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CON TRIBUTION | JUIN 2 022

Artificialisation des
sols : état des lieux
d’un défi complexe.
SOMMAIRE

04
L’ARTIFICIALISATION
DES SOLS : UNE NOTION
EN MOUVEMENT

POURQUOI

09 L’ARTIFICIALISATION
DES SOLS EST-ELLE UN
PROBLÈME MAJEUR?

PORTRAIT

12 SYNTHÉTIQUE DE LA
RÉPARTITION DES SOLS
ARTIFICIALISÉS

2
SYNTHÈSE

Cette contribution de la Fondation pour la Nature et l’Homme ouvre une série de pu-
blications sur le thème de l’artificialisation des sols. Davantage qu’une question d’ur-
banisme, la problématique de l’artificialisation des sols est une invitation à repenser
notre rapport aux territoires et à la biodiversité qui les habite, et donc nos modèles
d’organisation de l’économie et d’aménagement. Par conséquent, la réduction des
consommations d’espaces doit s’ancrer dans la vision plus large d’une transition géné-
rale vers des modèles de sobriété, y compris foncière.

Basés sur une notion complexe, récemment redéfinie par la loi “Climat et résilience”
et alimentée par des données historiquement disparates, les débats relatifs à l’artifi-
cialisation des sols sont souvent difficiles d’accès pour les non-initiés, et occasionnent
parfois des confusions. Malgré sa nouvelle définition, la notion d’artificialisation des
sols reste prisonnière d’une vision binaire entre sols artificialisés et non artificialisés.
Cette dichotomie est notamment entretenue par des outils de suivi qui se concentrent
sur la surface des sols, sans les caractériser en profondeur ni mesurer sur le terrain
les impacts écologiques effectivement induits. Tous les espaces classés comme arti-
ficialisés ne sont pourtant pas égaux du point de vue écologique, de même que les
usages des sols considérés comme non artificialisés ne sont pas nécessairement fa-
vorables à la biodiversité. La politique de sobriété foncière doit donc se doter d’outils
qui permettent de décrire finement les situations, pour être en mesure de réduire les
consommations d’espaces tout en favorisant la biodiversité partout sur le territoire.

Au-delà de la présentation des définitions et des impacts, cette contribution propose


un portrait synthétique de la répartition des sols artificialisés en France métropolitaine
(géographie et usages). On constate notamment que l’artificialisation se concentre
prioritairement autour des grandes métropoles urbaines et du littoral, ce qui invite à
mener une réflexion approfondie sur les moteurs de l’artificialisation, c’est-à-dire les
conditions qui alimentent et favorisent ce phénomène. Cet état des lieux sera donc
prolongé par plusieurs publications, qui viseront à éclairer les moteurs principaux de
l’artificialisation des sols en France, puis à proposer des pistes pour une politique de
sobriété foncière écologiquement efficace et socialement juste.

3
L’ARTIFICIALISATION
DES SOLS : UNE NOTION
EN MOUVEMENT
DES SURFACES AGRICOLES AUX FONC- deux des consommations d’ENAF d’ici 2031,
TIONS ÉCOLOGIQUES par rapport aux dix années précédentes. L’arti-
ficialisation des sols est ainsi définie dans la loi
La première difficulté, lorsque l’on souhaite comme “l’altération durable de tout ou partie
traiter du sujet de l’artificialisation des sols, est des fonctions écologiques d’un sol, en particu-
probablement celle de sa définition. Comme lier de ses fonctions biologiques, hydriques et
le notait l’expertise scientifique collective de climatiques, ainsi que de son potentiel agro-
l’INRA-IFSTTAR en décembre 20171, “l’artificiali- nomique par son occupation ou son usage”.
sation des sols et une notion récente, corres-
pondant initialement à une préoccupation de UNE NOUVELLE DÉFINITION QUI RESTE
quantifier les pertes de surfaces disponibles PRISONNIÈRE D’UNE VISION BINAIRE
pour l’usage agricole par changements d’occu-
pation des sols”. La perspective s’est ensuite Cette nouvelle définition introduit en prin-
élargie aux changements s’effectuant non seu- cipe un changement de perspective notable
lement au détriment d’espaces agricoles, mais puisqu’elle ne se concentre plus prioritaire-
également au détriment d’espaces naturels et ment sur l’occupation ou l’usage du sol, mais
forestiers : en découle la notion d’ENAF, pour sur l’altération de ses fonctions écologiques
“espace naturel, agricole ou forestier”, qui re- et de son potentiel agronomique. Néanmoins,
groupe les préoccupations de préservation du la loi “Climat et résilience” n’est pas allée au
potentiel agricole, des ressources renouve- bout du chemin qu’ouvre cette définition, à
lables et des habitats pour le vivant. Ainsi, un savoir s’extraire de la vision binaire de l’artifi-
sol artificialisé est défini de manière néga- cialisation pour proposer une vision graduelle
tive comme un sol qui n’est plus, du fait d’un de l’état de dégradation (ou, pour reprendre
changement d’occupation ou d’usage, ni un les termes de la loi, d’altération) des fonctions
espace naturel, ni un espace agricole, ni un écologiques des sols. En effet, les réalités des
espace forestier. On parle ainsi de consomma- occupations et des usages des sols sont très
tion d’ENAF pour désigner, en creux, les chan- diverses, avec des conséquences non moins
gements d’occupation ou d’usage des sols dus diverses sur leurs fonctions écologiques. Ces
à l’urbanisation. C’est le suivi de cet indicateur conséquences dépendent également des ca-
qui reste, à ce jour, l’outil de mesure du phéno- ractéristiques de chaque sol et du positionne-
mène d’artificialisation des sols. ment dans la trame paysagère. Cette complexi-
té est mal traduite par une distinction binaire
A la suite du Plan Biodiversité publié par le entre d’une part des sols considérés comme
Gouvernement en 2018, la loi du 22 août 2021 artificialisés et, d’autre part, des sols considé-
dite “Climat et résilience” a précisé en droit la rés comme non artificialisés.
définition de l’artificialisation des sols et intro-
duit les objectifs de “Zéro Artificialisation Nette” La loi “Climat et résilience” précise qu’à partir
(ZAN) à horizon 2050, ainsi que de division par de 2031 cette distinction entre sols artificialisés

1 INRA - IFSTTAR, Résumé de l’expertise scientifique collective, Sols artificialisés et processus d’artificialisation des sols : déterminants, impacts
et leviers d’action, Décembre 2017

4
et non artificialisés sera réalisée dans les do- tions écologiques de certains sols agricoles et
cuments planification et d’urbanisme selon les forestiers, pourtant considérés comme non ar-
critères suivants : tificialisés. Par conséquent, il est nécessaire de
compléter le suivi de l’artificialisation par des
! “Artificialisée une surface dont les sols sont efforts de caractérisation des sols, tels que par
soit imperméabilisés en raison du bâti ou exemple développés dans le cadre du projet
d’un revêtement, soit stabilisés et compac- MUSE “intégrer la multifonctionnalité des sols
tés, soit constitués de matériaux compo- dans les documents d’urbanisme” porté par le
sites” ; Cerema2.

! “Non artificialisée une surface soit natu- Au-delà du fait qu’ils restent basés sur les oc-
relle, nue ou couverte d’eau, soit végétalisée, cupations et usages du sol, les critères listés
constituant un habitat naturel ou utilisée à dans la loi pour distinguer les sols artificialisés
usage de cultures”. des sols non artificialisés sont relativement
généraux. La loi renvoie donc à un décret en
Ainsi, on voit que malgré la volonté de se Conseil d’Etat la publication d’une nomencla-
concentrer sur l’altération des fonctions éco- ture détaillée, qui sera utilisée pour suivre l’ar-
logiques, la distinction se fait finalement en tificialisation à partir de 2031. L’artificialisation
fonction de l’occupation et des usages du sol des sols ne sera alors plus suivie par le prisme
- sur la base d’une association a priori entre de la consommation d’ENAF, comme c’est le cas
occupation, usages et niveau d’altération des actuellement, mais grâce à cette nomenclature
fonctions écologiques - et non sur les consé- spécifique, dont il est prévu qu’elle serve de clé
quences effectivement constatées de ces de répartition entre des surfaces identifiées
occupations et usages. On préjuge ainsi de la par photo-interprétation d’images satellite.
fonctionnalité écologique des sols, en se basant Cette nomenclature a été rendue publique par
sur la présence ou l’absence de certains élé- un décret du 29 avril 2022 3, et fera l’objet d’une
ments : revêtement imperméable, bâti, surface analyse dédiée dans une prochaine contribu-
végétalisée, etc. Si cette approche “par proxy” tion de la FNH.
peut convenir pour certaines situations, elle est
aveugle concernant la composition des sols. Ca- SOURCES DE DONNÉES, SOURCES DE
ractériser les sols, et donc pouvoir en évaluer la CONFUSIONS
qualité par rapport à l’usage qu’on souhaite en
faire (urbain, agricole, etc.), est pourtant parti- Les débats sur l’artificialisation des sols sont
culièrement important afin de prioriser et pla- parfois marqués par une certaine confusion
nifier intelligemment les développements. Par sur le constat, avec des chiffres pouvant va-
exemple, disposer d’une carte de la qualité des rier du simple au double. Cette situation tient
sols permet de concentrer certains développe- notamment au fait que plusieurs sources de
ments urbains indispensables sur les espaces données existent concernant l’artificialisation
de moindre qualité agronomique ou écolo- des sols, lesquelles mobilisent des méthodes
gique, et donc de ne pas sacrifier les meilleures différentes.
terres agricoles et les habitats naturels les plus
riches, faute de connaissances suffisantes du La source de données la plus récente, dispo-
terrain. A l’inverse, de telles mesures permet- nible depuis mars 20204, est celle développée
traient de constater l’état d’altération des fonc- par le Cerema via la méthode dite des “fichiers

2 Déterminer les fonctions que remplissent les sols et la multifonctionnalté des sols | Cerema
3 Décret n° 2022-763 du 29 avril 2022 relatif à la nomenclature de l’artificialisation des sols pour la fixation et le suivi des objectifs dans les
documents de planification et d’urbanisme | Légifrance
4 Cerema, L’artificialisation et ses déterminants d’après les fichiers fonciers, avril 2020

5
fonciers”. Ces données sont désormais utili-
sées par les services de l’État pour le suivi an-
nuel de l’artificialisation et donc dans le cadre
des objectifs de réduction des consommations
foncières instaurées par la loi “Climat et rési-
lience”. Les données issues des fichiers fonciers
sont mises à disposition du public via un portail
national dédié à l’artificialisation des sols.

Avant l’utilisation de ces “fichiers fonciers”, la


mesure des consommations d’ENAF a histori-
quement pu être réalisée grâce à deux autres
méthodes : l’outil Corine Land Cover et l’en-
quête Teruti-Lucas.

Ces trois méthodes produisent des résultats


nettement différents concernant les flux an-
nuels d’artificialisation des sols : ces différences
ont pu être source de confusions dans les dé-
bats concernant le rythme d’artificialisation des
sols en France. Ce paragraphe vise donc à pré-
senter ces trois méthodes, de manière à situer
les données qui seront présentées dans la suite
de cette publication. (MTE) et, depuis 2018, de l’Institut national de
l’information géographique et forestière (IGN)
Corine Land Cover qui produisent les données de l’inventaire CLC.

Le programme européen CORINE Land Cover Enquête Teruti-Lucas


(CLC), pour “Coordination of Information on the
Environment - Land Cover”, initié en 1985, est L’enquête Teruti, pour “Utilisation des terres”
piloté par l’Agence européenne pour l’environ- est une enquête annuelle menée par les ser-
nement 5. Il s’agit d’un inventaire biophysique vices du ministère de l’Agriculture et qui visait
de l’occupation des sols et de son évolution, ré- historiquement à suivre les changements
alisé par interprétation d’images satellite. Les d’occupation et d’usage des terres agricoles.
images produites par CLC permettent de carto- La première enquête concernant les terres agri-
graphier des unités homogènes d’au moins 25 coles - réalisée sur la base de plans cadastraux
ha avec une largeur minimale de 100 mètres, - est lancée en 1946. En 1962, l’utilisation de
et de suivre des changements d’au moins 5 photographies aériennes est introduite dans le
ha. Cinq millésimes de l’inventaire CLC ont été but d’actualiser les plans cadastraux. L’enquête
réalisés à ce jour : 1990, 2000, 2006, 2012 et repose dès lors sur l’association de photogra-
2018. L’inventaire CLC est produit sur 39 États phies aériennes et de relevés de terrain sur un
européens, dans le cadre du programme d’ob- échantillon de parcelles7. En 1982, l’enquête
servation de la Terre de l’Union européenne Teruti élargit l’échantillon utilisé non plus
Copernicus 6. Pour la France, ce sont les ser- seulement aux terres agricoles mais à l’en-
vices du Ministère de la Transition Écologique semble du territoire national. Cette enquête

5 CORINE Land Cover | Données et études statistiques


6 À propos de Copernicus
7 France Stratégie, Objectif “Zéro artificialisation nette” : quels leviers pour protéger les sols ? Juillet 2019

6
rale des Finances Publiques, nommé “MAJIC”
pour “mise à jour de l’information cadastrale”.
Les données ainsi produites par le Cerema
permettent de suivre les flux annuels d’arti-
ficialisation depuis 2009. Le principe de cette
méthode est de suivre les évolutions d’usages
des sols en analysant les changements recen-
sés dans les déclarations de taxe foncière.
Cette méthode permet une résolution assez
fine car chaque parcelle est subdivisée en une
ou plusieurs “subdivision fiscale” devant être
déclarée par le propriétaire dans l’une des 13
catégories que propose la nomenclature. Cette
méthode n’est pas uniquement déclarative et
plusieurs mécanismes de contrôles sont en
place pour assurer la fiabilité des données. La
principale limite de cette méthode réside dans
le fait qu’elle ne permet de traiter que les par-
celles cadastrées. Aucune donnée n’est donc
collectée sur le domaine non cadastré, parmi
lequel figure notamment l’ensemble des voies
publiques (rues, places, routes nationales et dé-
partementales, voies communales et chemins
repose sur l’observation d’un échantillon de ruraux). Le domaine non cadastré représente
points représentatifs, dont les résultats sont environ 4% du territoire de France métropoli-
extrapolés statistiquement aux échelles dé- taine. Le Cerema (2019) souligne néanmoins
partementale, régionale et nationale8. En 2005, plusieurs éléments qui limitent la portée de
cette méthode a été adaptée à celle de l’en- ce biais : d’une part, certains éléments du do-
quête européenne Lucas (Land Use/Cover Area maine public “y compris de grande ampleur
frame statistical Survey), donnant ainsi nais- (périphériques routes nationales, certaines au-
sance à l’enquête Teruti-Lucas. La résolution toroutes, etc.) sont encore cadastrés” ; d’autre
d’un point Teruti-Lucas est variable d’un terri- part, l’artificialisation se produit le plus souvent
toire à l’autre : un point représente environ 94 avant que la parcelle soit reversée dans le non
ha à Paris et dans la petite couronne, mais 178 cadastré (une route est créée, artificialisant une
ha dans les autres départements métropoli- parcelle, puis est reversée au domaine public
tains (entre 2006 et 2014), et 40 ha en Guade- non cadastré).
loupe, à la Martinique et à la Réunion (France
Stratégie, 2019, op cit.). France Stratégie (2019) a synthétisé dans le ta-
bleau ci-dessous les principaux éléments des
Fichiers fonciers trois méthodes de suivi de l’artificialisation des
sols (CLC, Teruti-Lucas, fichiers fonciers). Le Ce-
Le terme de “fichiers fonciers” fait référence à rema (2019) a également produit un tableau de
une base de données réalisée par le Cerema synthèse en ajoutant deux autres sources de
à partir de données fiscales, issues de la taxe données, que sont les déclarations d’intention
foncière 9. Ces données sont regroupées dans d’aliéner des SAFER et les enquêtes agricoles
le système d’information de la Direction Géné- (second tableau ci-dessous).

8 TERUTI LUCAS | Fiche donnée | Portail de l’artificialisation


9 Cerema, Mesure de l’artificialisation à l’aide des Fichiers fonciers : définition, limites et comparaison avec d’autres sources, juin 2019

7
■ Principales sources de données d’évaluation de l’artificialisation des terres en France

■ Comparaison sommaire des caractéristiques des bases de


données nationales mesurant l’artificialisation
Cerema, 2019

8
POURQUOI
L’ARTIFICIALISATION
DES SOLS EST-ELLE UN
PROBLÈME MAJEUR ?
Afin de contextualiser les données et prendre fait ainsi largement au détriment de terres
la mesure de ce qu’impliquent les tendances de bonne qualité agronomique. Dans un
d’artificialisation des sols pour la France, il contexte de croissance démographique (l’In-
nous a semblé important de présenter les see projette 76 millions de Français en 207013),
conséquences principales de ce phénomène. de transition agro-écologique et de volonté
En somme, pourquoi l’artificialisation des sols d’autonomie stratégique renforcée, la préser-
est-elle un problème majeur ? vation des surfaces agricoles est un enjeu
crucial. De plus, les variations climatiques et les
Les sols, qui résultent de “l’altération des tensions sur l’eau participent au plafonnement
roches affleurant à la surface du globe” sui- voire à la baisse des rendements agricoles et
vant des processus variés, fonction de l’activi- imposent de revoir les modes et géographies
té biologique, du climat ou encore du relief10, de production. S’agissant de l’élevage, la perte
constituent une “ressource limitée et non re- massive de prairies du fait de l’artificialisation
nouvelable aux échelles de temps humaines”11. (cf. infra) constitue un obstacle important pour
Davantage qu’une ressource, les sols sont en sa transition agroécologique. De ce point de
réalité le socle vivant des écosystèmes ter- vue également, préserver un maximum de
restres, sans lesquels les humains comme les terres agricoles doit être une priorité.
autres espèces ne peuvent prospérer.
LES IMPACTS ÉCOLOGIQUES DE L’ARTI-
LES IMPACTS AGRICOLES DE L’ARTIFI- FICIALISATION DES SOLS
CIALISATION DES SOLS
Au-delà de l’espace disponible pour les usages
Du point de vue de la consommation d’es- agricoles, l’artificialisation des sols impacte la
paces, c’est-à-dire de la transformation d’ENAF fonctionnalité écologique de ces derniers. Les
en espaces urbanisés, l’artificialisation des sols divers types d’aménagements urbains viennent
représente une perte de surfaces agricoles. En en effet modifier les milieux que sont les sols,
effet, selon les données des enquêtes Teru- du point de vue biotique (organismes vivants)
ti-Lucas, l’artificialisation des sols entre 2006 comme du point de vue abiotique (structure,
et 2014 s’est faite pour les deux tiers sur des composition et conditions physico-chimiques,
espaces agricoles 12. Historiquement, les villes etc.), et constituent ainsi l’une des principales
se sont le plus souvent développées, pour des causes de perte de biodiversité en France. Cer-
raisons évidentes, à proximité de terres parti- tains types d’écosystèmes ont été particulière-
culièrement fertiles : l’extension urbaine se ment impactés par les aménagements au cours

10 Diversité des sols de France


11 INRA-IFSTTAR, 2017, op cit.
12 Agreste Primeur, Utilisation du territoire, Numéro 326, juillet 2015
13 Projections de population à l’horizon 2070 - Insee Première - 1619
9
des dernières décennies : c’est notamment le également nécessaire de travailler à la santé
cas des prairies, qui représentent 47% des sur- des sols dans chaque type d’espace afin d’y
faces naturelles artificialisées (données Corine favoriser la biodiversité.
Land Cover) entre 1990 et 2018 14, ainsi que des
zones humides, dont la superficie a été réduite Les écosystèmes ne se résument pas à leurs
de 50% en France entre 1960 et 1990 15. L’enjeu fonctions écologiques : ils sont habités. Des
est crucial. populations d’espèces variées habitent et
font les différents écosystèmes qui, vus à une
En conséquence, les sols artificialisés sont plus échelle géographique plus large, forment des
ou moins à même de remplir les fonctions dont paysages. L’artificialisation des sols par l’ur-
les écosystèmes terrestres dépendent. La lit- banisation contribue à fragmenter et sim-
térature scientifique liste généralement sept plifier la trame paysagère, en même temps
fonctions distinctes des sols (Calvaruso et al., qu’elle transforme les conditions écologiques
2021) 16, parmi lesquelles figurent notamment à l’échelle locale, appliquant ainsi ce que les
la capacité à fournir un support pour les végé- scientifiques appellent un “filtre environne-
taux, ainsi que des habitats et des nutriments mental” 17. Ce filtre a un effet sélectif sur les
pour la biodiversité, la capacité à transformer espèces animales et végétales, c’est-à-dire que
et stocker des matières organiques, la partici- seules les espèces capables de s’adapter aux
pation au cycle de l’eau, le filtrage et la dégra- nouvelles conditions écologiques des milieux
dation des polluants, ou encore la participation artificialisés peuvent subsister. L’artificialisa-
aux processus climatiques. tion des sols contribue donc à la diminution
de la richesse spécifique (nombre d’espèces
De ce point de vue, il est clair que l’artificia- présentes) à l’échelle des paysages, avec une
lisation ne saurait être un processus binaire, sélection qui s’opère au bénéfice des espèces
puisque les fonctions écologiques des sols généralistes et au détriment des espèces
peuvent être altérées de diverses manières dites spécialistes, qui ont besoin de conditions
et à différents degrés non seulement dans un écologiques précises pour prospérer. Il en dé-
contexte de sol dit “artificialisé”, mais égale- coule une homogénéisation des communautés
ment au sein des espaces naturels, agricoles et animales et végétales, à laquelle s’ajoute une
forestiers. En milieu urbain, la composition et baisse de la diversité génétique du fait de l’iso-
la structure des sols est très variable, avec des lement des populations.
conséquences importantes sur leur capacité à
contribuer à l’infiltration de l’eau, stocker du LES LIMITES DE LA POLITIQUE DE DEN-
carbone, soutenir des habitats ou encore lutter SIFICATION URBAINE
contre l’effet d’îlot de chaleur urbain. Dit autre-
ment, une vision binaire de l’artificialisation Considérant les effets de l’artificialisation des
ne doit pas conduire à considérer les milieux sols au niveau du paysage, les études scienti-
urbains et périurbains comme nécessaire- fiques analysées dans le cadre de l’expertise
ment perdus pour les sols et la biodiversité, collective INRA-IFSTTAR (2017) semblent indi-
de même qu’elle ne doit pas conduire à consi- quer que “l’urbanisation aurait un effet moins
dérer tous les milieux agricoles et forestiers négatif que l’activité minière et les infrastruc-
comme écologiquement vertueux. S’il est pri- tures routières”, en soulignant notamment
mordial de réduire l’étalement urbain, il est que “la fragmentation des paysages et la perte

14 Principal milieu naturel métropolitain détruit par artificialisation | Nature France


15 Etat des lieux | Zones Humides
16 Quels paramètres du sol mesurer pour évaluer les fonctions et les services écosystémiques associés ? Calvaruso Ch. et Blanchart A., Bertin S.,
Grand C., Pierart A. et Eglin T., 2021 - Etude et Gestion des Sols, 28, 3-29
17 INRA-IFSTTAR, 2017, op cit., p430

10
de qualité des habitats sont observés dans Les auteurs de l’expertise INRA-IFSTTAR en
tous les travaux traitant des infrastructures de tirent des conclusions importantes pour la
transport [...] alors que ce n’est pas toujours conception des politiques de lutte contre l’ar-
le cas pour l’urbanisation”. Ces éléments sont tificialisation, spécifiquement des politiques
synthétisés dans le tableau ci-contre, issu du de densification urbaine :
rapport de l’INRA-IFSTTAR.
“Ces résultats montrent les limites des politiques
■ Effets des modalités de l’artificialisation
de densification urbaine, qui devraient être
sur les paysages (INRA-IFSTTAR, 2017)
compensées par la préservation de tâches
d’habitats de qualité ou l’amélioration de la
qualité des habitats existants, afin de préserver
la biodiversité animale en particulier [...]. Ces
résultats suggèrent l’importance de la présence
d’habitats favorables pour la préservation
de la richesse floristique et des espèces
spécialistes de la flore et de la faune aux
niveaux moyens d’urbanisation”. (p. 439).

En somme, si la densification du bâti en zone


périurbaine est un outil pour réduire l’étale-
ment urbain, dont on a vu que les impacts
sur les surfaces agricoles disponibles, la fonc-
Si l’impact des routes apparaît globalement tionnalité des sols et les écosystèmes sont
plus négatif que celui de l’urbanisation, la litté- particulièrement néfastes, celle-ci doit être
rature scientifique étudiée par l’INRA-IFSTTAR conçue de manière à maintenir des habitats
souligne néanmoins “l’importance majeure” et des corridors écologiques de qualité.
de l’urbanisation dans les impacts de l’artificia-
lisation sur les paysages. Ainsi, les recherches
scientifiques établissent un “diagnostic alar-
mant”18 concernant l’impact de la transforma-
tion des paysages sur la qualité des habitats.
Les milieux humides et prairiaux, qui hébergent
de nombreuses espèces spécialistes, sont “par-
ticulièrement affectés”, comme évoqué précé-
demment.

L’expertise scientifique souligne que malgré


cet effet de filtre environnemental, les es-
paces artificialisés ne sont pas nécessaire-
ment défavorables à toute forme de biodiver-
sité. Certains habitats urbains dits “favorables”
permettent à des espèces généralistes de
s’épanouir : les résultats de recherche semblent
toutefois indiquer que cet effet positif est plus
marqué pour la flore que pour la faune, de
même que la mauvaise qualité des habitats im-
pacte plus négativement la faune que la flore.

18 INRA-IFSTTAR, 2017, op cit., p438

11
PORTRAIT SYNTHÉTIQUE
DE LA RÉPARTITION DES
SOLS ARTIFICIALISÉS
STOCKS ET FLUX ANNUELS : LES GRANDS ! Les sols artificialisés recouvrent une sur-
CHIFFRES DE L’ARTIFICIALISATION DES face totale de 5,0 Mha, soit 8% du territoire
SOLS français DOM compris et 9% du territoire
métropolitain20. Les sols artificialisés se
Dans un dossier Agreste publié en avril 202119 divisent entre des surfaces rendues im-
et basé sur les données des enquêtes Teruti- perméables (44%) et des surfaces demeu-
Lucas (cf. supra), le Ministère de l’Agriculture et rant perméables (56%). Les surfaces bâties
de l’Alimentation dresse l’état des lieux suivant représentent 17% des sols artificialisés
en date de 2018 : (850 000 ha), tandis que les sols revêtus ou
stabilisés (routes, parkings, pistes, voies
! Les terres agricoles occupent 28,5 Mha, soit ferrées) regroupent 44% des sols artificia-
45% du territoire français DOM compris. En lisés (2,2 Mha).
France métropolitaine, les terres agricoles
occupent 52% du territoire. Selon les données Teruti-Lucas, la superficie
des espaces artificialisés a augmenté de 72%
! Les espaces naturels (sols boisés, landes et entre 1982 et 2018 en France métropolitaine,
friches, sols nus naturels et zones sous les passant de 2,9 à 5,0 millions d’hectares, alors
eaux) occupent une superficie de 30,3 Mha, que la population n’a crû que de 19%. Les fi-
soit 47% du territoire français DOM compris. chiers fonciers indiquent quant à eux que pour
En métropole, la surface d’espaces naturels 26% des communes françaises, l’artificialisation
est de 21,7 Mha, soit 39% du territoire. a augmenté alors que le nombre de ménages

■ Les sols agricoles


recouvrent plus de
la moitié du territoire
métropolitain

19 Agreste, Les Dossiers, L’occupation du sol entre 1982 et 2018, avril 2021
20 A titre de comparaison, la méthode des fichiers fonciers donne un résultat similaire : 9,58% des sols sont artificialisés en France métropolitaine
en 2018 (Cerema, 2020). Les différences de résultats entre les deux méthodes concernant davantage les flux annuels d’artificialisation que
l’évaluation du stock de sols artificialisés.
diminuait sur la période 2011-2016 21. La décor- ■ Données annuelles du portail
de l’artificialisation des sols
rélation entre les dynamiques de population et
la croissance de l’artificialisation des sols est un
élément important à intégrer dans la réflexion.

En analysant ces fichiers fonciers, le Cerema


publie depuis 2019 un suivi statistique annuel
des consommations d’ENAF remontant jusqu’à
2009, disponible via le portail de l’artificialisa-
tion des sols. Ce suivi indique une baisse du
rythme de consommations d’ENAF entre 2009-
2010 et 2015-2016, passant d’environ 31 600
ha à 21 400 ha par an, avec un léger rebond au
cours des années suivantes, puis une nouvelle
baisse sur 2019-2020 (possiblement liée au
contexte de Covid-19).

Ces données montrent également que la contribution des communes à l’artificialisation des
sols est très inégalement répartie sur le territoire. Ainsi, le Cerema (2020) note qu’entre 2009 et
2018 “5% des communes sont responsables de 39,7% de la consommation d’espaces” et 20%
des communes concentrent 81,7% de cette même consommation. Cette concentration statis-
tique masque néanmoins des réalités diverses, puisque l’artificialisation se manifeste autant par
de nombreux projets d’aménagement de petite échelle que par un nombre réduit d’opérations
d’aménagement à grande échelle (Ibid.).

L’ARTIFICIALISATION SE CONCENTRE AUTOUR DES GRANDES MÉTROPOLES ET DU


LITTORAL

Sur la base des fichiers fonciers, le Cerema (2020) a réalisé une comparaison de l’artificialisa-
tion dans les différentes régions de France, sur la période 2009-2018 (graphique ci-dessous). On
constate à la fois que la baisse du rythme d’artificialisation se retrouve dans toutes les régions
métropolitaines (bien que la plage 2015-2018 masque la remontée du rythme après 2016 dans
certaines régions), et que des disparités importantes existent entre ces dernières.

■ Évolution de
l’artificialisation en
hectare par région
et par période
Cerema, 2020

21 Cerema, L’artificialisation et ses déterminants d’après les fichiers


fonciers, avril 2020

13
L’analyse au niveau départemental permet au Cerema de préciser ce constat, en soulignant que
l’artificialisation se concentre prioritairement autour des grandes métropoles et dans les zones
littorales, alors que les départements plus ruraux sont comparativement moins touchés (par
exemple l’Est de la France de l’Aisne au Jura, le massif central, ainsi que les Alpes hors Haute-Sa-
voie).

RÉPARTITION DES CONSOMMATIONS D’ESPACES PAR TYPE DE COMMUNE

Au-delà de la localisation des


nouveaux espaces artificiali- ■ Répartition de la consommation d’espaces
sés, il est intéressant d’étudier 2009-2018 par typologie de commune (Cerema, 2020)
les consommations d’espaces
en fonction des types de com-
munes concernées (urbaines,
périurbaines, rurales, etc.).
Le Cerema (2020) a effectué
cette analyse pour les espaces
consommés sur la période 2009-
2018 et produit le graphique
ci-contre. On note ainsi que
les communes du “périurbain
peu dense” sont celles qui ont
consommé le plus d’ENAF entre
2009 et 2018, avec 41% du to-
tal. Les communes urbaines
arrivent en seconde place avec
35% des consommations to-
tales sur la période.

14
Toutefois, il convient de lire ces chiffres de ! 42% pour l’habitat (volumes construits et
consommation au regard de la répartition des sols artificialisés associés) ;
ménages et des activités économiques entre ! 28% pour les infrastructures de transport
les différents types de communes. Ainsi, le Ce- • 23,9% pour les seuls réseaux routiers ;
rema note que, sur la période 2011-2016, si ! 30% pour le foncier économique (entre-
les communes urbaines concentrent 36% des prises, zones commerciales, entrepôts, agri-
nouvelles consommations d’espaces, elles ac- culture, services publics).
cueillent 60% des nouveaux ménages français.
A titre de comparaison, sur la période 2011- Entre 2006 et 2014, près de la moitié des sur-
2016 : faces nouvellement artificialisées l’ont été pour
l’habitat. Toutefois, l’habitat induit propor-
! les communes de la catégorie “périurbain tionnellement moins d’imperméabilisation
peu dense” accueillent 26% des nouveaux que les autres usages. Seulement 45% des
ménages mais concentrent 41% des consom- surfaces artificialisées pour l’habitat sont bâ-
mations d’espaces ; ties, revêtues ou stabilisées. A l’inverse, 90%
des surfaces destinées aux infrastructures de
! les communes rurales accueillent 2% des transport ou aux activités économiques sont
nouveaux ménages et réalisent 10% des imperméabilisées : cette proportion plus éle-
nouvelles consommations d’espaces ; vée d’imperméabilisation induit logiquement
des impacts plus sévères sur les écosystèmes
! A contrario, les communes de la catégorie (cf. supra). Dans les espaces résidentiels, il est
périurbain dense accueillent 10% des nou- donc crucial de limiter autant que possible le
veaux ménages et réalisent 8% des consom- taux d’imperméabilisation et de mobiliser les
mations d’espaces. surfaces disponibles pour favoriser la biodi-
versité grâce à des infrastructures et conti-
RÉPARTITION PAR USAGES DU SOL : nuités écologiques adaptées.
DISTINGUER ARTIFICIALISATION ET IM-
PERMÉABILISATION Le graphique (page 16), extrait de l’expertise
scientifique INRA-IFSTTAR (2017, op cit.), in-
Après avoir décrit la répartition de l’artificiali- dique qu’en termes de surface, les usages
sation des sols par zones géographiques et économiques ont imperméabilisé davantage
par types de commune, intéressons-nous à la de sols que l’habitat sur la période 2006-2014,
répartition par usages. S’agissant du stock de tandis que les infrastructures de transport se
sols artificialisés, les données Teruti-Lucas in- situent à un niveau comparable, bien que lé-
diquent que leurs principaux usages, en France gèrement inférieur. Les activités économiques
métropolitaine en 2014, étaient les suivants22 : sont ainsi responsables de 37% de la nouvelle

22 INRA-IFSTTAR, 2017, op cit.

15
imperméabilisation des sols entre 2006 et En se basant sur les fichiers fonciers plutôt
2014, contre 30% pour l’habitat individuel et que sur l’enquête Teruti-Lucas, le Cerema dis-
4% pour l’habitat collectif 23. En termes d’im- tingue trois destinations de l’artificialisation :
pact sur la biodiversité, le primat de la res- l’habitat, l’activité et une destination mixte. Les
ponsabilité de l’habitat individuel est donc routes sont classées dans l’une ou l’autre des
à relativiser - bien qu’il consomme effective- catégories en fonction des destinations qu’elles
ment davantage d’ENAF que les autres usages desservent. S’ajoute à cela une catégorie “non
- d’autant que les espaces résidentiels restés renseigné”. Sur cette base, le Cerema indique
perméables présentent un potentiel de gain qu’au niveau national en 2018, 70% de la nou-
écologique non négligeable, pour peu que des velle artificialisation est destinée à l’habitat,
aménagements et une gestion écologiques proportion relativement stable au fil des an-
adaptés soient mis en place (e.g. remplacer nées. Il convient néanmoins de noter que
les murs et clôtures entre les parcelles par des cette analyse ne fait pas la distinction entre
haies d’essences variées et locales, recréer des artificialisation et imperméabilisation.
mares, instaurer des pratiques de fauchage dif-
férencié, etc.).

■ Solde des flux


2006-2014 des sols
artificialisés selon
l’utilisation du sol (en
milliers d’hectares).
source : Agreste, 2015

23 Comité pour l’Économie Verte, Les instruments incitatifs pour la maîtrise de l’artificialisation des sols, 2019, p30

16
■ Répartition de
l’artificialisation
2009-2018 par
destination au niveau
national (Cerema, 2020)

Par ailleurs, il est important de prendre en


compte le fait que les différents usages des
Métropolisation du territoire
sols (logement, activité, etc.) ne sont pas uni-
formément répartis sur le territoire. Ainsi le et artificialisation des sols
Cerema (2020) indique qu’environ une com-
Le Cerema (2020) qualifie la métropolisation de “force
mune sur deux n’artificialise pas pour ac-
motrice” de l’artificialisation des sols, constat repris
cueillir de l’activité économique, alors que la
par l’Observatoire des Territoires dans son rapport de
quasi-totalité des communes artificialisent de
février 2021 intitulé La France en douze portraits1.
nouveaux terrains pour le logement. Un effet de cette métropolisation du territoire peut
être observé en analysant ce qui est appelé le “taux
Si la métropolisation du territoire est une “force de spécialisation”, c’est-à-dire la part d’artificialisation
motrice” de l’artificialisation des sols, l’attrac- destinée à l’habitat dans chaque commune. Le
tivité du littoral en est une autre. Le Cerema Cerema note ainsi que ce taux de spécialisation
(2020) note en effet un “surcroît de consomma- baisse avec la distance au centre : cela signifie
tion d’espaces” dans les zones littorales, lequel que plus la commune est proche du centre de
“s’explique en partie par leur attractivité, ainsi l’agglomération, plus l’artificialisation est destinée à
que par les aménagements utilisés pour le tou- l’activité. A l’inverse, plus la commune est éloignée
risme”. du centre, plus elle tend à artificialiser pour l’habitat.
Selon le Cerema, ce phénomène tient en
partie à l’effet de métropolisation, avec l’idée
Cette question des moteurs de l’artificialisation,
que la concentration des activités au cœur des
c’est-à-dire des structures et des conditions qui
métropoles induit que les communes centre
alimentent ce phénomène, est cruciale dans le répondent non seulement aux besoins de leur
but de concevoir des politiques publiques ca- population dans ce domaine, mais également
pables de préserver les sols de manière écolo- aux besoins des populations alentour.
giquement efficace et sociale juste. L’analyse
des moteurs de l’artificialisation des sols fera
1 ANCT - Observatoire des Territoires, Cartes et données, La France en douze
ainsi l’objet d’une publication dédiée de la FNH. portraits : rapport 2019-2020, Février 2021

17
CONCLUSION
Loin d’être un phénomène binaire, l’artificiali-
sation des sols se manifeste de diverses ma-
nières, dont les conséquences dépendent de
la nature des activités mises en œuvre et du
contexte initial. Elle nécessite donc d’être sui-
vie avec des outils adaptés à cette complexité,
permettant d’étudier les sols non seulement en
surface mais aussi en profondeur ainsi qu’en
considérant les impacts écologiques au niveau
du paysage.

Au-delà de la nécessaire réduction des consom-


mations d’espaces, la politique de sobriété fon-
cière est un projet global, qui devra intégrer à
tous les niveaux les questions de biodiversité
et de justice sociale. Dans cette perspective, la
question des moteurs de l’artificialisation des
sols est centrale, afin d’être en mesure de trai-
ter non seulement les symptômes mais égale-
ment les causes du phénomène.

Ainsi, la FNH proposera prochainement une


synthèse des principaux moteurs de l’artifi-
cialisation des sols en France, avant de lancer
une réflexion sur les réponses envisageables
en termes de politiques publiques. Ce travail
cherchera à proposer des mesures qui contri-
buent à l’atteinte des objectifs de réduction des
consommations d’espaces, sans accroître les
inégalités ni porter atteinte à la biodiversité. Il
s’agira par exemple de penser une action pu-
blique capable de concilier sobriété foncière,
accès au logement et aux services, et promo-
tion de la biodiversité dans tous les espaces.

18
19
Reconnue d’utilité publique, apartisane et non-confessionnelle, la Fondation pour
la Nature et l’Homme œuvre depuis 1990 pour que les solutions écologiques
deviennent la norme de nos vies, sans laisser personne de côté. En plaçant
l’humain au cœur de ses actions, elle lève les blocages économiques, politiques,
psychologiques et sociaux qui entravent cet horizon, seul choix d’avenir.

Pour y parvenir, la Fondation démontre qu’agir pour le climat et la biodiversité est


dans l’intérêt de tous. Avec son conseil scientifique et ses partenaires, elle propose
à celles et ceux qui ont le pouvoir d’agir, des décideurs politiques aux acteurs
économiques en passant par les citoyens, des solutions qui concilient les impératifs
de la planète et les besoins humains. L’exigence dans l’action, la co-construction,
la solidarité et le dialogue avec tous sont les fondamentaux de sa méthode.

www.fnh.org

Rémi Guidoum, Responsable biodiversité, [email protected]

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