HCC Ra 2024 Recommandations
HCC Ra 2024 Recommandations
DE LA DÉCARBONATION,
PROTÉGER LA POPULATION
JUIN 2024
02
SOMMAIRE
1
IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
ET BESOINS D’ADAPTATION P26
MESSAGES CLÉS P27
RECOMMANDATIONS : CONNAÎTRE ET ANTICIPER LES IMPACTS P29
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
03
2
SUIVI DES ÉMISSIONS NATIONALES
ET RESPECT DES BUDGETS CARBONE P53
MESSAGES CLÉS P54
21 ÉMISSIONS TERRITORIALES P55
2.1.1 SUIVI DES ÉMISSIONS TERRITORIALES P55
2.1.2 CONTEXTUALISATION DE L’ÉVOLUTION CONSTATÉE ENTRE 2022 ET 2023 P58
3
SUIVI DES ÉMISSIONS
ET DES POLITIQUES PUBLIQUES PAR SECTEUR P71
31 TRANSPORTS P72
MESSAGES CLÉS P72
RECOMMANDATIONS : ACCÉLÉRER LA DÉCARBONATION DES TRANSPORTS P74
3.1.1 ANALYSE DES ÉMISSIONS ET RESPECT DES OBJECTIFS P74
3.1.2 SUIVI ET APPRÉCIATION DES POLITIQUES PUBLIQUES DU SECTEUR P79
5
ACTION CLIMATIQUE INTERNATIONALE P189
Les Français affichent une forte inquiétude vis-à-vis du la Stratégie française énergie et climat, ni la 3e Straté-
changement climatique, dont les impacts s’aggravent. gie nationale bas carbone, ni le 3e Plan national
Alors que l'exposition accrue de la population, des d’adaptation au changement climatique, ni la 3e Pro-
écosystèmes, des infrastructures et des activités éco- grammation pluriannuelle de l’énergie n’ont été for-
nomiques à ses conséquences présente des risques mellement adoptés, en dépit des obligations législa-
majeurs pour la société, il devient crucial que l'action tives. Le renouvellement de ces documents cadres est
climatique protège efficacement les ménages et les désormais urgent pour maintenir la structuration de la
entreprises. Celle-ci doit tenir le cap de la décarbona- politique nationale de réduction des émissions et
tion et renforcer l’adaptation pour anticiper les carac- d’adaptation au changement climatique et donner à
téristiques à venir d’un climat qui se réchauffe vite. chaque acteur la visibilité nécessaire pour agir en
cohérence dans la durée. Le Haut conseil pour le
La France a connu, pour la première fois en 2023 (hors climat exprime une vive préoccupation sur ces délais
crise Covid), un rythme de baisse de ses émissions de qui fragilisent la crédibilité de la politique climatique
gaz à effet de serre dont l'ampleur - si elle se maintient de la France.
dans les années à venir - est cohérente avec une tra-
jectoire de décarbonation permettant d’atteindre ses Malgré ces retards, l’évolution du cadre d’action des
objectifs pour 2030. Les choix sociaux et économiques politiques publiques et des émissions sur la période du
nécessaires pour tenir le cap de la décarbonation dans 2e budget carbone (2019-2023) permet de conclure
la durée commencent à se dessiner en France, dans un pour la première fois que l’objectif 2030 du paquet
contexte également caractérisé par une attention Fit for 55 est accessible, à condition de consolider rapi-
accrue aux questions de réindustrialisation et de sou- dement et de poursuivre les efforts actuels dans la
veraineté énergétique et alimentaire. durée, mais aussi de préserver les capacités d'absorp-
tion des puits de carbone forestiers. Cependant, un
Ces évolutions encourageantes ne pourront se main- renforcement des actions structurelles est indispen-
tenir que sous certaines conditions. Les conditions de sable, avec un cap clair pour la décennie 2030-2040,
réussite de l'action pour le climat, dans la durée, com- pour se doter de la capacité d’atteindre la neutralité
prennent : la lisibilité et la cohérence dans le temps ; la carbone d'ici 2050. L’alignement des politiques en
mise en place de trajectoires d’incitations publiques place avec l’atteinte de l’objectif de neutralité car-
(dont une trajectoire des prix du carbone), d’investis- bone d’ici 2050 est actuellement insuffisant.
sements verts, de renouvellement des infrastructures
et de régénération des écosystèmes forestiers ; et l'an- Les efforts d'adaptation commencent à être institu-
ticipation des besoins de résilience et des contraintes tionnalisés en France, mais restent en décalage par
sur les ressources en eau et la biomasse. rapport aux vulnérabilités et aux besoins, comme le
montre l'aggravation des impacts au cours des der-
Actuellement, le retard de plus d’un an dans la publi- nières années. Un changement d'échelle dans l'adap-
cation des documents cadres relatifs à l’énergie et au tation, combiné aux efforts de décarbonation, est
climat entraîne des dérives de calendrier et un manque essentiel pour mieux anticiper les conséquences du
de clarté et d’appropriation des objectifs à horizon réchauffement et limiter les impacts pour les ménages
2030. Ni la loi de programmation énergie et climat, ni et les entreprises.
Les impacts du changement climatique se multiplient, d’accès à la ressource en eau dans certains pays
s’intensifient et se cumulent en France, en Europe et voisins de la France (Espagne, Italie, Maroc) et
dans le monde et leurs conséquences pour la société localement en France.
s’aggravent. Les besoins d’adaptation s’accroissent
avec chaque incrément de réchauffement supplémen- Les inégalités face à ces expositions selon les ménages,
taire et seront d’autant plus importants et coûteux les entreprises ou les activités professionnelles risquent
qu’ils seront pris en considération tardivement. de s’aggraver si leurs besoins spécifiques d’adaptation
ne sont pas pris en compte.
Au cours de la dernière décennie, la France a fait
l'expérience de l'aggravation d'un ensemble d'im- L’aménagement des villes n’évolue pas suffisam-
pacts attribuables au changement climatique dû ment vite, ni de manière suffisamment transfor-
aux activités humaines, notamment ceux induits mationnelle pour être à l’échelle du besoin de
par les extrêmes chauds (canicules, sécheresse rafraîchissement des habitants des zones urbaines
des sols, feux de végétation) et les différents types denses et pour limiter les nouveaux risques d'inon-
d’inondations (pluies extrêmes, débordements de dations liés à l'intensité des précipitations.
cours d’eau, submersions littorales). Il est attendu
que plus le niveau de réchauffement planétaire Les inégalités d’exposition aux risques climatiques
augmente, plus ces risques augmentent. sont à prendre en compte. Ainsi, certains groupes
comme les nourrissons et jeunes enfants, les
Les événements extrêmes à forts impacts de 2022 femmes enceintes, les personnes âgées, les per-
et 2023 comme ceux de la dernière décennie ont sonnes isolées, les personnes en situation de handi-
mis en évidence des vulnérabilités importantes cap, les ménages pauvres ou à faibles revenus, les
pour l’approvisionnement en eau, la production personnes souffrant de maladies chroniques, les
agricole, la santé (surmortalité, propagation de personnes isolées socialement, les personnes tra-
maladies à vecteur pour les humains et les ani- vaillant en extérieur, les personnes travaillant avec
maux), l'habitabilité de certains territoires, les des machines générant de la chaleur, les travail-
forêts et les infrastructures. leurs saisonniers, les personnes en habitat précaire
sont particulièrement exposés aux risques clima-
Certains territoires français, notamment ceux qui tiques. De même, certains territoires ultra-marins
ont été fréquemment inondés, ont déjà atteint les cumulent différents facteurs de vulnérabilité (pénu-
limites de leurs capacités d’adaptation au chan- rie de personnel de santé, manque d'infrastructures
gement climatique du fait de la combinaison de d’assainissement ou d’équipements hospitaliers).
l’accroissement de la sinistralité liée au change-
ment climatique et du désengagement de cer- Ces inégalités accroissent les problèmes de santé
tains assureurs. Sans adaptation du système publique. Les personnes âgées, les nourrissons et
assurantiel français, les pertes et les dommages les jeunes enfants sont plus sujets à la déshydra-
non indemnisés risquent d’augmenter et de tation, ce qui les rend plus vulnérables en cas de
s’étendre à davantage de territoires. Plusieurs vagues de chaleur extrêmes. En outre, les chaleurs
limites d’adaptation ont été atteintes en matière extrêmes sont associées à une augmentation des
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problèmes de santé mentale et les très fortes maintenance des infrastructures qui ne sont plus
chaleurs augmentent le risque de naissance à même de garantir la continuité de leurs activités
prématurée. Ces situations mettent en tension les en cas d’événements extrêmes, dont l'occurrence
services publics, de santé, d’éducation, et de et l’intensité augmentent.
L'élaboration du plan national d’adaptation au chan- cohérence des actions d’adaptation lorsqu’elle sera
gement climatique (PNACC) est marquée par un élar- formellement adoptée dans la loi, la réglementation et
gissement de la participation à une plus grande diver- les référentiels techniques et qu’elle servira de scéna-
sité d’acteurs et la consultation du Conseil national de rio de référence au PNACC-3.
la transition écologique (CNTE) à chaque étape, mais
le calendrier de préparation du 3e PNACC, qui a débuté La France ne dispose pas d’une évaluation appro-
en avril 2022 et dont la publication est toujours atten- fondie des risques et vulnérabilités sur les impacts
due, ne prend pas assez en compte l’urgence à agir. du changement climatique, la dernière évaluation
collective datant de 2014. L’actualisation régu-
Le processus d’action publique est peu lisible et lière d’un tel rapport est indispensable.
rendu confus par l’accumulation de consultations
qui ne s’appuient pas sur un diagnostic de vulné- Alors que les mesures réactives coûtent aujourd’hui
rabilité au changement climatique et l’absence plusieurs milliards d’euros par an, l’anticipation de
de publication des résultats des concertations et l’augmentation des coûts des impacts et de l’adap-
réunions de travail. tation est nécessaire pour flécher les financements
vers les investissements les plus soutenables, éviter
Les difficultés d’articulation de la politique de futurs actifs échoués et maintenir une capacité de
d’adaptation entre les échelles nationale et financement soutenable pour les pouvoirs publics.
locales freinent la montée en compétence des
acteurs locaux et la mise en œuvre d’actions Un cadre juridique favorable à l’adaptation au
d’adaptation dans les territoires, bien que le lan- changement climatique est en construction mais
cement du service adaptation regroupant l’ex- reste à compléter pour faciliter la mise en œuvre
pertise des opérateurs de l’État en un guichet effective d’actions d’adaptation à grande échelle,
unique pourrait constituer une avancée signifi- comme en témoignent, par exemple, l’obsoles-
cative vers un service public de l’adaptation cence ou l’absence de référentiels dans les domaines
capable de répondre aux besoins de renforce- de l’aménagement du territoire et du logement.
ment de capacités.
Les taux des primes d’assurances ne sont actuel-
Le développement d’une trajectoire de référence lement pas conditionnés à la mise en œuvre de
constitue une avancée importante pour définir les mesures d’adaptation au changement climatique
besoins d’adaptation à l’échelle de la France. En anti- et les biens détruits sont reconstruits à l’identique
cipant un réchauffement en France de 4°C d’ici 2100, limitant ainsi le rôle de l’assurance comme outil de
elle devra faciliter l’opérationnalisation et la mise en prévention des risques.
Les émissions brutes de gaz à effet de serre ont baissé l’industrie et des transports les respectent avec
de 5,8 % par rapport à 2022 pour atteindre 373 Mt peu de marge, et ceux des déchets et de l’UTCATF
éqCO2 en 2023, soit 31 % sous leur niveau de 1990, les dépassent nettement.
selon les données provisoires du Citepa. Cette baisse
de 22,8 Mt éqCO2 (hors secteur de l’utilisation des L’empreinte carbone de la France est estimée à
terres, du changement d’affectation des terres et de la 623 Mt éqCO2 en 2022, soit 9,2 t éqCO2 par per-
forêt - UTCATF) est plus de deux fois supérieure à la sonne. Elle est 1,6 fois plus élevée que les émissions
baisse moyenne de 10,9 Mt éqCO2 par an observée sur territoriales. La France a une empreinte carbone
la période 2019-2022, et représente ainsi une accéléra- supérieure à la moyenne mondiale qui est, en
tion du rythme de baisse des émissions observées. Les 2022, de 6,8 t éqCO2 par personne. L’empreinte
émissions brutes en 2023 sont les plus basses depuis le carbone a baissé de 8 % entre 2010 et 2019 (sur la
début des inventaires. Les puits de carbone du secteur base des données consolidées), surtout du fait de
UTCATF sont relativement stables, après avoir forte- la baisse des émissions territoriales. Les émissions
ment diminué sur la période 2013-2017, mais demeurent importées représentent environ la moitié de l’em-
fragilisés par le changement climatique. preinte carbone.
Au moins un tiers (environ 7,5Mt éqCO2) de la baisse Le rythme de baisse des émissions brutes de la France
observée entre 2022 et 2023 s’explique par des fac- sur la période du 2e budget carbone (2019-2023) se rap-
teurs conjoncturels, notamment non-reproductibles, proche, sans toutefois encore l’atteindre, du rythme
en particulier le retour à la normale de la produc- nécessaire à l’atteinte de l’objectif 2030 provisoire du
tion électrique après l’arrêt de plusieurs centrales projet de SNBC 3, en cohérence avec la loi européenne
nucléaires et le manque d’eau dans les barrages sur le climat de juillet 2021 et le cadre Fit for 55 adopté
en 2022. En excluant ces facteurs conjoncturels, au niveau européen.
la baisse structurelle des émissions brutes est esti-
mée à 15,3 Mt éqCO2. Ce nombre correspond à la La baisse annuelle moyenne des émissions brutes
valeur maximale attribuable aux politiques publiques de 13,2 Mt éqCO2 sur la période 2019-2023 (don-
climatiques. Tous les grands secteurs émetteurs nées provisoires) se rapproche des 15,0 Mt éqCO2
ont vu leurs émissions diminuer en 2023, ainsi que attendus sur la période 2024-2030 et nécessaires
la plupart des sous-secteurs. à l’atteinte des nouveaux objectifs 2030 inscrits
dans le projet de SNBC 3. La baisse observée en
Le 2e budget carbone couvrant la période 2019- 2023, même en excluant la contribution des fac-
2023 est en voie d’être respecté pour les émissions teurs conjoncturels connus, s’inscrit dans la tra-
brutes (hors UTCATF), selon les données provi- jectoire nécessaire et doit donc être maintenue
soires du Citepa, avec une marge de 100 Mt éqCO2. dans la durée, d’où l’importance de tenir le cap
Pour les émissions nettes (incluant le secteur de la décarbonation. La baisse annuelle moyenne
UTCATF), le deuxième budget carbone est en voie des émissions nettes (incluant les puits de car-
d’être dépassé avec un excès de 15 Mt éqCO2, du bone) de 12,5 Mt éqCO2 sur la période 2019-2023,
fait de l’affaiblissement très important du puits de demeure 1,3 fois sous la baisse attendue de 16,1 Mt
carbone forestier. Les secteurs de l’énergie et des éqCO2 sur la période 2024-2030, nécessaire à
bâtiments respectent nettement leurs budgets l’atteinte des objectifs du Fit for 55 adoptés au
carbone, alors que les secteurs de l’agriculture, de niveau européen.
09
Le rythme de baisse des émissions brutes observé de carbone, ne permet pas de remplir les objec-
sur la période 2019-2023 est compatible avec les tifs pour 2030 du Fit for 55, tels qu’adoptés au
objectifs sectoriels provisoires du projet de SNBC niveau européen. Le déficit attendu sur les puits
3 pour la période 2024-2030, sauf pour le secteur de carbone n’est pas comblé par une baisse plus
des transports (qui doit accélérer d’un facteur 3,2) importante des émissions brutes ; ainsi, le projet
et celui des déchets (qui doit inverser sa tendance de SNBC 3 vise une baisse des émissions nettes
à la hausse). Ces décalages devraient être ajustés pour 2030 de 52 %, qui est en dessous de l’objec-
lors de la consolidation de la SNBC 3, en mobili- tif collectif de 55 % convenu par les États membres
sant davantage les secteurs actuellement moins de l’Union européenne. L’objectif 2030 pour les
sollicités (agriculture, énergie). émissions nettes et les puits de carbone du sec-
teur UTCATF de la France et la contribution de la
Le puits de carbone du secteur UTCATF prévu France aux objectifs négociés au niveau euro-
dans le projet de SNBC 3, bien que résultant de péen doivent donc être clarifiés lors du renouvel-
la prise en compte plus réaliste de l’état des puits lement de la SNBC 3.
Les politiques sectorielles se structurent avec des complémentaires aux mesures européennes
avancées importantes mais inégales selon les sec- favorisant leur production, et le déploiement de
teurs, et avec quelques reculs pour certains d’entre bornes de recharge suit le rythme prévu. Les poli-
eux, en particulier l’agriculture. Ces évolutions structu- tiques de report modal n’ont pas encore montré
relles commencent à se traduire dans les résultats, leurs effets et les outils permettant de maîtriser la
mais de nombreux risques et incertitudes persistent. demande de déplacements restent à identifier.
Plusieurs sous-secteurs ne sont pas encore couverts La motorisation alternative des poids lourds n’évo-
par des politiques suffisantes pour permettre d’enga- lue quasiment pas, alors que la stratégie nationale
ger des changements significatifs, et les orientations logistique identifie les différents axes et besoins
des politiques couvrant plusieurs secteurs ne sont pas de décarbonation sans avoir pour l’instant permis
suffisamment alignées avec les conditions nécessaires d’entraîner de changement significatif. L’adapta-
à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. Les poli- tion au changement climatique est principalement
tiques actuelles ne permettent pas de réduire la vulné- abordée sous l’angle du dommage aux infrastruc-
rabilité des ménages et des entreprises face aux chocs tures, avec peu d’anticipation des aléas futurs.
sur les prix de l’énergie.
Secteur de l’agriculture (20 % des émissions
Secteur des transports (34 % des émissions brutes nationales). Les politiques agricoles
brutes nationales). Le secteur des transports voit souffrent d’un manque d’intégration et d’articula-
sa politique se transformer progressivement tion avec les politiques alimentaires, sanitaires,
d’une approche par projets à une approche plus environnementales et climatiques, limitant la décar-
systémique. Le secteur a entamé sa trajectoire de bonation et l’adaptation du secteur. Malgré quelques
décarbonation après avoir pris beaucoup de avancées ces dernières années, les politiques
retard. Les instruments de politique économique agricoles ont été marquées ces 12 derniers mois
concernant l’électrification des véhicules sont de par un recul de l’action publique climatique. Elles
plus en plus efficaces, les mesures nationales contribuent dans l’ensemble à verrouiller la pro-
favorisant l’achat de véhicules électriques sont duction agricole dans des modèles intensifs en
11
sur la production, la distribution et la demande encore été proposés, et une politique ambitieuse
d’énergie. La réforme du marché européen de favorisant le stockage de carbone dans les sols
l’électricité améliore la protection des consom- agricoles manque toujours. L’action publique est
mateurs vulnérables, tandis que le cadre des com- insuffisante pour répondre aux besoins d’adapta-
munautés énergétiques a été renforcé, mais les tion et de régénération de la forêt, et favorise
dépenses exceptionnelles soutenant la consom- l’usage bois-énergie aux dépens de l’usage en
mation d’énergies fossiles ont été insuffisamment matériau à longue durée de vie. Les aides
ciblées vers les revenus modestes. publiques, comme la fiscalité, sont peu condition-
nées à des pratiques sylvicoles durables. L’encou-
Secteur UTCATF (contrebalançant 5,5 % des ragement au maintien des prairies, comme la mise
émissions brutes nationales). La fragilisation de en place d’incitations aux pratiques agricoles
la forêt française et la baisse importante des puits permettant plus de stockage de carbone dans les
de carbone du secteur UTCATF, qui sont indispen- sols, doivent figurer dans les politiques agricoles.
sables à l’atteinte de la neutralité carbone, sont Les politiques publiques touchant le secteur
reconnues et de nombreuses actions sont mises forêt-bois intègrent les enjeux d’adaptation
en œuvre par l’État et les filières pour y remédier. importants auxquels il fait face, mais les docu-
Cependant, aucune stratégie d’ampleur ou plan ments de gestion forestière et de protection
de régénération des écosystèmes forestiers n’ont contre les incendies sont encore loin des besoins.
Les dispositions législatives concernant l’action clima- niveau pour la France résultant du Fit for 55 (voir plus
tique prennent du retard malgré des efforts de concer- haut), et le projet s’arrête en 2033, sans couvrir la tra-
tation. Ces retards fragilisent l’action climatique du jectoire vers la neutralité carbone anticipée. Ces élé-
fait du manque de clarté dans les directions suivies, ments devront être clarifiés au sein du projet conso-
créant des ambiguïtés aussi bien sur les objectifs de lidé de SNBC 3, et complétés avec le niveau attendu
court et de moyen termes que sur la trajectoire menant du budget carbone pour la période 2034-2038 et les
vers la neutralité carbone en 2050. plafonds indicatifs pour les émissions de l’empreinte
carbone et des transports internationaux.
Ni la loi de programmation énergie et climat, ni la
Stratégie française énergie et climat, ni la 3e Straté- Malgré les retards législatifs, le cadre d’action publique
gie nationale bas carbone, ni le 3e Plan national évolue positivement. Il reste à consolider afin de diffu-
d’adaptation au changement climatique, ni la 3e Pro- ser l’action climatique dans l’ensemble de l’économie
grammation pluriannuelle de l’énergie n’ont été for- de manière cohérente et dans la durée, en tenant
mellement adoptés, en dépit des obligations législa- compte des contraintes pratiques et des préoccupa-
tives. Le renouvellement de ces documents cadres tions exprimées dans la mise en œuvre des politiques
est désormais urgent pour maintenir la structuration climatiques sur le terrain.
de la politique nationale de réduction des émissions
et d’adaptation au changement climatique. Le cadre d’action publique en matière de stratégie
et de gouvernance apparaît fonctionnel et opéra-
Le projet de SNBC 3 constitue une avancée puisqu’il tionnel, bien qu’en cours de révision. Les révisions
vise à renforcer les objectifs pour 2030 en cohérence se font à deux niveaux : celui des stratégies et plans
avec les politiques établies au niveau européen, sur la climatiques nationaux (SNBC, PPE, PNACC) et celui
base d’une approche plus réaliste et opérationnelle. des stratégies sectorielles de décarbonation (trans-
Toutefois, l’objectif 2030 n’atteint pas encore le ports, agriculture, bâtiment, énergie et forêt-sol).
13
novembre 2023, les COP régionales complètent évolutions annoncées et des défis restant à relever. Les
le dispositif au moyen de concertations dédiées incertitudes principales concernent la faible visibilité
à la prise en compte de spécificités régionales de long terme sur le déploiement de la production des
pour la planification écologique. énergies renouvelables en complément du nucléaire,
en raison du retard dans l’élaboration de la PPE ; l’ab-
L’évolution du cadre d’action des politiques publiques sence de garantie sur la reconstitution du puits de car-
et des émissions sur la période du 2e budget carbone bone forestier fragilisé par le changement climatique ;
(2019-2023) permettent de conclure que l’objectif le manque de maîtrise de la demande en mobilité des
2030 issu du Fit for 55 est accessible sous réserve de personnes et des biens dans le secteur des transports ;
consolider les efforts actuels, de les maintenir dans la l’effectivité des conditionnalités climat et les pro-
durée et d’allouer les émissions non encore ciblées par chaines évolutions de la politique agricole commune
des mesures à prévoir dans le projet de SNBC 3. (PAC) associées au développement d’une offre ali-
mentaire à plus faible intensité en carbone dans le sec-
L’alignement des politiques publiques en place avec teur de l’agriculture et, dans le secteur du bâtiment, la
l’objectif de neutralité d’ici 2050 est par contre jugé réorientation vers des rénovations performantes, en
insuffisant sur la base des dynamiques constatées, des complément de l’électrification du chauffage.
TENIR LE CAP
3 DE LA DÉCARBONATION DANS LA DURÉE
Créer les conditions nécessaires à la massification des actions (notamment compétences,
investissements pluriannuels, offre adéquate), tout en soutenant les ménages et les entre-
prises dans un esprit de transition juste. Définir les trajectoires annuelles de déploiement
des technologies et mesures nécessaires au moins à horizon 2030 (notamment véhicules
électriques, rénovations énergétiques des bâtiments, EnR, extensions de réseaux divers) et
mettre en place les instruments économiques et moyens nécessaires à leur réalisation.
15 Compléter, actualiser et publier l’ensemble des plans climat des ministères et des feuilles
de route de décarbonation des secteurs et filières et leurs calendriers de financement et
de mise en œuvre, les articuler entre eux, et en assurer la cohérence avec les objectifs
climatiques de court terme (2030) et l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 (SGPE,
2024-2025, Recommandation HCC 2023).
AMÉLIORER LA COHÉRENCE
2 ET LA PERTINENCE DE L’ACTION PUBLIQUE
21 Augmenter l’inclusivité des processus de décision orientant les politiques climatiques
nationales pour améliorer la pertinence de l’action publique du point de vue de celles et
ceux qui seront les plus exposés aux conséquences du changement climatique (MENJ,
MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
17
22 Revoir la fiscalité sur les énergies fossiles afin d’assurer l’alignement de la tarification
effective avec les objectifs climatiques, et prendre en compte l’évolution des recettes des
taxes résultant de la décarbonation de l’économie dans les programmations des finances
publiques (Minefi, 2023, Recommandation HCC 2023 modifiée).
23 Établir clairement les règles concernant les actifs échoués (objectifs, calendrier), discuter
des implications avec les filières, afin de ne pas permettre d’actions d’entrave ou de
verrouillage à l’application de réformes déjà planifiées (Minefi, 2025, Nouvelle recom-
mandation HCC).
24 Poursuivre les actions pour encadrer la publicité afin que n’y soient pas promus des modes
de consommation carbonés incompatibles avec la Stratégie nationale bas-carbone
(SNBC) (Premier ministre (SGPE), 2024, Recommandation HCC 2022 modifiée).
25 Développer les compétences nécessaires à la mise en œuvre des actions de décarbona-
tion dans tous les secteurs (SGPE, Recommandation HCC 2023 modifiée).
26 Rendre compatible la stratégie de développement du tourisme en France avec les objec-
tifs climatiques (Minefi, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC)
1
RECOMMANDATIONS : PROTÉGER LES MÉNAGES
ET LES ENTREPRISES DE L’INTENSIFICATION DES IMPACTS
12 Objectiver et mesurer les inégalités d’exposition face aux impacts du changement clima-
tique et les inégalités d’effort face aux politiques climatiques (MESRI, MTECT, 2024-2026,
Nouvelle recommandation HCC).
22 Faire du développement des services climatiques une des priorités du PNACC 3 afin
notamment de faciliter et d’étendre l’évaluation économique des besoins d’adaptation
au changement climatique initiée pour l’agriculture, le transport et le bâtiment à tous les
acteurs et tous les secteurs, en commençant par les populations les plus vulnérables et
les services publics essentiels (MTECT, MESRI, CNRS, Minefi, 2024, Nouvelle recomman-
dation HCC).
23 Renforcer les critères relatifs à l’adaptation dans les instruments des institutions finan-
cières (prêts, obligations, fonds, labels, etc.), y compris ceux fléchés sur la transition éner-
gétique et écologique, pour la reconstruction après sinistre et pour l’aménagement du
territoire, afin de faciliter et accélérer la prise en charge de l’adaptation au changement
climatique tout en tenant compte des limites d’équilibre des dispositifs (Minefi, 2024, Nou-
velle recommandation HCC).
24 Doter le PNACC-3 d’un plan de financement pluriannuel pour mettre à l’échelle des
besoins déjà identifiés la politique nationale d’adaptation et pour rendre lisible la trajec-
toire des financements à mobiliser pour prendre en charge des besoins d’adaptation
croissants tout en développant un cadre de suivi et d’évaluation (SGPE, MTECT, Minefi,
2024, Nouvelle recommandation HCC).
1
RECOMMANDATIONS : TENIR LE CAP
DE LA DÉCARBONATION DANS LA DURÉE
ACCÉLÉRER LA DÉCARBONATION
1 DES TRANSPORTS
11 Élaborer une stratégie de mobilité longue distance s’appuyant sur différents modes de
transport, qui définisse une feuille de route de maîtrise de la demande (MTECT, 2025,
recommandation HCC 2023 modifiée).
12 Renforcer et faire converger les dispositifs français pour tenir compte des engagements
européens sur les objectifs d’efficacité énergétique des véhicules dans le cadre du paquet
Fit for 55 (MTECT, 2024, Recommandation HCC 2022 modifiée).
13 S’assurer du respect des obligations d’électrification prévues pour les flottes de plus de
100 véhicules uniquement avec des véhicules zéro émission comme moyen d’accélérer
l’électrification des véhicules et de développer le marché de l’occasion électrique
(MTECT, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
19
14 Garantir et pérenniser les financements pour soutenir l'investissement dans les transports
en commun et les mobilités actives à hauteur des besoins identifiés dans le scénario tran-
sition écologique du COI et anticiper le coût de fonctionnement pour les opérateurs et
les collectivités (Minefi, MTECT, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
15 Limiter le développement des projets autoroutiers qui entraînent une hausse du trafic
automobile. Actualiser les évaluations des projets en cours en comptabilisant l'ensemble
des gaz à effet de serre des projets, dont l'induction de trafic, et en utilisant la valeur de
l'action pour le climat (MTECT, 2025, Nouvelle recommandation HCC).
22 Mobiliser la loi d’orientation agricole pour définir une vision des modèles et pratiques
agricoles souhaitables, afin de donner une visibilité de long terme et des orientations
claires à tous les acteurs du système alimentaire. Cette vision devra orienter les acteurs
vers la transition agroécologique, les pratiques bas-carbone et une agriculture adaptée
au changement climatique. Conditionner les aides à l’installation à l’adoption de
pratiques bas-carbone et adaptées au changement climatique et inclure dans la loi des
dispositions d’évaluation de ses effets en termes d’adaptation et d’atténuation (MASA,
2024, Recommandation HCC 2023 et rapport alimentation-agriculture 2024 modifiées).
23 Réviser le Plan stratégique national pour renforcer son ambition climatique en intégrant des
objectifs climatiques chiffrés d’atténuation et d’adaptation, réorientant les financements
pour augmenter les budgets dédiés aux mesures les plus favorables au climat et renforçant
les exigences des standards de conditionnalité et des interventions, en s’assurant de ne pas
réduire l’ambition des dispositifs existants y compris de gestion d’urgence (MASA, 2024,
Recommandation HCC 2023 et rapport alimentation-agriculture 2024 modifiées).
25 Orienter prioritairement le soutien à l’élevage vers les systèmes herbagers, de poly-
culture-élevage et agroécologiques qui sont bénéfiques pour le stockage de carbone, la
conservation des sols et des ressources en eau, la préservation de la biodiversité, le
bien-être animal et l’adaptation au changement climatique, et qui font face à des difficul-
tés économiques importantes (MASA, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
I. Les recommandations formulées dans le rapport « Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas-carbone, résilient et juste »
publié en janvier 2024 restent toutes valables.
27 Mobiliser la SNANC pour faire évoluer les pratiques de la transformation et de la distribu-
tion, améliorer l’offre alimentaire et l’accessibilité des produits sains et bas-carbone pour
tous, notamment pour encourager l’augmentation de la part de produits végétaux dans
l’alimentation et rendre la gouvernance des systèmes alimentaires plus inclusive. (MASA,
2024, Recommandation HCC 2024 alimentation-agriculture modifiée).
28 Rendre effectif l’affichage environnemental sur les produits alimentaires (MASA, 2024,
Recommandation HCC 2024 alimentation-agriculture modifiée).
29 Renforcer les lois EGAlim et leur mise en œuvre effective pour rééquilibrer le rapport de
force entre les producteurs agricoles et les autres acteurs des filières alimentaires, et ainsi
revaloriser leur revenu. (MASA, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
31 Afin d’élargir la contribution de l’industrie à la décarbonation au-delà des 50 sites indus-
triels pilotes, créer les conditions nécessaires à l'augmentation significative de la part de
produits bas-carbone dans les marchés industriels, en particulier en mobilisant des leviers
agissant sur la demande et faciliter le développement d’offres bas-carbone (Minefi,
2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
32 Définir les conditions de réussite d’action de réindustrialisation du point de vue des objec-
tifs climatiques et compte tenu des contraintes climatiques (ex. contraintes sur l’eau)
(Minefi, MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
33 Développer le CCS en France en tant que levier de décarbonation des industries concen-
trées n’ayant pas d’alternatives, en anticipant dans la Stratégie nationale bas carbone
(SNBC) un potentiel limité de l’ordre de 2-4 MtCO2 par an à horizon 2030, et de 15-20 MtCO2
par an à horizon 2050 (SGPE, 2024, Recommandation HCC 2023 avis CCUS).
42 Suivre la mise en œuvre effective de l’interdiction de location des passoires thermiques
(G+ depuis 2023, G en 2025) et évaluer l'effet de cette réglementation sur la décarbona-
tion du parc immobilier, sur l’offre locative et sur les risques sanitaires liés à la chaleur
extrême (MTECT, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
21
43 Intégrer dans la réglementation environnementale RE 2020 les dispositions de la nouvelle
directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments concernant la
production d’énergie locale pour atteindre un parc à émissions nulles en 2050 et la TRACC
pour le calcul du confort d’été (MTECT, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
44 Estimer les gisements pour le parc tertiaire exclu du dispositif Eco-Tertiaire actuellement
(surfaces inférieures à 1 000 m2) et mettre en place un dispositif pour les surfaces de taille
intermédiaire (MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
52 Planifier en détail la sortie du gaz fossile au sein de la PPE en identifiant des leviers spéci-
fiques suivant ses usages (électricité, chaleur, cogénération) et en précisant le calendrier
d’application (Minefi, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
53 Aligner la ventilation des quotas gratuits du SEQE avec les objectifs de neutralité carbone.
En particulier ne pas faire bénéficier de quotas gratuits supplémentaires au titre de nouvel
entrant pour la transformation d'énergies fossiles (Minefi, MTECT, 2024, Nouvelle recom-
mandation HCC).
54 S’assurer que les entreprises du secteur de l’énergie alignent leurs investissements (ex.
ratio minimum d’investissements dans les renouvelables) en visant notamment la réallo-
cation des investissements fossiles vers les renouvelables pour respecter les engage-
ments de l’accord de Paris (Minefi, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
55 Maintenir un contexte favorable à l’accélération du déploiement des EnR dans la durée
malgré une baisse sensible des prix du gaz, en s’appuyant sur les nouvelles lois et tous les
leviers disponibles (Minefi, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
57 Planifier le déploiement des infrastructures (transport et stockage, dans une optique
globale incluant la compétition directe ou indirecte avec les besoins requis par le métha-
ne I et le CCS) permettant de libérer pleinement le potentiel de flexibilité apporté par
l’hydrogène (Minefi, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
https:/w .cref/filadmin/Documents/Raports_e tudes/import/Raport_avenir_desinfras_gziers.pdf « Avenir des infrastructures gazières aux horizons 2030 et 2050, dans un contexte d’atteinte de la neutralité carbone ».
I. Voir CRE,
62 Renforcer la conditionnalité des aides aux plantations pour soutenir uniquement des
plantations adaptées au changement climatique, minimisant les risques et maximisant
leur résilience sur le long terme (MASA, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
63 Mobiliser les dispositifs fiscaux pour inciter à la gestion durable des forêts, minimisant les
risques et maximisant leur résilience sur le long terme (MASA, 2024-2025, Nouvelle recom-
mandation HCC).
65 Établir une stratégie nationale de stockage de carbone dans les sols et la biomasse
agricoles permettant de mettre en place les pratiques favorables au maintien, à la créa-
tion et à la gestion durable des haies et des prairies et à l’adoption de pratiques stoc-
kantes sur les terres cultivées. Ce plan devra intégrer des moyens de mise en œuvre
chiffrés (dispositifs incitatifs et réglementaires) et des outils de suivi et d’évaluation de
ses impacts. (SGPE, MASA, 2025, Recommandation HCC 2022 modifiée).
1
RECOMMANDATIONS : DÉFINIR LA CONTRIBUTION FRANÇAISE EN VUE
DES PROCHAINES ÉTAPES DE L’ACTION EUROPÉENNE ET MONDIALE
11 Maintenir les orientations politiques établies pour parvenir à la neutralité carbone au
niveau européen d’ici 2050 et ne pas reculer sur les objectifs associés lors de la mise en
œuvre du paquet Fit for 55, tout en tenant compte des contraintes pratiques et des préoc-
cupations exprimées, en entretenant un dialogue pérenne avec les acteurs concernés et
en approfondissant les mesures en faveur de la transition juste (SGAE, MEAE, MTECT,
MASA, MINEFI, SGPE, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
12 Œuvrer au développement d’un plan d’investissement climat européen (Minefi, SGAE,
2024-2025, Recommandation HCC 2023).
23
13 S’appuyer sur une trajectoire SNBC 3 de la France la plus réaliste et ambitieuse possible
dans l'optique de contribuer positivement aux discussions européennes sur l'objectif 2040
(SGAE, MTECT, MEAE, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
14 Promouvoir, auprès des institutions européennes et des autres États membres, un plan
européen de sortie progressive des combustibles fossiles, assorti d’un calendrier précis
et d’une date butoir pour la sortie de chaque énergie, et adossé à des mesures de réduc-
tion de la demande par l’efficacité et la sobriété énergétiques. Supprimer d'urgence et
intégralement les subventions aux combustibles fossiles dans l'UE, conformément aux
engagements existants (SGAE, MINEFI, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
15 Promouvoir, au niveau européen, une meilleure prise en compte par les règles du com-
merce international des objectifs de l’accord de Paris, dans le cadre de l’OMC, des
accords régionaux et des accords commerciaux de l’UE (MEAE, MINEFI, 2024, Nouvelle
recommandation HCC).
16 Promouvoir une meilleure contribution (intégrant notamment des éléments quantitatifs)
aux objectifs climatiques de l’UE de toutes les politiques sectorielles européennes et des
fonds existants, particulièrement dans le cadre des évolutions de la PAC et lors des
discussions sur le Cadre Financier Pluriannuel 2028-2034 (SGAE, MASA, MINEFI, MTECT,
2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
17 Assurer la bonne mise en œuvre du Fonds social pour le climat, du centre de coordination
de la réaction d’urgence et du Fonds de transition juste dans les territoires concernés au
niveau national (SGAE, Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, Conseils régio-
naux, autorités de gestion FSC, 2024-2025, Recommandation HCC 2022 modifiée).
18 En cohérence avec l’objectif européen pour 2040, promouvoir l’élaboration d’une CDN
européenne ambitieuse, déclinant les éléments clés résultant des engagements pris à la
COP28 (sortie des énergies fossiles, objectif méthane pour 2030, triplement EnR / double-
ment de l’efficacité énergétique etc.) (MEAE, MTECT, MINEFI, SGAE, 2024-2025, Nouvelle
recommandation HCC).
21 Œuvrer à la définition d’une position européenne ambitieuse qui autorise l’UE à adopter
une posture constructive à la COP29 en vue de la définition d’un nouvel objectif collectif
de finance climat post-2025. Continuer à promouvoir, sous et en dehors de la CCNUCC,
une réflexion sur l’alignement de l’ensemble des flux financiers mondiaux sur les objectifs
de l’accord de Paris (MEAE, MINEFI, MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
22 Mobiliser la diplomatie française afin de porter l’élaboration d’une position commune
européenne et de promouvoir un cadre de gouvernance international en matière de
géoingénierie, au vu des incertitudes, des risques, et des questions éthiques soulevées par
certaines approches envisagées, en particulier la modification du rayonnement solaire
(SGPE, MESRI, MEAE, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
24 Poursuivre le soutien de la France au Fonds pour les pertes et préjudices et, dans le cadre
de la participation au Conseil d’administration du fonds, contribuer à l’avancement des
travaux sur les aspects méthodologiques relatifs aux études d’attribution et aux approches
de développement résilient post-catastrophe, mais aussi à l’identification de nouvelles
ressources financières, tout en garantissant des critères d’allocation des financements
qui mettent la priorité sur les pays en développement les plus vulnérables (MEAE, 2024,
Recommandation HCC 2023 modifiée).
25 Publier annuellement un suivi des coalitions et initiatives internationales dites « secto-
rielles » soutenues par la France et préciser la contribution française à leurs objectifs
ainsi que son évolution (ex : Global Methane Pledge) (MEAE, Recommandation HCC
2022 modifiée).
26 Encourager les acteurs étatiques et non étatiques internationaux et nationaux à mettre
en œuvre des politiques climatiques intégrant des approches fondées sur les droits
humains et le genre, prenant en compte les principes de la transition juste (MEAE, 2024,
Nouvelle recommandation HCC).
25
1
IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
ET BESOINS D’ADAPTATION
MESSAGES
CLÉS
La France connaît les principaux impacts du changement climatique auxquels elle doit faire
face puisqu’elle y a été confrontée au cours de la dernière décennie, mais ces impacts se
multiplient, s’intensifient et se cumulent en France, comme en Europe et dans le monde, et
leurs conséquences pour la société s’aggravent.
Les 10 dernières années (2014 à 2023) constituent la décennie la plus chaude mesurée
dans le monde et en France métropolitaine sur plus de 120 ans et l'année 2023 est l'année
la plus chaude observée au niveau mondial (1,43 ± 0,12 °C ).
Les récents événements extrêmes à forts impacts ont mis en évidence des vulnérabilités
importantes pour l’approvisionnement en eau, la production agricole, la santé (surmor-
talité, propagation de maladies à vecteur pour les humains et les animaux), l'habitabilité
de certains territoires et les forêts, avec des contraintes croissantes à mesure de la
hausse du réchauffement planétaire.
Les besoins d’adaptation s’accroissent avec les niveaux de réchauffement et seront d’au-
tant plus importants et coûteux qu’ils seront traités tardivement. Les options d’adapta-
tion disponibles se réduisent à mesure que le climat se réchauffe et présentent un
ensemble de limites.
Certains territoires français, notamment ceux qui ont été fréquemment inondés, ont
déjà atteint des limites souples d’adaptation au changement climatique du fait de la
combinaison de l’accroissement de la sinistralité liée au changement climatique et du
désengagement de certains assureurs. Sans adaptation du système assurantiel français,
les pertes et les dommages non indemnisés risquent d’augmenter et de s’étendre à
davantage de territoires. Plusieurs limites d’adaptation ont été atteintes en matière
d’accès à la ressource en eau dans certains pays voisins de la France (Espagne, Italie,
Maroc) et localement en France.
27
L’exposition et les vulnérabilités disproportionnées de certaines catégories de la population
et de certaines activités face au changement climatique risquent de s’aggraver si leurs
besoins spécifiques d’adaptation ne sont pas pris en compte.
Certains groupes sont particulièrement exposés aux risques climatiques, tels que les
jeunes (nourrissons et enfants), les femmes, les femmes enceintes, les personnes âgées,
les personnes isolées, les personnes en situation de handicap, les ménages pauvres ou à
faibles revenus, les personnes souffrant de maladies chroniques, les personnes dont les
réseaux sociaux sont limités, les personnes travaillant en extérieur, les personnes travail-
lant avec des machines générant de la chaleur, les immigrés, les minorités ethniques.
Ces situations mettent en tension les services publics, de santé, d’éducation et de mainte-
nance des infrastructures qui ne sont plus à même de garantir la continuité de leurs activi-
tés en cas d’événements extrêmes, dont l'occurrence et l’intensité augmentent.
Pour évaluer l’ensemble des besoins d’adaptation et la prise en charge effective de ces
besoins dans la durée, il est indispensable de combiner aux diagnostics existants des
facteurs climatiques générateurs d’impacts (aléas) et des expositions, un diagnostic
partagé des vulnérabilités à l’échelle de la France, qui n’existe pas aujourd’hui.
Le décalage se creuse entre les mesures prises pour réduire l’exposition et les vulnérabilités et
limiter les impacts du changement climatique et les besoins d’adaptation actuels et futurs car
les impacts du changement climatique augmentent plus vite que les moyens mis en œuvre
pour les limiter.
Des services climatiques co-construits avec leurs utilisateurs se sont développés dans
certains secteurs mais ne permettent pas de répondre aux besoins d’adaptation de tous
les acteurs.
Pour réactualiser la dernière évaluation collective qui date de 20141, il est indispensable
que la France se dote d’un rapport approfondi et actualisé sur les impacts et l’exposition
au changement climatique en tenant compte des vulnérabilités, en s’appuyant notam-
ment sur les travaux des groupes régionaux d’experts du climat.
1
RECOMMANDATIONS : PROTÉGER LES MÉNAGES
ET LES ENTREPRISES DE L’INTENSIFICATION DES IMPACTS
12 Objectiver et mesurer les inégalités d’exposition face aux impacts du changement clima-
tique et les inégalités d’effort face aux politiques climatiques (MESRI, MTECT, 2024-2026,
Nouvelle recommandation HCC).
29 43
IMPACTS EMBLÉMATIQUES
11 DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Au niveau mondial, l’année 2023, avec une tempéra- Le rythme du réchauffement dû à l’influence humaine
ture moyenne annuelle de la planète de 1,43 °C [1,32 à a encore augmenté pour atteindre 0,26 °C [0,2–0,4] au
1,53] au-dessus des niveaux préindustriels de la cours de la dernière décennie9, du fait de la poursuite
période 1850-19002, est l’année la plus chaude enre- des émissions de gaz à effet de serre, à laquelle
gistrée depuis le début des mesures3. De nombreux s’ajoute la réduction de l’effet refroidissant des aéro-
records de température au-dessus des continents et à sols (particules de pollution). La fonte moyenne
la surface de l’océan ont été dépassés dans le monde, annuelle des glaciers du globe pour la décennie
des niveaux record de recul de glaciers continentaux 2011-2020 s’établit à 90 cm de hauteur équivalente en
(particulièrement en Amérique du nord et en Europe) et eau. Le Groenland et l’Antarctique ont perdu 38 % de
de perte de glaces de mer en Antarctique (1 million de glace de plus sur la période 2011-2020 que sur la
km2 de moins que le précédent record) ont été enregis- période 2001-2010. Si les feux de végétation résultent
trés4. Les effets du phénomène El NiñoI, débuté à la de plusieurs facteurs, les conditions météorologiques
mi-2023 et qui s’est poursuivi jusqu’à mi-2024, se super- chaudes et sèches favorables à leur éclosion et leur
posent temporairement à la hausse du réchauffement propagation s’intensifient avec le réchauffement pla-
planétaire dû à l’influence humaine. Les impacts nétaire. Au cours de la dernière décennie des feux de
observés en 2023 soulignent l’importance de prendre végétation d’une gravité exceptionnelle se sont pro-
en compte la variabilité naturelle du climat pour ne pas duits en Australie, au Canada, aux États-Unis, en Russie,
sous-estimer les besoins d’adaptation. Pour l’année au Chili, au Brésil et en Europe10.
2023, la part de réchauffement à l’échelle planétaire
due aux activités humaines s’élève à 1,31 °C [1,1 à 1,7], à Le territoire européen est particulièrement exposé
laquelle s’est ajoutée 0,12 °C du fait de la variabilité aux effets du changement climatique. Depuis les
naturelle du climat5. En 2023, à l’échelle mondiale, une années 1980, l'Europe se réchauffe deux fois plus rapi-
anomalie de température supérieure à 1,5 °C a été dement que la moyenne mondiale, devenant ainsi le
observée plus de la moitié des jours de l’année et une continent qui se réchauffe le plus vite sur Terre. L’ano-
anomalie supérieure à 2 °C a été observée pendant malie de température de 2023 de l’Europe se situe à 2,6 °C
deux jours. au-dessus de la moyenne pré-industrielle11, et les gla-
ciers des Alpes ont perdu 10 % de leur volume résiduel
Au niveau mondial, la décennie 2014-2023, dépas- au cours des deux dernières années. Le changement
sant la moyenne 1850-1900 de 1,19 °C [1,06 à 1,30]6, est climatique dû à l’influence humaine affecte le conti-
la plus chaude mesurée et les 9 dernières années nent européen et le territoire de l’Union européenne de
sont les 9 plus chaudes enregistrées depuis 18507. manière croissante.
Deux épisodes de type El Niño se sont produits au cours
de la période avec 2 années record en termes de tem- Les risques climatiques majeurs pour le continent
pératures associées : 2016 (1,29 ± 0,12 °C au-dessus de européen sont liés aux extrêmes chauds (au-dessus
la moyenne 1850-1900) et 2023 atteignant 1,43 °C [1,32 des continents et en mer) et leurs conséquences pour
à 1,53]. L’année 2020, sans l’influence d’El Niño, se situe l’état des écosystèmes et la santé humaine, aux pénu-
au 3e rang des années les plus chaudes (1,27 ± 0,13 °C ries d’eau et leurs conséquences agricoles et écono-
au-dessus de la moyenne 1850-1900) depuis 1850 8. miques et à plusieurs types d’inondations (pluies
I. Le phénomène océanique à grande échelle El Niño correspond au réchauffement des eaux de surface de l'océan Pacifique tropical qui se produit
tous les 2 à 7 ans. Il est lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique entre l'est et l'ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant
océanique le long de l'équateur. Le phénomène El Niño a une influence sur la variabilité naturelle du climat à l’échelle mondiale en modifiant le
régime des vents, la température de la mer et l’activité des cyclones. Météo-France, « El Niño et La Niña », 9 juin 2023 :
https://meteofrance.com/comprendre-climat/monde/el-nino-et-la-nina ]
1.1a Les trois années les plus chaudes ont toutes été enregistrées depuis 2020. Les dix années les plus
chaudes ont toutes été enregistrées depuis 2007. Le continent européen se réchauffe deux fois plus
vite que la moyenne planétaire. Les cinq dernières années, la température moyenne de la planète
a été supérieure de 1,3 °C à la moyenne pré-industrielle, celle de l’Europe de 2,3 °C et celle de l’Arc-
tique de 3,3 °C.
Canicules marines avec des effets sur les populations de poissons et la pêche (ex. Méditerra-
née et Atlantique Nord en 2022 et 2023) ;
Sécheresse des sols superficiels, pertes de récoltes, pénurie d’eau (en particulier : Espagne, Italie,
Portugal, Grèce, France), sécheresse persistante et pénurie d’eau à Mayotte depuis mi 2022 ;
Effets combinés des extrêmes chauds et secs sur les écosystèmes, notamment les forêts
européennes, mortalité accrue des arbres à cause des feux, de la chaleur et des parasites
induisant une diminution du puits de carbone forestier ;
Conditions propices aux feux de végétation avec le plus grand feu de forêt européen de
96 000 ha en Grèce en 2023, 2023 se situant au 4ème rang des surfaces brûlées (500 000 ha) ;
Hivers doux favorisant l’expansion en Europe de vecteurs de maladies (ex. moustiques tigres,
tiques, moucherons et maladie hémorragique épizootique) et ravageurs (ex. chenilles proces-
sionnaires) et l’exposition de la végétation au gel (dommages sur les récoltes) ;
Pluies intenses et inondations en Europe centrale et du nord (ex. plus de 44 Mrd € de dégâts
en 2021 pour l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique et le nord de la France) et dans une
moindre mesure, le reste de l’Europe (1,6 millions de personnes touchées en 2023, principale-
ment en Grèce (affectant une région clé de production agricole), Slovénie (dommages à
hauteur de 16 % du PIB), Suède, Bulgarie, nord de la France, avec des pertes économiques
évaluées à 13,4 Mrd €) ;
Accélération de la fonte des glaciers alpins (perte de 10% du volume en 2 ans sur la période
2022-2023) et pyrénéens, recul de la durée d’enneigement et diminution des volumes de neige ;
Le niveau des mers à travers l’Europe a augmenté de 2 à 4 mm par an durant les 30 dernières
années ;
Sur 36 risques climatiques clés identifiés pour l’UE, affectant les écosystèmes, l’alimentation, la
santé, les infrastructures, l’économie et la finance, 21 risques requièrent une action immédiate dont
8 une action urgente15. Les régions du sud de l’Europe, les régions littorales de faible altitude, et les
régions éloignées sont déjà des « hotspots » du changement climatique. Les régions qui dépendent
le plus du tourisme (ex. montagne, littoral, îles), de l'agriculture, de la pêche et de la foresterie et les
villes denses sont particulièrement sensibles (ex. chaleur, inondations).
extrêmes, débordements de cours d’eau, submersions observés en métropole sont notamment les canicules
littorales). Ils s’aggravent à mesure du réchauffement (2010, 2011, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020, 2022,
planétaire. Au cours des 10 dernières années, le terri- 2023) les sécheresses des sols superficiels (2011, 2016,
toire de l’Union européenne a été touché par des événe- 2017, 2018, 2020, 2022), les fortes précipitations médi-
ments climatiques à fort impact directement attri- terranéennes et les inondations par ruissellement
buables au changement climatique dû aux activités (2010, 2011, 2014, 2015, 2016, 2018, 2019, 2020, 2021), les
humaines, soit pour leur sévérité soit en raison de l’aug- inondations par submersion marine et les déborde-
mentation de leur probabilité d’occurrence. ments de fleuves en zone basse littorale (2010 sur la
façade Atlantique, en 2022 à Saint-Pierre-et-Miquelon
En France, les 10 dernières années (2014 à 2023) consti- ou encore en 2023, 2024 dans les Hauts-de-France,
tuent la décennie la plus chaude mesurée pour la métro- les inondations chroniques à marée haute en Guyane),
pole depuis 190016. Les années 2022, 2023 et 2020 se les feux de végétation (2016, 2017, 2019, 2020, 2021,
situent respectivement au 1er, 2e et 3e rangs des années 2022), les gelées interrompant le développement pré-
les plus chaudes depuis 1900 et les dix années les plus coce des plantes (2016, 2024), le faible contenu en eau
chaudes ont toutes été observées au XXIe siècle. du manteau neigeux (hivers 2010-2011, 2016-2017, 2018-
2019, 2021-2022, 2022-2023, 2023-2024), la propaga-
Depuis 2010, tous les principaux effets du change- tion de maladies à vecteurs pour les humains, les ani-
ment climatique attendus pour la France ont été maux et les végétaux (2018, 2019, 2020, 2022, 2023). En
observés en métropole et en outre-mer. Les événe- Outre-mer, il s’agit par exemple de submersions marines
ments les plus emblématiques et catastrophiques en Guyane (2023), à Saint-Pierre et Miquelon (2022) et à
3
Observations (1899−2023) 2023
I. Ceux développés par l’Agence européenne de l’environnement, Service changement climatique de Copernicus, Centre commun de recherche et les
programmes et projets de recherche.
Les projections montrent que le changement climatique rend plus probable la survenue de séche-
I. 4 épisodes de canicule ont été recensés en 2023 affectant 73 % de la population de l'hexagone avec un impact sanitaire important : 20 000 recours
aux soins d'urgence (x2), 10 600 hospitalisations, 5 000 décès attribuables à la chaleur (dont 1 500 pendant les 4 épisodes de canicule), 11 accidents
du travail mortels (pour moitié dans le secteur constructions - travaux). Santé Publique France, Bilan canicule et santé : un été 2023 marqué par 4
épisodes de canicule, avec un impact sanitaire important, 8 février 2024 https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2024/bilan-cani-
cule-et-sante-un-ete-2023-marque-par-4-episodes-de-canicule-avec-un-impact-sanitaire-important
II. Alors que 65% des niveaux des nappes phréatiques sont au-dessus des normales mensuelles en France métropolitaine, BRGM (2024), « situation des
nappes souterraines au 1 mai 2024 », https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/nappes-eau-souterraine-au-1er-mai-2024
33
Figure 1.1b − Moyenne quotidienne de l’indice d’humidité des sols superficiels
sur les Pyrénées-Orientales (66) depuis janvier 2022
1,4
Record humide
1,2
1,0
Indice d’humlidité
0,8
0,6
0,4
0,2
m .
28 n.
m v.
27 rs
26 ril
24 ai
23 in
a .
19 oût
18 pt.
16 ct.
15 v.
13 c.
11 .
m .
10 rs
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1 er
Note : évolution depuis janvier 2022 de l'indice quotidien agrégé d'humidité des sols superficiels sur le département des Pyré-
nées-Orientales. La courbe violette représente l'évolution quotidienne sur la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2024, les
plages colorées sont délimitées par le minimum depuis 1958, les premier, deuxième, cinquième (médiane), huitième et neuvième
déciles de la période 1991-2020, et le maximum depuis 1958.
Source : Météo-France
Face à ce type de sécheresse qui dure, certaines logiques d’acteurs du territoire et d’experts de la
gestion de l’eau ne sont pas totalement convergentes et s’opposent parfois sur le choix des
solutions d’adaptation au changement climatique à mettre en œuvre, avec des risques de maladap-
tation. Certains acteurs privilégient l’augmentation de l’offre (prélevant de l’eau du bassin versant
du Rhône) d’autres privilégient la limitation de la demande (efficience, sobriété, réutilisation, réduc-
tion des fuites)29.
Le prélèvement d’eau supplémentaire du Rhône impacterait les activités qui dépendent directe-
ment de son débit (ex. hydroélectricité, transport fluvial). Ce type d’action d’adaptation nécessite
un examen attentif pour se prémunir de tout transfert de vulnérabilités sur des activités et des
écosystèmes fluviaux du delta du Rhône30.
Les mesures mises en place à ce stade par la préfecture du département sont des mesures de
restrictions d’usage incitant les acteurs à investir dans des infrastructures économes en eau
(ex. goutte-à-goutte) et de récupération des eaux usées pour certains usages (ex. arrosage,
1.1c L'aggravation des effets climatiques des phénomènes extrêmes, de la sécheresse, de la chaleur et
de la pénurie d'eau en Europe − en particulier dans le sud et l'est de l'Europe − peut entraîner une
baisse de la production alimentaire, un risque accru de mauvaises récoltes, une hausse des prix des
denrées alimentaires et une diminution de la valeur nutritive des aliments. Les effets du climat sur la
production alimentaire en dehors de l'Europe peuvent également avoir des conséquences directes
sur les marchés mondiaux et entraîner une volatilité des prix34.
Cela affecte de manière disproportionnée les groupes déjà vulnérables, en particulier les agricul-
teurs, et les ménages à faibles revenus dans toutes les régions d'Europe. Un exercice de simulation
sous forme de test de résistance du système alimentaire à l’échelle de l’UE aux impacts du change-
ment climatique combinés et en cascade dans plusieurs pays partenaires conduit en 2024, a établi
une douzaine de propositions35. Ces propositions visent à la fois à renforcer la robustesse du
système de gestion de crise européen (ex. mobilisation des acteurs, des médias traditionnels et des
réseaux sociaux pour faciliter l’appropriation des mesures d'urgence et empêcher la propagation
de la désinformation et de la panique ; obligation de constituer des réserves alimentaires straté-
giques ; distribution de coupons alimentaires aux plus vulnérables ; priorité des cultures pour
l’alimentation humaine et animale plutôt que pour les biocarburants ; renforcement du mécanisme
européen de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire) et pour adapter, hors
gestion de crise, le système alimentaire aux impacts du changement climatique (ex. stratégie
intégrée pour les systèmes alimentaires alliant tous les acteurs de l’ensemble de la chaîne ; réduc-
tion de la demande et de l’offre en produits d’origine animale pour limiter la dépendance aux impor-
tations d'aliments pour l’élevage ; investissements dans l'innovation alimentaire comme les proté-
ines alternatives ; services sociaux et filets de sécurité pour les populations les plus vulnérables).
La dégradation des écosystèmes entraîne une perte importantes dans les autres secteurs d’activité pour tenir
de services écosystémiques, notamment une division les objectifs d’atténuation de la France. Les extrêmes
par deux36 du puits de carbone forestier en France en climatiques superposés aux évolutions graduelles peuvent
10 ans37 due à la mortalité exceptionnelle des arbres provoquer des changements abrupts transformant les
du fait des sécheresses et d’épisodes sanitaires, à un écosystèmes. Pour les écosystèmes forestiers, la conjonc-
ralentissement de la croissance et à l’augmentation tion et l’effet cumulé du stress thermique (intensification
des prélèvements. Cette perte de stockage de car- des vagues de chaleur), du stress hydrique (sécheresses
bone va demander des diminutions d’émissions plus des sols superficiels), des maladies (ex. champignon
35
responsable de la chalarose du frêne), des ravageurs 13,1 Mm3/an sur la période 2013-202141. D’après les tra-
(ex. scolytes de 2018 à 2022 dans le Nord-Est) et des vaux prospectifs les plus récents42,I la mortalité des
feux s’est traduite, sur la dernière décennie, par une arbres en France (+2 à +10 Mm3/an soit de +13 % à +77 %
mortalité exceptionnelle provoquant une diminution en relatif) et la diminution du stockage de carbone
du puits de carbone forestier en Europe38,39. Cette évo- associée devraient se poursuivre d’ici à 2050 sous l’ef-
lution des risques se traduit dès aujourd’hui en Europe fet du changement climatique. Dans la grande majo-
et en France par des difficultés accrues de renouvelle- rité des scénarios considérés dans ces travaux, le puits
ment de la forêt. En 2023, la France a enregistré au de carbone diminue sur la période 2020-2050 tout en
moins 670 000 hectares de peuplements forestiers restant pour la plupart des cas en moyenne positif.
dépérissant40. La mortalité des arbres en France métropo- Mais pour certaines périodes et certains scénarios, les
litaine a augmenté ces dernières années de 80 %, passant écosystèmes forestiers (hors sols) pourraient passer de
de 7,4 Mm3/an en moyenne sur la période 2005-2013 à puits de carbone à source de carbone.
L’intensification du cycle de l’eau et de sa variabilité en eau liée au changement climatique montre les
que ce soit à l’échelle du continent européen, de la limites du recours à l’irrigation pour adapter l’agricul-
France ou des bassins versants se reflète à la fois ture au changement climatique45,46.
dans les précipitations (nature, saison, intensité,
durée), la sécheresse des sols superficiels, la salinisa- Le changement climatique se traduit pour les sur-
tion des aquifères côtiers, la fonte de glaciers ou faces terrestres par une dégradation en quantité ou
encore les inondations par ruissellement, par accu- en qualité des ressources en eau douce. Les pertur-
mulation d’eau dans les zones basses et par déborde- bations du cycle de l’eau se reflètent à plus fine
ment de cours d’eau. Les projections climatiques échelle au niveau de certains bassins versants où les
montrent un contraste entre le nord de l’Europe de l’Ouest, précipitations d’hiver augmentent et celles de prin-
où la moyenne annuelle des précipitations augmente, temps diminuent ou de ceux où la fonte nivale ali-
et le sud où elle diminue, avec une zone de transition mente beaucoup moins les rivières de montagne47.
entre les deux fortement variable d’un modèle à l’autre, La gestion de la ressource en eau est de plus en plus
induisant de larges incertitudes43 sur l’évolution à attendre contrainte ce qui rend plus difficile de préserver la
des précipitationsII pour la moitié nord de la France et disponibilité de l’eau pour chacun des différents
pour la limite nord-sud44. usages (ex. eau potable, agriculture, élevage, indus-
trie, production d’énergie, usages domestiques)48.
Plusieurs limites d’adaptation (souples et strictes, La moyenne annuelle de ressource en eau renouve-
cf. encadré 1.1d) ont été atteintes en matière d’accès lable sur la France métropolitaine a baissé de 14 %
à la ressource en eau dans certains pays voisins de la entre les périodes 1990-2001 et 2002-201849. Les préci-
France comme en Espagne (assèchement de nappe pitations réduites à Mayotte depuis mi 2022 ont mis en
phréatique sans rechargement possible en eau), en évidence une limite capacitaire en matière d’approvi-
Italie (perturbation de la culture d’agrume en Sicile) ou sionnement en eau potable et un risque sanitaire du
encore au Maroc (pénurie d’eau en février et mars 2024 fait de la propagation de maladies dues au manque
avec transfert d’eau entre bassins versants, limite de d’hygiène (ex. choléra) et de teneurs en métaux lourds
rupture capacitaire de certains barrages). Le déséqui- dépassant les seuils d’alerte50. L’élévation du niveau
libre entre l’offre et la demande d’eau du fait de la dimi- de la mer entraînant l’intrusion d’eau salée dans les
nution des ressources en eau renouvelables et des res- estuaires et la salinisation des aquifères côtiers, des
trictions d’usage a entraîné des dommages sur les difficultés apparaissent pour la production d’eau
cultures (irriguées ou non). La diminution de la ressource potable et pour l’agriculture.
I. Les résultats de ces travaux prospectifs sont à considérer avec prudence étant donné les fortes incertitudes des effets du changement climatique
sur les forêts soulignés par ces travaux et les limites du périmètre de ces travaux qui ne prennent pas en compte les effets sur la forêt des événements
catastrophiques plus soudains à fort impact comme les tempêtes ou l’introduction d’un ravageur sur une essence majeure.
II. Notamment pour la pluviométrie hivernale.
1.1d Aléa : occurrence potentielle d’un événement ou d’une tendance physique d’origine naturelle
ou humaine susceptible de provoquer des dommages ou des pertes sur les systèmes humains
ou les écosystèmes.
Exposition : présence dans des lieux et des contextes susceptibles d’être affectés négative-
ment par les impacts du changement climatique.
Sensibilité : degré avec lequel un système ou une espèce est affecté, de manière négative ou
bénéfique, par la variabilité naturelle du climat ou par le changement climatique.
Adaptation : processus d’ajustement au climat actuel ou attendu ainsi qu’à ses effets pour en
réduire les impacts négatifs ou en exploiter les opportunités bénéfiques.
Besoins d’adaptation : circonstances nécessitant une action pour assurer la sécurité des
personnes, des activités et des biens face aux effets du changement climatique.
Maladaptation : actions susceptibles d’accroître des effets négatifs liés au climat, notamment
via une augmentation des émissions de GES, une augmentation ou un transfert de vulnérabilité,
l’aggravation d’injustices ou encore la diminution de bien-être, maintenant ou à l’avenir.
Transfert incontrôlé de vulnérabilité : d’un système à un autre, d’une période à une autre ;
réduction de la marge d’adaptation future (mesures qui limitent la flexibilité éventuelle, par
exemple, plantation d’essences d’arbres à rotation longue).
VULNÉRABILITÉS CLÉS
12 ET BESOINS D’ADAPTATION
37
tion des impacts à partir des scénarios climatiques, que prévue par le gouvernement 60, permettrait de
l’évaluation du risque pour chaque impact, jusqu’à renforcer l’estimation des besoins d’adaptation des
l’évaluation de la capacité d’adaptation et la mise en territoires.
place de stress tests52, dont la France pourrait s’ins-
pirer. En outre, c’est une obligation inscrite dans le L’évaluation des besoins d’adaptation, en s’ap-
règlement européen de 2021 dit « loi européenne sur puyant sur les repères moyens fournis par la
le climat »53. Obligation dont la légitimé a été renfor- TRACC61, pour prendre en compte les bons niveaux
cée par les nouveaux engagements des États pris à la de risques doit intégrer les fluctuations dues à la
COP 2854. variabilité naturelle du climat qui se superposent aux
tendances climatiques dûes à l’influence humaine.
Faute de diagnostic initial et d’actualisation régu- Tenir compte seulement des risques associés aux
lière, il est très difficile d’objectiver l’effectivité des niveaux de réchauffement moyens conduit à sous-es-
actions d’adaptation ou les progrès accomplis sur le timer ou négliger les effets des événements extrêmes
terrain en réduction ou en maîtrise de vulnérabilité, les plus impactants, résultant de la combinaison de
d’exposition ou de sensibilité. Disposer d’un diagnos- plusieurs facteurs (ex. : surcôte d’une dépression ou
tic partagé de vulnérabilité, d’exposition et de sensibi- cyclone combinée à une pleine mer de vives-eaux
lité permet, en connaissant l’évolution projetée de la s’ajoutant au niveau marin de référence ; vague de
fréquence et de l’intensité des aléas climatiques de chaleur pendant une période El Niño et une période
quantifier les besoins d’adaptation, leurs coûts et leurs d’activité solaire intense). La succession d’années aty-
implications pour les populations55. piques (ex. sécheresse intense pendant deux années
consécutives) constitue un autre facteur, non repré-
Le projet de trajectoire de réchauffement de réfé- senté par la TRACC, majorant les besoins d’adapta-
rence pour l’adaptation au changement clima- tion. S’appuyer sur des trames narratives ou des exer-
tique (TRACC) 56 de la France, mis en consultation cices prospectifs permet d’améliorer l’évaluation des
(à la mi-2023) comme composante de la politique besoins d’adaptation en mettant en lumière des
d’adaptation, constitue une avancée importante chaînes de causalités complexes et imbriquées d’im-
pour opérationnaliser l’adaptation en établissant pacts en cascade62.
des repères communs dans l’évaluation des
besoins d’adaptation pour les niveaux de réchauf- L’examen des dispositions actuellement en vigueur
fement attendus au cours des prochaines décen- montre que plusieurs référentiels sont obsolètes
nies compte tenu de la concentration actuelle de dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures,
gaz à effet de serre et de la trajectoire d’émissions des services sanitaires, des services de sécurité
mondiale probable 57. En particulier, le repère +4 °C civile, de l’assurance et révèle des besoins d’adapta-
(par rapport à 1850-1900) à horizon 2100 pour la tion avérés dès à présent63. Un référentiel commun
France métropolitaine, en intégrant les principales sous forme de trajectoire pour définir les besoins
incertitudes sur les émissions futures, est cohérent d’adaptation de la France métropolitaine et outre-mer
avec la trajectoire mondiale d’émissions projetée à toutes les échelles conditionne la cohérence du
en tenant compte des engagements des États dimensionnement des actions d’adaptation. Une fois
signataires de l’Accord de Paris examinés dans le la TRACC formellement adoptée, dans la loi, la régle-
cadre du bilan mondial à la COP28 (cf. section 5.1) mentation et les référentiels techniques, l’ajustement
et sa déclinaison à l’échelle de la France 58. Un en cohérence des services climatiques développés en
inventaire des impacts des événements extrêmes, appui à l’évaluation de besoins d’adaptation (cf. 1.2.3)
même s’ils ne sont pas tous formellement attri- facilitera l’opérationnalisation des actions d’adapta-
buables au changement climatique, constitue un tion64. L’amélioration des services climatiques et des
point d’appui pour anticiper des limites strictes à méthodes d’évaluation des besoins d’adaptation65
l’adaptation 59 (cf. encadré 1.1b). Par ailleurs, l’utili- pourra aussi intégrer, en complément des évaluations
sation de la TRACC comme référentiel aux études quantitatives, des éléments pour aborder des événe-
de vulnérabilités préalables à l’élaboration des ments à faible probabilité et fort impact66 peu ou pas
documents de planification des collectivités terri- représentés dans les projections climatiques en cohé-
toriales ayant une composante climatique, telle rence avec la TRACC.
1.2a Avec une proportion importante de leur territoire en dessous du niveau moyen de l’océan, la ques-
tion de l’aménagement littoral est essentielle aux Pays-bas. L’accélération de la hausse du niveau
marin, la longueur du linéaire et le coût élevé des infrastructures de protection rendent l’évaluation
du besoin d’adaptation du littoral particulièrement sensible. Longtemps focalisé sur le renforce-
ment des infrastructures de protection seulement au moyen de dispositifs techniques dans le cadre
du « plan Delta » (lancé en 2011) pour faire face au niveau marin attendu en 2050, les Pays-bas expé-
rimentent actuellement des actions complémentaires de renforcement de la résistance des digues
à l’aide de solutions fondées sur la nature (programme nommé « digues vivantes »). Il s’agit de tirer
parti de la capacité des végétaux à disperser l’énergie des vagues incidentes et ainsi limiter le
besoin d’élévation et d’élargissement des infrastructures « en dur ». Outre la réduction des coûts
pour faire face aux mêmes besoins d’adaptation que des solutions en dur, la végétalisation des
digues présente, de plus, l’intérêt de stocker du carbone (synergie adaptation-atténuation).
EXPOSITION, VULNÉRABILITÉS
122 ET BESOINS D’ADAPTATION DES POPULATIONS
Le décalage se creuse entre les mesures prises pour Certaines maladies vectorielles qui n’étaient initiale-
faire face aux impacts du changement climatique et ment observées que sous les tropiques émergent en
les besoins d’adaptation car les impacts croissent zones tempérées73 (ex. dengue en Europe74 et en France
plus vite que les moyens mis en œuvre pour s’en avec l’implantation depuis une dizaine d’années des
protéger. Le recours récurrent à des fonds d’urgence ses principaux vecteurs75, les moustiques Aedes albopic-
(ex. calamité agricoles68, indemnisations exceptionnelles, tus et Aedes aegypti). En France, depuis les premières
fonds de secours)69 et l’atteinte de la limite de stabilité transmissions autochtones de dengue observées en
du système d’assurance et de réassurance lorsque 201076, leur nombre a augmenté (pic en 2022) et elles
des catastrophes surviennent marquent un décalage sont devenues chroniques77. Cette augmentation se
croissant entre les besoins d’adaptation et les moyens poursuit en 2024 avec 1 679 cas importés de dengue
disponibles pour y faire face en temps réel. À titre comptabilisés en métropole du 1er janvier au 18 avril
d’exemple, le montant des dommages liés à la séche- (contre 131 en 2023 sur la même période)78.
resse a augmenté de 52 % ces dix dernières années70.
Compte tenu des conditions climatiques de plus en
MALADIES VECTORIELLES plus favorables au développement des vecteurs,
À l'échelle mondiale, l'une des plus grandes menaces l’augmentation et le déplacement vers les pôles des
du changement climatique pour la santé humaine est maladies vectorielles comme la dengue jusqu’ici
l'augmentation des maladies vectoriellesI sensibles observés devraient se poursuivre suivant le niveau
au climat, sous l'effet de la hausse des températures, de réchauffement79. Au niveau mondial, l'effet du
des sécheresses et du manque d'eau, des pluies changement climatique à lui seul devrait accroître la
torrentielles, des inondations et du réchauffement population exposée à Aedes aegypti de 8 à 12 % d'ici
des océans, entre autres facteurs71. Avec l’urbanisa- à 2061-208080, et son abondance devrait augmenter
tion, l’augmentation des voyages et du commerce entre 20 % et 30 % II d'ici à la fin du siècle 81. Dans
mondial, le changement climatique est un des éléments les scénarios intermédiaires qui se rapprochent des
qui contribue à augmenter le développement des projections de la TRACC, la majeure partie de
maladies vectorielles (survie, reproduction et distribu- l'Europe connaîtrait des augmentations significatives
tion des agents pathogènes et des vecteurs ; mouve- de l'exposition aux virus transmis par les deux
ments d’espèces animales et contacts humains 72). vecteurs82.
I. Il s’agit de maladies dont la transmission se fait au travers d’arthropodes vecteurs. Jourdain F. et Paty M-C. (2019).
II. De même que pour la plupart des écosystèmes tempérés, un effet de seuil est probable pour le développement des vecteurs
dans les scénarios les plus chauds lorsque les conditions de vie des espèces ne sont plus remplies. 39
Figure 1.1c − Représentation de l’accroissement de besoins d’adaptation depuis 2011 en France
LES CONSÉQUENCES SANITAIRES, SOCIALES ET ÉCONOMIQUES DES CANICULES ET DES SÉCHERESSES
(données : Santé publique France, Caisse centrale de réassurance)
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Nombre de communes 2 249 648 23 44 206 983 2 106 4 060 2 918 2 067 255 > 6 719 Demandes
reconnues en état en cours
de catastrophe naturelle
par exercice au titre
du retrait-gonflement
des sols argileux
LES STRATÉGIES ET PLANS MIS EN ŒUVRE DANS LE TEMPS POUR RÉPONDRE À CES CONSÉQUENCES
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Plan Canicule
Plan national
(volet sanitaire) 1er Plan national d’adaptation 2e Plan national d’adaptation
de gestion
mis en place en 2004 au changement climatique au changement climatique
des vagues
(PNACC-1) (PNACC-2)
et renouvelé chaque de chaleur
année ensuite (hors volet
sanitaire)
?
3e Plan national d’adaptation
au changement climatique
40 - RAPPORT ANNUEL 2024 annoncé (PNACC 3)
Certaines catégories de la population sont davan- précoce du développement des vecteurs et de la
tage exposées ou vulnérables aux impacts sanitaires propagation des maladies vectorielles. Cela passe
du changement climatique comme l’augmentation du notamment par un renforcement de la prise en compte
nombre et de l’aire d’extension des vecteurs et des des interactions croiséesII entre le climat, la biodiversité et
maladies vectorielles. Les personnes ayant des la santé dans les politiques de santé publique91. L’approche
problèmes de santé préexistants, les personnes âgées, one health92 permet, par exemple, en l’absence de
les femmes enceintes et les enfants sont plus exposés et vaccin de dépasser les stratégies de prévention qui
plus vulnérables au risque de maladies vectorielles. Les reposent principalement sur le contrôle des vecteurs et
personnes travaillant en extérieur, notamment dans sur l'encouragement des pratiques de protection indivi-
l’agriculture et la sylviculture, et les personnes à faible duelle. L’usage d’insecticides dans la lutte vectorielle
revenus sont plus exposées au risque de maladies vecto- a conduit à l’apparition de résistances des moustiques,
rielles du fait de leurs conditions de vie et de travail, de notamment dans les départements d’outre-mer93. L’aug-
la faiblesse de leur couverture médicale et des réponses mentation du stockage d’eau à l’air libre pour faire face
de santé publique83. Certains territoires exposés comme à des périodes de sécheresse avec des grandes surfaces
la Guyane cumulent différents facteurs de vulnérabilités d’eau stagnante fournit des conditions favorables à la
(ex. pénurie de personnel de santé, manque d’infrastruc- reproduction des vecteurs comme les moustiques. L’assè-
tures d’assainissement ou d’équipements hospitaliers84, chement des sites de ponte est antagoniste aux politiques
accès aux soins et assurances complémentaires) pouvant de protection et de restauration de zones humides.
conduire à renoncer à des soins médicaux, comme un
tiers de la population guyanaise en 201985. Les animaux sauvages et d’élevage sont aussi expo-
sés à l’augmentation du risque de maladies vecto-
Les systèmes de santé européens ne sont actuelle- rielles en raison du changement climatique. La
ment pas en capacité de faire face à la survenue propagation de la maladie hémorragique épizootique
simultanée d’épidémies de maladies vectorielles et (MHE), est directement liée à l’augmentation des
de maladies liées au stress thermique86. De fortes températures compatibles avec le développement des
tensions ont déjà été constatées pendant les épidé-
moucherons Culicoïdes. La MHE, détectée en France
mies récentes (ex. Covid 19) et également pendant les
pour la première fois en 2023 (en 2022 en Italie et en
vagues de chaleur87. La combinaison de plusieurs
Espagne) a des conséquences pour l’élevage 94
risques liés au changement climatique peut avoir des
(symptômes multiples perturbant la productivité, 1 %
répercussions sanitaires graves si elle n’est pas prise
de mortalité des bovins infectés) comme pour la faune
en compte dans les politiques de santé publique.
sauvage (90 % de mortalité chez les cervidés infec-
tés). Début 2024, plus de 4 000 foyers de MHE ont été
Le suivi de l’extension des zones de propagation des
recensés dans des élevages dans 20 départements en
maladies vectorielles induit de nouveaux besoins de
France95 entraînant des restrictions de mouvements
surveillance épidémiologique animale et humaine et
locaux et d’import-export pour limiter la propagation.
de renforcement de capacité de traitement. Seule-
ment 7 maladies infectieuses parmi les 174 cartogra-
VAGUES DE CHALEUR ET LOGEMENT
phiées et les 1 417 recensées bénéficient d'une carto-
EN ZONES URBAINES DENSES
graphie générale suffisamment détaillée pour comprendre
le rôle des différents facteurs (dont la biogéographie, L’aménagement des villes n’évolue pas suffisamment
l'écologie et le climat) qui influent sur leur établisse- vite ni de manière suffisamment transformationnelle
ment et leur répartition88. Cette compréhension très pour être à l’échelle du besoin de rafraîchissement
parcellaire laisse penser que de nombreux risques de des habitants des zones urbaines denses. La plupart
maladies infectieuses liés au climat ne sont pas connus des stratégies d’adaptation au changement clima-
et sont donc difficiles à anticiper. Dans ce contexte tique des villes ne sont pas à l’échelle puisqu'elles elles
les systèmes de détection et de surveillance consti- sont basées sur des diagnostics de vulnérabilités incom-
tuent une priorité essentielle pour une gestion précoce plets, eux-mêmes basés sur des études sectorielles
des épidémies dès leur émergence89 (ex. surveillance anciennes et des données scientifiques insuffisantes et
des arbovirusI dont la France s’est dotée90). que les mesures d’adaptation prises sont juxtaposées
sans vision stratégique de leur mise en œuvre dans
Face aux interactions entre le climat, la biodiversité le temps96. Les solutions de rafraîchissement fondées
et la santé, adopter des approches unifiées (ex. One sur le verdissement des villes présentent des
health) rend plus efficace une détection et un suivi limites97 (espace disponible, besoins en eau, pollens) et
I. Virus transmis aux humains et aux autres vertébrés principalement par les insectes (mouches et moustiques), les arachnides (tiques).
II. Par exemple, le changement climatique modifie les conditions biologiques de reproduction et de propagation des vecteurs. Les variations dans
l'évapotranspiration et les précipitations affectent directement la disponibilité des habitats favorables au développement des larves de moustiques.
La température joue un rôle crucial en influençant la durée du développement larvaire, la survie des adultes, leur activité (y compris la recherche
d'hôte), leurs comportements de reproduction, ainsi que la fréquence des repas sanguins.
55
41
ne seront pas suffisantes à elles seules au-delà d’un prise en compte du confort d’été dans la réglemen-
certain niveau de réchauffement. Depuis la mise en tation ne concerne que les logements neufs112. L’inté-
place d’un Plan canicule en 2004, les vagues de cha- gration du confort d’été dans la construction de loge-
leur continuent de provoquer une surmortalité dans ments neufs avec la réglementation environnemen-
l’ensemble de la population, avec une surreprésenta- tale RE2020I des bâtiments et dans le diagnostic de
tion des personnes les plus vulnérables98. performance énergétique (DPE) constituent des avan-
cées pour l’adaptation des logements aux vagues de
Si la rénovation est un levier puissant pour réduire les chaleur. Cependant, le référentiel pris pour le confort
émissions de gaz à effet serre du bâtiment (cf. 3.4), elle d’été se base sur les variations passées du climat113
n’a cependant pas pu contribuer à adapter les bâtiments sans tenir compte des projections climatiques indi-
aux vagues de chaleur ni à limiter le recours à la clima- quant une intensification, un allongement de la durée
tisation pour les seuls besoins des personnes les plus et de la saison concernée, ce qui peut avoir des impli-
vulnérables (cf. 1.2.3 et 1.2.4) ou des activités essen- cations par rapport à l'orientation du rayonnement
tielles (ex. hôpitaux, réfrigération alimentaire). En 2020, solaire et une augmentation de la fréquence des
la vente de climatiseurs en France a franchi un nouveau vagues de chaleur.
seuil, avec plus de 800 000 unités vendues, portant le
taux d'équipement des ménages à 25 %, contre seule- ENFANTS ET JEUNES
ment 14 % en 2016-201799. Les émissions de la climatisa- Les enfants et les jeunes sont impactés au premier
tion dans le bâtiment étaient inférieures à 0,01 Mt éq plan par le changement climatique. Les enfants repré-
CO2/an avant 1996 en France et ont fortement aug- sentent une catégorie de la population qui concentrent
menté pour dépasser les 2 Mt éq CO2/an depuis 2015 de multiples vulnérabilités climatiques. Nourrissons et
(domestique et tertiaire) et atteindre 2,5 Mt éq CO2 en jeunes enfants, moins capables de réguler leur tempéra-
2023100. La priorité de la rénovation du parc bâti en ture corporelle, sont plus enclins à la déshydratation, ce
France a été donnée à la rénovation énergétique qui ne qui les rend plus vulnérables en cas de vagues de cha-
cible pas spécifiquement l’adaptation au changement leur extrêmes114. Les chaleurs extrêmes sont asso-
climatique101. Pourtant des aménagements simples ciées à une augmentation des problèmes de santé men-
(ex. volets, stores, ombrages), des techniques de concep- tale, notamment l’anxiété, le stress post-traumatique, et
tion et de construction bioclimatiques des bâtiments la dépression chez les enfants et les adolescents, qui
(ex. orientation, ventilation traversante, coursive), des affecte leur fonctionnement quotidien alors qu'ils sont en
solutions fondées sur la nature (ex. désimperméabilisa- plein développement psychologique et physique115. Les très
tion et végétalisation pour transformer des cours fortes chaleurs augmentent le risque de naissance préma-
d’établissements scolaires en îlot de fraîcheur102) sont turée116. Les enfants sont davantage exposés au risque de
connus et peuvent déjà être actionnés pour répondre à noyade117 lors d’inondations. L'augmentation du nombre
une partie des besoins de rafraîchissement. de feux de forêt, associés à l'émission de composés vola-
tils et de suies, peut augmenter les troubles pulmonaires
Certaines règles d’urbanisme103,104,105 de protection du chez les enfants118.
patrimoine106 et de copropriété107, ou encore sanitaires,
freinent voire empêchent la mise en place d’options Sans adaptation supplémentaire, les enfants
techniques simples et efficaces pour l’adaptation nés aujourd’hui et à naître demain seront plus exposés
des bâtiments aux vagues de chaleur108. La végétali- aux impacts du changement climatique tout au long
sation de certains espaces urbains ou l’installation de de leur vie que ceux des générations précédentes. Les
volets ou de protections solaires en façade ou de revê- enfants nés en 2020 connaîtront deux à sept fois plus
tements extérieurs de couleurs claires109,110 peuvent être d’événements extrêmes que les personnes nées en
empêchées par des règles d’urbanisme (ex. PLU de cer- 1960, dans le scénario correspondant aux engagements
tains quartiers de Paris), de protection du patrimoine actuels des États en matière de politique climatique119.
et par des règlements de copropriété. L’usage de l’eau Plus exposés à tous les âges de leur vie, les besoins
de pluie pour l’arrosage des espaces verts dans les d’adaptation des enfants d’aujourd’hui sont donc
écoles maternelles et élémentaires 111 est interdit par supérieurs à ceux des générations précédentes (cf.
mesure de protection sanitaire. figure 1.2a). Dans le monde, 40 millions d'enfants voient
leur éducation interrompue chaque année en raison de
Le besoin d’adaptation de la majorité des logements catastrophes exacerbées par le changement cli-
persistera pendant plusieurs décennies puisque la matique, et ce nombre ne cesse d'augmenter120.
I. La RE2020 détermine deux seuils de température intérieure maximale : le jour, entre 26 °C et 28 °C et la nuit, 26 °C. A partir de 25 jours par an de
chaleur continue dans le logement à 30 °C le jour et 28 °C la nuit, le confort d’été du logement n’est plus assuré.
43
les logements les plus mal isolés, ce qui les rend plus vul- habitant140 sont plus exposés aux impacts des vagues de
nérables aux fortes chaleurs. En 2003, la Seine- chaleur. Les personnes les plus pauvres peuvent être
Saint-Denis (département dense et au niveau de revenu contraintes de déménager dans des zones à risques et
moyen modeste) a été le deuxième département le plus d’y rester par manque de logements abordables dans
touché par la canicule avec une surmortalité de 160 %139. des zones où les risques sont plus faibles, cet effet,
Les quartiers populaires, généralement denses, avec un combiné (coût du logement, risques climatiques), peut
faible ratio d’espaces verts et de pleine terre par entraîner une segmentation de l’habitat141.
Fortes
émissions
Émissions
intermédiaires
Forte baisse
des émissions
Habitation occupée
pendant 40 à plus
de 100 ans
Installations industrielles
amorties sur 20 à 50 ans 1980 2000 2030 2050 2080
-1 0 1 2 3 4 5 6 (°C)
1m Fortes émissions
Émissions
intermédiaires
Forte baisse
des émissions
Observé
47
ments climatiques extrêmes. De plus, en répartissant courantes en agriculture se prennent pour les 10 ans à
les dépenses sur la durée, on peut mieux absorber les venir ce qui nécessite des mesures d’adaptation à
coûts et éviter les pics de dépenses lors de catas- horizon 2030 et donc de s’adapter à 2 °C de niveau de
trophes imprévues. En agriculture, le passage à des réchauffement moyen en France. Tandis qu’un
pratiques agricoles adaptées au changement clima- programme de R&D permet de se projeter dans une
tique peut nécessiter des investissements initiaux de agriculture qui serait possible en 2100 et donc dans des
l’ordre de 1,5 Mrd€/an dans la prochaine décennie189. cultures et des systèmes agricoles compatibles avec
Cependant, cela permet de maintenir les rendements 4 °C de réchauffement.
et de garantir la sécurité alimentaire à long terme, tout
en réduisant les coûts liés aux pertes de récoltes190. Quelles que soient les situations, le financement de
mesures d’adaptation d’ordre organisationnel est
L’anticipation des besoins d’adaptation passe par également nécessaire pour rendre les projets et les
l’intégration de l’adaptation dans la planification des investissements des acteurs plus robustes et ainsi
projets et des investissements déjà prévus, y compris renforcer leurs capacités d’adaptation. Ces mesures
dans les stratégies de décarbonation. Deux facteurs d’adaptation organisationnelle peuvent englober le
principaux qui structurent les coûts de l’adaptation développement de connaissances, la planification, la
sont à prendre en compte pour calibrer cette planifica- surveillance, l’intervention et la coordination et se
tion des investissements : le niveau de réchauffement chiffrent à quelques dizaines de millions d’euros par an
et le type et le niveau de réponse aux risques191. C’est de dépenses additionnelles pour les infrastructures de
la durée de vie de l’investissement qui va déterminer transport, à 31 M€/an pour les vagues de chaleur,
l’horizon temporel jusqu’auquel il sera nécessaire d’être 100 M€/an pour le retrait-gonflement des argiles et
adapté et donc le niveau de réchauffement le plus 125 M€/an pour les inondations dans le secteur du
pertinent. Par exemple, les décisions d’investissements bâtiment192.
NOTES ET RÉFÉRENCES
13 DU CHAPITRE 1
01. Jouzel (dir.) (2014) « Le climat de la France au 21e siècle », vol. 4, « Scénarios régionalisés édition 2014 ».
02. Foster et al. (2024) « Indicators of Global Climate Change 2023: annual update of key indicators of the state of the climate system and human
influence », Earth Syst. Sci. Data Discuss., in review.
03. OMM (2023) « The Global Climate 2011-2020: A decade of acceleration »
https://wmo.int/publication-series/global-climate-2011-2020-decade-of-acceleration
04. OMM (2023) « State of the Global Climate 2023 » https://www.wmo.int/publication-series/state-of-global-climate-2023
05. Cf. note 2.
06. Cf. note 2.
07. Cf. note 3.
08. Cf. note 3.
09. Cf. note 2.
10. Cf. note 3.
11. Copernicus, Rapport sur l’état du climat 2023, 2024 : https://climate.copernicus.eu/esotc/2023
12. Cf. note 11.
13. AEE (2024) « European Climate Risk Assessment »
https://www.eea.europa.eu/publications/european-climate-risk-assessment/resolveuid/a81df2f222524f79a54b2c421a1c9525
14. Rapport projet Guyaclimat (2022).
15. Cf. note 13.
16. Météo-France (2024) « Bilan climatique annuel 2023 » https://meteofrance.fr/actualite/publications/2023-les-bilans-climatiques
17. Haut Conseil pour le Climat (2023) « Acter l’Urgence Engager les moyens ».
18. Cf. note 16.
19. MTECT/CGDD/Sdes (2023) « Chiffres clés des risques naturels »
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-risques-naturels-2023/30-feux-de-foret-et-vegetation
20. ex. www.climameter.org et www.worldweatherattribution.org
21. Cf. note 16.
22. World Weather Attribution (2023) « Extreme heat in North America, Europe and China in July 2023 made much more likely by climate change ».
https://www.worldweatherattribution.org/extreme-heat-in-north-america-europe-and-china-in-july-2023-made-much-more-likely-by-climate-change/
23. Cf. note 14.
24. Cf. note 16.
25. Météo-France (2024) « Pyrénées-Orientales : plus de 25 °C et une sécheresse record »,
https://www.meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/pyrenees-orientales-plus-de-25-c--secheresse-record
26. Météo-France (2024) « Une sécheresse record sur les Pyrénées-Orientales »,
https://www.meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/une-secheresse-record-sur-les-pyrenees-orientales
27. Syndicat mixte pour la protection et la gestion des nappes de la plaine du Roussillon cité dans Dagorn et al. « Visualisez la sécheresse historique
51
174. Langreney T. et al. (2024) « Adapter le système assurantiel français face à l'évolution des risques climatiques, Rapport de la mission commandée
par les ministères en charge de la transition écologique et de l’économie » https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/293621.pdf
175. Cf. note 174 et Sénat (2024) Rapport d’information relatif aux « problèmes assurantiels des collectivités territoriales »
https://www.senat.fr/fileadmin/Commissions/Finances/2023-2024/Controles/Rapport_MI_assurances_colter.pdf
176. Cf. note 55.
177. CCR (2024) « Rapport financier 2023 »
https://www.ccr.fr/documents/35794/1416184/20240417_RAPPORT_FINANCIER_CCR_SECURISE.pdf/433685fa-f1b9-7f7e-bd55-28cad503565c?t=1713441752231
178. Cf. note 174.
179. Données tirées d’une analyse multipérils des dommages sur la base du scénario RCP 4.5, incluant les séismes et les cyclones menée par la Caisse
centrale de réassurance, in CCR (2023) « Conséquences du changement climatique sur le coût des catastrophes naturelles en France à horizon 2050 ».
180. Cf. note 174.
181. Cf. note 174.
182. Cf. note 175.
183. https://www.unisdr.org/files/43291_frenchsendaiframeworkfordisasterris.pdf
184. Cf. note 174, cf. note 96 et cf. note 183.
185. Cf. note 174.
186. Cf. note 174.
187. Dépoues V., Dolques G., Nicol M., Anticiper les effets d’un réchauffement de +4°C :
quels coûts de l’adaptation, I4CE, 2024 https://www.i4ce.org/publication/anticiper-effets-rechauffement-4-degres-adaptation-climat/
188. Cf. note 187.
189. Cf. note 187.
190. Cf. note 46.
191. Cf. note 187 et AEE (2023) « Assessing the costs and benefits of climate change adaptation ».
https://www.eea.europa.eu/publications/assesing-the-costs-and-benefits-of
192. Cf. note 187.
53
2 SUIVI DES ÉMISSIONS NATIONALES
ET RESPECT DES BUDGETS CARBONE
MESSAGES
CLÉS
Les émissions brutes de GES ont baissé de 5,8 % par rapport à 2022 pour atteindre 373 Mt éqCO2
en 2023, soit 31 % sous leur niveau de 1990, selon les données provisoires. Cette baisse totale
de 22,8 Mt éqCO2 pour les émissions brutes (hors UTCATF) est plus de deux fois supérieure à la
baisse moyenne de 10,9 Mt éqCO2/an observée sur la période 2019-2022, et représente ainsi
une accélération du rythme de baisse des émissions observées. Les émissions brutes en 2023
sont les plus basses depuis le début des inventaires.
Tous les secteurs (hors déchets) et la plupart des sous-secteurs ont vu leurs émissions baisser
entre 2022 et 2023, avec les plus fortes baisses dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie.
Après une forte dégradation du puits de carbone entre 2013 et 2017, ce dernier oscille autour
d’une valeur de 20 Mt éqCO2.
Un tiers de la baisse observée entre 2022 et 2023 s’explique par des facteurs conjoncturels
non-reproductibles, en particulier le retour à une situation proche de la normale de la produc-
tion électrique après l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires en 2022. En excluant une partie
des facteurs conjoncturels, la baisse des émissions brutes est plus faible de 7,5 Mt éqCO2 mais
reste forte, avec un niveau situé à 15,3 Mt éqCO 2, ce qui représente la valeur maximale
attribuable aux politiques publiques climatiques.
Le 2e budget carbone (2019-2023) pour les émissions brutes (hors UTCATF) est en voie d’être
respecté avec une marge de 100 Mt éqCO2, sous réserve de confirmation sur la base des données
qui seront consolidées en 2025.
Le 2e budget carbone (2019-2023) pour les émissions nettes (incluant UTCATF) est en voie d’être
dépassé avec un excès de 15 Mt éqCO2, sous réserve de confirmation sur la base des données
consolidées en 2025, du faible niveau du puits de carbone.
Les secteurs de l’énergie et des bâtiments respectent leurs budgets carbone sur la période
2019-2023 avec une marge importante. Les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des
transports respectent leurs budgets carbone avec peu de marge. Les secteurs des déchets et
de l’UTCATF présentent un dépassement des budgets carbone très important.
La baisse annuelle moyenne pour les émissions brutes observée sur la période du 2e budget
carbone (-13,2 Mt éqCO2/an) est supérieure à celle attendue dans la SNBC 2 (-10,4 Mt
éqCO2/an) sur la même période. L’évolution observée entre 2022 et 2023 joue un rôle important
dans l’atteinte de cette trajectoire.
Le rythme de baisse des émissions brutes observé sur la période du 2 e budget carbone
(-13,2 Mt éqCO2/an) se rapproche sans toutefois encore l’atteindre, du rythme nécessaire sur
la période 2024-2030 provisoire du projet de SNBC 3 (-15,0 Mt éqCO2/an) L'accélération de la
L’empreinte carbone de la France est provisoirement estimée à 623 Mt éqCO2 en 2022, soit
9,2 t éqCO2 par personne. L’empreinte carbone est 1,6 fois plus élevée que les émissions territo-
riales. La France a une empreinte carbone supérieure à la moyenne mondiale qui est de 6,8 t
éqCO2 par personne en 2022.
L’empreinte carbone de la France a baissé de 8 % entre 2010 et 2019 sur la base des données
consolidées, principalement du fait de la baisse des émissions territoriales. La valeur de
l’empreinte a fluctué durant la décennie et la part émissions intérieures / émissions importées
est restée proche d'un ratio de 50-50.
ÉMISSIONS
21 TERRITORIALES
SUIVI
211 DES ÉMISSIONS TERRITORIALES
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) territo- Figure 2.1a − Émissions territoriales
riales de la France sont estimées à 372,9 Mt éqCO2 en
et empreinte carbone de la France
2023 (excluant les puits de carbone du secteur UTCATFI),
depuis 2010
soit une réduction de 5,8 % par rapport à 2022 (-22,8 Mt
éqCO2) et de 31 % par rapport à 1990, selon les estima-
800
tions provisoires du Citepa1,2,3,4. Ces émissions sont en
700
partie contrebalancées par des puits de carbone dont le
600
stockage est estimé à 20,7 Mt éqCO25, portant les
Mt éqCO2
200
Les émissions en 2023 sont à leur plus bas niveau
100
depuis le début des inventaires. Elles sont inférieures
0
aux émissions de l’année 2020, marquée par la Covid-19
et un hiver doux (cf. figures 2.1a, 2.1b, 2.1c et 2.1d).
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20
Le secteur des transports est le premier secteur Émissions territoriales (hors UTCATF)
émetteur (34 % des émissions en 2023), suivi des secteurs Émissions territoriales (avec UTCATF)
de l’agriculture (20 %), de l’industrie (17 %), des bâtiments Émpreinte carbone (hors UTCATF, hors gaz fluorés)
Notes : Les émissions territoriales (hors UTCATF) de 2023, ainsi que les
I. Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie.
valeurs de l'empreinte carbone pour les années 2020, 2021 et 2022,
II. Population de 68,4 millions d’habitants au 1er janvier 2024 d’après les
sont des données provisoires.
estimations de l’Insee dans le bilan démographique de 2023 :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7750004 Source : Citepa (2024) format Secten, Sdes (2023)
55
(16 %), de la transformation d’énergie (9 %) et des forte que la baisse moyenne de 7,8 Mt éqCO2/an
déchets (4 %). Les puits de carbone du secteur de observée sur la décennie 2012-2022. Les sous-secteurs
l’utilisation des terres (UTCATF), avec 20,7 Mt, contreba- qui ont vu leurs émissions augmenter en 2023 relèvent
lancent 5,5 % des émissions brutesI. Les émissions de l’énergie − raffinage du pétrole (augmentation de 6 %
territoriales sont composéesII à 76 % de CO2, 15 % de représentant 0,4 Mt éqCO2), extraction et distribution
CH4, 7 % de N2O et 2,5 % de gaz fluorés. La part des de combustibles liquides (augmentation de 10 % mais
transports et de l’agriculture dans les émissions natio- représentant peu en valeur (+0,001 Mt éqCO2) − et des
nales a augmenté en 2023 par rapport à 20226 du fait transports − deux roues (+4 %, + 0,1 Mt éqCO2) et autres
de baisses plus faibles pour ces secteurs. navigations (+4 %, + 0,04 Mt éqCO2).
La baisse des émissions de GES en 2023 par rapport à Pour l’année 2022, les données consolidées du Citepa
2022 résulte de baisses dans tous les secteurs (sauf montrent une baisse d’émissions de 3,9 % par rapport
déchets) (cf. figure 2.1e) et dans la plupart des sous- à 2021 (16 Mt éqCO2). Cette valeur est à comparer à la
secteurs, les plus fortes étant enregistrées dans les baisse de 2,7 % estimée l’année dernière sur la base
secteurs de l’énergie et de l’industrie. Elle est plus des données provisoires. Les émissions consolidées en
forte que la baisse moyenne sur les dernières années 2022 sont de 395,7 Mt éqCO2 hors UTCATF. En incluant
(cf. figure 2.1b et 2.1c). Cette baisse totale de 22,8 Mt le secteur UTCATF, la baisse des émissions nettes
éqCO2 pour les émissions brutes (hors UTCATF, s'établit également à 3,9 % soit 377,2 Mt éqCO2. Les
estimations provisoires 2023) est plus de deux fois émissions de l’agriculture, non estimées dans les
supérieure à la baisse moyenne de 10,9 Mt éqCO2/an données provisoires publiées en 2023, ont diminué de
observée sur la période 2019-2022. Elle est aussi plus 2,9 % en 2022 par rapport à 2021, tandis que le puits de
Figure 2.1b − Évolution des émissions de gaz à effet de serre entre 2012 et 2023
1,7
1,5
0
-0,7-1,0 -0,1
-0,8 -1,2 -0,3
-1,6 -1,9 -1,6 -1,2
-2,7 -2,5
-3,4
-5 -4,6
-4,4
-6,1 -6,0
-7,7 -7,8
-10
-9,4
-10,9
Mt éqCO2/an
-15
Évolution 2012-2022
-20
Évolution 2019-2022
re
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To
Notes : Les données d'émission pour l'année 2023 sont provisoires, et risquent de changer dans les données consolidées de l'inventaire Secten 2025,
en particulier pour l'agriculture (hâchurée)
Source : Citepa (2024) format Secten
I. Cette valeur pour 2023 est une estimation peu fiable. Une valeur fiable sera donnée lors de la parution de l’inventaire au format Secten 2025. En 2022
(données consolidées), le secteur UTCATF contrebalançait 4,7 % des émissions.
II. Sur la base des estimations 2023 approximatives pour l’agriculture et très approximatives pour les déchets (cf. note 3).
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Mt éqCO2
60
pour les cultures et de 1,4 Mt éqCO2 pour l’élevage, partiel- 40
lement contrebalancée par une hausse de 0,2 Mt éqCO2 20
pour les engins agricoles, sous-secteur dont les émissions 0
-20
oscillent autour de 11 Mt éqCO2 depuis 1990 sans voir de
-40
baisse significative. Les émissions du secteur de l’agri- -60
culture sont provisoirement estimées à 73 Mt éqCO2
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en 2023 (-1,6 % par rapport à 2022, soit -1,2 Mt éqCO2).
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Transports Industrie Energie Agriculture
Dans le secteur de l’UTCATF, les puits de carbone ont Bâtiments Déchets UTCATF
stocké 18,5 Mt éqCO2 en 2022, soit une baisse du Notes : les données d'émission pour 2023 sont provisoires.
puits de 2,9 % par rapport à 2021, et sont à un niveau Source : Citepa (2024) format Secten
relativement stable depuis la forte diminution du
puits entre 2013 et 2017 (cf. 3.6). Cette baisse de 0,5 Mt
éqCO2 est principalement le fait d’une diminution du
stockage de carbone dans les produits bois (0,7 Mt
Figure 2.1e − Évolution par gaz des émissions
éqCO27) et d’une augmentation des émissions des de la France depuis 2010 (hors UTCATF)
terres artificialisées (+0,2 Mt éqCO2), qui ne sont pas
compensées par l’augmentation du stockage dans les 450
forêts (-0,2 Mt éqCO2) et la baisse des émissions dans 400
les terres cultivées (-0,1 Mt éqCO2). Après une forte 350
dégradation du puits (en particulier dans le sous-sec- 300
Mt éqCO2
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diminué de 2,2% (-1,3 Mt éqCO2) et celles de N2O de 4 % Notes : Données 2023 provisoires. Les valeurs de pouvoir de réchauf-
(-1,1 Mt éqCO2), hors secteur UTCATF (cf. figure 2.1e). fement global utilisées par le Citepa sont celles de l'AR 5 du GIEC
Entre 2022 et 2023, les émissions de CO2 ont décru de Source : Citepa (2024) format Secten
6,9 % (-21 Mt éqCO2).
I. Les calculs sur la base du PIB recouvrant partiellement les baisses d’émissions sectorielles circonstancielles (exemple : baisse d’activité productive)
identifiées dans la figure 2.1f, ils ne sont pas cumulables.
II. À très court terme, le lien entre la production et les émissions est très rigide (à l'effet de la température près) ; à moyen terme, les technologies, les compor-
tements et les prix changent, ce qui peut permettre le découplage.
III. Cette estimation a été faite en utilisant une hypothèse contrefactuelle où les émissions 2022 du secteur de l’énergie se seraient inscrites dans la tendance
observée sur la période 2021-2023, afin d’écarter l’effet circonstanciel de la baisse de production nucléaire en 2022, tout en tenant compte de la hausse
tendancielle de production à partir d’énergies renouvelables variables.
59
relative à la baisse d’activité est obtenue en appli- années, qui a connu un ralentissement en 2023. Entre
quant cette proportion aux émissions des poids lourds 2022 et 2023, le cheptel bovin a perdu 0,2 million de
en 2022, ce qui donne un premier ordre de grandeur têtes (-1,2 %) induisant, sous réserve de confirmation
de cet effet. des estimations, une baisse des émissions associée
de 0,4 Mt éqCO2.
L’élevage bovin connaît une décapitalisation de
son cheptel en raison du contexte socio-écono- En excluant ces facteurs conjoncturels, la baisse des
mique, avec une baisse des émissions associée émissions en 2023 est plus faible de 7,5 Mt éqCO2,
estimée entre 2022 et 2023 à 0,4 Mt éqCO2. La dimi- mais reste plus forte, avec 15,3 Mt éqCO2, que le
nution du cheptel bovin ne résulte pas d’une straté- rythme annuel moyen sur la période 2019-2022 (cf.
gie concertée de baisse des émissions mais des figure 2.1f). Cette baisse de 15,3 Mt éqCO2 représente
conditions socio-économiques difficiles du secteur la valeur maximale attribuable aux politiques publiques
qui induisent une baisse structurelle depuis plusieurs climatiquesII .
RESPECT DU BUDGET
22 CARBONE
L’année 2023 marque la fin de la période 2019-2023 1 626 Mt éqCO2 pour un budget carbone cumulé sur la
du 2e budget carbone de la SNBC 2. Le niveau de ce périodeII de 1704 Mt éqCO2. Si les données provisoires
budget fixé par décret en 202012 a été ajusté13 depuis sont confirmées, le niveau annuel indicatif sera égale-
(cf. annexe 2.4.1), de même que sa répartition indica- ment respecté en 2023, avec un niveau d’émissions
tive annuelle, afin de prendre en compte les avancées estimé à 373 Mt éqCO2 pour un budget carbone indi-
méthodologiques. Comme les émissions pour l’année catif de 395 Mt éqCO2. Sur la période du 2e budget car-
2023 sont des données provisoires sujettes à actuali- bone, le budget carbone brut est, sous réserve de
sation (cf. 2.1), les conclusions présentées dans cette confirmation, respecté avec 100 Mt éqCO2 d’écart
section devront être confirmées dans le rapport annuel (cf. figure 2.2a)III. Le 1er budget carbone (2015-2018) a été
du Haut conseil pour le climat en 2025, sur la base des dépassé de 62 Mt éqCO214 (valeur non ajustée), équiva-
données consolidées. lant, avec les méthodologies d’inventaire actuelles à 61
Mt éqCO215. Le solde sur l’ensemble des deux périodes
Le 2e budget carbone de la SNBC 2 pour les émissions est de 38 Mt éqCO2 de margeIV.
brutes (hors UTCATF) est en voie d’être respecté,
selon les données provisoires du Citepa (figure 2.2a et Le 2e budget carbone de la SNBC 2 pour les émis-
tableau 2.2a). Les budgets carbone annuels indicatifs sions nettes (incluant le secteur UTCATF) est en voie
ont été respectés de 2019 à 2022 sur la base des don- d’être dépassé, du fait du faible niveau des puits de
nées consolidées, avec des émissions cumulées de carbone (figure 2.2a). À l’exception de 2020 (année
I. Même s’il existe d’autres éléments non ciblés par les politiques publiques comme par exemple le prix des engrais qui explique une partie de la baisse des
émissions associées à l’utilisation d’engrais dans l’agriculture, mais qui n’a pas été comptabilisé ici du fait d’hypothèses plus incertaines.
II. Somme des budgets carbone annuels indicatifs
III. Budget brut cumulé de 2099 Mt éqCO2 pour des émissions cumulées de 1999 Mt éqCO2.
IV. Il est cependant important de noter que le deuxième budget carbone a été réévalué de 22 Mt éqCO2 (le budget 2 de la SNBC 1 était de 399 Mt en
moyenne annuelle, le budget 2 de la SNBC 2 était de 421 Mt ; chiffres non ajustés) au moment de l’adoption de la SNBC 2, contre l'avis du HCC. cf. HCC
(2019) « Agir en cohérence avec les ambitions ».
Mt éqCO2
Mt éqCO2
300 1 500
Mt éqCO2
250
200 1 000
150
100 500
50
0 0
2019 2020 2021 2022 2023*
2e budget carbone (2019-2023)
1 200
250
1 000
200
800
150
600
100 400
50 200
0 0
2019 2020 2021 2022 2023* 2e budget carbone (2019-2023)
Émissions Budget Émissions Budget
Note : Les budgets carbone ont été ajustés pour prendre en compte les différences issues de l'inventaire Secten 2024 (cf. annexe).
Les données pour l'année 2023 sont une estimation provisoire, et, pour ces données, les estimations pour l'agriculture, et surtout les déchets et
l'UTCATF, sont plus approximatives (la part représentée par ces secteurs est hâchurée sur le graphique).
Source : Citepa (2024) format Secten
Figure 2.2b − Écart moyen au budget carbone par secteur sur la période 2019-2023
Utilisation des Terres,
Changement d'Affectation
30
Déchets des Terres et Foresterie
25
20
15
Total avec
Mt éqCO2/an
10
UTCATF
5
-5
-10
-15
-20
-25
Transports Industrie Énergie Émissions totales
Agriculture Bâtiment hors UTCATF
Lecture : pour le secteur des déchets, le budget carbone a été dépassé, en moyenne sur la période, de 2,1 Mt éqCO2. Pour le secteur de l'énergie, les
émissions réalisées ont été inférieures au budget carbone sur la période de 6,4 MtéqCO2.
Pour l'agriculture, les déchets et l'UTCATF, les estimations pour 2023 ont été reprises.
Industrie
3
Sur la période du 2e budget carbone (2019-2023), la
Énergie
baisse annuelle moyenne observée est supérieure
2
à celle attendue par la SNBC 2 sur la même
Agriculture Transports
période (cf. figure 2.2d). L’évolution observée entre
1
2022 et 2023 joue un rôle important dans l’atteinte
des rythmes attendus. Les émissions brutes ont
0
baissé plus vite que prévu par la SNBC 2 sur la
Déchets période 2019-2023 III, avec un rythme observé de
-1 13,2 Mt éqCO2 par an, pour un rythme attendu de
0 1 2 3 4 5 10,4 Mt éqCO2 par an. L’évolution des émissions
nettes est plus difficile à interpréter du fait de la
Rythmes annuels moyens attendus (Mt éqCO2/an) baisse rapide du puits de carbone entre 2013 et
La taille des bulles est proportionnelle aux émissions du secteur en
2017, non anticipée dans la SNBC 2.
2023. Les secteurs en dessous de la bissectrice sont en retard par rap-
port au rythme attendu, ceux au-dessus sont en avance. Pour l’agricul-
ture et les déchets, les valeurs de 2023 ont été prises en compte.
Le secteur des transports et celui des déchets
affichent un retard par rapport à leur trajectoire
HCC, d'après Citepa (2024) format Secten et SNBC 2
de baisse indicative. Le secteur des transports,
premier secteur émetteur en France, n’a, de plus,
Covid), tous les budgets carbone annuels indicatifs respecté son budget carbone cumulé qu’en raison
ont été dépassés pour la période 2019-2022. Les de la baisse des émissions due à la crise Covid. Le
émissions cumulées entre 2019 et 2022, années pour retard du secteur des transports est de 0,6 Mt
lesquelles les données consolidées sont disponibles éqCO2/an sur 2019-2023 en moyenne, suivi par le
pour tous les secteurs, sont de 1 548 Mt éqCO 2, alors retard du secteur des déchets de 0,5 Mt éqCO2 sur
que le budget carbone cumulé I est de 1 532 Mt 2019-2022 en moyenne. Le secteur des transports
éqCO 2. Le budget carbone devrait également être ne respecte son budget carbone indicatif que du
dépassé sur la période 2019-2023 du fait du faible fait de la baisse d’activité subie durant la période
niveau du puits de carbone, pour lequel le budget Covid, son évolution annuelle moyenne n’aurait
carbone moyen est de -43 Mt éqCO 2/an, valeur autrement pas suffi à baisser significativement les
éloignée du puits constaté, qui oscille autour de 20 émissions du secteur (cf. figure 2.2d). Les autres
Mt éqCO 2/an (cf. Tableau 2.2a). Sur la période du 2e secteurs sont en avance sur leur rythme annuel
budget, le budget carbone net est, sous réserve de indicatif attendu, en particulier l’industrie (de 1,5 Mt
confirmation des données provisoires, dépassé de éqCO2/an sur 2019-2023) et les bâtiments (de 1,2 Mt
15 Mt éqCO 2 (cf. figure 2.2b) II. éqCO2/an sur 2019-2023), mais aussi l’énergie (de
1,0 Mt éqCO2 sur 2019-2023). Pour l’agriculture, le
Tous les secteurs ont respecté leur budget carbone, rythme est en avance mais proche du rythme
sauf les secteurs UTCATF et déchets, selon les annuel indicatif attendu (écart de 0,4 Mt éqCO2 sur
estimations provisoires. Les secteurs de l’agriculture, 2019-2023), sachant que ce secteur fait l’objet des
de l’industrie et des transports respectent avec peu de plus faibles baisses en émissions attendues, après
marge leur budget indicatif alloué (au plus 3 % le secteur des déchets (figure 2.2c).
TRANSPORTS AGRICULTURE
140 85
135
80
130
Mt éqCO2
Mt éqCO2
125 75
120
115 70
110
65
105
100 60
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
INDUSTRIE BÂTIMENTS
85 90
85
80
80
Mt éqCO2
Mt éqCO2
75 75
70
70 65
60
65
55
60 50
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
ÉNERGIE DÉCHETS
55 16
15
50
Mt éqCO2
Mt éqCO2
14
45
13
40
12
35
11
30 10
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
UTCATF
10
-20
Émissions
-30
Source : HCC, d'après Citepa (2024) format Secten
-40
-50
La Stratégie nationale bas carbone est en cours de renou- Les objectifs du projet de SNBC 3 pour 2030 sont
vellement et aboutira à des objectifs et des budgets nécessairement plus ambitieux que ceux de la SNBC 2.
carbone plus ambitieux qui doivent être cohérents avec La SNBC 2 implique une baisse des émissions brutes
la loi européenne sur le climat de 2021. La baisse des d’environ 8,9 Mt éqCO2/an en moyenne entre 2024
émissions sera accélérée et doit aussi être en cohérence et 2030, tandis que les nouveaux objectifs du projet
avec le paquet législatif européen Fit for 55 qui décline la SNBC 3 impliquent une baisse de 15,0 Mt éqCO2/an.
loi par secteurs et précise les attentes pour les puits L’objectif 2030 de la SNBC 2 permettait d’atteindre
(UTCATF). La SNBC 3 est attendue avant fin 2024 après un -43 % d’émissions brutes (hors UTCATF) par rapport à
retard conséquent dans sa publication16. Un projet partiel 1990, alors que le projet de SNBC 3 atteint -50 %, en
de SNBC 3 avec une trajectoire d’émissions et des budgets cohérence avec les objectifs du Fit for 55 couvrant les
carbone allant jusqu’en 2033 est ouvert à la concerta- émissions brutes pour la France (cf. chapitre 4)19. Ces
tion17. Ce projet inclut des objectifs de réduction d’émis- objectifs ont été ajustés de la même manière que les
sions de gaz à effet de serre par secteurs pour 203018. budgets carbone pour prendre en compte les évolu-
Tableau 2.2a - Respect du budget carbone 2019-2023 et alignement avec les objectifs 2030
NIVEAUX ANNUELS MOYENS (Mt éqCO2) RYTHMES MOYENS DE DÉCARBONATION (Mt éqCO2 /an)
SECTEUR PART ÉMISSIONS BUDGETS RYTHME RYTHME RYTHME 2024-2030 RYTHME 2024-2030
DES ÉMISSIONS SUR LA PÉRIODE CARBONE CONSTATÉ ATTENDU POUR ATTEINDRE POUR ATTEINDRE
EN 2023 2019-2023 SNBC 2 2019-2023 2019-2023 LES OBJECTIFS LES OBJECTIFS
PAR LA SNBC 2 SNBC 2 DU PROJET DE SNBC 3
-0,7 -1,1
DÉCHETS 4% 15 12 0,1 -0,4 Inverser Inverser
la tendance la tendance
-12,3 -14,7
TOTAL NET 380 377 -12,5 -10,1
1,2
Notes : Les baisses annuelles à réaliser sont calculées à partir de la différence entre l’objectif 2030 (de la SNBC 2 et du projet de SNBC 3) et les émis-
sions réalisées en 2023 divisée par le nombre d’années restantes (7). Ce rythme annuel est comparé au rythme annuel moyen constaté durant la pé-
riode du 2e budget carbone (2019-2023). Les objectifs 2030 et les budgets carbone du projet de SNBC 3, basés sur le format Secten 2023, ont été
ajustés pour tenir compte des évolutions méthodologiques (calcul HCC, cf. annexe 2.4) en cohérence avec le format Secten 2024. Les proxy de
2023 pour l’agriculture, les déchets et l’UTCATF sont pris en compte ici.
*La SNBC 2 prévoyait une dégradation lente du puits.
**Les puits de carbone ont un objectif 2030 de 19 Mt éqCO2. La SNBC 2 n’ayant pas anticipé l’ampleur de la dégradation, l’objectif y est plus élevé,
alors que les objectifs provisoires pour la SNBC 3 sont plus réalistes face à cet état de dégradation.
Source : Haut Conseil pour le Climat, d'après Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 et projet de SNBC 3
Hors UTCATF
500
Budgets carbone bruts
Trajectoire SNBC 2 brute
Émissions nationales brutes
400
Objectif 2030 brut
du projet de SNBC 3
Objectif 2030 brut calculé
à partir du Fit for 55
Mt éqCO2
300
Avec UTCATF
Budgets carbone nets
200
Trajectoire SNBC 2 nette
Émissions nationales nettes
Objectif 2030 net
100 du projet de SNBC 3
Objectif 2030 net calculé
à partir du Fit for 55
0
2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032
Note : Les données pour 2023 sont provisoires
Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2, calculs du HCC (Fit for 55)
tions méthodologiques de l’inventaire Secten entre 2024-2030, mais elle reste inférieure aux 15 Mt éqCO2
2023 et 2024I. Grâce à la forte baisse des émissions nécessaires à l’atteinte des nouveaux objectifs provi-
observée en 2023, la baisse annuelle moyenne des soires pour 2030. Pour les émissions nettes, la baisse
émissions brutes attendue sur la période 2024-2030 moyenne observée de 12,5 Mt éqCO2 est proche de
est désormais estimée à 15,0 Mt éqCO2/an (comparé celle de 12,3 Mt éqCO2 attendue dans la SNBC 2 mais
à 16,8 Mt éqCO2/an sur la période 2023-2030 estimée reste inférieure aux 14,7 Mt éqCO2 du projet de SNBC 3
dans le rapport annuel de 2023 du HCC). (cf tableau 2.2a).
Le rythme de baisse des émissions observé sur la Le rythme de baisse des émissions observé sur la
période 2019-2023 est compatible avec l’atteinte des période 2019-2023 est compatible avec les objectifs
objectifs 2030 de la SNBC 2 (avec et hors UTCATF), sectoriels indicatifs du projet de SNBC 3 pour 2030
mais demeure plus faible que le rythme attendu pour sauf pour le secteur des transports et celui des
l’atteinte des objectifs provisoires du projet de SNBC 3. déchets. Pour l’industrie, les bâtiments et l’énergie, le
Le rythme de baisse pour les émissions brutes doit aug- rythme est compatible avec le rythme nécessaire pour
menter d’un facteur 1,1 (10 % plus rapide) pour atteindre atteindre l’objectif 2030 du projet de SNBC 3. L'ambi-
les objectifs provisoires du projet de SNBC 3, d’un fac- tion de réduction est proportionnellement plus faible
teur 1,2 (20 % plus rapide) pour les émissions nettes (cf. pour l’agriculture, facilitant le maintien du rythme
figure 2.2e), et d’un facteur 1,3 (30 % plus rapide) en attendu. Pour le secteur des transports, le rythme est
tenant compte du décalage entre les objectifs provi- trois fois plus faible que le rythme attendu. Enfin, les
soires de 2030 du projet de SNBC 3 et le Fit for 55 (cf. objectifs UTCATF du projet de SNBC 3 prennent en
chapitre 4). Pour 2030, le projet de SNBC 3 indique un compte la dégradation du puits de carbone, et visent
objectif provisoire de 268 Mt éqCO2 pour les émissions un niveau proche du stockage actuel de ce secteur,
brutesII. La baisse moyenne de 13,2 Mt éqCO2 observée avec des implications sur le respect du Fit For 55 du
sur la période 2019-2023 (hors UTCATF, données provi- fait de l'écart entre l'objectif prévu pour l'UTCATF
soires pour 2023) est plus forte que celle de 8,9 Mt dans le règlement associé avec celui du projet de
éqCO 2 attendue dans la SNBC 2 sur la période SNBC 3 (cf. chapitre 4).
I. Ces différences sont faibles, sauf pour certains sous-secteurs (notamment dans l'UTCATF). La méthodologie d’ajustement est identique à celle effectuée
pour les budgets carbone (Cf. annexe 2.4).
II. La répartition sectorielle proposée est, en 2030, de 90 Mt éqCO2 pour les transports, 67 Mt éqCO2 pour l’agriculture, 45 pour l’industrie, 32 pour les
bâtiments, 27 pour l’énergie et 7 pour les déchets. Les objectifs 2030 du projet de SNBC 3, qui ont été mis en place sous format Secten 2023, ont été
ajustés de sorte à prendre en compte les différences entre les valeurs d’émissions du Secten 2023 et celles du Secten 2024. Ces ajustements ne modifient
pas les valeurs arrondies à l’unité des objectifs 2030, sauf pour l’UTCATF où l’objectif se retrouve à -19 Mt éqCO2, par rapport aux -18 affichés.
65
L’extrapolation de la trajectoire d’émissions vers Les baisses significatives des émissions entre 2021 et
l’objectif 2030 basée sur les rythmes annuels de 2023 mettent la France dans des dispositions
baisse est à considérer avec prudence car les favorables pour l’atteinte des objectifs 2030 avec un
rythmes récents intègrent des baisses circons- point de départ plus bas, ce qui permet un rythme de
tancielles non reproductibles. Le risque serait de baisse plus modeste d’ici 2030. Les efforts soutenant le
ne pas atteindre l’objectif si, d’année en année, le rythme atteint sur ces deux années (19,4 Mt éqCO2/an)
rythme de baisse ralentit régulièrement à l’approche sont à maintenir dans la durée en tenant compte des
de l’échéance. Les niveaux atteints en 2023 pour effets conjoncturels non reproductibles. La baisse impor-
plusieurs secteurs, ainsi que la répartition sectorielle tante des émissions de 2023 et dans une moindre mesure
choisie font que le rythme observé entre 2019 et 2023 la révision à la hausse des réductions d’émissions pour
semble proche du rythme futur découlant des objec- 2022 suite à la consolidation des données de 2023
tifs 2030. En retranchant les éléments conjoncturels viennent tempérer les conclusions du rapport annuel
cumulés estimés en ordre de grandeur (ayant expli- 2023 du HCC qui avait conclu à un besoin d’accélération
qué entre 7 et 8 Mt éqCO 2 de baisse entre 2022 de baisse des émissions par un facteur 1,9 pour atteindre
et 2023), la baisse moyenne annuelle à réaliser pour l’objectif Fit for 55 en 2030 (-54 % d’émissions nettes
atteindre l’objectif 2030 du projet de SNBC 3 est entre 2030 et 1990), alors qu’un facteur 1,3 est maintenant
de 16 Mt éqCO2 par an. attendu sur la base des données les plus récentes.
EMPREINTE CARBONE
23 ET ÉCHANGES INTERNATIONAUX
L’empreinte carbone de la France est estimée à 623 Mt provisoire des émissions de l’empreinte carbone pour
éqCO2 en 2022, soit 9,2 t éqCO2 par personne20,21,22. les années 2020 à 2022 limite l’interprétation des tendances
L’empreinte carbone est 1,6 fois plus élevée que les sur les années récentes, qui seront à confirmer lors de la
émissions territoriales. Les émissions associées aux publication des données consolidées.
importations représentent plus de la moitié (56 %) de
l’empreinte totale (348 Mt éqCO2). Les émissions La France a une empreinte carbone supérieure à la
intérieures (estimées à 275 Mt éqCO2) sont composées moyenne mondiale qui est, en 2019, de 6,8 t éqCO2
des émissions produites sur le sol français, via la par personne 23. Au niveau européen, l’empreinte
production intérieure de biens et services (169 Mt carbone de la France restreinte au CO224 est de 7,6 t
éqCO2) et les émissions directes des ménages (106 Mt CO2 par personne, pour une moyenne européenne de
éqCO2)I. La valeur de l’empreinte carbone est 1,6 fois 8,3 t CO2 et une valeur mondiale de 4,8 t CO2III. L’em-
plus élevée que les émissions territoriales (396 Mt preinte CO2 rapportée à la population est supérieure
éqCO2 en 2022) soit 5,8 t éqCO2 par personne. L’em- à la valeur moyenne mondiale, alors que les émissions
preinte carbone est composée à 78 % de dioxyde de territoriales de CO2 de la France sont proches de la
carbone (CO2), à 16,0 % de méthane (CH4) et à près de moyenne mondiale (4,8 t CO2 en 2019)25,26.
6 % de protoxyde d’azote (N2O)II.
Entre 2010 et 2019, l’empreinte carbone a baissé de 8 %,
surtout du fait de la baisse des émissions territoriales.
L’empreinte carbone atteindrait en 2022 un niveau La valeur de l’empreinte a fluctué durant la décennie et
proche de celui pré-Covid de 2019, affichant un rebond la part émissions intérieures / émissions importées est
de 8 % par rapport à 2021. Les années 2020 et 2021 sont restée proche des 50-50 (cf. figure 2.3a). Les émissions
caractérisées par une valeur historiquement basse de importées, représentant la moitié de l’empreinte, sont
ces émissions du fait de la crise sanitaire. Le caractère légèrement plus faibles en 2019 qu’en 2010.
I. La décomposition par origine importée ou territoriale de l’empreinte se fait à partir de données sur les échanges commerciaux de la France et sur
l'évolution des intensités en GES des productions étrangères. Ces données ne sont pas consolidées.
II. Ces trois gaz représentent 96 % des émissions totales en CO2 équivalent. Le calcul ne prend pas en compte les autres gaz à effet de serre. L’empreinte
carbone est ainsi encore plus élevée.
III. Base de données Eurostat-Figaro, année 2019. Ici, le chiffre pour la France utilisé est celui calculé au niveau européen et non celui du Sdes, afin de pouvoir
comparer avec la valeur d’empreinte en dioxyde de carbone européenne. La valeur pour la France calculée par le modèle européen est légèrement plus
élevée que celle calculée par le Sdes, de 7,3 t CO2/habitant.
100
Les déplacements, le logement et l’alimentation repré-
0
sentent trois quarts de l’empreinte. La décomposition
2010 2015 2020 2025 de l’empreinte par poste de consommation27 permet
Émissions associées aux importations, hors ré-exportations une vision globale de l’impact des modes de vie individuels
Émissions intérieures de l'activité économique et des ménages,
hors exportations sur le climat. Concernant l’alimentation, près de la moitié
Empreinte carbone totale des émissions provient des denrées alimentaires trans-
Note : Les valeurs de l'empreinte carbone pour les années 2020, 2021 et formées. La part carnée de l’alimentation et les émissions
2022, sont des données provisoires estimées. Les valeurs consolidées de gaz à effet de serre de l'agriculture constituent des
pourront être significativement différentes. Les émissions intérieures sont
les émissions territoriales soustraites des émissions des exportations. facteurs déterminants de cette empreinte, dans le cadre
Source : Sdes (2023) de verrous plus larges associés au système alimentaire28.
23
22
10
14
13
18
19
12
16
21
15
17
11
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
trielle intérieure augmententI. Entre 1990 et 2015, les Note : Les données d'émission pour 2023 sont provisoires.
émissions territoriales (exportations incluses) de l’indus- Source : Citepa (2024) format CCNUCC
I. Voir notamment l’étude, au niveau macro, de l’Insee et de la Banque de France : Bourgeois, Montornes (2023) « Produire en France plutôt qu’à l’étranger :
https:/
quelles conséquences ? » Produire /www.insee.fr/fr/statistiques/7702892
en France plutôt qu’à l’étranger, quelles conséquences ? - Insee Analyses - 89.
II. Dans les détails que le Sdes apporte sur l’empreinte carbone, cette dernière est décomposée selon les biens et les services en 64 catégories (à partir de
la nomenclature des activités françaises NAF) regroupant des produits de la demande finale similaires. Voir Sdes (2022) « La décomposition de
l’empreinte carbone de la demande finale de la France par postes de consommation ».
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/media/5595/download?inline
67
2022 une valeur de 17,9 Mt éqCO 2 (antérieurement et fluvial (17 % des émissions des transports internationaux)
estimées à 15,3 Mt éq CO 2). En 2023, elles sont de ont diminué de 0,4 Mt éqCO2 tandis que les émissions du
19,7 Mt éqCO2, ce qui demeure inférieur à leur niveau transport aérien international (83 % des émissions des
pré-covid de 2019. Les émissions du transport maritime transports internationaux) ont augmenté de 2,2 Mt éqCO2.
ANNEXES
24 DU CHAPITRE 2
Chaque année, le Citepa modifie, pour améliorer sa d’un secteur en 2030 par rapport à leur niveau de
fiabilité, la méthodologie d’évaluation des émissions 2005 était de 20 %, alors il convient de conserver ce
de gaz à effet de serre, ce qui nécessite d’ajuster les ratio après les ajustements méthodologiques.
budgets carbone de la SNBC. Ces améliorations visent
à mieux estimer les émissions actuelles et passées, en De manière formelle, le budget carbone ajusté pour
se basant sur les dernières connaissances et les meilleurs une année i est donc donné par la formule :
standards méthodologiques. Les émissions d’un secteur
ou d’un sous-secteur peuvent donc être fortement
réévaluées ex post. Les budgets carbone, tels que dernier Secten
définis dans le https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000041814459
Décret n° 2020-457 du 21 avril 2020,
ajusté SNBC22018
E2005
doivent donc également être réestimés afin de rester BC i = BC i
Secten2018
pertinents. E2005
Le Code de l’environnement prévoit cet ajustement des
budgets carbone, dans l’article D222-1-B
https:/ www.legifrance.gouv.fr/codes/alinéa
article_lc/LEGIARTI0000418II
16442 :
SNBC22018
BC i est le budget carbone de la SNBC 2
« En cas d'évolution de la comptabilité des émis- pour l’année ou la période i, tel que défini initialement,
sions de gaz à effet de serre conduisant à une à partir des données d’émissions du rapport Secten
correction de plus de 1 % des émissions pour les 2018 du Citepa.
années de référence précisées par décret, le solde
du budget carbone est ajusté afin d'assurer la
SECTEN2018
cohérence de la méthodologie retenue avec celle E2005 représente les émissions dans le rapport
qui prévaut dans l'évaluation de son respect, en Secten 2018 du Citepa, qui a servi à définir les budgets
conservant les mêmes réductions sectorielles et par carbone de la SNBC 2.
gaz en valeur relative par rapport à l'année 2005 ».
dernier secten
L’ajustement des budgets carbone a ainsi été réalisé E2005 représente les émissions dans le
à plusieurs reprises. En juillet 2022, le Ministère de la rapport Secten le plus récent, servant de base à l’ajus-
Transition Écologique a publié une note intitulée tement méthodologique.
« Ajustement technique des budgets carbone ». En juin
2023, le Haut conseil pour le climat a publié de Les objectifs 2030 du projet de SNBC 3 ont été ajustés
nouveaux ajustements. de la même manière par rapport au Secten 2023. Ils
ont en effet été élaborés à partir de l’inventaire Secten
La méthode d’ajustement retenue est basée sur le 2023 (l’ajustement a été par conséquent fait pour
principe d’effort de réduction constant par rapport à prendre en compte les différences entre ce format et
2005. Ainsi, si dans la SNBC la baisse des émissions l’inventaire Secten 2024).
BUDGETS CARBONE BC 1 BC 2 BC 3 BC 4
(VALEUR MOYENNE (2015-2018) (2019-2023) (2024-2028) (2028-2032)
ANNUELLE) SECTEURS Mt éqCO2/an Mt éqCO2/an Mt éqCO2/an Mt éqCO2/an
ENERGIE 48 48 36 30
INDUSTRIE 83 75 65 53
DÉCHETS 15 12 11 10
BÂTIMENTS 90 78 61 44
AGRICULTURE 83 78 73 68
NOTES ET RÉFÉRENCES
25 DU CHAPITRE 2
31 TRANSPORTS
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
Le secteur des transports entame sa trajectoire de décarbonation après avoir pris beaucoup
de retard sur les progrès attendus. Pour le transport de voyageurs, l'électrification des
véhicules est en bonne voie mais doit continuer d’accélérer, en facilitant leur accès à tous les
niveaux de revenus. Pour le transport de marchandises, un changement d’échelle rapide est
nécessaire pour électrifier et décarboner les flottes. La mise en œuvre des politiques systé-
miques de transport, voyageurs comme marchandises, n’a pas encore montré ses effets et
reste à approfondir, en particulier en matière de report modal et de maîtrise de la demande,
dans une logique de transition juste.
ÉMISSIONS
Les émissions du secteur des transports ont diminué de 4,4 Mt éq CO2 entre 2022 et 2023, soit
une baisse de 3,4%. Cette baisse est entraînée par le secteur routier, avec les poids lourds (PL)
qui ont vu leurs émissions se réduire de 1,8 Mt éqCO2, tout comme les voitures particulières (-1,5 Mt
éqCO2) et les véhicules utilitaires légers (VUL) (-0,8 Mt éqCO2). La baisse d’activité du secteur
routier explique une partie de la baisse des PL et des VUL, alors que l’électrification des
voitures particulières explique environ 40 % de la baisse associée. Les émissions du transport
international, non incluses dans les inventaires nationaux, ont augmenté de 1,8 Mt éqCO2 entre
2022 et 2023. Les déplacements aériens internationaux ont augmenté en 2023 par rapport à
2022, entraînant une hausse des émissions de 2,2 Mt éqCO2. Les émissions du transport mari-
time ont diminué de 0,4 Mt éqCO2, suite à une baisse d’activité.
BUDGET CARBONE
Le budget carbone de la période 2019-2023 a été respecté, notamment grâce aux restrictions
de déplacements de la crise Covid-19, mais le rythme de baisse des émissions est insuffisant.
Sur cette période, les émissions du secteur des transports ont baissé en moyenne de 1,6 Mt éqCO2
par an. Pour atteindre les cibles provisoires du projet SNBC3, la baisse doit atteindre 5,2 Mt éqCO2
par an, soit un rythme annuel moyen 3,2 fois celui observé entre 2019 et 2023. La baisse de
4,4 Mt éqCO2 observée entre 2022 et 2023 est encourageante, mais n’est pas seulement liée à
des effets structurels. Cette baisse devra être répétée et intensifiée pour respecter la trajec-
toire fixée.
POLITIQUES DE L’ANNÉE
Plusieurs avancées ont été mises en place cette année. Les incitations à l’achat de véhicules
sont davantage ciblées pour rendre l’électrique plus accessible et encourager les véhicules
moins lourds. Les services express régionaux métropolitains ont désormais un cadre légal,
permettant le développement d’une offre multimodale dans les métropoles. Le cadre global
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
La politique des transports se transforme progressivement d’une approche par les projets à
une approche plus systémique. La planification écologique, à travers la thématique « mieux se
déplacer », en articulant la complémentarité des modes de transport, reflète cette approche
plus systémique. Toutefois, le financement se fait toujours au coup par coup, par projet, avec
peu de vision d’ensemble de la mobilité. Par ailleurs, la cohérence d’ensemble n’est pas assurée
car plusieurs projets entraîneront une hausse du trafic automobile, contraire à l’objectif
affiché, et leur impact climatique n’est pas suffisamment pris en compte. La stratégie natio-
nale logistique identifie les différents axes de décarbonation et les besoins associés, mais la
mise en œuvre n’est pas encore effective et les changements significatifs ne sont pas encore
observables. La motorisation des poids lourds n’évolue quasiment pas, et leur part modale ne
diminue pas.
FREINS ET LEVIERS
Plusieurs freins majeurs à la décarbonation des transports ont été identifiés et sont ciblés par
des mesures. Le déploiement de bornes de recharge pour accompagner l’électrification des
véhicules suit le rythme prévu, la production de véhicules électriques est encouragée et
davantage axée sur des véhicules moins lourds, même si le développement de voitures encore
plus légères et accessibles faciliterait leur diffusion. L’offre de transport en commun doit se
développer fortement pour permettre un report modal suffisant de la voiture vers les trans-
ports collectifs de 7 millions de voyageurs quotidiens d’ici 2030 selon le projet de SNBC 3.
La disponibilité de carburants alternatifs pour les secteurs aérien et maritime reste encore un
point d’incertitude.
ADAPTATION
La question de l’adaptation au changement climatique est principalement abordée sous
l’angle du dommage aux infrastructures, la stratégie manque de vision à long terme pour
anticiper et s’adapter aux aléas futurs, y compris les submersions suite aux inondations de
toutes sortes, et les implications des fortes températures sur la maintenance des infrastruc-
tures et le confort des passagers.
TRANSITION JUSTE
Les politiques actuelles ne permettent pas d’anticiper de futurs chocs possibles sur les prix de
l’énergie pour protéger les plus vulnérables dans un contexte de transition énergétique. Les
incitations à l’achat de véhicules électriques sont davantage ciblées mais touchent encore
trop peu de personnes. Il existe une synergie entre la réduction d’émissions et une transition
juste si la première s’appuie sur la sobriété et une bonne répartition des efforts, ce qui n’est pas
encore engagé. Réduire le poids et la puissance des véhicules neufs permettrait de réduire leur
coût d’accès, également pour le marché de seconde main.
73
1
RECOMMANDATIONS :
ACCÉLÉRER LA DÉCARBONATION DES TRANSPORTS
1 Élaborer une stratégie de mobilité longue distance s’appuyant sur différents modes de
transport, qui définisse une feuille de route de maîtrise de la demande (MTECT, 2025,
recommandation HCC 2023 modifiée).
2 Renforcer et faire converger les dispositifs français pour tenir compte des engagements
européens sur les objectifs d’efficacité énergétique des véhicules dans le cadre du paquet
Fit for 55 (MTECT, 2024, Recommandation HCC 2022 modifiée).
3 S’assurer du respect des obligations d’électrification prévues pour les flottes de plus de
100 véhicules, uniquement avec des véhicules zéro émission notamment comme moyen
d’accélérer l’électrification des véhicules et de développer le marché de l’occasion élec-
trique (MTECT, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
4 Garantir et pérenniser les financements pour soutenir l'investissement dans les transports
en commun et les mobilités actives à hauteur des besoins identiés dans le scénario transi-
tion écologique du COI, et anticiper le coût de fonctionnement pour les opérateurs et les
collectivités (Minefi, MTECT, 2024, Recommandation HCC 2023 modiée).
5 Limiter le développement des projets autoroutiers qui entraînent une hausse du trafic
automobile. Actualiser les évaluations des projets en cours en comptabilisant l'ensemble
des gaz à effet de serre des projets, dont l'induction de trafic, et en utilisant la valeur de
l'action pour le climat (MTECT, 2025, Nouvelle recommandation HCC)
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE Figure 3.1a − Émissions du secteur
Les émissions du secteur des transports s’élèvent à des transports en France depuis 2010,
127 Mt éqCO2 en 2023, représentant 34% des émis- trajectoire SNBC 2 et objectif
sions nationales, selon les données provisoires. Elles se du projet de SNBC 3
composent principalement des véhicules particuliers
(67,5 Mt éqCO2, soit 53,2 % du total), des poids lourds 160
(PL) (22 %), des véhicules utilitaires légers (VUL) (15,4 %),
140
de l’aviation domestique (3,5 %) et des bus et cars (2,3 %).
120
Les émissions des transports aérien et maritime inter-
100
nationaux ajoutent respectivement 16,3 et 3,4 Mt éqCO2
Mt éqCO2
20
Les émissions du secteur ont baissé de 4,4 Mt éqCO2
0
entre 2022 et 2023, alors qu’elles avaient augmenté
2010 2015 2020 2025 2030 2035
de 4 Mt éqCO2 entre 2021 et 2022. Les émissions du
Trajectoire indicative SNBC 2 Émissions
secteur ont augmenté de 2,8 % depuis 1990 (+3,5 Mt
Objectif 2030 projet SNBC 3
éqCO2), et diminué de 12,4 % depuis 2005 (-18 Mt
éqCO2) et de 7,9 % depuis 2015 (-10,9 Mt éqCO2). Source : Citepa (2024) format Secten,, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3
Accélération
PART DES VE DANS 0,90 % 16,70 % 7% +2 POINTS +4,3 POINTS de l’électrification
LES IMMATRICULATIONS en cours pour suivre
NEUVES le rythme attendu.
PART MODALE VP* 81,0 % 81,0 % 78,3 % -0 POINT -0,4 POINT Aucune évolution observée.
MOBILITÉ TOTALE 995,0 999,7 1 031,9 +0,1% +0,1% Objectif atteint, en partie
(MRD VOY.KM)** pour des raisons conjoncturelles.
Tendance actuelle
à pérenniser.
Légende : vert = évolution cohérente avec les hypothèses formulées dans le scénario du projet SNBC 3, orange = cohérence incertaine de l’évolu-
tion observée et des hypothèses formulées dans le scénario du projet SNBC 3, rouge = évolution incohérente avec les hypothèses formulées dans
le scénario du projet SNBC 3.
* Calculé à partir des données Sdes, compte transport de voyageurs, qui ne prennent pas en compte les distances parcourues à pied ou en vélo
(environ 1% des distances parcourues en 2019).
** Calculé à partir de l’objectif d’évolution annuel depuis 2015.
***Données CarLabelling transmises par l'Ademe. Ajustées par HCC pour prendre en compte de la différence observée en 2018 entre les données
SDMP et Ademe. Appréciation : HCC.
Source : Compte transport de voyageurs (Sdes), données d'immatriculations, parc et circulation (Sdes), CarLabelling (Ademe), SDMP ; Appréciation : HCC
I. Concernant les poids lourds, les données disponibles indiquent une baisse des t.km parcourues de l’ordre de 2 %. En reportant cette baisse sur les
émissions, on peut expliquer de l’ordre de 0,6 Mt éqCO2 en moins sur les PL du fait de la baisse d’activité.
II. Le parc électrique passe de 1,5 % à 2,6 % du parc total en 2023, et à 2,1 % des distances parcourues si on transpose l’écart observé en 2022 (1,2 % des
distances contre 1,5 % du parc en 2022). On peut en déduire une réduction d’émissions de près de 0,9 % des émissions des VP, soit 0,6 Mt éqCO2, donc
38% de la baisse observée. Ce chiffre permet seulement de donner un ordre de grandeur de l’effet de l’électrification. Les données des distances
parcourues ne sont pas disponibles pour l’année 2023, ce qui ne permet pas de consolider les résultats.
75
89
(SDMP) qui décline les orientations de la SNBC. Les Les déplacements ont connu une rupture de
objectifs 2023 sont ceux présentés dans la SDMP et la tendance avec le crise de la Covid-19, mais il
tendance moyenne annuelle attendue pour la période est trop tôt pour savoir si la tendance à l’aug-
2015-2030 a été calculée à partir des cibles 2030 des mentation des déplacements pré-Covid-19 va
indicateurs de suivi de la planification écologique qui reprendre ou non. La demande totale de
soutiennent le projet SNBC 3. déplacements augmentait de 1 %/an en
moyenne entre 2015 et 2019, avant que la Covid
VÉHICULES PARTICULIERS ne modifie certaines tendances. En 2022I, les
Les émissions des véhicules particuliers ont dimi- déplacements se trouvent à 96,6 % de leur
nué de 1,5 Mt éqCO 2 entre 2022 et 2023, plus que niveau de 2019, et sont 0,5 % plus élevés qu’en
la moyenne annuelle de la période 2019-2023 de 2015. La hausse du prix du carburant en 2022
1 Mt éqCO 2. Pour atteindre les objectifs 2030 du explique une partie de cette limitation de la
projet SNBC 3, une réduction de 2,8 Mt éqCO 2 par demande. La baisse de 3 % des distances par-
an est attendue, soit un rythme annuel moyen 2,9 fois courues entre 2019 et 2022 permet d’expliquer
plus rapide. une grande partie de la réduction d’émissions
sur cette période, en partie pour des raisons
La baisse modeste des émissions des véhicules conjoncturelles. Pérenniser ce ralentissement
particuliers depuis 2019 s’explique par une baisse de croissance de la mobilité permettrait d’être
des distances parcourues et par le renouvelle- en ligne avec les objectifs de maîtrise de la
ment du parc, avec des véhicules neufs moins demande de la SNBC. Pour cela, une analyse
émissifs que ceux remis à la casse. Tous les axes de son évolution récente permettrait de com-
de décarbonation doivent être intensifiés afin prendre en profondeur les déterminants de la
d’accélérer la baisse des émissions des véhicules demande, afin de trouver les outils pour éviter
particuliers en cohérence avec les objectifs 2030 qu’elle reprenne la tendance à la hausse
du projet SNBC 3, soit maintenir la dynamique d’avant 2020.
d’accélération de l’électrification, diminuer les
émissions des véhicules thermiques neufs jusqu’à la Aucun report modal depuis la voiture n’a encore
fin de leurs ventes, entamer le report modal et maî- été observé. La part modale de la voiture est
triser la demande. restée stable entre 2015 et 2022, alors qu’il est
prévu un recul de 5 points entre 2015 et 2028, soit
L’électrification du parc a progressé pour être une baisse moyenne de 0,4 point par an dans le
en ligne avec la SNBC 2. Les véhicules élec- projet de SNBC 3.
triques atteignent près de 17 % des immatricula-
tions neuves en 2023, constituant un parc d’un POIDS LOURDS
million de véhicules électriques, dépassant l’ob- Les émissions des poids lourds ont diminué de 1,8 Mt
jectif pour 2023 présent dans la SDMP. De 2019 à éqCO2 entre 2022 et 2023, plus que la moyenne
2022, la part des véhicules électriques est annuelle de la période 2019-2023 de 0,4 Mt éqCO2
passée de 0,3 % à 1,2 % des distances parcou- par an. Cette baisse marquée en 2023 s’explique par
rues, ce qui peut expliquer de l’ordre de 20 % de un recul de l’activité du transport routier en 2023,
la baisse des émissions sur cette période. Cet avec -2 % de t.km parcourues par rapport à 2022.
effet est structurel et devrait prendre de plus en
plus de poids dans la baisse d’émission. Les Le transport de marchandises entame sa trajectoire
émissions et la consommation de carburant des de décarbonation mais a pris du retard par rapport
véhicules thermiques neufs stagnent voire aug- aux objectifs SDMP. Le trafic de marchandises (en
mentent depuis 2015, alors qu’elles diminuaient t.km) a connu une croissance un peu plus forte que
jusque-là. prévue depuis 2015, de 1,2 %/an en moyenne contre
I. Les données des distances parcourues en 2023 ne sont pas encore disponibles. Elles permettront d'avoir une première idée de la tendance future.
PARC PL ELECTRIQUE 100 700 400 +0 POINTS +6,6 POINTS Forte accélération
nécessaire
pour atteindre
les objectifs 2030.
Source : données d'immatriculations, parc et circulation (Sdes), Enquête longue distance (CNR), SDMP ; Appréciation : HCC.
1 % attendu, mais avec une inflexion depuis 2021. Les Le transport de marchandises entame sa tra-
motorisations alternatives au gaz naturel pour véhi- jectoire de décarbonation mais a pris du retard
cule (GNV) ont pris un retard important (10 400 GNV par rapport aux objectifs SDMP. Le trafic de
contre 21 000 attendus en 2023), alors que celles élec- marchandises (en t.km) a connu une croissance
triques sont en avance (700 PL électriques contre 400 un peu plus forte que prévue depuis 2015, de 1,2 %/an
attendus en 2023)1,I. La consommation de carburant en moyenne contre 1 % attendu, mais avec une
des PL a diminué, passant de 32,1 l/100km en 2015 à inflexion depuis 2021. Les motorisations alterna-
30,1 l/100km en 2023, mais moins que l’objectif de tives, électriques et GNV, ont pris du retard
29,2 l/100km prévu dans la SDMP. (73 600 VUL électriques et 18 300 GNV contre
respectivement 170 000 et 40 000 attendus en
VÉHICULES UTILITAIRES LÉGERS 2023). On observe toutefois une accélération de
Les émissions des VUL ont diminué de 0,7 Mt éqCO2 l’électrification des VUL, avec 8,8 % des immatri-
entre 2022 et 2023, plus que la moyenne annuelle de culations neuves en électriques en 2023, contre
la période 2019-2023 de 0,2 Mt éqCO2. 7,6 % attendues.
Tableau 3.1c - Indicateurs de suivi de la SNBC pour les véhicules utilitaires légers
PARC VUL ÉLECTRIQUE 15 500 73 600 170 000 +1 POINTS +6,3 POINTS
Accélération en cours
pour rattraper
le retard pris.
I. La position semble avoir changée concernant la motorisation des PL. L’objectif dans la SDMP (de 2019) est de 21% de motorisation GNV des PL neufs
en 2028, alors que les indicateurs de suivi de la planification écologique indiquent un objectif de 5% en 2030. Concernant les immatriculations
électriques, l’objectif de la SDMP est de 5,6% en 2028, contre 46 % en 2030 dans le projet de SNBC3.
77
Tableau 3.1d - Indicateurs de suivi de la SNBC pour l'aviation intérieure
INDICATEUR 2015 2023 OBJECTIFS TENDANCE TENDANCE MOYENNE APPRÉCIATION
2023 SDMP MOYENNE ANNUELLE ATTENDUE SUR LA COMPATIBILITÉ
OBSERVÉE 2015-2030 PROJET SNBC 3 AVEC L’OBJECTIF
DEPUIS 2015 2030 DE LA SNBC3
La demande a augmenté
TRAFIC AÉRIEN INTÉRIEUR 45,7 53,9 48,3** +2,1 % +0,7 %*** plus que prévu.
(MRD VOY.KM)
Besoin de la maîtriser.
AVIATION INTÉRIEURE qu’ils ont diminué de 0,9 % par an en moyenne entre 2019
Les émissions du transport aérien intérieur français et 2023. Il est trop tôt pour savoir si la tendance à l’aug-
ont baissé de 0,2 Mt éqCO2 entre 2022 et 2023, et de mentation de la demande pré-Covid va reprendre ou non.
0,1 Mt éqCO2/an en moyenne sur la période 2019-2023.
Le trafic aérien, exprimé en voyageurs.km (PKT), a augmen- RESPECT DU 2e BUDGET CARBONE ET ALIGNEMENT
té de 2,1 % par an en moyenne entre 2015 et 2023, un AVEC LES CIBLES 2030 DU PROJET DE SNBC 3
rythme 3 fois supérieur à l’objectif prévu dans la SDMP Les émissions des transports (127 Mt éqCO 2 )
de 0,7 % par an. La crise de la Covid-19 a marqué une dépassent leur budget carbone indicatif en 2023 (123
rupture de tendance : les déplacements aériens intérieurs Mt éqCO2), mais respectent le budget sur l’ensemble
ont augmenté de 5,1% par an entre 2015 et 2019, alors de la période 2019-2023. Le respect du budget
Figure 3.1b − Émissions des principaux sous-secteurs des transports depuis 2010
70
30
60
29
Mt éqCO2
Mt éqCO2
50
40 28
30
27
20
26
10
0 25
10
11
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13
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18
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23
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20
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20
21 5
Mt éqCO2
Mt éqCO2
20 4
19 3
18 2
17 1
16 0
10
11
12
13
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16
17
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20
20
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20
20
20
20
79
Tableau 3.1e - Synthèse de l’appréciation du cadre d’action public
pour le secteur des transports
STRATÉGIE POLITIQUE ÉCONOMIQUE FREINS ET LEVIERS ADAPTATION TRANSITION JUSTE
ET GOUVERNANCE ET INSTRUMENTS
Sources : HCC. Vert: action publique crédible, jaune: risques notables, orange: risques sérieux, rouge: action publique insuffisante.
Au niveau européen, des objectifs contraignants d’émis- voyageurs sont intégrés dans les SERM pour avoir une
sions ont été fixés pour généraliser les bus « zéro vision systémique de la mobilité. Cependant, le finan-
émission ». Comme pour les voitures particulières, les cement des transports se fait encore au coup par
autobus mis en service à partir de 2035 devront coup, par projet, sans vision d’ensemble4. Un pro-
émettre 0g CO2/km, et d’ici 2030, les émissions des gramme d’ensemble de la mobilité des voyageurs,
véhicules neufs devront avoir diminué de 90 %. avec des financements identifiés et programmés sur
plusieurs années, permettrait une plus grande visibi-
Au niveau européen, des objectifs contraignants lité, et faciliterait l’articulation entre les politiques de
d’émissions ont été fixés pour réduire les émissions mobilité et d’aménagement du territoire.
des poids lourds. Les véhicules neufs devront avoir
réduit leurs émissions de 45 % en 2030 par rapport à La stratégie visant à réduire les émissions des voi-
2019, de 65 % en 2035 et de 90 % en 2040. Ces objec- tures particulières s’est renforcée autour de l’élec-
tifs permettent de fixer une trajectoire pour ce secteur trification, davantage tournée vers des véhicules
qui a du mal à entamer sa décarbonation. plus accessibles, et assurant le déploiement d’in-
frastructures de recharge nécessaires. Une feuille
APPRÉCIATION DE L’ACTION PUBLIQUE de route a été élaborée par la filière automobile en
DANS LE SECTEUR DES TRANSPORTS 2023, elle identifie différents leviers (électrification,
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE carburants bas carbone, report modal, autopartage
L’analyse vise à vérifier la cohérence des stratégies et covoiturage) et propose des mesures opération-
sectorielles vis-à-vis des objectifs de la SNBC, la nelles pour réduire ses émissions. L’électrification
présence d’une vision claire, d'une stratégie opéra- représente le levier principal de la décarbonation du
tionnelle au bon niveau et ayant fait ses preuves, secteur, représentant près de la moitié de la baisse
d’acteurs bien mobilisés et de l’existence de pro- d’émission dans les scénarios de la planification
cessus de suivi, d'évaluation et de correction de écologique. Des mesures ont été mises en place
trajectoire. pour faciliter l’accès et l’utilisation des véhicules
électriques, qui permettent d’être aligné avec les
La politique des transports de voyageurs se trans- objectifs nationaux. Les objectifs de la stratégie
forme progressivement d’une approche par les pro- française, présents dans la SDMP, la SNBC et dans
jets à une approche plus systémique. La SDMP3 prend la loi d’orientation des mobilités, ne sont toujours
en compte plusieurs modes de transports, néanmoins pas alignés avec les normes d’émissions euro-
la complémentarité entre chaque mode n’est pas péennes de 100 % de véhicules zéro émission neufs à
mise en avant. Une approche différenciée entre mobi- partir de 2035.
lité quotidienne et mobilité longue distance, plutôt
que par mode, permettrait de penser la mobilité La stratégie autour des véhicules particuliers manque
comme un système. Les différentes thématiques de la toutefois de cohérence et n’a pas encore permis de
planification écologique, dont « mieux se déplacer », réduire le poids des véhicules individuels dans la mobi-
participent à ce changement de vision, en articulant lité française. La feuille de route du secteur ne consti-
les différents modes de transport et leur complémen- tue pas un plan d’ensemble pour articuler les mesures
tarité. Les SERM, se voulant serviciels et multimodaux, entre elles, en plus du manque d’actualisation de la
intégrant notamment les cars express, le covoiturage SDMP, la cohérence d’ensemble de l’action publique
et les mobilités actives, illustrent cette transformation. n’est pas assurée. Plusieurs projets routiers vont
Au-delà de l’infrastructure et de l’offre de transport, entraîner un accroissement du trafic automobile alors
des éléments comme la billettique et l’information même qu’un des objectifs affichés est de réduire l’uti-
L’impact climatique des projets de transport n’est pas La stratégie du transport de marchandises met en
suffisamment pris en compte. Les études d’impacts cohérence les stratégies des différents modes et
concernant les gaz à effet de serre dans les projets de identifie différents axes de décarbonation possibles.
transport sont peu précises et peu détaillées et se La stratégie nationale logistique porte une vision claire
limitent aux émissions d’utilisation de l’infrastructure, de la décarbonation du secteur, à travers quatre de
sans comptabiliser l’ensemble de la construction. Des ses objectifs : Utiliser le foncier pour favoriser des
travaux sont en cours pour actualiser les évaluations chaînes logistiques plus écologiques ; augmenter l’uti-
concernant l’empreinte de la construction des lisation des modes les plus écologiques et articuler les
infrastructures de transport8. Les prévisions de trafic ont différents modes de transports ; accélérer la baisse
tendance à sous-estimer la fréquentation et les externa- d’émissions du mode routier ; soutenir des solutions
lités associées car elles ne prennent pas en compte l’in- locales pour une logistique du dernier kilomètre plus
duction de trafic générée par de nouvelles infrastruc- durable. Elle s’appuie sur la feuille de route des véhi-
tures. Ce manque est pointé depuis de nombreuses cules lourds élaborée par le secteur, la stratégie natio-
années. Le temps passé à se déplacer par un individu est nale de développement du fret ferroviaire, la stratégie
plutôt constant dans le temps, ainsi, les gains de vitesse nationale portuaire et une stratégie fluviale en cours
permettent surtout de parcourir plus de distance. d’élaboration. La stratégie cible l’ensemble des modes
Actualiser les évaluations peut permettre d’adapter les de transports et différents leviers de décarbonation,
projet, ayant de longues temporalités, avec les besoins avec une partie sur le fret longue distance et une partie
et les contextes qui peuvent évoluer. Le manque d’éva- sur la logistique urbaine. Néanmoins, la demande de
luation peut entraîner des décisions basées sur d’autres transport de marchandise semble être prise comme
critères que leur utilité, comme leur avancement. donnée, et non comme un axe de décarbonation à tra-
vers la maîtrise des distances parcourues et des tonnes
Une stratégie de mobilité longue distance, s’appuyant déplacées. L’évolution de la demande de marchan-
sur différents modes comme le train et les autocars, dises dépend des autres secteurs de l’économie, et
donnerait un cadre pour engager des mesures plus demande de ce fait une vision plus systémique du sec-
structurelles. Actuellement il n’existe pas de stratégie teur, comme initié par la planification écologique avec
de mobilité longue distance, qui représente près de la les thématiques « mieux se déplacer » et « mieux pro-
moitié des distances parcourues et des émissions duire ». Un observatoire de la logistique a été mis en
associées au transport de voyageursII. La stratégie place et des comités interministériels de la logistique
pour le secteur de l’aviation est constituée par la sont prévus pour suivre l’évolution du plan.
81
POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET INSTRUMENTS limite la réduction d’émissions de l’électrification des
L’analyse vise à vérifier que les moyens sont mis en véhicules13. Le malus poids doit encore être renforcé
face des objectifs, que le financement public couplé pour les véhicules thermiques et davantage modulé
aux signaux-prix et les autres incitations encoura- pour les véhicules électriques. Certaines mesures
geant les investissements privés sont crédibles. comme le barème kilométrique qui augmente avec la
puissance fiscale incite encore à l’utilisation de voi-
Les normes européennes d’émissions de CO2 des tures lourdes et puissantes. Encourager l’allègement
véhicules neufs favorisent la production de VE, mais des véhicules aurait plusieurs co-bénéfices : une
certaines modalités de calcul ont facilité l’atteinte moindre consommation de matériaux, une réduction
des objectifs sans faire baisser les émissions des de la taille, pouvant être source de problèmes de par-
constructeurs. Les normes d’émissions votées en mars tage de l’espace en ville14, une réduction des accidents
2023 établissent une trajectoire claire jusqu’à la fin des mortels et une baisse du prix moyen des modèles élec-
ventes de véhicules thermiques neufs en 2035, et ont triques. Le périmètre du bonus reste limité, il ne cible
déjà permis une baisse des émissions moyennes des que les véhicules neufs, qui représentent 13 % des véhi-
véhicules neufs. Toutefois, jusqu’à présent, certaines cules achetés en 2022, principalement par les plus
modalités de calculs ont permis l'atteinte des objectifs haut revenus et les personnes morales, ces derniers
sans contribuer à baisser les émissions. Une bonifica- n’étant plus éligibles au bonus depuis 2024. Un leasing
tion permet de relever l’objectif des constructeurs de 5 % social a aussi été mis en place pour faciliter l’accès
si les véhicules à faibles émissions comptent pour au aux véhicules électriques pour les plus bas revenus.
moins 25 % de leurs immatriculations. Le seuil de 25 % Ce dispositif permet d’encourager les constructeurs à
est proche du niveau d’immatriculation actuel, limitant produire des véhicules plus légers. En 2023, l’introduc-
l’incitation à produire davantage de VE9. D’autre part, tion d’un score environnemental conditionnant le
les véhicules hybrides rechargeables sont comptabili- bonus et le leasing social, exclut certains véhicules
sés comme des véhicules à faibles émissions, or leurs ayant des émissions de production plus élevées pour
émissions en conditions réelles sont en moyenne des caractéristiques similaires. Ces outils demeurent
3,5 fois supérieures à leurs émissions en laboratoire, du structurants pour l’électrification, un ralentissement a
fait d’une utilisation différente par les usagers, ce qui été observé dans certains pays ayant réduit ces aides.
limite leur bénéfice sur les émissions par rapport aux
véhicules thermiques10. Les modalités de calcul pour Les entreprises ne respectent pas leur obligation de
les émissions des VHR font l’objet de travaux de la part verdissement de leur flotte, ce qui limite la diffusion
de la Commission européenne, afin de mieux prendre des véhicules électriques, en particulier pour le
en compte cette différence. Par ailleurs, les émissions marché d’occasion. Les entreprises possédant une
de la fabrication du véhicule ne sont pas prises en flotte supérieure à 100 véhicules sont soumises à un
compte au niveau européen. Un éco-score similaire à minimum de véhicules à faibles émissions dans leurs
celui mis en place en France permettrait de réduire achats. Cette obligation est un outil important pour
davantage les émissions11. Les gains d’efficacité per- verdir le parc automobile, car plus de la moitié des
mettant de limiter les émissions des véhicules ther- véhicules neufs sont achetés par des entreprises, com-
miques ont été compensés par l’augmentation du prenant les entreprises de leasing automobile. Or, 60 %
poids et de la puissance de véhicules12. de ces entreprises ne respectent pas cette obliga-
tion15. Le manque de sanction actuel n’incite pas à la
Les incitations à l’achat de véhicules moins émetteurs respecter. Pourtant l’électrification peut représenter
sont de plus en plus ciblées sur des voitures moins une opportunité pour les entreprises, c’est aujourd’hui
lourdes et plus accessibles pour accélérer la réduc- la motorisation la moins coûteuse sur trois ou quatre
tion d’émissions, et sont structurantes pour l’électrifi- années d’utilisation16. Les VHR, actuellement inclus
cation des véhicules. Le bonus écologique ne concerne dans les objectifs au même titre que les véhicules élec-
que des véhicules au prix de vente inférieur à 47 000 €, triques, émettent en moyenne 3,5 fois plus que leurs
excluant les modèles les plus lourds (cf. figure 3.1c), et émissions théoriques. Cela limite leur bénéfice en termes
accessibles seulement pour les catégories de revenus d’émission, pouvant justifier de ne pas les intégrer
supérieurs. Toutefois, le poids des véhicules électriques dans les objectifs. Le taux de renouvellement du parc
augmente encore plus vite que celui des autres types des entreprises est 3 fois plus rapide que celui des
de motorisation, avec une hausse de 14 % depuis 2015, véhicules des individus17. Rendre cette obligation opé-
soit 200kg supplémentaires par voiture. Cette aug- rante, en adaptant les sanctions et la limiter aux VE,
mentation traduit en partie une amélioration de l’au- permettrait une accélération de l’électrification et une
tonomie de la batterie mais doit être maîtrisée car elle diffusion plus rapide des VE sur le marché d’occasion.
I. Historiquement, la hausse de la vitesse rendue possible par le développement d'infrastructures et l’aménagement du territoire, ainsi qu’une hausse du
revenu par habitant, a expliqué la croissance de la demande. Crozet Y. (2018) « Hyper-mobilité et politiques publiques - Changer d’époque ? ». Bigo A. (2020)
« Les transports face au défi de la transition énergétique. Explorations entre passé et avenir, technologie et sobriété, accélération et ralentissement.
II. Au-delà de l’entretien du réseau, des services peuvent être développés pour faciliter le covoiturage et des infrastructures de recharge doivent être déployées.
III. Provenant de cultures non destinées à l’alimentation, pas encore développés à l’échelle industrielle.
IV. carburants synthétiques principalement dérivés de l’électricité.
V. Institut des mobilités en transition (2023), « Biocarburants de 1re génération dans le transport routier : mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre et
les enjeux à venir ».
83
massifié, autour du mode ferroviaire et du mode flu- transports collectifs quotidiennement. La réalisation de
vial. Une réindustrialisation de la France peut amener cette hypothèse demande un développement de l’offre
un accroissement du transport de marchandises sur le de transports collectifs suffisant pour attirer et accueil-
territoire national24. Mutualiser les flux pour un trans- lir ces nouveaux voyageurs. On observe actuellement,
port massifié peut favoriser les modes ferroviaire et dans plusieurs réseaux, des saturations aux heures de
fluvial ou réduire la fréquence d’envoi. Articuler les pointe. Une grande coordination est nécessaire pour
implantations d’usines et d’installations logistiques s’assurer du développement de chaque réseau adapté
avec les modes de transports décarbonés semble être à sa propre dynamique et s’assurer en parallèle de la
un moyen de limiter les émissions du transport de mar- cohérence entre l’agrégation de chaque réseau et l’ob-
chandises. jectif national de report modal. Le développement des
SERM augmentera l’offre sur les plus grandes aires
Les normes européennes d’émissions sur les PL, per- urbaines. Par ailleurs, il est prévu un report de 4 millions
mettent de donner un horizon de décarbonation au de voyageurs entre la voiture et le train pour les trajets
secteur. Les véhicules neufs devront avoir réduit leurs longue distance, quatre fois par an. La SNCF a accueilli
émissions de 45 % en 2030 par rapport à 2019, de 65 % 24 millions de voyageurs sur les grandes lignes l’été
en 2035 et de 90 % en 2040. 2023, avec un taux d’occupation moyen des TGV de 80 %
(40 % des TGV sont complets)26. L’offre ferroviaire longue
Les émissions du secteur maritime sont progressive-
distance devra se développer pour accueillir de nou-
ment couvertes par un prix du carbone. Le transport
veaux voyageurs sur les axes les plus fréquentés et pour
maritime intègre le SEQE en 2024, dans un premier
gagner en attractivité sur d’autres liaisons. L’ouverture
temps pour les navires les plus gros, sur une partie de
à la concurrence a déjà permis un certain renfort, avec
leurs émissions : 40 % pour 2024, seulement sur les
une hausse de 10 % des circulations sur l’axe Paris-Lyon
émissions de CO2. Cela permet d’étendre progressive-
après l’arrivée d'un nouvel opérateur27. Au total, ce sont
ment la couverture des émissions de GES par un
environ 40 % des distances parcourues en transport
marché carbone.
collectif en 2022 qui devront s’ajouter à la demande
FREINS ET LEVIERS actuelle, représentant un choc d’offre conséquent pour
Le déploiement des bornes de recharge s’effectue à permettre ce report.
un rythme permettant d’accompagner l’utilisation
La disponibilité des carburants bas-carbone n’est
des véhicules électriques. L’objectif de déployer une
pas assurée pour tous les usages prévus dans le
borne accessible au public pour 10 VE est atteint, en
transport de longue distance. Pour certains modes de
parallèle de l’atteinte du nombre de véhicules élec-
transports longue distance, notamment le secteur
triques souhaités. Le rythme de déploiement doit
aérien et maritime, l’électrification n’est pas possible
continuer d’accompagner l’électrification qui s’accé-
ou pertinente pour atteindre la neutralité carbone. Le
lère, en s’assurant de répondre aux différents besoins
déploiement de carburants alternatifs bas-carboneI
(bornes dans les commerces et copropriétés pour les
est un levier de décarbonation pour ces modes. Or la
déplacements quotidiens, bornes de recharge rapide
technologie n’est pas mature, la production poten-
sur autoroute pour la longue distance). Le programme
tielle de ces carburants est limitée et ne sera pas suffi-
France 2030 soutient le déploiement de bornes haute
sante pour satisfaire l’ensemble des usages actuels ou
puissance et ultra haute puissance (recharge en
projetés28. Pour l’instant les usages ne sont pas priori-
moins de 20 minutes) et s’est élargi aux parkings d’ha-
sés, et le bouclage d’ici 2050 n’est pas assuré.
bitat collectif. Le règlement sur le déploiement d'une
infrastructure pour carburants alternatifs (AFIR) au ADAPTATION
niveau européen complète les dispositifs concernant L’analyse vise à vérifier que les impacts climatiques
les bornes de recharge. Si le nombre de bornes ne sont considérés dans les documents de planification
cesse d’augmenter à un rythme suffisant, le taux de et tiennent compte des objectifs de développement
disponibilité se dégrade, avec environ 1 borne sur 4 durable, les acteurs sont mobilisés et l'articulation
non disponible en 202425. nationale/régionale est claire.
I. Comme les biocarburants avancés ou les carburants de synthèse, définis plus haut
I. Hors voiture avec un prix supérieur à 80 000€, qui correspond à un bien de luxe pour lesquels les prix répondent à d’autres critères.
85
Figure 3.1c − Prix des voitures électriques en fonction de leur poids
180 000
160 000
140 000
120 000
Prix (€)
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
0
0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000
Poids (kg)
32 AGRICULTURE
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
Les politiques agricoles souffrent d’un manque d’intégration et d’articulation avec les
politiques alimentaires, sanitaires, environnementales et climatiques, limitant la décarbona-
tion et l’adaptation du secteur. L’approche par la dimension « se nourrir » de la planification
écologique ouvre la voie d’une approche plus systémique. La publication et la mise en œuvre de
la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat est nécessaire car elles
permettraient une meilleure coordination des politiques publiques.
ÉMISSIONS
Les émissions territoriales du secteur baissent de 1,5 Mt éqCO2/an sur la période 2019-2023,
mais à un rythme moindre que celui d’autres secteurs, ce qui accroît son poids relatif dans les
émissions territoriales. Cette baisse résulte d’une réduction subie du cheptel bovin pour des
raisons socio-économiques, de la baisse de l’utilisation des engrais minéraux azotés et
d’importations croissantes, génératrices d'émissions dans d'autres pays. Le secteur agricole
bénéficierait d’une accélération de la décarbonation permettant de réduire l’empreinte
carbone des produits alimentaires.
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
Faute d’une approche systémique, les politiques agricoles, alimentaires et climatiques (volet
agricole de la SNBC 2 et plan climat) ne sont pas suffisamment mises en cohérence au service
de la réduction des émissions et de la résilience des exploitations agricoles. La loi d'orientation
en cours de discussion devrait prendre en compte cette nécessaire perspective. Les politiques
actuelles ne protègent pas suffisamment les agriculteurs des impacts du changement clima-
tique sur leurs activités.
FREINS ET LEVIERS
Les politiques publiques activent encore trop peu certains leviers nécessaires à la transforma-
tion du système alimentaire, comme ceux concernant la transformation, la distribution,
l’accessibilité de l’alimentation saine et durable, les importations, les faibles résultats écono-
miques de certaines exploitations et la gouvernance du système alimentaire.
ADAPTATION
Les besoins d’adaptation sont identifiés mais l’opérationnalisation est trop restreinte, dispose
de ressources insuffisantes et est peu mise en relation avec les capacités d'atténuation. Les
transferts de vulnérabilité ne sont pas abordés.
TRANSITION JUSTE
Les lois EGAlim successives n’ont pas réussi, à ce jour, à rééquilibrer le partage de la
valeur entre les acteurs de la chaîne de valeur en améliorant le revenu des agriculteurs.
Celui-ci reste largement en défaveur des producteurs agricoles. Malgré des politiques
alimentaires qui affichent des objectifs de justice sociale et d’accès à une alimentation
sûre, saine et durable pour tous, la précarité alimentaire augmente et touche de
nouveaux segments de la population (étudiants, travailleurs pauvres, familles mono-
parentales).
87
1
RECOMMANDATIONS :
INTÉGRER LES POLITIQUES AGRICOLES ET ALIMENTAIRESI
2 Mobiliser la Loi d’orientation agricole pour définir une vision des modèles et pratiques
agricoles souhaitables, afin de donner une visibilité de long terme et des orientations
claires à tous les acteurs du système alimentaire. Cette vision devra orienter les acteurs
vers la transition agroécologique, les pratiques bas-carbone et une agriculture adaptée
au changement climatique. Conditionner les aides à l’installation à l’adoption de
pratiques bas-carbone et adaptées au changement climatique et inclure dans la loi des
dispositions d’évaluation de ses effets en termes d’adaptation et d’atténuation (MASA,
2024, Recommandation HCC 2023 et rapport alimentation-agriculture 2024 modifiées).
3 Réviser le Plan stratégique national pour renforcer son ambition climatique en intégrant des
objectifs climatiques chiffrés d’atténuation et d’adaptation, réorientant les financements
pour augmenter les budgets dédiés aux mesures les plus favorables au climat et renforçant
les exigences des standards de conditionnalité et des interventions, en s’assurant de ne pas
réduire l’ambition des dispositifs existants y compris de gestion d’urgence (MASA, 2024,
Recommandation HCC 2023 et rapport alimentation-agriculture 2024 modifiées).
6 Maîtriser la consommation de gazole non routier pour les activités agricoles et forestières
dans le respect des principes de transition juste, notamment en réexaminant les modalités
d’augmentation de la taxe d’accise sur le GNR et de redistribution de son produit au bénéfice
des exploitations les plus vulnérables (MASA, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
8 Rendre effectif l’affichage environnemental sur les produits alimentaires (MASA, 2024,
Recommandation HCC 2024 alimentation-agriculture modifiée).
9 Renforcer les lois EGAlim et leur mise en œuvre effective pour rééquilibrer le rapport de
force entre les producteurs agricoles et les autres acteurs des filières alimentaires, et ainsi
revaloriser leur revenu. (MASA, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
I. Les recommandations formulées dans le rapport « Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas-carbone,
88 résilient et juste » publié en janvier 2024 restent toutes valables.
ANALYSE DES ÉMISSIONS
321 ET RESPECT DES OBJECTIFS
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS Figure 3.2a − Émissions du secteur
DE GAZ À EFFET DE SERRE de l'agriculture en France depuis 2010,
Les données d’émissions de l’agriculture n’étant pas trajectoire SNBC 2 et objectif
complètement consolidées pour l’année 2023 et étant du projet de SNBC 3
donc moins précises que pour les autres secteurs,
cette section s’appuie principalement sur les don-
90
nées des années antérieures et donne un éclairage
80
seulement pour 2023 qu’il conviendra de compléter
70
et confirmer.
60
Mt éqCO2
50
Les émissions du secteur de l’agriculture s’élèvent à
40
74 Mt éqCO2 en 2022, soit 18,7 % des émissions natio-
30
nales (hors UTCATF). Elles sont majoritairement com-
20
posées de méthane (CH4 ; 55,6 % en 2022) et de pro-
10
toxyde d’azote (N2O ; 28,8 %), le CO2 ne représentant
0
que 15,6 % des émissions de l’agriculture. L’élevage
2010 2015 2020 2025 2030 2035
représente 59,3 % des émissions du secteur, principa-
lement sous forme de CH4 (93,5 % des émissions Trajectoire indicative SNBC 2
directes du sous-secteur), alors que les cultures repré- Émissions
sentent 26,5 % des émissions du secteur, principale-
Objectif 2030 projet SNBC 3
ment sous forme de N2O (89,9 % des émissions du
sous-secteur). Les émissions liées à la consommation Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3
énergétique des engins, moteurs et chaudières comptent
pour 14,2 % des émissions du secteur.
FACTEURS EXPLICATIFS
Les émissions de l’agriculture ont diminué de 2,2 Mt
DE L’ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS
éqCO2 entre 2021 et 2022, soit une baisse de 2,9 %
(cf. figure 3.2a). Cette baisse est majoritairement ÉLEVAGE
portée par les sous-secteurs de l’élevage (-1,4 Mt Les émissions de l’élevage ont diminué de 1,4 Mt
éqCO2) et des cultures (-1,0 Mt éqCO2), et partielle- éqCO2 en 2022 par rapport à 2021, soit 3,0 %. Cette
ment contrebalancée par la hausse des émissions des baisse est principalement due à la diminution de la
engins, moteurs et chaudières (+0,2 Mt éqCO2). Les taille du cheptel bovin en France résultant de condi-
émissions de l’agriculture ont diminué de 16,4 % tions socio-économiques difficiles (cf. tableau 3.2a).
depuis 1990 (-14,5 Mt éqCO2), de 13,0 % depuis 2005 Les émissions du secteur bovin représentent 83,6 %
(-11,1 Mt éqCO2) et de 10,9 % depuis 2015 (-9,0 Mt des émissions de l’élevage en 2022 et ont diminué de
éqCO 2). Ces baisses étant inférieures aux baisses 0,9 Mt éqCO2 cette année-là (soit -2,5 %). Cette baisse
moyennes tous secteurs confondus (-26,7 % depuis s’explique en partie par la diminution de la taille du
1990, -28,0 % depuis 2005 et -12,8 % depuis 2015), le cheptel bovin (-0,33 million de têtes, soit -1,9 %), qui est
poids relatif de l’agriculture dans les émissions territo- plus rapide que celle attendue dans la SNBC 2
riales augmente. Sous réserve de confirmation des (-0,2 million de têtes par an sur la période 2015-2030).
estimations, les émissions du secteur ont diminué de Cette diminution ne résulte pas d’une stratégie
1,2 Mt éqCO2 entre 2022 et 2023, soit une baisse de 1,6 %. concertée de baisse des émissions mais des condi-
Elle est majoritairement portée par le sous-secteur de tions socio-économiques difficiles du secteur. Sous
l’élevage (-0,7 Mt éqCO2). réserve de confirmation des estimations, la diminution
des émissions de l’élevage s’est poursuivie mais à un
L’agriculture est également responsable d’émissions rythme moindre entre 2022 et 2023 (-0,7 Mt éqCO2
via l’utilisation des sols agricoles et le changement entre 2022 et 2023, soit une baisse de 1,6 %), du fait du
d’usage des terres (défrichement), mais celles-ci ralentissement de la décapitalisation de l’élevage
sont comptabilisées dans le secteur UTCATF (cf. 3.6). bovin (-0,2 million de têtes, soit -1,2 %) (cf. figure 3.2b).
89
La baisse des émissions territoriales de l’élevage est Figure 3.2b − Émissions des sous-secteurs
en partie contrebalancée par une hausse des émis- de l’agriculture en France depuis 2010
sions liées aux importations de viande bovine, qui ne
sont pas comptabilisées dans l’inventaire national. ÉLEVAGE
La consommation de viande bovine est repartie légè- 60
rement à la hausse en 2022 (+1,1 % par rapport à
50
2021)36. Elle s’appuie sur des importations pour com-
penser la diminution de la production. En 2022, 21 % 40
Mt éqCO2
de la consommation de viande bovine est importée,
30
dont 88 % en provenance de l’UE. Ces importations de
viande bovine ont augmenté significativement en 20
2022 (+22,9 % par rapport à 2021), induisant une hausse
des émissions à l’étranger qui ne sont pas comptabili- 10
0
11
12
13
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CULTURES
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20
Les émissions des cultures ont diminué de 1,0 Mt CULTURES
éqCO2 en 2022 par rapport à 2021, soit 5,1 %. Cette 35
baisse est portée par l’évolution de l’utilisation des
30
engrais minéraux (-0,6 Mt éqCO2), qui s’explique, en
partie, par la forte augmentation de leurs prix en 25
Mt éqCO2
11
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22
23
engrais azotés simples, qui s’est accélérée en 2021-
2
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20
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2022, avec une hausse de +114,4 % par rapport à la ENGINS 20
campagne 2020-202138. Les surfaces cultivées en pro- 25
téagineux et sojaI ont par ailleurs diminué de 54 000 ha
en 2022 par rapport à 2021, soit une baisse de 9,8 %, à 20
Mt éqCO2
I. Les protéagineux sont des cultures ayant de forts taux de protéines. Le plus souvent, ils appartiennent à la famille des légumineuses, qui permettent
de fixer l’azote de l’air dans les sols et donc de réduire les besoins d’engrais azotés sources de N2O pour les cultures associées ou les cultures
suivantes (ex. pois). Le soja est une légumineuse mais il est classé comme oléagineux. L’indicateur pour lequel une cible a été fixé dans la SNBC 2 est
la surface en protéagineux et en soja.
Le rythme de réduction des émissions de l’agriculture Le rythme de réduction des émissions de méthane de
est aligné avec celui prévu dans la SNBC 2 et celui l’agriculture est aligné avec celui attendu dans la
nécessaire pour atteindre l’objectif provisoire défini SNBC 2. Entre 2018 et 2022, les émissions de CH4 du
pour le secteur en 2030 dans le projet de SNBC 3 secteur ont diminué de 0,9 Mt éqCO2/an (idem entre
(cf. figure 3.2a). Les émissions du secteur ont diminué, 2018 et 2022). Cette baisse est supérieure à celle
en moyenne, de 1,6 Mt éqCO2/an sur la période 2019- attendue sur la période dans la SNBC 2 (-0,6 Mt
2022 et de 1,5 Mt éqCO2/an sur la période 2019-2023. éqCO2/an quelle que soit la période).
Ces baisses sont supérieures à celle attendue sur la
période dans la SNBC 2 (-1,1 Mt éqCO2/an entre 2018 et RESPECT DU BUDGET POUR LE PROTOXYDE
2022 et entre 2018 et 2023) et à celle nécessaire en D’AZOTE ET RYTHME DE BAISSE D’ÉMISSIONS
moyenne sur la période 2024-2030 pour atteindre Entre 2018 et 2022, les émissions annuelles de pro-
l’objectif du projet SNBC 3 en 2030 (-0,9 Mt éqCO2/an). toxyde d’azote de l’agriculture s’élèvent en moyenne
à 23 Mt éqCO2/an, ce qui est inférieur au budget N2O
Dans le projet de SNBC 3, l’objectif provisoire défini indicatif défini dans la SNBC 2 (24 Mt éqCO2). Sous
pour l’agriculture est de 67 Mt éqCO2/an en 2030I, soit réserve de confirmation, c’est également le cas sur la
une baisse de 20 % par rapport à 2015 (contre 18 % période 2019-2023 (émissions de 22 Mt éqCO2/an en
dans la SNBC 2). Cet objectif pourrait encore être moyenne et budget de 24 Mt éqCO2/an). À ce jour, les
amené à évoluer. Solliciter davantage l’agriculture, objectifs de réduction des émissions de N2O de la
qui n’est que peu mise à contribution pour aligner les SNBC 3 n’ont pas été publiés.
émissions nationales avec le Fit for 55 et tenir compte
de la baisse des puits de carbone, permettrait de faci- Le rythme de réduction des émissions de protoxyde
liter le bouclage des émissions d’ici à 2030 et l’atteinte d’azote de l’agriculture est aligné avec celui attendu
de la neutralité carbone en 2050. dans la SNBC 2. Entre 2018 et 2022, les émissions de
N2O du secteur ont diminué de 0,7 Mt éqCO2/an)
RESPECT DU BUDGET POUR LE MÉTHANE (idem entre 2018 et 2023). Cette baisse est supérieure
ET RYTHME DE BAISSE D’ÉMISSIONS à celle attendue sur la période dans la SNBC 2 (-0,3 Mt
La SNBC 2 définit également, pour certains secteurs éqCO2/an quelle que soit la période).
dont l’agriculture, des budgets pour la réduction des
émissions de méthane et de protoxyde d’azote (en Du fait de la baisse des émissions de protoxyde d’azote
Mt éqCO2). en agriculture depuis 2019, les mesures relatives à ces
émissions et prévues par l’article 268 de la loi climat et
Sur la période 2019-2022, les émissions annuelles de résilienceII n’ont pas toutes été mises en application.
méthane de l’agriculture s’élèvent en moyenne à 43 Mt Ainsi, si le décret définissant les trajectoires annuelles
éqCO2/an, ce qui est inférieur au budget méthane de réduction des émissions de protoxyde d’azote et
alloué défini dans la SNBC 2 pour cette période (44 Mt d’ammoniac du secteur agricole a bien été publié,
éqCO2/an). Sous réserve de confirmation, c’est égale- aucun plan d’action (Plan EcoAzote) n’a suivi.
I. Après ajustement, l’objectif publié par le SGPE étant de 66,5 Mt éqCO2/an (au format Secten 2023).
II. Ces mesures incluent : la publication d’un décret définissant une trajectoire annuelle de réduction des émissions de protoxyde d’azote du secteur
agricole, la mise en place d’un plan d'action national de réduction des émissions de protoxyde d'azote liées aux usages d'engrais azotés minéraux,
la présentation au Parlement d’un rapport annuel consacré au suivi du plan d'action national et la possibilité de mise en place de redevance en cas
non-atteinte des objectifs deux années consécutives.
91
Tableau 3.2a - Alignement des indicateurs physiques avec les hypothèses formulées
dans la SNBC 2 pour le secteur de l’agriculture
L'évolution
observée
pour l'usage
UTILISATION d'intrants
1,81
D'ENGRAIS MtN 2,20 -0,06 -0,04 minéraux
(2022)
MINÉRAUX est alignée
avec celle
prévue dans
la SNBC 2.
Les surfaces
en protéagineux
SURFACE
0,51 n'ont pas
EN PROTÉAGINEUX Mha 0,43 0,01 0,02
(2023 P) augmenté
ET SOJA
comme
attendu
Le cheptel bovin
MILLIONS 16,69 a plus diminué
CHEPTEL BOVIN 19,28 -0,32 -0,20
DE TÊTES (2023 P) que prévu
dans la SNBC 2.
La consommation
CONSOMMATION énergétique
54,54 du secteur a
FINALE D'ÉNERGIE TWh 52,66 0,27 -0,47
(2022) augmenté alors
DE L’AGRICULTURE
qu’elle devait
baisser.
Légende : vert: évolution cohérente avec les hypothèses formulées dans le scénario de la SNBC 2, orange: cohérence incertaine de l’évolution ob-
servée et des hypothèses formulées dans le scénario de la SNBC 2, rouge : évolution incohérente avec les hypothèses formulées dans le scénario
de la SNBC 2. p: données provisoires.
Note : ce tableau présente l’évolution annuelle moyenne observée pour plusieurs indicateurs physiques, ce qui permet de suivre des facteurs d’ex-
plication partielle de l’évolution des émissions du secteur, et la tendance annuelle moyenne attendue pour ces indicateurs dans la SNBC 2 sur la
période 2015-2030 (hypothèses formulées dans le scénario AMS et ajustées par rapport aux valeurs observées en 2015). La baisse d’émissions terri-
toriales induite par la diminution du cheptel bovin est en partie contrebalancée par une hausse des émissions liées aux importations de viande42.
Sources : Citepa (2024) format Secten, Agreste Statistique agricole annuelle, Sdes bilan énergétique.
I. En particulier les standards de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE) que les agriculteurs doivent respecter afin de recevoir les
aides de la politique agricole commune, notamment les aides au revenu.
II. Les montants sont ainsi passés de 60 à 45,46 €/ha pour le niveau de base (-24,2 %), de 80 à 62,05 €/ha pour le niveau supérieur (-22,4 %) et de 110
à 92,05 €/ha pour les exploitations biologiques (-16,3 %). Le bonus « haies » est quant à lui maintenu à 7€/ha.
Source: https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048151789
93
Tableau 3.2b - Principales politiques et mesures de l’année,
état de mise en œuvre et effet attendu sur le climat
Plan stratégique national. Mis en œuvre depuis 2023. Neutre/positif (partiellement, objectif climat pas prioritaire, évolutions récentes,
notamment sur les haies et les prairies, plutôt négatives pour le climat,
entretien le statu quo).
Pacte haies. Publié en septembre 2023. Positif (car incitation à la plantation de haies mais pas clair en ce qui concerne
le maintien des haies existantes).
Pacte pour le renouvelle- Publié en décembre 2023, mise Neutre (partiellement car permet de lever certains verrous notamment sur la
ment des générations en en œuvre prévue 2024-2025. formation, objectif climat pas prioritaire).
agriculture
Loi d’orientation agricole. Projet de loi en cours d’examen Neutre (peu de mesures bénéfiques au climat, effet positif en ce qui concerne
par le Parlement. les haies, la formation et le diagnostic de résilience).
Plan de reconquête de la Publié en février 2024. Négatif/neutre (effet incertain des objectifs de production et d’exportations,
souveraineté de l’élevage pourraient entraîner une hausse des émissions territoriales (dont exportées)
mais aussi une baisse des émissions importées, maintien du statu quo).
Plan de souveraineté fruits Publié en juillet 2023, mise en Positif (prise en compte des impacts du changement climatique sur le secteur
et légumes. œuvre prévue à partir de 2023 . et ses émissions, notamment via les serres, mais pas d’action sur les usages de
fertilisants).
Réponses à la crise agricole Premières mesures annoncées en Négatif/neutre (mesures sur le partage de la valeur et le revenu qui peuvent
janvier et février 2024, nouvelles être positives, mais d’autres sur la réduction des normes environnementales qui
mesures annoncées en avril 2024, peuvent être négative, une majorité qui maintiennent le statu quo).
calendrier de mise en œuvre
variable selon les mesures.
Feuille de route des filières. Variable selon les filières (publiées Variable selon les filières.
au 1er janvier 2023: vigne et vin,
fruits et légumes transformés,
pommes de terre, lait de chèvre,
ruminants viande, volaille48).
Stratégie nationale pour Repoussé. A priori positif, mais pas d’informations suffisantes à ce stade.
l’alimentation, la nutrition
et le climat.
Affichage environnemental. Repoussé A priori positif pour le climat, mais pourrait encourager les modèles intensifs et
. avoir des impacts négatifs sur la biodiversité et les ressources (et donc sur la
vulnérabilité des exploitations au changement climatique).
Source : HCC
BCAE), applicables à toutes les exploitations agricoles Sur le sujet des haies, des actions ont été proposées
bénéficiaires, dans une optique de simplification. Ces ou mises en place pour encourager la plantation ce
propositions, adoptées dans le cadre d’une procédure qui pourrait avoir un impact positif en termes de
d’urgence (dérogatoire au processus standard) par le stockage de carbone, mais les modifications du PSN
Parlement en avril puis approuvées par le Conseil, sont à rebours de ces évolutions. Un pacte en faveur
concernent les standards portant sur les infrastruc- de la haie a été publié en septembre 2023 et prévoit
tures agro-écologiques (dont les haies) et les jachères, notamment un soutien à la plantation de haies avec
les prairies permanentes et les prairies sensibles, la un objectif de progression nette du linéaire de haies
rotation des cultures, le travail et la couverture du de 7 à 8 000 km par an (soit un gain net de 50 000 km
sols52. Ces ajustements affaiblissent l’impact potentiel d’ici 2030). Pour rappel, à l’heure actuelle, plus de
de la PAC et du PSN en termes d’atténuation et 23 000 km de linéaire de haies sont arrachés chaque
d’adaptation de l’agriculture. Dans l’ensemble, ces année55. En complément, le projet de loi agricole intro-
évolutions semblent peu cohérentes avec la SNBC 2, duit une obligation de replanter des haies en cas d’ar-
dont l’une des orientations est d’inverser la tendance rachage. Si ces deux dispositions pourraient avoir un
au déstockage de carbone des sols agricoles notam- impact positif sur la plantation de haies, la suppres-
ment par la préservation des prairies53, et avec la sion du critère de conditionnalité n°8 qui obligeait les
SNBC 3, qui cible un moindre retournement des prai- agriculteurs à avoir au moins 3 ou 4 % (selon les condi-
ries permanentes et l’augmentation de la surface de tions) de leur surface agricole utilisée couverte par
haie (+7 à 8 000 km linéaire de haies net par an54). des infrastructures agroécologiques (dont les haies) et
I. Le Conseil d’État estime par ailleurs que cette disposition n’est pas justifiée. 95
En ciblant une production plus élevée, le plan de dépendance aux importations, la part des importa-
reconquête de la souveraineté de l’élevage tend à tions dans la consommation intérieure apparente ayant
maintenir les systèmes d’élevage actuels, intensifs augmenté de 5 % en dix ans pour les fruits tempérés et
et peu résilients aux changements climatiques à de 4 % pour les légumes frais pour atteindre respecti-
venir. Ce plan, annoncé en octobre dernier à l’occa- vement 37 et 33 %)60. La consommation de fruits et
sion du 32ème sommet de l’élevage et publié début légumes doit fortement augmenter pour s’aligner avec
202459, vise à soutenir l’élevage français afin de main- les recommandations nutritionnelles et pour permettre
tenir le cheptel pour « produire ce que nous consom- l’évolution des régimes alimentaires nécessaire à la
mons » et produire davantage de certains produits transition climatique61. Du point de vue du climat, plu-
« afin d’être en capacité d’exporter et afficher une sieurs enjeux sont identifiés et font l’objet de mesures
balance commerciale positive ». Dans ce but, il pré- ciblées, notamment la décarbonation des serres et les
voit notamment de définir avec les filières, des objec- besoins d’adaptation des filières vulnérables.
tifs chiffrés de production. Le plan souligne également
la nécessité de maximiser les externalités positives En réponse à la crise agricole de janvier 2024, l’État a
sociales, territoriales, économiques, alimentaires et proposé une série de mesures additionnelles à celles
environnementales des filières d’élevage. Cependant, de ces plans, dont certaines sont antagonistes avec
il ne mentionne ni les bénéfices liés au maintien des les transformations requises pour effectuer une
prairies dans les systèmes d’élevage herbagers, ni le transition climatique du secteur. Les mesures addi-
bouclage des cycles de nutriments permis par les sys- tionnelles sont organisées autour de 7 axes : la préser-
tèmes de polyculture élevage. Si un de ses axes porte vation de la souveraineté alimentaire, la reconnais-
sur le déploiement d’innovations et de pratiques per- sance du métier d’agriculteur, le partage de la valeur
mettant de réduire l’empreinte carbone, le plan n’in- et le revenu des agriculteurs, des mesures d’accom-
clut aucune mesure ciblant spécifiquement les pagnement et d’urgence pour certaines filières, la
modèles d’élevage peu émetteurs ou stockant du car- régulation du commerce international, la simplifica-
bone (agriculture biologique, polyculture-élevage, tion et le renouvellement des générations (en lien avec
systèmes herbagers). le pacte) I. Parmi ces mesures, certaines pourraient
avoir un impact climatique positif indirect, si elles per-
La définition d’objectifs chiffrés de production, si mettaient de lever certains freins à la transition clima-
elle peut permettre d’aligner plus fortement l’offre tique de l’agriculture (ex. amélioration du partage de
sur la demande, pourrait induire une réduction des la valeur et du revenu des agriculteurs vulnérables62).
importations et donc des émissions importées qui en D’autres ralentiront la transition climatique en agricul-
découlent. Pour rappel, en 2022, 21 % de la consom- ture comme l’annulation de la révision de la taxe d’ac-
mation de viande bovine est importée, dont 88 % en cise sur le gazole non routier pour les travaux agri-
provenance de l’UE, mais ces importations ont aug- coles (cf. encadré 3.2a).
menté de près de 23 % en 2022 par rapport à 2021.
Cependant, l’impact climatique global d’une relocali- La transition agricole ne pourra avoir lieu sans trans-
sation de la production de viande est incertain car il formation de l’aval du système alimentaire (filières,
dépend des intensités d’émissions de production dans transformation, distribution, restauration, consom-
les pays exportateurs. De plus, les importations de mation)69. Les politiques alimentaires doivent donc
viande proviennent majoritairement de l’UE. Le plan également être mobilisées pour la faciliter.
mentionne également un objectif d’augmentation de
la production de certains produits à des fins d’expor- Du côté de l’agro-alimentaire et de l’alimentation, la
tations, ce qui générerait des émissions territoriales Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition
additionnelles (exportées et donc non comptabilisées et le climat (Snanc), proposée par la convention
dans l’empreinte). citoyenne pour le climat, intégrée à la loi climat et
résilience et annoncée pour 2023, et l’affichage
Un plan de souveraineté pour la filière fruits et environnemental des produits alimentaires restent à
légumes a été publié en 2023 et tient compte des adopter. Cette stratégie vise à renforcer la cohérence
enjeux climatiques. Ce plan vise à contrer les dyna- des politiques alimentaires et nutritionnelles et à y
miques constatées en France d’accroissement de la intégrer une dimension climatique70.
3.2a En France, les agriculteurs bénéficient d’une très faible tarification du gazole pour leurs activités,
ce qui n’est pas incitatif pour la réduction de la consommation63. Ainsi, en 2023, le gazole routier
était taxé à hauteur de 0,59 €/l, tandis que le gazole non routier pour les travaux et activités
agricoles et forestiers n’était taxé qu’à hauteur de 0,04 €/l. Cette exonération représente une
niche fiscale évaluée à 1,7 Mrds € en 202364. En 2022, la remise à la pompe liée au bouclier tarifaire
sur les carburants a même fait plus que compenser le niveau de tarification usuel de l’agriculture,
aboutissant à une subvention moyenne de 0,02 €/l pour l’énergie65.
Dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances 2024, le ministre en charge de l’écono-
mie a donc annoncé, en septembre 2023, la suppression de cette dépense fiscale66, mais cette
proposition a rencontré une forte opposition de la part de certains syndicats agricoles67. La propo-
sition de suppression totale de la dépense d’ici à 2030 a donc été écartée, au profit d’une augmen-
tation graduelle du tarif d’accise du GNR agricole de +0,03 €/MWh/an, permettant de passer de
0,04 €/l en 2023 à 0,24 €/l en 2030, proposition qui a ensuite été intégrée au projet de loi de
finances 2024 et votée au parlement68. A l’horizon 2030, la niche fiscale serait ainsi réduite à 840 M€
selon les projections du ministère de l’Economie et des finances.
En contrepartie de cette augmentation graduelle de la taxation, les syndicats agricoles ont obtenu
que les recettes générées soient intégralement reversées aux agriculteurs ainsi que plusieurs
mesures compensatoires. Ces dernières incluent notamment le relèvement du seuil de l’exonéra-
tion fiscale et sociale des plus-values professionnelles, l’augmentation du seuil du régime du
micro-bénéfice agricole et l’augmentation de la déduction pour épargne de précaution, ces
mesures bénéficiant plutôt aux grandes exploitations, et, dans une moindre mesure, aux exploita-
tions de taille moyenne.
La crise agricole de janvier 2024 a cependant conduit l’État à revenir sur l’augmentation progressive
de la taxe sur le GNR, en contradiction avec les besoins de décarbonation du secteur. Les mesures
compensatoires initialement proposées ont toutefois été maintenues, créant un précédent difficile à
justifier et creusant les inégalités entre petites et grandes exploitations au sein du même secteur.
AGRICULTURE
Source : HCC. Vert = action publique crédible, jaune = risques notables, orange = risques sérieux, rouge = action publique insuffisante.
97
l’impact carbone des activités du ministère (rénovation carbone et adaptés) et ont un impact climatique incer-
des bâtiments). Concernant la réduction des émissions tain: s’ils peuvent permettre de réduire les émissions
du secteur agricole, les actions proposées se concentrent importées liées à la consommation de produits d’ori-
principalement sur les sous-secteurs des cultures et de gine animale, ils peuvent aussi induire une hausse des
l’élevage. Aucune action ne cible les émissions liées à émissions territoriales, à rebours des objectifs clima-
la consommation énergétique des engins et des tiques français, et des émissions exportées.
machines, et ceci bien qu’un objectif de réduction de
la consommation d’énergie fossile soit mentionné. À ce jour, la dimension climatique reste encore peu
présente dans les politiques alimentaires françaises
Publié en 2021, ce plan n’est pas à jour des ajuste- (Programme national pour l’alimentation et Pro-
ments proposés dans le cadre du Fit for 55 et ne four- gramme national nutrition santé). Les actions de ces
nit aucune estimation de son potentiel de réduction politiques reposent principalement sur l’information
d’émissions total, par sous-secteur et par mesure. aux consommateurs et les approches volontaires et
Par ailleurs, certaines politiques publiques mises en contraignent peu les acteurs intermédiaires privés qui
place depuis 2021 ne sont pas adossées à ce plan (ex. proposent aux consommateurs des environnements
Pacte et loi d’orientation pour le renouvellement des alimentaires dans lesquels les offres les plus favo-
générations en agriculture). Enfin, le suivi et l’évalua- rables au climat restent minoritaires et peu acces-
tion de ce plan ne sont pas publiés en dehors des indi- sibles socialement71. La publication à venir de la Stra-
cateurs inclus dans le suivi de la SNBC 2. La SNBC 3, tégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le
en cours d’élaboration par la DGEC et coordonnée climat constitue une opportunité de renforcer l’action
par le SGPE dans le cadre de la planification écolo- publique dans ce sens et de garantir l’accès à une ali-
gique (axe “Se nourrir”), devrait faciliter la mise en mentation bas-carbone et saine pour tous.
cohérence de l’ensemble des plans et mesures.
Si la capacité politique des collectivités territoriales
En ce qui concerne les sous-secteurs, il n’existe de à agir sur les enjeux agricoles et alimentaires reste
plan de réduction ni pour les émissions de N2O dues à bien inférieure à celle de l’État72 et de l’Union Euro-
l’utilisation d’engrais, ni pour celles de l’élevage, ni péenne, elles sont de plus en plus nombreuses, au
pour la consommation énergétique. L’élaboration niveau local, à inscrire ces questions à leur agenda.
d’un plan national de réduction des émissions de D’un côté, les Régions, en particulier depuis la loi de
protoxyde d’azote liées aux usages d’engrais azotés modernisation de l'action publique territoriale et d'af-
minéraux, dit plan Eco-azote, était pourtant prévue firmation des métropoles de 201473, se sont affirmées
dans la loi climat et résilience, quelles que soient les comme les cheffes de files de l’action publique agri-
émissions de protoxyde d’azote observées. Concer- cole au niveau territorial, notamment du fait de la ter-
nant l’élevage, le plan climat agricole et le PSN ritorialisation de la gestion d’une partie des aides de
incluent des mesures ciblant ce sous-secteur, mais la PAC lors de la réforme de 2014I,74. D’un autre côté,
peu visent à réduire les émissions liées à la fermenta- les centres urbains (communes, communautés de
tion entérique (hors recherche sur les rations ani- communes, agglomérations, métropoles) sont de plus
males et sélection génétique). Par ailleurs, le plan de en plus nombreux à élaborer des politiques ou des
reconquête de la souveraineté de l’élevage, en sou- stratégies alimentaires. En effet, bien qu’ils n’aient pas
tenant une augmentation de la production, semble de compétences légales sur ce sujet et que leur péri-
aller à rebours des objectifs de réduction de méthane mètre d’intervention soit limité, ils peuvent formuler
de la SNBC. des orientations stratégiques pour le secteur agricole
et alimentaire, orientations légitimées au nom de
Les politiques sectorielles ne sont pas toujours ali- compétences annexes (ex. gestion de la qualité de
gnées avec les objectifs de la SNBC et du plan climat. l’eau potable) ou de la demande citoyenne. Néan-
Plusieurs politiques sectorielles ou mesures contribuent moins, le manque de ressources humaines et de com-
à la mise en œuvre des actions du plan climat, comme, pétences de leurs services affaiblit l’opérationnalisa-
par exemple, le PSN ou la stratégie nationale protéines tion de ces stratégies. Enfin, que ce soit au niveau
végétales. D’autres, comme le plan de reconquête de régional ou local, et comme au niveau national (cf. infra),
la souveraineté de l’élevage, qui cible plutôt une aug- les groupes d’intérêts agricoles locaux exercent une
mentation de la production domestique, pourraient influence majeure sur l’élaboration et la mise en œuvre
contribuer à maintenir le statu quo en agriculture (car des politiques agricoles et alimentaires des collectivi-
ils n’orientent pas le soutien vers des modèles bas- tés territoriales.
I. La répartition de la gestion des aides de la PAC entre régions et État a cependant été revue dans le cadre de la dernière réforme de la PAC et de la
mise en place du PSN (cf. note 46).
Dans ce cadre, les aides de la PAC jouent un rôle Si l’agriculture est soumise à de nombreuses régle-
majeur représentant 73,4 % des subventions publiques mentations et normes, notamment européennes, celles-ci
européennes et françaises (hors agences publiques ciblent plus souvent la sécurité sanitaire des aliments
et collectivités), pour un montant total de 8,7 Mrd€ et la protection de la biodiversité et des ressources
en 201875, mais leur impact en termes d’atténua- naturelles (eau) que l’action climatique. Les régle-
tion reste mitigé76. Seule une faible part de ce mentations et normes environnementales (ex. directive
budget est dédiée à l’action climatique (entre 7 et nitrates) peuvent cependant générer des co-béné-
24 % du budget total du plan selon les estimationsI). fices, tant en termes d’atténuation que d’adaptation.
Par ailleurs, l’impact des interventions axées sur le
L’action climatique dans le domaine des politiques
climat a été, jusqu’à présent, limité, et celui des
alimentaires repose quant à elle principalement sur
mesures mises en œuvre dans le cadre du Plan stra-
des approches volontaires (ex. reformulation des
tégique national depuis 2023 reste incertain, cer-
produits par les industries agroalimentaires) et infor-
tains standards de conditionnalité ou interventions
mationnelles (ex. affichage environnemental). Elle
n’incitant pas réellement au changement de pra-
mobilise également le levier réglementaire pour faire
tiques agricoles sur les exploitations (ex. éco-régime)
évoluer la commande publique. Ainsi, plusieurs articles
tandis que d’autres mesures, plus ambitieuses, ne
des lois EGAlim et Climat et résilience définissent des
bénéficient que de budgets restreints et ne ciblent
règles d’approvisionnement en produits de qualité
que de faibles surfaces (ex. mesures agro-environ-
(dont biologiques) et rendent obligatoire la proposi-
nementales et climatiques). De plus, les évolutions
tion d’options végétariennes dans la restauration col-
récentes de la PAC et du PSN réduiront encore
lective publique et privéeII. En pratique, et bien que
davantage le potentiel d’atténuation et d’adapta-
des dynamiques positives semblent engagées, les
tion de ce Plan (cf. supra).
objectifs fixés dans la loi EGAlim n’étaient pas encore
atteints au 1er janvier 2022 pour plusieurs raisons struc-
En complément du Plan stratégique national, cer- turelles et conjoncturelles, notamment le déficit d’in-
taines mesures du plan de relance contribuent à sou- formation des acteurs sur les objectifs législatifs, les
tenir l’investissement pour la transition agricole. surcoûts, les habitudes des chaînes d’approvisionne-
Elles portent notamment sur la structuration de ment, la crise sanitaire, le contexte inflationniste, etc77.
filières, notamment agroécologiques et de protéines
végétales (en lien avec la stratégie protéines végé- FREINS ET LEVIERS
tales qui vise une augmentation des surfaces semées Afin d’accélérer la transition climatique de l’agricul-
avec des espèces riches en protéines végétales de ture, certaines dispositions doivent être déployées
+40 % entre 2020 et 2023), le financement d’un dia- pour supprimer les barrières et créer un contexte
gnostic carbone pour les nouveaux installés, l’implan- favorable au changement. 62 % des agriculteurs esti-
tation de haies et d’arbres (en lien avec le Pacte haies) ment que la transition écologique est une nécessité et
et l’acquisition d’agro-équipements nécessaires à la 23 % considèrent même qu’il s’agit d’une opportunité :
transition agroécologique. En ce qui concerne les pro- le refus de la transition écologique est donc aujourd’hui
téines végétales, il ressort cependant de l’évaluation largement minoritaire auprès des agriculteurs (15 %)78.
du plan de relance que les surfaces de protéines Le décalage entre ces déclarations et un système ali-
végétales sont en léger retrait en 2022 par rapport à mentaire qui peine à se transformer79 traduit l’existence
2020, à rebours de l’objectif fixé pour 2023. Ceci peut de freins puissants à lever. On peut, par exemple,
s’expliquer par les conditions du marché (prix élevé mentionner les besoins de compétences ou la structu-
des oléagineux qui a poussé les agriculteurs à se tour- ration de nouvelles filières80. Ces dispositions, ainsi
ner vers ces cultures) et le temps nécessaire à la struc- que les politiques qui visent à les mettre en place sont
turation des nouvelles filières. présentées dans le tableau 3.2d ci-dessous.
Engins et machines bas-carbone et technologies de Aides aux investissements dans les technologies de précision
précision pour l’application des intrants. du PSN et du plan de relance
Soutien au développement de nouvelles filières favorables Aides à la structuration de filières de protéines végétales de la
à la transition climatique (ex. protéines végétales) et à la stratégie protéines végétales et du plan de relance, pas d’aides
structuration des filières pour encourager la diversifica- identifiées pour encourager la diversification des races
tion. d’élevage (hors MAEC du PSN sur la protection des races
menacées).
Evolution des pratiques existantes dans la transforma- Reformulation des produits encouragée par des approches
tion et la distribution. volontaires.
Disponibilité des intrants nécessaires à la transition Aides au maintien de l’élevage (PSN, plan de reconquête de la
climatique (ex. fertilisants organiques, semences). souveraineté de l’élevage, mais ne ciblant pas nécessairement
les territoires où les besoins de fertilisants sont identifiés),
évolution du cadre réglementaire pour l’utilisation des matières
fertilisantes d’origine résiduaire, évolution du cadre d’évaluation
des variétés pour parvenir à certifier des mélanges de variétés.
Soutien public pour une alimentation saine et bas-car- Affichage environnemental, campagnes de communication,
bone. SNANC à venir.
Accompagnement, compétences et formations en appui Mesures du pacte et de la loi pour le renouvellement des généra-
à la transition climatique. tions en agriculture, faible soutien au développement de compétences
dans le PSN, plan Enseigner à produire autrement (EPA 2).
Gestion des conditions pour l'import/export. Au niveau européen: mise en place du MACF pour les fertili-
sants minéraux (mais qui pourrait avoir un effet économique
négatif pour les agriculteurs européens), opposition à l’accord
avec le Mercosur.
Recherche et développement en appui à la transition Mesures dans de nombreux plans (plan climat, pacte RGA, etc.).
climatique.
Valorisation des produits bas-carbone (prix d’achat aux Label bas-carbone. Certifications (Agriculture biologique).
producteurs plus élevés, certifications/labels, affichage). Soutien public à l’agriculture biologique. Affichage environ-
tgfhya& nemental.
Revenu décent des agriculteurs et partage équitable de Loi EGAlim, mais qui reste peu efficace sur ce point. Proposi-
la valeur. tions additionnelles en cours d’élaboration.
Soutien public l’installation (accès au foncier notam- Mesures du Pacte pour le renouvellement des générations en
ment), en particulier pour les installations d’exploitations agriculture, pas de soutien financier spécifique pour les instal-
« bas-carbone ». lations bas-carbone.
Gouvernance prenant en compte la pluralité de la Mesure 5 du PRGA mais limité à la refonte du Conseil supérieur
représentation agricole et la diversité des acteurs du d’orientation et de coordination de l’économie agricole et ali-
système alimentaire, co-gestion pluraliste. mentaire.
Légende : Vert = levier bien couvert par l’action publique, orange = levier partiellement couvert par l’action publique, rouge = levier insuffisamment
couvert par l’action publique. L'efficacité des mesures mises en place n'est pas appréciée dans ce tableau.
Source : HCC
116 --RAPPORT
100 RAPPORTANNUEL
ANNUEL2023
2024
Parmi les dispositions nécessaires à la transition prises agroalimentaires, industries de production d’in-
agricole, certaines sont ciblées par de multiples trants, associations et fondations) financent des
politiques publiques, notamment celles relatives à actions jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros
l’enseignement, à la formation et à la recherche, et par an. Par exemple, de 2017 à 2021, la FNSEA et les
d’autres non, principalement celles liées aux autres FDSEA ont dépensé plus de 1,4 M€ dans ce butII.
composantes du système alimentaire (ex. importa-
tions, transformation, distribution). Par exemple, le ADAPTATION
PSN et le plan de relance incluent des aides aux Bien que le besoin général d'adaptation soit reconnu,
investissements dans les technologies de précision et peu de politiques sectorielles identifient clairement
le pacte, la loi d’orientation et le plan Enseigner à l’ensemble des vulnérabilités et besoins, proposent
produire autrement visent, entre autres objectifs, à des mesures pertinentes pour y répondre et aucune
renforcer les compétences et formations aux enjeux ne veille à minimiser les transferts de vulnérabilités
climatiques. Les dispositions à déployer dans le reste qui en découlent. La plupart des politiques sectorielles
du système alimentaire (évolution des pratiques de n’évoquent que très rapidement les impacts du chan-
la transformation et de la distribution, évolution de gement climatique et les vulnérabilités du secteur (ex.
l’offre alimentaire et de l’accessibilité des produits plan de reconquête de la souveraineté de l’élevage), le
sains et bas-carbone, gouvernance pluraliste et plus souvent sans préciser la trajectoire ou le scénario
diversifiée des systèmes alimentaires) restent peu de référence utilisé. Lorsqu’elles proposent des
ciblées par l’action publique. Enfin la gestion des mesures pour répondre à certains besoins identifiés,
importations et des exportations, tributaire de la les transferts de vulnérabilités sont rarement pris en
politique de commerce international de l’UE, reste compte. Ainsi, certaines mesures du PSN (ex. soutien à
peu favorable à la transformation du système ali- des investissements non adaptés au climat futur) et du
mentaire français. pacte et de la loi d’orientation agricole (ex. accéléra-
tion des projets de stockage d'eau) peuvent générer
Les faibles résultats économiques de certaines exploi- des transferts de vulnérabilité selon la manière dont
tations peuvent constituer un frein à la transition en elles sont déployées.
réduisant leur capacité d’agir. Sans subvention, 18,5 %
des exploitations françaises auraient eu un excédent Les mesures proposées dans les politiques secto-
brut d’exploitationI négatif en 2021. Cette part s’élève rielles pour répondre aux besoins d’adaptation ciblent,
à 55,1 % pour les exploitations de viande bovine, 48,7 % le plus souvent, des options d'adaptation incrémen-
pour les exploitations ovines et caprines et 23,9 % pour tales plutôt que transformationnelles, bien qu’elles
les exploitations fruitières81. risquent de ne pas être suffisantes pour faire face aux
impacts du changement climatique à long terme. De
Le système alimentaire ne pourra pas se transformer nombreuses aides du PSN ou du plan de relance visent
en profondeur sans évolution de la gouvernance à soutenir l’investissement technologique (agricul-
actuelle. La gouvernance joue également un rôle cri- ture climato-intelligente), plutôt qu’à encourager
tique dans la transformation des systèmes alimen- l’utilisation de cultures plus adaptées au climat futur ou
taires aux niveaux local, national et mondial82. En à mettre en œuvre des solutions fondées sur la nature
France, le développement du système alimentaire (agroécologie, haies), qui génèreraient par ailleurs des
actuel s’est appuyé sur diverses politiques publiques, co-bénéfices en termes d’atténuation par le biais
co-construites par les pouvoirs publics et les représen- d’une augmentation du stockage de carbone dans les
tants du secteur agricole ou alimentaire (ex. profession sols et la biomasse.
agricole, industries chimiques et agroalimentaires, dis-
tribution). Parmi ceux-ci, le syndicat majoritaire d’agri- Les ressources mobilisées pour mettre en œuvre les
culteurs joue un rôle prépondérant depuis la mise en mesures d’adaptation sont rarement explicitées. Par
place du système de gouvernance par co-gestion. exemple, si le PSN donne une évaluation de la part de
Au-delà, le secteur agricole est l’un des secteurs ou le son budget dédiée à l’action climatique, il ne donne
lobbying et les stratégies d’influence des acteurs sont pas d’estimation de la part de son budget qui contri-
les plus actifs83. Les acteurs agricoles (syndicats, entre- bue à l’adaptation au changement climatique.
I. L’excédent brut d’exploitation est défini comme suit: EBE = produits d’exploitations (ventes + stock + immobilisations + autoconsommations + subven-
tions) – charges d’exploitations (approvisionnements + services extérieurs + impôts et taxes d’exploitation + charges de personnel).
II. Plus en détails, sur cette période, les montants engagés sont: 820 000 € pour les FDSEA, 680 000 € pour le Centre national des jeunes agriculteurs,
600 000 € pour la FNSEA, 360 000 € pour le groupe Avril et 325 000 € pour le groupe Lactalys.
101
Encadré Lois EGAlim pour le partage de la valeur et le revenu des agriculteurs
3.2b Les dispositifs proposés dans le cadre de la loi EGAlim portent à la fois sur l’aval (de la transforma-
tion à la distribution) et l’amont (des producteurs aux premiers acheteurs) de la chaîne alimentaire.
À l’aval, ils concernent notamment la contractualisation entre industriels et distributeurs et les
pratiques de ces derniers (augmentation du seuil de revente à perte, limitation des offres promo-
tionnelles), et visent à « provoquer un mécanisme de transfert de marge des distributeurs vers leurs
fournisseurs pour offrir à ceux-ci de meilleures conditions d’achat de la matière première
agricole 90». La loi repose donc sur une logique non-contraignante de « ruissellement » ou de
« transmission de valeur » de l’aval vers l’amont. En complément, des dispositifs sont proposés pour
l’amont de la chaîne alimentaire, afin d’assurer la transmission de la hausse des revenus permise
par les dispositifs proposés à l’aval jusqu’aux producteurs. En particulier, la loi encourage le déve-
loppement de la contractualisation écrite entre producteurs et premiers acheteurs « en marche
avant » c’est-à-dire sur proposition des producteurs, celle-ci étant jusque-là peu développée dans
certaines filières, et principalement à l’initiative des acheteurs.
Après la mise en place de la loi EGAlim 1, un arrêt de la tendance déflationniste a été observé sans
qu’il puisse être clairement identifié comme l’un des effets de la loi. Par ailleurs, la loi n’a pas eu les
effets escomptés pour les producteurs agricoles91. Des difficultés ont été observées dans sa mise en
œuvre : défaut de contractualisation écrite à l’amont, manque de structuration de certaines
filières, etc. Les lois EGAlim 2 et EGAlim 3, ont depuis été adoptées pour renforcer les dispositifs de
la loi originale. La loi EGAlim 2 rend, par exemple, obligatoire la contractualisation écrite entre
producteurs et premiers acheteurs, toujours à l’initiative du producteur, celle-ci n’étant que volon-
taire dans le cadre d’EGAlim 1. Elle précise également que le contrat doit être pluriannuel et
indiquer la formule de calcul utilisée pour déterminer et réviser le prix payé, sur la base d’indica-
teurs de références permettant notamment d’apprécier les coûts de production agricoles. S’il est
encore trop tôt pour conclure sur les effets de ces deux lois, un rapport d’évaluation de la loi EGAlim 2
étant attendu courant 2024, une analyse des premiers contrôles menés par la DGCCRF montre que
le niveau de contractualisation varie selon les filières, demeurant faible, par exemple, dans la filière
bovin viande92. Elle souligne également que, si aucune sanction n’a encore été prise en cas de
manquement, « des procédures correctives ou répressives devront être engagées dans le cadre de
futures campagnes de contrôle ».
33 INDUSTRIE ET DÉCHETS
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
La trajectoire de décarbonation est engagée pour le secteur de l’industrie, à la faveur d’une
baisse de production et en parallèle d’orientations claires, co-construites avec les princi-
paux acteurs et appuyée par des financements dédiés. Dans ce contexte, sous réserve
d’accompagner la transition de l’emploi, le maintien du rythme de décarbonation ressort
comme crédible.
ÉMISSIONS
Le secteur industriel connaît une seconde année de baisse importante de ses émissions entre
2022 et 2023 (-8,7 %, soit 6,1 Mt éqCO2) après le rebond post-Covid de 2021. Cette baisse peut
s’expliquer pour près de moitié (à hauteur de 2,7 Mt éqCO2), par la diminution de la production,
due notamment à des prix de l’énergie toujours élevés dans les secteurs les plus émetteurs.
La métallurgie et le secteur du ciment voient leurs productions baisser de 10 et 7 %, tandis que
si la chimie, 2e sous-secteur le plus émetteur, voit sa production stagner (-1,3 %), ses émissions
diminuent plus fortement (-6,4 %).
I. Pour en savoir plus sur les opportunités offertes par la SNANC voir section 4.3 du rapport HCC (2024) « Accélérer la transition climatique avec un
système alimentaire bas-carbone, résilient et juste ».
103
BUDGET CARBONE
De 2019 à 2023, l’industrie a émis une moyenne annuelle de 72,5 Mt éqCO2/an, et respecte donc
le budget carbone alloué par la SNBC 2 avec une marge de 3 %. Le secteur aura davantage
diminué ses émissions sur cette période que la moyenne nationale (baisse de 21 % contre 15 %
pour le total hors UTCATF). Le rythme moyen réalisé correspond à une baisse annuelle de 3,4 Mt
éqCO2/an, légèrement supérieure (de 0,5 Mt éqCO2/an) à celle requise en moyenne sur la
période 2024-2030 pour atteindre l’objectif provisoire du projet de SNBC 3, de 45 Mt éqCO2
émises sur l’année 2030.
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
La méthode d’élaboration de la stratégie de décarbonation de l’industrie s’est davantage
appuyée sur les acteurs des filières que les autres secteurs. Le processus itératif a nettement
amélioré les feuilles de route (homogénéisation, ajout de scénarios, vision à plus long terme,
quantification claire, objectifs plus ambitieux) et a mené à la signature des contrats de transi-
tion pour réduire d’au moins 45 % les émissions d’ici 2030 par rapport à 2019, légèrement en
deçà des objectifs pris en compte dans le projet de SNBC 3 (46,2 %).
Bien que les besoins en ressources, énergie et infrastructures aient été identifiés et reportés
dans les stratégies afférentes, la stratégie globale manque de projection en points d’étapes
intermédiaires et souffre d'un déficit d'identification des barrières pouvant limiter le déploie-
ment de solutions pour un horizon très rapproché dans un secteur à forte inertie. Des éléments
centraux restent à préciser, que ce soit en ce qui concerne l’évolution des métiers et forma-
tions, l’empreinte carbone, la diffusion et l’appropriation de ces stratégies par les acteurs des
filières, ou encore la prise en compte du scope 3 et plus généralement des leviers de modéra-
tion des usages. Les scénarios de production sont présentés comme exogènes et ne sont pas
étoffés de variantes mobilisant des mesures de sobriété. L’objectif de 8 Mt éqCO2 captées et
stockées par an par les technologies de CCS d’ici 6 ans semble par ailleurs trop optimiste
compte tenu du volume de projets matures en cours.
FREINS ET LEVIERS
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières européennes et ses modalités précises
d’application seront déterminants pour renforcer l’efficacité du SEQE. Les conditions d’appari-
tion des marchés bas-carbone ne sont en l’état pas réunies et conditionnent la transformation
de secteurs ayant une forte inertie de leurs capacités de production. L’amélioration des
circuits de collecte pour le recyclage, notamment des ferrailles de qualité, est encore néces-
saire pour mobiliser davantage ce gisement de réduction d’émissions.
TRANSITION JUSTE
La stratégie de focalisation sur les sites les plus émetteurs permet d’accélérer le déve-
loppement des infrastructures et leviers nécessaires à la décarbonation, mais risque
d’apporter un avantage concurrentiel non négligeable à terme aux zones industrielles
regroupées en hub face aux émetteurs plus diffus qui auront moins accès aux infrastruc-
tures critiques, notamment pour des technologies telles que la capture et le stockage du
carbone (CCS) et l’hydrogène bas-carbone. Les efforts déployés pour réformer le marché
des quotas d'émission permettront de réduire les inégalités de tarification effective du
carbone mais les exonérations partielles, voire totales, des accises sur les énergies n’ont,
elles, pas été réformées. La stratégie européenne se fixe des objectifs ambitieux de
production continentale des besoins en technologies bas-carbone, mais les leviers mobi-
lisés restent très faibles en regard des ambitions, misant principalement sur les délais
d’autorisation et la commande publique, avec des dérogations trop accommodantes aux
critères discriminants.
RECOMMANDATIONS :
1
TENIR ET ÉLARGIR LES ENGAGEMENTS
DE DÉCARBONATION DE L’INDUSTRIE
2 Définir les conditions de réussite d’action de réindustrialisation du point de vue des objec-
tifs climatiques et compte tenu des contraintes climatiques (ex. contraintes sur l’eau)
(Minefi, MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
3 Développer le CCS en France en tant que levier de décarbonation des industries concen-
trées n’ayant pas d’alternatives, en anticipant dans la Stratégie nationale bas carbone
(SNBC) un potentiel limité de l’ordre de 2-4 MtCO2 par an à horizon 2030, et de 15-20 MtCO2
par an à horizon 2050 (SGPE, 2024, Recommandation HCC 2023 avis CCUS).
105
ANALYSE DES ÉMISSIONS
331 ET INDICATEURS DE PROGRÈS
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS Figure 3.3a − Émissions du secteur
DE GAZ À EFFET DE SERRE
de l’industrie en France depuis 2010,
Les émissions du secteur de l’industrie s’élèvent à 64,8 trajectoire SNBC 2 et objectif
Mt éqCO2 en 2023, représentant 17,4% des émissions
du projet de SNBC 3
nationales.
120
Les émissions du secteur ont diminué de 6,1 Mt éqCO2
100
entre 2022 et 2023, soit une baisse de 8,7 %. Cette
baisse importante est portée par les performances de 80
la sidérurgie (-2 Mt éqCO2), des minéraux non-métal-
Mt éqCO2
liques et matériaux de construction (-1,3 Mt éqCO2), de 60
0
FACTEURS EXPLICATIFS
2010 2015 2020 2025 2030 2035
DE L’ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS
La baisse observée en 2023 peut s’expliquer pour près Trajectoire indicative SNBC 2 Émissions
de moitié (à hauteur de 2,7 Mt éqCO2), par la diminution Objectif 2030 projet SNBC 3
de la production, due notamment à des prix de l’énergie Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3
toujours élevés dans les secteurs les plus émetteurs.
Figure 3.3b − Indices de production
Un découplage progressif entre l’économie industrielle et d’émissions de l’industrie (base 2015)
et les émissions associées est perceptible sur les deux
premiers budgets carbone de la SNBC couvrant la 105
période 2015 à 2023, puisque les variations d’émissions
100
étaient plus à la baisse que celles de la productionI.
L’indice de production industrielle, calculé par l’Insee, 95
140
100
120
80
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60 80
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20
20
20
109
budget carbone et diminuent plus structurellement Figure 3.3e − Émissions du secteur
depuis. Plusieurs effets contraires influent sur la demande
des déchets en France depuis 2010,
en papier-carton. La transition numérique a fait for-
trajectoire SNBC 2
tement diminuer la demande en papier graphique, quand
l’essor de l’e-commerce a eu un impact positif fort sur les
et objectif du projet de SNBC 3
emballages et conditionnements (passage de 40 à 66 %
20
de la production en dix ans), sans pour autant com-
18
penser entièrement la baisse globale de production. Une
16
opportunité réside par ailleurs dans l’évolution des régle-
14
mentations concernant les emballages plastiques. La
Mt éqCO2
12
quasi totalité des émissions du secteur sont issues de la 10
production de chaleur (seulement 5 % proviennent de 8
procédés, tels que la production de chaux sur site), prove- 6
nant à 65 % de sources renouvelables103. 4
2
AUTRES SOUS-SECTEURS (TEXTILE, BOIS, ETC.) : 0
3,1 % DES ÉMISSIONS DE L'INDUSTRIE 2010 2015 2020 2025 2030 2035
Les autres sous-secteurs (textiles, bois, etc.) sont les
Trajectoire indicative SNBC 2 Émissions
seuls à avoir connu une hausse de leur production,
Objectif 2030 projet SNBC 3
tout en ayant baissé leurs émissions. Les émissions
de ces sous-secteurs ont baissé de 0,8 Mt éqCO2 (-30 %) Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3
sur la période 2019-2023 et s’élèvent à 2 Mt éqCO2 en
2023. L’indice de production est en hausse de 11 % sur Figure 3.3f − Émissions des principaux
cette période quinquennale. Cet ensemble composite sous-secteurs du traitement centralisé
a ainsi retrouvé un niveau de production légèrement des déchets en France depuis 2010
supérieur à celui d’avant crise sanitaire. La variation
des émissions était en hausse relativement à celle de 18
8
DÉCHETS : 14,4 MT ÉQCO2, SOIT 3,6 %
6
DES ÉMISSIONS NATIONALES (DONNÉES 2022)
4
Les émissions du secteur des déchets ont augmenté
2
de 0,1 Mt éqCO2 entre 2021 et 2022. Les émissions
0
liées au stockage des déchets sont majoritaires (79 %
20
23
22
14
13
18
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16
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20
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20
20
20
20
20
20
I. Les dernières données disponibles du secteur des déchets portent sur l’année 2022 et non 2023.
111
Tableau 3.3a - Résumé de l’appréciation du cadre d’action publique
pour le secteur de l'industrie
Sources : HCC. Vert: action publique crédible, jaune: risques notables, orange: risques sérieux, rouge: action publique insuffisante.
validé par les députés et le Conseil107. Les méthodolo- ticulier, un risque de mal-atténuation existe puisque
gies portant sur les critères de durée et conditions de l’aluminium et le titane ont été ajoutés à ces matières
stockage restent à établir, mais cette étape clarifie le critiques, favorisant le secteur de l’aviation qui contri-
cadre légal et lève ainsi des verrous pour les investis- bue au réchauffement climatique.
sements, tant pour le CCS que pour le stockage via le
bois construction. APPRÉCIATION DE L’ACTION PUBLIQUE
DANS LE SECTEUR DE L’INDUSTRIE
RÉFORME DU MARCHÉ EUROPÉEN DE L’ÉLECTRICITÉ STRATÉGIE, GOUVERNANCE ET RESPONSABILITÉS
La réforme du marché européen de l’électricité a un Contrairement aux autres secteurs, la stratégie de
impact positif pour le secteur de l’industrie, en encou- décarbonation a été co-construite en élaborant des
rageant les contrats de long terme (Power Purchase contrats de transition écologique directement avec les
Agreements), permettant notamment de limiter les acteurs, recensant les leviers, engagements volontaires et
risques de marché pour les clients industriels sur des moyens mis en œuvre, et permettant à l’État de jouer son
périodes de 5 à 20 ans. rôle de coordination, de soutien économique et de partage
de risque. Ces contrats ont été conclus avec les 4 filières et
ACTE SUR LES MATIÈRES PREMIÈRES CRITIQUES 50 sites industriels les plus émetteurs, afin de réduire leurs
L'acte sur les matières premières critiques108 fixe des émissions d’au moins 45 % d’ici 2030 par rapport à 2019.
objectifs ambitieux mais ne démontre pas un soutien Cette cible est proche, mais ne se révèle pas parfaitement
réglementaire et financier suffisant pour les satisfaire. cohérente avec celle, plus ambitieuse, envisagée par le
Publié au journal officiel de l'UE en mai 2024, l’acte vise projet de SNBC 3109 (46,2 %). Le caractère prescriptif de
à coordonner les actions des États membres et d'as- ces contrats est difficilement identifiable. La condition-
surer un approvisionnement sûr et durable en nalité des aides à l’atteinte des objectifs a posteriori n’est
matières premières critiques. Il fixe des objectifs ambi- pas explicitée, bien que présente dans les derniers appels
tieux en termes d’extraction (10 % de la consommation d’offres du fonds de décarbonation de l’industrie110.
annuelle de matières premières critiques sur le sol
européen contre 3 % aujourd’hui), de traitement et de Cette co-construction est bénéfique pour l’opéra-
raffinage (50 %) et de recyclage (45 %) d’ici à 2030. tionnalisation des stratégies et leur appropriation
Il vise par ailleurs une diversification des risques pour par les acteurs, mais fait peser un risque de choix
qu’aucun prestataire ne fournisse plus de 65 % de l’en- sous optimaux maximisant la rentabilité des actifs
semble des matières premières. Ces objectifs sont existants plutôt que la décarbonation profonde de
associés à des facilités financières (via l'utilisation des long terme.
500 M€ du Fonds des métaux critiques avec sécurisa-
tion des approvisionnements en amont, soit en off-take, Les travaux sur les ressources, énergies et infrastruc-
au bénéfice des projets européens) et procédures tures nécessaires pour les filières industrielles ont éva-
réglementaires accélérées à certaines activités minières. lués des besoins supplémentaires de 30 TWh d’électri-
L'adéquation entre ambitions et leviers mobilisés reste cité, 10 TWh de biomasse, 460 kt d’hydrogène bas-car-
cependant à démontrer. Le suivi des usages et la prio- boneI et 8 Mt de CO2 captés. Le Gouvernement a en
risation des matières critiques vers les technologies conséquence révisé les stratégies afférentes pour y
vertes et le sol européen n'ont pas été établis. En par- inclure ces objectifs.
I. Stockage, infrastructures de transport, mécanismes de soutien (contrats pour différence et bonus-malus), besoins en compétences, R&D, contexte
international et cadre réglementaire.
II. Partage des risques techniques, contractuels et financiers, et accès.
III. Phase d’inventaire et d’autorisations pour le stockage, d’études de faisabilité industrielle, d’investissement, de déploiement d’infrastructures de
transport dont le dimensionnement dépend de la prévision des volumes et localisation des installations de production et de stockage, et enfin de
construction sur site.
IV. Les secteurs de la chimie, ciment, agroalimentaire, mais pas celles de la métallurgie (actualisée en 2022) ni du secteur papier et carton (publiée en 2022).
V. Les données ne portent ici que sur les émissions de combustion et non de procédés.
VI. Dont le volume représentait 90 % des émissions des industries soumises au SEQE en 2022.
113
des déchets) et son efficacité réelle dépendra du Le « Fonds Décarbonation Industrie » subven-
niveau d’adéquation des primes, pénalités et sanc- tionne, indépendamment des zones concernées,
tions avec les objectifs cibles. Le dispositif n’a pas été les technologies matures et bénéficie de 1,2 Mrd€
conçu pour réduire la quantité produite et l’améliora- de France Relance : 600 M€ en complément du
tion de l’efficacité du système passe par plusieurs Fonds chaleur sur le volet biomasse (dont BCIAT,
leviers comme l’élargissement des secteurs soumis à la Biomasse Chaleur pour l’Industrie, l’Agriculture et
REP (notamment étendu dans la loi Agec pour la filière le Tertiaire), 564 M€ pour la décarbonation des
emballage, produits chimiques des ménages, procédés et utilités industriels (3 appels à projets
véhicules hors d’usage et ameublement, ou nouvelle- IndusEE, DECARB IND 1 et DECARB IND 2), ainsi que
ment créé pour les déchets du bâtiment, huiles et 45 M€, gérés par l’Agence de services de paie-
lubrifiants)116, l’élargissement des acteurs concernés ou ments (ASP) et ciblés sur les projets d’amélioration
le renforcement des obligations (comme la reprise sans d’efficacité énergétique de plus faible envergure.
frais). La modulation des éco-contribution en fonction L’appel à projet BCIAT, créé en 2009, a connu un
de la réemployabilité, réparabilité et recyclage, développement fort grâce aux fonds de France
renforcée également par la loi Agec, permet de favori- Relance, puisque deux fois plus de projets sont en
ser économiquement l’écoconception si les primes et cours de réalisation qu’en fonctionnement en 2022,
pénalités sont fixées au niveau adéquat. Le passage pour une réduction évaluée117 à 1,78 Mt éqCO2. Les
d’obligations de moyen à obligations de résultat via 564 M€ investis pour la décarbonation des procé-
des sanctions en cas de non-respect des objectifs dés et utilités permettront selon l’Ademe 118 une
définis par les éco-organismes renforce l’opérationna- réduction de 2,64 Mt éqCO2 à iso-production une
lité du dispositif en donnant les moyens d’atteindre le fois les projets mis en œuvre, mais uniquement de
juste signal-prix. 1,29 Mt éqCO2 nettes en tenant compte de l’aug-
mentation de la production due à la réindustriali-
CONTRATS DE FILIÈRES ET SUBVENTIONS sation et à la croissance de certains marchés.
France 2030 consacre au total 5,6 Mrd€ pour la
décarbonation de l’industrie. Les fonds sont alloués Un crédit d’impôt de 20 % en faveur des entre-
via plusieurs instruments suivant l’objectif cible : prises investissant dans la production de techno-
logies vertes (C3IV) a également été prévu par la
L’accompagnement des zones énergo-intensives loi de finance 2024113 pour renforcer la production
à travers les appels à projets pour la création de nationale de panneaux solaires, turbines éoliennes,
Zones industrielles bas-carbone (Zibac, portés batteries et pompes à chaleur.
par l’Ademe) se borne à la subvention des études
d’ingénierie et de faisabilité. Cette étape est Les États membres et la Commission européenne ont
certes nécessaire pour la coordination des validé quatre secteurs prioritaires permettant l’apport
acteurs, notamment concernant les besoins de d’aide d’État via les Projets Importants d’Intérêt Européen
développement d’infrastructures clés (raccorde- Commun (PIIEC). Les productions de batteries et d’hy-
ment au réseau électrique, réseaux d’hydrogène, drogène bas carbone sont ainsi soutenues de façon
CCS), mais elle reste prospective et démarre coordonnée sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.
tardivement pour une échéance à 2030, en dépit
d’autres travaux prospectifs déjà réalisés. Malgré Malgré le côté encourageant des réductions per-
la publication de la feuille de route du secteur de mises par ces aides, l’effort public devra être péren-
la chimie dès 2021, le programme de travail et de nisé voire amplifié. Ces aides se concentrent en effet
déclinaison d’actions ne sera par exemple réalisé nettement sur les sites les plus émetteurs, moins sur le
dans la vallée de la chimie à Lyon que pour fin diffus qui devrait être traité à proportion de ses émis-
2025 et avec un objectif de réduction 5 points sionsI. Par ailleurs seul un quart120 des réductions
inférieurs à celui de la planification écologique. attendues par la SNBC 2 (objectif devant être
Les 5 autres lauréats couvrent les principaux sites rehaussé pour être aligné avec l’objectif européen)
émetteurs de Fos-sur-Mer, Dunkerque, Le Havre serait atteint dans l’hypothèse où les aides allouées
(axe Seine), Nantes (estuaire de la Loire) et actuellement par le dispositif de décarbonation des
Bordeaux (Bassens et Ambès). procédés et utilités seraiet renouvelées chaque
I. 85 % de l’effort prévu par le fonds de décarbonation de l’industrie porte sur les 9 secteurs les plus émetteurs.
I. 75 % d’incorporation dans la filière du papier-carton, 78 % de collecte dans la filière du verre d’emballage, contre 3 % pour le verre plat. Source :
Ademe, Plans de Transition Sectoriels.
115
Les règlements européens écoconception124 et répa- sans risque de fuite aux frontières. Les calendriers
ration des biens125 ont été adoptés en dernière session du d'application aux différentes filières s'étalent cepen-
Parlement européen. Ils élargissent les obligations dant sur plus d'une décennie, ce qui réduira la capa-
hors des seuls produits liés à l’énergie, notamment sur cité de réduction d'émissions du signal-prix du car-
l’évaluation de la durabilité des produits, la facilité de bone. Le MACF vise à sauvegarder la compétitivité des
réparation, de réemploi et de reconditionnement, ainsi industries lourdes dans le cadre de politiques de tarifi-
que la conception en vue du recyclage. Un passeport cation carbone ambitieuses, sans risque de délocalisa-
numérique devra être établi pour la bonne traçabilité tion des activités. Le mécanisme, dont la mise en place
et information des consommateurs. s'effectuera de façon progressive d'ici 2026 permettra
donc de s’affranchir des quotas gratuits dispensés à
Le transfert de déchets126 vers des pays hors UE est de nombreuses industries soumises à une concurrence
par ailleurs restreint ce qui nécessite donc un renfor- internationale forte et limitant les incitations pour des
cement des capacités de recyclage et de gestion des procédés décarbonés129. Le calendrier de suppression
déchets sur le sol européen pour faire face à la crois- de ces quotas s'étale cependant jusqu'en 2035, retar-
sance programmée des besoins. dant d'autant l'effectivité de la tarification carbone
appliquée aux produits consommés en Europe.
CCS
Le captage du carbone et son stockage (CCS) consti-
Des difficultés bien identifiées devront être surmon-
tue un levier important mais dont l’objectif proposé
tées dans la mise en œuvre du dispositif dans la
au sein des feuilles de route industrielles semble trop
mesure où son application aux industries lourdes
optimiste à horizon 2030. Bien que plusieurs projets
auraient des conséquences pour les industries d'as-
soient soutenus par des fonds français et européens
semblage, qui seraient désavantagées vis-à-vis de
dans une optique de développement en cluster et que le
leurs concurrents internationaux. Le secteur de la
Gouvernement ait signé des accords bilatéraux avec le
sidérurgie est tout particulièrement touché par ce
Danemark et la Norvège pour anticiper un stockage
phénomène avec un risque d’import de produits finis
géologique du CO2 en mer du Nord, la filière reste actuel-
tels que des carrosseries de voiture à partir d’acier
lement quasi inexistanteI en France et nécessite de déve-
hautement émetteur.
lopper la plus grande partie de sa chaîne de valeur. Pour
atteindre son objectif de -45 % des émissions en 2030
par rapport à 2015, la filière table sur la borne haute de la CRÉER LES CONDITIONS
stratégie CCUS française, 8 MtCO2/an, soit plus d’un D’UN MARCHÉ BAS-CARBONE
quart des réductions prévues par le secteur. Ce déploie- Certains marchés ne sont pas propices au dévelop-
ment d’ici 6 ans semble optimiste compte tenu du pement de solutions bas-carbone et nécessitent
volume de projets matures ayant passé le stade de la d'être modifiés, par la contrainte réglementaire et
phase d’étude et du risque de non-performanceII de ces l'incitation économique. La filière du ciment cherche
premiers de série127. Des clarifications s’avèrent néces- à réduire ses consommations énergétiques et la
saires en termes de planification des projets et du cadre nature de ses process, mais le ciment bas-carbone, le
réglementaire malgré la publication de la stratégie fran- bois construction ou le recyclage des déchets de
çaise CCUS et d’avancées128 sur le cadre européen de construction peinent à trouver une place sur le mar-
certification d’élimination du carbone. En particulier, ché130. Le lent processus de normalisation et les
aucun outil n’a été évoqué pour s’assurer de la priorisa- cahiers des charges peu flexibles au niveau de la
tion apportée aux solutions de décarbonation plus pro- demande ne facilitent pas le développement de nou-
fondes et de plus long terme, malgré l’engagement porté veaux ciments dont certaines caractéristiques dif-
en ce sens dans les différentes stratégies. fèrent des ciments conventionnels et nécessitent
donc de l'adaptation à l'aval. La commande publique
FUITES DE CARBONE n'est pas particulièrement proactive pour favoriser
La mise en place du mécanisme d’ajustement car- ces alternatives bas-carbones, ce qui se traduit éga-
bone aux frontières européennes (MACF, voir 5.2.3) lement par un manque d'anticipation dans les
est une étape importante pour permettre une tarifi- comptes de l'État pour ces solutions souvent plus
cation carbone effective de l'industrie européenne et coûteuses. De même pour la filière du dihydrogène
I. Le seul projet actuellement opérationnel est Cryocap, captant seulement 0,1 MtCO2/an et sans stockage, donc ne pouvant être comptabilisé dans
la stratégie de décarbonation.
II. Efficacité limitée des processus de capture, pénalités énergétiques, risques de fuites sur toute la chaîne technologique et aléas sur les coûts associés.
117
34 BÂTIMENT
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
Le secteur du bâtiment poursuit sa décarbonation mais les politiques actuelles n'enclenchent
pas les transformations nécessaires à l’atteinte de la neutralité carbone. Les aides publiques à
la rénovation sont en hausse et ont permis de baisser fortement les émissions à court terme,
mais elles restent centrées sur le changement des modes de chauffage allant vers l'électrifica-
tion, au détriment de l’isolation, plus coûteuse mais nécessaire pour atteindre un parc bas-car-
bone. Cette orientation ne permet pas de diminuer significativement les factures de chauffage
pour lutter contre la précarité énergétique, qui s’est accentuée en 2024. La formation des
professionnels et le contrôle de la qualité des travaux de rénovation sont nécessaires à la
massification efficace des rénovations.
ÉMISSIONS
Les émissions du secteur ont baissé de 3,4 Mt éqCO2 en 2023, pour atteindre 58,4 Mt éqCO2. Les
baisses concernent essentiellement le segment qui regroupe le chauffage des bâtiments, la pro-
duction d’eau chaude sanitaire et la cuisson des aliments. Corrigée des variations météorolo-
giques, la baisse est de 3,9 Mt éqCO2 par rapport à l’année 2022. La baisse peut être expliquée par
les prix élevés de l’énergie et les efforts de sobriété soutenus par les politiques publiques, ainsi
que la rénovation thermique des bâtiments et en particulier l’installation de pompes à chaleur.
BUDGET CARBONE
Le secteur respecte son budget carbone sur la période, avec une trajectoire de baisse légère-
ment plus rapide que celle prévue par la SNBC 2. Maintenir ce rythme de baisse des émissions
permettrait d’atteindre les objectifs provisoires 2030 du projet de SNBC 3 (-3,8 Mt éqCO2/an).
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
Le soutien global à la filière de la rénovation s’est renforcé, mais la stratégie continue de marquer
un soutien aux mono-gestes de rénovation, et les politiques publiques apparaissent instables.
Des avancées pour exclure les mono-gestes avaient pourtant été actées en décembre 2023, mais
ont ensuite été annulées début 2024. Cette instabilité nuit à l’organisation des filières et à la
confiance des ménages. Une nouvelle directive européenne sur la performance énergétique des
bâtiments, adoptée le 12 mars 2024, fixe des objectifs qui doivent conduire à renforcer l’ambition
française sur la production d’énergie dans le bâtiment afin d’avoir des bâtiments neufs à zéro
émissions nettes dès 2030 pour les constructions neuves et d’ici 2050 pour l’ensemble du parc.
FREINS ET LEVIERS
Les principaux blocages identifiés pour accélérer les rénovations performantes sont les défi-
cits de formation des professionnels, l’absence de contrôle de la qualité des travaux réalisés et
la difficulté à faire aboutir les projets dans les copropriétés.
TRANSITION JUSTE
La précarité énergétique s’est accentuée en France en 2023. 12 % des ménages modestes ont
dépensé plus de 8 % de leurs revenus pour payer des factures énergétiques, et 79 % des Français
ont restreint le chauffage pour limiter leur facture énergétique, soit 10 points de plus qu’en 2022.
Les politiques actuelles, qui soutiennent majoritairement un changement du mode de chauffage
plutôt que des rénovations performantes incluant de l’isolation, ne permettent pas de lutter effi-
cacement contre la précarité énergétique. Les incitations et les obligations qui découragent la
location de passoires thermiques constituent un levier intéressant pour lutter contre la précarité
énergétique chez les ménages locataires ; mais elles peuvent également avoir des effets néga-
tifs sur le parc locatif, y compris pour les ménages modestes, qu’il convient de surveiller. Dans ce
cadre, la question du reste à charge du financement des rénovations est un élément clé.
RECOMMANDATIONS :
1
INTÉGRER LES BESOINS DE RÉNOVATIONS PERFORMANTES DES BÂTIMENTS
EN COMPLÉMENT DES CHANGEMENTS DE MODE DE CHAUFFAGE
1 Fixer une trajectoire d’augmentation du montant global du soutien public aux rénovations
énergétiques globales dans les dispositifs d’accompagnement pour réaliser l’ensemble
de la rénovation de haut niveau de performance dans la durée en complément des chan-
gements de mode de chauffage, en adéquation avec les besoins d’atténuation et d’adap-
tation identifiés (MTECT, Minefi, 2024, Recommandation HCC 2022 modifiée).
4 Estimer les gisements pour le parc tertiaire exclu du dispositif Eco-Tertiaire actuellement
(surfaces inférieures à 1 000 m2) et mettre en place un dispositif pour les surfaces de taille
intermédiaire (MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
119
ANALYSE DES ÉMISSIONS
341 ET RESPECT DES OBJECTIFS
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS Figure 3.4a − Émissions du secteur
DE GAZ À EFFET DE SERRE du bâtiment en France depuis 2010,
Les émissions du secteur des bâtiments s’élèvent trajectoire SNBC 2 et objectif
à 58,4 Mt éqCO2 en 2023, soit 16 % des émissions du projet de SNBC 3
nationales. Ces émissions se répartissent entre le
120
bâtiment résidentiel (62 %) et le bâtiment tertiaire
(38 %). L’essentiel de ces émissions provient du 100
chauffage des bâtiments (à 80 % dans le résidentiel
80
Mt éqCO2
en 2020), de la production d’eau chaude sanitaire
(13 % dans le résidentiel) et de la cuisson des ali-
60
ments (7 %)139. Corrigées des variations météorolo-
giques relatives à la période 1991-2020, les émissions 40
FACTEURS EXPLICATIFS 20
DE L’ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS 10
La baisse annuelle des émissions du bâtiment s’ex- 0
plique par plusieurs facteurs. Une première raison
10
11
12
13
14
15
16
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20
20
SUIVI ET APPRÉCIATION
342 DES POLITIQUES PUBLIQUES DU SECTEUR
Sources : HCC. Vert: action publique crédible, jaune: risques notables, orange: risques sérieux, rouge: action publique insuffisante.
121
tel qu’indiqué dans les indicateurs provisoires, men- Ces reculs ont été menés avec peu de concertation
tionne un objectif de limiter le nombre de passoires ther- et sans prendre le temps d’évaluer réellement les
miques parmi les résidences principales à 1,95 millions nouvelles mesures. Les nouveaux dispositifs de sou-
de logements, contre 4,75 millions en 2022144. L’intérêt de tien, entrés en vigueur au 1er janvier 2024, ont été
cibler en priorité les passoires thermiques est conforté stoppés au bout de deux mois. Ces changements
par les analyses socio-économiques, à la fois pour les rapides nuisent à la visibilité et à la crédibilité des
bénéfices économiques et sanitaires145. Atteindre cet engagements publics nécessaires pour structurer
objectif suppose une mobilisation massive, à la fois sur rapidement les filières. Ces changements fragilisent
les plans financiers, humains et réglementaires, en privi- également la trajectoire provisoire de la SNBC 3, qui
légiant les parcours de rénovation globale146. Au 1er jan- vise à accélérer fortement le nombre de rénovations
vier 2023, 4,8 millions de résidences principales en profondes, comme le recommande le Haut conseil
France étaient des passoires thermiques (étiquette F ou pour le climat.
G du DPE), soit 16 % des 30 millions de résidences princi-
pales du territoire147. En incluant les résidences secon- BÂTIMENTS TERTIAIRES
daires et les logements vacants, le nombre total de pas- Le cadre adopté pour le bâtiment tertiaire fournit
soires énergétiques est de 6,6 millions en France en une trajectoire prévisible aux acteurs, avec des
2023, un nombre en baisse de 7 % par rapport à l’année paliers de réduction d’émissions tous les dix ans à
2022 selon les estimations du Sdes148. L’impact sur les partir de 2030.
émissions est cependant difficile à estimer en l’absence
de données réelles de consommation, car les gains de La décarbonation du bâtiment tertiaire est portée
consommation effectifs peuvent être jusqu’à six fois par plusieurs plans nationaux : la « feuille de route de
inférieurs à ceux prédits par le DPE (estimation pour un décarbonation du cycle de vie du bâtiment », produite
passage d’une classe G à une classe AB), du fait d’un par la filière dans le cadre de l’article 301 de la loi
effet rebond dans les comportements et, dans une climat et résilience ; la « planification écologique dans
moindre mesure, des imperfections du DPE149. les bâtiments » réalisée par le SGPE ; ou encore le
« plan de rénovation énergétique du bâti scolaire »,
La stratégie continue de soutenir les mono-gestes de lancé en mai 2023, et accompagné par un nouveau
rénovation, au détriment des rénovations globales programme de la Banque des Territoires, baptisé
et performantes. La loi de finances initiale à la fin de « ÉduRénov », qui doit permettre de financer 2 mil-
l’année 2023 avait vu plusieurs avancées notables, liards d'euros de travaux d'ici 2027 dans 10.000 éta-
avec une volonté de réduire les soutiens publics aux blissements.
mono-gestes, et une orientation davantage tournée
vers des rénovations globales et performantes150. Le secteur du bâtiment tertiaire a reçu des objectifs
Au premier semestre 2024, les mono-gestes de réno- par paliers. Les réductions d’émissions doivent atteindre
vation ont été réintroduits au détriment des rénova- soit des objectifs de baisse relative : -40 % d’ici 2030,
tions profondes. Le niveau d’ambition concernant le -50 % d’ici 2040 et -60 % d’ici 2050 par rapport à une
nombre de rénovations globales des logements a été année de référence (année 2010 ou une année posté-
revu à la baisse, passant de 200 000 par an à une rieure) ; soit des niveaux de consommation de réfé-
fourchette comprise entre 140 000 et 150 000 en 2024. rence. Ces objectifs portent sur les bâtiments ter-
tiaires de 1 000 m² et plus. Aucun objectif n’est prévu
La stratégie est également marquée par une instabi- pour les locaux tertiaires qui ne sont pas inclus dans
lité des orientations. Outre l’avancée puis le recul ce seuil de 1 000 m².
entre 2023 et 2024 sur les rénovations profondes, l’ins-
tabilité du soutien public à la rénovation se vérifie POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET INSTRUMENTS
également sur un temps plus long. MaPrimeRénov a
LOGEMENTS EXISTANTS
été profondément remaniée chaque année depuis sa
Le montant des aides publiques à la rénovation des
création en 2020. Le dispositif antérieur, le Crédit
logements est en hausse, mais sans atteindre les
d'impôt pour la transition écologique (CITE) avait lui
niveaux requis. Les évaluations sur les investisse-
aussi été marqué par des évolutions importantes et
ments publics et privés nécessaires indiquent un
fréquentes. Ces évolutions visent à améliorer les poli-
besoin de hausse comprise entre +13 et +33 Mrd€/an,
tiques publiques, mais leur fréquence élevée peut
par rapport au niveau de 2021152,153,154. Entre 2021 et
nuire à la visibilité des entreprises. Elle fragilise l’objec-
2023, ces montants ont augmenté de 1,6 Mrd€155.
tif de la SNBC 3 provisoire d’atteindre 900 000 réno-
Concernant les aides publiques uniquement, le
vations performantes en 2030151.
gouvernement avait annoncé une hausse de MaPri-
122 - RAPPORT ANNUEL 2024
meRénov pour atteindre 4 milliards d’euros au 1er jan- rénovation si les travaux ne sont pas menés dans le
vier 2024, avant de réduire cette enveloppe à 3 Mrd € bon ordre ou réduire la qualité de l’isolation finale.
en février 2024. Or, I4CE estimait les besoins à au
moins 4,5 Mrd€ en 2024156. Le fonctionnement des CEE continue d’encourager les
mono-gestes de rénovation et pâtit d’un niveau élevé
Le signal-prix a également été modifié au détriment de fraudes. Le calibrage de la fiche « Rénovation per-
des rénovations profondes. La montée en puissance formante d’une maison individuelle » conduit souvent à
des rénovations profondes est un facteur clé pour installer les systèmes de chauffage, sans mener de tra-
sécuriser l’atteinte des objectifs climatiques de long vaux d’isolation160. Cette incitation nuit à l’atteinte des
terme dans le secteur. Alors que les mono-gestes de objectifs bas-carbone de long terme du secteur, qui
rénovation avaient été écartés dans une large mesure nécessitent d’améliorer à la fois les systèmes de chauf-
des subventions publiques à partir du 1er janvier 2024, fage et l’isolation de l’enveloppe des bâtis161. En outre,
ceux-ci ont été réintégrés dès le mois de mars 2024157. ce dispositif souffre d’un taux de fraude élevé, estimé
par la filière à près de 90 %162. Les montants financiers
En revanche, le gouvernement a maintenu la fin des des CEE étant estimés à environ 4 milliards en 2024163,
aides pour les chaudières à gaz, ainsi que l’interdic- un meilleur contrôle de ce dispositif présente un enjeu
tion de location des logements les plus énergivores. significatif pour l’efficience de l’action climatique.
Les aides pour l'installation d'une chaudière gaz ont
été supprimées à compter du 1er janvier 2024, ce qui LOGEMENTS NEUFS
renforce l’incitation à installer des modes de chauf- L’action de l’État sur les émissions des logements
fages plus décarbonés lors des rénovations. L’inter- neufs est principalement encadrée par la réglemen-
diction des logements les plus énergivores (logements tation environnementale sur la construction neuve,
dit « G+ »), en vigueur depuis le 1er janvier 2023, a été qui a évolué récemment. La réglementation en vigueur
maintenue, ainsi que le gel des loyers pour les loge- est la réglementation environnementale 2020, dite
ments F et G. Les logements G+ ne représente qu’une « RE 2020 ». Elle est entrée en vigueur depuis janvier
minorité du parc (1,5 % des résidences principales, soit 2022, en remplacement de la précédente réglementation
40 00 logements environ158), mais avec des impacts thermique de 2012 (RT 2012). La nouvelle réglementa-
importants en termes de précarité énergétique et de tion renforce les objectifs de sobriété énergétique et
santé. Il est prévu que ces mesures se renforcent pro- de décarbonation de l’énergie. Elle a également intro-
gressivement, avec une extension prévue de l’inter- duit des normes sur l’empreinte carbone du bâtiment
diction de location aux logements G à partir de 2025, (en particulier sur les matériaux de construction utilisés)
puis F en 2028 et E en 2034. Cette mesure n’est cepen- et sur le confort d’été, ce qui a marqué un important pas
dant pas assortie d’un contrôle par l’État, ce qui pour- en avant à la fois pour l’atténuation et l’adaptation.
rait en limiter la portée. En outre, elle présente des
conséquences sociales importantes, qui sont analy- La nouvelle réglementation, qui a déjà représenté une
sées dans la partie « transition juste » de cette section. avancée importante, doit encore progresser sur le
volet de la production d’énergie afin de s’aligner avec
Le soutien public semble se destiner en priorité aux la nouvelle directive européenne sur le bâtiment. La RE
solutions les moins chères à court terme, ce qui 2020 a permis d’anticiper la nouvelle directive euro-
permet des baisses rapides d’émissions mais peut péenne sur la performance énergétique des bâtiments
nuire à l’atteinte des objectifs de long terme. Mener sur plusieurs volets, notamment le fait que tous les nou-
en priorité les actions de décarbonation à moindre veaux bâtiments seront zéro émission à partir de 2030,
coût correspond à la logique du « coût d’abattement ainsi que l’abandon des chaudières fossiles d’ici 2040.
marginal »159. Cependant, cette approche peut conduire En revanche, la RE 2020 doit encore progresser sur le
à manquer les objectifs de long terme. Isoler les volet de la production d’énergie locale. La directive
4,8 millions de passoires thermiques qui sont des rési- européenne prévoit que l’ensemble du parc immobilier
dences principales ne peut se faire en quelques atteigne zéro émissions nettes en 2050, ce qui implique
années, du fait de la main-d’œuvre limitée et des une production d’énergie locale avec des bâtiments à
délais des travaux. La bascule vers des modes de énergie positive (Bepos). Les bâtiments actuellement
chauffage à partir d’électricité comme les pompes à construits seront encore présents en 2050, il est donc
chaleur, sans isoler les bâtiments en parallèle, peut nécessaire d’intégrer cette disposition au plus vite, car il
également conduire à accroître les tensions sur le sys- est bien plus efficace de prévoir ce volet lors de la
tème électrique en hiver. Enfin, l’approche par conception et la construction du bâtiment, plutôt que
mono-gestes conduit à surenchérir le coût total d’une de devoir l’intégrer ex post.
123
BÂTIMENTS TERTIAIRES La gestion des rénovations en copropriété constitue
La stratégie pour le secteur tertiaire est portée par le également un point de blocage à lever. L’analyse du
dispositif « Éco-énergie tertiaire », une obligation Plan « France Relance » fait ainsi ressortir que MaPri-
réglementaire issue du décret du 23 juillet 2019 meRénov’ peine à trouver son public dans les loge-
dit « décret tertiaire ». La première étape de rensei- ments collectifs : ceux-ci correspondent à 6 % des
gner les données de consommation sur la plateforme rénovations subventionnées, alors qu’ils représentent
OPERAT a été réalisée. Cependant, aucun contrôle 43 % des résidences principales168. Les rénovations en
n’est prévu avant 2030 pour s’assurer que le secteur copropriété sont par nature plus complexes, de par la
s’oriente sur la bonne trajectoire. multiplicité des acteurs, et peuvent nécessiter un
accompagnement supplémentaire, mais leur réussite
Les estimations des montants des financements publics est un enjeu essentiel de la décarbonation du secteur.
et privés nécessaires sont évalués entre +5 et +22 Mrd€/ En outre, l’incitation réglementaire via l’interdiction de
an dans le tertiaire, par rapport à l’année 2021164. location des passoires thermiques porte uniquement
sur des logements individuels, il ne constitue pas un
FREINS ET LEVIERS moteur pour inciter l’ensemble d’une copropriété à
De nombreux freins doivent encore être levés, s’engager dans des travaux de rénovation.
notamment la formation des professionnels, le contrôle
de la qualité des travaux et l'accompagnement des Améliorer l’accès aux données reste un enjeu clé.
copropriétés. Des progrès ont été réalisés avec la création de l’Ob-
servatoire National de la Rénovation Énergétique
Un enjeu important concerne le contrôle de la qualité (ONRE), et avec le déploiement des compteurs Linky
des opérations de rénovation, qui n’existe pas et Gazpar qui devrait permettre un meilleur suivi des
aujourd’hui. Plusieurs études ont démontré que les consommations. Cependant, les analyses dans ce
travaux de rénovation, en l’absence de contrôle pou- secteur restent trop souvent basées sur des estima-
vaient être de qualité variable165, impactant la renta- tions ex ante. La consommation énergétique observée
bilité des investissements et leur bénéfice pour le est très différente de celle estimée par le DPE169. Les
climat. Intégrer un système de contrôle ex post per- gains liés aux rénovations sont également estimés de
mettrait d’améliorer la qualité des travaux et de ren- façon théorique et peuvent être notablement diffé-
forcer la confiance des ménages à mener ces travaux. rents des gains réels. Au vu des enjeux économiques,
L’exemple allemand, présenté par le Haut conseil davantage d’estimations in situ seraient utiles170. Les
pour le climat dans son rapport sur la rénovation des données sur la précarité énergétique, et en particulier
bâtiments166, esquisse des pistes concrète : en Alle- l’indicateur TEE, sont disponibles avec un délai impor-
magne, la banque publique qui soutient les investisse- tant qui ne permet pas un pilotage rapproché.
ments (la KfW) contrôle la qualité des rénovations
énergétiques qu’elle finance via le recours obligatoire L’articulation avec les missions des Architectes des
à un expert en énergie qui supervise les travaux et Bâtiments de France (ABF) pourrait également être
s’engage sur les résultats, assorti de contrôles ther- améliorée. De nombreuses rénovations de bâtiments
miques aléatoires sur certains bâtiments rénovés. Au sont plus efficaces et moins coûteuses par l’extérieur,
vu des montants financiers publics comme privés en par exemple pour l’isolation des murs et de la toiture.
jeu, un système de contrôle de la qualité des travaux Des projets de rénovation peuvent échouer à obtenir
apparaît comme un enjeu important de l’efficience et l’accord de l’ABF et être abandonnés, ou bien évo-
de l’acceptabilité des politiques de rénovation. luent et deviennent bien plus coûteux et moins effi-
caces. Une évolution des missions de l’ABF pour inté-
La formation des artisans et des tiers de confiance grer les enjeux climatiques pourrait faciliter les poli-
se poursuit mais doit encore accélérer. L’accompa- tiques de rénovation.
gnement des ménages par un tiers de confiance
labellisé (« mon accompagnateur Rénov’ ») est identi- Les processus d’accompagnement sont parfois trop
fié comme un levier essentiel au vu de la complexité peu réactifs et conduisent à des opportunités man-
croissante des rénovations – et en particulier des quées dans la rénovation. Pour les copropriétés, les
rénovations globales. L’accompagnement à la maî- rénovations sont souvent déclenchées par des
trise d’ouvrage est nécessaire lors de la conception du pannes (ex : chaudières collectives, fuite dans le toit,
projet, mais elle s’avère également utile pendant la etc). Ces situations sont propices à des rénovations
phase du chantier167. performantes sur l’ensemble des postes d’émissions.
125
froid au cours de l’hiver 2022-2023 et 79 % ont res- réduire le nombre de passoires thermiques identi-
treint le chauffage pour ne pas avoir de factures trop fiées par le DPE, sans pour autant baisser les factures
élevées (soit 10 points de plus qu’en 2022). Le confort d’énergie. En cas de modification du coefficient, des
d’été est également un sujet de préoccupation, avec mesures d’accompagnement complémentaires
55 % des Français déclarant avoir souffert d’un excès pourraient s’avérer nécessaires.
de chaleur177. La plupart des dispositifs d’aide mis en
place suite à la guerre en Ukraine et à l’envolée des Les incitations et les obligations qui découragent la
prix de l’énergie ont été arrêtés dans le courant de location de passoires thermiques constituent un
l’année 2024, à l’exception du tarif réglementé de levier intéressant pour lutter contre la précarité
vente sur l’électricité, qui reste plafonné à 10 % de énergétique chez les ménages locataires ; mais
hausse en 2024. elles peuvent également avoir des effets négatifs
sur le parc locatif, y compris pour les ménages
Les politiques actuelles, qui soutiennent majori- modestes, qu’il convient de surveiller. Pour sortir
tairement un changement du mode de chauffage durablement des locataires d’une situation de pré-
plutôt que des rénovations performantes carité énergétique, notamment les plus modestes,
incluant de l’isolation, ne permettent pas de des obligations ou des incitations imposées au pro-
lutter efficacement contre la précarité énergé- priétaire bailleur sont un levier important. Les réno-
tique. L’installation de pompes à chaleur est un vations de propriétaires bailleurs représentent
levier fortement mis en avant dans les soutiens cependant une faible partie des aides distribuées
publics actuels. C’est en effet le levier qui présente par l’Anah en 2023179, ce qui montre que la politique
un coût faible par tonne de CO 2 évitée. Les publique peine à atteindre cette cible. Ces nouvelles
pompes à chaleur ont un rendement énergétique réglementations ont également conduit à accélérer
important et nécessitent donc moins d'énergie les ventes de passoires thermiques, avec une décote
qu’un chauffage par chaudière gaz. Cependant, le de la valeur foncière – particulièrement en zone
gain sur la facture est moins important que le gain rurale180 – pouvant faire craindre une tension accrue
énergétique, car le prix de l’électricité pour ali- sur le marché du logement locatif, et donc des diffi-
menter la pompe à chaleur est plus important que cultés à se loger pour les ménages modestes. Un
celui du gaz qu’elle remplace. Une véritable action meilleur suivi des tensions sur le marché immobilier
pour réduire les factures d’énergie implique égale- apparaît donc utile pour suivre tous les impacts de
ment de réaliser des isolations du bâti. En outre, les cette mesure.
occupants des logements les plus énergivores sont
exposés à des risques accrus pour leur santé. L’iso- Dans ce cadre, la question du reste à charge est un
lation performante présente à ce titre des béné- élément clé. Malgré des aides publiques progres-
fices importants en termes de santé, qui sont bien sives, le reste à charge peut représenter un élé-
documentés178. ment bloquant pour les ménages modestes. Les
aides publiques à la rénovation des logements ont
Une révision du coefficient d’énergie primaire pour augmenté ces dernières années. Elles sont indexées
l’électricité conduirait à baisser le nombre facial de sur les revenus, avec des aides deux fois plus impor-
passoires thermiques sans réduire les factures tantes pour les ménages modestes. Cependant, même
d’énergie de leurs occupants. Le coefficient pri- après les prises en comptes des subventions publiques,
maire de l’électricité est utilisé dans le DPE pour le reste à charge peut représenter plusieurs années
comparer les modes de chauffage utilisant de l’élec- de revenus pour les ménages modestes181. Ces mon-
tricité avec les chauffages thermiques (gaz, fioul, tants restent prohibitifs pour certains ménages, à la
bois). Sa valeur est actuellement de 2,3, depuis l’en- fois pour les propriétaires à faibles revenus, mais
trée en vigueur de la RE 2020, mais cette valeur est aussi pour les propriétaires en milieu rural, car le coût
débattue par les experts et varie selon les pays. Une de la rénovation est plus élevé au regard de la valeur
révision à la baisse de ce coefficient aboutirait à de leur bien.
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
Le secteur de l'énergie, au carrefour de la décarbonation des autres secteurs, suit une trajec-
toire encourageante de baisse d'émissions. La sortie du gaz en constitue désormais l'enjeu
principal, tout comme l'augmentation des productions d'énergie bas-carbone, dont les trajec-
toires ne respectent pas, en grande majorité, les objectifs de la programmation pluriannuelle
de l'énergie. Les filières émergentes de production de vecteurs énergétiques tels que l'hydro-
gène bas-carbone et l’éolien en mer doivent changer d'échelle et les leviers structurels de
contrôle de la demande doivent être davantage développés.
ÉMISSIONS
Après deux années consécutives de hausse, les émissions du secteur de l’énergie ont diminué
de 7,7 Mt éqCO2 (soit une baisse de 17,9 %) entre 2022 et 2023, pour s’établir à 35,4 Mt éqCO2, à
un niveau inférieur à celui de l’année 2020 marquée par l’épidémie de coronavirus. Cette
diminution importante est portée par les réductions des sous-secteurs du chauffage urbain et
de la production d’électricité. Elle s’explique notamment par le retour à la hausse de la produc-
tion nucléaire et de façon plus structurelle par celle des renouvelables, par les efforts de
sobriété et par les effets de l’inflation et des prix de l’énergie.
BUDGET CARBONE
Le secteur a émis en moyenne 41,5 Mt éqCO2/an sur la période 2019-2023, et respecte donc le
budget carbone ajusté, fixé à 48 Mt éqCO2/an par la SNBC 2 avec une marge importante. Le
rythme tendanciel de baisse depuis 2019 atteint -2,5 Mt éqCO2/an, suffisant pour tenir les
objectifs révisés de la SNBC 2 pour les deux périodes 2019-2023 et 2024-2028. Il est également
cohérent avec le rythme annuel moyen de réduction jusqu’en 2030 correspondant aux cibles du
projet de SNBC 3 (-1,14 Mt éqCO2/an).
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
La stratégie énergétique française est de façon générale bien structurée mais sa contribu-
tion à l’atteinte des objectifs climatiques n’est pas garantie. Le décalage important des
calendriers législatifs et la fragilisation du portage des textes et objectifs impliquent une
perte de cohérence globale et freinent le déploiement des leviers de décarbonation néces-
saires à un horizon 2030 très rapproché. Le projet de PPE manque par ailleurs de projection en
fonctionnement dégradé pour faire face à de fortes tensions sur l’équilibre de production
(scénarios de rupture), alors que le choix a été fait de miser sur des moyens de production très
centralisés.
127
n'atteignant pas leur cible (plusieurs années de retard dans l’installation de capacités de
production électrique bas-carbone et dans la réduction des consommations énergétiques
fossiles). Dans un contexte budgétaire tendu, la captation des marges des acteurs s’est
révélée relativement inefficace. Le peu d’instruments et de politiques économiques adres-
sant la sobriété énergétique ne font pas l’objet d’un alignement avec la trajectoire cible.
FREINS ET LEVIERS
Les leviers permettant la flexibilité des réseaux électriques et gaziers ne sont pas mobilisés
à leur maximum et devraient être développés en anticipation des besoins futurs, de façon
structurelle. Le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) en France est incohérent avec
les objectifs de moyen et long termes et risque de déboucher sur des actifs échoués si les
contrats d’approvisionnement ne sont pas régulés en conséquence. La stratégie nucléaire
fait peser un risque de lock-in technologique dans une filière à forte incertitude industrielle.
Les risques sur la disponibilité en électricité décarbonée à horizon 2035 sont pour l’heure
insuffisamment compensés par les énergies renouvelables. En ce qui concerne l’innovation,
les investissements publics dans la R&D des énergies sont en forte croissance sur la période
2019-2022. La disponibilité des compétences nécessaires au déploiement des renouvelables
sur tout le territoire et du nucléaire est un défi identifié par les filières mais ne faisant pas
l’objet de mesures structurantes de politique publique.
ADAPTATION
L’adaptation au changement climatique est prise en compte par les filières fortement expo-
sées. Le secteur du nucléaire anticipe de longue date les risques (internes, mais aussi externes
liés à la logistique ou la géopolitique) liés au réchauffement en se basant sur une trajectoire
moins favorable que la TRACC. RTE intègre les impacts du changement climatique sur les
réseaux dans le cadre de la révision du Schéma décennal de développement du réseau effec-
tuée cette année et sur le mix de production électrique dans ses Futurs Énergétiques 2050.
L’adaptation n’est cependant que très succinctement abordée dans le projet de PPE mis en
consultation et reléguée au PNACC 3. Les choix d’adaptation impactent pourtant les scénarios
de développement des renouvelables et devraient donc figurer plus explicitement dans les
stratégies d’atténuation. En particulier, la PPE ne spécifie pas la hiérarchisation des modes de
développement intra-filière des énergies renouvelables, ne permettant pas de déterminer
précisément l’arbitrage effectué entre efficacité carbone et économique (ex. fermes solaires),
empreinte au sol (ex. photovoltaïque flottant, en toiture, aux abords des routes et rails) ou
adaptation (ex. agrivoltaïsme).
TRANSITION JUSTE
Quelques avancées législatives permettent de mieux associer les citoyens à la transition éner-
gétique. La réforme du marché européen de l’électricité améliore la protection des consomma-
teurs vulnérables, tandis que le cadre des communautés énergétiques a été renforcé. Le
Gouvernement a par ailleurs annoncé la mobilisation de la commande publique pour soutenir la
filière européenne des énergies renouvelables. Mais certains leviers économiques engagés se
sont révélés inadaptés à la transition juste. Les dépenses exceptionnelles (36 Mrd € entre 2021
et 2024) ont constitué un usage sous-optimal du budget de l’État car insuffisamment ciblées
vers les revenus modestes (effet anti-redistributif) et bénéficiant directement (gaz, fioul,
carburants) et indirectement (électricité) à la consommation d’énergies fossiles. La captation
des marges des acteurs s’est par ailleurs révélée inefficace dans le cadre de la flambée des
prix de l’énergie.
1
PRIORISER LA SOBRIÉTÉ ET LE DÉPLOIEMENT
DES ÉNERGIES RENOUVELABLES À COURT TERME
1 Promouvoir auprès des professionnels comme des particuliers davantage de leviers struc-
turels pour développer la sobriété et la flexibilité (capacité à étaler la demande) et détail-
ler des objectifs précis et ventilés dans la PPE afin de réduire la consommation d'énergies
fossiles liées à la pointe électrique et au besoin en thermique d’appoint (MTECT, 2024,
Nouvelle recommandation HCC).
2 Planifier en détail la sortie du gaz fossile au sein de la PPE en identifiant des leviers spéci-
fiques suivant ses usages (électricité, chaleur, cogénération) et en précisant le calendrier
d’application (Minefi, 2024, Recommandation HCC 2023 modifiée).
3 Aligner la ventilation des quotas gratuits du SEQE avec les objectifs de neutralité carbone.
En particulier ne pas faire bénéficier de quotas gratuits supplémentaires au titre de nouvel
entrant pour la transformation d'énergies fossiles (Minefi, MTECT, 2024, Nouvelle recom-
mandation HCC).
4 S’assurer que les entreprises du secteur de l’énergie alignent leurs investissements (ex.
ratio minimum d’investissements dans les renouvelables) en visant notamment la réallo-
cation des investissements fossiles vers les renouvelables pour respecter les engage-
ments de l’accord de Paris (Minefi, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
https:/w .cref/filadmin/Documents/Raports_e tudes/import/Raport_avenir_desinfras_gziers.pdf « Avenir des infrastructures gazières aux horizons 2030 et 2050, dans un contexte d’atteinte de la neutralité carbone ».
I. Voir CRE,
129
ANALYSE DES ÉMISSIONS
351 ET RESPECT DES OBJECTIFS DE LA SNBC 2
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS
DE GAZ À EFFET DE SERRE
Les émissions du secteur de l’énergie s’élèvent à Figure 3.5a − Émissions du secteur
35,4 Mt éqCO2 en 2023I, représentant 9,5 % des de l'énergie en France depuis 2010,
émissions nationales. C’est un niveau d’émission infé- trajectoire SNBC 2
rieur à celui de l’année 2020 marquée par l’épidémie et objectifs du projet de SNBC 3
de coronavirus.
80
Les émissions du secteur ont diminué de 7,7 Mt 70
éqCO2 entre 2022 et 2023II, soit une baisse de 17,9 %, 60
après deux années consécutives de hausse. Cette
Mt éqCO2
50
baisse est portée en quasi-totalité par la production
40
d’électricité (-7,4 Mt éqCO2).
30
20
FACTEURS EXPLICATIFS
10
DE L’ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS
0
PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ :
2010 2015 2020 2025 2030 2035
41 % DES ÉMISSIONS DU SECTEUR
Ce sous-secteur est responsable de 41 % des émis- Trajectoire indicative SNBC 2 Émissions
sions de l’énergie en France mais est cette année en Objectif 2030 projet SNBC 3
forte baisse de 34 %. Une partie de la baisse d’émis- Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3
sions est associée au retour à des niveaux proches
de la normale pour plusieurs paramètres, suite à Corrigée des effets météorologiques (notamment
une année 2022 soumise à fortes contraintes (main- d’un hiver doux et d’un été chaud), la consom-
tenance du parc nucléaire, pluviométrie faible mation a été inférieure de 32,4 TWh (soit 6,8 %)
impactant la production des barrages hydroélec- par rapport à la moyenne 2014-2019, soit un ren-
triques et faible facteur de charge éolien). L’en- forcement de la situation déjà exceptionnelle de
semble de la baisse d’émissions de 2023 ne sera 2022 (-4,2 % par rapport à 2014-2019). Outre les
donc pas reproductible les prochaines années, et le incitations à la sobriété et les effets de long
gain d’émissions associé à cette reprise peut être termeIV de la crise liée au coronavirus, la hausse
estimé, au premier ordreIII, à environ 4,4 Mt éqCO2. des prix de l’énergie et des matières premières a eu
un impact important sur la consommation des
L’année 2023 a été marquée par l’augmentation industries intensives en énergie, responsables de 27
conjoncturelle de la production nucléaire (+41,5 TWh), % de la baisse d’émissions alors qu'elles ne
faisant suite à la forte baisse en 2022 (-81,7 TWh) représentent que 13 % de la consommation éner-
liée à l’état en maintenance d’une partie du gétique totale. Les enquêtes183 menées auprès des
parc soumis au phénomène de corrosion sous ménages montrent que si une part de la réduc-
contrainte. De façon plus structurelle, les renou- tion de consommation provient de sobriété volon-
velables ont également suivi une trajectoire de taire, les effets inflationnistes sur l’énergie et l’en-
production en forte hausse (+24,4 TWh pour l’éo- semble des biens de consommation ont prédo-
lien, l’hydraulique et le solaire)182. miné. Les consommateurs résidentiels ont en effet
I. Corrigé des variations climatiques par rapport à la période 1991-2020, les émissions 2023 seraient supérieures de 1,9 Mt éqCO2.
II. Corrigé des variations climatiques par rapport à la période 1991-2020, les émissions auraient diminué de 7,9 Mt éqCO2.
III. Cette estimation a été faite en utilisant une hypothèse contrefactuelle où les émissions 2022 du secteur de l’énergie se seraient inscrites dans la
tendance observée sur la période 2021-2023, afin d’écarter l’effet circonstanciel de la baisse de production nucléaire en 2022, tout en tenant compte
de la hausse tendancielle de production à partir d’énergies renouvelables variables. Les 4,4 Mt éqCO2 associées correspondent donc à un transfert
de baisses en émissions de 2022, année où les baisses ont pu être masquées par la réduction conjoncturelle de la production nucléaire, vers 2023.
IV. La reprise de l'indice de production industriel par rapport à 2019 est lente : -25,7 % en 2022, -17,3 % en 2023 (source DGT et Insee). Les pertes de
carnets de commande et les faillites d'entreprises ont toujours un impact sur la consommation.
Mt éqCO2
25
Mt éqCO2
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20
Raffinage du pétrole Transformation des combustibles minéraux solides
16 3,5
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20
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20
subi des hausses successives de 15 puis 10 % du siles du sous secteur. Malgré une stagnation du niveau
tarif réglementé de vente, ainsi que, plus générale- d’utilisation du gaz pour la production électrique ces huit
ment, d’une inflation approchant les 5 %. dernières années à un niveau plus élevé qu’en début de
décennie 2010, la diminution des autres sources pri-
Enfin, après une année 2022 marquée par un
maires fossiles accroît la dominance du gaz (qui repré-
rebond de la production fossile, le parc thermique
sentait environ 50 % de la production fossile en 2010).
poursuit sa trajectoire à tendance baissière enta-
Parmi les énergies primaires fossiles, le charbon et le fioul
mée au début des années 2010, pour atteindre la
ont connu de fortes baisses dans la décennie 2010, puis
deuxième meilleure année depuis 1995, dernière
un léger regain à des niveaux faibles, concomitant aux
année disponible pour ces données.
baisses de productions nucléaire et hydraulique. Pour
atteindre les objectifs à 2028, au prorata des émissions
Le gaz est désormais la source primaire fossile ultra-
des centrales thermiques, on peut estimer un besoin de
majoritaire (92 % de la production d’électricité à base
diminution annuelle des productions au gaz, fioul et
fossile en 2023), représentant 85 % des émissions fos-
charbon respectivement de 900, 60 et 25 MWh/an.
131
Figure 3.5c − Évolution de la production électrique par source (TWh)
600
500
Production totale
400
Nucléaire
TWh
300
200
Hydraulique
100 Éolien
Thermique fossile
Solaire
0 Thermique renouvelable
et déchets
1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025
Du point de vue de l’empreinte carbone, les exports Avec un total de 21,8 GW installés, l’éolien terrestre a
d’électricité française ont participé à réduire les 2 ans de retard sur la cible PPE 2. Le parc éolien ter-
émissions de certains voisins européens comme l’Al- restre connaît une croissance quasi linéaire depuis
lemagne et l’Italie (respectivement -11,1 et -5,5 Mt 2015 (+ 1,4 GW/an de moyenne depuis 2015 et + 1,2 GW
éqCO2, pour un total de -23 Mt éqCO2 en Europe)184. sur l’année 2023)188, à un rythme trop faible pour tenir
les objectifs de la PPE 2 de 2023. Ceux de 2028, que ce
CAPACITÉ DE PRODUCTION ET DE STOCKAGE soit en fourchette haute comme basse, nécessitent
D’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE désormais un quasi doublement du rythme d’installa-
Le secteur de la production électrique fait face à la tion de nouvelles capacités (de 2,3 à 2,6 GW/an).
triple contrainte de réduire ses émissions de GES,
d’augmenter fortement sa production en réponse à
l’électrification des usages dans tous les secteurs et Figure 3.5d − Production électrique
de gérer la variabilité temporelle accrue de la à base de thermique fossile
demande. Selon les modélisations du mix énergétique
à horizon 2030 et 2050 réalisées par RTE185,186 la France 60
n’aura pas besoin de plus de gaz pour pallier à l’inter-
50
mittence des énergies renouvelables, mais bien
davantage d’énergies renouvelables pour se substi- 40
tuer aux énergies fossiles. Ceci n’éclipse pas la ques-
30
TWh
11
12
13
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15
16
17
18
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20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
20
133
la transformation s’est opérée en 2019 et élargie d’un cité (-37 % contre - 27 %). Si la quantité de chaleur
nouveau site en 2022) se pose pour les 8 raffineries res- livrée a diminué entre 2021 et 2022 (dernières données
tantes sur le territoire. disponibles) à la faveur d’un hiver plus doux, le nombre
de bâtiments raccordés a augmenté de 5 %, tout
VALORISATION ÉNERGÉTIQUE DES DÉCHETS : comme la proportion d’énergie renouvelable et de
20 % DES ÉMISSIONS DU SECTEUR récupération, qui s'établit à 66,5 % (hausse de 3 points par
La valorisation énergétique des déchets, sous-secteur rapport à 2021). La quantité de chaleur bas-carbone
qui représente 20 % des émissions du secteur de livrée reste inférieure à l’objectif déterminé dans la PPE
l’énergie, connaît une stagnation de ses émissions 2, et la trajectoire moyenne de hausse des dernières
depuis 2019, pour s’établir à 7,1 Mt éqCO2 en 2022 (der- années ne permettra pas de l’atteindre avant 2026197.
nières données disponibles). Les rythmes d’évolution Cette chaleur bas-carbone livrée par les réseaux ne
des émissions sont donc incohérents avec l’évolution représente en effet que 10 % de la chaleur renouve-
du secteur de l’énergie, bien qu’aucune trajectoire lable et 2,5 % de l’ensemble de la chaleur consommée
sous-sectorielle ne soit disponible, ce qui ne permet en France.
pas d’analyse en détail.
AUTRES : TRANSFORMATION DES COMBUSTIBLES
CHAUFFAGE URBAIN : MINÉRAUX SOLIDES, EXTRACTION DE GAZ
10 % DES ÉMISSIONS DU SECTEUR (8,5 % DES ÉMISSIONS DU SECTEUR)
Le chauffage urbain suit une évolution à la baisse PRODUCTION DE GAZ RENOUVELABLE
conséquente de ses émissions depuis 2019, mais la ET DE BIOCARBURANTS
quantité de chaleur renouvelable et de récupération L’objectif 2023 de la PPE 2 de biogaz injecté dans les
livrée reste inférieure à l’objectif déterminé dans la réseaux est atteint depuis un an et dépassé de plus
PPE 2. Après une très importante baisse entre 2021 et de 50 %. Après une relative stagnation l’année der-
2022 (-26 %), le sous-secteur poursuit une baisse de 5 % nière, le nombre de nouvelles capacités de biomé-
pour atteindre 3,6 Mt éqCO2. Le chauffage urbain suit thane installées s’est réduit de 10 %, restant toujours
une évolution à la baisse conséquente depuis 2019, de supérieur à 2 TWhPCS/an pour la troisième année consé-
10 points supérieure à celle de la production d’électri- cutive198.
Figure 3.5e − Part des objectifs PPE 2 atteinte en 2022 et reste à combler d’ici 2028 -
Capacité et production d’énergies renouvelables
400 %
350 %
se
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Él
ha
C
atteinte en 2023 et reste à combler Les dernières données issues des indicateurs de suivi
d’ici 2028 - Consommations énergétiques de la PPE 2 mettent en lumière les retards accumulés
dans l'atteinte des objectifs intermédiaires, malgré
finale et primaires
une dynamique de progression générale qui se des-
sine sur le long terme. La consommation d’énergies
400 % renouvelables ne représente que 20,3 % de la
350 %
consommation finale d'énergie fin 2022, loin de l’ob-
jectif de 25 % fixé pour 2023 par la PPE 2. Les objectifs
300 %
de sobriété dans la consommation finale d’énergie ne
250 % pourront être atteints qu’avec plus d’un an de retard si
le rythme de baisse actuel se poursuit (cf. 3.5.2 Sobriété).
200 %
Certains domaines, tels que la consommation de pro-
150 % duits pétroliers, connaissent une évolution particuliè-
100 % rement éloignée de celle planifiée. Ces retards sou-
lignent la nécessité de redoubler d'efforts pour
50 %
atteindre les objectifs plus ambitieux du Fit for 55 et à
0% plus long terme de la neutralité carbone.
e*
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G
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ts
e
on
ui
er
od
Pr
135
ties intéressées) s’applique. Cela permet une malus pour la production d’azote bas carbone per-
meilleure implication locale, mais impose des mettant de valoriser l’hydrogène peu émetteur est
délais supplémentaires (obligation de débattre toujours en phase d’étude, malgré les 3 années écou-
de la faisabilité et des conditions d’intégration lées depuis la publication de la loi climat et résilience.
dans le territoire, et d’indiquer la prise en compte
des remarques émises). La déclinaison régionale SOBRIÉTÉ
se trouve entravée sans la publication des objec- Des efforts encourageants, et qui devront être péren-
tifs qui devaient être définis dans la loi énergie nisés, ont été déployés au travers des plans de
climat. De même, sans publication de la PPE, le sobriété. Ces plans ne seront cependant pas suffi-
travail de zonage réalisé par les collectivités ne sants à eux seuls pour atteindre les objectifs de réduc-
permet pas aux Comités régionaux de l’énergie tion de la consommation énergétique finale et des
de statuer sur la conformité de ces travaux. Afin consommations énergétiques primaires fossiles. Le
d’avancer dans le processus de planification, les plan initial de 2022 a été reconduit et étoffé204 en 2023
régions risquent de se baser sur les objectifs pré- avec des travaux répartis selon les secteurs des entre-
existants, alignés sur la SNBC 2, et devront donc prises, des logements et des sports. Des recueils de
renouveler le travail une seconde fois pour se recommandations d’actions de sobriété ont été livrés
mettre en conformité avec la SNBC 3. L’intégra- notamment pour les bâtiments tertiaires205 avec des
tion des zones d’accélération au sein des docu- actions graduées (quick-win, d’opportunité ou volon-
ments d’urbanisme pourra donc être source de taristes) et bâtiments résidentiels avec un bilan d’éva-
difficultés et de délais supplémentaires. luation réalisé par l’Ademe206. Mais sur la période du
second budget carbone jusqu'à 2022, seuls deux tiers
La loi permettra à terme un meilleur suivi grâce à des efforts de sobriété requis ont été effectués. Si le
des indicateurs communs déclinés au niveau rythme moyen sur la période se poursuit, la baisse de
départemental (nombre de projets en instruction consommation d'énergie finale ne sera pas suffisante
ou refusés, délais d’instruction, etc.), mais le et l'objectif ne sera atteint qu'avec plus d'un an de
décret les détaillant n’est pas encore publié. Cer- retard. Ce retard est d'autant plus marqué en ce qui
tains Comités régionaux de l’énergie n’étaient concerne les énergies fossiles, qui n'atteindraient la
toujours pas été installés en avril 2024 (Île-de- cible qu'avec 3 années de retard de façon globale, et
France et Auvergne-Rhône-Alpes201). jusqu'à 8 années pour les produits pétroliers.
Bien que cela rende l’application de la loi plus Certaines initiatives de suivi de la sobriété émergent
complexe, la maille communale a été retenue, et peuvent alimenter les travaux de la planification
améliorant la participation locale et la gestion au écologique avec des approches innovantes. Un baro-
plus près du terrain des enjeux notamment fon- mètre de la sobriété207 a été publié et l’exercice pour-
ciers. Les intercommunalités, tout comme l’IGN, rait devenir un indicateur de suivi de la conduite du
le Cerema et la DGEC, viennent souvent en appui changement vers des modes de consommation et de
technique des plus petites collectivités (par vie plus sobres, à travers le suivi de la conception et
exemple par l’organisation de webinaires de prise des critères du « bien vivre ». La connotation positive
en main des outils et des nouvelles directives). de la sobriété devrait ouvrir des opportunités pour des
politiques plus ambitieuses sur le sujet.
L’observatoire chargé de synthétiser les connais-
sances et les bonnes pratiques concernant l’im- NIVEAU EUROPÉEN
pact des énergies renouvelables terrestres sur la Les objectif 2030 liés à la part des énergies renouve-
biodiversité a été créé202 et sera mis en œuvre lables dans le mix énergétique et à la sobriété énergé-
conjointement par l’Ademe et l’OFB. tique ont été révisés et renforcés (respectivement de
10,5 points de pourcentage et de 11,7 %) dans les nou-
HYDROGÈNE velles directives sur les énergies renouvelables RED III208
Le plan hydrogène de 2020 a été mis à jour203 pour et sur l’efficacité énergétique, entrées en vigueur fin
tenir compte du nouveau contexte de réindustriali- 2023. L’objectif devrait se traduire pour la France au
sation et du Fit for 55. Les contrats pour différences minimum à 44 %209, soit plus du double de la part des
sont clairement évoqués comme leviers permettant énergies renouvelables dans le mix énergétique en
de combler la différence de compétitivité (Appels 2022, ce qui implique un besoin de surpasser l’objectif
d’offres de 4 Mrd € pour 1 GW de capacité). Le bonus- de 2028 de la PPE 2.
Sources : HCC. Vert: action publique crédible, jaune: risques notables, orange: risques sérieux, rouge: action publique insuffisante.
I. 0,7 kt/MW/an, pouvant être rehaussé conjoncturellement en cas de menace sur la sécurité d’approvisionnement, mais les émissions supplémen-
taires doivent être compensées ou une amende doit être payée.
141
36 FORÊT, BOIS ET UTILISATION DES TERRES
MESSAGES
CLÉS
MESSAGE GÉNÉRAL
Après s’être fortement réduit entre 2013 et 2017, le puits de carbone du secteur UTCATF
demeure fragilisé par le changement climatique, sans suffisamment de soutien garantissant le
renouvellement à long-terme des écosystèmes forestiers. La détérioration du puits de carbone
forestier, en particulier, menace la capacité à atteindre la neutralité climatique et questionne
le bouclage de la biomasse.
ÉMISSIONS
Le puits de carbone secteur UTCATF oscille autour d’une valeur de 20 Mt éqCO2/an depuis
2018, après avoir fortement diminué sur la période 2013-2017 (-6,6 Mt éqCO2/an), et
demeure fragilisé par les impacts du changement climatique qui vont encore s'intensifier.
La baisse de 58 % sur la période 2013-2017 est principalement portée par l’effondrement du
puits forestier du fait de dépérissements massifs liés aux sécheresses successives qui ont
fragilisé les écosystèmes forestiers et favorisé le développement des insectes xylophages
(ex. scolytes). Cette diminution est causée, en partie, par les effets du changement clima-
tique.
BUDGET CARBONE
En moyenne sur la période du 2e budget carbone (2019-2022), le puits de carbone du secteur
UTCATF est de 19,4 Mt éqCO2/an, soit moins de deux fois le puits de 42,6 Mt éqCO2/an atten-
du dans la SNBC 2 pour la période.
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
Les documents stratégiques se développent et soulignent une prise de conscience des
acteurs, mais ils ne présentent pas dans leur ensemble une vision suffisamment stable, cohé-
rente et lisible vu les enjeux du secteur. En particulier, le ralentissement de l’accroissement
biologique et l’augmentation de la mortalité des arbres, en lien avec le changement clima-
tique, fragilise l’atteinte des objectifs 2030 et 2050. La cible du projet de SNBC 3 implique
une stabilisation du puits de carbone forestier d’ici 2030, qui est conditionnelle à la mise en
place urgente et effective d’un plan national de renouvellement des écosystèmes forestiers
qui sont fragilisés par le changement climatique et dont une majorité appartient à des
classes d’âge élevées. Un renforcement des actions sur les autres terres, notamment
concernant le stockage de carbone sur les terres cultivées et le maintien des prairies, est
également nécessaire.
ADAPTATION
Les politiques publiques touchant le secteur forêt-bois intègrent les enjeux d’adaptation
importants auxquels il fait face, mais les dispositifs opérationnels (ex. mesures d’aides, docu-
ments de gestion durable et de protection contre les incendies dans les zones nouvellement
touchées) sont encore trop loin des besoins.
RECOMMANDATIONS :
DÉFINIR ET METTRE EN ŒUVRE UN PLAN D’AMPLEUR
1
DE RENOUVELLEMENT FORESTIER ET DE STOCKAGE DE CARBONE
DANS LES SOLS ET LA BIOMASSE AGRICOLES
2 Renforcer la conditionnalité des aides aux plantations pour soutenir uniquement des
plantations adaptées au changement climatique, minimisant les risques et maximisant
leur résilience sur le long terme (MASA, 2024-2025, Nouvelle recommandation HCC).
3 Mobiliser les dispositifs fiscaux pour inciter à la gestion durable des forêts, minimisant les
risques et maximisant leur résilience sur le long terme (MASA, 2024-2025, Nouvelle recom-
mandation HCC).
5 Établir une stratégie nationale de stockage de carbone dans les sols et la biomasse
agricoles permettant de mettre en place les pratiques favorables au maintien, à la créa-
tion et à la gestion durable des haies et des prairies et à l’adoption de pratiques stoc-
kantes sur les terres cultivées. Ce plan devra intégrer des moyens de mise en œuvre
chiffrés (dispositifs incitatifs et réglementaires) et des outils de suivi et d’évaluation de
ses impacts. (SGPE, MASA, 2025, Recommandation HCC 2022 modifiée).
143
ANALYSE DES ÉMISSIONS
361 ET RESPECT DES OBJECTIFS
ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS et artificialisées. Les émissions du secteur sont dues à
DE GAZ À EFFET DE SERRE l’utilisation des terres, à affectation constante (ex.
Le secteur de l'utilisation des terres, du changement forêts restant forêts sur une durée de 20 ans), au chan-
d'affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) gement d’affectation des terres, qui peut générer un
a stocké 18,5I Mt éqCO2 en 2022, ce qui a permis d’ab- déstockage rapide et une baisse des absorptions
sorber 4,7 % des émissions nationales (figure 3.6a)II. annuelles les années suivantes (ex. conversion de
Les forêts françaises demeurent le principal contribu- forêts en terres cultivées) ou entraîner une hausse des
teur au puits de carbone, à hauteur de 34,6 Mt éqCO2 absorptions annuelles les années suivantes (ex.
en 2022, suivi des produits bois (1,1 Mt éqCO2) et des conversion de terres cultivées en forêts) et au stoc-
prairies (0,4 Mt éqCO2)III. Le secteur est aussi respon- kage dans les produits boisIV. Les terres qui ne
sable d’émissions, provenant principalement des changent pas d’affectation absorbent, en 2022, 23,1
terres cultivées (9,9 Mt éqCO2), artificialisées (5,9 Mt Mt éqCO2, particulièrement les forêts restant forêts
éqCO2) et des zones humides (1,3 Mt éqCO2). qui absorbent 22,7 Mt éqCO2. Le changement d’affec-
tation des terres émet quant à lui 5,5 Mt éqCO2 la
Le changement d’affectation des terres émet 5,5 Mt même année. Ces émissions nettes résultent d’absorp-
éqCO2 en 2022, l’augmentation du stockage liée aux tions liées aux boisements (conversion d’autres terres
boisements ne permettant pas de compenser les en forêts pour 1,5 Mha, particulièrement des terres
émissions dues aux conversions en terres cultivées cultivées pour 0,6 Mha et des prairies pour 0,8 Mha, les
20 dernières années) qui permet un stockage addi-
Figure 3.6a − Émissions du secteur tionnel de 11,9 Mt éqCO2 en 2022, et d’émissions dues à
la conversion de terres en terres cultivées (9,9 Mt
UTCATF en France depuis 2010,
éqCO2) et terres artificialisées (5,4 Mt éqCO2), et dans
trajectoire SNBC 2 et
un moindre mesure, en zones humides et prairies, pour
objectif du projet de SNBC 3 un total d’émissions de 17,3 Mt éqCO2.
2010 2015 2020 2025 2030 2035 Les déboisements et les conversions de prairies réa-
0 lisés ces vingts dernières années génèrent des émis-
-5
sions de l’ordre de respectivement 15,6 Mt éqCO2/an
-10
et 1,1 Mt éqCO2 en net en 2022. Le déboisement
-15
(conversion de forêts en d’autres terres pour 0,8 Mha,
-20
Mt éqCO2
-25
particulièrement des terres cultivées pour 0,2 Mha,
-30 des prairies pour 0,4 Mha et des terres artificialisées
-35 pour 0,1 Mha, les 20 dernières années) génère des
-40 émissions de l’ordre de 15,6 Mt éqCO2/an en 2022.
-45 Bien que les surfaces déboisées soient inférieures de
-50 près de moitié aux surfaces nouvellement boisées,
Trajectoire indicative SNBC 2 Émissions leurs émissions sont supérieures, car les estimations se
basent sur l’hypothèse d’un renouvellement du stock
Objectif 2030 projet SNBC 3
de biomasse des boisements de 40 ansV,VI. La conver-
Source : Citepa (2024) format Secten, SNBC 2 ajustée et projet de SNBC 3 sion des prairies émet quant à elle 1,1 Mt éqCO2 en net
I. On parle ici de la mortalité de fond, indépendamment de la mortalité liée aux perturbations naturelles (ex. tempêtes) et au feux de forêts qui seront
discutés plus bas.
II. Actuellement, les essences présentant la plus forte mortalité sont l’épicéa (1.8 Mm3/an, depuis la crise des scolytes), le chataîgnier (1,5 Mm3/an) et le
frêne (+1,2 Mm3/an, en augmentation à cause d’un champignon, la chalarose). Source : Inventaire forestier national.
III. Pour l’épicéa, le taux de prélèvement a augmenté de 55 % en 10 ans.
IV. L’Inventaire forestier national parle de production biologique brute, tandis que la SNBC 2 utilise le terme accroissement biologique brut et le Citepa
parle de croissance.
V. Émissions au format “Kyoto” (métropole et territoires ultra-marins de l’union européenne). Au niveau de la France entière ces émissions s’élèvent à 3,5 Mt
éqCO2 en 2022.
VI. Le temps nécessaire à reconstituer un stock de carbone par la régénération d’un volume disparu peut s’interpréter sous la forme d’une « dette carbone ».
145
des études récentes montrent que les incendies de deux catégories a diminué de 0,7 Mm3/an (-2,3 %)
forêts génèrent également des émissions via la com- entre 2021 et 2022. La part des « produits accidentels
bustion lente des sols, non prises en compte dans les et sanitaires » sur la récolte de bois totale commercia-
bilans des émissions dues aux incendies238. En pre- lisée a également diminué entre 2021 et 2022, passant
nant en compte ces émissions, les émissions de car- de 10 à 8 %.
bone des incendies de 2022 en France métropoli-
taine s'élèveraient à 8,0 (± 3,62) Mt éqCO2, dont 54,3 % UTILISATION DES SOLS (AGRICULTURE,
proviendrait de la biomasse souterraine239. Par ail- ZONES HUMIDES)
leurs, sur le long-terme, les émissions des feux Les émissions de l’utilisation des sols ont diminué de
devraient s'équilibrer avec la régénération des sur- 0,1 Mt éqCO2 en 2022 par rapport à 2021 (-1 %), portées
faces post incendies, mais avec une « dette carbone » par la baisse des émissions des terres cultivées, en
sur le court terme. Dans le contexte d'un climat qui se particulier des terres cultivées restant terres cultivées.
réchauffe, l’intensité et la fréquence des feux de
forêt sont attendue à la hausse, induisant des émis- ARTIFICIALISATION
sions supplémentaires240. Les émissions liées à l’artificialisationII des sols ont
augmenté de 0,2 MtéqCO2 en 2022 par rapport à
L’ensemble des perturbations naturelles qui 2021, soit +3 %. Cette hausse fait suite à une diminu-
touchent les forêts (feux, tempêtes, attaques de tion continue de 0,2 Mt éqCO2/an sur la période
ravageurs) agissent en interactions, ce qui peut 2012-2020. Dans les années récentes, aucune ten-
générer des effets en cascade/boucles de rétroac- dance claire n’apparaît pour la consommation annuelle
tions qui accroissent la vulnérabilité des écosys- d’espaces naturels, agricoles et forestiers: elle a
tèmes forestiers (ex. vulnérabilité accrue des arbres d’abord augmenté entre 2019 et 2021, avant de dimi-
ayant survécu à un feu de forêt aux insectes rava- nuer entre 2021 et 2022 (-735 ha soit -1 %)244. Elle avait
geurs, perte de l’ambiance forestière rendant la par ailleurs très fortement diminué sur la période
régénération du peuplement plus vulnérable, etc) et 2011-2015 (-32 %). En 2022, ces espaces non-artificiali-
impactent le puits de carbone forestier241. sés étaient principalement consommés pour la
construction de logements (66 %). L’évolution des sur-
PRODUITS BOIS faces artificialisées sur un temps plus long est présen-
La quantité de carbone stockée dans les produits tée dans le tableau 3.6a.
bois a diminué de 0,7 Mt éqCO2 en 2022 par rapport à
2021, soit -38 %, après avoir augmenté entre 2020 et RESPECT DU 2e BUDGET CARBONE ET ALIGNEMENT
2021. Elle avait cependant diminué de manière conti- AVEC LES CIBLES 2030 DU PROJET DE SNBC 3
nue de 0,5 Mt éqCO2/an en moyenne entre 2011 et En moyenne, le puits de carbone du secteur UTCATF
2020 du fait d’une production accrue de matériaux à sur la période 2019-2022 est de 19,4 Mt éqCO2/an,
courte durée de vie, au détriment de matériaux à soit moins de deux fois le puits de 42,8 Mt éqCO2/an
longue durée de vie242. Le stockage de carbone dans attendu dans la SNBC 2 pour la période (Figure 3.6a).
les produits bois se fait exclusivement dans le bois
commercialisé pour le bois d’œuvre (à longue durée Les absorptions du secteur UTCATF ont plus dimi-
de vie, hors pertes lors de la transformation) et pour le nué que ce qui était prévu dans la SNBC 2 pour la
bois d’industrie (à plus courte durée de vie, là-encore période 2019-2022. Les absorptions du secteur ont
hors pertes lors de la transformation)I. Entre 2021 et ainsi baissé de 1,5 Mt éqCO2/an sur cette période,
2022, le volume de bois commercialisé en bois d’œuvre tandis que la SNBC 2 projetait une baisse de seule-
(hors pertes) a diminué de 0,9 Mm3/an (-4,2 %), tandis ment 0,35 Mt éqCO2/an.
que le volume de bois commercialisé pour l’industrie
(hors pertes) a augmenté de +0,2 Mm3/an (+1,8 %)243. L’ensemble des évolutions observées va à l’encontre
Au total, le volume de bois commercialisé dans ces des hypothèses et des orientationsIII fixées dans la
I. Le bois autoconsommé sert exclusivement de bois énergie. Par ailleurs, une part du bois commercialisé sert également de bois énergie, du fait des
pertes lors de la transformation du bois. Sur les 21 Mm3 de bois commercialisé comme bois d’œuvre, 10 Mm3 finissent en bois énergie et 3 Mm3 en
produits industriels (papiers, cartons, panneaux, etc.). Sur les 10 Mm3 de bois commercialisé en bois industrie, 3 Mm3 finissent en bois énergie.
II. Les émissions étudiées dans cette section sont, à proprement parler, les émissions des terres artificialisées, qui incluent à la fois les émissions liées à
l’artificialisation (4,8 Mt éqCO2 en 2021), et celles, négligeables, des terres artificialisées restant artificialisées (stockage inférieur à -0,01 Mt éqCO2 en
2021). Par souci de simplification, les termes « émissions des terres artificialisées » et « émissions de l’artificialisation » sont donc utilisés pour se référer
aux premières. Pour information, le stockage de carbone dans les haies présentes sur les terres artificialisées est aussi comptabilisé, il contribue au
stockage de carbone dans les terres artificialisées restant artificialisées.
III. La SNBC 2 visait notamment à améliorer la pompe à carbone (accroissement biologique brut – mortalité naturelle), à augmenter la récolte de bois
et à maximiser les effets de stockage (dans le bois matériau) et de substitution (par l’utilisation de bois matériau et de bois-énergie).
PRÉLÈVEMENTS 69,56 74,49 0,70 1,33 Les prélèvements ont augmenté moins
DE BOIS EN FORÊT vite que prévu dans la SNBC 2 (en deçà
MT ÉQCO2/AN du rythme prévu), malgré la forte hausse
des coupes sanitaires.
Légende: vert: évolution cohérente avec les hypothèses formulées dans le scénario de la SNBC 2, orange: évolution incohérente avec les hypo-
thèses formulées dans le scénario de la SNBC 2 mais qui n’est pas forcément négative pour le stockage de carbone du puits total, rouge : évolution
incohérente avec les hypothèses formulées dans le scénario de la SNBC 2.
Note: Le tableau 3.6a présente l’évolution annuelle moyenne observée pour plusieurs indicateurs physiques, ce qui permet d’expliquer partielle-
ment l’évolution des émissions du secteur, et la tendance annuelle moyenne attendue pour ces indicateurs dans la SNBC 2 sur la période 2015-2030
(hypothèses formulées dans le scénario AMS).
SNBC 2 pour le stockage du carbone dans les forêts aux évolutions futures (diversité des essences, structure
(cf. tableau 3.6a). Par ailleurs, des travaux récents d’âge des peuplements, mode de gestion sylvicole, etc).
montrent, d’une part, un lien fort, et dans la plupart des
cas négatif, entre l’évolution du climat et la croissance Dans ce contexte, le projet de SNBC 3 prévoit de revoir
des arbres245, et, d’autre part, un impact négatifI du à la baisse l’objectif de stockage de carbone du secteur
changement climatique sur la mortalité de fond des des terres, en cohérence avec les recommandations
arbres246, ainsi que sur les risques abiotiques (ex. incen- formulées par divers acteurs249. Il fixe une cible provi-
dies, sécheresses, tempêtes) et de perturbations bio- soire de -18,8 Mt éqCO2 en 2030II, qui est près du niveau
tiques (insectes, pathogènes)247. Les impacts du chan- actuel. Ce nouvel objectif provisoire est, par ailleurs, très
gement climatique observés récemment devraient inférieur à celui défini pour la France dans le règlement
donc se poursuivre et s’intensifier dans le futur248, mena- européen sur le secteur des terres (31,4Mt éqCO2). La baisse
çant le maintien du puits forestier envisagé dans le du puits forestier étant amenée à se poursuivreIII, elle
cadre de la planification écologique. Le renouvellement pourrait également menacer l’atteinte du nouvel objectif.
forestier devra donc prendre en compte les nombreux La révision de la cible au niveau actuel ne doit donc pas
facteurs pouvant impacter la vulnérabilité des peuple- conduire à une baisse des moyens engagés pour mainte-
ments et leur capacité d’adaptation/résilience face nir le stock de carbone dans les écosystèmes forestiers.
I. C’est-à-dire l’objectif de « Zéro artificialisation nette » en 2050, et l’objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels,
agricoles et forestiers entre 2021 et 2031 par rapport à la décennie précédente pour les collectivités territoriales munies de SRADDET (c’est-à-dire hors
Corse, Outre-Mer et Ile-de-France), définis dans la Loi climat et résilience. Ces objectifs doivent être territorialisés « en cascade » avant novembre 2024.
La consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers entre 2011 et 2021 était de 258 270 ha, soit 25 827 ha/an en moyenne.
Source : HCC. Vert = action publique crédible, jaune = risques notables, orange = risques sérieux, rouge = action publique insuffisante, gris = non évalué.
Historiquement, les politiques sectorielles consa- La stratégie climatique du secteur forestier est pré-
crées au secteur forêt-bois souffrent d’un manque sentée dans le volet forêt-bois de la SNBC 2 et privi-
de lisibilité et de stabilité et ne disposent que de légie le stockage du carbone dans les produits bois à
moyens limités257. Les politiques forestières et de la longue durée de vie. Le plan climat du ministère de
filière bois sont portées par le MASA, tandis que les l’agriculture, qui décline la SNBC 2 pour le secteur
politiques climat-énergie et du logement sont portées forêt-bois, est très peu détaillé en ce qui concerne le
par le MTECT et les politiques industrielles par le minis- stockage de carbone par le secteur. De manière sché-
tère chargé de l’économie. Les politiques structu- matique, deux stratégies de gestion forestière pour
rantes du secteur incluent notamment un Programme l’atténuation s’opposent, l’une visant à stocker le car-
national de la forêt et du bois (2016-2026), un contrat bone dans les forêts (ex situ) et l’autre, privilégiée dans
stratégique de filière (2018), un Plan d’action intermi- la SNBC 2I, à l’exporter dans des matériaux bois à
nistériel forêt-bois (2018), et des plans plus ciblés longue durée de vie (ex situ)261. La première repose sur
concernant la construction en bois (Plans Bois construc- une gestion moins productive de la forêt, caractérisée
tion I, II, III puis IV aujourd’hui) et la recherche-innova- par une plus faible exploitation tandis que la seconde
tion (Plan recherche-innovation 2025). Par ailleurs, les s’appuie sur une gestion productive, caractérisée par
ressources dédiées au effectifs des principaux opéra- une exploitation accrue. Chacune de ces stratégies a
teurs publics nationaux dans le domaine forestier ont des effets positifs et négatifs en matière d’environne-
fortement diminué (autour de – 8 % pour l’IGN, de – 13 % ment et de climat. La première est bénéfique à la bio-
pour l’ONF et de -11 % pour le CNPF entre 2014 et 2022258) diversité et, sur le court et moyen terme, au stockage
et la filière a souffert d’un sous-investissement chronique259. de carbone. C’est moins le cas sur le plus long terme,
la séquestration annuelle de carbone dans les arbres
Depuis 2019, devant le double constat de la vulnérabi- tendant à diminuer au-delà d’un certain âge (effet de
lité croissante des forêts françaises et du manque de saturation du puits). Par ailleurs, cette stratégie pour-
compétitivité de la filière bois, de nombreuses actions rait s’accompagner d’une hausse des importations de
sont mises en œuvre par l’État et les filières. Si cette bois pour répondre à la demande. La seconde straté-
multiplication des actions souligne la prise de gie pourrait, quant à elle, se traduire par un appauvris-
conscience des acteurs, notamment en ce qui sement de biodiversité et une baisse du stockage de
concerne les besoins d’adaptation, elle n’améliore pas carbone sur le court et moyen terme. Sur le long terme,
la lisibilité de la stratégie et les moyens mis en œuvre le bilan pourrait être positif, sous certaines conditions,
n’augmentent pas réellement. Les actions visent du fait du renouvellement des peuplements. Par ail-
notamment à adapter les forêts et la filière au change- leurs, cette stratégie pourrait rendre le stockage de
ment climatique et à augmenter le stockage de car- carbone moins vulnérable au changement climatique
bone dans le bois de construction. Elles incluent une en diminuant l’exposition aux risques (transferts du
feuille de route d’adaptation (2020), un plan d’action puits dans les produits bois) et en ayant une stratégie
issu des assises de la forêt (2022), un plan ambition bois interventionniste d’adaptation permettant d’augmen-
2030 (2021), des aides aux investissements via les plans ter la résilience lors du renouvellement. Toutefois, l’at-
de relance (2022) et France 2030 (à partir de 2022) et un teinte des objectifs d’une telle stratégie nécessite le
plan scolyte et bois de crise (2024). Le soutien public développement de la filière de transformation à l’aval,
annuel pour la filière forêt-bois n’a cependant pas aug- la mise en place de débouchés pour le bois matériaux
menté, évalué à 1,11 Mrd€ en moyenne sur la période en construction et rénovation, l’approvisionnement/
2019-2022 il est stable par rapport à 2015-2018260. accès à une diversité de plants adaptées aux diffé-
I. La SNBC vise à : « améliorer et renforcer la pompe à carbone (c’est-à-dire l’accroissement biologique brut moins la mortalité naturelle), notamment par
une gestion sylvicole améliorée au service de l’adaptation, à augmenter la récolte de bois et à maximiser les effets de stockage dans les produits bois et
de substitution à l’aval. ». Source : SNBC 2
149
rents contextes pédoclimatiques (avoir un panel d’es- qui imposait aux régions une baisse de moins de 5 %
sences pour chaque contexte afin de permettre la de la part de prairies dans la SAU par rapport à 2018,
diversification), la formation aux métiers du secteur a été revu et autorise désormais la France à ajuster
forêt-bois notamment de l’amont forestier (ETF) et leur l’année de référence une fois en 2023-2027 si la sur-
attractivité. face en prairies permanentes a baissé du fait d’une
diminution du cheptel et du nombre d’exploitations
Bien qu’il soit urgent de mettre en place un plan d’élevage.
national de renouvellement des écosystèmes fores-
tiers, aucune stratégie claire n’a encore été propo- La décapitalisation de l’élevage et la conversion des
sée et mise en face des mesures existantes. L’un des exploitations d’élevage contribue fortement à la
problèmes principaux auxquels fait face le secteur conversion des prairies en terres cultivées, ce qui
forestier est celui du renouvellement, garantissant la génère des émissions, et en forêt, ce qui induit un
gestion forestière durable, nécessaire à la fois pour le stockage additionnel de carbone. Une meilleure
stockage de carbone en forêt, à la production de bois valorisation des services rendus par les prairies
et au maintien d’une biodiversité associée à type apparaît nécessaire pour limiter leur conversion en
d’habitat/écosystème. L’année 2022 a été particuliè- terres cultivées. La conversion de prairies en terres
rement critique dans ce domaine : 38 % des planta- cultivées (sur les 20 dernières années, 2,1 Mha),
tions de l’hiver 2021-2022 sont « ratées », c’est-à-dire entraîne des émissions de l’ordre de 4,9 MtéqCO2 en
qu’elles affichent un taux de plants vivants inférieur à 2022, tandis que leur conversion en forêt (accrus
80 %, au 1er octobre 2022 et le taux de plants morts est, forestiers, 0,8 Mha sur les 20 dernières années) permet
au total, de 22 %262. Il s’agit de la pire année sur la de stocker 4 MteqCO2 en 2022. La valorisation des
période 2007-2022, devant l’année 2020, le taux de services pourrait passer, par exemple, par le dévelop-
plantations non réussies suivant une tendance crois- pement de paiements pour services environnemen-
sante, bien que non linéaire, depuis l’année 2010. En taux ou un déploiement plus large du Label bas-car-
2022, près de 92 % de la mortalité des plants est attri- bone. D’autres pistes de valorisation devraient être
buée à une origine abiotique (ex. sécheresse estivale explorées (ex. fauche des pâturages et méthanisation
et fortes températures) ou complexe, 5 % aux animaux de la biomasse récoltée ou usage en compost, agro-
autres qu’insectes (gibier) et 3 % aux insectes. foresterie). La prairie permet également une plus
grande autonomie des élevages, ceux-ci étant moins
Les émissions liées à l’artificialisation sont cou- dépendants des prix des aliments pour le bétail sur le
vertes par la mise en œuvre des objectifs de «ZAN » marché international (ex. soja). Le maintien de ce type
en 2050 et de réduction par deux de l’artificialisation d’habitats ouverts/milieux prairiaux a également un
en 2021-2031 par rapport à la période 2011-2021. Ce intérêt biodiversité avec notamment des populations
second objectif est en cours de déclinaison au niveau de papillons associées et une valeur paysagère.
des régions. Cette territorialisation doit être réalisée
avant la fin de l’année 2024. Le ralentissement de l’accroissement biologique et
l’augmentation de la mortalité des arbres et des
En ce qui concerne l’utilisation des sols, certains plants, en lien avec le changement climatique, fragi-
standards de conditionnalité et interventions de la lise l’atteinte des objectifs 2030 et 2050. La planifi-
PAC auraient pu contribuer au stockage de carbone cation écologique mise sur une baisse du stockage
dans les sols et la biomasse via le maintien des prai- dans le puits de carbone jusqu’en 2025 puis sur une
ries et des haies, mais les choix réalisés dans le cadre augmentation d’ici à 2030. Ces évolutions sont condi-
de l’élaboration du PSN et les simplifications appor- tionnelles à la mise en place urgente et rapidement
tées cette année affaibliront fortement ce potentiel263. effective de plans nationaux de renouvellement des
La mise en œuvre du pacte Haies, les aides aux plan- écosystèmes forestiers et de stockage de carbone
tations de haies du plan France relance et l’obligation dans les sols et la biomasse agricoles.
de replanter en cas d’arrachage (projet de loi agri-
cole) pourraient cependant avoir un impact positif sur POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET INSTRUMENTS
le linéaire de haies, l’impact final de l’ensemble de ces Les instruments de politique publique pouvant encou-
évolutions sur les haies demeurant incertain. Pour les rager le stockage de carbone ou les réduction d’émis-
prairies, la révision du standard de conditionnalité n° 1, sions dans le secteur des terres incluent des subven-
I. Les aides de la PAC sont discutées plus en détails dans la section 3.2 sur l’agriculture et dans le rapport du Haut conseil pour le climat (2024) « Accélérer
la transition climatique avec un système alimentaire bas-carbone, résilient et juste ».
I. À noter que, comme le note la Cour des comptes, « la sécheresse de 2022 a entraîné un taux d’échec important des plantations, ce qui conduit les
propriétaires concernés à investir à nouveau pour remplacer les plants dépéris », et entraîne des dépenses publiques additionnelles.
II. La sylviculture étant considérée comme une activité agricole, elle est intégrée à la fiscalité agricole. Les propriétaires forestiers doivent donc s’acquitter
de cinq taxes annuelles forfaitaires non liées au revenu sur les forêts, dont le forfait forestier et la contribution à l’hectare boisé. Par ailleurs, les acteurs
de la forêt peuvent ainsi bénéficier du dispositif d’encouragement fiscal à l’investissement en forêt, qui consiste en une réduction ou un crédit d’impôt
pour les contribuables réalisant des investissements forestiers.
III. Ces 16 % incluent également les forêts appartenant aux établissements publics, pour lesquels le même problème se pose.
151
Tableau 3.6c - Exemples de dispositions devant être déployées afin de supprimer
les freins et d’accélérer la transition dans le secteur UTCATF
et de politiques publiques les ciblant
DISPOSITIONS À DÉPLOYER POUR AMORCER LA TRANSITION POLITIQUES CIBLANT CES DISPOSITIONS
Flexibilisation de l’outil de transformation pour gérer les crises sur le Priorité 8 (essences) de la feuille de route adaptation de la filière forêt.
court terme et adaptation aux nouvelles essences sur le long terme
Développement de la filière bois matériaux (transformation), création Mesures 16 des assises de la forêt et aides du plan France 2030 (aides
de scieries, etc. aux investissement).
Efficience de l’usage des ressources bois (usage en cascade), Mesures ponctuelles, stratégie de développement du chauffage au
réduction des pertes. bois.
Utilisation du bois pour la construction et la rénovation des bâtiments. Plan ambition bois 2030 (filières) et réglementation RE 2020 pour la
construction.
Pépinières pour fournir des plants forestiers. Pépinières : Priorité 7 de la feuille de route adaptation de la filière
forêt, mesure 13 des Assises de la forêt.
Renouvellement forestier, gestion forestière durable, diversification Renouvellement forestier : mesure 2 des assises de la forêt, aides de
des essences (mécanisation complexe). France Relance et France 2030, politique prioritaire « planter 1 milliard
d’arbres ». Pas de stratégie de renouvellement forestier publiée à ce
jour. Peu de solutions à ce jour pour mécaniser la gestion de peuple-
ment diversifiés (essences, classes d’âge, etc.).
Lutte efficace contre le risque incendie dans l’ensemble des Mesure 8 (évaluation du risque incendie) et 9 (clarification des obliga-
territoires concernés. tions légales de débroussaillement) des assises de la forêt, Loi du 10
juillet 2023, priorité 6 de la feuille de route adaptation de la filière
forêt.
Mise au point de mesures du carbone dans les sols, encouragement Diagnostic carbone prévu dans le pacte et la loi pour le renouvelle-
de pratiques favorables au stockage de carbone dans les sols ment des générations en agriculture, mesures du PSN, mesure 7 des
agricoles (cultivés et prairies) et forestiers (voir verrous secteur assises de la forêt (Plan national d’action pour les sols forestiers
agricole). annoncé en 2024).
Plantation, maintien et gestion durable des haies (voir verrous secteur Pacte Haies, pacte et la loi pour le renouvellement des générations
agricole). en agriculture, conditionnalité et aides du PSN.
Incitation à la gestion collective du foncier privé. Groupement d’intérêt économique et environnemental forestier.
Accompagnement, compétences et formation. Priorité 2 de la feuille de route adaptation de la filière forêt (diffusion
des connaissances).
Attractivité des métiers forestiers, conditions de travail (bûcherons). Mesure 22 des assises de la forêt (soutien aux entreprises de travaux
forestiers).
Politique commerciale, gestion de l’import/export. Loi européenne sur la déforestation importée, pas de mesure sur les
importations de bois non issues de la déforestation.
Recherche et développement, suivi de la santé des forêt. Mesure 4 (dont création de l’observatoire des forêts françaises), 10
(programme de recherche FORESTT), 11 (appel à projet de recherche)
et 17 (recherche sur les essences feuillus) des Assises de la forêt,
priorité 1 de la feuille de route adaptation de la filière forêt.
Source : HCC
carbone dans une démarche volontaire, « de contri- le cadre d’une obligation légale. Le Label bas-carbone
bution à l’atteinte de la neutralité climatique ». Ces permet d’encourager la réduction des émissions (éle-
projets sont financés par des entreprises, des collecti- vage, grande cultures, etc) et le stockage de carbone
vités, des associations ou des particuliers pour com- dans les sols et la biomasse par les pratiques agricoles
penser leurs émissions de GES, volontairement ou dans et via des actions de boisement ou de gestion sylvi-
I. Depuis la promulgation de la Loi visant à renforcer la prévention et la lutte contre le risque incendie, le seuil d'exigibilité d'un Plan Simple de Gestion a
été abaissé à 20 ha contre 25 précédemment.
153
ANNEXE
37 DU CHAPITRE 3 (AGRICULTURE)
BCAE 1 Maintien du ratio de prairie permanente Possibilité pour les États membres d' « ajuster » (maintien des prairies
Maintien sur SAU au niveau régional (Réduction le ratio de référence de 2018 une fois en 2023-2027 si réduit, pas aligné avec les
des prairies maximale de 5 % par rapport à 2018). la surface de prairie permanente a diminué du fait objectifs SNBC).
permanentes d’une diminution de l’élevage, de déroger à l'obliga-
tion de replantation des prairies.
BCAE 5 Travail Gestion du travail du sol en vue de réduire Possibilité de mettre en œuvre des dérogations (tem- Incertain, dépend des
du sol le risque de dégradation et d’érosion des poraires ou non) pour certaines cultures, certains dérogations mises en œuvre.
sols, en tenant compte de la déclivité. types de sols ou systèmes agricoles, pour répondre à
des problèmes spécifiques d’application du standard.
BCAE 8 Part minimale des terres arables consacrées Suppression de la part minimale des terres arables (contribue moins au
Surfaces à des infrastructures agroécologiques consacrée aux infrastructures agro-écologiques, et maintien et à la plantation
non-productives (haies, mares, etc.) ou des jachères: 4 % des jachères, maintien de la protection des particulari- de haies, pas aligné avec
terres arables ou 3% des terres arables si ce tés topographiques et de l’interdiction de tailler les les objectifs SNBC).
ratio atteint 7 % en incluant également les haies et les arbres durant la période de nidification
cultures dérobées ou les cultures fixatrices et de reproduction des oiseaux.
d’azote, cultivées sans utilisation de pro-
duits phytopharmaceutiques, maintien de
particularités topographiques (ex. haies de
plus de 10 m de large), interdiction de tailler
les haies et les arbres durant la période de
nidification et de reproduction des oiseaux.
BCAE 9 Interdiction de convertir ou de labourer Possibilité de dérogation en cas de dégradation des (maintien des prairies
Prairies sensibles des prairies permanentes écologique- prairies permanentes, notamment par les préda- réduit, pas aligné avec les
ment sensibles dans les sites Natura 2000. teurs ou espèces invasives. objectifs SNBC).
Légende : pastille rouge : évolution défavorable d’un point de vue climatique, pastille jaune : évolution plutôt défavorable d’un point de vue climatique.
Source : HCC, d’après Euractiv et Commission Européenne.
1. Plus 90 000 demandes pour un dispositif initialement dimensionné à 25 000, et limité à 50 000. Institut mobilités en transition (2024), « Première
édition du leasing social : leçons d’un succès mal anticipé »
https://institut-mobilites-en-transition.org/publications/premiere-edition-du-leasing-social-lecons-dun-succes-mal-anticipe/
2. Introduction dans le code des transports, loi n° 2023-1269 du 27 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains.
3. MTECT (2019) « Programmation pluriannuelle de l’énergie ». https://www.ecologie.gouv.fr/programmations-pluriannuelles-lenergie-ppe
4. Cour des comptes (2024) « L’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFIT) », https://www.ccomptes.fr/fr/publica-
tions/lagence-de-financement-des-infrastructures-de-transport-de-france-afit
5. Sdes (2019) « Chiffres clés du transport, édition 2019 ».
6. Autorité Environnementale (2019) « Note de l’Autorité environnementale sur les projets d'infrastructures de transport routières»
7. Coulombel N. et al. (2019) « Substantial rebound effects in urban ridesharing: simulating travel decisions in Paris, France ».
8. Voir les travaux en cours de l’IGEDD : https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/focus-sur-l-evaluation-socio-economique-des-a3915.html
9. Cour des comptes européenne (2024) « Réduction des émissions de dioxyde de carbone des voitures particulières – Enfin un coup d’accélérateur,
mais la route est semée d’embûches ».
10. Cf. note 9.
11. Transport & environment (2024) «A streamlined EV ‘eco-score’ would encourage green, made-in-Europe electric cars»
https://www.transportenvironment.org/discover/a-streamlined-ev-eco-score-would-encourage-green-made-in-europe-electric-cars/
12. Cf. note 9.
13. Hermine J-P. (2024) « Fin du véhicule thermique : pourquoi et comment y parvenir ? ».
14. Transport & environment (2024) « Ever-wider: why large SUVs don’t fit, and what to do about it ».
https://www.transportenvironment.org/articles/ever-wider-why-large-suvs-dont-fit-and-what-to-do-about-it
15. Transport & environment (2024) « Transition vers le véhicule électrique : les grandes entreprises ne jouent toujours pas le jeu, L’adoption de la
réforme portée par le député Damien Adam est plus que jamais nécessaire ».
16. Transport & Environment (2024) « La proposition de loi de Damien Adam réformant les obligations de verdissement de la loi LOM ».
https://www.transportenvironment.org/te-france/articles/la-proposition-de-loi-de-damien-adam-reformant-les-obligations-de-verdissement-de-la-loi-lom
17. Sdes, données 2023 sur l’immatriculation des véhicules.
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-2023-sur-les-immatriculations-des-vehicules
18. Conseil d’orientation des infrastructures (2023) « Investir plus et mieux dans les mobilités pour réussir leur transition ».
19. Direction générale du Trésor (2023) « Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone »
20. TDIE (2023) « Quel système autoroutier à l’issue des concessions ? Cinq scénarios pour poser le débat »
21. ART (2023) « Marché français du transport ferroviaire – Premiers chiffres 2022 ».
https://www.autorite-transports.fr/wp-content/uploads/2023/06/bilan-ferroviaire-2022-a-mi-2023.pdf
22. Seulement 3 lignes concernées, pour 0,055 Mt/an évitées, estimation de la Direction générale de l’aviation civile.
https://www.lefigaro.fr/economie/pourquoi-la-plupart-des-vols-courts-ne-disparaitront-pas-malgre-l-interdiction-20230523)
23. Inspection générale des finances (2023) « Adaptation de la fiscalité aux exigences de la transition écologique ».
24. France logistique (2024) « Transports de marchandises et logistique au service des performances économiques et écologiques de la France et de l’Europe ».
25. D’après le baromètre des infrastructures de recharge, Avere France.
https://www.avere-france.org/publication/barometre-129-525-points-de-recharge-ouverts-au-public-fin-mai-2024/
26. Annonce en septembre 2023 du PDG de SNCF voyageurs : https://www.liberation.fr/economie/trans-
ports/la-sncf-bat-un-nouveau-record-de-frequentation-avec-24-millions-de-voyageurs-sur-les-grandes-lignes-cet-ete-20230907_W5HUNURN
HVHRFOYEXR7D43KPW4/
27. Cf. note 21.
28. Ademe (2024) « Biomasse : Enjeu stratégique de la transition écologique ».
29. Cour des comptes (2024) « Rapport public annuel 2024 – L’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique ».
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-rapport-public-annuel-2024
30. Wimoov, chiffres clés 2021 : https://wimoov.org/la-mobilite-en-france/
31. Cour des comptes (2024) « Les mesures exceptionnelles de la lutte contre la hausse des prix de l’énergie »
32. Ademe (2023) «Enquête empreinte carbone auprès d’un échantillon représentatif de la population française»
33. SGPE (2023) « La planification écologique dans les transports ».
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/06/50655451c9d539b12add5c38eaa74316dc70affe.pdf
34. Sdes (2024) « Achats automobiles en 2022 : moins de motorisations thermiques et des véhicules plus récents pour les ménages les plus aisés ».
https://www.statistiques.developpement-durable.-
gouv.fr/achats-automobiles-en-2022-moins-de-motorisations-thermiques-et-des-vehicules-plus-recents-pour-les?rubrique=&dossier=1347)
35. Sdes, données du répertoire statistique des véhicules routiers (RSVERO) transmise en mars 2024.
36. MASA et FAM (2023) « La consommation de viandes en France en 2022 ». Synthèses conjoncturelles n°412.
https://www.agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/SynCsm23412/consyn412202307-ConsoViande.pdf
37. Citepa (2024) format Secten.
38. Données Insee (2024), IPAMPA : https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/010539223
39. Sdes (2023) « Chiffres clés de l’énergie - Edition 2023 ».
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-de-lenergie-edition-2023?rubrique=19&dossier=170
40. Données Sdes (2023) « Bilan énergétique de la France en 2022 - Synthèse ».
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-en-2022-synthese?rubrique=19&dossier=170
41. Citepa, communication personnelle.
42. Haut conseil pour le climat (2024) « Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas-carbone, résilient et juste ».
https://www.hautconseilclimat.fr/publications/accelerer-la-transition-climatique-avec-un-systeme-alimentaire-bas-carbone-resilient-et-juste/
43. Sdes (2023) « L’empreinte carbone de la France de 1995 à 2022 ».
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lempreinte-carbone-de-la-france-de-1995-2022?rubrique=27&dossier=1286
44. Source : Données Sdes pour l’année 2018, hors émissions liées à la déforestation importée et à la dégradation des écosystèmes. Pour aller plus
loin voir aussi section 1.4 du rapport HCC (2024) « Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas-carbone, résilient et juste ».
45. Pour en savoir plus sur la décomposition, voir section 1.4 du rapport HCC (2024) « Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire
bas-carbone, résilient et juste »
46. Cf. note 42 ; Duru M. et Fardet A. (2024) « Aliments ultra-transformés : comment ils modèlent notre agriculture ». The conversation.
https://theconversation.com/aliments-ultra-transformes-comment-ils-modelent-notre-agriculture-223881
47. Calculs Hcc, d’après les données Agribalyse 3.1.1 sur les produits alimentaires.
48. FranceAgriMer (2023) « Les filières agricoles s’engagent face aux défis climatiques ».
https://www.franceagrimer.fr/content/download/71906/document/20230707_RAPPORT_CHANGEMENT_CLIMATIQUE_2023.pdf
155
49. Cf. note 42.
50. En 2023, près de 90% des exploitants ont demandé l’éco-régime selon le rapport annuel de performance du PSN. Pour rappel, un travail de
l’INRAE montrait que 99% des agriculteurs français pourraient recevoir le niveau de paiement standard de l’éco-régime sans changer leurs
pratiques. Sources : MASA (2024) « Rapport annuel de performance – Plan stratégique nationale de la PAC – France ». https://agriculture.-
gouv.fr/documentation-officielle-pac ; Lassalas M. et al. (2023) « The declination of the new Common Agricultural Policy in France will not be
environmentally ambitious », Contribution au XVIIème congrès de l’association européenne des économistes agricoles.
51. https://agriculture.gouv.fr/suivi-des-mesures-en-faveur-des-agriculteurs
52. Proposition de Règlement de la Commission du 15.03.2024 :
https://ec.europa.eu/transparency/documents-register/detail?ref=COM(2024)139&lang=en ; https://agriculture.gouv.fr/suivi-des-mesures-en-faveur-des-agriculteurs ;
Règlement délégué de la Commission du 12.3.2024: https://ec.europa.eu/transparency/documents-register/detail?ref=C(2024)1488&lang=fr ;
Règlement d’exécution de la Commission (EU) 2024/587 : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=OJ:L_202400587
53. Ministère de la Transition écologique et solidaire (2020) « Stratégie nationale bas-carbone - La transition écologique et solidaire vers la neutralité
carbone ». https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
54. SGPE (2023) « La planification écologique de l’agriculture. Point d’étape - 9 juin 2023 ».
https://www.gouvernement.fr/upload/media/content/0001/06/37fb0deba7e906c2ced7f4628c067eff5c403ff8.pdf
55. CGAAER (2023) « La haie, levier de la planification écologique ». Rapport de mission de conseil et d'expertise n°22114.
https://agriculture.gouv.fr/la-haie-levier-de-la-planification-ecologique
56. Aubertin C. et al. (2023) « Les retenues de substitution : du cas de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) aux conditions générales de leur déploie-
ment ». Rapport de l’Académie d’agriculture de France.
https://www.academie-agriculture.fr/publications/publications-academie/avis/les-retenues-de-substitution-du-cas-de-mauze-sur-le-mignon
57. Projet de Loi pour la souveraineté en matière agricole et le renouvellement des générations en agriculture :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/textes/l16b2436_projet-loi#
58. Loi, A. et al. (2024) « Research for AGRI Committee – The dependency of the EU’s food system on inputs and their sources ». Rapport pour le
Parlement européen. https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/IPOL_STU(2024)747272 ; Bureau J.-C. (2024) « Une « souveraineté
alimentaire », vraiment ? ». Tribune dans les Echos.
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-une-souverainete-alimentaire-vraiment-2080332
59. MASA (2024) « Plan de reconquête de notre souveraineté sur l’élevage ».
https://agriculture.gouv.fr/sia2024-lancement-du-plan-gouvernemental-renforce-de-reconquete-de-notre-souverainete-sur-lelevage
60. FranceAgriMer (2023) « Souveraineté alimentaire: un éclairage par les indicateurs de bilan ».
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/International/2023/Souverainete-alimentaire-un-eclairage-par-les-indicateurs-de-bilan
61. Réseau Action Climat et Société Française de Nutrition (2024) « Comment réconcilier nutrition et climat ? Pour la prise en compte des enjeux
environnementaux dans le Programme National Nutrition Santé ». https://reseauactionclimat.org/publications/synthese-com-
ment-concilier-nutrition-et-climat-pour-la-prise-en-compte-des-enjeux-environnementaux-dans-le-programme-national-nutrition-sante/
62. Voir notamment plus bas la section freins et leviers et cf. note 42.
63. Cf. note 42 et Haut conseil pour le climat (2023) « Acter l’urgence, engager les moyens ».
https://www.hautconseilclimat.fr/publications/rapport-annuel-2023-acter-lurgence-engager-les-moyens/
64. Cour des comptes (2024) « Le budget de l’Etat en 2023 – Résultats et gestion ». p. 89.
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-04/20240417-RBDE-2023_0.pdf
65. MTECT (2023) « La tarification effective de l’énergie et du carbone en France en 2022 ». Document de travail.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/document_travail_63_tarification_effective_energie_carbone_2022_juin2023.pdf
66. France info (2023) « Gazole non routier : la suppression de la niche fiscale confirmée pour les agriculteurs et le bâtiment, "les transporteurs pas
concernés", annonce Bruno Le Maire » https://www.francetvinfo.fr/politique/bruno-le-maire/suppres-
sion-de-la-niche-fiscale-sur-le-gazole-non-routier-les-transporteurs-ne-seront-pas-concernes-par-cette-mesure-annonce-bruno-le-maire_6048251.html
67. Voir notamment : FNSEA :
https://www.fnsea.fr/communiques-de-presse/annonce-de-bruno-le-maire-de-suppression-de-la-niche-fiscale-du-gnr-la-fnsea-totalement-opposee/; Coordination rurale
https://www.coordinationrurale.fr/lactualite/economie/taxation-du-gnr-encore-une-arnaque/ ;
68. Article 94 de la loi de finance 2024, qui modifie l’article L312-60 du code des impositions sur les biens et services.
69. Cf. note 42.
70. Cf. note 42 pour en savoir plus sur les opportunités offertes par la Snanc.
71. Cf. note 42.
72. Selon Pahun (2023), « localement, l’essentiel de la régulation du secteur agricole est assuré en France par les organes déconcentrés d’État : les
Préfectures, les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) ou les directions départementales des territoires (DDT). ».
73. Loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles.
Source : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000028526298
74. Cf. note 42 et Pahun (2023) « Gouverner l’agriculture localement ? La capacité politique des collectivités territoriales sur la régulation du secteur
agricole ». Géocarrefour, 96(96/4). https://journals.openedition.org/geocarrefour/21213
75. I4CE (2021) « Décryptage des financements du système alimentaire français et de leur contribution aux enjeux de durabilité ».
https://www.i4ce.org/publication/decryptage-financements-systeme-alimentaire-francais-climat/
76. Pour en savoir plus sur l’efficacité des aides de la PAC voir la section 4.1 du rapport HCC (2024) « Accélérer la transition climatique avec un
système alimentaire bas-carbone, résiliente et juste ».
77. MASA (2023) « Amélioration de la qualité des repas en restauration collective : mobilisation des acteurs et premiers résultats », note d’analyse
n°189. https://agriculture.gouv.fr/amelioration-de-la-qualite-des-repas-en-restauration-collective-mobilisation-des-acteurs-et
78. BVA https://www.bva-xsight.com/sondages/crise-agricole-sondage-bvaxsight-collectifnourrir/
79. Cf. note 42.
80. Cf. note 42.
81. MASA SSP (2024) « Graph’agri 2023 - Agriculture - Forêt - Pêche Alimentation - Industries agroalimentaires - Environnement - Territoire », p. 67.
https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/GraFra2023Integral/detail/
82. Cf. note 42.
83. Benamouzig D. et Cortinas Muñoz J. (2022) « Des lobbys au menu - les entreprises agroalimentaires contre la santé publique ». Editions Raisons
d’agir. https://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/des-lobbys-au-menu/
84. Quelques 416 000 exploitants agricoles, encore insuffisamment organisés, font face à un nombre réduit d’enseignes de la grande distribution
alimentaire (4 d’entre elles représentent 70 % des parts de marché), cette dernière représentant 65 % des ventes de produits alimentaires et
disposant donc d’un fort pouvoir de négociation vis-à-vis de l’amont des filières. Sources : Agreste (2022) « Recensement agricole 2020 - Surface
moyenne des exploitations agricoles en 2020 : 69 hectares en France métropolitaine et 5 hectares dans les DOM ». Primeur n°13.
https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Pri2213/Primeur%202022-13_RA2020_%20VersionD%C3%A9finitive.pdf ;
INSEE (2020) « Les hypermarchés n° 1 des ventes de produits alimentaires ». Insee Focus n°187. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4473482 ; OFPM
(2023) « Rapport au parlement 2023 ».
https://observatoire-prixmarges.franceagrimer.fr/sites/default/files/pictures/rapport_ofpm_2023_avec_couv_0.pdf
85. OFPM (2022) « Rapport au parlement 2022 ».
https://www.observatoire-prixmarges.franceagrimer.fr/sites/default/files/documents-divers/rapport_ofpm_22_final.pdf
86. CEP (2022) « L’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) : un outil au service des professionnels et de
l’action publique ». Analyse n°182. https://www.agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/Ana182/detail/
87. Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine,
durable et accessible à tous. Source : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000037547946/
88. Loi n° 2021-1357 du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs.
Source : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044220683
159
240. Voir notamment Jones et al. (2022) « Global and Regional Trends and Drivers of Fire Under Climate Change ». Global and regional trends and
drivers of fire under climate change. Reviews of Geophysics, 60(3). https://www.agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2020RG000726
241. Jactel. H. (2023) « Un besoin de nouvelles options pour renouveler les forêts de plantations incendiées ». Présentation en séance publique de
l’Académie d’Agriculture de France du 15 Novembre 2023 sur le thème « Le risqué accru de feux de forêts – Focus sur l’Aquitaine ».
https://www.academie-agriculture.fr/actualites/academie/seance/academie/face-au-risque-accru-de-feux-de-forets-quelles-strategies-pour?151123 ;
Fettig, C. J., Runyon, J. B., Homicz, C. S., James P. M. et Ulyshen M. D. (2022) « Fire and insect interactions in North American forests ». Current Forestry
Reports, 8(4), 301-316. https://www.link.springer.com/article/10.1007/s40725-022-00170-1
242. France Stratégie (2023) « Vers une planification de la filière forêt-bois ». Note d’analyse n°124.
https://www.strategie.gouv.fr/publications/vers-une-planification-de-filiere-foret-bois
243. Données Agreste, Chiffres et données (décembre 2023 N°18) « Récolte de bois et production de sciages en 2022 ».
244. D’après les données du portail de l’artificialisation des sols du Cerema :
https://www.artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/mesurer-la-consommation-despaces/visualiser-les-donnees-consommation-despaces-naf
245. IGN (2023) « Les effets du changement climatique sur la croissance des forêts ». L’IF n°49.
https://www.ign.fr/files/default/2023-10/IF49_2023.pdf
246. Taccoen, A. et al. (2019) « Background mortality drivers of European tree species: climate change matters. ». Proceedings of the Royal Society B,
286(1900), 20190386. https://royalsocietypublishing.org/doi/full/10.1098/rspb.2019.0386
247. Seidl, R. et al. (2017) « Forest disturbances under climate change. ». Nature climate change, 7(6), 395-402.
https://www.nature.com/articles/nclimate3303
248. IGN et FCBA, 2024) « Projections des disponibilités en bois et des stocks et flux de carbone du secteur forestier français ».
https://www.ign.fr/projections-bois-carbone-foret-francaise-2023-2024
249. Académie des sciences (2023) « Les forêts françaises face au changement climatique ». Rapport du Comité des sciences de l’environnement de
l’Académie des sciences et points de vue d’Académiciens de l’Académie d’Agriculture de France. https://www.academie-sciences.fr/fr/Rap-
ports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/forets-francaises-face-au-changement-climatique.html
250. Observatoire des forêts françaises : https://foret.ign.fr/
251. Loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie
https://www.legifrance.gouv.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE000047409881/
252. Un ancien président de l’interprofession France Bois Forêt a été choisi pour ce poste. Source : Décret du 10 avril 2024 portant nomination du
délégué interministériel à la forêt, au bois et à ses usages. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049402488
253. Décret n° 2024-312 du 5 avril 2024 instituant un délégué interministériel à la forêt, au bois et à ses usages.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049374018
254. MASA : https://www.agriculture.gouv.fr/marc-fesneau-presente-le-plan-scolytes-et-bois-de-crise-en-reponse-lepidemie-impactant-les-forets
255. MTECT, Projets d’envergure nationale et européenne d’intérêt général majeur:
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/24051_CarteZAN-424projets_v4.pdf
256. MTECT (2024) « Rapport de présentation du projet d’arrêté relatif à la mutualisation nationale de la consommation d’espaces naturels,
agricoles et forestiers des projets d’envergure nationale ou européenne d’intérêt général majeur ».
https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-relatif-a-la-mutualisation-a3013.html?lang=fr
257. Cours des comptes (2020) « La structuration de la filière forêt-bois, ses performances économiques et environnementales ». Communication à
la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale.
https://www.ccomptes.fr/system/files/2020-05/20200525-rapport-58-2-structuration-filiere-foret-bois.pdf
258. I4CE (2022) « Adapter la forêt métropolitaine au changement climatique: d’abord bien investir ».
https://www.i4ce.org/publication/adapter-foret-changement-climatique-adaptation-climat/
259. Cf. note 257.
260. Cours des comptes (2024) « La gestion durable de la forêt métropolitaine, quelle adaptation au changement climatique ? ». Dans: Cours des
comptes (2024) « Rapport public annuel 2024» Vol. 2. https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-04/RPA-2024-volume-2_0.pdf
261. France Stratégie (2023) « Vers une planification de la filière forêt-bois ». Note d’analyse n°124. https://www.strategie.gouv.fr/publica-
tions/vers-une-planification-de-filiere-foret-bois ; Académie des sciences (2023) « Les forêts françaises face au changement climatique ». Rapport
du Comité des sciences de l’environnement de l’Académie des sciences et points de vue d’Académiciens de l’Académie d’Agriculture de France.
https://www.academie-sciences.fr/fr/Rapports-ouvrages-avis-et-recommandations-de-l-Academie/forets-francaises-face-au-changement-climatique.html
262. Département de la santé des forêts (2022) « Bilan de la santé des forêts en 2022 – bilan de la réussite des plantations forestières de l’année ».
https://www.agriculture.gouv.fr/telecharger/135591
263. Pour en savoir plus sur les aides au stockage de carbone dans les sols agricoles, voir chapitre 4 du rapport du Haut conseil pour le climat (2024)
« Accélérer la transition climatique avec un système alimentaire bas carbone, résilient et juste».
https://www.hautconseilclimat.fr/publications/accelerer-la-transition-climatique-avec-un-systeme-alimentaire-bas-carbone-resilient-et-juste/
264. Cf. notes 258 et 260.
265. Cf. note 258.
266. France Relance: Aider la forêt à s’adapter au changement climatique pour mieux l’atténuer – volet « renouvellement forestier » :
https://www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/mesures/aide-renouvellement-forestier
267. Cf. note 258.
268. Cf. note 260.
269. Département de la santé des forêts (2022) « Bilan de la santé des forêts en 2022 – bilan de la réussite des plantations forestières de l’année ».
https://www.agriculture.gouv.fr/telecharger/135591
270. Cf. notes 258 et 260.
271. Assemblée nationale (2023) « Rapport d’information sur l’adaptation au changement climatique de la politique forestière et la restauration des
milieu forestiers ». Rapport d’information de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commis-
sions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/restauration-milieux-forestiers
272. Cf. note 249.
273. Source : site Label bas-carbone - Analyse ReSoil https://www.resoilag.com/blog/bilan-et-chiffres-cles-du-label-bas-carbone-a-fin-2023
274. IGN (2023) « Mémento de l’Inventaire forestier national, edition 2023 ».
https://www.ign.fr/files/default/2023-10/memento_oct_2023.pdf
275. SGPE d’après les données Agreste :
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/06/94b5555866d658dedc6ae77125b6c8eaf7e1b835.pdf
276. Cf. note 275.
277. Ex. La forêt bouge : https://www.laforetbouge.fr/
278. Cf. note 260.
279. Cf. note 260.
280. https://ec.europa.eu/transparency/documents-register/detail?ref=C(2024)1488&lang=en et
https://ec.europa.eu/transparency/documents-register/detail?ref=COM(2024)139&lang=en
161
MESSAGES
CLÉS
PROTECTION DE LA POPULATION
La politique climatique engage des enjeux de protection des populations et des actifs.
Elle nécessite une direction claire et stable afin de donner de la visibilité à long terme aux
acteurs économiques et des interventions concrètes permettant de protéger les ménages et
les entreprises des impacts du changement climatique. Ces éléments sont indispensables à
l’atteinte des objectifs 2030 de la France en cohérence avec ses engagements européens et de
la neutralité carbone en 2050.
Différer la mise en œuvre comme réduire l’ambition de l’action climatique serait renoncer
à assurer la protection de la population, qui est exposée de manière croissante aux
impacts du changement climatique, dont les effets s’intensifient en France comme
ailleurs dans le monde.
Renforcer sans délai l’action climatique dans le cadre d’une transition écologique équilibrée,
concertée et juste offre l’opportunité de concilier les enjeux économiques, sociaux et environ-
nementaux.
En comparant le rythme annuel moyen constaté d’évolution des émissions sur la durée du
2e budget carbone au rythme attendu dans le cadre du Fit for 55, un facteur d’accélération de
1,3 est nécessaire pour que la baisse des émissions territoriales nettes (tenant compte des puits)
atteigne l’objectif 2030.
L’objectif de réduction d’émissions de 2030 pour la France attendu dans le cadre du paquet
Fit for 55 est jugé accessible sous réserve d’allouer les émissions non encore ciblées par des
mesures dans le projet de SNBC 3 qui sont issues des écarts avec l’objectif UTCATF du règlement
européen, de consolider et poursuivre les efforts actuels dans la durée et de rapidement clarifier
les dispositions législatives.
Le contenu du projet de SNBC 3 jusqu’en 2033 permet, dès à présent, de mettre en lumière
plusieurs avancées importantes en matière de cohérence de l’action, avec une approche plus
réaliste et opérationnelle, qu’il s’agira de conforter lors de son adoption.
L’alignement des politiques en place avec la trajectoire vers l’objectif de neutralité carbone
d’ici 2050 est jugé insuffisant sur la base des dynamiques constatées, des évolutions annoncées
et des défis restant à relever.
Un des principaux points d’attention provient du secteur des transports, premier secteur émet-
teur en France, dont les émissions diminuent à un rythme trois fois inférieur au rythme attendu
par le projet de SNBC 3.
L’articulation des différentes composantes des politiques climatiques sous l’égide du Secréta-
riat général à la planification écologique constitue un important facteur de cohérence.
À travers le suivi de la transition écologique, l’action publique climatique fait l’objet d’un effort
notable de transparence et réaffirme la gouvernance héritée du Grenelle de l’environnement.
Le cadre d’évaluation de l’action climatique s’est structuré et renforcé en s’appuyant sur la
complémentarité des différents acteurs. La capacité des institutions à mieux éclairer le débat
public en matière climatique se renforce.
Dans tous les secteurs, il existe des risques de perte d’efficacité d’action de réduction d’émis-
sions de gaz à effet de serre en raison d’un déficit d’adaptation.
Les dispositions législatives concernant l’action climatique prennent du retard malgré des
efforts de concertation, de co-construction et de consultation. Ces retards fragilisent l’action
climatique du fait du manque de clarté dans les directions suivies.
L’adoption des lois, la publication des décrets, l’élaboration des documents de planification sont
urgentes afin de donner à chaque acteur la visibilité nécessaire pour agir en cohérence dans la
durée.
L’adoption des instruments de la politique climatique que sont la 3e Stratégie nationale bas-car-
bone, le 3e Plan national d’adaptation au changement climatique et la 3e Planification plurian-
nuelle de l’énergie est désormais urgente pour guider l’action climatique.
L’atteinte des objectifs climatiques nécessite des financements publics et privés pour accom-
pagner et initier la transition climatique. L’analyse sectorielle fait ressortir certains efforts et
opportunités d’alignement d’instruments de politiques économiques avec plusieurs orienta-
tions des politiques climatiques.
L’adaptation au changement climatique impose que des choix politiques soient faits, dans tous
les domaines de l’action publique, pour une action publique cohérente et efficiente.
Ces défis ne pourront être relevés en France que si la politique climatique d’adaptation change
d’échelle en devenant anticipatrice, préventive et transformatrice, et si le cadre stratégique
pour l’atténuation, qui se construit, est mis en œuvre de manière opérationnelle et systématique
et s’accompagne d’une politique économique d’ampleur permettant de déclencher les change-
ments nécessaires dans un esprit de transition juste.
163
RECOMMANDATIONS :
1
CONSOLIDER LES DOCUMENTS STRATÉGIQUES STRUCTURANTS
ET LEUR MISE EN ŒUVRE OPÉRATIONNELLE
5 Compléter, actualiser et publier l’ensemble des plans climat des ministères et des feuilles
de route de décarbonation des secteurs et filières et leurs calendriers de financement et
de mise en œuvre, les articuler entre eux, et en assurer la cohérence avec les objectifs
climatiques de court terme (2030) et l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 (SGPE,
2024-2025, Recommandation HCC 2023).
1
RECOMMANDATIONS :
AMÉLIORER LA COHÉRENCE ET LA PERTINENCE DE L’ACTION PUBLIQUE
3 Établir clairement les règles concernant les actifs échoués (objectifs, calendrier), discuter
des implications avec les filières, afin de ne pas permettre d’actions d’entrave ou de
verrouillage à l’application de réformes déjà planifiées (Minefi, 2025, Nouvelle recom-
mandation HCC).
4 Poursuivre les actions pour encadrer la publicité afin que n’y soient pas promus des modes
de consommation carbonés incompatibles avec la Stratégie nationale bas-carbone
(SNBC) (Premier ministre (SGPE), 2024, Recommandation HCC 2022 modifiée).
1
RECOMMANDATIONS :
OPÉRATIONNALISER L’ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
2 Faire du développement des services climatiques une des priorités du PNACC 3 afin
notamment de faciliter et d’étendre l’évaluation économique des besoins d’adaptation
au changement climatique initiée pour l’agriculture, le transport et le bâtiment à tous
acteurs et tous les secteurs, en commençant par les populations les plus vulnérables et
les services publics essentiels (MTECT, MESRI, CNRS, Minefi, 2024, Nouvelle recomman-
dation HCC).
3 Renforcer les critères relatifs à l’adaptation dans les instruments des institutions finan-
cières (prêts, obligations, fonds, labels, etc.), y compris ceux fléchés sur la transition éner-
gétique et écologique, pour la reconstruction après sinistre et pour l’aménagement du
territoire pour faciliter et accélérer la prise en charge de l’adaptation au changement
climatique tout en tenant compte des limites d’équilibre des dispositifs (Minefi, 2024, Nou-
velle recommandation HCC).
4 Doter le PNACC-3 d’un plan de financement pluriannuel pour mettre à l’échelle des
besoins déjà identifiés la politique nationale d’adaptation et pour rendre lisible la trajec-
toire des financements à mobiliser pour prendre en charge des besoins d’adaptation
croissants tout en développant un cadre de suivi et d’évaluation (SGPE, MTECT, Minefi,
2024, Nouvelle recommandation HCC).
165
APPRÉCIATION D’ENSEMBLE
41 DU CADRE D’ACTION PUBLIQUE
La méthode d’appréciation du cadre d’action publique Concernant les émissions territoriales brutes (hors
climatique du HCC, présentée dans son rapport UTCATF), l’objectif 2030 du projet de SNBC 3 est de 268
annuel 2023 (HCC 2023, chapitre 2, p.72) en 5 axes : Mt éqCO2, et compatible avec les attentes du Fit for 55
stratégie, politique économique, freins et leviers, pour la France (-50 % en 2030 par rapport à 1990) en
adaptation et transition juste, a été complétée pour considérant la répartition des secteurs émetteurs. Le
l’axe adaptation. La grille complète (cf. annexe 4.3.1, règlement UTCATF du Fit for 55 prévoit un objectif de
tableau 4.3a) a été appliquée pour chacun des sec- puits de carbone de 31,4Mt éqCO2 pour la France4,5. Le
teurs de la SNBC (cf. chapitre 3) afin d’établir une projet de SNBC 3 anticipe un puits de 18,9 Mt éqCO2I,
appréciation d’ensemble qualitative. Le panorama soit un déficit de 12,6 Mt éqCO2. Ce déficit, bien que
constitué avec toutes les appréciations qui ont pu être résultant de la prise en compte plus réaliste de l’état des
conduites aux niveaux sectoriels et sous-sectoriels puits de carbone dans le projet de SNBC 3 (cf. 3.6),
(cf. annexe 4.3.1, tableaux 4.3b à 4.3k de critères et implique un objectif pour 2030 de 52 % de baisse en
sous-critères appliqués aux documents de cadrage émissions nettes pour la France. Ce résultat est en des-
des politiques publiques concernant les secteurs de la sous de l’objectif de 55 % s’appliquant à l’ensemble des
SNBC) et l’appréciation générale, donnent une vision États membres et de celui de 54 % décliné par le HCC
d’ensemble de l’action climatique en France et per- pour la France en tenant compte de la répartition des
mettent une évaluation des attendus vis-à-vis de l’ob- émissions entre secteurs. Les émissions non ciblées du
jectif 2030 du projet de SNBC 31 sur la trajectoire de la secteur UTCATF doivent être soit redistribuées entre les
neutralité carbone d’ici 2050. autres secteurs afin de préserver l’objectif de baisse de
54 % en 2030 pour la France, soit renégociées au
Les objectifs 2030 du projet de SNBC 3 aboutissent, à niveau de l’UE afin d’obtenir la reconnaissance de l’état
ce stade, à une réduction des émissions brutes de 50 actuel des puits de carbone. En l’absence de clarté sur
% et une réduction des émissions nettes de 52 %2 par cet objectif, le HCC utilise dans son évaluation une
rapport à 1990. L’objectif couvrant les émissions approche conservatrice de redistribution des puits de
brutes est compatible avec les implications de la loi carbone à hauteur de 1,8 Mt éqCO2 par an entre 2024
Climat de l’UE déclinée au sein du Fit for 55 pour la et 2030 et de maintien de l’objectif de baisse de 54 %
France, alors que celui couvrant les émissions nettes pour les émissions nettes, qui est proche de la moyenne
se trouve, à ce stade, légèrement en dessous 3. pour l’ensemble des États membres (cf. tableau 4.1b).
Tableau 4.1a - Baisses totales projetées jusqu’en 2030 et répartition entre secteurs
BAISSE 2015-2030 BAISSE 2015-2030 BAISSE 2015-2030 PART DANS PART DANS
ATTENDUE CALCULÉE PRÉVUE DANS PRÉVUE DANS LA BAISSE LA BAISSE
À PARTIR DU PAQUET LE PROJET DE SNBC 3 LA SNBC 2 DANS LE PROJET DANS
FIT FOR 55 (Mt éqCO2) (Mt éqCO2) (Mt éqCO2) DE SNBC 3 LA SNBC 2
TRANSPORT 47 38 26 % 27 %
AGRICULTURE 16 14 9% 10 %
BÂTIMENTS 53 39 29 % 28 %
INDUSTRIE 38 29 21 % 20 %
ENERGIE 22 18 12 % 13 %
DÉCHETS 7 4 4% 3%
Sources : calcul HCC d’après le Fit for 55, le projet de SNBC 3, la SNBC 2 et le rapport annuel 2022.
I. L'objectif affiché dans le projet de SNBC 3 est de -18 Mt. Le projet de SNBC 3 se base sur l'inventaire Secten 2023. En prenant en compte les
différences méthodologiques entre l'inventaire Secten 2023 et l'inventaire Secten 2024, l'ajustement de cet objectif revient à -18,9 Mt (ajustement par
rapport à 2005, cf. annexe 2.4.1).
RESPECT
SECTEUR, ÉMISSIONS DU 2e BUDGET RYTHME ANNUEL RYTHME ANNUEL FACTEUR STRATÉGIE POLITIQUE FREIN ADAPTATION TRANSITION JUSTE COHÉRENT
(Mt éqCO2/AN) CARBONE, MOYENNE MOYEN CONSTATÉ MOYEN ATTENDU D’ACCÉLÉRATION : ET GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE ET LEVIERS POSSIBLE
ET PART DANS SUR LA PÉRIODE 2019-2023 2024-2030 RYTHME ATTENDU/ ET INSTRUMENTS
INCERTAIN
LES ÉMISSIONS Mt éqCO2/AN Mt éqCO2/AN (SNBC 3) RYTHME CONSTATÉ
PLANS CRÉDIBLES RISQUES NOTABLES INSUFFISANT
TOTALES (%) RESPECTÉ ET MARGE/ Mt éqCO2/AN
RISQUES SÉRIEUX PLANS INSUFFISANTS NON ÉVALUÉ
DÉPASSÉ ET EXCÉDENT
TRANSPORTS
-2,1 Mt éqCO2 -1,6 -5,2 X 3,2
127 MT 34 % Incertain Incertain
AGRICULTURE 0,6
-1,9 Mt éqCO2 -1,5 -0,9
73 MT* 20 % Cohérent Insuffisant
Légende : * estimations provisoires 2023 ; ** report des émissions 2022 ; *** les puits de carbone, en fragilité, ont un objectif 2030 de -18,9 Mt éqCO2. La SNBC 2 n’ayant pas anticipé leur dégradation, l’objectif y est plus élevé, alors que les objectifs
du projet de SNBC 3 sont plus réalistes face à cet état de dégradation. **** Le règlement UTCATF européen donne un objectif pour la France de puits de 31,4 Mt éqCO2 en 2030, l’objectif du projet de SNBC 3 est de 18,8 Mt éqCO2 en 2030. L’écart
est de 12,6 Mt éqCO2 à répartir sur les 7 années qui restent, correspondant à 1,8 Mt éqCO2. Les objectifs sont ajustés techniquement pour être compatibles avec l’inventaire Secten 2024.
L’alignement avec la trajectoire pour 2030 est apprécié en comparant les dynamiques observées sur la période du deuxième budget carbone (en incluant les estimations pour 2023 notamment les proxy approximatifs pour les secteurs UTCATF
et déchets) avec les baisses attendues à partir des objectifs 2030 et des émissions en 2023.
L’alignement avec la neutralité carbone 2050 est apprécié sur la base des dynamiques constatées, des évolutions annoncées et de leur cohérence avec les défis restant à relever dans le secteur pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050.
L’appréciation d’ensemble intègre à la fois les appréciations sectorielles et des dimensions transversales comme les interactions entre secteurs ou les structuration d’ensemble de l’action climatique d’atténuation des émissions de GES.
167
Les objectifs du projet de SNBC 3 sont plus ambitieux sions des transports, de l’inversion de tendance néces-
que ceux de la SNBC 2 pour tous les secteurs (sauf saire pour les déchets et l’UTCATF, de la part conjonc-
UTCATF), et la répartition de l’effort qui découle des turelle (cf. 2.1) ou échappant à la décision publique de
objectifs sectoriels est relativement proche. L’objec- certaines réductions d’émissions (ex. prix élevés de
tif 2030 de la SNBC 2 affiche un total brut de 310 Mt l’énergie) et de la fragilisation des dispositions législa-
éqCO2 en 20306 (-42,5 % par rapport à 1990) et de 270 Mt tives (cf. 4.2.1). Néanmoins, la nette évolution du cadre
éqCO2 en net (-49 % par rapport à 1990). L’écart entre d'action des politiques publiques sur la période du
brut et net y est élevé, car la SNBC 2 n’avait pas anti- 2e budget carbone, couplée à l'accélération de la baisse
cipé la dégradation des puits de carbone. D’un point des émissions brutes au cours de la dernière année,
de vue sectoriel, tous les secteurs ont des objectifs permet de conclure que l’objectif de 2030 du paquet
plus élevés, sauf l’UTCATF du fait de la prise en Fit for 55 est accessible si les efforts actuels sont conso-
compte de la dégradation des puits (cf. tableau 4.1a). lidés et poursuivis dans la durée.
L’objectif 2030 pour les transports passe de 99 Mt
éqCO2 (SNBC 2) à 90 (projet de SNBC 3), pour l’agri- L’alignement des politiques en place avec l’atteinte
culture de 69 à 67, pour les bâtiments de 46 à 32, pour de l’objectif de neutralité d’ici 2050 est jugé insuffi-
l’industrie de 55 à 45, pour l’énergie de 31 à 27, pour les sant sur la base des dynamiques constatées, des
déchets de 10 à 77. S’agissant de la répartition de l’ef- évolutions annoncées et des défis restant à relever.
fort, la part des transports dans la baisse totale passe L’alignement du secteur de l’énergie est incertain
de 27 % à 26 %, l’agriculture de 10 % à 9 %, les bâti- compte tenu de la faible visibilité de long terme sur le
ments de 28 % à 29 %, l’industrie de 20 % à 21 %, déploiement de la production des énergies renouve-
l’énergie de 13 % à 12 % et les déchets de 3 % à 4 %. lables en complément du nucléaire, en raison du
La répartition sectorielle reste relativement identique, retard dans l’élaboration de la PPE portant la pro-
avec l’agriculture, les transports et l’énergie ayant grammation jusqu’en 2035. L’absence de garantie
moins d’efforts en pourcentage dans le projet de sur la reconstitution du puits de carbone forestier ou
SNBC 3 que dans la SNBC 2. le développement du stockage de carbone dans les
sols constitue un sujet majeur de vigilance compte
En comparant le rythme annuel moyen d’évolution tenu des volumes de GES en jeu et des impacts du
des émissions sur la durée du 2e budget carbone au changement climatique déjà constatés sur la morta-
rythme attendu d’ici 2030, un facteur d’accélération lité forestière ou la capacité des sols à stocker du
de 1,38 apparaît nécessaire pour que la baisse des carbone organique avec l’accumulation de séche-
émissions territoriales nettes (tenant compte des resses. Au niveau du secteur des transports, un meil-
puits) permette d’atteindre l’objectif 2030 en cohé- leur alignement avec l’objectif de long terme ne
rence avec le paquet Fit for 55 (cf. tableau 4.1b). Sur pourra se faire que si des transformations massives
la base de l’analyse quantitative et qualitative des en matière de mobilité, conjointement à une forte
secteurs et du projet de SNBC 3, l’atteinte des objec- maîtrise de la demande, se mettent en place. S’agis-
tifs 2030 est jugée accessible sous réserve de conso- sant de l’agriculture, un signal fort serait attendu,
lider les efforts actuels et de les maintenir dans la notamment au niveau de l’effectivité des condition-
durée, et d’allouer les émissions non encore ciblées nalités climat associées au PSN dans les prochaines
par des mesures dans le projet de SNBC 3. Plusieurs évolutions de la PAC et du développement d’une
secteurs montrent une évolution moyenne proche du offre alimentaire à plus faible intensité en carbone9.
rythme attendu (agriculture, industrie, bâtiment, éner- Au niveau du secteur du bâtiment, la réorientation
gie). Un des principaux points d’attention provient du vers des rénovations performantes du bâti existant tout
secteur des transports, premier secteur émetteur en en intégrant les besoins de rafraîchissement crois-
France, dont les émissions ont jusque là diminué à un sants sont des points d’attention importants. Au
rythme trois fois inférieur au rythme attendu. Des fac- niveau de secteur de l’industrie, l’alignement serait
teurs d’incertitude significatifs subsistent aussi dans adéquat sous réserve de couvrir l’ensemble des sous-
tous les secteurs. Ces facteurs d’incertitude sur la secteurs. Dans plusieurs secteurs (énergie, agricul-
capacité à atteindre l’objectif 2030 proviennent ture et bâtiment) la question de la formation des
notamment de la fragilité actuelle du puits de carbone, acteurs, pour renforcer la capacité d’action et le
du volume de réduction d’émissions restant à allouer passage à l’échelle des réalisations, est identifiée
(1,8 Mt éqCO2/an), du faible rythme de baisse des émis- comme un verrou à lever rapidement.
Le cadre d’action publique, en matière de stratégie et mation énergie et climat une forme de coordination et
de gouvernance, apparaît comme fonctionnel et de pilotage stratégique est effective. Ce pilotage a
opérationnel, bien qu’il soit en cours de révision. Les permis d’étendre la concertation à l’échelon régional par
révisions se font à deux niveaux : celui des stratégies et l’intermédiaire des COP à l’hiver 2023/2024. La question
plans climatiques nationaux (SNBC, PPE, PNACC) et du portage législatif et du financement dans la durée
celui des stratégies sectorielles d’atténuation (trans- restent cependant entiers en l’absence d’actualisation
ports, agriculture, bâtiment, industrie, énergie et forêt). des 3 documents de planification nationaux.
La restauration de la continuité de l’action publique,
depuis le pilotage par le Gouvernement jusqu’à la mise Au plan général, le renouvellement de la SNBC est
en œuvre opérationnelle sur le terrain, représente un désormais urgent pour maintenir la structuration de
levier de renforcement de l’action climatique par mise la politique nationale de réduction des émissions de
en cohérence, alignement d’objectifs ou recherche de GES10 dans la durée. Le retard de publication de la
synergie d’un plus grand nombre de plans d’action et de 3e SNBC nuit à la visibilité de la trajectoire de décar-
projets (cf. 4.2.1). L’existence, la pertinence et l’effecti- bonation d’ensemble, ainsi que pour chaque secteur
vité des stratégies et instruments de gouvernance pris individuellement. Le projet de 3e SNBC mis en
constituent des conditions de réalisation des objectifs concertation, ne couvre, à ce stade, que la période
climatiques à horizon 2030 et 2050 (cf. tableau 4.1b). jusqu’en 2033. La publication des 2 budgets carbone
suivants est annoncée d’ici fin 2024 (cf. 4.2.2).
Le cadre d’action publique en place en 2023 est désor-
mais pleinement actif puisqu’il articule et contextualise En l’absence de cadre national renouvelé, des actions
l’action climatique comme une composante de la plani- nouvelles continuent de se développer, mais sont en
fication écologique (cf. 4.2.1). À ce titre, la 3e SNBC (cf. général peu coordonnées et leur ambition se réduit à
4.2.1), la 3e PPE (cf. 4.2.3) et le 3e PNACC (cf. 4.2.4) ont des mesures ciblées sur des enjeux spécifiques. À
bénéficié, pendant leur phase d’élaboration, des avan- l’exception du secteur de l’industrie, ce constat ressort
cées portées par les approches systémiques dévelop- de l’analyse des politiques et mesures de l’année au
pées par les chantiers de la transition écologique. La prisme de l’axe stratégie et gouvernance (cf. 3.1.2,
forme et le contenu du projet de SNBC 3 et du projet de 3.2.2, 3.3.2, 3.4.2 et 3.6.2). Les stratégies sectorielles de
PPE 3 ouverts à la concertation reflètent cet apport pour ces 5 secteurs sont elles aussi dans une situation de
la politique d’atténuation et la politique de l’énergie induit déficit de structuration et plusieurs pourraient utile-
par un niveau supra. En matière d’adaptation, le même ment être construites (ex. renouvellement forestier,
type d’apport et d’articulation se reflète au niveau du stockage de carbone dans les sols) ou actualisées (PPE,
projet de TRACC publié en 2023. Malgré l’absence de Snanc, SDMP) pour impulser ou renforcer une dyna-
Stratégie française énergie et climat et de loi de program- mique de décarbonation.
POLITIQUE ÉCONOMIQUE
412 ET INSTRUMENTS
La construction du cadre d’action des politiques cli- au niveau de projets, de programmes, de territoires et
matiques et son renforcement au niveau national au niveau national ou européen. Si dans tous les sec-
transversal comme sectoriel doivent être accompa- teurs des cadres d’action et des soutiens existent, ils
gnés d’une politique économique d’ampleur permet- ne sont pas toujours au niveau suffisant pour accom-
tant de déclencher les changements nécessaires à pagner ou initier des transformations d’ampleur.
l’atteinte des objectifs climatiques11. Les analyses L’harmonisation insuffisante de la fiscalité et des
sectorielles (cf. 3.1 à 3.6) font toutes ressortir des taxations pose des difficultés en termes de cohérence
besoins de financement pour la mise à l’échelle des et de mobilisation dans certains secteurs (ex. transports,
politiques et actions de décarbonation des activités énergie, industrie, agriculture). L’usage de normes, réfé-
169
rentiels, dispositifs techniques et règlements calibrés fiscalité), de développement de marché et de l’emploi,
pour obtenir des réductions de gaz à effet de serre est d’utilisation conditionnée de ressources naturelles et de
effectué dans tous les secteurs avec des réussites (in- gestion du renouvellement (cf. tableau 4.1c) mais restent
dustrie, bâtiment), cependant dans certains cas les cri- pour beaucoup à mettre en place ou à pérenniser.
tères sont soit peu opérants (agriculture) soit trop peu
respectés voire sujets à des fraudes (CEE, verdissement L’atteinte des objectifs climatiques nécessite des
des flottes des entreprises et administrations). financements publics et privés pour accompagner et
initier la transition climatique12. Le projet de SNBC 3
L’analyse sectorielle fait ressortir certains efforts et produit une analyse des besoins de financement climat
opportunités d’alignement d’instruments de politiques et rappelle les principales conclusions des études
économiques avec plusieurs orientations des poli- approfondies publiées sur le sujet en 2023 et 202413 : un
tiques climatiques en matière de réindustrialisation, de besoin de financement à l’horizon 2030 estimés à hau-
production alimentaire, et de gestion forestière. Dans teur de 100-110 Mrd €/an14 correspondant, pour environ
ces trois domaines, des conditions de réussite sont iden- deux tiers, à des investissements bas-carbone et, pour
tifiées en termes de stabilité et de prévisibilité de trajec- environ un tiers, à des diminutions d’investissements
toire, d’adaptation au changement climatique, de crois- carbonés (ou entretenant des dépendances au car-
sance et de prévisibilité du prix du carbone (ex. SEQE et bone). Les économies d’énergie et la sobriété ressortent
RÉINDUSTRIALISATION Production nucléaire, hydroélectricité Adaptation des centrales et de la gestion des barrages au changement
climatique.
Filières émergentes (hydrogène, gaz Croissance et prévisibilité du prix du carbone (SEQE et fiscalité) ; développe-
renouvelable, nouveau nucléaire, nou- ment de débouchés pour les produits bas-carbone (ex. matériaux de
veaux réseaux de chaleur) construction) ; disponibilité d’énergie décarboné et de ressources en eau.
PRODUCTION Élevage Production limitée par la trajectoire d'émissions du sous-secteur ; gestion des
ALIMENTAIRE GES des troupeaux et effluents ; synergies élevage-cultures ; alimentation à
plus faible intensité en carbone et valorisation des produits par les distribu-
teurs et l'industrie agro-alimentaire.
GESTION FORESTIÈRE Bois d’industrie et bois d’oeuvre Utilisation conditionnée aux ressources disponibles ; action pérenne de
grande ampleur pour renouveler et adapter la forêt au changement
climatique sur le temps long.
Respect du principe d’usage en cascade du bois ; valorisation des bois de crises,
des feuillus en matériau ; amélioration du recyclage, de la réutilisation et du réemploi.
Cohérence des besoins avec la ressource disponible (bouclage biomasse).
Pilotage par les stocks de carbone.
Bois énergie Utilisation conditionnée aux ressources disponibles (préservation des écosys-
tèmes) ; action pérenne de grande ampleur pour renouveler et adapter la
forêt au changement climatique sur le temps long.
Respect du principe d’usage en cascade du bois ; cohérence des besoins avec
la ressource disponible (bouclage biomasse).
FREINS
413 ET LEVIERS
L’activation des leviers et la suppression des freins dans le secteur du bâtiment, de l’agriculture et de la
constituent des conditions de passage à l’échelle des forêt. La gouvernance de certains secteurs crée aussi
politiques climatiques. La liste des freins et leviers éta- des freins à leurs évolutions, par exemple dans le sec-
blie dans le rapport annuel 2023 reste pertinente, et teur agricole qui est très fortement imbriqué au sein
montre que de nombreux freins et leviers interviennent d’un système alimentaire rigide, et dans le secteur fores-
dans chacun des secteurs émetteurs. Tous n’ont pas été tier où le morcellement de la propriété foncière rend dif-
examinés en détail dans le chapitre 3, cependant plu- ficile les changements d’envergure. Certains leviers
sieurs constats convergents ressortent de l’analyse sec- techniques et technologiques progressent à un rythme
torielle. Le levier transversal de la formation ressort compatible avec les trajectoires attendues, notamment
dans plusieurs secteurs (en particulier pour les secteurs le déploiement des bornes de recharge pour les véhi-
de l’énergie, du bâtiment et de l’agriculture) en tant que cules électriques et les investissements dans les filières
préalable à l’incorporation des enjeux de décarbona- émergentes. Le nouveau mécanisme d'ajustement car-
tion à travers des pratiques ou des activités nouvelles. bone aux frontières (MACF) devrait couvrir en partie les
Faute de structuration des filières et de formation suffi- risques de hausse des importations, mais il ne les couvre
sante, les capacités sont limitées pour la mise en œuvre pas tous et son impact réel devra être évalué au fil de
d’actions de décarbonation et de stockage carbone son déploiement jusqu’en 2034/2035.
414 ADAPTATION
Le projet de SNBC 3 fait un lien explicite entre les puisque ni la 3e SNBC ni le 3e PNACC n’ont été adop-
actions portées par la SNBC et celles portées par le tés, il est logique que les analyses sectorielles n’aient
futur PNACC, notamment à travers le projet de Tra- fait ressortir que peu de nouveautés en matière
jectoire de référence pour l’adaptation au change- d’adaptation. Par ailleurs, la mise en œuvre opéra-
ment climatique (cf. 4.2.3). Cette relation affichée est tionnelle de l’adaptation n’est pas encore suffisam-
de nature à faciliter la recherche de synergies et à ment détaillée ou effective, à de rares exceptions
faciliter le traitement des antagonismes entre les près, et souffre aussi des délais de publication de la
actions d’adaptation et d’atténuation. Cependant, TRACC et de l’accès à des services climatiques 171
Tableau 4.1d - Exemples de dispositions devant être déjà en cours de déploiement
ou prévues afin de supprimer les freins et d’accélérer la transition,
à la fois pour atteindre les budgets carbone à court terme (horizon 2030)
ou pour préparer l’atteinte de la neutralité carbone (horizon 2050)17
DISPONIBILITÉ, QUALITÉ ET ACCESSIBILITÉ ORGANISATIONS ÉCONOMIQUES
HORIZON DES INFRASTRUCTURES PHYSIQUES, FILIÈRES ET SOCIALES
ET TECHNOLOGIES
Engins et machines agricoles électriques et technolo- Soutien public pour une alimentation saine et plus
gies d’application de précision des intrants sobre
2030 Leviers techniques au maximum de leur potentiel (lé- Accompagnement et formation initiale des agricul-
gumineuses, couverture du sol, cycle de l’azote, rations teurs et des filières, compétences
Agriculture animales, sélection végétale et animale, etc)
Filière alimentaire durable
2050 Production d’énergie et de matériaux biosourcés par le Politique commerciale de gestion de l’import/export
système agricole Recherche et développement
Notes : Les dispositions identifiées sont tirées en partie du cadre d’évaluation systématique du Climate Change Committee141 adaptées ici à la
France, des mesures proposées dans la SNBC 2, et de l’analyse du HCC.
Source : HCC
TRANSITION
415 JUSTE
Malgré une analyse encore relativement parcellaire, et la forte disparité de la tarification du carbone. Les
plusieurs réalisations ressortant de l’analyse secto- questions de besoin de formation et d’évolution et de
rielle (cf. 3.1 à 3.5) attestent d’efforts de prise en préservation d’emploi ressortent de plusieurs analyses
compte de principes de transition juste au sein de sectorielles (ex. agriculture, bâtiment, industrie).
mesures justifiées par l’action climatique comme le
succès du leasing social des véhicules électriques. Le projet de SNBC 3 affiche explicitement un intérêt
Cependant de nombreux points d’attention persistent pour les enjeux de transition juste à travers l’action
comme l’accroissement de l'endettement liés aux climatique et indique un ciblage de certains finance-
dépenses de rénovation des logement et d’énergie, de ments en fonction de critères de justice sociale en
la demande de rééquilibrage de la répartition de la déclinaison des principes affichés dans la planifica-
valeur dans certaines filières de production agricole, tion écologique.
GOUVERNANCE
421 ET PILOTAGE
La prise en charge par la puissance publique de l’ac- publique climatique est structurée au sein du pro-
tion climatique, d’atténuation comme d’adaptation, gramme d’action de la transition écologique sous la
au sein de la planification écologique permet de responsabilité directe du Premier ministre par l’inter-
mieux coordonner les programmes d’action ministé- médiaire du Secrétariat général à la planification
riels ou interministériels en matière de climat, de écologique (SGPE). La conduite des politiques clima-
biodiversité, de ressources naturelles et de pollu- tiques, d’atténuation comme d’adaptation, sont de la
tions en facilitant la recherche de synergies et de responsabilité de la Direction générale de l’énergie et
compromis au moyen d’une approche systémique. du climat (DGEC), placée sous co-tutelle du Ministère
Depuis l’automne 202220, la coordination de l’action de la transition écologique et de la cohésion des ter- 173
ritoires (MTECT)21 et du Ministère de l’économie des mentaire28 via l’axe « se nourrir »), cependant certains
finances et de la souveraineté industrielle et numé- enjeux importants en matière de volume d’activité
rique (Minefi)22. comme le tourisme, partiellement couverts sous l’angle
de la mobilité et celui du logement, pourraient être
Les administrations centrales de l’État chargées du mieux traités (cf. encadré 4.2a).
pilotage des politiques climatiques ont consolidé et
restructuré leur organisation en 2023. Au sein de la À travers le suivi de la transition écologique, l’action
DGEC, la direction du climat, de l’efficacité énergé- publique climatique fait l’objet d’un effort notable de
tique et de l’air a été crée en 2023, succédant au Ser- transparence et réaffirme la gouvernance héritée du
vice du climat et de l’efficacité énergétique, pour ren- Grenelle de l’environnement. Le suivi de la transition
forcer la conduite des politiques climatiques au écologique est régulièrement effectué en format de
moyen d’une nouvelle sous-direction (Sous-direction gouvernance large au sein du Conseil national de la
de l’action climatique, SDAC) regroupant les diffé- transition écologique29 (CNTE, dont le secrétariat est
rentes composantes de l’atténuation (émissions et assuré par le CGDD) par le SGPE et chacun des
Stratégie nationale bas-carbone, marchés carbone ministres concernés, avec la participation du Premier
et décarbonation de l’industrie, forêt-bois et certifi- ministre lors de la présentation d’éléments structu-
cation carbone) et institutionnalisant le pilotage de rants. Avec la conduite des COP régionales à partir de
l’adaptation au sein d’un bureau dédié (rôle précé- l’automne 2023, la gouvernance nationale a été com-
demment assuré par l’Observatoire national sur les plétée d’éléments territoriaux de concertation30 en
effets du réchauffement climatique, supprimé)23. Au complément des structures déjà en place comme les
sein de la Direction générale du trésor (DGTrésor du groupes régionaux d’experts climat. Outre les exer-
Minefi), une nouvelle sous-direction en charge du cices de concertation d’acteurs et de consultation du
financement de la transition écologique (TRECO) a public, le suivi de l’action climatique dans le cadre de
été créée en 2023 avec 4 pôles couvrants l’ensemble la transition écologique est accessible en ligne libre-
du champs de la transition écologique : neutralité ment à travers la mise à disposition de documents de
carbone, synthèse climat, adaptation au change- synthèses, de tableaux de suivi d’indicateurs31 et de
ment climatique, biodiversité, environnement, éner- vidéos de présentation y-compris à l’échelle des col-
gie24. La diplomatie climatique reste pilotée par un lectivités territoriales32.
ambassadeur thématique « climat » rattaché au
Ministère de l’Europe et des affaires étrangères. En Le cadre d’évaluation de l’action climatique, s’est
parallèle de la structuration des services de l'État, un structuré et renforcé en s’appuyant sur la complé-
plan de formation à la compréhension des enjeux de mentarité des différents acteurs. La capacité des
transition écologique et climatique des agents institutions à mieux éclairer le débat public en
publics en position d’encadrement supérieur a été matière climatique se renforce. Une large variété de
lancé en octobre 202225. points de vue et d’angles d’approche est possible du
fait des compétences et mission des acteurs : Cour
La prise en charge de la coordination de l’action cli- des comptes et chambre régionale des comptes33,
matique au niveau du Premier ministre, au-delà du conseils généraux et inspections générales (ex. IGEDD34,
portage de haut niveau et de la structuration renfor- CGAAER35, IGA, IGF), organismes indépendants (HCC,
cée de l’administration centrale, a permis une articu- Parlement, Cese, Académies, Autorité environnemen-
lation plus transparente des politiques climatiques tale) ou encore pouvoir judiciaire36. Dans ce paysage
avec celles concernant les autres domaines d’action institutionnel les fonctions de conception et de
de la transition écologique26. La logique de traite- conduite de l’action publique (Administration cen-
ment des 22 chantiers de la transition écologique trale) sont bien distinctes des fonctions de structura-
reflète une approche systémique orientée par les tion et de coordination systémique (SGPE) et des fonc-
besoins de la population, des acteurs économiques et tions de mise en œuvre (Collectivités territoriales, ser-
de l’environnement : « mieux se déplacer », « mieux se vices déconcentrés de l’État, établissements publics
loger », « mieux préserver et valoriser nos écosystèmes », comme l’Ademe, ANCT, Cerema, Météo-France, IGN
« mieux produire », « se nourrir » et « mieux consommer »27. ou organismes délégataires de service public comme
Cette approche systémique permet de croiser des le Citepa) ou encore des fonctions d’évaluation (HCC,
enjeux dont le traitement était préalablement très Cour des comptes) (cf. annexe 4.3.3 bilan de mise en
segmenté (ex. approche en termes de système ali- place du HCC).
4.2a Avec son patrimoine culturel, naturel et historique, la France fait partie des premières destinations
touristiques mondiales38. Le secteur d’activité du tourisme représente 2 millions d’emplois, 7,4 % du
PIB et 11 % des émissions territoriales de GES. L’ambition de faire de la France la première destination
touristique mondiale demande à être intégrée aux stratégies de réduction des émissions de GES et
d’adaptation au changement climatique, en portant une transformation du secteur pour favoriser
systématiquement le tourisme durable, la réduction de l’empreinte écologique, y compris l’artificiali-
sation des terres, et l’investissement dans des infrastructures et stratégies touristiques soutenables,
en anticipant les conséquences de la montée du niveau de la mer pour éviter des actifs échoués.
L’empreinte carbone du tourisme est fortement dépendante des émissions du secteur du bâtiment, de
celles du secteur du transport routier et international. Une logique de croissance de l’activité touris-
tique ne saurait être durable sans approche conjointe de décarbonation des différentes composantes
(hébergements, déplacements sur site, déplacements courte et moyenne distances, arrivée sur le
territoire en métropole comme outre-mer), de sobriété, de gestion de risque et d’adaptation.
Ces points d’attention sont d’autant plus importants que la logique compétitive internationale
comme entre régions françaises, induit fréquemment une recherche de volume (ex. taille des
navires, capacité d’hébergement, occupation ou artificialisation d’espaces) pour réduire les coûts.
Cette logique produit régulièrement des effets de surfréquentation compte tenu des limites maté-
rielles de capacité d’accueil des sites et des infrastructures.
Par ailleurs, l’attractivité de certaines régions évolue du fait du changement climatique, notamment
diminue dans le quart sud de la France (température excessives amputant les durées d’exploitation
du fait de l’exposition des professionnels et des usagers, risques de feux sévères interdisant l’accès
aux massifs forestiers) ou encore de certains territoires d’outre-mer (fortes précipitations et ruissel-
lements, échouements et décomposition d’algues sargasses, espaces littoraux exposés à la
submersion et l’érosion). La réduction de la durée d’enneigement en moyenne montagne affecte la
viabilité des stations de ski, comme l’a encore montré l’hiver 2023-2024.
L’empreinte carbone de grands évènements touristiques comme les jeux olympiques est due pour
environ 30 % aux constructions, 30 % aux opérations, et 40 % aux déplacements – et cette dernière
partie augmente avec le nombre de participants et les distances parcourues par ceux-ci. Rendre de
tels évènements plus soutenables demande des stratégies pour réduire leur taille, réutiliser des équipe-
ments et infrastructures des villes hôtes, et renforcer la crédibilité des standards de soutenabilité (suivi,
évaluation indépendante). Les conséquences du changement climatique affectent aussi les conditions
de ces évènements, notamment pour l’anticipation d’extrêmes chauds (performance des athlètes,
protection de tous les participants et organisateurs), et par les conditions d’enneigement en hiver.
L’accueil de grands évènements comme les jeux olympiques (JO) d’été, peuvent donc renforcer des
approches de sobriété (réutilisation d’infrastructures existantes, économie circulaire), de décarbo-
nation et d’adaptation, notamment par la commande publique, dans le secteur du logement
(constructions bas-carbone et adaptées aux vagues de chaleur), de restauration (offre alimentaire
éco-responsable), et des transports (transports en commun notamment ferroviaires, infrastructures
cyclables inter-sites), à la fois pour les infrastructures pérennes et pour des structures temporaires.
Ils peuvent aussi renforcer la préparation et les réponses en matière de santé (régulation de la mobi-
lité et des activités aux heures les plus chaudes, amélioration de la qualité de l’air et de l’eau) et de
sécurité civile (anticipation de risques d’évènements extrêmes inédits – chaleur, pluies extrêmes ou
incendies). La visibilité mondiale et l’importante couverture médiatique constituent des moyens de
promouvoir largement des telles réalisations en matière d’action climatique.
Dans une stratégie de soutenabilité, de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et d’adapta-
tion, des transformations sont indispensables pour le tourisme de montagne: stratégies différen-
175
ciées entre moyenne montagne et haute montagne, modalités de gestion adaptées, investisse-
ments recalibrés, ré-équilibrage avec le tourisme vert en basse altitude, sobriété énergétique et
rénovation des passoires thermiques parmi les hébergements, réduction de l’artificialisation et protec-
tion des nouveaux écosystèmes d’altitude émergeant suite au recul de la cryosphère. Incluse dans une
stratégie d'ensemble de transition des territoires de montagne, la manière d'accueillir les JO d'hiver en
2030 peut porter un message visible sur la cohérence entre les activités sportives, et des pratiques sobres
et soutenables, en minimisant la taille de l'évènement, le recours au transport aérien, les nouvelles
infrastructures énergivores ou à coût élevé de maintenance (y compris du fait des risques climatiques),
en évitant tout impact sur les écosystèmes, et par le choix des sponsors - à l'opposé d'infrastructures
construites dans des sites de basse altitude en zone tempérée pour des JO d'hiver précédents, associées
à un endettement important, et dont la viabilité se réduit à mesure du réchauffement planétaire.
Plus largement, l’enjeu du secteur du tourisme consiste à construire et promouvoir une offre touris-
tique quatre saisons bas-carbone, adaptée au changement climatique, sobre (énergie, matériaux,
eau, utilisation des terres) et valorisant la préservation de l’environnement (ex. slow tourisme,
écotourisme, agritourisme, vélotourisme, tourisme de proximité) dans le respect des principes de
transition juste. Une approche systémique des interactions du changement climatique avec le
tourisme permettrait de développer un imaginaire soutenable en cohérence avec la transformation
de l’organisation du secteur en intégrant enjeux de décarbonation et stratégie touristique.
DISPOSITIF
422 LEGISLATIF
Les dispositions législatives concernant l’action clima- à ce stade, pas non plus été adoptée. Faute de direc-
tique prennent du retard malgré des efforts de concer- tion claire et partagée, un risque de décalage existe
tation, co-construction et de consultation. Ces retards entre les initiatives des différents acteurs et l’action
fragilisent l’action climatique du fait du manque de publique. Dans ce contexte de décalage de calendrier,
clarté dans les directions suivies39. Prévue par la loi jugé pénalisant pour certains acteurs notamment ceux
énergie-climat (2019)40, la loi de programmation éner- de l’énergie43. Ces retards législatifs fragilisent l’action
gie et climat (LPEC) attendue en juillet 2023 et confir- climatique du fait du manque de clarté dans les direc-
mée41 n’a, à ce stade, pas été adoptée. Malgré deux tions suivies, créant des ambiguïtés sur les objectifs de
périodes de consultation du public menées en 2021/ court terme (horizon 2030) et sur les objectifs intermé-
2022 et fin 202342, la vision stratégique attendue de la diaires post-2030 et les trajectoires associées menant
Stratégie française de l’énergie et du climat (SFEC) n’a, vers la neutralité carbone en 2050.
3e STRATÉGIE NATIONALE
423 BAS-CARBONE
La 3e Stratégie nationale bas-carbone n’a, à ce stade, partie seulement du projet de SNBC 3. Il s’agit de la
pas été adoptée malgré une première consultation du partie du projet de SNBC 3 concernant la période
public en 2022/2023 ayant recueilli plus de 30 000 2024-2033 établi par la DGEC et s’articulant avec les
contributions. Pour compléter le projet de SNBC, une objectifs de planification écologique et plus précisé-
action de concertation a été confiée à la Commission ment du 2e run du scénario avec mesures supplémen-
nationale du débat public (CNDP) en mai 202444. Le taires AMS45. En conséquence, les budgets carbone
document support de la concertation correspond à une post-2033 ne sont pas encore explicités à ce stade, ni
177
industriels (CCUS) à des volumes compatibles avec les pour les autres secteurs émetteurs. La question de la
préconisations du HCC49 marque également un effort réduction des émissions du transport international
de réalisme et de cohérence. Au niveau du secteur du reste entière, et constitue un point d’attention impor-
bâtiment, une différence d’appréciation reste à apla- tant (cf. supra réindustrialisation et encadré 4.2a).
nir entre les résultats des simulations AMS et les ambi- Enfin, l’alignement des cibles et la convergence des
tions du projet de SNBC 3. Au niveau du secteur de trajectoires aux différentes échelles territoriales, natio-
l’agriculture, l’accroissement de l’ambition affichée nales, européennes, ainsi que la maîtrise et la publica-
par les 3e et 4e budgets carbone du projet de SNBC 3 tion des budgets empreinte, demeurent des conditions
par rapport aux budgets des deux mêmes périodes essentielles à réaliser pour atteindre les objectifs de
prévus par la SNBC 2, est beaucoup plus modeste que l’accord de Paris50.
3e PLANIFICATION
424 DE L’ÉNERGIE
Depuis mai 2024, le projet de 3e programmation plu- biogaz, électricité à partir de méthanisation) alors
riannuelle de l’énergie (PPE) fait l’objet d’une que d’autres, importants pour la réduction des émis-
concertation conjointe avec la SNBC 3 par la Com- sions de GES, n’ont pas été atteints, tels les objectifs
mission nationale du débat public51. Les dispositions couvrant la réduction de la consommation d’énergie,
de la loi énergie-climat prévoient que la 3e PPE soit la production d’énergie renouvelable électrique
publiée dans un délai de 12 mois à compter de l’adop- (photovoltaïque, éolien terrestre et en mer) et la pro-
tion de la LPEC. Une première consultation du public duction d’énergie renouvelable thermique (biomasse,
a eu lieu en novembre-décembre 2023. Faute de solaire, chaleur renouvelable), ou encore la sortie des
l’adoption de la LPEC, le décalage de calendrier énergies fossiles.
conduit à considérer la période 2025-2035 comme
période de programmation au lieu de la période La cohérence entre la 3e PPE et la 3e SNBC constitue
2023-2033 (voir aussi 4.2.1). un élément de réussite de l’action climatique notam-
ment en matière de sobriété et de rythme de déploie-
Le bilan de la 2e PPE montre des résultats contrastés ment de production d’énergie décarbonée (nucléaire
avec certains objectifs atteints (hydroélectricité, et énergies renouvelables) (cf. 3.5.2 freins et leviers).
L’adaptation est une politique publique récente en Les enjeux de l’adaptation au changement climatique
train de s'institutionnaliser et de se pérenniser avec commencent à être pris en compte dans les plans
un bureau d’administration centrale de l’État (DGEC) d’action climat sectoriels52 visant à décliner le PNACC
dédié à son pilotage créé en 2023, un centre de res- mais cela reste insuffisant en regard des besoins. Les
sources et des services climatiques désormais opé- actions d’adaptation des plans climat des ministères en
rationnels et un projet de trajectoire de référence charge de l’économie53 et de l’agriculture et des forêts54
pour l’adaptation mis en concertation en 2023. adoptés en 2021 se limitent à quelques domaines55, sont
Même si l’ambition publique croît avec le temps, elle peu opérationnelles56 et peu ambitieuses57. L’effet d’ap-
reste en décalage avec les besoins d’adaptation qui prentissage au fil des différents plans reste modeste
eux-mêmes croissent à mesure du réchauffement cli- et la vitesse d’appropriation des enjeux ne semble pas
matique. L’évaluation de la distribution sociale des assez rapide par rapport aux besoins58.
formes de vulnérabilités aux impacts climatiques et
des besoins d’adaptation associés, entre ménages, Les efforts de transparence en matière de suivi de la
secteurs et acteurs économiques au sein d'un même mise en œuvre et des réalisations du PNACC à tra-
secteur, restent à établir. vers le CNTE sont utiles mais insuffisants pour donner
Le processus d’action publique reste peu lisible par Le déficit d’articulation de la politique d’adaptation
l’accumulation de consultations et l’absence de dia- entre les échelles nationales et locales freinent la
gnostic de vulnérabilité au changement climatique montée en compétences des acteurs locaux et la
approfondi et actualisé à l’échelle de l’ensemble des mise en œuvre d’actions d’adaptation dans les terri-
territoires français. Le processus d’élaboration du toires. La mise en place de la mission adaptation
PNACC 3 a pris du retard (publication attendue en regroupant l’expertise des opérateurs de l’État en un
2023). Si la mesure de l’urgence à agir ne semble pas guichet unique pour les collectivités territoriales pour-
encore complètement prise, avec une phase d’élabo- rait constituer une avancée significative vers un ser-
ration se prolongeant, la longueur de la concertation vice public de l’adaptation64 capable de répondre aux
constitue une opportunité pour établir un plan plus besoins de renforcement de capacités des territoires.
ambitieux et plus opérationnel que les deux précé-
dents. À ce stade, les éléments rendus publics sont Par son caractère systémique et sa déclinaison territo-
constitués par la TRACC et les axes du plan : Protéger riale, la planification écologique constitue une oppor-
les Français ; Adapter les territoires et les infrastruc- tunité pour la co-construction d’une vision partagée
tures ; Assurer la résilience de la vie économique ; Pro- des diagnostics de sensibilité et vulnérabilité aux
téger les milieux naturels et le patrimoine culturel61. impacts du changement climatique, des risques et de
solutions d’adaptation avec un fort potentiel d’entraî-
Une politique d’adaptation scientifiquement robuste nement des acteurs des territoires. Si les enjeux de
s’appuie sur une évaluation des risques et des vulné- l’adaptation au changement climatique n’ont pas fait
rabilités complète et régulièrement actualisée ainsi partie des 22 chantiers d’action lancés pour réussir la
179
transition écologique ni de l’agenda des COP régio- domaine n’apparaît pas central dans la plupart des tra-
nales, certaines COP régionales ont souhaité mettre le vaux (focalisée sur la décarbonation et la biodiversité).
thème de l’adaptation en avant65. Les phases de débat Des feuilles de route régionales de plus long terme, par
des COP régionales pour l’élaboration des feuilles de exemple 2050, traitant d’adaptation et tenant compte
route régionales 2030 constituent des opportunités de des orientations du PNACC 3, permettraient de complé-
travailler à des mesures d’adaptation même si ce ter utilement la planification écologique.
ANNEXES
43 DU CHAPITRE 4
GRILLES D’ÉVALUATION
431 DU CADRE D’ACTION PUBLIQUE
Vision claire, accompa- Le financement public Le déploiement Les impacts climatiques La stratégie et sa
PLANS CRÉDIBLES
gnée d'une stratégie couplé aux signaux-prix des dispositions et les besoins d'adaptation mise en œuvre
opérationnelle qui est et autres incitations organisationnelles sont considérés dans les tiennent compte des
au bon niveau et a fait encourageant les et la suppression documents de planification impacts socio-éco-
ses preuves, des acteurs investissements privés des barrières sont et tiennent compte des nomiques des
bien mobilisés, est crédible. en cours ou prévus, objectifs de développement mesures sur les
et des processus de suivi comme les évolutions durable (ODD), les acteurs ménages et les
et d'évaluation. d'emploi, les besoins sont mobilisés et l'articula- entreprises,
de formation, tion nationale/régionale est s'assurent de leur
les infrastructures claire. Les vulnérabilités clés soutenabilité
et les chaînes d'appro- du secteur sont traitées et le et privilégient les
visionnement. plan se donne les moyens de mesures socialement
les maîtriser ou de les réduire justes et redistribu-
en cohérence avec les tives.
besoins prioritaires d'adap-
tation. Les risques de
maldaptation sont limités.
RISQUES NOTABLES
Vision claire et stratégie Le financement public Les impacts, les vulnérabili- La plupart des
opérationnelle mais qui couplé aux signaux-prix La plupart des disposi- tés et les besoins sont mesures prises
omettent un nombre et autres incitations tions organisationnelles compris et considérés avec respectent les
restreint d'éléments encourageant les sont en cours ou quelques lacunes dans la principes de
importants. investissements privés est prévues mais avec planification, l'intégration transition juste mais
crédible mais comporte quelques lacunes. avec les ODD et/ou la certaines mesures
certains risques. mobilisation des acteurs. doivent être ajustées
Certains risques de et/ou complétées.
maladaptation sont traités.
stratégie peu opération- annoncé mais non organisationnelles ne tiques sont compris mais sa mise en œuvre
nelle qui omettent un sécurisé avec peu sont que partiellement partiellement considérés comportent
plusieurs éléments d'incitations encoura- anticipées avec des dans les documents de des risques sérieux
importants. geant les investissements lacunes ou des planification avec peu d'aggravation
privés et de nombreux obstacles importants. d'opérationnalisation de des inégalités.
risques. l'adaptation. Les travaux
concernent très peu
la vulnérabilité. Les risques
de maladaptation sont
importants.
PLANS INSUFFISANTS
Manque de vision Le financement n'est pas Les dispositions Les impacts climatiques sont La stratégie ou
d'ensemble et stratégie sécurisé, sans plan pour organisationnelles sont mal compris et/ou non sa mise en œuvre ne
peu ou pas opération- faire évoluer les peu ou pas anticipées. considérés dans les tiennent pas compte
nelle. signaux-prix et autres documents de planification des principes de
incitations. et sans plans d'adaptation. transition juste et
L'inadaptation et la aggravent les
maladaptation sont risques de conflits
fortement probables. sociaux.
Source : HCC
STRATÉGIE ET GOUVERNANCE
Des plans (hors SNBC) qui intègrent des Ces plans explicitent-ils leurs Les autres plans et lois qui Ces autres politiques
objectifs de réduction d'émissions contributions aux objectifs de n'ont pas d'objectif climat publiques sont-elles
(SNBC et Fit for 55) et tiennent compte réduction d'émissions ? (cohé- mais avec un impact sur le cohérentes avec la
des principales sources d'émissions rence interne). climat) évaluent-ils leurs im- SNBC ? (cohérence
existent (ex. plan climat, plan sectoriel pacts climatiques ? (cohé- externe)
ou sous sectoriel) ? (cohérence interne). rence externe).
Des pilotes sont-ils dé- Un budget est-il prévu Des moyens autres que Les plans ciblent-ils l'ensemble Les plans ont-ils
signés pour chaque dans les plans ? financiers sont-ils mobi- des axes de décarbonation : un calendrier de
mesure portée par ces lisés ? (ex. réglementaires, efficacité énergétique/maîtrise mise en œuvre ?
plans ? partenariats, moyens hu- de la demande/substitution ?
mains, etc.). (à préciser par secteur)
Les acteurs pertinents (professionnels, économiques, étatiques, des collectivités territo- Les processus de concertation
riales, ONG, recherche, experts, y compris le public) sont identifiés et mobilisés pour l'élabo- et de consultation sont-ils dé-
ration des plans ? Les contraintes et opportunités socio-économiques qui pèsent sur leurs dé- taillés ? (transparence)
cisions sont connues.
181
Tableau 4.3e - Critère stratégie, sous-critère suivi-évaluation
SUIVI ET ÉVALUATION
Une étude d'impact Un suivi régulier est ré- Une évaluation Les résultats du suivi et des évaluations Un processus de
des plans climat est ré- alisé et le pilote du suivi est réalisée. (dont évaluation d'impact ex ante) sont rétroaction et de
alisée ex ante. est identifié. rendus publics ? (transparence). mise à jour est mis
en place ou prévu.
Les instruments donnent-ils une vision L'ensemble des instruments impose-il une L'ensemble des instruments per-
claire de la trajectoire à long terme ? La charge administrative trop lourde pour mette-il de réduire les émissions en
continuité de l'action est-elle assurée ? les acteurs ? accord avec les objectifs de la SNBC ?
Le signal-prix permette- L'impact sur les ménages Les mesures mises en Les subventions et crédits Les fuites carbones
il de réduire les émis- et les entreprises est-il place sont-elles effi- d'impôts sont-ils faciles potentielles sont-elles
sions (efficacité) ? maîtrisé ? cientes ? d'accès ? maîtrisées ?
RÉGLEMENTATION ET NORMES
Les normes permettent-elles une réduc- La charge administrative est-elle soute- La capacité d'adaptation, notamment
tion d'émission ? nable ? des acteurs modestes, est-elle prise en
compte et soutenue ?
INVESTISSEMENT PUBLIC
Les contrats de filières ou avec des entreprises per- L'impact (hausse de l'empreinte carbone) des accords commerciaux
mettent-ils de réduire les émissions ? est-il maîtrisé ?
Exposition et vulnérabili- Référentiel d'adaptation Opérationnalisation Ressources et finance- Impacts sur les émis-
té aux effets du change- au changement climatique de l'adaptation ments publics sions
ment climatique
Les plans et lois intègrent- Quelle référence est utili- Les modes d'actions Des ressources humaines, Les mesures d'adapta-
ils les expositions et les sée pour déterminer les privilégiés des mesures financières, juridiques, or- tion sont-elles conçues
vulnérabilités, les besoins vulnérabilités et besoins d'adaptation sont-ils ganisationnelles, de dé- avec des synergies et
d'adaptation et les trans- d'adaptation ? à la fois de l'ordre de veloppement de connais- des compromis avec des
ferts de vulnérabilité ? l'anticipation et de la sances et de formation mesures d'atténuation ?
réaction ? sont-elles prévues pour
l'adaptation ?
TRANSITION JUSTE
Tableau 4.3k - Critère transition juste, sous-critère protection des plus vulnérables
Les impacts socio-économiques de l'action publique climatique sur les ac- Des mesures préventives ou correctives sont-elles
teurs les plus vulnérables sont-ils identifiés en amont ? (précarité énergé- prises et efficaces ? (y compris recours)
tique, alimentaire) Les formes de vulnérabilités et leurs distributions
sont-elles connues et évaluées ?
RÉGLEMENTATION ET NORMES
L'action publique cible-t-elle les acteurs Le service public est-il exemplaire (objec- Les responsables politiques et admi-
les plus émetteurs et en capacité d'agir ? tifs supérieurs et mise en œuvre) ? nistratifs sont-ils exemplaires ?
SUIVI
432 DES RECOMMANDATIONS
Sur la base des réponses du Gouvernement66 reçues au concentrant sur des éléments nouveaux ressortant des
1er trimestre 2024 et de l’analyse de l’évolution d’en- analyses approfondies réalisées pour le rapport 2024
semble et par secteurs des émissions de GES (cf. cha- ainsi que sur des éléments dont la prise en compte est
pitre 2), de l’analyse des plans et mesures mis en oeuvre jugée très insuffisante au regard des enjeux d’atténua-
et des dynamiques constatées dans les secteurs et les tion ou d’adaptation.
sous-secteurs (cf. chapitre 3) il ressort que, parmi les
recommandations formulées au sein du rapport annuel Le rapport annuel 2024 formule 65 recommandations
2023 (nouvelles recommandations et recommanda- dont 22 sont issues des 117 recommandations du rap-
tions précédentes reconduites), la plupart peuvent être port annuel précédent au besoin reformulées. Les
considérées comme effectivement prises en compte recommandations plus ciblées formulées par le rap-
par l’action publique climatique même si certaines ne port « Accélérer la transition climatique avec un sys-
le sont que partiellement et que les objectifs visés ne tème alimentaire bas carbone, résilient et juste » (2024)
sont pas encore atteints. Les recommandations formu- et par l’avis sur « le stockage et la capture de carbone
lées dans le rapport annuel 2024 ont été limitées en se (CCUS) » (2023) restent toutes valables.
183
BILAN DE LA PREMIÈRE MANDATURE
433 DU HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT
Le Haut conseil pour le climat a été créé le 27 novembre à l’élaboration d’une feuille de route sur le numérique
2018, avec pour principale mission de produire un rap- et l’environnement pilotée par le Conseil national du
port annuel d’évaluation de l’action publique en matière numérique.
de climat au contenu défini dans la loi.
Comparativement, le Parlement a peu utilisé cette
UNE PRODUCTION RÉGULIÈRE, EXPERTE possibilité par le Sénat a sollicité une fois un rapport
ET INDÉPENDANTE, ÉCLAIRANT sur l’impact carbone de la 5G, le Parlement a demandé
LE DÉBAT PUBLIC DE MANIÈRE NEUTRE au HCC un avis sur le rapport du Gouvernement sur les
SIX RAPPORTS ANNUELS D’ÉVALUATION participations financières de l’État et une réponse a
DE L’ACTION PUBLIQUE, MISSION PREMIÈRE DU HCC été produite par le HCC en réponse à une question par-
Le HCC a produit son 1er rapport annuel dès juin 2019. lementaire sur la rénovation énergétique des bâti-
Les titres et les contenus des six rapports annuels - « Agir ments. Par ailleurs, le Conseil économique social et
en cohérence avec les ambitions » (2019), « Redresser environnemental a aussi saisi le HCC à une reprise.
le cap, relancer la transition » (2020), « Renforcer l'at-
ténuation, engager l'adaptation » (2021), « Dépasser SEPT RAPPORTS OU AVIS SUR AUTOSAISINE
les constats, mettre en œuvre les solutions » (2022), Le HCC a utilisé régulièrement sa capacité d’autosai-
« Acter l'urgence, engager les moyens » (2023), « Tenir sine pour produire des rapports thématiques offrant un
le cap de la décarbonation, protéger la population » avis expert et indépendant sur des questions d’actua-
(2024) - marquent une gradation des constats de la lité : « Climat, santé: mieux prévenir, mieux guérir » (avril
nécessaire mise en cohérence de l’action climatique avec 2020), « France relance et sa contribution à la transi-
les ambitions inscrites dans l’Accord de Paris vers l’af- tion bas-carbone » (décembre 2020), « Accélérer la
firmation de l’urgence à atteindre et maintenir au bon transition climatique avec un système alimentaire bas
niveau d’action dans la durée, tant en matière d’atté- carbone, résilient et juste » (janvier 2024, version Grand
nuation que d’adaptation au changement climatique. public février 2024). Le HCC a également émis un avis
sur le projet de loi « climat résilience » pour analyser la
Tel que prévu par la loi, le Gouvernement a répondu contribution du projet de loi à la transition bas-
aux rapports du HCC, en apportant des précisions carbone ainsi que le processus d’évaluation du projet
utiles au suivi détaillé de l’action climatique dans au regard du climat (2021) et un avis sur la « moderni-
toutes ses composantes. Ces éléments ont permis de sation du Traité sur la Charte de l’énergie » (2022).
constater une appropriation de la plupart des recom-
mandations du HCC par les pouvoirs publics. La trans- Le HCC a produit 2 avis sur les enjeux internationaux
mission tardive au-delà de l’échéancier de 6 mois de l’action climatique pour la COP 26 et la COP 28 de
prévu par la loi a cependant ralenti le processus d’exa- portée diplomatique. Le HCC a également contribué
men de ces réponses. Avec la coordination interminis- à la mise en place du réseau international des conseils
térielle désormais assurée par le SGPE les réponses climats, annoncé à la COP 26, qui facilite l’échange de
sont attendues plus précocément. bonnes pratiques et promeut la bonne gouvernance
des enjeux climatiques au sein des nations au niveau
HUIT RAPPORTS ET AVIS EN RÉPONSE international.
À DES SAISINES DU GOUVERNEMENT
OU DU PARLEMENT Enfin, le HCC a émis des courriers au Gouvernement
Le Gouvernement a utilisé à cinq reprises la possibilité sur le pacte productif, le diagnostic de performance
de saisir le HCC pour éclairer ses prises de décisions énergétique, et en dernier lieu une lettre au Premier
sur des questions sectorielles ou d’actualité climatique ministre pour réaffirmer l’engagement climatique de la
donnant lieu à des rapports ou avis sur : « Evaluer les France avec une trajectoire lisible et mobilisatrice.
lois en cohérence avec les ambitions » , « Maîtriser l’em-
preinte carbone de la France » , « Rénover mieux: PLUSIEURS PUBLICATIONS DESTINÉES
leçons d’Europe », « les plans climat des ministères » et À UN PUBLIC PLUS LARGE
« le stockage et la capture de carbone (CCUS) ». Au-delà de ces productions prévues par les textes et
Le Gouvernement a également saisi le HCC en appui dans le cadre de ses missions d’éclairer les débats de
VERSION
GRAND PUBLIC
du rapport annuel
Neutralité Carbone
Juin 2019
VERSION LA VERSION
GRAND PUBLIC GRAND PUBLIC
VERSION du rapport annuel Un résumé du troisième rapport annuel
Neutralité Carbone du Haut conseil pour le climat
GRAND PUBLIC Septembre 2020
du rapport annuel
Neutralité Carbone
Septembre 2019
VERSION
GRAND PUBLIC
Volet Europe du rapport annuel 185
du Haut conseil pour le climat
Au niveau des Parlementaires, sur la période, se sont UN FONCTIONNEMENT
tenues 10 auditions à l’Assemblée nationale, 11 auditions ET UNE ORGANISATION STABILISÉS
au Sénat, 1 audition d’une commission mixte Sénat/As- Jeune institution, le Haut conseil pour le climat a dû
semblée nationale, et 4 auditions au CESE (auditions qui mettre en place intégralement son fonctionnement,
se répartissent régulièrement entre 2020 et 2024). Ces en bénéficiant des services supports du Commissa-
auditions sont pour la plupart demandées par les com- riat général à la stratégie et la prospective
missions sur des textes ou des propositions de loi. Seule (France-stratégie), pour lui permettre d’assurer des
une saisine a été émise par la Présidence du Sénat, missions exigeantes, en termes notamment de rythme
aucune par la Présidence de l’Assemblée nationale et de production et d’éclairage du débat public sur la
une par la Présidence du CESE. Ceci résulte d’une relative base de fondements scientifiques et techniques et de
faiblesse de l’usage des rapports du HCC, notamment données probantes. La structuration et le fonctionne-
les rapports annuels, en appui aux travaux du Parlement. ment pérenne du Secrétariat après plusieurs années
sous-optimales où les ressources n’étaient pas en
Les relations avec la Cour des comptes se sont dévelop- adéquation avec les attentes et les missions, sont
pées à partir de 2023 (7 auditions en 2023), consécutives désormais stabilisés. L’effectif du secrétariat, com-
notamment aux dispositions de la loi climat et résilience posé initialement de six agents en 2019, atteint dix
instituant un appui du HCC à l’évaluation annuelle de agents à la mi-2024, pour un effectif cible autorisé de
la mise en œuvre des mesures de la loi climat résilience 15 agents qui devrait être atteint au plus tard début
pilotée par la Cour des comptes, appui qui s’est limité à 2025, dont deux mis à disposition respectivement par
ce stade à une audition. En parallèle, la prise en compte le ministère chargé de l’agriculture et celui chargé de
plus large par la Cour des comptes des besoins de pilo- l’environnement.
tage et de mesure de l’action publique sur les sujets cli-
matiques et environnement a conduit le HCC à être Les 15 postes cibles ont été structurés autour d’une
auditionné à plusieurs reprises, notamment pour le rap- équipe de direction et de deux pôles d’analystes char-
port de la Cour des comptes relatif à l’adaptation au gés de l’évaluation de l’action publique climatique :
changement climatique paru début 2024. analyse sectorielle (transport, agriculture, industrie et
déchets, bâtiment, énergie, terres et forêts) et analyse
Le HCC participe au réseau international des Hauts
transversale (atténuation, adaptation, économie, sciences
conseil climat (ICCN67) lancé en 2021. Les relations
humaines et sociales, Europe et international). Cette
avec les groupes régionaux d’experts climat restent à
structure permet d’évaluer l’ensemble des dimensions
établir notamment à l’occasion de travaux sur la terri-
de la SNBC et de couvrir les éléments additionnels
torialisation de l’action climatique attendus dans le
demandés par la loi, notamment les problématiques
cadre de la loi climat-résilience.
d’adaptation au changement climatique, l’impact
Enfin, le HCC a été auditionné une fois par le Conseil d’État socio-économique des dispositifs mis en place, et la
(2020), par la Commission nationale du débat public cohérence des actions de la France avec ses engage-
(2022) et par l’Inspection générale des finances (2022). ments internationaux.
NOTES ET RÉFÉRENCES
44 DU CHAPITRE 4
187
Climate change exacerbates snow-water-energy challenges for European ski tourism : https://www.nature.com/articles/s41558-023-01759-5 ;
Climate change and the future of the Olympic Winter Games: athlete and coach perspectives :
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13683500.2021.2023480 ;
Research Handbook on Major Sporting Events : https://www.elgaronline.com/edcollchap/book/9781800885653/chapte ;
38. 90 millions de visites de touristes internationaux en 2019.
39. Cf. note 10.
40. Présentation de la loi énergie climat par le MTECT : https://www.ecologie.gouv.fr/loi-energie-climat
41. Mieux agir, la planification écologique, synthèse du plan, Septembre 2023 (p. 8 et 9). https://www.notre-environnement.gouv.fr/donnees-et-res-
sources/ressources/publications/article/mieux-agir-la-planification-ecologique-synthese-du-plan
42. 1ere consultation du 2/11/21 au 15/2/22 (14 325 contributions) https://archivephase1.concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/ et 2e Consul-
tation du (22/11/23 au 22/12/23) https://www.ecologie.gouv.fr/consultation-publique-sur-strategie-francaise-energie-climat
43. Exposé des motifs de la proposition de loi https://www.senat.fr/leg/exposes-des-motifs/ppl23-555-expose.html
44. Commission nationale du débat public,
https://www.debatpublic.fr/concertation-sur-la-programmation-pluriannuelle-de-lenergie-ppe-et-la-strategie-nationale-bas-5709
45. Cf. note 1.
46. Cf. note 11.
47. MASA (2023) « Objectif forêt ». Rapport du comité spécialisé « gestion durable des forêts en vue de l’élaboration du plan national de renouvelle-
ment forestier ». https://www.agriculture.gouv.fr/rapport-objectif-foret
48. Cf. note 9.
49. Haut Conseil pour le Climat (2023) « Avis sur la stratégie de capture du carbone, son utilisation et son stockage (CCUS) ».
https://www.hautconseilclimat.fr/publications/avis-sur-la-strategie-de-capture-du-carbone-son-utilisation-et-son-stockage-ccus/
50. Cf. note 11.
51. Cf. note 1.
52. Conseil de défense écologique du 27 novembre 2020
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/2020.11.27_fichemedia_hcc.pdf
53. Plan d’action climat du ministère de l’économie des finances et de la relance, avril 2021 :
https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/plan-de-relance/DP-29042021-Plan-action-climat-MEFR.pdf?v=1662539696
54. MASA (2021) Plan d’action climat du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation https://agriculture.gouv.fr/telecharger/126805
55. Périmètre d’action limité à quelques domaines (ex. aide au développement et système d’indemnisation des catastrophes naturelles pour le
ministère chargé de l’économie), mais pas d’action concrète sur l’accompagnement des filières économiques.
56. Contenu très descriptif sur les impacts du changement climatique mais peu opérationnel avec peu d’information sur les moyens concrets pour
répondre aux besoins d’adaptation des filières (ex. lancement potentiel mais non acté de groupes de travail ; renvoi à des stratégies et des feuilles
de route futures ; renvoi aux actions des plans et feuilles routes qu’elles sont censées mettre en oeuvre comme par exemple le PNACC, la feuille de
routes pour l’adaptation des forêts au changement climatique, le plan stratégique national de la PAC.)
57. Recyclage de projets et d’investissements déjà annoncés (ex. projets de territoires pour la gestion de l’eau déjà annoncés dans la feuille de route
gouvernementale pour une gestion durable de l’eau, investissements déjà prévus dans le cadre du plan de relance) ou poursuite des missions des
ministères (ex. défense des forêts contre l’incendie pour le ministère en charge de l’agriculture) ne permettant pas d’en conclure que les enjeux de
l’adaptation sont mieux pris en compte qu’avant.
58. Cf. note 33.
59. En comparaison, le site internet dédiés aux indicateurs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) rend accessible une large partie des
informations utiles au suivi de la politique d’atténuation.
60. Délibération n°2021-02 : Avis sur l’état d’avancement de la mise en oeuvre du deuxième plan national d’adaptation au changement climatique
(PNACC-2) pour l’année 2020 ; Délibération n°2022-02 : Avis sur l’état d’avancement de la mise en œuvre du deuxième plan national d’adaptation
au changement climatique (PNACC-2) pour l’année 2021 ; Délibération n°2023-02 : Avis portant sur l’état d’avancement de la mise en œuvre du
deuxième plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-2) pour l’année 2022.
61. Avis du CNTE du 4 mai 2023 : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/CNTE%20-%20Avis%202023.pdf et annonces MTECT :
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/DP_TRACC.pdf
62. Action C&I-2 du PNACC 2
63. Rapports de la mission Jouzel « Le climat de la France au XXIe siècle » publiés entre 2011 et 2015 en quatre volumes.
64. Nicol M., Dépoues V. (2024) Une prochaine étape clé pour l’adaptation : créer un service indépendant, porte d’entrée unique, pour l’accompa-
gnement au lancement des démarches, I4CE.
65. Ex. sujet transverse à tous les groupes de travail en Guadeloupe. Point d'étape des COP régionales - mai 2024 :
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/10/dc32205326c2e06a7216c0f0b8836770445cb04c.pdf
66. Réponses du Gouvernement au rapport annuel 2023 du HCC.
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/09/e6582d84f995ceffc2c78b2a54f0c52ce1069800.pdf ;
Site de la planification écologique : https://www.info.gouv.fr/france-nation-verte
67. Réseau international des Hauts conseils climat : https://climatecouncilsnetwork.org/about/
189
51 AVANCÉES AU NIVEAU INTERNATIONAL
MESSAGES
CLÉS
Le bilan mondial, qui s'est conclu à la COP28 en 2023, confirme que des mesures additionnelles
fortes dans la période 2025-2030, couplées à la mise en œuvre intégrale des engagements
existants, sont nécessaires pour infléchir rapidement la trajectoire globale des émissions. Le
relèvement de l’ambition climatique pour 2030 et au-delà doit se traduire dans les contribu-
tions déterminées au niveau national (CDN), qui seront revues et présentées par les pays en
amont de la COP30 en 2025.
Les différents éléments de la décision COP28 jettent les bases d’une « feuille de route » pour la
décarbonation des systèmes énergétiques de l’ensemble des pays. Pour la première fois, la
transition hors des énergies fossiles est inscrite dans une décision multilatérale. Même si le
texte de la décision reste imprécis et limité dans sa portée, cette mention envoie un signal
politique important qu’il conviendra de conforter à l’avenir. Pour que la transition devienne
effective, ces éléments doivent désormais trouver leur traduction concrète dans les politiques
nationales.
La décision sur les nouveaux arrangements financiers relatifs aux pertes et préjudices, dont la
création d’un fonds dédié, constitue un des résultats phares de la COP28, mais les montants
envisagés sont encore loin d’être à la hauteur des besoins et l’identification de nouvelles
ressources financières apparaît indispensable. Un éventail de solutions doit être mobilisé sous
et en dehors de la CCNUCC, y compris à travers une meilleure coordination des dispositifs avec
l’aide au développement.
Dans le cadre de la préparation des nouvelles CDN, une coopération internationale accrue est
nécessaire pour amener les pays à se fixer des cibles d’émissions plus ambitieuses, plus
précises et plus transparentes. Des avancées ont été réalisées vers un régime plus harmonisé
et plus transparent en matière d'engagements de la part des pays, mais leur qualité et leur
crédibilité doivent encore être renforcées, en particulier concernant le contenu des engage-
ments de neutralité carbone. Si la prise en compte collective des émissions de GES autres que
le dioxyde de carbone − en particulier le méthane − se confirme, le besoin demeure de définir
des engagements individuels plus précis par gaz à l’horizon 2030. De même, la reconnaissance
du rôle des technologies de capture, utilisation et stockage du carbone (CCUS) n’est pas assor-
tie de précisions suffisantes concernant la place limitée qui devrait leur être réservée pour un
déploiement crédible, compte tenu des contraintes techniques et socio-économiques, et de
leur niveau de maturité actuel.
Les travaux liés à la mise en œuvre de l’objectif mondial d’adaptation devront être pragma-
tiques et aider les pays, y compris la France, à progresser dans la planification nationale et
l’opérationnalisation de mesures d'adaptation transformatrices, en s’articulant avec les cadres
internationaux existants (objectifs de développement durable et cadre d'action de Sendai pour
la réduction des risques de catastrophe), tout en répondant aux spécificités du contexte local.
La finance climat constitue un élément essentiel pour la mise en œuvre effective des objec-
tifs de l’accord de Paris et un enjeu majeur d’équité. La définition, à la COP29, d’un nouvel
objectif collectif de finance climat post-2025 sera cruciale pour répondre à l’impératif de
solidarité internationale dans la transition climatique, et conditionnera en partie le succès de
la COP30. Parallèlement, l’avancement de la discussion autour de la réorientation de
La France est active sur le plan international dans le domaine du climat. La stratégie diploma-
tique française sur le sujet est portée par une organisation administrative structurée et les
positions exprimées par la France sont alignées sur l’accord de Paris. Cette action doit se pour-
suivre dans les différentes enceintes internationales, notamment les enceintes hors climat. Le
maintien d’une diplomatie climatique active, aux côtés de l’UE, peut encourager le rehausse-
ment des mesures de court terme (CDN) et la publication de stratégies de long terme plus
précises, notamment de la part des grands émetteurs.
La France contribue à la finance climat mondiale de manière satisfaisante compte tenu de ses
engagements et responsabilités, et promeut plus largement un alignement des flux financiers
mondiaux sur un développement résilient et neutre en carbone.
Elle est impliquée dans un nombre important d'initiatives sectorielles, mais sa participation
n'est pas structurée par une stratégie explicite et le suivi des engagements, ainsi que leur
déclinaison au niveau national, doivent être améliorés.
La France doit faire preuve d’une exemplarité accrue dans la mise en œuvre nationale de ses
engagements internationaux, afin de crédibiliser davantage son influence diplomatique. Elle
peut en particulier contribuer à renforcer l’ambition globale, en clarifiant son propre plan de
réduction et de sortie des énergies fossiles au sein des documents cadres nationaux en cours
de renouvellement (SNBC 3 et PPE 3), y compris pour le gaz et le pétrole, et l’utilisation limitée
qu’elle prévoit de faire des CCUS.
RECOMMANDATIONS :
ŒUVRER À UNE CRÉDIBILITÉ ET À UNE TRANSPARENCE ACCRUES
1
DES ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX ET AU RENFORCEMENT
DU SOUTIEN AUX PAYS EN DÉVELOPPEMENT
1 Œuvrer à la définition d’une position européenne ambitieuse qui autorise l’UE à adopter
une posture constructive à la COP29 en vue de la définition d’un nouvel objectif collectif
de finance climat post-2025. Continuer à promouvoir, sous et en dehors de la CCNUCC,
une réflexion sur l’alignement de l’ensemble des flux financiers mondiaux sur les objectifs
de l’accord de Paris (MEAE, MINEFI, MTECT, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
191
3 Encourager le rehaussement des mesures de court terme (CDN ambitieuses, plus transpa-
rentes et adossées à des plans d’investissement et plans nationaux fondés sur des actions
d’adaptation transformatrice) et la publication de stratégies de long terme plus précises,
notamment de la part des grands émetteurs. Soutenir l’élaboration de CDN ambitieuses
et transparentes par les pays en développement, à travers les instruments existants (faci-
lités, institutions et cadres internationaux) et le développement d’outils tels que les parte-
nariats de transition juste – JETP (sortie du charbon, développement des ENR) ou les
« country packages » (adaptation, déforestation) (MEAE, MTECT, MINEFI, SGAE, 2024,
Recommandation HCC 2023 modifiée).
4 Poursuivre le soutien de la France au Fonds pour les pertes et préjudices et, dans le cadre
de la participation au Conseil d’administration du fonds, contribuer à l’avancement des
travaux sur les aspects méthodologiques relatifs aux études d’attribution et aux approches
de développement résilient post-catastrophe, mais aussi à l’identification de nouvelles
ressources financières, tout en garantissant des critères d’allocation des financements
qui mettent la priorité sur les pays en développement les plus vulnérables (MEAE, 2024,
Recommandation HCC 2023 modifiée).
RÉSULTATS
511 DE LA COP28
Les Conférences des Parties (COP) organisées sous scientifiques4. Les résultats engrangés dans ce cadre
l’égide des Nations unies sont indispensables pour doivent nourrir le relèvement de l’ambition climatique
mobiliser les gouvernements et les acteurs non-éta- pour 2030 et au-delà : ils doivent se traduire dans les
tiques et assurer la cohésion et le suivi des actions CDN qui seront présentées par les pays en amont de
prises, par les pays en réponse au changement clima- la COP30 et encourager un renforcement de la coopé-
tique conformément à l’accord de Paris1,2. Dans la ration internationale5.
continuité de ce processus, la 28ème COP a eu lieu à
Dubaï (EAU) en décembre 2023. Elle a été l’occasion de Le niveau des émissions mondiales de GES, qui a
finaliser le premier bilan mondial, organisé tous les atteint un nouveau record de 55 Gt éqCO2 [±5.3] en
5 ans pour évaluer les progrès collectifs accomplis par 20226, place à ce stade le monde sur une trajectoire
les pays pour atteindre les objectifs de long-terme de qui n’est pas compatible avec l’objectif d'un maintien
l’accord de Paris sur l’ensemble de ses piliers (atténua- du réchauffement planétaire nettement sous 2°C, et
tion, adaptation et moyens de mise en œuvre3), en le plus près possible de 1,5°C. Les politiques publiques
tenant compte de l’équité et des meilleures données présentées dans les CDN actuelles, si elles sont effec-
Les tendances récentes des émissions mondiales de 2024 est une année cruciale pour le relèvement de
GES montrent une augmentation de +0,26°C [0.2–0.4] l’ambition climatique avec le lancement des travaux
au cours de la dernière décennie (2014–2023). Les tra- de préparation des nouvelles CDN que les pays pré-
jectoires anticipées à l’horizon 2030 et leurs consé- senteront à la COP30 en 2025, sur la base des résultats
quences sur le réchauffement planétaire impliquent du bilan mondial. Les prochaines CDN seront préparées
que celui-ci va dépasser 1,5°C (en moyenne sur 20 en 2024 et présentées par les pays à la CCNUCC en
ans) au cours de la prochaine décennie10. Chaque 202512 pour s’appliquer à partir de 2031, avec un horizon
incrément de réchauffement supplémentaire entraîne à 203513. L’accord de Paris prévoit que la CDN suivante
davantage d’impacts et des risques immédiats, dont de chaque Partie représentera une progression par rap-
la gravité augmente avec la durée et l’intensité du port à la CDN antérieure et correspondra à son niveau
dépassement, notamment dans les régions tropi- d'ambition le plus élevé possible (« effet cliquet »),
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Trajectoires anticipées avec les politiques actuelles Réchauffement planétaire nettement sous 2°C
Sources : GIEC (2023) pour les scénarios. Données GES et CO2 mises à jourI sur la base du Global Carbon Budget, qui inclut une révision des émissions
de CO2 du secteur UTCATF et une estimation pour 2023 pour le CO2 seulement. La valeur centrale représente la médiane alors que les incertitudes
représentent 5-95% des scénarios disponibles. Le scénario limitant le réchauffement nettement sous 2°C (en bleu) a un réchauffement central de
1,7°C (1,6°C-1,8°C).
I. Jones, M.W., Peters, G.P., Gasser, T. et al. (2023) 3 National contributions to climate change due to historical emissions of carbon dioxide, methane,
and nitrous oxide since 1850 3. Sci Data 10, 155 https://www.nature.com/articles/s41597-023-02041-1
193
compte tenu de responsabilités communes mais dif- Pour la première fois, la transition hors des énergies
férenciées et des capacités respectives des pays, eu fossiles20 est inscrite dans une décision multilaté-
égard aux différentes situations nationales14. Les CDN rale. Cette transition n’est toutefois pas assortie
doivent être alignées sur les stratégies à long terme d’une date butoir et elle ne concerne que les systèmes
de développement à faible émission de GES, que les énergétiques, à l’exclusion des systèmes alimentaires
pays devront mettre à jour d’ici la COP2915. Le relève- et des émissions des procédés industriels (enjeu sur la
ment de l’ambition devrait être à la fois quantitatif et pétrochimie notamment). Les objectifs adoptés par la
qualitatif : ainsi les CDN devraient en principe fixer COP en matière de développement des énergies
des cibles de réductions d’émissions plus ambitieuses renouvelables et d’efficacité énergétique (cf. infra) ne
et plus transparentes, mais aussi définir un pro- sont pas non plus adossés à un engagement de
gramme de mesures et des moyens permettant de les réduction de la consommation d’énergie fossile. Une
atteindre. La prise en compte de l’équité sera impor- autre faiblesse de la décision réside dans le flou
tante dans ce processus. qu’elle entretient concernant certains termes : un rôle
est notamment reconnu aux combustibles dits « de
Le bilan mondial confirme que des mesures addition- transition » comme le gaz fossile, pour assurer la sécu-
nelles fortes dans la période 2025-2030, couplées à la rité énergétique des pays dans un contexte de tran-
mise en œuvre intégrale des engagements existants, sition rapide vers la neutralité carbone21. Le langage
sont indispensables pour infléchir la trajectoire glo- relatif au charbon ne connaît pas de véritable pro-
bale des émissions au rythme nécessaire. Afin de limi- grès par rapport à celui agréé en 2021 (COP26), en
ter le réchauffement planétaire à un niveau qui soit appelant simplement les pays à accélérer les efforts
nettement sous les 2°C, et le plus près possible de 1,5 °C, destinés à cesser progressivement de produire de
tel que prévu par l’accord de Paris, le prochain cycle l’électricité à partir de charbon sans dispositif d’atté-
de CDN doit permettre de tendre collectivement vers nuation, ces dispositifs n’étant toujours pas définis ou
une réduction des émissions mondiales de GES de 43 % encadrés au niveau international (cf. 3.5 et HCC
d’ici à 2030 et de 60 % d’ici à 2035 par rapport aux (2023) avis CCUS).
niveaux de 2019, et vers la neutralité carbone pour le
CO2 (zéro émission nette de CO2) au niveau mondial La question de la fin des subventions aux combus-
d'ici 205016. Les politiques publiques présentées dans tibles fossiles n’a pas connu d’avancées significa-
les CDN actuelles, si elles sont effectivement mises en tives, dans un contexte où ces subventions ont
œuvre par les États, conduiraient à un plateau ou une atteint des niveaux records avec la crise énergétique
légère baisse seulement des émissions mondiales en mondiale22. Confirmant une décision de 202123, la
2030 par rapport à leur niveau actuel17 (cf. supra). COP28 engage les pays à éliminer ces subventions
progressivement mais dès que possible, lorsqu’elles
CONSENSUS DE DUBAÏ sont inefficaces, notamment lorsqu’elles « ne per-
Les éléments de la décision COP28 permettent de mettent pas de lutter contre la pauvreté ou d’assurer
jeter les bases d’une « feuille de route » pour la tran- des transitions justes ».
sition des systèmes énergétiques de l’ensemble des
pays. Pour rendre cette transition effective, ces dif- L’adoption d’un objectif mondial d’énergies renou-
férents éléments doivent désormais trouver leur tra- velables et d’efficacité énergétique constitue un
duction concrète dans les politiques nationales. Le des grands marqueurs de la COP28 pour donner le
« Consensus de Dubaï », qui constitue la traduction cap en vue d'une accélération de la transition
politique des résultats du bilan mondial, a permis énergétique. Un objectif de triplement des capaci-
d’avancer sur un paquet « énergie » dont les éléments tés de production d’énergies renouvelables et de
révèlent un niveau d’ambition et de clarté hétéro- doublement du taux annuel moyen d’amélioration
gène18. Leur opérationnalisation, qui n’est pas organi- de l’efficacité énergétique d’ici 2030 est inclus dans
sée sous l'égide d’un mécanisme dédié sous l’accord la décision finale de la COP. Cet engagement est
de Paris, notamment pour de la transition hors des adossé à une initiative volontaire (Global Renewables
énergies fossiles, doit passer par leur intégration dans and Energy Efficiency Pledge) lancée à la COP et
les futures CDN, avec des objectifs nationaux adossés signée par 130 pays, qui comporte des cibles plus
à des plans d’action et d’investissements chiffrés19. précises sur ce point24.
Mt CH4/an
200
La prise en compte des émissions de GES autres que
le dioxyde de carbone26, en particulier le méthane27,
se confirme mais nécessite des engagements plus
précis à l’horizon 2030. En l’absence d’engagement
chiffré, l’objectif reste vague mais les pays peuvent dès
0
à présent clarifier leur stratégie28 et prendre des
mesures au sein des cadres volontaires existants29, en
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20
21
particulier le Global Methane Pledge. Lancé en 2021
par la Commission européenne et les États-Unis, Trajectoires anticipées avec les politiques actuelles
celui-ci rassemble aujourd’hui 158 pays30 avec l’ambi- Réchauffement planétaire limité à 1,5°C
tion de réduire les émissions de CH4 de 30 % entre 2020 Réchauffement planétaire nettement sous 2°C
et 2030. Afin de le crédibiliser, les États signataires Sources : PRIMAP-histI. La valeur centrale représente la médiane alors
que les incertitudes représentent 5-95% des scénarios disponibles
devraient préciser leur contribution à cet objectif col-
lectif, qui pourrait réduire le réchauffement climatique GES. À la COP28, les gouvernements ont réitéré leur
d’environ 0,2 °C d’ici 2050, et ces éléments devraient récent accord sur la reconstitution du Fonds multilaté-
être inclus dans les prochaines CDN. Si la question du ral de Montréal, avec un financement annoncé de 965 M$
méthane a pris de l’ampleur dans les discussions inter- pour soutenir la mise en œuvre de l'amendement de
nationales, certains grands émetteurs tels que la Chine31, Kigali et l'efficacité énergétique.
la Russie et l’Inde n’ont pas rejoint le Global Methane
Pledge. À la COP28, plusieurs compagnies pétrolières Le rôle des technologies de capture, utilisation et
et gazières ont par ailleurs pris des engagements volontaires stockage du carbone (CCUS) est reconnu, sans préci-
pour réduire les émissions fugitives de méthane32, mais sion de la place limitée qui devrait leur être réservée
ceux-ci ne concernent que les processus d’extraction pour un déploiement crédible, compte tenu des
et de production des combustibles. Ces annonces contraintes techniques et socio-économiques, et de
pourraient avoir un impact limité dans un contexte de leur niveau de maturité actuel. Si la décision de la
forte augmentation de la distribution en gaz. COP28 précise que leur utilisation doit en particulier
être envisagée « dans les secteurs où il est difficile de
La question des hydrofluorocarbures fait l’objet d’un réduire les émissions », elle ne la limite pas à ceux-ci et
traitement spécifique dans le cadre du Protocole de semble même placer sur un pied d’égalité le CCUS
Montréal, dont l’amendement de Kigali a été ratifié par avec d’autres solutions comme la production d’ENR, le
159 pays au 1er juin 202433. Ce protocole a montré son recours au nucléaire ou à l’hydrogène vert. Le terme
efficacité pour réglementer la production et la CCUS devrait faire l’objet d’un encadrement, avec la
consommation de ces substances appauvrissant la définition de standards internationaux minimaux ali-
couche d’ozone et qui sont également de puissants gnés sur les travaux du GIEC34,35.
I. Jones, M.W., Peters, G.P., Gasser, T. et al. (2023) 3 National contributions to climate change due to historical emissions of carbon dioxide, methane,
and nitrous oxide since 1850 3. Sci Data 10, 155 https://www.nature.com/articles/s41597-023-02041-1
195
En l’absence de cadre de gouvernance multilatéral sur 29 et 30 doit stimuler le processus de préparation puis
la géoingénierie, et au vu des incertitudes, risques de présentation des CDN, avec la recherche d’une
nouveaux et questions éthiques soulevées par ces continuité accrue dans les priorités37. En outre, la prési-
approches, dans un contexte de tensions internatio- dence brésilienne du G20 en 2024, puis de la COP30 en
nales, il est utile d'œuvrer en faveur d’un moratoire sur 2025 offre une opportunité de cohérence accrue des
le déploiement des techniques de modification du agendas internationaux sur cette période. Pour sa part,
rayonnement solaire. Dans un contexte d’impacts la communauté scientifique est mobilisée pour intégrer
croissants du changement climatique et de probable les résultats du bilan mondial dans ses travaux et appe-
dépassement de l’objectif de 1,5°C à venir (cf. supra), lée à préparer le second bilan de 2028, y compris sur
de multiples initiatives ont vu le jour dans le champ de l’adaptation. Le Groupe d’experts intergouvernemen-
la recherche en matière de géoingénierie, notamment tal sur l’évolution du climat (GIEC) est en particulier
concernant la modification du rayonnement solaire. invité à réfléchir aux meilleurs moyens d’aligner ses tra-
La mise en œuvre de ces approches, si elles venaient vaux sur les prochains bilans mondiaux et à communi-
à être déployées, induirait de nouveaux risques qui quer en temps voulu des informations utiles à l’établis-
restent mal connus, notamment concernant les chan- sement du deuxième bilan mondial.
gements induits et non-contrôlés de la géoingénierie
solaire au niveau régional et saisonnier, et les change- De manière générale, l’ensemble des institutions inter-
ments abrupts en cas de discontinuité des approches. nationales concernées par les recommandations de la
L’établissement d’un cadre de gouvernance multi- COP28 devront soutenir la formulation des CDN,
latéral apparaît comme un prérequis à l’exploration notamment par les pays en développement, afin d’en
de telles mesures. garantir le meilleur niveau d’ambition et la qualité. Sur
le volet « énergie », l’AIE a d’ores et déjà annoncé une ini-
L’opérationnalisation des éléments de la décision tiative d’accompagnement mais également de suivi
COP28 nécessite désormais qu’ils soient traduits en (« tracking ») dans la mise en place des CDN, qui sera
mesures concrètes au niveau national. Pour cela, conduite en lien avec la CCNUCC. Plusieurs coalitions
chaque pays doit fixer, pour chaque élément du internationales pourront contribuer à maintenir la dyna-
Consensus de Dubaï, une feuille de route claire et mique internationale pour l’élimination des énergies fos-
détaillée avec un calendrier précis, à présenter dans le siles cette année (ex. Alliance Powering Past Coal, coali-
cadre du prochain cycle de CDN. Leur mise en œuvre tion Beyond Oil and Gas et plus récemment, le Coal Tran-
devra pouvoir être évaluée lors du second bilan mon- sition Accelerator). Le soutien aux pays en développe-
dial qui aura lieu en 2028. Au-delà de la définition de ment dans la préparation de leur CDN sera par ailleurs
cibles de réduction d’émissions chiffrées et ambi- important pour favoriser la qualité de leurs engagements,
tieuses, cela nécessite des stratégies crédibles de à travers plusieurs initiatives existantes (ex. NDC
sortie des combustibles fossiles (pétrole et gaz en par- Partnership, facilité 2050 de l’AFD, Banque mondiale, Pro-
ticulier pour la France), adossées à des mesures pour gramme des Nations unies pour le Développement).
le triplement des EnR et soutenues par le développe-
ment de véritables plans d’investissement. Le volet Le maintien d’une diplomatie française et européenne
« énergie » des CDN devra également comporter des active peut encourager le rehaussement des mesures
cibles en matière de réduction des émissions de de court terme (CDN) et la publication de stratégies
méthane d’ici 2030 et au-delà, et préciser l’usage que de long terme plus précises, notamment de la part des
le pays entend faire du CCUS. grands émetteurs38. La France peut contribuer à ren-
forcer l’ambition globale, en clarifiant son propre plan
La préparation des CDN doit être soutenue par une de réduction et de sortie des énergies fossiles, y com-
coopération internationale accrue, qui doit amener pris pour le gaz et le pétrole, et l’utilisation qu’elle pré-
les pays à se fixer des cibles d’émissions plus ambi- voit de faire des CCUS (cf. 3.5). L’exemplarité de la
tieuses, plus précises et plus transparentes (cf. rap- France et de l’UE crédibilisera leur discours vis-à-vis de
port HCC (2023) et avis COP28). Un dialogue annuel sur leurs partenaires. Dans son discours à la COP28, le
le bilan mondial est instauré à partir de 202436 afin de président de la République a confirmé que « dès 2030,
« faciliter le partage de connaissances et de bonnes les énergies fossiles seront largement minoritaires dans
pratiques sur la façon dont les résultats du bilan mon- le mix énergétique français » et que la France devra « défi-
dial éclairent l’élaboration par les Parties de leurs CDN ». nitivement tourner la page du pétrole d'ici à 2040-45 et
Un système de troïka entre les présidences des COP28, du gaz d’ici 2050»39. L’inclusion de ces objectifs au sein
197
chaque catastrophe et s’appuyer sur des évaluations ralisées. La France a annoncé qu’elle mettra en place
des impacts probables attendus zone par zone, en ce type de clauses avec 26 pays particulièrement vul-
anticipant le dimensionnement des fonds de manière nérables à travers l’Agence Française de Développe-
proportionnée50. Parmi les pistes envisagées pour ment (AFD). S’agissant des pays vulnérables à revenu
identifier des ressources financières additionnelles et intermédiaire (qui ne font donc pas partie de la caté-
davantage prévisibles, la mise en place d’une taxation gorie des Pays les Moins Avancés), une réflexion est
internationale − sur les transactions financières, le engagée pour améliorer le système d’assurance (cf.
commerce des combustibles fossiles et le transport chapitre 1).
international (aviation et/ou maritime) ou les compa-
gnies dégageant le plus de bénéfices51 − permettrait de ADAPTATION
faire contribuer les secteurs de l’économie à la juste Le cadre adopté pour opérationnaliser l’objectif mon-
mesure de leur impact sur les émissions. Dans la conti- dial d’adaptation53 est un élément important pour guider
nuité des discussions tenues lors du Sommet sur un les pays, y compris la France, dans leur démarche
Nouveau pacte financier mondial en juin 2023 à Paris d’adaptation54. L’adaptation n’a toutefois pas reçu à
et du Sommet africain sur le climat en septembre 2023 la COP28 l’attention politique suffisante55 pour mobili-
à Nairobi52, une task force sur la fiscalité internationale ser et structurer davantage l’action des pays sur cette
a été lancée par la France, la Barbade, Antigua et Bar- question. La multiplication des mandats ouverts sur le
buda et le Kenya pour renforcer l’action en faveur du sujet fragmente les travaux techniques sous la
développement, du climat et de la nature. Son objectif CCNUCC et ne permet pas de compenser ce défaut
est de rendre des conclusions au G20 de Rio pour d’ancrage de l’adaptation à haut-niveau. L’insuffi-
mettre en place une taxation internationale lors de la sance des moyens de mise en œuvre mobilisés pour
COP30. Parallèlement, les clauses de suspension du l’adaptation est aussi un frein à une ambition renforcée
remboursement de la dette par les pays à faible revenu des PED sur l’atténuation, dans la perspective du pro-
en cas de catastrophe climatique doivent être géné- chain cycle de CDN.
Encadré Résultats COP28 sur le cadre visant à opérationnaliser l’objectif mondial d’adaptation
(Global Goal on Adaptation – GGA)
4.2a Le cadre adopté à Dubaï vise à intensifier l’action et catalyser le soutien en faveur de l’adaptation,
pour sa mise en œuvre à toutes les échelles et de manière intégrée. La logique du cadre se veut à la
fois itérative et transformationnelle. Il comporte des cibles calquées sur les étapes du cycle politique
de l’adaptation (évaluation des incidences, vulnérabilités et risques ; planification, notamment à
travers la définition de plans nationaux d’adaptation (NAPs) prévue dans le cadre de la CCNUCC
depuis la COP16 en 2010 ; mise en œuvre des plans et stratégies, avec une réduction des incidences
sociales et économiques des principaux risques climatiques d’ici 2030 ; développement de systèmes
de suivi, évaluation et apprentissage) et des objectifs qualitatifs à horizon 2030, couvrant un champ
thématique large (eau, production alimentaire et agricole, écosystèmes et biodiversité, infrastruc-
tures et établissements humains, patrimoine culturel, lutte contre la pauvreté, moyens de subsis-
tance et mesures de protection sociale). Le cadre reste volontaire et ne crée pas de charge de
rapportage supplémentaire pour les États car les informations relatives à sa mise en œuvre seront
incluses dans les documents de transparence existants sous la CCNUCC et les CDN. Enfin, un
nouveau programme de travail de deux ans (UEA-Bélem work programme) est lancé sur des indica-
teurs et des éléments chiffrés permettant de mesurer les progrès accomplis dans la réalisation des
cibles et objectifs définis par la décision de la COP28. Plusieurs activités de suivi technique et d’amé-
lioration des informations sont prévues, ouvrant la voie à de nouveaux travaux sur le sujet dans le
cadre des organes subsidiaires et constitués sous l’accord de Paris.
199
ATTENDUS FINANCIERS
512 DE LA COP29
La COP29 est un rendez-vous intermédiaire mais fon- Concernant spécifiquement l’adaptation, le finance-
damental pour le nouveau cycle de CDN qui sera pré- ment reste très insuffisant, comme l’ont déjà noté les
senté par les pays en 2025, car ses résultats sur le Parties à l’accord de Paris en 2021, dans la décision de
volet financier conditionneront en partie le succès la COP26. Les besoins annuels de financements de
de la COP30 à Bélem. La finance climat constitue un l’adaptation dans les PED sont estimés à 215-387 Mrd $
enjeu majeur de solidarité internationale et d’équité, par an jusqu’en 2030 (315-565 Mrd $ d'ici 2050)62. Le
mais aussi un élément essentiel pour la mise en Pacte de Glasgow a fixé aux pays développés un
œuvre effective des objectifs de l’accord de Paris et objectif collectif de doublement des financements en
le relèvement de l’ambition dans les PED. Les négo- faveur de l’adaptation dans les PED en 2025 par rap-
ciations autour du nouvel objectif quantitatif de port à 2019 (soit environ 40 Mrd $ au total pour 2025)63.
finance climat (NCQG) s’annoncent toutefois particu- A ce jour, la mise en œuvre de cet objectif ne fait l’objet
lièrement complexes en vue de la COP29. Celle-ci se d’aucune feuille de route claire.
situe entre le bilan mondial et la présentation des pro-
chaines CDN. Elle devrait permettre l’adoption d’un La réorientation des flux financiers constitue le troi-
nouvel objectif quantifié de finance climat, qui vien- sième objectif de long terme de l’accord de Paris64 et
dra prendre le relais de l’objectif des 100 Mrd57 pour la son opérationnalisation est un enjeu majeur pour la
période post-2025. Ce montant, que les pays dévelop- réalisation de la neutralité carbone. Compte tenu des
pés se sont engagés à mobiliser chaque année au montants en jeu65, les investissements ne pourront être
profit des actions d’atténuation et d’adaptation des couverts uniquement par la finance publique et les
PED, initialement établi à l’horizon 2020, a finalement financements privés devront être davantage mobili-
été atteint en 202258 avec un retard de deux ans qui a sés66, ce qui met en lumière l’urgence d’une réforme
créé une perte de confiance importante chez les PED. du système financier dans son ensemble67. Il existe suf-
Le niveau de ces financements n’est par ailleurs pas à fisamment de capital à l’échelle mondiale pour finan-
la hauteur des besoins59 et leur trajectoire de crois- cer l’action climatique68, mais des barrières, au sein et
sance doit être rehaussée. La reconstitution pour la en dehors du secteur financier, subsistent pour rediri-
2ème période du Fonds Vert pour le Climat (2024-2027) ger ce capital69. Peu de progrès ont été accomplis sur
a toutefois montré une stagnation des contributions ce volet à la COP28. Le champ du dialogue créé à
annoncées par les pays donateurs60, envoyant un Charm el-Cheikh (COP27) sur l’objectif 2.1c de l’ac-
mauvais signal à quelques semaines de la COP à cord de Paris a toutefois été étendu70, ouvrant la voie
Dubaï. Finalement, 6 pays se sont engagés à verser de à des échanges plus directs et ciblés sur la question.
nouveaux fonds à l’occasion de la COP28, faisant La décision COP28 sur le bilan mondial reconnaît éga-
monter le total des promesses à 12,8 Mrd $ de la part lement la nécessité d’accélérer la mise en place de
de 31 pays. Les négociations à la COP29 seront d’au- sources de financement nouvelles et innovantes, y
tant plus délicates que le contexte électoral dans de compris la fiscalité, pour réduire les incitations
nombreux pays en 2024 (Inde, Union européenne, néfastes dans le domaine du climat. Cette discussion
États-Unis notamment) peut conduire à une cristalli- doit avancer sous la CCNUCC mais surtout dans le
sation de positions déjà divergentes en matière de cadre des assemblées des institutions financières
financement. internationales (FMI, Banque Mondiale) et des pro-
grammes des banques de développement71. Enfin, les
Les PED ont des attentes fortes et souhaitent que le pays et les institutions financières doivent encore pro-
nouvel objectif post-2025 reflète une évaluation des gresser sur la question de l’accès aux financements :
investissements nécessaires à leur action clima- le coût du capital emprunté pour les investissements
tique. Pour appuyer la mise en œuvre des CDN dans en faveur de la transition énergétique est beaucoup
les PED, les besoins sont actuellement estimés à 5 800- plus élevé pour les économies émergentes que pour
5 900 Mrd $ sur la période allant jusqu’à 203061. les pays développés72.
Depuis la COP21, des avancées ont été réalisées vers date », tout en tenant compte des différentes situations
un régime plus harmonisé et plus transparent pour nationales80. Elles doivent aussi aligner leurs CDN sur
encadrer les engagements des pays (CDN et SLT) leurs stratégies de long terme et mettre régulièrement
mais il reste encore beaucoup de travail pour en ren- à jour ces dernières en fonction des meilleures données
forcer la qualité et la crédibilité73. L’accord adopté à scientifiques disponibles. La décision de la COP28 sur
la COP21 n’avait pas permis d’imposer des critères le bilan mondial réitère cet appel, tout en soulignant que
contraignants aux pays concernant le contenu de leur « pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C
CDN, mais l’accord de Paris insistait dès l’origine sur sans dépassement ou avec un dépassement minime, il
l’importance de disposer d’informations contribuant à faut réduire nettement, rapidement et durablement les
la clarté, la transparence et la compréhension des émissions mondiales de GES, plus précisément de 43 %
engagements pris par les Parties74. Lors de la COP24 à d’ici à 2030 et de 60 % d’ici à 2035 par rapport à 2019,
Katowice, les pays ont ensuite adopté des orienta- et parvenir à des émissions nettes nulles d’ici à 2050 »
tions75 pour les informations que les pays doivent four- pour le CO2 seulement81. Les pays sont par ailleurs
nir, « selon qu’elles s'appliquent à leur CDN »76 : infor- encouragés à « accélérer les efforts déployés au niveau
mations quantifiables (point de référence, indicateurs, mondial pour parvenir à des systèmes énergétiques à
objectif exprimé en pourcentage ou en quantité de zéro émission nette […] bien avant le milieu du siècle ou
réductions, etc.), définition d’une temporalité de mise d’ici là ». Si la décision de Glasgow (COP26) sur les hori-
en œuvre (délais, calendrier, période d’application), zons temporels communs aux CDN laissait aux Parties
précisions sur le champ couvert par la CDN (secteurs, le choix entre un horizon à 5 ou 10 ans pour leur future
gaz, catégories, pools), sur les processus de planifica- CDN, la décision de la COP28 les encourage à commu-
tion, et informations relatives aux hypothèses et niquer en 2025 une contribution valable jusqu’en 2035.
approches méthodologiques retenues pour comptabi- Pour crédibiliser les prochaines CDN, la définition de
liser les émissions et les absorptions. La décision de trajectoires de moyen terme est indispensable car elle
Katowice (COP24) prévoit que les Parties poursuivront doit permettre d’éviter un report des efforts d’atténua-
l'examen de nouvelles orientations sur les caractéris- tion sur la fin de la période 2030-2050.
tiques des CDN en 2024 à la COP29 ; elles entameront
l'examen et, si nécessaire, la mise à jour des informa- S’agissant de la couverture des secteurs et des GES
tions à fournir pour la clarté, la transparence et la com- par les CDN, la décision COP28 sur le bilan mondial
préhension des CDN à la COP32 (2027), en vue d'adop- encourage les Parties à présenter, dans leurs pro-
ter une décision sur la question à la COP33 (2028). chaines CDN, des objectifs ambitieux de réduction
des émissions à l'échelle de l'économie, couvrant tous
Avec l’accord de Paris, la transparence des mesures les gaz à effet de serre, tous les secteurs et toutes les
prises par les pays a été renforcée, grâce à des obli- catégories, et alignés sur la limitation du réchauffement
gations de rapportage universelles77, assorties de climatique à 1,5 °C. En marge de la COP28, lors d’un
flexibilités accordées aux PED pour leur mise en place sommet consacré au méthane, la présidence de la
progressive dans le temps, soulignant ainsi l’impor- COP28 a lancé un appel à l'action pour que les Parties
tance du renforcement des capacités institutionnelles à l'accord de Paris soumettent des CDN pour 2035 qui
dans ces pays. couvrent l'ensemble de l'économie et tous les gaz à effet
de serre, reprenant sur ce point la déclaration des diri-
Le développement de stratégies de moyen terme est geants du G20I. Une déclaration politique de la COP28
une condition clé de la crédibilité des trajectoires affi- sur l'agriculture durable et les systèmes alimentaires
chées par les pays. L’accord de Paris encourage les résilients a par ailleurs été rejointe par plus de 150 pays
Parties à formuler et communiquer des stratégies à qui s’engagent à inclure l’agriculture et l’alimentation
long terme de développement à faible émission de dans leurs plans climat d’ici à 202582. À cet égard, le Pro-
GES78. Depuis la COP2679, les Parties doivent communi- gramme de réduction du méthane agricole du Fonds
quer des stratégies de décarbonation pour mettre en international de développement agricole a annoncé à
œuvre la transition juste vers des émissions nettes la COP28 qu'il soutiendrait 15 gouvernements à intégrer
nulles « d'ici le milieu du siècle ou aux alentours de cette le méthane agricole dans leurs CDN.
I. Déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G20 à New Delhi le 10 sept. 2023.
201
Il manque encore des éléments importants pour L’inclusion par les pays de leur part des émissions
rendre les engagements des États complets, la provenant des transports internationaux (avia-
comptabilisation de leurs émissions plus réalistes et tion et transport maritime) et de leur empreinte
leur action climatique plus transparente. carbone dans leurs engagements et dans leur
comptabilisation permettrait d’avoir une vision
Dans le secteur des terres, une amélioration de la plus réaliste de leurs émissions (cf. chapitre 2).
qualité et de la transparence des inventaires des
puits de carbone conduirait notamment à plus de Les objectifs de neutralité carbone seront d’autant
réalisme sur les stockages possibles par km283 et plus crédibles qu’ils incluront ces éléments, et que
à exclure les effets de la réponse des forêts gérées ceux-ci seront inscrits dans les lois nationales et asso-
aux changements globaux des puits comptabili- ciés à des processus d’évaluation et de suivi.
sés au titre de l’accord de Paris84. Les pays doivent
également clarifier leurs intentions concernant la S’agissant des acteurs non étatiques (entreprises,
contribution du renforcement des puits de car- collectivités territoriales) et des coalitions secto-
bone85 dans leur politique climatique. rielles internationales (rassemblant États et acteurs
non gouvernementaux), il est important de s’assurer
Les CCUS doivent faire l’objet de précision concer- que les engagements qui ont été pris au fur et à mesure
nant leur utilisation envisagée par les pays pour des COP soient précis (objectifs net zero et contribu-
la réalisation de leurs engagements présents et tion individuelle des acteurs et des États à définir) et
futurs, tenant compte des limites de ces techno- que leur mise en œuvre fasse l’objet de mesures effec-
logies et de leur niveau actuel de maturité tives, qui soient elles-mêmes suivies et évaluées dans
(cf. supra et HCC (2023) Avis CCUS) ; le temps86.
514 APPRÉCIATION
DE L’ACTION CLIMATIQUE INTERNATIONALE DE LA FRANCE
La France est active sur le plan international pour notables, orange = risques sérieux, rouge = action
contribuer à la dynamique mondiale de relèvement de insuffisante), dans l’esprit du tableau 4.3a.
l’ambition climatique, conformément aux objectifs de
l’accord de Paris. Cette action doit se poursuivre dans Compte tenu de l’alignement de l’action diploma-
toutes les enceintes internationales, climat et hors tique française avec les principes et objectifs de
climat, et trouver une déclinaison effective dans les l’accord de Paris, et de la structuration de son organi-
politiques nationales, notamment la définition d'une sation administrative, qui lui permet de porter une
trajectoire crédible et d’un calendrier national de position interministérielle, l’action internationale de
sortie des énergies fossiles, afin de crédibiliser davan- la France sur le climat est jugée crédible (niveau vert).
tage l’influence diplomatique française.
Compte tenu des niveaux de financements alloués
La grille ci-dessous donne des éléments d’apprécia- et des annonces à concrétiser, mais également de
tion de cette action à travers 5 axes : Structuration de son engagement politique et diplomatique en faveur
l’action climatique internationale de la France ; Finan- de la question du financement de la transition clima-
cement de l'action climatique internationale ; Agenda tique mondiale (sous et en dehors de la CCNUCC),
de l’action et engagements des acteurs non étatiques ; l’action française en matière de financement climat
Exemplarité et déclinaison nationale des engage- international est jugée crédible (niveau vert).
ments pris au niveau international.
Compte tenu du suivi hétérogène de la contribution
L’évaluation proposée est basée sur les éléments française à de nombreuses initiatives et coalitions
publics qui ont pu être recensés et peuvent être par- sectorielles, et de l’absence de redevabilité de plu-
tiels sur certains aspects. Néanmoins, les éléments sieurs des initiatives auxquelles la France participe,
rassemblés, lorsqu’ils étaient suffisants, ont permis il existe un risque sérieux (niveau orange) pour la cré-
d’aboutir à une appréciation en 4 niveaux reflétée par dibilité de l’action française dans le cadre de
un code couleurs (vert = action crédible, jaune = risques l’Agenda de l’action.
STRUCTURATION Sur le fond, existence d’orientations stratégiques, mises en œuvre sous Action crédible
DE L’ACTION l'autorité de l'ambassadeur pour le climat, qui, si elles ne sont pas pu- Existence d’orientations alignées sur l'ac-
CLIMATIQUE bliées, sont alignées sur les principes et objectifs de l'accord de Paris. cord de Paris.
INTERNATIONALE
La position européenne et internationale de la France* est interministéria- Cohérence de principe de la position
DE LA FRANCE
lisée par le Secrétariat Général aux Affaires Européennes (SGAE) et parta- française entre les différents ministères.
gée par l'ensemble des ministères.
En 2022, elle a annoncé 20 M € pour le Global Shield (pour l'année 2023), Existence de partenariats multilatéraux /
10 M € pour le Fonds d’Adaptation (en 2023 et 2024), 8 M €/an pour programmes bilatéraux ciblés sur les be-
CREWS pendant 3 ans. soins de pays.
À la COP28, le président de la République a annoncé un financement pou-
vant aller « jusqu'à 100 M € » pour le fonds pertes et préjudices.
Autres annonces : 1 Mrd € sur 5 ans pour le partenariat pays pour l'adap-
tation et les pertes et préjudices avec le Bangladesh ; 20 M € sur le
Paquet forestier avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée, 22 M € sur celui avec
le Congo et 15 M€ sur celui avec la République Démocratique du Congo.
JETP : forte implication française dans la conception et la mise en œuvre
des JETP lancés avec l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Vietnam et le Séné-
gal. En Afrique du Sud, la France a décaissé un premier prêt de 300 M €
pour soutenir la décarbonation du secteur électrique. Elle assure la coor-
dination du JETP Sénégal avec l’Allemagne.
La France poursuit en outre son action pour encourager l’émergence de
nouvelles ressources financières.
AGENDA La France est engagée dans une soixantaine d'initiatives et coalitions Risques sérieux
DE L’ACTION sectorielles volontaires.
La France est impliquée dans un nombre
ET ENGAGEMENTS important d'initiatives, mais sa participa-
DES ACTEURS Le gouvernement n'indique toutefois pas de stratégie établie comportant
tion n'est pas structurée par une straté-
NON ÉTATIQUES des critères objectivables pour engager la France dans les coalitions ou,
gie explicite et le suivi des engagements
éventuellement, l'en retirer.
apparaît hétérogène.
Redevabilité des engagements Pour plusieurs coalitions à forts enjeux, la
La contribution de la France à la réalisation de l'objectif visé par certaines France ne précise pas comment elle entend
coalitions sectorielles importantes en termes de réduction d'émissions décliner ses engagements au niveau na-
n'est pas toujours explicite - ex : Global Methane Pledge. tional.
La redevabilité des engagements volontaires pris, notamment par le sec- La transparence et le suivi des diffé-
teur privé, dans le cadre de certaines initiatives auxquelles participe la rentes coalitions constituent un élément
France n’est pas assurée. indispensable de la réussite et de la cré-
dibilité de l'agenda de l’action.
LEADERSHIP On détecte, dans les déclarations et initiatives de la France y compris au Action crédible
ET INFLUENCE plus haut niveau, des axes d'influence pour une ambition climatique mon-
La France est motrice au niveau poli-
SUR LE NIVEAU diale rehaussée.
tique et diplomatique en s'efforçant de
D’AMBITION Atténuation : la France encourage les autres pays à rehausser leur ambi- mobiliser les autres pays et acteurs en
MONDIALE tion climatique pour 2030 et au-delà à l'occasion du prochain cycle de faveur de ses positions même si les
NDC, et porte plusieurs initiatives susceptibles de contribuer à la sortie effets concrets ne sont pas toujours évi-
des énergies fossiles (ex. Coal Transition Accelerator, initiative en faveur dents.
du nucléaire, JET P).
Adaptation : la France encourage ses partenaires à adopter une planifi-
cation nationale (NAPs) et promeut, dans les enceintes internationales,
une adaptation à la fois itérative et transformationnelle.
Finance : initiatives en faveur d’une réforme du système financier interna-
tional (ex. Sommet pour un NPF, task force sur la taxation internationale).
Commerce international : volonté française d'avancer sur une actualisa-
tion des règles du commerce afin d'intégrer les enjeux climatiques (OMC,
clauses miroirs, MACF) mais difficulté à définir une doctrine stable dans le
temps sur les accords de commerce de l’UE (CETA, Mercosur).
L'ambition portée dans les différentes enceintes internationales reste à
confirmer, notamment dans les enceintes hors climat.
EMPREINTE L'empreinte carbone (importations) et les émissions dûes à la part de la Risque sérieux
CARBONE France dans les transports internationaux (transports maritimes et avia- À ce stade, peu de mesures visent la
INTERNATIONALE tion civile) sont encore peu prises en compte dans les actions de la prise en compte des transports interna-
France. La loi énergie-climat prévoit néanmoins qu’un plafond indicatif tionaux et de l'empreinte carbone dans
sera déterminé pour ces deux composantes dans le projet de SNBC3. les efforts de baisse des émissions fran-
L’approche consistant à relocaliser une partie de la production straté- çais et des plafonds ambitieux sont at-
gique sur le territoire français pourrait, sous certaines conditions, contri- tendus dans la SNBC 3.
buer à faire baisser les émissions liées à l’empreinte carbone de la France.
Idem pour les clauses miroirs promues par la France pour les accords
commerciaux de l’UE.
*A noter que la position défendue par l'UE dans les enceintes internationales telles que les COP est commune aux États membres, qui l'adoptent au
sein du Conseil de l'UE (Environnement, ECOFIN et Affaires Étrangères). Le mandat de l'UE pour les COP est agréé et publié sous la forme de conclu-
sions du Conseil Environnement au mois d'octobre chaque année.
** Dès 2009, le G20 avait fixé un objectif de fin progressive et de rationalisation à moyen terme de ces subventions [1]. Cet objectif, repris à plusieurs
reprises jusqu’à ce jour par le G7, a été assorti d’une échéance en 2016 [2], à savoir 2025.
[1] Déclaration des leaders du Sommet de Pittsburgh, 24-25 sept. 2009, §24 : « Supprimer progressivement et rationaliser à moyen terme les subven-
tions inefficaces aux combustibles fossiles, tout en apportant un soutien ciblé aux plus pauvres. »
[2] Déclaration des leaders du Sommet G7 d’Ise-Shima, 26-27 Mai 2016, p.28 : « Étant donné que la production et l'utilisation de l'énergie sont responsables d'en-
viron deux tiers des émissions mondiales de GES, nous reconnaissons le rôle crucial que le secteur de l'énergie doit jouer dans la lutte contre le changement cli-
matique. Nous restons déterminés à éliminer les subventions aux combustibles fossiles inefficaces et encourageons tous les pays à le faire d'ici 2025. »
Source : HCC
MESSAGES
CLÉS
Seul le maintien des efforts pour engager au plus vite la mise en œuvre de l’action climatique à tous
les niveaux et sécuriser des moyens à la hauteur des investissements indispensables à la décarbo-
nation permettra de placer l’Union européenne (UE) sur une trajectoire de neutralité carbone.
Le Pacte Vert a constitué un changement d’approche par son ampleur et par son ambition, qui
est de faire de l’Europe le premier continent à atteindre la neutralité climatique en 2050.
L’objectif de l'UE pour 2030 est de réduire ses émissions nettes d'au moins 55 % par rapport à
1990. En fournissant un cadre favorable, le Pacte vert et sa déclinaison avec le paquet Fit for 55
viennent ainsi appuyer la stratégie climatique de la France à l’horizon 2030. Le point de
passage à l’horizon 2040 est en cours de discussion, sur la base d’une proposition de la Com-
mission de fixer le niveau à 90 % de baisse des émissions européennes. La France devra se
prononcer sur cette proposition en soutenant une cible ambitieuse et réaliste, afin de contri-
buer au renforcement de l'ambition climatique mondiale.
Le volet atténuation (Fit for 55) du Pacte vert est désormais bien engagé au niveau européen et
sa mise en œuvre complète dépend largement de la déclinaison qu’en feront les États
membres. L'atteinte des objectifs climatiques européens à moyen et à long terme appelle une
accélération de l’action, en progressant de manière concrète dans la mise en œuvre des
politiques prévues et en prenant des mesures supplémentaires au niveau national. Elle passe
aussi par une mise en cohérence des politiques sectorielles de l’UE avec les objectifs de baisse
des émissions adoptés.
La mise en œuvre du Pacte vert nécessite de sécuriser rapidement les financements indispen-
sables à la décarbonation, notamment à travers le développement d’un plan d’investissement
climat européen. Une partie des financements peut être désinvestie des activités néfastes
pour l’environnement (subventions aux énergies fossiles en particulier), et l’utilisation des
fonds européens existants repensée pour être redirigée vers la transition climatique.
Les crises successives, si elles ont démontré le besoin d’une amélioration de l’accompagne-
ment des réformes, ne remettent pas en cause les objectifs globaux du Pacte vert ; elle
renforcent au contraire la pertinence d’une action climatique ambitieuse pour s’inscrire dans
un avenir décarboné qui réponde également aux enjeux de souveraineté et de sécurité de l’UE.
La crise agricole européenne souligne en particulier le besoin de mieux accompagner les trans-
formations des activités fortement impactées.
Malgré les avancées, le risque d’un recul dans la concrétisation des engagements européens
n’est pas écarté. La constance dans les orientations politiques est nécessaire pour parvenir à
décarboner l’économie dans la durée, tout en tenant compte des préoccupations exprimées
dans les modalités de mise en œuvre des politiques climatiques.
Une volonté politique forte et une coordination européenne étroite seront indispensables pour
préparer la CDN de l’Union européenne en amont de la COP30 (2025) et adopter un plan
crédible de sortie progressive des énergies fossiles, avec une accélération des énergies renou-
velables (en parallèle du développement du nucléaire pour la France) et des mesures de réduc-
tion de la demande par l’efficacité et la sobriété énergétiques.
205
Pour être soutenable, la mise en œuvre des dispositifs européens et leur déclinaison nationale
devront tenir pleinement compte des impacts socio-économiques des mesures sur les travail-
leurs, les ménages et les entreprises, et privilégier des mesures socialement justes, ainsi qu’un
dialogue pérenne avec l’ensemble des composantes de la société et à tous les échelons de mise
en œuvre.
L’action climatique européenne et française s’inscrivant dans un cadre ouvert, une approche
multilatérale de la transition des économies est nécessaire et une coordination au niveau euro-
péen est pertinente pour peser dans les négociations internationales.
La France affiche des positions ambitieuses sur le plan climatique au niveau européen, mais
celles-ci ne sont pas complètement alignées avec les positions qu’elle défend dans le cadre de
certaines politiques sectorielles, comme l’agriculture. La crédibilité de la position française
passe par une déclinaison rapide des engagements pris au niveau européen dans la législation
nationale, dans une logique d’exemplarité.
RECOMMANDATIONS :
1
DÉFINIR UNE POSITION AMBITIEUSE ET CONSTRUCTIVE
POUR L’ACTION CLIMATIQUE EUROPÉENNE POST-2030
3 S’appuyer sur une trajectoire SNBC 3 de la France la plus réaliste et ambitieuse possible
dans l'optique de contribuer positivement aux discussions européennes sur l'objectif 2040
(SGAE, MTECT, MEAE, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
4 Promouvoir, auprès des institutions européennes et des autres États membres, un plan
européen de sortie progressive des combustibles fossiles, assorti d’un calendrier précis
et d’une date butoir pour la sortie de chaque énergie, et adossé à des mesures de réduc-
tion de la demande par l’efficacité et la sobriété énergétiques. Supprimer d'urgence et
intégralement les subventions aux combustibles fossiles dans l'UE, conformément aux
engagements existants (SGAE, MINEFI, 2024, Nouvelle recommandation HCC).
5 Promouvoir, au niveau européen, une meilleure prise en compte par les règles du com-
merce international des objectifs de l’accord de Paris, dans le cadre de l’OMC, des
accords régionaux et des accords commerciaux de l’UE (MEAE, MINEFI, 2024, Nouvelle
recommandation HCC).
En cohérence avec l’objectif européen pour 2040, promouvoir l’élaboration d’une CDN
européenne ambitieuse, déclinant les éléments clés résultant des engagements pris à la
COP28 (sortie des énergies fossiles, objectif méthane pour 2030, triplement EnR / double-
ment de l’efficacité énergétique etc.) (MEAE, MTECT, MINEFI, SGAE, 2024-2025, Nouvelle
recommandation HCC).
Face à l’urgence climatique, le Pacte Vert a constitué européenne a présenté un programme transversal inti-
un changement d’approche par son ambition et son tulé Pacte vert européen (European Green Deal)89 repo-
ampleur. Il s’agit de faire de l’Europe le premier conti- sant sur des textes réglementaires, des initiatives non
nent à atteindre la neutralité climatique en 2050 au législatives et des mesures financières pour atteindre la
sein d’une société durable, juste et prospère. L’Europe neutralité climatique en 205090, tout en découplant la
se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mon- croissance économique de la consommation des res-
diale depuis les années 1980. Les impacts induits par le sources et en ne laissant personne de côté.
changement climatique s'aggravent, affectant les éco-
systèmes, la production agricole, les personnes et la Les crises successives91, loin de remettre en question
santé, les infrastructures et l'économie européennes87 le Pacte vert, ont démontré la pertinence d’une action
(cf. chapitre 1, encadré 1.1a). En novembre 2019, le Parle- climatique ambitieuse de l’UE, qui tienne compte des
ment européen a déclaré l’urgence climatique et envi- contraintes de mise en œuvre sur le terrain, et de
ronnementale88 et demandé à la Commission de veiller mieux accompagner les transformations des activi-
à ce que toutes ses propositions soient alignées sur tés fortement impactées. La crise des prix de l’éner-
l’objectif de 1,5°C. En décembre 2019, la Commission gie engendrée par la guerre en Ukraine et ses impacts
5.2a Depuis les années 2000, l’UE a développé son action climatique et s’est dotée d’objectifs et d’instru-
ments de plus en plus ambitieux pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Engagée sur
le plan international dans le cadre de la CCNUCC (1992), l’UE a pris des engagements contraignants
chiffrés de réduction de ses émissions de GES en 1997 avec le Protocole de Kyoto95. En 2009, l’UE
adopte le « paquet climat-énergie »96, par lequel elle se fixe des objectifs à l’horizon 2020 : une réduc-
tion de 20 % des émissions de GES par rapport aux niveaux de 1990 ; un accroissement de 20 % de
l’efficacité énergétique au niveau communautaire ; une part de 20 % d’énergies renouvelables dans
la consommation totale d’énergie de l’UE. Pour réduire ses émissions, l’UE mobilise deux grands
instruments, qu’elle conservera jusqu’à aujourd’hui : le système d'échange de quotas d'émissions
(SEQE)97, qui concerne principalement les secteurs de l’industrie et de l’énergie, et la décision sur le
partage de l'effort (ESD, Effort Sharing Décision)98, qui définit des objectifs nationaux99 de réduction
d’émissions pour les secteurs non couverts par le marché de quotas (transports, bâtiment, agricultu-
re, industrie hors SEQE et déchets). Ce dispositif sera ensuite complété par une réglementation
spécifique permettant de prendre en compte les émissions et les absorptions de GES par le secteur
de l'UTCATF100. En 2020, l’UE a atteint les trois objectifs qu’elle s’était fixés en 2009. Aidée par la
conjoncture (crise financière internationale et pandémie de Covid 19)101, elle a même dépassé sa
cible de réduction d’émissions102 et son objectif d’efficacité énergétique103.
207
Adopté en 2014 et révisé en 2018, le cadre « climat-énergie » à l’horizon 2030 a ensuite constitué le
cœur de l’engagement climat de l’UE, en particulier dans le contexte de l’accord de Paris104. Il visait
une réduction d’au moins 40 % des émissions de GES en 2030 par rapport à 1990105, une hausse de
32 % de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’UE et un objectif d’efficaci-
té énergétique de 32,5 %106,107. En outre, un règlement sur la gouvernance instaure depuis 2018 un
processus de transparence, qui doit permettre un meilleur suivi des progrès accomplis dans la
réalisation des objectifs de l’union de l’énergie et de l’action pour le climat de l’UE108. Ainsi, les États
membres sont tenus d’adopter des plans nationaux pour l’énergie et le climat (PNEC) pour la
période 2021-2030 et de fournir des rapports d’avancement de ces plans tous les deux ans109. Ils
doivent également adopter des stratégies à long terme, dont la première est à présenter en 2020,
ce qui est conforme aux dispositions de l’accord de Paris.
Avec le paquet Ajustement à l’objectif 55 (Fit for 55), de nouvelles cibles plus ambitieuses ont été
adoptées par l’UE et ses États membres à l’horizon 2030 : 55% de réductions d’émissions nettes de
GES au niveau européen par rapport à 1990, avec des cibles de -62 % de réduction d’émissions pour
les secteurs couverts par le SEQE et de -40 % pour les autres secteurs.
5.2b Le système SEQE-UE est une mesure de marché qui répond à la fois à la préoccupation de réduire
les émissions au moindre coût pour les entreprises et au principe de pollueur-payeur, en associant
un coût aux externalités négatives des activités les plus carbonées (tarification du carbone). Mis en
place en 2005, il fixe un plafond au volume total de certains GES pouvant être émis par les indus-
tries lourdes, les unités de production d’électricité ou de chaleur (environ 10 000 entités assujetties
sur le territoire européen à ce jour), ainsi que l’aviation civile (vol intra-UE uniquement). Ce plafond
est réduit au fil du temps, de sorte que le volume total des émissions diminue. Dans les limites de ce
plafond, les entreprises assujetties peuvent bénéficier de quotas alloués à titre gratuit et/ou ache-
ter des quotas d’émission aux enchères sur le marché, afin de couvrir leurs émissions. En fin de
période, elles sont en effet tenues de restituer des quotas en nombre équivalent à leurs émissions
vérifiées. Le système prévoit ainsi la possibilité pour les entreprises d’échanger (vendre ou acheter)
des droits d’émission en fonction des besoins de leur activité, afin que les réductions se fassent au
meilleur coût possible sur le territoire de l’Union européenne.
sur la compétitivité des entreprises européennes ont ren- Avec la loi européenne sur le climat110, la « neutralité cli-
forcé la nécessité d’une transition accélérée92 pour matique »I d’ici 2050 et le relèvement de l’ambition pour
réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des énergies fos- 2030 intègrent le corpus juridique de l’UE et deviennent
siles. Avec le plan REPowerEU93, la Commission appelle à collectivement contraignants pour tous les États
réviser le cadre politique pour rehausser les ambitions en membres. Pour se placer sur la trajectoire de neutra-
matière d’efficacité énergétique et d’économies d’éner- lité, le paquet Fit for 55 fixe de nouveaux objectifs sec-
gie, et accélérer le déploiement des énergies renouve- toriels pour 2030 et des moyens pour y parvenir. Il
lables. Les tensions d’approvisionnement révélées par les s’agit du paquet législatif le plus abouti du Pacte vert,
crises récentes (ex. engrais, médicaments, matériaux, qui comporte des mesures d’une ampleur inédite sur
semi-conducteurs)94, outre les préoccupations de sécurité les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la
d’approvisionnement et de souveraineté industrielle de fin des ventes de véhicules thermiques neufs en 2035
l’Europe, pose la question, de l’empreinte carbone des ou encore la mise en place d’une forme de « taxe
importations européennes d’un point de vue climatique. carbone » aux frontières de l’UE.
Avec le Fit for 55 le volet atténuation du Pacte vert gie en faveur de l’adaptation a été adoptée en juin
est désormais bien engagé au niveau européen . Son 2021113, en complément des dispositions prises par les
opérationnalisation passe par une mise en cohérence États membres (ex. plans d’adaptation, prévention des
des politiques sectorielles de l’UE avec les objectifs risques, protection civile114). La Commission a égale-
de baisse des émissions adoptés et par la mise en ment proposé de mettre en cohérence les politiques
œuvre des politiques établies au niveau de l’UE par les sectorielles de l’UE à travers plusieurs initiatives
États membres. Environ 70 propositions législatives ou comme la stratégie de l'UE en faveur de la biodiversité
initiatives111 ont vu le jour dans le cadre du Pacte vert, à l'horizon 2030115, la stratégie « De la ferme à la table »,
avec une majorité de texte (2/3) adoptée ou en cours la stratégie de l'UE pour les forêts à l’horizon 2030, la
d’adoption. Parmi les principales avancées, le paquet stratégie de l’UE pour les sols à l’horizon 2030, la Stra-
Fit for 55 est presque entièrement finalisé, avec de tégie industrielle européenne, le Plan d'action en
nombreux accords politiques obtenus sous Présidence faveur de l'économie circulaire, un règlement sur les
française du Conseil de l’UE112. En parallèle, une straté- batteries, la Stratégie durabilité et produits chimiques.
5.2c Comme dans les cadres énergie-climat précédents, l’objectif de -55 % se décline en trois
sous-objectifs « sectoriels » :
Les émissions couvertes par le système d’échange de quotas d’émissions (cf. encadré 5.2b) ;
Les autres secteurs régis par la décision de partage de l’effort ;
Les puits de carbone du secteur UTCATF.
Une première série de 13 textes a été présentée dans le cadre du Fit for 55 en juillet 2021, puis le
paquet s’est étoffé avec des textes issus du plan REPowerEU, s’agissant notamment des énergies
renouvelables et des économies d’énergie.
Le système SEQE a été renforcé et étendu116. L’ambition a été rehaussée pour les secteurs couverts
par le SEQE, faisant passer l’objectif global de réduction d’émissions de GES pour 2030 de -43 % à
209
-62 % par rapport à 2005. En lien avec la mise en place du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux
Frontières (voir infra), une suppression progressive117 des allocations de quotas à titre gratuit est
également prévue à partir de 2026 pour les secteurs industriels à forte intensité énergétique qui en
bénéficiaient jusqu’ici (acier, ciment, aluminium, engrais, hydrogène). En attendant leur suppres-
sion complète, prévue pour 2034, de nouveaux dispositifs de conditionnalité s’appliqueront à
l’allocation de quotas gratuits (mise en œuvre des recommandations d’efficacité énergétique et
élaboration de plans de neutralité climatique).
Le périmètre des secteurs couverts par le SEQE est parallèlement élargi au transport maritime118,
qui était jusqu’ici uniquement soumis à un dispositif de surveillance et déclaration des émissions.
Enfin, un deuxième système d’échange de quotas (SEQE2), couvrant la vente de combustibles pour
le transport routier et les bâtiments (production de chaleur et de froid), ainsi que certains secteurs
supplémentaires (dont l’industrie manufacturière hors SEQE1, les yachts et jets privés), doit voir le
jour en 2027. II s’appliquera aux distributeurs qui fournissent des combustibles à ces secteurs et
une partie des recettes provenant de la mise aux enchères des quotas de ce SEQE alimentera le
fonds social pour le climat (voir infra) pour soutenir les ménages et les micro-entreprises vulné-
rables dans la transition énergétique. Concernant l’aviation civile, une extinction progressive des
quotas gratuits alloués aux compagnies aériennes pour les vols intra-UE (quotas dits « historiques »)
est prévue d’ici 2026. L’utilisation de carburants d’aviation durables est parallèlement encouragée
par l’allocation de nouveaux quotas. Pour les vols extra-européens, une articulation du SEQE-avia-
tion est opérée avec le mécanisme de compensation des émissions CORSIA (Carbon Offsetting
and Reduction Scheme for International Aviation)119, mis en place par l’Organisation de l’aviation
civile internationale (OACI)120. La révision du règlement sur la répartition de l'effort (RRE ou « ESR »
en anglais)121 a parallèlement renforcé les objectifs contraignants assignés à chaque État
membre à l’horizon 2030 en matière de réduction des émissions dans des secteurs non soumis au
SEQE (à savoir les transports et les bâtiments − pour la partie non incluse dans le SEQE2, la petite
industrie − non soumise au SEQE1 − ainsi que le tertiaire, l’agriculture et le traitement des déchets).
Ces secteurs représentent aujourd’hui 60 % des émissions totales de l’UE. Avec le Fit for 55, l’objectif
européen de réduction de ces émissions passe de -29 % à -40 % d’ici 2030 par rapport à 2005. La
définition des objectifs nationaux tient compte des circonstances et capacités respectives de
chaque État, selon un principe d’équité et de solidarité. Pour la France, l’objectif passe de -37 % à
-47,5 % à l’horizon 2030 par rapport à 2005.
Avec le Fit for 55, l’UE se dote d’objectifs chiffrés non seulement en termes de réduction mais
également en matière d’absorption des émissions. Depuis la loi européenne pour le climat de 2021,
l’UE a inscrit dans sa législation l’objectif d’atteindre, d’ici 2050, un équilibre entre les émissions
anthropiques des sources de tous les secteurs de l’économie et l’absorption de GES par les puits et,
le cas échéant, de parvenir à des émissions négatives par la suite. La contribution du secteur de
l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) à
l’objectif 2030 de l’UE était fixée à -225 Mt eq CO2 (absorptions nettes). Dans le cadre du Fit for 55,
le règlement UTCATF122 révisé en 2023 fixe l’objectif pour d’un puits de carbone de 310 Mt éq CO2
en 2030 pour ce secteur. Il prévoit également qu’une étude d’impact devra être produite (au plus
tard 6 mois après le 1er bilan mondial de l’accord de Paris) afin d’évaluer la pertinence de la création
d’un pilier agriculture, foresterie et autres usages des terres (en anglais Agriculture, Forestry and
Other Land Use ou AFOLU123), auquel serait assigné un objectif de neutralité pour plusieurs GES
(CH4, N2O, CO2) à l’échelle européenne en 2035. Des objectifs nationaux contraignants pour le
secteur UTCATF sont également définis pour chaque État membre. S'agissant de la France, la
valeur des absorptions nettes de GES en 2030 est fixée à 30,8 Mt éqCO2124. À côté de cette archi-
tecture principale, le paquet Fit for 55 contient également une série de textes sectoriels sur l’éner-
gie, les carburants durables et les transports propres. Ainsi, au-delà de l’objectif de réduction
d’émissions de GES pour 2030125, des objectifs plus ambitieux ont également été établis concernant
les ENR et l’EE :
Les normes de performance en matière d’émissions de CO2 sont également renforcées pour les
véhicules légers neufs (voitures particulières et camionnettes)128. À compter de 2035, tout nouveau
véhicule de ce type qui sera mis sur le marché au sein de l’UE devra être conforme à une obligation
d’émissions nulles de CO2. Un dispositif progressif doit permettre la transition vers cet objectif
ambitieux. Un mécanisme d'incitation réglementaire pour les véhicules à émissions nulles et faibles
(ZLEV) sera notamment mis en place entre 2025 et 2029. Une réduction des émissions de CO2 de 55 %
sera ensuite imposée pour les voitures neuves et de 50 % pour les camionnettes neuves entre 2030
et 2034 par rapport aux niveaux de 2021. Une dérogation est prévue pour les carburants de
synthèse et la Commission européenne présentera une proposition pour les véhicules fonctionnant
exclusivement avec des carburants neutres en CO2 après 2035. Pour les véhicules lourds neufs, les
normes d’émissions de CO2 sont aussi renforcées à partir de 2030 et les autobus urbains devront
être à émissions nulles d'ici à 2035129.
Parallèlement, plusieurs initiatives visent à accroître l'utilisation de carburants durables dans les
transports, notamment les avions et les navires, afin de réduire leur empreinte environnementale
(initiatives RefuelEU Aviation et RefuelEU maritime130). Enfin, une révision de la directive sur la
performance énergétique des bâtiments a été adoptée le 12 avril 2024 pour contribuer à la réduc-
tion de la consommation énergétique de ce secteur, qui représente 40 % de la consommation
énergétique finale et 1/3 des émissions de GES de l’UE. À partir de 2030, tous les nouveaux
bâtiments devront être à zéro émission et, d'ici 2040, les chaudières fossiles seront progressive-
ment abandonnées d'ici 2040. L’objectif final est de décarboner le parc immobilier européen
public et privé d’ici à 2050.
211
bustibles et électricité132, n’a toujours pas trouvé nutritionnel obligatoire harmonisé au niveau euro-
d’accord au sein du Conseil de l’UE. L’unanimité, péen138). Le report à une date indéterminée de la pro-
requise pour les dispositions ayant trait à la fiscalité position de cadre législatif sur les systèmes alimen-
des États membres, rend toutefois peu probable son taires durables et le retrait par la Commission de sa
adoption. Actuellement, les secteurs aérien et mari- proposition de règlement sur l’utilisation durable des
time bénéficient, en particulier, toujours d’un certain pesticides (SUR) sont particulièrement préoccupants.
nombre d’exemptions. Face aux mouvements des agriculteurs dans plusieurs
pays européens, des flexibilités ont également été
Présenté parallèlement au paquet Fit for 55, avec proposées aux règles de la PAC (simplification des
l’objectif de contribuer à la réalisation des cibles de standards de conditionnalité environnementale)139.
réduction d’émissions européennes, le premier cadre Une meilleure mobilisation des politiques agricole et
de certification des absorptions de carbone à l’échelle alimentaire en appui aux politiques climatiques per-
de l’UE a fait l’objet d’un compromis en février 2024133. mettrait de protéger les agriculteurs européens d’une
Il s’agit de la première initiative de l’UE pour mettre en forte montée des dommages causés par le change-
place des critères de qualité et de durabilité environ- ment climatique, de minimiser les coûts de la transi-
nementales pour ces certificats, et mobiliser la finance tion et de réduire les risques économiques pour les
en faveur du déploiement des solutions d’absorption de acteurs du système alimentaire, tout en garantissant
carbone afin de stimuler le développement du puits l'accès à une alimentation durable et saine pour tous.
de carbone européen. Elle doit s’accompagner de mesures de soutien aux
producteurs et industriels du secteur, et s’inscrire dans
La constance dans les orientations politiques est une vision d’ensemble plus claire d'un système alimen-
nécessaire pour parvenir à décarboner l’économie taire décarboné en Europe140.
dans la durée, tout en tenant compte des préoccu-
pations exprimées concernant les modalités de mise
D’autres propositions du Pacte vert sont encore en
en œuvre des politiques climatiques. Face aux mani-
débat au niveau des deux co-législateurs de l’UE
festations du monde agricole notamment, plusieurs
(Conseil et Parlement européen) – ex : utilisation des
voix se sont élevées en Europe pour appeler à « une
capacités des infrastructures ferroviaires euro-
pause réglementaire » dans le domaine de l’environ-
péennes141, réforme du marché européen de l’électri-
nement134. Au niveau français, cette pause a été
cité142,143. Plusieurs des projets en cours d’examen ont
encouragée par le président de la République, au nom
vu leur portée considérablement réduite, comme la
de la compétitivité européenne135. Le programme de
loi sur la restauration de la nature, adoptée en 2024
travail 2024 de la Commission européenne, publié en
par le Parlement européen dans une version à l’ambi-
octobre 2023, met fortement l'accent sur la compétiti-
tion beaucoup plus modeste que le projet initial, et
vité et la sécurité économique de l’UE, ainsi que sur la
qui n’a pas encore pu être entérinée par le Conseil
simplification des règles pour les entreprises et les
(faute de majorité).
citoyens européens. L’analyse de ce programme
montre que la Commission a renoncé ou reporté plu-
Plusieurs textes déjà adoptés dans le cadre du
sieurs textes importants pour la mise en œuvre com-
paquet Fit for 55 prévoient des clauses de revoyure144.
plète du Pacte vert. Pour assurer l’avenir du Pacte et
En cas de perte de vitesse de la dynamique engagée,
finaliser au plus tôt les textes nécessaires à son
ces clauses pourraient être l’occasion d’une révision
déploiement complet, la mise en œuvre devra davan-
à la baisse de l’ambition du Pacte, ou d’une suspen-
tage tenir compte des contraintes pratiques des
sion du déploiement de plusieurs mesures.
acteurs sur le terrain à l’avenir136.
La capacité du Pacte vert à produire tous ses effets TRAJECTOIRE 2050, OBJECTIF 2030 ET JALON 2040
dans le secteur de l’agriculture est en particulier La réalisation de l'objectif de -55 % pour 2030 néces-
remise en cause. Sur les 27 textes initialement site une augmentation significative du rythme de
prévus dans la stratégie de la Ferme à la table137, réduction des émissions de l’UE. Les politiques
moins d’un tiers ont effectivement été adoptés. actuellement prévues par les États membres restent
Faute de proposition de la part de l’exécutif, la insuffisantes pour atteindre l’objectif que s’est fixé
moitié n’a pas pu être examinée par le Parlement l’UE145 Le rythme de baisse des émissions devrait être
puisque sa dernière session plénière a eu lieu du 22 plus de deux fois supérieur à la moyenne observée sur
au 25 avril 2024 (ex. projet de système d’étiquetage la période 2005-2022146.
213
gressant de manière concrète dans la mise en œuvre tenu du plafonnement du prix des quotas d’émission
des politiques prévues et en prenant des mesures sup- jusqu’à cette date, qui est situé au même niveau que la
plémentaires pour décliner le paquet Fit for 55 au taxe carbone nationale sur les produits énergétiques.
niveau national. Dans son rapport de janvier 2024155, Enfin, la dérogation annoncée pour les carburants
le Conseil scientifique consultatif européen met en alternatifs (cf. supra) ne doit pas distraire, ni retarder
lumière le fait que des éléments centraux du paquet les efforts d’électrification du parc automobile en
relèvent essentiellement de la mise en place de poli- France, en vue de la fin de vente des véhicules particu-
tiques et mesures nationales ambitieuses, en particu- liers et des utilitaires légers thermiques en 2035. Les
lier le règlement sur la répartition de l'effort (objectifs stratégies nationales et régionales doivent dès à pré-
nationaux juridiquement contraignants), le règlement sent être calibrées en conséquence160.
UTCATF, la directive sur les énergies renouvelables
(REDIII) et la directive sur l'efficacité énergétique Sur le volet de l’adaptation, le PNEC ne prend pas en
(EED). Or, l'évaluation par la Commission européenne compte les vulnérabilités et les risques liés au climat,
des projets de plans nationaux pour l’énergie et le ce qui pourrait compromettre la réalisation des
climat (PNEC) mis à jour par les États membres en objectifs nationaux en matière d’atténuation et
2023156 a montré que l’ambition collective était insuffi- d’énergie (cf. chapitre 4).
sante pour atteindre les objectifs de l'UE pour 2030.
Les plus grosses lacunes sont relevées en matière d’ef- L’UE et ses États membres doivent prévoir un plan
ficacité énergétique, dans le secteur UTCATF et dans crédible de sortie progressive des combustibles fos-
les secteurs du partage de l’effort (ESR). Les projets de siles. Celui-ci devrait comporter un calendrier précis et
PNEC doivent être ajustés par les États membres en une date butoir pour la sortie de chaque forme d’éner-
tenant compte des recommandations formulées par gie fossile. L’ESAB-CC considère qu’une réduction
la Commission dans son analyse. La version finale des drastique de l’utilisation des énergies fossiles doit inter-
plans doit être présentée d’ici le 30 juin 2024. venir d’ici 2050, avec une sortie complète pour l’élec-
tricité d’ici 2040 (2030 au plus tard pour le charbon,
La France doit aussi accélérer ses efforts en matière d’ici 2040 pour le gaz)161. Il recommande de supprimer
de réduction d’émissions et de renforcement de son d'urgence et intégralement les subventions aux com-
puits de carbone, et adopter des mesures supplémen- bustibles fossiles dans l'UE, conformément aux enga-
taires précises et concrètes pour décliner l’ensemble gements existants (cf. 5.1) et au 8ème programme d’ac-
du paquet Fit for 55 dans sa stratégie et sa réglemen- tion pour l’environnement de l’UE. Les aides exception-
tation nationales. La France a soumis son plan pour nelles en faveur des ménages et des entreprises (bou-
l'énergie et le climat en octobre 2023. L’analyse qu’en clier tarifaire sur le gaz et l’électricité, ristourne à la
a fait la Commission en décembre 2023157 révèle que, pompe sur les carburants, etc.), mises en place lors de
si ce dernier se réfère en partie aux objectifs énergé- la crise énergétique, devraient être assorties d’une
tiques et climatiques révisés dans le cadre du paquet date butoir162 et les financements redirigés vers des dis-
Fit for 55 et du plan REPowerEU, il ne précise pas suffi- positifs de soutien favorisant les économies d’énergie
samment comment ces objectifs seront effectivement ou la conversion des logements ou des véhicules vers
atteints par la France. Le plan comprend toutefois des des sources d’énergies renouvelables163. Certaines
éléments de diagnostic en matière de précarité éner- politiques européennes existantes, ou en cours de pré-
gétique, s’efforce de prévoir des plans sectoriels pour paration, doivent aussi être mises en cohérence avec
la transition de la main-d’œuvre et devrait, selon les l’objectif de sortie des énergies fossiles, notamment la
prévisions, permettre d’atteindre les objectifs fixés par taxonomie européenne164, le déploiement du marché
l’UE en matière d’efficacité énergétique. La France du gaz « bas carbone » et de l’hydrogène, ou encore le
doit en revanche relever son ambition en matière de règlement sur les réseaux d’énergie transeuropéens165.
renouvelables et accélérer de manière significative le Enfin, le mécanisme d’aides d’État européen (en parti-
déploiement de ces sources d’énergies sur son terri- culier l’encadrement temporaire de crise et de transi-
toire158. À noter que, pour le SEQE révisé, les effets de tion, prolongé jusqu’au 30 juin 2024166) n’est pas pleine-
levier seront vraisemblablement moins prononcés en ment conforme aux objectifs climatiques de l’UE167.
France que dans le reste de l’UE car la production
d’électricité, qui constitue un des principaux secteurs Une volonté politique forte sera indispensable au
couverts par le SEQE 1, y est déjà en très grande partie niveau européen pour accélérer la sortie des éner-
décarbonée159. En outre, le SEQE 2 ne devrait avoir des gies fossiles comme réponse de gestion de crise, en
effets en France qu’après 2030 au plus tôt, compte particulier au sein du plan REpowerEU, avec une
215
été créé en 2020 pour atténuer les impacts socio- mise en œuvre, tant au niveau européen qu’au
économiques de la transition énergétique dans les niveau des États membres.
régions les plus dépendantes aux activités carbo-
nées. Ce mécanisme est adossé à un Fonds pour la Un plan d’investissement climat européen est néces-
transition juste (FTJ)174 doté d’un budget de 17,5 Mrd € saire à la mise en œuvre des actions au niveau atten-
pour la période 2021-2027. Créé en 2021, le FTJ finance du180. Le 14 janvier 2020, la Commission européenne
des mesures de soutien à la diversification écono- présentait un plan d'investissement pour le Pacte vert,
mique, ainsi qu’à la reconversion et à la formation des dit « Plan d’investissement pour une Europe durable »181,
travailleurs et des demandeurs d’emplois dans les avec l’objectif de mobiliser « au moins 1 000 Mrd €
régions concernées175. La France bénéficie d’environ d’investissements durables privés et publics » au cours
1 Mrd € au titre du FTJ pour dix territoires situés dans de la prochaine décennie. En principe, ce montant
six régions françaises176 et représentant 500 000 emplois doit être mobilisé grâce au budget de l’UE182 et à ses
et 70 % des émissions de CO2 nationales (énergie et instruments connexes, en faisant effet de levier sur les
industrie). À l’horizon 2029, l’objectif est d’accompa- investissements publics et privés. De récents travaux
gner ou de former 78 000 chômeurs de ces territoires économiques viennent conforter ce diagnostic et
vers des secteurs plus verts comme les énergies montrent qu’un nouveau plan d’investissement est
renouvelables, l’économie circulaire, etc.177 nécessaire183. Plusieurs pistes sont actuellement évo-
quées pour répondre aux besoins du Pacte vert dans
Au-delà des aides financières, un programme de for- les prochaines années : nouvel emprunt commun
mation d’envergure est nécessaire pour adapter les européen, accroissement des ressources propres de
qualifications des travailleurs aux besoins de la l’UE184, réorientation d’une partie de l’épargne privée
future économie net zéro européenne, tout en assu- européenne grâce à une union des marchés de capi-
rant la création d’emplois verts, de meilleure qualité taux185, garantie publique européenne pour soutenir
et mieux rémunérés. Afin de soutenir la stratégie l'investissement dans la transition écologique, etc.
industrielle de l’UE et les politiques conduites au Sans une stratégie à l’échelle de l'UE, des disparités
niveau national en matière de formation et de requa- importantes dans le financement de la transition et
lification de la main d’œuvre, la Commission euro- l’accompagnement des acteurs d’un point de vue
péenne a développé un agenda européen des com- économique et social pourraient apparaître, mena-
pétences quinquennal (2020-2025), qui associe États çant à terme la cohésion européenne186.
membres, entreprises et partenaires sociaux pour
accompagner les travailleurs dans les évolutions Le budget de l’UE offre un soutien financier aux États
nécessaires à la construction d’une économie moderne, membres, aux collectivités locales et aux entre-
compétitive et neutre en carbone. prises afin de les aider dans la transition écologique.
L’UE s’est ainsi engagée à consacrer plus de 30 % de
Enfin, le critère d’inclusivité sera indispensable au son budget à la lutte contre le changement clima-
succès du Pacte vert. Un dialogue devra être conduit tique (soit environ 322 Mrd € sur les 1 074 Mrd € du
sur le long cours avec les différentes composantes cadre financier pluriannuel 2021-2027). En outre, 37 %
socio-économiques de la société178 (rôle du Comité des 750 Mrd € du plan de relance NextGenerationEU
économique et social européen 179, mais aussi du seront dédiés au Pacte vert. L’UE consacre ainsi envi-
Conseil économique, social et environnemental et des ron 50 Mrd € par an à l’action pour le climat (environ
consultations publiques en France), et à tous les éche- 0,3 % du PIB). Or, la majeure partie des crédits pro-
lons de mise en œuvre (collectivités locales, entités vient du plan de relance (financé pour 700 Mrd € par
infra-étatiques). Il s’agira également de tenir compte l'emprunt commun), dont le volume sera progressive-
des plus vulnérables pour ne laisser « personne de ment réduit à compter de 2025. À partir de 2027, le
côté » (ex. femmes, jeunes, enfants, catégories socio niveau de financement dédié au climat devrait ainsi
-professionnelles les plus fragiles - cf. 1.2). passer sous les 20 Mrd € par an187, un montant large-
ment en-deçà des sommes mobilisées par les États
FINANCEMENT DU VOLET CLIMAT DU PACTE VERT Unis dans le cadre de l’Inflation Reduction Act188 qui,
Le volet climatique du Pacte Vert est au milieu du elles-mêmes, sont jugées insuffisantes par plusieurs
gué. Le chemin à parcourir reste important au analystes au regard du défi climatique. Ensuite, une
regard de l’ampleur des investissements néces- partie des financements devrait être mobilisée grâce
saires à la décarbonation. Il convient de sécuriser au programme d’investissements européens InvestEU,
rapidement les financements indispensables à la dont au moins 30 % devra être consacré au climat.
25 % du budget Programme
pluriannuel de l’UE InvestEU
2021 - 2027
Au total : 503 milliards
352 Mrd €
Co-financement Recettes du marché
Banque européenne
des états membres carbone
d’investissement
Effet 114 Mrd € 25 Mrd €
Part supposée du budget de levier
pluriannuel suivant Investissement
151 Mrd € public & privé
279 Mrd €
Fonds de cohésion
des régions + InvestEU
+ Co-financement
100 Mrd €
Fonds de transition juste 2021 - 2027
43 Mrd €
Part supposée du budget pluriannuel suivant
Sources : d'après Toute l'Europe.eu
L’UE entend ainsi mobiliser 372 Mrd € d’investisse- œuvre effective du Fit for 55. Les coûts seront d’au-
ments publics et privés d’ici 2027, à partir de 26,2 tant plus élevés que la mise en œuvre des mesures
Mrd € de garantie budgétaire européenne. sera tardive. En France, le gouvernement a annoncé
un plan d’économies de 10 Mrd € en 2024, dont
Ces montants, comme ceux engagés par les États 2,2 Mrd € pour la seule mission budgétaire « Écologie,
membres au niveau des budgets et programmes d’in- développement et mobilité durables »192.
vestissements nationaux, restent très en-deçà du
« mur d’investissements » à franchir dans les années Une partie des financements est déjà disponible :
qui viennent. Les investissements annuels supplé- elle doit être désinvestie des activités néfastes pour
mentaires nécessaires sont estimés aux alentours de l’environnement pour être redirigée vers la transition
2,5 % du PIB européen, et la part des investissements climatique. L’Agence Européenne de l’Environnement
publics devrait se situer entre 0,5 % et 1 % du PIB. (AEE) note que les subventions aux combustibles fos-
Si les investissements climat ont augmenté de 9 % siles sont restées relativement stables dans l’UE sur la
dans l’UE en 2022189, ils doivent encore doubler pour période 2015-2021, s’établissant à un niveau d’environ
pouvoir remplir les objectifs climatiques pour 2030 et 56 Mrd €, et qu’elles ont augmenté pour atteindre
atteindre un montant situé entre 400 et 813 Mrd € en 123 Mrd € en 2022 en raison des mesures de soutien
moyenne chaque année d’ici là190,191. La résolution de octroyées par les États membres pendant la crise
ce déficit d’investissements sera donc indispensable à énergétique193. Au total, près de 800 Mrd € ont été
la réussite du Pacte vert. dépensés entre septembre 2021 et janvier 2023 par les
gouvernements européens pour limiter l’impact de
Le contexte général de baisse des budgets verts en l’inflation des prix de l’énergie sur les ménages et les
Europe affecte déjà la transition climatique. Ces entreprises194. Ainsi, la crise a eu pour effet de renfor-
coupes risquent de compromettre l’atteinte des cer, au moins temporairement, les financements dédiés
engagements climatiques européens et la mise en aux énergies fossiles195.
217
Le fléchage et l’utilisation des fonds budgétaires Une réforme du Pacte de stabilité et de croissance de
européens devraient être repensés concernant cer- l’UE est en effet en cours de discussion au niveau euro-
taines politiques sectorielles pour contribuer davan- péen et un accord a été dégagé par le Parlement
tage aux objectifs climatiques. Tous les fonds euro- européen et le Conseil le 10 février 2024, qui devrait
péens (Horizon Europe, Fonds pour l’innovation, Fonds permettre une entrée en vigueur de nouvelles règles à
pour la modernisation et les fonds de cohésion compter du 1er janvier 2025. La réforme introduit cer-
comme le FEADER, FEAGA dans le cadre de la PAC) tains éléments de flexibilité pour rétablir les finances
devraient en principe être guidés par l’objectif de neu- publiques des États tout en préservant la possibilité
tralité climatique et les principes du Pacte vert. D’après d’investissements dans les domaines prioritaires de
la Cour des comptes européenne, les fonds affectés à l’UE, dont la transition climatique203.
l’action climatique ont été surestimés par le passé et
n’ont pas atteint les objectifs que l’UE s’était fixé. TRAITEMENT DES FUITES DE CARBONE, EMPREINTE
Celle-ci recommandait en particulier de mieux justifier INTERNATIONALE ET STRATÉGIE INDUSTRIELLE
la contribution des certaines politiques sectorielles (in- Distorsions internationales de concurrence, fuites
frastructures, politique agricole196) à ces objectifs, sur de carbone et question de l’accès aux ressources
la base de données scientifiques197. rendent d’autant plus nécessaire une coordination
internationale des politiques climatiques pour favo-
Le prochain Cadre Financier Pluriannuel, qui sera riser une transition « ordonnée » des économies et
négocié à partir de 2025198 pour la période 2028-2034, limiter les coûts liés à la fragmentation actuelle de
doit constituer une opportunité d’aligner pleinement l’économie mondiale.
le budget européen sur les ambitions climatiques de
l’UE et, en particulier, d’opérer un verdissement de la Des instruments comme le MACF sont nécessaires
PAC199. En 2023, comme depuis de nombreuses années, pour gérer le risque de fuites carbone aux frontières.
l’essentiel des dépenses européennes (plus de 63 %) Celui-ci devra être mis en œuvre rapidement et ren-
est consacré à la PAC et à la politique de cohésion. La forcé pour avoir les effets attendus. Son efficacité
question de la conditionnalité environnementale des devra être évaluée pour être renforcée à l’avenir si
aides octroyées dans le cadre de la PAC se pose en nécessaire (extension à d’autres biens, notamment
particulier : le HCC recommande de promouvoir une intermédiaires voire finaux). Certaines difficultés du
feuille de route climatique pour cette politique secto- mécanisme sont déjà anticipées, notamment concer-
rielle européenne afin de réduire les soutiens aux pro- nant la compétitivité des entreprises européennes des
ductions les plus intensives en émissions de GES, mais secteurs avals. Ces secteurs non-couverts par le
également aux productions les plus consommatrices MACF, qui consomment des produits inclus dans le
d’eau, en tenant compte d’enjeux comme la biodiver- mécanisme (fer, acier, ciment, engrais, aluminium,
sité, et d’augmenter les soutiens aux productions hydrogène, électricité), risquent de voir leurs coûts
ayant de faibles intensités d’émissions, économes en augmenter, contrairement aux importations de pro-
eau, ainsi que des bénéfices nutritionnels (comme les duits finaux qui n’auront pas payé le prix du carbone
fruits et les légumes)200. dans leur processus de production. Même s’il demeure
un instrument imparfait, il n’existe pas à court terme
Une mise en œuvre plus flexible des règles budgé- d’alternative au MACF ; sa mise en place progressive
taires européennes pourrait faciliter le financement pour l’ensemble des secteurs du SEQE, en parallèle de
des programmes d'investissement et dépenses publics la suppression des quotas gratuits, devrait éliminer
nécessaires à l'accélération de la transition bas-car- environ la moitié des fuites de carbone204. Si les effets
bone201. Le choix de ces programmes doit se faire en devaient initialement se concentrer sur les grands
cohérence avec les plans nationaux pour l’énergie et exportateurs émergents de biens intermédiaires (Inde,
le climat qui seront présentés d’ici juin 2024 et devront Russie, à un moindre degré Chine)205, des travaux
être alignés sur la loi européenne sur le climat et le montrent que certains pays en développement pour-
paquet législatif Fit for 55 (cf. supra). Quelques pro- raient également être affectés, notamment en Afrique
grès pourraient être engrangés malgré le retour des ou en Europe de l’Est206. Les impacts du mécanisme
critères de Maastricht202, qui s’appliquent de nouveau devront donc être évalués dans le temps et des ajus-
depuis le 1er janvier 2024, après avoir été suspendus en tements être éventuellement envisagés pour en amé-
mars 2020, dans la foulée de la crise liée au Covid-19. liorer l’efficacité207.
5.2d Certains dispositifs prévus dans le cadre du Pacte vert soulèvent des enjeux de compétitivité
industrielle pour l’Europe, et un risque d’augmentation de l’empreinte carbone européenne en cas
de report des émissions à l’étranger n’est pas exclu. Le choix fait par l’UE d’une tarification du
carbone pour parvenir à ses objectifs climatiques peut entraîner une différence de compétitivité
pour les secteurs intensifs en émissions de GES. Cela pourrait entraîner une augmentation de la
production dans des pays plus dépendants en énergies fossiles ou moins enclins à se décarboner,
ce qui limiterait, d’un point de vue global, la réduction des émissions recherchée par l’UE.
Pour limiter le risque de ces fuites de carbone, le règlement (UE) 2023/956 a introduit, depuis le 1er
octobre 2023, un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne. Celui-ci
permet de fixer un juste prix pour le carbone émis lors de la production de marchandises à forte inten-
sité de carbone importées dans l’UE et d’encourager une production industrielle plus propre, grâce à
une méthode de calcul des émissions intrinsèques conforme aux obligations imposées sur le territoire
de l’UE dans le cadre du paquet Fit for 55. Ce mécanisme sera mis en œuvre par phases et accom-
pagne la suppression progressive de l’allocation de quotas à titre gratuit aux industries européennes
les plus exposées, telle que prévue dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’UE
(SEQE) révisé. Entré en vigueur récemment (2023), il devrait être pleinement opérationnel à partir de
2026, mais il ne s’appliquera initialement qu’à un certain nombre de produits présentant un risque
élevé de fuites de carbone (fer, acier, ciment, engrais, aluminium, hydrogène, électricité).
Pour réussir la transition, une volonté politique forte consiste à accorder des subventions massives à des
est nécessaire afin d’aborder en profondeur les secteurs ciblés. Face à ces stratégies, et notamment
questions liées à la compétitivité de l’industrie euro- en réponse à l’IRA, l’UE a décidé de renforcer le volet
péenne (relocalisation, ressources critiques et nou- industriel du Pacte vert et annoncé, le 1er février 2023,
velles dépendances liées aux besoins de la transition l’adoption d’une législation pour une industrie zéro
énergétique, alliances stratégiques à recomposer émission nette (Net-Zero Industry Act). Dans ce
ou renforcer, réglementations en faveur d’une domaine, l’Europe dispose de certains atouts, notam-
industrie verte, etc.). Quoiqu’il fasse régulièrement ment l’importance de son marché intérieur et sa légis-
l’objet de critiques de la part de certains pays, qui le lation commune, unique à l’échelle d’un continent.
perçoivent comme une forme de protectionnisme Elle souffre cependant de désavantages comparatifs,
déguisé, le MACF a été conçu pour être compatible avec un prix de l’énergie et un coût de la main-
avec les règles de l’Organisation mondiale du com- d'œuvre plus élevés que dans certaines autres régions
merce (OMC). Ces règles prévoient des exceptions au du monde.
régime général pour motif environnemental, à condi-
tion que ces exceptions ne soient pas « appliquées L’accès aux matières premières critiques indispen-
de façon à constituer soit un moyen de discrimination sables pour la transition (production de batteries, pan-
arbitraire ou injustifiable entre les pays où les mêmes neaux solaires, semi-conducteurs, etc.) pourrait créer
conditions existent, soit une restriction déguisée au de nouvelles dépendances, susceptibles de nuire à la
commerce international »208. Le choix entre les diffé- sécurité d’approvisionnement européenne dans un
rents instruments disponibles pour encourager la contexte de tensions géopolitiques croissantes. Ces
transition industrielle relève d’une décision politique. questions doivent donc faire l’objet d’un traitement
Les États-Unis ont par exemple choisi d’octroyer des stratégique à l’échelle européenne. En 2023, la Com-
subventions à leurs industries vertes en les obli- mission a donc proposé une réglementation visant à
geant à produire au niveau local (Inflation Reduction renforcer la sécurité d’approvisionnement de l’UE en
Act − IRA). Depuis une quinzaine d’année, la Chine a minéraux stratégiques, en diversifiant ses importations
développé la compétitivité de ses industries manu- et en développant des partenariats avec certains pays
facturières sur la scène mondiale et investit dans les dans ce domaine, mais aussi en renforçant les diffé-
technologies à travers son programme « Made in rents stades de la chaîne de valeur sur le continent
China », lancé en 2015 avec un horizon à 2025, et qui européen (extraction, production et circularité)209.
219
De manière générale, il sera important de penser le marché européen de produits ayant contribué à
l’action climatique européenne et française dans un la déforestation ou à la dégradation des forêts 210.
cadre ouvert et de revoir les règles du commerce Il s’agit d’aligner les importations sur les exigences
international pour que celles-ci accompagnent la des réglementations de l’UE d’éviter d’augmenter
transition climatique mondiale. Une approche mul- l’empreinte carbone internationale européenne.
tilatérale de ces questions est indispensable et rend L’utilisation de clauses miroirs doit être généralisée. Il
une coordination au niveau européen d’autant plus apparaît néanmoins que de telles clauses soulèvent
pertinente pour peser dans les négociations inter- des difficultés dans la mise en œuvre opérationnelle
nationales. Le commerce doit devenir un levier pour (fiabilité des informations sur l’ensemble de la chaîne
l’ambition climatique européenne et mondiale. Les de valeur difficile à contrôler). Une réforme d’am-
accords de commerce de l’UE doivent comporter des pleur des règles internationales du commerce doit
clauses permettant d’assurer que les produits impor- donc être envisagée afin de tenir pleinement compte
tés par l’UE répondent à un degré d’intégrité environ- des objectifs de l’accord de Paris dans les échanges
nementale et climatique suffisant. Dans une logique entre les pays. Les discussions à l’OMC demeurent
similaire, l’UE a adopté une réglementation visant à encore trop lentes et doivent donc rapidement pro-
interdire la mise sur le marché ou l’exportation depuis gresser sur ce point.
La France affiche des positions ambitieuses sur le Compte-tenu des risques notables (niveau jaune) de
plan climatique au niveau européen, mais celles-ci financement d’actifs échoués, la cohérence des
ne sont pas complètement alignées avec les posi- positions exprimées sur le financement du Pacte vert
tions qu’elle défend dans le cadre de certaines poli- avec celles portées dans le contexte des politiques
tiques sectorielles, comme l’agriculture. La crédibi- sectorielles n’est pas garantie. La position française
lité de la position française passe par une déclinai- d’ensemble va dans le bon sens mais elle reste en
son rapide des engagements pris au niveau euro- effet en retrait concernant l’alignement des instru-
péen dans la législation nationale dans une logique ments de financements européens existants, notam-
d’exemplarité. ment concernant la PAC.
La grille ci-dessous donne des éléments d’apprécia- Compte tenu de l’analyse développée au chapitre 4
tion de l'action climatique européenne de la France à sur les retards dans l’actualisation du cadre d’action
travers 3 axes : cohérence des positions portées sur le publique en France, la mise en œuvre nationale
financement du Pacte vert européen ; déclinaison des engagements européens pris dans le cadre du
nationale, des engagements pris dans le cadre euro- Fit for 55 est manifestement insuffisante (niveau
péen ; leadership français sur les questions climat au rouge). Les textes énergie-climat structurants per-
niveau UE. L’évaluation proposée est basée sur les élé- mettant cette déclinaison sont toujours attendus
ments publics qui ont pu être recensés et peuvent être (SNBC, PPE, PNACC).
partiels sur certains aspects. Néanmoins, les éléments
rassemblés, lorsqu’ils étaient suffisants, ont permis Compte-tenu de la position affichée par la France
d’aboutir à une appréciation en 4 niveaux reflétée par sur certains domaines d’intérêts particuliers, il
un code couleurs (vert = action crédible, jaune = risques existe un risque notable (niveau jaune) pour la cré-
notables, orange = risques sérieux, rouge = action insuf- dibilité du leadership climatique français au
fisante), dans l’esprit du tableau 4.3a. niveau de l’UE.
DÉCLINAISON Niveau d'ambition et mesures envisagées pour 2030 : les projections ne per- Action insuffisante
NATIONALE mettent pas à la France d'atteindre ses objectifs au regard de la réglemen-
DES ENGAGEMENTS tation UE212. Sur le partage de l’effort (ESR), les mesures envisagées (PNEC) Les 1ers textes d'adaptation du droit na-
PRIS DANS conduisent à une baisse des émissions de 46,4 % contre un objectif de 47,5 %. tional ont été publiés mais le gros des
LE CADRE EUROPÉEN La France doit également relever son ambition et mettre en place des me- objectifs reste à inscrire dans les textes
sures additionnelles pour atteindre ses objectifs ENR et LULUCF. Le PNACC énergie-climat structurants toujours at-
ne tient pas compte des vulnérabilités et des risques qui pourraient compro- tendus (SNBC, PPE, etc.).
mettre la réalisation des objectifs en matière d'énergie et d'atténuation.
Les projections ne permettent pas à la
Certains points positifs peuvent être relevés : le fait d'avoir une trajectoire France d'atteindre ses objectifs au regard
pour 2030, avec des budgets carbone quinquennaux, même si les mesures de la réglementation UE.
pour atteindre les objectifs ne sont pas toujours précisées (PNEC). Sur l'effi-
cacité énergétique, la France a développé un ensemble de mesures cou-
vrant la plupart des secteurs concernés (bâtiment, transports, entreprises).
Des efforts sont faits concernant la transition juste (évaluation de la préca-
rité énergétique et plans sectoriels pour l’évolution des compétences).
LEADERSHIP La France fait montre d'ambition concernant la position internationale de Risques notables
FRANÇAIS SUR l'UE dans les enceintes climat (ex. sortie européenne des énergies fossiles,
LES QUESTIONS positions à la COP). La France fait montre d’ambition concer-
CLIMAT AU NIVEAU nant les sujets climatiques au niveau
UE Toutefois, la posture française sur d'autres sujets − alignement des poli- UE213 mais celle-ci est tempérée sur cer-
tiques sectorielles (ex. PAC) sur le Pacte Vert − ou dans d'autres enceintes tains secteurs selon ses intérêts214.
multilatérales (ex. OACI) n'est pas nécessairement alignée avec ses ambi-
tions pour l'UE sur le plan international.
* Ces dispositions concernent notamment la révision du marché carbone SEQE, en particulier le SEQE-aviation et l'extension du SEQE1 au maritime;
le régime de sanctions applicable aux importateurs pour la période de transition du MACF; la transposition de la définition de l’hydrogène renou-
velable et de l’hydrogène bas-carbone en droit français.
Source : HCC
NOTES ET RÉFÉRENCES
53 DU CHAPITRE 5
1. L’accord de Paris a été adopté par 196 pays lors de la COP21 en décembre 2015 et est entré en vigueur le 4 novembre 2016.
2. Haut Conseil pour le Climat (2023) « Avis COP28 : Le bilan mondial et ses implications pour la politique climatique de la France ».
3. Les moyens de mise en œuvre recouvrent le soutien financier, le transfert de technologies et le renforcement de capacités.
4. Accord de Paris, article 14§1 : « [La COP] fait périodiquement le bilan de la mise en œuvre du présent Accord afin d'évaluer les progrès collectifs
accomplis dans la réalisation de l'objet du présent Accord et de ses buts à long terme (ci-après dénommé « bilan mondial »). Elle s'y emploie d'une
manière globale, axée sur la facilitation, en prenant en considération l'atténuation, l'adaptation, les moyens de mise en œuvre et l'appui et en tenant
compte de l'équité et des meilleures données scientifiques disponibles. »
5. Accord de Paris, article 14§3 : « Les résultats du bilan mondial éclairent les Parties dans l'actualisation et le renforcement de leurs mesures et de
leur appui selon des modalités déterminées au niveau national, conformément aux dispositions pertinentes du présent Accord, ainsi que dans
l'intensification de la coopération internationale pour l'action climatique ».
6. Forster et al. (2024) « Indicators of Global Climate Change 2023 : annual update of key indicators of the state of the climate system and human
influence », Earth Syst. Sci. Data Discuss., in review https://essd.copernicus.org/articles/16/2625/2024/
7. Haut Conseil pour le Climat (2023) « Acter l’Urgence, Engager les moyens ».
221
8. Ici est uniquement prise en compte la partie « non-conditionnelle » des CDN, sachant que la mise en œuvre de certaines mesures prévues dans les
contributions peut être conditionnée, notamment à la réception de soutien financier.
9. D’après GIEC (2023) « Changement climatique 2023, rapport de synthèse », 6e rapport d’évaluation (AR6) et PNUE (2023) « Emission Gap Report »
10. Cf. note 6.
11. Bauer et al. (2023) “Exploring risks and benefits of overshooting a 1.5 °C carbon budget over space and time”
https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/accd83/meta
12. En application du paragraphe 25 de la décision 1/CP.21, afin d’améliorer la clarté, la transparence et la compréhension des CDN, celles-ci doivent
en principe être présentées par les pays 9 à 12 mois avant la COP30, qui se tiendra en novembre 2025.
13. La décision 1/CMA.5 sur les résultats du premier bilan mondial, reprenant sur ce point la décision 6/CMA.3 prise par la COP26 sur les calendriers
communs aux CDN, « encourage les Parties à communiquer en 2025 une contribution déterminée au niveau national valable jusqu’en 2035 », sans
que ce calendrier ne s’impose toutefois juridiquement aux Parties qui peuvent donc choisir un horizon à 2040 notamment.
14. Accord de Paris, article 4§3.
15. Décision 1/CMA.5 sur les résultats du premier bilan mondial, §40 et §42.
16. Trajectoire GIEC reprise dans la décision 1/CMA.5 sur les résultats du premier bilan mondial (§26 et §27), y compris le pic d’émissions avant 2025
au plus tard.
17. Cf. note 7, 4.2 et Cf. note 2.
18. Voir aussi l’analyse de Lola Vallejo, Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) (déc. 2023) “COP28 : la fin du
commencement”, https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/billet-de-blog/cop-28-la-fin-du-commencement
19. Discours de Simon Stiell, Secrétaire exécutif de la CCNUCC, à l’Université ADA de Bakou, le 2 février 2024 : « From Vision to Reality, Getting the Job
Done: Executive Secretary Speech » : «These national climate plans aren’t just pieces of paper, they must be backed by robust policy instruments,
costed out and translatable into shovel-ready investment opportunities ».
20. La décision de la COP28 sur les résultats du premier bilan mondial (1/CMA.5) engage les Parties à contribuer, selon des modalités déterminées au
niveau national, aux efforts mondiaux pour « opérer une transition juste, ordonnée et équitable » vers une sortie des combustibles fossiles dans les
systèmes énergétiques, en accélérant l’action pendant cette décennie critique, afin d’atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050, confor-
mément aux données scientifiques ».
21. À l’instar de la nouvelle taxonomie verte européenne en vigueur depuis le 1er janvier 2023, qui intègre le nucléaire et le gaz, reconnaissant en
particulier à ce dernier "un rôle à jouer pour faciliter le passage aux énergies renouvelables" sur le chemin de la neutralité climatique.
22. Le rapport publié par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) en février 2023 montre que les subventions à la consommation mondiale de
combustibles fossiles ont doublé par rapport à 2021, pour atteindre un niveau record de 1 000 Mrd $. Le FMI considère pour sa part que les subven-
tions des pouvoirs publics aux combustibles fossiles ont atteint 7 000 Mrd $ et coûté l’équivalent de 7,1 % du PIB mondial en 2022.
23. Dec. 1/CMA.3 §36 : « Calls upon Parties to accelerate […] the adoption of policies to transition towards low-emission energy systems, including […]
accelerating efforts towards the […] phase-out of inefficient fossil fuel subsidies […] »
24. Augmentation de la capacité installée en énergies renouvelables pour atteindre 11 000 GW au niveau mondial d’ici 2030, et amélioration de
l’efficacité énergétique d’environ 2 % à 4 % chaque année jusqu’en 2030.
25. Déc. 1/CMA.5 sur les résultats du premier bilan mondial, §33 : « […] Souligne en outre que pour atteindre l’objectif de température fixé dans l’Accord
de Paris, il importe de préserver, de protéger et de restaurer la nature et les écosystèmes, notamment de redoubler d’efforts pour mettre fin au
déboisement et à la dégradation des forêts d’ici à 2030 et inverser ces tendances […]. »
26. Ces GES - dont le méthane, les hydrofluorocarbures, l'oxyde nitreux et l'ozone troposphérique - ont un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère
de plusieurs dizaines à plusieurs milliers de fois plus puissants que le dioxyde de carbone.
27 Déc.1/ CMA.5, §28 f) : « Réduire considérablement et plus rapidement les émissions de gaz à effet de serre autres que le dioxyde de carbone au
niveau mondial, en particulier les émissions de méthane, d’ici à 2030 ».
28. À la COP28, plusieurs pays (États-Unis, Union Européenne, Canada, Brésil, Nigéria, Egypte) ont par exemple annoncé de nouvelles politiques et
réglementations nationales pour la réduction des émissions de CH4 issues des opérations pétrolières et gazières
https://www.ccacoalition.org/fr/news/highlights-2023-global-methane-pledge-ministerial
29. Autres exemples d’initiatives rassemblant États et/ou acteurs non gouvernementaux sur la question : Climate and Clean Air Coalition (CCAC), Oil
& Gas Methane Partnership 2.0, Methane Finance Sprint, Partenariat mondial pour le torchage et la réduction du méthane (GFMR), Global Methane
Pledge Food Agriculture Pathway, Programme de réduction du méthane agricole (RAMP) du Fonds international de développement agricole, Alliance
d’action contre le méthane laitier (lancée à la COP28), LOW-Methane (lancé à la COP28 en vue de la réduction du méthane des déchets organiques).
Il existe par ailleurs plusieurs initiatives ou programmes de R&D pour améliorer la collecte, la diffusion et l'exploitation des données sur les émissions
de méthane (ex. International Methane Emissions Observatory, Hub mondial du méthane).
30. Plusieurs pays ont rejoint l’initiative à l’occasion de la COP28, notamment le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Angola. L’Azerbaïdjan, hôte de la
COP29, l’a rejointe en mars 2024.
31. Dans la déclaration sino-américaine de Sunnylands du 14 novembre 2023, la Chine manifeste toutefois sa volonté de mettre en place un plan
d’action national concernant le méthane et de développer des cibles et mesures de réduction d’émissions de CH4 à inclure dans la prochaine CDN
qu’elle présentera avec un horizon 2035.
32. 50 compagnies pétrolières et gazières (représentant 40% de la production de pétrole mondiale) ont signé une Charte sur la décarbonation du
secteur pétrolier et gazier, lancée par la présidence de la COP28 avec pour objectif "d'aligner le secteur sur le net zéro d'ici ou autour de 2050,
supprimer les émissions de méthane, éliminer le torchage d'ici 2030 et continuer à travailler sur les meilleures pratiques de l'industrie en matière de
réduction des émissions" https://www.cop28.com/en/news/2023/12/Oil-Gas-Decarbonization-Charter-launched-to--accelerate-climate-action
33. https://treaties.un.org/Pages/ViewDetails.aspx?src=TREATY&mtdsg_no=XXVII-2-f&chapter=27&clang=_en
34 GIEC (2023), AR6, rapport de synthèse, p.30, note de bas de page 51 : « In this context, ‘unabated fossil fuels’ refers to fossil fuels produced and
used without interventions that substantially reduce the amount of GHG emitted throughout the life-cycle; for example, capturing 90 % or more from
power plants, or 50-80% of fugitive methane emissions from energy supply»; GIEC (2022), AR6, WGIII Summary for policymakers (C4) : « The continued
installation of unabated fossil fuel infrastructure will ‘lock-in’ GHG emissions. (high confidence) ».
35. HCC (2023) « Avis sur la stratégie française de capture, stockage et utilisation du CO2 » et Cf. note 2.
36. Le premier de ces dialogues se tiendra lors de l’intersession de la CCNUCC à Bonn en juin 2024.
37. Un ensemble d’activités, intitulé « Feuille de route pour la mission 1,5 », est lancé sous la direction de cette troïka pour « approfondir […] la coopéra-
tion internationale et créer un environnement international plus porteur afin de relever le niveau d’ambition dans le cadre du prochain cycle de CDN »
38. Cf. note 7 et cf. note 2.
39. Discours du président de la République française à l’occasion de la session plénière de la COP28 à Dubaï (1er décembre 2023)
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/deplacement-a-la-cop28-de-dubai
40. Décision 2/CP.27 relative aux modalités de financement permettant de faire face aux pertes et préjudices liés aux effets néfastes des change-
ments climatiques, qui ont notamment trait aux moyens de remédier aux pertes et préjudices.
41. Cf. note 2.
42 Décisions 1/CP.28 et 5/CMA.5 relatives à la mise en place des nouvelles modalités de financement, y compris d’un fonds, permettant de faire face
aux pertes et préjudices visés aux paragraphes 2 et 3 des décisions 2/CP.27 et 2/CMA.4.
43. Le Réseau de Santiago a été établi en 2019 afin de catalyser l’assistance technique des organisations, organes, réseaux et experts compétents
pour la mise en œuvre d’approches pertinentes en matière de prévention, réduction et prise en compte des pertes et préjudices liés aux effets
néfastes des changements climatiques aux niveaux local, national et régional dans les pays en développement qui sont particulièrement vulnérables
à ces effets (déc. 2/CMA.2, §43). L'assistance technique peut couvrir la dissémination des connaissances et des méthodologies pour identifier,
qualifier et quantifier le niveau de pertes et préjudices subis, l’évaluation des besoins et le développement d’une demande d’assistance technique et
financière, ainsi que l’élaboration de stratégies ou la mise en place d’approches ou de technologies pour y faire face.
44. Déc. 1/CP.28, Annexe 1 « Instrument régissant le Fonds ».
41. Déc. 1/CP.28, Annexe 2 « Modalités de financement ».
223
besoins de séquestration biologique du carbone estimés pour tenir les engagements d’atténuation présentés par les pays est d’environ 1 Mrd
d’hectares, soit plus que la superficie combinée de l'Afrique du Sud, de l'Inde, de la Turquie et de l'Union européenne. 50 % de ces besoins nécessite-
raient un changement d’usage des terres. Ce constat montre que les engagements des pays s’appuient sur des quantités irréalistes de séquestration
terrestre du carbone, qui ne peuvent être atteintes sans des impacts négatifs importants sur les droits fonciers, la production alimentaire, les écosys-
tèmes et la biodiversité, les moyens de subsistance des populations locales et les droits des peuples autochtones.
84. Cf. note 7 et cf. note 2.
85. cf. HCC (2023) Rapport annuel « Acter l’urgence, engager les moyens », 3.6 UTCAFT, recommandation 1.1 (p.141) : « Recalibrer, dans la SNBC en
cours de révision, les cibles pour les puits de carbone liés aux forêts, à l’utilisation de bois, au stockage de carbone dans les sols et aux changements
d’usage des sols, et affecter des objectifs à chacun de ces sous-secteurs ».
86. Cf. note 7 et cf. note 2.
87. Agence Européenne de l’Environnement (AEE) (2024) Rapport 01/2024 « European climate risk assessment ».
https://www.eea.europa.eu/publications/european-climate-risk-assessment
88. Résolution du Parlement européen (2019/2930 (RSP)) du 28 novembre 2019 sur l’urgence climatique et environnementale.
89. Cf. communication de la Commission européenne (COM(2019) 640 final) du 11 décembre 2019 « Le Pacte vert pour L’Europe » et HCC (2024)
« L’action climatique européenne pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », p.6.
90. L’objectif de neutralité climatique d’ici 2050 a été acté par les chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil européen de décembre 2019
(cf. Conclusions EUCO 29/19 du Conseil Européen du 12 décembre 2019).
91. Crise sanitaire Covid-19 (2019-2020), invasion de l’Ukraine (2022), crise inflationniste mondiale (2022-2023).
92. Cf. note 7, 3.5 pour l’analyse des conséquences de la crise énergétique en France.
93. Communication de la Commission européenne COM (2022) 230 final du 18 mai 2022.
97. À noter qu’en mars 2023, la Commission européenne a formulé une proposition de règlement pour la mise en place d’un cadre permettant d’assurer
à l’UE un approvisionnement durable et sûr en matières premières critiques (proposition de règlement établissant un cadre visant à garantir un approvi-
sionnement sûr et durable en matières premières critiques et modifiant les règlements (UE) nº 168/2013, (UE) 2018/858, (UE) 2018/1724 et (EU) 2019/1020).
98. Le protocole a été adopté en 1997 et est entré en vigueur en 2005. L’UE l’a officiellement ratifié le 29 avril 1998.
96. Directive 2009/28/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir
de sources renouvelables et modifiant puis abrogeant les directives 2001/77/CE et 2003/30/CE.
97. Le SEQE fixe un plafond maximal d’émissions pour les secteurs de l’approvisionnement énergétique et de l’industrie lourde, pour atteindre une
réduction des émissions de 21 % en 2020 par rapport aux valeurs de 2005.
98. Décision n° 406/2009/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative à l’effort à fournir par les États membres pour réduire leurs
émissions de GES afin de respecter les engagements de la Communauté en matière de réduction de ces émissions jusqu’en 2020.
99. L’objectif européen global sur ces secteurs était une réduction des émissions de 10 % d’ici 2020 par rapport aux valeurs de 2005, décliné en
objectifs nationaux contraignants, à savoir -14% pour la France.
100. Décision (UE) n° 529/2013 du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2013 relative aux règles comptables concernant les émissions et les
absorptions de gaz à effet de serre résultant des activités liées à l'utilisation des terres, au changement d'affectation des terres et à la foresterie et
aux informations concernant les actions liées à ces activités ; Règlement (UE) 2018/841 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2018 relatif à
la prise en compte des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des
terres et de la foresterie dans le cadre d’action en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030, et modifiant le règlement (UE) no 525/2013 et la
décision (UE) no 529/2013.
101. Cour européenne des comptes (2023) Rapport spécial 18/2023 « Objectifs de l’Union européenne en matière de climat et d’énergie – Contrat
rempli pour 2020, mais pronostic réservé pour les objectifs de 2030 » : dans son rapport, la Cour a estimé que les émissions de GES de l’UE en 2020
auraient été inférieures d’environ 27 % aux niveaux de 1990, et non de 31,9 %, ce qui reste supérieur aux réductions requises par l’objectif de 2020.
102. Selon l’AEE, les réductions d’émissions de GES de l’UE s’élevaient à 34,2 5% en 2020 par rapport à 1990.
https://climate-energy.eea.europa.eu/topics/climate-change-mitigation/greenhouse-gas-emissions-inventory/intro
103. Cf note 102.
104. Pour un descriptif plus détaillé, voir le site du MTECT https://www.ecologie.gouv.fr/cadre-europeen-energie-climat
105. L'objectif européen d'au moins 40 % de réduction des émissions de GES en 2030 par rapport à 1990 s’est traduit en un objectif de -43 % par
rapport à 2005 pour le SEQE, et de -30 % par rapport à 2005 pour les autres secteurs (cf. règlement (UE) 2018/842 du Parlement européen et du
Conseil du 30 mai 2018 relatif aux réductions annuelles contraignantes des émissions de gaz à effet de serre par les États membres de 2021 à 2030
contribuant à l’action pour le climat afin de respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de paris et modifiant le règlement (UE)
n° 525/2013), soit un objectif national hors SEQE de -37 % pour la France.
106. Directive (UE) 2018/2002 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 modifiant la directive 2012/27/UE relative à l'efficacité
énergétique.
107. L’objectif d’efficacité énergétique (initialement fixé à « au moins 27 % », puis à « au moins 32,5 % » après révision de la directive en 2018)
correspond à une réduction de la consommation d’énergie primaire de l’UE par rapport au scénario de référence de 2007. La directive prévoit par
ailleurs que les États membres définissent un objectif national indicatif, en tenant compte d’un scénario tendanciel à 2030.
108. Règlement (UE) 2018/1999 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 sur la gouvernance de l'Union de l'énergie et de l'action pour
le climat.
109. En octobre 2023, la France a présenté son dernier projet de plan national intégré énergie-climat à la Commission Européenne :
https://commission.europa.eu/document/down-
load/e160e0b8-2ac9-4731-bcad-5024ce97bcc9_fr?filename=FRANCE%20-%20DRAFT%20UPDATED%20NECP%202021-2030_FR.pdf. Celle-ci l’a
analysé et a fourni des recommandations pour améliorer la version finale du document, qui doit être présentée d’ici le 30 juin 2024 :
https://commission.europa.eu/energy-climate-change-environ-
ment/implementation-eu-countries/energy-and-climate-governance-and-reporting/national-energy-and-climate-plans_en#national-energy-a
nd-climate-plans-2021-2030
110. Règlement (UE) 2021/1119 du Parlement européen et du Conseil du 30 juin 2021 établissant le cadre requis pour parvenir à la neutralité climatique
et modifiant les règlements (CE) no 401/2009 et (UE) 2018/1999 (dite « loi européenne sur le climat »).
111. Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) Avis du 14 mai 2024 : environ 75 propositions, dont 43 % de textes adoptés et 21 % en
trilogues.
112. Risler (2024) « Le Pacte vert européen – Un bilan » Terranova.
113. Communication COM/2021/82 final de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au
Comité des régions du 24 fév. 2021 « Bâtir une Europe résiliente – la nouvelle stratégie de l’union européenne pour l’adaptation au changement
climatique ».
114. En mars 2022, le Conseil a également adopté des conclusions dans lesquelles il appelle à l'adaptation des systèmes de protection civile face à
des phénomènes météorologiques extrêmes résultant du changement climatique. cf. Conclusions du Conseil (2022/C 322/02)
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:52022XG0826(01)
115. Communication (COM (2020)380 final) de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au
Comité des régions du 20 mai 2020 « Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 pour ramener la nature dans nos vies ».
116. Directive (UE) 2023/959 du 10 mai 2023 modifiant la directive 2003/87/CE établissant un système d’échange de quotas d’émission de GES dans
l’Union et la décision (UE) 2015/1814 concernant la création et le fonctionnement d’une réserve de stabilité du marché pour le système d’échange de
quotas d’émission de GES de l’Union.
117. Suppression progressive qui s’étalera entre 2026 et 2034.
118. Toutes les émissions liées aux trajets maritimes intra-européens, ainsi que la moitié des émissions des trajets entre l’UE et le reste du monde sont
incluses dans le périmètre du SEQE, avec une montée en charge progressive dans les obligations faites aux compagnies maritimes pour la restitution
des quotas d’émission (40 % pour les émissions 2024, 70 % en 2025 et 100 % en 2026).
119. Le CORSIA est un régime mondial de compensation et de réduction de carbone pour l'aviation internationale, dont le principe a été adopté par
227
LISTE DES PRINCIPAUX SIGLES
ET ABRÉVIATIONS
ABF : Architectes des Bâtiments de France
Ademe : Agence de la transition écologique, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (anciennement)
ACT : Assessing low Carbon Transition
AFD : Agence française de développement
AEE : Agence européenne de l’environnement (EEA)
AFIR : Règlement sur le déploiement d'une infrastructure pour carburants alternatifs
AFOLU : Agriculture, Forestry and Other Land Use
Agec : Anti-gaspillage pour une économie circulaire
Agreste : Statistique agricole
AIE : Agence internationale de l’énergie
Amap : Association de maintien de l’agriculture paysanne
AMR : Advanced modular reactor
AMS : Avec mesures supplémentaires
Anah : Agence nationale de l’habitat
ANCT : Agence nationale de la cohésion des territoires
ANDES : Association nationale de développement des épiceries solidaires
AOC : Appellation d’origine contrôlée
AOP : Appellation d’origine protégée
APER : Accélération de la production des énergies renouvelables (loi)
229
LEC : Loi énergie climat
LPEC : Loi de programmation énergie et climat
LTECV : Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
UE : Union européenne
UGESS : Union nationale des groupements des épiceries sociales et solidaires
USA : United States of America
UTCATF : Utilisation des terres, changement d'affectation des terres et foresterie
VE : Véhicule électrique
VHR : Véhicule hybride rechargeable
VP : Véhicule particulier
VUL : Véhicule utilitaire léger
231
REMERCIEMENTS
DU HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT
Ce rapport a été élaboré par :
Anass HAMMANI, Lucas HERNANDEZ, Yohanan KASRIEL, Marie-Pierre MEGANCK, Lydia MEYER,
Estelle MIDLER, Quentin PERRIER, Anaïs VALANCE, Sarah VOIRIN
avec l’appui de Élisa SGAMBATI,
sous la direction de Sylvain MONDON,
Le Haut conseil pour le climat souhaite remercier les organisations ayant bien voulu apporter des éclairages et connais-
sances utiles à la finalisation de ce rapport (par ordre alphabétique) :
Jean-Pierre Chang, Mélanie Juillard, Jonathan Hercule, Grégoire Bongrand, Etienne Mathias, Sarah
Urbano et Colas Robert Mark Tuddenham (Citepa) ;
Manuel Baude, Christophe Meilhac et Benoît Pentinat (CGDD/Sdes) ;
Lauriane Batté et Aurélien Ribes (Météo-France) ;
Georges Farah et Antoine Quantin (CCR) ;
Amandine Hourt et Muriel Mahé (MASA) ;
Vivian Dépoues, Charlotte Vailles et Louise Kessler (I4CE) ;
Andreas Rüdinger (IDDRI) ;
Isolde Devalière, Bertrand-Olivier Ducreux et Mathieu Chassignet (Ademe) ;
Olivier Sidler (négaWatt) ;
Samuel Martin (Enertech) ;
Élisabeth Flichy (Agence parisienne du climat) ;
Vincent Feuillette (Anah) ;
Léo Larivière (Transport & environment)
Maxime Gérardin (France Stratégie)
Aurélie Brunstein (Réseau Action Climat)
Charlotte Soulary (Zero Waste France)
Anaïs Voy-Gillis (IAE Poitiers)
Claire Bastick (IGN)
Sylviane Giampino (Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge)
Mathilde Pascal (Santé Publique France)
M l'Ambassadeur Stéphane Crouzat et l’équipe interministérielle climat
Phuc Vinh NGUYEN (Institut Jacques Delors).
Philippe Wen (Minefi/DGT)
Enfin, le Haut conseil pour le climat remercie le personnel de France stratégie et de la Direction des services adminis-
tratifs et financiers des services du Premier ministre pour leur appui administratif et logistique.
SÉNAT
RÉPOND SOUS 6 MOIS
RAPPORT ANNUEL TRANSMIT
ASSEMBLÉE NATIONALE
CESE
S’AUTOSAISIT
GOUVERNEMENT
HAUT CONSEIL RAPPORT ANNUEL REMIS
POUR LE CLIMAT AU PREMIER MINISTRE
MINISTÈRES
AVIS QUINQUÉNAL
Évaluer SUR LA STRATÉGIE
et recommande
de manière neutre EST ENTENDU
et indépendante UNE FOIS PAR AN CONSEIL DE DÉFENSE ÉCOLOGIQUE
Oriente, priorise et assure prise en compte et suivi
Le Haut conseil pour le climat (HCC) est un organisme mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de
indépendant chargé d’évaluer l’action publique en serre et développer les puits de carbone.
matière de climat et sa cohérence avec les engage-
ments européens et internationaux de la France, en Il rend un avis tous les 5 ans sur les projets de straté-
particulier l’Accord de Paris, l’atteinte de la neutralité gie bas carbone et de budgets carbone et la trajec-
carbone en 2050, et le respect des budgets carbone de toire de baisse des émissions de gaz à effet de serre
la France. sur laquelle s’engage la France. Il évalue « la cohé-
rence de la stratégie bas carbone vis-à-vis des poli-
Présidé par la climatologue franco-canadienne Corinne tiques nationales et des engagements européens et
Le Quéré, le HCC est composé de douze membres choi- internationaux de la France, en particulier de l’Accord
sis pour cinq ans en raison de leur expertise scientifique, de Paris et de l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.
technique et économique dans les domaines des sciences
du climat et des écosystèmes, de la réduction des émis- Pour ces deux missions, le HCC prend en compte les
sions de gaz à effet de serre ainsi que de l’adaptation et impacts sociaux-économiques de la transition pour les
de la résilience face au changement climatique. ménages et les entreprises, les enjeux de souveraineté
et les impacts environnementaux.
Le HCC a été créé par le décret du 14 mai 2019, après
avoir été installé le 27 novembre 2018 par le Président Les rapports du HCC, fondés sur des analyses scienti-
de la République. Il est inscrit dans la loi relative à fiques, évaluent les politiques et mesures en place et
l’énergie et au climat de 2019. prévues et formulent des recommandations pour aider
la France à atteindre ses objectifs. Ils donnent un éclai-
Aux termes du décret portant sa création, le Haut rage indépendant, factuel et rigoureux sur l’évolution
conseil pour le climat a deux missions principales : des émissions de gaz à effet de serre de la France et sur
Il rend chaque année un rapport sur le respect de la ses politiques publiques, dans une perspective à
trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de long-terme. Tous les avis et rapports du Haut conseil
serre, la bonne mise en œuvre des politiques et pour le climat sont rendus publics.
233
LES MEMBRES
DU HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT
Corinne LE QUÉRÉ - présidente
Corinne Le Quéré est une climatologue franco-canadienne, professeure en science
du changement climatique à l’Université d’East Anglia. Elle a initié le « global carbon
budget », elle a dirigé le centre Tyndall sur les Changements climatiques et a été
auteure du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Elle est
membre de l’Académie des Sciences du Royaume-Uni et siège au sein du « Climate
Change Committee ».
Michel COLOMBIER
Michel Colombier est ingénieur et économiste. Il est directeur scientifique de l’IDDRI,
enseignant à Sciences Po Paris. Il a été directeur général de l’ICE (International
Consulting on Energy), conseiller auprès du cabinet du ministre de l’Énergie, chef du
département « stratégie et évaluation » de l’Ademe. Il a été président du Comité d’Ex-
perts pour la Transition Energétique en France.
Sophie DUBUISSON-QUELLIER
Sophie Dubuisson-Quellier est docteur de l’École des Mines de Paris, directrice de
recherche au CNRS et directrice du Centre de sociologie des organisations (CSO),
de Sciences Po. Elle travaille sur le changement social dans le contexte de la transi-
tion écologique, à l’articulation des politiques publiques, des mobilisations et des
stratégies économiques.
Alain GRANDJEAN
Alain Grandjean est diplômé de l’École polytechnique, de l’Ensae et docteur en éco-
nomie de l’environnement. Il est associé fondateur de Carbone 4, cabinet de conseil
en stratégie climat. Il est membre du comité scienti_que de la Fondation pour la
Nature et l’Homme. Il a créé la plateforme The Other Economy.
Marion GUILLOU Marion Guillou est présidente de l’Académie d’Agriculture de France. Elle est membre
du conseil de supervision du programme international sur l’agriculture, l’alimentation
et le changement climatique en Afrique (AICCRA). Marion Guillou est également
administratrice de plusieurs organisations publiques et privées. Spécialiste de
l’alimentation, elle a été présidente directrice générale de l’INRA, présidente de l’École
polytechnique et d’Agreenium (IAVFF) et a créé l’initiative européenne sur l’agriculture,
l’alimentation et le changement climatique (JPI-FACCE).
Céline GUIVARCH
Céline Guivarch est directrice de recherches à l’École des Ponts, économiste au
CIRED (Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement).
Elle travaille à la fois sur les impacts économiques du changement climatique et sur
les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle a fait partie de
l’équipe des auteurs du 6ème rapport d’évaluation du GIEC.
Benoît LEGUET
Benoît est le directeur général de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), asso-
ciation à but non lucratif qui contribue par ses analyses au débat sur les politiques
d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Ses travaux couvrent trois
transitions – énergie, agriculture, forêt – et six défis économiques : investissement,
financement public, financement du développement, réglementation financière,
tarification carbone et certification carbone.
Valérie MASSON-DELMOTTE
Valérie Masson-Delmotte est chercheuse en sciences du climat (directrice de re-
cherches au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, CEA)
au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’Institut Pierre
Simon Laplace. Elle a été co-présidente du groupe de travail sur les bases physiques
du changement climatique du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution
du climat (GIEC) pour le 6ème cycle d'évaluation (2015-2023). Elle est actuellement
membre du Comité national consultatif d'éthique, et vice-présidente du comité
d'éthique en commun (INRAE, CIRAD, IRD et IFREMER).
Katheline SCHUBERT
Katheline Schubert est professeur d’économie à l’université Paris 1 Panthéon-
Sorbonne et à l’École d’économie de Paris. Ses travaux portent sur l’économie des
ressources naturelles et de l’environnement et sur la croissance économique.
Jean-Francois SOUSSANA
Jean-François Soussana est ingénieur agronome et docteur en physiologie végétale
de formation. Il est directeur de recherche et vice-président de l’INRAE en charge de
la politique internationale, après avoir été directeur scientifique environnement.
Membre du GIEC en tant qu’auteur principal depuis 1998, il a partagé avec les au-
teurs du GIEC le prix Nobel de la Paix en 2007 et a reçu plusieurs prix nationaux et
internationaux.
Laurence TUBIANA
Laurence Tubiana est présidente et directrice exécutive de la Fondation européenne
pour le climat (ECF) et professeur à Sciences Po Paris. Elle a précédemment présidé
le conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD) et a été
ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique et Représen-
tante spéciale pour la COP 21, et de de ce fait, elle a été nommée championne de
haut niveau pour le climat de l’ONU.
235
TENIR LE CAP
DE LA DÉCARBONATION,
PROTÉGER LA POPULATION
www.hautconseilclimat.fr
@hc_climat