Hypothèque et droits réels au Maroc
Hypothèque et droits réels au Maroc
3
PARTIE I : L’HYPOTHEQUE....................................................................................................................4
INTRODUCTION...................................................................................................................................................4
CHAPITRE I : NOTIONS GENERALES ET DIVERSES SORTES D’HYPOTHEQUES..................................5
SECTION 1 : NOTIONS GENERALES.............................................................................................5
PARAGRAPHE 1 : DEFINITION.....................................................................................................................5
PARAGRAPHE 2 : LES CARACTERES GENERAUX...................................................................................5
SECTION 2 : DIVERSES SORTES D’HYPOTHEQUES.....................................................................7
PARAGRAPHE 1 : L’HYPOTHEQUE CONVENTIONNELLE......................................................................8
PARAGRAPHE 2 : L’HYPOTHEQUE FORCEE...........................................................................................11
CHAPITRE : LES EFFETS DE L'HYPOTHEQUE ET SON EXTINCTION.....................................................14
SECTION I : LES DROITS ET OBLIGATIONS DES PARTIES AU CONTRAT D'HYPOTHEQUE............15
PARAGRAPHE I : LES DROITS ET OBLIGATIONS DU DEBITEUR HYPOTHEQUE:......15
1. LES DROITS DU DEBITEUR HYPOTHEQUE.....................................................................................15
2. LES OBLIGATIONS DE DEBITEUR HYPOTHEQUE...........................................................................17
PARAGRAPHE II LES DROITS DE CREANCIER........................................................................18
1. LE DROIT DE PRIORITE........................................................................................................................18
2. DROIT DE SUITE.....................................................................................................................................23
SECTION II : L’EXTINCTION ET SON EFFET................................................................................................27
PARAGRAPHE I : L’EXTINCTION DE L'HYPOTHEQUE.........................................................27
1. L’EXTINCTION DE MANIERE PRINCIPALE.......................................................................................27
2. L’EXTINCTION DE MANIERE ACCESSOIRE.....................................................................................29
PARTIE II : LES PRIVILÈGES..................................................................................................................32
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PARAGRAPHE 1 : L’EXTINCTION PAR VOIE PRINCIPALE...................................................................44
PARAGRAPHE 2 : L’EXTINCTION PAR VOIE ACCESSOIRE..................................................................46
PARTIE III : LE NANTISSEMENT.........................................................................................................47
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INTRODUCTION
Un droit réel immobilier est un pouvoir direct que la loi donne à une personne sur un immeuble déterminé.
Le droit réel est dit principal ou accessoire.
Le droit réel accessoire est un droit qui n’existe pas par lui-même mais repose sur un droit personnel pour
lequel il tient lieu de garantie. Les droits réels accessoires sont ;
-les privilèges;
-Le nantissement;
- l’hypothèque.
Les droits réels accessoires jouent un rôle capital dans le système juridique marocain en offrant des garanties
aux créanciers et en facilitant le financement tout en assurant une certaine sécurité juridique. Ils permettent
d'instaurer une confiance dans les transactions économiques et financières, indispensable au développement
économique.
Les droits réels accessoires au Maroc sont des droits réels qui permettent de garantir le paiement d’une
créance. Ils sont appelés "accessoires" parce qu'ils sont attachés à une créance principale et ne peuvent
exister sans elle.
Cadre juridique
Au Maroc, ces droits sont encadrés par un ensemble de lois et de règlements qui définissent leurs conditions
de constitution, leur publicité et leur exécution ;
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PARTIE I : L’HYPOTHEQUE
INTRODUCTION
Comme il est communément su, les droits réels se divisent en deux catégories : les droits réels principaux et
les droits réels accessoires. Les premiers existent par eux-mêmes sans nécessiter la présence d'un autre droit,
et incluent la propriété ainsi que les droits dérivés de la propriété mentionnée à l'article 9 du Code des Droits
Réels. En ce qui concerne les seconds, ils ne peuvent exister sans un droit principal sur lequel ils reposent et
auquel ils sont toujours accessoires. Parmi ces droits réels accessoires, on trouve notamment le privilège, le
Le développement de l'immobilier et les sûretés sont intrinsèquement liés par le besoin de financement pour
les projets immobiliers et la protection des prêteurs, ceux qui fournissent des liquidités n'accordent des prêts
qu'après avoir obtenu une garantie réelle spécifique. Cette garantie peut être un gage ou une hypothèque, ce
qui sécurise leur créance en cas de non-remboursement du prêt accordé.
L’importance de l'hypothèque
L'hypothèque joue un rôle essentiel dans le développement économique, elle facilite l'accès au financement
pour l'acquisition de biens immobiliers, ce qui encourage l'investissement dans le secteur immobilier. Cela
entraîne une augmentation de la construction de logements, des investissements dans les entreprises
immobilières et une expansion des infrastructures, ce qui stimule à son tour l'activité économique.
Au regard de ce qui précède, En organisant l'hypothèque, dans quelle mesure le législateur marocain a-t-il
réussi à trouver un équilibre entre les parties contractantes ?
Pour répondre à cette problématique, nous allons traiter le sujet de l’hypothèque en suivant le plan ci-après :
PARAGRAPHE 1 : DEFINITION
L’hypothèque est un droit réel immobilier sur les immeubles affectés à l’acquittement d’une obligation. Elle
est de sa nature indivisible et subsiste en entier sur les immeubles affectés, sur chacun et sur chaque portion
de ces immeubles. Elle les suit dans quelques mains qu’ils passent1
1
Art 157 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
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De son côté le code civil des bien a définit L’hypothèque comme étant est un droit réel accessoire établi sur
un bien immatriculé ou en voie d’immatriculation et qui est affecté à la garantie du remboursement d’une
créance2.
D’une manière plus complète, on définit l’hypothèque comme étant un droit réel destiné à garantir le
paiement d’une créance, sans déposséder le propriétaire de l’immeuble grevé, il permet au créancier, s’il
n’est pas payé à l’échéance, de faire vendre l’immeuble en quelques mains que se trouve le bien ( droit de
suite) et d’être payé sur le prix de vente de l’immeuble avant les autres créanciers ( droit de préférence) 3.
L'hypothèque est un droit réel qui confère au créancier le droit de préférence et droit de suite. Mais ce droit
réel ne compte, par ailleurs, aucune des prérogatives de la propriété, de l'usufruit, ou de la superficie ; le
créancier hypothécaire est, à cet égard, traité comme le créancier gagiste ; il peut seulement faire vendre le
bien hypothéqué, en cas de non-paiement de sa créance à l'échéance, pour se payer par priorité sur le prix.
Aussi, pour distinguer l'hypothèque des autres droits réels, parle-t-on à son sujet de droit réel de garantie ;
d'ailleurs le créancier ne saurait avoir ni l'usus ni le fructus, puisque l'hypothèque n'emporte pas
dessaisissement du débiteur4.
L'hypothèque, droit réel de garantie, suppose l'existence d'une obligation principale, d'une créance.
L'hypothèque peut toutefois garantir une créance conditionnelle5. Elle présente ainsi un caractère accessoire.
En principe, le sort de l'hypothèque est lié à celui de la créance qu'elle garantit. L'hypothèque disparaît ou est
cédée avec la créance, sous réserve de l'application des règles régissant les inscriptions sur les livres fonciers
et sous réserve encore, en ce qui concerne la cession, des dispositions de l'article 200 6 du D.O.C. qui édictent
que la cession d'une créance ne comprend les hypothèques que s'il y a stipulation expresse, contrairement à
ce qu'énonce l'article 16927 du code civil français.
2
Art 165 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
3
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 414.
4
Idem
5
Art 179 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés
6
La cession d'une créance comprend les accessoires qui font partie intégrante de la créance, tels que les privilèges, à l'exception de
ceux qui sont personnels au cédant. Elle ne comprend les gages, hypothèques et cautions que s'il y a stipulation expresse. Elle
comprend également les actions en nullité ou en rescision qui appartenaient au cédant. Elle est présumée comprendre aussi les
intérêts échus et non payés, sauf stipulation ou usage contraire : cette dernière disposition n'a pas lieu entre musulmans.
7
La vente ou cession d'une créance comprend les accessoires de la créance, tels que caution, privilège et hypothèque.
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3. Caractères quant à l'immeuble sur lequel l'hypothèque porte.
L’hypothèque est un droit immobilier ; elle peut. Porter sur la propriété des immeubles ou sur les droits réels
immobiliers suivants : usufruit, emphytéose, superficie, droits coutumiers musulmans8.
L'hypothèque peut porter en outre sur la concession minière 9, ainsi que sur les bâtiments, ouvrages,
machines, appareils servant à l'exploitation de la concession qui en constituent des dépendances
immobilières10.
Elle s'étend aux annexes de l’immeuble hypothéqué ainsi qu’ aux installation et améliorations survenues à
cet immeuble11.
L'exclusion de l'hypothèque mobilière a pu se justifier, à divers titres : une sûreté réelle établie sur les
meubles, sans dépossession du débiteur, ne peut constituer une garantie sérieuse, le débiteur pouvant
disposer du meuble et le créancier se trouvant alors sans recours en présence d'un acquéreur de bonne foi,
qui s'abritera derrière la maxime12 : « en fait de meubles, possession vaut titre »13. Il y a encore un autre
obstacle, il s'agit de l'impossibilité d'organiser une publicité pleinement efficace pour hypothèque des
meubles.14
Ce droit immobilier est un droit spécial, en ce qu'il ne peut porter que sur des immeubles individuellement
envisagés15.
L’hypothèque est indivisible et subsiste en entier sur les immeubles garantis, sur chacun d’eux et sur
16
chacune de leurs portions .
Cette indivisibilité signifie d'abord que chaque fraction de la créance est garantie par la totalité de
l'hypothèque. Si la créance est partiellement éteinte, ce qui en subsiste continue à être garanti par
l'hypothèque entière. Autrement dit, même si la dette est partiellement remboursée, la totalité du bien reste
grevée de l'hypothèque jusqu'à ce que la dette soit intégralement payée.
8
Art 158 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
9
La concession minière est un droit accordé par l'État à une personne physique ou morale pour explorer et exploiter les ressources
minérales (comme le charbon, l'or, le cuivre, etc.) présentes dans un périmètre déterminé
10
Art 9 du Dahir du 9 rejeb 1370 (16 avril 1951) portant règlement minier.
11
Art 167 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
12
En se réfugiant derrière une maxime, une personne cherche souvent à légitimer ses actions en les plaçant sous le couvert d'une
vérité ou d'un principe largement accepté, réduisant ainsi la portée des critiques ou des objections potentielles.
13
Art 2276 alinéa 1er du code civil français
14
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 415.
15
Art 177 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
16
Art 166 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
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Si la créance est divisée, notamment à la suite d'une succession, chacun des cohéritiers du créancier
hypothécaire décédé, créancier à son tour pour une fraction, dispose de l'hypothèque entière pour le paiement
de cette fraction17. Autrement dit, en cas de succession, si le créancier hypothécaire décède et laisse plusieurs
héritiers, la créance peut être divisée entre ces héritiers. Cependant, l'hypothèque reste indivisible.
A l'inverse, le cohéritier du débiteur décédé qui a reçu dans son lot l’immeuble hypothéqué, devient débiteur
hypothécaire pour le tout, alors même qu'il ne serait tenu personnellement que pour fraction de la dette 18.
Cette indivisibilité signifie encore que chaque fraction de l'immeuble hypothéqué garantit l'intégralité de
la créance, si par exemple, l'immeuble hypothéqué vient à être partagé entre plusieurs héritiers, la part de
chacun garantit la totalité de la créance19.
20
L’hypothèque est soit forcée, soit conventionnelle .
L’hypothèque conventionnelle est conclue par écrit au gré des parties 21, dès lors, l’accord mutuel est sine qua
L'hypothèque conventionnelle est celle qui dépend des conventions 22, il s'agit d'un contrat d'hypothèque,
généralement conclu au moment de la naissance de l'obligation à garantir, mais qui peut être passé après
coup. De toute manière, le contrat d'hypothèque est un contrat distinct de celui qui fait naitre la créance, et
obéit à des conditions spéciales de forme et de fonds (1), il est soumis au surplus à des conditions
particulières qui sont à la fois de forme et de fond, il s'agit de la spécialité de l'hypothèque (2) et de
l'inscription de l'acte hypothécaire sur les livres fonciers (3) 23.
17
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 416
18
Idem
19
Idem
20
Art 170 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
Art 162 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
21
Art 174 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
Art 173 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés
22
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 416
23
Idem
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1. CONDITIONS DE FORME ET DE FOND
Condition de forme
L’hypothèque est constituée par acte écrit24, l’acte de l’hypothèque n’est pas soumis aux dispositions de
l’article n°425 du code des droits réels, en effet, l’hypothèque peut être établie par acte authentique, soit par
acte sous signatures privées26, en droit français, l’hypothèque ne peut être consentie que par un acte notarié27.
Contrairement aux dispositions du code civil français28, les contrats d'hypothèques d'immeubles situés au
Maroc peuvent être passés en pays étrangers, dès lors que ces contrats sont conformes aux dispositions des
codes marocains29.
Condition de fond
D'une part, il faut que le constituant, en général le débiteur, ce peut être un tiers et on parle alors de caution
réelle, soit propriétaire de l'immeuble à hypothéquer ou titulaire d'un droit réel immobilier susceptible
d'hypothèque, qu'il affecte à la garantie de l'obligation 30. On peut constituer une hypothèque sur un usufruit,
une emphytéose, un droit de superficie, un droit coutumier musulman, une concession minière31.
Un copropriétaire a le droit de consentir une hypothèque sur un immeuble indivis, à concurrence de sa quote-
part32.
L’acte établi par l’avocat doit être signé et toutes ses pages visées par les parties et par celui qui l’a rédigé.
Les signatures des parties sont légalisées par les autorités locales compétentes. La signature de l’avocat qui a dressé l’acte doit être
homologuée par le secrétaire greffier-en chef au tribunal de première instance dans le ressort duquel l’avocat exerce.
26
Art 173 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés
27
Art 2409 du code civil français.
28
Art 2128 du code civil : Les contrats passés en pays étranger ne peuvent donner d'hypothèque sur les biens de France.
29
Art 181 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
30
Art 174 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
31
Art 158 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
32
Arrêt de la cour d'appel de Rabat du 20 mai 1932, R.C. 1932 p. 572.
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La spécialité de l'hypothèque conventionnelle touche aux conditions de fond, car elle a une condition de
validité du contrat, mais elle touche aussi aux conditions de forme, parce qu'elle doit être expressément
constatée dans l'acte constitutif. Le but de la spécialité est de ménager le crédit du débiteur en déterminant
exactement et ce qui est dû et ce qui est affecté à l'obligation. De la sorte, cette règle se présente sous un
double aspect : elle concerne à la fois les biens hypothéqués et la créance garantie33.
Les hypothèques ne peuvent être constituées que sur des immeubles individuellement déterminés 34, et non
sur l'ensemble des immeubles du débiteur. Mais, il suffit que chaque immeuble soit envisagé isolément ; on
peut de la sorte et valablement consentir une hypothèque sur tous ses immeubles 35, il faut indiquer dans l'acte
constitutif la nature et la situation de chacun des immeubles hypothéqués, et il faut, à cette fin, mentionner
les numéros des titres fonciers des immeubles concernés, ainsi que les noms de ces immeubles 36.
Cette disposition entraîne la prohibition d'hypothéquer les biens à venir, il est en effet impossible
d'énumérer, de préciser, d'individualiser des immeubles qu'on ne possède pas encore, à cet effet, Les
immeubles à acquérir ultérieurement ne peuvent être hypothéqués37.
L’hypothèque des biens à venir est possible en cas d'insuffisance constatée de biens présents 38, ou encore en
cas de diminution des sûretés antérieurement fournies; l'hypothèque des biens à venir est alors générale et
frappera tous les immeubles acquis plus tard 39. Au Maroc, dans ce dernier cas le législateur prévoit
simplement, l'exigibilité immédiate des créances40.
Il ne suffit pas seulement de spécifier le bien immobilier hypothéqué. Pour qu'une hypothèque légale soit
valide, il est également nécessaire de définir la créance garantie de manière précise et substantielle. La
créance garantie doit être déterminée avec exactitude, sans aucune ambiguïté 41, Le montant de la créance
garantie doit être fixé, ou au moins, un montant maximum doit être déterminé dans l'acte d'hypothèque.
33
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 418.
34
Art 175 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
35
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 418.
36
Art 177 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
37
Art 183 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
38
Art 2130 du code civil français.
39
Art 2131 du code civil français.
40
Art 178 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
41
El mokhtar BEN ATTAR « L’immatriculation foncier au regard de droit marocain », édition Enajjah casa 2008, P214.
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Ainsi, l’acte d’hypothèque constituée pour garantir un crédit ouvert ou pour ouvrir un compte courant, un
montant maximum doit y mentionner42, cela signifie qu'une hypothèque peut être utilisée comme garantie
pour des obligations futures ou variables, telles que celles découlant d'un crédit ouvert ou d'un compte
courant.
Un crédit ouvert est une ligne de crédit mise à la disposition de l'emprunteur, qui peut l'utiliser, rembourser,
et réutiliser dans la limite d'un plafond établi, pour sécuriser le remboursement de ce type de crédit, une
hypothèque peut être constituée sur un bien immobilier (par la banque).
L'hypothèque, étant un droit réel immobilier, doit, pour sa validité entre les parties et son opposabilité aux
tiers, être inscrite sur le titre foncier de l'immeuble hypothéqué43.
Une fois inscrite, l’hypothèque conserve sa validité et son rang jusqu’à la mention de l’acte libératoire de la
dette, c’est-à-dire jusqu’à la radiation de son inscription.
C’est celle qui est conférée par une décision de justice, sans le consentement du débiteur dans les cas fixés
par la loi44.
Elle ne porte en principe que sur les biens individuellement désignés, et en principe, la créance garantie doit
être déterminée, en outre, elle doit inscrite pour être valable entre les parties et pour être opposable aux
tiers45.
L’hypothèque forcée est accordée par un jugement du tribunal statuant en chambre du conseil et, dans
certains cas par une décision du président du tribunal de première instance.
L’hypothèque forcée peut faire l’objet au préalable d’une pré notation qui conservera le rang acquis à
l’inscription définitive, en effet, le président peut, en cas d’urgence, ordonner sur requête une pré notation,
qui conserve ses effets jusqu’au jugement définitif à inscrire, laquelle inscription prendra rang à la date de la
pré notation46.
42
Art 179 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
43
Art 174 du Dahir n° 1-11-178 du 25 hija 1432 (22 novembre 2011) portant promulgation de la loi n° 39-08 relative au code des
droits réels tel qu’il a été modifié et complété.
44
Art 171 Idem
45
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 424.
46
Art 172 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
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On peut rapprocher de l’hypothèque forcée, l’hypothèque prise éventuellement de plein droit par le
conservateur, en cas d’adjudication sur saisie et en cas de déchéance d’une concession minière 47.
L’hypothèque forcée est celle qui est conférée par une décision de justice, sans le consentement du débiteur,
et seulement dans les cas déterminés ci-après48 :
1 : Au profit des mineurs et aux interdits sur les biens de leurs tuteurs et à la caution de ces derniers ;
Lorsqu'un tuteur est nommé pour gérer les biens d'un mineur, il existe des mécanismes pour protéger ces
biens contre les éventuelles fautes de gestion du tuteur, en l’occurrence, l’hypothèque, elle permet de
sécuriser les créances du mineur en cas de mauvaise gestion, de détournement ou d'usage abusif des biens
par le tuteur.
A défaut d’accord du tuteur, le droit à l’hypothèque résulte d’un jugement homologuant la décision du
conseil de famille ou de toute autre autorité en tenant lieu, qui détermine l’hypothèque quant aux sommes
garanties et quant aux immeubles frappés.
La décision du conseil de la famille, ou de toute autre autorité en tenant lieu, est rendue à la requête du tuteur
ou des parents et alliés ou des créanciers du mineur ou de l’interdit ou du procureur du Roi49.
L’hypothèque accordé, si elle est reconnue par la suite insuffisante, peut être étendue, si elle est reconnue
excessive peut être réduite, par le conseil de famille ou l’autorité en tenant lieu 50.
Le tuteur peut être dispensé de l’hypothèque, s’il constitue un gage mobilier ou une caution, après
appréciation par le tribunal statuant en chambre du conseil, le ministère public entendu.
2 : Au profit de la femme mariée sur les bien de son marié pour sa dot, ses droits matrimoniaux,
l’indemnité des obligations du mari dont elle est tenue et le remploi du prix de ses biens.
L’hypothèque forcée de la femme mariée est déterminée quant aux sommes garanties et aux immeubles
hypothéqués soit par une disposition expresse du contrat de mariage, soit postérieurement au contrat ou, s’il
n’y a pas eu de contrat et, à défaut du consentement du mari, par un jugement du tribunal rendu en chambre
du conseil sur la requête de la femme, de ses parents, alliés, créanciers ou du procureur commissaire du
gouvernement51.
47
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 424.
48
Art 163 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
49
Paul DECROUX, Droit Foncier Marocain, édition La Porte, page 425.
50
Idem
51
Art 167 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés
MCA Page 12
Si les garanties hypothécaires donnés sont reconnues insuffisantes elles peuvent être étendues par décision
du tribunal, si elle sont reconnues excessives, elles peuvent être réduites dans la même forme 52.
3 : Au profit des créanciers et légataires d’une succession sur les immeubles de la succession en vue de
garantir la séparation du patrimoine du défunt d’avec le patrimoine de l’héritier.
La séparation des patrimoines consiste à maintenir distincts les biens appartenant au défunt (succession) et
ceux de l'héritier, sans cette séparation, les biens de l'héritier pourraient se mélanger avec ceux de la
succession, compliquant le règlement des dettes, et risquant de léser les créanciers et légataires.
Une hypothèque peut être inscrite sur les biens immobiliers de la succession pour garantir le paiement des
dettes du défunt avant tout transfert ou mélange des biens avec ceux des héritiers.
Les créanciers et légataires peuvent conserver leurs droits à la séparation du patrimoine par une inscription
forcée prise dans les trois mois de l’ouverture de la succession. A défaut d’inscription dans ledit délai, ce
droit demeure sans effet quant aux immeubles53.
4 : Au profit du vendeur vendeur, à l’échangiste et aux copartageants sur l’immeuble vendu, échangé
ou partagé quand il n’a pas été réservé d’hypothèque conventionnelle pour le paiement du prix de la
soulte d’échange ou de partage ;
Lorsqu'un vendeur vend un bien immobilier, il peut y avoir un risque que l'acheteur ne paie pas le prix de
vente convenu, si aucune hypothèque conventionnelle (volontaire) n'a été prévue pour garantir le paiement
du prix, le vendeur peut avoir besoin d'une garantie supplémentaire pour sécuriser cette créance.
De plus, si la clause résolutoire n’a pas été prévue dans l’acte, pour défaut de paiement du prix ou de la
soulte, l’action résolutoire peut être accordée par le tribunal, et inscrite sur le titre foncier 54.
5 : Au profit du syndicat des copropriétaires sur les parts divises ou indivises de chaque copropriétaire
pour le paiement de sa contribution aux frais annuels et dépenses ou frais exceptionnels ;
Le syndicat de copropriété est l'entité qui gère les parties communes d'un immeuble en copropriété,
représentant l'ensemble des copropriétaires, Il est responsable de l'entretien, de la gestion et de la rénovation
des parties communes, et il collecte les charges de copropriété auprès des copropriétaires pour financer ces
52
Art 168 Idem
53
Art 171 du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés
54
Art 170 Idem
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activités, si un copropriétaire ne paie pas ses charges ou contributions, cela peut déséquilibrer les finances du
syndicat et affecter l'entretien et la gestion de l'immeuble.
L'hypothèque forcée est une garantie légale inscrite sur les biens d'un débiteur sans son consentement pour
sécuriser le paiement d'une créance,
Les créances du syndicat à l’égard de l’un de ses membres bénéficient de l’hypothèque forcée sur sa partie
privative et sa quote-part dans les parties indivises55.
6 : Aux architectes et aux entrepreneurs employés pour édifier, reconstruire ou réparer des bâtiments
ou autres ouvrages pour lesquels ils fournissent des matériaux et leur travail, ou leur travail
seulement, en garantie de leurs créances contre le propriétaire, quand il n’a pas été réservé
d’hypothèque conventionnelle pour la garantie desdites créances.
L'hypothèque légale au profit des architectes et entrepreneurs est un mécanisme de protection financière
essentiel pour garantir le paiement des créances résultant de travaux de construction, de reconstruction ou de
réparation, en l'absence d'une hypothèque conventionnelle, cette garantie légale permet aux professionnels
du
bâtiment de sécuriser leurs créances en inscrivant une hypothèque sur le bien immobilier concerné,
autrement dit, Si aucune hypothèque conventionnelle n'a été prévue, les architectes et entrepreneurs peuvent
se retrouver sans garantie de paiement, d'où l'importance de l'hypothèque forcée.
L’hypothèque forcée au profit de la masse de la faillite sera conférée par le jugement déclaratif. En cours de
procédure de la faillite, l’inscription de l’hypothèque n’indiquera pas le montant exacte de la somme
garantie, ni même l’identité exacte des créanciers. Cette hypothèque pourra être étendue à de nouveaux
immeubles, s’il s’en révèle, par jugement du tribunal rendu en chambre du conseil56.
Lorsque, par la suite, il y a concordat, le jugement d’homologation doit indiquer l’identité des créanciers, le
montant des créances garanties et les immeubles, et inscrit sur le titre foncier à la diligence du syndic 57.
8 : Au profit du fonds de garantie institué par la législation sur les accidents du travail sur les
Immeubles des employeurs débiteurs pour le paiement des sommes dues au fonds.
55
Art 40 de la Loi n° 18-00 relative au statut de la copropriété des immeubles bâtis
56
Art 171 bis du Dahir du 2 juin 1915 (19 rejeb 1333) fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés.
57
Idem
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Il est constitué « un fonds de garantie des victimes d'accidents du travail » doté de la personnalité civile. La
gestion administrative de ce fonds est assurée par le ministère du travail et des affaires sociales et la gestion
financière par la caisse de dépôt et de gestion58.
Le Fonds de Garantie des Accidents du Travail est une institution créée pour assurer la protection sociale des
travailleurs en cas d'accidents du travail ou de maladies professionnelles, il assure le versement des
indemnités et des prestations prévues par la législation en vigueur pour les victimes et leurs ayants droit.
Les employeurs sont tenus de cotiser au FGAT pour assurer la couverture des risques d'accidents du travail
et de maladies professionnelles,
Le fonds de garantie a un recours contre les employeurs débiteurs (non assurés), pour le compte desquels les
sommes ont été payées par cet organisme. Il réclame en outre, les intérêts courus depuis la date d'échéance
des indemnités jusqu'à celle de leur remboursement59.
L'État et les collectivités publiques peuvent avoir des créances à recouvrer auprès des contribuables, comme
des impôts, des taxes, des amendes, ou encore des redevances pour l'utilisation de services publics.
L'État ou la collectivité publique peut demander l'inscription d'une hypothèque sur les biens immobiliers du
débiteur pour sécuriser le paiement des sommes dues où garantir l'exécution des engagements.
L’hypothèque, lorsqu'il est constitué avec toutes ses conditions, entraîne des conséquences juridiques d'une
grande importance. En premier lieu, il restreint le droit du débiteur hypothéqué d'exercer son droit de
propriété sur le bien hypothéqué, en plus d'autres obligations qui sont, en contrepartie, des droits pour le
créancier hypothécaire. Cette restriction dure pendant une certaine période, puis prend fin en raison du
remboursement de la dette ou pour toute autre raison légale
Par conséquent, nous aborderons dans la première partie les droits et obligations de chaque partie, le
débiteur hypothécaire et le créancier hypothéqué.
En réservant la deuxième partie aux causes d'extinction de l'hypothèque.
58
Art 317 du Dahir n° 1-60-223 du 12 ramadan 1382 (6 février 1963) portant modification en la forme du dahir du 25 hija 1345
(25 juin 1927) relatif à la réparation des accidents du travail
59
Art 327 Idem
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SECTION I : LES DROITS ET OBLIGATIONS DES PARTIES AU CONTRAT D'HYPOTHEQUE.
Le législateur a veillé à préserver le droit du créancier hypothécaire avant l'échéance de la dette, ce que les
juristes appellent la période de paix ou de tranquillité. Le législateur a entouré ce droit de garanties solides et
efficaces pour maintenir la valeur du bien hypothéqué et éviter sa dépréciation.
L'hypothèque légale assure la protection des droits du créancier avant l'échéance de la dette, car elle impose
des obligations au débiteur hypothéqué pour garantir l'intégrité de la chose hypothéquée. Cela permet au
créancier hypothécaire d'être assuré de ses droits qui en découlent, qui ne sont pas moins importants que les
droits dont bénéficient le créancier hypothécaire en possession.
À partir de ce qui précède, nous allons aborder ce sujet concernant les effets du contrat de l'hypothèque
légale en le divisant en deux parties (La première partie) que nous consacrons à discuter des effets de
l'hypothèque légale du point de vue du débiteur hypothéqué, tandis que (la seconde partie), nous traiterons
des effets de l'hypothèque légale du point de vue du créancier hypothécaire.
L’article 187 de la loi numéro 39.08 concernant le Code des droits réels, stipule que : "Le bien hypothéqué
reste sous le contrôle du débiteur hypothéqué qui peut l'utiliser, l'exploiter et en disposer sans porter atteinte
aux droits du créancier hypothécaire."
En vertu de cet article, le débiteur hypothéqué peut exercer ses droits sur le bien hypothéqué, dérivant de
son droit de propriété pour l'utiliser et l'exploiter.
Le droit d'utilisation et d'exploitation accordé au débiteur hypothéqué n'est limité que par le respect des
droits du créancier hypothécaire et la préservation de ses intérêts.60
Étant donné que l'hypothèque légale ne prive pas le débiteur hypothécaire de jouir des prérogatives du droit
61
de propriété, celui-ci a le droit d'utiliser le bien hypothéqué de toutes les manières possibles, comme il le
faisait avant l'hypothèque. Ainsi, s'il s'agit d'une maison, il peut continuer à l'occuper, et s'il s'agit d'un
terrain, il peut le cultiver, tout en respectant que ce droit d'utilisation reste soumis à une seule restriction, qui
est de préserver la garantie.
60
Muhi Al-Din Ismail Al-Din, Explications sur le financement immobilier et son règlement d'application, Al-Nisr Al- Dhahabi
Printing, Édition 2002, p. 114
61
Dominique Legeais. « Suretés et garanties du crédit "Librairie général de droit et de jurisprudence
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Il convient également de noter que le débiteur hypothéqué a le droit d'exploiter le terrain lui-même ou par
l'intermédiaire de tiers, lui permettant de profiter des revenus du bien hypothéqué, qu'ils soient naturels,
industriels ou civils, ainsi que le droit de percevoir ces revenus par le biais de l'exploitation.
Dans le cadre du droit marocain, l'article 187 du Code des droits réels, tel que stipulé dans la loi numéro
39.08, énonce que : "Le bien hypothéqué reste sous le contrôle du débiteur hypothéqué qui peut l'utiliser,
l'exploiter et en disposer sans porter atteinte aux droits du créancier hypothécaire."
62
Il est à noter que le Conseil Supérieur a confirmé dans l'un de ses arrêts que le débiteur hypothéqué
conserve la propriété du bien et a le plein droit de disposer du bien hypothéqué, de l'utiliser ou de l'exploiter.
Certains courants de la jurisprudence marocaine soutiennent également la possibilité pour le débiteur
hypothéqué de vendre le bien, de le donner en donation, voire de le remettre en gage à nouveau, tant qu'il ne
porte pas atteinte aux droits du créancier hypothécaire.
63
Toutefois, certains juristes estiment que la clause limitant les pouvoirs du débiteur sur le bien hypothéqué
est invalide et peut entraîner la nullité du contrat de gage, se basant sur l'article 110 du Code des obligations
et des contrats qui stipule que "la clause qui contredit la nature légale de l'acte auquel elle est ajoutée est
nulle et annule l'engagement qui y est lié". Cependant, cette clause peut être rectifiée si le créancier
hypothécaire renonce expressément à s'y conformer.
Le professeur Abdelrazak Senhaji a notamment indiqué qu'il n'est pas permis au créancier hypothécaire de
stipuler que le débiteur hypothéqué ne peut pas disposer du bien hypothéqué, en soulignant que "la note
explicative du projet de loi préliminaire égyptien à ce sujet a indiqué que la liberté du débiteur hypothécaire
de disposer du bien hypothéqué ne doit pas être restreinte par le créancier hypothécaire, et la promesse du
Débiteur hypothéqué de ne pas disposer du bien hypothéqué est nulle (tout en maintenant la validité du
contrat d’hypothèque)."
Dans le cadre du régime de l'hypothèque légale, le débiteur conserve la possession du bien hypothéqué et a
le droit de l'utiliser, de l'exploiter et d'en disposer. Cependant, en contrepartie de ces droits, il est tenu de
préserver ce bien afin de ne pas en diminuer la valeur et ainsi affaiblir la garantie offerte au créancier.
L'obligation primordiale qui incombe au débiteur est de maintenir le bien hypothéqué, empêchant toute
action qui pourrait diminuer sa valeur ou compromettre la sécurité du créancier. Cette obligation inclut
l'interdiction de tout acte matériel ou juridique qui pourrait nuire aux garanties du créancier, étant donné que
62
Décision dans le dossier civil n° 1625/91 en date du 4 mars 1992, publiée dans la revue Al-Ishaa
63
Omar Azoukaq, Commentaire sur le jugement du tribunal de première instance d'Agadir dans le dossier 381 en date du
10/05/1999, publié dans la revue des tribunaux marocains n° 96.
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l'hypothèque légale est considérée comme un contrat de garantie où le débiteur s'engage à ne pas
compromettre la sûreté ni la valeur de l'hypothèque.
En d'autres termes, le débiteur est obligé de préserver l'intégrité du bien hypothéqué contre toute atteinte,
qu'elle émane de lui-même ou de tiers, qui pourrait affecter les droits du créancier hypothécaire. Cela inclut
également l'obligation de répondre à toute intrusion ou réclamation de tiers concernant la propriété du bien.
La disposition de l'article 189 du Code Immobilier marocain énonce que le débiteur hypothéqué garantit la
propriété hypothéquée et est entièrement responsable de sa conservation jusqu'au remboursement de la dette.
Le créancier hypothécaire a le droit de réclamer toute diminution de cette garantie et de prendre les mesures
nécessaires pour protéger ses droits, avec recours au débiteur pour tout montant dépensé à cet effet.
Selon cette disposition, il est clair que le débiteur est tenu de garantir l'intégrité et la sécurité de l'immeuble
hypothéqué. Les banques, en particulier, incluent souvent cette clause dans leurs contrats hypothécaires
comme mesure préventive contre toute dépréciation de la valeur de l'immeuble. Si le débiteur manque à cette
obligation et que cela entraîne la destruction ou le défaut de l'immeuble hypothéqué, la loi prévoit des
mesures pour remédier à cette situation.
Certains experts juridiques considèrent que le débiteur hypothécaire est le gardien de l'immeuble et n'est
pas responsable des dommages causés à l'immeuble selon les articles 88 et 89 du Code DOC. Cependant, la
responsabilité du débiteur peut être engagée en cas de mauvaise gestion ou de négligence de sa part.
Par ailleurs, l'article 190 du Code des droits réels marocain précise que si la propriété hypothéquée est
détruite ou endommagée par la faute du débiteur, le créancier hypothécaire peut exiger immédiatement le
remboursement de sa dette ou la fourniture d'une garantie suffisante.
Il est à noter que le législateur ne fait pas de distinction claire dans ces articles entre la destruction et le
défaut causés par le débiteur lui-même, et ceux causés par des tiers ou des causes extérieures sur lesquels le
débiteur n'a pas de contrôle.
L'article 191 du Code des droits réels marocain dispose que le droit du créancier hypothécaire se transfère
lorsque l'immeuble hypothéqué est détruit, endommagé ou exproprié pour cause d'utilité publique, vers les
sommes d'argent qui le remplacent telles que les assurances, les compensations ou le montant de
l'expropriation. Le créancier hypothécaire a le droit de percevoir son dû à partir de ces sommes
conformément à son rang de priorité.
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PARAGRAPHE II LES DROITS DE CREANCIER
Le créancier hypothécaire bénéficie dans le cas de l'hypothèque légale d'un avantage du droit de suite qui est
reconnu en sa faveur face à toute autre personne non détentrice du bien hypothéqué (deuxième paragraphe).
De plus, l'hypothèque légale lui confère également le droit de priorité sur les autres créanciers ordinaires ou
les créanciers hypothécaires de rang inférieur (premier paragraphe)
1. LE DROIT DE PRIORITE
Le privilège légal accorde au créancier hypothécaire la possibilité de poursuive son droit garanti sur le bien
immobilier hypothéqué en priorité sur les autres créanciers, qu'ils soient chirographaire ou également
64
hypothécaires . Cependant, il est nécessaire que le créancier ait enregistré son droit dans le registre foncier.
En cas de pluralité de créanciers ayant des hypothèques sur le même bien, la préférence est accordée à l'un
d'entre eux sur les autres en fonction de l'ordre d'enregistrement, conformément aux dispositions de l'article
77 de la loi du 14 juillet, qui stipule : "L'ordre de priorité entre les droits relatifs à un même bien immobilier
est déterminé par l'ordre de leur enregistrement, à l'exception des cas prévus dans le dernier paragraphe de
l'article précédent concernant les enregistrements de même rang."
Cependant, il existe des exceptions à cette règle, selon lesquelles la priorité d'enregistrement prévaut sur la
priorité de paiement lors de la distribution des fonds, privant ainsi le créancier hypothécaire de son droit de
priorité même s'il a enregistré son droit avant d'autres créanciers. Ces derniers peuvent alors être payés avant
lui pour satisfaire leurs droits.
Le créancier ayant le droit de priorité, comme mentionné précédemment, a un droit sur la valeur économique
de la propriété, que cette valeur soit issue d'une indemnisation pour les dommages causés à la propriété,
d'une assurance en cas de perte de la propriété, ou d'une compensation pour l'expropriation de la propriété
pour utilité publique.
L'article 198 du Code des obligations et des contrats marocains dispose que "le créancier qui n'a pas
entièrement récupéré sa créance peut renoncer à son rang hypothécaire au profit d'un autre créancier
hypothécaire sur le même bien, sans porter atteinte aux droits des autres créanciers hypothécaires qui sont
dans la même rangée."
Le droit de priorité n'est pas considéré comme absolu, car il est sujet à des restrictions et des exceptions qui
privent le créancier hypothécaire de son droit de préférence sur d'autres créanciers, même si son droit est
64
. "La réalisation des hypothèques, des privilèges et du droit de priorité" par Hassan al-Kasim.
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confirmé par son enregistrement prioritaire par rapport aux autres. Les principales exceptions qui affectent le
droit de priorité peuvent résulter soit de la volonté des parties, ce qui est communément appelé la
renonciation à la priorité hypothécaire, soit être prévue par la loi.
Les motivations pour qu'un créancier hypothécaire renonce à son gage peuvent inclure plusieurs raisons :
Obtenir une contrepartie spécifique : Le créancier hypothécaire peut convenir de recevoir une
compensation monétaire en échange de renoncer à ses droits. Cette compensation peut prendre la
forme d'une somme d'argent ou d'autres avantages financiers.
Obtenir une autre forme de garantie : Le créancier peut chercher à obtenir une nouvelle forme de
garantie qui sécurise ses droits de manière différente de l'hypothèque. Cela pourrait lui éviter de
maintenir sa position prioritaire en vertu de l'hypothèque.
Considérer le renoncement comme un don de son rang hypothécaire : Dans certains cas,
renoncer à l'hypothèque peut être perçu comme un acte de générosité ou de concession de la part du
créancier, offrant ainsi au débiteur une plus grande flexibilité financière ou juridique 65.
Ces motivations montrent que la renonciation à une hypothèque peut être une décision stratégique basée sur
divers facteurs économiques et juridiques.
Le terme "renoncer à la priorité hypothécaire" signifie que le créancier hypothécaire cède sa position
prioritaire sur un bien immobilier à un autre créancier qui détient un droit hypothécaire inférieur sur le même
bien. Cela suppose qu'il existe plusieurs créanciers successifs dans l'ordre de priorité, et que le créancier
ayant la priorité renonce à sa position enregistrée en faveur d'un créancier postérieur dont le droit est
enregistré ultérieurement dans l'ordre des hypothèques.
La disposition légale égyptienne qui traite du renoncement à la priorité hypothécaire est prévue à l'article
1054 du Code civil égyptien. Selon cet article, le créancier hypothécaire a le droit de renoncer à sa priorité
en faveur d'un autre créancier ayant une hypothèque enregistrée sur le même bien immobilier, dans la limite
du montant de la dette garantie par cette hypothèque.
65
Mohamed Gamal Eldin Zaki, Les assurances personnelles et réelles, Imprimeries Dar El-Shaab, Le Caire,
.3ème édition, 1979, p. 283
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Le texte précise que le créancier hypothécaire initial peut conserver tous les droits de paiement qui peuvent
être conservés avant le créancier ultérieur, à l'exception des droits expirés du créancier initial si cette
expiration survient après le transfert de la priorité.
En résumé, cette disposition permet au créancier hypothécaire en Égypte de céder sa position prioritaire à un
autre créancier hypothécaire, tout en conservant certains droits de paiement antérieurs à ceux du créancier
ultérieur.
En analysant le texte ci-dessus, l'importance du concept de "subrogation" devient évidente. Cela se produit
lorsque le créancier hypothécaire a une hypothèque sur plusieurs biens immobiliers, l'un d'entre eux étant
suffisant pour couvrir sa créance. Dans ce cas, le créancier hypothécaire peut céder sa priorité hypothécaire
sur les autres biens à un créancier ultérieur dans l'ordre des priorités, sans pour autant renoncer à son droit
garanti par l'hypothèque, ni même descendre du droit lui-même.
-Que la renonciation soit faite en faveur d'un autre créancier ayant une hypothèque enregistrée sur le même
bien immobilier, car le fait de renoncer à la priorité hypothécaire suppose qu'il y ait plusieurs créanciers
hypothécaires sur le même bien.
- Il est également nécessaire que le créancier qui prend la place dans l'ordre de priorité ait une dette plus
élevée que celle du créancier précédent. Cela est devenu évident pour nous lorsque le bureau
d'enregistrement et d'inscription cède sa place dans l'ordre d'enregistrement en faveur des institutions de
crédit qui ont une hypothèque sur le même bien immobilier, surtout lorsque la dette de ces dernières est
beaucoup plus élevée que l'hypothèque prévue pour le bureau d'enregistrement et d'inscription.
Le transfert de la priorité hypothécaire est soumis à l'enregistrement dans le registre foncier. Comme observé
par l'Agence Urbaine de la Conservation Foncière, les institutions de crédit cherchent toujours à obtenir la
première position dans l'ordre de priorité, même si elles ne sont pas initialement en tête. Elles peuvent
obtenir cette priorité par le biais de cessions consenties par d'autres créanciers.
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Le droit de priorité, ou privilège, est une exception définie par la loi où le législateur intervient pour accorder
66
la priorité à certaines dettes, ce qui est exprimé par les droits de privilège . L'article 142 du Code des droits
réels définit le privilège comme un droit réel accessoire qui accorde au créancier la priorité sur les autres
créanciers, même s'ils sont eux-mêmes hypothéqués.
L'article 144 du Code des droits réels dispos que les dettes qui bénéficient d'un privilège sur les biens du
débiteur sont :
1. Les frais judiciaires pour la vente publique forcée du bien et la distribution du prix ;
2. Les droits de la trésorerie publique tels que déterminés par les lois qui les régissent. Ce privilège ne
s'applique aux biens immobiliers que s'il n'y a pas de biens meubles disponibles.
Lorsque la loi accorde un privilège à une dette, elle prend en considération la nature de cette dette, car le
privilège de certains droits découle principalement du bénéfice ou du service rendu par ce privilège 67
À partir de ces définitions, on peut conclure que le créancier bénéficiant d'un privilège a le droit de recouvrer
sa dette avec priorité sur les autres créanciers, même s'ils sont hypothéqués par une hypothèque légale.
En se référant à l'article 105 de la loi 43.10 relative au Code de recouvrement des créances publiques, 68 il est
constaté qu'il n'accorde aucun privilège à la trésorerie publique sur les produits de la vente d'un bien
immobilier, de même que pour les dettes des collectivités locales et de leurs institutions publiques.
Ainsi, le créancier hypothécaire sur un bien immobilier, exclu de ce débat juridique désormais injustifié à la
lumière de l'article susmentionné, bénéficie du droit de priorité pour le recouvrement de sa dette sur le
produit de la vente, par rapport aux autres créanciers ordinaires et hypothécaires qui le suivent dans l'ordre,
après déduction des frais judiciaires engagés pour la vente et la distribution du prix.
Si le privilège premier accordé aux frais judiciaires ne pose pas de problème, le deuxième privilège accordé
à la trésorerie soulève des questions lorsqu'il y a une concurrence avec la priorité du créancier hypothécaire.
En se référant à la législation marocaine, aucun texte n'accorde ce privilège à la trésorerie publique autre que
celui prévu à l'article 28 du décret du 30 juillet 1952 sur l'urbanisme, qui accordait à la trésorerie un privilège
sur le produit de la vente d'un bien immobilier pour les amendes imposées en cas de violation des lois sur
l'urbanisme.
66
L'article 1243 du Code des Obligations et des Contrats (C O D) définit le privilège comme un droit de priorité accordé par la
loi sur les biens du débiteur en raison de la nature de la dette.
.Mokhtar Ben Ahmed Al-Attar, "La conservation foncière à la lumière de la loi marocaine", édition S, page 191 67
68
Le Dahir n° 1.00.175 portant promulgation de la loi n° 15-97 formant code de recouvrement des créances publiques.
MCA Page 22
69
Cependant, ce décret a été abrogé par le décret du 17 juin 1992, qui est actuellement considéré comme la
loi sur l'urbanisme et ne contient aucun dispositif similaire à l'article 28 précité. Par conséquent, il n'existe
plus de disposition accordant un privilège à la trésorerie sur le produit de la vente d'un bien immobilier
hypothéqué.
Il convient de souligner qu'en dépit de l'absence de texte accordant un privilège à la trésorerie sur le produit
de la vente d'un bien immobilier, le receveur de la trésorerie invoque souvent ce privilège lors de la vente du
bien immobilier, prétendant son existence.70
Le receveur de la trésorerie se base sur les articles 56 et 57 du décret du 21 août 1935 pour revendiquer ce
privilège. L'article 56 de ce décret stipule que "la trésorerie bénéficie pendant deux ans à compter de la date
de début de l'encaissement des listes d'impôts publiées au Journal officiel d'un privilège sur les biens
meubles appartenant au débiteur de l'impôt ou présents dans les établissements soumis à l'impôt. Elle
bénéficie également d'un privilège sur les produits et récoltes des biens immobiliers pour le paiement des
taxes imposées sur ces biens, et ce privilège accorde à la trésorerie le droit de primer sur tous les autres
privilèges, qu'ils soient spéciaux ou généraux."
Quant à l'article 57 du même décret, il dispose que "la trésorerie bénéficie d'un autre privilège sur les
meubles et autres biens mobiliers appartenant au débiteur, où qu'ils se trouvent
Après examen des dispositions des articles 56 et 57 du décret mentionné, il est clair qu'ils définissent le
privilège de la trésorerie sur les meubles, équipements, marchandises, récoltes et produits immobiliers sans
inclure le produit de la vente de ces biens. Par conséquent, la dette de la trésorerie sur le produit de la vente
d'un bien immobilier est considérée comme une dette ordinaire qui ne mérite pas de priorité par rapport au
droit du créancier hypothécaire à récupérer sa dette. Ainsi, la revendication du receveur de la trésorerie sur
ce produit n'est pas fondée sur une base légale solide, comme l'indique clairement une décision judiciaire
urgente rendue par le tribunal commercial de Marrakech. Cette décision stipule que l'article 56 du décret du
15 mars 1962 limite le privilège de la trésorerie aux revenus liés aux impôts sur les meubles, équipements,
marchandises, récoltes et produits immobiliers, mais n'inclut pas le produit de la vente d'un bien immobilier.
Ainsi, la demande du demandeur visant à lever cette revendication est justifiée et fondée, et il convient d'y
répondre en protégeant les droits du créancier privilégié contre de telles revendications injustifiées. 71
69
Le Dahir n° 1-92-31 du 17 juin 1992 portant promulgation de la loi n° 12-90 relative à l'urbanisme.
70
" Omar El-Houfi, "Les procédures de réalisation de l'hypothèque immobilière".
71
L'ordonnance rendue dans le dossier urgent n°252 par le tribunal de commerce de Marrakech en date du 13 juillet 2004.
MCA Page 23
2. DROIT DE SUITE
Il est entendu que le droit de suite fait référence au droit du créancier hypothécaire d'exécuter sur le bien
hypothéqué entre les mains de tout détenteur, sans que la conservation du bien hypothéqué en propriété du
débiteur ne soit nécessaire, comme stipulé à l'article 199 du Code des droits réels. Cet aspect est simplement
L’application des règles générales interdisant l'exécution selon un droit différé, et cela illustre la
caractéristique accessoire du droit hypothécaire officiel en tant que droit dérivé du crédit garanti. Ainsi, si la
créance garantie est différée, conditionnelle ou future, le créancier hypothécaire n'a pas le droit d'exercer le
droit de suite tant que la condition n'est pas remplie, que l'engagement n'est pas pris ou que l'échéance n'est
pas arrivée, qu'elle soit stipulée, convenue ou ordonnée par un tribunal.72
Dans le cadre du droit hypothécaire, lorsque le terme arrive à échéance conformément aux règles générales,
il peut soit être atteint à son expiration, soit être abandonné, soit être annulé en raison de l'insolvabilité du
débiteur ou de l'affaiblissement des garanties.
Ainsi, lors de l'exécution sur le bien hypothéqué, le créancier hypothécaire peut être surpris par la sortie de la
propriété du bien hypothéqué des mains du débiteur à une tierce personne, ou par la création d'un droit
dérivé de la propriété auquel il est possible de disposer indépendamment de la propriété au profit de cette
tierce personne. Dans ce cas, l'exécution ne serait pas possible contre le débiteur après que la propriété ait
quitté ses mains, mais elle serait possible contre le bien hypothéqué entre les mains de celui à qui la propriété
a été transférée ou du titulaire d'un droit dérivé de celui-ci, si ce droit est celui qui est hypothéqué. Ainsi, le
créancier hypothécaire n'a besoin d'exercer son droit de suite que lorsque la propriété du bien hypothéqué ou
le droit réel dérivé de celui-ci est transféré à une autre personne, si ce droit est l'objet de l'hypothèque. Par
conséquent, le droit du créancier hypothécaire de suivre est lié au droit du débiteur hypothécaire de disposer
du bien hypothéqué, et l'exercice de l'un ne peut être envisagé sans l'exercice de l'autre, afin de ne pas porter
atteinte au droit du débiteur de disposer du bien hypothéqué ou au droit du créancier de suivre le bien
hypothéqué.
L'établissement du droit de suite par le législateur semble viser à instaurer un équilibre entre les intérêts des
parties au contrat de gage immobilier. Cela se manifeste par la prérogative et l'autorité accordées au débiteur
hypothéqué de disposer de sa propriété hypothéquée sans causer de préjudice aux intérêts du créancier
hypothécaire. Ainsi, lorsque le bien hypothéqué reste entre les mains de son propriétaire d'origine, c'est-à-
dire le débiteur, le créancier hypothécaire a besoin du droit de suite pour pouvoir recouvrer sa créance auprès
de ce débiteur initial.
72
Dominique LEGIAIS. Suretés et garanties crédit, 3éme Edition L.G.D.J 2002, P : 363
MCA Page 24
La relation directe entre le titulaire du droit réel et la chose sur laquelle ce droit porte reste en vigueur
indépendamment de la possession de cette chose par une autre personne.73
Pour pouvoir exercer le droit de suite, le créancier hypothécaire doit remplir certaines conditions
essentielles :
CONDITION 1 :
Le premier critère pour exercer le droit de suite est que la dette garantie doit être échue. Cela signifie que le
délai convenu pour le paiement de la dette a expiré. Tant que le délai n'est pas écoulé, le créancier
hypothécaire ne peut pas engager le droit de suite sur le bien immobilier.
Dans le droit comparé, comme en Égypte par exemple, l'article 1060 du Code civil énonce que "le créancier
hypothécaire, lorsque la dette échue arrive à terme, peut déposséder le bien hypothéqué du détenteur, sauf si
ce dernier choisit de payer la dette, de libérer le bien de l'hypothèque, ou d'y renoncer...".
Cela confirme le droit de suite comme une caractéristique distinctive du droit hypothécaire, en particulier
lorsque la dette est conditionnelle ou à échéance, ne permettant l'exercice du droit de suite qu'après la
réalisation de la condition ou l'expiration du délai convenu. Par conséquent, la dette devient exigible soit à
l'expiration du délai, soit par la renonciation du débiteur à ce délai, ou encore par la caducité du terme par
une liquidation judiciaire du débiteur, son insolvabilité, ou par l'affaiblissement des garanties.
Il est important de noter que le droit de suite revient à tout créancier hypothécaire, même si son rang est
inférieur, à condition que l'échéance de la dette soit arrivée à terme.
En ce qui concerne l'exercice du droit de suite, l'article 215 du Code des droits réels (CDR) précise les
modalités de mise en œuvre de ce droit. Cet article stipule : "Le créancier hypothécaire qui n’a pas été payé à
l’échéance peut obtenir la vente du bien hypothéqué selon les procédures prévues par la loi, après avoir
adressé une mise en demeure par l’huissier de justice au débiteur principal et au détenteur, pour le paiement
de la dette ou la remise du bien hypothéqué dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception."
Ainsi, les options du détenteur du bien hypothéqué face au créancier hypothécaire sont les suivantes : soit il
paie la dette, soit il remet le bien hypothéqué. Il est à noter que le législateur a pris en compte la situation du
détenteur et ne l’a pas laissé dans une position passive. Avant de faire un choix concernant le bien
hypothéqué, le détenteur peut soulever plusieurs objections pour contrer l’exercice du droit de suite par le
créancier hypothécaire, telles que contester la validité de l'hypothèque et demander son annulation pour
73
Zahdi Yekn, "Nouvelle explication détaillée de la loi sur la propriété immobilière et les droits réels immobiliers non
transmissibles
MCA Page 25
quelconque raison, comme le non-respect des conditions substantielles ou des procédures d'enregistrement
dans les registres fonciers.
L'article 202 du CDR stipule également : "Le détenteur qui n'est pas personnellement tenu de la dette peut
s’opposer à la vente du bien hypothéqué en sa possession si d’autres biens appartenant au débiteur principal
sont hypothéqués pour la même dette. La vente du bien en possession du détenteur est différée pendant la
procédure de dessaisissement."
On observe que cet article ne traite qu'une seule possibilité, à savoir l'exception de dessaisissement. Pour les
autres situations, le détenteur peut recourir aux principes généraux des obligations.
CONDITION 2 :
La deuxième condition nécessaire pour exercer le droit de suite est que l’hypothèque soit valide. Cela
signifie que l’hypothèque doit être inscrite au registre foncier afin d’être opposable aux tiers, et que son
inscription ait été effectuée avant l’inscription du droit du détenteur sur le bien hypothéqué.
Le droit de suite, en tant que manifestation de l’opposabilité de l’hypothèque au détenteur, exige que
l’inscription de l’hypothèque soit antérieure à l’acquisition du droit du détenteur, c’est-à-dire avant
l’enregistrement de l’acte créant son droit de propriété ou tout autre droit réel principal. Sinon, l’hypothèque
n’aurait aucune force contraignante à l’encontre du détenteur. En effet, l’exercice du droit de suite par le
créancier hypothécaire n’est qu’une manifestation de la concurrence entre le droit réel accessoire du
créancier hypothécaire et le droit réel principal acquis par le détenteur.
Dans ce cas, il y a concurrence entre le titulaire d’un droit réel accessoire, le créancier hypothécaire, et le
titulaire d’un droit réel principal, le cessionnaire (le détenteur). Aucun de ces droits ne peut être opposé s’il
n’est inscrit au registre foncier, et la date de l’inscription du droit est déterminante, non la date de sa
création.
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son inscription après le transfert de la propriété à une autre personne, sauf si le cessionnaire a agi de manière
frauduleuse en collusion avec le cédant, car la fraude invalide toutes les transactions. Ainsi, le créancier qui a
tardé à enregistrer son hypothèque devient simplement un créancier chirographaire
CONDITION 3 :
La troisième condition stipule que le droit de suite ne doit pas avoir disparu à la suite de la transaction ayant
transféré la propriété du bien hypothéqué au détenteur. Cela signifie que, pour que le créancier hypothécaire
puisse exercer son droit de suite contre celui à qui la propriété du bien hypothéqué a été transférée ou contre
un droit dérivé de ce bien, il ne doit pas y avoir eu de transaction entraînant la suppression du droit de suite
du créancier hypothécaire. Par exemple, si la propriété du bien hypothéqué a été expropriée pour utilité
publique, le créancier ne peut alors pas poursuivre le bien entre les mains de l'entité expropriante ou de celle
qui a bénéficié de l'expropriation et acquis le bien hypothéqué. Dans ce cas, le droit du créancier se limite à
se faire rembourser sur la contrepartie monétaire versée par l'entité expropriante 74
CONDITION 4
Le droit de suite ne peut être exercé que si le bien hypothéqué a quitté la possession du constituant. Il est
donc nécessaire que ce bien entre en possession d’une personne autre que le constituant, appelée le
détenteur75
Le droit de suite du créancier hypothécaire ne peut être exercé que contre le détenteur du bien, c’est-à-dire la
personne ayant acheté le bien hypothéqué ou à qui la propriété a été transférée. Pour que le créancier
hypothécaire puisse agir contre le détenteur, ce dernier doit avoir inscrit le contrat établissant sa possession
au registre foncier. Sans cette inscription, le bien est considéré comme restant en possession du débiteur
constituant. C’est ce qu’a confirmé la Cour d'appel de Rabat dans une décision de 1998, stipulant que, pour
qu'un droit réel puisse être opposable au créancier hypothécaire d'un bien enregistré, il doit lui-même être
basé sur une inscription au registre foncier.
Un tiers possesseur qui n’a pas enregistré son droit avant la notification de la saisie ne peut se prévaloir
d’aucune qualité vis-à-vis du demandeur de la saisie ni invoquer l’absence de mise en demeure de payer ou
de renoncer au bien76
Le législateur a accordé au tiers détenteur plusieurs moyens pour renforcer sa position juridique en tant que
détenteur d'un bien grevé d'une hypothèque. Ces moyens sont connus sous le nom d'options du détenteur. Si
. "Youssef Avril intitulé "Mada ḥimayat al-rahin al-rasmī bi-al-nisba lil-dā'in al-murtahin 74
"Mohamed Moumen intitulé "Effets de l'hypothèque légale sur le débiteur et les tiers 75
76
ouvrage d'Amina Naami intitulé "Les principes substantiels et procéduraux de l'hypothèque légale forcée en jurisprudence et en '
"droit
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le créancier hypothécaire poursuit le bien hypothéqué entre les mains du détenteur, ce dernier a le choix
entre trois solutions :
1. S'acquitter de la dette :
2. Abandonner le bien :
Avant de prendre l'une de ces options, le détenteur a le droit, lors de l'avis de paiement ou d'abandon du bien,
de soulever toute objection relative à l'hypothèque elle-même contre le créancier hypothécaire. Il peut
contester la validité ou l'efficacité de l'hypothèque, en soulevant des arguments d'invalidité de l'hypothèque,
qu'il peut invoquer personnellement. Si ces arguments sont couronnés de succès, le créancier est empêché
d'exercer son droit de suite.
Le détenteur peut choisir de rembourser la dette garantie. Cela trouve son fondement dans l'article 201 du
Code des droits réels qui stipule : "Il est permis au détenteur de remplacer le débiteur dans le paiement de la
dette et de ses accessoires et de bénéficier des délais accordés au débiteur initial. Il peut, avant l’échéance du
paiement, purger le bien des hypothèques grevant celui-ci en payant la dette et ses accessoires."
Enfin, le détenteur peut décider de laisser le créancier hypothécaire poursuivre la procédure de saisie
immobilière forcée.
L'hypothèque prend fin de deux manières : de manière principale, c'est-à-dire avec le maintien de l'obligation
principale, ou de manière accessoire, c'est-à-dire en conséquence de l'extinction de l'obligation principale.
Que l'extinction de l'hypothèque soit principale ou accessoire, elle n'a d'effet juridique qu'après sa radiation
du registre foncier conformément aux principes de la publicité foncière.
Par conséquent, nous consacrerons la première section aux raisons de l'extinction de l'hypothèque et
aborderons dans la deuxième section les effets de l'extinction de l'hypothèque après sa radiation.
L'hypothèque est un droit accessoire qui nécessite l'existence d'un droit principal pour le garantir, et elle le
suit dans son existence et son extinction. Ainsi, l'obligation garantie s'éteint de manière accessoire, car
l'hypothèque ne peut subsister après l'extinction de la dette, quelle qu'en soit la cause (paragraphe 2). De
plus, l'hypothèque peut s'éteindre de manière principale tout en laissant subsister la dette garantie
(paragraphe 1).
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1. L’EXTINCTION DE MANIERE PRINCIPALE
L’hypothèque éteint de manière principale, indépendamment de la dette garantie pour l'une des raisons
suivantes :
L'hypothèque peut être éteinte tout en maintenant la dette garantie, par accord des parties au contrat
d'hypothèque et par désinscription au registre foncier. Cet accord peut constituer une résiliation du contrat
d'hypothèque moyennant d'autres garanties, telles que la substitution de l'hypothèque par une garantie
personnelle ou une autre hypothèque transférable, sous réserve de l'accord du créancier.
Cet accord peut prévoir la suppression de l'hypothèque dans le contrat d'hypothèque lui-même, comme dans
le cas où la présence de l'hypothèque est conditionnée par une clause résolutoire, ou il peut être stipulé dans
un contrat ultérieur au contrat d'hypothèque. Dans ces deux cas, la suppression de l'hypothèque n'a pas
d'effet juridique sans son enregistrement au registre foncier.
L'hypothèque peut également être éteinte de manière originale si le créancier y renonce sans renoncer à la
dette, comme lorsqu'il substitue l'hypothèque légale par une garantie personnelle ou lorsqu'il abandonne
l'hypothèque sans enregistrer et accepte de devenir un créancier ordinaire
Le renoncement peut être explicite ou implicite. Si le renoncement explicite ne pose pas de problème, le
renoncement implicite est plus controversé. Par exemple, si le terme de la dette arrive à échéance et que le
créancier refuse de la satisfaire, et que le débiteur entreprend des procédures de véritable offre et dépôt, ce
comportement, s'il est correctement exécuté, permet au débiteur de recourir à la justice pour obtenir un
jugement d'extinction de l'hypothèque si le bien n'est pas protégé, ou au conservateur foncier pour obtenir
une décision de conservation si le bien est protégé
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L'hypothèque légale s'éteint lorsque la chose hypothéquée est détruite, à condition que la destruction soit
totale. Si la destruction est partielle, l'hypothèque ne s'éteint pas mais ce qui reste de la chose
hypothéquée continue de garantir toute la dette, conformément au principe de l'indivisibilité de
l'hypothèque.
Le législateur a stipulé dans l'article 191 du Code des droits réels que : "Le droit du créancier
hypothécaire passe à l'argent qui le remplace en cas de destruction, de défectuosité ou d'expropriation
pour cause d'utilité publique de la propriété hypothéquée, sous forme de montant d'assurance, de
compensation ou de contrepartie. Le créancier hypothécaire a le droit de récupérer ses droits sur ces
montants conformément à sa priorité."
Si l'hypothèque concerne un droit d'usufruit et que le bien immobilier utilisé est détruit, ce droit s'éteint
avec la destruction de la propriété utilisée ou à l'expiration de sa durée. En revanche, si le droit d'usufruit
prend fin par renonciation avant la fin de sa durée, l'hypothèque ne s'éteint pas mais continue sur ce droit,
revenant au propriétaire du domaine servile77.
Il a été précédemment mentionné que le bailleur est tenu de garantir l'efficacité de l'hypothèque et ne
peut entreprendre d'actions qui diminuent la valeur de la chose hypothéquée ou compromettent les droits
du créancier hypothécaire. Ainsi, si le débiteur manque à cet engagement, le créancier hypothécaire peut
exiger le paiement immédiat de la dette, ce qui signifie que le créancier hypothécaire a résilié
l'hypothèque et l'a éteinte de manière originelle.
Si l'hypothèque est conclue sous une condition résolutoire, elle s'éteint dès que cette condition se réalise,
tandis que la dette garantie subsiste sans l'hypothèque.
L'extinction de l'hypothèque de manière accessoire signifie que l'hypothèque prend fin en raison de
l'extinction de la dette garantie, car elle est subordonnée à celle-ci et disparaît avec elle.
Le législateur a énoncé dans l'article 319 du Code des obligations et des contrats que : "Les engagements
s'éteignent par les moyens suivants : le paiement, l'impossibilité d'exécution, la libération, la libération
volontaire, le renouvellement, la compensation, l'union des dettes, la prescription, la résiliation
optionnelle."
PAIEMENT
Le paiement intégral de la dette garantie par l'hypothèque est soumis aux règles générales énoncées dans
le Code des obligations et des contrats. Étant donné que le droit de l'hypothèque est un droit réel
77
Abdel Razzaq Ahmed al-Sanhuri, l'intermédiaire en droit civil, partie X sur les assurances personnelles et réelles
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indivisible, le paiement doit également être intégral. En cas de paiement partiel, l'hypothèque reste en
vigueur jusqu'à ce que la dette soit entièrement réglée. Le législateur marocain stipule également à
l'article 321 du Code des obligations et des contrats que : "L'obligation s'éteint également si le créancier
accepte de recevoir en paiement autre chose que ce qui était prévu dans l'obligation. Cette acceptation est
présumée lorsque le créancier reçoit sans réserve autre chose que ce qui constituait l'objet de
l'obligation."
L'IMPOSSIBILITE D'EXECUTION
L'obligation s'éteint également si elle devient impossible en raison d'une impossibilité naturelle ou
juridique, sans faute du débiteur, et avant qu'elle ne soit dans un état de retard.
Si l'exécution devient impossible parce que l'objet du contrat est devenu impossible juridiquement ou
naturellement, le débiteur est alors libéré de son obligation de paiement, à moins que l'impossibilité soit
due à sa faute ou qu'il soit déjà en état de retard. Dans ce cas, l'hypothèque n'est pas éteinte, et le
créancier hypothécaire a le droit d'exécuter sur le bien immobilier hypothéqué pour obtenir satisfaction
de son droit.
LA REMISE DE LA DETTE
Le législateur a stipulé dans l'article 340 du Code des obligations et des contrats que " : L'obligation est
éteinte par la remise volontaire qu'en fait le créancier capable de faire une libéralité... »
La remise de l'obligation produit ses effets tant que le débiteur ne l'a pas explicitement refusée.
Ainsi, le créancier a toute liberté d'absoudre le débiteur hypothécaire de l'obligation qui lui incombe, à
condition qu'il ait la capacité de faire un don contrairement aux mineurs, qui ne peuvent pas absoudre le
débiteur. Cette absolution ne peut produire ses effets même si le débiteur l'accepte explicitement.
LE RENOUVELLEMENT :
Le renouvellement est également considéré comme une cause d'extinction de la dette, comme mentionné
précédemment, lorsqu'une nouvelle dette remplace une dette antérieure en différant d'elle dans l'un de ses
éléments essentiels. Lorsque la dette antérieure est éteinte, l'hypothèque qui garantit les dettes est
également éteinte et passe à la nouvelle dette. 78
LA COMPENSATION ( )المقاصة:
78
Article 347 : La novation est l'extinction d'une obligation moyennant la constitution d'une obligation nouvelle qui lui est
substituée
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La compensation se produit lorsque chacune des parties est créancière et débitrice de l'autre de manière
personnelle. Cependant, elle ne se produit pas entre les musulmans si elle implique une violation des
prescriptions de la loi islamique.79
Cependant, si un tiers acquiert un droit sur un bien hypothéqué de bonne foi pendant la période entre le
règlement des dettes et la confirmation de leur invalidité, ce droit n'est pas affecté par la suite et reste
acquis sur le bien hypothéqué (voir Article 1239 du Code Civil). Par exemple, si le débiteur a remboursé
sa dette au créancier garanti et a obtenu l'hypothèque (ou a annulé l'hypothèque officielle), puis une autre
personne achète ce bien hypothéqué, et il est révélé que le remboursement initial était incorrect, l'argent
ne serait pas affecté, et ce qu'il avait acheté ne serait pas hypothéqué, car il avait acquis le droit de
propriété sur lui de bonne foi.
En revanche, si l'acheteur est de mauvaise foi, c'est-à-dire s'il savait que le remboursement initial était
incorrect, alors l'hypothèque reprend effet et produit ses effets. Dans ce cas, l'acheteur ne peut pas
maintenir le droit qu'il a acquis sur le bien hypothéqué en raison de sa mauvaise intention.
Elle désigne la réunion des qualités de créancier et débiteur chez une même personne, en raison d'un même
engagement. Cela entraîne l'extinction du lien de la dette car il est impossible pour une personne d'être
débitrice envers elle-même. Comme le droit de gage ne peut être divisé, l'union de la dette doit être totale et
non partielle.
Cependant, si elle est partielle, l'hypothèque reste valide même si une partie de la dette a été réglée par
l'union de la dette partielle.
PRESCRIPTION ( )التقادم:
La prescription est également une cause d'extinction des obligations si le créancier tarde à réclamer ses droits
pendant une période déterminée par la loi 81. Cependant, la dette garantie par hypothèque ne peut pas être
éteinte par prescription, comme stipulé à l'article 377 du Code Civil : "Il n'y a pas de prescription lorsque
l'obligation est garantie par une hypothèque possessoire sur un bien meuble ou une hypothèque officielle.
79
Article 357 DOC
80
. Article 369 : Lorsque les qualités de créancier et de débiteur d'une même obligation se réunissent dans la même personne, il se
produit une confusion de droits qui fait cesser le rapport du créancier et débiteur
81
Osama Abdel Rahman, les principes généraux des obligations
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Ainsi, l'hypothèque tombe de manière subordonnée pour toutes les raisons qui conduisent à l'extinction de la
dette, telles que le remboursement de la dette, la compensation, la libération, l'union de la dette et
l'annulation ou l'invalidation de l'engagement d'origine, à l'exception de la prescription. Conformément à
l'article 377 du Code Civil, "Il n'y a pas de prescription lorsque l'obligation est garantie par une hypothèque
possessoire sur un bien meuble ou une hypothèque officielle."
Étant donné que le bien hypothéqué est lié à la dette garantie, s'il s'avère que la dette est invalide, par
exemple si elle résulte d'une cause illégitime, alors le contrat de gage est annulé en conséquence. De même,
le gage est annulé si la dette peut être annulée, comme dans le cas d'une hypothèque forcée prévue en faveur
du vendeur sur la vente, puis si l'acheteur découvre que le vendeur l'a trompé à ce sujet, et que l'annulation
de cette vente a été décidée, ou que cette dette a expiré pour l'une des raisons de l'expiration
"Le débiteur hypothécaire a le droit de faire valoir tous les motifs qui pourraient conduire à l'annulation de la
dette garantie ou à son expiration, entraînant ainsi l'extinction de l'hypothèque. De même, le propriétaire du
bien hypothéqué – s'il n'est pas lui-même le débiteur de la dette garantie – a le droit de faire valoir tous les
moyens de défense que le débiteur pourrait utiliser contre le créancier hypothécaire, même si le débiteur y a
renoncé, à l'exception des moyens de défense personnels du débiteur. 82
Si la dette garantie est éteinte par le paiement, la compensation, la remise ou l'acquittement, et que
l'annulation de ces actions est établie et reconnue à la charge du débiteur, l'hypothèque retrouve ses effets. Le
débiteur hypothécaire doit alors garantir le bien en possession pour permettre à l'hypothécaire de récupérer le
bien si celui-ci en a été privé.
Conformément au principe de l'indivisibilité de l'hypothèque, l'extinction de la dette doit être totale et non
partielle. Sinon, l'hypothèque demeure en vigueur jusqu'à l'extinction complète de la dette. Cette règle
s'applique également aux hypothèques mobilières ou immobilières enregistrées dans un registre spécial tel
que les véhicules ou les biens immobiliers non conservés. Par conséquent, si une personne hypothèque un
bien immobilier non conservé pour sa dette, elle ne peut réclamer la restitution de ce bien que si elle prouve
avoir rempli la dette garantie, même après de nombreuses années."
82
Article 1220 DOC
MCA Page 33
PARTIE II : LES PRIVILÈGES
Si l'on devait retracer l'histoire des privilèges actuels, on remonterait à l'époque des juristes romains. Le
privilège n'est pas une création des législations modernes. En effet, il existait déjà dans les anciennes lois et
doit donc son existence au droit romain. À cette époque, les privilèges étaient généraux et s'appliquaient à
l'ensemble des biens du débiteur. Aujourd'hui, les privilèges peuvent également être spécifiques et ne
concerner que certains biens particuliers83.
Il convient de mettre en perspective les effets des privilèges ainsi que les modes de leur extinction
(CHAPITRE 2), après avoir fait le point sur leurs notions et cadre juridique (CHAPITRE 1).
L’article 10 du Code des droits réels énonce les privilèges comme l’un des trois droits réels accessoires qui
n’existent pas par eux-mêmes puisqu’ils reposent sur un droit personnel pour lequel ils lui tiennent lieu de
garantie.
Avant d’entamer les caractéristiques des privilèges (Paragraphe 2), il convient tout d’abord de définir le
Les privilèges sont régis par les articles 1244 à 1250 du DOC, mais sont principalement définis par les
dispositions de l’article 1243 du DOC : “Le privilège est un droit de préférence que la loi accorde sur les
biens du débiteur à raison de la cause de la créance.”
Pour sa part, le Code des droits réels, dans son article 142, l’a défini comme suit : “Le privilège est un droit
réel accessoire ouvrant droit à un créancier d’être préféré aux autres créanciers même hypothécaires.” De
cette définition, on peut en déduire qu'elle concerne exclusivement les privilèges mobiliers 84.
À partir de ces deux définitions, on peut conclure que le privilège relève des sûretés réelles, comme nous
l’avons déjà indiqué, tout comme d'autres droits réels accessoires tels que l'hypothèque et le nantissement.
83
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.3.
84
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.5.
MCA Page 34
Toutefois, sa nature légale particulière et sa raison d’être le distinguent de ces autres droits par des
caractéristiques qui lui sont propres85.
En outre, d’autres textes marocains spécifiques traitent des privilèges, tels que la loi n° 15-97 formant code
de recouvrement des créances publiques dans les articles 105 et suivants, la loi n° 15-95 formant code du
commerce, et le dahir portant loi n° 1-72-184 du 15 joumada II 1392 (27 juillet 1972) relatif au régime de
sécurité sociale. On trouve également le code de commerce maritime, qui consacre tout un chapitre aux
privilèges et hypothèques maritimes dans les articles 77 et suivants, ainsi que la loi n° 17-99 portant code des
assurances à l’article 276. Les privilèges constituent donc des sûretés prévues par une multitude de textes et
de lois86.
Une question essentielle se pose : dans quelle mesure le législateur marocain a-t-il réussi à réglementer les
privilèges, compte tenu de la diversité des textes régissant ce type de sûretés?87
Par ailleurs, le privilège fait partie des sûretés réelles qui n'entraînent pas la dépossession du débiteur. Le
bien affecté à la garantie reste en possession du débiteur. Bien que les créanciers ordinaires puissent saisir le
bien sur lequel porte le privilège, les créanciers privilégiés disposent d'un droit de préférence sur le produit
de la vente de ce bien88.
À partir des définitions précédemment exposées, il en découle que les privilèges présentent les
caractéristiques suivantes :
1. Ce sont des droits réels qui confèrent le droit de préférence et le droit de suite 89; c’est-à-dire que le
privilège accorde au créancier un rang préférentiel par rapport aux autres créanciers. Le droit de
préférence accorde aux créanciers privilégiés le privilège d’être payés avant toutes les autres créances, y
compris celles garanties par une hypothèque. Quant au droit de suite, il permet au créancier privilégié de
suivre le bien grevé même s'il change de propriétaire. Ce droit est particulièrement limité en matière de
privilèges car il s'agit d'une sûreté occulte, n'ayant fait l'objet d'aucune publicité 90.
85
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.4.
86
Idem.
87
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques,économiques et sociales Souissi, p.5.
88
Idem.
89
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:42.
90
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.6.
MCA Page 35
2. Ils sont liés à la dette principale et en dépendent donc 91. C’est une sûreté accessoire qui est transmise avec
la créance qu'il garantit et qui s'éteint si cette créance prend fin92.
3. Le privilège peut s'appliquer aussi bien aux immeubles qu'aux meubles.
4. Le privilège est un droit indivisible qui reste attaché intégralement à son objet jusqu'au règlement complet
de la dette garantie93: Chaque élément du bien sur lequel porte le privilège garantit l'intégralité de la
dette94.
5. C’est une sûreté légale: Le privilège ne peut être institué que par la loi, et son interprétation est stricte 95. Il
est interdit d'étendre le privilège à une créance qui n'est pas expressément désignée par un texte 96. Il est
octroyé à un créancier en raison de la qualité que la loi lui attribue. Aucune nécessité de recourir à un juge
pour rédiger un écrit : la sûreté naît automatiquement avec la créance. Cette forme de sûreté découle donc
de la volonté explicite du législateur, qui établit une distinction entre les créanciers 97.
6. Le législateur reconnaît les privilèges en tenant compte de la cause de la créance et en détermine leur
rang.
7. Le privilège produit ses effets même en l'absence d'inscription sur le titre foncier 98. En effet, l'efficacité
d'un privilège est particulièrement redoutable puisqu'aucun formalisme n'est nécessaire pour le constituer.
De plus, du fait de son origine légale, il est opposable de plein droit aux tiers99.
8. Il implique l'affectation d'un ou plusieurs biens en garantie d'une créance.
9. La réalisation éventuelle du privilège est censée satisfaire le créancier.
10. Enfin, il s'agit d'une sûreté réelle, conférant au créancier un droit sur la valeur d'un ou plusieurs biens,
lui permettant ainsi d'être payé lors de la réalisation du privilège100.
Les privilèges sont des droits préférentiels accordés à certains créanciers (appelés créanciers privilégiés) sur
les biens du débiteur, garantissant leur paiement avant les autres créanciers. Cette préférence est déterminée
par la nature de la créance plutôt que par l'identité du créancier. Il existe deux types principaux de privilèges,
91
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:42.
92
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.6.
93
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:42, 43.
94
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.6.
95
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:43.
96
Idem.
97
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques,économiques et sociales Souissi, p.6.
98
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:43.
99
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.6.
100
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.6.
MCA Page 36
en raison de leur assiette101 : les privilèges mobiliers et les privilèges immobiliers, chacun ayant des
subdivisions spécifiques selon la nature de la créance garantie102.
Les privilèges sur les meubles sont classés en deux catégories : généraux et spéciaux. Les privilèges
généraux incluent tous les biens meubles du débiteur, tandis que les privilèges spéciaux ne s'appliquent qu'à
certains biens meubles spécifiques.
Un privilège est qualifié de général lorsqu'il concerne tous les biens du débiteur, c'est-à-dire la totalité de ses
meubles103. D’après l’article 1248 du DOC, il existe sept types de créances privilégiées :
101
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:43.
102
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.7.
103
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques,économiques et sociales Souissi, p.8.
104
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:44.
MCA Page 37
2. Les privilèges mobiliers spéciaux
A l’inverse, un privilège mobilier est qualifié de spécial lorsqu'il concerne certains biens meubles du
débiteur, notamment les produits de récolte, les meubles conservés, les biens en possession de l'artisan, les
biens
transportés en faveur du transporteur, les effets personnels du voyageur pour le compte de l'aubergiste, ainsi
que les indemnités d'assurance au profit du tiers lésé par l'accident105.
L'article 1249 du Code de commerce reconnaît le privilège en faveur du créancier gagiste ou nanti sur le
produit de la chose donnée en gage ou en nantissement. Le code précise la procédure d'inscription de ce
privilège, sous peine de nullité. Par ailleurs, il reconnaît également un privilège au vendeur du fonds de
commerce, qui prime celui du créancier nanti. Ce privilège du vendeur du fonds de commerce est soumis
aux conditions suivantes 106:
En outre, il faut noter que ces mentions ne sont pas soumises à la publication dans les journaux.
Le privilège ne concerne que les éléments spécifiquement énumérés dans la vente et dans l'inscription. En
l'absence de désignation précise, il s'applique uniquement au nom commercial, à l'enseigne, au droit au bail,
à la clientèle et à l'achalandage. Des prix distincts sont fixés pour les éléments incorporels du fonds de
commerce, le matériel et les marchandises. Le privilège du vendeur garantit chacun de ces prix ou le solde
restant dû, et s'applique séparément aux prix de revente relatifs aux marchandises, au matériel et aux
éléments incorporels du fonds. Conformément à toute convention contraire, les paiements partiels autres que
les paiements comptant sont d'abord imputés sur le prix des marchandises, puis sur celui du matériel. Si la
revente concerne un ou plusieurs éléments non inclus dans la première vente, le prix de revente doit être
ventilé.
En ce qui concerne l'inscription, celle-ci doit être effectuée dans les 15 jours suivant la date de l'acte
de vente, sous peine de nullité, par le vendeur lui-même. Elle prévaut sur toute autre inscription réalisée dans
le même délai par l'acquéreur, et est opposable lors des procédures de redressement et de liquidation
judiciaire de l'acquéreur107.
En dernier, l’article 1250 du DOC cite les créances privilégiées sur certains meubles comme suit :
105
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques,économiques et sociales Souissi, p.9.
106
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:44.
107
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p:44.
MCA Page 38
● 1° les sommes dues pour les semences, pour les travaux de culture et pour ceux de la récolte, sur le
produit de la récolte ;
● 2° les fermages et les loyers des immeubles et les redevances dues au crédirentier ;
● 3° les frais de conservation de la chose, à savoir ceux sans lesquels la chose eût péri, ou aurait cessé
de servir à sa destination, sur les meubles conservés ;
● 4° les salaires et remboursements dus à l’artisan pour sa main-d’œuvre et ses avances, sur les choses
qui lui ont été remises, tant qu’elles sont en sa possession ;
● 5° les sommes dues au commissionnaire sur la valeur des marchandises à lui expédiées ;
● 6° les sommes dues au voiturier pour le prix de transport et pour ses déboursés, sur les choses
voiturées, tant qu’elles sont en sa possession ;
● 7° les créances des aubergistes, logeurs propriétaires de fondouks, hôteliers pour leurs fournitures et
avances sur les choses et effets du voyageur qui se trouvent encore dans l’auberge, fondouk ou hôtel ;
● 8° les créances nées d’un accident au profit des tiers lésés par cet accident ou de leurs ayant droit sur
l’indemnité dont l’assureur de la responsabilité civile se reconnaît ou a été judiciairement reconnu
débiteur.
L’article 154 du dahir du 2 juin 1915, formule essentiellement la même définition concernant le privilège
immobilier comme étant un droit réel conféré à un créancier par la nature même de sa créance, lui permettant
d'être prioritaire sur les autres créanciers, y compris ceux ayant des hypothèques. Ainsi, il est clairement
reconnu que le privilège immobilier répond à la condition de droit réel108.
L’article 144 du Code des droits réels énumère les privilèges immobiliers et les restreint aux :
2° droits du Trésor tels que prévus par les lois les concernant.
Il convient de rappeler que le privilège immobilier s'applique uniquement aux biens immeubles 109.
D'après cet article, il semble que le législateur marocain a exclu les frais de justice liés à la réalisation de
l'immeuble, contrairement à ce qui était prévu auparavant dans l'article 155 du dahir du 2 juin 2015. En ce
qui concerne les créances de la trésorerie générale, elles sont considérées comme des créances publiques
bénéficiant d'un privilège du Trésor, lequel reste attaché à ces créances tant qu'elles ne sont pas atteintes par
la prescription110.
Dans ce contexte, les privilèges du Trésor sont destinés à garantir le recouvrement du montant principal des
créances ainsi que de leurs accessoires, tels que les pénalités, les amendes, les majorations de retard et les
frais de recouvrement.
108
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.410.
109
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p.45.
110
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.10.
MCA Page 39
En premier lieu, les privilèges concernent les impôts et taxes, comme prévu par le code de recouvrement des
créances publiques111. Le législateur marocain établit dans le même code que pour le recouvrement des
impôts et taxes, le Trésor bénéficie d'un privilège à partir de la date de mise en recouvrement du rôle ou de
l'état des produits. Ce privilège s'étend aux biens meubles et autres effets mobiliers appartenant au redevable,
où qu'ils se trouvent, ainsi qu'au matériel et aux marchandises présents dans l'établissement imposé et utilisés
dans son exploitation112. De plus, le Trésor a également le droit d'exercer ce privilège sur les récoltes, fruits,
loyers et
revenus provenant de l'immeuble imposé. Il est important de noter que ce privilège reste attaché à la créance
même en cas de transfert de propriété. On en conclut donc que ce privilège est assorti d'un véritable droit de
suite qui permet au comptable de saisir les récoltes, fruits, loyers et revenus, quelles que soient les mains par
lesquelles l'immeuble imposé passe113.
En second lieu, le Trésor détient également un privilège général sur les meubles et autres effets mobiliers
appartenant au redevable, où qu'ils se trouvent, pour le recouvrement des créances autres que celles
spécifiées par l'article 105114. Les créances couvertes par ce privilège incluent toutes les créances autres que
les impôts et taxes, ainsi que leurs frais accessoires. Cela englobe notamment les produits domaniaux, les
recettes diverses collectées sur ordre de recettes, les droits d'enregistrement et de timbres, ainsi que les
amendes et les condamnations pécuniaires. De plus, il existe un privilège du Trésor pour le recouvrement des
droits et taxes des douanes sur les meubles et autres effets mobiliers appartenant aux redevables et à leurs
cautions, où qu'ils se trouvent. Ce privilège s'applique à partir de la date du titre exécutoire, tel que l'ordre de
recette ou le jugement, ou bien à partir de la date d'échéance de la créance 115.
En dernier lieu, il convient de mentionner les créances des collectivités locales et de leurs groupements. Ces
créances bénéficient de deux privilèges distincts : le premier est attaché aux impôts et taxes locaux, tandis
que le second concerne les autres types de créances. Ces privilèges prennent effet immédiatement après le
privilège du Trésor prévu à l’article 105. Ils s'appliquent également aux mêmes biens et sont soumis aux
mêmes conditions d'exercice116.
Par ailleurs, il est nécessaire de souligner que le privilège fait partie des sûretés réelles qui n'impliquent pas
la dépossession du débiteur. Ce dernier conserve la possession du bien donné en garantie au créancier. Par
111
Article 2 du code de recouvrement des créances publiques.
112
Article 105 du code de recouvrement des créances publiques.
113
Article 106 du code de recouvrement des créances publiques.
114
Article 109 du code de recouvrement des créances publiques.
115
Article 108 du code de recouvrement des créances publiques.
116
Article 111 du code de recouvrement des créances publiques.
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conséquent, les créanciers ordinaires peuvent saisir le bien sur lequel porte le privilège, mais les créanciers
privilégiés ont un droit de priorité sur le produit de la vente du bien117.
Pour conclure, les privilèges immobiliers ne sont en fait que des hypothèques privilégiées, qui sont soumises
à des règles similaires, notamment en matière de purge118.
D'après les caractéristiques du privilège, cette sûreté accorde au créancier un droit de préférence et un droit
de suite. Dans ce chapitre, nous allons nous intéresser à certains effets spécifiques de ce type de sûretés,
notamment le concours entre différents privilèges, qu'ils soient entre eux ou en confrontation avec d'autres
sûretés réelles. Ensuite, nous mettrons l'accent sur l'extinction du privilège, qui peut se produire de deux
manières principales : par la voie principale ou par la voie accessoire119.
Nous aborderons le classement des privilèges entre eux, c'est-à-dire leur ordre de priorité, ainsi que la
confrontation des privilèges avec d'autres sûretés réelles qui pourraient entrer en concurrence 120.
L'importance de connaître le rang des privilèges entre eux se manifeste lorsque des créanciers privilégiés sur
un bien meuble ou immobilier sont en compétition pour être payés en priorité par rapport aux autres
créanciers. Il est crucial de préciser cet ordre afin de régler les conflits potentiels entre eux. Étant donné qu'il
existe plusieurs textes législatifs régissant les privilèges, il existe une diversité dans la typologie de ces
sûretés. Parfois, un même débiteur peut être confronté à plusieurs créanciers privilégiés, et dans de tels cas,
le privilège seul pourrait ne pas suffire à couvrir l'ensemble des dettes. Cela peut entraîner un concours entre
les biens meubles et immobiliers.
Concernant les privilèges mobiliers, ils sont divisés en privilèges généraux et spéciaux.
Pour les privilèges généraux, le législateur marocain a établi leur rang dans l'article 1248 du DOC. Cette
disposition ne laisse aucune latitude aux parties ou au juge pour fixer l'ordre de paiement des dettes arrivant
à échéance simultanément; elles doivent être payées selon l'ordre précisé dans cet article 121. Aussi, elle ne
117
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.410.
118
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.413.
119
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.12.
120
Idem.
121
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.13.
MCA Page 41
règle que les conflits entre les privilèges mobiliers généraux entre eux et spéciaux entre eux. Selon l'article
1244 du DOC, la règle générale est que la priorité est déterminée par les différentes catégories de
privilèges122.
Il est parfois complexe d'appliquer les dispositions de l'article 1248 du DOC concernant le rang des
privilèges mobiliers, surtout lorsque la dette garantie par le privilège prévu dans cet article constitue elle-
même un privilège spécial en vertu d'un autre texte spécifique, comme stipulé dans l'article 26.
Dans ce cas, il est légitime de se demander quel privilège prévaudra sur l'autre. Selon la règle de droit qui
stipule que les lois spéciales dérogent aux lois générales, on peut raisonnablement conclure que le privilège
établi par un texte spécial l'emportera sur celui accordé par un texte général. Prenons l'exemple des salaires :
dans l'article 1248 du DOC, ils sont classés au quatrième rang. Cela signifie que, en cas de concours entre
différents privilèges, le privilège des salaires sera inférieur à d'autres privilèges.
Cependant, la question des privilèges garantissant le paiement des salaires est également traité par le Code
du travail123, qui, dans son article 382, établit que pour le paiement des salaires et indemnités dû par
l'employeur, les salariés bénéficient d'un privilège de premier rang sur la totalité des meubles de l'employeur,
en dérogation aux dispositions de l'article 1248 du DOC. Cela signifie que ce privilège des salariés prime sur
tous les autres privilèges mobiliers établis par le DOC, qui sont classés dans des rangs inférieurs.
De plus, l'indemnité légale de licenciement est également privilégiée dans les mêmes conditions et au même
rang que les salaires, selon les dispositions de cet article du Code du travail. Ainsi, ce privilège spécifique
accordé aux salariés pour le paiement de leurs salaires et indemnités prévaut sur tout autre privilège mobilier
établi par des textes généraux comme le DOC124.
Il existe d'autres dettes spécifiques prévues dans des textes spéciaux, notamment certains articles de la loi
15-97 relative au Code de recouvrement des créances publiques, qui traitent du privilège du Trésor public 125.
En effet, l'article 105 du code de recouvrement des créances publiques prévoit que : “Pour le recouvrement
des impôts et taxes, le Trésor jouit à compter de la date de mise en recouvrement du rôle ou de l'état de
produits, d'un privilège sur les meubles et autres effets mobiliers, appartenant aux redevables en quelque lieu
qu'ils se trouvent, ainsi que sur le matériel et les marchandises existant dans l'établissement, impose et
affectés à son exploitation”. Aussi, l’article suivant du même code, l’article 106, dispose que : « Pour le
122
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.411.
123
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.13.
124
Article 382 du code de travail marocain.
125
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.13.
MCA Page 42
recouvrement des impôts et taxes frappant les immeubles, le Trésor dispose en outre d'un privilège spécial
qui s'exerce sur les récoltes, fruits, loyers et revenus des immeubles imposés en quelques mains qu'ils
passent ».
Cependant, ces privilèges prévus aux deux articles 105 et 106 s'exercent avant tous autres privilèges
généraux ou spéciaux, à l'exception des sûretés réelles immobilières spécialement constituées sur les biens
concernés, énumérés par l’article 107 du code de recouvrement des créances publiques :
1. “des quatre premiers privilèges de l'article 1248 du dahir du 9 ramadan 1331 (12 août 1913) formant
code des obligations et des contrats ;
2. Du privilège accordé aux salariés par l'article 1248 paragraphe 4 du dahir du 9 ramadan 1331 (12 août
1913) précité ;
3. Du privilège résultant au profit des ouvriers et fournisseurs de travaux publics de l'article 490 du dahir
portant loi n° 174-447 du 11 ramadan 1394 (28 septembre 1974) approuvant le texte du code de
procédure civile ;
4. Du privilège accordé au porteur de Warrant par l'article 349 de la loi n° 15-95 formant code de
commerce promulguée par le dahir n° 1-96-83 du 15 rabii I 1417 (1er août 1996) ;
5. Du privilège du créancier nanti en application de l'article 365 de la loi n° 15-95 formant code de
commerce précitée.”
Ajoutons également que pour le recouvrement de leurs impôts et taxes, les collectivités locales et
leurs groupements bénéficient d'un privilège général qui prend rang immédiatement après le privilège du
Trésor prévu à l'article 105 du code précité. Ce privilège s'applique aux mêmes biens et est soumis aux
mêmes conditions d'exercice126.
De plus, il existe également des privilèges spéciaux sur les meubles, attribués à certains biens
spécifiques du débiteur. L’article 1250 du DOC énumère ces privilèges. Quant au rang, l’article 1249 prévoit
que le créancier gagiste ou nanti d'un meuble a la priorité sur le produit de la chose donnée en gage ou en
nantissement127.
Le législateur n'a prévu aucune disposition explicite pour résoudre les concours entre les privilèges mobiliers
généraux et spéciaux. Toutefois, l'article 1245 du DOC stipule que, parmi les créanciers privilégiés, la
préférence est déterminée par les différentes qualités des privilèges. L'alinéa 2 de ce même article énonce
126
Article 111 du code de recouvrement des créances publiques.
127
Réforme de la loi 21-18 sur les sûretés mobilières.
MCA Page 43
que les ayants cause des créanciers privilégiés exercent les mêmes droits que leurs auteurs, en leur lieu et
place. Le terme "ayant cause" remplace celui de cessionnaire que l'on trouve à l'article 2112 du code
français.
Il en découle que, même si l'action oblique n'est pas reconnue au Maroc, les créanciers d'un créancier
privilégié peuvent faire valoir ses droits à sa place si celui-ci fait preuve de négligence. Ainsi, l'alinéa 2 de
l'article 1245 reconnaît, dans ce cas, une forme d'action oblique ou indirecte128.
La jurisprudence affirme que les privilèges spéciaux priment sur les privilèges généraux 129. Cela s'explique
par le fait que le privilège général s'étend sur tous les meubles du débiteur, tandis que le privilège spécial est
limité à un meuble déterminé. Si le titulaire du privilège général était prioritaire, le privilège spécial perdrait
tout son effet. En revanche, si le privilège spécial est prioritaire, le titulaire du privilège général ne perdra
son privilège que sur un meuble spécifique, mais conservera ses droits sur les autres meubles du débiteur 130.
Concernant les privilèges sur les immeubles, ceux-ci n'ont pas besoin d'être inscrits à la conservation
foncière. En d'autres termes, ces privilèges sont efficaces même sans inscription sur le titre foncier 131.
Il est légitime de se demander, en cas de conflits de rang entre les privilèges prévus par l’article 144 du Code
des droits réels, lequel d’entre eux va primer. Le législateur n'a pas explicitement établi un ordre de priorité,
mais en examinant attentivement l'article, on peut déduire que les frais de justice ont la priorité sur les droits
du Trésor. Ce raisonnement repose sur le fait que l'article mentionne ces frais avant les droits du Trésor et
qu'ils sont engagés dans l’intérêt de tous les créanciers, y compris le Trésor. Il est donc logique que ces frais
soient recouvrés avant toute autre dette132.
En cas de présence de plusieurs créanciers privilégiés, la préférence est déterminée par les différentes
qualités des privilèges. Les créanciers privilégiés de même rang sont payés au prorata de leurs créances. Les
privilèges se transmettent aux ayants cause des créanciers privilégiés en leur lieu et place. Toutefois, si le
prix des meubles et des immeubles soumis à un privilège spécial est insuffisant pour payer entièrement les
créanciers privilégiés, ces derniers participent au concours avec les créanciers chirographaires pour le
surplus133.
128
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.411 et 412.
129
Ce principe, ainsi que celui que les frais de justice doivent être colloqués en premier lieu, sont consacrés par la jurisprudence .
Paul DECROUX, Droit foncier marocain, Edition LA PORTE, 2002, p.411.
130
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.15.
131
Article 143 du code des droits Réels.
p507, 2009 الحقوق المدنية في الفقه اإلسالمي والتقنين المغربي، معجوز بن محمد132
133
Hind MAJDOUBI, Module du droit des sûretés, Cours dispensé dans le cadre de la filière de Droit en langue française,
Université Ibn Tofail, Année universitaire : 2022-2023, p: 42.
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PARAGRAPHE 2 : L’ORDRE DES PRIVILEGES PAR RAPPORT AUX AUTRES SURETES
L'article 142 du Code des droits réels définit le privilège comme un droit réel accessoire conférant au
créancier le droit d'être préféré aux autres créanciers, y compris les créanciers hypothécaires. C’est donc un
droit de préférence sur les autres créanciers, y compris les créanciers hypothécaires. Il est également prévu
par l'article 1244 du DOC, qui stipule que la créance privilégiée est prioritaire par rapport à toutes les autres
créances, même hypothécaires. De ce fait, il est clair que le législateur marocain a explicitement donné la
préférence à la créance privilégiée en cas de concurrence avec une hypothèque. Ainsi, le créancier privilégié
sera payé en priorité sur le prix de vente de l'immeuble hypothéqué, avant les autres créanciers.
De plus, en cas de concurrence entre les privilèges immobiliers et le nantissement, il faut se référer aux
articles 142 du Code des droits réels et 1244 du DOC, qui précisent que la créance privilégiée est préférée à
toutes les autres créances, y compris hypothécaires. Dans ce contexte, la doctrine précise que la priorité est
donnée au privilège immobilier plutôt qu'au nantissement, étant donné que cette dernière est une forme
d'hypothèque. Par conséquent, c’est le créancier privilégié qui sera payé en priorité par rapport au créancier
nanti134.
Il peut arriver qu’un gage entre en concurrence avec un privilège sur le même bien. L’article 1184 du DOC
prévoit que le gage confère au créancier le droit de retenir la chose engagée jusqu'à parfait acquittement de la
dette et de procéder à sa réalisation si l’obligation n’est pas acquittée. De plus, le gage confère au créancier
le droit de se payer sur cette chose par préférence à tous autres créanciers, au cas où le débiteur manquerait à
le satisfaire. De même, l’article 1249 du DOC dispose que le créancier gagiste ou nanti d'un meuble est
préféré sur le produit de la chose donnée en gage ou en nantissement.
Toutefois, l’article 1244 du DOC met en avant que la créance privilégiée est préférée à toutes autres
créances, même hypothécaires. Ainsi, il est clair que le privilège prime sur le gage, conformément aux
dispositions de cet article.
Le créancier gagiste du bien meuble gagé peut exercer son droit de rétention jusqu'à ce qu'il soit
intégralement payé, même s'il se trouve en concurrence avec d'autres créanciers privilégiés. Toutefois, cette
règle ne s'applique pas lorsque le créancier gagiste agit de mauvaise foi136.
p321-322, 2021 عادل كالطي حقوق االمتياز في القانون المغربي دراسة مقارنة في ضوء القواعد العامة والقواعد الخاصة134
p362 النجاح مطبعة التبعية و األصلية العينية الحقوق والعقاري التحفيظ الكزبري مامون135
عادل، م كالطي. ص. س326-325-324 136
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SECTION 2 : L’EXTINCTION DES PRIVILEGES
Le législateur marocain n'a pas spécifiquement prévu de texte dédié à l'extinction des privilèges, ce qui nous
conduit à nous référer aux dispositions générales. Dans ce contexte, on retient que l'extinction des privilèges
peut se faire soit par voie principale, soit par voie accessoire. Face à ce silence du législateur marocain, les
règles qui régissent l'extinction de l'hypothèque et du nantissement sont applicables par analogie 137.
On peut identifier plusieurs cas d'extinction par voie principale en se référant aux dispositions légales qui
régissent l'extinction de l’hypothèque et du nantissement, tout en tenant compte des particularités des
privilèges. Les modalités d'extinction par voie principale comprennent la vente aux enchères publiques, la
renonciation expresse du créancier, la perte totale du bien et la confusion139.
● La vente aux enchères publiques se référèrent à l'article 220 du code des droits réels
Lorsque le procès-verbal d'adjudication est inscrit sur le titre foncier, cela a pour conséquence le transfert de
la propriété du bien adjugé à l'adjudicataire et la purge de tous les privilèges et hypothèques qui grevaient ce
bien. À partir de ce moment, les créanciers n'ont plus de recours direct sur l'immeuble lui-même ; leurs droits
se limitent désormais au produit de la vente.
Ainsi, l'extinction des privilèges sur les immeubles intervient de manière distincte à la suite de la vente aux
enchères publiques. Les droits des créanciers se transforment en créance monétaire et ne portent plus sur
l'immeuble lui-même, mais sur le montant obtenu lors de la vente140.
Le créancier privilégié a le droit de renoncer à son privilège, à condition que cette renonciation soit
volontaire et non contrainte par la violence, l'erreur ou le dol.
137
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.17.
عادل، م كالطي. ص. س464 138
139
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.17.
140
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.18.
MCA Page 46
Cependant, l'application des règles de renonciation prévues pour l'hypothèque ou le nantissement peut
soulever des difficultés lorsqu'elles sont transposées aux privilèges. En effet, l'hypothèque et le nantissement
sont établis par convention entre les parties, tandis que le privilège est octroyé par la loi. Par exemple, dans
le cas où le créancier est la trésorerie générale, elle ne peut pas renoncer à son privilège, car celui-ci est
institué dans l'intérêt public et lui est imposé par la loi141.
En cas de perte totale du bien grevé d'un privilège spécial, ce dernier s'éteint automatiquement. La perte du
bien objet du privilège entraîne donc l'extinction du privilège, indépendamment de la continuation de la
créance garantie par ce privilège142.
En effet, selon la législation marocaine, pour qu'un privilège spécial soit éteint en raison de la perte du bien
grevé, cette perte doit être totale et intégrale. Si la perte est seulement partielle, le privilège subsiste sur la
partie restante du bien. Pour les privilèges généraux qui portent sur l'ensemble des meubles du débiteur, la
perte d'un bien spécifique ne pose pas de problème majeur, car le créancier privilégié peut toujours exercer
ses droits sur les autres biens mobiliers non détériorés du débiteur.
En revanche, les privilèges spéciaux qui portent sur un bien meuble déterminé posent une difficulté en cas de
perte de ce bien. Dans ce cas, la perte totale du bien grevé entraîne l'extinction du privilège. Cela signifie que
le créancier privilégié n'a plus de garantie sur ce bien spécifique et ne peut pas se reporter sur les autres biens
du débiteur qui ne sont pas grevés de privilèges.
Ainsi, la distinction entre privilèges généraux et spéciaux est cruciale dans le cadre de l'extinction par perte
du bien, car elle détermine si le créancier privilégié conserve ou perd son droit de préférence en cas de
destruction du bien grevé143.
● La confusion de droit
141
Idem.
142
Article 162 du code de droits réels.
2014 طبعة,39-08 والقانون رقم14-07 أساسيات في نظام التحفيظ العقاري والحقوق العينية العقارية وفق المستجدات التشريعية للقانون رقم, محمد محبوبي143
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Selon l’article 369 du DOC, lorsque les qualités de créancier et de débiteur d'une même obligation se
réunissent dans la même personne, il se produit une confusion de droits qui met fin au rapport de créancier et
débiteur. Cette confusion peut être totale ou partielle, selon qu'elle concerne l'intégralité ou seulement une
partie de l'obligation.
Ainsi, lorsque la même personne se trouve à la fois créancier et débiteur, cette situation entraîne l'extinction
du privilège, constituant ainsi une cause d’extinction144.
D’après l'article 142 du Code des droits réels, le privilège est un droit réel accessoire, ce qui signifie qu'il
s'éteint avec la créance qu'il garantit. Les privilèges peuvent disparaître de manière accessoire dans plusieurs
situations : l’extinction de la créance, la remise de la dette, l’impossibilité d'exécution et la prescription 145.
● L’extinction de la créance
En se référant à l’article 320 du DOC, on constate que le législateur a précisé que l'obligation s'éteint lorsque
la prestation due est exécutée au profit du créancier. De même, l’article 212 du Code des droits réels indique
que l'hypothèque s'éteint avec l'extinction de la créance. Cette disposition s'applique également aux
privilèges.
● La remise de la dette
L’article 340 du DOC dispose que l'obligation est éteinte par la remise volontaire faite par le créancier, à
condition que celui-ci soit capable de consentir une libéralité. Cette remise prend effet tant que le débiteur ne
l'a pas expressément refusée. Il en résulte que la remise de la dette éteint définitivement l'obligation.
De plus, nous pouvons en déduire que la remise de la dette constitue une cause d’extinction des privilèges de
manière accessoire, à l'exception des cas où le créancier reçoit le paiement de sa créance. En d'autres termes,
c'est le créancier qui libère le débiteur de manière volontaire146.
● L’impossibilité d’exécution
p471 ,2021 عادل كالطي حقوق االمتياز في القانون المغربي دراسة مقارنة في ضوء القواعد العامة والقواعد الخاصة144
145
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.19.
p460 ,2021 عادل كالطي حقوق االمتياز في القانون المغربي دراسة مقارنة في ضوء القواعد العامة والقواعد الخاصة146
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Selon l’article 335 du DOC, l'obligation s'éteint lorsque la prestation qui en est l'objet devient impossible,
que ce soit de manière naturelle ou juridique, sans qu'il y ait faute ou action du débiteur et avant qu'il ne soit
en demeure147.
Il est impératif que l'impossibilité d'exécution soit totale et non partielle, conformément au principe de
l'indivisibilité des privilèges. Par conséquent, nous pouvons en déduire que l'impossibilité totale d'exécution
entraîne l'extinction des privilèges148.
● La prescription
La prescription joue également un rôle dans l'extinction des privilèges de manière accessoire, en vertu de
l'article 371 du DOC marocain. Selon cette disposition, le lapse de temps prévu par la loi éteint l'action issue
de l'obligation. En l'absence de dispositions légales spécifiques régissant l'extinction des privilèges dans le
droit marocain, une question se pose quant à l'applicabilité de la prescription aux créances bénéficiant de
privilèges.
Il convient de souligner que le législateur marocain a précisé les cas où la prescription peut affecter certaines
créances privilégiées.
À titre d'exemple, le législateur marocain a précisé dans le code de recouvrement des créances publiques que
le délai de prescription des droits du trésor est de quatre ans à partir de leur mise en recouvrement 149.
En outre, le recouvrement des créances de la caisse nationale de sécurité sociale est soumis à un délai de
prescription de quatre ans, tel que stipulé à l'article 28 du Dahir portant loi n° 1-72-184 relatif au régime de
sécurité sociale150.
Introduction
Le droit réel est un rapport juridique direct et immédiat entre une personne et une chose. Il confère à son
titulaire un pouvoir direct et immédiat sur une chose sans passer par l’intermédiaire d’une autre personne,
par exemple le droit de propriété, le droit d’usufruit. On les appelle sûretés réelles. On distingue entre les
droits
2014 طبعة,39-08 والقانون رقم14-07 أساسيات في نظام التحفيظ العقاري والحقوق العينية العقارية وفق المستجدات التشريعية للقانون رقم, محمد محبوبي147
148
CHELLAOUI Mohammed Amine et EL GARNI Houssam, Les privilèges, encadré par le professeur RBII Jamal, 2022/2023, à
l’Université Mohammed V de Rabat à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Souissi, p.20.
149
Article 123 du code de recouvrement des créances publiques : l'action en recouvrement des impôts et taxes,des droits de
douane des droits d'enregistrement et de timbre se prescrit par quatre ans à compter de la date de leur mise en recouvrement.
150
Article 28 du Dahir portant loi n° 1-72-184 du 15 joumada II 1392 (27 juillet 1972) relatif au régime de sécurité sociale.
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réels principaux et les droits réels accessoires. Certains droits réels sont qualifiés d’accessoires, car ils
constituent l’accessoire d’un droit personnel qu’ils ont vocation à garantir.
En effet, ces derniers sont des droits réels attachés à une créance et servent de garantie pour le paiement de
cette créance. On les appelle sûretés réelles, il s’agit essentiellement de droits réels accessoires destinés à
garantir l'exécution des obligations. Ils offrent une sécurité supplémentaire aux créanciers en leur donnant
une priorité de paiement en cas de défaillance du débiteur. Il existe trois types de droits réels : l'hypothèque,
les privilèges et le nantissement.
L’hypothèque a longtemps été considérée comme « la reine des sûretés 151 ». L’hypothèque subit aujourd’hui
la concurrence d’autres sûretés dont la constitution et la réalisation sont plus simples . Le nantissement est
152
Nous aborderons le nantissement tel que prévu par le DOC. Tel qu’il a été modifié par la loi 21-18 relative
aux sûretés mobilières. Nous essaierons en premier lieu de définir le nantissement selon la loi marocaine
ainsi que montrer son utilité (Section 1), en deuxième lieu, il est important de préciser que le nantissement
repose sur plusieurs éléments constitutifs essentiels par lequel la garantie est créée (Section 2). En troisième
lieu, on va analyser les droits et obligations des parties suite à la création du nantissement et les cas dans
lesquels le débiteur se trouve défaillant. (Section 3 ) Et au final, les différents cas de figures qui mettent fin
au nantissement, à savoir, l’extinction du nantissement ( Section 4).
Avant d’analyser le nantissement dans sa constitution, ses effets et son extinction, il convient de définir la
notion dans le cadre juridique marocain, ainsi que de montrer son intérêt et importance.
Le DOC précise que le nantissement peut être avec ou sans dépossession et porte sur une chose mobilière,
immobilière ou un droit incorporel et confère au créancier le droit de se payer sur cette chose, par préférence
à tous les autres créanciers, au cas où le débiteur manquerait à le satisfaire.
Selon l’article 1170 du DOC, modifié par la loi 21-18, « le nantissement est un contrat par lequel le
débiteur, ou un tiers agissant dans son intérêt, affecte une chose mobilière ou immobilière ou un droit
incorporel à la garantie d’une obligation, et confère au créancier le droit de se payer sur cette chose, par
préférence à tous autres créanciers, au cas où le débiteur manquerait à le satisfaire ».
151
Fournier, A. (2007). Hypothèque. Répertoire Civil, avril 2007.
152
Bourassin, M., & Brémond, V. (2007). Droit des sûretés (6ème éd., n°1105, p. 712). LGDJ.
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On outre, selon l’article 145 du code des droits réels : “le nantissement est un droit réel constitué sur un
immeuble qui est affecté par le débiteur ou sa caution réelle au profit du créancier nanti pour la garantie du
remboursement d’une créance. Il confère au créancier nanti le droit de possession de la chose nantie et le
droit de la retenir jusqu’au remboursement de la créance. En ce qui concerne les propriétés immatriculées, le
nantissement est soumis aux dispositions applicables à l’hypothèque”.
En lisant la définition selon la loi marocaine, on peut déduire que le nantissement est le contrat par lequel un
débiteur remet une chose mobilière ou immobilière à son créancier pour garantir sa dette. Le nantissement
d’une chose mobilière s’appelle le gage tandis que le nantissement d’une chose immobilière s'appelle le
nantissement immobilier ou l’antichrèse selon l’ancienne appellation. Il faut cependant se méfier de ne pas le
confondre avec le gage, la différence est que la remise du bien est matérielle, tandis que le nantissement
assure une remise "immatérielle" résidant dans la publicité qui assure le parfait achèvement de son contrat 153.
Il s’avère que le nantissement présente des caractéristiques spécifiques qui le distinguent des autres sûretés
réelles, à savoir, c’est un droit conférant une affectation à titre préférentiel sur un bien ou un ensemble de
biens du débiteur ou de sa caution réelle qui permet au créancier nanti d’obtenir un paiement préférentiel par
rapport aux autres créanciers. C’est un droit réel accessoire puisqu’il est attaché à une créance, enfin, c’est
un droit indivisible. En effet, c’est un droit indivisible malgré la division de la dette entre les héritiers du
débiteur ou du créancier. Chaque partie de la chose qui est l’objet du nantissement garantit la totalité de la
dette.
Le nantissement est une technique juridique très utile en droit commercial puisqu’il permet de sécuriser les
transactions et les prêts de somme d’argent. Ainsi, le créancier qui bénéficie d’un nantissement sait qu’il a
beaucoup plus de chance d’être remboursé, ce qui facilite les échanges financiers et permet une relation de
confiance entre les opérateurs économiques. De plus, l’existence d’un nantissement pour garantir une
créance rend celle-ci certaine. C’est un critère juridique important qui permet entre autres la reconnaissance
des dettes devant le juge.
Il existe plusieurs types de nantissement, chacune adaptée à plusieurs situations. Lors de ce paragraphe, il
convient de mentionner le nantissement du fonds de commerce et sa particularité (A) de l’outillage et du
matériel d’équipements (B) et des produits et matières ( C ) et au final , le nantissement des créance qui
prend son fondement dans la loi 21-18, à savoir les articles 392-1 à 392-6 au code de commerce (D).
153
https://fr.scribd.com/presentation/377461695/Le-Nantissement-Expose
MCA Page 51
1. LE NANTISSEMENT MOBILIER
a) DEFINITION
Dans le cadre du nantissement mobilier, on distingue entre le gage qui est un nantissement avec
dépossession et le nantissement qui n’emporte pas dépossession. En effet, il est utile de préciser que la loi
21-18 a clarifié la terminologie utilisée en droit des sûretés en distinguant clairement entre le gage et le
nantissement dans le nouvel article 1170 du DOC, comme deux sortes de nantissements avec ou sans
dépossession. En ce sens, le gage est considéré comme le contrat par lequel le débiteur ou un tiers agissant
dans son intérêt, affecte une chose à la garantie d’une obligation et implique la dépossession du débiteur.
Par ailleurs, le nantissement est considéré comme le contrat par lequel le débiteur ou un tiers agissant
dans son intérêt, affecte une chose à la garantie d’une obligation et n’emporte pas la dépossession du
débiteur.
Le nantissement peut grever un bien ou un ensemble de biens, présents ou futurs, éventuels ou même
conditionnels. Les biens grevés doivent être dans le commerce juridique et ne pas être frappés
d’inaliénabilité154. Cette règle est prévue par l’article 1174 du DOC qui précise que tout ce qui peut être
vendu peut faire l’objet de gage ou de nantissement. Cette règle s’explique par le dénouement peut passer
par la vente des biens grevés.
En outre, le nantissement peut également porter sur du numéraire, des titres au porteur (article 537 du
code de commerce sur le nantissement de titres), des biens fongibles.
154
Michel Cabrillac, Christian Mouly, Droit des sûretés, Paris, Litec, 1995.
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CONDITIONS DE FORME :
Aux termes de l’article 1188 du DOC, le nantissement est parfait par le consentement des parties constaté
par un acte authentique ou sous seing privé. Le contrat de constitution du du nantissement doit contenir
l’identité du débiteur et du créancier nanti, le montant de la créance garantie ou le maximum qu’elle pourra
atteindre, la référence à l’acte créateur de la dette garantie ainsi que la description de la chose donnée en
nantissement. Précisons que le montant de la créance objet de la sûreté ou son montant maximal doit être
déterminé dans l’acte constitutif de la sûreté. A défaut, il faudrait décrire les éléments de la créance dont le
montant peut être fixe ou variable et les obligations qui le créent de manière générale dans le cas de
nantissement de dettes futures ou éventuelles.
L’OPPOSABILITE DU NANTISSEMENT
L’opposabilité est l’aptitude d’un droit, d’un acte (convention, jugement…) d’une situation de droit ou de
fait à faire sentir ses effets à l’égard des tiers (c’est-à-dire de personnes qui ne sont ni titulaires du droit ni
parties à l’acte ni ayants cause ou créanciers de ces parties ni concernées en premier par la situation) non en
155
soumettant ces tiers aux obligations directement nées de ces éléments.
Le nantissement est opposable aux tiers par l'inscription faite au registre national électronique des sûretés
mobilières créé par la législation en vigueur ( Article 1192 du DOC)156 . Bien évidemment, l’opposabilité du
gage aux tiers de la sûreté résulte de la dépossession elle-même, en ce sens que le constituant ait remis le
bien grevé entre les mains du créancier ou d’un tiers convenu.
Dans ce qui suit, nous examinerons quelques exemples de nantissements spéciaux établis par la loi.
Le nantissement du fonds de commerce est régi par l'article 106 et suivants du code de commerce. Son
principe consiste à permettre aux commerçants, moyennant une inscription au registre de commerce, de
donner leur fonds en garanties de leur dette, sans en prendre ni la possession ni le droit de l'aliéner. Ainsi,
155
Droits réels – Droits personnels, page 18
156
Article 1192 du DOC
MCA Page 53
peuvent être compris dans le nantissement du fonds de commerce tous les biens nécessaires à l'exploitation
du fonds tels que le nom commercial, l’enseigne, le droit au bail, le mobilier commercial, le matériel et
l'outillage, les brevets d'invention etc… 157
Le nantissement peut porter sur les éléments du fonds de commerce autres que les marchandises parce
qu’elles sont destinées à la vente et la sûreté serait peu efficace.
En l’absence d’énumération des biens composant le fonds de commerce, le nantissement porte sur le nom
commercial, l’enseigne, le droit au bail, la clientèle et l’achalandage, le mobilier commercial, le matériel et
l’outillage, les brevets d’invention, les licences, les marques de fabrication, les dessins…, De même, les
succursales doivent être expressément désignées.158
Quant à sa constitution, le nantissement du fonds de commerce doit être constaté par acte sous seing privé ou
par acte authentique. Un extrait de l’acte doit être inscrit au registre du commerce dans les quinze jours de sa
159
date. L’inscription n’est pas soumise à la publication dans les journaux . Il est essentiel de mentionner que
l’opposabilité du nantissement du fonds de commerce à l’égard des tiers a lieu à compter de son inscription
au registre national électronique des sûretés mobilières
Le constituant qui demeure en possession du fonds, peut l’administrer et en disposer. S’il souhaite déplacer
le fonds, le débiteur doit informer le créancier inscrit au moins quinze jours à l’avance. En outre, en cas de
volonté du propriétaire de résilier le bail de l’immeuble dans lequel est exploité le fonds de commerce, il
devra notifier sa demande aux créanciers inscrits. Le déplacement du fonds de commerce sans le
consentement des créanciers nantis peut, s'il en résulte une dépréciation du fonds, rendre leurs créances
exigibles.
Le créancier nanti dispose également d’un droit de suite lui permettant de suivre le fonds de commerce en
quelques mains qu’il se trouve pour le saisir ainsi qu’un droit de préférence qui lui permet d’être payé en
cas de vente du fonds avant les autres créanciers du propriétaire. En cas de concours de plusieurs créanciers
157
http://iurisma.com/index.php/fonds-de-commerce/81-nantissement-du-fonds-de-commerce#
158
L’article 107 du code de commerce
159
L’article 108 al.3 du code de commerce
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nantis, leur rang entre eux se détermine par la date d’inscription de leur nantissement, ceux l’ayant inscrit en
160
premier étant payés avant les autres.
Dans la perspective de permettre aux industriels de s'équiper et de moderniser leur matériel, par l'achat à
crédit, le législateur a autorisé la constitution d'un gage sans dépossession au profit des créanciers.
Pour être admis, le nantissement de l'outillage et du matériel d'équipement n'est valable que dans l'hypothèse
d'une vente à crédit de l’outillage et du matériel d’équipement professionnel, à l'exclusion des véhicules à
moteur, acquis à crédit ou par financement participatif, des navires de mer et des aéronefs.
Le nantissement est consenti par un acte authentique ou sous seing privé, qui doit notamment énumérer les
biens nantis de manière très précise, dans le dessein de pouvoir les individualiser par rapport aux autres biens
de même nature appartenant à l'entreprise. L'acte doit indiquer également le lieu où les biens ont leur attache
fixe ou mentionné dans le cas contraire, s'ils sont susceptibles d'être déplacés161.
À peine de nullité, le nantissement doit être conclu dans les 30 jours de la livraison du matériel sur les lieux
où il devra être installé et inscrit dans le registre national électronique des sûretés mobilières. Ladite
inscription établit le privilège découlant du nantissement de l’outillage et du matériel d’équipement.
160
http://iurisma.com/index.php/fonds-de-commerce/81-nantissement-du-fonds-de-commerce
161
Charles Gijsbers, Sûretés réelles et droit des biens, Paris, Economica, 2015.
MCA Page 55
du nantissement. Le bénéficiaire du privilège découlant du nantissement de l'outillage et du matériel
d'équipement ne peut agir contre l’emprunteur ou en cas de création d’effets négociables en représentation
de la créance garantie, contre les porteurs successifs et obligés par lesdits effets, qu’après la preuve de
l’insuffisance des fonds par rapport à la valeur des biens nantis.
Le privilège du créancier nanti s’exerce sur les biens grevés par préférence à tous autres privilèges, à
l’exception :
Il prime le privilège du Trésor, celui de la caisse nationale de sécurité sociale et des caisses de crédit
agricole. Il prime en outre le privilège du vendeur du fonds de commerce à l’exploitation duquel est affecté
le bien grevé, ainsi que celui du créancier nantis sur l’ensemble dudit fonds.
Cependant, pour que son privilège soit opposable aux créanciers hypothécaires, au vendeur du fonds de
commerce et au créancier nanti sur l’ensemble dudit fonds préalablement inscrits, le bénéficiaire du
nantissement doit notifier auxdits créanciers dans les formes légales, une copie de l’acte constatant le
162
nantissement. Cette notification doit, à peine de nullité, être faite dans les deux mois de la conclusion du
nantissement.
L'autre garantie prévue par le code de commerce est le nantissement de produits et de matières par leur
propriétaire. Dans cette optique, la grève du régime de nantissement vise à protéger le créancier prêteur en
respectant une réglementation spécifique établie par les articles 378 à 392 du code de commerce.
Conformément aux dispositions de l'article 378 du code de commerce, les produits et matières faisant l'objet
du nantissement, peuvent soit resté entre les mains de l'emprunteur qui en est constitué gardien, soit être
confiés par convention expresse à la garde d'un tiers. Dans ce dernier cas, le gardien n'est pas obligé de
séparer matériellement les produits donnés en gage des autres produits similaires appartenant à l'emprunteur.
162
Article 378 du code de commerce
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Le nantissement de produits et matières, bien évidemment, doit être constaté par un acte authentique ou un
acte sous seing privé qui détaille le consentement des parties sous le régime spécifique du nantissement de
produits et matières tel que prévu par le code de commerce.
Certainement, l’acte doit mentionner l’identité, la qualité et le domicile des parties, le montant et la durée du
prêt, le taux d’intérêt convenu, la désignation complète des produits et matières concernés par le
nantissement (nature, qualité, quantité et valeur), ainsi que l’identité de l’assureur lorsque les produits nantis
sont assurés. L’emprunteur doit indiquer dans le même acte les nantissements préexistants sur les mêmes
produits et matières. Le nantissement de produits et matières et inscrit sur le registre national électronique
des sûretés mobilières.
Le nantissement de produits et matières confère au créancier un droit de suite, ce droit de suivre la chose en
quelque main qu’elle se trouve en fait ou en droit, permet de la réclamer et la reprendre. Retrouvé entre les
mains d’un autre que le débiteur, il permet de saisir le bien, faisant apparaître une valeur sur laquelle le droit
de préférence sera exercé163. Le droit de suite est conféré au créancier pour le protéger contre le transfert ou
l'aliénation par le débiteur de l'objet du nantissement lui permettant ainsi de réaliser le nantissement de
produits et matières selon les formes prévues dans le cadre de l’article 386 du code de commerce. Quant au
débiteur, il maintient le droit d’usage : Le débiteur conserve le droit d’utiliser ou de vendre les produits
donnés en nantissement sauf convention contraire. Si le prêteur n'a pas consenti à l'aliénation, la tradition à
l'acquéreur ne peut être opérée que lorsque le créancier a été désintéressé.
En effet, en cas de non-paiement dans le délai de dix jours à dater de l'échéance, le prêteur peut saisir, par
voie de requête, le président du tribunal qui, à l'expiration du délai de quinze jours à compter de la réception
de ladite requête, rend une ordonnance fixant les jour, lieu et heure de la vente publique de la marchandise
engagée 164
Dans le cadre du nantissement, le créancier nanti bénéficie de certains droits pour sécuriser sa créance, tout
en étant soumis à des obligations spécifiques afin de maintenir l'équilibre contractuel avec le débiteur.
163
Droits réels – Droits personnels, page 19 file:///C:/Users/acer/Downloads/9782340033207 extrait.pdf
164
Article 386 du code de commerce
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PARAGRAPHE 1 : DROITS DU CREANCIER NANTI
A- LE DROIT DE PREFERENCE
Le gage ou nantissement confère au créancier le droit de se faire payer sur cette chose, par préférence à tous
les autres créanciers, au cas où le débiteur manquerait à le satisfaire. Bien évidemment, le créancier nanti
sera payé en priorité sur le produit de la vente du bien nanti ce qui constitue un avantage essentiel du
nantissement.
B- LE DROIT DE SUITE
Ce droit de suivre la chose en quelque main qu’elle se trouve en fait ou en droit, permet de la réclamer et la
165
reprendre. , effectivement, la loi confère au créancier le droit de suite afin de se protéger contre le
transfert ou l'aliénation par le débiteur de l'objet du nom.
C- L’INDIVISIBILITE DU NANTISSEMENT
Le nantissement est indivisible en ce sens que le créancier n’est pas tenu de restituer le gage au débiteur tant
que l’exécution n’est pas totale, sauf en cas de constitution en gage de plusieurs choses séparées, de manière
telle que chacune d’elles garantit une partie de la dette
Selon sa définition, le nantissement ne signifie pas que le créancier conserve la chose. À la différence du
gage, qui permet de transférer la possession de l'objet gagé au créancier (ou à un tiers convenu), le
nantissement concerne essentiellement des biens meubles incorporels et ne prévoit pas la dépossession du
débiteur.
Le débiteur a le droit d'utiliser le bien nanti dans la mesure où cela ne compromet pas sa valeur ou ne
contrevient pas aux termes spécifiques convenus dans l'acte de gage. Il a la possibilité de le recourir à des
fins personnelles ou professionnelles, à moins que le créancier ne l'indique autrement.
B- LA CONSERVATION
165
Droit réels- Droit personnels, page 18 file:///C:/Users/acer/Downloads/9782340033207 extrait.pdf
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Bien que le débiteur conserve la possession, il a également la responsabilité de prendre soin du bien gagé et
de le maintenir en bon état. Cela inclut la prévention de tout dommage ou détérioration qui pourrait diminuer
sa valeur en tant que garantie.
Le débiteur doit acquérir le consentement du créancier explicitement avant d’aliéner le bien, cela offre une
certaine sécurité à l’égard du créancier et l’assure qu’il a bien une garantie valide et surtout disponible de la
dette.
L'accord est formalisé par écrit afin d'éviter tout conflit ultérieur.
La loi n° 21-18 relative aux sûretés mobilières a innové en matière de réalisation du nantissement, lors de
cette section, on va mentionner le cas où le débiteur se trouve défaillant et on va essayer faire appel au
différentes procédures que le créancier peut suivre au cas du non-paiement de la créance ( paragraphe 1 ), en
outre, il convient d’analyser les différents modes de réalisation du nantissement ( paragraphe 2 ).
166
Mahfoudi (M.) ; « Droit des sûretés mobilières : la loi 21-18 entre en vigueur », Doctrin’Actu, 2019.
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Après avoir mis en demeure le constituant, et si cette mise en demeure reste sans réponse favorable, le
créancier nanti ou gagé peut :
S’attribuer par voie conventionnelle la propriété de la chose nantie. En effet, l’art. 1221 de la loi 21-18
énonce que « le créancier gagiste ou nanti et le constituant peuvent convenir, lors de la constitution du gage
ou du nantissement, qu’à défaut de paiement de la créance garantie, le créancier devient propriétaire de la
chose gagée ou nantie » ;
Vendre la chose gagée ou nantie de gré-à-gré ou par voie d’enchères organisées par une personne de droit
privée. L’art. 1222 de la loi précitée énonce que « le créancier gagiste ou nanti et le constituant peuvent
convenir qu’en cas de constatation de non-paiement de la créance garantie, la chose gagée ou nantie soit
vendue de gré-à-gré ou par voie d’enchères organisées par une personne de droit privé » ;
Faire ordonner la vente judiciaire de la chose gagée ou nantie. L’art. 1223 de la même loi énonce que «
après constatation de non-paiement, le créancier gagiste ou nanti peut faire ordonner la vente judiciaire de
la chose gagée ou nantie par voie d’enchères publiques » ;
Faire ordonner en justice que la chose gagée ou nantie lui demeure en paiement.
L’art. 1224 de la même loi énonce que « le créancier gagiste ou nanti peut faire ordonner par le juge des
référés que le bien gagé ou nanti lui demeure en paiement, après qu’il ait constaté le non-paiement et fixé la
valeur du bien gagé ou nanti par un expert désigné à cet effet ».167
Il s'avère essentiel d’indiquer qu’en cas de pluralité de créanciers gagistes ou nantis, le gage ou le
nantissement est réalisé en tenant compte du droit du créancier de rang supérieur à opter pour l’un des modes
de réalisation précités.
167
R. Martin (D. ; Droit commercial et bancaire marocain, 4ème éd., AL Madariss, Casablanca, 2010.
MCA Page 60