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Littérature Orale Cours LPPES 1-2

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La littérature orale

Définition
La littérature orale est la transmission de l’identité culturelle d’un peuple, sans écriture, sous
une forme orale. En d’autres termes, elle peut se résumer en l’ensemble des productions
langagières concourant à la recherche du beau et de l’utile.
Pour BONTE et IZARD (1991 : 425), elle est « La partie de la tradition qui est mise en forme
selon un code propre à chaque langue, en référence à un fond culturel ».
Pour A. KAM, cité par Marie Louise MILOGO (2012 : 7), la littérature orale est : « […]
l’ensemble de tout ce qui a été dit, généralement de façon esthétique, conservé et transmis
verbalement par un peuple et qui touche la société entière dans tous ses aspects »
Pour Michel de Certeau (1975 : 215), la littérature orale se définit comme la: « […]
communication propre à la société sauvage, ou primitive ou traditionnelle […] »
Les africanistes perçoivent la littérature orale comme :

 L’ensemble d’idées, de sentiments, de mœurs qui dans une société se transmettent


d’une génération à une autre ;
 La transmission de doctrine, de légende, de coutume pendant un long espace de temps,
spécifiquement par la parole et l’exemple ;

En un mot, une littérature est dite orale quand la langue qui la véhicule ne possède pas
d’écriture stabilisée ou non et des gens qui peuvent en user. La littérature orale est une
littérature fonctionnelle et conforme aux besoins culturels fondamentaux du peuple qui la
produit. Elle est de ce fait, sociale et communautaire et ne revendique aucun droit d’auteur.

Les caractéristiques de la littérature orale


La littérature orale est une littérature des majorités ; elle est donc populaire, accessible à tous,
contrairement à la littérature écrite très élitiste. La littérature orale est aussi caractérisée par
l’anonymat, contrairement à la littérature écrite prédominée par la présence de l’auteur. En
outre, la littérature orale présente pratiquement les mêmes caractéristiques dans toutes les
parties du monde, c’est donc une littérature qui se veut universelle.
La littérature orale est aussi interactive (participative). En effet, le public participe dans les
contes, les légendes et les chansons. L’autre caractéristique de la littérature orale est qu’elle
est normative, car elle dicte des normes et propose des modèles. C’est le cas dans les
proverbes, les chansons. La littérature orale participe aussi de l’initiation et à l’éducation des
enfants avec les contes et les devinettes.
La transmission de la littérature orale
Dans pratiquement toutes les sociétés traditionnelles africaines, la transmission de la
littérature orale se fait par le canal des griots et des conteurs. En Afrique, la fonction de griot
est même institutionnalisée. Considéré comme « homme-mémoire » (KESTELOOT, 2016), le
griot est au service du pouvoir. Sa fonction est, entre autres, de recueillir l'histoire des
dynasties et des familles royales. A ce titre, Christiane SEYDOU (1972, p. 24) le considère
comme un connaisseur de : « la généalogie des familles et leur histoire dans tous les détails
(les plus avantageux et les moins avouables), mais il fait de sa science un usage particulier
[…] » comme le chantage.
Le concept de « griot » au Niger
Dans toutes les communautés nigériennes, les griots constituent une caste. Contrairement à sa
signification générale, le mot griot renvoie à un champ complexe de connotations, dont la
compréhension exige sans doute l’exploration de certaines caractéristiques socioculturelles.
Pour Christiane SEYDOU, le terme français « griot » est général, car il désigne
indifféremment tous les bardes, musiciens, chanteurs, historiographes, conteurs et
chansonniers de diverses populations soudanaises.
Mais cette définition de Christiane Seydou ne permet pas de cerner la connotation exacte du
concept. Ainsi, pour le cas de la société songhay-zarma, il existe une multitude de catégories
de griots que l’on regroupe sous l’appellation autochtone générique de Nwaarayko,
Nwaarayko, qui veut
dire quémandeur. Ce terme est plus apte à rendre la riche diversité et toute la complexité de
l’univers des griots. En un mot, il désigne de manière générale tous ceux qui vivent de leur
parole.
On peut repartir les griots en deux principaux groupes, selon que leur fonction est profane ou
sacrée. Le groupe de griots profanes comprend deux catégories de griots : les griots
traditionnels (« tous ceux qui ont hérité la fonction de leurs ancêtres et les griots modernes,
tous ceux qui ont embrassé la profession de façon quelque peu accidentelle. Dans la classe des
griots traditionnel, on distingue les jasare (chez les Songhay-zarma) qui est l’équivalent du
makada (chez les Haoussa). Ce sont des maîtres-griots qui sont au service des chefferies
traditionnelles et des familles nobles. Issa Daouda (2013, p. 15) considère le jasare comme «
un maître-griot qui détient une force qui incite les hommes à la bravoure, au courage ou à la
générosité ».
Les maîtres-griots sont dotés d’une maîtrise de la parole, et surtout de la connaissance de
l’histoire et de la généalogie des familles nobles et aristocrates, qu’ils ont apprises au cours de
leur formation. Cette formation qui commence dès l’âge de sept ans, au près d’un maître
réputé appelé Dunka chez les Songhay-zarma et Sarkin makada chez les Haoussa, peut se
poursuivre dans d’autres contrées du monde.
Quant aux griots modernes, ce sont des griots-quémandeurs qui sont apparus assez
récemment. Dans la plupart des cas, ils ont embrassé la fonction en raison des contingences de
la vie. A cet effet, on distingue pour le cas spécifique de la société songhay-zarma le gawlo
qui « est un griot noble qui chante parfois accompagné d’un luth monocorde et loue les
personnalités en échange d’une gratification », les konkodoonuko qui sont aussi appelés
tabbanayze ou « chanteurs de ‘‘boite de conserve’’. […] Ils chantent avec un
accompagnement musical obtenu grâce à la résonnance d’une boite de conserve trouée qu’ils
remplissent de cailloux», les kokokiize (littéralement fils de ko-ko-ko) et les rukiize
(littéralement fils de Rouki) dont l’origine remonte « respectivement à la célèbre chanson
intitulée ko-ko-ko du chanteur Chaïbou Boubou du village d’Ayorou dans la région de
Tillabéry, et à la chanson Ruuki dédiée par le chanteur Badjé du village de Koutoumé en
l’honneur d’une jeune fille du nom de Rouki».
Il y a également parmi les griots-quémandeurs certains groupes musicaux basés dans les
centres urbains. Il s’agit entre autres des orchestres modernes et des orchestres néo-
traditionnels qui combinent instruments modernes et traditionnels.
Avant la colonisation, le griot est totalement pris en charge par les chefs et les familles nobles
auxquelles il était rattaché. Mais de nos jours, le griot est totalement délaissé. Aussi, pour
survivre, ce dernier est obligé de se convertir à l’économie de marché en monnayant ses
prestations à des nouveaux donateurs, parmi lesquels les hommes politiques. Ainsi, voit le
jour le griot propagandiste, fin manipulateur des masses populaires1.
Les griots ayant marqué l’histoire du Niger appartiennent à la classe de jasare.
jasare. De cette saga,
on peut retenir des noms comme Nouhou Malio, Moumouni Sékou dit Koulba Baba,
Boubacar Lambousseri dit Tinguizi Mabo, Badjé Bagna Liboré, Djado Sékou et Djibo Badjé
dit Jeliba, dont la mort, le 24 avril 2018, marque la fin de la saga.

Les genres de la littérature orale


1
Notre thèse de Doctorat, soutenue le 3 janvier 2017, a porté sur deux griots propagandistes nigériens : Garban
Bojo du parti Union Démocratique Nigérienne (UDN) Sawaba et Dan Kabo du parti Convention Démocratique
et Sociale (CDS) Rahama.
Faire un inventaire des genres de la littérature orale n’est pas une tâche aisée, à cause de la
mouvance des œuvres et de l’absence d’une codification stricte. En effet, chaque groupe
ethnique possède son propre système littéraire et ses genres, d’où la nécessité de privilégier
une approche ethnologique basée sur les langues. On peut toutefois faire un classement des
genres de la littérature orale en trois grands groupes qui sont les genres majeurs (genres
narratifs), les genres mineurs (genres formulaires) et les genres intermédiaires (genres
poétiques).

Les genres majeurs ou genres narratifs


Le conte
Le conte est le genre le plus rencontré en Afrique noire. Il peut être défini comme un récit de
fiction mettant en scène des personnages humains, animaux ou mêmes des génies. Il a pour
finalité de distraire et éduquer. Contrairement à la fable, la morale véhiculée dans le conte est
implicite. Le conte est donc un genre didactique, qui véhicule la sagesse populaire. Du point
de vue thématique, on peut distinguer trois types de conte qui sont les contes merveilleux, les
contes de mœurs et les contes sur les animaux.
Les contes merveilleux se rapprochent des mythes, car ils mettent en scène des êtres
surnaturels.
Les contes des mœurs ont une finalité édifiante, car ils visent à renforcer la cohésion du
groupe social. A cet effet, ils stigmatisent les déviances dans les comportements des
individus. C’est un type de conte qui met généralement en scène des personnages humains.
Les contes sur les animaux : dans ces types de conte, on expose à travers les personnages
animaux, les attitudes sociales souhaitables ou à rejeter. On peut assimiler ces types de conte à
la fable. Dans cette catégorie de conte, on distingue plusieurs cycles dont celui de l’araignée
(côte ouest africaine), celui du lièvre (savane ouest africaine) et celui de la tortue (chez les
Bantou). Au Niger, nous avons surtout le cycle du lièvre chez les Songhay-zarma, et celui du
renard chez les Haoussa.
Le conte fonctionne donc comme un agent d’éthique sociale et de sagesse. De ce fait, il donne
des leçons, instruit l’auditoire. Le conte est en un mot pédagogique, car le mal y est puni et le
bien récompensé.
Le mythe
Bien que s’apparentant à certains contes, les mythes s’élèvent à un niveau d’abstraction
supérieure. Ils relèvent en effet du sacré. Les mythes participent généralement d’un rituel
établi sur la base d’une tradition ésotérique. Contrairement au conte qui est une affaire de la
nuit, le mythe peut être dit à n’importe quel moment de la journée, mais sa récitation ne peut
être que l’œuvre d’un initié. Le mythe ne peut être entendu que par un fidele ou un élu. Cette
restriction participe du non dit de ce genre.
On distingue trois types de mythes qui sont les mythes cosmogoniques, les mythes
étiologiques et les mythes généalogiques. Les mythes cosmogoniques s’intéressent à la
création et aux phénomènes atmosphériques. Les mythes étiologiques sont des mythes
d’initiation. Quant aux mythes généalogiques ou mythes de fondation, ils mettent l’accent sur
l’origine des hommes et des groupes sociaux.
La légende
La légende est un genre littéraire qui accorde de l’importance aux prédictions, aux
pressentiments, aux signes, aux interdits, aux rêves, aux malédictions qui tendent à donner au
héros un destin et à l’histoire un sens. La légende se différencie de l’épopée sur deux points :
-l’épopée a un narrateur institutionnel (griot) alors que la légende n’en a pas ;
-la légende est perçue comme un conte historique, alors que l’épopée est de l’histoire
embellie. L’assise historique de la légende est impossible à établir.
L’épopée
Considérée, depuis l’Antiquité, comme le genre littéraire le plus noble, l’épopée puise sa sève
de l’histoire, mais elle ne peut être assimilée à celle-ci qui demeure une science sociale et qui
se propose de découvrir la vérité, d’atteindre l’objectivité.
Pour Albert Ouédraogo (2005), le terme épopée en lui-même est problématique. En effet,
l’épopée se présente comme un long chant ou poème faisant l’apologie d’un héros dont
l’existence est attestée historiquement. A ce titre, l’épopée peut être considérée comme un
genre de fiction historique. Mais l’histoire, telle que véhiculée par l’épopée, est reconstruite
en fonction des intérêts du narrateur et des attentes de son auditoire. C’est pourquoi, dans leur
volonté d’émouvoir et d’enthousiasmer leur auditoire, les narrateurs de l’épopée (griots) se
sentent obligés de re-inventer la réalité ; la première étant, à leurs yeux, décevante.
Comme l’« épopée a pour but de faire rêver et d’émouvoir le public qui se la destine ; la vérité
épique ne saurait coïncider avec la réalité historique.
Pour Tandina (1983) l’épopée est un « long poème où le merveilleux se mêle au vrai, la
légende à l’histoire et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait ». De ce fait,
l’épopée vise à « célébrer des hommes et des femmes, qui par leurs prouesses, leur bravoure,
leur sens de l’honneur, leur respect de certains principes et certaines dispositions de leur
époque, se sont fait distinguer. En un mot, l’épopée est ce genre narratif, qui proclame les
exploits des hommes et des femmes, ayant marqué leur époque, pacifiquement ou par les
armes.
Mais, comme parler de soi manque de dignité, les héros épiques se mettent en quête d’agents
prêts à proclamer leur exploits : les griots.
Au vu de ces définitions, l’épopée apparait comme un récit, raconté par les griots, qui relate
les exploits d’hommes et de femmes, ayant marqué positivement leur époque.
En Afrique, on rencontre cinq (5) groupes d’épopée. Ce sont les épopées royales, les épopées
dynastiques, les épopées corporatives, les épopées religieuses et les épopées mythologiques.
Les épopées royales : elles proviennent des sociétés hiérarchisées en castes. Elles se
focalisent autour d’un personnage central qui est roi, prince, reine ou princesse. Ces types
d’épopée tournent autour d’une crise politique, née d’une une lutte de conquête du pouvoir.
C’est le cas par exemples de l’épopée de Samba Djaladjo, de Silamaka, de Hamo Bodédjo, de
Lat Dior Diop, de Samori Touré.
Les épopées dynastiques : elles ont pour centre d’intérêt la quête d’une légitimité sociale, à
travers la célébration d’un patriarcat ou d’un matriarcat. Ce type d’épopée fait assumer le rôle
de personnage central par toute une dynastie, et non par un seul un seul personnage. A ce titre,
on peut citer l’exemple de l’épopée de Soundjata. Dans cette épopée, la figure de la mère joue
un rôle important. En effet, c’est cette dernière qui est au centre du récit, en jouant le rôle de
personnage central en début. Mais cette référence va s’estomper à la fin de l’initiation de
Soundjata. Ce dernier pendra la relève, et entame la conquête du royaume manding, après
avoir enterré sa mère.
Les épopées corporatives : elles constituent le patrimoine de certaines professions ou
corporations. C’est le cas des pêcheurs, des chasseurs, des cultivateurs, des éleveurs. Ce type
d’épopée relate les exploits d’un personnage central d’une corporation déterminée, affrontant
les dangers du métier. Au Sénégal, on peut citer l’épopée Peekam des pêcheurs, celle des
éleveurs comme Amadou Sam Polel. Au Niger, on peut citer l’épopée du grand chasseur
Tahirou Koro, dont la vie a fait l’objet d’un film documentaire intitulé « la chasse au lion à
l’arc », tourné en 1957 par Jean ROUCH.
Les épopées religieuses : elles font l’apologie de la vie et l’action d’un saint homme. Ayant
donc une fonction apologique, elles entretiennent la mémoire du fondateur de la confrérie.
Dans ce genre d’épopées, la Djihad ou guerre sainte constitue le cadre dans lequel se réalisent
les exploits. Le héros y accomplit des miracles qui témoignent de la justesse de son combat.
On peut citer par exemples les épopées d’Elhadj Omar Tall, d’Ousmane Dan Fodio, de
Mahaman Jobbo.
Les épopées mythologiques : elles sont de longs récits, qui mettent en scène des héros,
bravant des épreuves surréalistes. Dans ce genre d’épopée, la magie est omniprésente et prend
même des proportions surréalistes. A l’image du conte fantastique, les épopées
mythologiques mettent en scène des héros marginaux, qui luttent contre des dieux. L’exemple
le plus illustratif est le Mvette où le héros Oveng se donne pour objectif la destruction du feu,
en vue d’acquérir l’immortalité.
Les épopées courtoises : ce sont des récits qui mettent l’accent sur les exploits amoureux.
Dans ces genres d’épopée l’exploit épique est inspiré par la quête d’une femme. L’exemple le
plus illustratif est celui du récit de Lobbo Soga et Sambo Soga. On peut aussi citer le récit de
Lobbo Jango.
Les genres mineurs ou genres formulaires
Les genres formulaires se présentent sous deux formes : les proverbes et les devinettes
(énigmes). A l’image des contes, les proverbes expriment des vérités universelles ou la
sagesse populaire. Les devinettes ou énigmes véhiculent une philosophie, un enseignement
permettant aux enfants d’exercer leurs mémoires.
La devise peut aussi être considérée comme un genre formulaire. Selon Christiane Seydou, la
devise consiste en un hymne à la gloire d’un héros ou d’une institution. Elle a pour vocation à
définir la personne ou l’institution en cernant sa réalité dans ce qu’elle a d’essentiel et de
caractéristique.

Les genres intermédiaires


Ce sont les chants et les chante-fables. Les chants sont des textes accompagnés de mélodie
(musique). On distingue deux types de chant : les chants sacrés et les chants profanes.
Les chants sacrés sont réservés aux cérémonies rituelles, et sont proférés par les initiés
(prêtres des différents cultes). Quant aux chants profanes, ils sont accessibles à tout le monde,
d’où leur caractère exotérique. Ils sont en rapport avec la vie quotidienne.
On distingue les chants de cérémonies (mariage baptême), les chants liés aux activités
économiques (travaux collectifs), les chants récréatifs (lutte, boxe), les chants lyriques
(expression de sentiments).
Les chante-fables qui sont des genres entre le chant et le conte, se présentent sous forme de
conte ou de fable mêlés de strophes chantées.
Le conte
Les structures formelles du conte
Le conte se détermine par deux traits essentiels : il est un art oral et une littérature totale qui
tient compte de tous les genres littéraires à la fois. La description d’une séance de conte
permet de mettre en évidence les caractéristiques qui déterminent les techniques de ce genre
et l’art de son conteur.
La séance d’ouverture ou préambule
Elle change d’une région à une autre. Son but est de créer une ambiance, une atmosphère de
bienveillance, de surréel où rien ne surprend. Ces formules de mise en train peuvent être des
chants, des devinettes, des conversations ordinaires. Après la mise en train, le conteur
interpelle son auditoire. Chez les Haoussa, le conteur commence par la formule : « votre
conte, votre conte », et l’assistance répond « qui vient de passer ». Chez les Songhay-zarma,
la formule consacrée par le conteur est : « mon conte, mon conte », et l’auditoire répond « ma
culture, ma culture ».
Chez les Bambara, le conteur commence par la formule « je vais raconter un conte », et
l’assistance lui répond « c’est un mensonge », et le conteur ajoute « tout n’est pas
mensonge ».
Le but de cette formule initiale est d’obtenir un silence et l’assurance que l’assistance est prête
à écouter.
La formule introductive
Après le préambule, le conteur qui a pris la parole dit la formule introductive. Celle-ci a pour
but de situer le conte dans un passé révolu, de faire oublier le présent et la réalité, de créer un
atmosphère de rêve. Cette formule de localisation temporelle est quasi-universelle. Elle se
caractérise par sa breveté. On peut citer comme formules introductives: (jadis, autrefois, il
y’avait très longtemps).
La narration du conte
Comme il s’agit de raconter une histoire, le plus important est la narration elle-même, c'est-à-
dire la manière de dire le récit. Quand le conte est connu de l’auditoire, il incombe au
narrateur de recréer le récit. Ainsi, on rencontre le bon conteur qui sait utiliser toutes les
techniques du conte, toutes les ressources personnelles dont il dispose pour émouvoir et
enthousiasmer son auditoire. Par la narration du conte, il s’agit pour le conteur de distraire,
émouvoir et instruire ceux qui l’écoutent. Pour ce faire, il doit faire preuve d’éloquence, de
culture et d’intelligence. En un mot, il s’agit de se faire apprécier par le public. A noter que
certains contes sont entrecoupés de chants.
Les formules finales du conte ou conclusion
Le conte se termine par des formules qui varient d’une région à une autre. La formule finale
du conte est parfois archaïque, ésotérique, incompréhensible et de fois intraduisible. Chez les
Songhay-zarma, le conteur finit le conte par la formule « que la tête de ma souris tombe au
feu ». Chez les Haoussa, le conte s’achève par la formule « que la tête de la souris crame ».
Le conte : temps, période, espace et public
Le temps
Généralement les séances de conte se tiennent la nuit après le repas du soir, au clair de lune ou
autour du feu de bois ou autour d’une lampe tempête. Dans certaines parties de l’Afrique,
comme en Afrique centrale, on peut dire un conte le jour, ce qui n’est pas le cas en Afrique de
l’ouest. Pourquoi ne doit-on pas conter le jour ? La réponse à cette interrogation est que le
conte a été créé et toujours dit la nuit. La transgression de cette tradition expose le conteur et
même la société toute entière à des conséquences fâcheuses.
Pour ce qui est du conteur, sa mère pourrait mourir ou ce dernier peut s’égarer en allant en
brousse. En ce qui concerne la communauté, elle serait victime de certains fléaux comme la
famine, la sécheresse, les épidémies, les décès. La raison la plus objective est que la nuit est le
moment le plus propice pour la distraction.
La période
Les périodes pour narrer les contes changent aussi d’une région à une autre. Dans beaucoup
de sociétés africaines, on peut conter à n’importe quelle saison de l’année. Certaines
communautés privilégient la fin des travaux champêtres. Ainsi, en Afrique de l’ouest, la
période des récoltes est plus favorable pour les veillées des contes. En effet, dans certaines
sociétés, conter pendant la saison des pluies, c’est s’exposer aux longues sécheresses,
synonymes de famine.
Chez certains groupes ethniques comme les Ashantis du Ghana, on conte aux funérailles d’un
grand conteur pour lui rendre hommage.
L’espace
Il n’y’a pas de lieu imposé ou approprié pour conter. Le conte peut être narré partout : au
campement, au village, à la place publique, sous l’arbre à palabre, dans la case.
Le public
Une séance de conte implique l’existence d’un certain nombre d’éléments, dont le public.
Celui-ci contribue à l’élaboration de la narration. Dans la plupart des sociétés africaines, le
conte est destiné aux enfants, pour les distraire et les éduquer. Mais pour Hampâté Bâ, le
conte est « pour les bambins qui s’ébattent au clair de lune, mon conte est une histoire
fantastique ; pour les fileuses de coton pendant les longues nuits de la saison froide, mon récit
est un passe-temps ; pour les mentons velus et les talons rugueux, c’est une véritable
révélation. Je suis donc à la fois utile, futile et instructif ».
Il ressort de cette définition que tout le monde trouve son compte dans le conte. De ce fait, le
conte instaure une situation égalitaire entre les participants. Le clivage jeunes / vieux,
hommes/femmes, cadets/ainés, grands/petits s’instaure. Pendant la performance, le public
s’instruit, se défoule, se délasse, s’amuse, fait des commentaires.
Les procédés comiques, la parodie, les éléments paralinguistiques (intonation, gestes, voix)
concourent à la création d’une atmosphère de détente.

La typologie des contes selon Denise PAULME


Denise PAULME distingue plusieurs types de conte. Ce sont :
Le conte ascendant : il met en scène un seul héros qui va à la quête et qui revient victorieux.
Il se présente comme suit : manque-péripéties-manque comblé.
Le conte descendant : il met aussi en scène un seul héros, mais ce dernier échoue dans sa
quête.
Le conte cyclique : il met en scène un seul héros qui va à la quête et se retrouve à son point
de départ (situation initiale). Il se présente selon le schéma suivant : situation initiale-
péripéties-situation initiale. Dans ce genre de conte, le manque n’est pas comblé.
Le conte en miroir : ce genre de conte met en scène deux héros (le vrai héros et le faux-
héros). Dans un premier temps, le héros va à la quête et sort victorieux. Jaloux de la victoire
du héros, le faux-héros décide lui-aussi de partir à la quête du même objet, mais ce dernier
échoue ;
Le conte en sablier : dans ce genre de conte, on a aussi à faire à deux héros (le vrai positif et
le héros négatif). A la fin du récit, le deux héros vont échanger leur situation initiale, car le
héros positif devient le héros négatif et vice-versa ;
Le conte en spirale : ce genre de conte comporte plusieurs séquences, qui peuvent être
ascendante ou descendante pour le héros, le faux-héros ou l’anti-héros ;
Le conte complexe : il est difficile à cerner car il mêle plusieurs types de conte.

Common questions

Alimenté par l’IA

Oral literature functions as a cultural transmission tool by preserving and passing down the identity, values, and norms of a society through verbal expression, particularly in the absence of a written script. According to A. KAM, it encompasses everything aesthetically said, conserved, and verbally transmitted by a people, affecting all societal aspects . Michel de Certeau describes it as a form of communication inherent to primitive or traditional societies, maintaining cultural continuity . This type of literature is normative, proposing models and dictating societal norms through proverbs and stories, thus playing a crucial role in social education and initiation .

Cultural narratives within oral literature reinforce communal values and identity by encapsulating collective experiences, morals, and historical lessons specific to a community. These narratives, transmitted across generations, serve as repositories of communal knowledge and identity, instilling societal values and norms through engaging stories and parables . The participative nature of oral literature strengthens communal bonds as individuals collectively engage in cultural reflection and identity construction . By maintaining a shared repository of knowledge, oral literature fosters social cohesion and continuity .

Performance elements in oral storytelling, such as audience interaction, significantly enhance the storytelling experience by involving the audience directly in the narrative process. This interaction creates a dynamic and participatory atmosphere where the public contributes to the storytelling, making it a collective cultural event . Effective storytellers utilize personal techniques, emotions, and eloquence to enthrall and engage audiences. This live interaction helps elicit emotional responses, ensuring that narratives are both informative and entertaining .

Griots serve as essential figures in the transmission of oral literature within African societies, often institutionalized as the 'memory-keepers' of a community. Their function includes collecting and recounting the histories of dynasties and royal families. They are crucial for preserving cultural narratives and ensuring that oral traditions are passed down through generations . Christiane Seydou notes the griots' expertise in historical knowledge, affirming their role in the continuity of cultural traditions .

The cultural context heavily influences the themes and structures of oral literature, as it reflects the values, beliefs, and experiences of the society that produces it. Ethnic groups have their unique systems and genres derived from their specific cultural backgrounds, resulting in a wide variety of narrative forms and themes . These narratives often include culturally specific elements such as hero myths, moral lessons, and historical accounts, tailored to resonate within their particular socio-cultural environments .

Oral literature is characterized by its accessibility and universality, differing from written literature in several ways. It is anonymous, functional, and community-oriented, with no claims of authorship, in contrast to written literature, which is author-centric and often seen as elitist . Oral literature relies on performance, public interaction, and the participation of audiences, unlike the solitary consumption typically associated with written literature. Additionally, it serves as a medium for cultural norms and education through an interactive format .

Oral literature could adapt to modern communication mediums while maintaining its traditional essence by incorporating digital platforms such as podcasts, social media, and video streaming. These platforms can host traditional storytellers and griots who engage audiences with live storytelling, thereby preserving the interactive nature of oral traditions. Additionally, digital archives could store recordings of oral narratives, allowing wider and more permanent dissemination while keeping the traditional elements intact . By adapting the performance aspect of oral literature, it remains accessible and relevant in a rapidly modernizing world .

Oral literature plays a fundamental role in maintaining linguistic diversity by ensuring the survival and transmission of languages, especially those without a written form. It encapsulates and communicates cultural and linguistic nuances unique to each community, fostering the survival of diverse languages through active use in storytelling and everyday oral traditions . Oral narratives are tailored according to the specific linguistic and cultural contexts they arise from, thus preserving linguistic diversity within traditional societies .

Societal structures, such as age and gender, influence the oral literature experience by dictating audience composition and interaction dynamics. The egalitarian nature of storytelling sessions allows participants from diverse backgrounds (young and old, men and women) to engage equally, creating a shared cultural experience . Despite existing societal hierarchies, the storytelling milieu often blurs these divisions, enabling everyone to derive different forms of enjoyment and instruction from the narratives presented .

Oral literature contributes to the education of children within traditional societies by using stories, proverbs, and songs to impart ethical values and societal norms interactively. Storytelling sessions serve as educational platforms where children learn important life lessons and cultural knowledge in a manner that is both entertaining and didactic . This form of literature fosters imagination and critical thinking, thus playing a crucial role in the developmental and educational processes .

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