My Coop
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Gérer votre coopérative agricole
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Gérer votre coopérative agricole
MODULE
Notions de base sur
les coopératives agricoles
MODULE
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1
Réalisé avec un papier porteur du Label Ecologique Européen, N° d’enreg. FI/11/1, fourni par UPM.
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Gérer votre coopérative agricole
MODULE 1
Notions de base sur
les coopératives agricoles
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Remerciements ........................................................................................ v
Liste d’abréviations ................................................................................. xi
Glossaire ............................................................................................... xii
Introduction..............................................................................................1
À propos du Module 1 : Notions de base sur les coopératives agricoles...........5
THÈME 1
Notions de base sur les coopératives agricoles............................................7
Introduction..............................................................................................9
Nécessité d’une action collective.................................................................9
Caractéristiques distinctives des coopératives.............................................13
Pourquoi les agriculteurs adhèrent-ils à une coopérative ?............................23
THÈME 2
Défis posés aux coopératives...................................................................25
Introduction............................................................................................27
Gérer la dualité.......................................................................................27
Fonctions clés des coopératives sur les marchés agricoles............................31
Entrepreneuriat coopératif dans l’agriculture...............................................37
THÈME 4
Gestion, formation de capital et finances..................................................61
Introduction............................................................................................63
Gestion des coopératives..........................................................................63
Formation de capital et finances...............................................................66
Audit des coopératives.............................................................................73
iv [Link]
Remerciements
Coordination
Carlien van Empel Programme de l’OIT Cooperative Facility for Africa (CoopAfrica)
Auteurs
Jos Bijman Wageningen University
Francis Mwanika Uganda Cooperative Alliance
Soutien pédagogique
Tom Wambeke Programme DELTA CIF-OIT
Photos
CIF-OIT/G. Palazzo : pages 7, 35, 41, 58
OIT/M. Crozet : pages 5, 65, 71
Agriterra : pages 13, 15, 16, 17, 18, 20, 22, 24, 25, 39
OIT/J. Maillard : pages 32, 46, 71
Fotolia : page 61
Les commentaires, suggestions et autres contributions fournis par Emma Allen, Gulmira
Asanbayeva, Yves Chamorel, Maria Elena Chavez, Harm Eiso Clevering, A. A. Firsova, Christian
Gouet, Alejandro Guarin, Marek Harsdorff, Hagen Henrÿ, Ann Herbert, Rodrigo Julian, Haroun
Kalineza, Emmanuel Kamdem, Audrey Kawuki, Nargiz Kishiyeva, R.V. Kononenko, Heidi
Kumpulainen, Anna Laven, Margherita Licata, Albert Mruma, Sam Mshiu, Gerald Mutinda, Hüseyin
Polat, Merrilee Robson, Constanze Schimmel, Elisaveta Tarasova, Florence Tartanac, Giel Ton,
Alvin Uronu, Nellie van der Pasch, Carlien van Empel, Philippe Vanhuynegem, Cees van Rij, Albert
Vingwe, Bertus Wennink, Jim Windell et L. R. Yakovleva ont été vivement appréciés.
vi [Link]
(COOPAFRICA) Cooperative Facility for Africa est un programme de coopération
technique de l’Organisation internationale du Travail (OIT) qui appuie le
développement des coopératives. Il s’agit de promouvoir un environnement
politique et juridique propice à leur développement, des structures de
coordination efficaces (par ex. les syndicats et les fédérations) et une meilleure
gouvernance, efficacité et performance des coopératives. Le programme étend
son activité sur neuf pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe (Botswana,
Éthiopie, Kenya, Lesotho, Rwanda, Swaziland, Tanzanie continentale et îles,
Ouganda et Zambie), depuis le Bureau de l’OIT en Tanzanie, en bénéficiant
du soutien technique du service des coopératives (EMP/COOP) à Genève. Il
a été lancé en octobre 2007 grâce aux subventions de base assurées par le
Département britannique du Développement International (DFID). COOPAFRICA
est une initiative de partenariat qui rassemble toute une série d’organisations
internationales et nationales. Saisissez du texte ici
[Link]
viii [Link]
Le Moshi University College of Cooperative and Business Studies (MUCCoBS)
est le plus ancien des instituts de formation dans le domaine coopératif en
Tanzanie, fort de 48 années d’expérience en matière de comptabilité coopérative,
de gestion coopérative et de développement rural. Le MUCCoBS a vu le jour dans
le sillage du processus d’amélioration de l’ancien Cooperative College devenu
Constituent College of Sokoine University of Agriculture (SUA) en mai 2004. Il
propose une formation dans le domaine coopératif et commercial, tant au niveau
universitaire que postuniversitaire. Il offre des opportunités d’acquisition, de
développement, de promotion, de diffusion et de sauvegarde des connaissances
et compétences dans les domaines communautaires, commerciaux,
organisationnels et entrepreneuriaux, ainsi que dans tout autre domaine de son
choix au travers d’activités de formation, de recherche et de consultation.
[Link]
x [Link]
Liste d’abréviations
CA Conseil d’administration
Actifs en Actifs utilisés à titre de garantie dans le cas d’un prêt. Un actif
nantissement en nantissement est transféré au prêteur par l’emprunteur en
garantie du paiement d’une dette. Au cours de la période de
prêt, l’actif reste la propriété de l’emprunteur, qui le récupère
une fois la dette remboursée. En cas de défaut de paiement de
l’emprunteur, l’actif devient la propriété du prêteur.
Source (en anglais) : [Link]
[Link] (7 oct. 2011).
Capitaux propres Les capitaux propres (appelés aussi « fonds propres ») d’une
coopérative regroupent les actions libérées des membres, les
réserves légales et occultes ainsi que les provisions.
xii [Link]
Commercialisation Changement d’objectif d’une société coopérative passant de
la promotion des membres à la maximisation du profit, à
l’augmentation des parts de marché et la croissance, entre
autres, en développant ses activités avec les non membres,
en recherchant des investisseurs externes et, ce faisant,
en s’alignant de manière quasi totale sur les règles d’une
entreprise orientée vers les investisseurs.
Source : Münkner, H.H. & J. Txapartegi Zendoia (2011), Annotiertes
Genossenschaftsglossar, Annotated Co-operative Glossary, Glosario
cooperativo anotado (Glossaire annoté sur le thème des coopératives),
Organisation internationale du travail, Genève.
Prix du marché Prix unique auquel les acheteurs et les vendeurs acceptent de
négocier sur un marché ouvert à un moment donné.
Source (en anglais) : [Link]
[Link] (7 oct. 2011).
xiv [Link]
Ristourne Distribution de l’excédent (résultats économiques)
proportionnellement au volume de transactions entre les
membres et l’entreprise coopérative, généralement lorsque
les prix pratiqués à l’égard des membres étaient trop élevés à
l’origine (dans le cas d’une coopérative d’approvisionnement)
ou lorsque les prix versés aux membres étaient à l’origine
calculés à un niveau trop faible (dans le cas d’une coopérative
de commercialisation).
Source : Münkner, H.H. & J. Txapartegi Zendoia (2011), Annotiertes
Genossenschaftsglossar, Annotated Co-operative Glossary, Glosario
cooperativo anotado (Glossaire annoté sur le thème des coopératives),
Organisation internationale du travail, Genève.
Introduction
Objectifs de développement de cette trousse de
formation sur la gestion des coopératives agricoles
L’agriculture est un secteur décisif démocratie, assurer une meilleure
pour le développement mondial, répartition des revenus et pour le
dès lors que « les agriculteurs développement économique dans
nourrissent le monde ». L’agriculture leur pays. »2 Les faits démontrent
est, par ailleurs, la deuxième source qu’un grand nombre de pays dotés
d’emploi dans le monde.1 d’un important secteur agricole, à
D’un point de vue historique, l’instar de l’Argentine, l’Éthiopie,
elle a joué un rôle essentiel dans la France, l’Inde, les Pays-Bas, la
le développement de nombreux Nouvelle-Zélande, ainsi que les
pays. Aussi diverses que puissent États-Unis, disposent également de
être les coopératives à travers coopératives agricoles puissantes.3
le monde – il en existe par ex. Ces dernières sont toutefois
parmi les agences de presse, confrontées à de nombreux défis
les établissements scolaires externes et internes. Les défis
et les fournisseurs d’énergies externes peuvent être liés aux
renouvelables – l’agriculture reste marchés, à la réglementation, à
un secteur où les coopératives sont l’infrastructure ou au changement
une forme d’entreprise courante. climatique. Les défis internes
Cette trousse de formation s’appuie aux coopératives se rapportent
sur la conviction que « Les généralement aux questions de
organisations paysannes fortes et gouvernance et de gestion. Les
représentatives joueront un rôle coopératives sont des entreprises
déterminant pour promouvoir la dont l’objectif premier n’est
2 [Link]
1 Notions de base sur les coopératives agricoles
Les opérations de
marketing des coopératives
4
Chaque module regroupe plusieurs explicatifs proposant des définitions
thèmes d’apprentissage. Un thème et des concepts, de même que des
d’apprentissage se compose de brèves exercices destinés à aider l’apprenant
descriptions de contenu complétées autodidacte à appliquer le contenu
par des cas concrets choisis dans à sa propre coopérative ou situation.
différentes régions du globe, qui Modules et thèmes peuvent être
présentent diverses approches de utilisés de manière indépendante,
réponse aux défis posés par la gestion dans quelque ordre que ce soit, en
des coopératives. On retrouve en outre fonction des besoins en formation.
pour chaque thème des encadrés
[Link] en ligne
[Link] est plus qu’une simple que les services et outils en ligne qui
trousse de formation. [Link] s’y rapportent, à l’image de la plate-
est également un site Web (www. forme d’apprentissage à distance
[Link]) où vous pouvez pour la formation des formateurs et la
retrouver la trousse de formation ainsi trousse à outils d’apprentissage mobile.
4 [Link]
À propos du Module 1 :
Notions de base sur les
coopératives agricoles
d’intrants, la réponse collective aux
défis environnementaux et la vente
conjointe de produits agricoles ont
permis aux agriculteurs d’améliorer
considérablement leur productivité,
leur viabilité et le pouvoir de
négociation.
Une coopérative agricole a vocation
à promouvoir les intérêts de ses
membres agriculteurs, qui sont
également à la tête de la structure.
Mais en tant qu’entreprise opérant
dans un environnement concurrentiel,
elle se doit également de satisfaire la
Ce module examine certaines clientèle qui achète les produits ou
caractéristiques de base des services à la coopérative.
coopératives agricoles ainsi que leur
Une coopérative est une organisation
mode de gestion.
à caractère duel : il s’agit d’une
Une coopérative agricole est une part d’une association de personnes
organisation d’action collective. réunies dans le but de répondre à leurs
La faible position de négociation aspirations et besoins communs, et
occupée par les petits exploitants d’autre part d’une entreprise affichant
vis-à-vis des grands fournisseurs, des valeurs et principes distincts, au
commerçants et transformateurs service de ses membres tout en tenant
représente l’une des principales compte des intérêts de ses clients ainsi
raisons ayant amené les agriculteurs que de la collectivité. Les services
à s’organiser et agir collectivement. assurés par les coopératives font l’objet
Les producteurs agricoles s’organisent d’un examen plus poussé au Module
sur une base volontaire pour répondre 2. Les Modules 3 et 4 abordent de
aux besoins économiques, sociaux façon détaillée deux types de services :
et culturels communs. C’est à cette les services de fourniture d’intrants
fin qu’ils dirigent collectivement une et les services de commercialisation
entreprise. L’acquisition commune (marketing).
Objectifs d’apprentissage
À la fin du présent module, vous serez capable de :
ÂÂ expliquer les caractéristiques distinctives des entreprises
coopératives ;
ÂÂ suggérer des pistes pour aligner les intérêts des membres sur ceux
de l’entreprise ;
ÂÂ suggérer des pistes pour contrebalancer les objectifs sociaux et les
objectifs économiques ;
ÂÂ expliquer les différentes fonctions que peut assumer une coopérative
agricole et les divers services qu’elle peut proposer ; et
ÂÂ identifier les développements (mondiaux) susceptibles d’influencer le
fonctionnement de votre coopérative et déceler les opportunités qui
en découlent.
6 [Link]
THÈME 1
Notions de base sur
les coopératives agricoles
Introduction
Pourquoi les coopératives existent-elles ? En quoi une coopérative se distingue-
t-elle des autres organisations agricoles ? Quels sont les principes qui guident
l’établissement et le fonctionnement d’une coopérative ? Quelles raisons
amènent les agriculteurs à adhérer à une coopérative ? Telles sont les grandes
questions auxquelles le Thème 1 se propose de répondre.
10 [Link]
alimentaires internationales tendent toujours davantage à se procurer leurs
matières premières auprès des petits exploitants organisés. Ces sociétés
appuient même l’établissement et la gestion de groupes formels d’agriculteurs.
La formalisation développe également les opportunités de travail décent.
Ainsi, l’enregistrement d’une coopérative implique la reconnaissance juridique
qui permet aux coopératives d’accéder aux systèmes fiscaux et comptables
appropriés et, ce faisant, à la couverture sociale pour les travailleurs. Il
peut être plus aisé également pour une organisation formelle d’accéder aux
programmes publics de formation ou d’inspection du travail, suscitant, en
retour, une amélioration des conditions de sécurité et de santé au travail (par
ex. l’organisation du lieu de travail en sections logiquement basées sur le flux de
travail, le rangement des produits chimiques sous clé en lieu sûr, l’installation
de toilettes et la fourniture d’informations sur la prévention et le traitement du
VIH/ SIDA, entre autres). L’on peut toutefois observer une tension entre le rôle
de l’agriculteur en tant que membre d’une coopérative œuvrant en faveur du
travail décent et son rôle en tant qu’employeur de travailleurs (saisonniers) sur
le site de l’exploitation.
12 [Link]
Caractéristiques distinctives des coopératives
4 Recommandation de l’OIT sur la promotion des coopératives, (R.193, 2002) et Déclaration sur l’Identité
Coopérative de l’ACI, (1995). Dans la définition, le terme « personne » peut se rapporter à des individus
mais aussi à des personnes morales telles que les entreprises. Les coopératives dont les membres sont
des personnes morales sont également appelées coopératives d’entrepreneurs. On retrouve également des
coopératives dont la base d’adhérents est mixte, composée par ex. du gouvernement local, d’organisations sans
but lucratif et d’entreprises, etc. La création de ces formes de coopératives est déterminée par la législation
nationale.
Principes coopératifs
Les agriculteurs et leurs conseillers appliquent généralement les Principes
coopératifs pour les guider dans le cadre de l’établissement et de l’exploitation
d’une coopérative. Ces principes sont également appliqués par les
gouvernements lorsqu’ils élaborent la législation sur les coopératives. Les
Principes coopératifs peuvent être considérés comme l’expression pratique des
valeurs qui sous-tendent la collaboration au sein des coopératives. Ces principes
ont été développés sur une longue durée, depuis la création de la première
coopérative en 1844 par la Société des équitables pionniers de Rochdale au
Royaume-Uni. On relève sept Principes coopératifs5 qui ont été reformulés par
14 [Link]
l’Assemblée générale de l’ACI en 1995. Ces principes guident l’établissement et
l’exploitation des coopératives à travers le monde.
Principes et pratique
Si les Principes coopératifs sont d’importantes lignes directrices pour les
fondateurs de coopératives, les formateurs dans ce domaine ou les personnes
travaillant dans le secteur de la législation sur les coopératives, ils ne sont
pourtant que des lignes directrices. Dans la pratique, les pays et les secteurs
ne s’y conforment pas nécessairement. Cette diversité ainsi observée dans
la pratique peut s’illustrer au travers de la prise de décision démocratique.
Si le principe « un membre, une voix » reste dominant pour la plupart des
coopératives, certains pays ont introduit un système de vote plus proportionnel.
De même parmi les syndicats (nationaux) de coopératives, le vote est souvent
16 [Link]
proportionnel, que ce soit par rapport au volume des échanges ou par rapport
au nombre de parts de capital. Le principe de participation économique des
membres, de plus en plus différencié également, est un autre exemple de
« principe appliqué dans la pratique ». Les membres peuvent entretenir des
rapports financiers divers avec leur coopérative, et dans certains pays même les
non membres peuvent participer aux capitaux propres de la coopérative (ou ses
succursales).6
La mise en pratique des Principes coopératifs peut se révéler ardue. Ainsi dans
certains pays et certains secteurs, les agriculteurs adhèrent à une coopérative
car seule cette structure peut leur permettre d’accéder aux intrants tels que
les engrais. Par ailleurs, les programmes financés par le gouvernement ou par
des bailleurs de fonds en faveur du développement rural peuvent imposer aux
agriculteurs d’adhérer à une coopérative afin de bénéficier d’avantages.
Malheureusement ces entités auxquelles les membres sont contraints
d’adhérer, ou encore les coopératives qui n’existent que pour accéder à des
subventions proposées sur une base temporaire, peuvent se heurter à des
difficultés en termes de viabilité et même au niveau de leur fonctionnement
quotidien. Les membres de ces structures n’ont aucun sens de la propriété,
ils n’affichent aucun engagement et peuvent aisément profiter de l’entité.
Lorsque l’opportunité
extérieure cesse, l’entité
risque de s’écrouler.
Ces entités ne sont
pas d’authentiques
coopératives.
Un autre défi posé
dans la pratique se
rapporte à l’accès
aux coopératives qui,
malgré une politique
de non-discrimination,
n’est pas ouvert à tous
puisque des conditions
d’adhésion sont posées.
L’adhésion peut, par ex., n’être ouverte qu’aux propriétaires de terres, alors
que la loi interdit aux femmes d’en posséder. Pour sortir de cette impasse, les
6 Pour une bonne vue d’ensemble des différentes structures financières/de propriété des coopératives agricoles,
voir F. Chaddad & M.L. Cook: “Understanding new cooperative models: An ownership-control rights typology”,
in Review of Agricultural Economics (Milwaukee, Wisconsin, Agricultural & Applied Economics Association,
2004), Vol. 26, No. 3, pp. 348–360.
18 [Link]
Cas 1.1 :
Milk Vita – D’une initiative gouvernementale à une coopérative
d’agriculteurs
Au début des années 70, le gouvernement bangladeshi s’est associé à plusieurs
partenaires de développement pour mettre en place un syndicat des coopératives
de producteurs laitiers qui a établi une chaîne de production et permis aux
producteurs de lait de vendre leur production à des sociétés coopératives locales.
Cette démarche était stratégique à bien des égards puisque le syndicat a instauré
un mécanisme afin d’améliorer la sécurité de revenu et organiser les petits
agriculteurs ruraux, tout en renforçant l’accès local aux services, en élevant la
qualité des produits et en proposant des prix abordables aux consommateurs
urbains. Alors sous contrôle de l’Etat, l’initiative a lutté pour générer des retours
suffisants et était en quête permanente de subventions. En 1991, Milk Vita est
devenue une véritable coopérative d’agriculteurs qui cherchait à soutenir les
intérêts et aspirations à long terme des membres et de leurs communautés.
La coopérative de produits laitiers n’était plus dirigée par des fonctionnaires mais
par des membres qui avaient obtenu le contrôle total du traitement du lait et des
activités de marketing. Les décisions n’étaient plus fonction des politiques, mais
elles étaient prises sur la base de principes commerciaux solides calqués sur
les besoins des membres. Ceux-ci déterminaient les stratégies adoptées par la
coopérative. L’effectif et les gains ont plus que décuplé, et Milk Vita est désormais
considérée comme l’une des entreprises commerciales les plus fructueuses au
Bangladesh dans le secteur des produits laitiers. Milk Vita collecte aujourd’hui
du lait auprès de plus de 150 000 producteurs à travers un réseau de 1200
coopératives villageoises. Grâce à elle, plus de 300 000 personnes – les membres
de la coopérative, leurs familles et communautés – sont sorties de la pauvreté. Les
résultats de Milk Vita impressionnent tant que son approche a été adoptée dans
d’autres secteurs et territoires au Bangladesh.
Source : J. Birchall: Rediscovering the cooperative advantage: Poverty reduction through
self-help (OIT, Genève, 2003).
Exercice 1.1
Considérez le cas de Milk Vita ci-dessus. Comment se fait-il que la coopérative n’ait
connu le succès qu’après s’être affranchie de la dépendance du gouvernement ?
Connaissez-vous des anecdotes similaires dans votre pays ? Comment
l’indépendance de votre coopérative est-elle garantie ?
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
20 [Link]
Figure 1.1 : La pyramide coopérative
Confédération
de coopératives
Fédération
de coopératives
Syndicat de
coopératives
Coopérative
primaire
22 [Link]
Pourquoi les agriculteurs adhèrent-ils à une
coopérative ?
Le présent thème s’est ouvert sur la question du besoin d’une action collective.
D’une façon générale, l’on peut répondre que les agriculteurs bénéficient
d’avantages économiques lorsqu’ils travaillent ensemble plutôt que séparément.
Dans cette section, nous allons étudier plus en détail les motifs qui amènent les
agriculteurs à créer ou adhérer à une coopérative.
Ces motifs sont divers. Ils dépendent du type de produit, de la structure
et de la stratégie de l’exploitation agricole, ainsi que de la structure et du
fonctionnement des marchés. Quelle que soit la raison, l’objectif fondamental
réside dans l’augmentation du revenu de l’exploitation. Le Tableau 1.1 présente
les raisons des agriculteurs et les activités de la coopérative qui répond aux
besoins et aux aspirations de ceux-ci.
Accès aisé aux intrants Intrants disponibles à faible distance de l’exploitation agricole
Accès aux marchés Etablit des relations à long terme avec les acheteurs (par ex.
(sûrs) marchés de niche)
Accès à une assistance Fournit une assistance technique directe ou fait fonction
technique d’intermédiaire pour accéder à ces services auprès d’autres
prestataires
Réduit les risques sur Regroupement pour commercialiser les produits agricoles
le marché
Réduit les risques au Propose des services d’assurance directs ou fait fonction
niveau de la production d’intermédiaire pour accéder à ces services auprès d’autres
prestataires
24 [Link]
THÈME 2
Défis posés
aux coopératives
Introduction
Le Thème 2 examine les défis internes et externes auxquels les coopératives
sont confrontées. Les coopératives présentent une structure organisationnelle
relativement complexe, en proie à des tensions internes. Par ailleurs, la grande
diversité des demandes adressées aux coopératives en raison de l’environnement
social et politique contraignent celles-ci à faire des compromis difficiles.
L’environnement externe dynamique de la coopérative, tant dans le domaine
politique que sur le marché, pousse les coopératives à constamment rechercher
des réponses appropriées. Si le monde extérieur est une source de menaces,
il présente toutefois également des opportunités pour les agriculteurs et leurs
coopératives. Pour tirer parti de ces opportunités, les membres et les dirigeants des
coopératives doivent faire preuve d’esprit d’entreprise.
Gérer la dualité
La nature duelle des coopératives agricoles compte au nombre des
caractéristiques les plus intéressantes de ces structures, mais elle représente
également un défi. Une coopérative est à la fois une association de membres
et une entreprise. C’est au niveau de l’association que s’établit le processus de
prise de décision démocratique, alors que l’entreprise se charge des activités
commerciales en soutien aux membres. Dans la pratique, il est rare que ces
deux parties de l’organisation soient clairement délimitées, et cette délimitation
est encore moins évidente dans l’esprit des membres. Pourtant, il est utile de
souligner cette dualité puisqu’elle est souvent à la source de tensions. Outre la
dualité de la structure organisationnelle, la coopérative est confrontée à d’autres
dualités susceptibles de générer des conflits.
Tout d’abord, une certaine tension peut apparaître entre les objectifs sociaux
et les objectifs économiques de la coopérative. Dès lors que les coopératives
sont ancrées dans la communauté et bénéficient de cette dernière (en utilisant
le capital social et humain de même que les ressources naturelles disponibles
au sein de la communauté), on s’attend également à ce qu’elles se soucient
d’elle. Mais une coopérative affiche une fonction économique première et doit
être dirigée à l’image d’une entreprise pour conserver un caractère durable.
S’il est difficile de distinguer clairement les besoins des membres de ceux de
la communauté (un centre sanitaire représente par ex. autant un besoin pour
les membres que pour la communauté au sens large), il existe néanmoins une
différence sur le plan des priorités. Cette situation nécessite une communication
sans ambiguïtés et une bonne gestion. La coopérative doit clairement faire
28 [Link]
Cette tension entre les
objectifs sociaux et les €
objectifs économiques $
peut également
trouver son origine dans
l’environnement extérieur.
Quand d’autres organismes appuient
le développement des coopératives, à l’instar des
organisations gouvernementales et des ONG, ils
opèrent généralement en demandant expressément à la
coopérative d’assumer une fonction sociale.
En échange de leur soutien financier ou autre,
ces organismes attendent de la coopérative
qu’elle fournisse ses services à l’ensemble
de la communauté, exigeant parfois même qu’elle intègre
un nombre maximum de petits exploitants alors que, sur le seul plan de
l’efficacité, certaines limites peuvent tout à fait être justifiées. Si les fonctions
sociales sont importantes pour les coopératives, elles ne doivent pas devenir
l’objectif premier. Une coopérative agricole a pour but premier de soutenir
les producteurs de denrées agricoles. Lorsque la coopérative est en mesure
de soutenir ses membres, et que ceux-ci vivent en communauté, il en résulte
automatiquement des répercussions positives pour la communauté.
L’expertise de la direction dans un environnement
changeant représente une autre source de tension.
Autrefois, dans certaines régions, les coopératives
⅛ étaient étroitement liées aux réalités politiques
% – fondées avec le soutien des autorités locales,
bénéficiant souvent de l’appui financier
du gouvernement (local) et accomplissant
€
une mission d’ordre public ; aujourd’hui,
$ les coopératives sont toujours davantage
considérées comme des entreprises. En raison
des derniers développements observés sur les
marchés nationaux et internationaux - l’exigence
d’une qualité supérieure et d’un contrôle qualité
plus strict, les dirigeants doivent posséder de bonnes
compétences dans le domaine de la gestion et de la commercialisation. Ils
doivent toutefois également afficher leur compétence en matière politique, étant
donné que les coopératives restent ancrées dans les communautés et que les
agriculteurs continuent d’opérer dans un secteur fortement réglementé. Et il
Exercice 2.1
Les dualités qui existent au sein des coopératives sont à l’origine de tensions, mais
le cas de Delicias Criollas en Uruguay montre que l’on peut y remédier en utilisant
efficacement les opportunités offertes sur le marché - ici par ex. en vendant,
parallèlement au produit, le récit de l’aventure entrepreneuriale des femmes qui
ont fondé la coopérative.
Quelle est l’histoire de votre coopérative en matière de marketing ? Comment
communiquez-vous cette histoire à vos clients ?
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
30 [Link]
Fonctions clés des coopératives sur les
marchés agricoles
Si toutes les coopératives agricoles œuvrent pour le bénéfice de leurs
agriculteurs membres, elles peuvent néanmoins afficher des fonctions distinctes
(voir Tableau 2.1).
32 [Link]
Cas 2.2 : Une approche intégrale de la satisfaction des membres
Nombre de coopératives se trouvent confrontées au dilemme suivant : choisir entre
la fourniture d’un large éventail de services ou la spécialisation dans quelques-
uns seulement. Chacune de ces options a ses avantages et ses inconvénients
potentiels. Lorsque les ressources financières et administratives se font rares, il
peut être préférable de proposer efficacement quelques services seulement, comme
l’achat d’intrants ou les facilités de crédit. Mais les membres des coopératives
éprouvent des besoins nombreux et variés et certains de ces besoins peuvent être
étroitement liés les uns aux autres. Ainsi les agriculteurs peuvent-ils avoir besoin
d’un soutien dans le cadre de leurs activités agricoles, mais ce soutien serait vain
s’ils sont incapables de déceler des opportunités de vente adéquates à l’issue des
récoltes. Toutefois, si la coopérative propose une variété de services excessive, elle
risque de trop se disperser et de trop grever ses finances.
La coopérative agricole de North Santander, ou de Cooagronorte, une coopérative
de producteurs de riz située dans le nord-est de la Colombie, a clairement
déterminé qu’une approche intégrale s’imposait afin de garantir le bien-être de ses
membres, ainsi que la viabilité même de la coopérative. Un défi majeur se pose
pour les producteurs de riz de cette région de Colombie : du fait de la proximité
de la frontière avec le Venezuela, le marché local est submergé de riz vénézuélien,
dont le prix est nettement inférieur. Les agriculteurs doivent, par conséquent,
acheminer leur produit jusqu’au centre du pays, où ils se heurtent à la concurrence
des grandes marques nationales. Cooagronorte a établi il y a plus de dix ans une
politique visant à garantir un prix d’achat minimum, souvent largement supérieur
au prix du marché. Mais la coopérative a réalisé que le fait de proposer un prix
compétitif ne constitue qu’un facteur parmi tant d’autres pour permettre aux
agriculteurs de rester en activité en dépit des conditions difficiles du marché.
L’approche adoptée par Cooagronorte consistait à offrir un soutien aux agriculteurs,
de la production jusqu’à la commercialisation du produit, et également au-delà de
l’exploitation agricole : la coopérative propose désormais des conseils techniques,
des facilités de crédit, des services de marketing ainsi que des assurances maladie.
S’il est possible de proposer cette riche palette de services, c’est parce que
l’approche adoptée repose sur un cercle vertueux dans lequel le bien-être global
des agriculteurs génère une meilleure productivité, et cette productivité accrue
représente la base financière qui permet à la coopérative d’assurer un soutien
intégral à ses membres. Quoiqu’étant de petits producteurs dont les tailles
d’exploitations moyennes ne dépassent pas les sept hectares, les membres de
Cooagronorte affichent certains des rendements les plus élevés et des coûts par
hectare les plus bas de Colombie. Il en résulte des recettes supérieures pour la
coopérative. Forte d’une base financière solide, la coopérative peut continuer à
financer ses programmes de soutien aux agriculteurs et maintenir des niveaux
élevés de productivité. L’approche est-elle fructueuse ? Selon le responsable de la
coopérative, la meilleure preuve réside dans la progression encore constante de
l’effectif après quatre décennies d’activité.
Source : Sur la base d’un entretien avec Nelson Trujillo, Président de Cooagronorte, une
organisation partenaire d’Agriterra.
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34 [Link]
recherchés pour certaines particularités et sont différenciés en fonction de
leurs attributs qualitatifs inhérents. L’évolution des goûts et des préférences
des consommateurs est également liée à une préoccupation croissante pour
les répercussions sociales et environnementales des échanges internationaux,
qui suscite une hausse de la demande en produits traçables, fabriqués dans
des conditions sociales et environnementales responsables. Cette évolution de
la demande de la part du consommateur est synonyme d’opportunités pour
les coopératives et leurs membres, lorsque les coopératives sont en mesure de
garantir à leurs clients que les membres produisent de manière responsable.
Elle peut également induire des risques dès lors que les coûts requis afin de
proposer des « produits plus responsables » peuvent dépasser les bénéfices ou
parce que les nouvelles demandes entravent l’accès aux marchés.
produit
argent
services, informations
prestataire transporteur meunier grossiste
de crédit
transport
re
ge
location
frais de
m
ya
bo
royé
u
bro
pr rse
êt m yé
riz b
en ro
t ri zb
intrants, conseils
riz paddy riz paddy riz broyé
riz paddy
paiement
Dans cet exemple, l’agriculteur est un petit exploitant qui produit et récolte le riz,
le fait sécher et remet une partie de la récolte à la coopérative. L’agriculteur revend
également une partie de sa récolte directement au négociant (3). La coopérative
propose à ses membres un certain nombre de services. Avant la saison et au
cours de celle-ci, elle fournit des intrants tels que des engrais, des graines et des
pesticides. Au moment de la récolte, elle collecte le riz, en remet une partie au
meunier et vend le riz paddy ou le riz blanchi aux négociants et aux grossistes (1
et 2). La coopérative propose également aux membres une assistance technique et
des formations.
L’assemblée générale de la coopérative, composée de l’ensemble des membres,
se réunit deux fois par an et élit un CA. Un responsable dirige la coopérative au
quotidien. Deux types de commerçants achètent le riz : les commerçants de produits
vivriers achètent le riz paddy non blanchi, tandis que les grossistes privilégient le riz
blanchi. Les meuniers broient le riz paddy pour en faire du riz blanc, prêt à cuire.
Les commerçants et les supermarchés achètent le riz blanc broyé auprès
des grossistes et le revendent par paquets de un à cinq kilos. Le riz de
production locale entre en concurrence avec le riz thaïlandais ou tanzanien. Les
consommateurs des produits finals sont notamment les résidents de la région où le
riz est produit ainsi que les citoyens de la capitale rwandaise, Kigali.
Source : The Royal Tropical Institute, Amsterdam, et International Institute of Rural
Reconstruction, Nairobi: Value chain finance: Beyond microfinance for rural entrepreneurs
(Amsterdam, KIT Publishers, 2010).
36 [Link]
décisions et activités individuelles. Par exemple : les producteurs de haricots
destinés au marché international opèrent selon des exigences de qualité
strictes ; la coopérative s’assure que les membres connaissent ces exigences et
elle leur propose une assistance technique, et le négociant veille au maintien de
la qualité durant la manipulation logistique, tout ceci afin de garantir la qualité
pour le détaillant. Un tel niveau de « coordination verticale » implique des
accords contractuels détaillés entre les différents acteurs de la chaîne de valeur.
Les coopératives peuvent jouer un rôle majeur en aidant les agriculteurs à
s’engager dans et à bénéficier d’une telle coordination verticale dans les chaînes
de valeur. Elles font le lien entre les agriculteurs et les acheteurs, elles peuvent
proposer à l’acheteur des informations sur le produit et les caractéristiques de
production et elles peuvent fournir aux membres des informations concernant
la demande sur le marché ainsi que les exigences en matière de qualité.
Les coopératives peuvent obtenir les certificats nécessaires au nom de leurs
membres lorsque cette démarche est trop onéreuse pour les agriculteurs sur une
base individuelle. Souvent, les organisations coopératives faîtières peuvent aider
leurs membres (coopératives primaires ou syndicats de coopératives) à obtenir
les certificats requis et à développer les compétences de négociation qui seront
nécessaires pour répondre à ces nouvelles conditions du marché.
7 F.O. Wanyama, P. Develtere & I. Pollet: Reinventing the wheel? African cooperatives in a liberalized economic
environment, COOPAFRICA Working Paper No. 1 (Genève, OIT, 2009), [Link] english/
employment/ent/coop/africa/download/wp1_reinventingthewheel.pdf (22 sept. 2011).
8 J. Bijman and B. Doorneweert: “Collective entrepreneurship and the producer-owned co-operative”, in Journal
of Co-operative Studies (Manchester, 2010), Vol. 43, No. 3: pp. 5–16.
38 [Link]
des dirigeants, fondée sur l’expertise et la légitimité, jouera un rôle majeur dans
le cadre de ces décisions difficiles. La position de la coopérative dans la chaîne
de valeur est une autre question qui va influencer la direction et l’ampleur
de l’entrepreneuriat des membres. Par exemple, si la coopérative entretient
une relation commerciale rentable et durable avec un gros client, les activités
entrepreneuriales des membres ne devraient pas menacer ce rapport. Dès
lors que la coopérative opère au nom du groupe, il est difficile de révoquer un
accord commercial en cours lorsque quelques agriculteurs seulement souhaitent
cibler d’autres clients. Enfin, les grandes coopératives comptent également des
entrepreneurs gérants, en plus des entrepreneurs agriculteurs. Les bons gérants
aspirent souvent à un certain degré d’autonomie pour prendre des décisions et
se lancer dans de nouvelles opportunités commerciales. C’est finalement au
CA, représentant des adhérents, qu’il incombe de décider du degré de liberté
opérationnelle qui sera accordé aux gérants. Lorsque les gérants aspirent à
explorer de nouvelles opportunités commerciales, ils doivent soumettre au
CA ainsi qu’aux membres les meilleurs renseignements disponibles sur les
avantages et les inconvénients des projets proposés.
Le CA (pour les petits
projets) ou l’assemblée
générale (pour les
investissements majeurs)
trancheront ensuite sur
les projets proposés. Une
bonne communication et
une relation de confiance
entre le CA et l’équipe
professionnelle de direction
sont des paramètres décisifs
au sein des coopératives
entrepreneuriales.
Les coopératives sont
l’intermédiaire idéal pour les consommateurs de la chaîne de valeur qui
recherchent de nouvelles relations commerciales avec des (petits) exploitants.
Les faibles coûts de transaction sont le principal avantage offert par une
collaboration avec des coopératives plutôt que de multiples petits producteurs.
La coopérative se charge de la coordination (horizontale) entre les agriculteurs,
en ce compris le contrôle de la conformité aux exigences de quantité et de
qualité. Outre la collecte de produits, la coopérative peut également procéder
au tri, au calibrage ainsi qu’au conditionnement. Enfin, elle peut obtenir les
certificats que les clients d’aujourd’hui souhaitent consulter.
Exercice 2.3
Comment votre coopérative gère-t-elle les opportunités et les menaces que
représente un esprit d’entreprise plus marqué de la part des membres et des
gérants ?
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40 [Link]
THÈME 3
Gouvernance
des coopératives
Introduction
Lorsqu’une coopérative est établie, les membres doivent diriger et contrôler les
activités de l’entreprise coopérative. Qui, au sein d’une entreprise, est habilité
à prendre des décisions ? Qui est responsable d’une décision particulière ? Qui
rend compte à qui ? (...) sont autant de questions relevant de la gouvernance
d’entreprise. Sur un plan plus formel, nous pouvons définir la gouvernance
d’entreprise comme des structures et systèmes de contrôle par lesquels la
responsabilité des gérants est engagée devant ceux qui détiennent une part
légitime dans une organisation. Sont notamment concernés les droits décisionnels
du conseil et des gérants, ainsi que la nécessité de transparence du processus
décisionnel.
Le troisième thème se propose dans un premier temps d’aborder les
caractéristiques de base de la gouvernance d’une coopérative. Une coopérative
étant une entreprise où le pouvoir est exercé démocratiquement, l’ampleur du
contrôle des membres est cruciale pour son autonomie. Le thème s’ouvre sur le
concept de gouvernance d’entreprise même puis il aborde différents aspects de la
« gouvernance des coopératives », à l’instar de l’allocation des droits décisionnels,
la question de la reddition de comptes, le rapport entre les membres et le conseil,
et le rapport entre le conseil et les gérants professionnels.
44 [Link]
Gouvernance des coopératives
Assemblée
générale
élit élit
Direction
Le CA
Les membres, réunis en Assemblée générale, sont les parties prenantes les
plus importantes d’une coopérative. En plus d’être les principaux usagers des
services proposés par celle-ci, ils détiennent aussi collectivement l’entreprise
coopérative. Le principal organe dirigeant demeure pourtant le CA. Le CA
développe la mission et la vision de la coopérative, il définit la stratégie, dirige
les gérants, communique avec les partenaires commerciaux de la coopérative et
9 Parfois appelé conseil de supervision. Lorsque le comité de supervision se voit seulement confier un mandat
restreint d’évaluation des états financiers, on parle de comité financier.
46 [Link]
appliquées dix ans plus tôt peuvent s’avérer nécessaires pour gérer efficacement
l’environnement actuel. Si les dirigeants élus exercent un mandat trop long, il
peut en résulter un certain manque de souplesse et de vision à long terme.
La coopérative doit trouver le juste équilibre entre les avantages concurrents
des mandats longs et des mandats courts. Il est d’une part souhaitable que
les membres du conseil soient en poste suffisamment longtemps pour assurer
la continuité de la stratégie et de la politique et pour développer l’expertise
qui suscitera une contribution accrue à la performance de la coopérative. Il
convient d’autre part de laisser régulièrement la place à d’autres membres avec
de nouvelles idées. Pour maintenir l’expertise au sein du CA, tous les mandats
ne doivent pas démarrer la même année. Si le mandat est de trois ans, seul un
tiers des sièges du conseil sont à pourvoir par élection chaque année.
Dans certains pays, les coopératives invitent des experts extérieurs (en
comptabilité, marketing, etc.) à participer au CA afin d’être mieux positionnés
pour contrôler la gestion. C’est le cas essentiellement dans les grandes
coopératives dirigées par des gérants professionnels.
Exercice 3.1
Quelle est l’expertise des membres du CA de votre coopérative ? Selon vous, quel
type d’expertise fait défaut ?
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10 OIT/ACI : Gender issues in cooperatives: An ILO/ICA perspective (a gender sensitization package) (Genève,
1995), [Link] (22 sept. 2011).
48 [Link]
●● Les femmes participent-elles aux affaires économiques de la coopérative et
supervisent-elles leur progression ?
●● Le langage utilisé en réunion est-il compréhensible de tous les
participants, ou uniquement de ceux qui ont suivi des études ?
●● Les réunions de la coopérative (réunions des comités, assemblées
générales, etc.) sont-elles programmées à des heures qui conviennent
aux femmes et propose-t-on à celles-ci des installations telles que des
structures d’accueil des enfants ?
●● Les femmes peuvent-elles aisément accéder aux informations concernant
les prochaines réunions ? Veille-t-on à utiliser les bons canaux ?
●● Les femmes membres participent-elles aux élections, et peuvent-elles être
candidates ?
Problèmes de délégation
Au sein d’une coopérative, les membres délèguent les fonctions ou décisions
au CA. Les membres s’attendent à ce que les décisions prises par le CA soient
dans leur intérêt. Mais les membres du CA peuvent souhaiter défendre des
intérêts privés. Si les membres sont pleinement habilités à superviser les
décisions du CA, aucun problème n’apparaît. Mais dans la réalité, les membres
n’ont ni les compétences, ni les ressources pour contrôler le comportement du CA.
Deux moyens classiques permettent d’éviter que le CA agisse dans l’intérêt
personnel des personnes qui le composent : (1) avoir établi un comité de
supervision contrôlant le conseil et (2) réélire les membres du conseil sur une
base périodique. Si nécessaire, l’Assemblée générale est également habilitée à
révoquer l’ensemble du conseil.
Un autre problème de délégation peut se poser entre le CA et les gérants
professionnels. Ces derniers connaissent généralement bien mieux le
fonctionnement de l’entreprise et/ou les demandes des clients. Un risque se
A
se poser entre un directeur (personne A)
B qui délègue une fonction ou une décision
à un agent (personne B). Le directeur
propose une mesure incitative (comme un
salaire ou un versement unique) à l’agent
qui accomplit la fonction. Toutefois,
pose lorsqu’une coopérative est dirigée
le directeur n’exerce pas un contrôle
par les gérants. Ces derniers peuvent total sur l’agent et ne dispose pas de
abuser de cette avance en termes tous les renseignements sur les faits et
d’informations et de connaissances gestes de ce dernier. L’agent peut donc
fuir ses responsabilités, en se donnant
et servir leurs propres intérêts et non moins de peine ou en exécutant une
ceux de la coopérative. mission de moindre qualité. Le directeur
ne peut que difficilement évaluer la
Deux solutions globales se présentent performance de l’agent puisqu’il est
face à un problème de délégation. coûteux ou simplement impossible pour
La première consiste à aligner les lui de collecter toutes les informations
à cette fin. L’on peut alors se demander
intérêts du directeur sur ceux de
comment savamment combiner les
l’agent, par exemple en proposant incitations au contrôle pour assurer une
une rémunération de l’agent qui performance optimale.
soit partiellement fonction de la
performance de la coopérative.
La seconde consiste à mieux informer le directeur au sujet du comportement
de l’agent. En d’autres termes, communication et transparence sont des
paramètres décisifs pour permettre au directeur d’exercer son contrôle. Dans la
pratique, ces deux solutions sont souvent appliquées conjointement.
Comment une coopérative agricole peut-elle gérer les problèmes de délégation
dans le cadre de la relation CA-gérant ?
Les problèmes de délégation peuvent être gérés de différentes façons. En voici
trois exemples :
●● associer les avantages proposés au gérant à des mesures spécifiques de
performance de la coopérative, à l’instar du prix du lait versé aux membres
d’une coopérative laitière ;
●● attirer les gérants de la communauté agricole et les familles des membres.
Ces gérants partagent les normes et les valeurs de la communauté et ils
sont donc moins enclins à abuser de leur pouvoir ;
●● lorsque la responsabilité de la direction est confiée à des professionnels, le
CA doit lui aussi se professionnaliser davantage, en proposant formation et
éducation à ses membres ou en recrutant des experts extérieurs à des fins
de conseil.
50 [Link]
Le cas suivant sur le thème de l’insémination artificielle dans une coopérative
de producteurs laitiers au Kenya illustre dans quelle mesure la recherche de
consensus entre les membres et les gérants au sujet des besoins critiques et
des moyens spécifiques d’y répondre peut contribuer à résoudre les conflits
d’intérêts - dans ce cas entre les membres et la direction.
Engagement
Les membres peuvent être réticents à (au travers d’un faible engagement) ou
incapables de (parce qu’ils n’ont pas les compétences requises) participer
à la gouvernance de la coopérative, en particulier pour contrôler le CA. Le
renforcement de capacités peut offrir des solutions, par ex. via l’éducation et la
formation. Voir ci-après une section détaillée sur le thème de l’engagement.
Inclusion
Le déséquilibre hommes-femmes aux postes de direction entraîne une sous-
représentation d’une part significative de la base d’adhérents de la coopérative.
Pour y remédier, il pourrait être envisagé de mener une « discrimination
positive » et d’encourager l’élection des femmes aux fonctions dirigeantes. À
cette fin, il pourrait être nécessaire de proposer aux femmes une formation dans
le domaine de la direction ou d’opérer des changements pratiques au niveau
du mode de gouvernance (horaires de réunion, culture de la prise de décision,
etc.). Le déséquilibre hommes-femmes aux postes de direction peut également
aboutir à un traitement défavorable des femmes membres. Ce problème peut
être écarté en affiliant l’ensemble de la famille et non plus un seul individu, en
investissant dans la formation de sensibilisation aux questions de genre et en
améliorant la capacité des femmes à participer aux processus décisionnels.
52 [Link]
Mais les femmes ne sont pas les seuls membres exposés à des pratiques
discriminatoires. Ce risque est tout particulièrement élevé dans les coopératives
polyvalentes. Ces mauvaises pratiques peuvent éventuellement s’expliquer par
une tendance du CA ou des gérants à privilégier certaines activités ou certains
produits.
Compétences
Un autre défi consiste à s’assurer que les membres du CA et les gérants
disposent des compétences et connaissances appropriées, particulièrement
dans un contexte de marché changeant. La gestion d’une coopérative exige des
compétences en matière de lobbying (politique et social) tout autant que des
compétences entrepreneuriales, ce qui n’est pas sans coût pour la structure
concernée. Face à une pénurie de compétences, elle devra investir dans le
renforcement de capacités. Sinon, le recrutement d’un gérant professionnel se
présente comme une alternative.
Autonomie
Les coopératives bénéficient souvent d’un soutien substantiel de la part des
parties prenantes extérieures, en ce compris les agences gouvernementales,
les bailleurs de fonds et les ONG de développement. En règle générale, ce
soutien est largement apprécié et parfois même indispensable à l’établissement
de la coopérative. Les coopératives sont, et doivent, néanmoins rester des
organisations autonomes basées sur les adhérents. Cela implique que les
organisations extérieures soutenant la coopérative ne doivent pas exercer de
contrôle et les membres ne doivent pas considérer la coopérative comme un
moyen d’accéder à un appui extérieur au lieu d’user de leur propre initiative.
Même si elle jouit d’un appui extérieur, la coopérative doit rester basée sur les
adhérents et dirigée par eux.
L’autonomie peut également se trouver menacée si les dirigeants utilisent
l’organisation à des fins politiques ; quand, dans le cadre de la prise de
décision, les membres du CA n’accordent pas la priorité aux intérêts des
membres mais défendent plutôt leurs propres ambitions politiques. Pour y
remédier, il est alors possible de supprimer tout lien entre la coopérative et la
sphère politique, afin de garantir un bon contrôle par les membres et restreindre
le nombre de mandats.
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54 [Link]
installations de la coopérative sont alors
moins productives), il règne généralement
une forte pression sociale au sein de la
communauté de membres pour inciter
chacun à rester engagé.
Être membre d’une coopérative exige un
investissement en temps et en travail
Les coopératives étant des organisations
contrôlées par leurs membres, ceux-ci
doivent participer aux organes de direction,
assister à l’Assemblée générale pour élire les membres du conseil et approuver
(ou rejeter) les stratégies, politiques et états financiers de l’organisation. Si les
membres ne s’engagent pas, il est peu probable qu’ils souhaitent investir leur
temps et leurs efforts dans la gouvernance de la coopérative. Participation et
engagement exercent un effet de renforcement. Non seulement la participation
à la gouvernance soutient-t-elle l’engagement par rapport à l’organisation en
général, mais elle incite également à s’engager par rapport aux décisions prises
par le CA et, ce faisant, elle facilite l’exécution de ces décisions. En d’autres
termes, plus les adhérents font preuve d’engagement, plus la coopérative est
susceptible de prendre des décisions par consensus ce qui, en retour, favorise
une mise en œuvre sans heurts et efficace des décisions.
Les coopératives sont généralement financées par leurs membres. Si
l’engagement est peu marqué, les membres seront peu disposés à fournir des
capitaux propres (supplémentaires).
Une coopérative a besoin de fonds de roulement et de capitaux d’investissement
pour diriger l’entreprise de manière efficace et effective. Comme l’énonce
le troisième principe coopératif, les membres contribuent au capital de leur
coopérative. En cas d’excédent, le CA et l’Assemblée générale peuvent décider
de reverser celui-ci entre les membres ou de le conserver aux fins de nouveaux
investissements. Les membres peu engagés sont plus enclins à solliciter la
distribution de l’excédent, ce qui diminue la réserve en capitaux de l’entreprise
coopérative dans la perspective de nouveaux investissements.
L’engagement réduit les coûts de transaction membre/coopérative et prévient
les comportements opportunistes.
Les membres engagés sont moins enclins à « profiter » de leur coopérative.
Ils sont en outre plus disposés à échanger des informations à caractère privé
avec l’entreprise coopérative, comme des renseignements sur la qualité des
produits délivrés. Dans les coopératives laitières par exemple, les membres
56 [Link]
envisager de vendre à des commerçants privés s’ils ont besoin de liquidités
rapidement. Le cas de la coopérative Kabianga au Kenya illustre comment le
paiement instantané par affacturage a permis de remédier au décalage entre la
production et les paiements.
58 [Link]
membres ne sont pas informés des décisions de la coopérative, et en particulier
des raisons pour lesquelles certaines décisions sont prises, leur engagement
s’amenuise.
L’hétérogénéité des adhérents constitue un autre facteur organisationnel affectant
l’engagement. Si l’effectif est très varié, par exemple en termes de produits
délivrés ou de situation géographique, les membres peuvent alors aisément
penser que certains (groupes de) membres bénéficient d’un traitement plus
favorable que d’autres. Il est possible d’atténuer cette perception en indiquant
avec la plus grande transparence possible quels services sont proposés à quels
groupes de membres. Dans la même logique, l’introduction du principe de coût
proportionnel peut réduire la méfiance à l’égard d’un traitement inégal. Selon
ce principe, les membres qui génèrent des coûts importants pour la coopérative
doivent également s’acquitter de frais plus élevés. Il convient bien entendu
d’apprécier les avantages de ce principe par rapport aux inconvénients d’un
affaiblissement des principes de solidarité et d’équité.
Pour conclure, l’engagement est un paramètre important, et ce pour l’ensemble
des coopératives. Des membres engagés sont plus enclins à rester dans la
coopérative, à prendre part aux organes de gouvernance de celle-ci, à s’abstenir
de « profiter » des services qu’elle propose, à investir dans la coopérative et à
la défendre face aux autres. L’engagement peut être entretenu, voire renforcé,
au travers d’une bonne communication entre les membres et la coopérative, en
s’appuyant sur des dirigeants dignes de confiance, en proposant de bons services
et en acquittant des prix au moins aussi élevés que ceux des autres acheteurs
potentiels.
Exercice 3.3
Que faites-vous au sein de votre coopérative pour entretenir l’engagement des
membres ? D’après votre expérience, quels sont les principaux enjeux pour garantir
la loyauté des membres vis-à-vis de leur coopérative ? Et quelles sont les solutions
face à ces enjeux ?
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Le rôle interpersonnel
Le gérant assume un rôle interpersonnel : il interagit avec les autres, en qualité
de responsable de l’équipe technique, du personnel de la coopérative, et assure la
liaison avec les autres départements de l’organisation et les autres organisations.
Au sein d’une coopérative, il est le lien entre l’entreprise et le CA (représentant les
Le rôle d’information
Le gérant assume un rôle d’information : il collecte et diffuse les informations,
par ex. en ce qui concerne les processus opérationnels de l’entreprise
coopérative, la performance des personnes et des départements, les
développements externes ainsi que les demandes émanant de la clientèle. Il
ne prend de décisions et ne soumet de propositions au CA que s’il dispose
d’informations précises et actuelles. Dans une coopérative, le rôle de porte-
parole est généralement assumé par le président du CA, mais celui-ci peut
partager cette fonction avec un gérant professionnel.
Le rôle décisionnel
Le gérant prend des décisions au sujet des opérations de l’entreprise
coopérative, par exemple en attribuant des ressources et des employés à des
tâches distinctes. Il peut par ailleurs élaborer de nouveaux plans sur la base de
son évaluation de l’environnement changeant et des nouvelles opportunités sur
le marché. De ce fait, le gérant est aussi un entrepreneur. Il négocie également
avec les partenaires extérieurs, par exemple dans le cadre de l’achat de
fournitures ou de la vente de produits agricoles. Enfin, il incombe au gérant de
résoudre les conflits qui émergent entre les employés ou entre les membres et la
coopérative (en consultation avec le CA).
64 [Link]
Il s’agit des compétences dans les domaines financier et technique, et en
matière de gestion des ressources humaines. Le gestionnaire doit également
comprendre la structure organisationnelle spécifique et la gouvernance de la
coopérative. Si, dans les autres entreprises, les gérants se situent au sommet
de la pyramide organisationnelle, prenant la plupart des décisions stratégiques,
les coopératives comptent systématiquement un CA qui participe directement
aux décisions relatives aux activités actuelles et futures de la coopérative.
Les gérants d’une coopérative ont donc moins de liberté en matière de prise
de décision que les gérants d’entreprises non coopératives. En conséquence,
l’organisation coopérative n’est pas une structure qui convient à tous les
gérants. Elle sera par exemple inadaptée à ceux pour qui l’autonomie revêt
une importance capitale. Autre élément caractéristique des coopératives : le
gérant doit souvent expliquer ses décisions aux membres. Pour maintenir leur
engagement, ils doivent être pleinement informés des décisions du gérant et
des conséquences qui en découlent pour leurs propres exploitations. Dans les
coopératives, il est fréquent que les gérants s’expriment régulièrement lors des
réunions de membres.
Au regard de la participation croissante des coopératives dans les chaînes de
valeur coordonnées, les gérants doivent afficher des compétences spécifiques
et une expertise dans les domaines de la logistique, du contrôle qualité, du
suivi et de la traçabilité, de la
certification, etc. En l’absence
d’une telle expertise, ils
devront être dûment formés.
Le recrutement de nouveaux
gérants doit expressément
mettre l’accent sur
les compétences, les
connaissances et l’expérience
des candidats en matière de
gestion de la chaîne de valeur
et de gestion de la qualité.
Les compétences dans le
domaine de la gestion des ressources humaines sont une autre forme de
compétence toujours plus importante, tant dans le cadre de la croissance
d’une coopérative que de son intégration dans une chaîne de valeur. Gérer
le personnel dans le secteur opérationnel du marketing peut se révéler plus
complexe que de gérer les employés de la production, car une bonne aptitude
dans ce domaine repose davantage sur des compétences personnelles. Par
Les gérants de coopératives doivent par ailleurs afficher une certaine expertise
dans le domaine de la gestion financière. Ils doivent être en mesure d’assurer
une gestion transparente des finances de la coopérative, non seulement pour
pouvoir rendre compte au CA mais aussi pour pouvoir expliquer l’état des
finances de la coopérative aux membres ordinaires. Du fait de leur statut
officiel de propriétaires, les membres ont le droit d’être informés de la situation
financière. De même, lorsque la coopérative doit se conformer aux différents
types d’exigences relatives à la chaîne d’approvisionnement, les gérants doivent
être capables de mener une analyse coûts/bénéfices des nouvelles exigences
posées et d’informer le CA ainsi que les membres.
66 [Link]
peuvent provenir de sources diverses : les membres, les bénéfices non répartis
et le financement externe. Concernant les coopératives agricoles, l’accès aux
capitaux et au financement est un défi majeur. Les prestataires de services
financiers tels que les banques considèrent généralement l’agriculture comme
un secteur trop risqué, qui génère des coûts de transaction élevés. Ils doutent
de la capacité et de la volonté des entrepreneurs agricoles à rembourser leurs
dettes. Les prêteurs potentiels peuvent également craindre un risque trop élevé
car ils maîtrisent mal ce secteur et n’ont aucun moyen pour évaluer les risques
induits.
Les membres des coopératives ont coutume d’apporter un certain capital. En
tant que fournisseurs de capital-risque (ou capitaux propres), les membres
deviennent propriétaires de l’entreprise coopérative. Même lorsque des appuis
extérieurs (gouvernement, ONG) fournissent des subventions et d’autres formes
de financement, les membres doivent rester la principale source de financement
pour la coopérative. Pour adhérer, les individus doivent s’acquitter d’un montant
d’argent donné ou d’un paiement en nature afin de financer, pour toute la
durée de leur adhésion, l’entreprise coopérative dont la propriété est collective.
Cette contribution peut être restituée quand
l’adhésion arrive à terme. Financement de la chaîne
Le capital (ou fonds de réserve) créé au
de valeur
travers de l’excédent non redistribué constitue Le financement de la chaîne de
valeur s’opère lorsqu’une ou
un engagement de la part des membres à qui
plusieurs institution(s) financière(s)
une part de l’excédent aurait pu être reversée. est/sont relié(e)s à la chaîne de
valeur, proposant des services
La décision de redistribuer l’excédent relève financiers basés sur les relations
formellement de l’Assemblée générale, au sein de la chaîne. Le vendeur,
généralement sur proposition du CA. l’acheteur et l’agent financier
collaborent, en utilisant les
Les membres peuvent également proposer relations commerciales au sein de
des crédits à la coopérative, ce qui est la chaîne de valeur comme vecteur
de services financiers. (Voir Module
avantageux pour les deux parties. En règle
4 pour plus d’informations.)
générale, ils perçoivent des intérêts supérieurs
Source : The Royal Tropical Institute,
au montant qui leur serait accordé sur un Amsterdam; et International Institute of Rural
compte d’épargne. Et la coopérative verse des Reconstruction, Nairobi: Value chain finance:
Beyond microfinance for rural entrepreneurs,
intérêts inférieurs au montant dont elle devrait
(Amsterdam, KIT Publishers, 2010).
s’acquitter si elle empruntait auprès d’une
banque commerciale. Il s’agit ici d’un atout
classique des coopératives, dans le cadre duquel
une relation durable et de confiance entre les membres et la coopérative permet
des coûts de transaction peu élevés (les banques commerciales prêtent à taux
plus élevé en raison du risque de défaillance). Ce type de financement externe
12 Les coopératives devraient calculer les prix pratiqués dans le cadre des relations qu’elles entretiennent avec
leurs membres sans y inclure de marge de profit. Pour couvrir les risques liés aux incertitudes du marché,
elles prévoiront cependant une certaine marge, qui sera restituée aux membres à la fin de l’exercice si le
bilan s’avère positif et si le risque ne s’est pas concrétisé. La distribution sous forme de ristourne, calculée
au prorata des opérations réalisées avec la coopérative, constitue donc une correction du calcul du prix ou sa
réduction différée. Il ne s’agit donc pas d’un véritable profit, mais d’un excédent temporaire en quelque sorte. »
H. Henrÿ : Guide de législation coopérative, 2nde édition (Genève, 2005) p. 47
68 [Link]
et d’assurer la viabilité financière de la coopérative. Le cas suivant, au sujet de
l’Entreprise coopérative locale de Katerera en Ouganda, montre comment la
coopérative a géré les problèmes chroniques d’accès au crédit et aux ressources
en intégrant des services de crédit et de marketing au sein de la même structure
coopérative.
70 [Link]
l’argent. Les prêts de coopérative à court terme ou le financement de crédits
commerciaux de bonne valeur peuvent contribuer à un niveau de rotation
susceptible de déclencher le processus.
Dans certaines coopératives de transformation et de commercialisation (les
coopératives dites de nouvelle génération), les membres fondateurs acquièrent
des droits de livraison garantissant que la coopérative va acheter une quantité
donnée de produit chaque année, et les membres vont délivrer une quantité
donnée de produit. Ces droits peuvent être cédés librement entre les membres,
ce qui leur confère une valeur marchande. Les membres sont donc incités à agir
pour maintenir et accroître la valeur de leurs droits.
Exercice 4.1
La chaîne de valeur du riz (Encadré 4.1) tout comme le cas sur l’Entreprise
coopérative locale de Katerera en Ouganda (Cas 4.1) proposent des exemples
de solutions novatrices pour répondre aux besoins financiers d’une coopérative
agricole et de ses membres. Quels sont les besoins financiers de votre coopérative,
et ceux de vos membres ? Quelles solutions (potentielles) envisagez-vous pour
répondre à ces besoins ?
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
_______________________________________________________________
Financement de la chaîne de
valeur
Des financiers externes peuvent souhaiter
proposer un crédit à une coopérative s’ils
estiment que les relations au sein de la chaîne
de valeur sont positives. L’Encadré
4.1 illustre comment une coopérative
de riz au Rwanda (cf. Encadré 2.1
également) a pu avoir accès au crédit
par l’intermédiaire d’une institution
de microfinance ; sont également
présentées les conditions qui ont
permis de concrétiser cette entreprise
« à risque ».
produit
argent
services, informations
meunier grossiste
ge
ya
royé
bro
bro
yé
bro
ya
riz b
riz
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intrants, conseils
riz paddy riz paddy riz broyé
coupon
producteur dividende Coop négociant détaillant consommateur
(COPRORIZ)
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ligne de crédit
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pè
ce
s
formation
fonds de
capital-investissement
Institution de ONG (SNV,
microfinance Terrafina
(CAF Isonga) Microfinance)
72 [Link]
Un système de coupons permet d’accélérer les paiements à l’attention des
producteurs. Lorsqu’un agriculteur dépose son riz dans l’entrepôt de la coopérative,
il se voit remettre un coupon indiquant la quantité, signé conjointement par le
gérant de l’entrepôt et par l’agent de crédit de l’IMF (tous deux faisant fonction
d’entrepositaires) (6). La coopérative peut remettre des coupons dans les limites de
sa ligne de crédit.
L’agriculteur présente le coupon à la succursale de l’IMF qui lui reverse la valeur
intégrale du paddy livré, après déduction du crédit et des intérêts (7). La valeur
dépend du prix que la coopérative aura défini avec le négociant (elle vend au
négociant le plus offrant). Le négociant paie la coopérative via l’IMF (8), lui
permettant ainsi de rembourser sa ligne de crédit. Ce système fonctionne de manière
efficace car tous les paiements transitent via l’IMF, et la coopérative tout comme
l’IMF sont les gardiennes de l’entrepôt et contrôlent conjointement les flux de paddy
qui y entrent et qui en sortent.
Les agents de crédit de l’IMF ont aidé la coopérative à mener une évaluation interne
afin de découvrir pour quelle raison la coopérative continuait à perdre de l’argent.
L’évaluation a révélé que l’essentiel du problème était rattaché aux dépenses de
transport. La coopérative louait des camions pour transporter le paddy chez des
meuniers de Kigali ; les coûts étaient si élevés qu’il était impossible de réaliser un
bénéfice. La coopérative était trop jeune pour pouvoir acheter son propre camion
et elle ne disposait d’aucun actif tangible à proposer en nantissement d’un prêt.
Ainsi, l’IMF a loué à bail un camion de cinq tonnes à la coopérative (9), qui a
alors commencé à générer un revenu net. Pourquoi un crédit-bail plutôt qu’un
prêt d’investissement ? Parce que l’IMF reste propriétaire du camion tant que la
coopérative n’a pas remboursé le crédit. Le risque s’en trouve réduit pour l’IMF.
Grâce à cette réduction des coûts de transport, à une meilleure gouvernance
et transparence ainsi qu’à de moindres pertes de production, la coopérative a
commencé à réaliser des bénéfices en 2008. Elle épargne près de dix pour cent de
ses bénéfices et distribue le reste à ses membres sous la forme de dividendes (10).
Source : The Royal Tropical Institute, Amsterdam, et International Institute of Rural
Reconstruction, Nairobi: Value chain finance: Beyond microfinance for rural entrepreneurs
(Amsterdam, KIT Publishers, 2010).
13 Cette section a été rédigée sur la base du guide DGRV/ILO/COOPAFRICA: Operational guide for audit of
cooperatives, (à venir).
14 M. Barnes (ed.): Financial Control, Engineering Management series (London, Thomas Telford, 1990), p 24.
74 [Link]
de gestion financière. En l’absence de mécanismes d’audit, les faiblesses
organisationnelles et/ou les problèmes financiers restent masqués. Ce type
de problèmes peut aboutir à des pertes financières affectant directement
les membres de même qu’à une mauvaise utilisation des fonds de la
coopérative par les membres du conseil et la direction.
●● L’audit de coopérative peut être utilisé par la direction afin d’améliorer la
performance de la coopérative.
●● L’audit peut servir à rendre compte au sujet de la RSE de la coopérative.
Si la RSE est une responsabilité inhérente aux coopératives, elle doit faire
l’objet d’un rapport crédible ; une crédibilité que l’audit peut apporter.
Dans la plupart, sinon la totalité des pays, l’immatriculation d’une coopérative
fait d’elle une entité juridique. L’immatriculation implique qu’elle doive se
conformer à la législation correspondante. Dans certains pays, la législation
impose des audits réguliers (souvent annuels) pour toutes les coopératives
immatriculées et les états financiers ainsi vérifiés doivent être soumis à un
organe de contrôle. Les audits de coopératives peuvent également être utilisés
par les structures qui ne sont pas encore officiellement immatriculées. Dans
certains pays, les petites coopératives
peuvent mener des audits moins Audits
fréquemment, par ex. une fois tous les deux
Audit financier - vérification des
ans plutôt que sur une base annuelle. Si les comptes d’une coopérative.
coopératives peuvent, dans certains pays,
Audit de la direction - évaluation
échapper à l’obligation d’audit, il n’est pas de la performance de la direction
recommandé de profiter de cette exemption.15 en termes de gestion des opérations
de la coopérative. Cet audit vient
compléter l’audit financier et l’audit
Audit externe et interne social.
Audit social - méthode d’évaluation
Il est important d’établir une distinction de la performance non financière
entre audit externe et audit interne. Un d’une coopérative, pouvant être
audit externe fait référence à un audit mené décrite comme un processus de
par un organe externe à, et indépendant de, mesure des effets de la coopérative
sur chacun des membres, des
l’entreprise faisant l’objet de la vérification.16 employés, de leurs ménages et de la
Dans le cas d’une coopérative, la personne communauté au sens large.
ou le cabinet d’audit chargé de l’examen Source : DGRV/ILO, Operational guide for
doit être totalement indépendant(e) de la audit of cooperatives (à venir).
coopérative.
15 [Link]
Cooperative_Development_Services_Ltd.pdf (7 oct. 2011).
76 [Link]
Principaux points
d’apprentissage
Ce premier module a présenté les caractéristiques de base des coopératives
agricoles, en examinant tant leurs principales spécificités organisationnelles
que leurs fonctions centrales. La plupart des coopératives assument diverses
fonctions, dès lors que les membres sollicitent toute une palette de services,
allant de la fourniture d’intrants à la transformation et la commercialisation des
produits agricoles, en passant par les facilités de crédit. Outre le soutien direct
assuré aux exploitations des membres, les coopératives proposent souvent
aussi des services sociaux à la communauté. Trouver le juste équilibre entre les
fonctions économiques et les fonctions sociales représente un défi pour toute
coopérative. Mais le vrai problème est autre : pour survivre, la coopérative
doit être viable sur le plan économique tout en assurant des services à ses
membres.
Il est difficile pour les coopératives de satisfaire aux demandes de toutes leurs
parties prenantes. Si elles œuvrent au profit de leurs membres, d’autres parties
prenantes, telles que les clients, les ONG, les gouvernements et la communauté
dans laquelle elles résident, ont également un intérêt vis-à-vis d’elles. Opérer
des choix légitimes parmi les demandes des différentes parties prenantes
exige une stratégie clairement établie et un processus de prise de décision
transparent.
Les coopératives de commercialisation opèrent dans une chaîne de valeur.
Les chaînes de valeur étroitement coordonnées introduisent de nouvelles
opportunités pour la production et la commercialisation des produits à forte
valeur. Dès lors que la commercialisation auprès de clients nationaux et
étrangers requiert de se conformer à des exigences strictes en matière de
qualité, souvent certifiées par de tierces parties, les coopératives peuvent aider
leurs membres à améliorer la qualité des produits et obtenir les certificats
nécessaires.
La gouvernance interne de la coopérative s’appuie sur les prescriptions,
reconnues à l’échelle internationale, de la Déclaration sur l’Identité Coopérative
et la législation nationale sur les coopératives. Les coopératives appliquent un
processus de prise de décision démocratique, donnant ainsi le droit de vote à
tous les membres. Les décisions sont prises au travers d’une interaction subtile
entre l’ensemble des membres (réunis en Assemblée générale), le CA (élu parmi
et par les membres) et les gérants professionnels. Les grandes coopératives
78 [Link]
Bibliographie
Liste de documents consultés
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[Link]
Gérer votre coopérative agricole
MODULE
Notions de base sur
les coopératives agricoles
MODULE
[Link]
1
Réalisé avec un papier porteur du Label Ecologique Européen, N° d’enreg. FI/11/1, fourni par UPM.