0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
119 vues16 pages

P3 La Responsabilité

Transféré par

Serge Zahui
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
119 vues16 pages

P3 La Responsabilité

Transféré par

Serge Zahui
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

PARTIE 3

LA RESPONSABILITE

Principe qui a longtemps prévalu : l'irresponsabilité absolue. Justifié à la fois par l'idée de
souveraineté et par l'action de l'État en vue du bien commun. « Le propre de la
souveraineté », devait dire Laferrière, « est de s'imposer à tous sans compensation ».

Au début de la IIIe République, tout allait se transformer par une série de causes
convergentes : l'augmentation des fonctions de l'État, le progrès des idées solidaristes,
l'apparition et le développement de la théorie dite du service public et le fait qu'avec la loi du
24 mai 1872, le Conseil d'État est devenu une véritable juridiction.

Dans l'arrêt Blanco du 8 février 1873, le Tribunal des conflits proclame la formule célèbre :
« La responsabilité qui peut incomber à l'État pour les dommages causés aux particuliers par
le fait des personnes qu'il emploie dans le service public ne peut être régie par les principes
qui sont établis dans le code civil pour les rapports de particulier à particulier ; cette
responsabilité n'est ni générale ni absolue, elle a ses règles spéciales qui varient suivant les
besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l'État avec les droits privés ; dès
lors, l'autorité administrative est seule compétente pour en connaître ».

L'arrêt Pelletier du 30 juillet 1873 pose que les actions dirigées contre les fonctionnaires ne
peuvent être fondées que sur un « fait personnel » (on dira plus tard « faute personnelle »).
Elles ne sont pas recevables lorsqu'ils ont agi dans l'exercice de leurs fonctions et qu'il s'agit
d'un « fait de service ».

Le droit français de la responsabilité de l'Administration se trouvait alors fixé avec des


caractéristiques classiques qu'il possède toujours :
 un droit essentiellement jurisprudentiel ne dérivant d'aucun texte de nature
constitutionnelle ou législative (même si, depuis, se sont multipliés des régimes
législatifs de responsabilité) ;
 un droit lié à la notion de service public, c'est-à-dire fondé sur une notion
contingente, susceptible d'évolution et d'interprétation ;
 un régime autonome de responsabilité qui se veut distinct de celui du code civil et lié
à une politique jurisprudentielle.

Sur ces fondements, quand et pourquoi l'État est-il responsable ?

Le régime est d’abord lié à la faute de l'agent public, même si, dans certains cas, des lois ont
institué une responsabilité objective sans faute (travaux publics, accidents du travail). L'État
est responsable parce que l'auteur du dommage est son agent et qu'il tire avantage de son
activité, ou parce que la chose dommageable est utilisée par lui et qu'il tire également
avantage de cette chose. La responsabilité est de même nature que celle des commettants sur
la base de l'article 1242 (ex 1384) du code civil.

Par ailleurs, certaines activités administratives qui font courir des risques aux particuliers
(explosions, armes automatiques utilisées par la police, services pénitentiaires ou
psychiatriques). Les dommages qui en résultent doivent pouvoir être indemnisés, en l’absence
de faute.

Mais la force de l'État est trop grande sur le plan politique, économique ou technique pour
qu'on ne puisse pas souhaiter que son activité, même licite, ne l'oblige pas à réparer un
préjudice anormalement grave et spécial, sur le fondement du principe d'égalité devant les
charges publiques. C'est là le véritable domaine irréductible de la responsabilité de
l'Administration.

Titre 1
LA RESPONSABILITE POUR FAUTE

Historiquement et en principe, la responsabilité de la puissance publique est une


responsabilité pour faute

Chapitre 1 : Le mécanisme de la responsabilité pour faute

Section 1 : La nature de la faute

(distinction entre la faute de service et la faute personnelle)


La distinction de la faute personnelle et de la faute de service a été consacrée par le Tribunal
des conflits dans l’arrêt Pelletier du 30 juillet 1873.
Le Tribunal devait juger que la faute commise dans l’exercice des fonctions engage la
responsabilité de l’administration et non du fonctionnaire personnellement ce qui
entraîne la compétence de la juridiction administrative.

§1 : La faute de service
Cette faute de service peut être une faute de service insusceptible d’individualisation ou une
faute commise par un agent déterminé dans l’exécution du service.
Par exemple, le médecin qui dans un hôpital public commet une erreur lors d'une
opération chirurgicale, commet une faute de service (T.C. 19 février 1990 Hervé ).
La faute n’étant pas détachable de l'exécution du service elle engage la responsabilité
de l'administration.
faute de service = « fonctionnement défectueux du service » ou « faute commise dans
l’exercice du service ».

A) la faute issue de faits matériels


Les fautes de services proviennent très souvent des agissements matériels :
 défaut de surveillance ou de contrôle
 défaut d’entretien
 imprudences, maladresses, négligences, erreurs
 inertie, retard, omissions…
 promesses non tenues, renseignements inexact
Mais il peut aussi s’agir non plus d’agissement matériels mais d’erreurs juridiques : une
autorité administrative prend un acte illégal.

B) la faute issue de décisions illégales


L’idée générale à retenir est alors qu’une illégalité constitue une faute : CE Sect., 26 janvier
1973, Driancourt
ILLEGAILTE = FAUTE
Y compris une illégalité externe (CE Sect., 19 juin 1981, Mme Carliez)
La question de l’indemnisation dépendra du lien de causalité avec le préjudice, mais le
principe est posé.

NB : il faut distinguer illégalité et REP


- toute illégalité affirmée ou affirmable en REP est une faute
- mais (rappel) on n’a pas besoin d’un REP pour affirmer une illégalité (REP vise à
l’annulation)
- De plus, une mesure insusceptible de REP, par exemple une mesure d’ordre intérieur,
peut être illégalité et donc fautive (CE Sect. 9 juin 1978 Spire)

Ce qui est vrai pour l’illégalité l’est aussi pour l’inconventionnalité : tout acte administratif
méconnaissant une règle du droit international permet de caractériser une faute :
CE Ass., 28 février 1992, Société Arizona Tobacco Products : inconventionnalité
d’un acte adminstratif = faute => resp. pour faute, y compris si l’inconventionalité
provient de l’incompatibilité de l’acte avec les objectifs d’une directive.
NB : cette logique pose un problème théorique dans le cas où l’inconventionalité
provient d’une loi. Le CE a toujours considéré que le législateur ne peut être fautif. Il
se contentait d’une responsabilité sans faute (voir infra Titre 2) qui ne répare pas
l’intégralité des préjudices. Ne pouvant plus tenir cette position, il s’est décidé à
assurer une pleine réparation (comme pour la resp pour faute, mais sans jamais dire
qu’il y avait responsabilité pour faute) : CE, Ass. 8 fev. 2007, Gardedieu

§ 2 : La faute personnelle
Il y a faute personnelle si l’acte dommageable révèle l’homme avec ses faiblesses, ses
passions, ses imprudences.
Dans ce cas la faute est détachable de l'exercice des fonctions : elle est imputable au
fonctionnaire personnellement.
La jurisprudence distingue trois types de fautes personnelles, plus ou moins liées au service.

A) la faute purement personnelle dépourvue de tout lien avec le service.


Exemple :
Un militaire, en dehors du service, sentant une petite soif, s’arrête dans un bar qu’il
avait l’habitude de fréquenter. En y pénétrant, il fait son rituel habituel : il salue le
patron, le sieur Roustan, en brandissant un révolver. Le coup part accidentellement.
Feu M. Roustan (CE, 13 juillet 1962, Roustan)

B) La faute commise dans l’exercice même des fonctions et due à un comportement


particulièrement grave de l’agent
Le deuxième type de faute personnelle correspond à des fautes commises dans l’exercice
même des fonctions mais elles se distinguent de la faute de service par le caractère
particulièrement grave du comportement de l’agent.
Le cas type est celui de la bavure policière.
C’est le cas de l’agent de police qui à l’occasion d’une manifestation poursuit un
étudiant dans la loge du concierge et se met à tabasser celui-ci, tout en donnant de
bons coup de poing au mari de la concierge (TC, 9 juillet 1953, Delaitre : rec. p. 192).

Mais il faut distinguer plusieurs hypothèses :


Cas de l’agent animé, pendant son service, par des préoccupations d’ordre privé :
Ex : Un maire fait systématiquement déposer des ordures sur le terrain d’un de ses
administrés en feignant de croire que ce terrain est inclus dans les limites d’une
décharge publique
Cas où l’agent s’est livré à des comportements excessifs ou inexcusables :
Comportement excessifs : Ex
* Classique du genre : l’excès de boisson : accident de la route / pompiers et
police sur les lieux / seul le conducteur est touché / évacué à l’hôpital / il faut
rapatrier les autres passagers / c’est le Lieutenant Barret qui s’y colle / mais il
était lui-même sous l’emprise de l’alcool / nouvel accident / un mort deux
blessés ! CE 9 oct. 1974, Cne de Lusignan
comportements inexcusables : Ex :
* En salle d’accouchement, la maladresse d’une sage-femme provoque un
incendie. Le médecin s’enfuit aussitôt de la salle, abandonnant la patiente
attachée !
C) La faute commise par un agent en dehors de l’exercice de ses fonctions mais sans être
dépourvue de tout lien avec elles
Troisième et dernière hypothèse, constitue une faute personnelle, la faute commise par un
agent en dehors de l’exercice de ses fonctions mais sans être dépourvue de tout lien avec elles.
Deux variés de ces fautes :

1) La faute personnelle peut être commise à l’occasion de l’accomplissement du service,


mais sans qu’elle constitue l’exercice de ses fonctions.
C’est, par exemple, le cas d’un chauffeur de l’administration qui se détourne de son trajet
pour effectuer une course personnelle, rendre visite à sa mère ou à sa petite amie. S’il cause
un accident de la circulation alors qu’il est animé d’un objectif personnel, il sera
personnellement responsable.

2) La faute commise par l’agent en usant de moyens que le service met à sa disposition,
mais en dehors du service.
Exemple classique : un agent de police nettoie chez lui son arme de service et blesse ou tue
quelqu’un (CE, 26 octobre 1973, Sadoudi)

Section 2 : La détermination du responsable

La faute de service engage la responsabilité de l’administration envers la victime : dès lors la


responsabilité de l’agent ne peut être engagée.
Cela n'exclut pas, naturellement, qu'il fasse l'objet de poursuites disciplinaires ou de
poursuites pénales.
A l’inverse, en cas de faute personnelle de l’agent, la réparation du préjudice lui incombe.
On perçoit les conséquences qui peuvent en résulter pour la victime. En cas de responsabilité
de l’administration elle n’aura aucun mal à obtenir réparation, les personnes publiques étant
toujours solvables. En revanche, en cas de responsabilité personnelle de l’agent, la victime ne
peut être assurée d’être indemnisée.
C’est la raison pour laquelle la responsabilité de l’administration a été progressivement
substituée à la responsabilité de l’agent. Mais cela n’exclut pas la possibilité pour
l’administration de se retourner contre l’agent fautif, coupable d’une faute personnelle (= les
« cumuls »).

§1 : Les cumuls de faute et de responsabilité

Dans un premier état du droit, les deux procédures d'engagement de la responsabilité étaient
autonomes : la victime d'une faute de service ne pouvait réclamer réparation qu'à
l'administration et la victime d'une faute personnelle ne pouvait poursuivre que l'agent. En
raison de ses inconvénients ce système a été abandonné.
En droit positif, la responsabilité de l’administration peut être engagée pour les fautes
personnelles commises par ses agents soit : en application de la théorie jurisprudentielle du
cumul (système établi en plusieurs étapes : A et B), soit en application de systèmes légaux de
substitution de responsabilité (C).

A) Le cumul de faute :
Dans une première phase, le Conseil d'Etat a institué le système du cumul de fautes.
Dans l'arrêt du 3 février 1911, Anguet, le Conseil d’Etat a posé le principe selon lequel la
victime d’un dommage résultant à la fois d’une faute personnelle et d'une faute de service,
peut se retourner contre la personne publique, afin d’obtenir réparation pour la totalité du
préjudice.
Ainsi la responsabilité de l'administration est-elle engagée pour le tout en cas de cumul de
fautes.
NB : la victime peut parfaitement décider d’agir contre l’agent, en considération de sa
faute personnelle (sans intérêt)
La jurisprudence Anguet ouvre donc une option.

B) Les cumuls de responsabilités


Deux hypothèses :

1) Cumul de responsabilité en cas de faute personnelle à l’occasion du service


Dans un deuxième temps, par un arrêt du 26 juillet 1918, Epoux Lemonnier, le Conseil d’Etat
a retenu la responsabilité de l’administration en cas de faute personnelle de l'agent commise
dans l'exécution du service : les administrés peuvent demander à l’administration réparation
du préjudice causé par une faute personnelle de l’agent commise dans l’exercice de ses
fonctions.

2) Cumul de responsabilité en cas de faute personnelle en dehors du service


L’évolution jurisprudentielle devait s’achever par l’arrêt CE, 18 novembre 1949, Demoiselle
Mimeur, admettant la responsabilité de l’administration pour des fautes commises par des
agents en dehors de l’exercice de leurs fonctions mais non dépourvues de liens avec elles.
En l’espèce, l’agent public, à l’occasion de l’exercice de ses fonctions avait utilisé un
véhicule à des fins personnelles. Considérant que "l'accident litigieux survenu du fait
d'un véhicule qui avait été confié au conducteur pour l'exécution d'un service public
ne saurait, dans les circonstances de l'affaire, être regardé comme dépourvu de tout
lien avec le service" le Conseil d'Etat engagea la responsabilité de l'administration
envers la victime.
NB : La solution d'espèce est devenue obsolète du fait de la loi du 31 décembre 1957
qui a donné compétence aux juridictions judiciaires pour tous les accidents causés par
des véhicules administratifs.
Mais cette jurisprudence trouve bien d'autres champs d'application

Désormais, seules les conséquences de fautes purement personnelles restent à la charge des
agents qui les ont commises.

C) Les systèmes législatifs de substitution automatique de responsabilité

A côté de cette construction jurisprudentielle, le législateur a organisé trois systèmes de


substitution automatique de la responsabilité de l’Etat à celle de ses agents, alors même que
ceux-ci pourraient être tenus personnellement responsables.

Ces trois régimes retiennent par ailleurs la compétence des juridictions judiciaires pour
connaître des actions en responsabilité de l’Etat.

 La loi du 5 avril 1937 retient la responsabilité de l’Etat en cas de défaut de


surveillance des maîtres de l'enseignement public.
 La loi du 31 décembre 1957 retient la responsabilité de l’administration en cas de
dommages causés par l’un de ses véhicules.
 Enfin la loi du 5 juillet 1972 modifiée par la loi du 18 janvier 1979 retient la
responsabilité de l’Etat en cas de faute personnelle des juges judiciaires.

§2 : Les actions récursoires

En conséquence du cumul de responsabilité, il faut déterminer dans quelle mesure


l’administration peut se retourner contre son agent (question de l’action récursoire de l’adm.
sur son agent).

* Lorsque le dommage résulte d’une faute de service, l’obligation de réparation pèse sur
l’administration. Elle ne peut pas se retourner contre l’agent qui a pu être l’auteur matériel du
dommage.
* En revanche lorsque le dommage a été causé, soit par la faute personnelle de l’agent, soit à
la fois par une faute personnelle et une faute de service, l’administration peut se retourner
contre l’agent fautif.
Cette solution résulte des arrêts du 28 juillet 1951, Laruelle et Delville.
- Si la cause exclusive du dommage est une faute personnelle, la personne publique
condamnée (pour cumul de responsabilité) peut exercer une action récursoire pour le
tout.
- En cas de dommage résultant à la fois d’une faute de service et d’une faute
personnelle, la personne publique condamnée (cumul de faute) peut exercer une action
récursoire pour les indemnités relevant de la faute personnelle.

L’action intentée par l’administration contre son agent relève toujours de la compétence de la
juridiction administrative en vertu de l’arrêt du Tribunal des conflits du 26 mai 1954, Moritz.
Il en va ainsi même y compris lorsque l'action en responsabilité contre la personne publique
relève, elle, de la juridiction judiciaire (T.C. 22 novembre 1965 Collin).

Chapitre 2 : L’établissement de la faute

Section 1 : Le degré de la faute

Aujourd’hui, normalement la responsabilité de l’administration est engagée par une faute dite
simple c’est-à-dire pour toute faute même légère.
Mais historiquement, elle ne pouvait l’être que pour faute lourde. V. CE 1905 Tomaso
Grecco. Il y avait là, jusqu’aux années 60, la manifestation de la spécificité de la
responsabilité administrative, exprimée depuis l’arrêt Blanco.
Dans un certain nombre d’hypothèses, le juge administratif exige encore une faute lourde. Ces
hypothèses tendent à se réduire.

§ 1 : Le déclin de la faute lourde


Dans de nombreux domaine, la jurisprudence n’exige plus qu’une faute simple là où elle
exigeait une faute lourde auparavant. Mouvement dans la volonté d’une indemnisation élargie
des victimes
 Opérations fiscales d’établissement et recouvrement de l’impôt CE 21 mars 2011,
Krupa
 Activités médicales : CE 10 avril 1992, Epoux V (NB : la loi du 4 mars 2002, qui régit
désormais la question parle de « faute caractérisée »)
 Transport médical d’urgence : CE 21 juin 1997 Theux
 Opérations de sauvetage en mer : CE 13 mars 1998, Aménon
 Activités de lutte contre l’incendie : CE 29 avril 1988, Cne de Hannapes
o Activité des services pénitentiaires : CE, 23 mai 2003, Mme Chabba (suicide
d’un détenu) - CE 9 juillet 208, Garde des sceaux c/ M. Boussouar (dommages
aux biens d’un détenu / méthode de détention consistant à laisser ouverte les
portes des cellules)
§ 2 : Le maintien de la faute lourde
Lorsque l’administration doit faire face à de véritables difficultés dans l’exécution de sa
mission de service public, le juge n’engage sa responsabilité que si elle commet une faute
lourde.
 En matière de police administrative :
La responsabilité de l’administration est engagée pour faute lourde dans l’exercice d’une
activité matérielle de police (opération sur le terrain) alors que la faute simple suffit lorsque
l’activité de police est juridique. (CE Sect. 23 mai 1958 Amoudruz). Cela étant dit, certaines
opérations matérielles de police, se réalisant sans difficultés particulières, peuvent engager la
responsabilité de l’administration pour faute simple
 En matière de service public de la justice :
Dommages causés par le fonctionnement défectueux de la justice : l’Etat responsable (depuis
loi 1972) en cas de faute lourde (L. 781- Code de l’organisation judiciaire) pour la justice
judiciaire. Idem pour la justice administrative : CE Ass. 29 déc. 1978, Darmont
Exception : durée excessive de la procédure (délai non raisonnable, CEDH) / faute
simple : CE 28 juin 2002 Magiera
 En matière d’activité de contrôle et de tutelle :
Activité de contrôle de tutelle sur les EP : CE Ass., 29 mars 1946, Caisse dpt d’ass soc. De
Meurthe et Moselle
Activité de contrôle du préfet sur actes des collectivités territoriales (exercice du déféré
préfectoral) : CE 21 juin 2000 Cne de Roquebrune-Cap-Martin
Activité de contrôle d’AAI : CE Ass. 30 nov. 2001 Kechichian

Section 2 : La preuve de la faute

§ 1 : La faute prouvée

Normalement la responsabilité pour faute est une responsabilité pour faute prouvée.
C’est la victime qui a la charge de l’administration de la preuve.
Situation tout de même facilitée par le caractère inquisitorial de la procédure juridictionnelle
administrative

§ 2 : La faute présumée
L’établissement de la faute n’étant pas toujours aisé, la jurisprudence a institué des
présomptions de faute.
Dans ces hypothèses, la victime doit seulement établir l’existence d’un dommage et d’un lien
de cause à effet entre le dommage et le fait matériel ou la décision qui est en cause
C’est à l’administration qu’il revient d’établir qu’elle n’a pas commis de faute.
L’existence d’une présomption de faute a donc pour effet de renverser la charge de la preuve.
 Cette présomption de faute se rencontre en matière de dommages de travaux publics.
Dès lors, qu’un usager est victime d’un dommage résultant soit d’un ouvrage public soit de
travaux publics, la jurisprudence présume l’existence d’un défaut d’entretien normal.
L’administration ne peut se dégager de sa responsabilité qu’en apportant la preuve que cet
ouvrage a été normalement entretenu.
Cette jurisprudence ne concerne que les usagers. Les personnes qui participent à
l’exécution du travail public ou au fonctionnement de l’ouvrage, doivent prouver la
faute de l’administration.
Les tiers à l’ouvrage ont droit, on le verra, à être indemnisés même en l’absence de
faute de l’administration sur le fondement du risque.

 Présomption bénéficiant aux personnes en traitement dans les hôpitaux publics


Si des soins courant ont eu des conséquences graves hors de proportion avec les soins : CE 23
fév. 1962, Meier.
Idem pour les actes médicaux proprement dits (CE 1 mars 1989 Peyres)
Application aux infections nosocomiales : CE 10 octobre 2011 CHU d'Angers (toutefois, la
présomption d’imputabilité aux soins d’une infection survenue au cours de ceux-ci peut être
écartée si l’hôpital démontre qu’elle a une autre origine que la prise en charge du patient (CE
23 mars 2018, req. n° 402237)

Titre 2
LA RESPONSABILITE SANS FAUTE

Alors même qu’elle n’a pas commis de faute, l’administration peut être tenue de réparer les
dommages causés par son activité.
La jurisprudence met en œuvre cette obligation dans deux grandes hypothèses.
La première est celle où l’activité de l’administration expose les administrés à des risques
particuliers. C’est ce qu’on appelle la responsabilité pour risque. La deuxième hypothèse est
celle d’une rupture de l’égalité devant les charges publiques.
Chapitre 1 : La responsabilité pour risque

Section 1 : Le risque fondé sur la dangerosité


Ce régime de responsabilité est retenu en premier lieu lorsque l’activité de l’administration
présente un caractère dangereux.
Cela recouvre l’utilisation de choses ou de méthodes dangereuses.

§1 : Les choses dangereuses


Les choses dangereuses engagent la responsabilité sans faute de l’administration.
Tel est le cas lorsque l’administration utilise des choses dangereuses telles que :
- les explosifs (CE, 28 mars 1919, Regnault-Desroziers : explosion en 1918 d’un stock
de munition de guerre entreposées dans un fort à la Courneuve)
- des armes à feu ou des engins « comportant des risques exceptionnels pour les
personnes et les biens » (CE ass., 24 juin 1949, consorts Lecomte et Franquette et
Daramy).
Ce régime de responsabilité sans faute :
- vaut pour toutes les armes
- ne joue que lorsque les victimes n'étaient pas concernées par l'opération de police. Dès
lors, en effet, que la victime était visée par l'opération de police, il y a lieu de faire
application du régime de responsabilité pour faute, une faute simple étant jugée
suffisante compte tenu des dangers inhérents à l'usage des armes (C.E. Sect. 27 juillet
1951 Aubergé et Dumont).

§ 2 : Les situations dangereuses


La responsabilité sans faute liée à l’existence d’un risque spécial de dommage profite aux
personnes qui se trouvent placées, de par leurs obligations, dans une situation dangereuse.
Ex. une institutrice enceinte tenue de faire sa classe en pleine épidémie de rubéole /
malformations : CE Ass., 6 nov. 1968, Dame Saulze.

§ 3 : Les méthodes dangereuses


L’utilisation par l’administration de méthodes dangereuses entraîne, en cas de dommages,
l’application d’un régime de responsabilité fondée sur le risque.
Arrêt de principe : CE sect., 3 février 1956, Thouzellier
La responsabilité de l’administration est engagée sur le fondement du risque
lorsqu’elle met en œuvre des méthodes de rééducation des enfants délinquants en
milieu semi-ouvert pour favoriser leur réinsertion :
Application de la cette jurisprudence Thouzellier :

A) Méthodes d’application des peines


Permissions de sortie : CE, 2 décembre 1981, Theys
« qu'en instituant le régime des permissions de sortir, le législateur a entendu mettre en œuvre des
méthodes nouvelles dans l'exécution des peines privatives de liberté, en vue, notamment, de favoriser le
maintien des liens familiaux ou la préparation à la réinsertion sociale ; que lesdites méthodes créent,
lorsqu'elles sont utilisées, un risque spécial pour les tiers qui ne bénéficient plus des garanties qui
résultaient pour eux de l'application plus rigoureuse des peines privatives de liberté ; qu'il suit de la
que la responsabilité du service public en raison des dommages causés aux tiers ne saurait être
subordonnée à la preuve d'une faute commise par l'administration, mais découle des conditions mêmes
dans lesquelles fonctionne le service » (agression par un détenu en permission de sortie)

Mesures de semi-liberté et de libération conditionnelle (CE sect., 29 avril 1987, banque


populaire de la région économique de Strasbourg,).

B) Méthodes thérapeutiques
Méthodes particulières de traitement des malades mentaux créant des risques pour les tiers :
CE, 13 juillet 1967, Département de la Moselle

C) Procédés médicaux
Aléa thérapeutique. Les conséquences dommageables d’un acte médical « nécessaire au
diagnostic ou traitement du malade » sont indemnisables sans faute (CE Ass., 9 avril 1993,
Bianchi) si :
- l’acte présente un risque « dont l’existence est connue, mais dont la réalisation est
exceptionnelle »
- il n’y a aucune raison de penser que le patient y soit particulièrement exposé
- l’exécution de l’acte est directement à l’origine de dommage d’une extrême gravité et
sans rapport avec l’état du patient ou son évolution prévisible
Cette jurisprudence a été étendue à l'hypothèse où la victime du dommage, ne souffrant
d'aucune affection, n'est pas hospitalisée à des fins thérapeutiques (C.E. Sect. 3 novembre
1997, Hôpital Joseph Imbert d'Arles)

Section2 : Le risque assumé du fait de la garde

§ 1 : La responsabilité du fait des personnes dont l’administration a la garde

Nouvelle tendance jurisprudentielle, forgée à propos des méthodes éducatives et qui modifie
le fondement de la jurisprudence Thouzellier (resp. fondée sur la garde).
Désormais, le CE écarte le risque spécial (au profit de la garde) lorsque les activités ne
présentent pas de danger particulier, rapprochant ainsi sa jurisprudence de celle de la Cour de
cassation (issue de l’arrêt Blieck, Ass. plén. 29 mars 1991)
Tel est le cas pour les dommages causés par les mineurs en rééducation, désormais perçus
comme « en danger » plus que dangereux : l’administration qui s’est vue confier la garde d’un
mineur par le juge des enfants au titre de l’assistance éducative sera tenue pour responsable,
sans faute, pour risque assumé du fait de la garde (et non pour risque spécial du fait des
dangers causés par les adolescents en crise) :
- mineurs en difficultés : CE, 11 fév. 2005, GIE Axa courtage
- mineurs délinquants : CE 1er fév. 2006, Garde des Sceaux c/ Maif,

§ 2 : La responsabilité du fait des ouvrages dont l’administration a la garde

Les personnes ayant la qualité de tiers par rapport à un ouvrage ou à un chantier de TP sont
protégées du risque de dommage résultant de l’ouvrage ou des travaux par un régime de
responsabilité sans faute.

« le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les
ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers en raison tant de leur existence
que de leur fonctionnement » : CE 3 mai 2006, commune de Bollène et ministre de
l'Ecologie et du développement durable

Section 3 : Le risque dans la collaboration au service public


Le mécanisme de la responsabilité pour risque est appliqué aux collaborateurs du service
public..

§ 1 : La protection générale des personnels des services publics


Pour les employés permanents de l’administration, l’arrêt du CE, 21 juin 1895, Cames a posé
le principe selon lequel l’administration doit réparer les dommages résultant des risques
exceptionnels qu’ils peuvent supporter à l’occasion de leur service.
Dans l’arrêt Cames il s’agissait d’un ouvrier de l’Etat, travaillant à l’arsenal de Tarbes
qui avait été gravement blessé à la main gauche en forgeant par la projection d’un éclat
de fer sous le choc du marteau pilon
L’arrêt Cames a largement perdu de sa pertinence, au fil du temps, en cela que les agents sont
aujourd’hui couverts par la législation des pensions de la fonction publique ou par celle des
accidents du travail.
Ce n’est qu’en l’absence d’application de ces régimes législatifs que la jurisprudence Cames
trouve à s’appliquer par résurgence (Tel fut le cas à propos des appelés du contingent
effectuant leur service militaire : C.E. Sect. 27 juillet 1990 consorts Bridet)
§ 2 : La protection des collaborateurs occasionnels du service public
La jurisprudence a appliqué le régime fondé sur le risque aux collaborateurs occasionnels du
service public : CE 22 novembre 1946 Commune de Saint Priest la Plaine.
Lorsqu’une personne prête bénévolement son concours à l’administration, elle a droit dans
certaines conditions à être indemnisée des dommages qu’elle peut supporter à cette occasion
"sur le fondement du risque encouru du fait de sa collaboration".
Il peut y avoir collaboration occasionnelle lorsque des administrés :
- assurent l'animation d'une fête locale, notamment en tirant un feu d’artifice (St priest
la plaine)
- aident les pompiers à combattre un incendie (C.E. Ass. 30 novembre 1946 Faure),
- portent secours à des personnes en danger (CE Sect. 25 septembre 1970 Commune de
Batz-sur-Mer),
- ou encore participent à l'arrestation d'un malfaiteur (C.E. Sect. 17 avril 1953 Pinguet).
- mais aussi à ceux qui transportent des agents publics dans l'exercice de leurs fonctions,
démunis de moyens de transport (C.E. 24 juin 1966 Lemaire),
- ou qui donnent leur sang (C.A.A. Nantes 11 juin 1992 Delhommeau).

Les collaborateurs doivent être requis par l’administration, ou sollicités par elle. Ils également
être spontanés (C.E. Sect. 17 avril 1953 Pinguet) et obtenir indemnisation si leur intervention,
apportée à un service public, était justifiée.

Chapitre 2 : La responsabilité pour rupture d’égalité devant les charges publiques

L’égalité devant les charges publiques constitue, à la fois, un principe général du droit et un
principe de valeur constitutionnelle inclus dans le principe d’égalité devant la loi formulé par
la DDHC (voir 1er semestre).
Sur le fondement de ce principe, les inconvénients supportés dans l’intérêt général par les
administrés font naître à leur profit un droit à réparation pour compenser la rupture de
l'égalité.
La victime peut être indemnisée dès lors qu’une activité administrative est la source d’un
dommage anormal : un dommage anormalement grave et spécial.
Par spécial on signifie que le dommage doit atteindre certains administrés seulement.
Par conséquent, un dommage supporté par le plus grand nombre ou par la collectivité
des citoyens n’ouvrira pas droit à indemnité.
De plus, pour ouvrir droit à réparation, le dommage doit revêtir un caractère d’une
certaine gravité, dépasser les inconvénients auxquels les membres de la collectivité
peuvent s’attendre.
La jurisprudence recourt à ce fondement dans deux grandes séries d’hypothèses.

Section 1 : La responsabilité du fait des normes régulières

§ 1 : La responsabilité du fait des lois


Une loi, parfaitement conforme au droit internatinal, peut très bien être la source d’un
préjudice anormal pour certains administrés.
Si elle n’exclut pas le droit à réparation, les administrés peuvent réclamer une indemnité en
vertu de l’arrêt du 14 janvier 1938, Société des produits laitiers la Fleurette, confirmé, sur ce
point, l’arrêt CE Ass. 8 fev. 2007 Gardedieu
Application récente : CE, 22 octobre 2010, Mme Bleitrach
Pour que le régime joue, il ne faut pas que la loi ait exclu le droit à réparation. Or, pendant
longtemps, on a considéré que cette exclusion pouvait être implicite. Le CE a écarté une telle
solution et exige une exclusion expresse : CE 2 nov. 2005, Sté Coopérative agricole Ax’ion

Pour donner lieu à indemnisation, le préjudice doit dépasser l’aléa inhérent à l’activité du
requérant : CE, 1er fév. 2012, M. Bizouerne

§ 2 : La responsabilité du fait des conventions internationales


La solution La Fleurette été étendue aux dommages résultant de la mise en œuvre de
conventions internationales, (C.E. Ass. du 30 mars 1966, compagnie générale d’énergie
radioélectrique).
Ex . CE 11 février 2011 Susilawati
La responsabilité de l'État est susceptible d'être engagée, sur le fondement de l'égalité des
citoyens devant les charges publiques, pour assurer la réparation de préjudices nés de
conventions conclues par la France avec d'autres États et incorporées régulièrement dans
l'ordre juridique interne, à la condition, d'une part, que ni la convention elle-même ni la loi
qui en a éventuellement autorisé la ratification ne puissent être interprétées comme ayant
entendu exclure toute indemnisation et, d'autre part, que le préjudice dont il est demandé
réparation, revêtant un caractère grave et spécial, ne puisse, dès lors, être regardé comme
une charge incombant normalement aux intéressés.
Elle s’applique également aux conséquences d’une coutume internationale (rappel CE, 1997,
Aquarone) : CE, Section, 14 octobre 2011, Mme Saleh

§ 3 : La responsabilité du fait des actes administratifs légaux


S’agissant des décisions individuelles, le principe a été posé par l’arrêt du 30 novembre 1923,
Couiteas.
Hypothèse dans laquelle l’administration refuse pour des motifs d’ordre public,
d’assurer l’exécution d'une décision de justice. Ce refus, fondé sur l’ordre public est
parfaitement légal. Mais le bénéficiaire de la décision a droit à être indemnisé du
préjudice que cela lui cause.

La responsabilité pour rupture de l'égalité devant les charges publiques s'applique également
lorsque l'administration s'abstient d'exercer ses pouvoirs de police pour des motifs d'ordre
public.
Ce régime de responsabilité vaut encore à chaque fois qu’un acte administratif légal entraine
pour un administré un préjudice anormalement grave et spécial

Il en va de même pour les actes réglementaires légaux : CE 22 fev. 1963, Commune de


Gavarnie
Ex.: CE, 4 oct. 2010, n° 310801, Commune de Saint-Sylvain d’Anjou
Considérant que les mesures légalement prises, dans l'intérêt général, par les autorités de police
peuvent ouvrir droit à réparation sur le fondement du principe de l'égalité devant les charges publiques
au profit des personnes qui, du fait de leur application, subissent un préjudice anormal, grave et spécial
;

Section 2 : La responsabilité pour dommages permanent de TP


On appelle dommage permanent, un dommage qui est le résultat de l’existence même d’un
ouvrage (Ce qu’en droit civil on appelle les inconvénients de voisinage). Par exemple
transformation d’une route en voie rapide.
Les victimes des dommages permanents de travaux publics ont droit à une indemnisation dès
lors que le dommage excède les inconvénients normaux du voisinage et ne résulte pas d’un
fait accidentel.
Ce principe a été posé par l'arrêt du Conseil d'Etat du 24 juillet 1931, commune de Vic-
Fezensac
Cette jurisprudence a été étendue depuis à toutes les hypothèses dans lesquelles l’exécution de
travaux publics ou la proximité d'un ouvrage public (autoroute, centrale nucléaire) occasionne
des troubles de jouissance pour les riverains ou la dépréciation de leurs biens ou une baisse
d’activité commerciale

Vous aimerez peut-être aussi