BTS Gestion des PME- Chichaoua Droit
Ch 2 : Les relations collectives de travail
Dans leurs relations de travail, les salariés peuvent être exposés à des problèmes avec l’entreprise sur
plusieurs questions. A cet effet, le législateur marocain a institué des représentants et des institutions capables
de défendre les intérêts et les réclamations des salariés dans les entreprises auxquelles ils travaillent.
I. La représentativité du personnel :
Le délégué du personnel, le syndicat du personnel et le comité d’entreprise constituent les trois formes légales
mentionnées dans la législation du travail pour représenter les salariés des entreprises.
1. Le délégué du personnel :
C’est une institution obligatoire dans tout établissement employant au moins 10 salariés
Définition permanents, elle a pour rôle d’interlocuteur entre l’employeur et le salarié, elle a pour
mission de représenter les réclamations individuelles ou collectives à l’employeur
concernant les conditions de travail
Le nombre des délégués de personnel varie en fonction de l’effectif des salariés dans
l’entreprise, ainsi le montre le tableau suivant :
Nombre de Nombre des délégués Total délégués
salariés Titulaires Suppléants
Le nombre 10 - 25 1 1 2
des délégués 26 - 50 2 2 5
du personnel 51 - 100 3 3 8
101 - 250 5 5 10
251 - 500 7 7 14
501 - 1000 9 9 18
Au-delà de Pour chaque tranche de 500 salariés 1 titulaire et
1000 1 suppléant supplémentaires
✓ L’employeur est tenu de mettre un local à la disposition des délégués du personnel
pour leur permettre de se réunir et d’accomplir leur mission.
✓ L’employeur est tenu de laisser aux délégués de personnel, le temps
Les nécessaire à l’exercice de leurs fonctions. Ce temps est payé comme temps de travail,
obligations mais ne peut excéder 15 heures par mois.
de ✓ L’employeur doit mettre à l’intérêt des délégués du personnel un emplacement pour
l’employeur l’affichage des informations et renseignements qu’ils ont pour communiquer aux
envers les personnels.
délégués ✓ L’employeur doit recevoir collectivement les délégués du personnel au moins une
fois par mois, ou en cas d’urgence sur leur demande.
✓ L’employeur doit fixer la date des élections et l’heure d’ouverture des plis pour
chaque collège électoral. Ces renseignements doivent être annoncées et affichées 15
jours à l’avance.
✓ Les délégués de personnel ont pour missions de présenter à l’employeur toutes les
Les missions réclamations individuelles ou collectives qui n’auraient pas été directement satisfaites,
du délégué et concernant :
du personnel - Les salaires ;
- Les classifications professionnelles ;
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- L’application de la législation du travail en général.
✓ Ils donnent leurs avis sur le service médical de l’entreprise.
✓ Ils sont consultés au moins un mois avant le licenciement partiel ou total du salarié,
et négocient avec l’employeur les moyens pour éviter le licenciement collectif ou la
réduction de l’effectif à licencier.
✓ Ils ont la faculté de saisir l’inspection du travail en cas de désaccord.
Pour les protéger contre les répressions de l’employeur, le code du travail a institué une
procédure particulière. Elle concerne :
✓ Les mesures disciplinaires : toutes mesures ayant pour effet le changement de service
ou d’atelier à l’encontre d’un délégué du personnel doit être soumise à l’acceptation
Protection de ‘inspecteur du travail.
✓ En cas de faute grave du salarié délégué, l’employeur ne peut pas licencier
immédiatement le salarié délégué. Il peut seulement lui infliger une mise à pied en
attendant la décision de l’agent chargé de l’inspection du travail.
✓ Aucune modification du contrat ne peut être imposée au délégué du personnel.
Les Pour être candidat délégué il faut :
conditions ✓ Ne pas être ascendant, descendant, frères du chef d’établissement
d’exigibilité✓ Etre âgé de 20 ans accomplis
✓ Avoir travaillé dans l’entreprise depuis au moins 1 an sans interruption.
✓ Les délégués de personnel sont élus pour une durée de 6 ans, leur mandat est
renouvelable.
✓ Le mandat commence avec le début de chaque législature et prend fin avec elle.
Durée et fin ✓ Les fonctions du délégué de personnel prennent fin par :
de mandat - Le décès ;
- La démission ;
- La rupture du contrat de travail ;
- La condamnation irrévocable à une peine criminelle ou d’emprisonnement ferme
pour crime ou délits.
2. Les représentants syndicaux :
a. Définition :
Ils sont élus pour un rôle revendicatif, ils sont désignés par le syndicat le plus représentatif et ayant le plus
grand nombre de voix aux derniers élections professionnelles au sein de l’entreprise. Leur nombre varie en
fonction du nombre des salariés de l’entreprise :
Nombre des salariés Nombre de représentants
100 – 250 1
251 – 500 2
501 – 2000 3
2001 - 3500 4
3501 - 6000 5
+De 6001 6
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b. Les missions des représentants syndicaux :
Ils sont tenus de :
- présenter à l'employeur ou à son représentant le dossier des revendications.
- défendre des revendications collectives et engager les négociations à cet effet.
- participer à la conclusion des conventions collectives.
Les représentants syndicaux bénéficient des mêmes facilités et protections dont bénéficient les délégués des
salariés.
3. Le comité d’entreprise :
C’est une institution obligatoire dans tout établissement employant au moins 50 salariés, il a une structure
consultative, il se compose de :
- L’employeur (ou son représentant),
- 2 délégués de personnel et
- 1 ou 2 représentants syndicaux.
Cette institution doit être obligatoirement consultée sur les grandes décisions stratégiques et de gestion. Le
comité d’entreprise est sollicité :
- Dans les changements structurels et technologiques de l’entreprise.
- Pour le bilan social de l’entreprise.
- La stratégie de production et les moyens d’élever la productivité.
- Mise en commun des projets sociaux en faveur ou profit des salariés.
- La programmation des stages, formations continues.
- La lutte contre l’analphabétisme en visant l’insertion professionnelle des salariés.
- Le comité d’entreprise se réuni une fois tous les six mois et chaque fois que cela s’avère nécessaire.
II. La négociation collective et la convention collective :
1. La négociation collective
a. Définition
La négociation collective est définie comme étant « le dialogue entretenu entre les représentants des
organisations syndicales les plus représentatives ou les unions syndicales des salariés les plus
représentatives d’une part et un ou plusieurs employeurs ou les représentants des organisations
professionnelles des employeurs d’autre part » (Article 92).
Elle consiste à améliorer la condition sociale du travail et à adopter un droit conventionnel du travail
spécifique et adapté à la réalité de l’entreprise, de la profession ou du secteur.
b. Objectifs :
- Déterminer et améliorer les conditions du travail et de l’emploi;
- Réguler les relations entre les employeurs et les salariés;
- Réguler les relations entre les employeurs ou leurs organisations d’une part et une ou plusieurs
organisations syndicales des salariés les plus représentatives d’autre part (Article 92).
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c. Les niveaux de la négociation collective :
La négociation collective se déroule soit au niveau de l’entreprise (entre l’employeur et salariés), soit au
niveau du secteur (entre l’employeur et un groupe d’employeur ou le syndicat le plus représentatif du
secteur), soit au niveau national (entre l’organisation professionnelle de l’employeur et le syndicat des
salariés).
d. Périodicité de la négociation collective :
Les négociations collectives se tiennent au niveau de l’entreprise une fois par an. Toutefois, les conventions
collectives peuvent prévoir une périodicité différente pour procéder à ces négociations.
2. La convention collective
a. Définition :
La convention collective de travail « est un contrat collectif écrit régissant les relations de travail conclu
entre d’une part, les représentants d’une ou plusieurs organisations syndicales des salariés les plus
représentatives ou leurs unions et, d’autre part, soit un ou plusieurs employeurs contractant à titre
personnel, soit les représentants d’une ou plusieurs organisations professionnelles des employeurs »
(Article 104).
Elle a pour objet de défendre les intérêts des salariés et peut être pour une durée déterminée ou indéterminée
et/ou d’accomplissement d’un projet déterminé.
b. Caractéristiques
- Sous peine de nullité, la convention collective de travail doit être écrite.
- Elle doit être déposée au greffe du tribunal de première instance compétent au lieu où elle doit être
appliquée et auprès de l’autorité gouvernementale chargée du travail
- Elle doit être affichée dans les locaux de l’entreprise, ainsi qu’une copie peut être mise en faveur du
salarié.
c. Contenu
Les conventions collectives de travail contiennent les dispositions concernant les relations de travail,
notamment :
- les éléments du salaire applicable à chaque catégorie professionnelle,
- les éléments essentiels servant à la détermination des niveaux de qualification professionnelle et,
notamment, les mentions relatives aux diplômes professionnels ou autres diplômes ;
- les conditions et modes d'embauchage et de licenciement des salariés sans que les dispositions prévues,
à cet effet, puissent porter atteinte au libre choix du syndicat par les salariés ;
- les dispositions concernant la procédure de révision, modification, dénonciation de tout ou partie de la
convention collective de travail ;
- les procédures conventionnelles suivant lesquelles seront réglés les conflits individuels et collectifs de
travail susceptibles de survenir entre les employeurs et les salariés liés par la convention ;
- l'organisation au profit des salariés d'une formation continue, visant à favoriser leur promotion sociale
et professionnelle, à améliorer leurs connaissances générales et professionnelles et à les adapter aux
innovations technologiques ;
- les indemnités ;
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- la couverture sociale ;
- l'hygiène et la sécurité professionnelle ;
- les conditions de travail ;
- les facilités syndicales ;
- les affaires sociales.
III. Les conflits collectifs :
1. Définition :
Le code du travail a défini le conflit collectif du travail comme « tout différend qui survient à l’occasion du
travail et dont l’une des parties est une organisation syndicale de salariés ou un groupe de salariés, ayant
pour objet la défense des intérêts collectifs et professionnels de ces salariés » (article 549).
Sont également considérés comme conflits collectifs du travail, tous différends qui naissent à l’occasion du
travail et dont l’une des parties est un ou plusieurs employeurs ou une organisation professionnelle des
employeurs, ayant pour objet la défense des intérêts du ou des employeurs ou de l’organisation
professionnelle des employeurs intéressés.
2. La grève :
La grève est la cessation collective et concertée du travail de la part des salariés pour obtenir certains
avantages détenus de leurs employeurs.
Au Maroc, le droit de grève est garanti par la Constitution mais une loi organique devant le réglementer n’a
toujours pas été publiée (2016).
La grève peut revêtir plusieurs formes :
- La grève d’avertissement : pour attirer l’intention à une crise (durée limité fixée à l’avance) ;
- La grève surprise : grève brusque pour désorganiser la production ;
- La grève tournante : les services de l’entreprise font la grève l’un après l’autre.
- La grève perlée : les travailleurs exercent leurs activités en ralentissant ;
- La grève générale : grève qui touche tout le secteur ;
- La grève du port de brassard : les travailleurs portent des bandes pour manifester la grève.
➢ Le Lock- out :
L’interdiction de l'accès à l'entreprise par l'employeur lors d'un conflit collectif du travail (= fermeture de
l'entreprise). C'est une sorte de grève à l'initiative de l'employeur. Le lock out est en principe illicite (faute
contractuelle de l'employeur). Le lock out préventif (avant une grève) ou répressif (sanction à la grève) est
interdit.
3. Le règlement des conflits collectifs :
Le règlement des conflits collectifs du travail s’effectue à travers deux mécanismes : la conciliation à
différents niveaux (l’inspection du travail, la commission préfectorale d’enquête et de conciliation et la
commission nationale d’enquête) et l’arbitrage.
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a. La conciliation
➢ Au niveau de la délégation du ministère de l’emploi :
Lorsque le conflit ne concerne qu’une seule entreprise, la conciliation est confiée à l’agent chargé de
l’inspection du travail. Au cas où le conflit s’étend à plusieurs entreprises, c’est le délégué chargé du travail
qui se charge de la conciliation.
➢ Au niveau de la commission provinciale/préfectorale d’enquête et de conciliation :
Il est institué auprès de chaque préfecture ou province, une commission dénommée "commission
provinciale d'enquête et de conciliation", chargée d’examiner et de régler le conflit collectif du travail,
après l’échec de conciliation au niveau la délégation du ministère de travail.
Cette commission, présidée par le gouverneur, est composée à égalité de représentants de l’administration,
des organisations professionnelles des employeurs et des organisations syndicales des salariés les plus
représentatives. Le secrétariat de la commission est assuré par le délégué chargé du travail.
➢ Au niveau de la commission nationale d’enquête et de conciliation.
La commission nationale d’enquête et de conciliation est instituée auprès de l’autorité gouvernementale
chargée du travail. Elle est chargée d’examiner les conflits collectifs qui s’étendent à plusieurs préfectures
ou provinces ou à l’ensemble du territoire national, et les conflits qui n’ont pas pu être réglés par la
commission provinciale d’enquête et de conciliation.
La commission nationale d’enquête et de conciliation est présidée par le ministre chargé du travail et
composée à égalité, de représentants de l’administration, des organisations professionnelles des employeurs
et des organisations syndicales des salariés les plus représentatives.
b. L’arbitrage :
Il est fait recours à l’arbitrage si les parties ne parviennent à aucun accord devant la commission provinciale
d’enquête et de conciliation et devant la commission nationale d’enquête et de conciliation.
L’arbitrage est confié à un arbitre choisi en commun accord par les parties, sur une liste d’arbitres fixée par
arrêté du ministre chargé du travail. Cette liste d'arbitres est établie sur la base des propositions des
organisations professionnelles des employeurs et des organisations syndicales des salariés les plus
représentatives.
L'arbitre statue conformément aux règles de droit sur les conflits collectifs du travail concernant
l'interprétation ou l'application des dispositions législatives, réglementaires ou contractuelles. Pour les autres
conflits collectifs du travail, l'arbitre se prononce, conformément aux règles d'équité. La sentence arbitrale
revêt un pouvoir exécutoire conformément aux règles énoncées dans le Code de procédure civile.
Les décisions arbitrales sont susceptibles de recours pour excès du pouvoir, ou pour violation de la loi devant
la chambre sociale auprès de la cour de cassation. Si la chambre sociale annule les décisions d’arbitrage, en
tout ou en partie, elle renvoie l’affaire devant un nouvel arbitre.
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