"Mission Prophétique et Défis Actuels"
"Mission Prophétique et Défis Actuels"
Enoncé du sujet
Dieu dans sa relation avec l’homme s’est toujours adressé à lui pour l’éduquer,
l’instruire et le ramener à l’ordre. Dans sa relation avec le royaume d’Israël Dieu utilise des
Hommes qu’il met en mission pour transmettre sa volonté à son peuple et le représenter
devant celui-ci. Dieu a toujours pris soin de préparer par une vocation ses prophètes. Par le
don de son Esprit, il les rendait apte à assurer leur mission dans le contexte de leur temps. La
mission prophétique a toujours été au centre des relations entre Dieu et Israël. Par la vocation
le prophète recevait un message à délivrer au peuple pour le consoler, l’encourager ou
l’interpeller. C’est encore le cas aujourd’hui. A l’observation, bien que les contextes soient
différents, le peuple présente des caractéristiques similaires à celui de l’époque du prophète
Ezéchiel que l’Eternel lui-même qualifie de peuple rebelle. Ce constat suggère que la mission
prophétique d’Ezéchiel et notamment sa vocation peut constituer une base de réflexion pour
l’amélioration de la mission prophétique de l’EPC. Aussi avons-nous opté pour l’étude
d’Ezéchiel 2, 1-5 ; texte de vocation du prophète Ezéchiel.
Motivations
Le constat général; l’endurcissement et même la rébellion du peuple ci-dessus relevé
peut se décliner en plusieurs points, qui nourrissent notre motivation à traiter ce sujet à
savoir :
des doctrines et des mouvements syncrétistes fleurissent. On note par exemple une
nouvelle forme de panafricanisme exclusiviste prônant le retour à l’animisme proclamée
et soutenu dans les médias.
des doctrines gnostiques et hérétiques importées fleurissent avec leurs corolaires. Elles
font de plus en plus des adeptes dans le continent noir.
l’immoralité croît et on voit légaliser des pratiques contre nature dans certains pays.
Le culte de la facilité gagne du terrain.
Une grande partie du peuple est comme aveuglée dans l’incrédulité.
Face à cette réalité, la mission prophétique de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise
connait de sérieuses difficultés car les défis qui en découlent sont nombreux et grands. Les
vocations semblent être en crise de leur pertinence.
Intérêt du sujet
L’intérêt du thème se démontre sur les plans personnel, religieux, et social.
Sur le plan personnel
1
Nous avons durant notre vie de chrétien observé les difficultés que l’Eglise connait
pour réaliser sa mission. Une expérience personnelle en tant que président de la JAPE d’une
paroisse nous a fait expérimenter toute la difficulté qu’ont, certainement à un niveau plus
exigeant, les Pasteurs à convaincre et contenir les fidèles, jeunes en l’occurrence. La même
expérience, nous l’avons faite en tant qu’aumônier paroissial de l’ACF.
Par ailleurs étant déjà au séminaire les débats télévisés des émissions à connotation
spirituelle que nous avons suivis nous ont permis de mesurer l’exigence actuelle d’une
vocation bien encadrée au sein de notre Eglise.
Sur le plan religieux
L’univers religieux explose sans limite de nouvelles églises. On serait à l’ère du boom
des religions. La guerre des religions et des religiosités est une réalité menaçante pour
l’E.P.C. Le paysage urbain est extraordinairement envahi par des nouvelles religiosités. Le
phénomène prend même les allures de lieux de détente. « Il ne s’agit plus de casinos pourvus
d’ornements architecturaux, de style exotique, mais de lieux de culte pour des communautés
dont le zèle missionnaire dépasse parfois celui des chrétiens ».1 Le peuple est départagé entre
les doctrines religieuses. « Les chrétiens sont obligés de repenser leur position, il leur
incombe de développer une apologétique plus vigilante et de faire preuve de discernement
spirituel ».2 Une bonne partie de fidèles se laissent détourner et deviennent rebelle. Le
Pasteur, acteur principal de stabilisation de la mission est appelé à user de tout son potentiel
pour se faire. L’Eglise elle-même est face à l’exigence de trouver des stratégies et méthodes
de détection de vraies vocations, de revalorisation et de pérennisation de sa mission
prophétique.
Sur le pan social
Le phénomène de croissance exponentielle des églises et des doctrines religieuses
produit un effet d’aliénation du peuple ; nombre de personnes nourrissent la haine contre les
églises dites traditionnelles parmi lesquelles l’E.P.C. Certaines personnes vont jusqu’à perdre
leur bon sens tout en pensant être mieux lotis spirituellement. Cette crise comportementale qui
part des convictions religieuses est visible dans toutes les couches sociales et est devenue une
gangrène sociale. Cet état de chose interpelle le prophète et exige de lui d’être un
missionnaire capable de présenter le message que Dieu adresse à ce peuple du présent siècle
afin de le ramener dans la foi authentique. C’est ce qui a suscité en nous un questionnement
1
S ESCOBAR, la mission à l’heure de la mondialisation du Christianisme, Editions Farel, France, 2005, P., 86.
2
Idem.
2
sur la pertinence de la vocation et l’efficacité de la mission prophétique dans ce contexte du
peuple rebelle qui n’épargne pas l’E.P.C.
Problématique
Le contexte du peuple rebelle et la stérilité du message prophétique nous ont montré
l’importance de réétudier la pertinence de la vocation et partant, l’efficacité de la mission
prophétique. La question qui se pose est la suivante : la mission prophétique garde-t-elle son
efficacité aujourd’hui ? La ressemblance de notre temps avec celui d’Ezéchiel nous a fait
retenir Ezéchiel 2, 1-5. A partir d’une étude exégétique de ce passage qui nous semble clé
pour la mission du prophète, nous tenterons de répondre aux questions suivantes :
Le prophète fait-il encore la démarcation entre sa vie et celle du peuple aujourd’hui ?
Le prophète reste-il encore convaincu du succès de sa mission ?
Peut-on dire que la persévérance prophétique est une réalité de nos jours ?
Le prophète respecte-t-il encore la mission en lui et par lui dans le statut de porteur et
transmetteur de la volonté de Dieu ?
La parole du prophète garde-t-elle encore son authenticité ?
Que faut-il faire pour maintenir l’authenticité de la mission prophétique aujourd’hui ?
Le but recherché ici est d’étudier le texte de vocation du prophète Ezéchiel afin d’y
ressortir des enseignements utiles à une réalisation plus efficace de la mission prophétique
dans l’Eglise en général et particulièrement dans l’E.P.C.
Plan de travail et méthode
Afin de répondre aux interrogations ci-dessus listées, nous avons opté pour la
démarche historico-critique de l’exégèse moderne car elle nous semble mieux outillée pour
dénicher les dits et les non-dits du texte. Le présent mémoire sera ainsi organisé en quatre
chapitres comme suit :
Le premier : Introduction au livre d’Ezéchiel. Nous étudierons dans ce chapitre, tous
les éléments qui permettent de comprendre ce livre. Le chapitre sera présenté en trois parties :
la présentation du livre ; la rédaction du livre ; les thèmes théologiques et enseignements.
Le deuxième : l’étude critique d’Ezéchiel 2, 1-5. Nous allons dans cette partie aborder
les critiques textuelles, historiques et littéraires.
Le troisième chapitre : commentaire exégétique. Il s’agit d’expliquer le texte d’étude.
Le quatrième chapitre : pistes théologiques et herméneutiques ; présentera le message
de l’auteur à ses contemporains et quelles leçons pour le prophète et l’Eglise d’aujourd’hui.
3
CHAPITRE I : INTRODUCTION AU LIVRE D’EZECHIEL
INTRODUCTION
« L’exégèse peut se définir comme la science qui consiste à faire sortir d’un texte la
signification dont celui-ci est porteur »3 pour y arriver il est nécessaire d’avoir au préalable
une bonne connaissance du livre duquel est tiré ce texte. C’est dans cette logique qu’on
procède à une étude introductive du livre d’Ezéchiel en trois points principaux à savoir : la
présentation du livre, la rédaction et enfin la présentation des thèmes théologiques et
enseignements.
3
E. BISSU et al., Initiation à l’exégèse biblique Ancien et Nouveau Testament, Yaoundé, Editions Cle, 2003,
p.,1.
4
R. SMEND, Der prophet Ezechiel, Leipzig, 1886, cité par B. Tadiman, p. 43.
5
REUSS, La Bible, trad. Nov. D.T.U, les prophètes, p., 10, cité par Zimmenti, p., 6.
4
1924 - 1950
C’est la période de la rupture réelle de l’unanimité sur la paternité d’Ezéchiel du livre.
Nombre de critiques éprouvaient comme une gêne devant ce complexe. Hoelseher concevra
« qu’un poète qui aurait eu des visions de destruction pour Jérusalem, Tyr et l’Egypte, mais
dont les activités s’arrêtaient là, il a laissé à Ezéchiel quelques 16 oracles soit environ 170
versets sur 1262 »6.
Depuis 1950
Le débat sur l’auteur du livre a continué entre les critiques. Certains comme Cooke
(1936)7 n’ont pas abandonné les positions traditionnelles bien que reconnaissant les
problèmes que soulève le livre. Certains autres ont produit des travaux allant dans le sens
inverse. Zimmerli a opté pour retrouver le noyau primitif d’oracles enrichis par les disciples
du prophète. Il est suivi dans cette logique par Wevers qui tenta de faire l’inventaire des textes
supposés émaner d’Ezéchiel lui-même. De ce débat émerge une tendance modérée qui, bien
que considérant l’unité, la date et le lieu traditionnel du livre, recherche la genèse des parties.
Ainsi sans affirmer l’unité incontestable du livre, G. Foher et Eichrodt estimaient dans les
années 50 que la discussion devait partir des données du livre.
Aussi a-t-on relevé pas moins de cinq indices qui suggèrent un seul esprit à l’œuvre
dans sa conception et sa rédaction8. Il s’agit de :
Les éléments textuels :
L’usage de la 1ère personne dans le livre, la symbolique, la préoccupation pour la
transcendance divine, il est noté qu’« on retrouve partout le même style, le même esprit très
particulier, les mêmes idées »9. Cet indice va se renforcer par la récurrence des mots tels que
idoles, employé 40 fois, des tournures de parole telles que « la main de l’Eternel » (EZ1, 3;
3,14, 22; 8,1; 33,22; 37,1; 40,1.) « j’assouvirai ma fureur » (EZ5,13; 16,42; 21,22; 24,13), « peuple
du pays » (EZ. 5,11; 14,16; 18, 20; 16,48; 17,16; 18,3; 20,3; 33,11; 27; 34,8; 35,11.) , « vous saurez
que je suis Yahvé » et beaucoup d’autres.
Le système de datation :
De la vision inaugurale à la vision finale, le contenu du livre est situé dans l’histoire
par une série de dates précises, calculées d’après l’exil de Yehoyakim (1- 2) lesquelles se
situent dans un ordre plus ou moins chronologique10.
6
B. TIDIMAN, le livre d’Ezéchiel, tome1, France, Edifac, 1985, p., 44.
7
Ibid. p., 46.
8
Ibid., p., 46.
9
Ibid., p., 47.
10
Ibid., p., 48.
5
Les chiffres récurrents :
Un examen attentif révèle que certains calculs ne sont pas superflus. La fréquence des
chiffres 4 et 7 est telle que le hasard en serait une explication peu vraisemblable.
La structure du livre :
Les commentateurs sont en règle générale d’accord sur le soin qui a présidé à la
présentation du message d’Ezéchiel. Cette unanimité s’évanouit lorsqu’il faut en distinguer
les articulations.
Ces indices, autant ils servent à renforcer la paternité d’Ezéchiel autant ils sont
discutables. Ils apparaissent parfois épars dans le livre et lorsqu’ils sont bien agencés, ils
suscitent la suspicion de « l’œuvre d’un rédacteur final »11. Cette perception trouve toute sa
pertinence dans la suite de la recherche. En effet, si aujourd’hui l’authenticité du livre est
défendue par plusieurs auteurs anglo-saxons, la recherche germanique distingue dans la
composition du livre entre une première rédaction de la main du prophète et des ajouts
ultérieurs parfois très importants dus à une école de scribes héritière de l’enseignement
d’Ezéchiel.12 Ce modèle qui demeure populaire aujourd’hui permet de retrouver dans chacune
des principales parties du livre un « noyau ézéchielien »13, tout en reconnaissant la réalité d’un
travail d’édition important. Il est démontré que les rédacteurs ont développé et commenté
l’œuvre laissée par le prophète. Il est d’ailleurs possible d’identifier dans le livre, « plusieurs
rédactions distinctes et indépendantes de la prédication du prophète »14.
En définitive, il est plausible que l’on s’aligne selon la position qui « ne croit pas que
nous devrions regarder le livre sous sa forme présente comme édité par le prophète lui-même.
Ses matériaux remontent à lui ou à ses disciples, et ils ont été utilisés par un éditeur qui a
supplié dans une faible mesure à ce qu’il ne trouvait pas dans ses sources. »15
Un travail qui a été mené en considération des destinataires.
I .1.2. Destinataires
Ézéchiel fut par excellence, le prophète des Juifs exilés en Babylonie. Vivant au milieu
des exilés, dans ce qui fut sans doute le principal centre de leur captivité à Tel-Abib, il exerça
sur eux une action directe. Il est à noter que l'Orient avait déjà recueilli et en quelque sorte
absorbé un gros effectif des Israélites des dix tribus du nord, après la ruine de Samarie, tandis
que la seconde prise de Jérusalem allait achever l'œuvre de la première, en réduisant
11
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 49.
12
T. RÖMER, J. D. Macchi, C. Nihan, Introduction à l’Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, 2009, p., 448.
13
Ibid., p., 448.
14
Ibid., p., 448.
15
A. ROBERT et A. FEUILLET (dir.), Introduction à la Bible, Belgique, Desclee et Cie, 1959, p., 536.
6
considérablement en désert la cité sainte. Dès lors, malgré les efforts de Jérémie et des fidèles
yahvistes restés en Judée, c'est principalement en pays assyro-babylonien que vont se
développer la vie nationale et la vie religieuse d'Israël, en attendant la période de la
restauration.
Cependant, l'action d'Ézéchiel ne s'est pas limitée au seul groupe des Judéens de Tel-
Abib, mais s'est étendue à toute la diaspora, désignée par lui sous ce terme général : la maison
d'Israël16 Sa prophétie sur les deux sœurs Ohola et Oholiba (Ez 23), qui fait écho à celle de
Jérémie (Jr 3 : 6ss), montre qu'il ne séparait pas dans ses préoccupations religieuses le sort des
dix tribus du nord de celui de Juda.
Par ailleurs, les conseils de Jérémie, transmis par sa lettre aux captifs (Jr. 29), étaient
suivis docilement et des maisons se construisaient ; Tel-Abib faisait figure de communauté
religieuse, groupée autour de ses prêtres et de ses prophètes ; et là, comme à Jérusalem, il y
avait prophète et prophète : (cf. Jr. 29,15). Les uns, anciens associés du temple et flatteurs de
la cour, poursuivant leur même carrière lucrative sur la terre étrangère. Les autres, dont
Ézéchiel était le vrai représentant, fidèles à l'attitude et à la doctrine de Jérémie continuaient la
lutte contre les premiers au nom de la liberté de la prophétie. L'ascendant d'Ézéchiel fera
passer au second plan et disparaître peu à peu les faux prophètes. Ainsi, le livre d’Ézéchiel est
destiné dans une large mesure à tout Israël et par extension aux sociétés contemporaines et
modernes captives de plusieurs maux.
Une œuvre aussi importante qui transcende les époques ne peut être initiée que par une
personne de forte personnalité. La connaissance du prophète lui même est donc à prendre en
compte.
16
Y. Petrakian, https://topbible.topchretien.com/dictionnaire/ezechiel-prophete.
7
variées, œuvre d’une beauté et d’une vigueur exceptionnelles 17 » cette beauté et cette vigueur
traduisent certainement le sens de l’esthétique de l’homme.
Cependant, il est perçu à première vue comme un homme sans cœur du fait de ses
dures paroles (3,1-3 ; 5,11-13) qui, au contraire de Jérémie ne trahissent pas son humanisme,
le prophète le démontra lui-même par son attachement à sa femme qui faisait « les délices de
ces yeux » (24, 16), la pitié qu’il éprouve pour les coupables dont il prononce la condamnation
(9, 8 ; 11,13) et de la souffrance des acrosomes dont il est l’objet (21, 5 ; 33,32). Ces indices
qui confirment l’humanisme du prophète sont dilués dans une perception d’homme bizarre,
anormal voir d’un dément à cause des phénomènes tels que l’extase prophétique (8, 1 ; 11, 1 ;
37,1), l’enlèvement par les cheveux (8, 3), le don de seconde vue (8, 5ss, 11, 13 ; 24, 2), les
actes symboliques (4, 1-5 ; 12, 1-20 ; 21, 24-25 ; 24, 3-24 ; 12, 18), les théophanies (1, 1ss ; 3,
12-15 ; 8 ,2 ; 43, 4), les gestes qui accompagnent sa prédication (6, 11 ; 21, 17) sa
prostration18 (3, 15) et son mutisme (3, 26). Les études faites par les psychanalystes tels que
E.C. Bloome, Hoelscher, M. Greenberg ont soutenu la thèse d’un dérèglement psychique. De
cette présentation de l’homme, on pourrait s’associer à Kittel qui dit d’Ezéchiel qu’il a deux
âmes en une poitrine relevant ainsi les contrastes de la personnalité du prophète. Ezéchiel est
un écrivain minutieux, héraut de la description et chantre du salut, extatique et logicien,
passionné et réfléchit, rêveur et réaliste, dur et pitoyable. Ce qu’il faut remarquer est que ces
différents contrastes se résolvent en une unité, celle de la vocation. En effet le prophète a
conscience d’être envoyé par Dieu à un moment critique de l’histoire d’Israël où le peuple est
partagé entre découragement et espérance. Ce moment coïncide aussi avec sa souffrance
personnelle qui le soumet à une réflexion de son destin. Un destin que traçait déjà sa
biographie.
La biographie du prophète Ezéchiel n’a pas fait objet de beaucoup d’écrits, en dehors
de quelques deux mentions dont la première se trouve dans Siracide (49, 8-9), et la deuxième
faite par l’historien Flavius Josèphe, décrivant les derniers soubresauts du royaume de Juda 19.
En l’absence d’une présentation élaborée sur la personne d’Ezéchiel il ne reste qu’une seule
source tangible, l’œuvre telle qu’elle nous a été transmise. Selon son livre, Ezéchiel est né
d’une famille sacerdotale (1-3) son père s’appelait Buzi, et était sacrificateur. Il était de la
lignée de Tsadog (40, 46 ; 43, 19 ; 44, 15-16 ; 1 R 2, 35) laquelle remontait à Eleazard 20, fils
d’Aaron. Il était de par sa naissance membre de l’aristocratie religieuse, ce qui expliquerait sa
17
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 22.
18
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 23.
19
Ibid., p., 19.
20
Le Grand Dictionnaire de la Bible, Editions Excelsis, 2004, p., 588.
8
présence parmi les exilés de 597. Le nom que le prophète reçu de ses parents est révélateur
pour son époque. Ezéchiel est étymologiquement un nom composé « Yehezqe’l est clairement
un nom formé d’un verbe conjugué à l’imparfait, Yehezqè’l exprimant un souhait pour un
nouveau-né (par le père ou la mère) que Dieu rende fort »21. Sa date de naissance reste
incertaine toutefois la « trentième année » d’Ez 1, 1 est prise par certains exégètes comme
celle du prophète. Dans ce cas, Ezéchiel serait né vers 622. Cette période correspond à
l’apogée de la réforme de Jonias, marquée par un retour à la loi mosaïque et aux valeurs que
celle-ci incarnait. Fils de sacrificateur, l’éducation qu’il aurait reçu dans ce milieu expliquerait
sa connaissance intime des lieux saints et la place accordée à la notion de la sainteté. Ezéchiel
semble donc être un homme préparé par Dieu, qui le visite souvent pour lui parler durant son
ministère. Avec Ezéchiel on a affaire à un extatique qui entre profondément dans le monde de
Dieu et participe à son dessein. Il exprime le bouleversement de sa rencontre avec le Tout
Autre par une abondance de formules prophétiques telles que « l’esprit entra en moi » (Ez 2,
2) « l’esprit m’enleva et m’emporta » (Ez 3, 12), « la main de l’Eternel fut sur moi » (Ez 3,
22), « la parole de l’Eternel me fut adressée ». Le prophète ne peut donc pas être pris pour un
détraqué.
Un homme aussi ondoyant ne peut que produire une pensée profonde qui en réalité
prend origine dans sa vocation.
21
W. ZIMMERLI, Ezéchiel, trad. Angl. Par R.E. clement, Philadelphia, Fortess Press, 1979, p., 111.
22
L. GAUTIER, vocation de prophète, Editions de la Cause, Paris, 1922, p.,13.
9
réprimande et encourage »23. Dieu qui l’envoie lui donne gage et assurance qu’il prononcera
désormais non plus sa parole mais celle que Dieu met dans sa bouche. Cette parole de Yahvé
qu’Ezéchiel est appelé à prononcer, il se l’assimile par un acte symbolique ; il en fait sa
nourriture il fait corps avec celle- ci « la parole de son Dieu devient chaire de sa chaire et os
de ses os »24. Au cœur de cet évènement extraordinaire, le plaisir qu’Ezéchiel a d’être à
nouveau si proche de son Dieu et même de s’unir à lui, fit recevoir une parole faite de plaintes
et de doléances dépeignant une situation triste, dans un sentiment de douceur sans égale. Ce
rouleau de lamentations de plaintes et de gémissements « fut dans sa bouche, doux comme du
miel » (Ez 3,3). Cependant, paradoxalement à la douceur de la présence de Dieu en lui,
Ezéchiel s’en alla, irrité et furieux « l’esprit plein d’amertume et d’indignation ! »25 Parce
qu’il mesurait la grandeur et la complexité de la tâche que Dieu lui imposait, les difficultés y
relatives et la fonction qu’il aura désormais au milieu de ses compagnons d’exil. Un effort
considérable s’impose à lui pour prendre la mesure et le dessus de ces épreuves certaines, il
resta comme « stupéfait au milieu d’eux »26 pendant 7 jours. Ayant triomphé de ses craintes
grâce à la main puissante de Dieu sur lui, il est devenu la sentinelle appelée à veiller sur la
maison d’Israël. Son mandat consiste à « avertir le pécheur qui s’obstine aussi bien que le
juste qui se relâche »27. Une vocation pour une mission à temps et à contre temps au cœur de
l’animadversion de son entourage. Ezéchiel l’a accepté a parfois enduré des épreuves comme
homme mais a toujours bénéficié du soutien de Dieu qui a enrichi sa pensée.
Bien que n’ayant pas comme Jérémie, vécu les événements dramatiques de la
destruction de Jérusalem, Ezéchiel s’inscrit dans la continuité de sa pensée. Dans ses visions il
est actif ; se déplace (8 - 11 ; 40 - 42), participe (37, 7 - 10). Cette prédication active par des
gestes laisse transparaitre une pensée puissante, réfléchie et cohérente qui a valu à Ezéchiel
une place non négligeable dans le judaïsme. Il en a reçu le titre de « père du judaïsme post
exilique »28. La pensée d’Ezéchiel est d’autant plus intéressante qu’elle ponctue et relie deux
époques sensibles : d’une part celle du judaïsme préexilique avec la royauté, l’indépendance
politique et son alliance chronique avec les pratiques païennes et d’autre part celle de l’exil
marquée par la fin de la royauté, la vassalisation politique et la guérison du péché d’idolâtrie.
23
Ibid., p., 14.
24
L. GAUTIER, vocation de prophète, Editions de la Cause, Paris, 1922, p., 14.
25
Ibid. , p., 16.
26
Ibid. , p., 16.
27
Ibid. , p., 17.
28
B. TIDIMAN, op.cit., p., 27.
10
La pensée d’Ezéchiel englobant ces deux grandes étapes, on décèle chez lui à la fois les
relents d’un conservateur et d’un novateur.
29
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 28.
30
Ibid. , p., 28.
11
Ce caractère d’encrage dans le traditionnel message prophétique et d’introduction des
idées novatrices s’inscrit dans un contexte bien précis et détermine le but du livre.
I.3.1.1.contexte historico-politique
« Le rouleau ou livre prophétique surgit et s’élabore au cœur de l’histoire concrète et
mouvementée d’Israël et de Juda »33. C’est dans le deuxième livre des Rois et dans la
deuxième partie des Chroniques que la Bible retrace l’arrière-fond historique de ce que le
livre.
En effet, en 721 av. J. - C., le royaume du Nord (Israël) disparaît après la destruction
de sa capitale Samarie par les troupes assyriennes. Vingt ans plus tard, celles-ci envahissent la
Philistine et menacent Jérusalem, capitale de Juda, le royaume du Sud. Mais bientôt mis en
difficulté dans son propre pays, Sennachérib, roi des Assyriens, doit lever le siège 34.Il faut
également tenir en compte des bouleversements politiques liés à la position stratégique de la
région palestinienne35.Cette région à pouvoir a constitué le centre de la lutte politique. Les
trois grandes puissances de l’époque à savoir l’Egypte, l’Assyrie et Babylone se disputaient
l’hégémonie du grand territoire syro-palestinien. Au VI e siècle avant notre ère, Babylone
ayant réussi à éclipser l’Assyrie restait avec l’Egypte les super puissances. L’Egypte connut
un regain de puissance sous l’impulsion du Pharaon Neco. Cependant, Babylone au fait de sa
puissance utilisait la Palestine et les états environnants comme « des Etats tampon contre
l’influence égyptienne »36, Nabucadnessar imposa une nouvelle orientation politique et
militaire à Juda. Mais en 588 Av. J.-C., le roi Sédécias (2 R 24, 17) sous l’influence de hauts
dignitaires de son régime et de la résistance dégagée par l’opinion publique refusa d’exercer
31
Dictionnaire Larousse poche 2018, Paris, Larousse, 2017, p., 176.
32
Ibid., p., 176.
33
F. De HAES, Le rouleau d’Ezéchiel Nouvelle traduction annotée, Belgique, Éditions Jésuites, 2019, p., 11.
34
E. DIPEDE et A. WENIN, Aux origines du Jardin d’Éden: de la Genèse à Ézéchiel, in Graphè 17, 2008, pp.
39 - 42.
35
D. LANE, Roi dans la tempête, Edition euro presse, France, 1989, p., 28.
36
Ibid.
12
comme vassal babylonien (2 R 24, 20). Ce qui eut pour conséquence l’assaillissent de
Jérusalem en 587 Av. J.C. par l’armée babylonienne qui mit fin à la dernière royauté
davidique et salomonique. Sédécias fut déporté après qu’on lui eut crevé les yeux. En même
temps, « l’élite de la nation avait été déportée à Babylone afin d’éviter les possibilités de
révolte. »37Sédécias fut remplacé par Gédalia comme gouverneur babylonien (2 R 25, 6-23 ;
Jr40, 7 ; 41, 18)
La situation historico politique ainsi présentée met en exergue l’instabilité
internationale du Proche Orient ancien. Juda placé géographiquement entre les grandes
puissances mésopotamienne et égyptienne ne pouvait échapper aux conflits qui les opposent.
De ce point de vu, l’exil babylonien en n’en est qu’une conséquence.
Toutefois, une lecture essentiellement historico-politique de la survenu de l’exil serait
mitigée car la relation des rois avec Adonaï était déterminante dans la vie du peuple. Le
contexte religieux est donc à prendre en compte.
37
D. LANE, Roi dans la tempête, Edition euro presse, France, 1989, p., 30.
38
F. BEANZOUI, Op.Cit., p., 5.
39
E. CHARPENTIER, Pour le livre de l’Ancien Testament ; Edition du Cerf, Paris, 1992, p., 55.
40
J. M. ASSURMENDI, Ézéchiel, dans Cahiers Évangile, 38, 1981.
41
G. LE GRAND, Homélies sur Ézéchiel, Texte latin, introduction, tra-3. Traduction et notes par Charles Morel
S. J. vol. 1, Cerf, coll. Sources chrétiennes 327, Paris, 1986, p. 283.
13
Le roi Josias suite à la découverte du livre de la loi dans le Temple (2 R 22 ; 23, 25),
revint sur la logique d’Ezéchias. Il fit une réforme religieuse qui permit la conciliation des
deux traditions : celle du Nord appelée Elohiste, et celle du Sud appelée Yavhiste en une seule
tradition appelée deutéronomiste. Après la mort de Josias, cette réforme qui avait renforcé le
zèle religieux en Israël fut négligée sous le règne de Yéhoyakim et Sédécias fut pris dans
l’étau du statut de vassalité de Juda à l’égard des puissances égyptienne et babylonienne. Le
peuple s’accommoda à la vie religieuse des puissances dominatrices et adopta le syncrétisme
religieux. « Les alliances successives s’accompagnaient de sacrifices aux dieux des peuples
vainqueurs ou amis… quantité de gens à Jérusalem ne pensaient pas manquer aux égards dus
à Yahwe en honorant Tammouz ou astarté »42
Cette situation s’empira avec la déportation de leaders religieux en Babylone. A
l’époque d’Ezéchiel les hommes de second plan, moins nantis et moins engagés
religieusement occupaient le pouvoir à Jérusalem. « Ces gens, de petite capacité et aux
convictions opiniâtres, s’imaginaient à l’abri de tout mal ultimement, puisqu’Israël était le
peuple de Dieu et que le temple se dressait toujours à Jérusalem »43. La conviction d’être un
peuple privilégié et protégé de Dieu animait le peuple. Plusieurs événements de l’histoire les y
encourageaient ; après la destruction de Samarie, l’armée Assyrienne avait assiégé Jérusalem.
Mais sous la direction d’Ezéchias la ville résista et le prophète Esaïe promit que les
envahisseurs ne pouvaient déstabiliser la ville de Dieu, ni ses habitants. Un commentateur dit
« du soir au matin, l’ennemi avait disparu laissant au peuple l’assurance de la faveur divine
et du miracle de sa délivrance »44.
Les juifs, en considération du passé, avaient ainsi la certitude que Dieu ne permettrait
à personne de profaner sa ville. Pourtant la réalité était la dégradation considérable de la
fidélité à Yahvé par le peuple et la classe dirigeante qui vivait dans le syncrétisme et même
l’incrédulité. « Sans aucune conviction et tolérant pratiquement toute croyance, la nation
avait perdu son fondement. Le crime, la violence et la corruption […] traversaient toute la
société de façon croissante »45. A cause de cette vie religieuse dévalorisée, Jérusalem la ville
de l’espérance de l’unité nationale, politique et religieuse fut à la reddition durant laquelle les
habitants furent massacrés, le temple fut détruit et les rescapés déportés en Babylone. Cette
reddition de Jérusalem mis fin à la vaine espérance de Juda ainsi qu’à son existence politique.
42
J. STEINMANN, Le prophète Ezéchiel et les débuts de l’exil, Ed. du Cerf, Paris, 1953, p., 20.
43
D. LANE, Op. Cit., p. 30.
44
Idem.
45
Ibid., p., 31.
14
Cependant, étant en exil à Babylone, le peuple reçu du prophète Ezéchiel, envoyé par Yahvé,
une nouvelle ligne de conduite religieuse, dont le but était sa revalorisation et sa libération.
46
B.TIDIMAN, Op. Cit., pp 38-39.
47
Op.Cit., p., 37.
48
Idem.
49
P. de BENOIT, Op.Cit., p., 8.
50
Ibid.,p.,1205.
15
évidence son message s’adressait en premier lieu à eux comme peuple de Dieu pour lequel
Ezéchiel voulu préparer un renouveau spirituel et moral en dénonçant ses péchés avec une
sévérité impitoyable et en étant sentinelle. Le but du livre d’Ezéchiel est donc au-delà du
réveil national et spirituel d’Israël, la proclamation du pardon au pécheur repentant et la
purification du peuple à qui Dieu donnera un cœur nouveau, et mettra son esprit en lui (36,23-
27). En ce temps la gloire de Yahvé reviendra au milieu de toux ceux qui lui appartiennent et
qui constituent son peuple.
16
Si le lieu de rédaction semble correspondre au lieu de l’exil à Tel-Aviv le débat sur la
date a concerné nombre de parties du livre et a permis de se rendre compte d’un processus de
modification progressive du livre à partir d’un corpus écrit par Ezéchiel. Ainsi Ezéchiel aurait
écrit la première partie entre 593 et 571. Par la suite plusieurs rédacteurs auraient intervenu à
des dates différentes jusqu’au 4e siècle AVJ.C.
57
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 65.
58
T. RÖMER, J. D. MACCHI, C. NIHAN, Op. Cit., p., 443.
17
La deuxième partie comprend les chapitres 33 à 48. Il s’agit des oracles sur la
restauration de Jérusalem et de Juda. Les chapitres 33 à 39 contiennent les oracles sur la
restauration du peuple et du pays. Les chapitres 40 à 48 présentent les dernières visions sur la
restauration du temple du prince du pays.
59
B. TIDIMMAN, Op.Cit., p., 63.
60
Idem.
61
T. RÖMER, J. D. MACCHI, C. NIHAN, Op.Cit., p., 446.
18
Il est vérifié que « comme tous les grands prophètes, Ezéchiel manifeste une
prédiction pour la poésie comme véhicule de sa pensée »62 le chant de l’épée en est un
exemple (21,13-22).On y trouve la complainte ou la lamentation. On en dénombre pas moins
de six (19,1ss ; 26,17-18 ; 27,3-9 ; 28,12-19; 32,1-16 ; 32,17-32 ; 32,36), Les visions ;
apparition de la gloire divine au temple (1,1-3,15), départ de la gloire (8,1-11,24), vision des
ossements (37,1-14), entrée de la gloire dans le nouveau temple (40,1-48,35), les énigmes ;
Elles rapprochent les visions de la vie terrestre. On y relève quatre : le bois de la vigne
(15,1ss) les deux aigles et le cèdre (17,1ss) les lionceaux et la vigne (19,1ss) et l’incendie de
forêt (21,1-4).
19
1- Invitation, à écouter (v. 3) : « Fils d'homme, tiens-toi sur tes pieds, je te parlerai»
2- Premier accueil (v. 2) : « ... dès qu’il m’eut adressé ces mots, l’esprit entra en moi et
me fit tenir sur mes deux pieds... ».
3- L'ordre de mission (v. 3-5) : «... je t'envoie vers ... (v. 3) ... je t'envoie vers eux ... et tu
leur diras : Ainsi parle le Seigneur Yahweh » (v. 4). On a donc les caractéristiques
classiques de l'envoi et du message qui est à communiquer à ceux auxquels il est
envoyé, non pas un message personnel, mais le message de Dieu. 64 (2, 8 ; 3, 3).
Comme dans le cas de Jérémie, il y a reprise de sa mission (3, 4-11).
III.2. Le jugement
C’est l’un des thèmes centraux du livre. A titre indicatif au chapitre 23,36-49 Dieu, par
la bouche d’Ezéchiel prononce le jugement de Juda et d’Israël en ces termes « parce que tu
m’as oublié, parce que tu m’as rejeté derrière ton dos, supporte aussi le poids de ton infamie
et de tes prostitutions » (23,35). L’inculpation que prononce le prophète contre ces villes
passe du domaine de l’effusion de sang liée à l’adultère qu’elles ont commis avec leurs idoles,
au point même de sacrifier leurs fils, à la souillure du sanctuaire et à la profanation du sabbat.
(23,37-38). Dieu utilise vraisemblablement les assyriens et les babyloniens pour juger
Samarie et Jérusalem. Le langage sexuel abominable de ce chapitre traduit « la manière dont
Ezéchiel et Dieu veulent faire entendre leur message »65 de condamnation d’une conduite
exécrable et souillant du peuple d’Israël. L’idolâtrie et l’infidélité sont réprimées par Dieu.
Cette réprimande, Israël et Juda l’ont vécu.
III.3. La restauration
Elle concerne d’abord la terre promise. Le peuple qui a été brisé et chassé de son pays
reçoit la promesse de guérison, de restauration et de retour sur la terre ancestrale. Ezéchiel
promet la restauration de son peuple par l’Eternel lorsque le peuple reconnaîtra son péché.
Son message porte des fruits lorsque le peuple reconnait que « nos crimes et nos péchés sont
sur nous, et c’est à cause d’eux au nous sommes frappés de langueur ; comment pourrions-
nous vivre ? » (33,10) Dieu lui-même se déclarera berger d’Israël, promettant de « rassembler
lui-même les brebis dispersées et de prendre soin d’elles »66. Il annonce aussi un temps de
paix sous un chef davidique. Par là il ressort bien que Dieu n’aime pas la mort du pécheur
mais désir sa repentance afin qu’il le sauve de son péché.
64
W. VOGELS, Op. Cit., pp., 1-10.
65
Commentaire biblique contemporain, France, Edition Farel, 2008, P., 1027.
66
Ibid., P., 1040.
20
Conclusion
Le présent chapitre intitulé introduction au livre d’Ezéchiel, a permis d’avoir des
renseignements sur la question de l’auteur, de la personne du prophète, de sa période
prophétique, de la date et lieu de rédaction, des destinataires, des genres littéraires, du but, de
la théologie, de la composition et enfin du plan du livre. L’ensemble de ces points donne le
préalable ; compréhension globale du livre, pour une meilleure poursuite de l’étude. Le
chapitre suivant, s’intéresse principalement à la critique d’Ezéchiel2, 3-5 qui est le texte en
étude.
21
CHAPITRE II : ETUDE CRITIQUE D’EZECHIEL 2 :1-5
INTRODUCTION
Parmi les nombreuses méthodes qui font partie de l’exégèse moderne on a choisi pour
cette étude l’approche diachronique génétique, compte tenu de ce qu’elle rentre aux sources
du texte, à la genèse.67 Cette approche a plusieurs avantages 68, ce qui explique qu’elle ait été
préférée à d’autres pour l’étude de ce texte. Dans ce chapitre, on aura tour à tour la critique
textuelle, la critique historique, enfin la critique littéraire.
I. CRITIQUE TEXTUELLE
Il est voulu dans cette partie du chapitre d’établir le texte de notre travail ce qui
s’appelle la critique textuelle. On a deux (02) buts : le but principal c’est d’avoir à notre
possession le texte le plus proche de la Vorlage c’est-à-dire du texte reçu le plus original
possible si on ne peut pas atteindre un tel texte, les leçons qui se trouvent dans le texte reçu
actuellement seront adoptées, tout en soulignant comment d’autres anciennes traditions ont lu
le même texte sur ces endroits.
A cet effet, on utilisera la BHS 69, qui est basée sur le Codex de Leningrad B19 a et que
les spécialistes considèrent comme le manuscrit le plus ancien connu contenant l’intégralité
de la Bible Hébraïque.
I.1.La collation des témoins, explication des variantes et choix des leçons
Le texte d’étude a cinq versets. Il est constaté que le verset 1 ne présente pas de
problème textuel. Les quatre autres neuf (09) problèmes textuels. Le premier verset sera donc
adopté comme tel selon le texte massorétique. Les autres seront traités avec une démarche qui
associe les éléments de critiques externes, à ceux de la critique interne, particulièrement pour
les problèmes textuels qui apportent un élément nouveau à la bonne compréhension du texte.
Verset 2
Selon la note a-a le problème est sur les mots ַּכֲא ֶׁש ר ּךֶבר ַאֵלי
67
E. BISSU et al, Op. Cit., p., 33.
68
O. MAINVILLE, La ville au creuset de l’histoire, Montréal, Médias paul, 1995, p., 10.
69
Biblia Hebraïca Stuttgartensia, Edito Funditus Renovata, 1967.
70
N ph., SANDER, I. TRENEL, Dictionnaire Hebreu Français, Genèsve, Slakine Reprints, 1979, p, 115.
22
ּֽכ: particule relative : que qui, afin que71
ּךֶבר: parfait Piel72 racine verbale ךברa le sens de parler à quelqu’un 73 avec le Piel, prend le
sens de ordonner
ֵא ֵליPréposition ( )ֵא לayant pour signification fondamentale : vers, en direction74 avec le
suffixe : qui symbolise la 1ère personne du singulier (me, moi, je) selon le TM reçu cette
expression peut se traduire : « lorsque ou après qu’elle m’eut ordonné ». Cette phrase manque
dans la version grecque de la septante, l’éditeur suggère que c’est un ajout.
Le texte comportant cette phrase semble plus explicatif et plus long même si nous
n’avons pas des indications sur des manuscrits qui n’ont pas cette phrase. On note que les
règles de la leçon la plus courte et de la leçon la plus difficile sont en faveur de l’éditeur qui
pense que c’est un ajout. En plus la suppression de cette phrase ne modifie pas le sens de la
phrase. Nous optons pour la suppression de cette phrase. Selon le TM reçu le verset 2
commence par « un esprit vint sur moi ».
Verset 3
Selon la note a : le problème se pose sur ֶא ל־ְבֵני: Il s’agit d’un groupe de mots, dont
le premier : ֶא לà l’état absolu est une préposition, démontrant la direction (vers, auprès de).
Le deuxième mot : בניest un substantif masculin pluriel dont le singulier est ֵבןétat
construit. Tout cet ensemble est traduit par : « auprès des fils de », « vers les fils » de selon le
TM. En revanche selon la septante à la place de cette expression elle a plutôt TOV OIKOV
c’est-à-dire « la maison de » selon Ezéchiel 35, 5 ; 37,21 ; 43,7 ; 44,9, 15. Or à ces passages,
il est aussi question de fils d’Israël au lieu de maison d’Israël.
La version de la LXX l’a lu ainsi en voulant expliquer que la maison en question est
une métaphore qui signifie75 ici « fils d’Israël ». La leçon du de la Septante semble plus
explicite. Même si la version de la LXX ne bouleverse pas la compréhension du passage, nous
retenons la leçon du texte massorétique car la règle de la leçon la plus difficile est de son côté.
71
P. REYMOND, Dictionnaire d’Hebreu et d’Amaméen Bibliques, Genève, Cerf/Biblio, 2007, p, 89.
72
Ibid., p., 34.
73
Ibid., p., 34.
74
J. D.MACCHI, Hébreu biblique vocabulaire de base, Genève, Unige, p., 6.
75
W.GESSENUIS, E. ROBINSON, Hebrew and English lexicon of the old testament, clarendonpress: oxford,
1906, p., 39.
23
l’expression selon le TM est « auprès des nations » ou « vers les nations », or la version de la
LXX n’a pas ce groupe de mots. L’éditeur suppose que c’est probablement un ajout.
En revanche la version syriaque utilise plutôt 76 ici un singulier « vers la nation »
comme dans le texte majoritaire hébreu. La septante présente une omission involontaire et la
règle de la leçon la plus difficile est du coté du TM. Nous maintenons le TM.
Selon la note c le problème se pose sur le mot ׇ͘͘͘͘פְשּׁ עּּובׅי: Parfait qal 3e personne pluriel
de la racine ָפַשּׁ עsignifie se révolter, se rebeller77 suivi de la préposition « ְּבDans, contre,
chez, en » plus le pronom personnel, moi, je (1ère personne, masculin singulier). On obtient
selon le texte massorétique : se sont révoltés contre moi
Cette expression ou groupe de mots ici manque dans la version première main, mais
dans la LXX après on remarque cette précision. La septante a ainsi corrigé l’omission de la
version première main pour se conformer au texte massorétique plus proche de l’original.
Nous gardons le TM
Verset 4
Selon la note a-a le problème se pose sur le mot ְוַהָּב ׅנ ים
Ce mot est composé de ְו: conjonction de coordination (mais, ou, et, or, car) ou de
subordination (alors, ensuite, puis), ַה: article défini (la, le, les), ׇּב ׅנ ים: substantif masculin
pluriel état absolu de ֵבן
On obtient « et les fils » ou « alors les fils » car ְוest à la foi conjonction de coordination ou de
subordination. Notons qu’ici c’est mieux de le prendre comme conjonction de coordination.
ְקֵשּׁ י: adjectif masculin pluriel, état construit de la racine verbale ָקַש ה: être dur,
sévère, rebelle, obstiné.
ָפ ׅנ ים: substantif pluriel, état absolu de la racine verbale ( ָפַנהse tourner sur soi), signifie
face, figure, visage, présence, soi-même78
ְו ׅח ְזֵקי־ֵלב: ce mot est composé de ְוconjonction de coordination, ׅח ְזֵקיsubstantif
masculin pluriel état construit suivi d’un suffixe 1ère personne masculin singulier ayant pour
racine verbale ׇח ַזקsignifie être ou devenir dur, fort, être obstiné, endurcir
ֵֵלב: substantif masculin singulier :
ֲא ׅנ י: pronom personnel, masculin, singulier (moi, je)
שׄוֵלם: participe actif, masculin singulier, racine verbale ׇש ַַלהsignifie : envoyer
76
W.GESSENUIS, E.ROBINSO, Op. Cit., p. 157, utilise les mots nation people, community.
77
Ibid., p., 635.
78
B. DAVIDSON, analytical Hebrew and chaldee Lexicon, Grand rapids Micican, 1970, p., 626.
24
אׄוְת ָד: mot composé de אׄותet de אׄות . ׇך: signe de l’accusatif venant de ֵא תou
ֶאתsigne d’accusatif, pour la précision et l’insistance, à ne pas confondre avec ֵא תou ֶא תת־
qui est une préposition et qui signifie avec
ׇך: Pronom personnel, 2e personne, masculin singulier (toi, te) « je t’envoie »
: ֶא ֵליֶהםmot composée de ֶא לproposition plus fréquent à l’état construit ֶא ל־de ֶא ל.
Ici elle est à l’état construit sans maqqef parce qu’elle est directement liée avec le mot suivant
par une voyelle de liaison de l’état construit ( ֵיséré yod).
ֵהם: pronom personnel masculin pluriel ; « eux », « ils »
ֵא ל: Indique la direction « vers », « auprès », « à » …
ְוׇא םְוַׇּת: imparfait qal + suffixe 2e personne masculin, singulier du verbe ׇא ַםוqui
signifie dire, parler.
ֲא ׄך ׇנ י: ֲא ׄך ׇנ יְיהׇֺו הest substantif masculin singulier de « ׇא ׄווmonsieur, majesté » quand
il s’agit de Dieu se traduit « Seigneur ». ְיהׇֺו ה: tétragramme divin, nom propre de Dieu.
L’ensemble fait : « Seigneur Dieu ». Ces fils au visage obstiné et au cœur endurci, je
t’envoie vers eux.
Tout cet ensemble est absent dans le manuscrit premier main, voire dans toute la
septante. De deux choses l’une, soit que les copistes et traducteurs de la LXX en utilisant la
vorlage ont sauté involontairement cet endroit, soit que c’est une correction volontaire, les
traducteurs en question ayant trouvé bon que cela ne bouleverse pas la compréhension du
passage, que c’est une répétition de trop. Nous maintenions à cet effet le TM.
Verset 5
Selon la note a le problème se pose sur : ְוֵהׇס ה: mot composé de la conjonction de
coordination ְוet de הֵׇס ה: pronom personnel masculin pluriel de ( ֵהםeux, ils) avec un ה
d’insistance ou paragogique. Ce mot est absent dans la LXX. On ne peut que passer par des
conjectures79 à cet effet nous retenons le TM
Selon la note b le problème se pose sur ם־ֶיְחׇך לּר ְו ׅאmot composé ainsi :
La proposition ְוla conjonction ou pronom ׅא םor la septante a plutôt θρηνοςvoς qui
signifie « lamentation funèbre »80 qui correspond en Hébreu par ּקיׇנ הet a la même
signification. Or ֶיְחׇּך לּר: imparfait qal, 3e personne masculin pluriel de la racine ׇח ַךל
signifiant abandonner, décliner, omettre81. Pour la LXX on la traduction suivante « et s’ils ne
79
WILLIAM GEVENUIS, Op.Cit., at, pp., 49-50.
80
F.CARREN, F. MOREL, Dictionnaire Français du N.T., Delachaux et Niestle Cerf, Paris, 1980, p., 119.
81
GENENUIS, Op. Cit., p., 248.
25
se lamentent pas ».Les traducteurs modernes préfèrent harmoniser « s’ils écoutent et s’ils
n’écoutent pas ».La LXX a préféré s’en tenir dans la variation des verbes, ce qui est pareil
pour le TM, on peut dire que la LXX veut rendre ce dernier sens plus fort que le premier. Or
écouter (Shamah) en Hébreu signifie aussi obéir.
Nous gardons ce verbe en rejetant de le prendre comme un nom, comme le fait la LXX
Le TM se traduit « ou s’ils n’écoutent pas » (ou ne lamentent pas) la LXX peut se traduire «
ou s’ils ne font pas la lamentation »).
La LXX et la version syriaque ont à la place de ( ֶיְחׇּך לּרdéjà analysé) πτοηθώσί elle
a l’équivalence de ce verbe dans sa construction en aoriste mais particulièrement ici il
correspond au nom passif : lamentation, pleurs funèbres etc. venant de πτοεωω : effrayer,
terrifier82.
Selon la note c le problème se pose sur ַהׇי ה parfait qal 3e personne du masculin
singulier : « être devenir, avoir » etc selon le TM, mais la LXX et la syriaque ont lu ַאׇת הqui
est un pronom personnel, 2e personne masculin singulier « toi »
Selon le TM, « ils sauront qu’un prophète est au milieu d’eux ». Selon la LXX, « ils
sauront que tu es un prophète au milieu d’eux »83. La nature de la LXX est plus directe,
simple et clair et explicative. Nous gardions le TM.
82
Harold K Moulton: the Analytical Greek Lixicon, Devise Reginay, Zondervan Michigan, 1990, p., 356.
83
F. CARREN, F. MOREL, Op. Cit., p., 214.
26
Verset 5 : alors qu’ils écoutent ou n’écoutent pas car c’est une engeance de rebelles, ils
sauront qu’un prophète est au milieu d’eux.
84
F. CARREN, F. MOREL, Op. Cit., p., 214.
85
H. CAZELLES, Introduction à la Bible Edition nouvelle Tome II, Paris, Desclee, 1973, p. 414.
27
situé avant la chute de Jérusalem en affirmant qu’ « un rédacteur exilique aurait retravaillé
profondément l’œuvre vers 573 »86 . Le fait que plusieurs exégètes ont soutenu cette position
n’a pas empêché l’exégèse traditionnel de se maintenir et même de marquer des points avec
des chercheurs comme O. Essifeldt (1934), G.A. Cooke (1936), Ziegler (1948), G. Foher
(1952) H. Rowley (1953) et bien d’autres qui ont conclu en une seule voix « je placerais le
ministère d’Ezéchiel tout entier en Babylonie, dans la période immédiatement avant et après
la chute de Jérusalem ». En effet, quoique tous les critiques sont unanimes que le message
d’Ezéchiel soit orienté vers Jérusalem, cela ne peut étonner car il est normal qu’Ezéchiel, un
exilé, pense plus à son pays natal qu’à la terre où il se trouve contraint de demeurer en
déporté. En outre l’absence de prophéties contre Babylone mais la présence plutôt d’une
saveur babylonienne de certaines expression ou pensées sont significatives.
Ce débat sur la date et lieu de rédaction du livre d’Ezéchiel aboutir à retenir que
Ezéchiel aurait rédigé une partie de son livre, certainement ses visions, dont celle du chapitre
2 en étude, dans l’année 593 avant J.C étant en exil à Babylone.
28
Ezéchiel a connu une période de décadence tant politique d’Israël et de Juda. Elle-
même due à la rébellion du peuple vis-à-vis de Yahuweh, sous l’encouragement de
Yehoyaqim fils incrédule de Jonas.
Malgré les rappels à l’ordre de Jérémie et d’Ezéchiel le peuple a sombré dans
l’idolâtrie y compris les déportés de Babylone partant l’Exil est la conséquence du péché du
peuple. Ce développement montre bien l’encrage historique du texte en étude.
29
l’époque de l’esclavage Egyptienne. Le fait monothéiste émaille l’histoire d’Israël avec les
textes yahvistes, élohistes et sacerdotaux depuis l’exode. Ce fait religieux est indubitablement
une illustration de décadence religieuse en Juda. Décadence qui selon le prophète est à
l’origine de la décadence politique.
Les faits relevés ci-dessous ayant été effectivement vécus en Juda et dans la
communauté des déportés de Babylone, il est indéniable que le texte en étude a un encrage
historique véritable.
A partir de la critique textuelle on se rend compte qu’il est difficile d’aboutir à des
conclusions sans procéder à la critique interne du texte. Pour avoir des arguments de critique
interne, il faut tenir compte du vocabulaire et de la grammaire.
90
J. A. SOGGIN, histoire d’Israël et de Juda, Bruxelles, Editions Lessius, 2004, p., 293.
91
Ibid., p., 293.
92
D. LANE, Op. Cit., P. 7.
30
annonça sa mission qu’il exercera jusqu’à sa mort. Il a vécu presque un quart de siècle en exil,
en Babylonie, où il est probablement décédé 93 ce qui fait de lui, avec Jérémie et le deutéro
Esaïe, les principales figures prophétiques de la période exilique. C’est donc l’ensemble de
ses prophéties décernées qui constituera le livre qui est à notre portée. Le texte en étude est un
extrait de l’une des visions prophétiques notamment celle pendant laquelle le prophète reçoit
son ordre de mission de l’Eternel.
93
Ibid, P., 86.
94
Ibid., p., 7.
95
Ibid., , p., 7.
96
Ibid., , p., 7.
97
D. LANE, Op. Cit., p., 8.
31
Ezéchiel. Il vit la lumière au sein de l’obscurité preuve que les nuages noirs ne sauraient être
la fin du royaume de Juda. La nuée pouvait temporairement obscurcir le soleil mais non
l’éteindre. Dans ce théâtre, Ezéchiel vit des serviteurs angéliques, un char de guerre
extraordinaire avec des roues remarquables ne ressemblant à aucune invention de l’homme, ni
dans la construction ni dans le fonctionnement. La grandeur de Dieu est témoignée par
Ezéchiel. Le mouvement des anges et leur extrême rapidité, l’étendu majestueuse du ciel
laisse voir à Ezéchiel la toute-puissance de Dieu. Cette grande vision constitue le cadre
cosmique dans lequel Dieu dévoile à Ezéchiel sa mission telle qu’elle ressort de notre texte.
98
A. ROBERT, A. FEUILLET, Introduction à la Bible, Belgique, Desclee 10 Tournoi, 1959, P. 123.
99
M. BAUKS, C. NIHAN, manuel d’exégèse de l’Ancien Testament, p., 100.
32
formels qui le distingue d’autres genres au contexte thématique souvent assez proche. »100 On
procédera, pour arriver à ressortir les genres littéraires du texte, analyser les formes en
présence afin d’identifier dans une unité textuelle, une structure globale, qui corresponde à un
genre littéraire précis.
Dans le texte en étude on retrouve les formules telles que ַאּ ֹךַּניֺּכהַאַמ ר ; ainsi parle le
Seigneur. Cette formule est caractéristique du discours prophétique et précisément de l’oracle.
La structure de cet oracle dans le texte est la suivante :
a) L’introduction.
Elle présente les éléments d’une introduction de l’oracle de malheur à savoir :
Les mots introductifs « il me dit fils de l’homme, je t’envoie vers les enfants d’Israël. »
L’exposé des reproches « vers ces peuples rebelles, qui se sont révoltés contre moi »
Le réquisitoire « eux et leurs pères ont péché contre moi jusqu’au jour même où nous
sommes. Ce sont des enfants à la face impudente et au cœur endurci. »
100
Ibid, p., 101
101
Ibid, p., 114.
102
S. AMSELER et al, les prophètes et les livres prophétiques, paris, Desclee, 1985, p., 202.
33
En ce qui concerne le texte précèdent, il traite de la première vision d’Ezéchiel c’est
pendant celle-ci que Dieu apparaît pour la première fois à Ezéchiel hors de Jérusalem et
surtout du Temple. « La mission à laquelle Dieu appela Ézéchiel se fondait sur l’étonnante vision du
premier chapitre de ce livre. Dieu n’allait pas envoyer son prophète sans lui montrer pleinement sa
grandeur et sa gloire ».103Ezéchiel témoigne ainsi la gloire de Dieu et de sa majesté avant de
recevoir son appel et surtout sa mission au chapitre deux, dont le texte en étude fait partie. Le
début « il me dit » est d’ailleurs la suite de la dernière phrase du texte précédent à savoir « …
j’entendis une voix qui parlais ». On se rend bien compte que le texte en étude est la suite du
texte précèdent. Il est la suite de la vision du 1er chapitre.
De même le verset 6 qui fait suite au dernier verset du passage est la suite des
consignes qu’Adonaï donne à Ezéchiel pour l’exercice de sa mission au milieu d’un peuple
rebelle. « En annonçant cette parole de Dieu, Ézéchiel avait de bonnes raisons de craindre pour sa
sécurité. En lui disant ne les crains pas, Dieu tenait compte de ce problème ; il fallait prêcher quand
même »104. Même Sion sait que le prédicateur doit chercher à réconforter ceux qui sont affligés et
parfois à affliger (en quelque sorte) ceux qui sont « à l’aise »105, il n’en demeure pas moins que, quand
on annonce la vérité de Dieu, il y aura de l’opposition (Ga 4.16). Dieu n’allégeait ni sa vérité ni la
difficulté de la tâche d’Ézéchiel ; mais il offrait à son prophète une force et un encouragement
(cf. 3.8-11, 22-23), car la tentation serait grande de craindre un peuple qui le piquerait comme
des épines et comme des scorpions. De cette situation des textes précédant et suivant de notre
texte en étude on peut se rendre compte que ce dernier est lié à ces deux textes.
103
D. PETRILLO, Appel d’Ézéchiel (1ère partie), vérité pour aujourd’hui, 2007, p., 1.
104
Ibid., p., 2.
105
Ibid.
106
B. TIDIMAN, Op. Cit., p., 54.
107
Ibid., p., 53.
34
2 : « tenir debout », Verset 3 et 4 : « je t’envoie vers », Versets 3 et 5 : « nations des
rebelles ».
Par ailleurs, le texte présente trois grands mouvements ainsi qu’il suit :
I- L’ENTRETIEN D’EZECHIEL AVEC DIEU (V1, 2)
I.1. L’interpellation d’Ezéchiel (V1)
I.2. La réception de l’esprit de Dieu par Ezéchiel (V2)
I.3. L’écoute de la parole de Dieu
II- L’ORDRE DE MISSION D’EZECHIEL (V3, 4a)
II.1.L’ordonnateur de la mission.
II.2. L’envoie en mission
II.3. les bénéficiaires de la mission
III- LA REVELATION DE LA MISSION A EZECHIEL (V4b, 5)
III.1. La communication du message à Ezéchiel
III.2. La préparation d’Ezéchiel à la résistance du peuple
III.3. L’écho du message d’Ezéchiel
Cette division en mouvements constitue la structure retenue pour la suite de l’étude.
Conclusion
L’étude critique du texte a permis d’avoir une meilleure idée et une plus grande
compréhension de ce dernier. Elle a également permis de prendre position sur un certain
nombre d’éléments de forme et de fond d’Ezéchiel2, 1-5, nous rapprochant davantage du
texte original. Une fois donc que le texte traduit et adopté, connaissant les circonstances et la
date de rédaction, après avoir précisé le genre littéraire, la structure et les différents contextes
d’Ezéchiel2, 1-5 ; passons maintenant à l’explication de ce texte en faisant recours à tous les
éléments disponibles, pour mieux le commenter.
INTRODUCTION
Le commentaire exégétique est « l’ensemble continu des notes et d’explications sur
toutes les parties d’un ouvrage, une explication développée des vérités qui y sont
contenues ».108 Dans ce chapitre, il est question d’expliquer le texte d’Ezéchiel 2, 1-5 de
108
A. WESTPHAL, Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, Op.Cit., p.188.
35
manière à le rendre plus compréhensif et ressortir dans la mesure du possible, les sens
profonds de la vocation d’Ezéchiel. Le commentaire que nous abordons dans les lignes qui
suivent, suivra la structure adoptée au chapitre précédent.
36
Ezéchiel 2 fait suite à la vision du chapitre1 qui fait contempler au prophète la gloire
de Dieu et témoigner « l’éclat de l’être divine »109. Cette vision doit maintenant céder sa place
à la parole. Après, s’être montré tel qu’il est, « Dieu fait part de sa pensée et de sa volonté,
d’où la communication verbale qui forme une transition parfaite avec la suite de la
rencontre »110.
Dans la suite Adonaï l’appelle « fils de l’homme » ֶּב־ׇא ָךםCette désignation d’Ezéchiel
apparait 90 fois dans le livre111. Elle revêt une importance particulière dans la transmission du
message d’Adonaï au prophète Ezéchiel.
L’expression « Fils de l’Homme » est ici une tournure hébraïque qui a le sens de « qui
à la nature de », « être humaine » ou homme tout court. Cette expression est utilisée
également dans (Nb. 23, 19 ; Jb 25, 6 ; Ph 5).
Le titre « Fils de l'homme » est aussi une figure eschatologique en usage dans les
milieux apocalyptiques judaïques dès la période postexilique112. Cette expression apparaît
notamment dans le Livre de Daniel. Sa plus ancienne attestation remonte au septième chapitre
du livre de Daniel, daté de la persécution d'Antiochos Épiphane, peu avant la révolte des
Maccabées (vers 160 av. J.-C.).
L’expression « Fils de l’homme » a également fait l’objet de plusieurs usages
sémantiques dans des langues diverses. Ainsi Bar nasha (« Fils de l'homme ») est
un aramaïsme pour dire « un homme ». Il reçoit de Dieu la domination éternelle et
eschatologique sur la création, met fin au règne des méchants (Antiochos) et à l'abomination
de la désolation (la transformation du Temple de Jérusalem en sanctuaire païen). C’est une
expression qui combine des traits empruntés au judaïsme le plus classique : le Messie,
descendant de David, roi d'Israël qui libère son peuple et rétablit sa prospérité (figure connue
au moins depuis le temps du prophète Ésaïe) ; et à l'Iran : le « Saoshyant » qui rétablira, selon
le zoroastrisme (qui a influencé les Juifs à Babylone), la justice universelle par une
régénération eschatologique du monde. Plus exactement encore, il s'agit d'une réinterprétation
du messianisme juif dans les cadres Perses, accentuant l'aspect eschatologique et
apocalyptique de l'espérance113.
En effet, dans ce passage d’Ezéchiel, le titre « fils de l’homme » marque la distinction
entre le Dieu Eternel et l’homme tiré de la terre (àdàma). Dans ce sens, Ezéchiel restera un
109
B TIDIMAN, Op.Cit.; p., 5.
110
Ibid., p., 5.
111
W. MACDONALD, A. FALSTAD, le commentaire biblique du disciple, Génève, 1995, p., 986.
112
M. HADAS-LEBEL, Une histoire du Messie, Paris, Albin Michel, 2014, p. 297.
113
M. HADAS-LEBEL, Op. Cit., p. 297.
37
simple porte parole de la volonté de Dieu et rien de plus. Mais contrairement à la pratique
antérieure, le terme s’applique à un individu précis se rapprochant de la connotation
messianique qu’il prendra à partir de Daniel 7,13 à travers la littérature intertestamentaire.
Dans les Evangiles, l’expression « fils de l’homme » atteint son plein sens avec Jésus
Christ qui s’attribue ce titre en signe de manifestation de sa dimension humaine et de
serviteur. Le rappel « fils de l’homme » apparait aux endroits stratégiques où Yhwh interpelle
le prophète (V1) et où il donne à Ezéchiel son ordre de mission (V3). La mission avait pour
but de faire d’Ezéchiel un intermédiaire entre Yahweh et le peuple, pour cela il doit bien se
tenir pour écouter son ordre de mission.
« Tiens-toi debout car je vais te parler ». L’émissaire humain doit maintenant se tenir
sur ses pieds parce que la vision ne devait pas l’écraser mais le préparer au service.
114
Le Grand Dictionnaire de la Bible, Cléon d’Andran, excelxis, 2004, p., 1473.
115
J. MACARTURE, in la Sainte Bible, Genève, société biblique de Genève, 1979, p., 1150.
38
hommes »116. Quelques exemples parmi tant d’autres dans l’AT : (Othniel de Keaz frère cadet
de Caleb l’Esprit de l’Eternel fut sur lui. Il devient juge en Israël et il partit pour la guerre.
L’Eternel livra entre ses mains Cuschan-Rischeathïm roi et Mesoptamie. Gédéon fut revêtu de
l’Esprit de l’Eternel (Ju 6, 34). L’Esprit de l’Eternel reposa sur Jephté (Ju 11, 2 9). De Samson
il est dit « l’enfant grandit et l’Eternel le bénit. Et l'Esprit de l'Eternel commença à l'agiter »
(Ju 13, 24b-25a).
Dieu pouvait aussi retirer son Esprit d’un homme qui s’écartait de sa volonté tel a été
le cas de Saül qui pratiqua la divination. Pour cette raison l’Esprit de l’Eternel se retira de
Saül (1S 16,14).
« Le terme hébreu rûah (esprit) se trouve 52 fois dans le livre d’Ezéchiel »117. Il n’a
pas toujours la même signification. Quelque fois le mot doit être rendu simplement « vent »,
comme en 1,4 ; 13,11 ; « vent de tempête ». Il est aussi employé au sens de « souffle de vie »
(37, 5, 6, 8, 10) ; c’est l’haleine qui permet à l’homme de vivre. Sa disparition est synonyme
de non-vie (37,8). Dans certains textes il désigne le centre spirituel de l’homme, lieu de ses
volontés et de ses décisions : 11, 5 ; 20, 32. Il est alors parallèle au cœur car dans la vision
Israélite de l’homme, le cœur est le siège de sa volonté et de sa pensée (14, 4.7). On souligne
parfois que cet « esprit » est « mauvais » (13, 3). La conversion exige un changement radical
de cœur et d’esprit, autrement dit du moteur essentiel de la volonté de l’homme.
Pour ce qui concerne Ezéchiel, il offre cette particularité de mettre son ministère en
relation avec l’Esprit (3, 12, 14, 24 ; 8, 3 ; 11, 1, 24 ; 37, 1 ; 43, 5). C’est l’instrument par
lequel Dieu lui permet d’exercer son ministère. Les prophètes scripturaires antérieurs ne font
jamais ce lien118. L’Esprit qui vient en Ezéchiel s’inscrit dans la logique de la capacitation que
Dieu par la rûah faisait aux prophètes afin qu’ils accomplissent leur mission divine car « en ce
qui concerne les choses divines, l’intellect seul ne suffit pas […] seule l’illumination donnée
par l’Esprit permet à l’intellect de fonctionner réellement »119, « Taglor penche pour une
énergie spirituelle qu’Ezéchiel ressentait en lui »120. Cette énergie est donnée par l’Esprit de
Yahvé. Plutôt que de cerner sa personne, le prophète semble préférer mettre d’abord en avant
la sensation de force spirituelle qu’il a brusquement ressentie au moment de sa vocation et qui
lui permit d’entendre les paroles de Yavhé.
116
D. Lane, Op.Cit, p., 23.
117
S. AMSLER et al, Op. Cit, p., 221.
118
Ibid., p., 221.
119
D. LANE, Op.Cit, p., 23
120
D. LANE, Op.Cit, p., 91.
39
I.3. L’écoute de la parole de Dieu
« Alors j’entendis celui qui me parlait » Cette œuvre de l'Esprit est donc jointe à la
parole de Dieu. Ce processus de réception préalable de l’Esprit de Dieu afin d’entendre sa
parole montre que la capacité de réception de la parole de Dieu réside dans l'Esprit de Dieu
lui-même. « Lorsque Dieu parle, il ajoute l'efficacité de son Esprit»121 la parole de Dieu
n'avait aucune efficacité sur Ezéchiel, jusqu'à ce que l'Esprit lui donne la force de se lever sur
ses pieds et d’entendre c’est-à-dire de comprendre le message qui lui est adressé. On peut
comprendre qu'il n'est pas du pouvoir du prophète d'obéir à ce que Dieu lui commande, sauf
que ce pouvoir vient de Dieu lui-même par son Esprit. Le prophète Ezéchiel fait d’ailleurs
preuve de respect devant ce Dieu ineffable, ce qui explique la circonlocution un peu lourde en
hébreu « celui qui me parlait ». (2,2)
121
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40
En considérant cette utilisation du « je » et en considérant le sens retenu de
l’expression « il me dit » qui renvoit à ce que Yahweh lui-même s’adresse personnellement
aux hommes qu’il met en mission, on peut affirmer sans hésiter que l’initiateur et
l’ordonnateur de la mission du prophète Ezéchiel aussi bien que de celle des autres prophètes
est bel et bien Yahweh lui-même.
41
personnes qui exercent la prérogative divine de jugement, par délégation du divin. Le
substantif « fils » était aussi utilisé pour désigner des personnages ayant un lien d’alliance
avec Dieu. Israël dans son ensemble est ainsi considéré par Dieu comme fils. Il l’affirme lui-
même. « Israël est mon fils aîné » (Ex 4, 22,) « quand Israël était jeune, je l’aimais, et je
l’appelai mon fils hors d’Egypte » (Os 1,1).
Par ailleurs, le substantif « fils » est souvent fréquemment remplacé par enfant dans la
Torah pour désigner les israélites c’est-à-dire ceux qui descendent du patriarche Jacob
renommé Israël par l’ange de Dieu. Aussi, Dieu leur dit « vous êtes des enfants de l’Eternel
votre Dieu » (Dt 14,1). C’est donc vers ces fils d’Israël que le prophète est envoyé.
Cependant Yahweh lui-même qualifie ces fils d’Israël de « nations révoltées qui se
sont révoltés contre moi, eux et leurs pères, jusqu’aujourd’hui ». On comprend pourquoi
Ezéchiel ne voit rien de bon dans son peuple. Le qualificatif « nations révolté » donne une
autre connotation à la mission d’Ezéchiel et mérite d’être bien compris. Il faut dire ici que
« nations révoltées » est équivalente à « maisons de rébellion » et « engeances de rebelles »
qu’Ezéchiel utilise dans les récits de vocations (2, 3, 5, 6, 8 ; 3, 9). Pour Ezéchiel, par leur
conduite en contradiction flagrante avec leur élection, les israélites sont devenus des païens et
méritent d’être traités en conséquence125. On peut constater que la révolte ou la rébellion est
un centre d’intérêt de la mission d’Ezéchiel et particulièrement du texte en étude. D’où
l’importance d’en savoir davantage.
42
du sinaï et la migration à travers le désert »127 qui sous-tendent la révélation et l’élection
souveraine d’Israël par Yahvé. Ces faits sont l’expression de la paternité de Yahvé qui s’est
déclaré le Dieu du peuple d’Israël ; « Ecoute, Israël, aujourd’hui, tu es devenu le peuple de
Yahvé, ton Dieu. Tu obéiras à la voix de Yahvé de ton Dieu et tu mettras en pratique ses
commandements ». Il est important de souligner ici que l’obéissance réclamée par Dieu au
peuple d’Israël n’est en aucune mesure la condition de l’élection d’Israël. Il s’agit d’une
initiation souveraine de Yahvé qui, dans l’A.T. est présentée en trois alliances avec le peuple
d’Israël comme suit :
Celle faite avec Abraham, basée sur une foi personnelle qui gère une relation avec Dieu, et
qui aboutit dans une bénédiction pour le monde entier ;128
Celle faite par la médiation de Moise basée sur la fidélité du peuple en obéissant la loi et
un programme de sacrifice sous l’administration des prêtres oints de Dieu.
Celle faite avec David, qui garantit son royaume à perpétuité, qui rappelait à toute Israël la
prospérité et les bénédictions de Dieu sous les règnes de David et de Salomon, et qui
gardait l’espoir qu’un jour le royaume reprendraient les mêmes aspects sous le nouveau «
fils de David »129. « Tout l’AT., les récits, Les psaumes, les prophètes sont des réactions à
l’une ou l’autre de ces trois alliances. La fidélité de Dieu envers tout son peuple et surtout
au roi, est représentée en contraste avec l’infidélité de son peuple et du roi »130.
C’est dire si l’histoire du peuple d’Israël est jonchée de cènes de rébellion. En faisant
une immersion dans quelques épisodes historiques notamment sur le chemin de l’Egypte à la
terre promise on peut ressortir certaines illustrations.
127
Ibid., p., 92.
128
C.CHANDA, B.A, M.A., LB 101Nazaréen Eglise du Nazaréen –région d’Afrique, P., 54, Introduction à
l’Ancien Testament, Institut Théologique
129
Idem.
130
Idem.
131
S. AMSLER et al, Op.Cit, p., 204.
43
nés des Hébreux de sexe masculin, de manière à bloquer drastiquement la croissance
132
démographique de ce peuple ». Israël souffrait ainsi dans une vie de travaux forcés qui
avaient un double objectif « la surveillance et donc la neutralisation des suspects et, en même
133
temps, leur exploitation de façon à en tirer le plus d’avantages possible » Dieu ayant eu
compassion face au cris du peuple l’a délivré de cet esclavage. Ezéchiel y revient en
soulignant que c’est Dieu qui l’avait fait vivre (16,6) ; bien que l’image d’Ezéchiel soit
appliquée à Jérusalem, elle peut très bien être élargie à tout Israël. Mais « Israël a bifurqué. Il
a utilisé les dons de son Dieu pour suivre d’autres voies, pour se donner à d’autres (16,
15,21). Ce détournement se caractérise dans les alliances politiques, dans les vassalités les
plus ou moins consenties ou recherchées. Il veut une vie meilleure que dans son Dieu »134
Cependant c’est une vie de pêché. « Ici le sens du pêché est élargi pour signifier une rébellion
volontaire contre Dieu.»135
Durant la marche au désert. L’Eternel conduisit le peuple jusqu’à Kadès-Barnéa, à la
montagne des amoriens. Sous la conduite de Moïse. Ils convenu d’envoyer des éclaireurs 136
explorer le pays dans lequel ils devaient s’établir. Douze hommes partirent et revinrent avec
un rapport. « C’est un bon pays, que l’Eternel, notre Dieu, nous donne. » (Dt1, 25) Mais
contre tout attente le peuple ne voulue pas montrer dans ce pays ainsi qu’il est dit « mais vous
ne voulûtes point y monter, et vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Eternel, votre Dieu » (Dt 1,26)
en plus le peuple murmure dans ses tentes et dit « c’est parce que l’Eternel nous hait qu’il
nous a fait sortir du pays d’Egypte, afin de nous livrer entre les mains des Amoréens et de
nous détruire » (Dt 1,27). Malgré les assurances de Moise que Dieu qui marche devant le
peuple combattra pour son peuple, le peuple était toujours révolté. Le deutéronomiste
reprochant cette attitude de rébellion obstinée du peuple, traduisant son manque de foi en
Yahweh lui dit « Malgré cela vous n’eûtes point confiance en l’Éternel, votre Dieu » (Dt
1,32). A la suite de cette révolte « l’entrée dans la terre promise subit un nouveau délai Israël
n’a pas obéi d’emblée à l’ordre de Yahvé de retourner immédiatement vers le sud, vers la mer
rouge ; il a tenté de pénétrer, au nord dans la terre promise à la force du poignet »137.
132
J. ALBERTO SOGGIN, Histoire d’Israël et de Juda, Bruxelles, Editions Lessiers, 2004, p., 105.
133
Idem.
134
Ibid., p., 223
135
W.DYRNESS, Théologie de l’Ancien Testament, Editions Ministère Publique International, Longueuil, 2001,
P.,99.
136
G.VONRAD, Théologie de l’Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, 1957, p., 246
137
G.VONRAD, Op.Cit,p,246
44
L’époque de Jérémie s’apparente à un moment aggravé de la rébellion du peuple
d’Israël qui s’était engagé dans la coalition contre Babylone autour de 594 Av. JC. Jérusalem
s’est impliqué dans ledit épisode. Cette crise a « fait éclater un conflit à l’intérieur du
prophétisme, soulevant la question jamais résolue des critères du véritable prophète. Jérémie
sait que la démesure peut conduire à la catastrophe »138. Babylone étant trop puissante pour
que l’on envisage un succès des coalisés, Jérémie conseille que la soumission est la seule
attitude réaliste. Cependant l’issue parait imminente à Hanania un prophète originaire de
Gabaon qui proclamait que « le joug de Babylone sera brisé, il ne reste que deux ans à
attendre avant le retour des exilés 139 ». Jérémie réagit énergiquement, s’opposant au peuple
exilé rebelle, en proclamant que « certes la domination de Babylone n’est pas définitive ; mais
l’heure de Dieu n’a pas encore sonné. Si les exilés détiennent les clés de l’avenir leur retour
n’est pas envisageable pour l’immédiat »140.
138
S. AMSLER et al, Op. Cit, p., 153.
139
Idem.
140
Idem.
141
https://www.bibliaplus.org/fr/commentaries/3/commentaire-biblique-de-jean-calvin/ezechiel/2/4
45
les Israélites étaient tellement plongés dans l'impiété, qu'ils se sont montrés comme les
ennemis déclarés de Dieu dans leurs visages mêmes.
Au chapitre 8, le prophète présente les résultats de la rébellion d’Israël, dans le culte.
Dans ces errements, l’idolâtrie envahit le Temple. Pour mieux dévoiler l’attitude du peuple,
Ezéchiel cite les dires des gens de Jérusalem et de ses responsables : « Ils disent : le Seigneur
ne vous voit pas ; le Seigneur a abandonné le pays » (8,12). Sa vision dans le temple est
révélatrice. Il voit dans l’enceinte même du Temple, devant l’autel, vingt-cinq hommes qui
tournent le dos au sanctuaire et regardent vers l’orient, vers le lever du soleil (8,16-18). Leur
position physique montre clairement l’attitude religieuse d’Israël : ils ont tourné le dos au
Saint d’Israël, ils se sont tournés vers d’autres dieux. Et cette situation perdure comme le
précise Yahvé lui-même « jusqu’aujourd’hui ». Yahvé relève que les fils d’Israël continuent à
être rebelles malgré que le dur châtiment de l'exil ait déjà commencé.
L’expression hébreu ַ֥הּיֺוםַהֶּֽזהtraduite par aujourd’hui comprend ַהֶּֽזה: pronom
démonstratif masculin singulier qui peut se traduire par ce, cet, cette, et de ַ֥ה ּיֺוםcomposé de
142
l’article défini ( ַ֥הle, la) et ּיֺום: substantif masculin singulier qui peut se traduire par jour .
Cette expression peut encore se traduire « ce jour ». Elle montre la continuité de la relation du
peuple d’Israël vis-à-vis de Yahvé de génération en génération. C’est une actualisation de la
vérité au temps d’Ezéchiel. La grâce de Dieu issu de l’élection d’Israël n’avait pas cessé
malgré la révolte continue du peuple. Dieu lui-même avait utilisé le mot "aujourd’hui" dans
ses paroles de l’élection d’Israël comme son peuple. « Aujourd’hui tu es devenu le peuple de
Yahvé ton Dieu »143 le terme aujourd’hui s’actualise chaque jour. Même lorsque Yahvé puni
son peuple cela n’enlève pas l’élection. Chaque aujourd’hui est donc un jour où la grâce de
Dieu s’exprime pour son peuple sous forme d’un appel à la repentance. C’est cet appel
qu’Ezéchiel va adresser à son peuple.
La relation entre Israël et Dieu a été conflictuelle même au-delà d’Ezéchiel. Dans
Amos Dieu tout en rappelant sa fidélité à Israël lui dit son courroux et sa sentence en ces
termes : « je n’ai connu que vous de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je vous
punirai de toutes vos iniquités » (Amos 3,2) « si Israël a le privilège d’être plus rapproché de
son Dieu, Yahweh en conclut que sa responsabilité est aussi plus grande »144 ainsi, « en
142
P. RAYMOND, Dictionnaire d’hébreu et d’Araméen biblique, Le Cerf, Société Biblique, France, 1998, p.69
143
G VON RAD, op.cit, P., 204
144
W. ZIMMERLI, esquisse d’une théologie de l’AT, les éditions fides, 1990, pour la traduction française p.,
220.
46
jugeant Yahweh fait précisément entrer en ligne de compte le fait que ce peuple est plus
proche de lui »145.
Ce tableau de quelques épisodes et évocations des rébellions des fils d’Israël est très
sombre pour un peuple que Dieu considère proche de lui. On comprend l’insistance de Yahvé
sur « je t’envoie ». Le prophète doit se dire que « s'il déplaît aux hommes, il se contente de
voir son travail approuvé par Dieu »146 le peuple étant d’un cœur d'airain et d'un front de fer.
Dieu ainsi va susciter un prophète dont l’ordre de mission commence par des annonces
de plaintes et de sentences sous forme d’oracle introduite par des formules consacrées telles
que « Ainsi parle le Seigneur Dieu ».
145
Idem.
146
https://www.bibliaplus.org/fr/commentaries/3/commentaire-biblique-de-jean-calvin/ezechiel/2, Op. Cit.
147
S. AMSLER et al, Op.Cit, , p., 15.
148
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 92.
47
« nabi » subit l’action que son Dieu lui impose »149 son intervention ne repose donc pas su une
initiative humaine elle dépend d’une action divine « le prophète est plutôt celui qui dévoile le
sens des évènement, en fonction d’une intervention inattendue de la divinité … Le prophète
est la sentinelle de l’évènement le porte- porte de la divinité qui se manifeste dans
l’aujourd’hui »150. La parole prophétique répond à des circonstances particulières. Elle
suppose, un contexte délimité tant sur le plan politique et culturel que géographique,
économique et religieux. Yahweh ne s’adresse pas d’une manière vague à son peuple, ses
interventions sont toujours précises et visent des personnes concrètes en des temps et des
lieux données. Cette phrase introductive s’accompagne généralement d’un oracle ou mieux,
d’une déclaration qui contient une menace, une réprimande, une exhortation ou une promesse
de salut.
La tache s’annonce difficile ; Dieu lui-même le prévient qu’il peut ne pas être écouté.
149
B. TIDIMAN, Op.Cit., p., 92.
150
Idem.
151
D. GUTHERIE et al, nouveau commentaire biblique, Editions Emmaüs, Saint-Legier, 1978, p., 696.
152
B. TIDIMAN, Op. Cit. p., 92.
48
l’annoncer. L’écoute ne relève pas de sa compétence. Toutefois Dieu le rassure quand à la
manifestation significative de sa présence au milieu du peuple.
Conclusion
Ce chapitre a permis de mieux comprendre le processus de mise en mission du
prophète Ezéchiel ainsi que le contenu de sa mission. Ce processus s’arrime à la perception
de la mission des années 50, pour laquelle le mot mission « désignait :
- L’envoi de missionnaire dans un territoire bien précis ;
- Les activités entreprises par ces missionnaires ;
- L’aire géographique où ils œuvraient ;
- La société qui les envoyait ;
- Le monde non chrétien, le champ de mission »156.
153
D. GUTHERIE et al, Op. Cit, p., 696.
154
J. MACARTHUR, Op.Cit, p., 1150.
155
B. TIDIMAN, Op.Cit, p.,27.
156
D. J BOSH, Dynamique de la mission chrétienne, Lomé Karthunla, nous et labour et Side, 1995, p., 10.
49
Ezéchiel est donc appelé à un monastère prophétique cinq années avant la destruction
de Jérusalem, pour un travail bien structuré qui va constituer dans un premier temps à
démontre que la terre promise et le sanctuaire de Yahweh seraient enlevés aux israélites par
suite de leurs péchés passés et présents. En deuxième lieu, il lui incombait de prêcher que « ce
jugement inéluctable devrait engendrer chez les exilés non pas fatalisme ou défaitisme, mais
un acte de repentance individuel. Acte non seulement possible, mais indispensable »157 dans
un troisième temps, Ezéchiel devrait prêcher que malgré cet effondrement à venir de la nation
d’Israël, il y’avait un avenir pour le peuple porteur des promesses de Dieu. Le texte en étude
n’est donc que le début d’une longue mission mais déjà il dégage plusieurs pistes
théologiques qui sont d’un grand enseignement aujourd’hui. Le chapitre suivant en donnera
d’amples éclairages à propos.
157
B. TIDIMAN, Op.Cit, p., 27.
50
CHAPITRE IV : LES PISTES THEOLOGIQUES
ET HERMENEUTIQUES D’EZECHIEL2:1-5
INTRODUCTION
Le texte dont nous venons de faire le commentaire permet de comprendre la relation
entre Dieu et le peuple d’Israël pendant la période de l’exil babylonien. Une relation
conflictuelle due au caractère rebelle du peuple depuis sa formation en Egypte. Aussi,
Ezéchiel, comme d’autres prophètes, a-t-il été envoyé par Yahvé pour avertir le peuple sur sa
mauvaise conduite devant son Dieu, dans le but de susciter une repentance. Ce texte a été
d’une grande portée à l’époque exilique. Il comprend plusieurs thèmes théologiques qui
transcendent ladite époque et sont d’actualité aujourd’hui. Le présent chapitre, permettra de
dégager ces pistes théologiques découlant de l’enseignement primitif que l’auteur adresse à
son peuple, ensuite de voir quelle en est la signification aujourd’hui.
51
le hantent. »158 L’homme antique qui se rapproche de Dieu doit apprendre à observer sa
volonté pour lui plaire et attirer ainsi sa faveur, source de bonheur pour lui. Israël n’a pas fait
pas exception pour cette préoccupation de tous les peuples. Il va aussi connaître la naissance
et le développement du prophétisme en son sein. Ayant ainsi situé la motivation du
phénomène prophétique, tachons à présent de comprendre le sens du mot qui désigne
l’homme en action ; le prophète.
52
parfois à une forme ancienne, de sens actif, connue par les cunéiformes 162. Cette incertitude
sur l’origine du mot fait opter les chercheurs de lier sa définition aux différents sens de que
son étymologie propose. Aussi certains chercheurs le rattachent à la racine hébraïque ָנָבא
(nâbâ) qui signifie prophétiser, parler sous l’influence de l’inspiration 163, mais aussi :
bouillonner intérieurement. Le nabi est donc celui qui bouillonne intérieurement sous
l’influence d’une puissance divine.
Par ailleurs nabi est considéré comme la forme passive d’un verbe qui signifie sans doute
appeler, nommer : le nabi est l’ "appeler" destiné à être le porte-parole de Dieu. Selon la
Bible hébraïque, il aura pour fonction essentielle d’être le témoin de YHWH au milieu de son
peuple164. Le prophète est celui qui communique les paroles dont Dieu l’a chargé ; les paroles
même de Dieu. « Le prophète dit les parole du seigneur en son nom »165, bien plus il est « le
messager qui dit et manifeste la volonté de Dieu envers les hommes et la société »166 . La
septante en parle aussi.
- Sens dans la Septante
Il est convenu que « le mot prophète vient du grec " prophetes" attesté au V e siècle av.
JC. dans la langue classique où il désigne quelqu’un qui a mission d’annoncer de
communiquer de faire connaître publiquement »167. Il faut cependant noter que « la particule “
pro“ qui entre dans la composition du mot grec, est à la fois temporel (dans les sens de dire à
l’avance) ; et un “pro“ substantif (dire à la place), en réalité les deux sens de la particule sont
valables et permettent d’ailleurs d’enrichir le ministère de l’appelé de YHWH qui joue alors
ses deux rôles de prédicateur et de prédicateur). Cette vision nous ramène à la conception
hébraïque du porte parole qui proclame la parole en lieu et place de Dieu. Cette conception
semble donc être la plus appropriée pour le prophétisme en Israël en général et pendant la
période exilique en particulier.
162
J. Briend et al, Op.Cit., p., 46.
163
N. PH. SANDER et I. TRENEL, dictionnaire Hébreu-Français, Genève, Slatkint Reprints, 1979, p., 425.
164
S. AMSLER et al, Op.Cit., p., 15.
165
Le Grand dictionnaire de la Bible tome II, Op.Cit., p., 1333.
166
P. MBELE, Mission prophétique ou le courage de parler, Groupe Saint François, Ndoungé 1991, p., 12.
167
S. AMSLER et al, Op.Cit., p., 15.
53
« jérémiades »168, Isaïe annonçant le messie sous les traits d’un « serviteur souffrant »169,
Ézéchiel va de la condamnation du peuple à l’espoir avec la vision des ossements desséchés
qui se rassemblent et reprennent chair. Ces grands prophètes de la Bible sont entrés dans
l’imaginaire collectif comme des visionnaires incompris, ayant mal fini pour avoir dénoncé
"l’establishment" de leur temps.
Pendant l’exil, vers 550 avant J.-C. le Perse Cyrus II le Grand réussit à dominer le
puissant royaume Mèdes et fonde l’empire le plus vaste de l’Antiquité 170. Alors que les
Assyriens déportaient en masse les peuples vaincus et que les Babyloniens détruisaient les
structures politiques et religieuses de leurs ennemis, Cyrus inaugure une nouvelle politique
vis-à-vis des peuples formant le vaste empire : il cherche à imposer sa suprématie en
respectant les identités nationales et en sponsorisant les cultes locaux. Le rêve des juifs exilés
prend corps. Un espoir fou se lève : le prophète Esaïe attribue les succès de Cyrus à la toute-
puissance de Yahvé dont il est le berger (Es 44,28) et même le Messie (Es 45,1). Cyrus
promulgue en 538 un édit ordonnant la reconstruction du Temple de Jérusalem aux frais du
gouvernement Perse et la restitution des ustensiles liturgiques emportés jadis par les
Babyloniens. Cet édit de restauration est d’une telle importance pour la communauté juive
qu’elle y a vu le fruit d’un acte de foi au Dieu de l’Alliance, « le Seigneur, le Dieu des cieux».
Le retour d’exil voit émerger de nouvelles figures de Messie ainsi qu’un nouveau
thème ; celui du Jour du Seigneur, en lien avec celui du jugement. L’intervention et les écrits
des prophètes du retour de l’exil couvrent une période d’un peu plus d’un demi-siècle (de 535
à 480 environ), du second Esaïe jusqu’à Malachie. Ils ont eu à faire face à des défis
importants : rebâtir une communauté décimée, rechercher de nouveaux points de repère .171.
168
S. B O U L E R I C E, les Jérémiades, Les Éditions Sémaphore et Simon Boulerice,, Montréal, 2009, p., 13.
169
Bernard Dupuy, Le Juste souffrant d'Isaïe 53, Dans Pardès 2002/1 (N° 32-33), p., 250.
170
Idem.
171
Service de la Parole - Diocèse de Lille, A l’écoute des prophètes bibliques Les prophètes du retour d’exil -
D8/1bis, Année 2010-2011, p., 3.
172
I. BRIA et al, Dictionnaire œcuménique de missiologie, les Editions du Cerf, Paris, 2001, p., 19.
54
La constitution de l’E.P.C. qui reconnait au Pasteur le « devoir de nourrir les brebis de
la nourriture spirituelle »173 et le statut d’ « envoyé pour proclamer la volonté de Dieu aux
pécheurs »174 ces attributs du Pasteur correspondent à ceux du prophète. Ainsi le Pasteur est le
prophète d’aujourd’hui. En tant que tel il est un prédicateur et un prédicteur qui communique
la volonté de Dieu aux hommes lui-même étant un mis à part. Les analyses porteront donc
aussi bien sur son œuvre que sur son personnage en tant que aspect par lesquels on peut
évaluer la vocation. Cette question de la mission prophétique sera examinée du point de vu de
la vocation, de la parole proclamée, de l’écoute de ladite parole et de l’attitude du prophète ;
aspects ressortis du texte étudié. Il sera procédé à la présentation générale et à l’analyse de
chaque point.
I.2.1. La vocation
Elle est « le fondement même du ministère pastoral qui obéit à un appel de Dieu pour
son service. »175 La constitution de l’E.P.C. reconnaît que tous ceux à qui Dieu accorde la
vocation, « il leur adresse un véritable appel par sa parole et son esprit »176. « Ezéchiel
reçoit sa vocation dans une vision qui commence au chapitre 1 et se poursuit dans le texte en
étude. Cette vision est porteuse des enseignements recherchés sur la vocation. Elle est loin
d’être singulière car la vision est une caractéristique des révélations d’Ezéchiel. Il est
important d’en savoir plus sur l’importance de la vision dans la prophétie et notamment dans
la prophétie d’Ezéchiel.
173
Département de l’éducation chrétienne - EPC « La constitution de l’EPC édition 2011 », p., 9.
174
Idem.
175
S. B. NJAMI-NWANDI, Traité de déontologie pastorale, Yaoundé, Edition Clé, 2005, p., 17.
176
La constitution de l’EPC édition 2011, Op.Cit., p., 184.
177
S. AMSLER et al, Op.Cit., P.217.
178
D. LANE, Op. Cit., p., 16.
55
cas de toutes les théophanies de l’Ancien Testament. Il n y a pas de théophanie ou de vision
sans parole. Le récit de vision est l’une (genre prophétique) des façons d’exprimer une
communication avec le divin. Tant du point de vue chronologique que théologique. Dans le
cadre de la vision prophétique, tous les éléments ont leur fonction le prophète ne prétend pas
décrire ce qui s’est passé. Il veut plutôt traduire une expérience personnelle de la présence de
Dieu et de sa parole, dont il sera le messager.
Ezéchiel est souvent associé à des visions étranges et fantastiques son livre s’articule
d’ailleurs autour de quatre grandes visions fondamentales qui donnent les axes essentiels de
son ministère179. Les trois visions d’Ezéchiel où la gloire de Dieu joue un rôle (1,1-3, 15 ; 8-
11 ; 40-48) sont placées aux points essentiels de son activité. Le récit de vocation sert de
limitation à sa mission. La deuxième vision encadre le dévoilement des péchés de Jérusalem,
le départ de la gloire de Dieu et le châtiment de la ville. La grande vision d’Ez 40-48 a pour
objet le retour de la gloire de Dieu dans son Temple à Jérusalem renouvelé et purifiée. Il faut
y joindre la vision des ossements desséchés, vision de promesse et d’expérience (37,1-14).
Les visions d’Ezéchiel se caractérisent par l’accumulation des termes de comparaison. En Ez
1 il y a une « ressemblance de vivants » qui est une « ressemblance d’homme » on parle deux
fois d’une « ressemblance de trône » et d’une « ressemblance comme l’aspect d’un homme »
à la fin du texte on évoque « l’aspect de la ressemblance de la gloire de Dieu ». Le prophète
emploie l’expression « visions divines » (1,1 ; 8,3 ; 40,2). Le texte des visions met en scène
un homme en 8,2-3 et, dans la grande vision finale de 40-48. La critique littéraire récente voit
dans ces passages des réflectives postérieures. Elles annoncent déjà une des caractéristiques
de l’apocalyptique180, qui place un intermédiaire là où les livres prophétiques classiques
établissaient un rapport direct entre Dieu et le prophète. C’est dans la première vision où
Ezéchiel expérimente la gloire de Dieu qu’il reçoit son appel, une des étapes de sa vocation.
I.2.1.2. L’appel
Elle se définie comme un « mouvement intérieur par lequel on se sent appelé par
Dieu »181. Elle se définie également comme le moment pendant lequel Dieu se révèle en son
élu afin de le rendre capable d’accomplir une mission. Dans ce cas c’est l’Esprit de Dieu qui
est en action. Comme avec Ezéchiel au verset 2 du passage en étude. Il faut dire que l’action de
l’Esprit de Dieu était déjà perçue même dans la période pré exilique.
179
180
Cf. Le prophète Ezéchiel, Cahiers Evangile n°38, p., 12.
181
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/appel/4664
56
« Dans certains textes parmi les plus anciens, l'activité de l'esprit de Dieu consiste en
un déploiement de grande puissance, mais qui n'établit pas nécessairement de contact
relationnel. Il s'agit plutôt d'une action directe et contraignante de Dieu qui fait de la
personne concernée son objet, sans l'habiliter à l'accomplissement d'une action
particulière »182. Ainsi lit-on, en 1R 18,12, qu'éventuellement l'esprit de Yahvé emportera Elie
on ne sait où; et en 2R 2,16, que «peut-être l'esprit de Yahvé l'a-t-il emporté et jeté sur
quelque montagne ou dans quelque vallée». A noter cependant que l'esprit de Dieu peut aussi
exercer directement son rôle sans intermédiaire humain. Ainsi, en 2S 22,16, de l'haleine du
souffle de ses narines. Il assèche la mer. Également en Ex 15, 8, 10 où le souffle des narines
de Dieu ouvre et referme les eaux pour engloutir les ennemis. C'est donc de la puissance
menaçante de Dieu dont il est question. C'est aussi le cas, un peu plus tardivement, en Is 4, 4
où on lit que le Seigneur purifiera « les filles de Sion » et Jérusalem par « lune souffle du
jugement et le souffle de la destruction », et, en 30, 28, que « son souffle comme un torrent
débordant » sévira à l'endroit des nations. Cette façon de s'exprimer n'est pas une manière
naïve de parler du vent, mais bien une façon croyante de parler de la transcendance et de la
toute puissance de Dieu. En règle générale, cependant, dans les textes anciens, la
manifestation de l'esprit de Dieu vise à infuser des possibilités accrues à la personne choisie
en vue d'une tâche à accomplir en faveur d'Israël : prophétiser, gouverner, livrer bataille, etc.
l’appel d’Ezéchiel n’échappe pas à cette logique. Le point d’encrage dudit appel est dalleurs
l’entrée en Ezéchiel de l’Esprit pour le fortifier afin qu’il se tienne sur ses pieds.
Ensuite, il est capable d’entendre la voix de Dieu et de recevoir le message qu’il
adressera au peuple. C’est également à ce moment que la description du peuple concerné par
sa mission divine lui est faite. On peut aisément voir que le texte ressort les caractéristiques de
l’appel à savoir : l’interpellation de l’élu par Dieu, la dotation de la puissance de l’Esprit de
Dieu, l’écoute du message divin à transmettre et la description du peuple bénéficiaire. A ces
caractéristiques s’ajoutent les critères qui du point de vue de la déontologie pastorale
permettent de reconnaitre un ministre appelé. Ce sont des qualités maitresses. « Ses qualités
maitresses sont les suivantes : l’humilité, la foi, la probité, l’honnêteté, la disponibilité, la
tolérance, la dignité la compétence, tempérance, et la discrétion. »183 Le respect de ces
qualités constitue une garantie de « la légitime vocation des pasteurs et ministres de l'Église
»184 et l'orthodoxie du prophète ou Pasteur dans l’Eglise. Il en est de même de l’assurance
182
URI : Mainville, O. (1994). De la rûah hébraïque au pneuma chrétien : le langage descriptif de l’agir de
l’esprit de Dieu. Théologiques, 2(2), 21–39, https://doi.org/10.7202/602405ar, publié le 7 mai 2021 13:19
183
Ibid., p., 20.
57
pour le peuple que leur Pasteur a bien fait l’objet des caractéristiques de l’appel citées ci-
dessus.
I.3. La parole prophétique et l’écoute
I.3.1. La parole prophétique
La parole de Dieu est le grand acteur des livres prophétiques. « Elle s’impose à la fois
ou prophète et au peuple, elle s’impose au peuple par l’intermédiaire du prophète »185. Elle
est précisément le message que Yavhé adresse au peuple par la bouche du prophète. Le mot
hébreu dabar signifie « parole » mais aussi « chose, réalité, évènement » l’étymologie
demeure incertaine. A ddr « être derrière » la parole serait comme une projection et le lien dbr
« bourdonner » n’est pas sans difficultés. L’équivalent akkadien est dababu « parler
discourir » on a proposé une racine originellement bilittèredb, susceptible de divers
élargissements, par exemple ndb (arable : « crier » ; hébreu : « inciter, donner
volontairement », db « inviter à un repas ». la parole crée une attente. « Au sens strict, ce n’est
pas la parole énoncée mais l’attente qu’elle provoque qui peut être qualifiée d’efficace »186.
Qu’elle soit de l’ordre de l’espoir ou de la crainte, cette attente, c’est-à-dire la tension créée
entre une situation présente et un état futur, est susceptible de provoquer une modification,
parfois radicale, des comportements. Les circonstances, les personnalités qui portent
l’annonce ou les horizons impliqués dans le message peuvent tenir, selon les cas, des rôles
plus ou moins déterminants dans cette effectuation. Cette parole doit être authentique. Dieu
lui-même l’exige quand il demande au prophète de dire « ainsi parle le Seigneur Dieu». Aussi
quoique l’Eternel mette sa parole dans la boucle du prophète lui-même en reste maître tel
qu’il le dit dans Jérémie « je veille sur ma parole pour l’accomplir »187. La parole peut n’être
que la réponse précise sollicitée auprès d’un prophète dans des circonstances déterminées.
Elle est parfois la somme des interventions divines historiquement situées. Elle joue le rôle
d’agent d’une histoire que Dieu entend conduit à travers le prophète.
Parole et prophète de YHWH
Le prophète se définit comme l’homme de la parole « on en trouve l’affirmation la
plus claire dans le livre de Jérémie »188 (Jr 18, 18). La liberté du Dieu d’Israël [….] se réfère
avec un éclat particulier dans la personne et la fonction des prophètes. En outre, dans la
184
Stauffer Richard, Histoire et théologie de la Réforme. In: École pratique des hautes études, Section des
sciences religieuses, Annuaire 1969-1970. Tome 77. 1968. pp. 345-350.
185
S. AMSELER et al, Op. Cit, p., 172-173.
186
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00997379, S. Piron, La parole prophétique. Le pouvoir des mots au
Moyen Âge, Brepols, Submitted on 28 May 2014, p., 3.
187
Idem.
188
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00997379, S. Piron, Op. Cit., p., 174.
58
« parole de YHWH » dont la transmission est la fonction par excellence du prophète »189. Le
prophète reçoit la parole avec la tâche essentielle de la communiquer c’est de lui que le peuple
attend la parole de Dieu. Elle est la source de sa mission et de ses combats. Le prophète est
celui qui dévoile le sens des évènements en fonction d’une intervention inattendue de la
divinité (Ez 2, 5 ; 33, 1-9). « Le prophète est la sentinelle de l’évènement, le porte-parole de
la divinité qui se manifeste dans l’aujourd’hui »190. Aussi, Ezéchiel reçu de Dieu « un
message fort au contenu rationnel, s’adressant avec précision aux besoins du monde qui
l’entourait »191. Un message authentique à transmettre comme tel.
189
W. ZIMMERLI, Esquisse d’une théologie de l’Ancien Testament, les éditions Fides, 1990 pour la traduction
française, P., 217.
190
Ibid, p., 1201
191
D. LANE, Op. Cit., p., 16.
192
D. HORVILLEUR, En tenue d’Eve féminin, pudeur et judaïsme, Grasset, Paris, 2013, p., 100.
193
A. de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Allimard, 2000, p., 27.
194
Idem
59
I.3.2.1. Sens hébreu de l’écoute
En hébreu la racine qui exprime la notion d’écoute dans la Bible hébraïque est ָׁש ַמע
c’est majoritairement le verbe shamâ qui est traduit par écoute et par entendre dans les
versions françaises de la Bible. Ecouter, un verbe dont les correspondants bibliques peuvent
aussi signifier entendre, obéir, apprendre ou comprendre, exaucer, bref, un mot dont les
différentes significations sont relativement simples mais qui est un défi au traducteur de la
Bible quand il doit choisir entre elles 195. Un examen approfondi montre que ces significations
sont assez proches de celles du mot français « écouter ». Ce mot est récurent. Il apparait plus
de 1100 fois196 dans la Bible hébraïque.
60
partie intégrante de lui-même »197. Un intermédiaire peut avoir un rôle éminemment positif
mais il peut tout aussi se révéler désastreux. Le faux prophète sera puni de mort ! (Dt 18, 19-
20) : « si un homme n’écoute pas mes paroles qu’il dit en mon nom, moi-même je lui en
demanderai compte. Mais si le prophète qui ose dire des paroles en mon nom que je ne lui
aurais pas commandé de dire… il mourra, ce prophète » c’est pourquoi un discernement est
toujours de mise. L’essentiel pour l’avoir est l’attachement au seul Dieu d’Israël (cf. Dt 13,
2,5). Plusieurs personnes s’égarent en écoutant des manipulateurs déguisés en prophète
(magiciens, sorciers, astrologues, devins…) (Dt.18,14). Tout ce qui précède souligne
l’importance qu’il y’a pour le prophète d’être authentique et de transmettre la seule parole
qu’il a reçu de Dieu par une écoute attentive. YHWH lui-même attache une importance
particulière à l’écoute du prophète. Au verset 1 il exige au prophète de se tenir debout pour
l’écouter : « Et il me dit fils de l’homme, tiens-toi debout car je te vais te parler » selon
YHWH le prophète doit se lever en d’autre termes sortir des choses d’en bas pour lui accorder
toute son attention car c’est lui qui transmettra au peuple son message. Dieu veut obtenir la
garantie que le prophète l’écoute sachant qu’il demandera aussi au peuple d’écouter le
prophète bien qu’il soit suscité au milieu du peuple ; « un prophète du milieu de toi d’entre tes
frères comme moi, sera mis en évidence pour toi par YHWH ton Dieu, c’est lui que vous
écouterez » (Dt.18, 15) le prophète doit donc être lié à Dieu par l’écoute.
61
d’une vie dans la confusion du monde. Dès lors que le prophète se confond au monde, il perd
l’Esprit de Dieu et ne peut plus s’élever pour remplir sa mission. Le prophète est donc
l’homme qui marche selon l’esprit afin de ne pas accomplir les désirs de la chair (Ga 5, 16).
La chair étant ici « l’expression que la Bible utilise pour décrire tout ce qui, dans une
personne, s’oppose à Dieu et à sa volonté »199 . Le prophète est un mis à part dans le peuple,
un homme debout et comme dit le grec « propheroi200 » (parlant pour) le relèvement du peuple
qui est sensé être à son écoute. De cette interpellation il ressort que la première attitude du
prophète c’est d’être un mis à part effectivement engagé et concentré sur sa mission.
62
l’assurance qu’il ne prêchera pas pour rien. Il doit être convaincu que son travail portera du
fruit et ne pas être déstabilisé par la non réception de son message, encore mois assoiffé de
voir respecter les paroles qu’il transmet.
En somme, Dieu prescrit au prophète Ezéchiel une attitude d’un travailleur connecté à
son maître, rompu à sa tâche et convaincu de l’atteinte des objectifs. Dans l’assurance que
cette dernière ne dépend pas de lui mais des desseins de Dieu.
II. HERMENEUTIQUE
203
K.J CONNER et K. MALMIN, le défi de l’herméneutique, Editions Ministère Multilingue international,
Longueuil (Québec), 2005, P.,9.
63
d’autres religiosités.
Culte de la Absence d’humilité, de Formation négligée ou Création du statut de
personnalité du tolérance et de (Décalage approximativement suivi prophète indésirable.
prophète. entre le message proclamé Pas de suivi rigoureux
et le vécu quotidien du des pasteurs sur le terrain
prophète.)
Laxisme du Ne prend les problèmes Essoufflement dans -Pas de développement
prophète de l’Eglise à cœur, l’engagement et le zèle humain et infrastructurel de
pense avoir le choix au travail l’Eglise
entre remplir sa mission -Une foi chancelante des
et faire autre chose fidèles
204
K.J CONNER et K. MALMIN, Op. Cit, p., 14.
64
-Manque de sérieux de
l’Eglise.
65
Le constat aujourd’hui est que certains prophètes ne se considèrent plus comme des
mis à part. Plusieurs sont intéressés par la vie de la chair. Des conflits éclatent dans l’Eglise à
cause des rivalités issues des activités mondaines où pasteurs et fidèles ou monsieur tout le
monde se retrouvent. L’élévation spirituelle tend à ne plus être la réalité partagée du clergé.
Nombre de prophètes sont engagés dans la course à l’enrichissement et au pouvoir. Des
scandales liés à l’adultère font écho impliquant les hommes sacrés. Les détournements de
biens de l’Eglise ont atteint la côte de tolérance qui les installe dans le très souvent entendu et
donc banalisables. Le portrait du prophète aujourd’hui s’éloigne dangereusement de celui du
mis à part que lui réclame l’Eternel, ordonnateur de sa mission.
On ne manque pas de suivre des cris de détresse des chrétiens abandonnés à eux-
mêmes. Il en est de même des plaintes de prophètes qui constatent la non écoute de leur
parole. Bien plus des critères d’écoute semblent aujourd’hui élaborés considérant les plus
offrants comme les plus obéissants à la parole prophétique.
205
J SMITA, prêche toute la parole, Editions Ministère Multilingue International, Longueuil (Québec), 2004,
P., 425.
66
En général, les constats sur la mission du prophète aujourd’hui font état de la présence
de l’ivraie. Fort heureusement, il y a un bon reste qui assure la continuité d’un prophétisme
authentique.
Toutefois des solutions doivent être trouvées pour qu’à défaut supprimer l’ivraie, le
réduire considérablement et arrêter sa croissance.
« La mission est avant tout dynamisme ; elle est un élan vivant à la fois vivifiant et
vital pour l’église qu’elle réveille et maintient en vie par le témoignage de ceux qui sont
envoyés »206. Cette perception de la mission qui transcende les époques correspond à la
logique de ce travail. Elle met le prophète au centre de la mission et interpelle sa vocation.
Les présentes propositions sont ainsi orientées sur les aspects de la vocation ressortis de
l’étude exégétique d’Ezéchiel 2, 1-5 et développés plus haut. A savoir l’appel, la parole
prophétique et l’attitude du prophète.
206
M. LEENHARDT et al, Protestantisme et Missions, édition « Je sers », paris, 1951, p., 127.
67
Bien assumer sa Évaluer les pasteurs Définir des normes et cadres d’évaluation de la mission des
vocation pasteurs au sein des consistoires.
68
Mettre fin à l’illusion du miracle Enseigner continuellement la foi au
immédiat dans le peuple peuple de Dieu
Prêcher la Garantir le fond théologique et Légaliser la canonisation dans tous
parole kérygmatique du message les instituts de formation de l’Eglise
authentique Poursuivre l’exercice régulier de la
aujourd’hui Délivrer des messages contextualisés prédication dans les séminaires
Organiser des recyclages sur la
Que le messager s’approprie le message
prédication dans les consistoires
de Dieu comme partie intégrante de lui-
même (cela implique une réponse de son
propre cœur)
Conclusion
Ce quatrième chapitre de notre travail basé sur la théologique et herméneutique
d’Ezéchiel 2, 1-5 nous a conduit tour à tour à établir la vocation prophétique comme thème
majeur de ce passage. L’étude approfondie de ce thème nous a fait regarder en profondeur ses
différents aspects qui ressortent de ce passage à savoir la l’appel, la parole prophétique et
l’attitude du prophète. De cette étude, des leçons conduisant à l’amélioration de la mission
prophétique ont été dégagées. Il en ressort principalement que comme à l’époque d’Ezéchiel,
la vocation prophétique est mise à rude épreuve aujourd’hui il est donc nécessaire de
s’inspirer des recommandations de Dieu à Ezéchiel pour la modeler davantage.
213
D. LANE, op., cit, p., 19.
69
CONCLUSION GENERALE
Parvenu au terme de notre travail qui porte sur « la vocation du prophète pour une mission
auprès d’un peuple rebelle : étude exégétique d’Ezéchiel 2 : 1-5», nous notons qu’il a été
question dans un premier temps d’introduire le livre d’Ezéchiel, ensuite de faire les différentes
critiques exégétiques (textuelle, historique et littéraire), puis de commenter le texte et d’y
ressortir la théologie ainsi que l’herméneutique. La méthode utilisée est historico-critique. Dans
le premier chapitre, nous avons montré que le livre d’Ezéchiel qui est parmi les grands
prophètes (48 chapitres), s’étend sur l’époque exilique. On retrouve dans chacune de ses
principales parties un « noyau ézéchielien » qui affirme la main du prophète ou de ses disciples,
mais on reconnait également que les rédacteurs ont développé et commenté l’œuvre laissée par
Ezéchiel. La présence de plusieurs rédactions distinctes et indépendantes de la prédication du
prophète l’a confirmé. Toute chose qui nous a amené à retenir que le livre sous sa forme
présente n’aurait pas été éditée par le prophète lui-même. Ses matériaux remontent à lui ou à
ses disciples, et ils ont été utilisés par un éditeur qui a suppléé à ce qu’il ne trouvait pas dans
ses sources. Le livre d’Ezéchiel bien que partant d’un homme considéré comme le prophète
des Juifs exilés en Babylonie, vivant au milieu d’eux, s’inscrit dans le plan de grâce de Dieu
pour un peuple rebelle mais destiné à la gloire. Une caractéristique qui va au-delà de Juda. Il est
ainsi destiné dans une large mesure à tout Israël et par extension aux sociétés contemporaines et
modernes captives de plusieurs maux.
Le texte d’Ez 2,1-5 se situe dans la première partie du livre. Cette partie présente la
vocation du prophète Ezéchiel. Celle-ci se déroule dans une grande vision où dans un premier
temps Ezéchiel contemple la gloire de Dieu et témoigne de sa toute puissance avant de recevoir
de lui l’appel et l’ordre qui fait de lui missionnaire auprès de son peuple rebelle.
Le texte d’Ezéchiel 2,1-5 fait suite à la première vision de la gloire de Dieu et s’inscrit
dans le récit de vocation qui se poursuit jusqu’au chapitre trois. La voix narrative et l’usage de
la première personne du singulier la position prédominante des chercheurs sont des arguments
qui ont pesé pour l’authenticité de ce texte étudié qui seraient en définitive de la main
d’Ezéchiel lui-même. Il aurait été rédigé par le prophète dans l’année 593 avant J.C étant en
exil à Babylone.
Au deuxième chapitre, nous avons fait une étude critique du texte d’Ez 2, 1-5. La
critique textuelle a permis d’adopter un texte hébreu et la version française correspondante. La
critique historique a permis de placer le texte dans l’intrigue de l’histoire du peuple d’Israël, de
démontrer son authenticité au prophète et de déterminer sa date de rédaction. La critique
70
littéraire a permis de ressortir les frontières, la structure du passage et de maitriser ses
contextes. Cette étude nous a permis d’avoir une plus grande compréhension de ce texte et
même de prendre position sur un certain nombre d’éléments qui tournent autour de ce texte
nous rendant davantage vers le texte original.
Au troisième chapitre, le commentaire exégétique nous a permis de dégager la
signification profonde du texte d’Ez2, 1-5 axée sur la mission prophétique. L’étude a ressortie
les spécificités de la vocation et de la mission du prophète. L’on a exploré un processus de
communication du prophète avec Yahvé dont les temps forts ont été l’interpellation du
prophète, la réception du Saint Esprit, l’envoi et la préparation du prophète à la résistance du
peuple vis-à-vis de son message prophétique. Il ressort de ce chapitre que le prophète Ezéchiel
est appelé à un ministère prophétique, pour un travail bien structuré qui va constituer dans un
premier temps à démontrer que la terre promise et le sanctuaire de Yahweh seraient enlevés aux
israélites à cause de leurs péchés passés et présents. En deuxième lieu, il lui incombait de
prêcher que ce jugement inéluctable devrait engendrer chez les exilés non pas fatalisme ou
défaitisme, mais un acte de repentance individuel. Dans un troisième temps, Ezéchiel devrait
prêcher que malgré cet effondrement à venir de la nation d’Israël, il y’avait un avenir pour le
peuple porteur des promesses de Dieu.
Au quatrième chapitre les thèmes théologiques que sont la mission prophétique, la
parole prophétique, l’écoute de la parole, la rébellion du peuple, le jugement, la mission du
Saint Esprit ont été ressortis. Il a été observé que tous ces thèmes interviennent dans la mission
du prophète Ezéchiel pour laquelle Dieu prépare son élu. Aussi la préparation du prophète à
une mission auprès d’un peuple rebelle a été retenue comme thème central de l’étude.
Le constat d’un peuple rebelle se manifeste aujourd’hui par une écoute relative de la
parole de Dieu. Ce constat appelle à une mission prophétique établi sur une vocation solide.
Cependant, sur ce plan, notre étude révèle une réalité préoccupante :
Le prophète n’est pas suffisamment démarqué de la mêlée du peuple de nos jours ;
Des prophètes, confrontés aux réalités contemporaines semblent douter du succès de
leur mission « descendent en Egypte » pour chercher secours ;
La persévérance prophétique fait défaut chez plusieurs prophètes ;
La parole du prophète subit des influences et n’est plus toujours authentique ;
La suivi des vocations connait beaucoup d’insuffisances.
Le texte étudié présente Dieu lui-même à l’œuvre de communication d’une vocation à
Ezéchiel afin qu’il ne développe pas ces carences prophétiques. Cette étude a ainsi dégagé
quelques pistes de solutions pouvant contribuer à l’amélioration de la mission prophétique
71
aujourd’hui dans l’E.P.C ; ces propositions concernent le prophète et l’Eglise. Elles peuvent se
résumer en deux points.
Le prophète de par sa vocation, est appelé à être un mis à part, un homme
attentionné, persévérant et serein devant Dieu, s’appuyant uniquement sur la force
du Saint-Esprit et proclamant essentiellement le message reçu de Dieu.
L’Eglise est appelé à éprouver et évaluer les vocations aussi bien au début que dans
leur exercice, assurer toujours une formation de qualité, prendre en charge les frais
de formation des séminaristes.
Sans toutefois prétendre avoir donné toutes les solutions à l’impertinence de la vocation
prophétique dans l’E.P.C., nous pensons que ces suggestions peuvent être d’un apport réel
pour la revalorisation de l’identité prophétique de l’E.P.C et l’efficacité d’une mission
confrontée aujourd’hui à un peuple rebelle. Notre travail, basé sur Ezéchiel 2,1-5, met un point
d’honneur sur l’encadrement de la vocation prophétique qui est la balise d’une mission
conforme à l’éthique chrétienne. Toute fois un bon suivi de la vocation peut il être la garantie
d’une mission prophétique réussie ?
72
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77
TABLE DES MATIERES
Dédicace …………………………………………………………………………………………i
Résumé ………………………………………………………………………………………….ii
Abstract ………………………………………………………………………………………….v
Liste des abreviations, sigles et acronymes……………………………………………………..vi
Autres abréviations ……………………………………………………………………………vii
INTRODUCTION GENERALE………………………………………………………………...1
CHAPITRE I : INTRODUCTION AU LIVRE D’EZECHIEL....................................................5
INTRODUCTION.........................................................................................................................5
I. PRESENTATION DU LIVRE D’EZECHIEL......................................................................5
I.1. Auteur et destinataires.............................................................................................................5
I.2. La personne la vocation et la pensée du prophète Ezéchiel....................................................8
I .3. Contexte et but du livre........................................................................................................13
II. REDACTION DU LIVRE...................................................................................................17
II.1. Date, lieu de rédaction et canonicité du livre......................................................................17
II.2. plan et formation du livre....................................................................................................18
II.3. les genres littéraires.............................................................................................................19
III. THEMES THEOLOGIQUES ET ENSEIGNEMENTS......................................................20
III.1. La mission du prophète......................................................................................................20
III.2. Le jugement........................................................................................................................21
III.3.La restauration.....................................................................................................................21
Conclusion...................................................................................................................................21
CHAPITRE II : ETUDE CRITIQUE D’EZECHIEL 2 :1-5.......................................................22
INTRODUCTION.......................................................................................................................22
I. CRITIQUE TEXTUELLE...................................................................................................22
I.1. l’analyse grammaticale (voir annexe)...................................................................................22
I.2. Le texte hébraïque adopté.....................................................................................................22
I.3. La traduction française du texte adopté................................................................................22
II. CRITIQUE HISTORIQUE..................................................................................................23
II.1 les acteurs du récit................................................................................................................23
II.2. les lieux et les faits...............................................................................................................23
II.3. critique de l’histoire du texte : critique des rédactions........................................................24
II.3.1. Le fait historique...............................................................................................................24
III. ETUDE DES CONTEXTES................................................................................................26
78
III.1. contexte large.....................................................................................................................26
III.2. Contextes proche................................................................................................................27
III.3. Contexte immédiat.............................................................................................................27
IV. CRITIQUE DES SOURCES, TRADITIONS ET GENRES LITTERAIRES.....................28
III.1. Les formes et les genres littéraires du passage...................................................................28
III.2. L’étude des frontières du passage......................................................................................29
I.1. L’interpellation d’Ezéchiel (V1)...........................................................................................31
I.2. La réception de l’esprit de Dieu par Ezéchiel (V2)..............................................................31
I.3. L’écoute de la parole de Dieu...............................................................................................31
II.1.L’ordonnateur de la mission................................................................................................31
II.2. L’envoie en mission.............................................................................................................31
II.3. les bénéficiaires de la mission.............................................................................................31
III.2. La préparation d’Ezéchiel à la résistance du peuple..........................................................31
III.3. L’écho du message d’Ezéchiel...........................................................................................31
Conclusion...................................................................................................................................31
CHAPITRE III : COMMENTAIRE EXEGETIQUE D’EZECHIEL2,1-5.................................32
INTRODUCTION.......................................................................................................................32
I. ENTRETIEN D’EZECHIEL AVEC DIEU........................................................................32
I.1. L’interpellation d’Ezéchiel (V1)...........................................................................................32
I.2. La réception de l’Esprit de Dieu par Ezéchiel (verset 2)......................................................34
III.3. L’écoute de la parole de Dieu.............................................................................................36
II. L’ORDRE DE MISSION D’EZECHIEL............................................................................36
II.1. L’ordonnateur de la mission...............................................................................................36
II.2. L’envoie en mission.............................................................................................................37
II.3. Les bénéficiaires de la mission............................................................................................37
II.3.1. La rébellion des fils d’Israël.............................................................................................38
III. LA REVELATION DE LA MISSION A EZECHIEL........................................................43
III.1. La communication du message à Ezéchiel.........................................................................43
III.2. La préparation d’Ezéchiel à la résistance du peuple..........................................................44
III.3. L’écho de la présence du prophète.....................................................................................45
Conclusion...................................................................................................................................45
CHAPITRE IV : LES PISTES THEOLOGIQUES....................................................................47
ET HERMENEUTIQUES D’EZECHIEL2:1-5..........................................................................47
INTRODUCTION.......................................................................................................................47
79
I. LES PISTES THEOLOGIQUES D’EZECHIEL 2 :1-5......................................................47
I.1. Aperçu du prophétisme Israël...............................................................................................47
I.1.1. Le concept de prophète......................................................................................................48
I.1.2.. Le prophétisme dans la période exilique...........................................................................49
I.2. La mission prophétique.........................................................................................................50
I.2.1. La vocation.........................................................................................................................51
I.2.1.1. La vision prophétique.....................................................................................................51
I.2.1.2. L’appel............................................................................................................................52
I.3. La parole prophétique et l’écoute..........................................................................................54
I.3.1. La parole prophétique........................................................................................................54
I.3.2. L’écoute de la parole..........................................................................................................55
I.3.2.1. Sens hébreu de l’écoute..................................................................................................55
II.3.2.2. Le sens Grec du l’écoute...............................................................................................56
II.3. L’attitude du prophète en mission.......................................................................................57
II. HERMENEUTIQUE............................................................................................................59
II.1. La mission prophétique aujourd’hui....................................................................................59
II.1.1. La vocation.......................................................................................................................59
I.1.1.1. La parole prophétique.....................................................................................................60
II.1.2. L’écoute de la parole aujourd’hui.....................................................................................61
II.1.3. L’attitude du prophète aujourd’hui...................................................................................62
III.1. Propositions sur la vocation...............................................................................................64
III.2. Propositions sur la parole proclamée.................................................................................64
III.3. Propositions sur l’attitude du prophète...............................................................................65
Conclusion...................................................................................................................................65
CONCLUSION GENERALE.....................................................................................................66
80
ANNEXES
81