Introduction à la stratigraphie en biologie
Introduction à la stratigraphie en biologie
STRATIGRAPHIE
LICENCE 1 BIOLOGIE
MONDE Sylvain
Professeur titulaire
sylvain.monde54@[Link]
SOMMAIRE
Chapitre 2 : Lithostratigraphie
I - Terminologie
II- Organisation spatiale des formations sédimentaires.
Chapitre 3 : Biostratigraphie
I - Généralités
II - Fossiles stratigraphiques
III - Biozones
IV- Relation biostratigrphie, lithostratigraphie, chronologie
I - Intérêts de la Stratigraphie
Trois buts principaux sont poursuivis par les stratigraphes:
- buts pratiques (appliquésou economiques
- scientifiques
- historiques (Géologie historique)
II - Aperçu historique
La notion de Stratigraphie s'est dégagée progressivement au cours des siècles:
1 - PYTHAGORE 6è siècle avant J.C constate l'existence de
coquilles marines dans les roches et a fait le premier raisonnement stratigraphique en
supposant la présence de la mer autrefois sur le continent actuel.
2 - HERODOTE 5è siècle avant J.C. observe des fossiles en Egypte
et en conclue à l'accroissement du delta du Nil
3 - LEONARD DE VINCI (1452-1519) et BERNARD PALLISSY
(1510-1590) reconnaissent des fossiles comme des vestiges d'êtres vivants du passé.
4 - NIELS STENSEN (NICOLAS STENO) (1638-1686) Ce savant
danois installé à Florence peut être considéré comme le premier stratigraphe, il est en
effet à l'origine des notions telles que:
- la sédimentation marine
- le principe de superposition des couches
- la postériorité des plis par rapport aux couches
- transgression et régression
5 - James HUTTON (1726-1797) savant écossais a introduit les
concepts suivants:
- le rôle du temps en géologie
- l'érosion
- les forces orogéniques
- les roches ignées
- les discordances
- l'uniformitarisme
C'est à lui que l'on doit par exemple la reconnaissance de la discordance du Dévonien
(vieux grès rouges) sur le Silurien. Il a démontré que le basalte était à l'état fondu à
l'origine et surtout que les processus géologiques actuels et passés étaient identiques "le
présent est la clé du passé" idées qui seront reprises par Lyell (1797-1875).
6 - WILLIAM SMITH (1769-1839) Cet éminent savant anglais,
géomètre de formation est considéré comme le fondateur de la géologie historique.
C'est lui qui a montré le premier que les fossiles peuvent être utilisés pour
l'identification et donc la corrélation des strates. Il a publié la carte géologique de
l'Angleterre et du Pays de Galles.
7 - Au XIXème siècle et au XXè siècle. On assiste à l'éclatement de
la géologie en spécialités multiples. C'est en 1893 que Albert de LAPPARENT propose
la première échelle stratigraphique mondiale. Aujourd'hui, il existe un code
stratigraphique mondial et un lexique stratigraphique international comportant de
nombreux volumes subdivisés régionalement. Afin d'avoir un minimum de concertation
se tient tous les 4 ans un Congrès géologique international. 28 ont eu lieu, le dernier
s'est tenu à Washington D.C en Juillet 1989.
5 – Le principe d’inclusion
6 Le principe de l'actualisme. On l'appelle également uniformitarisme
ou principe des causes actuelles. C'est à dire que les phénomènes anciens, sont de même
nature que les phénomènes actuels. "Le présent est la clé du passé" écrivait Lyell en
1830. Les mêmes causes produisant les mêmes effets. Toutefois, l'intensité des causes
est variable dans le temps. Tout ceci doit être modulé par la notion de durée et d'échelle.
En effet, bien des phénomènes ne peuvent pas être perçus à l'échelle de la
vie humaine. Exemple: un cycle orogénique, une pénéplation, la séparation
Afrique/Amérique: 1cm/an. Ainsi, le stade actuel du globe est un état passager d'une
longue évolution qui se poursuit. Cependant ce principe doit être nuancé, en effet
certains facteurs ayant une influence sur les phénomènes géologiques ou
paléontologiques ont évolué au cours du temps. Exemple: la Composition de
l'atmosphère; au Précambrien supérieur a débuté la vie algaire et donc la photosynthèse
entraînant la production d'oxygène.
- Conclusion
Ces différents principes aboutissent à la mise en oeuvre de méthodes adaptées:
- lithologiques lithostratigraphie
- paléontologiques biostratigraphie.
La biostratigraphie a un domaine d'application plus vaste que la lithostratigraphie car
elle permet de constituer une échelle chronologique (Fig.1 : Echelle
chronostratigraphique) relative à usage général puisqu'elle intéresse toute la surface du
globe pendant tout le phanérozoïque. La lithostratigraphie est beaucoup plus tributaire
de variations locales notamment de faciès. D'autres méthodes indirectes se sont
développées surtout en prospection pétrolière grâce au progrès technologique. Citons
les diagraphies différées ou la sismostratigraphie.
CHAPITRE 2 LITHOSTRATIGRAPHIE
Comme indiqué dans l’introduction, la première démarche stratigraphie est
la description macroscopique des couches. Elle commence donc par le relevé des
caractères de chacune d’elles: nature lithologique, pétrographique, caractères physiques:
épaisseur, compaction, coloration..., Caractères biologiques: fossiles, caractères
sédimentologiques (figures...). Tous ces renseignements définissent le faciès d’un dépôt
et caractérisent son milieu d’origine.
I - Terminologie formelle
La hiérarchie des unités lithostratigraphiques s’établit comme suit:
1 - Le groupe
C’est une unité lithostratigraphique à valeur régionale, à son nom est attaché
un lieu géographique. Un groupe est composé de plusieurs formations que l’on va
définir ci-dessous. Un groupe peut comporter des formations à lithologie différente
voire des roches intrusives et sédimentaires. La composition d’un groupe peut ne pas
comporter toujours les mêmes formations (variations latérales de faciès: lentilles). Le
groupe peut parfois se réunir en super groupe.
2 - La formation
C’est l’unité fondamentale de la lithostratigraphie. La colonne
stratigraphique peut être subdivisée en autant de formations qu’il y aura d’unités bien
définies et homogènes. Le degré de variabilité dans la lithologie requis pour créer une
formation distincte d’une autre n’obéit pas à des règles strictes, elle dépend de la
complexité de la région et de la somme des informations nécessaires pour décripter son
histoire géologique. De même certaines formations feront moins d’un mètre, d’autres
plusieurs milliers de mètres selon la taille des unités nécessaires pour rendre compte de
la stratigraphie de la région (ex: séries condensées, ou au contraire taux de
sédimentation très élevé). Pratiquement, de bonnes coupes de référence et une
reconnaissance facile sur le terrain sont requises pour définir une formation, laquelle
porte comme le groupe, un nom géographique. Ex: formation de Fresco. Les anciens
auteurs avaient souvent coutume de désigner les formations par le fossile
stratigraphique qui s’y trouvait. C’était quelquefois pratique mais souvent ennuyeux car
la biozone du fossile était souvent différente des limites de la formation.
3 - Le membre
C’est la subdivision que l’on peut créer à l’intérieur d’une formation lorsque
le besoin s’en fait sentir (exemple: différences lithologiques significatives). Le membre
fait toujours partie intégrante d’une formation.
4 - Le banc (ou lit)
C’est la couche ou strate élémentaire dans la hiérarchie lithostratigraphique.
Les anglo-saxons parlent de “bed”. Un banc se définit par sa base et son sommet: ce
sont des surfaces de stratification, le sommet du banc porte le nom de toit, la base du
banc celui de mur. L’épaisseur d’un banc peut être très variable (quelques centimètres
à plusieurs mètres). Lorsque les bancs ou lits sont très peu épais, on parle de lamines.
D’autres termes moins formels peuvent se rencontrer. Exemple: niveau, on parle de
niveau repère pour désigner un banc particulier facilement identifiable dont on se sert
pour se recaler dans la stratigraphie d’une formation affleurant en différents endroits.
Le terme horizon est souvent employé pour désigner un banc particulier. Pour exprimer
certaines discontinuités à l’intérieur d’un banc, on peut parler de passées. Lorsque le
banc s’interrompt et devient discontinu, on peut parler de lentilles ou de langues.
b) Discontinuités sédimentaires
Elles sont dues à une interruption de la sédimentation durant une période
plus ou moins longue, avec ou sans changement de la nature des sédiments. Les durées
de ces interruptions peuvent aller de quelques années à plusieurs millions d’années.
Elles peuvent être dues à des phénomènes mineurs:: variation du cours d’un fleuve,
migration d’un delta par exemple, ou procéder au contraire de phénomènes plus
importants dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire des phénomènes majeurs. On
sera donc amené à distinguer des discontinuités mineures et des discontinuités
majeures.
Les discontinuités mineures séparent des sédiments de nature plus ou moins
semblable. Elles peuvent présenter des figures de surface de banc (bedforms en anglais)
exemple: rides, figures d’érosion, fentes de dessication, traces d’activité d’organismes
etc...
Les discontinuités majeures ont en général une extension régionale
importante et sont accompagnées le plus souvent d’une lacune stratigraphique
significative. Elles correspondent à une limite de cycle sédimentaire (transgression,
sédimentation, régression) ou de cycle orogénique (phases tectoniques).
Les couches de part et d’autre de la discontinuité peuvent être en
concordance mais néanmoins séparées par un “hard-ground” ou surface durcie.
Exemple: le hard ground souvent rencontré à la limite Crétacé/Eocène (caractérisée par
la présence de nodules phosphatés).
Les couches peuvent et c’est plus fréquent, être discordantes. On distingue
classiquement la discordance angulaire de la discordance cartographique. La première
se met bien en évidence en coupe où l’on observe que les couches n’ont pas le même
pendage de part et d’autre de la discontinuité (fig.4b). La surface de discordance peut
être plane comme dans cet exemple ou au contraire se présenter comme une surface
irrégulière correspondant au relief existant au moment de la mise en place de la couche
discordante, on parle de paléorelief (fig.4d). La discordance cartographique comme son
nom l’indique est mise en évidence en plan c’est-à-dire sur la carte. Elle est facile à
reconnaître car le contour de la couche (ou des couches) discordante repose sur des
terrains d’âges différents. Il est fréquent qu’une discordance recoupe des structures
géologiques qu’elle peut masquer partiellement (fig.4d). Une couche sédimentaire peut
être discordante sur une série de couches sédimentaires ou sur le socle( Ex: Fig.5).
Certaines discontinuités peuvent être confondues avec des discordances
stratigraphiques. Ce sont par exemple: les remplissages de chenaux (rivière, delta) qui
par migration successive de leurs cours forment des stratifications entrecroisées. (Il n’y
a pas eu interruption de la sédimentation mais déplacement de l’axe de celle-ci( fig.4
bis a). L’interruption d’une schistosité dans un banc plus compétent peut être confondue
sur le terrain avec une discordance:( Fig. 4 bis b ; nécessité dans ce cas de retrouver la
stratification S0). Ce peut être enfin un contact anormal par faille (cisaillement,
chevauchement) qui peut en plan comme en coupe être confondu avec une discordance:
(Fig.4 bis c ; nécessité de rechercher les critères structuraux: marqueurs, stries etc...).
Enfin un autre type de discontinuité qui n’est pas toujours une discordance
stratigraphique: c’est le ravinement (que l’on doit préférer au terme de discordance de
ravinement) s’il s’agit du creusement pendant le dépôt de la couche de dépressions ou
chenaux (exemple: par les courants marins) remplis aussitôt après par le même
sédiment (Fig.6). Ces ravinements n’ont jamais une grande extension horizontale et les
couches ont le même pendage de part et d’autre. Il peut demeurer une certaine
ambiguïté dans le cas particulier où existe entre deux couches de même nature
lithologique (exemple: calcaire) une discordance stratigraphique réelle mais non
évidente en coupe (exemple: discordance cartographique). Les couches étant en
accordance (c’est-à-dire en concordance apparente): couches horizontales par exemples.
Le ravinement acquiert dans ce cas précis une valeur de discordance stratigraphique cf.
ci-dessous:
Eocène Miocène
Zone B
_________
_________ Zone A/B
Zone A
_________
Si on se reporte à l'exemple de la figure 14, on peut trouver pour la
Sedgwickii zone définie par le fossile 43, la zone d'extension concommitante du 25 et
du 44 qui recouvrent la même période.
- Une zone d'extension en relais "consécutive range zone", ce type de zone
se caractérise par l'apparition ou la disparition d'un taxon l'un à la suite de l'autre. Ils
peuvent coexister avant ou après la limite de zone en fonction des deux cas
envisageables.
cas n°1
IV - Chronologie absolue
1 - Rappels sur la radioactivité
Le phénomène de la radioactivité a été découvert par Henri Becquerel en
1895. Un certain pourcentage (faible) d'éléments naturels possèdent la propriété de se
désintégrer de façon spontannée et constante pour se transformer en un autre élément de
nature différente. C'est ce que l'on appelle la transmutation. Elle peut donner un autre
élément lui même radioactif pour aboutir en fin de chaîne à un élément stable. Ces
transmutations s'accompagnent d'une émission d'énergie sous forme de rayonnement.
Rappelons que chaque atome est caractérisé par deux nombres:
1) le numéro atomique qui indique le nombre de protons dans le noyau. Il
est égal au nombre d'électrons orbitaux dans le cas ou l'atome n'est pas ionisé,
2) la masse atomique qui est le total des neutrons et protons du noyau.
16
Ex: O n° atomique :8
8
masse atomique : 16
à côté des éléments stables existent des isotopes. Ce sont des éléments qui
ont le même numéro atomique mais des masses atomiques différentes.
Ex: Le carbone C
12
C représente 98,8% mais existe aussi le
6
13 14
C et le C
L'oxygène O
16
O représente 99,8% mais existe aussi
17 18
O et O
le Potassium K
39
K représente 93,1% mais existe aussi
40 41
K K
l'Uranium U
238 235 234
U qui représente 99,3% de l'U mais existe aussi U et U
Donc, comme on l'a dit plus haut, certains de ces isotopes sont radioatifs,
c'est-à-dire qu'ils vont se transformer en un autre élément par modification du noyau,
celle-ci s'accompagne d'émissions de rayons α, β, γ. Les alpha sont des noyaux
d'Hélium, ils ont une charge positive et sont peu pénétrants:
Ex: l'U
238 234
U α Th
Le noyau d'uranium a perdu 2 unités de charge et 4 unités de masse
4 2+
He
Les rayons β sont des électrons ils ont une charge négative et sont
pénétrants, ils ont une masse négligeable: la masse atomique ne sera donc pas touchée:
234 234 -λΤ
ex: Th β Pa β: e
proactinium
Le noyau radioactif lui par contre gagne une charge (proton supplémentaire)
Les rayons γ sont des rayons très pénétrants (comme les rayons X) jusqu'à
20cm de Pb; ce sont des particules sans masse de type photon.
2 - Utilisation des radioisotopes en chronologie
Les désintégrations successives ne sont pas tributaires des facteurs
physiques environnants mais seulement du facteur temps, ce qui se traduit par la
formule :
- λT qui est une fonction exponentielle décroissante où N est la quantité d'un
N = No e
élément radioactif présent au bout du temps t, N la quantité de cet élément à l'origine , λ la constante
o
de désintégration propre à l'élément. On a appellé Période (sous entendu de demi-vie) le temps
nécessaire pour que la quantité d'un élément radioactif soit réduit de moitié.
Pour qu'un élément radioactif perde la moitié de sa masse, il faut un temps T tel que:
N -λT -λΤ
o = Noe soit 1 = e
2 2
Chacune de ces méthodes donne des âges qui ne sauraient dépasser deux
limites: l’une inférieure imposée par la quantité restante de produit qui ne doit pas être
trop faible pour être dosée efficacement, l’autre supérieure au dé-là de laquelle c’est la
quantité de produits de désintégration qui devient trop faible. Le carbone 14 permet de
remonter au maximum à 50 000 ans: 10 périodes de une demi vies se sont écoulées
pendant ce laps de temps. - 100 ans est la limite supérieure. Le carbone 14 présent dans
l’atmosphère où il se forme sous l’influence des rayons cosmiques à partir de l’azote N
de façon constante en se combinant avec l’oxygène de l’air il sera absorbé par les êtres
vivants (plantes, animaux), la quantité de carbone radioactif est mesurée par un
compteur Geiger qui compte le nombre de désintégration /seconde. Pour les temps plus
anciens les méthodes les plus utilisées sont Uranium-Plomb, Potassium-Argon; pour
des périodes très anciennes, le Rubidium-Strontium donne de bons résultats.
Notamment en utilisant la méthode des isochrones où sont portés sur une droite
plusieurs échantillons ou minéraux avec des compositions isotopiques différentes. La
pente de la droite obtenue est fonction de l’âge. Ex: isochrone d’un granite:
3 - Intérêts et limites de la radiochronologie
L’intérêt est évident, il permet de connaître l’âge réel des roches étudiées,
elles sont des méthodes irremplaçable pour la datation des terrains du Précambrien.
Les limites de ces méthodes sont de plusieurs natures. La première est
financière car ces méthodes nécessitent un appareillage extrêmement onéreux: le
spectromètre de masse qui est l’appareil capable de séparer les particules de masse
différente (par bombardement d’électrons), elles subissent une déflection
proportionnelle à leur masse grâce à un champs magnétique intense, le tout étant
effectué sous vide. Seule la méthode au carbone 14 est plus abordable car elle ne
nécessite qu’un compteur Geiger mais son domaine d’application est malheureusement
le plus limité (100 à 50 000 ans). La deuxième limite est parfois la précision. Chaque
mesure est entachée d’une certaine, imprécision qui est fonction de la méthode utilisée,
du matériel de départ, de la quantité d’isotopes présents etc... Donc chaque âge absolu
doit être présenté avec sa fourchette d’incertitude:
exemple: une datation de 11 460 ans au carbone 14 a une incertitude de plus
ou moins 250 ans;
une datation de roche volcanique du Dévonien par la méthode Rb/Sr qui
donne un âge de 395 a une incertitude de plus ou moins 6 millions d’années.
4 - Méthode de chronologie n’utilisant pas la radioactivité
a) les varves
Elle n’a qu’un domaine d’application très restreint mais possède une très
bonne précision, il s’agit de l’utilisation des dépôts varvés des régions périglaciaires.
Les varves sont des dépôts rythmiques saisonniers qui s’effectuent dans des lacs. Il
existe une nette différence entre les lits déposés l’été qui sont de teinte claire et de
granulométrie grossière et ceux déposés l’hiver qui sont de teinte sombre et plus fins
comme le montre la figure 42. Ils ont aussi une épaisseur plus importante en été (dégel)
qu’en hiver (fig.44). Pour chaque site étudié, il est possible d’établir une chronologie
absolue des varves (l’unité de compte est l’année) à partir d’un repère connu et
d’effectuer des corrélations de proche en proche (fig.43). Il est bien évident qu’avec ce
type de méthode, on ne peut dater que les évènements récents, le maximum a été - 16
000 ans. Ce sont des méthodes utilisées surtout en archéologie et dans l’étude du
Quaternaire très récent.
b) la dendrochronologie
C'est une méthode qui interesse les anneaux de croissance des arbres.
On part d'un arbre vivant, serié ou foré, que l'on compare à des bois de charpente
ou de fortification anciens, ou encore à des arbres enfouis sous une coulée
volcanique. A partir des anneaux de croissance de Pinus ponderosa, on a calculé
que l'éruption du Sunset crater (Arizona) s'était produite entre l'été 1064 et l'été
1065 de notre ère. On peut compter ainsi jusqu'à 6 millénaires avec une très
grande précision.
c) La téphrochronologie
Il s'agit de datation plutôt historique que géologique. Elle consiste à
détecter dans un sédiment, les cendres d'une éruption volcanique connue et si
possible suffisament violente pour que les minéraux tel que la hornblende, l'augite
ou l'olivine aient été dispersés sur une aire étendue ou même sur toute la surface
de la terre comme ce fut le cas pour le Krakatoa (Indonesie) en 1883.
d) Stries d'accroissement des invertébrés marins (WELLS)
VI - Comparaisons entre les chronologies relatives et absolues
Les méthodes de chronologie relative se fondent essentiellement sur l’étude
des roches sédimentaires. Celles de la chronologie absolue portent surtout sur les roches
éruptives et métamorphiques car il faut que l’élément radioactif incorporé dans la roche
ou le minéral soit contemporain de la formation à dater. Ceci peut difficilement se
rencontrer dans les roches sédimentaires mis à part les cas du carbone et aussi celui du
potassium qui peut être mesuré dans les minéraux argileux de néoformation comme les
glauconies (c’est un minéral argileux formé en domaine marin, le Paléocène de Fresco
en est très riche) mais certains contestent la précision des datations sur glauconie.
VII - Chronologie magnétique
C’est une méthode de datation qui procède à la fois de la chronologie
absolue et relative, elle est fondée sur la mesure du paléomagnétisme c’est-à-dire du
champ magnétique existant dans le passé.
1 -Rappels de magnétisme
Le magnétisme est la possibilité qu’ont tous les corps placés dans un champ
magnétique, d’acquérir une aimantation.
Cette aimantation peut être permanente dans les corps ferromagnétiques (ce
sont les corps attirés par un champ de faible intensité) que sont le fer, le nickel, le cobalt
ou certains minéraux comme la magnétite, l’hématite ou l’ilménite. Ces minéraux
enregistrent le champ régnant au moment de leur formation ou plus précisément au
moment où leur température de refroidissement atteint leur point de Curie. En dessous
de cette température, le champ ambiant est sans influence. Le point de Curie du fer est
de 750°C, celui de la magnétite 578°C, celui de l’hématite 675°C, celui ce l’ilménite
150°C. Cette aimantation peut être temporaire, c’est le cas général, la majorité des
matériaux étant paramagnétiques (attirables par un fort champ magnétique: électro-
aimant) ou bien encore: diamagnétiques c’est-à-dire non attirés par un champ
magnétique même de forte intensité (ex: diamant, quartz). Ce sont les corps
ferromagnétiques qui seuls seront utiles en paléomagnétisme.
2 - Le paléomagnétisme
Dans les roches volcaniques le champ est fossilisé directement au moment
ou la température des minéraux ferromagnétiques qu’elles contiennent passe au dessous
du point de curie.
Dans les roches sédimentaires, le champ est fossilisé indirectement par
orientation des particules ferromagnétiques dans le champ magnétique régnant au
moment du dépôt.
Les données du paléomagnétisme sont de deux ordres:
- les directions du champ qui renseigne sur la position du pôle. On a ainsi
pu établir pour un continent donné une courbe de dérive des pôles. Cette dérive
apparente est en fait provoquée par le déplacement réel lui, du continent. C’est ainsi que
pour l’Afrique et l’Amérique du Sud on a trouvé des valeurs en longitude et en latitude
différentes, ce qui fut un argument pour prouver la dérive des continents (fig.45);
- le sens du champ ; le sens des champs magnétiques enregistré est soit de
même sens que le champ actuel soit de sens opposé. On dit que le champ est normal ou
inverse par référence à l’actuel.
3 - Paléomagnétisme et chronologie
C’est l’étude des fonds océaniques notamment au niveau des dorsales qui a
ouvert la voie à l’utilisation du paléomagnétisme en chronologie. On avait en effet
constaté que les matériaux émis au niveau des dorsales se disposaient en bandes
allongées symétriquement par rapport à la dorsale. En mesurant leur magnétisme
rémanent on s’est aperçu que l’on retrouvait une même alternance d’anomalies
magnétiques positives (champ résiduel s’ajoutant au champ normal) et d’anomalies
magnétiques négatives (indiquant par là un champ résiduel de sens opposé : fig.46). En
comparant ces différentes anomalies avec celles de roches du continent datées , il a été
possible d’établir une échelle magnétostratigraphique. La figure 46bis est une
illustration de ceci. On constate le grand nombre d’inversion du champ au cours des
derniers 70 millions d’années. Le paléomagnétisme a d’autre part permis de chiffrer la
vitesse de déplacement des plaques et de déduire les positions respectives des
continents; l’exemple de la figure 46 ter pris en Atlantique nord montre un certain
nombre de bandes dont les âges ont été déterminés. On notera la symétrie par rapport à
la ride médio-océanique et l’âge croissant des laves au fur et à mesure que l’on
s’éloigne d’elle. La distance actuelle entre New York et Marrakech est d’environ 7 000
km si l’on met en coïncidence à 81 millions d’années on en déduit une distance
d’environ 4 500 km ce qui implique un déplacement moyen d’environ 3 cm/an.
L’Amérique du Sud et l’Afrique du Sud s’éloignent l’un de l’autre à une vitesse
d’environ 4 cm/an. Les 2 masses continentales étaient collées il y a 150 millions
d’année c’est-à-dire au Jurassique, on en a d’ailleurs des preuves paléontologiques et
stratigraphiques.
CHAPITRE 5 : STRATIGRAPHIE ET
PALEOGEOGRAPHIE
I - Notion de faciès sédimentaire
Le faciès d’une roche sédimentaire est l’ensemble de ses caractères
lithologiques et paléontologiques. Les “lois” portaient sur la répartition horizontale des
faciès, leur répartition verticale et les interprétations des faciès suivant leur proximité
des rivages. Lorsque les caractères utilisés sont macroscopiques, on parle simplement
de faciès, quand ils sont microscopiques, on parle de micro-faciès. Les caractères
lithologiques font appel à toutes les distinctions pétrographiques: nature: calcaire,
siliceuse, argileuse... structure, texture etc... Les roches détritiques terrigènes sont
divisées en trois classes d’après la taille de leurs éléments :
rudites > 2 mm
arénites entre 2 mm et 63 μm
lutites < 63 μm
Les roches calcaires sont divisées en 2 grandes classes :
- les micrites ( à ciment microcristallin)
- les sparites (à ciment de calcite spathique)
On y ajoute un préfixe évoquant la nature des éléments pris dans le ciment
(dits allochems) intra pour les intraclastes, oo pour les oolithes, pel pour les pellets
etc... Exemple: oomicrite, pelsparite (cf. T.P.).
Le faciès fait aussi référence au contenu faunistique de la roche. Si les
fossiles stratigraphiques sont les piliers de la chronologie relative, il en est d’autres qui
sans avoir un interêt majeur pour les datations de terrain n’en renseigne pas moins sur le
milieu dans lesquels ils vivaient. Un bon exemple de fossiles de faciès est ceux que l’on
trouve associés aux récifs, et tout d’abord les coraux, mais aussi des éponges, des
Lamellibranches (ex: Rudistes) des Brachiopodes, des Echinodermes etc...
II - Les facies dans l’espace et le temps
1 - Dans l’espace
On a vu que des couches de même âge peuvent passer latéralement à des
faciès différents (voir figure 29). On observe des passages latéraux de faciès entre le
continent et le domaine marin; disposition que l’on retrouvait lors des transgressions
(figure 36). La reconnaissance des passages latéraux se fait par l’application du principe
de l’identité paléontologique, de celui de superposition et de continuité.
2 - Dans le temps VOIR TD
III - Les différents faciès
1- Les faciès continentaux
Ils sont les plus faciles à étudier, car plus faciles à identifier directement. On
reconnaîtra aisément par exemple:
- des faciès glaciaires: par la présence de roches moutonnées; par des
moraines avec des galets striés, des argiles à blocaux, des tillites etc..
- des faciès éoliens par la présence de galets à facettes “ Drei kanter “, par
la morphoscopie des sables: exemple pourcentage élevé de ronds mats
- des faciès fluviatiles par la présence d’un matériel particulier, de
séquences typiques ( fleuves en tresses, fleuves en méandres).
2- Les faciès marins
La reconstitution des domaines marins est plus compliquée que celle des
domaines continentaux. Il faut en effet dans un premier temps, prouver l’existence de la
mer dans une région; ensuite , préciser ses limites d’extension ( rivages) et enfin
rechercher la nature de ces milieux marins ( profondeur , sédimentation etc..).
Les profondeurs marines sont naturellement difficilement accessibles à
l’observation et à la reconstitution des processus sédimentaires encore que
l’océanographie ait fait au cours de ces quinze dernières années, des progrès
considérables grâce aux programmes de recherches international tel le D.S.D.P ( Deep
Sea Drilling Projects) ou l’I.P.O.D.( International Program of Ocean Drilling) qui ont
implanté de par le monde entier, des centaines de sondages profonds qui se révèlent être
des sources irremplaçables pour la connaissance de l’histoire des fonds marins. Les
plongées en submersibles habités ou non ont également fourni de précieux
renseignements sur les fonds marins, les conditions de la sédimentation, les
morphologies des dorsales médio-océaniques, les faunes profondes etc...
Les composants des dépôts marins ont trois origines principales:
1) terrigènes
Ce sont les matériaux provenant de l’érosion du continent qui sont apportés
par les agents dynamiques externes que sont les eaux courantes, les glaciers ou les
vents. La nature de ces terrigènes est essentiellement silico-argileuse
2) benthiques:
Matériaux résultant de l’activité d’organismes vivant sur le fond ou de leurs
restes ( récifs, coquilles , algues etc...).
3) pélagiques:
Matériaux produits par l’activité des organismes vivant en pleine eau
( essentiellement leurs restes) mais aussi des matériaux apportés par le vent et
sédimentés par simple décantation( Fig.57)
Le domaine marin est classiquement découpé en un certain nombre de zones
qui sont:
- la zone néritique
C’est le domaine du plateau continental. La limite inférieure de cette zone
est le début du talus ou pente continentale, elle se situe à une profondeur voisine de -
200 mètres. C’est en quelque sorte le prolongement du continent en mer, il est parfois
très réduit. La limite supérieure s’appelle la zone littorale ou zone de battement des
marées. On subdivise cette zone littorale en trois sous-zones qui sont la zone
supralittorale qui n’est atteinte qu’aux grandes marées, par la mer (la zone s’appelle
également supra-tidale), la zone médio-littorale ou intertidale qui se situe entre les
hautes et basses mer normales, la zone infra-littorale ou infratidale se situe en dessous
des basses mers normales, elle peut être exceptionnellement découverte (en partie) lors
des grandes marées.
- La zone bathyale
C’est une zone qui inclue la pente continentale donc de -200 m à environ
3000 et s’arrête au niveau des plaines abyssales.
- La zone abyssale
C’est le domaine marin profond avec une sédimentation essentiellement
planctonique. Les plaines abyssales sont parfois parcourues par des fossés océaniques
encore plus profonds jusqu’à 8000 m et même au dé-là (10 000 m).
De tous ces domaines marins, c’est naturellement le domaine néritique qui
est de loin le plus riche en faune. Toutes ces zones sont illustrées à la figure 55.
IV - Interprétation des faciès
L'interprétation des faciès du milieu continental est , on l'a vu beaucoup plus
facile à faire car beaucoup plus accessible à l'observation. Les modèles actuels de
sédimentations éolienne, fluviatile, glaciaire sont évidemment autant de références
irremplaçables pour l'interprétation des milieux anciens.
Le milieu marin se prête un peu moins bien aux reconstitutions surtout les
milieux profonds. Mais on est arrivé au cours de ces dernières années à accumuler un
nombre de données substantielles concernant principalement ,il est vrai le domaine
néritique.
1 - Exemple de reconstitution en domaine néritique: l'environnement récifal
Les faciès organogènes sont facilement reconnaissables et donc d'analyse
assez facile. On a pu ainsi reconstituer le milieu récifal au cours des temps géologiques.
La figure 56 illustre un récif du type barrière très fréquent autour des côtes
du Pacifique. Le récif s'individualise en plusieurs zones qui sont numérotées de 1 à 7:
1: partie active du récif où les organismes constructeurs sont en position de
vie; c'est ce que l'on appelle le Bioherme principal
2: une partie satellite du Bioherme principal
3: partie non active du récif constituée par l'amoncellement de restes
d'organismes constructeurs; c'est le Biostrome
4: en avant du récif, brèches récifales résultant de la destruction sporadique
par vagues du Bioherme et du Biostrome qu'elles protègent
5: glissement et épandages de boues organiques calcaires issues du lagon et
entraînées dans les passes entaillant le Bioherme
6: sédiments de haute mer plus ou moins mélangés de débris du récif
7: sédiments du lagon, sédimentation détritique et chimique (calcaire,
dolomie) plus ou moins terrigène suivant les apports des cours d'eau.
Cette disposition classique se retrouve par exemple au Crétacé où l'on
retrouve à la figure 58 une disposition tout à fait similaire. L'organisme constructeur est
ici le rudiste. On observe une zone où les rudistes sont en position de vie, c'est le
Bioherme correspondant à la zone récifale (S.S) en avant de cette zone, les rudistes
couchés forment le Biostrome et l'on retrouve face au large, la zone de brèche récifale.
Dans la zone interne au récif, ce sont des sédiments de type marnes qui traduisent une
zone de faible turbulence. Dans cet exemple, ont été figurées les microfaunes associées:
Globotruncana en haute mer et orbitoïdes en zone subrécifale.
En dehors du domaine récifal qui est un biotope bien particulier, les milieux
néritiques anciens sont relativement facile à identifier d'une part grâce aux faunes
benthiques fossiles qu'elles contiennent d'autre part grâce aux microfaciès et structures
sédimentaires qu'elles renferment.
2 - Le milieu bathyal
C'est à dire un milieu où la sédimentation est surtout pélagique (mais pas
uniquement : cf les turbidites). Leur interprétation est plus délicate et se pose
essentiellement le problème de la profondeur. On sait qu'elle est supérieure à celle du
milieu néritique (> 200 m) mais sans pouvoir dire combien et dans le cas où la
sédimentation est terrigène fine comme dans les plaines abyssales, le domaine
d'incertitude est encore plus grand (on ne sait si on est à -500 ou à -5000 m). Toutefois,
les faunes et en particulier les microfaunes peuvent donner certaines indications.
Faute de connaître la profondeur avec précision, on peut avoir des
indications sur la pente du fond.
Par la présence de brèches de flancs qui se forment par gravité, elles sont
intraformationnelles et monogéniques (contrairement aux vraies brèches qui sont
hétérogènes et polygéniques). Elles se trouvent au niveau du glacis continental. On peut
avoir localement des glissements intraformationnels sous-marins: ce sont les slumps
(phénomène de slumping); ils sont fréquents dans les séries terrigènes au niveau du
talus continental, ils se reconnaissent des plis car ils sont toujours dissymétriques, ne
développent jamais de schistosité, ni de fentes de tension. La figure 62 montre un
exemple de slumping en A , on en déduit que le glissement s'est fait vers la gauche. Une
couche possédant des slumps peut ultérieurement être plissée. On reconnait toujours la
dissymétrie initiale due aux slumps qui est toujours dans le même sens. Si ces microplis
avaient été induits par le plissement ils seraient tous de même plan axial que le grand
plis. Bien entendu le sens du glissement synsédimentaire antérieur au plissement n'a
rien à voir avec le pendage des couches après plissement.
Les glissements intraformationnels sous-marins peuvent avoir une extension
régionale plus étendue et être liés à des phénomènes tectoniques. Ils aboutissent à des
brèches chaotiques appelées olistostrome dans le cas où ce sont de très gros blocs qui
ont glissé , on désigne ces blocs sous le nom de klippes sédimentaires ou d'olistolihes.
Certains sont de taille énorme ,de la taille d'une colline. La figure 59 montre le départ à
partir d'un horst d'un klippe sédimentaire ayant glissé au niveau de la plaine alluviale
avec des alluvions de piedmont plus ou moins bréchiques; l'ensemble forme un
olistostrome. Ce glissement est le resultat du fonctionnement de la faille normale en
pied de horst. La figure 60 et la figure 61 montrent la formation d'un olistostrome sous
l'action d'autres mouvements tectoniques: l'avancée d'une nappe de charriage , les blocs
éboulés, les klippes se mêlent à la sédimentation marine et constituent l'olistostrome.
Un autre élément fondamental dans l'étude des milieux marins est l'examen
des structures sédimentaires en particulier celles liées au courant: rides de
courant ,linéations de délit, flute casts, stratifications obliques etc... (cf: cours de
sédimentologie). La figure 65 est un tableau de répartition des différentes structures
sédimentaires en fonction du milieu. Leur utilisation dans les reconstitutions de bassin
(sens des apports, morphologie du bassin etc...) est universelle.
Dans certains cas la nature même du sédiment peut apporter des
renseignements précieux sur l'environnement du dépôt. C'est ce qui est illustré à la
figure 64. La présence de glauconie par exemple implique un milieu marin franc.
3 - Le milieu abyssal
La définition de ce milieu repose sur l'interprétation de faciès pélagiques
francs. Certains faciès comme les radiolarites formés uniquement de l'accumulation des
tests siliceux de radiolaires est en général un bon indicateur de milieu très profond
(plaines et fosses abyssales). Mais tous les sédiments siliceux même s’ils contiennent
des radiolaires ne sont pas forcément des sédiments profonds (certaines manifestations
d'un volcanisme acide produisent des sédiments d'apparence semblable). Mais on a vu
qu'il ne pouvait exister de calcaire en équilibre avec l'eau de mer à des profondeurs
supérieures à 4000 m (lysocline) donc un sédiment fin siliceux est à priori un faciès
profond surtout s’ il contient des radiolaires, les boues à radiolaires étant en effet les
sédiments profonds actuels que l'on remonte des grands fonds océaniques.
V - Limites des bassins sédimentaires
L'un des objets essentiels de la paléogéographie est la définition des limites
entre zones émergées et immergées. En général, on ne dispose que de quelques
affleurements.
1 - Les plages
Lorsque par chance on peut reconnaître des dépôts de plage; le problème
des recherches des lignes de rivage est résolu. La morphologie d'une plage est rappelée
à la figure 63. Les structures sédimentaires associées aux plages commencent à être
bien connues et répertoriées ce qui facilite leur reconnaissance (ex: tempestites, laisses
de marées, microstratifications obliques, bird eyes, rill marks etc...). Les faunes
intertidales fossiles peuvent également être d'un apport déterminant pour l'identification
des différentes zones.
Le fait de trouver des évaporites (sel, gypse) indique un domaine peu
profond soumis à l'évaporation mais n'indique pas forcément la proximité de la plage.
Ex : les dépôts salifères rencontrés dans le Mésozoïque entre l'Angola et le Sud-Est du
Cameroun et qui font plusieurs centaines de mètres se sont déposés dans une "lagune"
considérablement plus grande que l'actuelle mer rouge. De même au Permo-Trias en
Europe et en Afrique du Nord de très vastes étendues d'évaporites se sont formées,
certaines occupant des dépressions fermées à l'intérieur des continents.
2 - Transgressions-regressions
Elles témoignent des variations des lignes de rivage et sont d'une
importance fondamentale pour les reconstitutions paléogéographiques. Nous avons vu
au chapitre 5, la définition de ces termes. La transgression se reconnaît sur le plan
géométrique par le fait qu'elle est discordante sur des couches ou structures sous-
jacentes (discordance angulaire) parfois la discordance ne peut être visible en coupe
(couches sub-horizontales par exemple) mais l'est sur la carte (discordance
cartographique). La transgression se reconnaît aussi sur le plan des faciès car la base
d'une transgression correspond au remaniement de ce qui affleure à la surface de la
région émergée. Parfois ce sont les galets du cordon littoral qui se trouvent remaniés, on
observera donc fréquemment à la base d'une série transgressive un poudingue. Mais ce
n'est pas une obligation. On a vu également qu'une transgression était progressive
(fig.37) et se caractérisait par des surfaces d'isofaciès (fig.38b) qui étaient inclinées vers
le continent. Chaque faciès se termine en biseau comme, on le remarque sur la figure
37.
La régression se caractérise sur le plan géométrique par le fait que les
terrains régressifs ont une extension moins grande que les terrains antérieurs. Sur le
plan des faciès, elle se reconnait par le fait qu'ils évoluent d'une manière inverse de
ceux d'une transgression, ils deviennent moins profonds, puis lagunaires, puis
continentaux. Les surfaces d'isofaciès sont inclinées vers le large (Fig.38a)
VI - Faciès et orogenèse
outre que l'analyse des faciès peut mettre en évidence une discordance, il
existe certains faciès particuliers qui sont liés aux évènements orogéniques . Exemple :
le flysch caractérisé par des alternances de petits lits (décimétriques) gréso-pélitiques
agencés suivant un rythme régulier que l'on a détaillé à la figure 50. Ces flysch dus à
des courants de turbidité marquent le comblement d'un bassin sédimentaire où il se
dépose comme conséquence de l'orogenèse d'une zone immédiatement voisine. De
même après la surrection de la chaîne on observe l'accumulation très rapide de
puissantes séries dites molasses (alternances de bancs métriques d'un matériel détritique
souvent très grossier en base de séquence) qui se dépose dans les fosses situées en avant
de la chaîne (avant fosses) ou en arrière (arrière fosses) parfois même à l'intérieur
(intra-fosse).
VII - Faciès et climat
1 - Lithologie
Les caractères lithologiques permettent parfois de caractériser les climats
régnant au moment de la formation du sédiment. Les sédiments glaciaires sont
évidemment les plus démonstratifs (argiles à blocaux, tillites, sols polygonaux,
moraines, galets striés etc...). Les sédiments éoliens témoignent d'un climat sub-
désertique ou désertique. L'étude des minéraux argileux apporte aussi sa contribution à
la connaissance du climat; par exemple la formation d'illite est favorisée sous climat
tempéré, la kaolinite est favorisée par des climats intertropicaux et équatoriaux. La
couleur rouge pour les sédiments détritiques témoigne de conditions climatiques
comparables à celles rencontrées dans les zones sub-arides à saisons contrastées
responsables des formations latéritiques ou des Terra Rosa. Le milieu est oxydant et
contient des oxydes de fer ferrique en milieu moins oxydant, ce sont des oxydes de fer
ferreux qui seront dominant (couleur verte) en milieu réducteur, ce sont surtout des
sulfures qui domineront. Tous les sédiments de couleur rouge ne sont pas
systématiquement continentaux ou mixtes, il existe des sédiments (mais de
granulométrie fine) constitués de marnes rouges à microfaunes pélagiques et qui sont
marins profond (Fig.64).
Les dépôts salifères: gypse et sel sont souvent considérés comme lagunaires
mais toutes les évaporites ne sont pas forcément liées à des lagunes. On trouve
actuellement des évaporites en marges des déserts sub-polaires en haute latitude et des
déserts intra-continentaux sous toutes les latitudes. Les évaporites ne peuvent donc être
à elles seules caractéristiques d'un climat.
2 - Les caractères paléontologiques
Fournissent aussi des renseignements . Le biotope de certains animaux et
végétaux étant connus, on admet, en appliquant le principe de l'uniformitarisme, que ce
biotope était identique dans le passé. Les refroidissements du climat ont été souvent mis
en évidence par les variations des flores qui de tropicales deviennent tempérées ou
tempérées boréales. La présence de bois de printemps et d'automne témoigne de plantes
vivant dans les régions à saisons marquées (zone tempérée ou méditerranéenne). Dans
les zones équatoriales le bois a une pousse continue. Ce qui était le cas des forêts du
Carbonifère. Chez les animaux des raisonnements analogues peuvent être faits. Par
exemple, les coraux constructeurs de récifs sont des indicateurs d'eaux chaudes; on a
donc supposé que les récifs anciens avaient sur ce plan la même signification. On a
étendu cela au récif à rudistes et même à tous les organismes possédant un test épais.
Ces hypothèses ont été confirmées par la géochimie notamment les rapports isotopiques
16 18
de l'oxygène O/ O. L'explication de la répartition et de l'évolution des paléoclimats
(zones désertiques subtropicales, calottes glaciaires, glaciations permo-carbonifères par
exemple) ont trouvé grâce à la tectonique des plaques une explication satisfaisante.
VIII - Répartition des bassins sédimentaires
Les bassins sédimentaires sont directement liés aux phénomènes tectoniques
et en particulier à la tectonique des plaques. On peut diviser les bassins sédimentaires
en plusieurs types:
1- Bassins intracratoniques
Ils sont eux-même subdivisés en deux groupes: les bassins de plate-forme et
ceux d'effondrement:
a) Bassins de plate-forme
Ce sont des aires sédimentaires de vastes dimensions, les faciès pouvant y
être marins ou continentaux. Parmi les nombreux exemples existants, nous pouvons
citer en Europe, le bassin de Paris, en Amérique du Sud ceux de Panama et de
l'Amazone, en Afrique celui de Taoudéni. L'épaisseur des sédiments dépasse rarement
les 5000 m. Les faciès carbonatés sont fréquemment interstratifiés avec des faciès plus
continentaux correspondant à des périodes de régressions. Ces grands bassins ont subi à
maintes reprises les cycles transgression/régression intéressant les plate-formes
cratoniques où une certaine subsidence existait.
b) Bassins d'effondrement
Ce sont des aires généralement allongées dont l'histoire a comporté des
périodes d'intense subsidence liée à des effondrements par failles normales ou par
flexure bordière. Leur largeur peut être faible en regard de leur longueur. La profondeur
peut atteindre 10 000 m. Un exemple célèbre est celui du fossé du Rhin entre la France
et l'Allemagne; les failles profondes sont disposées en marches d'escalier et ont un
volcanisme associé (Fig.66A et B). Autre exemple: celui de la Bénoué au Nigeria. Dans
ce type de bassin, les faciès sont essentiellement détritiques et continentaux , mais une
invasion marine est possible comme en Bénoué.
2 - Bassins péricratoniques
Ce sont des bassins qui comme leur nom l'indique, sont disposés autour des
cratons dans les zones mobiles. Parmi les bassins anciens, on peut citer les Alpes qui
ont mobilisé les sédiments déposés sur la bordure de la Téthys. La figure 67 montre une
coupe schématique d'un système péricontinental en cours de subduction. On distingue:
a) Les bassins de marge inactive
Dans un tel bassin, on observe un bloc continental surélevé pourvoyeur de
matériel sédimentaire terrigène et un bassin océanique nouvellement formé et dans
lequel une partie au moins de ce matériel va se trouver piégé. L'évolution d'une marge
inactive peut se résumer ainsi (Fig.69).
1er stade: rifting ,failles profondes (ex: rift valley)
2è stade: océanisation, création de croûte océanique (ex: Mer rouge)
3è stade: océan restreint, formation d'une croûte de transition (C.T.) par
assimilation réciproque (Fig.68).
4è stade: océan ouvert, accrètion au niveau de la marge avec une subsidence
importante à cet endroit.
En dernier lieu, un bassin de marge inactive peut fort bien évoluer en bassin
de marge active.
b) Les bassins de marge active
Se caractérisent par une convergence de plaque avec subduction. Ces
bassins dessinent des zones arquées complexes péricontinentales ou intraocéaniques
avec épaississement de croûte magmatique associé. Les bassins se trouvent soumis dans
ce cas à un métamorphisme régional de type HP. Les figures 67 et 70 illustrent ces
phénomènes. Dans le cas où il s'agit de la subduction d'une croûte océanique qui
s'enfonce sous une croûte continentale, on distingue, la fosse, la zone de subduction, un
sillon interne, un système d'arc insulaire avec éventuellement sillon sédimentaire intra-
arc et enfin un sillon externe à sédimentation de type molasse. Le devenir des bassins de
marge active est à terme d'être impliqué dans une orogenèse.