Droit des libéralités : définitions et règles
Droit des libéralités : définitions et règles
INTRODUCTION
Les libéralités sont des actes à titre gratuit, c’est à dire sans contre partie par lesquelles une
personne dispose de ses biens au profit d’une autre avec la volonté d’enrichir le patrimoine du
gratifié ; autrement dit avec une intention libérale.
Le code de la famille distingue les donations et les testaments, il leur consacre son livre 8. Les
donations sont des libéralités entre vifs, c’est-à-dire entre des personnes vivantes alors que le
testament est le support d’une libéralité à cause de mort (la libéralité étant le legs).
L’article 655 du code de la famille définit la donation entre vif comme un contrat par lequel le
donateur transfert, à titre gratuit, au donataire qui l’accepte la propriété ou l’usufruit d’un bien.
L’article 656 du code de la famille définit le testament comme un acte unilatéral par lequel le
testateur transfert, à titre gratuit, pour le temps où il n’existera plus, tout ou partie de ses biens et
qu’il peut révoquer (le bénéficiaire du testament est appelé « légataire ».
Le droit des libéralités n’a pas la même importance que le droit des successions ou des régimes
matrimoniaux. Pour faire des libéralités il faut avoir des biens et être généreux.
Cependant, le droit ne peut rester indifférent face aux libéralités. En effet, elles peuvent porter
atteinte aux intérêts de la famille car elles sont par définition sans contrepartie. Par conséquent,
l’auteur des libéralités s’appauvrit et appauvrit sa famille. Autre raison, la loi ayant organisé la
dévolution successorale, on peut craindre que les libéralités ne remettent en cause les règles légales.
Ainsi, lorsque la loi prévoit que ce sont les descendants qui doivent hériter, il serait
problématique que le de cujus transmette ses biens à ses neveux. Nous verrons que des règles sont
prévues pour corriger le cas échéant les situations anormales (réduction des libéralités).
L’étude du droit des libéralités se fera en envisageant, dans un chapitre préliminaire, les
dispositions communes aux donations et aux testaments puis, dans un titre premier, nous étudierons
le testament et dans un titre deuxième, les donations.
BIBLIOGRAPHIE
Nous envisagerons les incapacités de disposer (section 1 ère) les incapacités de recevoir (section 2 ème )
et la sanction des incapacités (section 3ème).
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Pour protéger le disposant, la loi instaure des incapacités. Certaines sont absolues c’est-à-dire
envers n’importe qui (incapacités générales) d’autres sont relatives c’est-à-dire envers certaines
personnes (incapacités spéciales).
PARAGRAPHE 1ER : L’INCAPACITE ABSOLUE DE DISPOSER
Le principe est la capacité de toute personne de disposer par donation ou par testament (article 659
du code de la famille). Il se fonde sur le droit de propriété qui confère le droit d’user, de jouir des
fruits et de disposer de ses biens (usus, abusus et fructus).
Mais ce principe comporte des exceptions. La loi déclare en effet certaines personnes
incapables de disposer. Il s’agit des mineurs, des majeurs en tutelle, des condamnés à une peine
perpétuelle, des condamnés à d’autres peines criminelles et des condamnés pour détournement de
deniers publics.
Il ressort de l’article 660 que le mineur âgé de moins de 16 ans ne peut disposer à titre gratuit,
ni entre vifs ni par testament et de l’article 661 que le majeur en tutelle ne peut disposer à titre
gratuit ni entre vifs ni par testament.
Ces incapacités se justifient car le mineur de moins de 16 ans n’est pas as sez mûr pour
mesurer la gravité de la libéralité. Son jeune âge le rend vulnérable aux pressions en tout genre.
Précisons qu’il s’agit d’une incapacité de jouissance. Donc, il est privé du droit de disposer aussi bien
par lui même que par un représentant. Il faut toutefois préciser que le mineur ayant entre 16 et 18
ans est frappé d’une incapacité d’exercice. Autrement dit, son représentant pourra disposer à titre
gratuit.
Quant au majeur en tutelle, généralement il n’est pas sain d’esprit, donc il risque de subir des
pressions voire d’être sous l’emprise d’une passion. Son incapacité est de jouissance. Donc il est privé
du droit de disposer aussi bien par lui-même que par son tuteur.
Selon l’article 662 du code de la famille, les individus condamnés à une peine afflictive et
infamante perpétuelle (travaux forcés et détention criminelle) ne peuvent disposer à titre gratuit, ni
entre vifs ni par testament.
Selon l’article 663 du code de la famille, les individus condamnés à une peine afflictive et
infamante temporaire ne peuvent disposer à titre gratuit entre vifs.
On peut s’interroger sur la. Il s’agit bien sûr d’une sanction, la privation du droit de disposer de
ses biens, mais aussi d’une mesure de prudence car les biens en question peuvent provenir du crime
commis. Par exemple, un braqueur de banques qui donnerait des millions tirés de son forfait.
Dans cet ordre d’idée, l’article 665 du code de la famille dispose que « les individus condamnés
pour détournement de deniers publics ne peuvent aucunement disposer à titre gratuit. Cette
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incapacité s’étend aux actes accomplis depuis la date des faits et prend fin lorsque les condamnés se
sont acquittés des restitutions et dommages et intérêts prononcés contre eux ». A travers ce texte
transparaît le souci d’empêcher le condamné de dilapider ou de mettre en lieu sûr l’argent détourné.
C’est une mesure de prudence.
Il s’agit des incapacités de disposer envers certaines personnes. Ainsi, un pupille ne peut faire
une libéralité à son tuteur. En fait, cela revient à dire que le tuteur est dans l’incapacité de recevoir
une libéralité de son pupille. C’est sous cet angle que la loi procède et nous ferons de même.
Le principe est la capacité de recevoir. Au demeurant, une personne peut recevoir une
libéralité faite avant sa naissance, l’essentiel est qu’elle ait été conçue au moment de la donation ou à
l’époque du décès du testateur (article 667du code de la famille).
Cependant, il existe des incapacités de recevoir. Certaines sont absolues, d’autres relatives.
Elle touche les personnes non identifiées ou non identifiables dans l’acte. Les condamnés à une
peine afflictive et infamante perpétuelle et des groupements dépourvues de personnalité morale ; il
s’agit d’incapacité de jouissance (A). Il existe aussi des incapacités d’exercice (B).
A- L’INCAPACITE DE JOUISSANCE
1- LES PERSONNES NON IDENTIFIEES OU NON IDENTIFIABLES
Selon l’article 668 alinéa 1er, les personnes qui ne sont ni déterminées ni déterminables ne
peuvent aucunement recevoir à titre gratuit.
Les adjectifs déterminées et déterminables s’appliqueraient plutôt à une chose qu’à une
personne. Il s’agit simplement de la désignation précise du bénéficiaire de la libéralité. Ainsi, si une
personne fait son testament et lègue ses biens à son meilleur ami cela peut poser problème car
nombreux sont ceux qui vont se présenter.
Par mesure d’efficacité, il faut donc que la personne bénéficiaire soit identifiée ou identifiable.
L’article 668 alinéa 2 nuance cependant ces propos car il dispose « Néanmoins, est considérée comme
faite au profit de bénéficiaires déterminés, l’assurance sur la vie souscrite par le contractant au profit
soit de ses enfants et descendants (sic) nés ou à naître, soit de ses héritiers sans indication de nom. ».
Cette règle se justifie car l’assurance sur la vie prend effet au décès du souscripteur lequel ne sait
pas quand il va mourir. Donc, entre la souscription du contrat d’assurance vie et le décès du
souscripteur du temps peut s’écouler et sa situation familiale peut se modifier ; par exemple ;
naissance d’autres enfants. Par conséquent, si une personne a sous crit une assurance sur la vie au
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profit de des enfants en l’an 2000 et que par la suite elle ait un autre enfant, celui -ci fera partie des
bénéficiaires et ne sera pas frappé d’incapacité de recevoir.
Selon l’article 669 du code de la famille, « les individus condamnés à une peine afflictive et infamante
perpétuelle ne peuvent recevoir à titre gratuit ni entre vifs ni par testament si ce n’est pour cause
d’aliment et dans la limite de leur besoin ».
Cette incapacité de recevoir s’explique par la gravité des peines, donc des crimes commis. Ces
personnes ne méritent pas qu’on leur fasse des libéralités.
B- INCAPACITES D’EXERCICE
L’article 671 apporte des précisions concernant certaines personnes. Ainsi, le mineur non
émancipé ne peut recevoir à titre gratuit qu’avec l’acceptation de ses père et mère ou de son tuteur.
Ses ascendants peuvent aussi accepter pour lui-même du vivant de ses parents et alors même
qu’ils ne sont pas ses tuteurs.
Quant au majeur en tutelle, il ne peut recevoir à titre gratuit qu’avec l’acceptation du tuteur.
Le sourd muet ne peut recevoir à titre gratuit qu’avec l’acceptation du curateur.
Elles sont dites « relatives » car elles concernent les relations avec certaines personnes. Il s’agit :
- des tuteurs,
- des enfants naturels de l’article 534 du code de la famille et
- des officiers de bord.
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1- LE TUTEUR
Selon l’article 672 du code de la famille, les tuteurs ne peuvent recevoir à titre gratuit de leur
pupille soit entre vifs soit par testament avant la reddition définitive et l’apurement du compte de
tutelle et après l’accomplissement des formalités et délais fixés par la loi.
Ill s’agit d’une incapacité de défiance autrement dit de suspicion. Le tuteur agit dan l’intérêt de son
pupille. S’il venait à recevoir des libéralités de celui-ci ce serait suspect, on peut le soupçonner d’avoir
fait pression sur le pupille. En outre, il y aurait conflit d’intérêt puisqu’il représente son pupille 1.
Ce sont des enfants adultérins apartés et des enfants reconnus par leur père pendant son mariage
avec une autre femme que leur mère.
Ils ont des droits inférieurs à ceux de leurs frères et sœurs légitimes et inférieurs à ce qu’ils
auraient eu s’ils étaient légitimes sauf si l’épouse bafouée les a acquiescer (les a accepter).
L’article 673 indique qu’ils ne peuvent recevoir par donation ou par testament au-delà de ce
qui est permis par l’article 534.
Cependant, l’alinéa 2 précise que cette incapacité ne peut être invoquée que par les héritiers du
donateur ou du testateur.
Selon l’article 674 du code de la famille, « les officiers d’un navire ou d’un aéronef ne peuvent
aucunement recevoir à titre gratuit par testament fait en leur faveur au cours du voyage à moins
qu’ils ne soient parents ou alliés du testateur. ».
L’explication est évidente, on peut craindre des pressions sur les voyageurs et quand il y a par
exemple des difficultés pendant le voyage, tels que des intempéries les passagers sont
particulièrement vulnérables.
Les incapacités sont sanctionnées par la nullité de la donation ou du testament selon l’article 675
alinéa 1er du code de la famille.
Le texte ne précise pas le type de nullité ; cependant, par application du droit des contrats, le
contrat de donation sera nul de nullité relative s’il s’agit de protéger un intérêt particulier tel que celui
du mineur ou du majeur protégé.
Il sera de nullité absolue s’il s’agit de protéger l’intérêt général, c’est le cas des incapacités des
condamnés à une peine criminelle.
Pour ce qui est du testament, c’est un acte juridique unilatéral et non un contrat, mais on peut
par analogie avec le contrat de donation, considérer que la nullité est soit relative soit absolue.
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Voir art. 332 pour plus d’information
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La nullité relative se prescrit au bout de 2 ans à partir du jour où l’incapacité a cessé (Art. 87
COCC).
La nullité absolue se prescrit au bout de 10 ans (Art. 222 COCC).
Enfin, selon l’article 675 alinéa 2, la capacité s’apprécie chez le donateur ou testateur au jour de la
donation ou du leg. Chez le gratifié, elle s’apprécie au jour de l’acceptation.
Le testament est le support d’une libéralité à cause de mort. Cette libéralité est le leg. En tant que
support, le testament obéit à des formes très strictes ; en tant qu’acte juridique unilatéral, il est sous-
tendu par une volonté qui en est la condition essentielle.
Le testament exprime en effet la volonté du de cujus. Cependant, la volonté est fluctuante, de
sorte que le testament est révocable. Cela figure même dans sa définition (Art. 656 du code de la
famille).
Ce qui importe, ce sont les dernières volontés, autrement dit, les volontés dernières. Jusqu’à
sa mort, la personne peut changer d’avis à condition d’être saine d’esprit.
L’impossibilité de consulter le défunt lorsque le testament produit ses effets explique les
exigences légales qu’il s’agisse du fond comme de la forme du testament.
Si les conditions de fond et de forme sont biens respectées, le testament pourra produire des
effets, en l’occurrence le transfert des biens du de cujus aux bénéficiaires du testament c’est-à-dire
aux légataires.
Nous envisagerons dans un chapitre 1er : le testament, expression de la volonté du testateur.
Et, dans un chapitre 2ème : les effets du testament.
Le testament est un acte par et dans lequel s’exprime les dernières volontés du testateur. Il doit
traduire la volonté de son auteur au moment de la mort.
Nous envisagerons les formes du testament (section 1 ère ) puis la volonté du testateur (section
2ème ).
Le testament a un caractère solennel. Ses formes sont prescrites à peine de nullité (Art. 748). Quelles
sont donc les formes du testament ?
Selon l’article 716 : « le testament ne peut être fait que par écrit et dans les formes ci après, à
peine de nullité, à savoir :
1- En la forme olographe,
2- Par acte public,
3- En la forme mystique. ».
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A côté de ces formes classiques que nous envisagerons dans un paragraphe 1 er, les articles 731 et
suivants, évoquent des formes particulières à certains testaments, nous les évoquerons dans un
paragraphe 2ème .
Il s’agit du testament olographe (A), du testament par acte public (B) et du testament en la forme
mystique (C).
A- LE TESTAMENT OLOGRAPHE
Il suffit de savoir écrire. Mais il faut tenir compte de la réalité au Sénégal qui compte un grand
nombre d’analphabètes. De plus, la facilité de réalisation du testament olographe peut favoriser la
fraude (quelqu’un pourrait imiter l’écriture et la signature du testateur). La loi n’a pas envisagé
directement ces problèmes. Cependant, elle prévoit le testament à main guidée.
L’article 718 du code de la famille dispose en effet que « Le testament à main guidée est valable si
l’intervention du tiers n’a consisté qu’à aider le testateur en raison de son infirmité à placer sa main
sur le papier et à signer au bon endroit ». Il ne s’agit donc pas d’un illettré mais d’une personne
infirme ayant du mal à écrire.
Il semble bien qu’au Sénégal un illettré ne peut faire un testament olographe. Les articles 719 à
731 indiquent de manière précise comment faire un testament olographe. D’après l’article 719, le
testament peut être écrit soit avec de l’encre ou tout autre liquide soit au crayon (alinéa 1 er). Il peut
être écrit sur su papier ou sur tout autre objet (alinéa 2).
Il peut être rédigé en une langue étrangère (alinéa 3). Ces différents alinéas peuvent prêter à
discussion. Ainsi, on peut trouver peu sécurisant d’écrire avec de l’encre. L’alinéa, la jurisprudence
française peut nous donner un aperçu, ainsi, la cour d’appel de Nancy, le 26 juin 1986 a admis la
validité d’un testament écrit sur le dessus et le côté d’une machine à laver le linge. Il faut cependant,
de notre point de vue, éviter les supports fantaisistes.
Au demeurant, on peut remarquer que l’article 718 du code de la famille relatif au testament à
main guidée évoque le papier. Ce qui nous montre que le support normal est évidemment le papier.
L’article 720 alinéa 1er exige la mention de la date (le jour, le mois et l’année) soit en lettre soit en
chiffre. La date est fondamentale car c’est par elle que l’on peut situer la volonté du défunt da ns le
temps.
Sachant que c’est la dernière volonté qui est prise en compte. La date permet aussi de vérifier si le
testateur avait la capacité de passer l’acte. L’article 720 alinéa 2 comporte un tempérament,
« Toutefois, au cas où la date est incomplète ou erronée, elle peut être complétée ou rectifiée par
toute mention de l’acte ou par des présomptions qui les corroborent. ». Autrement dit, des éléments
intrinsèques à l’acte peuvent apporter des éclaircissements sur la vraie date (par exemple, si le
testateur désigne son frère pour qu’il soit son exécuteur testamentaire et que le testament est daté
de 1978 alors que son frère est décédé en 1976, il est certain que la date est erronée.
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Cependant, l’alinéa 2 in fine ajoute la prise en compte de présomptions qui les corroborent
c'est-à-dire qui les confirment. Il s’agit alors d’éléments extrinsèques qui vont être pris en compte
pour la détermination de la date (par exemple, une personne à qui est révélée une maladie incurable
telle année, cela peut l’avoir poussé à faire son testament cette même année).
Par ailleurs, l’article 721 du code de la famille relatif à la signature exige que celle-ci soit
conforme aux habitudes du testateur et permette de l’identifier. La signature est évidemment la clé
de l’identification de l’auteur du testament. Généralement, les signatures sont compliquées pour ne
pas être imité facilement.
En outre, il faut garder la même signature. Le problème se pose pour les femmes mariés qui
changent de signature après leur mariage pour y inclure le nom de leur mari. En principe, la référence
est la carte d’identité.
Bien que le texte ne l’indique pas, la signature doit figurer au bas du testament, car cela
traduit l’approbation de son contenu et donc l’animus testandi (volonté de tester). Par ailleurs ;
l’article 722 évoque l’ouverture et le dépôt du testament. Selon ce texte, au décès du testateur son
testament est présenté au juge du lieu d’ouverture de la succession.
Celui ci dresse procès verbal de la présentation de l’ouverture du testament s’il est cacheté et
de son état. Il est ensuite ordonné dépôt du testament au rang des minutes d’un notaire.
Selon l’art. 723 le testament par acte public est celui qui est reçu soit par un notaire soit par un juge
sous la dictée du testateur (al1). Lorsque le testateur ne sait ni lire ni écrire, la réception de l’acte est
faite en présence de deux témoins majeurs non légataires du testateur qui ne sont ni parents ni alliés
du testateur jusqu’au 4ème degré exclusivement (al2). Il doit être donné lecture et interprétation au
testateur.
Le testament par acte public est un acte authentique ayant une grande force probante. Les
analphabètes peuvent y avoir recours mais de manière très encadré. On peut relever que les témoins
ne doivent pas être concernés par le testament car n’étant ni bénéficiaire ni parent ou alliés proche
du défunt. Ceci a pour but de garantir leur objectivité.
Le testament par acte public tient compte des réalités sénégalaises. Ainsi l’art.724 dispose que « le
testament peut être dicté dans une langue autre que le français lorsque l’officier rédacteur c’est à
dire le notaire ou le juge comprend cette langue. Il est rédigé en français par celui -ci soit à la main
soit mécaniquement. En définitive l’acte sera rédigé en français même s’il a été dicté en sérère, diola
ou wolof etc.
L’art. 725 après avoir indiqué dans son al 1er que le testament est signé par son auteur, le juge et le
notaire et éventuellement les témoins en présence du testateur, précise dans son al 2 que si le
testateur déclare qu’il ne sait ou ne peut signer, mention spéciale doit être fait dans l’acte avec
indication de la cause de son empêchement (al2).
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Il ne s’agit pas d’un testament magique. L’art. 726 du CF le définit comme le testament présenté par le
testateur « clos et scellé à un officier public ou au juge assisté de deux témoins »
Le texte indique que c’est un testament secret. Les formalités sont les suivantes en présentant le
testament : le testateur doit déclarer que le contenu du papier est son testament écrit par lui ou par
un autre. Si le testament a été rédigé par un autre, il doit déclarer ou préciser qu’il en a
personnellement vérifié le libellé. Le testateur doit aussi déclarer le mode d’écriture employé : a la
main ou mécaniquement.
Selon l’art.727, le notaire ou le juge dresse un acte de suscription. Celui-ci constitue une attestation
de la part du notaire ou du juge. Il l’écrit ou le fait écrire à la main ou mécaniquement sur le papier
renfermant les dispositions testamentaires ou sur l’enveloppe qui les contient. Qu’indique-t’il cet
acte ?
Tous les intervenants à l’acte doivent le signer. Le testeur, le notaire, le juge, les témoins. Si le
testateur déclare ne pas pouvoir ou ne pas savoir signer, cette déclaration doit être faite dans l’acte
de suscription avec l’indication du motif invoqué.
Selon l’art.729 intitulé testateur illettré « Ceux qui ne savent et ne peuvent lire ne peuvent faire des
dispositions en la forme du testament mystique ». Par contre le testament en la forme mystique est
possible pour un testateur ne pouvant signer. (art.728)
Enfin des formalités strictes sont prévues concernant le testateur muet. (art.730)
Certains testaments sont soumis à des formes particulières ceci en raison de la personnalité du
testateur ou des circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Le code de la famille en ses articles 731
à 747 les réglemente minutieusement. Cependant, compte tenu du caractère exceptionnel de ces
testaments nous n’entrerons pas dans le détail des dispositions légales.
Ce qu’il faut retenir c’est qu’il s’agit
- des testaments des militaires (article 731) notamment des militaires malades ou blessé (article
732)
- du testament des passagers par voies maritime aérienne ou par route (article 737),
- du testament des officiers de bord (article 738)
- du testament en temps d’épidémie (article 735),
- du testament des sénégalais se trouvant à l’étranger (article 447).
Il s’agit de personnes qui se trouvent dans des lieux où il n’y a pas de notaire ou de juge pouvant
recevoir leur testament. C’est pourquoi ce sont d’autres personnes telles que les officiers supérieurs,
les médecins militaires qui les reçoivent. Les testaments devront être fait en double original et ils
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n’ont qu’une validité temporaire. Ainsi, dès que le testateur est en mesure d’utiliser les formes
ordinaires, 6 mois après, le testament particulier est nul et il devra faire un autre testament (article
734).
S’agissant du testateur sénégalais qui se trouve à l’étranger, selon l’article 447, « un sénégalais qui
se trouve en pays étranger peut faire ses dispositions testamentaires par acte sous signature privée
(testament olographe) ou par acte public dans les formes usitées dans le lieu où cet acte est pas sé ».
La volonté du testateur est fondamentale. Le testateur exprime en effet dans le testament ce qu’il
veut que l’on fasse après sa mort. Il organise le transfert de ses biens. Il peut changer d’avis et
révoquer son testament quand sa volonté a changé. On pourrait dès lors considérer que sa volonté
est toute puissante. Pourtant, malgré sa force (paragraphe 1 er) elle rencontre des limites (paragraphe
2ème ).
Le testament a une force mystique liée au caractère sacré de la mort, à la crainte de la mort. Mais ce
n’est pas de cette force que nous parlerons mais plutôt de la force juridique du testament. Le
testament est un acte juridique unilatéral, il tire donc sa force de la volonté du testateur alors que
dans un contrat la volonté d’un contractant est contrebalancée par celle de son cocontractant, dans
l’acte unilatérale, il n’y a qu’une volonté celle de l’auteur de l’acte, en l’occurrence celle du testateur.
La force de la volonté du testateur se justifie par son droit de propriété qui lui confère l’abusus
donc le droit de disposition. Donc il peut léguer tout ou partie de ses biens. La force de la volonté se
manifeste dans la révocabilité du testament (A) elle se manifeste aussi par le fait que l’interprétation
du testament (B) est dictée par la recherche de la volonté du testateur.
A- LA REVOCABILITE DU TESTAMENT
Le testament est révocable. Cela figure même dans la définition du testament (article 656 alinéa 1 er).
L’explication est que ce sont les dernières volontés qui comptent ; donc jusqu’à sa mort, le testateur
peut changer de testament ; et cette volonté est prise en compte. La révocation du testament peut
être expresse ou tacite selon l’article 750 du CF.
1- LA REVOCATION EXPRESSE
L’article 751 du CF précise se que l’on entend par révocation expresse. La révocation expresse peut
résulter soit d’un testament postérieur soit d’un acte devant un officier public, notaire ou juge,
portant déclaration de changement de volontés. Autrement dit, le testateur peut indiquer clairement
dans un nouveau testament que l’ancien est révoqué. Il peut aussi aller chez un notaire ou un juge
pour dire qu’il a changé d’avis et qu’il révoque son testament.
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2- LA REVOCATION TACITE
La révocation tacite peut résulter d’un testament postérieur, d’une aliénation ou d’une destruction
volontaire du testament.
Selon l’article 755 (intitulé révocation tacite par testament postérieur) le testament est tacitement
révoqué au cas où le testament postérieur contient des dispositions incompatibles ou contraires à
celles du précédent, seules celles-ci sont annulées ». Autrement dit, si un testateur fait un nouveau
testament qui comporte des dispositions incompatibles avec le précédent, celui-ci est révoqué
totalement ou partiellement. Il faut remarquer que plusieurs testaments peuvent coexister en ce
complétant puisque seules les dispositions incompatibles sont annulées.
Selon l’article 757 le testament est révoqué tacitement en tout ou partie en cas de destruction
volontaire du testament par le testateur : lacérations, ratures ou cancellation (selon le lexique
juridique la cancellation est la suppression.
Selon l’article 756 CF, « toute aliénation volontaire, celle même par vente avec faculté de rachat
ou par échange que fait le testateur de tout ou partie de la chose léguée, emporte la révocation tacite
du lègue pour tout ce qui a été aliéné encore que l’aliénation postérieure soit nulle et que l’objet soit
rentrée dans la main du testateur. ».
A travers ce texte transparaît nettement l’importance de la volonté puisque le testateur a aliéné
volontairement le bien légué, c’est donc qu’il ne voulait plus le léguer. Par conséquent, il y a
révocation tacite du lègue, peu importe ce qui suivra, peu importe qu’il y ait possibilité de faire un
nouveau lègue si le testateur reprend le bien ou si l’aliénation est annulée, il y a révocation quand
même.
Tels sont les cas de révocation tacite. Il faut cependant souligner que la révocation n’est pas la
caducité2. Cette dernière est la conséquence d’événements indépendants de la volonté du testateur.
C’est le cas du prédécès du légataire (article 758).
C’est le cas aussi de la perte de la chose léguée (article 760).
La volonté du testateur se manifeste aussi par la place qui lui est faite dans l’interprétation du
testament.
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La présence de la volonté est relative da ns les deux cas.
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B- L’INTERPRETATION DU TESTAMENT
Le testament n’est pas toujours clair. En effet, le testateur (qui n’est pas forcément juriste) peut ne
pas parvenir à traduire sa volonté et utiliser des termes inadéquats surtout quant c’est un testament
olographe ou mystique. Il n’y a pas de texte du code de la famille relatif à l’interprétation des
testaments.
Si l’on se reporte au droit français, notamment à la jurisprudence, l’interprétation du testament a
pour but de rechercher les dernières volontés du testateur. Les juges du fond ont un pouvoir
d’appréciation souverain, mais toujours dans le respect de cette volonté. Ils doivent d’abord se baser
sur le testament lui-même, sur ses dispositions. Donc, il s’agit de la preuve intrinsèque.
A défaut d’éléments pouvant les éclairer, ils peuvent se baser sur des éléments extrinsèques au
testament qui reflètent la volonté du testateur notamment ses affections.
Il faut noter que l’interprétation du testament se fait dans le sens qui valide l’acte. Cela a pour
conséquence, dans les contentieux opposant héritiers et légataires, d’avantager les légataires avec
toutefois cette nuance : « Il faut interpréter contre l’héritier quand il s’agit de l’existence du lègue et
contre le légataire quand il s’agit de l’étendue du lègue »3. 4
Malgré sa force, la volonté du testateur rencontre des limites. Certains ont pour but de protéger (A) ;
d’autres visent à préserverer les intérêts des héritiers réservataires (B) ; d’autres enfin protègent
l’intérêt général (C).
Il s’agit en loccurence de protéger le consentement du testateur. Il ne doit pas être atteint de vices
tels que l’erreur, le dol ou la violence selon l’article 658 du code de la famille. Le consentement est en
effet un élément fondamental en matière de testament.
Le testateur peut être victime d’erreur ; par exemple, il lègue ses biens parce qu’il croit ne pas avoir
d’héritiers.
Il peut être victime de dol ; par exemple, une personne détourne le de cujus de ses proches en les
calomniant, elle le pousse à faire un testament à sa faveur.
Le testateur peut être aussi victime de violence, une violence morale. Autrement dit, des pressions.
Les perrsonnes âgées sont particulièrement vulnérables. L’exemple type est celui de la femme âgée
sans enfant dont une parente s’occupe mais en exigeant en retour d’être bénéficiaire de legs. La
sanction des vices du consentement est la nullité de l’acte. Cette nullité est relatives car protectrice
d’un intérêt particulier, celui du testateur dont le consentement a été vicié. En principe, c’est l’auteur
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Citation d’Aubry et Rault.
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Exemple : « Je veux qu’après ma mort mon ami Jean prenne ma voiture ». Le terme «prenne » pr ête à confusion, faut-il
entre « léguer », « donner », etc.
Exemple : « je lègue à Aminata mes meubles ». S’agit-il des « meubles » meublant ou des meubles par opposition aux
immeubles.
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de l’acte qui doit invoquer la nullité ; mais s’agissant du testateur, puisqu’il est mort au moment où le
testament produit son effet, ce sont ses héritiers qui devront le faire à sa place.
Le testateur doit respecter la réserve ; c’est à dire la partie de la succession que la loi réserve à
certains héritiers. L’article 565 du code de la famille énumère les héritiers réservataires en droit
commun ; il s’agit des personnes suivantes :
- Les enfants légitimes ;
- Le conjoint survivant ;
- Les père et mère légitimes (les père et mère d’un enfant légitime)
- Les enfants naturels du défunt ;
- Le les frères et sœurs légitimes du défunt. Avec cette précision qu’ils doivent venir à la
succession. Ainsi, lorsque le de cujus laisse ses enfants et sa sœurs, la sœur ne vient pas à la
succession ; donc elle n’est pas héritière. Si par contre le de cujus n’a pas d’enfant et laisse une
sœur5, celle-ci sera héritière réservataire. A la liste précitée, il faut ajouter
- les descendants légitimes des enfants légitimes ou naturels, ils ont droit à la même réserve que
l’enfant dont ils descendent, qu’ils viennent à la succession de leur chef ou par représentation
(article 565 alinéa 2).
Si le testateur/ de cujus ne doit pas toucher à la réserve, il peut en revanche disposer de la quotité
disponible. Il existe des mécanismes pour réduire les libéralités en cas de dépassement de la quotité
disponible ou au cas où la réserve est entamée.
Le testament qui a une cause immorale est nul. L’exemple type est celui du testateur qui fait un leg à
sa maîtresse. Cela est jugé immorale car on considère qu’il s’agit de la récompense d’une relation
immorale ; la sanction est la nullité absolue car il y a atteinte aux bonnes mœurs et donc à l’intérêt
général. Telles sont les règles relatives à la volonté du testateur dont le testament est l’expression. Il
nous faut à présent envisager dans un chapitre 2 les effets du testament.
Le testament a pour effet de transferer des biens du de cujus aux légataires c’est à dire aux
bénéficiaires du leg. Il existe trois sortes de legs : en effet, selon l’article 762 « les dispositions
testamentaires sont universel ou à titre universel ou à titre particulier ». L’exécution du testament
peut être confiée à un ou plusieurs exécuteurs testamentaires. Nous envisageons d’aord les différents
lgs (section 1ère ) puis l’exécuteur testamentaire (section 2 ème ).
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Bien sûr si elle est une sœur légitime.
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Le leg peut porter sur des biens déterminés, c’est le leg à titre particulier. Il peut porter sur une quote-
part de la succession, c’est le leg à titre universel. Il peut porter enfin su l’ensemble de la succession,
c’est le leg universel.
Nous allons le définir (A) avant d’envisager son régime juridique (B).
A- DEFINITION
Le leg universel est définit par l’article 763 alinéa 1 er comme « la disposition testamentaire par
laquelle le testateur donne à une ou plusieurs personnes l’universalité des biens qu’il laisse à son
décès. A première vue, le leg de l’universalité peut surprendre. En réalité, le légataire universelle n’a
qu’une vocation à l’universalité ; de sorte qu’il peut se retrouver avec un résidu ou rien du tout après
que les hértitiers réservataires et les autres légataires aient reçus leur dû.
L’article 763 prévoit la possibilité d’une pluralité de légataires universels ; cela est assez
complexe puisque ceux-ci ont vocation. Cependant, on peut faire un rappochement avec les héritiers
qui eux aussi ont vocation à l’universalité. Néanmoins, les héritiers et les légataires n’appartiennent
pas à la même catégorie juridique même si certaines règles leurs sont communes.
1- L’OPTION
Selon l’article 763 alinéa 2 « l’acceptation ou la renonciation à un leg universel par le légataire saisi
sont soumises aux conditions prévues au titre premier du livre 7 intitulé "des successions ab
intestat" ». Autrement dit, les règles relatives à l’option successorale sont applicables au légataire
universel saisi.
En quelques mots, il y a trois possibilités en matière d’option :
- L’acceptation pure et simple de la succession ;
- L’acceptation sous bénéfice d’inventaire et
- La renonciation.
L’acceptation pure et simple de la succession a pour conséquence que le légataire universel sera
tenu au-delà des forces de la succession (ultra vires successionis). Ainsi, il peut être conduit à payer les
dettes du défunt sur son propre patrimoine même si elles dépassent la valeur de ce qu’il reçoit.
L’acceptation sous bénéfice d’inventaire a pour conséquence qu’il n’est tenu que dans la mesure
de ce qu’il reçoit.
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La renonciation signifie que le légataire universel refuse le leg universel, il n’aura donc pas part à
la succession, ni côté actif, ni côté passif
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