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Foggaras et agriculture oasienne en Algérie

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Cah. Agric.

2017, 26, 55007


© S. Idda et al., Published by EDP Sciences 2017
DOI: 10.1051/cagri/2017049
Les oasis en Afrique du Nord : dynamiques territoriales et durabilité
des systèmes de production agricole. Disponible en ligne :
Coordonnateurs : Ahmed Bouaziz, Ali Hammani, Marcel Kuper [Link]

ARTICLE DE RECHERCHE / RESEARCH ARTICLE

Monument historique ou système bien vivant ? Les foggaras


des oasis du Touat (Algérie) et leur réalimentation en eau
par pompage
Salem Idda1,2,3,*, Bruno Bonté4, Hamidi Mansour5, Sid-Ahmed Bellal6 et Marcel Kuper3,7
1
Département de géographie et d’aménagement du territoire, Faculté des sciences de la terre et de l’univers, Université d’Oran 2 Mohamed
Ben Ahmed, Oran, Algérie
2
Département des sciences de la nature et de la vie, Faculté des sciences et de la technologie, Université Ahmed Draia, Adrar, Algérie
3
CIRAD, UMR G-EAU (Gestion de l’Eau, Acteurs, Usages), Montpellier, France
4
IRSTEA, UMR G-EAU (Gestion de l’Eau, Acteurs, Usages), Montpellier, France
5
Laboratoire géoressources, environnement et risques naturels, Université d’Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, Oran, Algérie
6
Laboratoire espace géographique et aménagement du territoire, Département de géographie et d’aménagement du territoire, Université
d’Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, Oran, Algérie
7
IAV Hassan II, Rabat, Maroc

Résumé – Durant les cinq dernières décennies, le Sahara algérien a connu plusieurs programmes de
développement agricole fondés sur l’exploitation de l’eau souterraine. Les pompages d’eau souterraine
effectués dans les nouveaux périmètres de mise en valeur sont souvent montrés du doigt pour avoir fragilisé
les systèmes hydrauliques ancestraux des foggaras (ou qanat, galeries drainant la nappe vers une oasis).
Pourtant, dans les régions de Touat, Gourara et Tidikelt, les paysanneries continuent à exploiter un certain
nombre de foggaras, parfois même alimentées par des eaux souterraines pompées. L’étude de l’oasis de
Lahmeur dans la zone de Touat montre les nouvelles stratégies développées par les oasiens face aux
transformations dans la zone. À travers une enquête sur cinq foggaras alimentées par un forage, l’objectif est
de décrire et d’expliquer les conditions ayant permis de construire ce nouveau dispositif hydraulique
hybride, et la capacité des oasiens à faire des ajustements dans ce système irrigué afin de perpétuer son
fonctionnement. Cet article vise à contribuer à l’analyse du processus de renouveau de l’agriculture oasienne
dans le Sahara algérien. L’étude permet, d’une part, de souligner certaines ruptures observées dans le
fonctionnement du système des foggaras, et, d’autre part, de montrer les continuités et les ajustements
opérés par les acteurs dans un contexte saharien en forte mutation.
Mots clés : oasis / foggara / qanat / forage / Adrar

Abstract – Historical monument or living system? Integrating pumped groundwater in the foggaras
of the oases of the Touat, Algeria. Over the past five decades, several agricultural development programs
based on the use of pumped groundwater were carried out in the Algerian Sahara. The increased
groundwater use for the new irrigation schemes is often held responsible for the decline of the ancient
foggara (or qanat, subterranean channels collecting groundwater diverted to oases) irrigation systems.
However, the peasantry of the Touat, Gourara and Tidikelt regions continues to exploit a certain number of
foggaras, sometimes even fed by pumped groundwater. The study of the Lahmeur oasis in the Touat region
shows the new strategies developed by the oasis peasantry to adapt to recent transformations. Through a
survey of five foggaras fed by a borehole, we analyze the conditions that made it possible to build a hybrid
irrigation system and we show the capacity of the irrigation community to adapt this irrigation system to
perpetuate its operation. This article aims to contribute to the recent debate on the renewal of oasis
agriculture in the Algerian Sahara. It highlights some ruptures in the functioning of foggaras system, but
also many continuities and adjustments made by the actors in a rapidly changing Saharan context.
Keywords: oasis / foggara / qanat / borehole / Adrar

* Auteur de correspondance : iddasalem@[Link]

This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License CC-BY-NC ([Link]
which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited.
S. Idda et al. : Cah. Agric. 2017, 26, 55007

1 Introduction foggaras en lui-même, qui constitue une contrainte inhérente et


bien documentée de ce dispositif hydraulique (Balland, 1992),
Le Sahara algérien fait l’objet depuis cinq décennies de que la rapidité avec laquelle les baisses des nappes
programmes de développement agricole qui visent la sécurité interviennent laissant peu de temps aux oasiens pour réagir.
alimentaire du pays et l’amélioration des conditions de vie de Il faut enfin évoquer le contexte spécifique de ces régions, où
la population. Ces multiples programmes ont engendré une les réponses traditionnelles (ajout de galeries latérales,
transformation profonde du système oasien, allant de son approfondissement de la galerie mère, construction d’une
organisation sociale à sa configuration spatiale (Bellal et al., nouvelle foggara, relocalisation des parcelles plus bas pour
2016). Aujourd’hui, l’orientation qui consiste à multiplier les pouvoir continuer à profiter de l’écoulement gravitaire) ne
programmes de développement à travers des périmètres de paraissent plus adaptées à la situation sociale et économique
mise en valeur agricole dans le Sahara continue à occuper une actuelle (Bendjelid et al., 1999).
place importante dans les discours et les programmes publics, Pourtant, les paysanneries de Touat, comme celles de
et cela en dépit des résultats mitigés sur les plans économique, Gourara et Tikidelt, continuent à montrer un « réel dyna-
social et environnemental (Otmane et Kouzmine, 2013). misme », qui se manifeste, d’abord et surtout, dans les
Dans les régions de Touat, Gourara et Tidikelt, qui font nouveaux périmètres de mise en valeur agricole en libérant les
partie de la circonscription administrative d’Adrar dans le sud- agriculteurs des « contraintes topographiques » et des
ouest de l’Algérie, la mise en place des nouveaux périmètres de « pesanteurs sociales » (Bisson, 2003). Les descendants des
mise en valeur, basés sur l’exploitation des eaux souterraines, harratins (anciens khammès ou métayers au cinquième),
est accompagnée par un discours sur le déclin des systèmes catégorie sociale défavorisée possédant un savoir-faire
hydrauliques ancestraux que sont les foggaras. Une foggara reconnu dans les pratiques agricoles oasiennes et les travaux
est une galerie drainant le toit d’une nappe souterraine et d’entretien des foggaras (Marouf, 2017), ont saisi l’occasion
conduisant par gravité l’eau vers des parcelles de cultures de l’installation des nouveaux périmètres afin de bénéficier des
(Bisson, 2003). Ce système de captage et de partage de l’eau terres et des subventions de l’État pour équiper de nouveaux
est retrouvé dans de nombreux pays depuis la Chine jusqu’au jardins et assurer des extensions dans les oasis (Côte, 2002).
Maroc (El Faiz et Ruf, 2010) en passant par la péninsule Arabe Toutefois, à côté des nouveaux périmètres, un dynamisme,
et surtout l’Iran où la présence des qanats est attestée depuis parfois latent, est présent « jusque dans les vieilles sociétés
plus de 2000 ans (Mostafaeipour, 2010). Dorénavant, ces hydrauliques » (Bisson, 2003). Les paysanneries, habituées à
systèmes hydrauliques cohabitent souvent avec des périmètres adapter continuellement leurs systèmes hydrauliques, se sont
irrigués par pompage de l’eau souterraine. Ainsi, dans le servies des nouvelles opportunités apportées par la « moder-
Sahara algérien, la nouvelle situation agricole « juxtapose sur nité » pour réinventer les foggaras. Par exemple, elles ont
courte distance les formes [agricoles] les plus modernes aux profité de l’arrivée des motopompes pour rénover la foggara :
plus traditionnelles » (Côte, 2002). L’exploitation de la nappe de nouvelles parcelles sont installées en amont et au-dessus des
du Continental intercalaire dans les nouvelles extensions, foggaras, ou alors les foggaras sont alimentées à partir d’eaux
souvent installées en amont de la zone de captage des foggaras, pompées (Bisson, 1992).
par des moyens de pompage puissants a conduit à des La recherche entreprise sur l’oasis de Lahmeur vise à
rabattements considérables du niveau piézométrique. Selon montrer, à travers une étude de cas, comment une société
l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH), sur oasienne a pu retrouver et adapter un dispositif hydraulique
les 2000 foggaras inventoriées à Adrar en 2016, 1278 foggaras « ancien » en adoptant un mode de fonctionnement qui intègre
sont taries du fait des abaissements du niveau de la nappe. à la fois les opportunités du monde moderne et les pratiques
Selon la même agence, le reste des foggaras présente un techniques et sociales traditionnelles, ce qui a permis au
manque d’entretien et le débit total capté par les foggaras à système oasien de perdurer. Nous émettons l’hypothèse que le
Adrar a ainsi diminué de 3,6 m3/s en 1960 à 1,8 m3/s en 2011. fonctionnement actuel des foggaras de Lahmeur garde des
Le discours décliniste portant sur les foggaras résulte continuités et des traces importantes héritées de l’ancien
d’abord d’une vision moderniste qui condamne les foggaras au système. Nous explorons ici une hypothèse formulée par
nom de la productivité face à des modes de mise en valeur Bisson (1992) qui postulait que la combinaison de la technique
individualisés jugés plus efficients (Bisson, 2003). Cependant, foggarienne traditionnelle avec des moyens d’exhaure
la vision du déclin des foggaras pour des raisons sociales et modernes pouvait donner un nouvel élan aux foggaras. Nous
physiques est ancienne et précède la mise en place des supposons également que le nouveau système est une
périmètres de mise en valeur : « un peu partout, on note un adaptation des communautés aux transformations dans la
déclin des débits d’eau, un abandon des jardins ; le nombre des zone par des ajustements et le maintien de l’action collective,
‘foggaras mortes’, qui ne fonctionnent plus depuis une époque caractéristique principale de l’ancien système, et non pas un
récente, est encore une preuve de la désaffection pour une nouveau système coupé des expériences accumulées durant
technique qui avait vivifié le désert » (Papy, 1959). Cette vision des siècles.
a été reprise dans la littérature depuis une vingtaine d’années
pour faire le lien causal explicite entre le déclin des foggaras et 2 Méthodes
l’arrivée massive des ouvrages modernes d’exploitation des
nappes, à la fois du fait de la concurrence sur la ressource en L’oasis de Lahmeur se situe dans le sud-ouest de l’Algérie
eau souterraine mais aussi de la facilité d’exploitation de l’eau dans la zone de Touat à 50 km au sud de la ville d’Adrar
souterraine réalisée par pompage (Dubost et Moguedet, 1998 ; (Fig. 1). La zone est caractérisée par son climat hyperaride
Lightfoot, 1996). Le problème n’est pas tant le tarissement des où les ressources en eau sont uniquement souterraines.

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Fig. 1. Situation et organisation spatiale de l’oasis de Lahmeur (source : Google-Earth et enquête de terrain 2017).
Fig. 1. Location and spatial organization of the Lahmeur oasis (source: Google-Earth and field survey 2017).

L’agriculture est pratiquée en trois étages : palmier dattier, visité et interviewé des personnes ressources dans plus de
arbres fruitiers, céréales et légumes, ce qui permet d’assurer le 20 oasis réparties sur les régions de Touat, Gourara et Tidikelt.
microclimat nécessaire aux cultures fragiles, les légumes en L’oasis de Lahmeur a été l’une des premières à avoir pu
particulier (tomates, aubergines, courgettes...). Lahmeur est le installer un forage pour alimenter le système de foggaras, au
chef-lieu de la commune de Tammest qui regroupe 11 oasis. Sa moment même où le programme de « renforcement » des
palmeraie est d’une superficie d’environ 200 ha irrigués par les foggaras par des forages rencontrait un refus généralisé dans
eaux captées par un forage mis en place en 1992 et réparties sur les autres oasis. Enfin, c’est le plus ancien forage de
cinq foggaras taries. Avec une profondeur de 150 m et un renforcement que l’on ait trouvé encore en fonctionnement,
niveau statique de 30 m, le forage délivre un débit de 26 L/s. 25 ans après son installation. Sur le terrain, nous avons identifié
Le choix de cette oasis a été fait après une enquête une dizaine de forages en fonctionnement et environ 20 autres
préliminaire réalisée en 2016 sur les oasis d’Adrar. Nous avons en cours de réalisation. La réhabilitation des foggaras faisait

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partie des programmes nationaux de développement, comme le À Lahmeur, un nouveau périmètre avait été installé à 2 km
Programme national de développement agricole (PNDA) en amont de la zone de captage des foggaras. Les bénéficiaires
(Daoudi et al., 2015). Aujourd’hui, ces opérations sont appartenaient à l’oasis voisine de Tittaf. Les superficies des
financées par les programmes sectoriels des services des terrains exploités étaient de 1 à 4 ha pour la petite mise en
ressources en eau et de l’agriculture d’Adrar. valeur agricole et de 100 à 237 ha pour la grande mise en valeur
Le présent article résulte surtout d’une 2e phase de terrain agricole. À Lahmeur, deux des trois personnes ressources ont
réalisée en 2017. Nous avons commencé par interviewer trois évoqué l’année 1989 pour désigner la date de début de
personnes ressources, le président de l’association des tarissement des cinq foggaras de l’oasis. Les images satellites
foggaras, son adjoint et un retraité, ancien délégué de la (Google-Earth) montrent que cette année correspond au début
Direction des services agricoles de la commune de Tammest au de l’exploitation du nouveau périmètre de mise en valeur
moment de l’installation du forage. Au cours de l’enquête, agricole. Deux autres périmètres de grande mise en valeur
nous avons visité 47 parcelles représentant environ 40 ha des agricole, de surface plus importante, ont été installés à 12 et
200 ha alimentés par les cinq foggaras. Nous avons relevé des 15 km, respectivement au nord-est et au sud-est des foggaras.
données sur l’organisation spatiale, l’infrastructure hydrau- Les images satellites montrent qu’ils ne sont entrés en
lique et l’organisation sociale et institutionnelle du nouveau exploitation qu’à partir de 1991.
système de captage et de distribution de l’eau. Nous avons Dans la wilaya d’Adrar, l’installation des nouveaux
analysé les documents écrits de l’association des foggaras : périmètres a eu un double effet. D’abord, l’impact a été
listes des propriétaires dans chaque foggara, documents de ressenti en termes de baisse dans les débits des foggaras, en
création de l’association, règlement intérieur de gestion. Les particulier au sein des exploitations proches des nouveaux
résultats ont été confrontés aux données recueillies par des périmètres, ce qui a provoqué des oppositions à l’installation
entretiens semi-directifs auprès de 15 ayants droit à l’eau du de certains périmètres en amont des foggaras. Ensuite, les
forage. Ces derniers ont été choisis en concertation avec les agriculteurs les plus dynamiques et qualifiés, en particulier les
trois personnes ressources pour couvrir les différents cas anciens khammès qui ont vu dans ces périmètres une voie
d’accès à l’eau : neuf anciens propriétaires (dont quatre d’émancipation par l’accès à l’eau et la terre, sont sortis de
descendants des anciens khammès) et six nouveaux pro- l’oasis. Les nouvelles lois et opportunités offertes par l’État
priétaires ayant eu des droits d’eau après la mise en place du diminuaient ainsi les marges de manœuvres des propriétaires
forage. Nous avons rencontré des difficultés pour identifier les de droits d’eau des foggaras, qui dépendaient d’une main-
différentes catégories sociales aujourd’hui actives dans l’oasis d’œuvre bon marché. L’État a, en contrepartie, engagé de
et disposant de droits d’eau, du fait des reconfigurations grandes opérations de réhabilitation et d’aménagement des
sociales et des susceptibilités que l’ancienne appartenance foggaras. La Direction des ressources en eau a supervisé, par
servile continue à poser dans le contexte oasien. Ce déficit exemple, pour la période 2007–2014, la réhabilitation de
d’information a été complété par l’analyse des documents déjà 162 foggaras pour un montant équivalent à 13 millions
cités et des discussions avec certaines personnes ressources d’euros. Ces opérations étaient souvent en décalage avec la
dans les oasis avoisinantes. réalité du terrain pour deux raisons. En premier lieu, du fait de
l’abaissement du niveau de la nappe, qui diminue chaque
année le nombre des foggaras actives. En second lieu, du fait
3 Résultats
de la raréfaction de la main-d’œuvre qualifiée pour l’entretien
3.1 Périmètres de mise en valeur agricole et des foggaras. En définitive, dans le contexte d’un développe-
réhabilitation des foggaras : des objectifs difficilement ment des nouveaux périmètres, si des adaptations et des
conciliables améliorations des conditions sociales et techniques pour les
irrigants n’étaient pas réalisées, le maintien du système, dans
Adrar était l’une des principales wilayas concernées par les sa configuration ancienne, semblait être une tâche difficile.
programmes de développement agricole dans le Sahara
algérien. L’opération « tomate d’Adrar » pour la mise en place
« d’une culture extra-primeur et ... d’une filière intégrée 3.2 D’une cause de déclin à une solution adoptée :
(tomate/conserverie/marché extérieur) » fut, en effet, initiée réclamer le forage pour renforcer les foggaras
dès le début des années 1970 (Sahli, 1997). Durant les années
1980, des périmètres de « petite » et de « grande » mise en Pour les trois personnes ressources, les 2 km qui séparent le
valeur agricole ont été installés, dans le cadre de l’application périmètre de mise en valeur agricole de leurs foggaras étaient
de la loi de l’Accession à la propriété foncière agricole suffisants pour limiter l’impact des pompages des forages sur
(APFA), et durant les années 2000 par le Plan national de les foggaras. En revanche, les habitants ont remarqué
développement agricole (PNDA). La petite mise en valeur l’accélération du rabattement de la nappe et la diminution
agricole concerne des collectifs de paysans et de jeunes des débits des foggaras juste après l’exploitation d’un forage
chômeurs locaux pour des exploitations allant de 2 à 10 ha, et la d’alimentation en eau potable à destination de plusieurs oasis
grande mise en valeur concerne des surfaces allant de 100 à de la commune, en 1992. Ils s’appuient sur l’augmentation
5000 ha au profit de notables locaux ou d’investisseurs venus notable des débits de certaines foggaras lorsqu’une panne dans
d’ailleurs. Cependant, en 2005, moins de 5 % des superficies la pompe du forage est survenue durant la première année de sa
attribuées à la grande mise en valeur ont été réellement mises mise en service. Ce constat a conduit les habitants de l’oasis à
en culture, montrant un grand décalage entre les ambitions et acheminer gratuitement l’eau potable pour irriguer leurs
les réalisations de ces programmes (Otmane et Kouzmine, parcelles et à fermer les vannes qui alimentaient les autres
2013). oasis. Un interviewé justifie cette réaction en affirmant que

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« cette eau appartient seulement à ceux qui ont été affectés par partagée entre l’ensemble des propriétaires en quantités
le forage ». Cette stratégie fut appliquée malgré un total proportionnelles à leurs parts de départ. L’association a aussi
désaccord des responsables locaux qui devaient subvenir aux introduit des règles pour permettre la réallocation des droits
besoins en eau potable de la population dans les différentes d’eau en cas de besoin. Les propriétaires qui éprouvent des
oasis alimentées par le forage. difficultés à répondre aux charges de gestion du forage, ou qui
Dans ce climat de tension, et profitant de la visite en 1992 veulent même abandonner leurs parcelles, ont la possibilité de
du chef du gouvernement algérien, les habitants de Lahmeur diminuer leur part au profit d’un autre propriétaire qui voudrait
ont manifesté sur la route nationale qui passe à côté de l’oasis. augmenter la sienne ou d’un nouveau propriétaire qui voudrait
Celui-ci a alors chargé un comité de négocier une solution avec accéder à l’eau du forage. Dans ce cas, l’association des
les représentants des manifestants qui réclamaient une foggaras récupère la part d’eau pour la remettre à un autre
amélioration de la situation de leurs foggaras. La solution agriculteur selon l’ordre chronologique des demandes faites à
adoptée fut l’installation d’un forage de « renforcement », en l’association. Dans la foggara d’Abbou, par exemple, les
référence au programme officiel de réhabilitation des foggaras, documents de l’association montrent que l’on dénombrait
ce qui a mis fin aux « années de vaches maigres » selon les 27 propriétaires de droits d’eau en 2004, alors que nos
termes du président de l’association des foggaras. Ce forage observations de terrain montrent l’existence de 37 parts en
alimente encore l’oasis de Lahmeur, 25 ans après sa mise en 2017. La communauté a aussi maintenu l’utilisation du bassin
service. doté d’ouvertures proportionnelles aux parts des propriétaires
(le peigne ou kesria). La motivation exprimée par les
personnes ressources était de rendre visible le partage de
3.3 Des foggaras « hybrides » : intégration du forage, l’eau afin d’éviter les conflits en cas de changement des parts
ajustements et continuités dans un nouveau système d’eau.
sociotechnique oasien L’autre changement fondamental concernait l’accès à la
terre. Pour les nouveaux propriétaires de parts d’eau qui
L’introduction du forage et l’alimentation des foggaras par n’avaient pas de parcelles à exploiter, un nouveau mode de
une nouvelle ressource en eau ont été accompagnées de faire-valoir a été adopté, plus avantageux que celui qui
nombreux changements dans l’infrastructure d’irrigation et s’appliquait pour les anciens khammès, où ceux-ci ne
dans le fonctionnement de l’action collective et des institutions recevaient que le cinquième de la récolte. Les nouveaux
pour faire fonctionner les nouvelles foggaras, qu’on pourra contrats concernent souvent des terrains appartenant à la
qualifier « d’hybrides ». L’eau pompée du forage dans le canal zawiya (école coranique, faisant office d’autorité culturelle et
principal est répartie à l’entrée de l’oasis en canaux religieuse locale) ou à la mosquée (biens habûs ou wakf), mais
secondaires vers les cinq foggaras ainsi renforcées. Les parfois aussi des parcelles abandonnées par leurs propriétaires
irrigants ont mobilisé plusieurs registres pour opérer ce pour diverses raisons. Le kharrâs (fermier et non plus le
changement et répondre aux nouveaux besoins et aux charges khammès-métayer, cf. Marouf, 2017) assure l’entretien des
de fonctionnement : le traditionnel et le moderne, le social et palmiers ou leur plantation dans les nouvelles parcelles. Le
l’économique, etc. Des négociations ont commencé une fois le propriétaire de la terre récupère la récolte de dattes, tandis que
projet d’installation du forage par l’État acquis. Alors que ce le reste des cultures revient au kharrâs, qui paye les charges de
forage était destiné à renforcer seulement deux foggaras de la part d’eau qui lui appartient. Les anciens propriétaires de
l’oasis, la communauté a décidé, pour exprimer sa solidarité, l’eau et de la terre (chorfa, mrabtine noblesse religieuse et
de répartir l’eau du forage entre les cinq foggaras de l’oasis de arabe) privilégiaient traditionnellement de garder les parcelles
Lahmeur ayant subi l’effet des rabattements de nappe depuis les plus proches du ksar (l’ancien village) et allouaient le reste
1989. dans le cadre de contrats de métayage. En comparant le nombre
Le changement le plus fondamental a sans doute concerné de propriétaires, issus de la classe sociale des anciens
la redéfinition des droits d’eau entre les protagonistes des khammès, dans chaque foggara par rapport au nombre total
différentes classes sociales. Le phénomène d’ascension sociale de propriétaires, nous avons pu vérifier que cela est toujours le
des anciens khammès a été largement observé dans la région, cas aujourd’hui. Ainsi, en 2004, les anciens khammès
mais a souvent été décrit comme un processus lent et progressif représentaient 7 des 27 propriétaires (26 %) dans la foggara
pour que ceux-ci puissent accéder à la terre, puis à l’eau Abbou qui traverse l’ancien village, 20 des 33 propriétaires
(Marouf, 2017). Dans notre cas, la redéfinition des droits (61 %) dans la foggara de Takarraft qui est juste à côté de la
d’eau, qui s’est opérée de façon accélérée, visait l’attribution première, 25 des 36 propriétaires (69 %) dans la foggara d’Ait
d’une partie des droits d’eau aux anciens khammès qui ne Waman, 24 des 31 propriétaires (77 %) dans la foggara
possédaient pas de part d’eau dans l’ancien système de partage d’Amrane et 17 des 20 propriétaires (85 %) dans la foggara de
des ressources en eau. Ceux-ci avaient participé à la Sebkha, qui irrigue les parcelles les plus éloignées du village.
manifestation de 1992 et ont ainsi obtenu un droit d’entrée L’hybridation des infrastructures de captage et de partage,
au statut de propriétaire de l’eau. Pour légitimer cette ainsi que celle des institutions, se sont conjuguées à une
appropriation, la communauté a fait appel au traditionnel hybridation organisationnelle (Fig. 2). Une association agréée
maître de l’eau (kial el-ma en arabe). Chaque propriétaire a par l’État a été mise en place en 1998, six ans après la première
estimé ses besoins en eau. Après le jaugeage du débit du exploitation du forage. Proposée par l’administration locale,
forage, le maître de l’eau a jugé que la demande était son objectif était l’adaptation des institutions informelles et
supérieure au débit réel. Cette contrainte a été réglée par communautaires aux organisations formelles de l’État, dans
l’application des anciennes règles de la foggara, qui stipulent l’objectif de faciliter les différentes démarches administratives
que toute modification naturelle des débits d’eau doit être et d’éviter les conflits de gestion du forage. Son bureau a été

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Infrastructure Installation de Infrastructure


de foggara forage + hybride
canalisations

Introduction de Articulation des


Institutions l’association
Institutions
règles de l’État avec
coutumières d’irrigants agréée hybrides
les règles
par l’Etat coutumières dans le
règlement intérieur

Gestion Gestion
Gestion de la
coutumière hybride
partie amont par
(djemâa) l’association

I N S T I T U T I O N S

ORGANISATION

INFRASTRUCTURE

H Y B R I D A T I O N

Tarissement des foggaras Difficultés de gestion Divergence des institutions Stabilisation du système
1989 1992 1998 2002

Fig. 2. Processus d’hybridation des foggaras de l’oasis de Lahmeur.


Fig. 2. Hybridization process of foggaras in the Lahmeur oasis.

constitué de représentants des cinq foggaras. Il convient de souligné un rabattement de la nappe qui continue et qui
noter que, durant les quatre premières années qui ont suivi la occasionne des frais d’énergie toujours plus élevés. En aval,
mise en place de l’association, des problèmes de gestion chaque bassin de partage principal, ses bassins secondaires et
étaient récurrents. Les habitants, habitués à gérer chaque le réseau de distribution secondaire sont gérés par les groupes
foggara à part, trouvaient des difficultés à intégrer la nouvelle de propriétaires d’une manière coutumière.
organisation nécessaire pour gérer le forage (entretien, partage L’analyse des documents et des données de terrain a révélé
des frais d’énergie, etc.). Pour cela, un dernier ajustement a eu une recomposition sociale autour des foggaras de Lahmeur.
lieu en 2002, par la mise en place d’un règlement intérieur de Les membres de la tribu qui dominent aujourd’hui l’associa-
gestion du forage. Ce dernier, comme indiqué dans sa préface, tion étaient, dans l’ancien système social, classés dans la
« ...vient sur la demande de l’assemblée générale de catégorie des métayers ou étaient considérés comme tels par
l’association des foggaras de Lahmeur après les multitudes les autres habitants de l’oasis. Ces personnes ne le
de problèmes rencontrés dans la gestion du forage... ». Il décrit reconnaissent toutefois pas, affirmant que leurs origines sont
de manière détaillée la gestion des conflits, l’attribution des arabes, et qu’ils sont installés dans la zone depuis des siècles,
droits d’eau et la gestion du forage. Le forage fut considéré comme en témoigne selon eux leur nom (Draoui) dérivé de
dans le règlement intérieur mis en place comme propriété de l’appellation d’une zone du Maroc (Drâa). Par leur engage-
l’État, avec une possibilité d’accès pour tous les habitants de ment au service de la gestion du forage et les différentes
l’oasis, sans distinction. initiatives volontaires qu’ils organisent, ils ont conquis une
L’ensemble constitué du forage, des canalisations princi- nouvelle position et assuré leur « ascension sociale ». Cela se
pales, des bassins de distribution principaux et secondaires, et traduit dans le nombre et l’importance des parts d’eau de ces
des seguias, a été réparti en deux sous-ensembles (Fig. 3). En personnes, qui possédaient 23 des 140 parts d’eau en 2004,
amont, le forage et les canalisations principales jusqu’aux cinq l’année durant laquelle ont été mises à jour les listes des
bassins principaux, sont sous l’autorité de l’association des propriétaires dans les cinq foggaras, contre moins de 10 parts
foggaras. Cette dernière s’occupe de la gestion du forage et d’eau avant l’installation du forage.
veille à ce que les travaux d’entretien et la récupération des À l’exception de quelques adaptations, les anciennes
charges soient faits soigneusement. Elle assure le contrôle et le pratiques agricoles semblent peu évoluer. Dans les 47 parcelles
bon partage de l’eau entre les cinq foggaras et fait des visitées, le maraîchage, les céréales et les fourrages sont
ajustements en cas de changement dans le débit du forage. La cultivés sous le palmier dattier (deux étages), et parfois sous
contribution des propriétaires aux charges de gestion du forage des arbres fruitiers ou du henné (trois étages). L’association des
est proportionnelle à leurs parts d’eau. Les irrigants ont cultures reste une pratique très répandue et justifiée par le

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Organisations Infrastructure
et
institutions

Règles de
Association l’association

Assure les parts d’eau


les charges

Règlement
intérieur
Pa y e

Propriétaires Règles
coutumières
(Djemâa)

Forage Canalisation principale


Canalisation secondaire
Bassin de distribution
Canalisation de distribution
(seguia)

Domaine de gestion Domaine de gestion


de l’association des propriétaires

Fig. 3. Schéma synoptique des foggaras hybrides : organisation, institutions et gestion.


Fig. 3. Synoptic diagram of hybrid foggaras: organization, institutions and management.

besoin d’avoir une diversité de produits sur des jardins de offrent, même avec un niveau d’éducation modeste, des
surface limitée ainsi que pour créer des conditions d’ombrage postes de travail permanents. Dans les 15 familles, nous avons
favorables pour certaines cultures, particulièrement en été. La recensé 38 jeunes dont 32 fonctionnaires surtout actifs dans
plus grande partie des produits est destinée à l’autoconsomma- les sociétés pétrolières (11) et dans les services de sécurité (7).
tion et le reste aux marchés locaux, à l’exception des dattes et Une partie de leurs revenus est consacrée à l’amélioration
du tabac. La culture du tabac s’étend dans les oasis des parcelles et au paiement des charges du forage, qu’ils
avoisinantes en raison de l’augmentation de la demande à considèrent indispensable au maintien de leur activité
destination des pays du Sud, le Mali et le Niger en particulier. agricole.
Son prix est attractif, à plus de 7 €/kg, contre moins de 1 €/kg
pour les dattes. Les 15 enquêtés disent être autosuffisants en
produits agricoles, sauf pour les céréales, sur la période allant 4 Discussion et conclusion
de janvier à mai ; pour le reste de l’année, une partie importante
de l’alimentation provient du marché. Les conditions À travers l’analyse des évolutions qui ont marqué le
techniques de travail n’ont pas changé, l’irrigation se fait système des foggaras de Lahmeur, une nouvelle interprétation
par submersion et le sol est régulièrement enrichi par des peut être formulée sur les changements opérés dans les oasis de
apports de fumier (5 à 13 têtes d’ovins et caprins par Touat, Gourara et Tidikelt. Ce qui est qualifié jusqu’à présent
exploitation). Outre cette activité agricole, qui est souvent dans la littérature (Bellal et al., 2016 ; Bendjelid et al., 1999 ;
une charge attribuée aux personnes âgées et aux femmes, peu Remini et Achour, 2016), et même dans une bonne partie des
concernées par le travail salarial, les membres des familles ont discours au niveau local, comme rupture, déclin, bouleverse-
souvent d’autres activités professionnelles. Les jeunes sont ment et fragilisation de l’équilibre oasien ancestral, masque
attirés par le travail dans les sociétés pétrolières, qui leur parfois l’émergence de nouveaux modes de fonctionnement
assurent de bons salaires, et/ou dans les services de sécurité qui affectant les anciennes oasis. Les modifications apportées sont

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des adaptations avec de nombreuses continuités dans les sont encore vues comme des systèmes non évolutifs qu’il
savoirs et les expériences hérités du système oasien séculaire. s’agit de réhabiliter. Une nouvelle vision de ce que peut être
L’étude de cas de l’oasis de Lahmeur montre l’existence une foggara aujourd’hui, i.e. un système bien vivant, serait
d’une nouvelle dynamique dans la gestion des foggaras, nécessaire pour réussir ces programmes de développement
confirmant ainsi l’hypothèse de Bisson (1992). Paradoxale- (Bisson, 1992) ;
ment, les fortes baisses de la nappe, le déclin des foggaras et la – la deuxième est la capacité des oasiens à s’adapter aux
disponibilité des moyens modernes d’exhaure, ont conduit les transformations dans leur environnement physique et
paysanneries à inventer de nouvelles foggaras. Par les socioéconomique. Cette capacité sera confrontée aux
ajustements apportés, celles-ci ont montré une forte capacité inégalités d’accès à l’eau souterraine par rapport aux
d’adaptation à l’environnement et au nouveau contexte périmètres de mise en valeur agricole, et à la désaffection
socioéconomique. La communauté a d’abord opéré des des jeunes vis-à-vis du travail agricole, car ils sont de
changements dans les droits d’accès à l’eau et à la terre afin plus en plus séduits par les activités salariales en dehors
d’éviter le départ des anciens khammès, agriculteurs dynami- des ksour (pluriel de ksar) et des oasis traditionnelles.
ques détenteurs de savoirs. Ensuite, des ajustements ont été
apportés à l’infrastructure hydraulique et aux institutions qui
gouvernent la gestion de l’eau. L’hybridation des eaux par le Références
forage permet un nouveau mode d’alimentation dans la zone,
pour faire face au rabattement de la nappe. Par une contribution Balland D. 1992. Les eaux cachées : études géographiques sur les
aux charges de gestion des membres de l’association, le forage galeries drainantes souterraines. Publications du Département de
a permis de faire face au manque d’entretien des foggaras de la Géographie de l’Université de Paris-Sorbonne no 19.
zone. Dans d’autres oasis visitées, les ajustements étaient Bellal SA, Hadeid M, Ghodbani T, Dari O. 2016. Accès à l’eau
sensiblement différents. À 10 km de Lahmeur, dans l’oasis de souterraine et transformations de l’espace oasien : le cas d’Adrar
Tittaf par exemple, un forage de renforcement est exploité en (Sahara du Sud-ouest algérien). Cahiers de géographie du Québec
parallèle de la foggara, par un réseau de distribution 60(169): 29–56. DOI: 10.7202/1038664ar.
indépendant. Dans ce cas, la remise à plat de l’ensemble Bendjelid A, Dari O, Hadeid M, Bellal SA, Gacem F, Belmahi MN,
et al. 1999. Mutations sociales et adaptation d’une paysannerie
des droits d’eau n’a pas eu lieu et les propriétaires de la foggara
ksourienne du Touat : Ouled Hadj Mamoun (wilaya d’Adrar,
se sont opposés à son renforcement par le forage. Le choix d’un
Algérie). Insaniyat 7: 39–52. DOI: 10.4000/insaniyat.12147.
réseau parallèle était une adaptation à des contraintes Bisson J. 1992. Les foggaras du Sahara algérien : déclin ou renouveau.
spécifiques à l’oasis. La première raison fut la topographie In: Balland D, ed. Les eaux cachées. Études géographiques sur les
qui ne permettait pas, en cas d’intégration du forage à la galeries drainantes souterraines, pp. 7–26.
foggara, l’irrigation des parcelles des nouveaux propriétaires Bisson J. 2003. Le Sahara : mythes et réalités d’un désert convoité.
en amont. La deuxième raison était que la foggara apportait Paris: L’Harmattan, 479 p.
encore des volumes d’eau non négligeables et que les Côte M. 2002. Des oasis aux zones de mise en valeur : l’étonnant
propriétaires des grandes parts d’eau de la foggara n’accep- renouveau de l’agriculture saharienne. Méditerranée 99(3): 5–14.
taient pas de redéfinir les parts d’eau. DOI: 10.3406/medit.2002.3253.
Le cas d’étude met en avant certaines pratiques héritées de Daoudi A, Colin J-P, Derderi A, Ouendeno ML. 2015. Mise en valeur
l’ancien système. L’action collective reste encore au centre de agricole et accès à la propriété foncière en steppe et au Sahara
la dynamique de l’oasis comme dans d’autres systèmes de (Algérie). Les Cahiers du Pôle Foncier 13: 34.
gestion des ressources communes, en particulier dans les Dubost D, Moguedet G. 1998. Un patrimoine menacé : les foggaras
environnements hostiles. Le fonctionnement actuel plus ou du Touat. Science et changements planétaires/Sécheresse 9(2):
moins stable des cinq foggaras hybrides résulte d’une 117–122.
évolution emblématique dans l’organisation et les règles de El Faiz M, Ruf T. 2010. An Introduction to the Khettara in Morocco:
gestion du système. À travers un mélange savant de gestion Two Contrasting Cases. In: Schneier-Madanes G, Courel M-F, ed.
coutumière et « moderne » de l’infrastructure hybride, les Water and Sustainability in Arid Regions: Bridging the Gap
membres du groupe ont façonné les institutions. Ils ont créé le Between Physical and Social Sciences. Dordrecht: Springer
chaînon manquant en adoptant un règlement intérieur dont le (Netherlands), pp. 151–163.
Lightfoot DR. 1996. Moroccan khettara: Traditional irrigation and
contenu a été élaboré pour gérer cette infrastructure hybride.
progressive desiccation. Geoforum 27(2): 261–273. DOI: 10.1016/
L’organisation mise en place reproduit l’un des principes de
0016-7185(96)00008-5.
conception de la gestion des communs proposés par Ostrom Marouf N. 2017. Droits d’eau, hiérarchies en mouvement au Touat et
(1990). Il s’agit de l’imbrication du système en couches Gourara : Radioscopie d’une société hydraulique. In: Guignard D,
horizontales et verticales ; soit, dans notre cas d’étude, entre les ed. Propriété et société en Algérie contemporaine. Quelles
cinq foggaras, et entre l’ensemble des foggaras et l’associa- approches ? Aix-en-Provence: IREMAM. DOI: 10.4000/books.
tion. iremam.3717.
À la lumière de notre étude, la problématique de durabilité Mostafaeipour A. 2010. Historical background, productivity and
des systèmes de foggaras peut se résumer aux deux technical issues of Qanats. Water History 2(1): 61–80. DOI:
composantes suivantes : 10.1007/s12685-010-0018-z.
– la première est l’importance à accorder à la réflexion et à Ostrom E. 1990. Governing the commons: the evolution of
l’action dans les programmes de développement, pour institutions for collective action. Political economy of institutions
accompagner l’évolution des foggaras en parallèle avec les and decisions. Cambridge: Cambridge University Press, 298 p.
transformations sociales, économiques et environnemen- Otmane T, Kouzmine T. 2013. Bilan spatialisé de la mise en valeur
tales, et ce en coordination avec les oasiens. Les foggaras agricole au Sahara algérien. Cybergeo: European Journal of

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Geography 632. Disponible sur : [Link] Sahli Z. 1997. Deux tentatives controversées de modernisation de
DOI: 10.4000/cybergeo.25732. l’agriculture en zone aride : l’opération `tomate d’Adrar’ et la mise
Papy L. 1959. Le déclin des foggaras au Sahara, d’après des travaux en valeur hydro-agricole du Touat Gourara (Wilaya d’Adrar
récents. Cahiers d’outre-mer 48: 401–406. Algérie). In: Jouve AM, ed. La modernisation des agricultures
Remini B, Achour B. 2016. The water supply of oasis by albian foggara: méditerranéennes (à la mémoire de Pierre Coulomb). Ciheam
an irrigation system in degradation. Larhyss Journal 26: 167–181. (Montpellier): Options Méditerranéenne, série A 29, pp. 283–295.

Citation de l’article : Idda S, Bonté B, Mansour H, Bellal S-A, Kuper M. 2017. Monument historique ou système bien vivant ? Les foggaras
des oasis du Touat (Algérie) et leur réalimentation en eau par pompage. Cah. Agric. 26: 55007.

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