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ENTREPRENEURIAT

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ENTREPRENEURIAT

1. Clarification des concepts


L’entreprise est une unité économique et juridique dotée de personnalité morale
et qui a pour principale fonction la production de biens et ou services destinés à
être vendus sur un marché afin de combler les attentes des consommateurs.
Elle peut être définie comme un système ouvert et finalisé doté d'organes de
commandes qui fixe des objectifs à atteindre. Elle combine toute une panoplie
de moyens afin de produire pour le marché des biens et des services dans un but
lucratif ou non en vue de la recherche de la satisfaction de l’intérêt général. Elle
baigne dans un environnement en perpétuelle mutation où s’exercent des
influences. Pour son fonctionnement harmonieux, elle est dotée d'un ensemble
d’entités dont les plus essentielles sont l’approvisionnement, la production,
l’administration, les finances et la commercialisation.
L’activité d’une entreprise peut être décomposée en deux phases distinctes :
- l’activité productive, c’est à dire la création de biens et ou services.

-l’activité de répartition des richesses en contrepartie des biens et ou


services.
1.1.1. L’entreprise en tant qu’unité de production
Par l’opération de production, l’entreprise transforme des flux d’entrée (Intrants
ou Inputs) en flux de sortie (Extrants ou outputs).
Les intrants peuvent être classés en trois catégories :
- Le savoir-faire apporté par les ressources humaines de l’entreprise ;

- Les ressources techniques que sont les bâtiments, matériels,


équipements,…etc.
- Les consommations intermédiaires pour indiquer les matières
premières, les produits semi-finis incorporés l’énergie ou les services au
processus de production, (publicité, transport, ...etc.)

1
- Travail Intrants Extrants
- Equipements Production biens
ou
- Consommations intermédiaires Services

1.1.2. L’entreprise en tant qu’unité de répartition des richesses


La contrepartie de l’activité de production de l’entreprise se traduit par la vente.
Le chiffre d’affaires ainsi réalisé et qui est vu comme produit de cette vente doit
permettre à l’entreprise de :
- rémunérer les facteurs de production ;

- payer ses charges sociales et fiscales ;

- réaliser un surplus destiné à assurer son avenir.

Une fois les richesses sont créées, l’entreprise distribue les rémunérations aux
agents qui ont participé à la réalisation de la production. Ainsi :
- les employés perçoivent des salaires ;

- l’Etat, les organismes sociaux (CNSS, et assimilés) reçoivent les

cotisations sociales et les impôts (IPTS, IBIC, TVM…);


- les institutions financières prêteuses reçoivent des intérêts ;

- les actionnaires apporteurs de capitaux reçoivent les dividendes ;

- l’entreprise garde pour elle les revenus non distribués (les réserves).

1.2. Les différentes formes d’entrepreneuriat :


L’entrepreneuriat est un monde vaste qui va de l’entrepreneur indépendant
centré sur lui-même, et pour qui l’entreprise peut constituer une manière de s’en
sortir jusqu’à l’entrepreneuriat social qui est centré sur la société et sur autrui.

2
L’existence de l’entrepreneuriat remonte à une histoire aussi vieille que
l’humanité en raison de la destinée de l’homme appelé à travailler pour
renouveler la face de la terre. L’entrepreneuriat est un concept en
pleine évolution au fil des temps et des contextes. On assiste à l’émergence de
diverses formes de l’entrepreneuriat : la publique, la sociale, la franchise, la
création ex nihilo, l’intrapreneuriat, l’essaimage,… L’option optimale de la
forme entrepreneuriale peut être assez laborieux, surtout lorsqu’on ne maîtrise
pas les avantages et les inconvénients de ces différents concepts.

1.2.1. Entrepreneuriat public :

Les entreprises publiques et les différents établissements des gouvernements au


niveau national, départemental, communal ou local, orientés vers le service aux
citoyens, constituent l’essentiel de l'entrepreneuriat public. Ils contribuent à la
création des ressources collectives nécessaires au développement économique,
explore la nature changeante de ce type d’entrepreneuriat et propose une
nouvelle théorie qui permet de mieux le comprendre.
1.2.2. Entrepreneuriat non marchand ou social :
Le principe de base ici est de créer des entreprises dont l’activité économique a
été conçue de manière à créer de la « valeur sociale », à mettre en œuvre des
solutions innovantes à des problèmes sociaux (dans les domaines de la création
d’emploi, du développement durable, de l’environnement, de la santé...). Les
entreprises de microcrédit, à l’image de PDME, PEBco BETHESDA, … sont
initiées pour constituer un bon exemple.

1.2.3. L’entrepreneuriat ex nihilo


On parle d’entrepreneuriat ex nihilo lorsque le promoteur crée l’entreprise
quand rien du genre n’existait auparavant. C’est en quelque sorte créer une
entreprise à partir de rien, ni entreprise mère, ni reprise d’entreprise, ni rachat de
fonds de commerce, etc. C’est une forme entrepreneuriale très difficile, car
3
l’auto entrepreneur a besoin du temps, pour implanter et faire connaître son
produit sur le marché. En effet, l’opération nécessite des efforts en termes
d’étude de marché, ressources naturelles et financières. Tout doit être bien
calculé, rien ne doit se faire au hasard.

L’entrepreneur doit donc faire une estimation exacte de sa taille de marché ainsi
que de ses besoins financiers pour éviter les mauvaises surprises. Plus que toutes
les autres formes entrepreneuriales, la création ex nihilo nécessite beaucoup de
travail et beaucoup de rigueur.

Après avoir été salarié, l’entrepreneur ex nihilo peut choisir de se mettre à son
propre compte. Toutefois, il se doit d’avoir une reconnaissance vis-à-vis de son
employeur et veiller à ne pas détourner sa clientèle à son profit. De préférence,
le créateur doit signer une clause de non-concurrence qui le contraindra à ne pas
réaliser une activité similaire à celle de son employeur.
[Link]. Raisons et démarche de la création d’entreprise ex nihilo
Partant du fait que la mission d’une entreprise reste la résolution d’un problème
observé ou l’apport de solution en vue de satisfaire un besoin, l’innovation
technologique ou commerciale est la seule raison pour laquelle l’entrepreneur
prend la résolution de mettre sur pied son entreprise. Cette innovation découle
des différents problèmes que le promoteur d’entreprise rencontre au quotidien et
auxquels il décide de résoudre et donc d’innover.
Comme exemple d’innovation, on peut mentionner l’amélioration d’un service
ou d’un produit déjà existant et connu de tous. De cette manière, même lorsque
le produit ou service proposé n’est pas nouveau, celui-ci doit se démarquer de
celui de la concurrence. La particularité du nouveau produit peut tenir compte
du nouvel usage du produit ou service ainsi que de la nouvelle approche
commerciale.
Quant à la création de l’entreprise ex nihilo, les étapes sont diverses d’autant

4
plus qu’il ne s’agit pas d’un exercice de moindre envergure. Pour cela,
l’entrepreneur doit mettre sur pied sur une idée logique. Une fois l’idée mise en
place, il faut simplement passer à la concrétisation du projet qui consiste à faire
une analyse de marché, l’élaboration d’un plan d’affaires, l’étude des
faisabilités ainsi que l’équilibre de leur modèle économique.

[Link]. Les inconvénients liés à la création d’une entreprise ex nihilo


Mettre en place une entreprise ex-nihilo est souvent très risqué. L’entreprise se
crée à partir de rien, sans fond de commerce, ni rachat société. On n’est pas dans
le cas d’une reprise d’entreprise où l’entrepreneur connaît son chiffre d’affaires
et ses potentielles attentes en matière de bénéfices. De la même manière, il ne
s’agit pas d’une franchise où le créateur est épaulé et n’est pas seul dans son
projet entreprenariat. C’est une tendance d’isolement où l’entrepreneur se lance
dans un monde inconnu et donc court le risque de perdre.

[Link]. Les avantages de la création d’une entreprise ex nihilo


L’entrepreneuriat ex nihilo présente aussi bien de nombreux inconvénients que
des avantages. Pour un preneur de risque, il est plus intéressant de créer son
entreprise ex nihilo plutôt que de procéder au rachat d’une entreprise existante.
Très souvent, le coût en matière d’investissement pour une création ex nihilo
peut être inférieur à celui du rachat d’un fond de commerce ou d’une entreprise
équivalente. Dans un cas pareil, tout est à l’avantage du créateur d’entreprise ex
nihilo.
1.2.4. La création d’entreprise en franchise
On ne fait appel à la création d’activité en franchise que dans le cadre d’une
commercialisation de technologie, de produit ou de service. Cette forme
entrepreneuriale fait appel à deux entreprises juridiquement et économiquement
indépendantes. L’une est le franchiseur et l’autre est le franchisé.
La première entreprise, franchiseur est le propriétaire d’une marque et d’un

5
savoir-faire. Celle-ci donne à la seconde entreprise, le franchisé, le droit exclusif
d’exploiter sa marque, son enseigne et son savoir-faire en contrepartie d’un droit
d’entrée, de redevances ou de marges sur les produits. C’est donc le fait
d’utiliser une marque connue pour mettre un produit, service ou technologie sur
le marché.

[Link]. Les avantages de l’entrepreneuriat en franchise


L’avantage dans ce contexte est le bénéfice de la notoriété de la marque et de
l’enseigne. On est partenaire d’une entreprise qui fonctionne et d’une marque
assez connue, ce qui permet de booster les ventes et d’avoir une puissance
publique et publicitaire assez forte. Cette forme de l’entrepreneuriat permet de
profiter d’un gain de temps considérable et offre un risque moindre comparé à
celui d’une entreprise isolée où personne ne vient en aide au promoteur.
Un autre avantage est le bénéfice d’une campagne publicitaire de grande
envergure à travers le monde. Dans le cas d’une création classique,
l’entrepreneur en solo ne saurait bénéficier d’un tel privilège. Il s’agit là, d’une
des formes de l’entrepreneuriat qui éradique les risques d’échec, permet le
démarrage rapide d’une activité ainsi que l’obtention des meilleures conditions
de vente.
Bref, lorsque l’entrepreneur est en partenariat avec un franchiseur, il hérite pour
cette même raison, du savoir-faire, du transfert des technologies, d’une gestion
de stocks fiable, et même de bons arguments de vente.

[Link]. Les inconvénients de l’entrepreneuriat en franchise


L’inconvénient majeur dans le cadre d’une création en franchise est financier.
Contrairement à un commerce isolé, cette forme d’entrepreneuriat nécessite de
gros investissements. Le francisé paye le droit de redevances et d’entrée. En
d’autres termes, le franchisé paie l’accès au savoir-faire et à l’enseigne.

La liberté d’action est très limitée pour le franchisé qui est tenu de respecter les

6
règles imposées par le franchiseur. En effet, le créateur ne dispose pas du
privilège de mettre sur pied un concept qui lui est propre, une idée, une
innovation, aussi petite soit-elle. Il ne pourra donc pas communiquer comme il
le souhaite et se contentera de vendre à titre exclusif.

Pire encore, le contrat en franchise est conclu pour une durée bien déterminée et
ne garantit pas le renouvellement à son terme. C’est l’une des raisons pour
lesquelles certaines formes de l’entrepreneuriat n’ont rien à envier à une création
en franchise.

1.2.5. L’intrapreneuriat ou entrepreneuriat organisationnel


Depuis la publication de l’intrapreneuring (Pinchot, 1985), la notion
d’intrapreneuriat a pris de plus en plus d’importance. Malgré l’absence de
consensus sur sa définition, on qualifie généralement d’acte intrapreneurial les
activités entrepreneuriales au sein même d’une organisation établie (Antoncic &
Hirisch, 2001 ; Zahra, 1991). Ainsi, une entreprise confie à l’un de ses cadres la
mission de créer et développer un centre d’activité spécifique (agence,
succursale, usine, filiale, établissement à l’étranger). Le salarié est doté des
moyens financiers nécessaires au lancement et peut même être associé au
capital, dans certains cas (Jacques Arlotto, 2005).
Cette forme d’entrepreneuriat est pratiquée à l’intérieur de l’entreprise
contrairement à la création d’entreprise essaimante où l’employeur pousse les
salariés à créer une entreprise à l’extérieur de l’entreprise. Ici, on encourage le
développement des compétences professionnelles et l’adopter de certains
comportements entrepreneuriaux au sein de l’organisation ou d’une grande
entreprise.

Cette entreprise peut ainsi développer des projets stratégiques et des projets
d’innovation, sans toutefois créer une nouvelle entreprise. Ceci permet aux
salariés d’apprendre progressivement le métier d’entrepreneur sans toutefois

7
qu’il ait une prise de risque ou une perte du statut social de l’entreprise.

[Link]. Avantages de l’intrapreneuriat


L’avantage de l’intrapreneuriat se présente tant du côté de l’entreprise que celui
du salarié.

 Pour l’entrepreneur
Les entrepreneurs qui intègrent à leur culture l’intrapreneuriat dans un souci
d’accroissement de leur expertise et compétitivité, bénéficient de nombreux
avantages qu’il convient de souligner. Ces dernières sont plus flexibles et
s’adaptent mieux aux différentes situations qui se présentent en termes
de ressources humaines et financières.
Par ailleurs, l’entrepreneuriat organisationnel offre aux entreprises la possibilité
de faire positivement évoluer leur image ainsi que leur notoriété. Les salariés
accordent une certaine gratitude aux entreprises favorisant l’intrapreneuriat.

 Pour le salarié
Le salarié qui effectue l’intrapreneruiat au sein de son entreprise, bénéficie
d’une aide financière considérable pour le développement de son projet. Pour le
porteur de projet, cette aide financière est d’ailleurs facile à acquérir. De
manière stratégique, l’intrapreneur ou le salarié a la possibilité de tester
directement son projet auprès des autres employés assimilés aux beta-testeurs.

1.2.6. Essaimage ou extrapreneuriat


L’essaimage est une aide apportée par les entreprises aux employés en vue de
leur permettre de mettre sur pied leur propre projet entrepreneurial. Il s’agit là,
d’un ensemble de pratiques mises en place par l’employeur, offrant la possibilité
à leurs salariés de concrétiser leur projet. L’essaimage se décline en trois
formes : l’essaimage social ou à chaud, l’essaimage actif ou à froid et

8
l’essaimage stratégique. Tous ces modèles ont pour but de favoriser la création
d’entreprise ou l’esprit d’innovation.

Il se pourrait que l’essaimage soit une pratique gagnante pour les entreprises.
Elle permet ainsi la mobilité et le renouvellement des effectifs. Le salarié crée
son entreprise, ce qui permet d’employer un autre pour le remplacer. A titre
pratique, l’essaimage vise à promouvoir la culture entrepreneuriale. Il vise
à encourager le salarié à trouver des concepts innovateurs et de mettre en
place leur projet.
D’un point de vue stratégique, l’entrepreneur peut faire appel à un ex-salarié
pour ses compétences, sa technique ou un produit. Dans le cadre d’un essaimage
actif, l’entrepreneur propose des dispositifs pour promouvoir la culture
d’entreprise, l’esprit d’innovation ou de création.

On se rend compte qu’i s’agit de la création d’entreprises par des salariés. Ce


phénomène concerne en premier lieu des sociétés technologiques et innovantes.
Très souvent, l’essaimé est le responsable d’un service que l’entreprise décide
d’externaliser.
Bien qu'il ne s'agisse pas toujours du moyen de commercialisation le plus
efficace pour toutes les techniques, l’essaimage technologique est considérée par
ceux qui sont attentifs au développement économique comme un moyen de créer
des emplois bien rémunérés et des emplois dérivés ; cette forme de création
d’entreprise génère 10 fois plus de retombées en création d’emplois qu’une
licence concédée à une entreprise existante pour lancer un nouveau produit sur
le marché (Gu, Wulong, and Whewell, Lori, 1999). Louis Jacques Filion, définit
trois types d’essaimage :
- Essaimage interne (spin-off) : Un membre du personnel de
l’organisation essaimante (ou plusieurs selon Pirnay (2000)) crée une
entreprise à partir d’une technologie développée au sein de l’organisation

9
essaimante.
- Essaimage externe (spin-in) : Une entreprise est créée par un
chercheur externe à l’organisation essaimante mais en utilisant une
technologie développée au sein de celle-ci.
- Essaimage de sortie (spin-out) : L’entreprise est créée parce que
l’organisation essaimante ne veut plus de cette technologie.
L’entrepreneuriat est donc, sous toutes ses formes, un moyen incontournable de
création d’emploi et de richesse. Le soutien de l’entrepreneuriat suppose tout,
d’abord, la levée des barrières qui freinent l’action entrepreneuriale
[Link]. Avantage de la création d’entreprise par essaimage
L’entrepreneuriat par essaimage offre des atouts non négligeables tant pour
l’entrepreneur que pour l’entreprise essaimante.

 Pour le salarié
Pour le salarié, l’essaimage entrepreneurial est un soutien concret au
développement de son projet. L’essaimage représente une forte source de
motivation et d’innovation technologique. L’essaimé profite dans ce sens,
d’un transfert de technologie, d’une formation et d’un programme bien
établie pour la réussite de son projet. Ce dernier est financièrement épaulé par
l’entreprise essaimante et peut revenir travailler dans son entreprise si son projet
échoue.
 Pour l’entreprise
D’un autre côté, les avantages s’observent au côté de l’entreprise mère. Celle-ci
profite d’une forte notoriété vu qu’elle contribue de manière significative à la
promotion de l’emploi et l’autonomie des salariés. De plus, cette entreprise
essaimante construit autour d’elle, un réseau d’entrepreneur ou un réseau
d’affaires viable pour l’évolution de son secteur d’activité.

10
1.2.7. La reprise d’entreprise
Cette forme de l’entrepreneuriat implique une personne physique ou morale
appelée repreneur d’entrepreneur. Il importe de mentionner que la reprise
d’entreprise peut être faite par une ou plusieurs personnes. Les salariés ou les
cadres dirigeants d’une entreprise peuvent ainsi procéder au rachat de leur
entreprise. Toutefois, la reprise d’une PME, d’une start-up ou d’une grande
entreprise présente de nombreux avantages, mais aussi des inconvénients qu’il
convient de maîtriser avant de se lancer.
Avantages d’une reprise d’entreprise
Dans le cadre de la création d’une entreprise isolée, le fondateur prend le temps
d’étudier son plan d’affaires et les faisabilités de son projet. La reprise
d’entreprise par contre, limite les pertes de temps. Elle permet de gagner du
temps en ce sens que l’acheteur dispose déjà les ressources humaines et
financières requises pour le bon fonctionnement de son activité.

De plus, l’activité achetée peut octroyer des bénéfices immédiatement. Le


repreneur est de ce fait épargné des difficultés liées à la mise en place d’une
nouvelle entreprise. Il dispose par conséquent la facilité de bénéficier des prêts
bancaires pour améliorer l’évolution de son activité. En effet, les banquiers ont
tendance à faire confiance aux anciennes entreprises plutôt qu’à celles
nouvellement créées. C’est pourquoi, ils sont plus enclins à leur accorder des
prêts.

[Link]. Inconvénients d’une reprise d’entreprise


Pour le repreneur, le rachat d’une entreprise peut avoir quelques inconvénients.
Raison suffisante pour laquelle ce dernier doit étudier de nombreux paramètres
avant de se lancer dans le processus de reprise d’entreprise. Au cas contraire, il
est susceptible d’encourir les risques commerciaux ou encore des écueils relatifs
à l’état financier de la société rachetée.

11
Par ailleurs, si la société véhicule une image moins forte, cela peut avoir une
incidence négative sur la réussite de l’activité rachetée. C’est pourquoi, il doit
chercher à savoir ce qui pousse les anciens entrepreneurs à céder leur affaire.
Les raisons de vente d’une société, sont dans la plupart des cas, discrètes. Il peut
être question de l’arrivée d’un concurrent incontournable sur le marché, le
départ d’un « gros client », la disparité d’un fournisseur…Un autre inconvénient
à noter est que le prix de la société existante, est bien plus élevé que le budget
requis pour démarrer sa propre entreprise.

2. Les finalités de l’entreprise


2.1. La notion de finalité

Les finalités, ou missions, de l’entreprise désignent les raisons pour lesquelles


elle est acceptée par son environnement. Ce sont des buts plus durables que les
objectifs, avec des échéances imprécises.
Elles répondent à des questions du type « que voulons nous devenir ? », «
quelles sont nos motivations ? ». Les finalités contribuent à la cohésion de
l’entreprise et orientent les décisions stratégiques.
2.2. Les différents types de finalités
2.2.1. Les finalités économiques
Sont au nombre de trois :
- combler les attentes de la cible par la production et la distribution des biens

et services capables d’apporter une solution idoine à ses besoins ;


- assurer la survie de l’entreprise et sa croissance excepté pour certaines

entreprises qui sont créées pour une mission précise, temporaire ;


- réaliser un profit.

2.2.2. Les finalités humaines


Elles concernent aussi bien les ambitions des dirigeants (prestige par exemple)
que l’épanouissement du personnel : bonnes conditions de travail, bien-être des
salariés, participation au pouvoir de gestion, leadership, etc....
12
2.2.3. Les finalités sociales
Elles peuvent coexister avec les autres finalités dans la plupart des entreprises,
mais pour certaines, elles constituent des finalités primordiales: le service public
ou l’indépendance nationale sont des finalités principales des entreprises
publiques.
2.2.4. Les finalités sociétales
Prenant en compte toutes les précédentes, elles concrétisent la responsabilité
sociale de l’entreprise aux travers des dimensions environnementale et
écologique afin de faire percevoir la dimension éco-citoyenne de l’entreprise
3. Classification des entreprises
Il existe plusieurs façons de classifier une entreprise. Parmi lesquelles, on cite :
- la classification selon la nature économique ;

- la classification selon la taille ;

- la classification juridique.

3.1. La classification selon la nature économique


Cette classification peut se faire selon trois aspects :
- classification par secteur.
- classification par type d’opérations accomplies.
- classification selon la branche d’activité.
3.1.1. La classification par secteur
On distingue :
1- Le secteur primaire qui regroupe toutes les entreprises utilisant à titre

principal le facteur naturel. Il englobe l’agriculture, l’élevage, la pêche, etc.


2- Le secteur secondaire qui réunit toutes les entreprises ayant comme activité

la transformation de matières premières en produits finis et englobe donc toutes


les industries et les entreprises de manufacture.
3- Le secteur tertiaire qui rassemble toutes les entreprises prestataires de

services. Sa composition est très hétérogène car il regroupe tout ce qui


n’appartient pas aux deux autres secteurs, à savoir : les activités de distribution,
13
de transport, de loisir, de crédit, d’assurance, d’hôtellerie,…
3.1.2. La classification selon le type d’opérations accomplies
Les opérations effectuées dans une entreprise peuvent être classées en 5
catégories :
1- Les opérations agricoles : ce sont des opérations dans lesquelles le facteur

naturel est prédominant par la production des biens provenant de ressources


naturelles.
2- Les entreprises industrielles : effectuent des opérations de transformation

de la matière en produits finis ou semi finis.


3- Les entreprises commerciales : réalisent les opérations de distribution des

biens et assurent la fonction de grossiste (c’est-à-dire l’achat en grande quantité


directement chez le fabricant et la vente en grande quantité au revendeur) ou de
semi-grossistes (stade intermédiaire entre le grossiste et le détaillant) ou de
détaillants qui vendent directement au consommateur.
4 - Les entreprises de prestations de service : fournissent deux types de
services :
- service de production vendue à d’autres entreprises : société d’étude, agences

de publicité.
-service de consommation : entreprises rendant des services aux consommateurs
(transport, restaurants, locations...)
5- Les entreprises financières : réalisent des opérations financières à savoir : la
création, la collecte, la transformation et la distribution des ressources
monétaires et des ressources d’épargne. Elles sont constituées par les banques.
3.1.3. La classification selon la branche d’activité :
A la différence du secteur, qui rassemble des activités variées, la branche ne
regroupe que les entreprises fabriquant, à titre principal, la même catégorie de
biens, entreprises de l’industrie pharmaceutique, industrie.
Les entreprises d’une même branche ont pour points communs :
- l’usage d’une même technique ;
14
- l’utilisation des mêmes matières premières ;
- des intérêts communs dans certains domaines : ce qui leur permet de
regrouper certaines de leurs activités et de créer des services communs,
notamment de recherche, d’achat ou de vente, filiales communes.
3.2. La classification selon la taille
Les entreprises ont des tailles différentes. Selon sa dimension, l’entreprise va du
simple atelier jusqu’à la grande entreprise.
3.2.1. Effectif du personnel employé : selon ce critère, on distingue :
- les très petites entreprises (TPE) qui emploient moins de 5 employés ;

- les petites entreprises (PE) qui emploient un effectif compris entre 5 et 10

salariés ;
- les moyennes entreprises (ME) employant un effectif compris entre 10 et 100

salariés (ce nombre peut aller à 500) ;


- les grandes entreprises qui emploient plus de 500 salariés.

3.2.2. Selon le chiffre d’affaires


Le chiffre d’affaires permet d’avoir une idée sur le volume des transactions de
l’entreprise avec ses clients. L’importance d’une entreprise peut se définir par le
volume de ses transactions. Ce critère est important pour les raisons suivantes :
- Il est utilisé pour apprécier l’évolution des entreprises et pour les classer par

ordre d’importance selon leur chiffre d’affaires.


- Pour l’entreprise,

• il constitue un outil de gestion : la variation du chiffre d’affaires permet à

l’entreprise de mesurer la pertinence de ses méthodes de ventes. Ainsi,


une baisse du chiffre d’affaires est souvent interprétée comme un
indicateur important de la mauvaise santé de l’entreprise.
• Il est utilisé à des fins comparatives dans la mesure où il permet à

l’entreprise de se positionner par rapport aux autres entreprises de la


même branche.

15
3.2.3. La classification juridique
Cette classification permet de distinguer entre :
[Link]. Les entreprises du secteur public
1- Les entreprises publiques : ce sont des entreprises qui appartiennent en

totalité à l’Etat ; ce dernier détient l’intégralité du capital, le pouvoir de gestion


et de décision.
2- Les entreprises semi-publiques : ce sont des entreprises contrôlées par les
pouvoirs publics : choix des investissements, niveau des prix, politique de
l’[Link], mais où des personnes privées participent au financement et/ou à la
gestion.
[Link]. Les entreprises privées
On distingue :
1. L’entreprise individuelle qui appartient en totalité à une seule personne qui

assure la gestion et la direction.


2. La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent

de mettre en commun leurs biens ou leur travail ou les deux à la fois en vue de
partager le bénéfice qui pourra en résulter.
La coopérative réunit des personnes qui désirent mettre en commun leurs
économies ainsi que leurs compétences pour l’autosatisfaction des besoins
spécifiques (logement, consommation) sans chercher le profit.
4. L’entreprise et son environnement
L’environnement d’une entreprise est l’ensemble des facteurs qui lui sont
externes et qui ont une influence sur elle. On distingue :
- le macro-environnement : environnement général de l’entreprise qui
intègre les aspects socio culturels, économiques, juridiques,
technologiques, démographiques ... tant nationaux qu’internationaux.
- le micro-environnement : environnement spécifique de l’entreprise, il est
constitué une entreprise de ses clients, de ses fournisseurs, de ses sous-

16
traitants, de ses concurrents et de ses partenaires techniques et financiers.

4.1. Le macro-environnement

Le macro-environnement est défini comme étant l’environnement général de


l’entreprise qui influencera le secteur d’activité et auquel elle devra s’adapter.
L’environnement est en perpétuel mutation : nouvelles idées, nouveaux
produits, nouveaux modes de communication… autant d’opportunités pour
les entreprises qui savent les anticiper ou s’y adapter, autant de menaces pour
les autres.
4.1.1. Les différentes composantes du macro-environnement
Les quatre principales composantes du macro-environnement sont les suivantes :
Environnement Environnement
socioculturel institutionnel,
Juridique

LES COMPOSANTES
DU MACRO-
ENVIRONNEMET

Environnement
économique, Environnement
démographique technologique

Environnement démographique, économique et social :


L’environnement démographique comporte des indications fondamentales
pour l’estimation du marché. Le responsable marketing s’intéresse aux
différentes caractéristiques de la population, taille, distribution géographique,
densité, mobilité, répartition par âge ou par sexe, taux de natalité, de
nuptialité, de décès…
L’analyse de l’environnement économique fournit des informations quant au
revenu, au pouvoir d’achat des consommateurs, à la structure et à l’évolution
de la consommation…
L’analyse de l’environnement social fournit des indications sur la
composition socio-culturelle ou socio parentale des familles, les
affiliations religieuses, ethniques…

17
Environnement technologique :
L’entreprise doit identifier les innovations technologiques concernant les
produits, les processus de production, de commercialisation, de distribution, de
conservation… qui, dans son métier, sont susceptibles de constituer des sources
de développement (innovations produits, amélioration de la qualité, réduction
des coûts…) ou au contraire des menaces (produits obsolètes…).
L’environnement socioculturel
Le responsable marketing doit identifier les tendances culturelles
dominantes dans la société à laquelle appartiennent ses consommateurs
potentiels. Actuellement, les thèmes majeurs de la consommation de «
rassurance » sont : la santé, l’écologie, le terroir, l’ethnisme, la famille, la
culture, l’éducation, l’anti-mode, l’humanitaire. (Centre de Recherches et de
Documentation sur la Consommation (CREDOC)
L’environnement institutionnel (politique, légal et juridique)
L’environnement politico légal affecte les décisions commerciales. Il
s’agit d’identifier les textes législatifs, réglementaires ou administratifs, les
normes sanitaires, de sécurité, anti-pollution… qui sont susceptibles de
constituer une contrainte ou au contraire une opportunité pour l’entreprise.
Pour un diagnostic pertinent, il est indispensable d’identifier les éléments du
macro-environnement qui constituent, ou constitueront dans l’avenir, des
opportunités ou au contraire des menaces pour l’entreprise (processus de
production, de commercialisation, ses ressources humaines…), pour ses
produits ou ses marchés.

4.2. Le micro environnement de l’entreprise


Le micro environnement de l’entreprise est constitué par les acteurs du marché
avec qui elle peut être en contact direct. L’entreprise est capable d’exercer une
influence sur ces composantes du marché. L’entreprise désirant connaître son
environnement spécifique doit apprécier les différents aspects le concernant.
18
Cette étude de l’environnement spécifique constitue le contenu essentiel des
études de marché réalisées par les entreprises. Les indicateurs spécifiques liés à
ces composantes sont répertoriés dans le tableau ci-après :
Les clients Les fournisseurs Les concurrents
- Identifier les besoins à - Déterminer leur nombre
satisfaire - Evaluer leur taille et leur pouvoir
- Déterminer leur nombre -Apprécier les fournisseurs qui
- Evaluer leurs forces et leur disposent d’un monopole. Déterminer les concurrents directs (biens
pouvoir - Envisager leur aptitude à servir la similaires) et les concurrents indirects
- Envisager les évolutions concurrence (biens de substitution)
- Déterminer leur -Apprécier leur force et leur pouvoir
psychologie et -Envisager les évolutions en termes de
comportement rapport de force
- Identifier leurs modes -Déterminer s’il est difficile d’entrer dans
d’achat et de consommation le secteur (barrières à l’entrée) ou d’en
sortir (barrières à la sortie)

4.3. Causes d’échec des entreprises


Les statistiques disent que 80% des startups échouent lors des 3 premières
années de leur vie. Il est donc nécessaire de savoir les raisons pour lesquelles
une startup ou une PME échoue et d’identifier les facteurs de réussite des
entreprises qui marchent. On peut énumérer quelques raisons d’échec des PME
1 Mauvais choix de cible : Innover est important certes, mais il faut tout de
même répondre aux besoins du marché. Chaque société a ses particularités et ses
habitudes de consommation. Un projet qui marche dans un pays d’Europe peut
ne pas réussir en Afrique. Tout est lié à l’existence du besoin à satisfaire ou du
problème spécifique à résoudre par l’entreprise.

2 Mauvaise gestion des ressources financières : En économie, les deux


principales ressources sont le temps et l'argent. Le premier tarit en même temps
que le deuxième, puisque la startup cesse d'exister. C'est pour cette raison qu'il
faut avoir une gestion impeccable de l'argent dont on dispose, et
particulièrement en période de croissance de l’offre et du marché.

19
3 Mauvaise gestion des ressources humaines : un projet qui marche dépend
prioritairement de l'équipe en charge. Les startups échouent lorsque l'équipe en
charge du projet n'est pas suffisamment compétente. Une PME pour réussir doit
être une somme de compétence et d’expertise capable de prouver son efficience
sur le marché. Les indicateurs d’absence de motivation du personnel sont
hostiles à la prospérité de l’entreprise.
4 Trop de concurrence : on peut être pionnier dans l’innovation du produit et
se faire dépasser par ses rivaux en absence de perspicacité managériale. Avoir
premièrement une idée qui réponde aux besoins du marché ne suffit pas. Il faut
mesurer la pression concurrentielle et cultiver la maîtrise du marché.
5 Un prix inadapté : Un bon produit accompagné d’une bonne communication
et bien placé peut ne pas être acheté s’il n’est pas accessible par le prix. Un prix
trop haut ou même trop bas peut couter la vie à une entreprise.

6 Le produit lui-même : La stratégie a beau être parfaite, si le produit ne l'est


pas, l'entreprise ne marchera pas. Un produit doit être la réponse à une
préoccupation et facile à utiliser, pratique et fonctionnel. Un déficit observé au
niveau du produit est un dans et ou source de crise pour l’entreprise.

7 L'absence d'un Business Model : Une startup est une entreprise qui doit
gagner de l’argent. Espérer une levée des fonds, créer un business model de
masse ou espérer capitaliser sur de la traction n’est pas un business model sûr.
On doit être capable de générer du cash et prouver que son business model est
viable.
8 Mauvaise stratégie marketing : Connaitre les besoins du marché est une
chose, mais définir une cible et surtout l'atteindre en est une autre. Les meilleurs
projets peuvent échouer s’ils ne sont pas suppléés d'une bonne stratégie
marketing et de communication.

20
9 Mauvais Timing : Il existe un temps bien indiqué lors duquel le lancement
de la boite doit se faire. Lancer son affaire trop tôt ou trop tard peut couter la vie
à l'entreprise.
10 Absence de networking : Une entreprise doit se faire connaître. Ce que
beaucoup de PME et de startup ignorent, c'est qu'il faut faire connaitre le produit
certes, mais aussi les propriétaires et leur équipe. L’absence de communication
institutionnelle est un handicap au développement de l’entreprise.
5. L’entrepreneur et la stratégie d’entreprise
On ne naît pas entrepreneur et les contraintes entrepreneuriales sont
pratiquement les mêmes d’un milieu à un autre. Les qualités distinctives ou le
profil de l’entrepreneur est le même quelque soit le continent où ce dernier
opère.
A regarder de près, il y a effectivement un environnement plus ou moins
favorable à l'émergence d'une classe d'entrepreneurs, il constitue le terreau de
fertilisation et d'appel.
Les options idéologiques, les choix politiques, les contraintes économiques
fixent le décor de théâtre susceptible de séduire un nombre plus ou moins
conséquent d'acteurs (Richard P., 1983).
Mais les acteurs potentiels ne forment pas un tout homogène. Une véritable
typologie entrepreneuriale s'impose, à l'intérieur de laquelle le créateur africain
d'entreprise occupe une place à part. Il importe de cerner les ressorts, les
motivations et la cohérence et pour indiquer que l'entrepreneur doit affronter des
logiques contradictoires et résoudre les diffractions au regard des butées de
l'équilibre économique.
C'est en maîtrisant la grille des référents comportementaux que la logique
entrepreneuriale pourra réduire les déviances et canaliser des fonctions qui lui
sont extérieures (Papin R., 1995).
5.1 . L’environnement d’appel
L'action d'entreprendre s'inscrit dans un environnement caractérisé par un certain
21
degré d'hostilité dû à des interprétations idéologiques restrictives ou par un
dispositif concurrentiel plus porteur. Ce dernier s'exprime à travers les arbitrages
nationaux qui orientent la politique entrepreneuriale plus ou moins
favorablement pour les opérateurs locaux. Mais entreprendre, c'est aussi
accepter les risques qui donnent aux initiatives une plus ou moins grande
probabilité de réussite tandis que les contraintes d'ordre structurel tracent les
conditions objectives d'accès à la création d'entreprises. (Vallée O., 1992).
5.1.2 L'option idéologique
Depuis trente ans, l'analyse idéologique des relations économiques a
passablement changé. L'Afrique a fondé ses indépendances sur une trilogie
conquérante : l'Industrie, le Plan et l'État (Albagli Cl., 1984). L'Industrie
apparaissait comme le symbole du développement.
Le Plan devait imaginer l'avenir, coordonner les actions et protéger des
turbulences cycliques. L'État s'imposait comme l'opérateur le plus crédible.
Cette analyse dérapa. L'agriculture fut délaissée tandis que d'énormes bâtisses
supposées être les avancées du développement devenaient des gouffres
financiers. Les plans s'empêtraient dans des ressources financières fondées sur
les cours des matières premières dont la lisibilité ne dépassait pas quelques mois
de projection. Les objectifs quinquennaux devenaient hypothétiques, puis
dériver en catalogues d'espérances offerts au bon vouloir des bailleurs de fonds.
Quant à l'État tout puissant et référence tutélaire, grâce à sa capacité de
dérivation et d'accumulation des ressources, il ne résistait pas à la tentation
d'être, non seulement le chef d'orchestre, mais aussi l'orchestre lui-même. Alors
la démultiplication des partitions s'avérait peu compatible avec la rigidité d'une
administration incapable de s'ajuster à la complexité et aux inflexions d'un
marché.
Dans les années quatre-vingt, le système s'est effondré. L'industrie offrit ses
ruineux « éléphants blancs » et ses « cathédrales du désert » à des opérateurs
privés. Le plan ne cherchait plus qu'à scruter l'avenir au profit d'analyses du
22
marché enfin dépouillé de références idéologiques suspicieuses. L'État «
simulateur » des entrepreneurs prit le parti d'en être seulement le « stimulateur »
et se délesta d'un appareillage juridico-administratif qui jouait à l'encontre des
chefs d'entreprise. D'agent exploiteur, l'entrepreneur devint l'agent du
développement. Après avoir jeté tout le dispositif de défiances, l'État mit en
œuvre une séduction pressante en offrant conditions fiscales, infrastructures,
zones d'implantation à statuts spéciaux... L'Afrique entière était balayée par un
regard neuf sur l'entrepreneur.
Encore fallait-il que la stratégie nationale concordât au mieux à la
démultiplication.
5.2. La stratégie d’entreprise
Plusieurs stratégies sont proposées
5.2.1. La stratégie nationale
Les modèles d'Harrod-Domar mettent l'accent sur le niveau d'investissements et
le coefficient de capital pour concevoir la croissance comme un processus
mécaniste (Austruy J.,1987). Mais, dans un contexte de rareté de moyens et
d'initiatives, la tentation est forte d'opérer un ordre de mise en marche des
opérations pour définir une stratégie industrielle ou, plus rarement agricole. Six
stratégies sont discernables dans les divers pays d'Afrique ou à diverses périodes
pour une même nation. Chacune d'elles n'offre pas le même terreau à l'initiative
entrepreneuriale des nationaux.
L'industrie industrialisante
L'objectif prioritaire de l'État est de conduire une structuration de l'appareil de
production à partir du tableau d'échanges industriels. L'État privilégie, en
conséquence, la mise en place d'industries lourdes (sidérurgie, pétrochimie,
cimenterie...). Ces unités sont réputées faciliter l'émergence d'entreprises en
aval, qui seront leurs débouchés naturels. Et ces entreprises de produits semi-
finis favoriseraient à leur tour l'éclosion d'un réseau d'entreprises de bien de
consommation, clientes des précédentes. Fortement imprégnée du modèle
23
soviétique, cette stratégie nécessite beaucoup de capitaux, la maîtrise d'une
technologie avancée, mais très peu de main d'œuvre (Andreff V. et Hayab A.,
1978). L'Algérie en a été le porte-drapeau le plus accompli. Mais les industries
industrialisantes n'industrialiseront que les imaginations...
La valorisation des matières premières
L'Afrique a hérité d'un système d'exploitation des matières premières conçu
comme une complémentarité productive de la métropole dans le pacte colonial.
Elle en a fait, dans sa quête de devises, l'outil décisif pour accéder à la
technologie industrielle et à l'importation de machines, voire « d'usines clefs en
main ». Elle fut naturellement tentée d'améliorer sa position en n'exportant non
pas des matières brutes, mais des produits transformés. Des initiatives de
valorisation furent conduites à des degrés divers, se limitant au premier degré de
transformation (cf. égreneuse de coton) ou poursuivant jusqu'au bien fini (cf.
conserverie d'ananas). Cette stratégie a nécessité des engagements
capitalistiques très variables qui se sont ventilés de la raffinerie de pétrole à la
conserverie de concentré de tomates... Les résultats n'ont pas été homogènes non
plus.
5.2.2. La stratégie d'exportation
Ce créneau a révélé l'Asie du Sud-Est avec ses quatre dragons, mais il a été peu
opérationnel en Afrique. L'Ile Maurice semble la notable exception. Le continent
n'a pas eu les moyens de concurrencer les producteurs asiatiques compte tenu du
caractère d'excellence de leur productivité et des très faibles coûts de leur main
d'œuvre. Quelques pays, comme la Tunisie ou le Maroc, sont parvenus, en
bénéficiant de la proximité européenne, à s'établir sur un segment de production
dans le textile pour traiter, par le perfectionnement passif, les opérations
nécessitant le plus de main d'œuvre. L'intervention du capital étranger est
souvent déterminante pour l'implantation de l'unité de production et pour l'accès
aux marchés d'exportation.

24
La substitution aux importations
Elle est techniquement simple : il suffit d'évaluer le montant des importations
d'un produit donné pour connaître la taille du marché solvable. L'évaluation du
point mort d'une unité de production permet d'apprécier l'opportunité d'un tel
projet national. Les biens sont généralement ceux répondant aux premières
nécessités : agro-alimentaires, habillement, équipement ménagers... Des
initiatives ont été prises dans toute l'Afrique, mais se sont heurtées souvent à la
taille d'un marché trop étroit dont les consommateurs n'étaient, de surcroît, pas
convaincus de l'alternative ainsi proposée et lui préféraient le produit
d'importation (cf. les enquêtes à Abidjan ou à Dakar) (Gningue A., Kouessy R.
et N'diaye A., 1989).

5.2.3. L'industrie de main-d'œuvre


Le parti pris est celui de la création d'emplois. La forte urbanisation démultiplie
les demandes d'embaucher et crée une pesanteur sociologique, politiquement
explosive. Les unités de production offrant le plus petit investissement par
emploi créé et le nombre le plus élevé d'emplois par projet seront donc
privilégiées. Les industries de biens de consommation ont souvent l'avantage :
habillement, conserverie, conditionnement... Mais ce type d'entreprises bute
simultanément sur l'étroitesse des marchés intérieurs africains et sur la
concurrence internationale à l'extérieur. Par ailleurs, l'accès à une technologie
élaborée est quasi inexistant tandis que la main-d'œuvre disponible est loin d'être
absorbée.
5.2.4. L'arbitrage de circonstances
Cette catégorie est généralement peu théorisée alors qu'elle éclaire souvent les
décisions : propositions inattendues d'un bailleur de fonds, valorisations du
terroir d'origine d'un responsable politique, résultats de quelques prévarications
réussies, montages irresponsables d'un projet sans avenir mais fruit d'une
collusion d'assentiments partiels... Ils constituent souvent ces « éléphants blancs
25
» régulièrement dénoncés et parsèment la géographie africaine avec, ici une
unité pétrochimique incapable de fonctionner (Congo), là une sidérurgie
dépourvue de matières premières (Togo), ailleurs, une conserverie de fruits
affrontant l'oubli de la mise en place de la production agricole (Centrafrique),
ou, ailleurs encore, une usine de conditionnement de poissons sans marché
intérieur (Mali)... La liste fait le délice des chroniqueurs et creuse des déficits
budgétaires abyssaux.
Il ressort de cet éventail de stratégies des appels plus ou moins pressants aux
entrepreneurs. Plus l'industrie sera capitalistique (industrie industrialisante),
moins la variété des initiatives sera sollicitée. Plus le marché sera connecté à
l'extérieur, plus le recours à des opérateurs étrangers sera nécessaire. Plus les
décisions seront aléatoires, moins les règles de gestion présideront au
fonctionnement des dites entreprises. Plus l'arbitrage sera étroit, plus il confinera
les opérateurs dans un certain type d'entrepreneurs. Ce contexte déterminé, il
reste encore à l'investisseur à apprécier les risques cadrés par les conditions
objectives du marché.
[Link]. La contrainte objective
Les options idéologiques et les arbitrages stratégiques conditionnent l'émergence
potentielle d'entrepreneurs. Mais les candidats révélés doivent encore apprécier
la situation concrète à partir des contraintes majeures : la taille critique du
marché solvable, la résolution du financement, l'accès à un marché de l'emploi
déterminé, l'intégration au système international (Albagli Cl., Cazenave F.-X.,
1984).
[Link]. La taille critique du marché solvable
Dans les années soixante et soixante-dix, les techniques de production
industrielle avantagent les grandes séries établies sur les économies d'échelle. Le
point mort de production nécessite, en conséquence, de vastes marchés et des
niveaux d'investissements élevés, faute de quoi les coûts de production intérieurs
sont plus élevés que les prix des produits similaires importés et l'émergence d'un
26
profit s'apparente à une ligne d'horizon fuyante...
La faible taille de la plupart des nations africaines et, a fortiori, de leur marché
solvable, impliquait la concession d'un monopole à l'abri de barrières douanières
et des prix courants peu favorables amputant bientôt le pouvoir d'achat des
ménages.
Depuis la fin des années quatre-vingt, la technologie se combine, de plus en plus
avec bonheur, à la segmentation et aux marchés limités (Schumacher E.-F.,
1978). Voici l'occasion de s'installer dans de nouvelles niches de production
pourvu que la technique soit maîtrisée.
Ce nouveau contexte bouscule les paramètres de référence et offre de nouvelles
opportunités aux entrepreneurs africains...
[Link]. L'obtention du financement
La taille minimum de l'investissement, en terme de valeur salariale, n'a cessé de
s'agrandir jusque dans les années soixante-dix (Bairoch P., 1971). Les fonds
indispensables à toute unité de production devenaient de plus en plus difficiles à
collecter. On se heurtait au double verrouillage d'une disponibilité d'épargne
insuffisante et de moyens de collecte trop souvent inefficaces. L'absence de
garanties suffisantes pour les banques et les défaillances du réseau bancaire
dressaient des barrières d'accès à la création d'entreprises et suscitaient
découragements ou concussions. La mise à contribution de l'épargne informelle,
avec le système des tontines, dans le processus entrepreneurial donne
aujourd'hui de nouvelles possibilités qui, sans être la panacée, offrent des
assouplissements et de nouveaux moyens (Mayoukou C, 1994). La réduction de
la taille optimale de l'entreprise abaisse le seuil de financement critique et
facilite d'autant plus son ajustement.
L'accès à un marché de l'emploi déterminé
La main d'œuvre disponible ne fait défaut ni au Sud, ni au Nord du Sahara.
L'ampleur du chômage accompagne dramatiquement l'urbanisation. Au tournant
du siècle, la moitié de la population devrait être urbanisée en Afrique Noire.
27
Mais le personnel qualifié fait souvent défaut et l'adaptation du personnel à une
productivité industrielle reste encore souvent problématique ; ainsi les
entreprises oscillent-elles entre une coopération technique étrangère onéreuse et
une fiabilité discutable de leur production (cf. l'expérience Land Roover au
Nigeria). La formation insuffisante écourte la durée de vie des équipements
dotés d'une technologie trop moderne.
Le choix d'options non capitalistiques ferme l'entreprise à la compétitivité
internationale et laisse la voie à des unités de production mieux adaptées au
marché, mais techniquement peu performantes.
5.2.5. L'intégration au système international
Compte tenu de la taille des marchés africains, les entreprises de fabrication de
machines-outils sont hors de portée, il faut donc importer les équipements, et
pour cela, avoir accès aux marchés extérieurs, aux devises, aux informations
technologiques... La rareté des devises, les stratégies d'économies autocentrées
et l'octroi de monopoles sous protection douanière ont entraîné la sclérose de
l'appareil de production. Les ruptures d'approvisionnement achevaient de
désorganiser la production.

L'ouverture des marchés est aujourd'hui plus favorable, mais les devises, dont
l'allocation tend à reposer sur des critères plus économiques, restent encore
rares. Le partenariat se présente souvent comme une solution combinant l'accès
à une technologie avancée d'un capital complémentaire et l'accès à un marché
extérieur...
L'appréciation de ces données procure au candidat-entrepreneur les paramètres
du risque auquel il entend se soumettre. Comme on a pu le remarquer ceux-ci
ont passablement évolué ces dernières années. L'entrepreneuriat peut donc se
nourrir d'un contexte plus favorable.
À ce cadre d'exercice va correspondre une dynamique entrepreneuriale
renouvelée.
28
6. La dynamique entrepreneuriale
La fonction entrepreneuriale peut être remplie par divers agents économiques
répartis entre la puissance publique, les agents étrangers et les acteurs nationaux.
Il est possible de dresser une typologie entrepreneuriale adaptée aux diverses
hypothèses stratégiques précédemment évoquées. Mais notre étude est plus
naturellement focalisée sur les opérateurs africains et les arbitrages spécifiques
du continent. Leur comportement n'est pas lié à une seule grille d'analyse. Il
s'écarte d'une lecture classique de l'homooeconomicus, sans en être
complètement étranger dans la démarche entrepreneuriale.
6.1. La typologie des entrepreneurs
On distingue généralement cinq types d'entrepreneurs susceptibles de
développer une activité économique. En Afrique, la nécessité pour les futures
entreprises de s'ajuster aux arbitrages stratégiques nationaux, a donné une
tonalité particulière à cette classification traditionnelle.
6.1.1. État-entrepreneur
Pendant plus d'un quart de siècle, l'État s'est voulu un « simulateur » de la
fonction entrepreneuriale. Il avait apparemment, pour cela, deux séries de
solides raisons. L'État-accumulateur plongeait les traditions de cette fonction
dans les sociétés agraires où il dérivait et agrégeait le surplus. Mais il commua
cette double action en une fonction modernisée, captant les royalties sur les
ventes des produits miniers ou énergétiques, ou capitalisant les ressources
dégagées par les Caisses de Stabilisation ou les Marketing Boards des cultures
de rente. Aucun autre agent ne parvenait à réunir des fonds compatibles avec les
exigences financières des entreprises modernes. Cette fonction fut confortée
dans le contexte idéologique des indépendances où les opérateurs étrangers
apparaissaient comme l'expression néo-coloniale de l'exploitation et les
opérateurs nationaux comme le relais de détournements de fonds. Les codes
d'investissements encadraient étroitement toute initiative entrepreneuriale et
l'État devint l'interlocuteur privilégié.
29
L'État ne résista pas à la tentation d'être lui-même l'acteur. Les justifications ne
manquaient pas. Les acteurs nationaux, soit par inclination, soit par carence
objective de nature financière ou technique, se sentaient peu attirés par des
activités entrepreneuriales en dehors du négoce. Par ailleurs, l'assimilation du
chef d'entreprise à un agent exploiteur et, a fortiori, s'il était étranger, conduisait
l'État à privilégier l'entreprise publique au nom de la lutte des classes. Ainsi,
l'entrepreneuriat n'était-il, le plus souvent, que l'adjuvant résiduel des initiatives
du pouvoir ou le supplétif enrégimenté de son action économique.

Mais l'entreprise publique se fit État dans l'État (cf. la Sonatra en Algérie ou
l'O.C.P.M. au Maroc) au mépris des règles élémentaires d'obligation de résultats
; on put alors voir des entreprises mises sous perfusion permanente du budget
national pour rééquilibrer leurs comptes. Le secteur étatique tentaculaire avait
anémié la vigueur entrepreneuriale (Albagli CL, 1984). Désormais, le secteur
est, soit en liquidation auprès des bailleurs de fonds, soit réinséré dans les règles
du jeu du marché et de la concurrence.
6.1.2. L'entrepreneur transnational
Ce type d'entreprises symbolise souvent les affres du capitalisme. Les sociétés
qui cherchaient à s'implanter présentaient souvent un chiffre d'affaires supérieur
au P.N.B. du pays tout entier (en 1970, le chiffre d'affaires des Galeries
Lafayette en France était plus important que le P.N.B. issu de l'activité de cinq
millions de Maliens). Partenaire encombrant pour l'État, on lui reprochait de
transférer les profits hors du territoire et de river l'économie nationale à des
commandes extérieures (Amin S., 1986 ; Emmanuel A., 1972).
Pourtant lorsque l'État, pour conduire une politique d'indépendance économique,
se lança dans un recours à l'emprunt, il entendait bien ainsi affirmer ses choix
stratégiques et écarter la menace des rapatriements de capitaux. Dans les années
quatre-vingt, il s'avéra que l'État n'avait pas été perspicace dans ses
investissements ou que le personnel politique en avait dérivé les flux.
30
L'amortissement de la dette plaçait le pays tout entier à la merci de ses
créanciers. Les autorités découvraient alors que les sociétés transnationales
pouvaient apporter des capitaux, initier à de nouvelles technologies, créer des
emplois et que, pour finir, si elles rapatriaient des bénéfices encore était-il
nécessaire d'abord qu'elles en fissent ! La charge de la dette, elle, pesait sur le
budget de l'État quels que soient les résultats !
6.1.3. L'entrepreneur étranger
L'image classique de l'entrepreneur étranger est celle de l'agent qui s'est
implanté durant l'époque coloniale dans une exploitation agricole ou industrielle.
À l'Indépendance, une nouvelle vague lui a succédé, attirée par l'ouverture de
nouveaux marchés. Mais les deux premières décennies ont été marquées par un
climat généralement plein de suspicions. Le Nigeria limitait la détention des
parts détenues par les étrangers à 49 %, par exemple.
L'heure était non seulement à des codes d'investissements très contraignants,
mais aussi à la nationalisation comme au Zaïre, en Algérie ou en Ethiopie.
Considérant cette pénurie des capitaux et des initiatives, la perception que l'on
avait de l'entrepreneur étranger s'est radicalement inversée depuis quelques
années. Il est maintenant activement recherché et l'on procède à mille séductions
: avantages fiscaux, réglementations spéciales, aménagements privilégiés, statut
douanier spécifique. Les pays se concurrencent entre eux, mais cela ne suffit
plus, tant la situation économique générale reste préoccupante et délabrée alors
que s'ouvrent, en Europe Centrale, des marchés qui, pour être faibles, sont
néanmoins considérablement plus solvables qu'en Afrique !
6.1.4. L'entrepreneur national
C'est dans le commerce et les fameuses « sociétés d'import-export » que les
initiatives africaines abondaient. La création d'une unité industrielle soulevait
davantage de réticences.
L'entrepreneur, souvent assimilé à un ennemi de classe ou à un relais de
l'étranger, disposait d'un contexte difficile et se heurtait à une administration
31
tatillonne ou arbitraire.
Les banques, faute de recevoir de solides garanties, n'accordaient ni leur
confiance, ni leurs crédits.
Aujourd'hui, l'État mesure qu'il n'a pas la compétence requise pour apprécier les
mille facettes d'un marché. De « simulateur » l'État doit convertir son rôle en «
stimulateur » pour faire émerger une classe d'entrepreneurs collant au marché, se
réajustant à la concurrence, s'immergeant dans les évolutions technologiques.
Voici l'État déléguant des initiatives qu'il avait crû devoir s'approprier pour bâtir
l'économie, lorsqu'il mesure toute la souplesse nécessaire à la fonction
entrepreneuriale. Initiative individuelle, groupe sociétaire, coopérative,
partenariat avec l'étranger, désormais toutes les formules sont appelées par les
autorités nationales et internationales.
Tableau 1 : Stratégie économique et typologie entrepreneuriale
Typologie L'État Le transnational L'étranger Le national L'informel1
entrepreneuriales
Stratégie
Economique
Industries industrialisantes ** * **
Valorisation des * * *
matières premières
Stratégie ** ** * *
d'exportation
Substitution d'importation **
Industries de ** * **
main-d'œuvre
Arbitrages de ** * **
Circonstances
1. Le développement de ce secteur n'est pas le fruit direct des options stratégiques mais sa conséquence. Les
options peu créatrices d'emplois suscitent une démultiplication plus intense des entrepreneurs informels dans une
réaction de survie, la densité potentielle est indiquée par les étoiles.

6.1.5. L'entrepreneur informel


Africain, mais pas nécessairement national, l'entrepreneur informel intervient
dans deux types de domaines. D'une part, le fondateur d'une micro-entreprise
32
dispose d'un capital réduit, ne s'acquitte pas d'obligations fiscales et rémunère
ses employés en dehors des mesures conventionnelles fixées par l'administration
(Penouil M., Lachaud J.-R, 1985). Sa hiérarchie de prix et l'éventail des biens et
des services qu'il propose correspondent aux besoins des couches moyennement
pauvres et répondent à une structuration économique incomplète. Sa croissance
bute sur des seuils qui en feraient basculer l'entreprise dans le secteur formalisé.
Sa réussite se manifeste alors par l'essaimage et la diversification des activités.
Globalement, ce secteur absorbe une part très significative de la main d'œuvre,
souvent supérieure à celle du secteur industriel officiel.
D'autre part, l'entrepreneur informel apparaît dans l'infra-entreprise, activité qui
correspond à une autocréation d'emploi et qui se situe plus généralement dans
les services. À la marge de la culture entrepreneuriale, l'infra-entreprise répond
néanmoins à des initiatives visant à satisfaire de réels besoins.
Le secteur informel a été combattu par les forces de l'ordre de l'administration
dans les premières décennies de l'Indépendance, car il ne répondait pas aux
critères d'une économie moderne. Excessivement dénigré par le passé, le secteur
informel est maintenant porté aux nues. Après les excès d'indignité, le voici en
recours salvateur, très largement surdimensionné.
Il est censé résoudre spontanément l'équilibre du marché de l'emploi et
constituer la pépinière d'entrepreneurs de demain. Les analyses de terrain
tendent à montrer qu'il faut faire certaines réserves tant sur l'étanchéité entre les
deux modes informels et formels que sur l'intégration d'un système productif
techniquement bien élémentaire.
Cette typologie entrepreneuriale a nécessairement des correspondances avec les
options stratégiques nationales qui privilégient telle ou telle autre forme
d'entrepreneurs. On peut dresser un tableau à double entrée mettant en valeur les
correspondances les plus fortes. Mais le type d'entrepreneur qui focalise
davantage notre attention, est celui qui émerge de la libre entreprise en milieu
africain. Si certaines stratégies lui sont plus favorables, son émergence et sa
33
pérennité sont largement conditionnées par une grille de référents qui explique
la spécificité de certains de ses comportements.
La grille des référents
La littérature sur l'activité entrepreneuriale africaine ne manque pas de souligner
des dysfonctionnements, des aberrations, des anomalies qui s'écartent des
normes et mettent à la marge de la logique, les faits observés. L'insistance avec
laquelle des experts soulignent des carences et préconisent des redressements,
incite à penser que souvent ces comportements « anormaux » ne relèvent pas
d'une incompétence rédhibitoire, mais d'un autre biais logique dont l'existence
est dénigré.
Les comportements de l'entrepreneur africain relèvent à tous égards de ceux de
homooeconomicus canalisés par la logique de l'intérêt. Mais s'en tenir à cette
formalisation revient à privilégier une analyse trop réductrice. L'acteur
économique en Afrique est aussi un individu socialisé et, comme tel, sa
rationalité est infléchie par les considérations du groupe de référence. Cette
sphère d'appartenance influe sur deux aspects essentiels de la création et du
fonctionnement de l'entreprise : la relation avec le pouvoir, les obligations
communautaires.
6.2. L'homo-oeconomicus
La théorie économique classique inscrit les individus dans la quête de
satisfactions conformes à leurs intérêts individuels. La poursuite de cet objectif
se fait solitairement, sans référence aux autres. L'explication d'Adam Smith sur
les vertus du boulanger qui animé par la maximisation du profit, satisfait au
mieux les besoins de ses clients en poursuivant son propre intérêt, reste la pierre
angulaire de la dynamique entrepreneuriale (Smith A., 1976).
Or, à l'évidence, la logique de ce comportement n'est pas holistique pour un
individu fortement socialisé. D'autres paramètres interviennent pour expliquer
les déviances observées.
Depuis les analyses de l'organisation du travail issues de l'école des relations
34
humaines, puis plus récemment de l'école des systèmes sociaux, ces phénomènes
ont été abordés dans le cadre des cultures occidentales.
6.3. Les obligations communautaires
L'Africain n'est pas un acteur atomisé, il est fortement socialisé et sa référence à
l'ethnie, au clan, à la famille élargie, est permanente. La solidarité au groupe est
fondamentale et cette logique reste totalement extérieure à l'entreprise au point
d'en dévier son fonctionnement par les exigences de solidarité... L'entreprise
devient davantage un système d'allocations des ressources qu'une quête
d'équilibre fondée sur la productivité et la concurrence (Devauges R., 1977). Ces
raisons expliquent largement le déficit chronique récurrent dès que les tutelles
institutionnelles sont écartées.
6.4. La relation avec le pouvoir
Cette notion fait référence également à l'appartenance au groupe des acteurs,
mais cette influence est renforcée par la maîtrise du pouvoir dont peuvent se
prévaloir certaines communautés.
La liaison avec l'entreprise est alors plus directe puisque cette relation facilite
l'accès à l'information utile, procure les appuis souvent indispensables aux
arbitrages administratifs, interfère utilement dans l'obtention du soutien
financier, livre des marchés protégés ou des contrats exclusifs... La relation de
pouvoir introduit une déviance vis-à-vis des seules lois du marché et de la
réglementation en vigueur, mais elle constitue la contrepartie indispensable des
obligations communautaires.
En effet, pour satisfaire durablement ces dernières, il faut nécessairement qu'à
un endroit quelconque puissent s'équilibrer ressources et débits. La relation de
pouvoir réinjecte des ressources, faute desquelles les obligations
communautaires ne pourraient être durablement satisfaites. La logique au groupe
et les contreparties du pouvoir sont l'avers et le revers de la même pièce. Pour
satisfaire à une logique extérieure à l'entreprise, on introduit des distorsions dans
la logique entrepreneuriale. Mais cette déviance est fondamentalement
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dangereuse, car il n'y a plus incitation à l'amélioration de la productivité. La
logique des comportements s'en trouve déplacée.
6.5. La logique des comportements
L'explication des comportements se réfère à une logique sous trois contraintes
que nous allons exposer. L'évolution dépendra des mutations de l'entrepreneur et
du pouvoir.
Quelques pistes pourront être ensuite tracées pour profiler l'ajustement.
6.5.1. La triple astreinte
L'entrepreneur est soumis à trois contraintes :
- Son intérêt qu'il peut exprimer par le profit.
- Sa solidarité communautaire qui place, au sein de l'entreprise, des intérêts
qui lui sont étrangers, mais bien réels.
- Le passe-droit concédé par le pouvoir qui réintroduit les flux compensatoires.
Figure 1 : L'entrepreneur et les logiques
MARCHÉ

PROFIT

POUVOIR RENTE ENTREPRENEUR STATUT SOCIÉTÉ

A certains égards l'entreprise est amenée à composer avec une triple logique :
celle du profit soutenue par l'intérêt, celle du statut canalisé par la solidarité,
celle de la rente prodiguée par le pouvoir. La ligne du profit est bien la ligne qui,
au bout du compte, l'emporte puisqu'elle conditionne la survie de l'entreprise,
mais les obligations statutaires et l'accès à la rente sont des données
consubstantielles qui soumettent finalement le social à l'économie.
Les entrepreneurs africains qui développent leurs activités dans un pays voisin,
parviennent avec davantage de dextérité à conduire leurs affaires. Ils n'ont pas
fréquemment accès au pouvoir, mais leur position en dehors des contraintes
familiales, peut les laisser opérer au seul regard de l'intérêt économique. Les
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exigences de l'appartenance au clan pourront être satisfaites mais d'une façon ex-
post, ce qui constitue une approche radicalement différente.
Les agents économiques qui n'ont pas de représentants, dans les sphères du
pouvoir ne peuvent pas accéder à la rente et sont donc placés devant des
difficultés qui s'aggravent sous la pression communautaire. Les autres entendent
bénéficier sans délai de l'allocation maximum des ressources. On retrouve, en
filigrane, les lois des sociétés agraires qui favorisaient des institutions
susceptibles de détruire toute émergence de surplus non canalisée, à cause des
menaces qu'elle fait peser sur l'ordre établi. La fameuse « part maudite » de
Georges Bataille (Bataille G., 1971)
Les opérateurs étrangers trouvent dans le partenariat un processus susceptible de
satisfaire également l'investisseur local. En effet, l'étranger en s'alliant avec un
opérateur du territoire convenablement introduit, obtient la célérité de
l'administration et les arbitrages favorables des édiles. En contrepartie,
l'entrepreneur africain bénéficie, non seulement de capitaux, de la technologie et
de l'accès au marché, mais de conditions objectives pour résister à la pression
communautaire.
6.5.2. Les ajustements
L'amélioration du comportement au sein de l'entreprise devra donc répondre à
trois considérations :
• Le premier est classique, les critères doivent satisfaire aux règles de la gestion
d'entreprise pour améliorer la compétitivité par des techniques à caractère
universel afin de maximiser le profit.
• Les deux considérations suivantes relèvent davantage de la sociologie africaine
et de ses spécificités. L'une consistera à introduire au sein de l'entreprise des
logiques qui lui sont étrangères. Toute procédure, fondée sur le statut et les
obligations communautaires, qui pourraient servir la productivité, devrait être
intégrée : l'utilisation de la concurrence inter-clanique au sein de l'entreprise
pour des unités autonomes de gestion, le renforcement de la collecte de l'épargne
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par des tontines à vocation entrepreneuriale, la cohésion communautaire pour
servir la cohésion sociale au sein de l'unité de production... De telle sorte que,
peu à peu, soient intégrées, dans l'entreprise, toutes les logiques extérieures liées
à l'appartenance communautaire.
• L'autre vise à dégager l'État de ses implications partisanes auprès des
entrepreneurs.
La transparence de l'information et la démocratisation du pouvoir sont des
procédures bénéfiques. Le renversement du dispositif administratif qui autorise à
s'installer, par exemple, non plus quand le service a consenti son acquiescement,
mais lorsque celui-ci n'a pas manifesté son désaccord circonstancié dans un délai
requis, fait progresser la logique entrepreneuriale (cf. Maroc). La fiabilité d'une
justice impartiale, qui ne réduit pas un conflit à une opposition d'influences, est
un autre argument convaincant.
En diminuant les écarts dus à la soumission à de contraintes sociales extérieures
à l'entreprise et en réduisant les occasions d'implications intempestives de la
puissance publique, l'entrepreneur africain renforce la cohérence de
l'engagement de son entreprise dans la recherche du profit, permettant ainsi à
celle-ci de s'inscrire dans le jeu du marché et de s'imposer dans les
confrontations avec la concurrence.
Figure 2 : Les ressorts de la dynamique entrepreneuriale

Quel comportement ?

Logique Pouvoir Quelle rationalité ? Société


entrepreneuriale
Quel entrepreneur ?
ENTREPRENEUR
Contraintes objectives
Environnement Stratégies nationales
d’appel Options idéologiques

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6.5.3. Le sentier des mutations
L'individu évolue d'une situation de survie stricte à celle d'un individu qui peut
arbitrer son intérêt et ses comportements à partir d'une hiérarchie de choix plus
élevée. Puis il accède au rang d'entrepreneur-innovateur, cette fonction
shumpétérienne précédant une ultime étape où la fonction entrepreneuriale
dépasse les logiques individuelles. Les contraintes de l'entreprise se
surimposent.
La société passe de fonctions traditionnelles caractérisées par une solidarité
mécaniste (c'est-à-dire peu différenciée) à une solidarité organique (c'est-à-dire
très interdépendante) (Durkheim E., 1960). Le pouvoir se transforme en
évoluant, selon les références saint-simoniennes, d'un rôle de prédateur à une
valorisation créatrice (Bourcier de Carbon L., 1971).
L'initiative entrepreneuriale est caractérisée d'abord par des opérations simples
confinées dans les règles de la solidarité communautaire (Modèle A). Avec
l'élévation du niveau d'initiatives et le croisement des obligations
communautaires et de l'accès au pouvoir, la fonction entrepreneuriale réussie
s'inscrit dans la rente (Modèle B). La simple influence de la communauté sans
les compensations du pouvoir et de la communauté dans un contexte de survie
rend la fonction entrepreneuriale attachée au seul plan d'emplois concédés par
les autorités. Lorsque l'entrepreneur devient cet innovateur, c'est-à-dire cet
acteur capable par ses compétences de combiner les facteurs de production de
façon favorable à l'émergence entrepreneuriale, l'entreprise moderne peut
s'imposer avec le profit comme règle de gestion (Modèle C). On retrouverait ici
un modèle de type Blake et Mouton qui fondaient leur approche sur des
combinaisons de gestion d'entreprise à partir de critère humains et techniques
(Blake R. et Mouton J., 1972). La ligne A, B, C, D représente alors le sentier
d'évolution de l'initiative entrepreneuriale.

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Tableau 2 : Les mutations du profil entrepreneurial
Identification à Maximisation Survie de D
l'entreprise du profit, C.T. l'entreprise à
long terme

Entrepreneur Raid opportuniste Profit-Gestion C Tentative


innovateur avec habileté élémentaire d'adaptation à
innovatrice la concurrence
menacée par la
société parasite
Intérêts simples Fonction Rente B Prédateur
homooeconomicus entrepreneur occasionnel lié à
déviée, allocataire des circonstances
de ressources, non à une fonction
faillite entrepreneuriale
Survie Solidarité A Emplois concédés
sans entrepreneurial

INDIVIDU Tutelle de la Communauté L'environnement Tissu


communauté reliée au pouvoir par le pouvoir entrepreneurial

SOCIÉTÉ

Les déviances paraissent lorsqu'il n'y a pas d'homogénéité entre le


comportement de l'entrepreneur et la nature du pouvoir au sein de la
communauté ; l'entrepreneur-innovateur va alors développer son habileté dans
des raids entrepreneuriaux, des coups à rotation rapide de capital pour se
protéger avec plus ou moins de succès du parasitisme social. Si le pouvoir crée
un environnement, mais que les intérêts de l’homooeconomicus n'ont pu s'élever
à ceux d'un entrepreneur innovateur, l'initiative entrepreneuriale ne sera qu'une
prédation occasionnelle au gré des circonstances. Enfin, quand l'environnement
a composé un véritable tissu entrepreneurial et que l'entrepreneur identifie ses
intérêts à ceux de son entreprise, la perspective change de dimensions et devient
celle de la survie de l'unité de production à long terme (Modèle D). Sans tissu
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industriel organisé, l'intérêt de l'entreprise ne s'inscrit pas nécessairement dans la
pérennité et la maximisation du profit à court terme sera préférée. Mais même si
l'entrepreneur ne s'identifie pas encore à son entreprise, il cherchera, dans le
contexte d'un tissu entrepreneurial en formation, à affronter la concurrence.
Les techniques de gestion pourront alors lui faire défaut.
Dans ces conditions, la démultiplication des entrepreneurs dépend autant d'une
maturation de l'individu que d'une mutation de la société et du pouvoir. Le
sentier d'évolution de l'initiative entrepreneuriale devrait conduire de la
solidarité à la survie à long terme en passant par la rente et le profit. L'inégal
succès de l'entrepreneuriat selon les régions tient donc à ces deux contraintes, et
les dérapages sont le fruit de constructions asymétriques entre société et
individu. C'est pour ces raisons que les mêmes opérations d'aide à l'entreprise
produisent des résultats très diversifiés.
CONCLUSION
Créer un environnement d'appel reste la première tâche des autorités publiques.
Celles-ci ont aujourd'hui compris que l'entrepreneur était susceptible de mieux
sentir les tendances du marché et de mieux s'adapter aux contingences des
affaires. L'État « simulateur » vise davantage à devenir un État « stimulateur ».
Pour capter les initiatives étrangères, il est passé sans transition d'un code
d'investissements contraignant à des offres de dérégulations territoriales, sans
mesurer toujours que les résultats obtenus par quelques nations du sud-est
asiatique, n'étaient ça?,, a priori, reproductives dans un contexte de marché
solvable limité et de capitaux disponibles rares.
Mais les autorités doivent également veiller à faciliter la meilleure intégration
possible des réalités sociales dans la cohérence entrepreneuriale et non laisser
ces contraintes s'imposer à la fonction entrepreneuriale. Cette innovation sociale
doit s'accomplir dans une meilleure transparence du marché destinée à éliminer
les rentes concédées par le pouvoir et à activer au mieux le jeu entrepreneurial
dans un environnement concurrentiel. Reste alors aux entrepreneurs à analyser
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les potentialités offertes par le développement économique...

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