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Diversité, Variabilité Et ...

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Développement durable et territoires

Économie, géographie, politique, droit, sociologie


Vol. 8, n°1 | Avril 2017
Modalités de qualification et de gestion des
ressources naturelles (2/2)

Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les


savoirs locaux pour cultiver la biodiversité
Diversity, variability, connectivity: mobilizing local knowledge to cultivate
biodiversity

Renzo d’Alessandro et Thierry Linck

Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/developpementdurable/11548
DOI : 10.4000/developpementdurable.11548
ISSN : 1772-9971

Éditeur
Association DD&T

Ce document vous est offert par Université du Québec à Montréal

Référence électronique
Renzo d’Alessandro et Thierry Linck, « Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les savoirs locaux
pour cultiver la biodiversité », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 8, n°1 | Avril 2017, mis
en ligne le 30 avril 2017, consulté le 02 mars 2022. URL : http://journals.openedition.org/
developpementdurable/11548 ; DOI : https://doi.org/10.4000/developpementdurable.11548

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Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les savoirs locaux pour cult... 1

Diversité, variabilité, connectivité :


Mobiliser les savoirs locaux pour
cultiver la biodiversité
Diversity, variability, connectivity: mobilizing local knowledge to cultivate
biodiversity

Renzo d’Alessandro et Thierry Linck

1 L’agriculture est une activité d’aménagement de la nature et de domestication des


processus biologiques. Son matériau de base, le vivant, présente la particularité d’être
complexe, hétérogène, connecté et changeant. À la différence des procédés physiques ou
chimiques mobilisés dans la transformation de matériaux inertes, les processus
biologiques ne sont jamais parfaitement compris, maîtrisés et prédictibles. On n’y
échappe donc pas : quelles que soient ses formes d’organisation, l’agriculture est toujours
une activité risquée, et pour partie aléatoire.
2 Schématiquement, le risque et l’incertitude appellent deux types de réponses. La
première – l’internalisation – repose sur un principe de préservation de la diversité et de
la variabilité propres au vivant. Elle s’appuie sur une connaissance fine des écosystèmes
et une inflexion située des processus biologiques. Il s’agit ici de valoriser les
fonctionnalités écosystémiques1 dans une démarche de coévolution des productions
animales et végétales, des milieux de culture et de l’espace social, culturel et symbolique
propre à la société locale. La seconde – l’externalisation – repose sur un principe
d’évitement des risques, de dissociation et de rupture des chaînes trophiques. La
domestication vise alors essentiellement les espèces animales et végétales réputées
« utiles » et l’expression de leurs « performances » dans une démarche de simplification
des écosystèmes et de standardisation des milieux de culture par l’emploi systématique
de machines et de produits de traitement.
3 Cette seconde option – qui fonde le modèle agricole « conventionnel » – trouve son
origine dans le développement des industries chimiques et mécaniques. Leur essor a

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Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les savoirs locaux pour cult... 2

permis l’instauration d’une dissociation stricte entre l’agriculture, la production de


fournitures et la transformation alimentaire. L’unification planétaire des marchés a
concouru d’autant plus efficacement à la diffusion du modèle que la substitution des
ressources locales2 par des moyens de production d’origine industrielle conduit à situer
l’ensemble du secteur agroalimentaire dans les temporalités courtes propres à l’échange
marchand. Cette substitution a entraîné un accroissement spectaculaire de la
productivité apparente des facteurs3 qui explique in fine le poids des stratégies centrées
sur la recherche d’économies d’échelle, l’accaparement de terres ou encore la
concentration du capital au sein du complexe agro-industriel. Deux remarques s’imposent
ici. D’une part, le processus trouve inéluctablement ses limites dans l’épuisement des sols
et la perte d’efficacité des produits de traitement. L’agriculture conventionnelle est ainsi
reconnue comme la première responsable de l’érosion de la biodiversité (Parmentier,
2009 ; Dorst et Barbault, 2012 ; Barbault, 2006 ; Fortier, 2009). D’autre part, la productivité
des facteurs ne prend en compte que les valeurs marchandes. Le coût d’entretien des
ressources biotiques (le vivant) et cognitives (les connaissances) n’est pris en compte et
intégré que dans la mesure où elles font l’objet d’une appropriation individuelle et
exclusive.
4 Cette présentation très succincte révèle quelques repères intéressants. Le modèle
conventionnel puise sa force dans le développement des échanges marchands et
l’organisation des marchés. Il s’appuie sur une production extrêmement centralisée des
connaissances et des moyens techniques destinés à l’agriculture, sur la standardisation
des milieux de culture et la banalisation de l’aliment. Enfin, l’érosion de la biodiversité
constitue elle-même une source de rentes dans la mesure où l’essentiel des charges
qu’elle impose est externalisé, c’est-à-dire transféré vers l’agriculture et les générations
futures. Mais qu’en est-il de l’option « internalisation » évoquée plus haut ?
5 Notre réflexion s’appuie fondamentalement sur le « maïs natif » de Tenejapa4, un
assemblage de variétés locales5 construit dans une démarche de biodiversité cultivée.
Nous partons du fait que la diversité biologique repose sur un agencement de flux
d’énergie, d’aliments et d’information, la complexité de l’agencement et l’intensité des
flux pouvant alors être reconnues comme facteurs de stabilité et de résilience des
écosystèmes (Groussard et Marsal, 1998 : 8-10). Il en va de même pour la diversité
cultivée, à ceci près que la circulation combinée des gènes et des connaissances en
constitue la clé. La référence au savoir local est donc essentielle. Nous l’aborderons en
considérant qu’il s’agit moins d’un savoir hérité – précolonial ou préindustriel – que d’un
savoir ancré et construit dans le local.

Figure 1. Le maïs natif : un assemblage de variétés locales

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Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les savoirs locaux pour cult... 3

6 Cette acception cale l’ensemble de notre démarche et structure une problématique


centrée sur les modalités de construction et d’appropriation du savoir local. La
biodiversité cultivée peut ainsi être définie « en creux », par ce qui l’oppose au modèle
des semences certifiées, avec ses lignées homogènes et invariantes, ses cloisonnements,
sa verticalité et son régime d’appropriation formelle, individuelle et absolue. Tel qu’il
apparaît à Tenejapa, le savoir local est doté de propriétés proches de celles qui
caractérisent le vivant : c’est un savoir malléable, perpétuellement recréé, étroitement
connecté aux milieux de cultures, mais aussi aux attentes, aux usages (notamment
alimentaires), aux croyances et aux hiérarchies qui structurent la société locale. C’est
aussi un savoir qui circule entre les générations et les unités domestiques… et qui circule
de façon d’autant plus fluide qu’il est partagé.
7 L’étape de la sélection est essentielle : elle montre que la construction et l’appropriation
du savoir local sont une entreprise collective. Elle est tour à tour masculine et féminine,
attachée à deux espaces clés : la milpa (cette parcelle multifonctionnelle emblématique
des cultures mésoaméricaines) et la troje (la cuisine, cœur de l’univers féminin). Dans l’un
et l’autre cas, la sélection mobilise des savoirs transmis, fait largement appel à
l’expérience, à l’intuition et à l’inventivité du sélectionneur. La milpa, comme la troje sont
des espaces d’apprentissage, d’expérimentation et de partage. Enfin, la milpa est aussi le
lieu où les compétences de sélectionneur et d’agriculteur de son détenteur sont exposées
aux yeux de tous et où se construit son prestige à l’échelle de la communauté.
8 L’appréciation collective des compétences individuelles invite à reconnaître dans la
sélection et la circulation des semences une entreprise de gestion collaborative d’un
« capital » génétique commun et, au-delà, de construction sociale de la fertilité. Les
semences de tous ont vocation à circuler et donner lieu à de nouveaux assemblages dans
un processus relancé en boucle de génération en génération. C’est également une
procédure décentralisée : tous gèrent une part de la réserve communautaire de semences.
9 Pourtant, les savoirs ne circulent pas avec la même fluidité que les semences de maïs :
leurs composants les plus intimes – ceux qui font lien avec la part immatérielle du cosmos
– restent exclusifs des lignages. Cette exclusivité en assure la cohésion et marque leur
position ainsi que leurs capacités d’action au sein de la communauté. Les modalités de
l’articulation circulation/appropriation des gènes et des connaissances témoignent enfin
de l’intensité des interactions entre savoirs techniques et savoirs relationnels ainsi que de
leur ancrage dans le temps et dans le local.
10 L’érosion de la biodiversité est un défi majeur qui appelle une connaissance fine des
écosystèmes et une hybridation des savoirs. Mais celle-ci est-elle seulement
envisageable ? Le mouvement des semences paysannes souligne toute la pertinence et
l’actualité de la biodiversité cultivée. Mais il suggère aussi que l’hybridation appelle une
mise en concordance de postures antinomiques, tant pour ce qui touche les régimes
épistémiques que ce qui renvoie aux rapports à la nature, au marché, au temps et à
l’espace.
11 Cet article renvoie à une problématique large de la biodiversité cultivée : il met en relief
le fait que la circulation des semences et l’aménagement de l’écosystème repose sur la
circulation et le partage de savoirs et des gènes. Engagée dans cette perspective, notre
étude mobilise et réexamine des informations recueillies dans le cadre d’une recherche
doctorale conduite entre 2012 et 2014 (D’Alessandro, 2014). Les données recueillies et
utilisées ici n’ont pas la prétention d’être exhaustives : elles n’ont pas vocation à produire

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Diversité, variabilité, connectivité : Mobiliser les savoirs locaux pour cult... 4

une monographie. Elles portent cependant pour partie sur des aspects intimes des
communautés visitées6. Ce que nous pouvons en dire aujourd’hui est le reflet de la
confiance que nous ont accordée leurs habitants au terme de nombreux séjours sur le
terrain et dans les limites de la démarche suivie (travail d’immersion, entretiens
informels, semi-directifs, individuels et collectifs).

1. Vers une approche large de la notion de savoir local


12 Le savoir local – entendu moins comme un legs que comme l’ensemble des connaissances
construites et mobilisées localement – constitue une clé essentielle de la conservation de
la diversité biologique, de l’accompagnement du changement climatique et de la
souveraineté alimentaire. L’implication de l’homme dans les chaînes trophiques et la
valorisation des fonctionnalités écosystémiques n’exigent-elles pas une connaissance fine
des écosystèmes et de leur fonctionnement ? Mais il faut alors reconnaître que ce savoir
local là reste encore, dans une très large mesure, à comprendre, (re)découvrir et
configurer. La complexité même du vivant, l’enchevêtrement de ses trames temporelles
et spatiales posent des exigences difficilement compatibles avec les approches
dissociatives, les temporalités courtes et le principe même d’une appropriation
individuelle et exclusive des richesses, de la terre et de la nature, qui fondent l’échange
marchand et le modèle agroalimentaire aujourd’hui dominant.
13 Comment situer le savoir local dans un champ problématique qui lie la construction du
rapport au vivant et celle du lien social ? Nous avons choisi d’aborder la question à
travers d'un prisme : celui que nous fournit le « maïs natif » de Tenejapa, un assemblage
de variétés locales développé par des communautés tzeltales dans les montagnes du
Chiapas au Mexique. Le maïs natif est ici bien davantage qu’un héritage et bien loin de
constituer un simple « don de la nature » : c’est une ressource construite collectivement
qui associe la circulation et le partage de gènes et de connaissances, qui mobilise à la fois
la complexité et l’hétérogénéité du vivant, la connectivité, l’horizontalité et la
malléabilité du savoir local.

1.1. La construction du vivant

14 Il suffit, pour souligner l’importance des enjeux liés à la circulation des semences et au
partage des gènes, de mentionner qu’elle conditionne l’entretien de la fertilité dans la
durée et l’internalisation des risques et des charges qu’implique l’aménagement des
écosystèmes. Abordée dans la perspective d’une biodiversité cultivée, la circulation des
semences procède d’un choix : situer la maîtrise des processus biologiques dans les temps
longs d’une adaptation réciproque, d’une coévolution des variétés cultivées, des pratiques
et des écosystèmes. Ce choix, radicalement opposé à celui que porte le modèle
agroalimentaire désormais hégémonique à l’échelle planétaire, s’inscrit dans une
stratégie d’internalisation des risques et des coûts environnementaux. La diversité (en
l’occurrence inter et intravariétale) et l’adaptabilité sont des atouts construits et
entretenus pour faire face aux aléas bioclimatiques et aux risques inhérents aux
processus biologiques aux différentes échelles où ils sont mis en œuvre. Cette stratégie
est nécessairement collective : les semences et les gènes doivent circuler d’une unité de
production à l’autre. C’est une question d’échelle : un agriculteur ne peut pas prélever
indéfiniment la totalité de ses semences sur ses seules récoltes sans en appauvrir la

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diversité génétique (qui découle de la quantité de gènes présents dans la population d’une
variété donnée) (Barbault, 2006). C’est aussi une exigence qui tient au fait que
l’expression et l’entretien du potentiel génétique d’une variété (comme d’un assemblage)
supposent son exposition à des situations et des contextes variés. Dans l’un et l’autre cas,
la circulation des semences peut être considérée comme un élément structurant d’une
gestion collective de la fertilité dans la mesure où elle engage la totalité du processus
productif (Chable, 2005 ; Demeulenaere et Goulet, 2012 ; Demeulenaere et Bonneuil, 2010).
15 Le principe d’une coévolution des variétés et du milieu dans lequel elles sont cultivées
présuppose la construction, mais aussi la mise en commun de savoirs spécifiques. Si la
circulation des semences ne constitue pas le seul support du partage et de la transmission
des savoirs, c’est sans doute l’un des plus significatifs dans la mesure où la semence est un
élément structurant du système productif7 et du fait que tout le savoir local est mobilisé.
Les connaissances qui circulent avec les semences s’inscrivent en effet dans un spectre
large : elles portent sur les processus de sélection et sur la plante elle-même, sur
l’écosystème cultivé et donc sur les interactions entre la plante et les différentes espèces,
végétales, animales et microbiennes qui lui sont plus ou moins étroitement associées.
Elles incluent également les savoirs qui structurent les itinéraires techniques et ceux qui
fondent les usages et des rituels alimentaires. Au-delà, elles intègrent les savoir-
apprécier, les valeurs symboliques attachées à la plante et à l’aliment ainsi que l’ensemble
des valeurs et des rituels qui font lien à l’échelle des communautés domestiques et de la
société locale. Enfin, elles incluent aussi les représentations partagées de la nature et de
la place dévolue à l’homme. Toutes ces connaissances sont mobilisées en amont du travail
de sélection, elles sont incorporées dans les semences et circulent avec elles avant d’être
confrontées et combinées à d’autres connaissances lors de nouvelles opérations de
sélection.
16 L’importance des enjeux liés à la circulation des connaissances tient aussi,
fondamentalement, au fait que la construction du maïs natif procède d’une démarche
collaborative et décentralisée cohérente avec l’organisation sociale paysanne. D’une part,
parce que les compétences, l’inventivité et l’expérience de tous sont potentiellement
mobilisées dans la production de semences qui ont toute vocation à circuler au sein de la
communauté. D’autre part, parce que tous les agriculteurs sont dépositaires et
gestionnaires d'une partie des réserves de semences et du patrimoine cognitif de la
communauté : ils sont, par là, investis d’une responsabilité collective. L’organisation
communautaire permet ainsi à la fois de multiplier les expérimentations, de « digérer »
les échecs et les emprunts et de donner une cohérence et une trajectoire à la construction
du maïs natif. De ce point de vue, le maïs natif de Tenejapa est l’aboutissement d’un
processus relancé sur plusieurs millénaires, également marqué par l’émergence de
systèmes productifs complexes – dont la milpa est sans conteste l’élément le plus
emblématique –, de régimes alimentaires particuliers et des représentations collectives
qui placent l’homme au cœur d’une nature dont il est tributaire et qu’il n’a pas vocation à
dominer.

1.2. Un savoir vivant construit localement

17 Tel que le révèle le prisme du maïs natif, le savoir local apparaît avant tout comme un
savoir vivant et connecté. C’est une vision qui tend à être assez largement partagée
depuis la seconde moitié du siècle passé, avec la publication de La pensée sauvage (Lévi-

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Strauss, 1962) et la célébration du Sommet de la Terre à Rio en 1992, mais sans que la
notion de savoir local ait perdu toute son ambiguïté, et sans que les clivages anciens ne
soient encore véritablement dépassés.
18 Les notions de savoir « écologique », « naturaliste » ou encore celle de « système de
savoirs écologiques et autochtones » sont opportunément mobilisées pour « réhabiliter »
les savoirs locaux et en souligner la richesse, la précision et la rigueur scientifique (Roué,
2012 : 2-3). Dans cette perspective, le savoir local reste associé à un domaine particulier –
celui de la nature – et se trouve donc directement confronté – et donc relié – à un registre
spécifique des connaissances scientifiques : l’écologie entendue dans un sens large. Cette
approche est en soi quelque peu réductrice : en situant le savoir local sur le champ d’une
discipline particulière, elle s’interdit de voir qu’il englobe également des pratiques
sociales, des modes de transmission, des valeurs et des rituels, une représentation du
monde et une éthique. Par là, elle contribue à légitimer le discours des politiques
publiques sur le développement participatif, s’inscrit dans une démarche d’hybridation
qui donne sens aux projets de sélection collaborative et aux pratiques de « conservation
in situ » de la biodiversité (Bonneuil et Demeulenaere, 2007) et plus largement aux
démarches d’écologisation des politiques publiques8. Mais en même temps, elles font alors
inévitablement abstraction de l’hétérogénéité des régimes épistémiques, et donc peu de
cas des problématiques liées à l’appropriation du vivant et des connaissances, au
développement des rapports marchands et au rapport au foncier. En réalité, le savoir
local procède d’une démarche holiste alors que la vision occidentale « moderne » et
naturaliste est dichotomique : elle oppose culture et nature, et l’homme, séparé de toutes
les entités qui la composent, y trouve difficilement sa place (Descola, 2002 ; 2015).
19 Les notions parentes de savoir « autochtone », « indigène » ou, plus largement
« traditionnel » renvoient à des objectifs différents et portent des ambiguïtés d’une autre
nature : le savoir local est d’abord perçu comme un savoir hérité, « ancestral » – et donc
plus ou moins figé et replié sur lui-même9. Il est alors question d’un savoir propre à des
sociétés particulières, que l’on met (à juste titre) en avant pour afficher une antériorité et
revendiquer une reconnaissance politique, une autonomie territoriale ainsi que des droits
à la terre, aux ressources biotiques, voire à des réparations (Roué, 2012 : 4-5) 10.
L’ambiguïté se situe ici à trois niveaux. D’une part, tous les « indigènes » ne se
reconnaissent pas comme « autochtones ». D’autre part, la « tradition » ne saurait suffire
à caractériser un savoir local : ce n’est jamais qu’une représentation contingente qu’une
société se fait d’elle-même et de son passé (Nora, 1994 ; Hobsbawn et Ranger, 2012 ;
Lenclud, 1987). Enfin, la biodiversité telle qu’elle est pratiquée à Tenejapa, et notamment
la place que tient la circulation des semences et des connaissances suggèrent que le savoir
local relève davantage d’un ancrage dans la nature et dans l’ordre social existant que
dans un passé inévitablement mythifié et éventuellement instrumentalisé11.

1.3. Un savoir connecté

20 Et d’ailleurs, pourquoi faudrait-il réserver l’usage de la notion de savoir local aux seules
sociétés dépositaires d’une tradition précoloniale ou même préindustrielle ? L’importance
des enjeux liés à l’érosion de la biodiversité et les effets dévastateurs de la diffusion des
choix techniques propres au modèle agroalimentaire dominant (Mazoyer et Roudart,
2002) ne suggèrent-ils pas qu’il convient d’aborder la biodiversité cultivée moins comme
l’expression d’un legs (des savoirs hérités) que comme celle d’un choix et de

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constructions collectives contingentes ? Le développement, dans des contextes fort


éloignés, du mouvement des semences paysannes suggère que cette piste est loin d’être
dépourvue d’intérêt (Chable, 2005 ; www.semencespaysannes.org).
21 Le savoir local reste donc, dans notre démarche, avant tout un savoir vivant et connecté.
Il fallait, pour en rendre compte, caler notre démarche sur une acception large de la
notion de connaissance. Nous devions rompre avec les approches fondées sur une
organisation arborescente des savoirs et leur découpage en registres étanches et figés :
elles rendent difficilement compte de l’immanence, de la connectivité et de l’unité du
savoir local tel qu’il nous est apparu à Tenejapa. Ces approches et les clivages qui leur
sont plus ou moins explicitement attachés fondent ce que l’on tend aujourd’hui à
reconnaître comme un double mythe de la modernité (Latour, 1991). Le premier relève
d’une rupture stricte entre nature et culture, fondé sur un développement autonome des
connaissances scientifiques et techniques et situe l’homme en dehors d’une nature qu’il
aurait vocation à dominer, mais dont il dépend pourtant inexorablement. Le second
renvoie à la « marche du progrès » posée comme un mouvement rédempteur, linéaire,
nécessaire et universel, étroitement associé au développement des échanges marchands
et à la diffusion d’une appropriation individuelle et exclusive des richesses, de la terre et
de la nature.
22 Ces approches demeurent largement dominantes sur le front des politiques publiques et
de la construction du développement. Leurs limites restent encore très présentes dans les
oppositions « moderne-traditionnel », « savant-profane », « rural-urbain », dont la
recherche a encore du mal à se démettre tant elles imprègnent nos représentations et nos
pratiques scientifiques. Elles portent pourtant la marque d’un ordre, d’un rapport de
pouvoir et quelques rémanences de ces « missions civilisatrices » associées aux
entreprises de colonisation conduites du XVIe au début du XXe siècle et qui marquent
aujourd’hui encore les démarches diffusionnistes (la « vulgarisation ») du « progrès »
technique, du marché et du « développement » en direction des campagnes et des
paysanneries, notamment au Sud.

2. Cadrage méthodologique : les appropriations du


vivant et du cognitif
2.1. Le technique et le relationnel

23 Le choix d’une acception large de la notion de connaissance et nos réserves à l’égard des
approches dissociatives et des cloisonnements nous ont logiquement conduits à dépasser
le principe d’un découplage des savoirs techniques et relationnels. Les premiers (les
connaissances mobilisées dans la transformation de la nature et de ses produits) sont,
dans notre approche, étroitement connectés aux seconds (les normes locales, les valeurs,
les règles et les représentations qui structurent le lien social et cadrent les modalités
d’appropriation des ressources, de la nature et des connaissances). Les interactions entre
savoirs techniques et relationnels s’inscrivent dans des régimes épistémiques
particuliers : ainsi, la biodiversité cultivée exige du temps et appelle donc une mise en
phase, dans les cadres territoriaux déterminés, des temporalités propres aux processus
biologiques et de celles qu’exigent les apprentissages et la transmission des
connaissances. Elles découlent également du fait que la biodiversité cultivée présuppose
une mise en concordance des efforts (individuels et collectifs) investis dans

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l’aménagement de la nature et le partage des fruits qui en sont attendus comme dans la
construction des ressources « naturelles » (Mazoyer et Roudart, 2002)12.
24 L’attention portée aux trames temporelles et spatiales, à la connectivité des savoirs, à la
circulation et aux formes d’appropriation ouvre de nouvelles perspectives. Le savoir local
peut ainsi apparaître comme l’expression d’un choix qui marque la spécificité de la
biodiversité cultivée et l’oppose au modèle agroalimentaire dominant. Les quatre notions
qui viennent d’être évoquées correspondent en effet à autant de points de clivage : elles
font référence dans les deux modèles, mais prennent sens dans des perspectives
diamétralement opposées.

2.2. Du local au global : des trames temporelles et spatiales


antinomiques

25 Considéré dans ses grandes lignes, le modèle agroalimentaire dominant est marqué par
son caractère dissociatif, ses temporalités courtes et une emprise spatiale
extraordinairement étendue. Il l’est tout autant par le fait que la circulation est portée
par le primat d’une appropriation individuelle des richesses et des ressources
(matérielles, cognitives et biotiques) inhérente au développement des échanges
marchands sur une échelle planétaire. Seuls circulent dans les circuits de l’échange
marchand des biens aisément identifiables (et donc homogènes) et dotés d’une valeur
d’échange propre : les compétences locales et les fonctionnalités écosystémiques y
trouvent donc difficilement leur place13. Le système agroalimentaire repose en effet
fondamentalement sur une division du travail dont l’origine tient à une rupture radicale,
marquée d’un côté, par la production centralisée de connaissances et de moyens
techniques standardisés et, de l’autre, par leur utilisation dans des contextes
extrêmement variés. L’unification des marchés et l’uniformisation des produits et des
pratiques productives jouent ainsi un rôle décisif dans la banalisation de l’aliment. La
dissociation des productions agricole et alimentaire transforme l’agriculteur en un simple
fournisseur de matières premières indifférenciées pour les industries alimentaires au prix
d’une diminution considérable du nombre des espèces animales et végétales produites et
consommées (Hervieu, 1993). Elles jouent également dans le sens d’une simplification des
écosystèmes cultivés, au prix d’une érosion considérable de la biodiversité (Mazoyer et
Roudart, 2002). Les recettes techniques universelles, les énergies carbonées, les matériaux
biologiques standard, les intrants et les équipements d’origine industrielle se substituent
aux savoirs locaux et aux ressources écosystémiques : la gestion de la fertilité tend dès
lors à se concevoir et à se construire bien davantage à l’échelle des parcelles
expérimentales et des laboratoires spécialisés des industries d’amont qu’à celle des
exploitations et des territoires ruraux.
26 Il reste que ce modèle est lui aussi l’expression d’un choix, une réponse aux incertitudes
et aux risques inhérents à la mise en œuvre de processus biologiques. Ce choix, à la
différence de la biodiversité cultivée, s’inscrit dans une démarche de contournement et
d’externalisation qui explique en dernier ressort son succès et sa diffusion rapide. Son
efficacité et sa supériorité supposées sont appréciées à l’aune de la productivité du
travail. Il est question là d’un indicateur biaisé dans la mesure où il repose sur la seule
prise en compte des valeurs marchandes : il fait abstraction des ressources qui ne font pas
l’objet d’une appropriation individuelle (les compétences locales et les services
écosystémiques) ni de la charge qu’entraîne à terme la destruction de la biodiversité.

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Considéré dans cette perspective, le modèle agroalimentaire repose sur un partage des
risques et des coûts environnementaux construit dans le court terme aux dépens des
générations futures et des agricultures les moins « performantes ».
27 Tout comme dans le modèle de la biodiversité cultivée, la gestion du vivant constitue une
clé de voûte du système agroalimentaire global. Mais les constructions variétales relèvent
ici d’un monopole strict d’organismes professionnels et de firmes qui cantonne les
agriculteurs dans un rôle passif d’usagers finals et oriente en conséquence l’ensemble des
choix techniques qu’ils sont appelés à mettre en œuvre. Les deux démarches sont
antinomiques. Les lignées génériques, homogènes et prédictibles du modèle
agroalimentaire global sont destinées à être cultivées dans des milieux standardisés par
l’usage systématique de machines et d’intrants de synthèse (Demeulenaere et Bonneuil,
2010). À l’inverse, la biodiversité cultivée mise sur l’adaptabilité de variétés hétérogènes à
la diversité des environnements de culture. Le clivage est accentué par le fait que les
procédures d’enregistrement reposent sur des codes propres au modèle global et qui
imposent des critères de « distinction, d’homogénéité et de stabilité » relevant a priori
d’exigences davantage marchandes et formelles que d’ordre strictement agronomique
(Demeulenaere et Goulet, 2012 : 123). Le découplage de la production agricole des
fonctions de sélection, de création variétale et de conservation implique que les semences
circulent. Or, elles ne peuvent le faire sur une échelle large que dans le cadre d’un
échange marchand, ce qui suppose que les variétés soient aisément identifiables et stables
et, surtout, qu’elles fassent l’objet d’une appropriation individuelle et exclusive.

2.3. L’appropriation collective en débat

28 La circulation des gènes et des connaissances met ainsi en évidence un clivage plus décisif
qui porte sur les modalités d’appropriation du vivant et du cognitif. Il est objectivement
question de ressources collectives, mais qui présentent des caractéristiques prenant en
défaut les définitions et les nuances subtiles qu’en donne la théorie économique14
(Beitone, 2014). Le vivant et les connaissances sont, dans leur essence, des ressources non
rivales : elles peuvent être dupliquées à peu de frais, elles ne sont pas détruites
lorsqu’elles sont consommées, leur usage ne diminue donc en rien ce qui reste disponible
pour d’autres usagers. En outre, elles sont associées à des dispositifs institutionnels – les
savoirs relationnels locaux d’un côté, le droit de la propriété intellectuelle et ses
prolongements dans le domaine du vivant, de l’autre – qui instituent des formes
d’exclusion plus ou moins prégnantes et étendues. Enfin, elles sont difficilement
assimilables à des gisements ou à des réservoirs dont la gestion se réduirait
fondamentalement à une question d’ajustement de flux. La différence essentielle est là :
les connaissances et le vivant ne sont pas figés. Leur production et l’usage que l’on en fait
sont étroitement imbriqués : le vivant et les connaissances changent, se recomposent et
se renouvellent en fonction de dynamiques propres et sous l’effet de choix et de pratiques
mis en œuvre par l’homme.
29 Ce constat invite à aborder la notion de ressource collective sous un angle différent :
placer l’usage au second plan pour mieux prendre en compte la construction et les
processus. Un glissement sémantique s’impose donc : il nous conduit à définir la
ressource collective comme un bien produit et approprié collectivement. Le
« collectivement » dont il est question ici s’inscrit simultanément sur trois fronts
différents. En premier lieu, celui des régimes épistémiques et des modes d’agencement

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des connaissances et des savoir-faire : horizontalité et connectivité pour ce qui concerne


la biodiversité cultivée ; arborescences et cloisonnements pour ce qui relève du système
agroalimentaire global. Celui, ensuite, de la circulation, entièrement réductible à
l’échange marchand et à son fondement utilitariste dans un cas, et largement liée à des
pratiques collaboratives dans l’autre. Celui, enfin, des modalités de l’appropriation : usage
partagé et possession commune d’un côté, usage exclusif et possession individuelle de
l’autre.

2.4. Une appropriation partagée et distribuée

30 Mais comment définir l’appropriation collective autrement que comme une forme
dérivée de l’appropriation individuelle ? Nous pouvons poser qu’elle repose elle aussi sur
un principe d’exclusion, mais sans toutefois en revêtir le caractère absolu et permanent
que résume le triptyque de l’usus, fructus et abusus inspiré du droit romain. Sa spécificité
tient plutôt à la diversité de ses formes et de ses modalités. Les fondements épistémiques
des savoirs et des pratiques associés à la biodiversité cultivée suggèrent ainsi que
l’appropriation collective se différencie par la distribution au sein du groupe détenteur de
capacités à accéder, valoriser, transformer, transmettre la ressource et à peser sur la
configuration des savoirs relationnels qui cadrent le rapport des individus à la ressource
(Linck, 2007). C’est dans ce sens que la ressource commune – de façon indissociable, le
vivant et le cognitif – peut être identifiée comme une ressource complexe, construite et
partagée.
31 On peut souhaiter avec Benjamin Coriat (2013), Pierre Dardot et Christian Laval (2014)
que le partage de ces capacités soit « par nature » égalitaire. Mais on ne peut pour autant
exclure que cela puisse ne pas être le cas et, plus précisément, qu’une circulation non
marchande des connaissances et du vivant puisse être discriminante. Or c’est précisément
ce que suggère le fait qu’à Tenejapa l’échange s’apparente le plus souvent à un don (au
sens maussien du terme15), que tout le savoir local ne circule pas librement avec les
semences et que tout ce qui ne circule pas marque une différence. En d’autres termes,
tous les comuneros ne sont pas au même titre possesseurs des connaissances mobilisées
dans la construction du maïs natif, et tous ne sont pas impliqués de la même façon ni au
même degré dans le processus d’aménagement de l’écosystème.
32 Nous pouvons en tirer deux enseignements. D’une part, les capacités évoquées supra sont
distribuées en fonction des modalités de circulation des semences (et donc des gènes et
des connaissances). La circulation peut dès lors être reconnue comme un dispositif de
construction, tant des connaissances et du vivant que des modalités de leur appropriation
collective. D’autre part, dans une perspective polanyienne, le mode de distribution des
capacités révèle l’intensité des liens entre l’économique et le social (les hiérarchies ainsi
que le poids des valeurs et des croyances qui structurent la société locale). Abordée dans
cette perspective, l’identité communautaire peut être considérée, au-delà de ses
dimensions émotionnelles, comme l’expression du rapport d’appropriation liant un
individu au patrimoine cognitif qui structure son groupe social d’appartenance. De ce fait,
la circulation fait lien entre l’individuel et le collectif, fonde et marque la spécificité, la
diversité, l’ouverture et la cohésion du groupe social.
33 Nous verrons ainsi qu’à Tenejapa la circulation des semences constitue un élément clé de
la conservation de la biodiversité et un pilier des identités collectives et territoriales
tzeltales. Elle est au cœur des pratiques qui associent les savoirs techniques aux valeurs

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culturelles et aux normes qui soudent les communautés. Le maïs natif peut être reconnu à
la fois comme une ressource collective (elle est bien construite et appropriée
collectivement) et comme un marqueur identitaire : c’est un bien commun, mais
également un bien propre à un groupe domestique, à un cercle de proximité, à un lignage
et à une communauté. C’est donc aussi une marque distinctive qui permet d’identifier et
de distinguer ceux qui le produisent et le consomment… et qui ne se privent pas d’y faire
référence pour affirmer leur appartenance et en spécifier le sens, ou pour revendiquer les
prérogatives associées à leur position.

3. Le maïs natif : du milieu de culture à l’espace social


3.1. La milpa : au cœur et aux extrémités de la circulation du maïs
natif

34 Le maïs natif est avant tout le maïs de la milpa (Perales et Hernández-Casillas, 2005). C’est
un assemblage de variétés qui sont recherchées sans doute moins pour leurs
performances que pour la place et les fonctions qu’elles peuvent assumer dans ces
systèmes de culture complexes qui caractérisent la milpa. La milpa, c’est cette parcelle
emblématique des agricultures mésoaméricaines qui peut être caractérisée par
l’association de plantes dont les cycles végétatifs sont complémentaires, et qui reste
indissociable de l’espace social de l’aliment où se construisent les apprentissages du goût,
les usages et les rituels alimentaires. Différentes variétés de maïs, des haricots qui vont
chercher le soleil en grimpant sur les cannes de maïs, des courges qui couvrent le sol,
freinent le développement des adventices, limitent l’évaporation et créent les conditions
favorables à l’entretien de la vie au niveau du sol. Ces trois cultures forment l’ossature de
base de la milpa et couvrent l’essentiel des besoins humains en calories, protéines et
fibres. De nombreuses autres cultures sont plus occasionnellement présentes : piments,
tubercules, légumes, graminées… ajoutent de la variété, de la couleur et du piquant à des
régimes alimentaires généralement pauvres en protéines animales. En bordure des
parcelles, des arbres, des cactées, des agaves assurent une protection contre les risques
érosifs, jouent un rôle important dans l’entretien de la biodiversité et contribuent à
l’enrichissement des rations alimentaires. Enfin, les chaumes, les résidus de culture, une
partie des grains et de la récolte de courges apportent une complémentation appréciée
pour les animaux : ici, petits élevages et ovins-laine.

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Figure 2. Une milpa dans son environnement

35 La milpa est avant tout une entreprise familiale. La diversité et l’agencement des cultures
sont le fruit d’un travail d’observation et de sélection réalisé sur le terrain et qui s’appuie
largement sur les initiatives, les prises de risque et les compétences individuelles. Le maïs
natif s’inscrit dans la même logique : c’est un assemblage d’aptitudes fondées sur une
multitude de critères qui prennent sens à l’échelle de la parcelle et de l’unité domestique.
Il sera question de rendement, mais aussi de rusticité, d’adaptabilité, de complémentarité,
d’aspect, de saveur et d’adéquation aux usages et rituels alimentaires, aux valeurs et aux
croyances. La construction de la milpa et du maïs natif repose donc fondamentalement sur
les compétences familiales : c’est dans le cadre familial que peuvent prendre forme
l’observation, la construction des expérimentations, la création, l’appréciation des
résultats et des énergies mobilisées. Mais la milpa est également une scène publique qui
révèle aux yeux de tous les compétences d’agriculteur et de sélectionneur du chef de
famille et de ses proches. Abordée sous cet angle, la milpa est donc aussi une pièce
essentielle d’un dispositif décentralisé et collaboratif d’expérimentation et de gestion de
la biodiversité. C’est également une école, la pièce centrale d’un dispositif communautaire
de transmission et de partage des connaissances. C’est enfin le lieu où se construisent les
identités, où prennent sens le rapport au cosmos, le lien au territoire et la culture
alimentaire. La circulation des semences peut alors être identifiée comme le dispositif de
coordination qui permet de socialiser les expériences, de valoriser les compétences,
d’apprécier et de trier les innovations, d’assurer le partage des gènes et des connaissances
ainsi que le respect et le renouvellement des valeurs qui fondent la cohésion de la
communauté…

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3.2. La sélection : construire la diversité et l’adaptabilité

36 Dans une démarche de biodiversité cultivée, la sélection vise à préserver la diversité, la


complémentarité et la variabilité des lignées tout en assurant leur développement en
fonction des caractéristiques du milieu et de critères de performance relativement
flexibles et imprécis (supra). Cette approche est essentielle pour les agricultures
« traditionnelles » : elle permet d’internaliser les risques et les coûts environnementaux.
Les paysans de Tenejapa réalisent ainsi une sélection massale (par prélèvement sur la
récolte précédente) qui tend à améliorer les performances de la culture tout en
préservant une marge significative de variabilité inter et intravariétale de leurs
semences.
37 La conservation ne rime pas avec conservatisme. La sélection ne peut pas reposer sur la
répétition de recettes immuables. Les connaissances se renouvellent, tout comme les
plantes et le milieu dans lequel elles sont cultivées. L’oralité et le mode d’agencement des
connaissances favorisent l’intuition et les raccourcis mnémotechniques au détriment des
recettes prédéfinies : « Escojo este grano porque es gorditocomo mi tío y este otro porque es tan
flaquitocomo mi primo16 »…
38 La sélection prend en considération l’aspect de la plante, sa taille, la disposition des
feuilles. Elle concerne donc a priori à la fois le rendement en grains, la résistance à la verse
17
et le potentiel fourrager. L’attention de l’agriculteur se porte ainsi d’abord sur la plante
et ensuite sur l’épi : il est choisi sur la plante, en fonction de sa taille et selon le nombre,
la forme et la disposition des grains. Il ne s’agit pas de suivre un modèle préétabli en
fonction de caractères phénotypiques précisément répertoriés. L’agriculteur privilégie la
diversité, et par là une optimisation des capacités d’adaptation de la plante à des
situations bioclimatiques aléatoires et des interactions entre les populations (végétales,
animales et microbiennes) présentes sur l’écosystème construit à l’échelle de la milpa.
Une attention particulière est portée à la couleur18, souvent associée à la désignation des
variétés locales de maïs.

3.3. La troje et la part féminine du travail de sélection

39 Ce travail de sélection masculine est doublé par un tri réalisé par la mère sur les épis
récoltés. Elle dirige l’ensemble des préparations culinaires et, donc, tout ce qui a trait à la
manipulation du maïs : égrenage, préparation du nixtamal19, et broyage, élaboration de la
masa, des tortillas, des atoles, des tamales ou encore du pozol20. Cette seconde sélection
mobilise des critères liés à la qualité des grains : couleur, texture, aptitude à la cuisson,
tendreté, niveau de maturation de l’épi, entre autres. Les épis issus des sélections
masculine et féminine intègrent la réserve familiale : ils sont suspendus dans les combles
de la troje21 ou aux poutres qui soutiennent la toiture : l’air sec et la fumée (il n’y a pas de
cheminée) permettent de les préserver plusieurs mois durant. Ils sont égrenés la veille
des semailles ; les semences sont alors disposées dans une coque de tatou et aérées,
« purifiées », avant d’être utilisées (D’Alessandro, 2014 : 176-205). Elles ont été
préalablement mélangées avec les semences issues d’autre milpas : près de 80 paysans
interrogés sur ce point ont déclaré que la part des semences issues de la circulation
représente entre un tiers et un quart des semences utilisées (ibid. : 181).

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Figure 3. Semences de maïs dans une troje

40 Dans un cas comme dans l’autre, le savoir de sélection est un savoir construit ; c’est
également un savoir transmis. C’est donc, à l’échelle de l’unité domestique, une ressource
collective au sens donné supra. À l’instar du père vis-à-vis de ses fils, la mère assure et
pilote la transmission des savoirs de sélection à ses filles et à ses brus tant qu’elles font
partie de la même unité domestique. La troje et, plus largement, le cercle familial
constituent ainsi le premier espace d’une hybridation maîtrisée de savoirs locaux issus de
parentèles alliées. Ce sont également les lieux où le rapport à la nature (les pratiques
culturales), le rapport au corps (via l’aliment) et le rapport au temps (marqué par la
transmission des savoirs et par les cycles biologiques) forment un tout cohérent et
indivisible (Fischler, 2001 ; Poulain, 2002).

3.4. La circulation comme dispositif d’appropriation et de


valorisation des compétences

41 La circulation des semences permet d’entretenir la diversité inter et intravariétale du


maïs natif. Dans ce sens c’est l’élément structurant d’une gestion, nécessairement sociale,
de la fertilité. La circulation assure en même temps la typicité et l’ancrage territorial du
maïs natif : elle entretient son capital génétique, permet l’échange et le partage des gènes
en fonction de l’appréciation des contraintes environnementales et de leur
transformation et en lien avec un ensemble cohérent d’objectifs, de pratiques, de valeurs
et de normes définis à l’échelle de la communauté. Cette circulation implique un
engagement durable : elle ne s’apparente donc que de façon très lointaine à un échange
marchand. Elle s’inscrit dans les temporalités propres aux processus biologiques et aux
apprentissages. Ainsi, si le soin apporté aux cultures et à la sélection des semences
représente un support objectif de la construction des identités, la circulation des

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semences en constitue un important dispositif de validation collective. Les premiers


exigent une attention et des compétences que l’aspect des parcelles et les récoltes
obtenues révèlent aux yeux de tous, et que consacre bien le « classement » des semences
pour sa part lié au processus de circulation : les « bonnes semences » sont aussi, a priori,
les plus recherchées, celles qui circulent le mieux. La semence est alors pour son créateur
une source de fierté, de prestige et de statut social – et donc de capacité d’action au sein
de la communauté – dès lors qu’elle est convoitée et utilisée par des tiers. Cette
dimension est présente notamment lorsque la circulation prend la forme d’un don
déguisé qui concerne les semences destinées à être « volées » (sic), c’est-à-dire prélevées
anonymement sur les plants situés à cet effet en bordure de parcelle et donc bien visibles.
42 La circulation relève d’une logique marchande simple lorsque la transaction se réalise
dans l’anonymat, en marge de l’espace communautaire : seul circule alors le « matériau
biologique » stricto sensu, lui seul peut d’ailleurs faire l’objet d’une pleine appropriation
par son utilisateur22. Il en va autrement selon que la circulation engage des paysans qui
appartiennent aux mêmes parentèles et cercles de proximité, à la même communauté, ou
à la même ethnie. Les connaissances techniques mobilisées par le sélectionneur et, pour
partie, les savoirs relationnels associés à ce maïs natif particulier circulent alors avec les
gènes. Ces savoirs sont partagés, mis en commun, mobilisés dans de nouvelles opérations
de sélection : ils créent un lien qui perdure bien au-delà de la transaction elle-même 23. La
circulation est alors une source de prestige, d’autorité et contribue pour une part à
structurer et à préserver l’ordre communautaire. Un troisième registre s’apparente à une
trame de fond. Il s’agit du tsumbal’ixim ou « maïs du lignage » qui relève d’une
appropriation plus circonscrite et exclusive, propre au lignage : « Este maíz es nuestro y
todos no se valen…24. » Ce maïs natif se distingue des précédents par le fait qu’il est porteur
d’un attribut particulier, le ts’olomal, cette « règle cachée » (sic)25 qui fait lien entre les
membres du lignage et en assure la cohésion, la pérennité et leur place au sein de la
communauté. Ce dernier registre est d’autant plus important qu’il fonde un rapport à la
terre, aux ressources environnementales et aux morts : à Tenejapa comme dans la plupart
des communautés indiennes des Altos, le ts’umbal désigne à la fois le lignage, son territoire
et son patrimoine cognitif et biologique ainsi que la communauté constituée autour de ce
patrimoine (D’Alessandro, 2014). Cette circulation circonscrite est essentielle, pour
assurer à l’échelle du ts’umbal, l’organisation des apprentissages et l’appropriation des
connaissances qui fondent la cohésion et l’identité collective. Elle l’est tout autant, sur
une échelle plus large, pour reproduire les solidarités, les rivalités et les hiérarchies qui
structurent la communauté et l’ethnie.

3.5. La circulation intergénérationnelle

43 Le mode de circulation dont la charge émotionnelle et les incidences relationnelles sont


les plus fortes est sans conteste l’héritage. C’est une pratique fondamentalement
patrilinéaire, fondée sur le rapport père-fils qui témoigne de la présence et de l’autorité
des ancêtres. L’héritage n’a pas le caractère définitif et univoque qui le caractérise dans
nos sociétés, il ne s’apparente pas à un legs réalisé en une opération unique. Il porte en
réalité bien moins sur une réserve de maïs natif que sur un transfert d’autorité et une
transmission des savoirs indispensables qu’exige la gestion de ce patrimoine : il s’inscrit
donc dans les temporalités et les procédures propres aux apprentissages. Il relève d’un
processus qui prend sens progressivement lorsque les fils se marient, puis, après un

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certain temps, lorsqu’ils ont montré leur compétence et qu’ils sont en situation de
cultiver leur milpa et de fonder leur propre résidence, pour vraiment toucher son terme
lorsque le décès du père consacre le transfert de son autorité et de ses connaissances. La
transmission des savoirs se connecte alors pleinement avec la transmission et le partage
du patrimoine foncier.
44 L’héritage et la résidence patrilocale témoignent d’une emprise masculine forte sur la
circulation du maïs natif. Pourtant, la circulation intergénérationnelle des semences peut
être tout aussi intense à l’intérieur du cercle féminin. L’échange se fonde alors sur des
valeurs d’une autre nature. Les brus apportent avec elles un lot de semences et de
connaissances qui va intégrer le patrimoine de la famille d’accueil. Mais elles doivent en
même temps s’adapter à leur nouvelle résidence, intégrer de nouvelles règles, de
nouvelles valeurs, de nouveaux savoirs et construire leur place au sein de leur famille
d’accueil. La bru est alors en situation d’apprentissage, mais aussi de relais et de
médiation : il est bien question là d’hybridation de connaissances. Celle-ci s’inscrit dans
un processus de renouvellement du ts’umbal ixim, mais aussi de construction ou de
consolidation d’alliances matrimoniales et de renouvellement des cercles de proximité.
Les parentèles jouent ainsi un rôle d’autant plus important qu’elles s’articulent à des liens
de proximité sociale et spatiale relativement anciens et intenses26.

3.6. Du lignage à la communauté

45 La circulation des semences s’inscrit dans des cadres culturels et territoriaux particuliers
(le groupe domestique et le lignage) qui s’articulent à un même socle : la transmission
intergénérationnelle des gènes et des connaissances. Il n’en reste pas moins que la
production du maïs natif est avant tout le fait des unités domestiques : c’est l’affaire des
parents qui mobilisent dans le travail de sélection et la conduite des cultures un
patrimoine cognitif qu’ils ont reçu et enrichi et qui est destiné à être partagé. La famille
n’est elle-même qu’un relais : la part de connaissances nouvelles incorporées dans les
semences a vocation à circuler avec elles et à être partagée sur une échelle bien plus
large. La transmission des gènes et des connaissances ne repose donc pas exclusivement
sur l’héritage et la dot. Elle ne se limite pas davantage aux seuls cercles de la proximité et
du lignage. Elle assure, dans le cadre d’alliances fondées sur des liens de parenté ou de
proximité, la diffusion des savoirs techniques et relationnels qui concourent à consolider
la cohésion sociale de la communauté paysanne elle-même. C’est également à l’échelle de
la communauté que s’exprime l’attachement au maïs natif. « El maíz importa más que
nosotros mismos ; es toda la energía vital que nos anima […] es la condición misma de nuestra
sobrevivencia. Si algún día dejas de tener tu pozol o tu atole, ya no tienes con que vivir 27. » C’est en
même temps un héritage qui engage et dépasse l’individu : « Tenemos el maíz porque lo
cultivamos desde siempre, año tras año, tal como lo han venido haciendo antes nuestros padres 28. »
46 La circulation des gènes et des connaissances prend sens dans l’articulation de deux types
de flux de nature différente. Le premier s’inscrit dans les temps longs de la transmission
patrilinéaire, il relève des lignages et renforce leur action structurante. Le second
procède des temporalités plus resserrées des alliances matrimoniales, il relève des
parentèles et des cercles de proximité et fait lien entre les lignages. D’un point de vue
global, l’ethnie (la matrice culturelle de référence) et la parentèle constituent ainsi les
cadres fondamentaux de la circulation des semences et des savoirs. La conservation de la
biodiversité en dépend et, avec elle, la survie des communautés paysannes elles-mêmes.

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3.7. La valeur du maïs natif

47 La gestion du ts’umbal ixim (le maïs du lignage) et, par extension, celle de la réserve
familiale revêtent une importance majeure : c’est un fonds dont dépendent pour une
large part les logiques d’internalisation des risques et des coûts d’entretien de la
biodiversité. Quand, pour une raison ou une autre, un paysan perd ses semences, son
cercle familial et le lignage constituent les premiers recours : c’est là que se trouvent les
réserves, à la fois génétiques et cognitives, qui lui permettront de poursuivre son activité
et de préserver son statut. Ce premier espace de circulation est entièrement placé sous
l’autorité du chef de famille : c’est lui qui détient l’autorité, qui est le dépositaire reconnu
des savoirs associés au maïs natif, c’est lui, enfin, qui par son « épargne » et ses
compétences a constitué ce fonds de semences prioritairement destiné à son propre usage
et à celui des membres du cercle familial et du lignage. En situation de crise, de rupture
ou d’appauvrissement, le recours à la réserve familiale permet à l’agriculteur de
reconstituer ou de « retremper29 » son propre stock de semences.
48 Ce fonds de réserve constitue un patrimoine, une ressource collective qui peut être
mobilisée pour faire face à des situations d’urgence. Le partage du fonds n’est pas
toujours exempt de rivalités et de jalousies. Il prend ainsi fréquemment la forme d’une
« vente » ou d’un « prêt » pour ne pas apparaître comme un traitement préférentiel et un
transfert net de savoirs et d’autorité. Mais il n’est alors question que d’un simple
habillage marchand qui vise à apaiser les tensions et les susceptibilités et à renforcer
l’autorité du chef de famille. Il lui revient de fixer les modalités de la « transaction »
(vente ou simple avance), la « valeur » des semences et la nature de la « contrepartie ».
Celle-ci revêt ainsi souvent le caractère d’une restitution symbolique qui peut être
fournie en nature, en travail ou sous une forme qui bénéficiera au cercle familial (ou au
lignage considéré dans son ensemble).
49 Abordé sur une échelle plus large (au-delà de la famille, du lignage et des cercles de
proximité), le caractère marchand de la circulation ne prédomine pas dans la mesure où
la semence ne perd pas tous ses attributs symboliques. D’une part, l’acheteur cherchera à
se procurer ses semences auprès de paysans réputés pour leurs savoir-faire de
sélectionneurs et d’agriculteurs. Ces derniers y trouveront l’occasion d’accroître leur
prestige et de renforcer la renommée de leur propre lignage30. D’autre part, s’il ne s’agit
plus de ts’umbal ixim (le ts’olomal ne circule pas, le lien avec le lignage d’origine disparaît),
la semence achetée a vocation à intégrer la réserve de semence de la nouvelle cellule
familiale ou du nouveau lignage : il suffit qu’elle soit appropriée et qu’elle intègre
l’assemblage constitutif de son propre maïs natif. De nouveaux gènes, issus de savoirs
techniques différents se fondent alors dans un creuset que structure le patrimoine
cognitif (technique et relationnel) géré par le cercle familial ou le lignage. Cette pratique
trouve ainsi pleinement sa place dans les schémas de conservation de la biodiversité,
développés ici sur une échelle plus large : elle conduit en effet à incrémenter, de proche
en proche, le capital génétique du maïs natif des lignages et par là, à terme, celui de la
communauté et de l’ethnie.
50 Ces schémas peuvent se diffuser sur une échelle plus large encore. Cela peut être le cas
lorsque les semences sont destinées à des parcelles lointaines localisées dans les terres
chaudes situées en contrebas31. Ce type de transaction trouve son origine dans les
mouvements de population des Altos en direction des piémonts et s’est développé depuis

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le milieu du siècle dernier32. La transaction réalisée entre des parents plus ou moins
proches ou appartenant à un même lignage constitue alors le support d’une logique de
diffusion territoriale des rapports techniques et des rapports sociaux propres au maïs
natif et aux communautés d’où il provient. Comme dans le cas précédent, la semence perd
partiellement ses attributs symboliques originels (le lien à l’origine ne disparaît pas
totalement), mais elle a également vocation à intégrer une nouvelle « réserve familiale »
de semences créée à partir de la fusion des expériences vécues et des savoirs hérités par
ses nouveaux utilisateurs. Les contraintes d’adaptation à des conditions agro-climatiques
(pluviométrie, température…) très différentes confirment en l’occurrence que le savoir
local mobilisé et entretenu dans la conservation de la biodiversité est loin d’être un savoir
figé.
51 Il reste que les semences peuvent être vendues33 à un paysan n’appartenant pas au même
lignage et à la même communauté que le vendeur. Il peut alors être question d’une
transaction marchande « pure » : la semence est dépouillée de ses attributs symboliques
et n’est plus considérée comme faisant partie de la réserve de semences familiales (le
ts’umbal ixim) du vendeur, même si sa valeur agronomique reste inchangée. Ce type de
circulation peut être associé à des situations différentes. En particulier, la transaction
peut n’être que la conséquence d’une précarisation des conditions d’existence dans les
Altos : le produit de la vente de semences permet alors de reconstituer la réserve de maïs
(alimentaire) du vendeur.

Conclusion
Le maïs natif, stratégie de repli sur les savoirs locaux

52 Quel peut être le devenir de la biodiversité cultivée dans les communautés de Tenejapa ?
Leur cohésion et la robustesse de leurs systèmes productifs ont des limites. Aucune
contrainte formelle n’interdit à un paysan d’acheter ses semences, d’utiliser des variétés
hybrides et, avec elles, tout ou partie du paquet technique qui les accompagne. Le risque
est bien réel. D’un côté il est démultiplié par la pression démographique, la fermeture des
débouchés traditionnels liée à l’essor des échanges marchands et les sollicitations des
politiques publiques : le Programme Maïs solidaire lancé en 2007 par la FAO et les
gouvernements fédéral et du Chiapas propose ainsi une distribution de semences
hybrides, d’engrais et de produits de traitement qui vise explicitement les paysanneries
pauvres (D’Alessandro et Linck, 2016). De l’autre, la pauvreté et la recherche d’activités
extérieures suscitent une déprise agricole qui touche en premier lieu les tâches
exigeantes en travail non rémunéré : celles qui sont associées à la conservation de la
biodiversité et à l’entretien des réserves de fertilité. Finalement, la menace est d’autant
plus préoccupante que la biodiversité cultivée est une entreprise collective : les
défections individuelles pèsent fortement sur les conditions du renouvellement des
patrimoines biologique et cognitif locaux et touchent de façon cumulative les
communautés dans leur globalité.
53 Pourtant, le maïs natif résiste bien à Tenejapa. Faute de débouchés, de terre, de capitaux,
d’équipement et d’infrastructures, le repli sur les savoirs locaux constitue une option de
loin préférable aux risques qu’impliquent l’adoption des techniques « modernes » et un
engagement dans les logiques de spécialisation qui l’accompagnent. Dans ce sens, la
diversité, la connectivité et l’adaptabilité du savoir local ainsi que le principe d’une

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coévolution des milieux, du vivant et du cognitif qui caractérisent la biodiversité cultivée


restent des atouts, même quand il s’agit de répondre et de s’adapter à l’emprise du
modèle agroalimentaire dominant.
54 La résistance du maïs natif tient également à l’emprise d’une cosmologie fondée sur une
conception du rapport homme-nature très différente de celle qui caractérise les sociétés
occidentales. Ici l’homme partage avec d’autres entités, vivantes ou inertes, elles aussi
dotées d’une âme (le Ch’ulel), un univers qu’il ne peut aspirer ni à dominer ni à altérer.
L’animisme, tel que le définit Philippe Descola (2002 ; 2015) constitue bien un trait
fondamental à la fois de l’identité collective tzeltale et des savoirs mobilisés dans la
construction du maïs natif. Cette représentation de la nature prend sens dans les rituels
et les mythes qui rythment et cadrent les activités agricoles (sans constituer pour autant
un moule rigide) et confère aux différentes phases de la conservation (des savoirs comme
du vivant) une force, une pérennité et une capacité d’adaptation simultanément inscrites
dans les temps longs du lien intergénérationnel et dans ceux plus complexes de
l’adaptation aux transformations de l’environnement naturel et socioéconomique.

Les semences paysannes, une alternative émergente ?

55 Le devenir de la biodiversité cultivée se joue également à une autre échelle. Le maïs natif
s’inscrit dans une problématique proche de celle qui porte aujourd’hui le mouvement des
semences paysannes (Chable, 2005)34. Les deux approches ne reposent pas exactement sur
le même type de construction de la circulation. Dans le cas du maïs natif, les échanges se
situent dans des cadres territoriaux et culturels bien plus circonscrits : la famille, le
lignage, les cercles de proximité, la communauté, l’ethnie). La circulation, dans le modèle
des semences paysannes, s’appuie sur des réseaux dont la taille et la couverture spatiale
sont liées au nombre et à la localisation (pour partie aléatoire) de leurs adhérents. Le maïs
natif repose sur une tradition millénaire et une transmission intergénérationnelle des
connaissances. De ce fait, c’est un patrimoine cognitif et biologique construit dans un
contexte spatialement, culturellement et historiquement situé. C’est également le cas du
mouvement des semences paysannes qui se présente comme une réponse particulière aux
pressions uniformisantes de la globalisation : il s’inscrit sur des trames temporelles et
spatiales qui lui sont propres.
56 Pourtant, l’essentiel y est. Dans les deux cas, la démarche repose sur la mise en œuvre
d’une sélection collaborative et une circulation des semences qui appellent un partage
des gènes et des connaissances. Il est bien question, dans un cas comme dans l’autre, de
biodiversité cultivée, c’est-à-dire de coévolution des variétés, des connaissances et des
écosystèmes. On retrouve ainsi dans le mouvement des semences paysannes des
fondements épistémiques qui peuvent s’apparenter à ceux du maïs natif. Le savoir local y
tient une place centrale en dépit de l’absence de territoire propre : l’agencement des
connaissances est largement fondé sur la connectivité (on ne dissocie pas la sélection des
soins apportés aux cultures et au travail du sol), la variété, l’horizontalité et l’adaptabilité
des savoirs. La démarche est largement fondée sur le principe d’une valorisation des
fonctionnalités écosystémiques et d’une internalisation des risques et des coûts
environnementaux. Enfin, les pratiques collaboratives et la circulation des connaissances
créent des liens : à l’instar du maïs natif, les réseaux semences paysannes nourrissent des
constructions identitaires fondées sur le partage des savoirs et la reconnaissance des
compétences et de l’engagement de chacun (Demeulenaere et Bonneuil, 2007).

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57 Le maïs natif et le mouvement des semences paysannes se rejoignent enfin dans la


construction d’une alternative au modèle agroalimentaire dominant autour d’un enjeu
majeur : la certification des semences35. Dans les deux cas, cette réponse est engagée sur
trois fronts.
58 Un front épistémique, lié aux approches dissociatives et aux modes de classification et de
référencement. Dans une économie de marché, ordinairement marquée par une
information incomplète, la certification est présentée comme un gage de qualité. Elle
garantit l’homogénéité des produits (en l’occurrence l’uniformité génétique de toutes les
variétés commercialisées sous une même dénomination), informe l’usager sur ce qu’il
achète, bien que cela implique qu’il puisse ne jamais trouver ce qu’il recherche.
59 Un front d’opposition à la construction centralisée du rapport à la nature : la FAO, l’OMC
et l’Union européenne, ainsi évidemment que les firmes multinationales qui dominent le
marché des semences, cherchent à imposer la certification comme norme universelle et
donc à proscrire la vente de semences non certifiées. La certification des semences
oppose ainsi un principe d’homogénéité et d’uniformité aux exigences de diversité et
d’adaptabilité qu’impose la préservation de la biodiversité et qu’appelle la consolidation
des ancrages territoriaux de l’agriculture.
60 Un front de contestation des modes d’appropriation du vivant et du cognitif qui marque
les limites du droit de la propriété intellectuelle et de ses prolongements dans le domaine
du vivant (Filoche, 2009). Les connaissances et les gènes circulent avec les semences
certifiées, mais disparaissent lorsque celles-ci sont utilisées. Ces semences sont
généralement des hybrides F1 qui ne peuvent pas être reproduits par les agriculteurs. Les
appropriations individuelles et exclusives s’inscrivent ainsi dans un processus de
contournement et de déconstruction des savoirs locaux : les savoirs de sélection ainsi que
les savoirs techniques et relationnels directement ou indirectement rattachés à la
production et à l’usage de variétés locales.
61 Nous retrouvons bien, dans le maïs natif de Tenejapa, comme dans le mouvement des
semences paysannes, des fondements épistémiques, des modes d’appropriation et de
circulation du vivant et des connaissances ainsi qu’un ancrage dans des trames
temporelles et spatiales qui se situent aux antipodes du modèle agroalimentaire
dominant. Il s’agit là de clivages fondamentaux peu propices à une hybridation des
savoirs et à une véritable écologisation des politiques publiques.

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NOTES
1. Pour reprendre le terme de M. Griffon (2013).
2. En particulier le travail et les compétences investies dans l’entretien de la biodiversité.
3. M. Mazoyer et L. Roudart (2002 : 16) s’intéressent plus particulièrement à la productivité
apparente du travail. Ils estiment que les écarts entre les situations extrêmes sont passés de 1 à
10 à 1 à 2 000 au cours du XXE SIÈCLE.
4. Le municipe de Tenejapa se situe dans les Terres Hautes du Chiapas à une altitude supérieure à
1500 m. Les précipitations (1 600 mm) sont pour l’essentiel concentrées entre mai et novembre.
Le régime des pluies et les gelées hivernales ne permettent qu’une campagne de culture annuelle.
5. Les producteurs locaux identifient 5 races (Olotillo, Olotón, Comitéco, Tehua et Valdeño) qu’ils
décomposent en 16 variétés différentes (entretiens).
6. Alamul, Las Manzanas, Balún, Canal et Santa Rosa. Le municipe de Tenejapa est situé au cœur
des Altos du Chiapas, une région profondément impliquée dans le conflit zapatiste des années
1990.
7. Le système productif est défini ici comme l’agencement cohérent d’activités et de flux
(énergie, fertilité, produits, revenus, informations et connaissances) associé à une unité
décisionnelle qui peut être individuelle ou collective (Linck, 1988) et définie à différentes échelles
spatiales.
8. Nous considérons avec B. Roussel (2005 : 83-86) que la notion de « savoirs naturalistes locaux »
est la moins mauvaise pour désigner « ce que les Anglo-Saxons nomment souvent “traditional
ecological knowledge” et ne ferme pas totalement les débats théoriques et politiques autours de
termes aussi polysémiques que mode de vie traditionnel, coutume, communauté locale ou encore
autochtonie ».
9. Nous faisons référence aux débats engagés en marge de la CDB (Convention sur la diversité
biologique) depuis les années 1990. La contribution des « sociétés locales et autochtones » à la
préservation de la biodiversité est reconnue et il est admis que le savoir local doit être protégé et
valorisé. Cette posture a peu d’incidence sur les orientations définies par la FAO et les politiques
nationales. L’appropriation relève toujours du droit de la propriété intellectuelle et reste placée
sous l’autorité de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Organisation mondiale de
la propriété intellectuelle (OMPI) (Roussel, 2003).
10. Le savoir écologique autochtone établit une antériorité qui fonde le principe d’un droit de
propriété sur le vivant opposable aux pratiques d’accaparement de ressources biotiques déjà
inventoriées, reconnues et mises en œuvre notamment par les industries pharmaceutiques.
11. Une instrumentalisation que l’on retrouve fréquemment dans les démarches de certification
de l’origine : Indications géographiques, Appellations d’origine protégées, etc. mises en œuvre
sous couvert des accords TRIPS (OMC) de 1994.
12. Dans cette perspective, l’autonomie de la société locale (la maîtrise collective de la
construction des connaissances) marque la différence entre conservation in situ et biodiversité
cultivée.
13. Les savoirs locaux et les ressources écosystémiques présentent la particularité d’être
spécifiques, difficilement codifiables et inaliénables.
14. Voir Ballet (2008) et Beitone (2014) sur les notions de biens publics mondiaux, de biens
collectifs, communs ou publics. Par ailleurs, la Revue de la régulation ouvre dans son n° 14
(automne 2013) un débat intéressant sur la place du droit dans la construction des ressources
collectives.
15. Il a alors une contrepartie non marchande qui crée du lien.

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16. « Je choisis ce grain parce qu’il est gros comme mon oncle et cet autre parce qu’il est
maigrelet comme mon cousin » (D’Alessandro, 2014 : 175-178).
17. Résistance aux vents violents.
18. Mobilisée et sans doute aussi construite comme repère dans le processus de sélection.
19. Détrempage du maïs dans une solution de chaux.
20. Respectivement : pâte issue du broyage du nixtamal, galette de maïs, boisson généralement
sucrée à base de nixtamal dilué, plat à base de masa, boisson issue de la fermentation du maïs.
21. Habitations traditionnelles en bois.
22. L’acquéreur ne contracte pas de dette à l’égard du vendeur et peut utiliser les semences
acquises pour renouveler ses propres assemblages.
23. Nous nous inspirons ici des travaux de Maurice Godelier (1984 ; 1996).
24. « Ce maïs est à nous et tous les maïs ne se valent pas... »
25. Il est question de savoirs qui établissent un rapport spécifique entre les membres du lignage
et la nature qui n’ont pas vocation à être partagés. Il y a bien une dette, mais celle-ci n’est pas
contractée par l’utilisateur des semences mais, symboliquement, par la communauté en tant que
telle.
26. En lien avec l’accroissement de la pression sur la terre. Les parentèles structurent la
communauté sans avoir la force et la pérennité des lignages, notamment pour ce qui concerne les
constructions territoriales. Les ts’umbales identifiés à Tenejapa comptent de 15 à 35 unités
domestiques (D’Alessandro, 2014 : 93).
27. « Le maïs est plus important que nous ne le sommes nous-mêmes : c’est toute l’énergie vitale
qui nous anime » ; « C’est la condition même de notre survie. Si un jour tu es privé d’atole ou de
pozol, alors tu n’as plus de quoi vivre » (D’Alessandro, 2014 : 204).
28. « Nous avons le maïs parce que nous le cultivons année après année, comme l’ont fait nos
ancêtres avant nous » (ibid.).
29. L’expression est de nous. Il s’agit de régénérer ou renouveler le « capital » génétique du stock
de semences, métaphoriquement en le « plongeant » dans un « bain biologique » plus riche.
30. C’est notamment le cas du maïs « volé » évoqué supra.
31. Il est alors question d’un changement de régime climatique : de tropical d’altitude à tropical
humide ou semi-aride.
32. En direction notamment des territoires de la communauté Lacandon, dans les tropiques
humides du Chiapas. (Legorreta et al., 2014 ; De Vos, 2002).
33. Il faut deux seaux de semences à l’hectare, vendus à 200 pesos l’unité, soit un peu plus de 2 €.
34. Le Réseau Semences paysannes (http://www.semencespaysannes.org) regroupe des
organisations impliquées dans des initiatives de promotion et de défense de la biodiversité
cultivée et des savoir-faire associés. Il est engagé dans les luttes contre la privatisation du vivant
et la mise en place d’une certification des semences, notamment à l’échelle européenne.
35. En France, la certification est confiée au Groupement interprofessionnel des semences et
plants (GNIS) et au Service officiel de contrôle et de certification (SOC) qui en dépend. La
certification des semences agricoles, « garantit leur identité et leur pureté variétales, leur pureté
physique, leur faculté germinative et, pour certaines espèces, leur qualité sanitaire » http://
www.gnis.fr/index/action/page/id/63/title/Les-missions-du-Service-officiel-de-controle-et-
certification-%28SOC%29. Consulté le 10/06/2015.

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RÉSUMÉS
À toutes les échelles pertinentes, la biodiversité renvoie à des propriétés de diversité et
d’adaptabilité et pose une exigence de circulation et de partage des gènes. Cela reste vrai pour la
biodiversité cultivée, sous réserve que les savoirs qui circulent avec les gènes possèdent des
propriétés similaires.
À Tenejapa, dans les montagnes du Chiapas, la circulation des semences de maïs est la clé d’une
construction et d’une appropriation collectives du vivant et des savoirs. La possession partagée
des connaissances et de la nature s’oppose ainsi aux appropriations individuelles et exclusives
propres au modèle agroalimentaire dominant. De même, la biodiversité cultivée relève de trames
temporelles et spatiales antinomiques de celles que porte la certification des semences.
Le mouvement des semences paysannes s’appuie sur des valeurs proches. Il porte également
témoignage de la difficile mise en œuvre de l’hybridation des savoirs nécessaire pour faire face à
l’érosion de la biodiversité.

At all relevant scales, biodiversity refers to diversity and adaptability properties and requires
genes circulation and sharing. This remains true regarding cultivated biodiversity, providing
that knowledge, which circulates with the genes, has similar properties.
In Tenejapa, in Chiapas Mountains, maize seeds circulation is the key to collective construction
and appropriation of life and knowledge. The shared possession of knowledge and nature is
radically contrary to the individual and exclusive appropriations that characterize the dominant
agro-food system. Similarly, cultivated biodiversity relies on temporal and spatial patterns
contrary to those of seed certification.
Seeds peasant movements are based on similar values. It also evidences the limits of knowledge
hybridization needed to cope with the erosion of biodiversity.

INDEX
Keywords : collective ownership, circulation, biodiversity, agroecology, local knowledge,
commons, patrimony
Mots-clés : appropriation collective, circulation, biodiversité, agroécologie, savoir local,
communs, patrimoine

AUTEURS
RENZO D’ALESSANDRO
Renzo d’Alessandro est docteur en sociologie à l’université Paul-Valéry, Montpellier III. Master of
science de l’université de Wageningen, Pays-Bas. Il est actuellement chargé de recherche au
CIESAS-Sureste (Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropología Social, antenne du
Sud-Est). Il est engagé dans un programme de recherche sur les politiques agricoles qu’il aborde
du point de vue de leurs interactions avec les savoirs locaux et les cosmovisions indiennes, les

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systèmes agroalimentaires et l´agroécologie. Il est également coordinateur pour le Chiapas de


l’Union des scientifiques engagés dans la société (UCCS), Mexique, et partenaire du programme
Science autonome (CA). À ce titre, il est également impliqué dans les mouvements sociaux de
défense des autonomies locales et de préservation des patrimoines cognitifs et biologiques
autochtones, [email protected]

THIERRY LINCK
Thierry Linck est socio-économiste, directeur de Recherche, INRA-SAD. Ses travaux couvrent un
champ problématique centré sur la nature des communs et les processus d’appropriation
collective du foncier, ainsi que des ressources cognitives et biologiques. Le foncier est abordé en
lien avec la construction des choix techniques, des normes et des autonomies locales.
L’appropriation du cognitif met en avant les interactions entre savoirs techniques et relationnels
en lien avec le rapport au marché et les politiques publiques, dans le cadre principalement d’une
approche critique des dispositifs de qualification de l’origine. L’appropriation du vivant met en
exergue la spécificité des trames temporelles et spatiales propres aux processus biologiques et
aux apprentissages, [email protected]

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