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Lex Electronica

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en


ligne : les limites des fiducies de données et du devoir
fiduciaire de loyauté
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis et Mathilde Meunier

Volume 28, numéro 1, 2023 Résumé de l'article


Les lois de protection des renseignements personnels se sont
URI : [Link] traditionnellement ancrées dans une perspective individualiste de la vie privée
DOI : [Link] dont la pierre angulaire est le mécanisme du consentement individuel. Face
aux géants du web, dont le modèle d’affaires repose sur l’analyse de données
Aller au sommaire du numéro personnelles, cette perspective paraît inadaptée : elle tient insuffisamment
compte des asymétries de pouvoir et d’information en présence et suppose à
tort la vie privée comme une question de nature individuelle en omettant ses
implications collectives. Elle peine ainsi à protéger adéquatement les
Éditeur(s)
personnes et facilite de ce fait la survenance d’effets individuels et sociétaux
Centre de recherche en droit public Université de Montréal préjudiciables. Cet article rappelle d’abord les principales limites de la
conception individualiste de protection de la vie privée – le modèle du notice
ISSN and choice, ou notice and consent – au regard des pratiques des plateformes en
ligne. Sont ensuite envisagées, dans une perspective critique, deux pistes de
1480-1787 (numérique) solution juridiques issues d’une conception collective de la vie privée : les
fiducies de données et leur appréhension par le droit commun québécois,
Découvrir la revue suivies des obligations fiduciaires de common law, et plus particulièrement le
devoir fiduciaire de loyauté. Si ces pistes de solution semblent prometteuses à
plusieurs égards, elles présentent toutes deux des limites importantes qui
rendent difficilement concevable leur implémentation. D’une part, les fiducies
Citer cet article
de données, reposant sur le choix individuel de confier ses renseignements
Albert-Rochette, M., Lavis, C. & Meunier, M. (2023). Protection de la vie privée personnels à un acteur externe, reproduisent les difficultés liées au mécanisme
dans le contexte des plateformes en ligne : les limites des fiducies de données et de consentement individuel du modèle classique de notice and choice. Leur
du devoir fiduciaire de loyauté. Lex Electronica, 28(1), 23–59. mise en oeuvre effective requiert également l’intérêt, la compréhension et la
[Link] confiance des personnes dans le mécanisme, des garanties loin d’être acquises.
D’autre part, l’imposition d’un devoir de loyauté obligerait les plateformes à
modifier en profondeur leurs pratiques commerciales actuelles, des
changements qui ne s’imposeraient pas sans résistance. Le droit à la vie privée,
tant dans sa conception individuelle que collective, ne suffit pas à protéger
adéquatement les personnes dans l’environnement numérique. D’autres
domaines de régulation doivent être appelés à intervenir.

© Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis et Mathilde Meunier, 2023 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE
DANS LE CONTEXTE DES
PLATEFORMES EN LIGNE :
LES LIMITES DES FIDUCIES DE
DONNÉES ET DU DEVOIR
FIDUCIAIRE DE LOYAUTÉ
ii
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

Michelle Albert-Rochette1, Clara Lavis2 & Mathilde Meunier3

1 Candidate à la maîtrise en droit avec mémoire à l’Université Laval, Québec

2 Avocate stagiaire, Barreau de Dinant, Belgique

3 Juriste, Paris

[Link] Vol 28, n°1 2023


Table des matières

Introduction 27

1. D’UNE APPROCHE INDIVIDUALISTE À UNE APPROCHE COLLECTIVE 28

1.1 La théorie individualiste du contrôle et le modèle de notice and choice 28

1.2 Les échecs du modèle de notice and choice face aux pratiques des plateformes en ligne 29

1.2.1 Une collecte de données à l’insu des personnes 29

1.2.2 Un consentement contraint 30

1.2.3 Un consentement non éclairé 32

1.2.4 Un consentement fictif 32

2. VERS UNE APPROCHE COLLECTIVE DE LA VIE PRIVÉE 33

2.1 Les fiducies de données 34


23
2.1.1 Le mécanisme de la fiducie en droit québécois et canadien 34

2.1.2 La notion de fiducie de données 35

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier
limites de fiducies des données et du devoir fiduciaire de loyauté
2.1.3 La fiducie d’utilité sociale du C.c.Q pour opérationnaliser la fiducie de données 36

2.1.4 Les avantages des fiducies de données dans le contexte des plateformes en ligne 38

2.1.5 Les difficultés des fiducies de données dans le contexte des plateformes en ligne 39

2.2. Les obligations fiduciaires et le devoir de loyauté 41

2.2.1 Les contextes d’émergence des obligations fiduciaires 41

2.2.2 Les relations fiduciaires ad hoc en droit canadien et les plateformes en ligne 42

[Link] La vulnérabilité des utilisateurs et utilisatrices 42

[Link] Le pouvoir discrétionnaire exercé par les plateformes 43

[Link] L’intérêt juridique ou pratique important défavorablement affecté par l’exercice du pouvoir 43

[Link] L’engagement des plateformes à agir dans le meilleur intérêt 44

2.2.3 Le contenu du devoir fiduciaire de loyauté des plateformes en ligne 46


[Link] Vol 28, n°1 2023
2.2.4 Les avantages de l’imposition d’un devoir fiduciaire de loyauté aux plateformes en ligne 46

2.2.5 Les difficultés de l’imposition d’un devoir fiduciaire de loyauté aux plateformes en ligne 47

Conclusion 48

Références bibliographiques 49

24
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les
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limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

[Link] Vol 28, n°1 2023


RÉSUMÉ

Les lois de protection des renseignements personnels se sont traditionnellement


ancrées dans une perspective individualiste de la vie privée dont la pierre angulaire est
le mécanisme du consentement individuel. Face aux géants du web, dont le modèle
d’affaires repose sur l’analyse de données personnelles, cette perspective paraît
inadaptée : elle tient insuffisamment compte des asymétries de pouvoir et d’information
en présence et suppose à tort la vie privée comme une question de nature individuelle
en omettant ses implications collectives. Elle peine ainsi à protéger adéquatement les
personnes et facilite de ce fait la survenance d’effets individuels et sociétaux
préjudiciables. Cet article rappelle d’abord les principales limites de la conception
individualiste de protection de la vie privée – le modèle du notice and choice, ou notice
and consent – au regard des pratiques des plateformes en ligne. Sont ensuite
envisagées, dans une perspective critique, deux pistes de solution juridiques issues
d’une conception collective de la vie privée : les fiducies de données et leur
appréhension par le droit commun québécois, suivies des obligations fiduciaires de
common law, et plus particulièrement le devoir fiduciaire de loyauté. Si ces pistes de
solution semblent prometteuses à plusieurs égards, elles présentent toutes deux des
limites importantes qui rendent difficilement concevable leur implémentation. D’une part,
les fiducies de données, reposant sur le choix individuel de confier ses renseignements
personnels à un acteur externe, reproduisent les difficultés liées au mécanisme de
consentement individuel du modèle classique de notice and choice. Leur mise en
œuvre effective requiert également l’intérêt, la compréhension et la confiance des
personnes dans le mécanisme, des garanties loin d’être acquises. D’autre part,
l’imposition d’un devoir de loyauté obligerait les plateformes à modifier en profondeur 25
leurs pratiques commerciales actuelles, des changements qui ne s’imposeraient pas
sans résistance. Le droit à la vie privée, tant dans sa conception individuelle que
collective, ne suffit pas à protéger adéquatement les personnes dans l’environnement

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


numérique. D’autres domaines de régulation doivent être appelés à intervenir.

Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier


limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
Mots-clés : vie privée, données personnelles, fiducies (trusts), plateformes, devoir de
loyauté

[Link] Vol 28, n°1 2023


ABSTRACT

Privacy laws have traditionally been rooted in an individualistic perspective of privacy


based on the mechanism of individual consent. When considering the practices of the
web giants, whose business model is based on the exploitation of personal data, this
perspective seems inadequate: it takes insufficient account of the asymmetries of power
and information involved and wrongly assumes that privacy is an individual matter. It
therefore fails to adequately protect individuals and thus facilitates the occurence of
harmful effects. We first recall the limits of the individualistic conception of privacy
protection – the notice and choice or notice and consent model – in relation to the online
platforms practices. We then critically consider two solutions based on a collective
conception of privacy: data trusts and their apprehension by Quebec civil law, followed
by canadian common law fiduciary duties, and more particularly the fiduciary duty of
loyalty. While these approaches seem promising, they both have significant limitations
that make their implementation difficult to conceive. Firstly, data trusts, based on
individual choice to entrust one's data to an external actor, replicate the difficulties
associated with the notice and choice model. Their effective implementation also
presupposes the interest, understanding and trust of individuals in the mechanism,
which are far from being acquired. Secondly, the imposition of a duty of loyalty would
require platforms to dramatically change their current business practices, changes that
would not come without resistance. Privacy law, both in its individual and collective
conception, is insufficient to adequately protect individuals in the digital environment.
Other areas of regulation must be brought into play.

26 Keywords: privacy law (online privacy), personal data, trusts, platforms, duty of loyalty
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INTRODUCTION
[1] Le modèle d’affaires des plateformes en ligne4 repose sur la collecte et le traitement
des données personnelles (GROUPE D’EXAMEN5, 2020, p. 210). Sur Facebook, par
exemple, les « j’aime », la localisation, les transactions en magasin, l’activité des
personnes sur d’autres sites web et les comptes avec lesquels elles interagissent6 sont
autant de données rassemblées et croisées entre elles pour permettre l’émergence d’un
nouveau savoir ayant une valeur particulièrement intéressante pour les publicitaires
(GRAEF, 2016, p. 1). En effet, l’analyse de ces données permet de répartir les
internautes en différents groupes algorithmiques (DÉZIEL, 2018, p. 838-839 ; DU
PERRON, 2020, p. 37), ou profils types, de façon à leur afficher des publicités a priori
pertinentes. Il n’y a pas de vente de données personnelles aux entreprises. Il s’agit
plutôt de la vente d’un service de ciblage du public visé par les publicitaires. Les intérêts
et préférences des internautes deviennent ainsi des produits commercialisables par le
biais des audiences ciblées (GRAEF, 2016, p. 1 ; VÉLIZ, 2022, p. 49). Ces techniques
de profilage sont en principe acceptées par les internautes au moment de leur
inscription. Cependant, peut-on parler de consentement libre et éclairé lorsque tout
pousse à se soumettre aux conditions d’utilisation ? Les personnes ne disposent
souvent pas des connaissances nécessaires pour comprendre ce à quoi elles
consentent, la négociation n’est pas possible et la domination du marché par une
poignée d’acteurs remet en question la capacité même de choix (RICHARDS &
HARTZOG, 2019, p. 1478-1479 et 1487-1488 ; ALLEN, 2016, p. 72 ; LAZARO & LE
MÉTAYER, 2015, p. 796 et 803). Une fois leur inscription complétée, les personnes
sont par ailleurs soumises à des techniques comportementalistes, comme le nudging
(THALER & SUNSTEIN, 2008), qui les poussent à agir dans le sens souhaité par les
plateformes (RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 973-975). Et si cette atteinte à 27
l’autonomie se répercute au niveau individuel, notamment sur les habitudes d’achat,
elle est aussi à même d’entraîner des conséquences sociétales préjudiciables. Le
scandale de Cambridge Analytica, où les données de millions d’utilisateurs et

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Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier
d’utilisatrices de Facebook ont été utilisées à des fins de profilage politique en vue

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté


d’influencer le résultat d’élections (DETROW, 2018 ; GONZÁLEZ, 2017 ; VÉLIZ, 2019),
en est un exemple. Face aux pratiques des plateformes en ligne, l’encadrement
juridique classique des renseignements personnels n’est plus adapté. Si pendant
longtemps le législateur s’est abstenu d’intervenir de peur de freiner l’innovation
technologique (BENYEKHLEF, 2018, p. 295-296), il semble désormais urgent de
combler les lacunes juridiques pour contrer l’asymétrie de pouvoir entre les plateformes
et les internautes, et la survenance d’effets préjudiciables y étant associée.

[2] Dans un premier temps, nous rappelons les principales limites de l’approche
dominante en matière de protection de la vie privée, qui conçoit cette dernière au
travers du prisme de l’individualisme. Nous faisons ensuite l’examen critique de deux
pistes de solution juridiques issues d’une conception collective de la vie privée. Nous

4 Aux fins du présent article, les termes « plateformes en ligne » ou « plateformes » font référence aux grands intermédiaires numériques : « intermediaries that have tremendous power in
the marketplace in their role mediating between third parties and connecting users/buyers with producers/sellers » (Laidlaw, 2021, p. 7). Bien que les plateformes en ligne puissent être
distinguées selon plusieurs aspects, nous insistons ici sur une de leurs caractéristiques communes : leur pouvoir de marché issu de l’exploitation de données personnelles (Birch et al,
2021, p. 2).

5 Groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, Canada.

6 Meta, À propos des publicités Facebook, 2022, en ligne : <[Link] product=ad_preferences_hub>.

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nous penchons d’abord sur les fiducies de données et sur leur appréhension potentielle
par le droit commun québécois (HULIN, 2020 ; LEBLANC, 2020 ; LEBLANC, 2021). En
nous appuyant notamment sur une proposition de GUEVARA (2021), nous abordons
ensuite les obligations fiduciaires de common law pouvant naître indépendamment de
la constitution d’une fiducie, et traitons plus particulièrement du devoir fiduciaire de
loyauté7. Les limites et solutions examinées dans cet article sont analysées au regard
des pratiques des plateformes en ligne.

1. D’UNE APPROCHE INDIVIDUALISTE À UNE APPROCHE


COLLECTIVE
[3] Traditionnellement, la vie privée s’appuie sur des notions de dignité personnelle et
d’intégrité. Des notions purement individualistes qui, à l’ère d’Internet, comportent des
questions relatives à l’identité des personnes et à la façon dont leurs renseignements
personnels sont traités (LECHEVALIER, 2020, p. 2). Nous revoyons ici la théorie
individualiste du contrôle, qui connaît quelques difficultés à l’ère de l’hyperconnexion du
monde, au profit d’une théorie collective de la vie privée.

1.1. LA THÉORIE INDIVIDUALISTE DU CONTRÔLE ET LE MODÈLE


DE NOTICE AND CHOICE
[4] La théorie dominante en matière de protection de la vie privée est celle du contrôle
(FAIRFIELD & ENGEL, 2015, p. 408), qui vient s’intéresser particulièrement à la vie
28 privée informationnelle8, c’est-à-dire aux renseignements personnels. Cette théorie
conçoit la vie privée comme relevant du contrôle qu’une personne est en mesure
d’exercer sur les modalités de circulation et de diffusion de ses informations
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personnelles (BENYEKHLEF & DÉZIEL, 2018, p. 28 ; GAUTRAIS & TRUDEL, 2010, p.


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limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

59-60, 66-73 ; WESTIN, 1967, p. 7) et entretient ainsi un lien étroit avec les notions
d’autonomie, de dignité et de liberté individuelles (BENYEKHLEF & DÉZIEL, 2018,
p. 26-27). Dans les lois de protection des renseignements personnels, le contrôle est
opérationnalisé au moyen du mécanisme de consentement individuel. Au Québec, la
Loi sur les renseignements personnels dans le secteur privé9 (ci-après « Loi sur le
privé ») prévoit par exemple que le consentement pour la collecte, l’utilisation ou la
communication d’un renseignement personnel doit être « manifeste, libre, éclairé et […]
donné à des fins spécifiques10 . Le consentement constitue aussi le fondement de la
LPRPDE11 (CPVP12 , 2016), qui l’avait d’ailleurs érigé à son Annexe 1 comme principe
obligatoire13 de traitement de l’information devant être respecté par les organisations,

7 Pour un aperçu d’autres modes de gestion collective des données non examinés dans cet article : Mozilla Insights, J. van Geuns et A. Brandusescu, Shifting Power Through Data Gover-
nance, 2020, en ligne : <[Link]

8 Sur les différentes déclinaisons de la notion de vie privée en fonction de son domaine d’application (vie privée territoriale, personnelle et informationnelle) : R. c. Dyment, (1988) 2 R.C.S.
417, par. 19-22.

9 Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, RLRQ, c. P-39.1 (ci-après « Loi sur le privé »).

10 Id., article 14 alinéa 1.

11 Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, L.C. 2000, c. 5 (ci-après « LPRPDE »).

12 Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

13 Par. 5(1) LPRPDE.

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sous réserve de certaines exceptions. Plus récemment, le projet de loi 64, adopté par le
Parlement québécois en septembre 202114, et le projet de loi fédéral C-2715, ont tous
deux cherché à renforcer le consentement en ajoutant des exigences supplémentaires
à son obtention par les organisations dans certaines situations16. Les lois canadienne et
québécoise de protection des renseignements personnels dans le secteur privé
adhèrent ainsi au paradigme individualiste, ou personnaliste (DÉZIEL, BENYEKHLEF &
GAUMOND, 2020, p. 21) de la vie privée, consolidant un régime de notice and choice
où les entités doivent de manière générale informer les personnes et obtenir leur
autorisation avant de collecter et d’utiliser leurs renseignements personnels (WARNER,
2020, p. 173-174).

[5] Le consentement est donc la base même de la relation que nous avons avec de
nombreux sites et entreprises sur Internet, et notamment avec les plateformes en ligne
(RICHARDS & HARTZOG, 2019, p. 1461). Par la création d’un compte sur une
plateforme, les internautes consentent que cette dernière collecte et utilise leurs
renseignements personnels. Un rapport du CPVP avait d’ailleurs mis de l’avant que le
réseau social Facebook étant gratuit, ses utilisateurs et utilisatrices devaient être
disposés à recevoir certaines formes de publicité, essentielle à la fourniture du service,
et nécessitant l’utilisation de certains de leurs renseignements personnels (DENHAM,
2009, par. 134).

1.2. LES ÉCHECS DU MODÈLE DE NOTICE AND CHOICE FACE


AUX PRATIQUES DES PLATEFORMES EN LIGNE
[6] À l’ère de la « mise en données du monde », la théorie individualiste du contrôle 29
rencontre plusieurs limites et permet à certains acteurs d’utiliser ces renseignements
dans leurs propres intérêts (DE SAINT PULGENT, 2016, p. 4). Le principal échec de
cette conception de la vie privée n’est autre que le modèle du notice and choice, ou

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notice and consent, et précisément le consentement en lui-même. En effet, les

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législations actuelles se confrontent à quelques lacunes face aux pratiques des
plateformes en ligne.

1.2.1. UNE COLLECTE DE DONNÉES À L’INSU DES PERSONNES


[7] Les données personnelles des internautes peuvent être collectées par les
plateformes à leur insu et sans leur consentement. S’appuyant notamment sur le
rapport du professeur Douglas C. Schmidt (SCHMIDT, 2018), c’est d’ailleurs à cette

14 Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels, projet de loi no 64, L.Q. 2021, c. 25.

15 Loi édictant la Loi sur la protection de la vie privée des consommateurs, la Loi sur le Tribunal de la protection des renseignements personnels et des données et la Loi sur l'intelligence

artificielle et les données et apportant des modifications corrélatives et connexes à d'autres lois, projet de loi no C-27 (dépôt et 1re lecture – 16 juin 2022), 1re sess., 44e légis. (Can.).

16 À son article 110, le projet de loi 64 modifie par exemple l’article 14 al. 1 de la Loi sur le privé en prévoyant notamment que le consentement soit « demandé [pour] chacune [des] fins en
termes simples et clairs » et que la personne qui le donne puisse obtenir de l’assistance « afin de l’aider à comprendre la portée du consentement demandé ». De son côté, le projet de loi
fédéral C-27 prévoit à son paragraphe 15(4) que les renseignements requis pour l’obtention du consentement soient communiqués par les organisations dans « un langage clair et raison-
nablement compréhensible ». Le projet de loi C-27 prévoit aussi à son paragraphe 15(6) le principe de consentement explicite pour les « activités d’affaires », à moins d’entrer dans les
exceptions du paragraphe 18(3). Les projets de loi 64 et C-27 facilitent toutefois la collecte et le traitement des données personnelles dans d’autres situations, dans une perspective de
valorisation des données à des fins d’innovation. À ce sujet, voir : P.-L. Déziel, « La valorisation des renseignements personnels au Québec et au Canada : la promesse des projets de loi
no 64 et C-11 », 2021, Les Cahiers de propriété intellectuelle, V33, N2, p. 1193-1240; Borden Ladner Gervais, Canada’s Consumer Privacy Protection Act (Bill C-27): Impact for busi-
nesses, juin 2021, en ligne : <[Link]

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conclusion qu’est parvenue la Cour supérieure du Québec dans un jugement récent17
ayant autorisé une demande d’action collective contre Google : par ses services18 et
outils publicitaires ou d’analyse19, Google procèderait à la collecte et au partage de
renseignements personnels d’internautes sans avertissement préalable ni demande de
consentement20 , et ce à l’égard de personnes ayant ou non un compte sur la
plateforme21. Dans cette affaire, la Cour a conclu à l’apparence sérieuse de droit22 pour,
notamment, la responsabilité extracontractuelle de Google en vertu de l’article 1457 du
Code civil du Québec23 (ci-après « C.c.Q. ») du fait de la violation de la Loi sur le privé
et de la LPRPDE24 . Autrement dit, la Cour a reconnu que via ses services et outils,
Google ne semblait ni respecter l’élément notice, ni l’élément choice des législations
québécoise et canadienne de protection des renseignements personnels, remettant
ainsi en question la possibilité même de contrôle des internautes sur leurs données.
Une décision récente de la Cour suprême de la Colombie-Britannique25 a aussi reconnu
l’absence de consentement d’utilisateurs et d’utilisatrices de Facebook quant à
l’utilisation de certains de leurs renseignements personnels par le réseau social, le tout
en violation des lois de protection de la vie privée de la Colombie-Britannique, du
Manitoba, de la Saskatchewan et de Terre-Neuve-et-Labrador26. En 2018, un rapport de
l’ONG anglaise Privacy International mettait déjà de l’avant que les données des
personnes pouvaient être collectées par Facebook par le biais d’applications tierces
même si elles n’avaient pas de compte sur le réseau social et en l’absence de
notification suffisante et de consentement préalable (PRIVACY INTERNATIONAL, 2018,
p. 28 et 33). La combinaison des données collectées par les applications, puis
transférées à Facebook, donnait ainsi la possibilité au réseau social de dresser un
portrait précis des individus lui permettant de réaliser un démarchage adapté, une
30 adaptation des prix en fonction de leur propension à payer ou encore une proposition
de publicité adaptée à leurs envies et préférences. Une démarche de profilage, donc,
en l’absence de connaissance et de consentement des internautes.
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1.2.2. UN CONSENTEMENT CONTRAINT


[8] Mais même lorsque les données personnelles sont collectées et traitées en
connaissance de cause, le consentement est une base légale dangereuse. En effet,
face aux géants du numérique, le consentement des personnes sera souvent résigné
sous peine de se voir refuser l’accès aux services ou de perdre certains avantages
(DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 249). La forme binaire du consentement (oui ou
non) pourrait se résumer à opposer l’individu à la société ou la société à l’individu
(STOEKLÉ, DELEUZE, VOGT & HERVÉ, 2017, p. 189; DELACROIX & LAWRENCE,

17 Option Consommateurs c. Google, 2022 QCCS 2308.

18 Id., par. 23 : « les Services Google […] incluent, entre autres, la recherche sur Internet (Google Search et Images), la cartographie et le guidage routier (Google Maps), les actualités
(Google Actualité) et la traduction (Google Traduction). »

19 Id., par. 24 : « les Outils Google […] sont des outils publicitaires ou d'analyse offerts par Google lorsque les membres du groupe naviguent sur des sites Internet qui utilisent ces outils. »

20 Id., par. 30-31, 46, 50 et 54.

21 Id., par. 3.

22 Id., par. 11 et 144.

23 Code civil du Québec, RLRQ, c. CCQ-1991 (ci-après « C.c.Q. »).

24 Sur la violation de la Loi sur le privé, voir Option Consommateurs c. Google, préc., note 17, par. 62-67. Sur la violation de la LPRPDE, voir les par. 68-70 et 77-81.

25 Douez v. Facebook Inc., 2022 BCSC 914.

26 Id., par. 2, 73, 86 et 139.

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2019, p. 236). Si les personnes n’acceptent pas le traitement de leurs données
personnelles, elles se coupent alors de différents services qui s’avèrent aujourd’hui être
une nécessité sociale – trouver un emploi, communiquer avec des ami·es ou des
membres de la famille, accéder aux nouvelles ou participer à la vie politique. (BALKIN,
2020, p. 13 ; SWIRE, 2012, p. 1379-1390 ; ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 32). En
2017, dans Douez c. Facebook27, c’est ce que rappelait la Cour suprême du Canada
après avoir qualifié de « contrat d’adhésion »28 la relation liant Facebook aux
consommateurs :

Les [personnes désireuses] de participer aux nombreuses communautés en ligne qui commu-
niquent entre elles par l’intermédiaire de Facebook doivent accepter les conditions de l’entre-
prise ou se résoudre à ne pas faire partie de son réseau social omniprésent. Comme le sou-
ligne l’intervenante […] « l’accès à Facebook et aux plateformes de média social […] a vu son
importance s’accroître dans l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté d’association,
ainsi que dans la pleine participation à la démocratie » […] Le choix de « ne pas être en ligne »
ne saurait constituer un choix véritable à l’ère d’Internet. 29

[9] En 2021, c’est d’ailleurs 78 % des Québécois et Québécoises qui utilisaient les
réseaux sociaux, une statistique qui grimpe à 90 % et à 91 % chez les 18 à 24 ans et
les 25 à 34 ans respectivement (ATN30 , 2022).

[10] Ce consentement non libre est renforcé par le design des choix : les interfaces
sont conçues de manière à maximiser la collecte de données personnelles (CNIL31 ,
2019, p. 10 et 27-30 ; RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 991-992). Un rapport de la
CNIL mettait d’ailleurs en avant que « [l]es méthodes utilisées par les concepteurs, à
savoir le nudge, les dark patterns ou les designs trompeurs, [agissent] sur [les]
comportements et [le] libre-arbitre [des individus] […] [qui] peuvent être amenés à 31
partager toujours plus sans en avoir nécessairement conscience » (CNIL, 2019, p. 14).
À titre d’exemple, la page d’inscription de Facebook prévoit un unique bouton vert

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


« S’inscrire » qui entraîne acceptation des « Conditions de service », de la « Politique

Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier


limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
de confidentialité » et de la « Politique d’utilisation des cookies »32, mentionnées en
petits caractères de couleur terne33. Face à l’asymétrie de pouvoir existant entre le
réseau social et les simples internautes, les personnes ne sont pas en mesure de
négocier34 quelle utilisation sera faite de leurs données et ne peuvent qu’accepter des
conditions déjà déterminées (GROUPE D’EXAMEN, 2020, p. 11 ; ALLEN, 2016, p. 72).

27 Douez c. Facebook Inc., 2017 CSC 33.

28 Id., par. 53-55.

29 Id., par. 56.

30 Académie de la transformation numérique.

31 Commission nationale de l'informatique et des libertés, France.

32 Meta, Conditions de service, en ligne : <[Link] Meta, Politique de confidentialité, en ligne : <[Link]
point=data_policy_redirect& entry=0>; Meta, Politique d’utilisation des cookies, en ligne : <[Link]

33 Meta, Facebook. Avec Facebook, partagez et restez en contact avec votre entourage., 2022, en ligne : <[Link]

34 Également discuté dans Douez c. Facebook Inc, préc., note 27, par. 52-57.

[Link] Vol 28, n°1 2023


1.2.3. UN CONSENTEMENT NON ÉCLAIRÉ
[11] Aussi, la complexité des conditions d’utilisation et des technologies en place,
l’impossibilité de prévoir les finalités auxquelles les corrélations aboutiront (RICHARDS
& HARTZOG, 2019, p. 1479-1486) ou encore la difficulté de prendre le recul nécessaire
au moment de presser le bouton « j’accepte », sont tout autant de facteurs rendant le
consentement inefficient (POULLET, 2021, p. 96). Pour certains, le consentement n’est
plus qu’une fiction inadaptée à la collecte des données personnelles (COMMISSION
DE RÉFLEXION35, 2015, p. 138). De fait, que reste-t-il du consentement éclairé lorsque
la majorité des personnes n’ont ni les connaissances, ni les compétences pour
comprendre les risques découlant du traitement de leurs données, car non conscientes
de leur croisement avec des millions d’autres (FAIRFIELD & ENGEL, 2015, p. 390) ?
Une connaissance parcellaire (CNIL, 2019, p. 20) des conséquences et risques liés à la
collecte et au traitement des données personnelles pourrait en théorie être acquise par
la lecture attentive des conditions d’utilisation et politiques de confidentialité
(DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 249), mais cette pratique se révèle illusoire. Des
travaux ont montré que ces documents étaient rarement lus (SOLOVE, 2012, p. 1884)
et qu’en prendre connaissance demanderait environ 25 jours de lecture sur un an
(CNIL, 2019, p. 20; MCDONALD & CRANOR, 2008). Les personnes ne sont pas
conscientes de la valeur de leurs données personnelles, et si elles arrivent à entrevoir
de possibles atteintes, leurs conséquences individuelles d’apparence anodines
occultent les effets préjudiciables de leur cumul (BEN-SHAHAR, 2019, p. 196-107 ;
DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 237 ; ALI36 & UK AI COUNCIL, 2021, p. 33 ;
O’HARA, 2020, p. 484-485).

32 1.2.4. UN CONSENTEMENT FICTIF


[12] Enfin, même si le consentement d’une personne pouvait réellement être libre et
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

éclairé, deux problèmes persistent. Le premier est que les plateformes peuvent de toute
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites de fiducies des données et du devoir fiduciaire de loyauté

façon faire fi de la décision des internautes, rendant ineffectifs les effets attendus des
mécanismes de notification et de choix :

[…] on aurait pu croire qu'avec l'activation de [la fonction Interdire le suivi], les membres pour-
raient choisir et indiquer expressément à Google qu'ils ne consentent pas à la collecte et l’uti-
lisation à des fins commerciales de leurs renseignements. Or, […] « la plupart des sites et des
services Web (y compris ceux appartenant à Google) ne modifient pas leur comportement
lorsqu'ils reçoivent une requête “Interdire le suivi” ». Autrement dit, […] Google ne leur permet
finalement jamais de respecter le choix des membres de ne pas voir leurs renseignements
collectés par Google. 37

[13] Le deuxième est que le consentement individuel d’un utilisateur ou d’une utilisatrice
est susceptible d’attenter à la vie privée d’autres personnes n’ayant, elles, pas consenti
à la collecte ou l’utilisation de leurs données : « [i]n the digital age, everyone is always
informing on everyone else. Thus, an individual’s response to a notice-and-choice
regime may affect the privacy of many other people who have no say in the matter.
» (BALKIN, 2020, p. 17).

35 Commission de réflexion et de propositions sur le droit et les libertés à l’âge numérique, France.

36 Ada Lovelace Institute, Angleterre.

37 Option Consommateurs c. Google, préc., note 17, par. 52.

[Link] Vol 28, n°1 2023


2. VERS UNE APPROCHE COLLECTIVE DE LA VIE
PRIVÉE
[14] À l’ère de l’hyperconnexion du monde, les données personnelles sont devenues
des « données en réseaux » (BOURCIER & DE FILIPPI, 2018, p. 452) ou des «
données relationnelles » (CNIL, 2020, p. 32), qui lient plusieurs personnes entre elles.
Les choix d’une personne dans l’environnement numérique font intervenir la vie privée
d’autrui. Ce problème est particulièrement présent sur les réseaux dits « sociaux », qui
cherchent à mettre en relation les internautes et à les inciter à partager leur vie sociale,
laquelle implique inévitablement d’autres individus. Nous pouvons penser à l’internaute
qui publie une photo et qui y mentionne d’autres personnes, ou encore au membre d’un
réseau social qui commente le nom de son ami·e sous une publication pouvant
l'intéresser. Au-delà de ces cas de figure, les conséquences sur la vie privée d’autrui
tiennent aujourd’hui au fait que le traitement de données générées par les activités en
ligne d’une personne et d’apparence anodines permet de découvrir des informations
précises sur elle (DÉZIEL, 2018, p. 834s), mais aussi sur les personnes avec lesquelles
elle est connectée ou avec lesquelles elle présente des similarités (BALKIN, 2020, p.
17-18). Dès lors, le modèle de notice and choice suppose à tort une approche
individuelle de la vie privée selon laquelle chaque personne gère des informations
uniquement propres à elle-même. L’internaute qui consent à la collecte et à l’utilisation
de ses données personnelles par une plateforme devient un vecteur d’informations sur
l’ensemble des membres de son réseau, que ces personnes aient consenti ou non à la
collecte de leurs renseignements personnels et qu’elles soient membres ou non d’un
réseau social (VÉLIZ, 2019). S’inscrire sur une plateforme en ligne n’est pas un choix
purement individuel, mais bien un choix collectif. Dès lors, il semble nécessaire de 33
mettre en œuvre une nouvelle façon de gérer les données personnelles : une façon
collective, dans l’intérêt de toutes et tous.

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier
limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
! Bien commun, ressource collective, gestion collective

[15] Face aux limites de la conception individualiste de la vie privée, des autrices et
auteurs ont réfléchi à la vie privée à partir de sa dimension sociale. Sur la base de
théories économiques, certains ont articulé des propositions concevant les données
comme un bien commun (FAIRFIELD & ENGEL, 2015 ; SAETRA, 2020). Dans la même
veine, d’autres ont envisagé les données comme une ressource commune ou collective
(SAVAGE, 2019). Au Québec, c’est le cas du professeur Trudel, qui a écrit en faveur
d’une réglementation des données personnelles « comme une ressource collective, non
comme une addition de renseignements portant sur des individus »38. Les mécanismes
de gestion collective des données, tels que les fiducies de données, les coopératives de
données ou les data commons, ont fait l’objet d’une littérature de plus en plus
abondante (DELACROIX & LAWRENCE, 2019 ; MOZILLA INSIGHTS, van GEUNS et
BRANDUSESCU, 2020 ; ALI & UK AI COUNCIL, 2021).

38 Voir notamment la chronique de P. TRUDEL, « La valeur de nos données personnelles », Le Devoir, 13 mars 2018, en ligne : <[Link]
valeur-de-nos-donnees-personnelles>.

[Link] Vol 28, n°1 2023


! Fiducie de données et devoir fiduciaire de loyauté

[16] Il s’agit pour nous de faire l’examen critique de deux pistes de solutions juridiques
potentielles ancrées dans une conception collective de la vie privée. Nous traitons
d’abord des fiducies de données et de leur possible appréhension par le droit commun
québécois, pour ensuite nous tourner vers les obligations fiduciaires de common law
qui peuvent naître indépendamment de la constitution d’une fiducie. Nous examinons
plus spécifiquement le devoir de loyauté. Cette deuxième solution nous paraît plus
adéquate pour remédier aux problèmes identifiés auxquels les lois actuelles de
protection des renseignements personnels ne parviennent pas à répondre, mais
soulève tout de même des difficultés importantes.

2.1. LES FIDUCIES DE DONNÉES


[17] Cette section procède en quatre temps. Nous expliquons d’abord le
fonctionnement général du mécanisme de fiducie en droit canadien et en droit
québécois. Nous définissons ensuite le concept de fiducie de données. Par après, nous
montrons que le cadre flexible des dispositions sur la fiducie du droit commun
québécois39, et plus particulièrement son concept de fiducie d’utilité sociale, pourrait en
théorie permettre d’opérationnaliser les fiducies de données (HULIN, 2020; LEBLANC,
2020 ; LEBLANC, 2021). Enfin, nous exposons certains avantages et inconvénients des
fiducies de données, ces derniers militant selon nous en défaveur de leur
reconnaissance comme solution réaliste pour faire face à l’asymétrie de pouvoir et
d’information existant entre les plateformes et les internautes, et à ses effets.
34 2.1.1. LE MÉCANISME DE LA FIDUCIE EN DROIT QUÉBÉCOIS ET CANADIEN
[18] La fiducie est un instrument juridique dont les origines remontent au droit romain et
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

qui s’est concrétisé dans les juridictions de common law, principalement en Angleterre,
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites de fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

sur la base des principes de l’equity (« Court of Chancellery ») (O’HARA, 2020, p. 484 ;
GRENON, 2006, p. 88 ; LEBLANC, 2021 p. 5). La fiducie fait généralement intervenir
trois acteurs : le constituant, le bénéficiaire et le fiduciaire. Le mécanisme a
traditionnellement été utilisé pour attribuer la propriété et le pouvoir de gestion d’un bien
à une personne (fiduciaire), cette dernière devant veiller à conserver et à utiliser ce bien
en conformité avec les objectifs déterminés par le constituant et au profit d’une ou de
plusieurs personnes (bénéficiaires).

[19] La fiducie québécoise, dont la dernière mouture a été codifiée en 1994 aux articles
1260 à 1298 C.c.Q., tire ses origines du droit anglais des trusts40, mais s’en distingue à
plusieurs niveaux. En vertu du C.c.Q., la fiducie résulte de la manifestation expresse de
volonté des constituant et fiduciaire41 (GILLEN & al, 2021, p. 777-778 et 790). Son
article 1260 dispose en effet que la fiducie est créée à la suite d’un acte où le
constituant « transfère de son patrimoine à un autre patrimoine qu’il constitue, des
biens qu’il affecte à une fin particulière et qu’un fiduciaire s’oblige […] à détenir et à
administrer ». L’article 1261 C.c.Q. consacre quant à lui le caractère autonome du

39 Art. 1260-1298 C.c.Q.

40 Royal Trust Co. c. Tucker, (1982) 1 R.C.S. 250, p. 261.

41 Art. 1260, 1262 et 1264 al. 1 C.c.Q.

[Link] Vol 28, n°1 2023


patrimoine d’affectation. Aucun des trois acteurs n’a donc de droit réel, et donc de droit
de propriété, sur le bien détenu en fiducie. Le rôle du fiduciaire est assimilable à celui
de l’administrateur du bien d’autrui chargé de la pleine administration42 . La fiducie
québécoise peut notamment être établie par contrat ou par la loi et est constituée dès
qu’acceptée par le fiduciaire43 . C’est à ce moment que ses obligations envers le ou les
bénéficiaires naissent44 . Le C.c.Q. crée trois types de fiducies45, catégorisées en
fonction de leur finalité particulière (GRENON, 2006, p. 89). On y retrouve notamment
la fiducie d’utilité sociale46. Le droit canadien de common law a quant à lui permis le
développement d’un droit des fiducies (trusts) beaucoup plus complexe et comportant
de nombreuses ramifications (GILLEN & al, 2021, p. 12). Les fiducies de common law
sont classées selon leur mode de constitution (GRENON, 2006, p. 89) : les fiducies de
plein droit (« trusts by operation of law »), les fiducies statutaires et les fiducies
expresses (GILLEN, 2021, p. 12). Dans la common law canadienne, à l’inverse du droit
civil québécois, le fiduciaire se voit confier la propriété sur le bien détenu pour être en
mesure d’exercer ses obligations. Dans les deux systèmes juridiques47 , la constitution
d’une fiducie fait naître des devoirs de loyauté, de prudence et de diligence qui
incombent au fiduciaire (GILLEN & al, 2021, p. 67 et 70 ; LEBLANC, 2021, p. 15).

2.1.2. LA NOTION DE FIDUCIE DE DONNÉES


[20] L’idée des fiducies de données (data trusts) a émergé en 2004 (EDWARDS, 2004)
et a été popularisée en 2016 par Neil Lawrence48 dans un contexte de protection des
consommateurs (O'HARA, 2020, p. 488). Les fiducies de données ont notamment été
envisagées comme une solution prometteuse pour atténuer le déséquilibre de pouvoir
prévalant entre les grands collecteurs de données et les personnes (DELACROIX &
LAWRENCE, 2019, p. 240; RINIK, 2020, p. 342-359). Leur fonctionnement se calque 35
sur les mécanismes juridiques existants. L’idée générale est de confier la gestion des
données d’un groupe de personnes à un fiduciaire (WYLIE & MCDONALD, 2018), qui

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


est alors tenu à des obligations de loyauté, de prudence et de diligence (LEBLANC,

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limites de fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
2021, p. 5; ELEMENT AI & NESTA, 2019, p. 14). Dans les propositions de 2018 de
modernisation de la LPRPDE, le fonctionnement de la fiducie de données emprunte aux
trusts de common law en traitant du transfert de la propriété légale au fiduciaire49 .

! Les fiducies de données pour remédier à l’undersharing et à l’oversharing de données

[21] Envisagée comme un outil permettant une gouvernance responsable des


renseignements personnels, la fiducie de données serait à même de remédier aux
problèmes issus du sur-partage (oversharing) et du sous-partage (undersharing) de
données (HOUSER & BAGBY, 2022, p. 1, 5-8, 19 et 51). Ainsi, dans les propositions de

42 Art. 1278 al. 2, 1299 et 1306-1307 C.c.Q.

43 Art. 1262 et 1264 al. 1 C.c.Q

44 Art. 1265 C.c.Q.

45 Art. 1266 al. 1 C.c.Q.

46 Art. 1270 C.c.Q.

47 En droit québécois, voir les articles 1278 al. 2 et 1309 C.c.Q.

48 N. Lawrence « Data Trusts Could Allay our Privacy Fears », The Guardian, 3 juin 2016, en ligne : <[Link]
feudalism-democracy>.

49 Gouvernement du Canada, ministère Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

[Link] Vol 28, n°1 2023


2018 de modernisation de la LPRPDE (GOUV. CAN., 2019), la fiducie de données était
présentée comme une solution émergente susceptible de favoriser le partage et
l’utilisation sécuritaire des données aux fins de recherche et d’innovation, notamment
dans le domaine de la santé. On y présentait entre autres la possibilité d’établir
un régime d’utilisation désidentifié des données au sein de la loi afin que l’information
soit traitée sans le consentement individuel des personnes concernées lorsque leurs
renseignements étaient confiés en fiducie. Par exemple, des personnes souffrant d’une
maladie rare pourraient être incitées à confier en fiducie leurs renseignements
personnels sensibles, autrement inaccessibles, dans l’objectif socialement bénéfique de
faire avancer la recherche et les connaissances sur cette maladie (ELEMENT AI &
NESTA, 2019, p. 25 ; HOUSER & BAGBY, 2022, p. 46). Lawrence et Delacroix (2019)
ont de leur côté défendu une conception dite « ascendante » des fiducies de données
(« bottom-up data Trusts »), calquée sur le fonctionnement des fiducies expresses de
common law, où les personnes pourraient choisir de mettre en commun les droits
qu’elles ont sur leurs données personnelles de manière à recalibrer les rapports de
force existant entre elles et les grands collecteurs de données et, partant, à freiner les
problèmes issus du sur-partage de renseignements personnels aux géants du
numérique. Selon cette conception, les constituants de la fiducie pourraient également
en être les bénéficiaires et il serait souhaitable de chercher à mettre en place un
« écosystème » de fiducies de données, où l’offre variée de fiducies privées, publiques
et spécialisées permettrait aux personnes de choisir l’instrument répondant le mieux à
leurs attentes en matière de vie privée (DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 240-241
et 247).

36 2.1.3. LA FIDUCIE D’UTILITÉ SOCIALE DU C.C.Q POUR OPÉRATIONNALISER


LA FIDUCIE DE DONNÉES
[22] La fiducie d’utilité sociale du C.c.Q., codifiée à l’article 1270 C.c.Q. et visant la
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

réalisation d’un objectif d’intérêt général, pourrait servir à opérationnaliser la fiducie de


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

données (HULIN, 2020; LEBLANC, 2020, p. 3-7; LEBLANC, 2021, p. 21-24)50 .


Appliquée en contexte numérique, elle permettrait de rétablir l’équilibre entre les
internautes et les plateformes en ligne, en ce que sa vocation serait d’apporter une
protection effective du droit à la vie privée en faisant en sorte que les données des
internautes soient collectées et traitées conformément à cette finalité (LEBLANC, 2020,
p. 5)51.

! La qualification des données comme biens et le patrimoine d’affectation du C.c.Q

[23] L’article 1261 C.c.Q. dispose que le patrimoine fiduciaire est formé lorsque les
biens sont transférés en fiducie. Le statut juridique des données personnelles est
toutefois source de débat (MOURON, 2018). En insistant sur leur dimension
personnelle et en les appréhendant avant tout comme des éléments rattachés à la
personnalité, des autrices se sont opposées à leur reconnaissance comme biens et à

50 Étant donné notre objectif d’examiner des solutions s’ancrant dans une gestion collective des données, nous ne nous penchons pas sur les fiducies à des fins personnelles ou à des
fins d’utilité privée (art. 1266 C.c.Q.). Les premières doivent fournir un avantage direct à une personne spécifique, déterminée ou déterminable (art. 1267 C.c.Q) et sont limitées dans le
temps (art. 1271 al. 1 C.c.Q.). Les secondes se rapportent à un intérêt de nature privée (art. 1268 C.c.Q.) Ainsi, il nous semble que la fiducie d’utilité sociale « constituée dans un but
d’intérêt général » (art. 1270 C.c.Q.) soit particulièrement adaptée à l’objectif de protection de la vie privée.

51 Art. 1287s, 1299 et 1306s C.c.Q.

[Link] Vol 28, n°1 2023


leur patrimonialisation (ROCHFELD, 2015 ; VAAST, 2021). Or, si les données relèvent
de la personne, leur potentiel de monétisation les fait également entrer dans la
catégorie de « l’avoir », ou du moins, de la « chose » (MOURON, 2018, p. 2). En
discutant de la qualification juridique des données, HULIN (2020) insistait d’ailleurs sur
leur valeur économique et sur le fait qu’elles soient à la base des pratiques
commerciales de plusieurs entreprises – rappelons que les plateformes en ligne
génèrent de la valeur à partir du traitement d’une quantité massive de données issues
de l’activité en ligne des internautes. En affirmant la possibilité en droit de la constitution
d’un patrimoine dans le contexte de la fiducie de données et en s’appuyant sur van
ERP (2020), elle soulignait d’ailleurs que « les enjeux théoriques de qualification n’ont
pas empêché le développement d’un marché international des données, y compris à
caractère personnel ».

[24] Le patrimoine d’affectation du C.c.Q. nous semble par ailleurs particulièrement


adapté à la fiducie de données. Contrairement aux fiducies de common law, il évacue la
notion de droit de propriété52 (LEBLANC, 2021, p. 14, 19 et 21-22 ; GILLEN & al, 2021,
p. 760-761). La conception de la fiducie du droit québécois répond donc à l’une des
principales objections soulevées dans un rapport commandé par le Open Data Institute
(ci-après « ODI »), qui avait remis en question la compatibilité des trusts de common
law avec les données53. D’ailleurs, la définition de fiducie de données proposée par
l’ODI, soit « [a] legal structure that provides independent third-party stewardship of
data »54 , est une conception du mécanisme déjà retenue dans le C.c.Q.

! Les mécanismes de surveillance et la flexibilité du mécanisme


37
[25] Le C.c.Q. prévoit aussi des mesures de surveillance et de contrôle qui s’appliquent
au fiduciaire en tant qu’administrateur du bien d’autrui55 . Ces règles peuvent se
transposer à un contexte de fiducie de données (HULIN, 2020). Par exemple, les

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier
constituants, bénéficiaires ou toute personne intéressée, peuvent saisir le tribunal pour

limites de fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté


contraindre le fiduciaire à exécuter ses obligations ou à s’abstenir d’exécuter une action
dommageable à l’objectif de la fiducie56. Les articles 1310 à 1314 C.c.Q. prévoient
quant à eux que le fiduciaire ne peut se trouver en conflit d’intérêts. Enfin, si le droit des
trusts de common law se caractérise par sa flexibilité pour répondre à différentes
situations (ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 37), les règles du droit civil québécois des
fiducies sont décrites comme étant dotées d’une « élasticité extraordinaire » (PICCINI
ROY, 2010, p. 343 ; GILLEN, 2021, p. 756), se voulant donc d’autant plus adaptées
pour trouver application dans une variété de contextes découlant des évolutions rapides
en société (LEBLANC, 2021, p. 23-24).

52 Art. 915 et 1261 C.c.Q.

53 BPE Solicitors, Pinsent Masons et C. Reed, Data trusts: legal and governance considerations, avril 2019, en ligne : <[Link]
[Link]>.

54 Open Data Institute, « Defining a ‘data trust’ », Open Data Trust, 19 octobre 2018, en ligne : <[Link]

55 Art. 1287-1292 C.c.Q.

56 Art. 1290 al. 1 C.c.Q.

[Link] Vol 28, n°1 2023


2.1.4. LES AVANTAGES DES FIDUCIES DE DONNÉES DANS LE CONTEXTE
DES PLATEFORMES EN LIGNE
[26] Dans le contexte d’une relation entre une plateforme en ligne et les internautes, le
mécanisme de fiducie permet au fiduciaire chargé de la gestion des données de faire
valoir les droits individuels, sur la base des lois existantes, des bénéficiaires. Il s’agit là
d’un point positif essentiel dans un contexte où ces droits sont autrement rarement
invoqués par les internautes – par manque de temps, de ressources, ou simplement en
raison de la méconnaissance de ces droits ou de la banalité des conséquences
individuelles résultant de la collecte et du traitement des données (DELACROIX &
LAWRENCE, 2019, p. 238). Du fait de la délégation du consentement individuel au
fiduciaire, les fiducies de données présentent l’avantage de la négociation collective
(WYLIE & MCDONALD, 2018 ; ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 35 ; HOUSER &
BAGBY, 2022, p. 25) de ce que l’on pourrait appeler le « métaconsentement » (HULIN,
2020; PLOUG & HOLM, 2015) du fiduciaire, ce dernier étant en bien meilleure posture
pour apprécier la portée, les risques et la conformité légale de la collecte et du
traitement des données. Le fiduciaire peut donc veiller à l’utilisation responsable des
données, conformément à l’objectif de la fiducie, sans devoir obtenir de façon répétée le
consentement des personnes (LEBLANC, 2021, p. 23). Le mécanisme permettrait donc
de rééquilibrer les relations de pouvoir entre internautes et géants du web : plus les
internautes mettent leurs données personnelles en commun, plus le fiduciaire est apte à
faire pencher la balance en leur faveur.

! Le devoir indivisible de loyauté et l’offre variée de fiducies

38 [27] Les fiduciaires de données ne peuvent pas se trouver en conflit d’intérêts,


contrairement aux plateformes en ligne qui ont avantage à faire prévaloir les intérêts de
leurs actionnaires, et donc à valoriser les données de leurs utilisateurs et utilisatrices
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

sans tenir compte de leurs intérêts opposés (MOZILLA INSIGHTS, van GEUNS &
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

BRANDUSESCU, 2020, p. 13). Ici, toutefois, le devoir « indivisible » de loyauté des


fiduciaires les empêche de faire prévaloir des intérêts autres que ceux des bénéficiaires
(DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 241; O’HARA, 2020, p. 488; ALI & UK AI
COUNCIL, 2021, p. 35). Les personnes peuvent aussi être rassurées quant à
l’utilisation de leurs données en conformité avec l’objet de la fiducie, en ce que les
fiduciaires peuvent être tenus personnellement responsables en cas de fraude à ce
devoir57 (LEBLANC, 2021, p. 22). Enfin, la concurrence créée par une offre variée de
fiducies de données maximise la protection de la vie privée et permet aux personnes de
faire le choix du mécanisme satisfaisant leurs préférences (ELEMENT AI & NESTA,
2019, p. 30).

57 Pour le cas de la fiducie québécoise, voir par exemple l’article 1292 C.c.Q.

[Link] Vol 28, n°1 2023


2.1.5. LES DIFFICULTÉS DES FIDUCIES DE DONNÉES DANS LE CONTEXTE
DES PLATEFORMES EN LIGNE
! Le retour de la conception individualiste de la vie privée

[28] Les fiducies de données demeurent basées sur une approche individualiste de la
vie privée, en ce que le mécanisme repose toujours sur le choix personnel des
internautes de confier la gestion de leurs données à un fiduciaire. Resurgissent donc
les difficultés associées au modèle de notice and choice détaillées précédemment. Si
le modèle fiduciaire trouve son utilité dans l’idée que les personnes sont incapables
d’offrir un consentement éclairé aux grandes entreprises qui collectent et traitent leurs
données, il suppose simultanément leur capacité à comprendre un outil juridique
émergent, abstrait et complexe nécessitant la lecture de tout autant de politiques
d’utilisation et de confidentialité des données (LEBLANC, 2021, p. 24 ; O’HARA, 2021,
p. 489). Cette difficulté est exacerbée en présence d’une offre variée de fiducies de
données, laquelle reproduit les difficultés du consentement à l’étape du choix de la
fiducie. L’asymétrie d’information initiale se retrouve transposée entre les internautes et
les fiduciaires : « it should be noted that information asymmetries could also exist
between individuals and trusts, not only between individuals and organisations. » (ALI &
UK AI COUNCIL, 2021, p. 41).

! La compromission de la vie privée d’autrui et la difficulté de (re)prise de contrôle

[29] Les personnes qui choisissent de ne pas avoir recours à une fiducie peuvent par
ailleurs compromettre tant leur vie privée que celle des autres, étant donné la nature
relationnelle des données décrite précédemment. Et si elles font le choix de la fiducie, 39
le problème inverse se pose, en ce qu’elles consentent alors à confier leurs propres
renseignements, mais aussi ceux d’autres personnes n’ayant pu apposer leur accord :

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


« [b]y consenting […] a user becomes a conduit for gathering information about her

Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier


limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
entire social network, whether or not they have consented. » (FAIRFIELD & ENGEL,
2015, p. 410). Des difficultés similaires se manifestent si les personnes souhaitent
retirer leurs données de la fiducie. Comment « retrouver » les données se rapportant à
une personne en particulier sans affecter le choix d’une autre ? Même dans l’hypothèse
où les personnes mettraient en commun leurs droits sur les données, il faudrait être en
mesure de rattacher ces droits individuels aux renseignements en question, ce qui
soulève le même problème. Il faut aussi dire que la collecte de données par les
plateformes en ligne n’en est plus du tout à ses débuts (MARINOTTI, 2022, p. 23). Il
semble alors difficile de concevoir la manière dont les fiducies de données pourraient
permettre de retrouver un contrôle effectif sur des millions de données déjà
disséminées – et sur les informations inférées à partir de leur traitement.

! Le manque d’acteurs clés

[30] La mise en application pratique des fiducies de données semble aussi compromise
par le manque d’incitatifs pour attirer des fiduciaires (O’HARA, 2020, p. 489 ; ALI & UK
AI COUNCIL, 2021, p. 43-44). De fait, quel acteur voudrait prendre le risque d’engager
sa responsabilité pour avoir failli à respecter l’objectif de la fiducie et à maximiser
l’intérêt des bénéficiaires, surtout dans un contexte où il ne peut retirer de bénéfices de

[Link] Vol 28, n°1 2023


sa gestion (O’HARA, 2020, p. 489), où les données lient plusieurs personnes entre elles
et où il peut être particulièrement ardu de saisir la portée de ce que constitue une
donnée personnelle (MARINOTTI, 2022, p. 15-18)? Aussi, comment s’entendre sur une
définition commune de la vie privée et sur la meilleure façon de gérer les données pour
la protéger ? Le manque de personnes intéressées à confier leurs données compromet
aussi l’existence de la fiducie. Le mécanisme est peu connu (ALI & UK AI COUNCIL,
2021, p. 44) et les personnes peuvent être méfiantes quant au fait qu’un acteur externe
veuille gérer leurs renseignements personnels (LEBLANC, 2021, p. 6). À titre
d’exemples et dans des contextes différents, l’on peut penser au tollé soulevé par la
proposition du gouvernement québécois à l’automne 2020 quant à l’utilisation de
données médicales de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), même si
anonymisées, par des compagnies pharmaceutiques à des fins de recherche58 ou à
l’abandon de l’application COVI de notification de contacts de Covid-19 de l’Institut
québécois d’intelligence artificielle (MILA) (ALSDURF et al, 2020) par le gouvernement
canadien, notamment en raison des inquiétudes quant à la collecte de données
personnelles démographiques et de santé59. Dans le même ordre d’idées, il faut dire
qu’une majorité de Canadiens et de Canadiennes sont préoccupés par la protection de
leur vie privée (CPVP, 2021, figure 3) et jugent que les organisations ne respectent pas
ce droit (CPVP, 2019b). Dans le cadre d’un sondage commandé par le CPVP, plusieurs
ont affirmé avoir refusé de fournir leurs données personnelles à une entreprise ou à une
organisation pour des motifs liés à la protection de leur vie privée (CPVP, 2021, figure
12). La confiance des personnes dans un système comme les fiducies de données
semble ainsi loin d’être acquise, particulièrement dans un contexte social marqué par
divers scandales liés à la compromission de données personnelles60 et par un déficit de
40 confiance des personnes dans les acteurs, publics et privés, qui utilisent les données
(ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 17).

! Les lacunes de la proposition « d’écosystème » de fiducies de données


Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

[31] Le manque de fiduciaires et de personnes désireuses de confier leurs


renseignements en fiducies de données remet aussi en question la possibilité
« d’écosystème » de fiducies, à la base de la proposition de 2019 de Delacroix et
Lawrence (O’HARA, 2020, p. 490 ; ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 43). Néanmoins, la
matérialisation d’un tel écosystème serait à même d’entraîner deux problèmes. Nous
percevons d’abord un risque de discrimination à court terme, en ce que les fiducies les
plus protectrices de la vie privée pourraient être plus coûteuses61 que les fiducies de
base, plus accessibles et moins chères, mais moins protectrices. Un écosystème de
fiducies de données pourrait donc être porteur d’inégalités, en conditionnant une

58 B. Barbeau, « Les données de la RAMQ pour appâter les pharmaceutiques », Radio-Canada Info, 21 août 2020, en ligne : <[Link]

bon-compagnies-pharmaceutiques-donnes-medicales-mila>; A.-S. Hulin et A. Cossé « Pour une fiducie de données à la RAMQ », Le Devoir, 1er septembre 2020, en ligne : <[Link]
[Link]/opinion/idees/585113/pour-une-fiducie-de-donnees-a-la-ramq>.

59 D. Jung, « COVID-19 : l’application de traçage du Mila mise au placard par Ottawa », Radio-Canada Info, 10 juin 2020, en ligne : <[Link]
virus-tracage-application-mila-canada>; F. Deglise, « Ottawa dit non à Mila et son application COVI de recherche de contacts de personnes contaminées », Le Devoir, 10 juin 2020, en
ligne : <[Link]

60 S. Grammond, « Desjardins, Capital One, TransUnion, et après ? », La Presse, 17 octobre 2019, en ligne : <[Link]
one-transunion-et-apres>.

61 Puisque les fiduciaires ne peuvent tirer des bénéfices de la fiducie, il faudrait en effet que les bénéficiaires paient pour la protection de leurs renseignements personnels. Il s’agit là d’un
autre inconvénient des fiducies de données. Est-ce que les personnes seraient prêtes à payer pour une protection, abstraite, de leur vie privée?

[Link] Vol 28, n°1 2023


protection optimale de la vie privée au statut socio-économique des personnes. À plus
long terme, les fiducies de données répliqueraient le problème initial d’asymétrie de
pouvoir : les fiducies les plus populaires prendraient progressivement le dessus sur
celles ayant attiré moins de personnes. On se retrouverait encore une fois en présence
de quelques acteurs dominants, alors que la pertinence et raison d’être des fiducies de
données résidaient justement dans l’idée de mettre fin à l’asymétrie de pouvoir existant
entre les personnes et les collecteurs de données (O’HARA, 2020, p. 490-491).

! La difficulté de surveillance des actions des fiduciaires

[32] Enfin, même si les fiducies de données étaient mises en œuvre, la possibilité
concrète de surveillance des actions des fiduciaires est questionnable. L’idée que des
internautes puissent être en mesure de surveiller la prise de décision et les
comportements des fiduciaires, puis d’identifier les fautes de ces derniers en matière de
transactions complexes de données, paraît peu plausible (ALI & UK AI COUNCIL, 2021,
p. 43).

2.2. LES OBLIGATIONS FIDUCIAIRES ET LE DEVOIR DE LOYAUTÉ


[33] Cette section examine la possibilité d’assujettir les plateformes en ligne à un devoir
fiduciaire de loyauté. Premièrement, nous abordons brièvement les contextes
d’émergence des obligations fiduciaires et leur contenu général en droit canadien de
common law. Deuxièmement, en nous appuyant notamment sur la proposition de
GUEVARA (2021), nous énonçons les critères jurisprudentiels donnant ouverture à la
reconnaissance d’une relation fiduciaire ad hoc et montrons à notre tour qu’une
interprétation libérale de ces critères peut servir de base légale à la qualification de la 41
relation entre les plateformes et leurs membres comme étant fiduciaire. Finalement,
nous décrivons le devoir fiduciaire de loyauté qui pourrait s’appliquer aux plateformes et

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


abordons les avantages et les difficultés liés à sa mise en œuvre en droit canadien.

Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier


limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
2.2.1. LES CONTEXTES D’ÉMERGENCE DES OBLIGATIONS FIDUCIAIRES
[34] Traditionnellement, les obligations fiduciaires résultaient uniquement de la
reconnaissance de fiducies légales par les tribunaux jugeant en equity (ELLIS & al,
1996, p. 1-1). Lorsqu’une personne se voyait confier la propriété d’un bien pour le
compte et pour le seul bénéfice d’une autre personne, les tribunaux pouvaient
reconnaître une relation fiduciaire à laquelle était assortie trois grandes obligations
spécifiques visant à assurer la protection du bien au profit de cette personne (ELLIS &
al, 1996, p. 1-1 ; GILLEN & al, 2021, p. 249 et 338) : un devoir de détenir les biens
selon les conditions de constitution de la fiducie, un devoir de loyauté et un devoir de
diligence (duty of care). On parlait alors de « property being held on trust » (GILLEN &
al, 2021, p. 13). Les obligations fiduciaires ont toutefois trouvé application dans des
contextes de plus en plus nombreux en raison de la nature particulière de certaines
relations et indépendamment de l’existence d’une fiducie et de la notion de propriété
(ELLIS & al, 1996, p. 1-1 et 1-2 ; GILLEN & al, 2021, p. 5, 13 et 339s; LEBLANC, 2021,
p. 13). En droit canadien, les tribunaux ont ainsi reconnu plusieurs catégories de

[Link] Vol 28, n°1 2023


relations fiduciaires de fait, comme les relations médecin-patient62, avocat-client63 ou
administrateur-société64. Ils ont aussi développé des critères visant à identifier les
relations fiduciaires ponctuelles ou ad hoc65 . Dans ce dernier cas, les trois obligations
fiduciaires traditionnelles ne sont pas d’application systématique. Le contexte factuel
spécifique de la relation détermine leur existence, mais aussi leur portée66 (GILLEN &
al, 2021, p. 683-686 ; SCOTT, 1949, p. 541).

2.2.2. LES RELATIONS FIDUCIAIRES AD HOC EN DROIT CANADIEN ET LES PLATE-


FORMES EN LIGNE
[35] La reconnaissance de toute relation fiduciaire exige qu’une partie ait placé sa
confiance en une autre et que cette dernière ait accepté d’agir conformément à la
confiance qui lui était accordée (ELLIS & al, 1996, p. 1-2 ; GILLEN & al, 2021, p. 13 et
339 ; LITMAN, 2006). La Cour suprême a mis en évidence quatre facteurs cumulatifs
permettant de conclure à l’existence d’une relation fiduciaire dite ad hoc67 : l’existence
d’une personne ou d’un groupe de personnes vulnérables au contrôle du fiduciaire
présumé (1), la possibilité pour le fiduciaire présumé d’exercer un pouvoir
discrétionnaire ou un contrôle (2) susceptible d’affecter défavorablement un « intérêt
juridique ou un intérêt pratique important »68 de cette ou de ces personnes (3) et une
entente mutuelle ou un engagement exprès ou implicite69 du fiduciaire présumé à agir
dans le meilleur intérêt de l’autre partie (4). GUEVARA (2021) montre que ces critères
peuvent servir de base légale à la qualification de la relation entre les plateformes en
ligne et leurs utilisateurs et utilisatrices comme étant fiduciaire. Nous souscrivons à sa
proposition. Nous en faisons également la démonstration en mettant de l’avant
certaines pratiques des plateformes en ligne et en rappelant des éléments discutés en
42 première partie d’article. Nous optons toutefois pour une vision élargie du critère de
l’intérêt juridique ou pratique important de manière à tenir compte des intérêts collectifs.
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

[Link]. LA VULNÉRABILITÉ DES UTILISATEURS ET DES UTILISATRICES


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

[36] La vulnérabilité des utilisateurs et des utilisatrices découle des asymétries de


pouvoir et d’information détaillées précédemment (BALKIN, 2020, p. 11-12; ALI & UK AI
COUNCIL, 2021, p. 24). La collecte massive de données personnelles et leur traitement
permet d’inférer des informations que les personnes n’ont pas voulu révéler, qu’elles ne
savent probablement pas avoir été découvertes et dont l’exploitation peut desservir
leurs intérêts (DELACROIX & LAWRENCE, 2019, p. 239 ; KRÖGER & al, 2021). Cette
vulnérabilité est par ailleurs exacerbée par la méconnaissance de ces risques
(SOLOVE, 2020 p. 25) et par la dépendance des personnes aux plateformes, devenues
des outils presque essentiels à la vie en société. Au sens du droit canadien de common

62 Par exemple : Norberg c. Wynrib, (1992) 2 R.C.S. 226, p. 230; McInerney c. MacDonald, (1992) 2 R.C.S. 138, p. 139.

63 Par exemple : Strother c. 3464920 Canada Inc., 2007 CSC 24, par. 34-35.

64 Alberta c. Elder Advocates of Alberta Society, 2011 CSC 24, par. 33; Can. Aero c. O'Malley, (1974) R.C.S. 592.

65 Sur l’évolution des critères donnant ouverture à la reconnaissance d’une relation fiduciaire ad hoc : Frame c. Smith, (1987) 2 R.C.S. 99; Lac Minerals Ltd. c. International Corona Re-
sources Ltd., (1989) 2 R.C.S. 574; Hodgkinson c. Simms, (1994) 3 R.C.S. 377; Galambos c. Perez, 2009 CSC 48; Alberta c. Elder Advocates of Alberta Society, préc., note 64; Gillen & al,
(2021), p. 668-682.

66 Alberta c. Elder Advocates of Alberta Society, préc., note 64, par. 33.

67 Id., par. 36.

68 Id., par. 35-36.

69 Galambos c. Perez, préc., note 65, par. 66.

[Link] Vol 28, n°1 2023


law, les internautes sont vulnérables car « [incapables] d’empêcher l’exercice abusif du
pouvoir discrétionnaire »70 par les plateformes, mais aussi parce qu’ils ne disposent pas
de recours appropriés en cas d’exploitation abusive de leurs données71 . À cet effet,
notons qu’au Canada, les plateformes peuvent actuellement faire fi des conclusions et
recommandations du CPVP72 même lorsqu’il est reconnu que des infractions ont été
commises (CPVP, 2019a et 2019b)73 .

[Link]. LE POUVOIR DISCRÉTIONNAIRE EXERCÉ PAR LES PLATEFORMES


[37] Le pouvoir discrétionnaire des plateformes s’exerce sur leurs utilisateurs et
utilisatrices par le biais de techniques de profilage, de nudging (THALER & SUNSTEIN,
2008), et ultimement de manipulation (RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 976). À partir
de techniques de sciences des données et d’une collecte massive d’informations sur
leurs membres, les plateformes sont en mesure de les répartir en différents groupes
algorithmiques (DÉZIEL, 2018, p. 838-839 ; DU PERRON, 2020, p. 37), mieux prédire
leur comportement et ainsi leur présenter du contenu susceptible de capter leur
attention à un moment précis. En empruntant aux sciences cognitives et
comportementales dans leur design, elles maîtrisent la façon dont les choix sont faits
(RICHARDS & HARTZOG, 2021 ; ALI & UK AI COUNCIL, 2021, p. 33). Exploitant ainsi
les biais cognitifs des internautes (CNIL, 2019, p. 15 et 27), les plateformes exercent un
pouvoir sur la prise de décisions des personnes, qui « choisissent » de demeurer
longtemps en ligne et de cliquer aux endroits vers lesquels elles sont guidées,
fournissant ainsi toujours plus de données personnelles (BALKIN, 2020, p. 16 ; CNIL,
2019, p. 14). En combinant les techniques de profilage à celles de nudging, les
plateformes en viennent à exercer un véritable pouvoir sur le comportement de leurs
membres (RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 976 ; VÉLIZ, 2020, p. 74-75). 43

[Link]. L’INTÉRÊT JURIDIQUE OU PRATIQUE IMPORTANT DÉFAVORABLEMENT AF-

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


FECTÉ PAR L’EXERCICE DU POUVOIR

Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier


limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté
[38] La Cour suprême a défini la notion d’intérêt juridique ou pratique important comme
un « intérêt de droit privé précis sur lequel la personne exerçait déjà un droit distinct et
absolu »74. Les intérêts humains fondamentaux et personnels ont aussi été reconnus
comme des intérêts juridiques ou pratiques importants, mais l’incidence générale sur le
« bien-être […] ou la sécurité d’une personne »75 a été exclue de leur portée.
L’évaluation de l’atteinte du critère est contextuelle. Selon nous, une interprétation
libérale de la définition actuelle du critère pourrait servir à montrer que l’exercice du
pouvoir par les plateformes peut défavorablement affecter des intérêts individuels

70 Frame c. Smith, préc., note 65, par. 63.

71 Id.

72 Voir par exemple : Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, « Facebook refuse de remédier à des lacunes graves en matière de protection de la vie privée malgré s’être
excusée publiquement d’avoir commis un « abus de confiance », communiqué, Ottawa, 25 avril 2019, en ligne : <[Link]

73 Sur l’insuffisance des recours, voir Guevara (2021) : « Further, users do not have a remedy either in existing privacy laws, or in other areas of law such as tort and contract law. Existing
privacy laws do not provide the user with an individual cause of action ». Le projet de loi fédéral C-27 pourrait en partie remédier aux problèmes de l’insuffisance des recours et du non-
respect des conclusions du CPVP. Le projet de loi prévoit entre autres la mise en place d’un tribunal destiné à la protection des renseignements personnels et des données. Ce tribunal
pourrait imposer, sur recommandation du CPVP, des sanctions administratives pécuniaires (voir notamment l’art. 94). Le projet de loi C-27, en instaurant la Loi sur la protection de la vie
privée des consommateurs, crée aussi un nouveau droit privé d’action pour les individus (voir l’art. 107) et accorde de nouveaux pouvoirs d’ordonnance de conformité au CPVP (voir
notamment l’art. 93).

74 Alberta c. Elder Advocates of Alberta Society, préc. note 64, par. 51.

75 Id.

[Link] Vol 28, n°1 2023


23

importants qui devraient être pris en considération dans l’analyse. Toutefois, une
redéfinition élargie du critère qui tient compte des intérêts de la collectivité serait plus
adaptée au modèle d’affaires et au contexte d’exercice du pouvoir des plateformes en
ligne.

! Des intérêts individuels affectés par l’exercice du pouvoir

[39] Les données personnelles peuvent servir aux entreprises dans le secteur du crédit
à évaluer la solvabilité d’un individu. L’empreinte numérique d’une personne pourrait
ainsi avoir un impact défavorable et discriminatoire sur sa capacité à obtenir un prêt
(BIDDLE, 2019). Par exemple, l’application mobile Lenddo propose de calculer un
pointage de crédit en mobilisant les données issues des activités sur les réseaux
sociaux et sur les moteurs de recherche76 (Autorité des marchés financiers, p. 23-24).
Les pratiques des plateformes en ligne peuvent également avoir une incidence précise
sur les émotions des personnes (KRAMER, 2014) et sur leur capacité à correctement
s’informer (TRUDEL, 2021 ; BALKIN, 2022, p. 117-118 ; VÉLIZ, 2020 p. 80-81). Comme
le rappelait le CPVP, « la vie privée est une condition préalable à l’exercice d’autres
droits fondamentaux, notamment la liberté [et] l’égalité » (CPVP, 2019b). Les pratiques
de collecte et de traitement des données par les plateformes sont ainsi à même de
mettre en jeu des intérêts humains fondamentaux et personnels, mais aussi des droits
individuels spécifiques.

! Une redéfinition du critère pour tenir compte des intérêts collectifs

44 [40] La perspective individualiste du critère d’intérêt juridique ou pratique important


nous paraît inadaptée au contexte d’exercice du pouvoir par les plateformes. En effet,
des atteintes inoffensives ou invisibles pour une personne peuvent entraîner des
conséquences sociétales préjudiciables qui devraient être appréhendées par le droit à
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les
Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier

cette étape de l’analyse : « sometimes the only way to protect the individual is to protect
limites de fiducies des données et du devoir fiduciaire de loyauté

the group to which the individual belongs. Preferably before any disaster
happens. » (FLORIDI, 2014, p. 3) Le scandale de Cambridge Analytica, où la firme du
même nom a subtilement ciblé des internautes pour influencer leur vote, en est un
exemple (DETROW, 2018; GONZÁLEZ, 2017; VÉLIZ, 2020, p. 66-71). Le CPVP s’est
d’ailleurs exprimé quant aux risques pour la société des pratiques d’influence du
comportement et du microciblage, et ce, particulièrement lors de leur emploi dans le
cadre d’une élection (CPVP, 2020). En 2014, Jonathan Zittrain écrivait que Facebook
pourrait théoriquement décider de l’issue d’une élection sans que personne ne le
réalise77.

[Link]. L’ENGAGEMENT DES PLATEFORMES À AGIR DANS LE MEILLEUR


INTÉRÊT
[41] Via leurs politiques d’utilisation et de confidentialité, les plateformes incitent les
internautes à leur faire confiance pour la protection de leurs données et de leur vie
privée (GUEVARA, 2021). Cela milite en faveur de la reconnaissance d’un engagement

76 Lenddoefl Scoring, en ligne : < [Link]

77 J. Zittrain, « Facebook could Decide an Election without Anyone Ever Finding Out », The New Statesman, 3 juin 2014, en ligne : <[Link]
facebook-could-decide-election-without-anyone-ever-finding-out>.

[Link] Vol 28, n°1 2023


implicite à agir dans leur meilleur intérêt78. Par exemple, sur le réseau social Facebook,
il est possible de retrouver un engagement pour la protection des données79, lequel
indique que « Facebook prend la protection des données et la vie privée des personnes
très au sérieux [et] qu’il s’engage à rester en accord avec les lois de protection des
données »80. Cet engagement détaille également les efforts déployés par Meta en
matière de protection de la vie privée et des données personnelles : renforcement de
l’équipe de protection des données, embauche imminente d’un responsable de la
protection des données et développement d’outils pour aider les personnes à gérer la
confidentialité de leurs données et à « comprendre leurs choix concernant leurs
données personnelles »81. En quelques clics, il est possible d’accéder à « l’Assistance
confidentialité »82 et au « Centre de confidentialité »83 . La structure de cette dernière
rubrique et le vocabulaire employé dans ses différentes sections donnent une
impression de contrôle des membres sur leurs données personnelles et sur leur vie
privée : « Protéger vos données permet de préserver votre confidentialité », « Contrôler
qui peut voir ce que vous partagez sur Meta »84. Dans la section portant sur les
publicités personnalisées, on retrouve l’indication suivante : « [n]ous attachons une
grande importance à votre confidentialité, aussi bien dans notre manière de gérer vos
informations que dans la transparence et le contrôle que nous vous fournissons »85. Les
déclarations de Facebook rapportées par le CPVP dans le cadre de son enquête sur
l’affaire Cambridge Analytica font aussi état de la volonté du réseau social à garantir à
ses membres le respect de leur vie privée : « notre priorité est de garantir aux
utilisateurs que la confiance qu’ils ont en Facebook est méritée et que [leurs] données
sont protégées sur […] Facebook » (CPVP, 2019c, par. 169). Le critère de
l’engagement à agir dans le meilleur intérêt ressort aussi des politiques de
confidentialité de Twitter (« Nous traitons vos informations de manière équitable, quel 45
que soit l’endroit du monde où vous vivez »86) et de façon encore plus évidente dans la
politique de confidentialité de Google :

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


Michelle Albert-Rochette, Clara Lavis & Mathilde Meunier
Lorsque vous utilisez nos services, vous nous confiez vos données personnelles. Nous com-

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté


prenons que c'est une grande responsabilité et nous faisons tout notre possible pour protéger
vos renseignements et pour vous permettre de les gérer 87.

[42] Une interprétation libérale des quatre critères développés par la Cour suprême
pour conclure à l’existence d’une relation fiduciaire ad hoc est une avenue plausible
pour ouvrir la porte à la reconnaissance d’une telle relation entre les plateformes et
leurs membres, et plus particulièrement pour donner lieu à l’imposition d’un devoir de
loyauté.

78 Galambos c. Perez, préc., note 65, par. 79.

79 Meta, « L’engagement de Facebook pour la protection des données et la confidentialité, conformément au RGPD », 29 janvier 2018, en ligne : <[Link]
news/facebooks-commitment-to-data-protection-and-privacy-in-compliance-with-the-gdpr>.

80 Id.

81 Id.

82 Meta, Assistance confidentialité Facebook, 2022, en ligne : <[Link] 140264>.

83 Meta, Centre de confidentialité, 2022, en ligne : <[Link] point=facebook_bookmarks>.

84 Id., en ligne : <[Link]

85 Id., en ligne : <[Link]

86 Twitter, Politique de confidentialité de Twitter, 2022, en ligne : <[Link]

87 Google, Politique de confidentialité et conditions d’utilisation, 2022, en ligne : <[Link] [Link]/privacy?hl=fr-CA>.

[Link] Vol 28, n°1 2023


2.2.3. LE CONTENU DU DEVOIR FIDUCIAIRE DE LOYAUTÉ DES PLA-
TEFORMES EN LIGNE
[43] En contexte numérique, le devoir de loyauté imposé aux plateformes pourrait
s’ancrer dans l’objectif de garantir l’intérêt supérieur des utilisateurs et des utilisatrices
dans le cadre de la relation de confiance qui s’établit entre eux et les plateformes
(RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 995). L’intérêt supérieur découlerait de leurs
attentes raisonnables relativement aux possibilités d’utilisation de leurs données par les
plateformes, mais aussi relativement à la nature de leur expérience en ligne. Il s’agirait
donc d’envisager le principe d’intérêt supérieur non pas comme l’atteinte d’une norme
de bien-être abstraite, mais plutôt comme le fait de protéger les intérêts spécifiques
associés au fait de confier ses données et son attention au réseau social (HARTZOG &
RICHARDS, 2022, p. 1011-1012 et p. 1017-1019 ; LITMAN, 2006). Par exemple, la
personnalisation loyale pourrait faire partie des attentes raisonnables des internautes
en matière d’utilisation de leurs données personnelles. La publicité contextuelle pourrait
donc être considérée comme une utilisation loyale des données, alors que la publicité
comportementale irait à l’encontre de l’intérêt supérieur des internautes. Ainsi, une
personne lisant un article sur un sujet en particulier pourrait raisonnablement s’attendre
à recevoir de la publicité ciblée en lien avec ce sujet. Toutefois, ferait l’objet d’une
pratique déloyale la personne qui serait confrontée à une publicité spécifique du fait du
traitement de données issues de sources variées et ayant permis la découverte d’un
nouveau savoir sur elle (BALKIN, 2020, p. 28 ; HARTZOG & RICHARDS, 2022,
p. 1026-1027). Par ailleurs, l’influence loyale pourrait aussi faire partie des attentes
raisonnables des internautes relativement à leur expérience en ligne sur les plateformes
(HARTZOG & RICHARDS, 2022, p. 1029-1031). Si ces dernières ont recours à
46 l’architecture des choix pour inciter les personnes à prendre une décision particulière
dans l’environnement numérique, ce design n’est pas forcément déloyal. Utiliser des
techniques issues des sciences comportementales pour s’assurer que les personnes
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les
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prennent connaissance des conditions d’utilisation pourrait être perçu comme une
limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

pratique visant à favoriser l’intérêt supérieur des internautes88. Avoir recours aux dark
patterns89 ou à d’autres pratiques de design trompeur90 en concevant, par exemple,
une interface qui rend ardue pour les internautes la suppression de leur compte pourrait
toutefois être considéré comme une pratique déloyale allant à l’encontre des attentes
raisonnables en matière d’expérience en ligne.

2.2.4. LES AVANTAGES DE L’IMPOSITION D’UN DEVOIR FIDUCIAIRE DE


LOYAUTÉ AUX PLATEFORMES EN LIGNE
! Une reconnaissance contextuelle

[44] D’abord, contrairement aux relations fiduciaires de fait (ex : médecin-patient), la


reconnaissance d’une relation fiduciaire ad hoc est issue des circonstances factuelles
spécifiques des relations plutôt que de la présence d’acteurs désignés. Le principe de la
neutralité technologique est ainsi favorisé, en ce que la pérennité du modèle est

88 À ce sujet, Ryan Calo proposait en 2013 le concept de « visceral notice », où le design pourrait être conçu de manière à favoriser le consentement éclairé des personnes. Voir R. Calo,
« Against Notice Skepticism in Privacy (and Elsewhere) », 2013, Notre Dame Law Review, V87, N3, p. 1038-1047.

89 Deceptive Design, What is Deceptive Design, en ligne : <[Link]

90 Voir par exemple la typologie de la CNIL : « Une typologie non exhaustive de pratiques de design potentiellement trompeur » (CNIL, 2019, p. 29-30).

[Link] Vol 28, n°1 2023


assurée face aux évolutions de la technologie et à la fluctuation des acteurs (CPVP,
2019b). Dans le même ordre d’idées, si des auteurs ont critiqué la possibilité d’imposer
une obligation fiduciaire de loyauté aux plateformes en raison de sa nature trop vague,
d’autres ont mis de l’avant qu’une telle norme pourrait s’éclaircir avec le temps, de
façon analogue au concept de négligence, une notion vantée en droit pour sa flexibilité
et sa capacité à s’adapter aux évolutions de la société (RICHARDS & HARTZOG, 2021,
p. 1013). Ensuite, comme en fait état l’édition 2021 de The Law of Trusts, « fiduciary
jurisprudence is one of the most confused and least understood areas of contempory
law » (GILLEN & al, 2021, p. 682). La Cour suprême a en effet remanié le test visant à
reconnaître les relations fiduciaires ad hoc à plusieurs reprises91. La codification de
critères spécifiques dans la législation canadienne de protection des renseignements
personnels assurerait ainsi la stabilité du droit, en plus de permettre l’ajustement des
critères au contexte spécifique d’exercice du pouvoir des plateformes – en consacrant
par exemple une interprétation collective du critère d’intérêt juridique ou pratique
important examiné précédemment.

! Une protection en amont incombant aux plateformes

[45] L’imposition d’un devoir fiduciaire de loyauté via la codification d’un modèle
fiduciaire dans la législation permettrait par ailleurs de garantir que les intérêts des
utilisateurs et utilisatrices de plateformes soient respectés indépendamment de leur
compréhension de l’environnement numérique, des conditions d’utilisation ou des
politiques de confidentialité (RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 992). La vérification
des risques liés au traitement des données et au design incomberait en effet aux
entreprises qui collectent et traitent les données, et non aux internautes. Ce type de 47
modèle aurait aussi l’avantage d’offrir une protection en amont qui n’exige pas la preuve
de préjudice (HARTZOG & RICHARDS, 2022, p. 2020). Finalement, le devoir de
loyauté permettrait de circonscrire l’innovation dans des limites socialement

Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les


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acceptables. Un parallèle peut ici être fait avec les normes environnementales, qui

limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté


posent des limites à la maximisation des profits des entreprises en réglementant
l’utilisation qu’elles peuvent faire des ressources (BALKIN, 2020, p. 23).

2.2.5. LES DIFFICULTÉS DE L’IMPOSITION D’UN DEVOIR FIDUCIAIRE DE


LOYAUTÉ AUX PLATEFORMES EN LIGNE
[46] La mise en œuvre d’un modèle fiduciaire pose toutefois des difficultés. La
manipulation des internautes est actuellement « baked into the business model
» (BALKIN, 2020, p. 26). Assujettir les plateformes à un devoir de loyauté impliquerait
pour elles de changer du tout au tout leurs pratiques commerciales actuelles, des
changements qui ne s’imposeraient pas sans résistance92 (KELLER, 2021, p. 236). Des
obstacles liés à la mise en application pratique d’une telle obligation, semblables à ceux
soulevés pour les fiducies de données, se posent aussi : comment surveiller les
entreprises pour s’assurer qu’elles respectent leurs obligations ? Comment vérifier
quelles données ont été utilisées pour s’assurer de l’absence de personnalisation

91 Frame c. Smith, (1987); Lac Minerals Ltd. c. International Corona Resources Ltd.; Hodgkinson c. Simms; Galambos c. Perez; Alberta c. Elder Advocates of Alberta Society, préc., note
65.

92 Reuters, « Google U.S. lobbying jumps 27% as lawmakers aim to rein in Big Tech », 20 janvier 2022, en ligne : <[Link]
lawmakers-aim-rein-big-tech-2022-01-20/>.

[Link] Vol 28, n°1 2023


déloyale ? Comment concrètement distinguer la personnalisation de la manipulation ?
Finalement, et malgré les explications fournies par certains auteurs (BALKIN, 2020, p.
23-24; HARTZOG et RICHARDS, 2022, p. 1010), il est difficile de concevoir comment,
en pratique, les plateformes pourraient à la fois prétendre maximiser les intérêts de
leurs actionnaires et ceux, opposés, de leurs membres (DELACROIX & LAWRENCE,
2019, p. 241; KHAN & POZEN, 2019, p. 504-506).

CONCLUSION
[47] Aujourd’hui plus que jamais, les données sont des informations relationnelles et
chaque action – ou omission – d’une personne dans l’environnement numérique a des
conséquences sur les autres. Dès lors, les lois de protection des renseignements
personnels, en appréhendant erronément la vie privée comme une question de nature
essentiellement individuelle et en faisant abstraction des asymétries de pouvoir et
d’information en présence, peinent à protéger les personnes. Il apparaît donc
nécessaire de réfléchir à de nouveaux modes de réglementation. Dans le contexte des
plateformes en ligne, les fiducies de données et le devoir fiduciaire de loyauté sont des
avenues intéressantes, mais lacunaires. La mise en œuvre des fiducies de données est
compromise par un manque d’incitatifs pour attirer des fiduciaires, par la méfiance des
personnes à confier leurs données personnelles à un acteur externe, par la difficulté de
surveillance effective du comportement des fiduciaires et par la quasi-impossibilité de
retrouver un contrôle sur des millions de données déjà collectées, traitées et inférées.
Si constituées, les fiducies de données seraient aussi à même de reproduire les
carences du modèle de notice and choice et de faire renaître une asymétrie de pouvoir
entre fiduciaires et internautes. De son côté, le devoir de loyauté, s’il présente
48 l’avantage d’envisager la vie privée dans une perspective relationnelle, serait toutefois
difficile à mettre en œuvre : il ébranlerait les bases mêmes des pratiques commerciales
actuelles des plateformes, soulèverait un conflit entre les intérêts de ces dernières et
Protection de la vie privée dans le contexte des plateformes en ligne : les

ceux des internautes, et poserait des difficultés quant aux mécanismes de surveillance
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limites des fiducies de données et du devoir fiduciaire de loyauté

pouvant être mis en place. Le droit à la vie privée, tant dans sa conception individuelle
que collective, ne suffit pas à protéger les personnes. L’apport d’autres branches du
droit, comme le droit de la consommation et de la concurrence, est nécessaire
(RICHARDS & HARTZOG, 2021, p. 1020). La rééquilibration des relations de pouvoir
via la limitation du monopole des géants du numérique, par exemple, pourrait favoriser
la concurrence légitime et contribuer à offrir un véritable choix aux internautes
(MAZZUCATO, 2018).

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