les
parties ou leurs conseils dans des erreurs de fait, des interprétations hasardeuses ou même certains excès
de langage (Douai, 18 oct. 1994, BICC 1995, no 331), ou lorsque, bien que contenant l'allégation de
faits de nature à porter atteinte à la considération d'une partie, les faits sont indispensables pour
connaître la cause et justifier les conclusions prises contre cette partie (Req. 19 juin 1888, DP 1888.
1. 449). La Cour de cassation demande en outre aux juges du fond de rechercher si les mentions
injurieuses affectent l'ensemble des écritures (Civ. 2e, 2 mars 2000, no 97-21.165 , Bull. civ. II,
no 40). Depuis 2016, on sait que les conclusions exposant les prétentions au fond (V. infra, nos 185 s.)
doivent être précédées de conclusions adressées au magistrat en charge de la mise en état (V. infra,
nos 189 s.).
185. Premières conclusions. - Certains actes introductifs valent, en raison de leur grande précision
quant aux prétentions des parties, conclusions. C'est le cas de l'assignation (C. pr. civ., art. 56 , al. 4).
186. Devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel. - Devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel, les
conclusions doivent être qualificatives, récapitulatives et structurées (C. pr. civ., art. 768 et 954 ).
Premièrement, pour être qualificatives, elles doivent formuler expressément les prétentions des parties
ainsi que les moyens en fait et en droit sur lesquels seront fondées les prétentions avec indication pour
chaque prétention des pièces invoquées et de leur numérotation (V., pour une approbation de ces
dispositions, GUINCHARD, L'ambition raisonnée d'une justice apaisée, Rapport au garde des Sceaux,
2008, coll. Rapports officiels, La Documentation française, spéc. nos 27 et 29. – BOLARD, Les
écritures qualificatives, JCP 2000. I. 214. – En sens inverse, MARTIN, Conclusions qualificatives.
Recherche d'une sanction, Procédures 1998. Chron. 2, nos 6 s., qui y voit une atteinte à l'article 12 du
code de procédure civile). Lorsqu'il n'est pas satisfait à cette obligation, le président de la chambre à
laquelle l'affaire a été distribuée, devant le tribunal judiciaire, ou le magistrat en charge de la mise en
état peut inviter les avocats à mettre leurs écritures en conformité avec les dispositions de l'article 768
ou 954 (C. pr. civ., art. 779 , 765 et 913 ). En outre, un bordereau énumérant les pièces sur
lesquelles sont fondées les prétentions des parties doit être annexé aux conclusions. Deuxièmement, les
conclusions doivent être récapitulatives que ce soit devant le tribunal judiciaire ou devant la cour
d'appel (RUSQUEC, À propos des conclusions récapitulatives. L'avis de la Cour de cassation du
10 juillet 2000, Gaz. Pal. 2000. 2. Doctr. 2. – LANDRY, Les conclusions récapitulatives sont arrivées,
Gaz. Pal. 1999. 1. Doctr. 60. – MEUNIER, Un gadget incertain et pervers, la systématisation des
conclusions récapitulatives, Gaz. Pal. 1999. 1. Doctr. 152. – MARTIN, Les conclusions uniques,
D. 2002. Chron. 219 ). Il s'agit pour les parties de reprendre dans leurs dernières écritures les
prétentions et moyens qu'elles ont présentés ou invoqués antérieurement (C. pr. civ., art. 768 , al. 3,
et 954 , al. 4). Pour la doctrine, les parties doivent opérer un travail de synthèse et non de compilation
aveugle, destiné à rendre le dossier plus lisible par le juge (en ce sens, GUINCHARD, L'ambition
raisonnée d'une justice apaisée, op. cit., no 28. – V. aussi, sur les inquiétudes que cette innovation a
soulevées, TUDELA, Du récapitulatif au compilatoire ou les effets pervers de l'article 29 du décret du
28 décembre 1998, Gaz. Pal. 1999. 1. Doctr. 312. – MEUNIER, article préc., Gaz. Pal. 1999. 1.
Doctr. 153. – LANDRY, article préc., Gaz. Pal. 1999. 1. Doctr. 61) et c'est en ce sens qu'ont été
rendues les premières décisions publiées. Les dernières écritures ne doivent pas être une simple
compilation des écritures déjà prises mais, dans un souci de clarification des moyens et prétentions
soumis au juge, une véritable reprise des conclusions délimitant l'objet du litige (Orléans, 2 oct. 2000,
JCP 2001. II. 10511, note Martin ; RTD civ. 2002. 656, obs. Perrot ). À défaut, les parties sont
réputées avoir abandonnées les prétentions et moyens précédemment présentés ou invoqués et non
repris (C. pr. civ., art. 768 et 954 . – Civ. 3e, 16 févr. 2005, no 00-21.245 , Bull. civ. III, no 40 ;
JCP 2006. I. 133, no 15, obs. Cadiet. – Civ. 2e, 6 oct. 2005, no 03-17.530 , Bull. civ. II, no 238 ;
D. 2006. 545, obs. Julien ; Rev. huiss. 2006. 97, obs. Fricero. – Civ. 1re, 7 déc. 2011, no 10-21.715
. – Civ. 3e, 16 avr. 2013, no 12-17.132 ). D'ailleurs, le juge ne peut faire droit à une demande qui
n'est pas énoncée au dispositif des dernières conclusions (Civ. 2e, 17 mars 2016, no 15-13.765 , à
propos d'une fin de non-recevoir). Dans un avis rendu en 2000, la Cour de cassation a apporté deux
précisions importantes (Cass., avis, 10 juill. 2000, no 20-20.007 , Bull. civ. avis, no 6 ; D. 2000. 837,
note Lacabarats ; JCP 2000. I. 267, no 9, obs. Cadiet ; JCP 2000. II. 10404, note Perdriau ;
Procédures 2000, no 231 ; RTD civ. 2000. 893, obs. Perrot ). Tout d'abord, il faut entendre par
dernières écritures, dernières conclusions en date et non pas simplement ultimes conclusions. À chaque
fois qu'une partie envisage de signifier plus d'un jeu d'écriture, elle doit systématiquement reprendre, si
elle entend les maintenir, les prétentions et moyens contenus dans ses écritures antérieures. En outre,
l'obligation de reprise des prétentions et moyens est limitée aux conclusions qui « déterminent l'objet du
litige » ou « soulèvent un incident de nature à mettre fin à l'instance ». Ainsi, quand les ultimes
conclusions tendent à la reprise de l'instance, ou à sa suspension ou sont de pure procédure comme
celles tendant au rejet d'une pièce ou à l'interruption d'une prescription, le juge doit pour trancher le
litige se reporter aux dernières conclusions qui déterminent l'objet du litige ou qui soulèvent un
incident de nature à mettre fin à l'instance. Cette solution a été confirmée en première instance
(Civ. 2e, 8 avr. 2004, no 02-11.630 , Bull. civ. II, no 171 ; Procédures 2004, no 120, obs. Perrot)
comme en appel (Civ. 2e, 3 mai 2001, no 99-16.293 , Bull. civ. II, no 87 ; RTD civ. 2001. 656, obs.
Perrot ; D. 2003. 99, obs. Bolze ; Procédures 2001, no 145, obs. Perrot. – Civ. 1re, 24 sept. 2002,
no 00-21.060 , Procédures 2002, no 223, note Perrot).
187. Structuration des conclusions. - Pour apporter encore plus de clarté, de lisibilité et de qualité aux
conclusions, l'idée s'est imposée de structurer ces dernières. Cette pratique est connue des Anglais
depuis 1997 ; ils exigent notamment que les conclusions comportent une table des matières. Les
Espagnols se sont orientés dans cette voie par une loi du 7 janvier 2000. En 2003, la structuration était
prônée par la Cour de justice de l'Union européenne dans un texte intitulé Instructions pratiques
relatives aux recours directs et aux pourvois (JOUE 16 avr. 2003, L. 98, p. 9 ; Procédures juin 2003,
p. 15 ; www.http:/europa.eu.int/cj/index.htm). En France, les magistrats de la cour d'appel de Paris
ont entrepris en 2007, une réflexion sur les écritures judiciaires (R. CHAZAL DE MAURIAC, La
structuration des écritures, Gaz. Pal. 25-27 nov. 2007, p. 13 ; comp. Protocole de procédure civile entre
le tribunal de grande instance et le barreau de Paris, Gaz. Pal. 8-10 juin 2008. Actu. 28 : ce protocole
signé le 3 juin 2008 ne parle pas de structuration des conclusions mais insiste sur l'importance de la
qualité de ces dernières. Il recommande opportunément, d'une part, « des écritures cohérentes, claires
et précises, comportant une présentation loyale des faits », d'autre part, « des dernières conclusions
synthétiques, énonçant clairement les prétentions et les moyens de fait et de droit qui les soutiennent »).
C'est alors que la mission Magendie y a vu le moyen d'éviter les risques de défaut de réponse du juge et
d'omission de contestation par la partie adverse (MISSION DIRIGÉE PAR J.-C. MAGENDIE,
Célérité et qualité de la justice devant la cour d'appel, Rapport au garde des Sceaux, La Documentation
française, coll. des Rapports officiels, 2008, spéc. p. 66). En outre, pour la Mission, cette structuration
était devenue indispensable avec la consécration jurisprudentielle du principe de concentration des
moyens. Le décret no 2009-1524 du 9 décembre 2009 a alors inscrit à l'alinéa 2 de l'article 954 du code
de procédure civile que « les prétentions sont récapitulées sous forme de dispositif. La cour ne statue
que sur les prétentions énoncées au dispositif ». La Cour de cassation s'est montrée extrêmement
rigoureuse sur ce point. La troisième chambre civile a en effet décidé que, lorsque des propriétaires
assignent un syndicat de copropriétaires en annulation de l'assemblée générale – entraînant l'annulation
de toutes ses décisions –, la cour d'appel ne peut décider d'annuler une seule décision de cette
assemblée (Civ. 3e, 2 juill. 2014, no 13-13.738 . – KEBIR, Conclusions récapitulatives dans le
dispositif des écritures, D. actu. 18 juill. 2014). Le décret no 2017-892 du 6 mai 2017 a parachevé cette
évolution. Aujourd'hui, les articles 768 et 954 exigent tous deux la structuration des conclusions qui
doivent comprendre distinctement un exposé des faits et de la procédure, une discussion des
prétentions et des moyens ainsi qu'un dispositif récapitulant les prétentions. Devant la cour d'appel,
l'article 954 requiert également l'énoncé des chefs de jugement critiqués. En outre, les moyens
nouveaux par rapport aux conclusions précédentes doivent être mis en évidence. La juridiction ne
statue que sur les prétentions énoncées au dispositif et n'examine les moyens au soutien de ces
prétentions que s'ils sont invoqués dans la discussion.
188. Devant les autres juridictions. - Devant les autres juridictions, longtemps, les conclusions n'ont été
assujetties à aucun formalisme particulier. Cela s'expliquait notamment par l'oralité des procédures.
Toutefois, lorsque les parties faisaient le choix d'être assistées ou représentées par un avocat, ce dernier,
qui recourt à l'écrit par sécurité et habitude, appliquait spontanément les règles aux procédures avec
représentation obligatoire (CROZE, MOREL et FRADIN, op. cit., spéc. no 854, p. 304). Dans la suite
logique d'une reconnaissance de la place de l'écrit dans les procédures orales, le décret no 2017-892 du
6 mai 2017 a, dans cette hypothèse, étendue l'exigence de conclusions qualitatives, récapitulatives et
structurées (V. supra, nos 186 et 187). Pour cela, l'article 446-2 du code de procédure civile pose deux
conditions assurément cumulatives. Il faut que les parties aient choisi de formuler leurs prétentions et
moyens par écrit et de recourir au service d'un avocat. Alors les conclusions qualitatives, récapitulatives
et structurées s'imposent, sous les mêmes sanctions, que devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel.
« Le juge ne statue que sur les prétentions énoncées au dispositif et n'examine les moyens au soutien de
ces prétentions que s'ils sont invoqués dans la discussion ». Si les parties ne reprennent pas dans leurs
dernières conclusions leurs prétentions et moyens antérieurement présentés ou invoqués, elles sont
réputées les avoir abandonnés et le juge ne statue que sur les dernières conclusions déposées. Toutefois,
« lorsque les parties formulent leurs prétentions et moyens par écrit [mais] qu'elles ne sont pas assistées
ou représentées par un avocat », le juge ne peut prévoir qu'elles seront réputées avoir abandonné les
prétentions et moyens non repris qu'avec leur l'accord des parties.
189. Conclusions distinctes. - Le magistrat de la mise en état doit être saisi des demandes relevant de sa
compétence par des conclusions qui lui sont spécialement adressées, faute de quoi, il n'est pas
valablement saisi. C'est ce qu'a affirmé la Cour de cassation dans deux arrêts du 12 mai 2016 à propos
du juge de la mise en état (no 14-28.086, D. 2016. 1290, note C. Bléry ; D. 2016. 1886, chron.
H. Adida-Canac, T. Vasseur et E. de Leiris ; D. 2017. 422, obs. N. Fricero ) et du conseiller de la
mise en état (no 14-25.054, D. 2016. 1087 ). Ainsi, si le requérant dépose, avant les conclusions aux
fins d'incident saisissant explicitement le juge de la mise en état de l'exception d'incompétence, des
conclusions qui formulaient à la fois cette exception de procédure et des demandes au fond, l'exception
d'incompétence est irrecevable, faute d'avoir été soulevée avant toute défense au fond ou fin de non-
recevoir (Civ. 2e, 12 mai 2016, no 14-28.086 , préc.). De même, la demande tendant au prononcé de
l'irrecevabilité de conclusions formulées dans des conclusions comportant également des moyens et
demandes au fond, adressées à la cour d'appel, est irrecevable (Civ. 3e, 7 sept. 2017, no 16-18.331 ,
AJDI 2018. 43, obs. D. Tomasin ). Cette solution jurisprudentielle est désormais expressément
consacrée aux articles 791 et 914, alinéa 1er, du code de procédure civile : le magistrat est saisi des
conclusions qui lui sont spécialement adressées. Cette solution n'allait pas nécessairement de soi.
Aucun texte n'impose la prise de conclusions distinctes et le magistrat de la mise en état étant un organe
de la formation de jugement, des conclusions adressées à cette dernière, après sa désignation et avant
son dessaisissement, devraient logiquement le saisir valablement. Il semble que ce soit la facilitation du
travail juge qui est recherchée (BLERY, De l'obligation, pour les avocats, de dédier les conclusions au
magistrat instructeur – ou de l'obligation de « soigner leur copie » !, D. 2016. 1290 ).
190. Notion. - Les pièces sont des documents utilisés par les parties à l'appui de leurs prétentions ou de
leurs dénégations. Chaque partie est en effet tenue, en vertu de l'article 9 du code de procédure civile,
de prouver les faits nécessaires au succès de sa prétention ce qui la conduit à produire des documents.
Pour que soit respecté le contradictoire, ces éléments de preuve sont remis au tribunal et à la partie
adverse. Les articles 132 et suivants du code de procédure civile indiquent les conditions dans
lesquelles doit s'opérer cette communication entre les parties. Elle doit être spontanée et le rôle du juge
est alors de veiller à la ponctualité de la communication. C'est notamment le cas pour le magistrat en
charge de la mise en état quand celui-ci est institué (C. pr. civ., art. 780 , al. 2, et 907 ). Mais le juge
peut avoir un rôle plus interventionniste pour pallier l'inertie des parties. Il a le pouvoir de fixer un
délai et de préciser les modalités de la communication, au besoin sous astreinte (C. pr. civ., art. 134 ).
Concernant le magistrat en charge de la mise en état, « il peut se faire communiquer l'original des pièces
versées au débat ou en demander la remise en copie » (C. pr. civ., art. 782 , al. 2, et 907 ). Le juge
pourra « écarter du débat les pièces qui n'ont pas été communiquées en temps utile » (C. pr. civ.,
art. 135 ) (V. Communication de pièces [Pr. civ.]).
191. Spécificité de l'appel. - Avant le décret no 2009-1524 du 9 décembre 2009, les parties à l'instance
d'appel n'étaient tenues de communiquer les pièces déjà remises en première instance que sur demande
expresse de l'une d'entre elles. L'obligation de communiquer les pièces en appel se limitait stricto sensu
aux pièces nouvelles. C'est ce qu'on pouvait déduire de l'article 132 du code de procédure civile qui
traite de la communication des pièces en général et plus précisément de son alinéa 3 qui traitait de cette
communication en cause d'appel. En abrogeant l'alinéa 3 de l'article 132 du code de procédure civile, le
décret de 2009 a rendu obligatoire la communication, en appel, de toutes les pièces du dossier, y
compris celles de première instance. La question est alors de savoir si les pièces doivent être
communiquées à l'identique ou s'il est possible de ne communiquer que celles nécessaires à l'instance
d'appel. Rien n'est précisé, mais la doctrine est favorable à ce que la pertinence des documents à
transmettre soit laissée à l'appréciation des parties ou de leur représentant (P. GERBAY et
N. GERBAY, Guide du procès civil en appel 21/22, 2020, LexisNexis, fiche 63, no 1273). En outre,
dans la procédure avec représentation obligatoire, l'article 906 du code de procédure civile précise que
les pièces doivent être communiquées en même temps que les conclusions sont notifiées par l'avocat de
chacune des parties à celui de l'autre partie. Et en cas de pluralité de demandeurs ou de défendeurs,
elles doivent l'être à tous les avocats constitués. Enfin, le décret no 2017-891 du 6 mai 2017 est venu
préciser que les pièces communiquées et déposées au soutien de conclusions irrecevables sont elles-
mêmes irrecevables (C. pr. civ., art. 906 , al. 3).
ACTUALISATION
191. Communication des pièces en temps utile. - L'article 906 du code de procédure civile
n'édicte pas de sanction en cas de défaut de communication des pièces simultanément à la
notification des conclusions, même lorsque l'affaire est fixée à bref délai en application de l'article
905-1 du même code ; le juge est toutefois tenu de rechercher si ces pièces ont été communiquées
en temps utile. En l'espèce, l'appelante avait communiqué ses pièces après l'expiration du délai
des intimés pour conclure mais bien avant la date de clôture, permettant ainsi aux intimés de
conclure utilement au fond (Civ. 2e, 19 mai 2022, no 21-14.616, D. actu. 1er juin 2022, obs.
C. Lhermitte).
192. Communication entre avocats. - De manière générale, la constitution d'avocats permet d'échanger
ces pièces par une notification simplifiée (V. infra, nos 300 s.). En l'absence de précision dans le code de
procédure civile quant à la forme que doivent adopter les communications de pièces, le Conseil
national des barreaux a adopté, dans l'article 5 du Règlement intérieur national (RIN) de la profession
d'avocat, un certain nombre de précisions concernant la communication des pièces. Ainsi, la
communication se fait en original ou en photocopie. Les pièces doivent être numérotées, porter le
cachet de l'avocat et être accompagnées d'un bordereau daté et signé par l'avocat. Si certaines pièces
sont en langue étrangère, elles doivent être accompagnées d'une traduction libre. En cas de
contestation, il est recouru à un traducteur juré. La jurisprudence et la doctrine sont versées au débat en
tant que pièces si elles n'ont pas été publiées. Sinon les références complètes doivent apparaître dans les
écritures.
193. Restitution. - Chaque pièce communiquée doit être restituée. Cette restitution doit avoir lieu dans
des délais normaux permettant à la partie qui les récupère de préparer son dossier pour le jour de
l'audience et si possible dans l'ordre de numérotation suivant lequel les pièces ont été communiquées.
La partie qui ne restitue pas les pièces communiquées peut y être contrainte, éventuellement sous
astreinte (C. pr. civ., art. 136 ), qui pourra alors être liquidée par le juge qui l'a prononcée (C. pr. civ.,
art. 137 ).
194. Bordereau de communication de pièces. - La preuve de la communication des pièces est une cause
fréquente d'incidents. C'est pourquoi, la partie qui communique des pièces doit se constituer un moyen
de preuve établissant la réalité de cette communication. C'est le rôle du bordereau de communication
des pièces, simple feuille sur laquelle est donnée la liste des pièces qui sont communiquées. On le
retrouve essentiellement dans les procédures écrites et ce sont donc les avocats qui y ont recours. En
pratique, deux exemplaires de ce bordereau sont adressés à l'avocat destinataire des pièces, lequel en
restitue un à son confrère expéditeur après l'avoir signé. Aux termes des articles 766, alinéa 2, et 961,
alinéa 2, du code de procédure civile, « la communication des pièces produites est valablement attestée
par la signature de l'avocat destinataire apposée sur le bordereau établi par l'avocat qui procède à la
communication ». Un troisième exemplaire est remis au juge. La Cour de cassation admet une
présomption de régularité de communication lorsque les pièces ont été visées dans des conclusions
régulièrement signifiées et en l'absence de contestation (Civ. 2e, 17 oct. 1979, no 78-14.080 , Bull.
civ. II, no 240 ; D. 1981. IR 80, obs. Breton. – Civ. 2e, 14 oct. 1982, no 81-14.011 , Bull. civ. II,
no 127. – Civ. 2e, 18 oct. 2001, no 00-12.600 . – Civ. 2e, 20 déc. 2001, no 98-21.329 , Bull. civ. II,
no 204). Il en est de même lorsque les juges se sont fondés sur les documents (Com. 18 avr. 2000, no 98-
12.765 . – Com. 13 nov. 2001, no 99-11.816 ) dont la communication n'a pas donné lieu à
contestation (Civ. 2e, 27 avr. 1974, no 73-11.533 , Bull. civ. II, no 140). Ces présomptions sont
simples et peuvent donc être renversées par la preuve du contraire. Lorsque la procédure est orale, la
préconstitution d'une preuve de la communication n'est pas aisée, surtout lorsque les parties ne sont pas
représentées ou assistées par un professionnel du droit. C'est sans doute pour cela que la Cour de
cassation a décidé que les documents dont la production n'avait donné lieu à aucune contestation
étaient réputés, sauf preuve contraire, avoir été régulièrement versés aux débats et soumis au
contradictoire (Soc. 8 nov. 1984, Bull. civ. V, no 423 ; RTD civ. 1985. 446, obs. Perrot. – Soc. 31 mai
2001, no 99-20.912 , Bull. civ. V, no 201. – Civ. 2e, 11 janv. 2006, no 04-04.170 , Bull. civ. II,
no 9). Cette solution n'est pas pleinement satisfaisante et il faut se rallier à la doctrine qui propose la
distinction suivante. Chaque fois que les parties sont assistées voire représentées par choix par un
avocat, il n'existe aucune raison de dispenser celui-ci d'établir un bordereau de communication et de
viser dans les conclusions qu'il rédige les pièces sur lesquelles il s'appuie. En l'absence d'avocat, la
preuve de la communication peut être apportée au moyen d'une mention opérée par le greffier ou par le
juge au moment où la demande est effectuée (HÉRON, LE BARS et SALHI, op. cit., spéc. no 302,
p. 255).
195. Bordereau récapitulatif. - Depuis le décret no 98-1231 du 28 décembre 1998, les articles 56, 768
et 954 du code de procédure civile énoncent qu'un bordereau énumérant les pièces sur lesquelles la
demande est fondée doit être annexé à l'assignation et aux conclusions. L'article 954 fait même état d'un
bordereau récapitulatif. Ce bordereau n'a pas pour objet de communiquer les pièces à l'adversaire. C'est
davantage un moyen d'informer ce dernier et surtout le juge, ce document constituant une véritable
aide à la rédaction du jugement. D'ailleurs, les textes ne font pas obligation d'annexer à ce bordereau les
pièces ou leur photocopie.
196. Délimitation. - Si les actes de procédure sont l'expression de volontés ayant pour but de faire
avancer l'instance, selon notre définition (V. supra, no 2), leurs auteurs ne sauraient se limiter aux
parties et à leurs représentants (V supra, no 3). Le greffier (V. infra, nos 197 s.) et le juge (V. infra,
nos 204 s.) jouent également des rôles déterminants. Mais leurs actes seront seulement évoqués, et il est
renvoyé aux rubriques traitant de ceux-ci pour une étude plus exhaustive.
197. Notion. - Alors que cette étude a pour principal objet les actes des parties et de leurs représentants
le cas échéant (V. supra, nos 147 s.), certains actes de greffiers nécessitent d'être présentés en raison des
liens très particuliers qu'ils entretiennent avec lesdits actes des parties. Il s'agit, d'une part, des actes qui
transcrivent les actes verbaux des parties comme certains actes introductifs d'instance (requête,
déclaration. – V. supra, nos 52 et 53) ou comme la présentation orale que celles-ci peuvent faire de leurs
prétentions et de leurs moyens (C. pr. civ., art. 446-1 et 727 . – C. trav., art. R. 1453-4 . –
V. supra, nos 59 s.). Il s'agit, d'autre part, des actes qui informent une partie qu'un procès est intenté
contre elle et qui complète l'acte introductif d'instance qui est directement adressé à la juridiction.
Lorsque le contradictoire n'est pas exceptionnellement et momentanément écarté, c'est le greffe qui
avertit le défendeur de l'action intentée contre lui et qui va ainsi permettre de lier l'instance. Plus qu'un
simple avertissement, il s'agit d'une convocation qui, la plupart du temps, vaut citation. C'est le cas
devant le tribunal judiciaire quand celui-ci est saisi par requête (C. pr. civ., art. 758 ) et devant le
conseil de prud'hommes saisi par une demande (C. trav., art. R. 1452-4 et R. 1452-5 . – Soc.
19 févr. 1992, no 88-44.324 , Bull. civ. V, no 104 ; RTD civ. 1992. 646, obs. Perrot ; Dr. trav.
1992, no 4, p. 15). Les textes relatifs au tribunal paritaire des baux ruraux qui peut être saisi par requête
ou acte d'huissier de justice ne prévoient rien de tel, mais, puisque l'article 882 du code de procédure
civile renvoie aux dispositions relatives au tribunal judiciaire, il est permis de conclure que la
convocation prévue à l'article 886 vaut également citation. Enfin, devant la cour d'appel, lorsque la
procédure est sans représentation obligatoire, il est procédé en deux temps. Dès que le demandeur a fait
ou adressé sa déclaration d'appel au greffe, ce dernier commence par aviser, par tous moyens, la partie
adverse de l'appel, lui adresse une copie de la déclaration d'appel et l'informe qu'elle sera
ultérieurement convoquée devant la cour (C. pr. civ., art. 936 ), ce que fait le greffe dès que
l'audience est fixée (C. pr. civ., art. 937 ). Là encore, la convocation vaut citation. Il est à noter
toutefois que, lorsque la procédure est avec représentation obligatoire et ordinaire, il est procédé
différemment alors même que la cour d'appel est saisie par déclaration unilatérale. Le premier temps
présente des similitudes. Le greffier avise, par lettre simple ici, la partie adverse de l'appel en adressant
à chacun des intimés un exemplaire de la déclaration avec l'indication de l'obligation de constituer
avocat (C. pr. civ., art. 902 ). Mais ensuite, il ne fait qu'aviser les avocats constitués de la chambre à
laquelle l'audience est distribuée (C. pr. civ., art. 904 ). Cela tient sans doute au fait que les parties
sont touchées par l'intermédiaire de leur représentant professionnel et par le truchement d'une
signification si nécessaire (C. pr. civ., art. 902 , al. 2). Dans tous les cas, la forme de la convocation est
bien définie dans les textes (V. infra, nos 198 s.), ce qui n’est pas toujours le cas de sa sanction (V. infra,
no 203).
A - Forme
198. Modalité. - Longtemps, les parties étaient convoquées par lettre recommandée avec demande
d'avis de réception, doublée de l'envoi le jour même de la copie de la convocation par lettre simple. Puis
le décret no 2015-282 du 11 mars 2015 relatif à la simplification de la procédure civile et le décret
no 2016-660 du 20 mai 2016 relatif à la justice prud'homale ont simplifié cette convocation. Devant le
tribunal judiciaire, le tribunal paritaire des baux ruraux et le conseil de prud'hommes, si la convocation
du défendeur se fait toujours par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, elle n'est plus
doublée de l'envoi d'une lettre simple ; quant au demandeur, il est avisé de l'audience par tous moyens
(respectivement, C. pr. civ., art. 758 et 886 . – C. trav., art. R. 1452-3 et R. 1452-4 ). Il en va
de même devant la cour d'appel pour la procédure sans représentation obligatoire (C. pr. civ., art. 937
). En outre, devant le tribunal paritaire des baux ruraux, la convocation doit avoir lieu au moins
quinze jours avant la date fixée pour l'audience (C. pr. civ., art. 886 ). Dans tous les cas, si la lettre de
notification dont l'avis de réception n'a pas été signé par son destinataire ou par une personne munie
d'un pouvoir à cet effet revient au greffe de la juridiction, le greffier invite la partie à procéder par voie
de signification (C. pr. civ., art. 670-1 ). La situation est un peu différente devant la cour d'appel
quand la procédure est sans représentation obligatoire. S'il y a lieu de convoquer à nouveau une partie
qui n'a pas été jointe par la première convocation, il peut être ordonné que la nouvelle convocation sera
faite par acte d'huissier de justice (C. pr. civ., art. 938 ), mais il ne s'agit que d'une faculté à la
discrétion de la cour.
199. Contenu. - L'article 665-1 du code de procédure civile exige que la notification au défendeur d'un
acte introductif d'instance par le greffe indique sa date, l'indication de la juridiction devant laquelle la
demande est portée, l'indication que, faute pour le défendeur de comparaître, il s'expose à ce qu'un
jugement soit rendu contre lui sur les seuls éléments fournis par son adversaire et le cas échéant, la date
de l'audience à laquelle le défendeur est convoqué ainsi que les conditions dans lesquelles il peut se
faire assister ou représenter. Devant le tribunal judiciaire, s'ajoute un rappel des dispositions de l'article
832 relatives aux demandes incidentes tendant à l'octroi d'un délai de paiement ainsi que les modalités
de comparution devant la juridiction (C. pr. civ., art. 758 , al. 2). Ces exigences doivent sans doute
s'appliquer à la convocation devant le tribunal paritaire des baux ruraux, en vertu de l'article 882 du
code de procédure civile et dans le silence de l'article 886 du même code. Aucune mention particulière
n'est imposée pour la convocation devant la cour d'appel.
200. Dans la procédure prud'homale. - L'article R. 1452-4 du code du travail apporte quelques
précisions concernant le contenu de la convocation devant le bureau de conciliation et d'orientation.
Celle-ci doit indiquer les noms, profession et domicile du demandeur, ainsi que les lieu, jour et heure de
la séance du bureau de conciliation et d'orientation ou de l'audience à laquelle l'affaire sera appelée.
Elle doit indiquer également que des décisions exécutoires à titre provisoire pourront, même en
l'absence du défendeur, être prises contre lui « et qu'en cas de non-comparution sans motif légitime il
pourra être statué en l'état des pièces et moyens contradictoirement communiqués par l'autre partie ».
La convocation invite encore le défendeur à déposer ou adresser au greffe les pièces qu'il entend
produire et à les communiquer au demandeur. Elle reproduit un certain nombre d'articles du code du
travail concernant l'assistance et la représentation des parties devant le conseil de prud'hommes, et sur
le déroulement de la phase de conciliation. Enfin, un exemplaire de la requête et du bordereau
énumérant les pièces adressées par le demandeur est joint à la convocation.
201. En matière familiale. - En matière familiale, pour les procédures pour lesquelles le code de
procédure civile ne prévoit pas de dispositions spécifiques, le juge aux affaires familiales est saisi par
assignation ou par requête conjointe ou unilatérale. Dans ce dernier cas, le greffe convoque le
défendeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (C. pr. civ., art. 1138 ). La
convocation doit alors contenir les dispositions des articles 1139 à 1141, relatifs à l'assistance et la
représentation des parties, à l'oralité de la procédure, et à la possibilité de recourir à l'écrit dans certains
contentieux. Depuis le décret no 2015-282 du 11 mars 2015, cette lettre recommandée n'est plus
doublée de l'envoi d'une lettre simple comprenant copie de la requête et de la convocation. C'est
également le cas dans le cadre de la procédure aux fins de mesure de protection des victimes de
violences. Les parties sont convoquées par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et le
demandeur peut également être convoqué verbalement contre émargement. Dans tous les cas, la
convocation vaut citation (C.pr. civ., art. 1136-3 ).
202. Injonction de payer. - En ce qui concerne l'injonction de payer, le débiteur peut toujours s'opposer
à l'ordonnance portant injonction de payer (C. pr. civ., art. 1412 ). L'opposition est alors formée au
greffe, selon le cas, de la juridiction dont le juge ou le président a rendu l'ordonnance portant injonction
de payer, soit par déclaration contre récépissé, soit par lettre recommandée (C. pr. civ., art. 1415 , et
pour l'injonction de payer européenne, art. 1424-8 ). Le greffier convoque les parties à l'audience par
lettre recommandée avec demande d'avis de réception (C. pr. civ., art. 1418 , al. 1er, et pour
l'injonction de payer européenne, art. 1424-10 , al. 1er). En revanche, il n'est procédé à aucun envoi
par lettre simple. La convocation doit alors contenir sa date, l'indication de la juridiction devant laquelle
l'opposition est portée, l'indication de la date de l'audience à laquelle les parties sont convoquées et les
conditions d'assistance et de représentation des parties. Elle doit préciser en outre que, faute de
comparaître, le défendeur s'expose à ce qu'un jugement soit rendu contre lui sur les seuls éléments
fournis par son adversaire (C. pr. civ., art. 1418 , al. 3 et 4, et 1424-10 , al. 3 et 4).
B - Sanction
203. Nullité. - Parmi tous les textes énumérés précédemment, seuls certains relatifs à la matière
familiale ou à l'injonction de payer prévoient la nullité comme sanction d'irrégularités entachant la
convocation du greffier. Plus précisément, qu'il s'agisse de la procédure se déroulant devant le juge aux
affaires familiales, et pour laquelle le code de procédure civile ne prévoit pas de dispositions
spécifiques, ou de la procédure d'injonction de payer, le contenu de la convocation est exigé à peine de
nullité (C. pr. civ., art. 1138 in fine, al. 4, art. 1418 , al. 9, et art. 1424-10 , in fine). En revanche,
les textes relatifs à la procédure aux fins de mesures de protection des victimes de violences ne
prévoient aucune sanction tout comme les dispositions relatives aux juridictions d'ailleurs. Aucun texte
relatif à la convocation par le greffe devant le tribunal judiciaire, le conseil de prud'hommes, le tribunal
paritaire des baux ruraux ou la cour d'appel ne prévoit de sanction en cas de non-respect de ses
formalités ou de son contenu. Il semble difficile d'admettre que de telles irrégularités entacheraient la
convocation de nullité, puisque l'article 114 du code de procédure civile exige que ce type de sanction
soit expressément prévu par un texte. La solution semblerait d'invoquer l'inobservation d'une formalité
substantielle ou d'ordre public. En effet, la convocation valant citation est indispensable à la liaison de
l'instance et à l'instauration du contradictoire. D'ailleurs, certaines juridictions sont tentées de recourir
au principe du contradictoire. C'est ce que fait la deuxième chambre civile dans un arrêt du 7 novembre
2002. Elle énonce que seule une convocation adressée dans les termes de l'article 847-2 du code de
procédure civile – devenu 758 du même code – met le défendeur en mesure de débattre
contradictoirement des pièces produites par son adversaire (Civ. 2e, 7 nov. 2002, no 99-19.415 , Bull.
civ. II, no 250). Viole les articles 14 et 937 du code de procédure civile l'arrêt qui estime qu'une partie a
été régulièrement citée par une convocation adressée uniquement à son avocat alors que cette partie n'a
pas été personnellement convoquée (Soc. 26 mai 1993, nos 90-42.185 et 90-43.641, Bull. civ. V,
no 148 ; JCP 1994. II. 22271, note Rusquec). Dans ce cas, c'est le défaut de contradictoire qui rend la
procédure nulle.
204. Spécificité. - Dès le début de cette étude, le choix a été fait de ne pas y inclure les actes du juge en
raison de leur trop grande spécificité (V. supra, no 3). Un bémol a toutefois été apporté concernant les
décisions et actes d'exécution relatifs aux mesures d'instruction qui participent indéniablement à
l'avancement de l'instance et dont la nullité est soumise aux dispositions qui régissent la nullité des actes
de procédure (C. pr. civ., art. 175 ). Nous renvoyons pour une étude plus approfondie de ces actes
aux rubriques qui leur sont consacrées (V. Preuve [Pr. civ.] et Mesures d'instruction confiées à un
technicien [Pr. civ.]). En outre, il semble intéressant de dire quelques mots sur l'introduction de
l'instance, premier acte de procédure, par le ministère public ou par le juge.
205. Exception au principe d'impulsion privée. - L'introduction de l'instance est en principe laissée à la
discrétion des parties (C. pr. civ., art. 1er ), car les droits et obligations revendiqués ou contestés
devant les tribunaux civils étant d'ordre privé, seules les parties peuvent décider de les soumettre
auxdits tribunaux. On parle de « principe d'impulsion » ou « d'initiative privée ou judiciaire »
(MOTULSKY, article préc., D. 1972. Chron. 91, spéc. no 12, p. 94 : l'auteur s'inspire des expressions
utilisées en droit italien, LIEBMAN, Legioni di dirritto processuale civile, 1951. – BOLARD, Les
principes directeurs du procès : le droit positif depuis Motulsky, JCP 1993. I. 3693, spéc. nos 4 et 5,
p. 329). Toutefois, il est des hypothèses pour lesquelles le législateur n'a pas intérêt à laisser les parties
décider de l'ouverture de l'instance. C'est notamment le cas dans certains domaines non contentieux où
il existe un intérêt supérieur à protéger. En l'absence de contradicteur, le justiciable concerné peut être
tenté de ne pas saisir le juge afin d'échapper à des règles contraignantes. Pour pallier cette abstention,
volontaire ou non, le législateur a donné le pouvoir d'agir à des tiers. Le ministère public, en tant que
partie principale, peut saisir le juge dans des hypothèses expressément prévues par la loi (C. pr. civ.,
art. 422 ), comme en matière de nationalité (C. civ., art. 29-3 ), dont les enjeux dépassent les
simples intérêts privés ou comme en droit de la famille où l'ordre public reste très présent. C'est le cas
en matière de demande en nullité du mariage (C. civ., art. 190 ), de modification des mesures
d'autorité parentale en cas de divorce (C. civ., art. 373-2-13 ), d'assistance éducative (C. civ., art. 375-
5 ), de déchéances de l'autorité parentale (C. civ., art. 378-1 ). Il peut également agir en matière
économique, en cas de redressement ou liquidation judiciaire d'une entreprise (C. com., art. L. 621-2
). En dehors des cas prévus par la loi, « il peut agir pour la défense de l'ordre public à l'occasion des faits
qui portent atteinte à celui-ci » (C. pr. civ., art. 423 ). Comme toute partie à l'instance, il doit alors
accomplir les actes nécessaires à la tenue de la procédure : assignation, déclaration, significations
diverses, etc. En tant que membre de la juridiction, il n'a toutefois pas l'obligation de constituer avocat
même lorsque la procédure est écrite. Il en va de même devant la Cour de cassation où il n'a pas
l'obligation de recourir aux services d'un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation (Civ. 1re,
27 mars 2001, no 98-18.260 . – Civ. 1re, 19 mars 2002, no 00-17.692 , Bull. civ. I, no 100 ; JCP
2001. IV. 1761. – V. Ministère public [Pr. civ.]).
206. Saisine d'office. - Plus étonnante est la possibilité pour le juge de s'autosaisir (MARTIN, La saisine
d'office du juge [essai sur sa signification], JCP 1973. IV, no 6316. – ROLLAND, Réflexions sur la
saisine d'office, De code en code, Mélanges Wiederkehr, 2009, Dalloz, p. 685 s.), compte tenu des
risques que cela entraîne pour son impartialité. D'ailleurs, les cas d'auto-saisine sont peu courants
(V. Administration légale et tutelle [Pr. civ.], Autorité parentale [Pr. civ.] et Principes directeurs du
procès [Pr. civ.]). En matière de protection des individus, si le juge peut toujours décider d'ouvrir
d'office une tutelle à l'encontre d'un mineur (C. civ., art. 391 ), la loi du 5 mars 2007, entrée en
vigueur le 1er janvier 2009, a mis un terme à cette faculté, en ce qui concerne les majeurs (C. civ.,
ancien art. 493 ). Quant au juge des enfants, c'est « à titre exceptionnel » qu'il peut se saisir d'office
pour que soient prononcées des mesures d'assistance éducative afin de protéger la santé, la sécurité et la
moralité du mineur (C. civ., art. 375 ). Mais plus significative est la décision rendue par le Conseil
constitutionnel à propos de l'article L. 631-5 du code de commerce (Cons. const. 7 déc. 2012, no 2012-
286 QPC . – VALLENS, La saisine d'office ne garantit pas l'impartialité du tribunal, D. 2013.
Chron. 338 ; D. 2013. 1584, obs. N. Jacquinot ; RTD civ. 2013. 889, obs. P. Théry ; Rev.
sociétés 2013. 177, obs. L. C. Henry ; D. 2013. 28, obs. M.-A. Frison-Roche ). Cet article énonçait
jusqu'alors, parmi les dispositions relatives aux difficultés des entreprises, que le tribunal de commerce
pouvait se saisir d'office aux fins d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire. Le Conseil
constitutionnel décide que, si la saisine d'office est bien fondée sur un motif d'intérêt général et cherche
à éviter l'aggravation irrémédiable de la situation de l'entreprise, elle n'est pas conforme à l'article 16 de
la Déclaration de 1789, car le code de commerce ne prévoit pas de garanties propres à assurer le respect
du principe d'impartialité. Se posent alors deux questions : la nature de cet acte d'auto-saisine et sa
forme. En ce qui concerne sa nature, du point de vue de l'office du juge, il est admis que cette
prérogative est étrangère au devoir de jurisdictio du juge (WIEDERKEHR, Qu'est-ce qu'un juge ?, in
Nouveaux juges, nouveaux pouvoirs ?, Mélanges Perrot, 1996, Dalloz, p. 575 s., spéc. p. 583). Elle est
un acte d'autorité, qui ne participe pas, à proprement parler, à trancher un litige, mais qui contribue à
une politique d'encadrement de certaines matières. Du point de la vue de la procédure, il s'agit à n'en
pas douter d'un acte introductif d'instance (sur les hésitations concernant les procédures collectives,
VALLENS, article préc., D. 2013. Chron. 338 ) et donc d'un acte de procédure. Il prend alors la
forme d'une citation (Com. 3 nov. 1992, no 90-16.751 , Bull. civ. IV, no 345. – Et Com. 16 mars
1993, no 91-10.314 ; RTD civ. 1993. 882, obs. Normand ; D. 1993. 538, obs. Vallens ; RTD
civ. 1993. 874, obs. Normand ).
207. Notion. - Il ne suffit pas d'élaborer un acte. Il faut ensuite le porter à la connaissance des personnes
concernées par la procédure (C. pr. civ., art. 651 ) en leur en remettant une copie. Il s'agit de la
notification. « Elle est aux actes de procédure ce qu'est la publication aux lois et aux règlements et la
notification aux actes administratifs individuels » (CORNU et FOYER, Procédure civile, 1996, PUF,
no 127). Elle est indispensable car, sans elle, l'acte de procédure ne saurait produire d'effet. Elle réalise
un contradictoire officiel et son accomplissement sert de point de départ au calcul de certains délais,
notamment des voies de recours. Dans un arrêt publié au bulletin, la deuxième chambre civile a précisé
que lorsqu’un jugement est notifié à deux reprises, c’est la première notification régulière qui fait courir
les délais de recours (Civ. 2e, 13 janv. 2022, no 20-12.914). Pour assurer une information effective et
réelle du destinataire, il n'existe pas qu'une seule forme de notification, mais tout un panel adapté aux
circonstances de l'espèce. Elle peut ainsi être accomplie par l'huissier de justice, le greffe, les parties
elles-mêmes ou leurs représentants. À côté de dispositions communes à toutes les notifications (V. infra,
nos 208 s.), existent des dispositions spécifiques (V. infra, nos 230 s.).
208. Conditions. - Porter un acte à la connaissance d'une personne soulève trois questions générales :
celle du moyen de communication (V. infra, nos 209 s.), celle de la ou des personnes informées (V. infra,
no 214) et celle du lieu de cette communication (V. infra, nos 215 s.).
209. Évolution. - Si la télécopie est encore parfois utilisée, elle est de plus en plus supplantée par la
communication électronique, dont l'usage a été facilité, dans les faits, par le perfectionnement des
techniques de transmission et dont la validité a été consacrée par le décret du 28 décembre 2005.
Art. 1er - Télécopies
210. Notion. - La télécopie est une technique de reproduction à distance d'un document utilisant le
réseau téléphonique. Encore appelé fax, cette technique a l'avantage de conserver, sous la forme d'un
écrit, un échange avec autrui. « Sur le message télécopié figurent le numéro de télécopie de l'émetteur,
la date et l'heure d'émission, celles de réception, le mode d'émission (modulation ou numérique), la
vitesse de transmission ainsi que le numéro de chaque page », données qui toutefois peuvent être
falsifiables (LAUTRETTE, Télex, télécopie, télégramme ; valeur juridique et force probante, LPA,
no 57, 10 mai 1996, p. 5). La jurisprudence refuse cette méthode de communication pour introduire
l'instance. La cour d'appel de Paris a condamné l'usage du fax comme substitut de la déclaration d'appel
prévu par le code du travail (Paris, 24 juin 1992, JCP 1992. IV. 2590 ; RTD civ. 1993. 198, obs.
Perrot ) ce qu'a confirmé la Cour de cassation sur le fondement des articles du code du travail (Soc.
27 janv. 2000, no 97-43.845 , Procédures 2000, no 102, obs. Sportouch), mais également sur le
fondement de l'article 902 du code de procédure civile (Civ. 2e, 28 févr. 2006, no 04-15.406 , Bull.
civ. II, no 51. – Civ. 2e, 6 mai 2010, no 09-66.523 , Bull. civ. II, no 86 ; D. 2011. 265, obs. Fricero ).
De même, il n'est pas possible de faire appel de la décision du juge de l'expropriation fixant le montant
de l'indemnité par fax (Civ. 3e, 19 juin 1996, no 94-70.291 , Bull. civ. III, no 148 ; AJDI 1996. 901,
obs. Lévy ; AJDI 1996. 1030, obs. C.M. ; D. 1997. 153, obs. Catalano ; RDI 1996. 553, obs.
Morel ; JCP 1997. II. 22751, note Bernard). En outre, une télécopie ne peut pas non plus
valablement saisir une juridiction d'un contredit (Civ. 2e, 10 févr. 2011, no 10-15.332 , Bull. civ. II,
no 31).
212. Sécurisation des procédés de communication. - Les procédés techniques utilisés pour la
communication électronique doivent garantir la fiabilité de l'identification des parties à ladite
communication, l'intégrité des documents adressés, la sécurité et la confidentialité des échanges, la
conservation des transmissions opérées, et permettre d'établir de manière certaine la date d'envoi et
celle de mise à disposition ou celle de la réception par le destinataire (C. pr. civ., art. 748-6 ). Par
exemple, l'avocat qui appartient au Réseau privé virtuel des Avocats (RPVA) peut se connecter au
Réseau privé virtuel Justice (RPVJ) par le biais du portail internet « ComCI e-barreau », destiné à
faciliter les échanges et le partage de documents entre les services judiciaires et les avocats. Les
échanges sont sécurisés et la confidentialité préservée notamment grâce à un boîtier de cryptage des
flux que l'avocat connecte à son modem ADSL et une clef USB qui lui est propre, équipée d'une carte
SIM, au moyen de laquelle l'avocat s'identifie. Du point de vue des magistrats, l'accès au système de
communication et aux applications du RPVJ est contrôlé par un identifiant strictement personnel
(SABATER, Nouvelles technologies et système judiciaire. Le déploiement de la communication dans
les juridictions judiciaires, JCP 2008. I. 223. – COIGNAC, E-barreau et dématérialisation des
procédures : « on ne va pas faire une justice virtuelle », JCP 2010. Actu. 46. – BERREBI, Les
procédures immatérielles, Gaz. Pal. 26 mai 2012, p. 13. – TRAPET, Les technologies de l'information
et de la communication au service de la justice du XXIe siècle, Gaz. Pal. 2-3 mars 2012, p. 8. –
BOCCARA, RPVA : vers une sortie de Navista ?, Gaz. Pal. 25-27 mars 2012, p. 10). La
communication électronique dans les procédures devant le tribunal de grande instance, devenu le
tribunal judiciaire, est spécialement régie par l'arrêté du 7 avril 2009 et devant le tribunal de commerce
par l'arrêté du 21 juin 2013 (JO 26 juin ; JCP 2013. 764, aperçu rapide BLÉRY ; V. Communication
électronique [Pr. civ.]).
213. Spécificité tenant à la communication en appel. - Devant la cour d'appel, dans la procédure avec
représentation obligatoire, l'article 930-1 du code de procédure civile impose l'usage de la
communication électronique. Il énonce dans son alinéa 1er : « À peine d'irrecevabilité relevée d'office,
les actes de procédure sont remis à la juridiction par voie électronique ». L'accord exprès du destinataire
n'est plus exigé. Ce même texte prévoit toutefois que, lorsque l'acte ne peut être transmis par voie
électronique pour une cause étrangère à celui qui l'accomplit, il est établi sur support papier et remis au
greffe (GRAYOT-DIRX, La cause étrangère et l'usage des nouvelles technologies dans le procès civil,
Procédures 2013. Étude 2). Dans ce cas, la déclaration d'appel est remise au greffe en autant
d'exemplaires qu'il y a de parties destinataires, plus deux. La remise est constatée par la mention de sa
date et le visa du greffier sur chaque exemplaire, dont l'un est immédiatement restitué. Les avis,
avertissement ou convocation sont remis aux avocats des parties par la même voie, sauf impossibilité
pour cause étrangère à l'expéditeur. L'arrêté du 20 mai 2020 apporte des précisions concernant les
conditions de forme des actes de procédure remis par voie électronique. Son article 3 énonce que « le
message de données relatif à l'envoi d'un acte de procédure remis par la voie électronique est constitué
d'un fichier au format XML destiné à faire l'objet d'un traitement automatisé par une application
informatique du destinataire ». Selon les articles 6 et 8 du même arrêté, il est prévu que les expéditions
de courriers électroniques porteurs d'acte de procédure provoquent, de manière automatique, un avis
de réception technique de la plateforme « e-barreau » et un avis de réception du service de messagerie
justice. S'il s'agit d'une déclaration d'appel, s'ajoutent à ces derniers avis un avis de réception par les
services du greffe auquel est joint un fichier récapitulatif reprenant les données du message. Ce
récapitulatif tient lieu de déclaration d'appel (Arr. du 30 mars 2011, art. 8). Théoriquement, le système
e-barreau a été configuré de manière à rendre impossible l'envoi de la déclaration d'appel, au cas où elle
ne comporterait pas la référence de la décision attaquée, l'étendue de l'appel général ou limité, la
désignation des parties (appelant et intimé). Or tout blocage de l'acte d'appel provoquant une
irrecevabilité de l'appel est contestable du point de vue de la procédure (sur la question, FRICERO,
L'appel nouveau est arrivé !, Procédures 2010. Étude 3, spéc. no 6). Seul le conseiller de la mise en état
ou la cour peut apprécier si l'on se trouve en présence d'une irrégularité de fond ou d'un vice de forme
causant la nullité de l'acte d'appel. En rendant certains champs obligatoires, la responsabilité du
postulant est en partie déléguée au logiciel e-barreau.
ACTUALISATION
213. Saisine par voie électronique et accès au juge. - En faisant prévaloir le principe de
l'obligation de communiquer par voie électronique pour saisir la cour d'appel sans prendre en
compte les obstacles pratiques auxquels s'était heurté le requérant pour la respecter, la Cour de
cassation a fait preuve d'un formalisme que la garantie de la sécurité juridique et de la bonne
administration de la justice n'imposait pas et qui doit, dès lors, être regardé comme excessif
(CEDH 9 juin 2022, req. no 15567/20, D. actu. 16 juin 2022, obs. C. Bléry).
214. Notification au représentant. - Selon l'article 652 du code de procédure civile, « lorsqu'une partie a
chargé une personne de la représenter en justice, les actes qui lui sont destinés, sont notifiés à son
représentant, sous réserve des règles particulières à la notification des jugements ». La difficulté réside
dans la définition de la représentation. Il est question ici d'un mandat ad litem qui emporte, notamment,
pouvoir et devoir d'accomplir au nom du mandant les actes de la procédure (C. pr. civ., art. 411 ). Or,
« une partie n'est admise à se faire représenter que par une seule des personnes, physiques ou morales,
habilitées par la loi » (C. pr. civ., art. 414 ) (V. Assistance et représentation en justice [Pr. civ.]. –
V. supra, nos 36 s.). Si une partie déclare avoir plusieurs avocats, l'élection de domicile faite auprès d'un
seul d'entre eux désigne cet avocat comme le représentant de la partie (Civ. 2e, 10 nov. 1998, no 96-
17.360 , Bull. civ. II, no 267 ; Procédures 1999, no 5, obs. Perrot ; D. 1999. IR 2 ). Le nom du
représentant et sa qualité doivent être portés à la connaissance du juge par déclaration au greffier de la
juridiction (C. pr. civ., art. 415 ) et dénoncés à l'adversaire (Civ. 2e, 6 mai 1976, Bull. civ. II, no 146).
Dès que le représentant est connu, c'est à lui que les notifications des actes concernant l'instance
doivent être faites (C. pr. civ., art. 652 ).
216. À demeure ou en mains propres. - Afin que la notification soit pleinement effective, elle doit être
réalisée au lieu où l'on est le plus sûr de toucher le destinataire de l'acte. D'ailleurs, lorsque la
notification est faite par acte d'huissier de justice, le principe doit être la remise à personne (C. pr. civ.,
art. 654 . – V. infra, no 246). Par principe, le lieu le plus sûr pour atteindre le destinataire est le lieu
où il demeure (C. pr. civ., art. 689 ). Ainsi, lorsque la notification est faite par huissier de justice,
celui-ci doit se rendre à l'adresse du destinataire et si la notification est effectuée en la forme ordinaire,
le courrier est envoyé à ladite adresse. La notion de demeure est souple et recoupe à la fois celle de
domicile et de résidence et la jurisprudence veille à ce qu'il ne s'agisse pas de n'importe quelle demeure,
peu fréquentée. Ainsi, n'est pas valablement réalisée la signification à domicile diligentée au lieu de
résidence secondaire du destinataire, résidence inoccupée, d'un accès difficile et sans boîte aux lettres,
alors que les pièces versées au débat établissent qu'il a un autre domicile connu et plus accessible
(Civ. 2e, 7 nov. 1994, no 93-10.203 , Bull. civ. II, no 227 ; Gaz. Pal. 1995. 2. Pan. 114). La
préoccupation de toucher effectivement le destinataire explique que la notification à personne peut
également être valablement faite, quel que soit le lieu où elle est délivrée, y compris le lieu de travail
(C. pr. civ., art. 689 , al. 2) ; et si le lieu de travail du destinataire de l'acte est connu du requérant,
l'huissier doit tenter une signification à personne en ce lieu (Civ. 2e, 10 nov. 2005, no 03-20.369 ,
Bull. civ. II, no 287 ; Procédures 2006, no 5, obs. Perrot). « Le code privilégie la cause de la justice sur
les inconvénients (professionnels par exemple) d'être assigné (ou de se voir délivrer tout autre acte) sur
son lieu de travail » (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 998, b),
p. 721). Ce qui explique la dérogation au principe de la notification au lieu où demeure la personne,
c'est la remise « en mains propres » au destinataire, à l'exclusion de toute autre personne se trouvant sur
les lieux. Ainsi la signification ne peut être faite à un délégué syndical (TGI Clermont-Ferrand, 26 avr.
1977, JCP 1977. II. 18176, note Almairac ; Gaz. Pal. 1978. 1. 95, note Guyénot), ni à une employée
(Aix, 29 mai 1990, RTD civ. 1991. 163, obs. Perrot ).
217. Changement de demeure. - Le temps de la procédure, le lieu où demeurent les parties peut
changer. Elles doivent donc signaler tout changement, en cours d'instance, sans quoi l'huissier de justice
sera exonéré de sa responsabilité (Douai, 30 avr. 1980, D. 1980. 572, note T. – Civ. 2e, 21 févr. 1990,
no 88-17.201 , Gaz. Pal. 29-30 juin 1990. Pan. 108). Ainsi, le destinataire de l'acte qui n'a pas notifié
ce changement d'adresse ne peut invoquer l'inexactitude de la désignation de son domicile (T. civ.
Bastia, 28 juill. 1949, JCP A 1950. IV. 25. – T. civ. Briançon, 28 févr. 1950, D. 1950. 257), et sera
valablement effectuée une signification au lieu où la partie s'est déclarée domiciliée dans une procédure
antérieure (Civ. 7 déc. 1936, DH 1938. Somm. 6). La solution est inverse lorsque le destinataire a
signalé ce changement par un moyen quelconque, notamment par lettre recommandée (Paris, 13 mai
1963, JCP A 1963. IV. 4358. – Aix-en-Provence, 3 févr. 1964, Gaz. Pal. 1964. 1. 431 ; à condition que
les termes de la dénonciation ne puissent être interprétés comme indiquant un simple changement de
résidence, dans ce cas la signification sera valablement faite à l'ancien domicile : Civ. 5 mars 1890, DP
1890. 1. 447). L'article 535 du code de procédure civile règle d'ailleurs une difficulté. La partie à
laquelle est notifié un recours est réputée, pour cette notification, demeurer à l'adresse qu'elle a indiqué
dans la notification du jugement et ce, afin d'éviter toute difficulté lorsque le requérant change de
domicile entre la signification du jugement et la signification du recours contre ce jugement (Com.
22 juin 1948, JCP A 1948. IV. 1021. – Rouen, 5 déc. 1947, JCP A 1948. IV. 913). En revanche, il
n'est pas fait obligation à l'appelant de déclarer ce changement ultérieur (Paris, 2 mai 1985, D. 1985.
IR 348. – Civ. 2e, 10 févr. 1988, no 86-18.190 , Bull. civ. II, no 41 ; RTD civ. 1988. 577, obs. Perrot.
– Civ. 2e, 20 avr. 1988, no 86-17.159 , Bull. civ. II, no 93 ; Gaz. Pal. 1988. 2. Somm. 490, obs. Croze
et Morel ; RTD civ. 1988. 577, obs. Perrot).
218. Dissimulation de l'adresse. - Le destinataire peut être tenté de cacher son adresse pour éviter la
venue de l'huissier de justice. On ne peut alors faire grief à l'huissier d'avoir signifié à l'adresse où il
savait pouvoir joindre effectivement le destinataire, et non à l'adresse indiquée dans le jugement, en
raison de la dissimulation délibérée de celle-ci (Paris, 19 déc. 1980, D. 1982. 501, note Decheix).
Quant à l'indication d'une adresse erronée, elle exclut que le destinataire se plaigne de ce que la
signification n'a pu lui parvenir (Civ. 2e, 24 nov. 1982, Bull. civ. II, no 151, où la société était à l'origine
de l'erreur de l'huissier) et la nullité de l'acte ne peut être soulevée par ce dernier (TGI, Nanterre,
4 mars 1975, préc. supra, no 120). Mais la dissimulation de l'adresse du destinataire peut également être
l'œuvre du requérant et, dans ce cas, la citation délivrée à l'adresse inexacte est nulle (Lyon, 19 oct.
1978, préc. – Aix-en-Provence, 18 oct. 1985, préc.).
219. Hypothèse du domicile élu. - L'alinéa 3 de l'article 689 du code de procédure civile dispose encore
que la notification est valablement faite au domicile élu, c'est-à-dire choisi par les parties et autre que
leur domicile réel, lorsque la loi l'admet ou l'impose. En dehors de ces cas, la notification au domicile élu
n'est pas valable. Ainsi, un tribunal ne saurait se fonder sur une élection de domicile faite à seules fins
fiscales pour établir la régularité de la signification faite à ce domicile (Civ. 2e, 26 janv. 1994, no 92-
17.300 , Bull. civ. II, no 40 ; RDI 1994. 485, obs. Delebecque ). En cas de signification au domicile
élu, l'huissier de justice doit aviser l'intéressé de la signification, le jour même ou au plus tard le premier
jour ouvrable, par lettre simple comportant les mêmes mentions que l'avis de passage (C. pr. civ.,
art. 658 , al. 2). La Cour de cassation ayant décidé, à propos de la signification à personne morale, que
cette exigence s'impose même quand la signification a été faite à personne, il semble normal d'étendre
cette solution pour la signification à personne physique.
220. Distinction. - L'objectif est le même que pour une personne physique : la notification doit toucher
la personne qui doit prendre connaissance de l'acte. Pour ce faire, l'article 690 du code de procédure
civile dispose que la notification est faite au lieu de son établissement (V. infra, nos 221 s.), équivalent
du domicile de la personne physique. Toutefois, parce qu'une personne morale n'a pas la réalité d'une
personne physique : « À défaut d'un tel lieu, elle l'est en la personne de l'un de ses membres habilité à la
recevoir » (V. infra, nos 225 s.). Ainsi, soit la personne morale a bien un établissement
géographiquement localisé et la notification s'y effectue, entre les mains de la personne habilitée
(V. infra, no 249), soit elle n'en a pas et derrière l'écran de la personnalité morale réapparaissent les
personnes physiques qui la composent ; la notification sera alors faite à l'une d'elles, habilitée pour cela,
où qu'elle se trouve.
221. Notion. - L'article 690 du code de procédure civile pose le principe selon lequel la notification
destinée à personne morale de droit privé ou à un établissement public à caractère industriel ou
commercial est faite au lieu de son établissement. Il s'agit du siège social. C'est ce qui ressort de
certaines décisions qui définissent le lieu d'établissement comme le lieu où existent et fonctionnent
effectivement et de manière stable ses organes de direction et d'administration (Civ. 7 juill. 1947, JCP
1947. II. 3871 ; D. 1948. Somm. 9. – Paris, 28 oct. 1992, Sté HLM Travail et propriété c/ Sté Banque
centrale, D. 1993. IR 9 ; BJS 1993. 84). Se pose alors la question du lieu d'établissement quand le
siège social ne coïncide pas avec le lieu d'exercice de l'activité. Une cour d'appel a décidé que le lieu
d'établissement d'une société civile professionnelle d'avocats, au sens de l'article 690 du code de
procédure civile, était son siège social et non le lieu où l'associé exerce effectivement la profession
d'avocat (Orléans, 30 janv. 2003, Dr. sociétés 2003, no 189, note Lucas). Cette solution aurait pu tenir
à la spécificité de l'espèce. Il résulte de l'article 44 du décret du 20 juillet 1992 relatif aux SCP
d'avocats que chaque associé exerce la profession au nom de la société. C'est alors la société et non
l'avocat associé qui doit être regardée comme exerçant le mandat d'agir en justice. Mais la Cour de
cassation a rappelé la généralité du principe : une société peut toujours être valablement touchée à
l'adresse de son siège social, quand bien même le bail la liant à son adversaire indiquerait l'adresse de
son gérant (Civ. 2e, 19 févr. 2015, no 13-28.140 , Rev. sociétés 2015. 438, note A. Reygrobellet ).
Cette décision ne doit toutefois pas remettre en cause les solutions qui permettent de toucher plus
effectivement la personne morale ou l'EPIC. Ainsi, il a été jugé que la signification d'un jugement à une
société faite non à son siège social mais au siège d'une société gérante, ayant agi à ce titre dans l'acte
introductif d'instance de sa requête, est régulière (Paris, 30 avr. 1968, Gaz. Pal. 1968. 2. 240). Il a
également été admis que la notification se fasse au domicile de fait de la société (Com. 31 juill. 1952,
D. 1953. 54). En cas de pluralité d'établissements, la notification qui n'est pas faite au siège social doit
l'être au lieu de son établissement où le litige a pris naissance (Soc. 5 févr. 1997, no 94-40.653 , Bull.
civ. V, no 54). Pour une compagnie d'assurances, l'agence générale est un établissement au sens de
l'article 690 du code de procédure civile (Civ. 2e, 27 nov. 1985, Bull. civ. II, no 179 ; JCP 1986. IV. 56 ;
Gaz. Pal. 1986. 2. Somm. 413, obs. Croze et Morel). En revanche, la signification dans un simple
atelier, ou dans un établissement qui ne serait ni le siège social ni une agence ou succursale (Soc. 9 févr.
1972, JCP A 1972. IV. 6135), est susceptible d'entraîner un grief pour le destinataire et l'irrégularité
sera alors cause de nullité.
222. Difficultés dans la détermination du lieu d'établissement. - La société qui se trompe elle-même
dans l'indication de son siège social ne peut se prévaloir de cette erreur pour remettre en cause la
validité de la notification et reprocher à l'huissier de justice de ne pas avoir effectué des recherches pour
découvrir le véritable siège social (Civ. 2e, 24 nov. 1982, no 81-14.504 , Bull. civ. II, no 151 ;
D. 1983. IR 159 : en l'espèce, la société disposait de bureaux à l'adresse à laquelle la signification avait
été faite, et aussi bien son courrier que ses conclusions mentionnaient cette adresse, qui figurait dans le
jugement). En cas de contestation sur la localisation réelle du siège social, les juges du fond doivent
rechercher si l'adresse revendiquée n'est pas le siège social de la société tel qu'il résulte de l'extrait K bis
du registre du commerce et des sociétés (Civ. 2e, 19 mai 1998, no 96-19.668 , Bull. civ. II, no 159).
D'ailleurs, tant qu'elle n'a pas fait le choix d'un nouveau siège social, une société est réputée conserver
son siège social au lieu fixé par les statuts et publié au registre du commerce et des sociétés (Civ. 2e,
17 févr. 2011, no 08-19.952 , Procédures 2011, no 127, obs. Perrot). Mais la mention doit
correspondre à une certaine réalité. N'est pas régulière la signification effectuée à une adresse indiquée
comme le siège social par le registre du commerce et des sociétés alors que la société, selon les
énonciations de l'arrêt, n'y a pas d'établissement connu (Civ. 2e, 16 mars 2000, no 95-13.210 , Bull.
civ. II, no 48).
223. Siège social à l'étranger. - La Cour de cassation permet l'utilisation de la solution préconisée à
défaut de lieu d'établissement (V. infra, no 225), à savoir la notification à une personne habilitée,
lorsque le lieu de l'établissement est à l'étranger. Ainsi, lorsque le siège social se trouve à l'étranger, la
signification peut être faite à son représentant légal qui a un domicile en France (Civ. 2e, 12 mai 1975,
no 74-12.241 , Bull. civ. II, no 144 ; JCP 1975. IV. 6563 ; RTD civ. 1976. 175, obs. Perrot). Le
règlement no 1393/2007 du Parlement européen et du Conseil, du 13 novembre 2007, relatif à la
signification et à la notification dans les États membres des actes judiciaires et extrajudiciaires en
matière civile et commerciale, applicable lorsqu'un acte doit être transmis d'un État membre à l'autre,
est alors écarté (Com. 20 nov. 2012, no 11-17.653 , Bull. civ. IV, no 207 ; D. 2012. 2811, obs. Avena-
Robardet ; Rev. sociétés 2013. 154, obs. Barbièri ).
224. En cas de liquidation. - Lorsque la personne morale est une société en liquidation, se pose la
question de savoir où doit être diligentée la notification. La jurisprudence avait admis dès le XIXe siècle
que la personnalité morale d'une société en liquidation se poursuivant pour les besoins de sa
liquidation, les notifications des actes de procédure concernant cette société pouvaient être faites à son
siège social sans qu'il soit nécessaire de désigner nominativement le liquidateur (Civ. 7 nov. 1898, DP
1903. 1. 233, note Pic. – Lyon, 26 mars 1975, JCP 1975. IV. 6533, obs. J.-A. – Civ. 2e, 3 avr. 1979,
Bull. civ. II, no 116. – Civ. 2e, 17 mai 1983, Bull. civ. II, no 112). Mais d'autres décisions, partant du
principe que la notification doit être faite au liquidateur en personne, puisque la liquidation emporte
dessaisissement, privilégient le domicile du liquidateur (Civ. 1re, 16 juin 1987, no 85-12.515 , JCP
1987. IV. 295 ; Gaz. Pal. 1988. Somm. 34, obs. Croze et Morel). C'est donc au liquidateur que les actes
de procédure doivent être signifiés voire au lieu d'établissement, si le débiteur est une personne morale
(SOINNE, Traité des procédures collectives, 2e éd., 1995, Litec, spéc. no 2362), mais il ne saurait s'agir
du domicile élu par le liquidateur de la société (Civ. 2e, 17 mai 1983, no 81-14.262 , Bull. civ. II,
no 112). En revanche, lorsque les opérations de liquidation sont clôturées pour insuffisance d'actif, la
clôture prive le mandataire du droit de représenter la personne morale et ne peut à ce titre se voir
délivrer de notification (Civ. 2e, 17 oct. 2002, no 01-13.553 , Bull. civ. II, no 232 ; AJDI 2002. 886,
obs. Le Corre ; Rev. sociétés 2003. 154, obs. Le Corre ; RTD civ. 2003. 325, obs. P. Crocq ).
Enfin, lorsque la société est en règlement judiciaire, la signification faite au cabinet du syndic chargé de
celui-ci, entre les mains d'une secrétaire qui n'avait pas le pouvoir de représenter la société, et non au
siège social de la personne morale, ne vaut pas notification, car il s'agit de la notification d'un acte en un
lieu autre que l'un de ceux prévus par la loi (Civ. 2e, 28 févr. 1996, no 93-17.591 , Bull. civ. II, no 48 ;
Gaz. Pal. 21 nov. 1996, note Rusquec).
§ 2 - À défaut d'établissement
225. Lieu où se trouve la personne habilitée à recevoir. - L'alinéa 2 de l'article 690 du code de
procédure civile envisage l'hypothèse où la personne morale de droit privé ou l'établissement public à
caractère industriel et commercial n'a pas d'établissement. Dans ce cas, la notification est faite « en la
personne de l'un de ses membres habilité à la recevoir » (V. infra, no 249) là où il se trouve. Ainsi, si la
société n'existe pas en tant que personne morale (société de fait) et n'a donc pas de siège social, la
signification est faite à chacun des associés (Civ. 2e, 7 nov. 1960, Bull. civ. II, no 10). Est nulle la
signification à parquet si l'huissier de justice s'est préalablement abstenu de chercher à signifier l'acte au
domicile de l'un des associés (Com. 25 janv. 1967, Bull. civ. III, no 49), si le requérant connaissait
l'adresse personnelle du gérant (Civ. 2e, 29 mai 1975, D. 1975. IR 185), ou encore si celui-ci n'avait
jamais cessé d'avoir son domicile au lieu figurant dans l'acte constitutif de la société comme dans
l'immatriculation de celle-ci au registre du commerce (Civ. 2e, 31 mai 1978, Bull. civ. II, no 148).
226. Hypothèse du domicile élu. - La Cour de cassation étend la restriction posée par l'article 689 du
code de procédure civile pour les notifications à personne physique aux notifications à personnes
morales et aux EPIC. La notification d'un acte n'est valablement faite au domicile élu que lorsque la loi
l'admet ou l'impose (Civ. 2e, 16 nov. 1988, no 87-16.307 , Bull. civ. II, no 224 ; JCP 1989. 21377,
note Prévault ; JCP N 1990, no 50, p. 285, note Prévault. – Civ. 3e, 4 mai 1994, no 92-13.039 , Bull.
civ. III, no 88 ; Dr. et patr. 1/1995, no 825, p. 82, obs. Lissarrague).
227. Hypothèses. - Les cas de notification au ministère public et au parquet sont assez rares. On peut
supposer que le ministère public se verra notifier tous les actes relatifs aux procédures dans lesquelles il
est partie principale (C. pr. civ., art. 422 s.) ainsi que les actes que la loi oblige à lui notifier. Ainsi,
dans le cadre de la procédure aux fins de mesures de protection des victimes de violences, l'ordonnance
qui statue sur la demande de telles mesures est notifiée au ministère public par remise avec émargement
ou envoi contre récépissé (C. pr. civ., art. 1136-9 ). Le parquet est également amené à recevoir les
notifications qu'il est chargé d'acheminer en direction de personnes domiciliées en dehors du territoire
national, à l'exclusion des actes délivrés en matière civile et commerciale dans les États membres de
l'Union européenne (V. infra, no 316). Mais la Cour de cassation a déjà admis que la notification de
l'acte soit faite directement à la personne même de son destinataire lors d'un séjour en France (Civ. 2e,
12 mai 1975, no 74-12.241 , préc.)
228. Lieu de la notification. - Selon l'article 691 du code de procédure civile, la notification est faite au
parquet « de la juridiction devant laquelle la demande est portée » pour un acte introductif d'instance,
au parquet « de la juridiction qui a statué » pour un acte consécutif à une procédure ou celui du dernier
domicile connu. Toutefois, le professeur Bléry souligne toutefois que la signification à parquet,
s'agissant d'une personne dont l'adresse est inconnue, a été remplacée par le procès-verbal de recherches
infructueuses de l'article 659 du code de procédure civile (BLÉRY, La formation des actes de
procédure, in GUINCHARD [dir.], Droit et pratique de la procédure civile. Droit interne et européen
2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action, spéc. no 271.154, p. 686). S'il n'existe pas de parquet près la
juridiction, la notification est faite au parquet du tribunal judiciaire dans le ressort duquel cette
juridiction a son siège (C. pr. civ., art. 691 , al. 2).
229. Lieu où elles sont établies. - L'article 692 du code de procédure civile énonce que les notifications
destinées aux collectivités publiques et aux établissements publics sont faites « au lieu où ils sont
établis, à toute personne habilitée à les recevoir » (V. infra, no 249). Ainsi, lorsque c'est une commune
qui est visée par la notification, celle-ci doit être délivrée à la mairie, au maire et à défaut, aux adjoints
ou aux conseillers, selon l'ordre du tableau.
230. Diversité. - Pour assurer une information effective et réelle du destinataire, il existe différentes
formes de notification. Lorsque la notification est faite par acte d'huissier de justice, elle s'appelle
signification. Mais cette opération peut encore être faite sous une autre forme : elle peut l'être en la
forme ordinaire, c'est-à-dire par envoi postal ou remise au destinataire contre émargement, à moins que
la notification ne soit effectuée entre avocats, ce qui simplifie l'opération, qui se réduit alors à
l'apposition du cachet de l'huissier et sa signature sur l'acte et sa copie, ou à la signature de l'avocat
destinataire sur l'un des exemplaires de l'acte, daté et visé (V. infra, nos 231 s.). Il existe en outre des
dispositions particulières lorsque la notification est internationale, notification d'actes à destination de
l'étranger ou d'actes en provenance de l'étranger (V. infra, nos 302 s.).
Section 1re - Spécificités tenant aux différents modes de notification
231. Signification et autres modes de notification. - Longtemps, les huissiers de justice ont bénéficié du
monopole de la notification. Mais celui-ci leur était contesté en raison du coût élevé de l'acte
qu'entraînait l'intervention de ces officiers ministériels spécialisés. Ce qui a longtemps été désigné
comme le nouveau code de procédure civile a donc consacré une diversité de notifications (C. pr. civ.,
art. 651 s.), le monopole des huissiers de justice étant maintenu dans tous les cas où il n'en est pas
disposé autrement (Ord. no 45-2592 du 2 nov. 1945, art. 1er). Il est clair par ailleurs que, dans l'esprit
des rédacteurs, le mode le plus sûr demeure la signification par huissier de justice, à laquelle il est
toujours possible de recourir alors même que la loi aurait prévu une autre forme (C. pr. civ., art. 651 ,
al. 3). Le coût de cet acte devrait alors rester à la charge du signifiant qui a opté, sans nécessité, pour une
modalité plus coûteuse. La Cour de cassation a toutefois adopté une position différente en décidant que
la signification d'une ordonnance de taxe, qui doit être notifiée par lettre recommandée avec demande
d'avis de réception, doit demeurer à la charge de la partie condamnée aux dépens (Civ. 2e, 5 mai 2011,
no 10-15.977 , Dr. et pr. 2011. 189). À côté de la notification par huissier (V. infra, nos 232 s.),
existent ainsi des techniques plus simples, qui poursuivent le même objectif d'officialisation de la
connaissance d'un acte. Il s’agit de la notification en la forme ordinaire (V. infra, nos 277 s.) et des
notifications entre avocats (V. infra, nos 297 s.). Chacune d'entre elles est soumise à un formalisme
particulier.
232. Principe. - Lorsque la notification résulte d'un acte d'huissier de justice, on parle de signification
(C. pr. civ., art. 651 , al. 2). Ce mode de notification, qui implique que la remise de la copie de l'acte
se fasse par l'huissier qui se déplace et procède à des investigations, est considéré comme le plus sûr, car
l'intervention de l'huissier de justice présente à la fois des garanties pour le requérant et pour le
destinataire. Pour le requérant, ces garanties résultent du fait que la formalité est accomplie par un
professionnel dont la responsabilité peut être engagée en cas d'irrégularité et qui rendra compte à son
mandant du résultat de ses investigations. D'ailleurs, la Cour européenne des droits de l'homme
considère que, lorsque la législation interne d'un État confie la signification des actes de justice aux
huissiers de justice, le respect des modalités de telles significations relève principalement de la
responsabilité des huissiers (CEDH 11 janv. 2001, Platakou c/ Grèce, req. no 38460/97 , spéc. § 39,
Dr. et pr. 2001. 233, obs. Marguénaud). En outre, il peut exister une responsabilité internationale de
l'État du fait des huissiers de justice (CEDH 11 janv. 2001, P. M., Lunari et Tanganelli c/ Italie, req.
nos 21463/93 et 23424/94, Dr. et pr. 2001. 170, obs. Marguénaud). Quant au destinataire, il est
assuré d'être avisé des actions intentées contre lui ou des actes de procédure qui le concernent ou du
moyen d'en prendre connaissance. C'est pourquoi, l'article 1er, alinéa 1er, de l'ordonnance du
2 novembre 1945 énonce notamment que « les huissiers de justice sont les officiers ministériels qui ont
seuls qualité pour signifier les actes et les exploits, faire les notifications prescrites par les lois et
règlements lorsque le mode de notification n'a pas été précisé ». Les quelques considérations générales
qui peuvent être présentées ici à propos de la signification (V. infra, nos 234 s.) doivent s’accompagner
de développements sur la hiérarchisation des différents modes de signification (V. infra, nos 245 s.).
233. Présentation. - Toute signification est régie par des dispositions relatives à l’huissier de justice
(V. infra, nos 234 s.) et relatives à l’acte de signification lui-même (V. infra, nos 236 s.).
234. Choix de l'huissier de justice. - Les parties peuvent librement choisir l'huissier de justice (Civ. 2e,
8 sept. 2011, no 10-23.115 , Bull. civ. II, no 167) qui aura pour tâche de notifier l'acte qu'elles
souhaitent adresser à leur adversaire, à la condition de respecter les règles relatives à la compétence
territoriale de cet officier public ministériel. Depuis, le 1er janvier 2017, date d'entrée en vigueur du
décret no 2016-1875 du 26 décembre 2016 venu modifier le décret no 56-222 du 29 février 1956, la
compétence territoriale de l'huissier s'étend au ressort de la cour d'appel de sa résidence. À partir du
1er juillet 2022, les commissaires de justice gardent la même compétence territoriale (Décr. no 2021-
1625 du 10 déc. 2021, art. 1er).
235. Condition de la signification. - Les huissiers de justice sont tenus de remettre eux-mêmes, à
personne ou à domicile, les exploits et actes qu'ils sont chargés de signifier (Décr. du 29 févr. 1956,
art. 16, al. 1er. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 6, al. 1er).
Toutefois, ils peuvent confier la signification d'un acte à un confrère dont la résidence, située dans le
même ressort de compétence, est plus proche du lieu de signification. Dans ce cas, la minute est
conservée par l'office qui a procédé à la signification (Décr. du 29 févr. 1956, art. 16, al. 2. – Pour les
commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021, art. 6, al. 2). Dans cette hypothèse, les
émoluments relatifs à cet acte, versés à l'huissier initialement saisi, sont ensuite partagés entre les
intéressés à raison d'un tiers pour l'huissier de justice qui a rédigé l'acte et de deux tiers pour celui qui l'a
signifié (C. com., art. R. 444-49 . – FRADIN, L'acte d'huissier de justice devient équitable et normé,
Procédures 2010. Alerte 32). En outre, l'huissier de justice peut déléguer sa tâche de signification à un
clerc assermenté (L. du 27 déc. 1923, art. 6). Toutefois, les mentions portées sur l'original par le clerc
assermenté devront être visées par l'huissier (L. 1923, art. 7), qui demeure responsable civilement des
nullités, amendes, restitutions, dépens et dommages et intérêts encourus du fait de cette suppléance
(L. 1923, art. 9. – Soc. 2 mai 1974, JCP 1974. IV. 221).
1° - Formes
237. Formule. - La circulaire du 2 mai 1974 relative à la rédaction des actes d'huissier de justice (JO
11 mai. – V. supra, no 128) comporte une formule intitulée « signification de l'acte ». Inspirée d'un
imprimé élaboré par des huissiers de justice, elle est destinée à relater, d'une façon pratique pour ces
officiers ministériels, claire pour le juge et compréhensible pour le public, les modalités de remise de
l'assignation, et fait partie intégrante de celle-ci dont elle constitue en réalité la dernière page.
238. Signification par voie électronique. - Le décret no 2012-366 du 15 mars 2012 (JO 17 mars)
institue aux côtés de la signification papier une signification par voie électronique (C. pr. civ., art. 662-
1 s.), à laquelle ne s'appliquent pas les articles 654 à 662 du code de procédure civile. Celle-ci ne
peut être effectuée qu'avec l'accord du destinataire et l'acte de signification porte mention de ce
consentement (C. pr. civ., art. 662-1 ). L'article 73-1 du décret du 29 février 1956 organise la
réception de ce consentement (pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-1625 du 10 déc. 2021,
art. 21). La personne destinataire d'un acte établi par huissier de justice, qui consent à sa signification
par voie électronique, adresse par voie électronique une déclaration à la Chambre nationale des
huissiers de justice selon un modèle établi par celle-ci. La déclaration précise l'identité du déclarant et
les pièces justifiant de cette identité, la nature des actes sur lesquels porte le consentement, la durée
pour laquelle le consentement est donné et les modalités selon lesquelles le consentement peut être
révoqué. Deux arrêtés ont fixé la liste des pièces justificatives de l'identité de l'auteur de la déclaration
(Arr. du 22 mai 2012 et Arr. du 1er oct. 2012). La Chambre nationale des huissiers de justice dresse et
tient à jour la liste des personnes ayant consenti à la signification électronique d'un acte d'huissier de
justice. Ces données recueillies sont conservées dans des conditions garantissant leur intégrité et leur
confidentialité et détruites à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de la date de la révocation du
consentement à la signification par voie électronique. Enfin, seuls peuvent obtenir communication de
ces données les huissiers de justice pour l'accomplissement de leur mission de signification et l'autorité
judiciaire pour les besoins des procédures judiciaires. Cette signification par voie électronique étant
soumise aux conditions prévues par le titre du code de procédure civile relatif à la communication par
voie électronique (V. supra, nos 203 s.), elle doit faire l'objet d'un avis électronique de réception
indiquant la date et l'heure de celle-ci (C. pr. civ., art. 748-3 ). En outre, l'article 8 de l'arrêté du
28 août 2012 portant application des dispositions du titre XXI du livre Ier du code de procédure civile
aux huissiers de justice décrit la procédure à suivre. L'acte signifié par voie électronique est constitué
d'un fichier au format [PDF/ A], signé électroniquement par l'huissier de justice, auquel est associé un
message de données qui doit reprendre les éléments essentiels de l'acte et pouvant faire l'objet d'un
traitement automatisé par une application informatique du destinataire. Le fichier au format [PDF/ A]
et le message de données sont intégrés dans [un seul flux XML], mis à la disposition du destinataire,
dans un coffre-fort électronique placé sous la responsabilité de la Chambre nationale des commissaires
de justice. Le dépôt dans le coffre-fort électronique du destinataire s'effectue par liaison privée et
sécurisée. Le destinataire est averti de la remise de l'acte dans son coffre-fort électronique par le moyen
d'un courrier électronique ou par un message (SMS) mis en forme et expédié par l'huissier de justice à
travers une plate-forme dédiée à la signification par voie électronique (dénommée « SECURACT »).
Le destinataire accède à son coffre-fort électronique par une authentification sur le mode login/mot de
passe. Enfin, le nouvel article 662-1 du code de procédure civile précise d'ailleurs que la signification
par voie électronique est une signification faite à personne si le destinataire de l'acte en a pris
connaissance le jour de la transmission de l'acte. Dans les autres cas, la signification est une signification
faite à domicile et l'huissier de justice doit en aviser l'intéressé, le premier jour ouvrable, par lettre
simple mentionnant la délivrance de la signification par voie électronique ainsi que la nature de l'acte et
le nom du requérant.
239. Rematérialisation aux fins de signification. - L'huissier de justice qui reçoit un acte authentique sur
support électronique peut en établir une expédition sur support papier, pour procéder à sa signification
(Décr. no 56-222 du 29 févr. 1956, art. 29-6, al. 3. – Pour les commissaires de justice, Décr. no 2021-
1625 du 10 déc. 2021, art. 19, al. 4).
240. Spécificité des originaux. - Les originaux des actes d'huissier de justice doivent porter mention des
formalités et diligences auxquelles donne lieu l'application des dispositions relatives à la signification,
avec l'indication de leurs dates. En cas de signification par voie électronique faite à personne, ils
mentionnent les date et heure auxquelles le destinataire de l'acte en a pris connaissance (C. pr. civ.,
art. 663 , al. 1er). Les juges doivent vérifier si les recherches de l'huissier satisfont aux exigences
prescrites et s'il en est fait mention sur l'original (Civ. 2e, 12 mai 1980, Gaz. Pal. 1981. 139, note
Rusquec ; RTD civ. 1981. 897, obs. Perrot). La mention n'a en revanche pas à être portée sur la copie
de l'acte de signification (Civ. 2e, 18 oct. 2007, no 07-11.421 , Bull. civ. II, no 233 ; JCP 2007.
IV. 3076).
2° - Date
241. Date de la signification. - La date de signification d'un acte a une importance capitale, car elle
détermine soit l'interruption d'un délai de prescription, de forclusion ou de caducité, soit le point de
départ d'un délai de recours. La date de la signification est celle du jour où elle est faite à personne, à
domicile, à résidence ou celle de l'établissement du procès-verbal de recherches infructueuses prévu par
l'article 659 du code de procédure civile (C. pr. civ., art. 664-1 ). En cas de signification à domicile ou
à résidence, avec remise à une personne présente, l'huissier laisse un avis de passage daté, informant le
destinataire de l'acte de la remise (C. pr. civ., art. 655 ). Le jour même ou au plus tard le premier jour
ouvrable, il double cet avis de l'envoi d'une lettre simple comportant les mêmes mentions que l'avis de
passage (C. pr. civ., art. 658 ). Dans ce cas, la date de la signification est celle de l'avis de passage et
non celle de l'envoi (Civ. 2e, 12 oct. 1994, no 92-19.332 , Bull. civ. II, no 193 ; JCP 1995. II. 22469,
note Rusquec). Il en est de même lorsque personne ne peut ou ne veut recevoir la copie de l'acte et qu'il
résulte des vérifications faites par l'huissier de justice que le destinataire demeure bien à l'adresse
indiquée. Dans ce cas, l'huissier de justice laisse au domicile ou à la résidence de celui-ci un avis de
passage (C. pr. civ., art. 656 ) et envoie une lettre simple (C. pr. civ., art. 658 ). Une copie de l'acte
est alors conservée à l'étude pendant trois mois. La date de la signification de l'acte doit être celle du
jour de la présentation de l'huissier de justice au domicile du destinataire. C'est en tout cas la solution
qui peut être déduite d'un arrêt de 1997 qui, à l'époque, s'était prononcé en ce sens concernant la
signification à mairie, refusant de retenir la date de remise en mairie (Civ. 2e, 5 févr. 1997, no 95-
11.752 , Bull. civ. II, no 35). Enfin, la date de signification dans une collectivité d'outre-mer ou en
Nouvelle-Calédonie ainsi qu'à l'étranger est, à l'égard de celui qui y procède, celle de l'expédition de
l'acte par l'huissier de justice (C. pr. civ., art. 647-1 ).
242. Heures légales. - Selon l'article 664 du code de procédure civile, aucune notification ne peut être
faite avant six heures et après vingt et une heure. Cette règle peut toutefois poser des difficultés lorsque
l'huissier de justice est amené à se rendre non au domicile mais sur le lieu de travail du destinataire. La
doctrine admet que si l'huissier, se présentant au bureau d'une personne publique à une heure légale,
trouve ce bureau fermé, il en fait mention sur l'exploit et peut valablement accomplir la formalité le
premier jour ouvrable suivant (SOLUS et PERROT, Droit judiciaire privé, t. 1 : Introduction, notions
fondamentales et organisation judiciaire, 1961, Sirey, spéc. no 359. – VINCENT et GUINCHARD,
op. cit.). En pratique, on constate que les huissiers de justice ont plus de chance de trouver les
destinataires chez eux entre 19 et 21 heures, ce qui devrait les conduire à « bloquer » leurs significations
à ce moment-là pour être sûrs de délivrer à personne… (LATIL, Pitié pour nos mairies, Gaz. Pal. 1985.
1. Doctr. 120). La règle s'explique par l'idée qu'une atteinte à l'inviolabilité du domicile, telle que
l'entraîne l'intrusion de l'huissier, ne peut être admise que dans le respect d'un minimum d'intimité du
destinataire. Mais, en conséquence, lorsque l'huissier ne se présente pas au domicile du destinataire
mais dans un lieu ouvert au public, est-il toujours tenu par le respect de l'horaire, puisqu'il ne porte pas
atteinte à une intimité ? La doctrine ne le pense pas (FRICERO, Notification des actes de procédure, J.-
Cl. Pr. civ., fasc. 141, no 13), estimant qu'il faut alors admettre une tolérance afin de permettre les
significations sur le lieu de travail de nuit (en ce sens : Paris, 11 mai 1905, DP 1905. 2. 369). En outre,
l'avènement de la signification électronique aurait pu remettre en cause ces horaires. En effet, la
dématérialisation a pour avantage de pouvoir offrir une plus grande amplitude des horaires. En réalité,
cela n'est que partiellement vrai. Tout d'abord, la date et l'heure de la signification par voie électronique
sont celles de l'envoi de l'acte à son destinataire (C. pr. civ., art. 664-1 , al. 2). Ensuite, l'article 664
n'ayant pas été modifié, il semble que l'huissier de justice soit toujours dans l'obligation de signifier,
même de manière dématérialisée, entre six et vingt et une heure. En revanche, le destinataire, qui doit
prendre connaissance de cet acte le jour même pour que celle-ci soit une signification faite à personne,
peut le faire jusqu'à vingt trois heures et cinquante neuf minutes.
243. Jours légaux. - Toujours selon l'article 664 du code de procédure civile, aucune signification ne
peut être faite les dimanches et jours fériés. En revanche, aucune disposition n'interdit de procéder à
une signification pendant la période des congés de la société destinataire et l'huissier n'a aucunement
l'obligation d'attendre la réouverture de l'établissement pour procéder à la signification. Cette dernière
doit alors être effectuée selon les modalités mises en place pour pallier l'impossibilité de signifier à
personne ou à domicile (Lyon, 6 nov. 1972, JCP 1973. IV. 6272, obs. J. A.). Les jours fériés sont des
jours fixés par la loi et énoncés à l'article L. 3133-1 du code du travail. Ils sont au nombre de onze
(treize pour les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, C. trav., art. L. 3134-13 ) :
1er janvier, lundi de Pâques, 1er mai, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, Assomption
(15 août), Toussaint (1er nov.), 11 novembre, 25 décembre. En ce qui concerne le lundi de Pentecôte,
en principe il ne figure plus au rang des jours fériés depuis la loi du 30 juin 2004 qui en a fait une
journée de solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Mais ladite
loi n'ayant pas modifié le code du travail aux termes duquel le lundi de la Pentecôte est toujours un jour
férié (à l'époque de l'arrêt, C. trav., art. L. 222-1 et aujourd'hui, art. L. 3133-1 ), la Cour de cassation a
décidé qu'il devait être regardé comme tel (Crim. 10 mai 2006, no 05-86.744 , Bull. crim. no 124).
244. Permission du juge. - L'interdiction de signifier avant 6 heures et après 21 heures, et les
dimanches, les jours fériés ou chômés, peut être écartée en vertu de la permission du juge en cas de
nécessité (C. pr. civ., art. 664 in fine). L'intervention du juge est à la fois protectrice des intérêts du
requérant, qui peut rencontrer des difficultés pour signifier, et des intérêts du destinataire pour lequel
le recours au juge est synonyme de garantie. La nécessité relèvera de l'appréciation des juges du fond.
§ 2 - Hiérarchisation des modes de signification
245. Hiérarchie. - Il existe une hiérarchie entre les différents modes de signification, l'objectif étant de
garantir l'information du destinataire et de mettre tout en œuvre pour une remise directe de l'acte à ce
dernier. Ainsi, l'huissier de justice doit procéder dans un ordre bien précis en commençant par les
modes de signification les plus à même de garantir l'information du destinataire et en ne passant au
mode suivant qu'en cas d'échec.
246. Mode privilégié. - Le mode privilégié de signification est la signification à personne. C'est ce qui
résulte de l'alinéa 1er de l'article 654 du code de procédure civile qui énonce, de manière impérative :
« la signification doit être faite à personne » (V. infra, nos 247 s.). Cela tient au fait que cette remise
permet de conclure à l'information réelle du destinataire. Il ne s'agit toutefois que d'une remise
matérielle, l'huissier de justice n'étant pas tenu de lire l'acte ou de l'expliciter. De plus, il n'est pas exigé
que le destinataire prenne en main le document, car il serait impossible à l'huissier de justice de le
forcer à cette appréhension s'il s'y refusait ; il suffit que l'huissier de justice dépose la copie chez le
destinataire quand il a trouvé celui-ci chez lui. Ainsi, la signification est valable alors même que, le
destinataire ayant refusé la copie, l'huissier l'a déposée sur un meuble (Paris, 12 déc. 1906, S. 1907. 2.
109. – Soc. 9 févr. 1972, Bull. civ. V, no 117). L'huissier n'est toutefois jamais assuré de parvenir à
signifier l'acte à la personne du destinataire. C'est pourquoi, le code de procédure civile prévoit d'autres
procédés de remise de l'acte (V. infra, nos 253 s.). Elle est faite au domicile du destinataire ou à sa
résidence si une personne présente accepte de recevoir l'acte. S'il ne trouve personne au domicile ou à la
résidence ou que personne ne veut recevoir l'acte, mais que l'adresse est certaine, l'huissier de justice
conserve l'acte à son étude. Enfin, si la personne à qui l'acte doit être signifié n'a ni domicile, ni
résidence, ni lieu de travail connus, l'huissier de justice doit dresser un procès-verbal de recherches
infructueuses.
A - Signification à personne
247. Notion. - La signification doit être faite à personne (C. pr. civ., art. 654 , al. 1er), remise au
destinataire directement, en mains propres, en quelque lieu qu'il se trouve y compris sur son lieu de
travail ou à l'hôpital (Montpellier, 28 févr. 1995, Rev. huiss. 1995. 816, obs. Bourdillat). En revanche,
l'huissier de justice n'a pas à se présenter à nouveau au domicile de l'intéressé, absent lors du premier
passage, pour tenter à nouveau une signification à personne (Civ. 2e, 28 mars 1984, Bull. civ. II, no 56 ;
RTD civ. 1984. 558, obs. Perrot. – Civ. 2e, 26 févr. 1997, no 95-15.377 , Bull. civ. II, no 63. –
Civ. 2e, 18 nov. 2004, no 03-13.158 , Bull. civ. II, no 498). De même, l'huissier de justice qui procède
à la signification d'un acte n'a pas à vérifier l'identité de la personne qui déclare être le destinataire de
cet acte (Civ. 2e, 4 juill. 2007, no 06-16.961 , Bull. civ. II, no 199 ; JCP 2007. IV. 2700. – Civ. 3e,
14 févr. 2012, no 10-22.962 ). Il porte alors sur l'original de l'acte la mention « ainsi déclaré », ce qui
dégage sa responsabilité (Civ. 2e, 6 oct. 1971, Gaz. Pal. 1972. 1. 192. – Soc. 7 juin 1972, Bull. civ. V,
no 405. – Com. 10 juill. 1972, JCP 1972. IV. 226. – Civ. 2e, 12 oct. 1972, Bull. civ. II, no 244 ;
D. 1973. Somm. 67). Lorsque l'acte concerne plusieurs personnes, la signification doit être faite
séparément à chacune d'elles (Civ. 2e, 8 nov. 2001, no 97-10.767 , Dr. et pr. 2002. 106, note Menut).
Ainsi, l'exploit de signification d'une décision prononcée à l'encontre de deux époux doit comporter en
annexe, selon la Cour de cassation, deux procès-verbaux distincts, mentionnant, pour chacun d'eux, les
modalités de remise de l'acte et ce, même s'il ont été condamnés solidairement (Civ. 2e, 15 janv. 2009,
no 07-20.472 , Bull. civ. II, no 18 ; D. 2009. 757, obs. Sommer ; D. 2010. 169, obs. Fricero ;
Procédures 2009, no 78, note Perrot ; Dr. et pr. 2009. 157, note Douchy-Oudot ; Gaz. Pal. 17-18 juin
2009, p. 20, note Lauvergnat). Toutefois, la deuxième chambre civile a apporté une précision ; ce qui
est exigé, pour un même original, c'est la remise de deux copies séparées à chacun des destinataires, peu
important qu'un seul procès-verbal ait été dressé dès lors qu'il énonce distinctement les modalités de
remise pour chacun d'eux (Civ. 2e, 31 mars 2011, no 09-17.376 , Bull. civ. II, no 78 ; Procédures juin
2001, p. 31, note Lauvergnat). Quoi qu'il en soit, l'établissement de deux procès-verbaux distincts pour
une seule et même démarche procédurale ne devrait pas justifier la facturation de deux exploits
(LAUBA, op. cit., spéc. no 1297, p. 762).
248. Présentation de l'acte. - Excepté si la signification se fait par voie électronique (V. supra, no 238),
l'acte sera remis directement en copie ouverte ou sous enveloppe fermée, le code de procédure civile
n'exigeant la remise sous enveloppe fermée que lorsque l'acte est délivré autrement qu'à personne
(C. pr. civ., art. 657 , al. 2. – SOULARD, La formalité du pli fermé dans les exploits, Rev. huiss.
1958. 169) ; on peut donc en déduire que la remise en copie ouverte n'est pas interdite quand la
signification est faite à personne (FRICERO, Notification des actes de procédure, J.-Cl. Pr. civ., fasc.
141, no 31) mais rien n'empêche l'huissier de justice de préférer un pli fermé (Civ. 22 déc. 1902, DP
1903. 1. 119).
249. Signification à personne physique. - Lorsque la personne physique est un majeur en curatelle, la
signification doit aussi être faite à peine de nullité à son curateur (C. civ., art. 467 , al. 3) et, s'il y a
plusieurs curateurs, à chacun d'eux (Civ. 1re, 11 oct. 2017, no 16-24.869 , D. 2017. 2102 ;
D. 2018. 1458, obs. J.-J. Lemouland et D. Noguéro ; AJ fam. 2017. 593, obs. Montourcy ).
L'omission de cette formalité constitue une irrégularité de fond que ne peut couvrir l'intervention
volontaire du curateur en cause d'appel (Civ. 1re, 23 févr. 2011, no 09-13.867 , Bull. civ. I, no 37 ;
D. 2011. 747, obs. Gallmeister ; D. 2011. 1265, note Loir ; D. 2011. 2501, obs. Lemouland ;
RTD civ. 2011. 324, obs. Hauser ; Dr. fam. 2011. 58, note Maria. – Dans le même sens, Civ. 2e,
28 févr. 2013, no 11-19.685 , D. 2013. 2196, obs. Noguéro ; Dr. fam. 2013, no 76, comm. Maria. –
Pour une qualification de vice de forme, Civ. 1re, 8 juill. 2009, no 07-19.465 , Bull. civ. I, no 160 ;
D. 2009. 1970, obs. Egéa ; RTD civ. 2009. 700, obs. Hauser ; D. 2010. 2115, obs. Lemouland ;
Dr. fam. 2009. 115, note Maria). Si le majeur est sous tutelle, la signification doit naturellement être
adressée à son tuteur qui le représente en justice (C. civ., art. 475 ). Malgré les termes du code civil, il
s'agit ici d'une représentation ad agendum et non d'une représentation ad litem.
250. Signification à personne morale. - Lorsque la signification est faite à une personne morale, elle est
considérée comme « faite à personne » quand l'acte est délivré « à son représentant légal, à un fondé de
pouvoir de ce dernier ou à toute autre personne habilitée à cet effet » (C. pr. civ., art. 654 , al. 2). Est
nulle la signification à une société faite à un employé de celle-ci, si celui-ci ne déclare pas avoir été
habilité à cet effet (Soc. 12 sept. 2007, no 06-13.667 , Bull. civ. V, no 125 ; Procédures 2007, no 273,
note Perrot ; Dr. soc. 2007. 1328, obs. P.-Y. Verkindt ). En revanche, l'huissier de justice n'a pas à
vérifier la qualité déclarée par la personne à qui est remise la copie de l'assignation (Civ. 2e, 18 sept.
2003, no 01-16.604 , Bull. civ. II, no 283 ; D. 2003. IR 2543 ; JCP 2003. IV. 2721. – Com. 12 nov.
2008, no 08-12.544 , Procédures 2009, no 7, note Perrot) ou une signification de manière générale
(Civ. 2e, 20 mars 2014, no 13-12.113 ). Ont ainsi été considérées comme des personnes habilitées :
un chef de courrier (Soc. 19 févr. 1970, D. 1970. Somm. 99), un gardien (Civ. 2e, 6 oct. 1971, D. 1972.
60 ; RTD civ. 1972. 440, obs. Raynaud), une secrétaire (Soc. 9 févr. 1972, Bull. civ. V, no 117. – Com.
19 juin 1979, Bull. civ. IV, no 207). Dans tous les cas, il s'agit d'une signification à personne (Com.
12 nov. 2008, no 08-12.544 , préc.) et l'huissier doit indiquer dans l'original de l'acte les nom et
qualité de la personne à laquelle la copie a été laissée (C. pr. civ., art. 663 , al. 2). Une difficulté
apparaît. Dès lors qu'il est répondu à l'huissier que la personne qui reçoit l'acte a bien qualité pour cela,
l'huissier de justice peut se contenter de cette affirmation sans encourir de responsabilité en cas de
mensonge. Ainsi, il est impossible d'assurer que les dirigeants de la personne morale seront bien
informés de l'acte, la signification pouvant s'effectuer entre n'importe quelles mains (Civ. 2e, 6 oct.
1971, préc. – Soc. 9 févr. 1972, Bull. civ. V, no 117. – Civ. 1re, 4 janv. 1974, JCP 1974. IV. 53. – Lyon,
15 avr. 1975, JCP 1975. IV. 6562, obs. J. A.). Or les mentions d'un acte d'huissier de justice faisant foi
jusqu'à inscription de faux, la signification est régulière malgré les déclarations de la personne ayant
reçu l'acte, qui prétend n'avoir pas été interrogée par l'huissier sur son habilitation (Paris, 12 févr. 1991,
ord. CME et, sur référé, Paris, 29 mai 1991, Bull. avoués 1991. 2.50). Lorsque la personne morale est
en liquidation judiciaire, l'acte doit être délivré à son liquidateur (Civ. 2e, 17 mai 1983, Bull. civ. II,
no 112). Pour trouver ces personnes physiques, l'huissier de justice a seulement l'obligation de se
présenter au lieu du siège social de la société, mentionné au registre du commerce et des sociétés, ou du
principal établissement (V. supra, nos 221 s.) et n'a pas à rechercher le domicile du dirigeant social
(Civ. 2e, 21 juin 1995, no 93-16.761 , Bull. civ. II, no 192. – Civ. 2e, 11 mars 2010, no 09-65.498 ,
Bull. civ. II, no 52. – Civ. 2e, 19 févr. 2015, no 13-28.140 , Rev. sociétés 2015. 438, note
Reygrobellet ). En outre, l'huissier doit envoyer au destinataire de l'acte, une lettre simple, au plus
tard le premier jour ouvrable suivant celui de la signification (C. pr. civ., art. 658 , al. 2), même si
celle-ci est faite à personne (Civ. 2e, 20 juill. 1981, Bull. civ. II, no 167 ; Gaz. Pal. 1982. 1. 327, note
Rusquec. – Civ. 3e, 16 juill. 1987, Gaz. Pal. 1988. 1. Somm. 148, obs. Croze et Morel). La nullité n'est
toutefois encourue que si la preuve est rapportée d'un grief résultant de l'omission (Civ. 2e, 18 janv.
1984, Bull. civ. II, no 11. – Com. 2 févr. 1993, no 90-21.182 , Bull. civ. IV, no 43. – Civ. 2e, 1er févr.
1995, no 93-15.203 , Bull. civ. II, no 38).
251. Signification aux personnes publiques. - L'article 692 du code de procédure civile énonce que les
notifications destinées aux collectivités publiques et aux établissements publics sont faites « au lieu où
ils sont établis, à toute personne habilitée à les recevoir ». Ces personnes sont déterminées par les règles
de droit public organisant les collectivités publiques et les établissements publics (BLÉRY, Conditions
de formation et communication des actes de procédure, in GUINCHARD (dir.), Droit et pratique de la
procédure civile. Droit interne et européen 2021/2022, op. cit., Dalloz Action, spéc. no 271.155,
p. 687). Ainsi, lorsque c'est une commune qui est visée par la notification, celle-ci doit être délivrée à la
mairie, au maire et, à défaut, aux adjoints ou aux conseillers, selon l'ordre du tableau. Si la notification
est destinée à un établissement public, elle doit être remise au président de l'établissement ou à toute
personne régulièrement habilitée par lui pour recevoir les notifications. Enfin, si l'État est le destinataire
de la notification, cette dernière est faite à l'agent judiciaire de l'État (BRYON, De la représentation de
l'État par l'agent judiciaire du Trésor public, Gaz. Pal. 1995. 2. Doctr. 32). Sous l'empire de l'ancien
code de procédure civile, le fonctionnaire qui recevait l'acte devait signer l'original, cette signature
devenant un élément de l'exploit. On ne retrouve pas cette exigence dans l'actuel article 692, mais il
semble toutefois que les services publics aient conservé l'habitude de viser l'original.
252. Diligences. - L'huissier de justice ne peut s'exonérer de son obligation de signifier à personne,
posée à l'alinéa 1er de l'article 654 que s'il justifie des raisons qui ont rendu cette remise au destinataire
impossible. Il doit accomplir un certain nombre de diligences pour tenter de rencontrer le destinataire
(Civ. 3e, 21 févr. 2001, nos 99-14.688 et 99-16.979, Bull. civ. III, no 18). C'est en théorie toute la
supériorité de la signification par rapport aux autres modes de notification, moins chers mais moins sûrs.
L'huissier de justice, qui se rend chez le destinataire et ne l'y trouve pas, ne peut se contenter de
constater que celui-ci n'est pas là et en déduire que la signification à personne est impossible. Il doit
chercher à obtenir des informations pour rencontrer le destinataire. La jurisprudence est très sévère sur
le contrôle de ces diligences. Ainsi, il n'est pas démontré que la signification à personne était impossible
lorsque l'huissier remet un acte à un membre de la famille du destinataire sans s'enquérir du moment
auquel celui-ci peut être trouvé à son domicile, ou du lieu où il travaille (TGI Paris, 20 déc. 1972,
D. 1973. 204 ; RTD civ. 1973. 168, obs. Raynaud. – Civ. 2e, 8 déc. 1983, Gaz. Pal. 1984. 1. Pan. 67,
obs. Guinchard ; RTD civ. 1984. 362, obs. Perrot. – Civ. 2e, 9 mars 1994, no 92-18.865 , Bull. civ. II,
no 88 ; Justices 1995. 1. 237, obs. Héron). De même, la simple interrogation d'un voisin est insuffisante
pour caractériser les diligences à accomplir pour rechercher le destinataire de l'acte (Civ. 2e, 9 juin
2011, no 10-16.863 ). Mais, justifie avoir accompli les diligences nécessaires l'huissier de justice qui,
s'étant rendu au siège de la société, constate que l'employé qu'il a trouvé refuse de recevoir l'acte en
l'absence de son directeur au motif qu'il n'a pas reçu les instructions nécessaires (Com. 10 juill. 1989,
Bull. civ. IV, no 220). Ces diligences doivent être accomplies même en cas de domicile élu (Civ. 2e,
9 févr. 1983, Bull. civ. II, no 37. – Civ. 2e, 16 juin 1993, no 90-18.256 , Bull. civ. II, no 213). Ce qui
est attendu de l'huissier de justice c'est qu'il rende compte de ses efforts pour rencontrer le destinataire
en personne, même s'il n'y est pas parvenu. Mais la notion d'impossibilité est « un concept à géométrie
variable, dont le contenu diffère selon le lieu et les circonstances » (PERROT, obs. préc., RTD civ.
1984. 362). L'abondance du contentieux révèle cependant les grandes difficultés pratiques auxquelles
se heurtent les huissiers : boîtes aux lettres sans nom, mutisme des voisins, sas d'entrée, portes codées.
Sur le terrain, la signification à personne se révèle être le plus souvent l'exception.
253. Diligences infructueuses. - Lorsqu'il n'est pas possible pour l'huissier de justice de trouver le
destinataire et de lui remettre l'acte en personne, le code de procédure civile prévoit d'autres modalités
de signification. Il s'agit de la remise à toute personne présente au domicile ou à la résidence du
destinataire (V. infra, nos 257 s.) et, si cela est impossible, de la remise à l'étude de l'huissier (V. infra,
nos 261 s.), que la loi qualifie aussi de « signification faite à domicile » (C. pr. civ., art. 656 ). (V. infra,
nos 264 s.)
254. Mentions dans l'acte de signification. - La preuve de l'impossibilité de signifier l'acte à personne
doit résulter de l'acte de signification lui-même et non pas de déclarations postérieures à l'acte (Civ. 2e,
10 déc. 1975, no 74-10.816 , Bull. civ. II, no 330. – Civ. 2e, 25 mai 1978, Gaz. Pal. 1978. 453, note
Viatte. – Civ. 2e, 12 mai 1980, Bull. civ. II, no 103 ; RTD civ. 1981. 206, obs. Perrot. – Civ. 2e, 18 mars
1981, Bull. civ. II, no 68 ; RTD civ. 1981. 897, obs. Perrot. – Civ. 2e, 26 nov. 1986, Bull. civ. II,
no 175 ; D. 1987. Somm. 357, obs. Julien ; Gaz. Pal. 1987. 2. 663). Pour cela, l'article 655, alinéa 2, du
code civil fait obligation à l'huissier de justice de « relater dans l'acte les diligences qu'il a accomplies
pour effectuer la signification à la personne de son destinataire et les circonstances caractérisant
l'impossibilité d'une telle signification ». Cette disposition est renforcée par l'article 663 du code de
procédure civile qui prévoit que les originaux des actes d'huissier de justice doivent porter mention des
formalités et diligences auxquelles donne lieu l'application des dispositions relatives à la signification.
La mention de ces diligences intéresse d'ailleurs le mandant, mais aussi le destinataire susceptible de
contester par la suite l'impossibilité dans laquelle l'huissier de justice a prétendu s'être trouvé pour
signifier à personne. L'exposé de ces diligences doit en outre être précis. Est insuffisante la formule
« malgré toutes démarches effectuées et personnes interrogées » (Civ. 2e, 21 juill. 1986, no 85-10.279
, Bull. civ. II, no 130 ; Gaz. Pal. 1987. 1. Somm. 172, obs. Croze et Morel). Il en va de même quand
l'huissier de justice indique dans son acte que, malgré ses recherches, il n'avait pu retrouver les
destinataires, ceux-ci étant partis sans laisser d'adresse, mais sans préciser les diligences effectuées
(Civ. 2e, 28 févr. 1996, no 94-12.352 , Bull. civ. II, no 49).
255. Sanction. - Si le destinataire invoque l'absence de mention des diligences ou leur manque de
précision, il s'agit a priori d'une nullité de forme, l'article 693 du code de procédure civile énonçant que
les dispositions notamment des articles 655 et 663 du même code doivent être observées à peine de
nullité. La règle « pas de nullité sans grief » doit alors s'appliquer (Civ. 1re, 5 déc. 1978, Bull. civ. I,
no 375. – Civ. 2e, 7 mars 1979, Bull. civ. II, nos 66 et 70. – Civ. 3e, 20 juin 1979, Bull. civ. III, no 138).
Or il est un certain nombre de décisions qui reconnaissent l'irrégularité sans même faire état d'un grief
(Civ. 2e, 9 févr. 1983, JCP 1983. IV. 31. – Civ. 1re, 12 janv. 1988, no 86-16.473 , Gaz. Pal. 1988. 2.
Somm. 318, obs. Guinchard et Moussa. – Civ. 2e, 10 janv. 2013, no 11-27.228 ).
256. Formules pré-imprimées. - Pour satisfaire l'exigence de la mention des diligences opérées, la
pratique s'est mise à utiliser des formules pré-imprimées permettant à l'huissier de cocher la case
correspondant au motif d'impossibilité de signification à personne. Dans un premier temps, la
jurisprudence s'est montrée méfiante à l'égard de ces formules. Elle a considéré qu'était nulle la
signification où figurait simplement une mention pré-imprimée constatant que la signification à
personne s'est avérée impossible (Civ. 1re, 12 janv. 1988, préc. – Paris, 26 avr. 1989, D. 1989. IR 155 ;
RTD civ. 1989. 613, obs. Perrot. – Civ. 2e, 3 juill. 1996, no 95-11.048 ). En 1996, la deuxième
chambre civile casse un arrêt qui s'était basé sur les mentions pré-imprimées de l'acte pour dire que
l'huissier de justice avait procédé à diverses recherches à la mairie de la commune, à la gendarmerie et
au commissariat les plus proches et auprès des voisins afin de tenter de découvrir le domicile, la
résidence et le lieu du travail de l'intéressé, et que ces diligences apparaissaient suffisantes (Civ. 2e,
18 déc. 1996, no 94-21.973 , Bull. civ. II, no 303 ; JCP 1997. II. 22870, note Rusquec). Mais des
décisions plus récentes se montrent plus souples et admettent ces formules sans exiger que soient
mentionnées les circonstances exactes de l'impossible signification à personne (Civ. 3e, 21 févr. 2001,
nos 99-14.688 et 99-16.979, Bull. civ. III, no 18). Il suffit que ressorte de ces formules que personne
n'avait pu ou voulu recevoir l'acte, bien que l'huissier de justice se soit déplacé au domicile du
destinataire de l'acte (Civ. 2e, 18 déc. 2003, no 01-16.445 , Bull. civ. II, no 400). Revenant sur sa
position adoptée en 1996, la deuxième chambre civile a estimé que des formules pré-imprimées telles
que « j'ai interrogé les voisins qui m'ont indiqué que le destinataire était parti sans laisser d'adresse » et
« je me suis renseigné auprès des plus proches commerçants, du commissariat de police compétent, de
la gendarmerie compétente et à la mairie de la dernière adresse connue » suffisent et valent jusqu'à
inscription de faux et que l'huissier n'était pas tenu de mentionner dans le procès-verbal de signification
l'identité des personnes auprès desquelles il s'assurait du domicile (Civ. 2e, 26 sept. 2013, no 12-23.167
, déjà en ce sens concernant la formule pré-imprimée).
257. Personnes réceptionnaires de l'acte. - Puisque, pour essayer de signifier à personne, l'huissier de
justice se présente d'abord là où demeure la personne physique (C. pr. civ., art. 689 . – V. supra,
nos 216 s.) ou au lieu de l'établissement pour les personnes morales (C. pr. civ., art. 690 . – V. supra,
nos 221 s.), il est susceptible de rencontrer d'autres personnes physiques que le destinataire ou la
personne habilitée à représenter le destinataire ou à recevoir des plis pour lui. Lorsque ces personnes ne
peuvent lui fournir de renseignements utiles pour réaliser une signification à personne, l'huissier peut
alors leur remettre la copie de l'acte (C. pr. civ., art. 655 , al. 1er). Ainsi, lorsque le destinataire est une
personne morale et que l'huissier ne rencontre au siège social aucune personne habilitée à recevoir
l'acte, il signifie celui-ci à domicile, l'acte pouvant être remis à toute personne présente sur place
(Civ. 2e, 10 nov. 1998, no 96-17.149 , Rev. huiss. 1999. 660, note Dahan). Peu importe la qualité de
la personne présente, peu importe qu'elle ne soit ni le représentant légal, ni un fondé de pouvoir, ni une
personne habilitée à cet effet. Ainsi la Cour de cassation a décidé que la notification est valablement
faite à la belle-fille du directeur d'une société (Civ. 2e, 1er juill. 1987, JCP 1987. IV. 313 ; RTD civ.
1988. 177, obs. crit. Perrot). Cette solution est toutefois critiquable (PERROT, obs. sous Civ. 2e,
1er juill. 1987, RTD civ. 1988. 177), car l'acte ne peut pas être remis à n'importe quelle personne
« trouvée » au siège de la société ; il faut à tout le moins que cette personne soit au service de la société,
sinon la signification est nulle (Civ. 2e, 17 nov. 1976, Bull. civ. II, no 305. – Soc. 4 avr. 1979, Bull.
civ. V, no 278). Mais, l'huissier de justice n'a pas à vérifier l'exactitude des déclarations qui lui sont
faites par le réceptionnaire (Civ. 2e, 6 oct. 1971, Bull. civ. II, no 264. – Civ. 2e, 4 juill. 2007, no 06-
16.961 , Bull. civ. II, no 199 ; D. 2007. AJ 2309 ) et les erreurs sur la qualité de la personne
n'engagent pas la responsabilité de l'huissier de justice (Paris, 23 juill. 1957, D. 1957. 624 ; RTD civ.
1957. 734, obs. Raynaud, où la personne à qui la copie avait été remise avait déclaré avoir la qualité
d'employée du destinataire alors qu'il ne s'agissait que d'une voisine), sauf si celui-ci connaît
l'inexactitude des déclarations qui lui sont faites ou si des circonstances spéciales ont pu attirer son
attention sur cette irrégularité. En revanche, le réceptionnaire ne peut être celui qui a requis la
signification, même s'il est présent au domicile du destinataire, car cela méconnaîtrait les droits de la
défense (Civ. 2e, 19 déc. 1973, JCP 1974. IV. 193 ; RTD civ. 1974. 454, obs. Perrot). De même, un
acte est dépourvu de tout effet s'il a été remis à un préposé de son expéditeur (Civ. 3e, 28 oct. 2009,
no 08-15.506 , Bull. civ. III, no 240 ; AJDI 2010. 308, obs. de La Vaissière ; Procédures 2009,
no 391, obs. Perrot). Il faut en outre que cette personne ait un discernement suffisant pour transmettre
l'acte au destinataire. La remise peut être faite à un mineur, pourvu qu'il ait un discernement suffisant
(Paris, 27 févr. 1953, D. 1953. 328. – Crim. 19 déc. 1956, D. 1957. 93 ; RTD civ. 1957. 394, obs.
Raynaud). Ainsi, un enfant de douze ans bénéficie d'une présomption de discernement, et c'est à celui
qui veut remettre en cause la signification d'établir l'absence de discernement (Civ. 2e, 21 juin 1995,
no 93-10.326 , Bull. civ. II, no 197 ; D. 1996. IR 242, obs. Descamps-Dubaele ; Justices 1996, no 3,
p. 371, obs. Héron. – Contra pour un enfant de cinq ans, Poitiers, 6 févr. 2001, JCP 2002. IV. 2211).
Bien évidemment, la personne présente doit accepter la copie remise par l'huissier et celle qui la reçoit
l'accepte nécessairement (Civ. 2e, 28 mars 1984, Bull. civ. II, no 56. – Civ. 2e, 1er juill. 1987, D. 1987.
IR 171). La personne qui réceptionne l'acte doit déclarer ses nom, prénoms et qualité (C. pr. civ.,
art. 655 , al. 4). Ces derniers devront être reportés sur l'original de l'acte signifié comme l'exige l'article
663, alinéa 2, du code de procédure civile. Toutefois, la mention de la qualité de père du destinataire
semble suffisante pour déterminer cette personne (Civ. 2e, 6 juill. 1977, Bull. civ. II, no 178).
258. Aux seules personnes présentes. - Avant le décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005, l'article
655 du code de procédure civile prévoyait une liste de personnes auxquelles l'huissier de justice
pouvait laisser l'acte à signifier. Si personne n'était présent au domicile ou à la résidence, l'huissier
pouvait laisser l'acte au gardien de l'immeuble et à défaut au voisin. Ces potentiels réceptionnaires ont
disparu de l'article 655 avec la réforme et il n'existe plus d'alternative. L'huissier de justice ne peut
remettre qu'aux seules personnes présentes au domicile ou à résidence. La pratique était déjà en ce sens
et la profession réclamait depuis longtemps cette réforme (CHAINAIS, FERRAND, MAYER et
GUINCHARD, op. cit., spéc. no 1012, p. 728).
259. Au domicile ou à la résidence du destinataire. - L'huissier de justice ne peut pas remettre l'acte à
signifier à n'importe quelle personne se trouvant sur les lieux où il a cherché le destinataire afin de le lui
remettre en mains propres (comme sur le lieu de travail). Il ne peut s'agir que des personnes se trouvant
au domicile ou à la résidence du destinataire. L'huissier de justice doit donc se présenter au domicile de
celui-ci, tel que défini par l'article 102 du code civil et la jurisprudence s'y attachant (V. supra, no 103),
et vérifier que le domicile auquel il signifie est toujours celui du destinataire qui peut en avoir changé. Il
est donc tenu d'interroger la personne qu'il rencontre pour s'assurer que l'adresse qui lui a été donnée
n'est pas périmée (Civ. 2e, 28 oct. 1999, no 98-12.125 , Rev. huiss. 2000. 345, obs. Bourdillat). À
défaut de domicile connu, la signification peut être effectuée à résidence. Le lieu de résidence, par
opposition au domicile, est celui où la personne se trouve ponctuellement, avec toutefois un minimum
de stabilité (V. Domicile, demeure et logement familial [Civ.]). La remise de l'acte doit en effet être
effectuée au lieu où le destinataire a quelque chance d'être touché.
260. Avis de passage. - L'huissier de justice ne peut se contenter d'attendre que la personne qui a
accepté de prendre l'acte en charge informe le destinataire dudit acte de sa visite. C'est pourquoi il doit
laisser au domicile ou à la résidence du destinataire, un avis de passage daté, l'avertissant de la remise de
la copie et mentionnant la nature de l'acte, le nom du requérant ainsi que les indications relatives à la
personne à laquelle la copie a été remise (C. pr. civ., art. 655 , in fine). Cet avis n'est assujetti à aucun
formalisme.
261. Personne ne veut ou ne peut recevoir la copie de l'acte. - En cas de refus de recevoir l'acte ou si
personne n'est présent au domicile, l'huissier de justice va chercher par tous moyens à informer le
destinataire de ce qu'il est recherché et va conserver la copie de l'acte en son étude pendant trois mois.
Cette signification remplace l'ancienne « signification en mairie » depuis l'entrée en vigueur du décret
no 2005-1678 du 28 décembre 2005.
262. Vérification concernant l'adresse. - L'huissier de justice doit commencer par s'assurer que le
destinataire habite bien à l'adresse indiquée. La mention « nom sur la boîte aux lettres » ne constitue
pas, à elle seule, une vérification suffisante de ce que le destinataire de l'acte demeure bien à l'adresse de
signification, surtout lorsqu'une précédente signification a été effectuée à une autre adresse (Civ. 2e,
15 janv. 2009, no 07-20.472 , Bull. civ. II, no 18 ; D. 2009. 757, obs. Sommer ; D. 2010. 169, obs.
Fricero ). En revanche, les vérifications sont caractérisées lorsqu'il résulte de l'acte de notification que
les noms des destinataires figuraient sur la boîte aux lettres, qu'un voisin avait confirmé leur
domiciliation, que dans un acte de procédure postérieur les intéressés s'étaient encore domiciliés à la
même adresse, et qu'il résultait d'un procès-verbal de constat également postérieur à la signification
qu'ils étaient toujours propriétaires d'une maison d'habitation à ladite adresse où ils venaient
régulièrement (Civ. 2e, 8 mars 2006, no 04-19.140 , Bull. civ. II, no 71). Il en est de même quand
l'huissier obtient la confirmation de la réalité du domicile du destinataire à l'adresse de signification par
un voisin et la mairie, et qu'il n'était pas démontré que la lettre simple prévue à l'article 658 du code de
procédure civile aurait été retournée, pour adresse incorrecte ou impossibilité de délivrance (Civ. 2e,
10 févr. 2011, nos 10-11.944 et 10-11.946, Bull. civ. II, no 39).
263. Avis de passage. - Une fois les vérifications réalisées, l'article 656 du code de procédure civile
énonce que l'huissier de justice laisse au domicile ou à la résidence du destinataire de l'acte un avis de
passage conforme aux exigences de l'article 655 du même code (V. supra, no 254). Cet avis a une
importance toute particulière, car c'est le seul document qui va permettre d'informer le destinataire de
l'acte de la visite de l'huissier de justice et des modalités pour retirer cet acte. L'avis mentionne que la
copie de l'acte, placée sous une enveloppe fermée ne portant que l'indication des nom et adresse du
destinataire de l'acte, et le cachet de l'huissier apposé sur la fermeture du pli (C. pr. civ., art. 657 ,
al. 2), doit être retirée dans le plus bref délai à l'étude de l'huissier de justice, par l'intéressé ou par toute
personne spécialement mandatée. L'huissier de justice peut, à la demande du destinataire, transmettre
la copie de l'acte à une autre étude où celui-ci pourra la retirer dans les mêmes conditions. Après trois
mois, l'huissier de justice est déchargé de cette copie de l'acte (C. pr. civ., art. 656 ).
3° - Dispositions communes
264. Formalités complémentaires. - Quand la signification à personne est impossible et qu'elle est faite à
domicile, soit remise à toute personne présente au domicile soit remise en l'étude de l'huissier de justice,
les articles 657 et 658, alinéa 1er, mettent d'autres formalités à la charge de l'huissier de justice.
265. Conditions de remise. - L'huissier mentionne alors sur la copie remise les conditions dans
lesquelles la remise a été effectuée (C. pr. civ., art. 657 , al. 1er), c'est-à-dire qu'il mentionne si elle a
été remise à une personne présente au domicile ou à la résidence du destinataire ou remise en son
étude. Pour des raisons de discrétion, la copie de l'acte signifié doit être placée sous une enveloppe
fermée ne portant que l'indication des nom et adresse du destinataire de l'acte, et le cachet de l'huissier
apposé sur la fermeture du pli (C. pr. civ., art. 657 , al. 2). Peu importe que la personne qui accepte de
recevoir l'acte est un proche parent du destinataire ; une jurisprudence ancienne l'avait jugé dans le cas
d'une remise au conjoint (Paris, 15 déc. 1899, DP 1900. 2. 124. – Bordeaux, 12 août 1902, DP 1904. 2.
377, note Bouvier. – Civ. 10 avr. 1906, DP 1906. 1. 215). Puis l'huissier de justice doit accomplir
encore une formalité afin d'être sûr que le destinataire de l'acte soit informé de la signification.
266. Envoi d'une lettre simple. - En outre, chaque fois que la signification est faite à domicile, l'huissier
de justice doit envoyer une lettre simple contenant une copie de l'acte de signification, au plus tard le
premier jour ouvrable suivant celui de la signification, avisant l'intéressé de la signification (C. pr. civ.,
art. 658 , al. 1er). Cette formalité complète et renforce l'information contenue par l'avis de passage. La
date de l'envoi de la lettre doit figurer dans l'original (C. pr. civ., art. 663 ), mais le fait que l'acte
mentionne que la lettre prévue par l'article 658 a été envoyée « dans les délais légaux prévus par
l'article susvisé » suffit. En outre, cette mention vaut jusqu'à inscription de faux (Cass., ch. mixte, 6 oct.
2006, no 04-17.070 , Bull. ch. mixte, no 8 ; Gaz. Pal. 6-7 juill. 2007, p. 22. – Civ. 1re, 23 janv. 2007,
no 05-20.287 , Bull. civ. I, no 37 ; RTD civ. 2007. 317, obs. Hauser ; JCP 2007. IV. 1453).
Naturellement, la lettre comporte les mêmes mentions que l'avis de passage et contient, en outre, une
copie de l'acte de signification. En revanche, l'article 658 n'exige pas que la lettre contienne une copie
de l'acte à signifier (Civ. 2e, 15 sept. 2005, no 03-17.914 , Bull. civ. II, no 220 ; Procédures 2005,
no 250, obs. Perrot ; Dr. et pr. 2006. 92, obs. Menut). Si la copie est remise en l'étude de l'huissier, la
lettre rappelle également que l'huissier de justice peut, à la demande du destinataire, transmettre la
copie de l'acte à une autre étude où celui-ci pourra la retirer dans les mêmes conditions. Enfin, le cachet
de l'huissier est apposé sur l'enveloppe (C. pr. civ., art. 658 , al. 3) et la mention de l'envoi de cette
lettre est faite sur l'original (C. pr. civ., art. 663 ).
267. Procès-verbal. - Parfois le requérant ne sait pas où trouver le destinataire de l'acte, parfois ce
dernier n'a pas de domicile en France. Si le destinataire n'a ni domicile, ni résidence, ni lieu de travail
connus, l'huissier de justice dresse un procès-verbal où il relate avec précision les diligences qu'il a
accomplies pour rechercher le destinataire de l'acte (C. pr. civ., art. 659 , al. 1er). Le même jour ou, au
plus tard, le premier jour ouvrable suivant, à peine de nullité, l'huissier de justice envoie au destinataire,
par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une copie du procès-verbal à laquelle est
jointe une copie de l'acte objet de la signification (C. pr. civ., art. 659 , al. 2). Avant la rédaction de
son procès-verbal de recherches infructueuses, l'huissier de justice n'est pas tenu d'envoyer une telle
lettre recommandée (Civ. 2e, 18 nov. 2004, no 03-13.158 , Bull. civ. II, no 498). Cet envoi doit se
faire à la dernière adresse connue (C. pr. civ., art. 659 , al. 2), disposition quelque peu étrange compte
tenu du fait que l'hypothèse de départ est que le destinataire n'a ni domicile, ni résidence connus. La
notification d'un acte en un lieu autre que l'un de ceux qui sont prévus par la loi ne vaut pas notification
(Civ. 2e, 16 déc. 2004, no 03-11.510 , Bull. civ. II, no 532. – Civ. 2e, 2 juill. 2020, no 19-14.893, Rev.
prat. rec. 2020. 12, obs. E. Joly. – MAUGAIN, La signification par procès-verbal de recherches
infructueuses à la dernière adresse connue, condition de la notification, D. actu. 28 juill. 2020). Le jour
même, l'huissier de justice avise le destinataire par lettre simple (C. pr. civ., art. 659 , al. 3).
268. Personne morale. - Les dispositions de l'article 659 du code de procédure civile sont applicables à
la signification d'un acte concernant une personne morale qui n'a plus d'établissement connu au lieu
indiqué comme siège social par le registre du commerce et des sociétés (C. pr. civ., art. 659 , al. 4).
L'huissier de justice dresse alors un procès-verbal de recherches infructueuses. C'est le cas également
lorsqu'à l'adresse du siège social figurant sur l'extrait K bis d'une société, il n'existe qu'une grosse boîte
aux lettres mentionnant le nom d'une cinquantaine de sociétés et qu'aucune activité n'est exercée dans
l'immeuble où aucun local équipé de matériel de bureau n'est occupé (Civ. 2e, 28 févr. 2006, no 04-
14.696 , Bull. civ. II, no 58 ; Gaz. Pal. 6-7 juill. 2007, note p. 23). S'est alors posée la question de
savoir si l'huissier de justice qui n'avait pu signifier au lieu de l'établissement de la personne morale ne
devait pas chercher à signifier au domicile de la personne physique habilitée à recevoir la signification,
avant de rédiger le procès-verbal de recherches infructueuses. La Cour de cassation répond de manière
négative, rappelant que « la signification destinée à personne morale de droit privé est faite au lieu de
son établissement » (C. pr. civ., art. 690 , al. 1er). Ainsi, l'huissier de justice n'a pas à rechercher le
domicile de la personne habilitée à recevoir la signification pour cette personne morale, « ce domicile
n'ayant aucun rapport avec un établissement de la société » (Civ. 2e, 20 nov. 1991, no 90-14.723 ,
Bull. civ. II, no 316. – Civ. 2e, 21 juin 1995, no 93-16.761 , Bull. civ. II, no 192 ; D. 1995. IR 217 .
– Civ. 3e, 13 mars 1996, no 94-16.173 , Bull. civ. III, no 69). Plus encore, dans une espèce où la
signification à personne n'avait pu être réalisée en raison de la fermeture annuelle de l'établissement, la
Cour de cassation précise que « l'huissier n'avait l'obligation de tenter la signification qu'au lieu du siège
social dont l'existence n'était pas contestée » et ce, alors même qu'il connaissait l'adresse du gérant
(Civ. 2e, 21 févr. 1990, no 88-17.230 , Bull. civ. II, no 40 ; D. 1990. IR 63 ; RTD civ. 1990. 555,
obs. Perrot ). Toutefois, si l'huissier de justice mentionne dans l'acte, l'identité et le domicile du
dirigeant, il doit alors tenter de signifier l'acte à ce dernier, car l'article 690 prévoit que la notification
destinée à une personne morale de droit privé est faite au lieu de son établissement et qu'« à défaut d'un
tel lieu, elle l'est en la personne de l'un de ses membres habilité à la recevoir » (Civ. 2e, 14 oct. 2004,
no 02-18.540 , Bull. civ. II, no 460 ; Procédures janv. 2005, no 6, p. 13, 1re esp. ; D. 2004. IR 2971
).
269. Recherches infructueuses. - L'huissier de justice doit procéder à toutes les investigations
nécessaires pour connaître le domicile, la résidence ou le lieu de travail du destinataire de l'acte (Civ. 2e,
16 juin 1977, Bull. civ. II, no 154. – Civ. 2e, 21 juill. 1986, JCP 1986. IV. 30 ; Gaz. Pal. 1987.
Somm. 172, obs. Croze et Morel. – Civ. 2e, 9 mars 1994, no 92-18.865 , préc.). Le sérieux des
recherches de l'huissier relève de l'appréciation des juges du fond (Civ. 2e, 25 nov. 1999, no 97-22.692
). Le fait qu'un locataire n'a pas communiqué sa nouvelle adresse au cours d'opérations d'expulsion ne
dispense pas l'huissier de justice des diligences imposées par l'article 659 (Civ. 2e, 10 janv. 2013, no 11-
23.151 , Bull. civ. II, no 5 ; D. 2013. 1574, obs. Leborgne ; JCP 2013. 142, note Sousa ; Procédures
2013, no 68, obs. Perrot ; Gaz. Pal. 24-25 mai 2013, p. 22, note Lauvergnat). De même, l'huissier qui
doit signifier un acte à une partie dont il ne connaît pas le domicile, ni la résidence, ni le lieu de travail,
mais dont il a les coordonnées de son avocat, doit d'abord rechercher auprès de celui-ci de plus amples
renseignements, avant de dresser le procès-verbal (Montpellier [ord. CME], 11 oct. 1995, Gaz. Pal.
19 oct. 1996, note Bourdillat). Satisfait aux diligences de l'article 659 du code de procédure civile,
l'huissier de justice qui, quand le domicile et la résidence du destinataire de l'acte sont demeurés
introuvables, s'est rendu plusieurs fois sur le lieu de travail de celui-ci sans pouvoir délivrer l'acte à
personne (Civ. 2e, 19 nov. 2008, no 07-19.472 , Bull. civ. II, no 250 ; JCP 2008. IV. 3055 ; Rev.
huiss. 2009. 93, obs. Lauvergnat). Il en est de même de l'huissier de justice qui, s'étant rendu à l'adresse
indiquée par le destinataire de l'acte, constate, à cette occasion, que son nom ne figurait pas sur les
boîtes aux lettres, ni sur la sonnette, qu'il n'était pas connu du voisinage, et que les recherches effectuées
par annuaire électronique étaient vaines (Civ. 1re, 17 nov. 2010, no 09-68.013 , Bull. civ. I, no 237 ;
D. 2010. 2847 ). Il existe en effet plusieurs manières pour l'huissier de justice de s'assurer qu'il
n'existe aucun domicile, aucune résidence et aucun lieu de travail connu. Il doit ainsi vérifier si un
changement d'adresse n'a pas été fait auprès des services de la Poste (Paris, 15 oct. 1959, JCP 1959.
II. 11373, note G. M., où l'huissier savait que le courrier suivait à la nouvelle adresse) ou tout
simplement vérifier si la nouvelle adresse ne figure pas dans l'annuaire ; il devra encore faire toutes
recherches sur le lieu de travail, à la mairie, auprès des services de police, interroger toute personne
susceptible de le renseigner (par ex., à propos d'une pension alimentaire après séparation de corps,
auprès des enfants du débiteur : Civ. 2e, 15 nov. 1995, no 94-10.139 , Bull. civ. II, no 282 ; D. 1997.
217, obs. Bourdillat ; Procédures 1996, no 32, obs. Perrot. – Comp. Civ. 2e, 9 mars 1994, préc. –
Civ. 2e, 28 sept. 2000, no 99-10.843 , JCP 2000. II. 10442, note Rusquec). Il pourra encore,
s'agissant d'une société mise en liquidation, dès lors que, moins de deux mois avant le prononcé de ce
jugement, un précédent jugement précisait l'adresse du gérant et que celui-ci comparaissait à l'audience
assisté de son avocat, interroger le liquidateur de la société pour obtenir son adresse (Paris, 11 janv.
2002, BICC 2002, no 845).
270. Rétention d'informations pour le requérant. - Dès lors que le requérant connaît en réalité le
domicile du destinataire (Civ. 2e, 27 oct. 1976, Gaz. Pal. 1977. Somm. 10) ou sa profession (Civ. 3e,
12 mai 1993, no 91-21.113 , Bull. civ. III, no 69 ; RDI 1993. 383, obs. P. Malinvaud ; AJDI 1994.
382, obs. Talon , pour un architecte, l'huissier pouvant se renseigner auprès de l'Ordre) ou savait que
son courrier le suivait à sa nouvelle adresse ou lorsqu'il avait été fait élection de domicile (Req. 9 mai
1905, DP 1905. 1. 430. – Paris, 21 janv. 1938, JCP 1938. II. 627), la signification effectuée selon
l'article 659 du code de procédure civile est nulle. De même, lorsque la signification est effectuée sur le
fondement de l'article 659 du même code, alors que le domicile réel du débiteur était connu du
créancier et que celui-ci fait signifier de manière malicieuse en un lieu où il sait que le débiteur ne
réside pas (Civ. 2e, 21 déc. 2000, no 99-13.218 , Bull. civ. II, no 178 ; JCP 2001. IV. 1323 ; Gaz. Pal.
18-19 juill. 2001, p. 29, obs. Véron. – Rappr. Civ. 2e, 28 sept. 2000, no 99-10.843 , JCP 2000.
II. 10442, note Rusquec. – Civ. 2e, 20 oct. 2005, no 03-19.489 , Bull. civ. II, no 266). Cela impose
aux juges du fond de rechercher si, à la date de l'acte, le requérant connaissait la véritable adresse du
destinataire (Civ. 2e, 17 mai 2001, no 99-13.488 ). En revanche, l'erreur d'un tiers ne peut être
imputée à l'huissier de justice. Ainsi, l'erreur de la Poste, sa négligence dans l'information de l'huissier
ou dans la retransmission du courrier, quand existait un ordre de réexpédition, ne pourront être
imputées à l'huissier et la signification sur le fondement de l'article 659 du code de procédure civile sera
valable (Aix-en-Provence, 13 oct. 1993, JCP 1994. IV. 625. – Et, sur les difficultés soulevées par la
non-communication par les PTT à l'huissier de la nouvelle adresse du signifié en cas de changement de
domicile : Rép. min. à quest. écrite no 15999, JCP 1987. IV. 269).
271. Mention des diligences. - L'huissier de justice doit relater avec précision, dans le procès-verbal de
recherches infructueuses, toutes les diligences accomplies (Civ. 2e, 5 juill. 2000, no 98-18.486 , Rev.
huiss. 2001. 33, obs. Desdevises). Le fait que l'acte mentionne que l'huissier a vérifié la réalité du
domicile ne suffit pas (Civ. 2e, 10 janv. 2013, no 11-27.228 ). Ces mentions sont particulièrement
importantes, car elles vont permettre au juge, en cas de contestation, de contrôler les diligences de
l'huissier de justice. En revanche, le juge n'a pas le pouvoir de relever d'office l'exception de procédure
tirée de l'insuffisance des investigations portées par l'huissier de justice dans son acte (Civ. 2e, 20 mars
2003, no 01-03.218 , Bull. civ. II, no 71. – Rappr. Com. 2 nov. 2005, no 04-11.677 ).
272. Procès équitable. - La signification d'un jugement réputé contradictoire par voie de procès-verbal
de recherches infructueuses fait courir le délai d'appel sans être contraire à l'exigence d'un procès
équitable, dès lors que la régularité de cette signification, soumise par la loi à des conditions et modalités
précises et à des investigations complètes de l'huissier de justice, peut être contestée, et que son
destinataire dispose d'une procédure de relevé de la forclusion encourue (Com. 2 mai 2001, no 98-
12.037 , Bull. civ. IV, no 79 ; Procédures 2001, no 143, obs. Perrot. – Civ. 2e, 20 mars 2003, no 01-
11.542 , Bull. civ. II, no 72 ; D. 2003. IR 943 . – Civ. 2e, 19 déc. 2002, no 01-02.583 , Bull.
civ. II, no 295 ; D. 2003. Somm. 1398, obs. Julien ; Dr. et pr. 2003. 165, obs. Douchy. – Civ. 3e,
23 mai 2007, no 06-15.066 . – D'AMBRA, L'application de l'article 659 du nouveau code de
procédure civile et le procès équitable, Dr. et pr. 2004. 16).
273. Diligences complémentaires. - L'article 662 du code de procédure civile prévoit l'éventuelle
intervention du juge, s'il n'est pas établi que le destinataire a été effectivement avisé. Le juge peut
prescrire d'office toutes diligences complémentaires, sauf à ordonner les mesures provisoires ou
conservatoires nécessaires à la sauvegarde des droits du demandeur. On le voit, c'est toujours la
recherche d'un équilibre entre droits de la défense et intérêt de la procédure qui guide le législateur.
Cette disposition s'ajoute à celles par lesquelles l'huissier assurait déjà la protection du destinataire en
procédant à l'envoi des deux lettres. En pratique, il y a très peu de jurisprudence publiée : il est rare
qu'un magistrat décide, face à un acte signifié selon l'article 659 du code de procédure civile, de
demander de nouvelles investigations à l'huissier. Soit il estime les diligences suffisantes et se contente
de la signification selon l'article 659, soit elles lui apparaissent insuffisantes, mais c'est souvent après-
coup, lorsque le destinataire se plaint de la nullité de l'acte. Ainsi, lorsque l'acte est une assignation
introductive, la procédure est menée par défaut. Toutefois, le juge dispose d'une faculté destinée à
assurer les droits de la défense du destinataire : l'article 471 du code de procédure civile lui permet, en
effet, d'imposer au demandeur de reciter lorsque la citation n'a pas été délivrée à personne
(V. Assignation [Pr. civ.]). La protection du destinataire ne doit pas aller jusqu'à nier le jeu des règles de
procédure : ainsi, la faculté de prescrire des mesures complémentaires n'autorise pas le juge à retarder le
point de départ du délai d'appel, une telle mesure ne pouvant intervenir que sur une demande de relevé
de forclusion présentée au premier président de la cour d'appel (Civ. 2e, 5 janv. 1977, Bull. civ. II,
no 1 ; D. 1977. IR 226, obs. Julien ; JCP 1977. IV. 49).
274. Autorité compétente. - Si l'acte est destiné à une personne qui demeure en Polynésie française,
dans les îles de Wallis-et-Futuna, en Nouvelle-Calédonie et dans les Terres australes et antarctiques
françaises, et à moins que la signification n'ait pu être faite à personne, l'huissier expédie l'acte à
l'autorité compétente aux fins de sa remise à l'intéressé selon les modalités applicables dans la
collectivité où il demeure. L'huissier doit, le jour même ou le premier jour ouvrable suivant, expédier au
destinataire, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, la copie certifiée conforme de
l'acte (C. pr. civ., art. 660 ). Se pose alors la question de la signification dans les autres collectivités
d'outre-mer. Concernant la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, la Martinique et Mayotte, ces
départements relèvent de l'article 73 de la Constitution et sont, à ce titre, soumis aux lois et règlements
applicables en métropole. La notification de manière générale et la signification en particulier suivent le
même régime de notification ou de signification applicable en métropole (CHAINAIS, FERRAND,
MAYER et GUINCHARD, op. cit., spéc. no 1018, p. 732). Le problème vient de collectivités d'outre-
mer (de Saint-Barthélemy, de Saint-Martin et de Saint-Pierre-et-Miquelon) ayant un statut particulier
et régies par l'article 74 de la Constitution. De ce fait, elles ne semblent pas soumises au même régime
de notification des actes que la métropole. Or l'article 660 ne prévoit aucun aménagement concernant
la signification d'un acte adressé à une personne y demeurant. L'autorité compétente informe l'huissier
de justice des diligences faites ; elle lui transmet, le cas échéant, tout procès-verbal ou récépissé
constatant la remise de l'acte. Ces documents sont tenus par l'huissier de justice à la disposition de la
juridiction (C. pr. civ., art. 661 ).
275. Date. - La date de notification, y compris lorsqu'elle doit être faite dans un délai déterminé, d'un
acte judiciaire ou extrajudiciaire, en Polynésie française, dans les îles Wallis et Futuna, en Nouvelle-
Calédonie et dans les Terres australes et antarctiques françaises est, à l'égard de celui qui y procède, la
date d'expédition de l'acte par l'huissier de justice ou le greffe, ou, à défaut, la date de réception par le
parquet compétent (C. pr. civ., art. 647-1 ).
277. Notion. - La notification « en la forme ordinaire » est celle qui ne prend ni la forme d'une
signification (V. supra, nos 232 s.), ni celle d'un acte du palais (V. infra, nos 297 s.). Elle est une manière
simple et économique de porter un acte à la connaissance d'une partie. Elle n'est possible que lorsqu'un
texte n'impose pas la notification par voie de signification. Aux dispositions communes (V. infra,
nos 278 s.) s'ajoutent des dispositions spécifiques aux différents modes de notification (V. infra, nos 284
s.).
278. Liste. - Les dispositions communes concernent l'auteur de la notification (V. infra, nos 279 s.) et la
forme qu'elle peut prendre (V. infra, nos 281 s.).
A - Auteurs
280. Greffe. - La notification peut être le fait du greffe de la juridiction concernée par l'affaire. C'est le
cas devant la cour d'appel où le greffe notifie à chacun des intimés un exemplaire de la déclaration avec
l'indication de l'obligation de constituer avocat (C. pr. civ., art. 902 , al. 1er). Le terme employé est
« adresse », mais l'alinéa suivant confirme qu'il s'agit là bien d'une notification. C'est le cas dans la
procédure d'injonction de payer lorsque le greffe adresse au créancier une copie de la déclaration
d'opposition (C. pr. civ., art. 1418 , al. 11). De manière générale, le greffe est amené à notifier un
certain nombre d'actes introductifs d'instance et, dans ce cas, la notification doit comprendre, de
manière très apparente, les indications énumérées à l'article 665-1 du code de procédure civile. Il s'agit
de sa date, de l'indication de la juridiction devant laquelle la demande est portée, de l'indication que,
faute pour le défendeur de comparaître, il s'expose à ce qu'un jugement soit rendu contre lui sur les
seuls éléments fournis par son adversaire, et, le cas échéant, de la date de l'audience à laquelle le
défendeur est convoqué ainsi que les conditions dans lesquelles il peut se faire assister ou représenter
(V. supra, no 198).
B - Formes
281. Enveloppe ou pli fermé. - L'article 667 du code de procédure civile dispose que la notification doit
se faire sous enveloppe ou pli fermé. Le dictionnaire Le Littré définissant le pli comme l'« enveloppe de
lettre », la formule semble quelque peu redondante et même si l'adjectif « fermé » ne qualifie que le pli,
il semble évident que l'enveloppe, comme le pli, doit être scellée. Ces exigences s'expliquent par une
préoccupation de légitime discrétion souvent associée au respect des droits de la défense (Civ. 2e,
22 mai 1959, JCP 1959. II. 11186, note G. M.). Le destinataire doit être assuré que lui seul prendra
connaissance de l'acte qui lui est adressé. Ne respecte pas ces exigences une agence de recouvrement
qui procède par carte postale ouverte (Civ. 2e, 7 janv. 1970, D. 1970. 287). Mais il doit pouvoir en
prendre connaissance. Ainsi, il est nécessaire de s'assurer que le destinataire de lettres recommandées,
atteint de cécité, a eu la possibilité effective d'avoir connaissance du contenu des lettres (Aix-en-
Provence, 15 mai 2009, Gaz. Pal. 14-15 juin 2009, p. 14 ; D. 2010. 388, note Boujeka ). Le problème
de la notification sous enveloppe, c'est la preuve du contenu de celle-ci. La Cour de cassation a décidé
qu'il appartenait au destinataire de prouver qu'elle était vide et non pas à l'expéditeur que l'acte notifié
était contenu dans cette enveloppe (Com. 16 avr. 1951, Bull. civ. IV, no 854. – Civ. 2e, 14 déc. 1952,
Bull. civ. IV, no 938. – Civ. 2e, 1er avr. 1981, Gaz. Pal. 1982. 2. 480, note Viatte).
282. Mentions. - La notification doit contenir toutes indications sur l'identité de la personne dont elle
émane, à savoir ses nom et prénoms, sa dénomination ou sa raison sociale. Elle doit également indiquer
le domicile ou le siège social de celle-ci. Elle doit désigner de la même manière le destinataire (C. pr.
civ., art. 665 ). Ces prescriptions doivent être observées à peine de nullité (C. pr. civ., art. 693 ), à la
condition toutefois d'alléguer un grief (Civ. 2e, 26 mai 1979, Bull. civ. II, no 140). Ainsi, les mentions
prescrites sont peu nombreuses, mais d'autres peuvent être exigées, selon la nature de l'acte notifié, par
les règles particulières à chaque matière (C. pr. civ., art. 666 ). À part cela, aucune autre mention ne
peut être exigée : ainsi, le défaut d'indication dans l'acte de la qualité de la personne à laquelle l'acte est
signifié ne peut entraîner la nullité (en ce sens : Civ. 2e, 16 mai 1979, Bull. civ. II, no 140, où l'intéressé
ne cherchait même pas à démontrer en quoi l'omission de cette indication pouvait lui causer grief). De
même, le greffe qui notifie n'étant pas tenu de conserver le double de la lettre d'accompagnement d'une
décision d'un tribunal paritaire des baux ruraux, la nullité de la notification ne peut être soulevée pour
cette cause (Riom, 18 avr. 1988, Gaz. Pal. 1988. 2. Somm. 363).
283. Convocation électronique des personnes morales. - Le décret du 11 mars 2015 (Décr. no 2015-
282 du 11 mars 2015 relatif à la simplification de la procédure civile à la communication électronique
et à la résolution amiable des différends ; Procédures 2015. Étude 6, par Y. Strickler. – BLÉRY et
TEBOUL, Gaz. Pal. 28 mars 2015, no 87, p. 6) permet la convocation des personnes morales qui y
consentent par le moyen de courriers électroniques. Le nouvel article 692-1 du code de procédure
civile énonce que les convocations destinées aux personnes morales « peuvent leur être adressées par le
greffe par tous moyens auxquels ils ont préalablement consenti ». Parmi ces moyens de convocation
consentis par le destinataire de l'acte, la communication électronique fait l'objet d'un régime spécifique,
énoncé dans un nouvel article 748-9 du code de la procédure civile. En outre, cette communication
semble pour l'instant limitée aux destinataires personnes morales et aux convocations par le greffe à
l'exclusion de toute autre notification (V. Communication électronique [Pr. civ.]).
§ 2 - Dispositions spécifiques
284. Hiérarchisation. - L'article 670 du code de procédure civile opère une distinction proche de ce que
l'on connaît en matière de signification. La notification est réputée faite à personne lorsque l'avis de
réception est signé par son destinataire. La notification est réputée faite à domicile ou à résidence
lorsque l'avis de réception est signé par une personne munie d'un pouvoir à cet effet. Il ne suffit pas que
la notification ait été faite au domicile du destinataire (Soc. 5 mai 2011, no 10-12.153 ). Ainsi n'est
pas régulière la notification faite au gardien de l'immeuble qui n'avait aucun pouvoir à cet effet (Civ. 2e,
17 déc. 2009, no 09-11.393 ). Mais la comparaison s'arrête là. Il n'existe pas de hiérarchisation telle
que celle qui régit les modes de signification (V. supra, no 245). Un autre semble toutefois se dessiner.
Selon l'article 667 du code de procédure civile, la notification en la forme ordinaire est faite soit par la
voie postale (V. infra, nos 287 s.), soit par la remise de l'acte au destinataire contre émargement ou
récépissé (V. infra, nos 285 s.). Or le décret no 2012-66 du 20 janvier 2012 a précisé que « la
notification en la forme ordinaire peut toujours être faite par remise contre émargement ou récépissé
alors même que la loi n'aurait prévu que la notification par la voie postale » (C. pr. civ., art. 667 ,
al. 2). La remise est ainsi préférée à l'envoi. Cela se comprend aisément. La meilleure façon de s'assurer
que le destinataire prend connaissance de l'acte est de le lui remettre en mains propres. L’article 670-2
du code de procédure civile prévoit une disposition spécifique à la notification dans un territoire
d’outre-mer (V. infra, no 296).
285. Notion. - Lorsque la remise de l'acte est faite directement à son destinataire, il s'agit d'une
notification à personne même si certaines décisions la qualifient de notification « réputée faite à
personne » (Civ. 2e, 24 mai 2006, no 04-18.928 , Bull. civ. II, no 135). La remise doit donner lieu à un
émargement ou un récépissé. Le législateur n'a pas précisé ce qu'il fallait entendre par émargement ou
récépissé, ce qui exclut tout formalisme particulier. Toutefois, on peut déduire de l'article 669, alinéa 2,
du code de procédure civile que cet émargement ou ce récépissé doit indiquer la date de la remise,
information importante quand la notification interrompt ou fait partir des délais. Dans la pratique,
l'établissement du récépissé consiste en un écrit par lequel le destinataire reconnaît avoir reçu l'acte en
communication. La signature du destinataire est donc portée en marge de l'acte ce qui conduit à
présenter deux exemplaires de l'acte pour en laisser un au destinataire et conserver le double
régulièrement émargé. Reste la question de l'identité de la personne pouvant présenter et remettre l'acte
à son destinataire. Une réponse ministérielle, antérieure au nouveau code toutefois, avait indiqué qu'un
mandataire judiciaire ou juridique pouvait faire porter par un employé les plis destinés à la partie
adverse (Rép. min. no 24917, JOAN 30 sept. 1962). Il n'y a pas de raison de remettre en cause cette
solution puisque ce qui est visé c'est que l'acte parvienne à la connaissance du destinataire ; en
conséquence, qu'il soit remis par le requérant lui-même ou un mandataire ne peut présenter de
difficultés.
286. Date. - Selon l'article 669, alinéa 2, du code de procédure civile, la date de la remise est celle du
récépissé ou de l'émargement et elle fait foi, sauf à être contestée par une procédure de faux en écriture
privée (Civ. 3e, 13 juill. 2011, no 10-20.478 , Bull. civ. III, no 129 ; AJDI 2012. 121, obs. Damas ;
D. 2012. 1086, obs. Damas ; Procédures 2011, no 295).
B - Envoi postal
287. Notion. - L'article 667 du code de procédure civile énonce que la notification peut être faite par
voie postale sans autre précision. En raison des garanties qu'il présente, il est évident que l'envoi en
recommandé avec demande d'avis de réception (V. infra, nos 288 s.) sera préféré à l'envoi par lettre
simple (V. infra, no 295). Mais quel que soit le mode d'envoi choisi, la Cour de cassation a posé
quelques principes communs. Ainsi, lorsque plusieurs décisions sont notifiées par la voie postale par un
même envoi, l'enveloppe doit contenir, outre chacune des notifications, un document récapitulatif
permettant l'identification de chacune de ces décisions. Il s'ensuit que doit être déclarée irrégulière la
notification d'un ensemble de décisions en cinq envois accompagnés d'une lettre de notification par
décision, mais sans état récapitulatif (Civ. 2e, 21 juin 1995, nos 93-12.451 et 93-12.462, Bull. civ. II,
no 193 ; RTD civ. 1995. 959, obs. Perrot ; D. 1995. IR 173 . – Com. 22 mai 2002, no 00-20.427
, Procédures 2002, no 156, note Perrot). En outre, la preuve que l'enveloppe ne contenait pas la copie
de l'acte notifié est à la charge du destinataire (Civ. 2e, 1er avr. 1981, Gaz. Pal. 1982. 2. 480, note
Viatte).
1° - Envoi en recommandé
288. Notion. - La lettre recommandée, avec ou sans demande d'avis de réception, est définie par l'article
2 de la directive no 97/67/CE du 15 décembre 1997, comme « un service consistant à garantir
forfaitairement contre les risques de perte, vol ou détérioration et fournissant à l'expéditeur, le cas
échéant à sa demande, une preuve de dépôt de l'envoi postal et/ou de sa remise au destinataire ». Ce
mode d'envoi, présentant un certain nombre de garanties, notamment quand il prend sa forme la plus
complète de lettre recommandée avec avis de réception, il faut sans doute considérer qu'il peut être
choisi chaque fois qu'une notification peut être faite par voie postale. Différents problèmes vont alors se
poser, à commencer par l'identité de la personne pouvant signer l'avis de réception.
289. Identité de la personne réceptionnant l'avis. - Avant le 1er mars 2006, date d'entrée en vigueur du
décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005, aucun texte ne prévoyait le sort d'une notification par
lettre recommandée dont l'avis de réception aurait été signé par une personne autre que le destinataire.
Toutefois, l'article 670 du code de procédure civile énonçant que « la notification est réputée faite à
personne lorsque l'avis de réception est signé par son destinataire », on pouvait imaginer que
l'éventualité que cet avis soit signé par quelqu'un d'autre était envisagée par le législateur. Certains
arrêts ont décidé que l'avis ne pouvait être signé que par le destinataire et non par son conjoint, même si
ce dernier à procuration pour signer à sa place (Civ. 2e, 27 mai 1988, JCP 1988. IV. 265 ; RTD civ.
1988. 573, obs. Perrot. – Civ. 2e, 21 févr. 2008, no 07-11.568 , Bull. civ. II, no 44 ; JCP 2008.
IV. 1544 ; RTD civ. 2008. 351, obs. Perrot ). D'autres ont admis la validité de la notification faite à
une personne au domicile du destinataire, en raison des liens suffisants avec ce dernier, permettant de
s'attendre à ce que le signataire fasse diligence pour remettre le pli à son destinataire (Com. 26 juin
2007, no 06-13.112 , Bull. civ. IV, no 178 ; JCP 2007. IV. 1615 ; RTD civ. 2007. 809, obs. Perrot ).
Le décret du 28 décembre 2005 a ajouté un second alinéa à l'article 670 qui énonce aujourd'hui que
« la notification est réputée faite à domicile ou à résidence lorsque l'avis de réception est signé par une
personne munie d'un pouvoir à cet effet ». Plusieurs conclusions peuvent être tirées de cet ajout. La
notification est valable lorsque l'avis de réception est signé par une personne autre que le destinataire,
mais à la condition que cette personne soit munie d'un pouvoir. Dans ce cas, la notification est réputée
faite à domicile ou à résidence. Vient alors ensuite le problème de la signature. La Cour de cassation a
tout d'abord exigé que la signature soit lisible sur l'avis de réception (Civ. 3e, 5 juill. 1995, no 93-
20.148 , Bull. civ. III, no 171. – Civ. 3e, 14 déc. 1994, no 93-12.481 , Bull. civ. II, no 216 ; AJDI
1997. 192 ; obs. Blatter). La signature du destinataire est indispensable et l'apposition d'un cachet ne
peut suppléer son absence s'il ne comporte pas lui-même cette signature (Civ. 2e, 24 mai 2006, no 04-
18.928 , Bull. civ. II, no 135 ; Procédures 2006, p. 153, obs. Perrot ; JCP 2006. IV. 2332). Puis elle a
posé une présomption très lourde pour le destinataire ; « la signature figurant sur l'avis de réception
d'une lettre adressée à une personne physique est présumée être, jusqu'à preuve du contraire, celle de
son destinataire ou de son mandataire » (Civ. 2e, 15 déc. 2011, no 10-26.618 , RTD civ. 2012. 146,
obs. Perrot ). Cette solution était affirmée depuis longtemps en cas de notification à une personne
morale.
290. Cas particulier des personnes morales. - La détermination de la personne qui doit signer est encore
plus délicate lorsque le destinataire est une personne morale, car il s'agit de déterminer la personne
physique dont la signature rendra régulière la notification. Pour une signification, l'article 654 dispose
qu'elle doit être considérée comme faite à personne quand elle est délivrée au représentant légal de la
personne morale, à un fondé de pouvoir de cette dernière, ou à toute autre personne habilitée à cet
effet. Faut-il également exiger que l'avis de réception d'une notification en forme ordinaire que présente
le facteur soit signé par une des personnes habilitées ? Et, si ce n'est pas le cas, doit-on pour autant
considérer que la notification est irrégulière ? La jurisprudence avait apporté quelques réponses avant
le décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005. La Cour de cassation a d'abord décidé qu'est valable la
lettre de notification parvenue « au lieu de l'établissement » de la société au sens de l'article 690, alinéa
1er, du code de procédure civile, et dont l'avis de réception a été signé par un préposé de cette société
qui, prétendait le pourvoi, n'était pas habilité à recevoir le courrier (Soc. 10 mars 1988, Bull. civ. V,
no 176 ; RTD civ. 1988. 573, obs. crit. Perrot. – Soc. 25 avr. 1990, no 87-40.635 , Bull. civ. V,
no 193 ; Rev. sociétés 1990. 603, obs. Guyon ), puis que la signature apposée sur l'avis de réception
était réputée être celle du représentant légal ou d'une personne habilitée (Civ. 3e, 2 févr. 1994, no 92-
70.325 , Bull. civ. III, no 16 ; D. 1994. 250, note Bonneau qui relève qu'il s'agit d'une présomption
irréfragable ; RDI 1994. 424, obs. du Marais ; Rev. sociétés 1994. 459, obs. Barbièri ). Enfin, elle a
ajouté que la notification parvenue au lieu d'établissement d'une société, même si l'avis de réception a
été signé par un préposé ne faisant pas partie des personnes habilitées par cette société à recevoir le
courrier recommandé, était régulière (Civ. 2e, 22 janv. 1997, no 95-11.877 , Bull. civ. II, no 18 ; RTD
civ. 1997. 505, obs. Perrot ; JCP 1997. II. 22874, note crit. Rusquec). Une partie de la doctrine a
expliqué cette solution par le fait que l'envoi postal fait intervenir un tiers, le facteur, et que si, en
théorie, il doit avoir la même vigilance que le requérant, on sait qu'en pratique il se contentera de
remettre la lettre recommandée à la première personne qu'il trouvera à l'adresse indiquée. Cette
justification ne saurait être pleinement satisfaisante, surtout depuis que le décret du 28 décembre 2005
a défini à l'article 670, alinéa 2, du code de procédure civile comme étant une notification réputée faite
à domicile ou à résidence la notification dont l'avis de réception est signé par une personne munie d'un
pouvoir à cet effet. Rédigé de manière très générale, cet article ne distingue pas selon que la notification
est destinée à une personne physique ou une personne morale et il semble ne laisser aucun doute quant
à l'absence de valeur de la notification par lettre recommandée, dont l'avis serait signé par une personne
dépourvue de pouvoir. Cette valeur ne saurait être laissée à l'attitude d'un tiers : le facteur !
291. Dates de la notification par LRAR. - Parce que la notification doit parfois être réalisée dans
certains délais ou qu'elle est elle-même le point de départ d'un délai, il est important de pouvoir en
déterminer la date. S'il est recouru à la voie postale, la difficulté est que la date de réalisation de l'acte
par celui qui en est à l'origine et la date de prise de connaissance de l'acte par son destinataire
correspondent à deux moments différents. Pour celui qui notifie, la notification prend date au moment
de l'expédition, c'est-à-dire à la date qui figure sur le cachet du bureau d'émission (C. pr. civ., art. 668
et 669 , al. 1er). Ainsi l'appel formé par lettre expédiée le dernier jour du délai n'est donc pas tardif
(Civ. 2e, 5 oct. 1983, nos 81-11.770 et 82-13.436 , Bull. civ. II, nos 157 et 159 ; D. 1984. IR 239,
obs. Julien ; RTD civ. 1984. 568, obs. Perrot ; JCP 1986. II. 20560, note Joly. – Soc. 19 juill. 1988,
no 85-45.208 , Bull. civ. V, no 474 ; D. 1989. Somm. 271, obs. Julien. – Soc. 11 janv. 1989, no 86-
15.886 , Bull. civ. V, no 9. – Civ. 3e, 9 déc. 1998, no 97-70.227 , Bull. civ. III, no 240 ; JCP 1999.
II. 10063, note Rusquec), sous réserve que la lettre parvienne entre les mains de son destinataire
(Civ. 2e, 25 janv. 2007, no 04-20.318 , Procédures 2007, no 105, obs. Perrot). En l'espèce, il s'agissait
d'un litige entre un avocat et son client. Une partie qui avait jusqu'au 4 novembre pour faire appel de la
décision du bâtonnier avait adressé sa déclaration au premier président par lettre recommandée postée
le 31 octobre. Mais, en raison d'une erreur de son expéditeur qui, sur le bordereau d'envoi, avait
mentionné sa propre adresse comme destinataire de la lettre, celle-ci lui fut retournée. Il réexpédia le
même pli cette fois à la bonne adresse… mais le 7 novembre seulement. La Cour de cassation considère
qu'il y a deux courriers successifs et que seule doit être prise en compte la date d'expédition de la
seconde lettre du fait que c'est elle qui est parvenue à son destinataire. Pour le destinataire, la
notification a pour date celle de la réception de la lettre, c'est-à-dire « celle qui est apposée par
l'administration des postes lors de la remise de la lettre à son destinataire » (C. pr. civ., art. 668 et
669 , al. 3). C'est la date de la remise effective de la lettre qui doit être prise en compte et non celle de
sa présentation au domicile du destinataire absent (Civ. 2e, 10 mars 2005, no 03-11.033 , Bull. civ. II,
no 64 ; Rev. huiss. 2005. 226, obs. Putman ; Procédures mai 2005, no 12). Dans ce cas, rien n'exige que
la date de remise, le plus souvent manuscrite, soit apposée à l'aide d'un cachet du bureau de poste
distributeur (Com. 28 avr. 1998, no 96-16.440 , Bull. civ. IV, no 136 ; Procédures 1998, no 136, obs.
Perrot). En cas de contrariété de dates sur un avis de réception, il faut rechercher quelle est la date qui a
été apposée par l'administration des Postes (Civ. 1re, 4 févr. 1986, Bull. civ. I, no 3 ; D. 1986. IR 223 ;
RTD civ. 1986. 663).
292. Refus d'accepter ou de retirer la LRAR. - Le refus ou le non-retrait de la lettre recommandée avec
demande d'avis de réception pose le problème de la régularité de la notification. Afin d'éviter que la
mauvaise foi du destinataire ne soit une cause de blocage de la procédure, la Cour de cassation a décidé
que le refus ou le non-retrait de la lettre contenant l'acte à notifier ne peut affecter la validité de la
notification à partir du moment où le destinataire n'allègue ni irrégularité dans l'accomplissement des
formalités de notification, ni erreur dans la souscription de son adresse postale, ni circonstance l'ayant
empêché de retirer le pli qui lui était destiné. Dans ce cas, il ne saurait tirer argument de sa seule
carence pour prétendre échapper aux délais dont la notification était le point de départ (Soc. 30 nov.
1972, no 71-13.401 , Bull. civ. V, no 665 ; JCP 1973. II. 17562, en l'espèce, il s'agissait du délai
imparti par la loi pour se pourvoir en cassation). Mais cette solution a longtemps semblé isolée. En
1994, la troisième chambre civile de la Cour de cassation juge que ne pouvait être déclarée valable une
notification lorsque la lettre recommandée n'est pas remise à sa destinataire absente et est renvoyée à
l'expéditeur. Elle n'exige pas que le destinataire allègue des contraintes (Civ. 3e, 14 déc. 1994, no 93-
12.481 , Bull. civ. III, no 216 ; AJDI 1997. 192, obs. Blatter ). La solution a été réaffirmée par les
troisième et première chambres civiles : seule doit être prise en compte la remise effective et non la date
de première présentation (Civ. 3e, 10 janv. 1996, no 93-17.725 , Bull. civ. III, no 10 ; AJDI 1997.
192, obs. Blatter ; D. 1996. 369, obs. Centre de recherche de droit privé de Nancy II . – Civ. 1re,
4 mai 1999, no 97-04.092 , Bull. civ. I, no 152 ; D. 1999. IR 160 . – Civ. 1re, 10 déc. 2002, no 01-
04.199 ). Toutefois, dans un arrêt récent de la première chambre civile, la Cour de cassation estime
que la responsabilité du notaire ne saurait être engagée pour absence de notification du compromis de
vente dès lors que, régulièrement avisé de la notification de l'acte par LRAR, l'acquéreur s'est abstenu
d'aller retirer la lettre recommandée à La Poste (Civ. 1re, 14 févr. 2018, no 17-10.514 , D. actu.
12 mars 2018, obs. Le Rudulier ; D. 2019. 279, obs. M. Mekki ; AJDI 2018. 622, obs. J.-P. Borel ).
293. En cas de retour au greffe de l'avis de réception non signé. - Le greffe peut être à l'origine de la
notification (V. supra, no 280). L'article 670-1 du code de procédure civile prévoit alors ce qui se passe
en cas de retour au greffe de la juridiction d'une lettre de notification dont l'avis de réception n'a pas été
signé : le greffier doit inviter la partie à procéder par voie de signification (V. supra, nos 232 s.). Il s'agit
là d'une obligation (Civ. 2e, 18 déc. 1996, no 94-19.940 , Bull. civ. II, no 301. – Civ. 2e, 8 janv. 1997,
no 95-11.452 , Bull. civ. II, no 2 ; Gaz. Pal. 1998. 2. 797, note Rusquec). Avant le décret no 2005-
1678 du 28 décembre 2005, cette mesure était utilisée à partir du moment où la lettre n'avait pu être
remise à son destinataire. Depuis, l'article 670-1 du code de procédure civile impose cette signification
quand l'avis n'a pu être signé, ni par le destinataire de l'acte, ni par une personne munie d'un pouvoir à
cet effet. Cette disposition est applicable, en vertu du principe posé par l'article 749 du code de
procédure civile, à toutes les juridictions, y compris aux conseils de prud'hommes (Soc. 5 mars 1992,
no 89-42.408 , Bull. civ. V, no 159), ainsi que devant la cour d'appel dans le cas des procédures sans
représentation obligatoire (Soc. 19 juill. 2000, no 98-22.333 , Bull. civ. V, no 312) et encore à la
procédure de contestation des honoraires d'avocat (Décr. no 91-1197 du 27 nov. 1991, art. 177. –
Civ. 1re, 11 oct. 1994, no 92-21.662 , Bull. civ. I, no 283 ; JCP 1994. IV. 2470. – Civ. 1re, 12 févr.
2002, no 00-11.296 , Dr. et pr. 2002. 233, note Douchy). Cette disposition est applicable que le
destinataire soit une personne physique ou une personne morale. Ainsi, l'apposition sur l'accusé
réception du cachet du destinataire personne morale ne suffit pas en l'absence de signature de la
personne habilitée, à dispenser l'auteur de la notification de procéder par voie de signification (Soc.
11 mai 1999, no 97-40.996 , Bull. civ. V, no 212 ; D. 1999. IR 147 ). Les causes du défaut de
remise sont indifférentes. L'échec de la notification par voie postale conduit la partie à recourir à une
forme de notification jugée plus sûre, la signification. Ainsi, si la lettre recommandée est retournée avec
la mention « non réclamée, retour à l'envoyeur » et en l'absence de signification ultérieure, le délai dont
la notification est le point de départ ne peut commencer à courir (Ord. 1er président, 26 févr. 2009,
no 90-93.587 , en l'espèce il s'agissait de la notification de la décision de radiation qui faisait partir le
délai de péremption). On retrouve ce dispositif dans la procédure européenne de règlement des petits
litiges. En cas de retour au greffe d'une lettre de notification dont l'avis de réception n'a pas été signé, la
notification est faite par acte d'huissier de justice, à la diligence du greffe (C. pr. civ., art. 1387 ).
Cette solution n'est pas clairement énoncée à propos de la procédure d'injonction de payer. Si, à la suite
de l'injonction de payer, le débiteur fait opposition, une distinction doit alors être opérée. Devant le
tribunal judiciaire dans les matières visées à l'article 817, le juge des contentieux de la protection et le
tribunal de commerce, l'article 1418, alinéa 1er, prévoit que le greffe convoque les parties par lettre
recommandée avec demande d'avis de réception, sans préciser les conséquences du retour au greffe de
l'avis de réception non signé. On peut alors songer s'en remettre aux dispositions communes à toutes les
juridictions et plus particulièrement à l'article 670-1 du code de procédure civile. La suite de l'article
1418 crée un doute. L'alinéa 7 de l'article 1418 énonce que, devant le tribunal judiciaire, le greffe
adresse au créancier, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une copie de la
déclaration d'opposition. Puis, plus après, le même texte précise qu'en cas de retour au greffe de l'avis de
réception non signé, « la date de notification est, à l'égard du destinataire, celle de la présentation et la
notification est réputée faite à domicile ou à résidence ». Il n'est pas alors question de signification.
« Cette disposition permet de conserver à la procédure d'injonction de payer […] sa simplicité originelle,
en évitant de recourir à une signification obligatoire en respectant le fait que le créancier demeure
l'initiateur de la procédure et doit être responsabilisé à ce titre puisqu'il a désormais l'obligation de faire
connaître son changement d'adresse » (V. Injonction de payer [Pr. civ.]).
295. Envoi d'une lettre simple. - L'article 667 du code de procédure civile énonçant que la notification
peut être faite par voie postale, sans plus de précision, il faut en déduire qu'elle peut être réalisée par
l'envoi d'une lettre simple. Après avoir jugé qu'une lettre simple ne pouvait satisfaire les exigences d'un
texte requérant une lettre recommandée (Civ. 2e, 20 oct. 1993, no 92-50.016 , Bull. civ. II, no 292 ;
RTD civ. 1994. 417, obs. crit. Perrot ), la Cour de cassation est revenue sur cette solution. Elle admet
les notifications par lettre simple si l'on établit que le destinataire a bien reçu la lettre en temps utile
(Civ. 1re, 29 juin 1994, no 93-05.056 , Bull. civ. I, no 228 ; RTD civ. 1995. 184, obs. Perrot ). Le
code offre très peu d'indications qui pourraient régir ce type d'envoi. On peut toutefois déduire des
articles 668 et 669, alinéa 1er, que la date de la notification est pour celui qui y procède celle de
l'expédition, c'est-à-dire celle qui figure sur le cachet du bureau d'émission. En revanche, il est difficile
voire impossible d'établir la date de réception. C'est pourquoi ce mode de notification est à éviter
chaque fois que la notification sera le point de départ d'un délai. Enfin, aucune disposition générale
n'est prévue en cas de retour de la lettre qui n'aurait pas été distribuée. Il existe toutefois deux textes
spécifiques à la notification par le greffe, par lettre simple. Il s'agit de l'article 902 du code de procédure
civile qui prévoit devant la cour d'appel que le greffier adresse à chacun des intimés, par lettre simple,
un exemplaire de la déclaration avec l'indication de l'obligation de constituer avocat et de l'article 977
du même code, qui prévoit la même chose en cas de pourvoi devant la Cour de cassation. Dans les deux
hypothèses, en cas de retour au greffe de la lettre de notification, le greffier de la cour d'appel ou de la
Cour de cassation en avise l'avocat de l'appelant ou du demandeur en cassation afin que celui-ci
procède par voie de signification. L'article 902 ajoute, dans son alinéa 3, qu'à peine de caducité de la
déclaration d'appel relevée d'office la signification doit être effectuée dans le mois de l'avis adressé par
le greffe ; cependant, si, entre-temps, l'intimé a constitué avocat avant la signification de la déclaration
d'appel, il est procédé par voie de notification à son avocat (V. infra, nos 297 s.).
C - Notification dans un territoire d'outre-mer
296. Par le greffe de la juridiction. - S'il est notifié par le greffier d'une juridiction, l'acte destiné à une
personne demeurant dans une collectivité d'outre-mer ou en Nouvelle-Calédonie est expédié à
l'autorité compétente aux fins de sa remise à l'intéressé selon les modalités applicables dans la
collectivité concernée. L'autorité compétente informe la juridiction des diligences faites et lui transmet,
le cas échéant, tout procès-verbal ou récépissé constatant la remise de l'acte (C. pr. civ., art. 670-2 ).
297. Notification des actes du palais. - Entre avocats, le code de procédure civile prévoit deux types de
notification simplifiée qui échappent aux règles de signification et de notification en la forme ordinaire.
Ces modes sont exclusivement réservés aux notifications entre avocats et ne s'appliquent pas à la
notification des actes de procédure impliquant d'autres auxiliaires de justice tels que les mandataires
liquidateurs, les administrateurs judiciaires, les notaires… Dans ce cas, ce sont les règles de la
signification voire de la notification qui s'appliquent ce qui, dans la première hypothèse, n'est pas sans
inconvénient (LAMARCHE, Pour une simplification des actes de procédure entre auxiliaires de
justice, JCP 2011. Doctr. 225). Entre avocats, la notification peut prendre soit la forme d'une
signification par huissier de justice (V. infra, nos 298 s.), soit celle d'une remise entre avocats (V. infra,
nos 300 s.). Et comme ces notifications s'effectuent sans déplacement de l'huissier au domicile du
destinataire, et sans envoi postal, elles sont encore appelées notifications par actes du palais.
§ 1er - Signification
298. Signification simplifiée. - La notification entre avocats peut résulter d'une forme simplifiée de
signification qui résulte de la simple apposition sur l'acte et sa copie du cachet et de la signature d'un
huissier de justice instrumentaire appelé « huissier audiencier » ou encore « huissier du palais » (C. pr.
civ., art. 672 ). Une mention apposée par l'avocat – à l'époque, il s'agissait d'un avoué – ne peut suffire
(Civ. 2e, 6 oct. 1971, no 70-14.223 , Bull. civ. II, no 265 ; JCP 1971. IV. 256), de même que le cachet
du groupement des huissiers audienciers de la juridiction et la signature du président de ce groupement
(Civ. 2e, 22 mai 1996, no 93-15.683 , Bull. civ. II, no 105 ; Gaz. Pal. 1997. 166, note Bourdillat. – Sur
la nécessité de prouver un grief, Paris, 20 mars 1998, D. 1998. 658, note Bourdillat ). L'huissier de
justice instrumentaire doit également apposer la date et le nom de l'avocat destinataire. En pratique, le
requérant remet trois exemplaires à signifier à l'huissier : un destiné à son contradicteur, un second que
l'huissier lui restitue et qui établit qu'il a bien porté l'acte à la connaissance de son confrère à telle date,
le troisième conservé par l'huissier. En outre, si l'avocat destinataire représente plusieurs parties, il doit
être signifié autant de copies qu'il y a de parties (Civ. 23 déc. 1891, DP 1892. 1. 62). Il n'est pas exigé
de l'auteur de la signification qu'il indique sur l'acte à qui la copie a été remise (Civ. 2e, 13 mai 1987,
no 85-14.028 , Bull. civ. II, no 110). Tout cela doit être respecté à peine de nullité (C. pr. civ.,
art. 693 ).
299. Signification électronique. - L'arrêté du 28 août 2012 portant application aux huissiers de justice
des dispositions du titre XXI du livre Ier du code de procédure civile relatif à la communication par voie
électronique précise comment les huissiers audienciers peuvent accomplir la signification entre avocats
de l'article 672 du code de procédure civile par voie électronique. Il faut pour cela que les avocats
déposent leurs actes aux fins de transmission à travers un portail dédié mis à leur disposition par la
Chambre nationale des huissiers de justice (Arr. du 28 août 2012, art. 9). Ensuite, il est procédé comme
pour la signification électronique classique (V. supra, nos 238 s.).
§ 2 - Notification directe
300. Notion. - La notification entre avocats peut prendre la forme d'une notification directe : l'avocat
qui effectue la notification remet l'acte en double exemplaire à son confrère qui lui en retourne un après
l'avoir daté et signé (C. pr. civ., art. 673 ). En pratique, il est admis que l'acte soit remis au secrétaire
de l'avocat, sauf à ce qu'il soit démontré un grief (Fort-de-France, 10 avr. 1987, JCP 1987. IV. 335).
Mais l'avocat peut refuser de recevoir des conclusions présentées par le secrétaire d'un autre avocat que
son adversaire ; dans ce cas, il n'y a pas lieu à révocation de l'ordonnance de clôture, l'acte n'a pas été
notifié (Annecy, 20 mai 1992, Gaz. Pal. 1992. 674). Mais il ne faut pas perdre de vue le fait qu'il s'agit
de notifier un acte de procédure, et non simplement de communiquer entre confrères, comme l'a
souligné un arrêt en 2004. À l'occasion d'un procès en diffamation, un avocat avait fait signifier à son
confrère des conclusions, à intervalle régulier, par l'intermédiaire du secrétariat de l'ordre des avocats,
selon un usage local. De ce fait, ni les formes de l'article 672, ni celles de l'article 673 n'ont été
respectées et la Cour de cassation a considéré que les conclusions devaient être réputées n'avoir pas été
signifiées (Civ. 2e, 29 avr. 2004, no 02-14.970 , Bull. civ. II, no 199 ; Procédures 2004, no 125, obs.
Perrot. – Adde Civ. 2e, 2 juill. 2020, nos 19-12.752 et 19-12.753, D. 2020. 1472 ; Rev. prat. rec.
2020. 12, obs. O. Cousin. – MAUGAIN, Rappel du caractère exhaustif des modes de notification des
actes entre avocats, D. actu. 28 juill. 2020). La sanction est juste, mais d'autant plus sévère dans cette
espèce que, de ce fait, le délai de prescription de trois mois de l'article 65 de la loi du 29 juillet 1881
était écoulé. Il faut donc retenir de cette décision que les conclusions notifiées directement entre
avocats doivent être datées et signées par leur destinataire, quel que soit le circuit de transmission
choisi. S'est alors posée la question de la validité de la notification par RPVA. Dans un arrêt de la
deuxième chambre civile du 16 mai 2013 (Civ. 2e, 16 mai 2013, no 12-19.086 ), la Cour de cassation
a éludé la question. Quatre mois plus tard, saisie pour avis par un conseiller de la mise en état de la cour
d'appel de Toulouse, la Cour de cassation estime que « l'adhésion d'un avocat au "réseau privé virtuel
avocat" [RPVA] emporte nécessairement consentement de sa part à recevoir la notification d'actes de
procédure par la voie électronique » (Cass., avis, 9 sept. 2013, no 13-70.005 , D. 2014. 169, obs.
Wickers ; D. 2014. 795, obs. Fricero ; Dalloz avocats 2013. 379, obs. Dargent).
301. Date de notification et accord des parties. - Cette forme de notification a l'avantage d'être simple et
peu coûteuse. Elle peut être utilisée devant les juridictions sans mise en état, jusqu'au jour de l'audience
dès lors que les contradicteurs sont d'accord. Plus délicate est son utilisation lorsque la procédure
emporte mise en état. Devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel, il est tentant d'y recourir, lorsque
les confrères sont d'accord, pour contourner les délais imposés (V. infra, nos 339 s.) et notamment les
effets d'une ordonnance de clôture en antidatant des conclusions ou un dépôt de pièces qui seraient
tardifs compte tenu de la date de l'ordonnance. Toutefois, dans ce cas, les articles 767 et 906 du code de
procédure civile imposent aux parties, respectivement devant le tribunal judiciaire et la cour d'appel, de
remettre au greffe un exemplaire des conclusions avec « justification de leur notification ». La même
obligation s'impose au demeurant lors de la constitution devant ces deux juridictions (C. pr. civ.,
art. 767 et 903 ). Faut-il alors en déduire que la remise au greffe d'un exemplaire notifié doit
obligatoirement s'effectuer avant l'ordonnance de clôture ? Les textes ne le disent pas. En outre, il a été
ainsi jugé que l'acceptation par le secrétariat-greffe du dépôt de conclusions faisait présumer qu'il n'était
intervenu que sur justification de leur notification, ce qui peut laisser penser que le greffe les aurait
refusées si elles avaient été tardives (Civ. 2e, 11 oct. 1978, Bull. civ. II, no 204 ; Gaz. Pal. 1978. 2.
Pan. 421 ; RTD civ. 1979. 191, obs. Perrot). Mais la Cour de cassation a aussi jugé que « le non-respect
de la formalité prévue à l'article 753 du code de procédure civile n'entraînait l'irrecevabilité des
conclusions que s'il était justifié d'un grief » (Com. 6 avr. 1993, no 91-11.720 , Bull. civ. IV, no 143),
ce qui laisserait penser que l'accord des parties entre elles peut couvrir l'éventualité d'un grief.
302. Textes. - Depuis le décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005, il existe un droit commun de la
notification internationale prévu aux articles 683 à 688-8 du code de procédure civile, sous réserve de
l'application des règlements européens et des traités internationaux.
Art. 1er - Droit commun des notifications internationales
303. Types de notification. - La notification internationale est la notification qui comporte un élément
d'extranéité. Dans le chapitre III sur la forme des notifications, dans le code de procédure civile, la
section V, consacrée aux règles particulières aux notifications internationales, se subdivise selon qu'il
s'agit de notification des actes à l'étranger (V. infra, nos 304 s.) ou de notification des actes en
provenance de l'étranger (V. infra, nos 312 s.).
304. Modes de notification. - Les textes issus du décret no 2017-892 du 6 mai 2017 n'exigent pas un
mode spécifique de notification. Elle peut être l'œuvre d'un huissier ou du greffier et tous deux doivent
relater dans l'acte les modalités de son expédition, de sa transmission ou de sa remise (C. pr. civ.,
art. 684-1 ). L'article 670-3 du code de procédure civile prévoit une disposition spécifique à la
notification accomplie à la diligence du greffe de la juridiction. Dans ce cas, si la traduction de l'acte, ou
de toute autre pièce, paraît nécessaire, le traducteur est requis par le directeur de greffe ou le
responsable du greffe de la juridiction. Cette traduction est rémunérée en application de l'article R. 122
du code de procédure pénale. Les frais occasionnés par cette notification à l'étranger sont taxés, avancés
et recouvrés au titre des frais prévus par l'article R. 93, 13o du même code (C. pr. civ., art. 670-3 ). Par
principe, l’acte destiné à une personne ayant sa résidence habituelle à l’étranger est remis au parquet
puis au ministre de la Justice aux fins de transmission (V. infra, nos 305 s.). Quand la notification est
destinée à un État étranger, à un agent diplomatique étranger en France ou à tout autre bénéficiaire de
l'immunité de juridiction, cette transmission se fait par voie diplomatique (V. infra, no 311).
A - Principe
305. Remise à parquet. - L'acte destiné à une personne ayant sa résidence habituelle à l'étranger est
remis au parquet, sauf si un règlement européen ou un traité international autorise l'huissier de justice
ou le greffe à transmettre directement cet acte à son destinataire ou à une autorité compétente de l'État
de destination (C. pr. civ., art. 684 , al. 1er. – V. infra, nos 316 s.). Il n'est pas possible ainsi de
procéder par voie postale (Civ. 2e, 8 juill. 2010, no 09-16.070 , Bull. civ. II, no 143 ; Procédures
2010, no 339). Cela exige une vérification du domicile du destinataire et la détermination du parquet
compétent.
306. Absence de domicile ou de résidence en France. - Pour que la notification puisse avoir lieu par
remise au parquet, il faut que l'huissier de justice ou le greffe s'assure que le destinataire n'a en France
ni domicile ni résidence connus, ni domicile élu. Lorsqu'une personne est domiciliée à l'étranger mais a
une résidence en France, la doctrine et la jurisprudence estiment qu'elle pourra toujours être assignée à
personne (CADIOU, La réglementation des actes d'huissiers de justice, Rev. huiss. 1972. 861. – Civ.
9 nov. 1903, DP 1904. 1. 237. – Com. 7 nov. 1950, Bull. civ. II, no 322). Mais faut-il alors s'assurer de
la réalité du domicile en France. Ainsi, lorsque le destinataire de l'acte est domicilié à l'étranger, mais
possède une résidence en France, l'huissier de justice ne peut se contenter d'indiquer dans l'acte de
signification, d'une part que la mairie lui avait donné confirmation de cette résidence et d'autre part
qu'il avait lui-même une connaissance certaine de celle-ci pour établir la réalité du domicile (Civ. 2e,
31 mars 2011, no 09-71.672 , Dr. et pr. 2011. 162). Les règles spéciales de notification à l'étranger
n'interdisent donc pas le recours aux autres modes de notification toutes les fois où cela sera possible,
bien au contraire. Ainsi, lorsque l'huissier est susceptible de rencontrer le destinataire en France et ce,
quel que soit le lieu, il pourra effectuer la signification en vertu de l'article 689, alinéa 2, du code de
procédure civile (Civ. 12 nov. 1901, DP 1902. 1. 460. – Paris, 9 janv. 1902, JDI 1902. 321, où
l'huissier a signifié à personne à l'occasion du passage en France du destinataire). De même, lorsqu'il
sera possible de remettre l'acte au représentant légal de la société qui a son siège social à l'étranger mais
dont le représentant est domicilié en France, l'huissier de justice pourra éviter de recourir aux
articles 684 et suivants (Civ. 2e, 12 mai 1975, préc. supra, no 223). Mais il ne s'agit pas d'une
obligation ; un acte destiné à une personne morale ayant son siège social à l'étranger peut être signifié à
parquet, alors même que cette personne morale aurait en France une domiciliation où la signification
aurait pu être effectuée (Civ. 2e, 30 mars 2000, no 98-15.286 , Bull. civ. II, no 57 ; RDI 2000. 349,
obs. P. Malinvaud ). Reste alors à l'autorité en charge de la notification de s'enquérir de l'adresse à
l'étranger du destinataire de l'acte. Pour cela, il a été jugé que les déclarations de ce dernier devaient
être prises en compte (Agen, 19 déc. 1967, D. 1969. 129, note Ghestin. – Sur pourvoi, Civ. 2e, 7 mai
1969, D. 1970. 527. – Civ. 2e, 13 mai 1966, D. 1969. 129). Mais, si les recherches effectuées n'ont pas
permis d'établir de manière certaine que le destinataire de la notification était domicilié à l'étranger, ni
même qu'il y exerçait ses activités professionnelles, les dispositions de l'article 684 ne peuvent alors être
mises en œuvre, et il faudra que soit dressé, le cas échéant, un procès-verbal de recherches
infructueuses prévu à l'article 659 du code de procédure civile.
307. Parquet compétent. - Selon l'article 684, alinéa 3, le parquet auquel la remise doit être faite est,
selon les cas, celui de la juridiction devant laquelle la demande est portée, celui de la juridiction qui a
statué ou celui du domicile du requérant. S'il n'existe pas de parquet près la juridiction, l'acte est remis
au parquet du tribunal judiciaire dans le ressort duquel cette juridiction a son siège. L'obligation de
remettre l'acte au parquet de l'une des juridictions désignées par ce texte est sanctionnée par la nullité
de l'acte (C. pr. civ., art. 693 et 694 ).
308. Modalités accomplies par l'autorité en charge de la notification. - Selon l'article 685 du code de
procédure civile, l'autorité chargée de la notification remet deux copies de l'acte au procureur de la
République qui vise l'original. La notification est réalisée par cette remise contre visa, afin que l'huissier
de justice ou le greffe ait la preuve de son dépôt entre les mains du parquet. La date de notification est,
à l'égard de celui qui y procède, celle de la réception de l'acte par le parquet compétent (C. pr. civ.,
art. 647-1 ) ; peu importe, en effet, la date à laquelle la copie sera remise au destinataire, ce qui est
protecteur des intérêts du requérant mais pas du destinataire (Civ. 2e, 9 mars 1978, Bull. civ. II, no 70.
– Civ. 1re, 15 juin 1982, Bull. civ. II, no 222. – Civ. 2e, 14 nov. 1990, no 88-14.758 , Bull. civ. II,
no 231 ; JCP 1991. IV. 12). En outre, selon l'article 686 du code de procédure civile, le jour même de la
remise ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant, l'autorité en charge de la notification doit
expédier au destinataire, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une copie certifiée
conforme de l'acte à notifier indiquant de manière très apparente qu'elle en constitue une simple copie.
309. Modalités accomplies par le procureur. - Lors de la remise des deux copies de l'acte, il vise
l'original et envoie les deux copies de l'acte, sans délai, au ministre de la Justice aux fins de transmission
(C. pr. civ., art. 685 , al. 2). Il y joint une ordonnance du juge prescrivant la transmission de l'acte
lorsque l'intervention du juge est exigée par le pays destinataire (C. pr. civ., art. 685 , al. 3). Le
procureur de la République informe l'autorité requérante des diligences faites et lui transmet, le cas
échéant, tout procès-verbal ou récépissé constatant la remise de la copie de l'acte, pour être annexé au
premier original. Si la notification a été requise par un huissier de justice, celui-ci tient ces documents à
la disposition de la juridiction.
310. Éventuelle intervention du juge. - Parce que les règles relatives à la notification internationale
n'imposent pas la rencontre avec l'huissier de justice, rien ne garantit que le destinataire de l'acte soit
informé en temps utile, s'il est informé. Dans ce cas là, le juge saisi de l'affaire ne peut statuer au fond
que si trois conditions sont réunies (C. pr. civ., art. 688 ). Tout d'abord, l'acte doit avoir été transmis
selon les prescriptions des articles 684 à 687 (V. supra, nos 304 s.). Deuxièmement, un délai d'au moins
six mois doit s'être écoulé depuis l'envoi de l'acte. Troisièmement, aucun justificatif de remise de l'acte
n'a pu être obtenu nonobstant les démarches effectuées auprès des autorités compétentes de l'État où
l'acte doit être remis (DILOY, Notifications internationales des actes introductifs d'instance :
dispositions contre le délitement des droits de l'assigné non comparant, D. 2010. Chron. 165 ). Le
juge peut aussi prescrire d'office toutes diligences complémentaires, notamment donner commission
rogatoire à toute autorité compétente aux fins de s'assurer que le destinataire a eu connaissance de l'acte
et de l'informer des conséquences d'une abstention de sa part. Toutefois, le juge peut ordonner
immédiatement les mesures provisoires ou conservatoires nécessaires à la sauvegarde des droits du
demandeur.
B - Aménagements
313. Modalités. - Selon l'article 688-2 du code de procédure civile, l'État étranger adresse au ministère
de la Justice les actes à notifier en France. Le ministère de la Justice peut alors procéder de trois
manières différentes. Il peut transmettre les actes soit au ministère public près le tribunal judiciaire
dans le ressort duquel ils doivent être notifiés, soit à la chambre des huissiers de justice, sauf dans
l'hypothèse où, en vertu d'un traité, la transmission pourrait être effectuée directement par les autorités
étrangères au ministère public ou à la Chambre nationale des huissiers de justice, et sous réserve de tout
autre mode de notification. Depuis le 18 mars 2012, date d'entrée en vigueur du décret no 2012-366 du
15 mars 2012, le ministère de la Justice peut également notifier ces actes à leur destinataire par lettre
recommandée avec demande d'accusé réception (C. pr. civ., art. 688-2 in fine). Si la transmission est
faite par les soins du ministère public, la notification a lieu par voie de simple remise et sans frais, contre
récépissé attestant de la date et des conditions de la remise (C. pr. civ., art. 688-3 ). Le terme de
« simple remise » évoque une remise en mains propres et paraît exclure un envoi postal, même
recommandé. Il semble qu'en pratique le parquet charge les commissariats de police dans les villes et les
services de gendarmerie ou les mairies dans les campagnes d'effectuer cette remise. En revanche, si elle
est faite à la chambre nationale des huissiers de justice, l'acte à notifier est adressé à un huissier de
justice territorialement compétent pour les signifier (C. pr. civ., art. 688-4 ). La partie requérante est
tenue de faire l'avance des frais de signification sous réserve des conventions internationales existantes
(C. pr. civ., art. 688-5 ). L'exécution d'une demande de notification ou de signification peut être
refusée par l'autorité française si elle est de nature à porter atteinte à la souveraineté ou à la sécurité de
l'État ou si la demande n'est pas présentée conformément aux dispositions du présent code (C. pr. civ.,
art. 688-8 ).
314. Langue. - Les actes en provenance d'un État étranger dont la notification est demandée par les
autorités de cet État sont notifiés dans la langue de l'État d'origine (C. pr. civ., art. 688-6 , al. 1er).
Toutefois le destinataire qui ne connaît pas la langue dans laquelle l'acte est établi peut en refuser la
notification et demander que celui-ci soit traduit ou accompagné d'une traduction en langue française, à
la diligence et aux frais de la partie requérante (C. pr. civ., art. 688-6 , al. 2). Enfin, depuis le
1er septembre 2017, l'autorité en charge de la remise ou de la signification informe le destinataire de
l'acte de cette possibilité, et mentionne cette information dans l'acte constatant la remise ou la
signification (C. pr. civ., art. 688-6 , al. 3, créé par Décr. no 2017-892 du 6 mai 2017).
315. Compte rendu. - Une fois la notification réalisée par l'autorité compétente, les pièces constatant
l'exécution ou le défaut d'exécution de la demande de notification sont transmises en retour par le
ministère de la Justice, sauf dans le cas où la demande a été adressée directement soit au parquet, soit à
la Chambre nationale des huissiers (C. pr. civ., art. 688-7 ).
Art. 2 - Dérogations par un règlement européen ou un traité international
316. Texte. - L'article 684 du code de procédure civile énonce que « l'acte destiné à être notifié à une
personne ayant sa résidence habituelle à l'étranger est remis au parquet, sauf dans les cas où un
règlement européen ou un traité international autorise l'huissier de justice ou le greffe à transmettre
directement cet acte à son destinataire ou à une autorité compétente de l'État de destination ». Une
distinction peut alors être opérée entre les notifications prévues dans les conventions internationales
(V. infra, nos 317 s.) et celles prévues dans le cadre de l’Union européenne (V. infra, nos 319 s.).
317. Convention de La Haye. - Sans qu'il soit possible de viser tous les accords, il convient de relever
l'existence de conventions cadre et d'accords bilatéraux ou multilatéraux spécifiques. La France est
notamment partie à la Convention de La Haye du 1er mars 1954 remplacée par celle du 15 novembre
1965, dans les rapports entre les États qui les ont toutes signées. Les dispositions de droit conventionnel
sont, en principe, plus protectrices des intérêts du destinataire des actes. La Convention du
15 novembre 1965 offre par exemple un choix entre plusieurs systèmes de transmission. Elle prévoit
une voie de transmission principale et plusieurs voies de transmission alternatives. Concernant la
première, l'autorité ou l'officier ministériel compétent selon la loi de l'État requérant transmet l'acte à
notifier à l'Autorité centrale de l'État requis. L'Autorité centrale de l'État requis exécute la demande de
notification ou la fait exécuter soit par la simple remise de l'acte au destinataire qui l'accepte
volontairement, soit selon les formes prescrites par la législation de l'État requis, soit selon une forme
particulière demandée par le requérant, pourvu que celle-ci ne soit pas incompatible avec la loi de l'État
requis. Les voies de transmission alternatives sont : les voies consulaires ou diplomatiques (directes et
indirectes) (art. 8, al. 1er et 9), la voie postale (art. 10, a) ; la communication directe entre officiers
ministériels, fonctionnaires ou autres personnes compétents de l'État d'origine et de l'État de destination
(art. 10, b) et la communication directe entre une personne intéressée et des officiers ministériels,
fonctionnaires ou autres personnes compétents de l'État de destination (art. 10, c). La Convention
permet à un État de s'opposer à l'utilisation de certaines de ces voies de transmission alternatives. Il
n'existe pas de hiérarchie ou d'ordre d'importance entre les voies de transmission et l'utilisation d'une
des voies alternatives pour la transmission d'un acte ne conduit pas à une signification ou notification de
moindre qualité. En outre, quel que soit le procédé adopté, le juge saisi est tenu de surseoir à statuer
tant qu'il n'est pas établi que l'acte introductif d'instance a été notifié au défendeur, régulièrement et en
temps utile (Paris, 29 oct. 2008, D. 2009. 212, note Douchy-Oudot , sans quoi, il y a violation du
contradictoire) ou qu'un délai de six mois au moins s'est écoulé depuis la date de l'envoi de l'acte.
318. Conventions d'entraide et accords bilatéraux. - En outre, la France a signé plusieurs dizaines de
conventions d'entraide et d'accords bilatéraux, dont l'objet a trait à la signification entre les pays. C'est
le cas de la Convention franco-monégasque du 21 septembre 1949 qui prévoyait une signification
directe par huissier de justice (Civ. 2e, 2 févr. 1983, Gaz. Pal. 1983. 1. Pan. 174, obs. Guinchard). Mais
les dispositions de cette convention ont été remplacées par la Convention d'entraide judiciaire en
matière pénale du 8 novembre 2005. L'article 9, 1, de cette dernière pose le principe selon lequel
« chaque Partie envoie directement par la voie postale aux personnes qui se trouvent sur le territoire de
l'autre Partie, les pièces de procédure qui leur sont destinées ». Compte tenu du domaine d'application
de cette nouvelle convention, on peut se demander quel est son impact en matière civile et
commerciale.
319. Texte. - Le règlement (CE) no 1348/2000 du Conseil de 29 mai 2000 a été le premier à traiter de
la signification et de la notification dans les États membres des actes judiciaires et extrajudiciaires en
matière civile et commerciale. Les objectifs poursuivis par ce texte étaient alors l'amélioration et
l'accélération de la notification des actes au sein de l'Union européenne. Puis, en raison de certaines
insuffisances, ce texte a été remplacé, entre les États membres, par le règlement (CE) no 1393/2007 du
13 novembre 2007, entré en application le 13 novembre 2008 (SAMPIERI-MARCEAU, Les
significations d'actes judiciaires et extrajudiciaires dans l'Union européenne, D. 2009. Chron. 1434
. – MECARELLI, La signification et la notification transfrontalières des actes judiciaires et
extrajudiciaires en Europe, dix ans après, in DOUCHY et GUINCHARD [dir.], La justice civile
européenne en marche, 2012, Dalloz, p. 95 s.). Comme celui de 2000, le règlement de 2007 a vocation
à s'appliquer en matières civile ou commerciale, lorsqu'un acte judiciaire doit être transmis d'un État
membre à un autre pour y être signifié ou notifié (Règl. 13 nov. 2007, art. 1er). Il a vocation à
s'appliquer à l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Toutefois, il faut rappeler que le
droit de l'Union européenne ne s'applique pas à l'intégralité des territoires de certains États. Ainsi, ce
règlement européen ne s'applique pas pour la France à Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie
française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna (Circ. de la DACS 11-08 D3 du 10 novembre
2008 relative aux notifications internationales des actes judiciaires et extrajudiciaires en matières civile
et commerciale). En outre, le règlement (CE) no 1393/2007 ne trouve pas à s'appliquer lorsque
l'adresse du destinataire de l'acte est inconnue (Règl. 13 nov. 2007, art. 1er, 2.). Dans ce cas, l'huissier de
justice devra procéder à une signification de droit commun suivant les règles du code de procédure
civile. Enfin, le règlement (CE) no 1393/2007 n'a pas à s'appliquer lorsqu'une assignation française doit
être transmise à une société qui a son siège social à Londres, mais elle peut être régulièrement délivrée à
la personne de son représentant légal qui est domicilié en France en application de l'article 690, alinéa
2, du code de procédure civile (Com. 20 nov. 2012, no 11-17.653 , Bull. civ. IV, no 207 ; D. 2012.
Actu. 2811, note Avena-Robardet ; Rev. sociétés 2013. 154, obs. Barbièri ).
320. Institution d'entités de transmission. - Afin de garantir l'efficacité et la rapidité des procédures, la
transmission des actes judiciaires et extrajudiciaires est effectuée directement et par des moyens rapides
entre des entités locales désignées par les États membres. En effet, chaque État membre a désigné des
entités d'origine et des entités requises, chargées respectivement de transmettre et de recevoir les actes à
notifier (Règl. 13 nov. 2007, art. 2). En France, les entités d'origine sont les huissiers de justice et les
greffes. Les entités requises sont uniquement les huissiers de justice (Circ. de la DACS 11-08 D3 du
10 nov. 2008, préc., art. 5.4.2). La liste, mise à jour, de ces entités ainsi que le répertoire des actes
susceptibles d'être signifiés en application du règlement sont consultables via l'Atlas judiciaire
européen en matière civile (https://e-
justice.europa.eu/373/FR/serving_documents ?FRANCE&member=1).
321. Modalités. - L'article 4 du règlement (CE) no 1393/2007 du 13 novembre 2007 prescrit une
transmission des actes directe et dans les meilleurs délais, entre l'entité d'origine et l'entité requise. Tout
moyen de transmission est admis sous condition que le contenu soit fidèle et lisible. L'acte à transmettre
est obligatoirement accompagné d'une demande établie au moyen du formulaire type figurant en
annexe I du règlement. Ce document est renseigné et complété dans la langue officielle de l'État
membre requis ou, s'il existe plusieurs langues officielles dans cet État membre, dans la langue officielle
ou l'une des langues officielles du lieu où il doit être procédé à la signification ou à la notification, ou
dans toute autre langue que l'État membre requis aura indiqué accepter. La France a accepté que le
formulaire de demande (formulaire type) puisse être renseigné en anglais, allemand, italien ou espagnol,
en plus du français.
322. Traduction et refus de l'acte. - L'entité d'origine est tenue d'aviser le requérant que le destinataire
peut refuser d'accepter l'acte s'il n'a pas été traduit dans une langue comprise du destinataire ou dans la
langue officielle de l'État membre requis (ou l'une des langues officielles du lieu où il doit être procédé à
la signification ou à la notification) (Règl. du 13 nov. 2007, art. 5). Parallèlement, elle informe le
destinataire, au moyen du formulaire type figurant en annexe du règlement, qu'il peut refuser de
recevoir l'acte à signifier ou à notifier pour ces raisons, en le retournant à l'entité requise. Le requérant
peut alors décider de procéder à une traduction préalable de l'acte, dont il prend en charge les frais dans
un premier temps. S'il ne prend pas cette précaution, le destinataire de l'acte peut le refuser soit
immédiatement lorsque l'acte lui est présenté, soit dans un délai d'une semaine (Règl. du 13 nov. 2007,
art. 8). Il ne saurait alors lui être reproché son inertie si le formulaire destiné à l'informer de la possibilité
de refuser l'acte en le retournant à l'entité requise n'avait pas été rempli et ne comportait pas l'indication
de l'adresse à laquelle l'acte devait être renvoyé (Civ. 2e, 18 oct. 2012, no 11-22.673 , Bull. civ. II,
no 179 ; D. 2013. 1503, obs. Jault-Seseke ). Si le destinataire refuse de recevoir l'acte, il est possible de
remédier à la situation qui en résulte en signifiant ou en notifiant au destinataire, conformément aux
dispositions du présent règlement, l'acte accompagné d'une traduction dans l'une des langues autorisées
(Règl. du 13 nov. 2007, art. 8, 3.). Dans ce cas, la date de signification ou de notification de l'acte n'est
pas forcément la même pour le destinataire et pour le requérant (V. infra, no 324). Dans un arrêt du
8 mai 2008, affaire Weiss und Partner, la Cour de justice des Communautés européennes telle qu'elle
était dénommée à l'époque s'est prononcée sur la question de savoir quels documents requéraient une
traduction (CJCE 8 mai 2008, Weiss und Partner, aff. C-14/07 , D. 2008. 1560 ; Rev. crit. DIP
2008. 665, note Cornette ). Elle a jugé que le destinataire d'un acte introductif d'instance n'a pas le
droit de refuser la réception de cet acte, dès lors que celui-ci met le destinataire en mesure de faire valoir
ses droits dans le cadre d'une procédure judiciaire dans l'État membre d'origine bien que l'acte soit
accompagné d'annexes constituées de pièces qui ne sont pas rédigées dans la langue de l'État membre
requis ou dans une langue de l'État membre requis comprise par le destinataire. Les annexes ont en
l'espèce été considérées comme ayant uniquement une fonction de preuve, ne présentant pas un
caractère indispensable pour comprendre l'objet et la cause de la demande en justice. La Cour ajoute
qu'il appartient au juge national de vérifier si le contenu de l'acte introductif d'instance est suffisant
pour permettre au défendeur de faire valoir ses droits ou s'il incombe au demandeur de remédier à
l'absence de traduction d'une annexe indispensable. Le fait que le contrat entre le défendeur et le
requérant ait prévu comme langue de correspondance celle de l'État membre d'origine ne peut
constituer une présomption de connaissance de cette langue, mais un simple indice que le juge peut
prendre en considération au moment où il vérifie si le destinataire de l'acte comprend la langue de l'État
membre d'origine. Enfin, la Cour de justice des Communautés européennes termine en précisant que
le destinataire d'un acte introductif d'instance signifié ou notifié ne peut, en tout cas, se prévaloir de
cette disposition pour refuser la réception d'annexes à un acte qui ne sont pas rédigées dans la langue de
l'État membre requis ou dans une langue de l'État membre d'origine que le destinataire comprend
lorsque, dans le cadre de son activité professionnelle, il a conclu un contrat dans lequel il a convenu que
la langue de correspondance est celle de l'État membre d'origine, et que les annexes, d'une part,
concernent ladite correspondance et, d'autre part, sont rédigées dans la langue convenue.
ACTUALISATION
322. Notion de requérant précisée pour les significations dans l'Union européenne. - L'article 5
du règlement (CE) no 1393/2007 du 13 novembre 2007, relatif à la signification et à la
notification dans les États membres des actes judiciaires et extrajudiciaires en matière civile ou
commerciale doit être interprété en ce sens que, lorsqu'une juridiction ordonne la transmission
d'actes judiciaires à des tiers qui demandent à intervenir à la procédure, cette juridiction ne
saurait être considérée comme étant le « requérant », au sens de cette disposition (CJUE 2 juin
2022, aff. C-196/21, D. actu. 8 juin 2022, obs. F. Mélin).
323. Traitement par l'entité requise. - À la réception de l'acte et au plus tard dans les sept jours qui
suivent cette réception, l'entité requise a l'obligation d'adresser un accusé de réception à l'entité
d'origine, en utilisant un formulaire type figurant en annexe du règlement (Règl. du 13 nov. 2007,
art. 6, 1.). Si des renseignements ou des pièces font défaut, l'entité requise doit tenter de les obtenir en
contactant, par les moyens les plus rapides, l'entité d'origine. En outre, l'entité requise non
territorialement compétente doit, au sein d'un même État membre, retransmettre la demande régulière
en la forme, dont elle a été indûment saisie, à l'entité territorialement compétente. Si la demande est
recevable, l'entité requise procède ou fait procéder à la signification ou à la notification de l'acte soit
conformément à la législation de l'État membre requis, soit selon la forme particulière demandée par
l'entité d'origine, sauf si cette méthode est incompatible avec la législation de cet État membre (Règl. du
13 nov. 2007, art. 7, 1.). La signification ou la notification de l'acte doivent être réalisées dans les
meilleurs délais et, en tout état de cause, dans un délai d'un mois à compter de la réception (Règl. du
13 nov. 2007, art. 7, 2.). Toutefois, aucune sanction n'est prévue en cas de violation de ce délai.
325. Protection du défendeur non comparant. - Lorsque le défendeur ne comparaît pas, le juge doit
surseoir à statuer tant qu'il n'est pas démontré que l'acte introductif d'instance (ou un acte équivalent) a
bien été signifié ou notifié selon les formes prescrites par la législation de l'État membre requis ou qu'il a
été effectivement remis au défendeur ou à sa résidence selon un autre mode prévu par le règlement
(Règl. du 13 nov. 2007, art. 19). En France, lorsqu'un délai d'au moins six mois s'est écoulé depuis la
date d'envoi de l'acte, le juge a la faculté de statuer si l'acte a été transmis selon les procédures fixées par
le règlement, et si aucune attestation n'a pu être obtenue malgré les démarches. Toutefois, en cas
d'urgence, le juge peut toujours ordonner une mesure provisoire ou conservatoire. Enfin, sauf en
matière d'état ou de capacité des personnes, le défendeur a toujours la possibilité de présenter, dans un
délai raisonnable (en France, dans un délai d'un an à compter du prononcé de la décision), une
demande tendant au relevé de la forclusion lorsqu'il n'a pas comparu, qu'une décision a été rendue
contre lui et que les délais de recours sont épuisés. Pour cela, il faut que le défendeur n'ait pas eu
connaissance de l'acte ou de la décision en temps utile sans faute de sa part et que ses moyens
n'apparaissent pas dénués de tout fondement (Règl. du 13 nov. 2007, art. 19, 4.).
326. Institutions d'entités centrales. - Enfin, chaque État membre doit désigner au moins une entité
centrale dont la mission consiste à fournir des informations aux entités d'origine, à rechercher des
solutions aux difficultés qui peuvent se présenter à l'occasion de la transmission des actes aux fins de
signification ou de notification et à faire parvenir, dans des cas exceptionnels, à la requête de l'entité
d'origine, une demande de signification ou de notification à l'entité requise compétente. En France,
cette fonction est assurée par le bureau de l'entraide civile et commerciale internationale du ministère
de la Justice.
327. Notion. - Selon l'article 2 du code de procédure civile, il appartient aux parties d'accomplir les
actes de procédure dans les délais requis. Ceux-ci sont tantôt des délais d'action, tantôt des délais
d'attente. Les premiers sont des temps accordés à l'un ou l'autre des protagonistes d'une procédure pour
réaliser une formalité précise telle que la mise au rôle (V. Assignation [Pr. civ.]) ou l'exercice d'une voie
de recours. Ils visent à assurer un déroulement suffisamment rapide de l'instance. Les seconds obligent
à patienter pendant un certain temps et tendent ainsi à garantir le respect des droits de la défense. C'est
le cas du délai de comparution laissé au défendeur pour organiser sa défense. Ces délais peuvent être
requis par la loi (V. infra, nos 328 s.) ou par le juge (V. infra, nos 339 s.).
328. Régime. - Si l'on excepte les délais concernant l'instruction de l'affaire (V. infra, nos 339 s.), les
autres délais sont légaux. Le code de procédure civile prévoit alors une méthode de computation des
délais (V. infra, nos 329 s.), leur éventuelle prorogation (V. infra, nos 333 s.) et leur sanction en cas de
non-respect (V. infra, nos 335 s.).
329. Domaine d'application. - La computation est organisée par les articles 640 à 642-1 du code de
procédure civile qui ne s'appliquent qu'aux délais des actes de procédure (ce qui n'est pas le cas du délai
fixé par un organisme de sécurité sociale, Civ. 2e, 13 nov. 2008, no 07-18.731 , Bull. civ. II, no 236 ;
Procédures 2009, no 2, obs. Perrot) et qui plus est, aux délais des actes de procédure devant être
accomplis avant l'expiration d'un délai de procédure. Ainsi, l'article 642 n'est pas applicable aux délais
minima, imposés pour l'accomplissement d'un acte de procédure avant la survenance d'un événement,
qui se calculent à rebours, à partir d'un événement futur (Civ. 2e, 20 oct. 2005, no 04-10.138 , Bull.
civ. II, no 259 ; JCP 2006. II. 10005, note Leborgne ; Procédures 2005, no 15, obs. Junillon). Ces règles
ne sont pas non plus applicables aux délais de prescription (Com. 10 janv. 2006, no 04-10.482 , Bull.
civ. IV, no 5 ; D. 2006. 301, obs. Lienhard ; D. 2006. 2250, obs. Lucas ; JCP 2006. I. 139 no 15,
obs. Pétel), lesquels ne sont régis que par les articles 2260 et suivants du code civil.
330. Dies a quo. - Le jour à partir duquel commence à courir le délai dans lequel doit être accompli un
acte de procédure (dies a quo) est, selon les cas, la date de l'événement, de la décision ou de la
notification qui le fait courir (C. pr. civ., art. 640 ). Ce premier jour n'est pas écarté, comme c'était le
cas avant les décrets du 26 novembre 1965 et du 28 août 1972 qui ont mis fin aux délais francs.
L'article 664-1 du code de procédure civile reprend cette idée : « la date de la signification d'un acte
d'huissier de justice […] est celle du jour où elle est faite à personne, à domicile, à résidence ou, […] celle
de l'établissement du procès-verbal ». En cas de notification par voie postale, la date à prendre en
compte, à l'égard de celui qui y procède, est celle de l'expédition, et à l'égard de celui à qui elle est faite,
la date de la réception de la lettre (C. pr. civ., art. 668 et 669 ). Il existe toutefois une exception au
principe selon lequel le dies a quo est compris dans le délai : lorsque le délai est exprimé en jours. Dans
cette situation, le jour de l'acte, de l'événement, de la décision ou de la notification ne compte pas (C. pr.
civ., art. 641 , al. 1er). Le délai commence à courir seulement à la fin de ce jour à 0 heure (Civ. 2e,
23 janv. 1985, Gaz. Pal. 1985. Pan. 120, obs. Guinchard).
331. Décompte. - Dans le cas des délais exprimés en jour, « celui de l'acte, de l'événement, de la
décision ou de la notification qui le fait courir ne compte pas » (C. pr. civ., art. 641 , al. 1er). Il n'est
pas tenu compte des heures, tout délai expirant le dernier jour à vingt-quatre heures (C. pr. civ.,
art. 642 ). Les délais exprimés en mois expirent le jour du dernier mois dont le quantième est
identique à celui du dies a quo (C. pr. civ., art. 641 , al. 2). Les délais exprimés en années expirent le
jour de la dernière année dont le quantième et mois sont identiques à ceux du dies a quo. À défaut d'un
quantième identique, le délai expire le dernier jour du mois (C. pr. civ., art. 641 , al. 2). Enfin, si le
délai est exprimé en mois et en jours, on décompte d'abord les mois puis les jours (C. pr. civ., art. 641 ,
al. 3). Lorsque l'un des jours du délai est férié, il est compté comme un jour ordinaire. Il en va
autrement lorsque c'est le dernier jour du délai qui est férié, dans ce cas, le délai est prorogé jusqu'au
premier jour ouvrable suivant (C. pr. civ., art. 642 , al. 2). Pour les délais qui se décomptent « à
l'envers », c'est-à-dire en remontant dans le temps à partir d'un événement futur, il faut adapter les
règles de computation. Ainsi, devant le tribunal de commerce : « L'assignation doit être délivrée quinze
jours au moins avant la date de l'audience » (C. pr. civ., art. 856 ). Devant le tribunal judiciaire, cela
peut se déduire de l'article 754 du code de procédure civile qui exige que la remise de la copie de
l'assignation au greffe intervienne au moins quinze jours avant la date d'audience. Or, sans délivrance
au défendeur, il n'y a pas de copie à remettre. Pour procéder à la computation, il convient donc de
remonter dans le temps à compter du jour de l'audience. Si le jour auquel expire le délai est un
dimanche, il ne faut pas alors proroger le délai jusqu'au lundi, car cela conduirait à réduire ce délai au
détriment des droits de la défense. Il faut continuer à remonter le temps (Civ. 2e, 14 févr. 1990 [trois
arrêts], no 88-18.471 , Bull. civ. II, no 32. – Civ. 2e, 14 févr. 1990, no 88-19.900 , Bull. civ. II,
no 33. – Civ. 2e, 14 févr. 1990, no 88-19.166 , Bull. civ. II, no 28 ; D. 1990. Somm. 350, obs. Julien
; RTD civ. 1990. 557, obs. Perrot ; RDI 1990. 401, obs. Delebecque ; Gaz. Pal. 1990. 2.
Somm. 492, obs. Véron. – Civ. 2e, 4 févr. 1998, no 96-13.391 , Bull. civ. II, no 41 ; D. 1998. IR 69
; Procédures 1998, no 80, obs. Perrot ; JCP 1998. IV. 1689 ; RTD civ. 1998. 470, obs. Perrot .–
Contra : Civ. 2e, 20 juin 1985, Bull. civ. II, no 126 ; RTD civ. 1986. 179, obs. Perrot), et proroger, dans
l'exemple précédent, le délai jusqu'au vendredi.
332. Dies ad quem. - Tout délai expire le dernier jour à vingt-quatre heures (dies ad quem ; C. pr. civ.,
art. 642 ). Mais s'il s'agit d'un samedi, d'un dimanche ou d'un jour férié, il est prorogé jusqu'au premier
jour ouvrable suivant (C. pr. civ., art. 642 , al. 2). En ce qui concerne le lundi de Pentecôte, en
principe, il ne figure plus au rang des jours fériés depuis la loi du 30 juin 2004 qui en a fait une journée
de solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées. Mais ladite loi n'ayant
pas modifié le code du travail aux termes duquel le lundi de la Pentecôte est un jour férié (à l'époque de
l'arrêt, C. trav., art. L. 222-1 et aujourd'hui, art. L. 3133-1 ), la Cour de cassation estime qu'il doit
encore être regardé comme un jour férié pour la computation des délais (Crim. 10 mai 2006, no 05-
86.744 , Bull. crim. no 124). La même prorogation est prévue en cas de jour chômé considéré comme
tel par une loi ou un règlement (ce qui n'est pas le cas du vendredi saint déclaré chômé par le conseil de
l'ordre des avocats, Civ. 2e, 16 juill. 1976, D. 1976. IR 281. – Civ. 3e, 13 juin 1984, Gaz. Pal. 1984.
Pan. 290, obs. Guinchard). Concrètement cela vise surtout le 1er mai, qui est aussi un jour férié.
ACTUALISATION
332. Règlement Signification : décompte des délais de recours. - L'article 8, paragraphe 1, du
règlement no 1393/2007 du 13 novembre 2007 (Signification), lu en combinaison avec l'article
47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être interprété en ce sens
qu'il s'oppose à une réglementation de l'État membre dont relève l'autorité ayant émis un acte à
signifier ou à notifier, en vertu de laquelle le point de départ du délai d'une semaine, visé à cet
article 8, paragraphe 1, dans lequel le destinataire d'un tel acte peut refuser de le recevoir pour
l'un des motifs prévus à cette disposition, coïncide avec le point de départ du délai pour exercer
un recours contre cet acte dans cet État membre (CJUE 7 juill. 2022, aff. C-7/21, D. actu. 8 sept.
2022, obs. F. Mélin).
Section 2 - Modification des délais
333. Intangibilité. - À la différence des délais de prescription, mais comme les délais préfix, les délais de
procédure sont intangibles sauf si la loi en dispose autrement. Ainsi, lorsqu'une action en justice doit
être intentée avant l'expiration d'un délai, l'action est réputée avoir été intentée dans le délai si la
demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant
l'expiration dudit délai et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée,
mais selon un nouveau point de départ prévu à l'article 43 du décret no 2020-1717 du 28 décembre
2020 portant application de la loi no 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à
l'aide juridictionnelle. Il peut s'agir de la notification de la décision d'admission provisoire, de la
notification de la décision constatant la caducité de la demande, la date à laquelle le demandeur de
l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande ou, en
cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. La
Cour de cassation a précisé que lorsque plusieurs avocats sont désignés successivement pour prêter leur
concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, c'est la notification de la désignation initiale qui sert
de point de départ au nouveau délai (Civ. 2e, 27 févr. 2020, no 18-26.239, D. 2020. 492 ; D. avocats
2020. 138 et les obs. ; RTD civ. 2020. 455, obs. N. Cayrol . – MAUGAIN, Aide juridictionnelle,
avocats désignés successivement et point de départ du délai d'appel, D. actu. 19 mars 2020).
334. Prorogation en raison de la distance. - Le code de procédure civile augmente systématiquement les
délais de comparution, d'appel, d'opposition, de recours en révision et de pourvoi en cassation en raison
de la distance qui sépare les plaideurs de la juridiction (C. pr. civ., art. 643 , 644 et 647 ). Ces
délais sont allongés de deux mois en faveur des personnes qui demeurent à l'étranger et d'un mois au
profit des personnes qui demeurent dans un département ou un territoire d'outre-mer (C. pr. civ.,
art. 643 ). Parallèlement, lorsque la demande est devant une juridiction qui siège dans un
département d'outre-mer, les délais sont augmentés d'un mois pour les personnes qui ne demeurent pas
dans la collectivité territoriale dans le ressort de laquelle la juridiction a son siège et de deux mois pour
les personnes qui demeurent à l'étranger (C. pr. civ., art. 644 ). Toutefois, si une personne est
domiciliée dans un lieu où elle bénéficie d'un délai de prorogation mais reçoit un acte dans un lieu où
ceux qui y demeurent n'en bénéficient pas, la prorogation ne s'applique pas (C. pr. civ., art. 647 ).
Ainsi, si une personne est domiciliée à l'étranger mais se voit signifier à sa personne en France un
jugement susceptible d'appel, la prorogation de deux mois pour interjeter appel ne s'applique pas. En
revanche, la notification à un domicile élu en France métropolitaine d'un acte destiné à une personne
demeurant à l'étranger ne fait pas obstacle à l'augmentation du délai (Civ. 2e, 9 sept. 2010, no 09-
70.087 , Bull. civ. II, no 146 ; D. 2010. 2072 ; Procédures 2010, no 367, obs. Perrot). Cette
prorogation des délais en raison de la distance ne s'applique pas au délai de saisine de la cour de renvoi
après cassation (Soc. 4 mars 1999, no 97-14.363 , Bull. civ. V, no 95 ; D. 1999. Somm. 213, obs.
Julien ; Procédures 1999, no 89, obs. Perrot. – Civ. 2e, 27 mai 2004, no 02-17.897 , Bull. civ. II,
no 242 ; Procédures 2004, no 176, obs. Perrot ; JCP 2004. IV. 2470 ; Dr. et patr. 10/2004. 123, obs.
Lissarague).
335. Déchéance. - Les délais dits d'attente, par hypothèse, ne sont pas sanctionnés. Leur effet est
simplement d'interdire au demandeur de poursuivre la procédure avant l'expiration du délai. Le
défendeur ne perd pas la possibilité de comparaître après son expiration. Il s'expose seulement à ce que
le demandeur poursuive la procédure en son absence. Seuls les délais d'action sont donc sanctionnés
par une déchéance ou une forclusion. L'écoulement du temps fait perdre le droit d'agir et constitue une
cause d'irrecevabilité que sanctionne une fin de non-recevoir. L'article 125 du code de procédure civile
enjoint le juge de relever d'office les fins de non-recevoir qui ont un caractère d'ordre public,
notamment celles résultant de l'inobservation des délais dans lesquels doivent être exercées les voies de
recours. Traditionnellement, la Cour de cassation considérait que la règle « pas de nullité sans grief »
était inapplicable à la sanction des délais de procédure, car il ne s'agissait pas d'un vice de forme ; mais
un arrêt est revenu sur cette position, estimant que la violation d'un délai de comparution, du fait qu'elle
ne figure pas dans la liste des vices de fond de l'article 117 du code de procédure civile, est un vice de
forme qui suppose, pour obtenir l'annulation, de prouver l'existence d'un grief (Civ. 2e, 19 nov. 2009,
no 06-20.476 , RTD civ. 2010. 152, obs. Perrot ).
336. Relevé de forclusion. - En cas d'expiration du délai d'une voie de recours ordinaire, si le jugement a
été rendu par défaut ou s'il est réputé contradictoire, c'est-à-dire que l'une des parties n'a pas comparu, le
défaillant forclos peut être relevé de forclusion (C. pr. civ., art. 540 ). La demande de relevé de
forclusion doit être formée dans « un délai de deux mois suivant le premier acte signifié à personne ou, à
défaut, suivant la première mesure d'exécution ayant pour effet de rendre indisponibles en tout ou
partie les biens du débiteur ». Elle est adressée au président de la juridiction compétente pour connaître
de l'opposition ou de l'appel qui est saisi par voie d'assignation. Le défaillant doit justifier soit qu'il n'a
pas eu connaissance de la décision en temps utile pour exercer son recours, soit que bien qu'en ayant eu
connaissance, il a été dans l'impossibilité d'agir, le tout sans faute de sa part.
337. Caducité. - Quand l'assignation n'est pas enrôlée dans les délais imposés pour cette formalité, elle
est sanctionnée de caducité. Issue du verbe latin cadere qui signifie « tomber », « la caducité est un
mécanisme qui fait disparaître pour l'avenir un acte valable, en raison de la défaillance d'une condition
nécessaire à sa survie » (PÉTEL-TYSSIÉ, Incidents relatifs au cours de l'instance, in Droit et pratique
de la procédure civile. Droit interne et européen 2021/2022, 10e éd., 2020, Dalloz Action, spéc.
no 462.521, p. 11595). L'article 406 du code de procédure civile énonce que « la citation est caduque
dans les cas et conditions déterminés par la loi ». Aujourd'hui, cette caducité est prévue devant le
tribunal judiciaire (C. pr. civ., art. 754 , al. 4), devant le tribunal de commerce (C. pr. civ., art. 857 ,
al. 2), dans le cadre de la procédure accélérée au fond (C. pr. civ., art. 481-1 ) ou encore dans le cadre
d'une procédure de divorce judiciaire (C. pr. civ., art. 1108 ). En outre, dans un arrêt relatif à une
saisie-contrefaçon, la Cour de cassation a qualifié de « caduque » une assignation qui n'avait pas été
enrôlée alors même que les textes applicables en l'espèce ne prévoyaient pas une telle sanction
(Civ. 1re, 26 mai 2011, no 10-14.495 , RTD civ. 2011. 589, obs. Perrot ; RTD com. 2011. 755,
obs. Pollaud-Dulian . – CROZE et FRADIN, Effets d'une seconde assignation « aux fins et sur les
suites » de la première, JCP 2011. Actu. 748). La caducité prive d'effets l'acte qui s'en trouve entaché.
Elle entraîne l'extinction de l'instance et peut être invoquée même devant la cour d'appel (Civ. 1re,
10 oct. 1995, no 93-20.701 , Bull. civ. I, no 335 ; D. 1996. 534, note Bottiau ; Gaz. Pal. 1996. 2.
Somm. 473, note Croze et Morel). En outre, l'assemblée plénière décide « qu'une assignation dont la
caducité a été constatée n'a pas pu interrompre le cours de la prescription » (Cass., ass. plén., 3 avr.
1987, no 86-11.536 , Bull. civ. ass. plén. no 2 ; D. 1988. Somm. 122, obs. Julien ; JCP 1987.
II. 20792, concl. Cabannes ; Gaz. Pal. 1987. 2. Somm. 486, note Croze et Morel ; RTD civ. 1987. 401,
obs. Perrot ; V. Assignation [Pr. civ.]).
339. Mesures de mise en état. - Au cours de l'instruction du procès civil, le magistrat en charge de la
mise en état a de larges pouvoirs pour adapter à chaque litige les délais impartis aux plaideurs pour
conclure et communiquer les pièces (C. pr. civ., art. 764 ). Les textes offrent à ce dernier deux modes
de fixation des délais de la procédure. Le premier, traditionnel, consiste en une fixation des délais au fur
et à mesure (V. infra, nos 340 s.). Le second, plus récent, résulte de la mise en place d'un calendrier de
procédure (V. infra, nos 345 s.).
340. Fixation contraignante. - La fixation des délais de la mise en état au fur et à mesure est le mode de
gestion traditionnel du temps procédural (V. infra, no 341) dont l'irrespect peut aboutir à différentes
sanctions (V. infra, nos 342 s.).
341. Fixation des délais. - Originellement, les juges « chargés de suivre la procédure » par le décret-loi
du 30 octobre 1935, comme leur nom l'indiquait, eurent pour fonction première de contrôler l'échange
des conclusions et la communication des pièces. Puis, lorsque le décret du 13 octobre 1965 a instauré, à
titre expérimental, devant quelques tribunaux de grande instance, un juge « des mises en état »
(MOTULSKY, La réforme du code de procédure civile par le décret du 13 octobre 1965 et les
principes directeurs du procès, JCP 1966. I. 1996, spéc. nos 11 s.), il en a fait également un instrument
de célérité du procès et l'a doté d'importants pouvoirs en ce sens. Aujourd'hui, le juge de la mise en état
devant le tribunal judiciaire – et le conseiller de la mise en état devant la cour d'appel (C. pr. civ.,
art. 907 et 940 ) – a toujours pour mission de « veiller […] à la ponctualité de l'échange des
conclusions et de la communication des pièces » (C. pr. civ., art. 780 ). Pour cela, il peut fixer, « au
fur et à mesure, les délais nécessaires à l'instruction de l'affaire, eu égard à la nature, à l'urgence et à la
complexité de celle-ci, et après avoir provoqué l'avis des avocats ». Les délais étant judiciaires, il peut les
proroger, si nécessaire (C. pr. civ., art. 781 , al. 2). Il peut également adresser des injonctions aux
avocats (C. pr. civ., art. 780 , al. 3) qu'il peut, au besoin, assortir d'une astreinte (C. pr. civ., art. 134
et 136 ).
Art. 2 - Sanctions du non-respect des délais par les parties
342. Clôture partielle de la mise en état. - La sanction du non-respect par une seule partie des délais
impartis a évolué. Avant le décret du 28 décembre 2005, le juge pouvait prononcer la clôture de la mise
en état à l'égard de l'ensemble des parties et le renvoi devant le tribunal (C. pr. civ., anc. art. 780 ).
Depuis le 1er mars 2006, il peut ordonner la clôture de la mise en état seulement à l'encontre de la
partie défaillante (C. pr. civ., art. 800 ). Si la finalité de cette mesure est louable – sanctionner la
partie défaillante – son intérêt est douteux et ce, en raison de la très forte probabilité que la clôture soit
rétractée. En effet, le juge doit la rétracter, d'office ou à la demande d'une partie diligente, si cette
dernière présente de nouvelles demandes ou de nouveaux moyens, comme elle est autorisée à le faire
(C. pr. civ., art. 800 , al. 2). Seule cette rétractation permettrait à la partie sanctionnée de répliquer et
au contradictoire, d'être respecté (PERROT, Décret no 2005-1678 du 28 décembre 2005, Procédures
févr. 2006. Étude 4, spéc. no 15, p. 7 : « il est permis de se demander si l'on n'a pas été un peu loin et si,
un jour, la Cour de Strasbourg ne froncera pas les sourcils au nom du principe de la contradiction »). La
sanction ne peut pas priver la partie défaillante de son droit de réponse (LE POGAM et DUDIT, La
mise en état des affaires civiles deux ans après le décret du 28 décembre 2005, Gaz. Pal. 13-14 mars
2009. Doctr. 887, spéc. p. 890). En outre, le juge doit rétracter l'ordonnance de clôture lorsqu'il existe
une cause grave et dûment justifiée (C. pr. civ., art. 800 , al. 2). Il faut ici faire un parallèle avec les
causes de révocation de l'ordonnance de clôture ordinaire, l'article 803 du code de procédure civile
faisant également état d'une cause grave. Il peut s'agir de la production de moyens nouveaux (TGI,
Saint-Étienne, 31 janv. 1973, JCP 1973. IV. 148), de l'erreur matérielle dans les conclusions (Com.
6 déc. 1983, Gaz. Pal. 1984. Pan. 159, obs. Guinchard), de l'application immédiate d'une loi nouvelle
(Aix-en-Provence, 9 janv. 1986, Bull. avoués 1986, p. 70), du changement de capacité d'une partie
(Civ. 1re, 6 oct. 1982, Bull. civ. I, no 277)… Dans ces conditions, l'intérêt de la clôture partielle se trouve
réduit aux « procès complexes mettant en cause des parties multiples, notamment à la suite d'appel en
garantie, afin d'éviter que des parties n'attendent le dépôt des conclusions adverses avant de rédiger les
leurs » (AMRANI-MEKKI, JEULAND, SERINET et CADIET, Le procès civil français à son point
de déséquilibre ?, JCP 2006. I. 146, spéc. no 9, p. 1162). D'ailleurs, plusieurs auteurs ont relevé que
cette technique n'était pas employée que ce soit devant les tribunaux de grande instance (SALATI,
Après le décret du 28 décembre 2005, trois ans de mise en état dans la jurisprudence de la Cour de
cassation, Dr. et pr. 2009, no 4, Revue des idées, p. 192, spéc. no 9, p. 199) ou les cours d'appel
(NARRAN, La nouvelle procédure d'appel est arrivée !, Gaz. Pal. 20/22 déc. 2009. Doctr. 2).
D'ailleurs le décret no 2009-1524 du 9 décembre 2009 avait pour projet d'inscrire expressément ce
pouvoir de clôture partielle dans les dispositions relatives au conseiller de la mise en état, à l'article 913
du code de procédure civile. Le décret no 2010-1647 du 28 décembre 2010 a abrogé l'article 913 tel
qu'issu du décret de 2009, avant même son entrée en vigueur. Aujourd'hui, l'article 907 du code de
procédure civile renvoie à l'article 800 du même code.
343. Radiation. - Si les deux parties s'abstiennent d'accomplir les actes de la procédure dans les délais
impartis, le juge de la mise en état peut choisir de radier l'affaire (C. pr. civ., art. 801 ). Pour cela, il
doit faire précéder son ordonnance d'un avis aux avocats (C. pr. civ., art. 801 , al. 1er). La fonction de
cet avis n'est pas claire. S'il remplit un rôle d'information, s'ajoutant à la copie de l'ordonnance délivrée à
chacune des parties par lettre simple (C. pr. civ., art. 801 , al. 2), cette double formalité ne peut être
que déplorée, augmentant le travail des greffes et le coût de la procédure. Si cet avis a un rôle
comminatoire et cherche une dernière fois à faire réagir les avocats non diligents, le vocable « avis » n'est
pas idoine, car il ne semble appeler ni réponse ni réaction. Il serait alors préférable de parler
d'« avertissement ». Mais, au-delà de cet aspect technique, la radiation est surtout une sanction bien peu
adaptée au non-respect des délais imposés par le juge. Elle entraîne une suspension de l'instance qui
peut être rétablie sur simple « justification de l'accomplissement des diligences dont le défaut avait
entraîné celle-ci » (C. pr. civ., art. 383 , al. 2). Cela laisse deux ans – délai de péremption (C. pr. civ.,
art. 386 ) – aux parties négligentes pour réagir et agir. On ne peut pas réellement parler de sanction.
Reste la clôture de la mise en état à l'égard de toutes les parties et le renvoi devant le tribunal.
344. Clôture de la mise en état à l'égard de toutes les parties. - La clôture de la mise en état à l'égard de
toutes les parties est déjà la solution retenue quand, après une clôture partielle, aucune des parties
diligentes ne doit conclure (C. pr. civ., art. 800 ). C'est cette sanction qui doit également être retenue
quand toutes les parties adoptent un comportement dilatoire, car elle est plus comminatoire et donc
plus efficace que la radiation. Mais une telle consécration nécessite une précision, concernant l'étude de
la recevabilité des pièces, arguments ou documents présentés tardivement. La pratique veut que ce soit
la formation de jugement qui examine la tardiveté des dernières écritures et prononce leur éventuel
rejet (Paris, 1re ch. C, 23 févr. 2006, no 04/096398). Cela s'expliquerait par le fait qu'« aucun texte du
code de procédure civile ne donne expressément pouvoir au magistrat de la mise en état d'écarter des
débats les conclusions ou pièces de “dernière heure” » (THOMINETTE, Procédure de mise en état :
pour un respect efficace du principe de la contradiction, D. 2006. Point de vue 1764 ). Ce magistrat
n'étant qu'un membre d'une formation collégiale, il ne peut se prévaloir directement des textes du code
adressés au juge, entendu comme formation de jugement. Il doit bénéficier d'une délégation expresse.
Pourtant, il serait plus logique que ce soit le juge en charge de la mise en état de l'affaire qui puisse
régler cette question de recevabilité, afin que la formation de jugement n'ait plus qu'à se prononcer sur
le fond. Cette question relève davantage de la préparation de l'affaire que du jugement. Ainsi, dans un
arrêt du 9 décembre 2003, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a reconnu au conseiller
de la mise en état – et non à la formation de jugement – le pouvoir de rejeter les écritures tardives
(Civ. 3e, 9 déc. 2003, no 02-13.818 , inédit). Cet arrêt a le mérite de « fixer clairement les limites des
débats avant l'audience [permettant] non seulement aux parties de savoir ce dont elles doivent débattre,
mais également aux juges du fond de rendre les audiences plus efficaces en évitant des discussions
inutiles » (THOMINETTE, article préc.). Pourtant, c'est un avis contraire que la Cour de cassation a
livré le 21 janvier 2013 (Cass., avis, 21 janv. 2013, no 12-00.017 , Bull. civ. avis, no 4. – PUTMAN,
La bonne administration des conclusions et communications de pièces en appel : les avis de la Cour de
cassation du 21 janvier 2013, Dr. et pr. 2013. 74, spéc. no 12, p. 7), interrogée sur la personnalité du
magistrat compétent pour écarter les pièces qui n'auraient pas été communiquées conformément aux
dispositions de l'article 906 du code de procédure civile. Pour la Cour, « le conseiller de la mise en état
n'est pas compétent pour écarter des débats les pièces, invoquées au soutien des prétentions, qui ne sont
pas communiquées simultanément à la notification des conclusions ». C'est donc à la cour d'appel en
formation de jugement de se prononcer. Certains juges d'appel ont alors estimé qu'ils avaient en la
matière un pouvoir d'appréciation et ont déduit, en l'absence de précisions textuelles contraires, que
l'irrecevabilité des conclusions tardives n'avait pas à être automatiquement étendue aux pièces. Réunie
en assemblée plénière, la Cour de cassation affirme le contraire. Les pièces déposées au soutien de
conclusions irrecevables, sont elles-mêmes irrecevables (Cass., ass. plén., 5 déc. 2014, no 13-27.501
. – N. CAYROL, Rejet de pièces communiquées au soutien de conclusions irrecevables, RTD civ.
2015. 200 ). Cette sanction est consacrée par le décret no 2017-891 du 6 mai 2017 à l'article 906 in
fine du code de procédure civile : « Les pièces communiquées et déposées au soutien de conclusions
irrecevables sont elles-mêmes irrecevables ».
345. Origine du calendrier de procédure. - Très tôt est apparue l'idée que la célérité et l'efficacité de la
procédure seraient mieux assurées par une fixation contraignante mais concertée des délais. C'est la
pratique qui, la première, a instauré un mode concerté de fixation des délais, débouchant sur un temps
prévisible (AMRANI MEKKI, Le principe de célérité, RFAP 1/2008, no 125, p. 43-53, spéc. p. 53).
Avant le décret no 85-1330 du 17 décembre 1985, devant la cour d'appel, toutes les affaires étaient
automatiquement confiées à un conseiller de la mise en état et seules celles dont le délai d'appel était
inférieur à un mois pouvaient faire l'objet d'une procédure abrégée (C. pr. civ., anc. art. 915). Or cette
gestion des affaires avait quelque chose d'artificiel (GERBAY, La procédure abrégée devant la cour
d'appel : une procédure batarde, Gaz. Pal. 1978. 1. Doctr. 156). Pour atténuer cette rigidité, la cour
d'appel de Versailles a mis en place, avec la compagnie des avoués, une technique qui consistait à
établir, dès la première conférence, le calendrier de tous les actes de la procédure, en fixant d'abord la
date à laquelle l'affaire serait plaidée puis les délais dans lesquels chaque partie devait exposer et
justifier ses prétentions dans un mémoire (ESTOUP, Le contrat de procédure en appel, D. 1985.
Chron. 195, spéc. p. 195. – Adde : MÉNABÉ, Plaidoyer pour un bel outil, in Le nouveau code de
procédure civile [1975-2005], 2006, Economica, p. 47 s., spéc. p. 49). Le non-respect de cet accord
entre le juge et les parties, appelé contrat de procédure, pouvait être sanctionné soit par la radiation
d'office pour défaut de diligence des parties (C. pr. civ., art. 381 ), soit par une ordonnance de clôture.
349. Délais imposés à l'appelant. - L'appelant dispose de trois mois à compter de la déclaration d'appel
pour conclure, c'est-à-dire pour remettre ses conclusions au greffe de la cour et ce, à peine de caducité
de cette dernière relevée d'office (C. pr. civ., art. 908 et 910-1 ; on retrouve ici le délai pratiqué
devant la Cour de cassation dans les affaires sans représentation, PERDRIAU, Le délai de présentation
des moyens de cassation dans les affaires sans représentation, JCP 1998. I. 175). Cette caducité, qui
prive d'effet la déclaration d'appel, doit être relevée d'office par le conseiller de la mise en état, qui ne
doit statuer qu'après avoir sollicité les observations écrites des parties (C. pr. civ., art. 911-1 ). Le juge
n'a alors aucun pouvoir pour proroger ce délai. Sous la même sanction, l'appelant doit notifier ses
conclusions aux avocats des autres parties dans le délai de leur remise au greffe. Mais si une partie (ou
plusieurs) n'a pas constitué avocat, l'article 911, alinéa 1er, du code de procédure civile dispose que les
conclusions lui sont signifiées dans le mois suivant l'expiration du délai de remise au greffe. Ainsi, si
l'appel est du 2 février, l'appelant doit conclure avant le 2 mai. S'il conclut et dépose ses écritures au
greffe le 15 avril, il aura jusqu'au 2 juin pour signifier les conclusions à la partie adverse (P. GERBAY
et N. GERBAY, Guide du procès civil en appel 21/22, 2020, LexisNexis, fiche 55, no 1028). C'est ce
qu'a confirmé la Cour de cassation (Civ. 2e, 27 juin 2013, no 12-20.529 , JCP 2013. Actu. 795, obs.
Ph. Gerbay ; D. 2013. 2058, obs. Adida-Canac ; D. 2014. 795, obs. Fricero . – Civ. 2e, 19 mars
2015, no 14-10.952 , Gaz. Pal. 14-16 juin 2015, p. 31, obs. Herman ; D. 2015. 1791, obs. Adida-
Canac ; D. 2016. 449, obs. Fricero ). Une application stricte du texte semble indiquer que la
simple dénonciation de conclusions est suffisante, sans qu'il soit nécessaire d'indiquer à l'intimé que
faute de constituer un avocat un arrêt pourra être rendu sur les seuls éléments fournis par son
adversaire. Enfin, si entre-temps les parties ont constitué avocats avant la signification des conclusions,
il est procédé par voie de notification à leur avocat (C. pr. civ., art. 911 , al. 1er, in fine).
350. Délais imposés à l'intimé ou de l'intervenant forcé. - Initialement, l'intimé avait deux mois à
compter de la notification des conclusions de l'appelant pour conclure et former, le cas échéant, appel
incident. Le décret no 2017-891 du 6 mai 2017 a souhaité une disposition plus équitable et plus
précise. Comme l'appelant, l'intimé est maintenant un délai de trois mois, à compter de la notification
des conclusions de son adversaire, délai qu'il doit mettre à profit pour déposer ses conclusions au greffe
et former, le cas échéant, appel incident ou appel provoqué (C. pr. civ., art. 909 ). Il est à noter que le
point de départ de ce délai de trois mois laissé à l'intimé dépend de l'appelant. En effet, le nouvel alinéa
2 de l'article 911 du code de procédure civile dispose que « la notification de conclusions au sens de
l'article 910-1 faite à une partie dans le délai prévu aux articles 905-2 et 908 à 910 ainsi qu'à l'alinéa
premier du présent article constitue le point de départ du délai dont cette partie dispose pour remettre
ses conclusions au greffe ». Il faut alors espérer que ce dernier n'en fasse pas un usage déloyal comme en
notifiant ses conclusions pendant les vacances de l'avocat de l'adversaire et de ses collaborateurs ou
comme en concluant hors délai. Dans cette dernière hypothèse, la déclaration d'appel serait caduque
(C. pr. civ., art. 908 ) et l'appel incident ne pourrait plus être reçu, peu important qu'il ait été interjeté
dans le délai pour agir à titre principal (Civ. 2e, 13 mai 2015, no 14-13.801 , Gerbay, « Haro sur la
recevabilité de l'appel incident », in Le code de procédure civile commenté, Lamy pratique, no 151,
sept. 2015 ; D. 2015. 1791, obs. Adida-Canac ; D. 2015. 1423, obs. Bléry ; D. 2016. 449, obs.
Fricero ). Cette solution jurisprudentielle est aujourd'hui consacrée à l'article 550 du code de
procédure civile tel que modifié par le décret no 2017-891 du 6 mai 2017. L'intimé sur un appel
incident ou un appel provoqué dispose également d'un délai de trois mois pour conclure (C. pr. civ.,
art. 910 , al. 1er). Enfin, l'intervenant forcé à l'instance d'appel dispose, à peine d'irrecevabilité relevée
d'office, d'un délai de trois mois à compter de la date à laquelle la demande en intervention lui a été
notifiée pour conclure (C. pr. civ., art. 910 , al. 2). À nouveau, les conclusions doivent être notifiées
aux avocats des parties dans le délai de leur remise au greffe, à peine d'irrecevabilité relevée d'office.
Mais la Cour de cassation a précisé, dans un avis du 2 avril 2012, qu'un intimé n'est pas tenu de
signifier ses conclusions à un coïntimé défaillant à l'encontre duquel il ne formule aucune prétention,
sauf en cas d'indivisibilité entre les parties ou lorsqu'il sollicite confirmation du jugement contenant des
dispositions qui lui profitent et qui nuisent au coïntimé défaillant (Cass., avis, 2 avr. 2012, nos 12-
00.002 et 12-00.003 , Bull. civ. avis, no 2 ; JCP 2012, no 472, obs. Gerbay ; Dr. et pr. 2012. 176,
obs. Putman). L'irrecevabilité est une sanction très sévère tout d'abord parce que le juge ne possède
aucun pouvoir d'appréciation des motifs ayant amené l'intimé à dépasser le délai et parce qu'elle va
créer de nombreuses situations problématiques. Par exemple, en présence de deux intimés, lorsqu'un
seul a conclu dans un délai de deux mois, si le procès est indivisible comment statuer en ne tenant
compte que d'un seul jeu d'écritures ? (pour une étude critique plus complète, P. GERBAY et
N. GERBAY, op. cit., fiche 55, nos 1056 s.).
351. Modulation des délais impartis. - Il existe diverses situations dans lesquelles les délais impartis
bénéficient de prorogation. C'est le cas premièrement quand l'une des parties fait une demande d'aide
juridictionnelle. Les délais impartis pour conclure ou former un appel incident, mentionnés aux article
905-2, 909 et 910 ne courent qu'à compter de la notification de la décision constatant la caducité de la
demande, de la date à laquelle la décision d'admission ou de rejet de la demande est devenue définitive,
ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné
(Décr. no 2020-1717 du 28 déc. 2020, art. 43). Deuxièmement, lorsque l'exécution provisoire est de
droit ou a été ordonnée, l'intimé peut solliciter « la radiation du rôle de l'affaire lorsque l'appelant ne
justifie pas avoir exécuté la décision frappée d'appel ou avoir procédé à la consignation autorisée dans
les conditions prévues à l'article 521 » (C. pr. civ., art. 526 ). Or la demande de radiation suspend les
délais impartis à l'intimé pour conclure. Ce dernier doit toutefois être vigilant car ces délais
recommencent à courir à compter de la notification de la décision autorisant la réinscription de l'affaire
au rôle de la cour ou de la décision rejetant la demande de radiation. Troisièmement, le délai imparti à
l'appelant à l'article 908 du code de procédure civile est augmenté d'un mois lorsque la demande est
portée soit devant une juridiction qui a son siège en France métropolitaine, pour les parties qui
demeurent en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique, à La Réunion, à Mayotte, à Saint-Barthélemy,
à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Polynésie française, dans les îles Wallis et Futuna, en
Nouvelle-Calédonie ou dans les Terres australes et antarctiques françaises, soit devant une juridiction
qui a son siège en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique, à La Réunion, à Mayotte, à Saint-
Barthélemy, à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou dans les îles Wallis et Futuna, pour les
parties qui ne demeurent pas dans ces collectivités. Il est en revanche augmenté de deux mois, si
l'appelant demeure à l'étranger (C. pr. civ., art. 911-2 , al. 1er). Les délais prescrits aux intimés et
intervenants forcés par les articles 905-2, 909 et 910 du code de procédure civile sont augmentés dans
les mêmes conditions et selon les mêmes modalités (C. pr. civ., art. 911-2 , al. 2). Enfin, l'article 748-7
du code de procédure civile dispose que, « lorsqu'un acte doit être accompli avant l'expiration d'un délai
et ne peut être transmis par voie électronique le dernier jour du délai pour une cause étrangère à celui
qui l'accomplit, le délai est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant ».
352. Raccourcissement des délais légaux. - Selon l'article 911-1 du code de procédure civile, le
conseiller de la mise en état peut d'office, en raison de la nature de l'affaire, impartir des délais plus
courts que ceux des articles 908 à 910 du même code. Compte tenu du fait que les délais légaux sont
déjà relativement courts, l'utilisation de cette possibilité devrait rester exceptionnelle.
353. Délais supplémentaires de mise en état. - Si, après l'examen des conclusions et des pièces, auquel
le conseiller de la mise en état doit procéder dans les quinze jours suivant l'expiration des délais pour
leur remise et leur communication, l'affaire nécessite de nouveaux échanges de conclusions, le
conseiller de la mise en état fixe un calendrier après avoir recueilli l'avis des avocats (C. pr. civ.,
art. 912 , al. 2). Rien ne semble l'autoriser à proroger ces délais, même pas « une cause grave et
dûment justifiée ». Afin de prévenir toute éventuelle difficulté, il faut s'attendre à ce que le juge fixe
des délais extrêmement longs, et ruine les efforts fournis jusqu'à présent pour assurer la célérité de la
mise en état.
Index alphabétique
■Acte authentique 86
■Acte du palais
■
notification 297 s.
■
directe 300 s.
■
signification 298 s.
■
électronique 299
■
simplifiée 298
■Acte extrajudiciaire 5
■Administration légale 25
■Agent diplomatique
■
notification 311
■Appel
■
conclusions 186 s.
■
déclaration 53, 176
■
délai 348 s.
■
notification 213
■
pièces, communication 191
■
requête conjointe 172
■Assignation 129 s.
■
mentions 129 s.
■
audience 135
■
défaut de comparution 136
■
défendeur défaillant 136
■
demande 131
■
demandeur 130
■
immeuble 132
■
juridiction 133
■
modalités de comparution 134
■
pièces 138
■
recherche préalable de solution amiable 134
■Association
■
représentation à l'action 30
■Auto-saisine
■
juge 206
■Avocat
■
notification 297
■Bordereau de pièces 194 s.
■Capacité de jouissance 15
■Capacité d'exercice
■
majeur protégé 18
■
mineur 18
■
perte/recouvrement 18
■Collectivité d'outre-mer
■
signification 274 s.
■Commandement 142
■Communication électronique
■
notification 211 s.
■
acte du palais, signification 299
■
appel 213
■
lettre recommandée 294
■
personne morale 283
■
signature 113
■
signification 238
■Compétence
■
huissier de justice 86
■Computation du délai
V. Délai
■Conclusions 182 s.
■
appel 186 s.
■
définition 182
■
d'avocat 183
■
juridiction
■
autre 188
■
tribunal judiciaire 186
■
mise en état 189
■
notion 182
■
obligation de réserve 184
■
prétentions au fond 185
■
procédure orale 63
■
qualificatives 182, 186 s.
■
récapitulatives 182, 186 s.
■
structuration 187
■Constat 143 s.
■Convention internationale
■
notification internationale 317 s.
■Copie 75 s.
■
établissement 76 s.
■
officier ministériel 76
■
parties 77
■
mandat ad litem 81
■
nombre 78 s.
■
paraphe 114
■
personnes protégées 80
■
sanction, discordance 82
■
signification de jugement 79
■
support électronique 90
■
télécopie 210 s.
■Décès 16 s.
■
personne physique
■
extinction de l'instance 17
■
interruption de l'instance 17
■Délai 327 s.
■
appel 348 s.
■
caducité 337
■
calendrier de procédure 345 s.
■
computation 329 s.
■
dies a quem 332
■
dies a quo 330
■
déchéance 335
■
mise en état
V. Mise en état
■
modification 333 s.
■
radiation 343
■
relevé de forclusion 336
■Demande
■
assignation, mention 131
■Dématérialisation 6, 72
■
acte d'huissier de justice 89
■
communication électronique 211
■
requête 164
V. Rematérialisation
■Demeure
■
changement 217
■
notion 216
■Désistement 66
■Domicile
■
élection 219
■Huissier de justice
■
acte
V. Acte d'huissier de justice
■
choix 234
■
signification, condition 235
■
signification, diligences 252
■Immunité de juridiction
■
notification internationale 311
■Injonction de faire
■
mentions 167
■Injonction de payer
■
convocation par le greffier 202
■
mentions 167
■
notification
■
lettre recommandée, retour au greffe 293
■Instance
■
au cours de l'instance
■
convocation 55
■
instruction 57
■
récusation 56
■
désistement 66
■
exploit introductif 139
■
extinction
■
décès 17
■
interruption
■
capacité d'ester en justice 18
■
décès 17
■
introduction 51 s.
■
date d'audience 54
■
déclaration 53
■
requête 52
■
tribunal paritaire des baux ruraux 53
■Jugement
■
signification 80 s.
■Lieu d'établissement
■
personne morale, notification 211 s.
■Liquidation judiciaire
■
lieu d'établissement 224
■
signification 250
■Majeur protégé 18
■
capacité d'exercice 18
■
représentation à l'action 26
■
signification 249
■Mesure d'instruction 4
■Mineur
■
capacité d'exercice 18
■
représentation à l'action 25
■
signification, discernement 257
■Ministère public
■
notification 227
■Notification 207 s.
■
auteur 279
■
communication électronique 211 s.
■
acte du palais, signification 299
■
appel 213
■
lettre recommandée 294
■
personne morale 283
■
entre avocats
V. Acte du palais
■
forme 281 s.
■
mentions 282
■
internationale
V. Notification internationale
■
mandat ad litem 214
■
ministère public 227
■
personne publique 229 s.
■
signification
V. Signification
■Obligation de réserve
■
conclusions 184
■Officier ministériel
■
copie, établissement 76
■
huissier de justice, actes
V. Acte d'huissier de justice
■
signature 111 s.
■Oralité
■
formalisme 58
■Personne morale
■
acte d'huissier de justice, destinataire 120 s.
■
acte d'huissier de justice, requérant
■
désignation 107 s.
■
sanctions 108
■
capacité d'agir en justice 19
■
défaut, sanction 20
■
étranger 22
■
régularisation 20
■
notification
V. Notification
■
convocation électronique 283
■
lettre recommandée, signature 290
■
procès-verbal de recherches infructueuses 268
■
représentation à l'action
V. Représentation
■
signification 250
■Personne physique
■
acte d'huissier de justice, destinataire 116 s.
■
acte d'huissier de justice, requérant 99 s.
■
capacité d'agir en justice 14 s.
■
capacité de jouissance 15
■
décès 16 s.
■
capacité d'exercice 19
■
pouvoir d'agir en justice 25 s.
■
majeur protégé, représentant 26
■
mineur, représentant 25
■
signification 249
■Personne publique
■
notification 229 s.
■Pièces
■
communication 190 s.
■
appel 191
■
bordereau 194 s.
■
entre avocats 189
■
irrecevabilité 344
■
restitution 193
■Preuve
■
acte d'huissier de justice 86
■
mandat ad litem 43
■Procédure orale
■
comparution 62 s.
■
comparution facultative 67 s.
■
dispense 68
■
procédure sans audience 69
■
comparution obligatoire 63 s.
■
désistement 66
■
prescription 65
■
moyens 60
■
notion 59
■
présomptions 61
■
prétentions 60
■Procédure prud'homale
■
convocation par le greffier 200
■
requête unilatérale 168
■Procès équitable
■
procès-verbal de recherches infructueuses 272
■Radiation 343
■Rematérialisation
■
aux fins de signification 239
■
requête 164
■Représentation
■
personne morale
■
association 30
■
capacité 19 s.
■
copropriété 31
■
de droit public 32
■
étrangère 22
■
société 29
■
personne physique
■
capacité 14 s.
■
majeur protégé 26 s.
■
mineur 25
■
personne décédée 16 s.
■
représentant légal 24 s.
■
pouvoir du représentant 23 s.
V. Pouvoir d'agir en justice
■Représentation ad agendum
■
pouvoir
V. Pouvoir d'agir en justice
■Signature
■
acte d'huissier de justice 111 s., 251
■
conclusions d'avocat 183
■
déclaration, mention 175
■
électronique 113
■
lettre recommandée, personne morale 290
■
requête, mention 162
■Signification
■
à domicile 253 s.
■
avis de passage 260, 263
■
en étude d'huissier de justice 261 s.
■
lettre simple 266
■
réceptionnaire de l'acte 257 s.
■
acceptation 257
■
majeur protégé 249
■
mineur, discernement 257
■
à personne 247 s.
■
huissier de justice, diligences 252
■
personne morale 250
■
personne physique 249
■
personne publique 251
■
acte du palais
■
électronique 299
■
simplifiée 298
■
collectivité ou territoire d'outre-mer 274 s.
■
date 241 s.
■
électronique 238
■
formule 237
■
heure légale 242
■
jour légal 243
■
jugement
■
copies, nombre 79 s.
■
original 240
■
procès-verbal de recherches infructueuses 269 s.
■
diligences, mention 271
■
personne morale 268
■
procès équitable 272
■
support papier 239
■Société
■
représentation à l'action 29
■Sommation 140 s.
■
aux fins d'exécution 140
■
interpellative 141
■Télécopie 210 s.
■Territoire d'outre-mer
■
signification 274 s.
■Tribunal de commerce
■
mandat ad litem 40
■Tutelle 25
■Union européenne
■
notification internationale 319 s.
Actualisation
12, 21. Appréciation de la nullité d'un acte de procédure non régularisable. - Si la nullité d'un acte de
procédure doit être appréciée à la date de ce dernier, cette appréciation peut se fonder sur des éléments
de preuve extérieurs à cet acte (Civ. 2e, 9 juin 2022, no 21-12.738, D. actu. 1er juill. 2022, obs.
G. Maugain).
174. Absence d'effet dévolutif de la déclaration d'« appel total ». - Lorsque la déclaration d'appel tend à
la réformation du jugement sans mentionner les chefs de jugement qui sont critiqués, en l'espèce en
visant au titre de l'objet/portée de l'appel un « appel total », l'effet dévolutif n'opère pas, quand bien
même la nullité de la déclaration d'appel fondée sur ce même grief aurait été rejetée, et ce pour
l'ensemble des intimés. En outre, seule la cour d'appel, dans sa formation collégiale, a le pouvoir de
statuer sur l'absence d'effet dévolutif (Civ. 2e, 19 mai 2022, no 21-10.685, D. actu. 15 juin 2022, obs.
R. Laffly).
Indivisibilité de l'objet du litige et effet dévolutif. Si l'appelant n'est pas tenu de mentionner dans la
déclaration d'appel un ou plusieurs des chefs de dispositif du jugement qu'il critique lorsqu'il entend se
prévaloir de l'indivisibilité de l'objet du litige, il n'en doit pas moins se référer, dans la déclaration, à
cette indivisibilité.
La cour d'appel qui relève que la déclaration d'appel se borne à mentionner en objet que l'appel est
« total » en déduit donc exactement qu'elle n'est saisie d'aucun chef de dispositif du jugement (Civ. 2e,
9 juin 2022, no 20-20.936, D. actu. 11 juill. 2022, obs. C. Lhermitte).
La cour d'appel qui constate que la déclaration d'appel mentionne que l'appel est « limité aux chefs de
jugement expressément critiqués », sans les détailler et sans référence à l'indivisibilité de l'objet du
litige, se borne à mentionner en objet que l'appel est « total » en déduit donc exactement que l'effet
dévolutif n'a pas opéré (Civ. 2e, 9 juin 2022, no 21-11.401, D. actu. 13 juill. 2022, obs. C. Lhermitte).
Annexe à la déclaration d'appel : nouveau revirement par avis de la Cour de cassation. Une déclaration
d'appel, à laquelle est jointe une annexe comportant les chefs de dispositif du jugement critiqués,
constitue l'acte d'appel conforme aux exigences de l'article 901 du code de procédure civile, dans sa
nouvelle rédaction issue du décret no 2022-245 du 25 février 2022, même en l'absence d'empêchement
technique (Civ. 2e, avis, 8 juill. 2022, no 22-70.005, D. actu. 20 juill. 2022, obs. R. Laffly).
191. Communication des pièces en temps utile. - L'article 906 du code de procédure civile n'édicte pas
de sanction en cas de défaut de communication des pièces simultanément à la notification des
conclusions, même lorsque l'affaire est fixée à bref délai en application de l'article 905-1 du même
code ; le juge est toutefois tenu de rechercher si ces pièces ont été communiquées en temps utile. En
l'espèce, l'appelante avait communiqué ses pièces après l'expiration du délai des intimés pour conclure
mais bien avant la date de clôture, permettant ainsi aux intimés de conclure utilement au fond (Civ. 2e,
19 mai 2022, no 21-14.616, D. actu. 1er juin 2022, obs. C. Lhermitte).
213. Saisine par voie électronique et accès au juge. - En faisant prévaloir le principe de l'obligation de
communiquer par voie électronique pour saisir la cour d'appel sans prendre en compte les obstacles
pratiques auxquels s'était heurté le requérant pour la respecter, la Cour de cassation a fait preuve d'un
formalisme que la garantie de la sécurité juridique et de la bonne administration de la justice n'imposait
pas et qui doit, dès lors, être regardé comme excessif (CEDH 9 juin 2022, req. no 15567/20, D. actu.
16 juin 2022, obs. C. Bléry).
322. Notion de requérant précisée pour les significations dans l'Union européenne. - L'article 5 du
règlement (CE) no 1393/2007 du 13 novembre 2007, relatif à la signification et à la notification dans
les États membres des actes judiciaires et extrajudiciaires en matière civile ou commerciale doit être
interprété en ce sens que, lorsqu'une juridiction ordonne la transmission d'actes judiciaires à des tiers
qui demandent à intervenir à la procédure, cette juridiction ne saurait être considérée comme étant le
« requérant », au sens de cette disposition (CJUE 2 juin 2022, aff. C-196/21, D. actu. 8 juin 2022, obs.
F. Mélin).
332. Règlement Signification : décompte des délais de recours. - L'article 8, paragraphe 1, du règlement
no 1393/2007 du 13 novembre 2007 (Signification), lu en combinaison avec l'article 47 de la charte des
droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être interprété en ce sens qu'il s'oppose à une
réglementation de l'État membre dont relève l'autorité ayant émis un acte à signifier ou à notifier, en
vertu de laquelle le point de départ du délai d'une semaine, visé à cet article 8, paragraphe 1, dans
lequel le destinataire d'un tel acte peut refuser de le recevoir pour l'un des motifs prévus à cette
disposition, coïncide avec le point de départ du délai pour exercer un recours contre cet acte dans cet
État membre (CJUE 7 juill. 2022, aff. C-7/21, D. actu. 8 sept. 2022, obs. F. Mélin).