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Molière

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« Molière », Valentin Martinie

La scène se passe dans un salon. Un enfant répète le monologue d’Harpagon avec beaucoup
d’entrain, ce qui attire un autre gamin, qui devait s’ennuyer dans la pièce d’à-côté. Ce dernier
observe la scène avec un étonnement naïf.

Enfant 1. – « Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au meurtrier ! Justice, juste Ciel ! je suis perdu… »

Enfant 2, l’interrompt. – Pourquoi tu cries ?

Enfant 1, cabot. – Je crie pas… je joue !

Enfant 2. – Tu joues à quoi ?

Enfant 1. – À Molière !

Enfant 2. – Molière… ?

Enfant 1. – Ouais !

Enfant 2. – Et je peux jouer moi aussi ?

Enfant 1. – Ben non.

Enfant 2. – Pourquoi ?

Enfant 1. – Parce que c’est pas un jeu.

Enfant 2. – Mais, t’as dit que tu jouais…

Enfant 1. – C’est pas un jeu, j’te dis, j’suis en train de faire mes devoirs.

Enfant 2. – Euh, tu crois que je sais pas comment on fait ses devoirs… ? Les devoirs, ça se fait avec un
cahier, avec une trousse, avec…

Enfant 1, part chercher son cahier. – Ah ouais ? Et c’est quoi, ça… ?

Enfant 2. – Un cahier…

Enfant 1, il lui met le cahier juste devant le nez. – Et le texte, là, sur cette page… ? Hein ?

Enfant 2, derrière le cahier. – Ben, j’arrive pas à voir, c’est trop près…

Enfant 1. – C’est Molière !

Enfant 2. – C’est ça, Molière ?

Enfant 1, fier. – Ouais ! Et je l’ai appris par cœur ! En entier !

Enfant 2, déçu. – Ah bon…

Enfant 1, imite l’autre. – Quoi, ah bon ? Tu me crois pas ?

Enfant 2. – Ben si… Mais je préfère jouer dehors, moi… C’est pas très drôle ton truc…
Enfant 1, vexé. – Si, c’est drôle ! Les autres, ils arrêtaient pas de rigoler dans la classe ! Tu dis ça parce
que tu connais pas ! En fait, tu sais quoi, t’es trop petit pour Molière…

Enfant 2. – N’importe quoi ! Je suis pas trop petit… Fais voir… (Il lit le texte pour la première fois, très
recto tono.) « Au voleur, au voleur, à l’assassin, au meurtrier… »

Enfant 1. – (Il lui reprend le cahier des mains.) C’est pas comme ça qu’il faut faire ! Faut faire comme
si c’était vrai ! Regarde… (Il jette le cahier et se met à fouiller sous le tapis, ses cris sont étouffés…) «
N’est-il point là ? N’est-il point ici ? »

Enfant 2. – Mais qu’est-ce que tu cherches ? (Il lui tape sur le dos à travers le tapis.) Eh oh !

Enfant 1, sortant la tête de dessous le tapis. – Et ben je cherche le voleur !

Enfant 1. – Hein ? Tu le cherches sous le tapis ?

Enfant 1. – Mais c’est pas moi qui suis sous le tapis, c’est Harpagon !

Enfant 2. – Le voleur ?

Enfant 1. – Mais non !

Enfant 2. – Oh, je comprends plus rien, moi !

Enfant 1. – Attends ! (Il va chercher le cahier.) Harpagon, c’est celui qui s’est fait voler son argent, et
qui crie partout « au voleur ! au voleur ! », regarde, c’est marqué là : Har-pa-gon…

Enfant 2. – Ben c’est bizarre comme nom.

Enfant 1. – Normal, il existe pas…

Enfant 2. – Il existe pas ?

Enfant 1. – Non. C’est Molière qui l’a inventé.

Enfant 2. – Molière ?

Enfant 1. – Oui, Molière. C’est écrit juste au-dessus : Mo-liè-re.

Enfant 2. – Mais, donc… il existe Molière ?

Enfant 1. – Ben oui, il existe !

Enfant 2. – Hein ?

Enfant 1. – Enfin, non…

Enfant 2. – Comment ça ?

Enfant 1. – Il est mort.

Enfant 2. – Il est mort Molière ?!

Enfant 1. – Oui.

Enfant 2. – Et Harpagon aussi, il est mort ?

Enfant 1. – Mais non ! Il est vivant puisqu’il parle !

Enfant 2. – Hein ? (Il lit le texte attentivement.)


Enfant 1. – Tout ça, tout le texte, c’est Harpagon qui parle… (Il regarde l’autre lire. Au bout de
quelques secondes.) Tu comprends mieux, maintenant ?

Enfant 2. – Mais…

Enfant 1. – Mais quoi ?

Enfant 2, pointant le milieu du texte. – Là, c’est encore Harpagon qui parle ?

Enfant 1. – Oui…

Enfant 2. – Ben là, il dit : « je me meurs, je suis mort, je suis enterré »…

Enfant 1, se tape le front avec la paume de la main. — Tu le fais exprès ou quoi ?

Enfant 2. — Quoi… ?

Enfant 1. — Réfléchis un peu… Quand tu dis que tu es « mort de rire »…

Enfant 2. — J’ai jamais dit ça, moi…

Enfant 1. — Non, je sais que tu l’as pas dit… mais imagine… imagine quelqu’un qui te dit : « Ah ah

ah ! Je suis mort de rire ! »

Enfant 2, ferme les yeux et ne dit plus rien. — OK…

Enfant 1, le regarde, étonné. — Qu’est-ce que tu fais…?

Enfant 2, toujours les yeux fermés. — Ben, j’imagine… C’est toi qui m’a dit d’imaginer quelqu’un

qui me dit : « Ah ah ah ! Je suis mort de rire ! »…

Enfant 1. — D’accord ! Et c’est bon, là, t’as imaginé ?

Enfant 2. — Ben non. Il a juste dit : « Ah ah ah ! », pour l’instant, tu lui as pas laissé le temps de

finir…

Enfant 1. — OK, j’attends alors…

Il attend 5 secondes. Enfant 2 ne bouge pas et ne dit rien.

Enfant 1. — C’est bon… ?

Enfant 2, très calmement. — Oui, il dit plus rien…

Enfant 1. — Alors ouvre les yeux, banane !…

Enfant 2 ouvre les yeux.

Enfant 1. — Donc ?

Enfant 2. — Donc quoi ?

Enfant 1. — Il était vraiment mort ou il était juste « mort de rire » ?

Enfant 2. — Euh… Les deux.

Enfant 1. — Comment ça les deux !?


Enfant 2. — Ben, c’était Molière…

Enfant 1, désespéré. — C’est pas vrai…

Enfant 2. — Si, je te jure, c’était Molière qui me parlait.

Enfant 1. — Mais… mais pourquoi t’as pensé à lui ?!

Enfant 2. — Ben j’en sais rien, moi ! T’arrêtes pas de me parler de ton Molière, Molière, Molière…

Enfant 1. — OK, c’est pas grave, on va faire autrement… Regarde-moi.

Enfant 2. — Je referme les yeux ?

Enfant 1. — Mais non, puisque je te dis de me regarder !

Enfant 2. — Ah…

Enfant 1. — « Je suis mort de rire ».

Enfant 2. — On dirait pas…

Enfant 1, essaie de ne pas s’énerver. — Je… on s’en fout ! Tu m’as entendu dire « je suis mort de

rire », là… ?

Enfant 2. — Ouais…

Enfant 1. — Et, est-ce que j’étais vraiment mort… ?

Enfant 2. — Ben non.

Enfant 1. — Donc, Harpagon, quand il dit : « je me meurs, je suis mort… » ?

Enfant 2, réfléchit une seconde. — Il est mort de rire… ?

Enfant 1. — Mais non ! (Il mange son cahier pour étouffer ses cris et sort de la pièce, en jetant des

morceaux de feuille déchirée par-dessus son épaule.) Non… non… non…

Enfant 2 est resté au milieu de la scène. Il se tourne vers le public.

Enfant 2. — Eh ben, je sais pas si c’était vrai son histoire… mais, en tout cas, c’est pas comme ça

qu’on fait ses devoirs…

Il sort.

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