Du Régional Au Local: Développement Durable Et Impacts Des Politiques Publiques de Gestion de La Vallée Du Fleuve Sénégal
Du Régional Au Local: Développement Durable Et Impacts Des Politiques Publiques de Gestion de La Vallée Du Fleuve Sénégal
2021 11:37
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Chercheur associé, Laboratoire PACTE (Politiques publiques, Action politique, Territoires), Institut de Géographie Alpine, 14
Bis, avenue Marie Reynoard, 38000 Grenoble, France, Courriel: amsenea@[Link]
Résumé : La première partie de l’étude propose une analyse à l’échelle de l’ensemble du bassin du fleuve Sénégal s’étendant sur quatre
pays (Sénégal, Mali, Mauritanie et Guinée-Bissau) et porte sur quatre impératifs du développement durable : institutionnel, économique,
social et écologique. À cette échelle d’analyse, nos recherches montrent que les modes de gestion du fleuve présentent beaucoup
d’impasses et ne peuvent être considérées comme durables. L’étude montre une opposition entre les institutions chargées de la gestion du
fleuve comme l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal qui centralise les pouvoirs de décision d’une part et les
communautés locales qui disposent d’une très faible marge de participation aux processus de prise de décision d’autre part. De même, la
construction des grands barrages de Diama et de Manantali entraîne des résultats très controversés : l’amélioration de l’irrigation
s’accompagne d’une dégradation des conditions écologiques. La deuxième partie de la recherche porte sur une échelle plus réduite,
nationale et locale. L’étude met en exergue l’existence de plusieurs changements résultant essentiellement des effets induits depuis
l’échelle supérieure régionale (grands barrages, outils de gestion environnementale, mesures juridiques et conventionnels instaurées par la
bureaucratie régionale…). Ces changements, perceptibles sous différentes formes, défendent tous un objectif de durabilité.
Mots-clés : politiques publiques, développement durable, fleuve Sénégal, barrages, bureaucratie régionale et nationale, communautés
locales, action publique.
Abstract: This study, on institutional, economic, social and ecological aspects of sustainable development, is based on an analysis of the
Senegal River watershed including four countries (Senegal, Mali, Mauritania and Guinea-Bissau). At regional analysis scale, our research
shows the River’s management throws up many problems and could not be considered as sustainable. The study indicates an opposition
between institutions or bureaucracy and local communities. The firsts manage the River and focus decision-making power, while the
seconds are not really involved in decision-making processes. Furthermore, Diama and Manantali’s dams impacts show very controversial
results: the irrigation’s improvement is accompanied by a deterioration of ecological conditions.
At National and Local levels, this study highlights several changes that result primarily from regional activities (dams, environmental
management tools, conventional and legal measures introduced by national and regional bureaucracy...). These changes can be observed
in different forms and are supported by local communities. These results defend altogether a sustainable development’s aim.
Keywords: public policy, sustainable development, Senegal River, dams, regional and national bureaucracy, local communities.
qui opèrent dans l’ensemble de la vallée ont leurs bureaux dans la L’étude du dispositif institutionnel de l’OMVS indique, dans un
ville de Saint-Louis. Ainsi, les enquêtes menées dans cette ville premier temps, un cadre théorique de référence. Puis, dans un
ont permis de recueillir plusieurs informations de portée second temps, elle montre une déficience dans son application et
régionale. Les enquêtes pour le local sont réalisées dans des souligne ainsi des problèmes sociaux comme la faible
villages de la zone du delta située sur la rive gauche du fleuve. participation des représentants des populations aux processus de
Elles sont menées sous forme d’observation directe sur le terrain prise de décision.
et d’entretiens par individu ou par groupe d’individus suivant les
circonstances, sur une période totale d’environ quatre mois Mécanismes institutionnels de l’OMVS et participation
(janvier à avril 2006). Les lieux où les enquêtes sont effectuées : aux processus de prise de décision
Saint-Louis, Diama, Richard-Toll, Lampsar, Ndialakhar, Gandon
et Mbann sont rapportés à la Figure 1. Certaines personnes L’OMVS est constituée par trois organes permanents : la
interviewées, le lieu et la date de l’interview sont cités Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernement qui est
progressivement dans ce papier. Les autres informations l’instance suprême de l’Organisation, définit la politique de
recueillies des enquêtes sont recoupées entre elles, analysées, coopération et prend des décisions concernant le développement
puis en fonction des idées et des tendances qu’elles véhiculent, économique général ; le Conseil des ministres qui élabore la
sont diffusées directement dans le corps du texte pour appuyer politique générale d’aménagement du fleuve et le Haut-
l’argumentation. commissariat qui est l’organe d’exécution de l’Organisation
(Figure 2). En plus de ces principaux organes permanents,
Résultats l’OMVS est également constituée d’organes consultatifs où la
participation des populations est admise suivant des formes bien
Politiques et actions publiques à l’échelle régionale déterminées. Ces organes consultatifs sont principalement
constitués par la CPE (Commission Permanente des Eaux), créée
À l’échelle régionale, les différents impératifs du développement en 2002, les CNC (Comités Nationaux de Coordination) et les
durable n’évoluent pas dans le même sens et certains de ces CLC (Comités Locaux de Coordination) créées en 1997 (Figure
indicateurs tels que l’équité et la participation sont plutôt 2).
négatives.
OMVS Prise de
décision:
MODELE
TOP-DOWN
Organes Caractéristiques
Haut-commissariat
Organes consultatifs
- Création: 1997
- Assure la participation de tous les acteurs
Comité National de Coordination (CNC)
Concernés, incluant les communautés locales
et les ONG à la gestion environnementale du
bassin versant.
Comité Local de Coordination (CLC)
Figure 2. Cadre institutionnel de la gouvernance de l’eau du fleuve Sénégal (Source : Sène et al., 2007)
Note :La figure montre les principaux acteurs qui participent dans la gouvernance de l’eau du fleuve. Le modèle Top-
down indique que le processus de prise de décision est hiérarchisé avec un pouvoir plus important pour les organes
permanents.
La CPE est composée de représentants des Etats membres de concernés, incluant les collectivités locales et les ONG, à la
l’Organisation. Elle est chargée de définir les principes et les gestion environnementale du bassin. Le CNC regroupe, dans
modalités de la répartition des eaux du fleuve Sénégal entre les chaque pays, les Ministères concernés, les organisations
Etats et entre les secteurs d’utilisation de l’eau, à savoir, professionnelles, la société civile (ONG, associations) et les
l’industrie, l’agriculture et les transports. Les populations locales représentants des CLC. Il est chargé, au niveau de chaque Etat
peuvent être représentées au sein de cette Commission. Les CNC membre, d’assurer la coordination et le suivi des actions du
et CLC sont récemment créés et entrent dans le cadre de PASIE, et d’organiser l’information et la sensibilisation des
l’élaboration, au niveau régional, d’un comité de pilotage du populations. Les CLC sont créés à la base et regroupent, dans
PASIE (Programme d’Atténuation et de Suivi des Impacts sur chaque pays, les collectivités locales, les associations et
l’Environnement). Le PASIE, mis en place en 1999, est défini coopératives professionnelles, les représentants des associations
par l’OMVS comme un programme d’action qui définit un de jeunes et de femmes, les ONG et les représentants de l’autorité
ensemble de mesures de correction, d’optimisation et de administrative. Ces CLC donnent leur avis sur la gestion des
surveillance des impacts sur l’environnement, dans le cadre de la ressources et suivent l’exécution des programmes du PASIE.
mise en valeur des ressources du fleuve. Il précise également les Leur avis est transmis et discuté au Comité de Pilotage du PASIE
mécanismes de coordination, de communication et de suivi qui regroupant à la fois des représentants des Etats, de l’OMVS, des
sont prévus afin d’assurer la participation de tous les intervenants partenaires au développement et de la société civile.
Développement Rural) pour la Mauritanie) qui sont représentées Il y a une évolution vers une diversification et une augmentation
au sein de la CPE, on note également la participation en son sein de la production agricole liée à la mise en place des barrages, à
de gros usagers privés. Ces derniers sont représentés au Sénégal l’échelle régionale de la vallée. Ainsi, deux périodes peuvent être
par la CSS (Compagnie Sucrière Sénégalaise) et la SDE (Société identifiées dans cette évolution :
des Eaux). Pour la CSS, sa forte implantation dans la zone et son
poids économique lui permettent, non seulement de siéger au sein x 1960-1987 (avant-barrages): Cette période correspond à la
de la CPE, mais également de disposer d’un pouvoir de décision promotion et à l’accroissement des productions vivrières
sur la régulation des eaux du fleuve. Cette forme d’inégalité, et principalement le riz. Ainsi, les superficies exploitées
entretenue par l’OMVS, dans la participation des différents pour la riziculture passent de 3 000 ha en 1960 à 15 000
acteurs et usagers de l’eau à sa gestion, est considérée comme ha en 1987 (SAED, 2001, pp.11). Pendant cette période,
une injustice par les populations et constitue une source de l’irrigation a certes déjà commencé dans la vallée, mais
tension. En effet, les populations considèrent que la CSS régule son intensification est peu développée. Ceci explique donc
l’ouverture et la fermeture du pont barrage situé à Richard Toll les faibles augmentations de productions et de rendements
dans le delta du fleuve non pas en fonction de l’intérêt de enregistrés à cette époque ;
l’ensemble des usagers locaux mais seulement sur la base de ses
propres besoins (Sène et al., 2006). « La population n’est pas x A partir de 1987 (après-barrages): On note une expansion
directement impliquée dans la gestion des eaux du fleuve; au de la diversification avec trois groupes de produits
niveau de la CPE, elle peut être représentée par le biais de agricoles. D’abord la filière riz qui se singularise par son
société de développement comme la SAED, la SONADER. Seuls poids dans la carte des productions et des superficies
les gros usagers comme les grandes sociétés privées à l’instar de cultivées. En 2004/05, la riziculture porte sur 33 404 ha
la CSS, de la SDE sont impliquées dans la gestion du barrage. » (Enquêtes SAED3, mars 2006). Ensuite les filières agro-
(Enquêtes Diama, janvier 2006). Ces propos, recueillis auprès industrielles qui comprennent la tomate, le maïs et le
d’un responsable de la Division Exploitation du barrage de sorgho mais également le coton et l’arachide. Déjà durant
Diama, confirment les véritables problèmes d’inégalités dans les cette période, on enregistre une rapide augmentation des
formes de participation qui existent dans la gestion de l’eau par superficies cultivées de tomates qui atteigne environ 3 000
l’OMVS. ha en 1990/91 (Ibid., mars 2006). La performance de ses
rendements trouve son explication sur le plan technique
Par ailleurs, l’étude des grands barrages de Diama et de avec l’augmentation de l’irrigation. Enfin, les filières
Manantali du fleuve Sénégal permet de mettre en relief horticoles constituées par l’oignon, la patate douce, le
l’opposition des impératifs économique et social du gombo… L’oignon connaît une croissance fulgurante
développement durable. Ces aménagements ont pour objectifs de depuis son introduction dans la vallée avec des
régulariser le régime hydrologique du fleuve, de valoriser sa productions qui passent de 296 à 2 629 ha entre 1994/95
ressource hydrique par le biais de la production d’hydro- et 2004/05 (Ibid., mars 2006).
électricité, d’assurer la multiplication des campagnes agricoles2
annuelles et d’augmenter la disponibilité d’un volume d’eau dans Les nouvelles conditions caractéristiques de la vallée (barrages
la vallée offrant la possibilité de naviguer tout au long du fleuve de Diama et de Manantali) lui donnent des atouts capables d’en
en toute saison. Les travaux de leur construction s’étendent de faire une zone de la diversification des productions agricoles par
1981 à 1986 pour le barrage Diama et de 1982 à 1988 pour le excellence. En effet, les superficies aménagées s’élèvent en 2009
barrage de Manantali. Constituant des ouvrages communs aux à plus de 125 000 ha, pour un potentiel aménageable estimé à
Etats riverains membres de l’OMVS, de nature gigantesque avec 300 000 ha (Lamagat, 2009, pp.4).
des coûts très élevés et entraînant d’importantes transformations
socio-économiques et environnementales dans l’ensemble de la Les barrages, une contrainte à la justice sociale
vallée, ces deux barrages constituent donc une action politique
majeure et un point de repère pertinent sur l’ensemble des On est tenté dans un premier temps de concevoir la logique de
réalisations portant sur la gestion de l’eau du fleuve Sénégal. l’intensification de l’agriculture irriguée dans la vallée comme un
aspect positif. Mais qu’en est-il dans la réalité ? Lorsqu’on fait
Les barrages, un cadre favorable à l’augmentation des référence à plusieurs spécialistes qui se sont penchés sur la
superficies cultivées et à l’intensification agricole question, on relève un certain nombre de problèmes que le
développement de l’agro-industrie est susceptible de provoquer.
Parmi ces problèmes, figure une question de justice sociale. En
2 fait, la présence d’entreprises industrielles nationales ou
Ensemble des travaux coordonnés entrepris dans le cadre de étrangères peut, à long terme, entraîner la marginalisation des
l’agriculture allant du défrichement du terrain et la semence
jusqu’à la récolte. Les barrages, en augmentant la disponibilité de
3
l’eau, permettent ainsi d’avoir plusieurs périodes de récoltes au Entretien auprès d’un responsable de la Direction générale de la
cours d’une année et donc plusieurs campagnes agricoles. SAED, à Saint-Louis en mars 2006.
populations du fleuve. Les travaux d’Engelhard corroborent cette Même si on ne peut pas encore dire qu’elle soit totalement en
perspective lorsqu’il annonce : « la logique de l’agrobusiness est faillite, cette conception semble aboutir à une impasse. » (Salem-
certainement peu compatible avec celle de l’agriculture familiale Murdock et al., 1994, pp.258). Cette argumentation est
qu’elle a de grande chance de corrompre. » Engelhard (1991, également défendue par Guinard, l’un des plus grands
pp.46-49). D’autres études réalisées dans d’autres régions spécialistes de la question, dans ces termes : « Il paraît
arguent dans le même sens en démontrant que, dans les pays, les indispensable dans tout programme d’irrigation de ne pas
rendements et la valeur ajoutée sont presque toujours supérieurs donner la priorité aux sols, à la topographie ou à l’hydrologie.
dans les exploitations de taille petite ou moyenne généralement Ces éléments sont, en définitive, secondaires par rapport aux
représentées par les exploitations familiales (Cornia, 1985 ; critères sociaux qui sont les véritables garants du succès des
Griffith, 1989). Ces études corroborent les résultats de nos aménagements à long terme » (Guinard, 1988, pp.21). De même,
enquêtes où sont mises en évidence des inégalités entre acteurs Engelhard (1991) souligne le même problème en indiquant que
dans les avantages et les coûts liés aux barrages. En fait, les l’abandon de l’agriculture familiale a un coût social important
modifications qu’ils ont entraînés profitent essentiellement à une qui ne peut pas être compensé par un avantage technique et
minorité de gros usagers comme la CSS et la SDE qui disposent économique suffisant. Dénonçant, la démarche adoptée par l’Etat
de gros équipements et moyens financiers au détriment des petits sur la vulgarisation de l’agriculture irriguée dans le fleuve, il
exploitants, majoritaires, qui ne disposent pas de moyens de base stipule : « Notre inquiétude était d’autant plus grande que les
nécessaires pour faire face aux nouvelles transformations et en faibles surplus dégagés permettraient difficilement aux paysans
tirer le meilleur parti. « L’enthousiasme du début de l’installation de prendre en charge les coûts d’aménagement aussi bien que la
des barrages, nourri par des rêves de grande prospérité, cède la logique des approvisionnements, de la maintenance et de la
place au désenchantement de tous les exploitants et usagers de commercialisation. » Engelhard (1991, pp.49).
l’eau qui n’ont pas les moyens de faire face. » (Enquêtes Saint-
Louis, Cf. note 1, avril 2006). Impacts des actions publiques régionales sur le local
On a précédemment indiqué que les superficies aménagées L’évolution des politiques de développement durable à l’échelle
augmentent rapidement dans toute la vallée à partir des années locale dans le delta du fleuve Sénégal sur la rive gauche est
1986-1987 et que cette croissance est étroitement liée à la mise étroitement liée à celle du contexte régional. Les changements
en fonction des barrages. En revanche, l’analyse de données de la constatés dans la gestion du fleuve et de la vallée au niveau local
SAED (1998) montre que les surfaces exploitables vont baisser à ne sont en effet que le reflet des transformations de programmes
partir de la mise en activité des barrages. Les observations ou de politiques impulsées par les acteurs régionaux. La lecture
indiquent une baisse des taux de mise en valeur de 80% en des résultats indique un bilan controversé avec des effets néfastes
1987/1988 à 40% en 1997/1998 (SAED, 1998, pp.12-13). Ce sur le plan environnemental alors que sur le plan social, on peut
taux de mise en valeur est calculé par le rapport entre les constater une forte volonté d’adaptation des populations qui
superficies cultivées ou exploitables et les superficies aménagées. adoptent différentes stratégies socio-économiques et politiques.
En fait, les superficies aménagées correspondent à la somme des L’ensemble de ses réponses adaptatives du local qui touchent à la
superficies cultivées ou exploitables et des superficies non fois son organisation et ses activités s’inscrivent dans une
exploitables ou abandonnées. Les raisons avancées pour dynamique de développement durable local et lui permettent
expliquer les abandons d’aménagements (aménagements non d’assurer sa survie et d’améliorer ses conditions d’existence.
exploitables) peuvent être ainsi répertoriées : les blocages de
l’accès au crédit, les problèmes environnementaux telle que la D’abord, sur le plan environnemental, on peut noter des
salinité souvent liée à la déficience ou à l’absence de drainage, contraintes écologiques sévères liées à la prolifération de Typha
les pannes des Groupements motopompes (GMP), les difficultés australis. Cette plante, de la famille des Typhacées, existe dans la
chroniques d’alimentation en eau et la faiblesse de l’entretien des vallée depuis longtemps, mais son développement était freiné par
parcelles (Ibid., pp.13). la remontée annuelle de la langue salée, principalement dans la
zone du delta. Après la construction des barrages, l’eau douce
Evoquant la controverse provoquée par les grands barrages, ainsi qu’une mauvaise gestion du domaine irrigué ont fait que le
Salem-Murdock et al. (1994, pp.23-28) dégagent d’autres Typha s’est propagé partout. En effet, la diminution des
problèmes posés par l’agriculture irriguée dans le bassin du variations annuelles de la salinité ainsi que l’élévation et la
fleuve Sénégal. Dans leur ouvrage, ils évoquent les limites au stabilisation du niveau des eaux induites par les aménagements
développement de l’irrigation dans ce territoire entraînées par la ont favorisé son extension avec une vitesse de progression
question des revenus et de la main d’œuvre chez les agriculteurs actuelle de 10% par an.
locaux. En plus de ces facteurs, l’ouvrage aborde de manière
critique la nature même du système d’irrigation qu’il juge trop Typha, une contrainte sociale
technique ou techniciste et donc pas très adapté au contexte
socio-culturel des populations de la vallée : « L’approche Sur le plan social, la prolifération du Typha cause d’énormes
technique domine encore dans les programmes d’irrigation. problèmes dans le delta et constitue une menace sérieuse pour
l’environnement. Tous les acteurs qui interviennent dans la vallée populations riveraines du lac. L’agriculteur rappelle qu’avant les
sont préoccupés par sa prolifération comme l’indique un expert barrages, il n’y avait pas beaucoup de Typha et la plante qui
écologique4 en mission dans la région : « Le Typha est présent au occupait constamment le même espace était parfaitement
niveau du fleuve qui est du ressort de l’OMVS, des grands maîtrisée. En effet, pendant les périodes de décrue, l’eau se
canaux d’irrigation qui sont du ressort de la SAED, des petits retirait complètement et donc la plante se desséchait. Ainsi, sur
canaux d’irrigation qui sont du ressort des organisations certains sites, les agriculteurs pouvaient alors la brûler et
villageoises, et dans les grands canaux de la CSS. Il y a donc des aménager des parcelles pour leurs cultures de décrues tandis que
responsabilités au niveau territorial sur chacun de ces postes. » sur d’autres sites les éleveurs pouvaient y introduire leur bétail
(Enquêtes Saint-Louis, avril 2006). Cependant, les populations qui s’en nourrissait. Cependant, indique l’agriculteur, depuis
sont les plus vulnérables et les plus exposées à son expansion. l’installation des barrages, la plante a connu un rapide
L’expert du Typha annonce les problèmes d’irrigation dus aux développement et avance régulièrement à l’intérieur des terres.
canaux qui sont bouchés. En effet, si le Typha bouche les canaux, Non seulement il n’est plus possible de cultiver sur les berges du
l’écoulement de l’eau est ralentit et ce phénomène augmente par lac complètement envahies, mais également les populations sont
conséquent l’évaporation, donc la consommation d’eau par ha de obligées toutes les trois années d’abandonner leurs terrains à
terre irriguée devient de plus en plus importante. Ainsi, il y a une cause de l’avancée du Typha et d’aménager de nouvelles
tendance à une plus grande consommation d’eau au niveau des parcelles à l’intérieur des terres. « Les terres colonisées par le
superficies irriguées, et ce phénomène se traduit par des coûts de Typha deviennent impropres à l’agriculture non pas uniquement
consommation d’eau de plus en plus élevés pour les agriculteurs pour des raisons d’envahissement de la plante mais surtout pour
locaux de ces périmètres5. des raisons de salinisation ; en fait l’avancée de la plante
s’accompagne d’un processus de salinisation6 des sols leur
En plus, il souligne les conflits d’usages qui se posent très rendant ainsi impropre à la culture. » (Enquêtes Mbann, avril
souvent entre les populations du fait de l’adoption d’une nouvelle 2006). Le problème de l’accès à l’eau du lac devient donc un
solution dite de « la porte unique » - Le Typha se développe tout véritable casse-tête puisque les agriculteurs locaux doivent
autour du fleuve ou des lacs. Les populations sont donc constamment concevoir de nouveaux mécanismes techniques et
contraintes de réaliser par endroits des trous pour accéder à trouver les outils nécessaires (tuyaux, moteurs, pompes) qui leur
l’eau : «Les usages d’accès à l’eau sont multiples : la boisson, permettent d’acheminer l’eau vers les nouvelles parcelles de plus
l’agriculture, l’élevage, le linge, le bain, la pêche. La solution en plus éloignées du lac.
adoptée est donc d’ouvrir une petite « porte » de passage au
milieu du Typha pour accéder à l’eau du lac ou du fleuve. Vu la Une des conséquences déterminantes des pertes de terres au
multiplicité des usages très différents, il se pose des conflits au niveau des berges du lac de Guiers, envahies par la plante, est
sein de cette petite porte. Chacun voulant faire valoir son usage que les populations ne peuvent plus actuellement y effectuer la
au détriment de l’autre. » (Enquêtes Saint-Louis, avril 2006). Ce culture du riz. Un technicien agricole7 du village de Mbann
commentaire confirme les travaux menés par Philippe et al. témoigne en ces termes : «Une bande d’environ 20 km de long
(1998) sur les problèmes d’accès à l’eau liés à la présence du tout autour du lac de Guiers du côté du village de Mbann servait
Typha. entièrement de parcelles de riz pour les populations locales
avant l’avènement des barrages. Avec la mise en marche de ces
Typha, une contrainte au développement de derniers, le Typha s’est développé et a littéralement envahi toute
l’agriculture cette espace cultural. » (Enquêtes Mbann, avril 2006). Ce
témoignage d’un technicien de l’ANCAR ainsi que ceux des
Pour ce point, l’essentiel des enquêtes sont réalisées au niveau du cultivateurs rencontrés dans leurs champs dénoncent tous les
village de Mbann situé au bord du lac de Guiers alimenté par le problèmes agricoles occasionnés par la multiplication du Typha.
fleuve Sénégal. Donc, ce lac subit également les modifications Ces témoignages recoupent également les conclusions rapportées
apportées par la mise en place des barrages de Diama et de par les recherches de Mietton et al. (2007, pp.4302-4303).
Manantali. Le témoignage apporté par un agriculteur du village
permet de comprendre l’essentiel des effets introduits par la
prolifération de la plante sur l’agriculture chez la majorité des
6
Ces propos sont recueillis auprès d’un acteur local, un paysan
du village de Mbann, qui nous livre ici sa perception et son point
4
Cet entretien a été réalisé auprès d’un spécialiste français du de vue sur les impacts de la prolifération du Typha sur ses terres
Typha en mission au PERACOD (Programme pour la promotion et sa pratique culturale. Il n’a pas indiqué des arguments
de l’électrification rurale et de l’approvisionnement durable en scientifiques qui pourraient expliquer le lien entre la présence du
combustibles domestiques). Typha et la salinisation des terres. Ce constat pose le problème et
5
Ces données qualitatives sont recueillies auprès du spécialiste interpelle donc les pédologues ou les spécialistes de la pollution
du Typha, précédemment cité, lors de son interview. Des données des sols dans cette région.
7
quantitatives appuyant ces propos n’ont cependant pas été Cet entretien est réalisé auprès d’un agent technique de
trouvées. l’ANCAR en poste au village de Mbann.
Typha, une contrainte au développement de la pêche menés par la GTZ8 à travers le projet PSACD (Projet Sénégalo
Allemand des Combustibles Domestiques) et la conclusion
Plusieurs facteurs combinés expliquent la chute des captures de générale est que le Typha peut produire du biocharbon
poissons au niveau du fleuve et dans le lac de Guiers. Le système complémentaire et/ou substituant du charbon de bois
de pêche traditionnelle utilisée est une pêche au filet. Lorsque le conventionnel utilisé au Sénégal. Diverses technologies ont aussi
poisson se déplace, il heurte alors le filet et ainsi s’effectue la été présentées comme par exemple la technique qui permet
capture. Aujourd’hui, avec l’envahissement des plantes d’obtenir industriellement des briquettes ou celles qui ont trait à
aquatiques, notamment Typha australis, les poissons se réfugient la carbonisation de la tige ou à la fabrication de briquettes avec
dans les racines de ces plantes et la capture devient très difficile. un bio-carbonisateur. L’expert du PERACOD, précédemment
Selon le Directeur du Centre de pêche de Mbann, (Enquêtes cité, indique que le souci principal du projet est d’avoir d’une
Mbann, avril 2006), la construction des barrages et la part une technologie simple, à bon marché et qui peut être
prolifération de Typha australis ont globalement entraîné la chute réalisée en milieu rural, et d’autre part un produit qui est
de la production annuelle de poisson sur la rive gauche de la financièrement à la portée des consommateurs locaux. La
vallée du fleuve Sénégal. Ies travaux de Mietton et al. (2007, technologie choisie doit également tenir compte des capacités
pp.4304) estiment une chute de la production de la pêche techniques des populations rurales, chargées dans un futur proche
artisanale de 30 000 T à 8 000 T. Il argue également que, sur le de gérer leur propre fabrique de charbon. (Enquêtes Saint-Louis,
plan économique, l’impact de la plante est néfaste à cause de avril 2006). Au travers de cet exemple de la valorisation du
l’inaccessibilité actuelle des poissons aux pêcheurs. En plus, Typha, est mise en exergue la présence des volets suivants du
l’augmentation du niveau d’eau du fleuve et du lac liée à développement durable : social (participation des populations
l’implantation des barrages de Diama et de Manantali, rend plus locales), économique (production d’énergie à bon marché) et
difficile les prises. Auparavant, pendant la période de décrue environnemental (utilisation du Typha comme source d’énergie à
naturelle, le volume d’eau diminuait, les poissons se regroupaient la place du charbon de bon).
ainsi dans des zones bien déterminées rendant alors la capture
beaucoup plus facile (Bousso, 1997, pp.45-65). Les études de SAED, exemple d’un ancien acteur aux discours
prévisions réalisées par Engelhard et Ben Abdallah (1987) politiques très adaptés aux réalités locales
indiquent que les modifications permanentes de l’environnement
aquatique dans le delta par le barrage de Diama entraînent, au La SAED, qui est un ancien acteur sur la rive gauche, renouvelle
niveau de l’estuaire, une perte annuelle nette de 4 000 T/an tandis constamment ses enjeux politiques en fonction des difficultés qui
que la diminution du champ d’inondation, par suite de la apparaissent au fur et à mesure de l’application des politiques de
régulation des débits du fleuve et par suite des endiguements développement. C’est ainsi qu’elle place, aujourd’hui, la question
pour les aménagements agricoles va se traduire par des pertes de de la préservation du patrimoine hydro-agricole au centre de ses
productivité dans la vallée estimée à 2 000 T/an. objectifs. En effet, l’intégration progressive des normes
environnementales et de la participation des populations dans les
La crise écologique entraînée par la multiplication du Typha a enjeux de la SAED peut être observée. On dénote dans ses
donc des effets socio-économiques néfastes sur le local. Les politiques, l’apparition, au fil du temps, de concepts comme
moyens de lutte actuellement préconisés comme la lutte développement rural et intégré, désengagement, préservation du
biologique, chimique, hydraulique ou mécanique ne sont pas patrimoine hydro-agricole, gestion durable du patrimoine hydro-
encore au point ou reste dérisoire à cause des coûts élevés qu’ils agricole ou préservation du patrimoine hydro-agricole et de
nécessitent. Cependant, on peut constater, à cette échelle, une l’environnement. Ce changement progressif de rhétorique au
mobilisation des différents acteurs locaux dans l’optique niveau de cet acteur étatique laisse entrevoir une véritable
d’apporter des réponses aux nouvelles conditions défavorables dynamique dans le renouvellement des politiques
qui apparaissent. d’aménagement sur la rive gauche du fleuve. Il montre, en effet,
un glissement sémantique qui va du développement tout court
Quelques procédés locaux de valorisations de la plante : (développement rural et intégré) à la protection environnementale
des actions en direction d’un développement durable (préservation du patrimoine hydro-agricole et de
l’environnement) en passant par le désengagement de l’Etat et la
Face aux multiples problèmes posés par la prolifération du gestion durable du patrimoine hydro-agricole. Cette orientation
Typha, sont donc lancées actuellement de nouvelles perspectives vers l’environnement du discours politique de la SAED est une
de valorisation de la plante : filtre dans les grands axes utilisés réponse aux politiques régionales de la gestion du fleuve avec ces
pour la consommation en eau, aliments pour le bétail, clôtures et écueils sur le plan environnemental (Sène, 2008a, pp.394-396).
constructions, pâte à papier, artisanat et combustibles De même, l’émergence et la multiplication de nouveaux
(Theuerkorn et Henning, 2005). L’utilisation du Typha comme dispositifs tels que le CLCOP traduit des réponses adaptatives du
combustible domestique semble être un nouveau procédé qu’on local par rapport aux politiques menées au niveau régional.
pourrait considérer comme une action inscrite dans le cadre du
développement durable. Divers études et séminaires ont été 8
GTZ : Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit
(sigle allemand).
La SAED et le CLCOP ont un rôle très déterminant dans leur cycle de développement. Elle explique également que
l’évolution des pratiques d’aménagement du fleuve et constituent l’oignon peut être associé à ces deux plantes puisque ses feuilles
des exemples clés dans la manière dont le « développement n’occupent pas beaucoup d’espace12. Tous ces efforts
durable » est introduit au niveau local, au travers d’une meilleure d’optimisation de l’usage de l’espace sont dus, en fait, à la perte
participation des populations locales à la gestion des projets de des terres liée au Typha. Cette parcelle montre également des
développement de leur terroir, une plus grande intégration de la tentatives d’association de plantes qui sont en voie d’aboutir à un
dimension environnementale dans les activités de développement échec. En effet, elle a tenté une association entre le chou et le
et un renforcement du cadre institutionnel dans la vallée. Autour piment. Le premier qui se développe plus rapidement et occupe
de ces principaux acteurs, gravitent plusieurs autres acteurs un espace relativement important a couvert de ces feuilles le
locaux privés ou publics dont les finalités s’inscrivent dans un piment qui, en conséquence, par manque de lumière, n’arrive
cadre général de contribution ou de participation aux différentes plus à se développer. Les innovations ne marchent donc pas à
activités développées dans la vallée. Ainsi peut-on voir sur le tous les coups et Maguette reconnaît ses erreurs qu’elle s’efforce
terrain, notamment dans le village de Mbann, l’exemple de avec ses collègues de rectifier au fur et à mesure. Ce sont en fait
femmes travaillant individuellement, en dehors des structures les revers de l’innovation. Mais dans tous les cas, elle regrette les
associatives, pour parer aux effets néfastes des transformations périodes avant-barrages où les villageois cultivaient, aux abords
régionales du régime hydrique du fleuve. des eaux du lac, le riz, une culture vivrière, qui leur assurait leur
nourriture quotidienne « À l’époque de la culture du riz, on vivait
Exemple de stratégie adaptative individuelle et nettement mieux ; les réserves de nos récoltes nous suffisaient
collective : cas de la pratique du maraîchage pendant toute une année. On n’avait pas faim. » (Enquêtes
Au niveau du village de Mbann, la zone actuelle occupée par le Mbann, février 2006).
Typha tout autour du lac de Guiers, était auparavant Il est intéressant de noter, à travers cet exemple, que d’une part,
essentiellement occupée par des parcelles de riz cultivées par les face aux effets induits par les politiques publiques régionales (ici
populations du village. Avec la perte des terres destinées à la aux dégâts écologiques causés par la construction des grands
riziculture, les populations locales, en l’occurrence les femmes, barrages de Diama et Manantali qui entraînent la prolifération de
ont développé d’autres types de pratiques culturales reposant Typha), on assiste, à l’échelle locale, à tout un ensemble
essentiellement sur les cultures maraîchères. La perte des terres d’activités novatrices qui cherchent à pallier les perturbations
favorables avec l’avancée du Typha les oblige donc à abandonner occasionnées. D’autre part, les phénomènes adaptatifs constatés à
la culture du riz pour le maraîchage. Elles se regroupent pour l’échelle locale ne sont pas seulement d’ordre institutionnel
extraire de petites parcelles de terre d’environ 500 m2 (Figure 3) (création de structures comme les CLCOP par exemples), ils sont
dans la zone colonisée par le Typha. Mais cette forme également l’apanage d’initiatives individuelles et collectives qui
d’association s’arrête juste au défrichement11. Par la suite, mettent au premier plan la participation des populations locales à
chacune des femmes aménage dans la parcelle défrichée 1 à 3 l’aménagement de leur terroir et à la création d’activités
plans d’environ 6 m2 en fonction de ses moyens personnels génératrices de revenus pour assurer leur développement. Dans
d’exploitation et ensuite elles utilisent des techniques culturales ce sens, l’exemple des stratégies adaptatives relaté ci-dessus
d’association de plantes pour optimiser d’une part l’exploitation constitue un modèle de développement durable local. Au travers
de la surface disponible et assurer en même temps la de l’exemple de la SAED, on peut souligner que le local n’est pas
diversification des cultures. simplement un lieu qui subit les politiques publiques conçues à
Par exemple, il existe des associations de cultures de laitues, de une échelle supérieure régionale, il est également un territoire où
piments et d’oignons. L’explication fournie par Maguette sont directement pensées et construites de nouvelles normes de
(Enquêtes Mbann, février 2006), une paysanne du village, politiques publiques de développement, même si ces dernières
interviewée dans son champ, est assez révélatrice des efforts constituent généralement des réponses.
d’adaptation et même d’innovation que ces populations
riveraines déploient pour résister aux nouvelles conditions posées
par l’invasion du Typha. Cette femme explique que le piment a 12
une croissance très lente alors que la laitue a une croissance très Une explication plus savante fournie par un technicien de
rapide. Donc, avant que le piment n’arrive à son stade de l’ANCAR, en mission sur le terrain, justifie scientifiquement ces
maturité ou de fructification, la laitue a déjà bouclé son cycle si associations par le fait que les plantes sont en compétition pour
les deux plantes sont semées en même temps. Ainsi, l’association trois facteurs : l’eau, la lumière et les éléments minéraux. Les
de ces deux plantes n’entraînera pas une perturbation mutuelle de femmes apportent donc aux plantes qu’elles cultivent de l’eau
puisée du lac et des éléments minéraux par le compostage. Il leur
faut donc jouer sur le troisième facteur qui est la lumière en
11
Leur collaboration systématique pendant la phase de associant des plantes à durée de cycle de développement
défrichement et la taille relativement petite des parcelles qu’elles suffisamment différente pour éviter leurs compétitions par
aménagent (Cf. Figure 3) se justifient par l’ampleur de la rapport à cette ressource ou de jouer sur le besoin en lumière des
difficulté de défricher les terrains colonisés par le Typha. plantes (la surface foliaire des plantes associées).
Village de
Mbann
Lac de Guiers Parcelle aménagée
dans le Typha Zone colonisée
(500m2) par le Typha
50m
Figure 3. Aménagements de parcelles de cultures de maraîchage par les femmes sur les berges du lac de Guiers, village de
Mbann (source : Sène, 2008a, pp.404)
Note : La figure montre la colonisation du Typha autour du Lac de Guiers. Pour la pratique du maraîchage, les femmes
s’associent pour défricher à l’intérieur du Typha des parcelles d’environ 500m2 et des portes d’accès au Lac.
l’eau du fleuve et que les Etats riverains qui ont financé les à installer plus de 1200 km de lignes électriques de 225 KV vers
barrages en contractant des dettes n’ont pas encore fini de les les trois capitales (Dakar, Bamako, Nouakchott) des Etats
rembourser. À ce titre, le Chef de Division Exploitation de la riverains. Le projet est certes considéré comme un projet de
SOGED reconnaît même les problèmes de fonctionnement de la développement durable : limite de la dépendance des trois Etats
société liés en partie à son manque d’autonomie financière, membres de l’importation du fuel, limite de l’utilisation du bois
asphyxiée qu’elle est toujours par la dette : « Théoriquement, on de chauffe, donc limite des émissions de CO2 et production
dit que la SOGED qui a l’exclusivité de la vente de l’eau du d’énergie propre. Cependant son coût très élevé, plus de 330
fleuve doit assurer son fonctionnement à partir de ces redevances millions £20 empruntés auprès d’une dizaine de bailleurs de
et payer les dettes garanties par les Etats; mais pour le moment, fonds21 (Banque mondiale (1997) in Leroy (2006, pp.305)) a
elle n’a pas encore atteint son équilibre financier qui lui permet contribué à l’endettement plus important des Etats riverains.
même d’assurer son propre fonctionnement. » (Enquêtes Diama, Selon certains responsables techniques interrogés, les principes
janvier 2006). de remboursement de la dette rendent cher le coût du
kilowattheure pour les consommateurs. En plus, certains
La vallée du fleuve Sénégal ne constitue pas, pour autant, un cas phénomènes d’inégalités peuvent être constatés dans le partage
isolé des autres bassins. Une étude réalisée sous la direction de l’énergie produite. La réalisation de l’équipement hydro-
d’Engelhard et Ben Abdallah attire l’attention sur les dangers électrique du projet et la construction des lignes haute-tension
environnementaux que peut provoquer l’irrigation en dépit de ses n’ont pas pris en compte l’électrification des villages riverains.
avantages agricoles ou économiques inéluctables : Ainsi, les populations locales riveraines subissent l’emprise des
« L’agriculture irriguée, en permettant les cultures de contre- lignes électriques et observent à distance les bienfaits de
saison et l’indépendance vis-à-vis des aléas climatiques, apparaît l’électricité produite sous leur nez dans les grandes villes situées
en effet comme la seule alternative à une nécessaire à des centaines de kilomètres sans pouvoir en bénéficier (Le Goff
intensification de l’agriculture. Néanmoins, les espoirs qu’elle et al., 2005, pp.43).
suscite tendent à masquer les dangers qui menacent les terres où
l’irrigation est mal conduite. » (Engelhard et Ben Abdallah, Par ailleurs, Ie PASIE, même s’il s’inscrit dans une démarche de
1987, pp.581). développement durable (programme intégré conçu pour la prise
en charge des problèmes environnementaux et l’amélioration des
Les profonds bouleversements, en particulier sur le domaine activités de développement mis en œuvre par l’OMVS dans la
environnemental, provoqués par la construction des barrages de vallée) soulève, également, bien des questions sur son efficacité.
Diama et de Manantali vont se traduire par une prise de Il est mis en œuvre avec le co-financement de la Banque
conscience chez l’ensemble des ONG intervenant dans Mondiale, la Banque Africaine de développement, la
l’aménagement du fleuve. L’ampleur des impacts Coopération française et la Coopération canadienne. Son coût
environnementaux et sociaux des grands ouvrages impliquent la global s’élève à quelques 19 millions USD. Coût élevé et
nécessité d’organiser et d’harmoniser leurs interventions conditionnalité environnementale à la réalisation du projet
anarchiques afin d’aboutir à des actions plus efficientes sur le Energie imposé par les bailleurs de fonds, le PASIE présente un
terrain mais également d’avoir une voix plus pesante lors des bilan mitigé si l’on se réfère aux travaux de Maya Leroy : « le
processus de prise de décisions sur l’élaboration des programmes PASIE est bien éloigné d’un dispositif bien cadré, strictement
de développement. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la planifié. Le sentiment que nous avons est plutôt d’être confronté
création en mai 1997 de la CODESEN (Coordination des ONG à une logique d’assemblage, un peu chaotique, qui se fait en
du fleuve Sénégal). Cette coalition est présente sur les différents
programmes du PASIE, notamment le projet Energie19 de
Manantali, en s’occupant de la défense des intérêts des 20
communautés riveraines et de l’environnement à travers les CLC. Soit 422 712 906,06 USD (date du taux de change : le 15
Ainsi, après le financement des barrages de Diama et de novembre 2006).
21
Manantali et les nombreuses polémiques sur leurs impacts Les principaux bailleurs qui participent au financement de ce
environnementaux, le projet Energie est lancé par les Etats projet sont : la France, surtout l’AFD (96,1 millions USD) ;
riverains membres de l’OMVS. Il consiste à construire une l’Europe (83,3 millions USD) dont 37,1 millions USD par
centrale électrique de 200 MV au pied du barrage de Manantali et l’Union européenne et 46,2 millions USD par la Banque
européenne d’investissement ; l’Allemagne (65,6 millions USD) ;
les fonds arabes (50,2 millions USD) dont 21 millions USD par
19
Ce projet comprend la construction de la centrale électrique, la Islamic Development Bank et 29,1millions USD par Arab fund
mise en place des lignes à haute tension, le renforcement for Economic and social development : FADES ; la Banque
institutionnel de l’OMVS avec la création de la SOGEM (qui a, mondiale (38,7 millions USD) puis respectivement le Canada, la
en effet, la responsabilité de la mise en place du projet) et Banque africaine de développement, la Banque de l’Afrique de
également la prise en compte de la réduction des impacts négatifs l’Ouest et le Nordic Development Fund (Banque mondiale
des barrages et l’amélioration des conditions de vie des (1997) in Leroy (2006)).
populations affectées.
marchant, et qui laisse voir les soubresauts de sa mécanique mal développement véhiculés présentent beaucoup d’impasses et ne
ajustée … » (Leroy, 2006, pp.392). peuvent être considérés comme durables. Le dispositif
institutionnel du bassin du fleuve Sénégal, bien qu’il soit très
Enfin, les tendances suivantes peuvent être soulignées : d’une flexible et enrichit de normes de justice sociale et de protection et
part, la formulation des politiques au niveau régional (dispositif d’amélioration de la qualité des ressources naturelles, n’implique
institutionnel du bassin par exemple) se traduit certes par une pas concrètement les populations locales dans la gestion des
rhétorique assez conventionnelle, en revanche, les problèmes grands aménagements qui bouleversent leur quotidien et leur
commencent lors de la mise en place des mesures. D’autre part, mode de vie. Un réel déficit d’application des principes contenus
les politiques de développement régional (grands ouvrages dans les dispositifs est mis en exergue. Ce qui ressemble alors à
hydro-agricoles par exemple) présentent les caractéristiques une performance institutionnelle laisse de côté le volet social :
suivantes : une absence de retombées en terme de une première opposition entre deux composants du
« développement durable » au niveau local mais plutôt une développement durable, à savoir les volets institutionnel et social
aggravation des problèmes écologiques et leurs traductions socio- est ainsi mise en évidence.
économiques ; une absence de déclinaison des avantages de
certaines politiques publiques du niveau régional au niveau local, Par ailleurs, les grands ouvrages hydro-agricoles réalisés à cette
mais plutôt une rupture voire un coût à payer par le local (par échelle dont les barrages de Diama et de Manantali montrent
exemple avantages des barrages et de l’irrigation dans un cadre également une divergence entre l’économie, l’environnement et
régional pour certains gros usagers régionaux comme la CSS le social, trois autres volets du développement durable. Les
alors que certains territoires locaux subissent les inconvénients de performances économiques de ces ouvrages se traduisent
la prolifération du Typha et ses impacts socio-économiques sur principalement dans cette étude par l’accroissement des
les populations locales). Deux catégories de problèmes dues aux superficies irrigables et la diversification des cultures. D’autres
impacts des grands ouvrages hydro-agricoles peuvent ainsi être avantages économiques relatifs à l’augmentation des réserves
identifiées : (1) impacts négatifs (marginalisation des paysans d’eau douces et la production d’électricité peuvent également être
locaux à long terme) ; (2) infrastructures impliquent un notés. Néanmoins, ces grands ouvrages sont à la base de
réagencement spatial des activités devenant elles-mêmes plusieurs catastrophes écologiques. L’ensemble des dispositifs de
incompatibles (construction d’une porte unique avec l’invasion gestion environnementale qui sont établis à cette échelle pour
du Typha). Donc, on tombe ici dans une perspective tout à fait inverser la tendance et aboutir à un mode de développement qui
classique du développement qui sacrifient des échelles ou des allie performance économique et qualité environnementale sont
espaces au profit d'autres; si le développement durable s'oppose caractérisés par leur inefficacité. Des problèmes de justice sociale
au développement, précisément sur ce point, c'est que alors un qui se traduisent principalement par une répartition inégale des
développement durable devrait rendre compatible voire coûts et avantages tirés des infrastructures hydro-agricoles sont
synergique des politiques de développement durable à des mentionnés (profits des gros usagers au détriment des petits
échelles différentes ou concernant des espaces différents (Sène, usagers). Ce fait traduit donc une seconde opposition entre les
2008b). volets économique, environnemental et social du développement
durable. Le développement durable n’est donc pas perceptible à
Malgré ces résultats, on note pourtant que les réponses locales cette échelle d’étude.
tendent vers un développement durable. La deuxième partie de
l’étude met en évidence des mutations socio-spatiales en La recherche qui porte sur une échelle plus réduite, nationale et
direction d’un développement durable local qui résulterait à la locale (villages situés dans le delta de la rive gauche du fleuve
fois d’une volonté de participation des populations (mise en place Sénégal) met en exergue l’existence de plusieurs mutations qui
des CLCOP dans certains villages de la rive gauche par résultent essentiellement des effets induits depuis l’échelle
exemple), d’une volonté de justice sociale au cœur de la question supérieure régionale (grands barrages, outils de gestion
des usages sociaux de l’espace (cas de la pratique du maraîchage environnementale, mesures juridiques et conventionnels de
par des habitantes de Mbann) et d’une volonté de répondre aux l’OMVS…). Ces transformations, perceptibles sous différentes
problèmes écologiques et d’assurer la préservation du patrimoine formes, mais plaçant les populations locales au centre, défendent
hydro-agricole (exemple des réformes sur les politiques de la toutes un objectif de durabilité. Mais qu’en est-il concrètement ?
SAED). Le développement durable serait-il comparable ici à ce qu’on a
trouvé à l’échelle régionale, c'est-à-dire un développement non
Conclusion durable où l’ensemble de ses composants évolue de manière
contradictoire ou opposée? La réalité à cette échelle territoriale
L’étude, à l’échelle de l’ensemble du bassin du fleuve s’étendant d’analyse est tout autre. L’étude montre plusieurs recompositions
sur quatre pays (Sénégal, Mali, Mauritanie et Guinée-Bissau), socio-spatiales, à l’échelle des communautés rurales, telles que la
porte sur quatre impératifs du développement durable : création des CLCOP, par exemple, pour mieux fédérer les
institutionnel, économique, social et écologique. À cette échelle activités des OP. Le CLCOP, constitué des représentants des OP,
d’analyse, les recherches montrent que les modes de donc des producteurs locaux, dispose de plusieurs commissions
dont une sur l’environnement. Cette structure a donc pour African Inland Fisheries, Aquaculture and the Environment, Fishing
News Books, pp. 45-65.
vocation d’introduire la participation des populations locales à Commission mondiale pour l’environnement et le développement durable
l’aménagement et au développement de leur terroir et à la (CMED), 1989, Notre avenir à tous. Montréal, Ed. Du Fleuve, pp. 47.
protection de l’environnement. À cette échelle d’étude où les Cornia, G. A., 1985, Farms size, land yields and the agricultural production,
acteurs nationaux et surtout locaux sont les plus représentatifs function: an analysis for fifteen developing countries, World
Development, vol. 13, n° 4, pp. 513-534.
(Sène, 2006 ; Sène, 2008a), les tendances vers un développement Crousse, B., P. Mathieu et S. M. Seck, 1991, La vallée du fleuve Sénégal :
durable sont donc perceptibles. On note, en effet, la création de évaluations et perspectives d’une décennie d’aménagements, Paris, Ed.
territoires de solidarité qui sont la conséquence des actions Karthala, 380 p.
perturbatrices (exemple des implantations hydrauliques résultant Engelhard, P. et T. Ben Abdallah, (Sous la direction de), 1987, Enjeux de l’après
barrage, vallée du fleuve Sénégal, Paris, Enda et Ministère de la
des politiques régionales de développement). Cette conséquence coopération Française, pp. 580-587.
n’est pas mécanique ; ce qui l’a permise c’est la réaction du local Engelhard, P., 1991, « La vallée "revisitée" ou les "Enjeux de l’après-barrage"
qui s’est emparée du développement durable (solidarité, justice cinq ans plus tard », in C. Bernard, P. Mathieu et S. M. Seck (sous la dir.
sociale, subsidiarité et réponses aux problèmes écologiques). de), La vallée du fleuve Sénégal : évaluations et perspectives d’une
décennie d’aménagements, Paris, Ed. Karthala, pp. 46-49.
Giddings, B., B. Hopwood, and O'brien, 2002, Environment, economy and
Ainsi, dans le bassin du fleuve Sénégal, suivant l’échelle society: fitting them together into sustainable development, Sustainable
considérée, les modèles de développement véhiculés ne sont pas Development, 10, pp.187-196.
les mêmes. L’analyse des modèles suivant les différentes échelles Grawitz, M., 2001, Méthodes des sciences sociales, Paris : Dalloz, 11e Ed., pp.
419-421.
spatiales indiquent des tendances vers un développement durable Griffith, K., 1989, Stratégies de développement, Paris, Economica, pp. 202.
seulement à l’échelle locale. Dans les cas d’étude étudiés ici, on Guinard, A., 1988, Les activités agricoles dans la basse et moyenne vallée du
serait tenté de déduire que le développement durable est Sénégal : problèmes et propositions de solutions. Éd. Institute for
semblable ou assimilable au développement local ou au Development Anthropology. Suivi des activités du bassin du fleuve
Sénégal, Binghamton, New York. pp. 21.
développement à la base. Lamagat, J.P., 2009, Programme de risque et optimisation de gestion des
réservoirs, in G Eau - Gestion de l’Eau, Acteurs, Usages, [Link]
Enfin, deux grands enjeux peuvent ressortir de cette étude : [Link], pp. 4.
d’abord, il y’a une absorption des perturbations par les Le Goff, J.-C., P. Durrande, A. Perrier, J.-M. Citeau et A. Sow, 2005. Evaluation
conjointe et partenariale (1994-2004). Rapport de la Coopération
populations locales, par opposition aux revendications qu’on peut française, pp. 43.
retrouver dans d’autres régions du monde. Ensuite, la perception Leroy, M., 2006, Gestion stratégique des écosystèmes du fleuve Sénégal. Actions
des aménageurs est influencée par le fait que les mécanismes et inactions publiques internationales, Paris, Coll. Etudes africaines, 624
d’adaptation du local leur font croire qu’ils produisent p.
Mietton, M., D. Dumas, O. Hamerlynck, A. Kane, A. Coly, S. Duvail, F. Pesnaud
directement du développement local durable. and M.L.O. Baba, 2007, Water management in the Senegal River Delta:
a continuing uncertainty, Hydrol. Earth Syst. Sci. Discuss., 4, pp .4302–
Remerciements 4303. [En ligne] URL : [Link]-earth-syst-sci-
[Link]/4/4297/2007/ Consulté le 20 décembre 2009.
Moss, T. and H. Fichter, 2003, Lessons in promoting sustainable development in
Je tiens à remercier le Ministère de l’Education du Sénégal, le EU structural funds programmes, Sustainable Development 11, pp. 56-
Ministère Français de l’Équipement (PUCA) et le Ministère 65.
Français de l’Environnement et du Développement durable Mulato, C., 1993, Développement de l’élevage en Mauritanie : notes et réflexions
(MEDD). Cette recherche dans le bassin versant du fleuve sur l’élevage bovin (Bos indicus : Zébu maure) et camelin (Camelus
dromedamus), Projet Trarza, Rapport de recherche, 12p.
Sénégal a été cofinancée par ces trois institutions dans le cadre de Philippe, C., P. Handschumacher, M. Mietton, 1998, Aménagements
ma thèse de doctorat en géographie et ma participation au projet hydrauliques et gestion de l’environnement dans le delta du fleuve
de recherche PUCA-MEDD réalisé par l’UMR PACTE Sénégal. In Pratique de gestion de l’environnement dans les pays
(Grenoble 1), l’UMR LADYSS (Paris), le laboratoire CEDETE tropicaux, DYMSET, CRET, Espaces tropicaux, n° 15, pp. 390-400.
Pinter, L., P. Hardi, P. Bartelmus, 2005, Sustainable development indicators:
(Orléans), le laboratoire LERASS (Toulouse 3) et l’UMR SET proposals for a way forward, Experts Group Meeting on Indicators of
(Pau). Sustainable Development, New York, 13-15 decembre 2005, pp. 11, [En
ligne] URL :
Je remercie également Jérôme Lombard, chercheur à l’Institut de [Link]
Consulté le 21 décembre 2009.
Recherche pour le Développement, les deux évaluateurs PSAOP, FRAO (Fondation Rurale de l’Afrique de l’Ouest) et CNCR (Conseil
anonymes et le rédacteur en chef de la revue pour les National de Concertation et de Coopération des Ruraux), 2000, Manuel
commentaires qu’ils ont fournis pour l’amélioration du texte. de gestion des sous-projets de la composante « organisations » de
producteurs, février 2000, pp. 9-10.
SAED, 1998, La SAED : trente trois ans d’aménagement et de développement de
Bibliographie la rive gauche du fleuve Sénégal, Rapport Août 1998, pp.12-13.
SAED, 2001, La diversification des productions agricoles dans la vallée du
Baldé, M. L., 1999, L’aménagement des périmètres intermédiaires de la moyenne fleuve Sénégal : acquis et perspectives, rapport d’étude, Saint-Louis,
vallée du fleuve (rive gauche) : Bilan et perspectives. Thèse de doctorat, Sénégal, mars 2001, pp. 11.
Toulouse, pp. 113-201. Salem-Murdock, M., M. Niasse, J. Magistro, C. Nuttal, M. M. Horowitz, O.
Bousso, T., 1997, The estuary of the Senegal river : the impact of environmental Kane, C. Grimm et M. Sella, 1994, Les barrages de la controverse : le
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