Dossier: Endodontie
Dossier: Endodontie
DOSSIER
Endodontie
Coordination scientifique Stéphane Simon
SOMMAIRE
20 Traitement conservateur des grandes lésions d’origine
endodontique. La technique de décompression Cédric Buoro,
Hélène Chevalier, Memphis Chopngui, Nuria Cunat Rodriguez,
Abir Eddhaoui, Pascale Fronton, Michaël Guigon, Nathalie
Estran, Loïc Mourlan, José Maria Roca Barcelo, Thomas Rojat,
Frédéric Bukiet, Ludovic Pommel
30 Ostéonécrose des maxillaires d’origine médicamenteuse.
Implications endodontiques Crina Mois, Soazig Glatigny,
Sarah Bouqlila, Sofiane Benmaghnia, Anthony Colnard,
Sophie Testor-Vitaud, Jean-Jacques Lasfargues,
Catherine Besnault
44 Expulsion de la dent permanente : traitement d’urgence,
prévention et gestion des complications associées
Caroline Trocmé, Zeina Aziz, Chrysoula Konti, Julien Thomas,
Stéphane Simon
56 Endodontie et omnipratique : peut-on tout gérer ? Quand
adresser ? Adrien Le Verge, Marion Megly, Antoine Froment,
Cédric Chaudeau, Fabienne Perez, Valérie Armengol
70 Tomographie volumique à faisceau conique : applications
cliniques Franck Florentin, Marie Gurgel-Georgelin,
Franck Diemer
80 Formations diplômantes et compétences particulières
Jean-Philippe Mallet
84 Descriptif des formations postuniversitaires en endodontie
La technique de décompression,
partie intégrante de la thérapeutique
L a prévalence des lésions péri-radiculaires d’ori-
gine endodontique (LIPOE) a été estimée dans
différentes études épidémiologiques et repré-
sente environ 3 à 8 % des dents évaluées et 13 à 51 % des
dents traitées endodontiquement [1].
endodontique, permet de favoriser Sur le plan clinique, ces lésions présentent deux carac-
le drainage et, pour des lésions kystiques téristiques qui peuvent influencer leur traitement et le
volumineuses, de provoquer une forme pronostic : l’étiologie d’une part, et la taille de la lésion
de « marsupialisation » entre l’épithélium ainsi que son étendue aux structures avoisinantes d’autre
part. L’étiologie bactérienne des phénomènes inflam-
kystique et la muqueuse alvéolaire.
matoires péri-apicaux et péri-radiculaires n’est plus à
Elle répond aux objectifs conservateurs démontrer [2]. Elle est aussi responsable des pathologies
de l’endodontie. persistantes après traitement endodontique (parodontite
apicale réfractaire), consécutives à un manque ou à une
insuffisance de désinfection endodontique, à la présence
de canaux oubliés ou encore de micro-organismes extra-
radiculaires (bactéries, biofilms, champignons ou virus) [3].
Cependant, d’autres causes sont évoquées pour expliquer sation peut évoquer un facteur significatif de kyste [17].
l’échec des traitements. Il s’agit des réactions à des corps L’absence de liseré d’ostéocondensation et des limites
étrangers en cas de dépassements de matériaux prove- floues en périphérie de la lésion évoquent une lésion
nant du traitement (ciments, fibres de cellulose, etc.) ou maligne ou une lésion bénigne infectée [17]. Un autre
de débris alimentaires [4], mais aussi de réactions consé- élément concerne la présence et l’épaisseur des corticales
cutives à la présence de cristaux de cholestérol et de osseuses résiduelles qui englobent ou non la lésion. En
lésion kystiques vraies [3, 5, 6]. effet, elles vont être à l’origine du tissu de réparation et
Globalement, parmi les LIPOE, 15 % sont des lésions vont conditionner la rapidité et la qualité de la cicatri-
kystiques (participation épithéliale) [7], dont 9 % sont sation osseuse en évitant les cicatrices fibreuses qui ne
des kystes vrais isolés de l’apex par la membrane kystique sont pas des lésions inflammatoires mais signent une
et 6 % sont des kystes en poche reliés par la membrane réparation incomplète. La présence de dents collatérales
épithéliale à l’apex [8]. Cette différence ne peut être faite dont le ou les apex sont situés dans la lésion est un élé-
qu’au cours d’un examen histo-pathologique de la lésion ment important concernant l’aspect conservateur du ou
après biopsie, mais, pour certains praticiens, cette diffé- des actes choisis ainsi que leur chronologie. La question
rence explique la possibilité de cicatrisation des kystes en souvent posée évoque la conservation de la vitalité de ces
poche (reliés au canal radiculaire) par simple traitement dents ou leur traitement endodontique préchirurgical.
orthograde versus les kystes vrais qui ne cicatriseraient Cette dernière solution est souvent retenue et son aspect
pas et imposeraient une exérèse chirurgicale [7, 8, 9]. invasif est contraire aux principes fondamentaux de la
dentisterie actuelle et de l’odontologie conservatrice en
particulier. L’ensemble de ces facteurs doit être évalué
Conséquences cliniques sur les radiographies rétro-alvéolaires avec angulateur et
des lésions volumineuses l’examen CBCT ou DentascanTM.
Enfin, le dernier facteur à considérer est relatif au délai
Le pronostic du traitement ou retraitement orthograde de cicatrisation et au risque de fracture ou d’infiltration
est reconnu comme excellent puisque situé respective- autour d’éléments prothétiques temporaires. En effet,
ment et approximativement entre 90 % et 80 % [10, 11]. l’évaluation de la cicatrisation doit s’effectuer à l’aide de
Il est donc admis que le traitement conservateur d’une radiographies postopératoires tous les 3 mois durant une
infection endodontique repose sur la mise en forme, la année. Certaines lésions vont demander 1 à 4 ans pour
désinfection, l’obturation endodontique et la restaura- cicatriser [18] et on ne peut impliquer le patient pour une
tion coronaire [12, 13]. nouvelle attente, similaire, si l’acte chirurgical est indi-
Le traitement orthograde constitue donc l’acte théra- qué à l’issue de cette période. La vie sociétale devient
peutique de première intention à réaliser pour prévenir donc un élément à part entière du pronostic et de la prise
la récidive et assurer le maintien du résultat [13]. de décision.
Pour Nair [9], les kystes vrais, en particulier les plus D’autre part, et concernant les grandes lésions avec rup-
volumineux, auraient une chance amoindrie de cicatri- ture des corticales, l’exérèse complète du tissu granulo-
ser par simple traitement ou retraitement orthograde et mateux requise lors de l’intervention chirurgicale [19]
imposeraient une exérèse complémentaire. De plus, la est souvent à l’origine de cicatrice fibreuse et d’une répa-
prévalence de kystes vrais serait plus importante en pré- ration incomplète de l’os [20] qui peut se révéler com-
sence d’infections persistantes après traitement (13 %) promettante pour les futures possibilités de traitement
par comparaison à des foyers infectieux primaires (9 %) dans le secteur, et notamment pour la pose d’implant
(dent nécrosée) [7]. ultérieure.
Cela met en exergue le premier facteur à considérer En résumé, ces divers éléments doivent être recueillis et
lors du choix thérapeutique et de la planification du analysés objectivement.
traitement. Le traitement repose sur l’endodontie orthograde et la
Le deuxième élément est représenté par la taille de la décision d’intervention est conditionnée par l’échec de ce
lésion [14]. Les lésions supérieures à 7 mm de diamètre traitement, la taille de la lésion, le liseré d’ostéosclérose
peuvent être considérées comme de grandes lésions [15] et la perte des corticales. Le traitement endodontique
et le pourcentage de kyste est proportionnel à la taille de préalable à la chirurgie d’une dent collatérale peut aussi
la lésion [16]. L’existence d’un net liseré d’ostéoconden- être indiqué si elle présente un risque d’infiltration
1 2
1. Préparation du tube destiné au drainage. 2. Aspiration du contenu kystique après incision et ostéotomie.
3 4
3. Emplacement du drain après incision, ostéotomie 4. Le drain est positionné, sa longueur réglée, puis il est
et prélèvement pour biopsie. suturé aux berges
5a 5b
5a. Écoulement purulent. 5b. Lavage de la lésion à la chlorhexidine à 0,12 % et au
sérum physiologique.
osseux s’il est présent. Un décolleur inséré dans les tiennent dans sa position (fig. 4). Un embout creux et
berges permet de les séparer et l’effraction de la corti- souple est placé sur une seringue remplie de chlorhexi-
cale est réalisée avec une fraise boule chirurgicale sous dine à 0,12 % puis de sérum physiologique. Ce dispositif
irrigation (fig. 2). Une aiguille sous-cutanée montée sur permet de rincer et de désinfecter la lésion (fig. 5a et b).
une seringue de 5 ml est alors placée dans la lésion afin Le patient est libéré après prescription d’une seringue,
de vider son contenu liquidien par aspiration (fig. 3). de bain de bouche et de dosette de 5 ml de sérum physio-
Une curette permet de prélever un échantillon de tissu logique. Un embout spécifique lui est remis ainsi qu’une
dans la lésion et le placer dans une solution aqueuse iso- ordonnance d’antalgique. Il devra effectuer le rinçage de
tonique et tamponnée de formaldéhyde à 4 %. Il sera la lésion par le drain tous les soirs. Il est capital de veiller
envoyé au laboratoire d’anatomopathologie afin de pra- à ce que l’embout ne soit pas adapté au diamètre interne
tiquer une biopsie en respectant les règles requises pour du drain pour prévenir l’accumulation de débris alimen-
cette dernière. Ce geste est incontournable, il confirme taires qui obstrueraient la lumière et entretiendraient
le diagnostic et permet éventuellement d’identifier une une inflammation.
lésion d’une autre origine qui sera alors traitée et abor- Une semaine après sa mise en place, les deux points sont
dée différemment. ôtés et le drain libéré. À ce stade, l’anesthésie est inu-
Le drain peut alors être placé et sectionné à l’extrémité, tile. Il est retiré, la lésion rincée à la chlorhexidine et
il doit être légèrement raccourci après avoir contacté la au sérum physiologique puis il est remis en place après
paroi opposée (osseuse ou muqueuse) et effleuré la sur- vérification de l’épithélialisation de la communication
face muqueuse externe où deux points de suture le main- tissulaire (fig. 6a et b).
6a b
c
c. Radiogramme rétro-
alvéolaire après pose
du drain et mise
en place de l’hydroxyde
de calcium sur 22.
Le maintien de la dent
est assuré par l’os
7a b alvéolaire proximal.
8 9a b c
Les particularités de cette approche et l’implication ter la fin du traitement. Les prélèvements seront
du patient dans les phases de traitement impliquent sa effectués sur différents sites : les bords de la lésion en
coopération : si le drain est perdu ou déposé accidentel- sous-périosté ou osseux, mais aussi au centre et en pro-
lement lors des premières semaines, le patient doit être fondeur.
reçu pour le remplacer.
Cette technique est une sérieuse alternative au traite-
ment des grandes lésions dont l’exérèse directe peut se Conclusion
révéler délétère pour les dents collatérales et surtout la La technique de décompression peut permettre de
quantité et la qualité de l’os et des tissus régénérés. Ces transformer un cas complexe en un cas simple. Elle ne
aspects peuvent en effet compliquer ou nuire sérieuse- nécessite pas d’instrumentation spécifique ou difficile
ment à un traitement implantaire futur. de mise en œuvre. Cependant, elle impose une forte
L’obtention d’une cicatrice fibreuse et d’un défaut de coopération du patient et un diagnostic précis. Faisant
réattache parodontale est limitée. L’intégrité de l’état partie intégrante de la chirurgie endodontique, elle doit
pulpaire des dents adjacentes replace la situation clinique être enseignée dans le cadre d’un Diplôme Universitaire
dans un contexte favorable sur le plan sensoriel et bio- d’Endodontie, car elle répond aux objectifs fondamen-
mécanique. taux de cette discipline ainsi qu’aux critères de santé
Toutefois, l’examen anatomopathologique initial est publique.
primordial pour écarter une issue invasive et orien-
bibliographie
POINTS ESSENTIELS
• Le diagnostic différentiel avec d’autres images 1. Dugas NN et al. Periapical health and treatment quality
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radio-claires est impératif avant tout acte invasif. Int Endod J 2003 ; 36 (3) : 181-192.
• Le diagnostic radiographique doit être établi 2. Kakehashi S, Stanley Hr, Fitzgerald Rj. The Effects of surgi-
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• L’examen anatomopathologique du contenu (3) : 340-349.
liquidien et des tissus doit être réalisé. 3. Nair PN. On the causes of persistent apical periodontitis : a
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• La désinfection ainsi que l’obturation
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demeurent la clé du traitement.
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Ostéonécrose des maxillaires Les différents stades sont résumés dans le tableau 1.
d’origine médicamenteuse Les BPs sont indiqués dans les pathologies du remode-
lage osseux. Ils peuvent être utilisés par voie orale ou
L’ONM se définit par trois caractères obligatoirement parentérale (tableau 2) :
associés [2] : - les BPs administrés per os (BPs PO) sont prescrits pour
- traitement antérieur ou en cours avec des molécules le traitement de l’ostéoporose post-ménopausique ou
inhibant le remodelage osseux à risque d’ONM (BPs, cortico-induite, moins fréquemment pour le traitement de
denosumab) ; la maladie de Paget ou de l’ostéogénèse imparfaite [4, 5]. Ils
- os exposé directement ou par le biais d’une fistule intra- peuvent aussi être prescrits dans des indications bénignes ;
ou extra-orale dans la région maxillo-faciale depuis plus - les BPs administrés par voie intraveineuse (BPs IV)
de 8 semaines ; sont le plus souvent utilisés dans la prise en charge des
- absence d’antécédent de radiothérapie des maxillaires complications osseuses des cancers telles que l’hyper-
ou de métastases osseuses au niveau des maxillaires. calcémie maligne, les lésions osseuses des myélomes
Plusieurs classifications descriptives ont été proposées (stade III), les métastases osseuses observées fréquem-
pour définir les stades de l’ONM. Celle de Ruggiero ment dans les cancers du sein, de la prostate ou encore
(2009), reprise par l’Académie Américaine de Chirurgie du poumon. Dans cette indication, ils préservent l’inté-
Orale et Maxillo-faciale (AAOMS), fait référence. grité osseuse et réduisent le risque d’hypercalcémie, de
complications squelettiques de type fracture ou com- ostéoclastes ainsi que leur fonction, et augmentent leur
pression médullaire [6]. Ils posséderaient également un apoptose, diminuant la résorption osseuse et le remo-
effet anti-tumoral direct en réduisant le relargage de fac- delage. Le rôle central de l’inhibition du remodelage
teurs de croissance tumoraux et en inhibant l’adhésion et osseux est corroboré par une incidence similaire de
l’invasion des cellules cancéreuses [7, 8]. Le zolédronate l’ONM observée avec d’autres molécules anti-résor-
et le pamidronate auraient également un effet inhibiteur bantes (non-BP), telles que le denosumab (anticorps
sur l’activité des macrophages, ainsi qu’un effet anti- anti-RANK-L) agissant directement sur les ostéo-
angiogénique [9]. Ces BPs IV sont depuis peu utilisés clastes.
dans le traitement de l’ostéoporose, notamment en cas 3. L’inhibition de l’angiogénèse : la nécrose osseuse
de difficulté de compliance au traitement per os ou en cas observée dans l’ONM pourrait être liée à une inhibition
de contre-indication gastrique. de l’angiogénèse, en particulier par le zolédronate
conduisant à une hypovascularisation des maxillaires,
Les BPs tendent à être progressivement remplacés par démontrée dans des études in vitro. De plus, des études
un anticorps monoclonal inhibiteur RANK-L, le deno- portant sur des patients atteints de cancers traités par
sumab (Prolia®, Xgeva®), administré en injection sous- acide zolédronique observent une diminution du taux de
cutanée. VEGF circulant, qui confirmerait l’action anti-angiogé-
Le denosumab est un anticorps monoclonal humain (IgG2) nique des BPs IV.
qui cible le ligand du récepteur RANK. Les récepteurs 4. L’inflammation/l’infection : l’inflammation et/ou
RANK (« Receptor Activator of NuclearFactor-kb ») l’infection ont longtemps été considérées comme des
transmembranaires sont localisés sur les pré-ostéoclastes composantes importantes de l’ONM. En effet, les
et sont activés par la protéine RANK ligand, médiateur avulsions réalisées chez les patients à risque et ayant
de la voie principale de différenciation des ostéoclastes. induit une ONM concernaient des dents présentant des
La fixation spécifique du denosumab au RANK-L atteintes d’origine parodontale ou endodontique. De
empêche l’activation du récepteur RANK, inhibant plus, dans de nombreux modèles animaux, l’association
ainsi la différenciation des ostéoclastes. Il diminue par d’une inflammation/infection bactérienne et d’un trai-
cette voie la résorption osseuse [19]. tement par BPs IV suffirait à générer une ONM. Enfin,
Prolia® est utilisé dans le traitement de l’ostéoporose des prélèvements bactériens réalisés sur l’os nécrotique
à risque élevé de fracture post-ménopausique chez les issu de patients atteints d’ONM ont montré la présence
femmes, ou résultant du traitement hormono-ablatif de bactéries, en particulier du genre Actinomyces, combi-
(cancer de la prostate) chez les hommes. nées à des virus et des champignons organisés en biofilm
Xgeva® est indiqué dans la prévention des complica- complexe, ce qui pourrait expliquer la difficulté de trai-
tions squelettiques chez les patients adultes atteints de tement des ONM.
tumeurs solides (sein, poumon, prostate) avec métastases 5. La toxicité des BPs vis-à-vis des tissus mous :
osseuses, et en voie d’obtention de l’AMM (Autorisation in vitro, de nombreux types cellulaires augmentent leur
de Mise sur le Marché) pour les myélomes de stade III. apoptose ou diminuent leur prolifération après exposi-
tion aux BPs.
La physiopathologie de l’ONM n’est pas encore totale- C’est le cas en particulier des cellules de l’épithélium
ment élucidée. Sa survenue pourrait résulter de plusieurs oral. Dans l’ONM, cette toxicité, conduisant à la des-
phénomènes [2] (fig. 1) : truction de la muqueuse orale [2, 9], pourrait expliquer
1. La fixation préférentielle des BPs sur les maxil- l’exposition de l’os alvéolaire après chirurgie ou trauma-
laires : les BPs, caractérisés par leur affinité pour l’hy- tisme local.
droxyapatite, se fixent principalement sur l’os alvéolaire
du fait de son turn-over physiologique rapide (le plus Le diagnostic différentiel doit être établi en tenant
soutenu de l’organisme), ce qui aboutit des concentra- compte du contexte médical et médicamenteux avec :
tions locales élevées. Cette spécificité permet d’expliquer - les tumeurs osseuses primitives et secondaires ;
la localisation unique de l’ONM et l’absence d’atteinte - les autres types d’ostéite ou ostéomyélite, y compris
des autres sites osseux. l’ostéoradionécrose ;
2. L’inhibition de la résorption et du remode- - les gingivites et parodontites ulcéro-nécrotiques ;
lage osseux : les BPs inhibent la différenciation des - les lésions fibro-osseuses.
Chez les patients devant recevoir des BPs IV ou du Prise en charge selon le risque d’ONM
denosumab dans des indications malignes, ces mesures
englobent la réalisation d’un bilan radiologique (panora- [25]
mique, radiographies rétro-alvéolaires et/ou Cone Beam Les traitements endodontiques orthogrades ne sont pas
en cas de doute concernant un foyer infectieux), le dépis- considérés comme facteurs significatifs de risque de sur-
tage des lésions carieuses, la réalisation des traitements venue d’ONM et doivent donc représenter l’alternative à
parodontaux, des traitements conservateurs, des traite- l’avulsion lorsque cela est possible [23]. Il n’existe cepen-
ments endodontiques et l’élimination de tous les foyers dant aucune preuve scientifique du rapport bénéfice/
infectieux. Lorsque cela est possible, si l’état clinique du risque des traitements endodontiques chez les patients
patient le permet, un délai de 3 semaines post-avulsion est à risque d’ONM.
nécessaire, afin d’obtenir une cicatrisation muqueuse [12]. À l’instar de la prise en charge des patients à risque d’os-
L’instauration du traitement, dans un contexte oncolo- téoradionécrose, celle des patients à haut risque d’ONM
gique, peut rarement attendre la cicatrisation osseuse (en cours de traitement ou en post-traitement par BPs
complète (environ 120 jours), et les études ne montrent IV ou denosumab dans une indication maligne [3,24])
pas d’augmentation du risque lorsqu’un délai post-avul- doit inclure le traitement endodontique non chirurgical
sionnel de 3 semaines est respecté. Seule l’hypercalcémie de dents qui auraient habituellement été extraites [25].
maligne ne permet pas d’attendre la réalisation des avul- C’est le cas en particulier des dents présentant des lésions
sions dentaires, il s’agit d’une urgence médicale. carieuses volumineuses, non restaurables prothétique-
Pour toutes les dents à pronostic réservé à court, moyen ment mais sans mobilité (mobilité 1 à 2).
et long terme chez les patients traités pour une patholo- Pour ces dents délabrées, après traitement endodontique,
gie maligne, l’extraction sera indiquée compte tenu de la la partie coronaire sera sectionnée en juxta-gingival
persistance d’un risque élevé pendant toute la durée du avant scellement étanche de la partie radiculaire (res-
traitement (denosumab et BPs) et pendant 10 ans pour tauration adhésive par exemple). Au même titre que les
les BPs à l’arrêt de celui-ci (durée de la demi-vie osseuse). avulsions, la chirurgie endodontique doit être évitée.
Chez les patients devant recevoir des BPs PO, un bilan Pour ces patients à haut risque d’ONM, le suivi bucco-
bucco-dentaire sera réalisé, suivi des soins nécessaires dentaire sera réalisé tous les quatre mois [12] (fig. 3 et 4).
(fig. 1 et 2). Le traitement BPs PO pourra être instauré Tous les patients sous BPs PO sont à faible risque d’ONM.
sans délai étant donné que le risque d’apparition d’ONM Dans ce cas, la prise en charge consiste en des visites de
est dans ce cas de plusieurs années. contrôle régulières (une fois par an), un dépistage des
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b c d e
de sérum physiologique) puis délicatement réimplantée Le pronostic est favorable avec un risque plus faible
dans l’alvéole. L’immersion préalable de la dent dans un de résorption radiculaire externe, de remplacement ou
bain de tétracycline pourrait doubler voire tripler le taux inflammatoire [10] contrairement à une durée extra-
de revascularisation [17, 18]. orale à sec supérieure à 60 minutes.
Temps extra-oral à sec > 60 min : tissus parodon- Temps extra-oral à sec > 60 min : tissus parodon-
taux nécrosés taux nécrosés
Le protocole est identique à celui d’une dent mature dont La dent est rincée avec du sérum physiologique. Les
le temps extra-alvéolaire est supérieur à 60 minutes. La fibres desmodontales sont éliminées avec une com-
dent est rincée avec du sérum physiologique et le des- presse. L’emploi de la curette parodontale est exclu de
modonte nécrosé est éliminé avec une compresse. Selon façon à éviter une atteinte supplémentaire de la surface
certains protocoles, la dent est immergée dans un bain cémentaire. La dent peut être immergée dans une solu-
d’acide citrique à 6 % ou d’hypochlorite de sodium pen- tion d’acide citrique à 6 % ou d’hypochlorite de sodium
dant 5 minutes (élimination des dernières cellules liga- (5 minutes) puis dans une solution de fluorure de sodium
mentaires) puis renforcée par un bain de fluorure de (NaF) à 2 % pendant 20 minutes. Encore une fois, l’effi-
sodium (NaF) à 2 % pendant 20 minutes [19]. Les ions cacité de ces protocoles n’étant pas avérée, les dernières
fluorures qui se fixent à la surface dentaire amélioreraient recommandations internationales ne recommandent
la résistance de la dent aux phénomènes de résorption. impérativement pas leur utilisation.
D’autres auteurs proposent l’utilisation de l’Emdogain®
(Straumann - protéine de matrice amélaire d’origine
porcine). Ce produit pourrait induire la régénération Contention et gestion des tissus mous
des tissus parodontaux et permettrait ainsi d’améliorer La contention des dents expulsées doit être souple.
la résistance de la racine d’une dent expulsée à la résorp- Elle est laissée en place pendant 7 à 10 jours, temps de
tion [20]. Néanmoins, devant le manque de certitude cicatrisation des tissus parodontaux (fig. 2). Au-delà, le
quant à l’efficacité de ces différents protocoles, les der- risque d’ankylose est augmenté. Cependant, en présence
nières recommandations internationales ne préconisent d’une fracture alvéolaire concomitante, elle sera main-
pas leur recours de façon systématique [9]. Certains tenue entre 4 et 8 semaines [21, 22]. Une radiographie
auteurs préconisent le traitement endodontique immé- doit être effectuée pour vérifier le bon repositionnement
diat afin de garantir l’étanchéité de l’obturation apicale de la dent sur l’arcade. Les lacérations des tissus mous
et réduire ainsi le risque de résorption radiculaire [16, sont fermement suturées. L’occlusion nécessite parfois
19]. Néanmoins, il est rare que le temps dont dispose quelques ajustements.
le praticien soit suffisant pour assurer un traitement de
qualité (apexification au MTA). De plus, les produits
issus du traitement pourraient entraîner une irritation
supplémentaire des tissus péri-radiculaires, retarder la
cicatrisation ou aggraver les résorptions. La question
se pose également de l’intérêt de la réimplantation. La
résorption de remplacement qui affecte la dent est très
active. Elle aboutit à une perte rapide de l’unité dentaire.
Toutefois, afin d’assurer le maintien des contours alvéo-
laires et limiter les conséquences psychologiques, il est
préférable de procéder à la réimplantation.
Prescriptions et recommandations fication avec mise en place d’un bouchon apical de MTA
postopératoires est effectué dans un deuxième temps. Les techniques de
Bien que l’utilité des antibiotiques soit controversée, revitalisation sont attractives. Plusieurs rapports de cas
les dernières recommandations internationales [9, 23] témoignent de leur efficacité. Néanmoins, les recom-
préconisent la prescription d’une tétracycline pour les mandations internationales émettent des réserves quant
adultes et les enfants de plus de 12 ans pendant 7 jours. à leur emploi dans un contexte de traumatisme [25].
Les tétracyclines (doxycycline) ont l'avantage de limiter
l’inflammation et d’exercer une action anti-résorptive Temps extra-oral > 60 min
grâce à l’inhibition des cellules clastiques (ostéoclastes, Dans cette situation, le pronostic est particulièrement
dentinoclastes) et des collagénases [24]. Une pénicil- réservé. Le protocole reste le même que pour celui des
line G (amoxicilline ou clindamycine en cas d’allergie) est dents matures dans l’objectif de garder l’organe dentaire
prescrite pour les enfants de moins de 12 ans afin d’éviter fonctionnel dans la cavité orale. À terme, l’ankylose et
les colorations induites par l’emploi des tétracyclines. la résorption radiculaire, qui peut être particulièrement
Un antalgique de niveau I (paracétamol) est suffisant rapide, sont à craindre [9]. Elles peuvent être prévenues
pour soulager le patient. ou au moins contenues en mettant en place et renouve-
Ce dernier doit assurer une hygiène bucco-dentaire lant une médication intracanalaire à base d’hydroxyde
optimale pour prévenir l’accumulation de plaque au de calcium. Néanmoins, le pronostic reste très réservé.
niveau de la gencive marginale, nuisible à la réparation
parodontale. Toute surinfection doit être évitée. Il doit
en être informé. Une solution de bain de bouche à la Dent permanente mature
chlorhexidine (3 fois par jour pendant 7 à 10 jours) est Temps extra-oral < 60 min
prescrite ainsi qu’une brosse à dents post-chirurgicale Le traitement endodontique est entrepris par un parage
(7/100) en cas de suture. canalaire dans les 7 à 10 jours suivant la date de la réim-
Le patient doit privilégier une alimentation molle durant plantation, avec la contention en place. Une fois la cica-
les 15 premiers jours. trisation parodontale obtenue, une première phase de
temporisation avec mise en place d’hydroxyde de calcium
(éventuellement renouvelée) est réalisée. L’obturation
Certificat médical initial endodontique est ensuite complétée. Une prise en charge
La rédaction du certificat initial constitue une obligation endodontique tardive est délétère pour le pronostic de la
médico-légale. Elle se fait à l’issue de la consultation et dent : la gestion d’une résorption inflammatoire externe
des premiers soins d’urgences. Le certificat sera utilisé déjà installée est délicate. Dans ce cas, une temporisation
par les organismes d’assurance pour la prise en charge prolongée à base d’hydroxyde de calcium est indiquée.
financière des soins immédiats mais également à venir. Il Elle ne doit pas excéder 60 jours afin de ne pas altérer la
est primordial d’y apposer les réserves associées au pro- structure dentaire résiduelle [4].
nostic de la dent.
Temps extra-oral > 60 min
Le résultat anticipé est systématiquement l’ankylose et la
Traitement endodontique résorption de remplacement de la racine. Le traitement
endodontique peut être réalisé après une phase de tempo-
Dent permanente immature risation intra-canalaire à base d’hydroxyde de calcium [16].
Temps extra-oral < 60 min
L’objectif biologique recherché étant une revascula-
risation du parenchyme pulpaire, le traitement endo- Suivi
dontique n’est entrepris qu’en présence d’un ou plusieurs Un contrôle clinique et radiographique est ensuite effec-
signes avérés de nécrose pulpaire et/ou d’infection endo- tué à 1 mois, 3 mois, 6 mois puis annuellement pendant les
dontique. Si la revascularisation ne se fait pas et que 5 premières années [23]. Si la dent est indemne de toute
le tissu pulpaire nécrosé s’infecte, le canal est nettoyé, résorption dans les deux premières années, le risque de
désinfecté, et une médication temporaire à base d’hy- survenue est significativement réduit. Toutefois, il n’est
droxyde de calcium mise en place. Un traitement d’apexi- pas inexistant.
3a b c d
3. Réimplantation des dents 11-12 après 48 heures. Le patient se présente en première consultation 4 mois après le
traumatisme initial.
a. Des résorptions inflammatoires externes sont visibles sur les dents 11 et 12. On note également la présence de lésions
inflammatoires péri-apicales.
b. Le traitement endodontique est initié. La mise en forme est réalisée et de l’hydroxyde de calcium est placé
en interséance.
c. Le patient est perdu de vue et recontacte le service 4 mois après la dernière consultation. La résorption inflammatoire
de la 12 semble s’être stabilisée et le traitement endodontique définitif de la 12 est réalisé. On note le rétablissement
de la lamina dura.
d. En revanche, la résorption de 11 a progressé très activement. L’hydroxyde de calcium sera renouvelé
jusqu’à la résorption complète de la dent.
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Correspondance
Les auteurs déclarent ne pas avoir de lien
[Link]@[Link]
d’intérêt relatif au sujet abordé.
[Link]
Endodontie et omnipratique :
peut-on tout gérer ?
Quand adresser ?
L’identification des situations à risque
et la sélection des cas gérables
dans sa propre pratique sont nécessaires
Adrien Le Verge, Marion Megly, pour améliorer le pronostic des traitements
Antoine Froment, Cédric Chaudeau endodontiques.
Titulaires du DIU d’Endodontie de Nantes
D’
Fabienne Perez
Professeur des Université après la Haute Autorité de Santé (HAS) [1],
Université de Nantes « le traitement endodontique a pour objec-
Praticien Hospitalier
tif de traiter les maladies de la pulpe et du
Chef de service Odontologie conservatrice
et pédiatrique, CHU Nantes péri-apex, et ainsi de transformer une dent pathologique
Coresponsable DIUE Nantes en une entité saine, symptomatique et fonctionnelle sur
l’arcade ». Le taux de succès du traitement endodontique
initial est de l’ordre de 95 % lorsqu’il est réalisé en res-
Valérie Armengol pectant les recommandations de bonnes pratiques [2].
Maître de conférences en Odontologie conservatrice En effet, les récentes innovations, aussi bien sur le plan
et Endodontie diagnostique qu’instrumental, voire biologique, per-
Université de Nantes mettent de traiter au mieux l’ensemble des pathologies
Praticien Hospitalier de l’endodonte. Cependant, des études transversales
Service Odontologie conservatrice et Pédiatrique,
montrent qu’une grande partie des traitements réalisés
CHU Nantes
en omnipratique est inadéquate concernant l’obturation,
Responsable DIUE Nantes
et qu’une proportion non négligeable d’entre eux a abou-
ti à un échec, et ce quel que soit le pays considéré [3].
Ces échecs entraînent une prise en charge thérapeutique
Capteur/Film radiographique
5a b
6a b c
ture et l’interprétation des structures anatomiques seront ne saurait se justifier s’il n’améliore pas dans ces cas pré-
alors optimisées [18], ce qui est très utile en endodontie. cis la prise en charge et le pronostic de la dent [20].
Pour l’heure, l’utilisation systématique de la radiographie
rétro-alvéolaire est indispensable, mais le CBCT devient Cependant, lorsque l’anamnèse donne des résultats inco-
un outil important lorsque l’imagerie conventionnelle hérents avec l’examen clinique, nous devons penser aux
montre ses limites, et l’amélioration des logiciels permet- douleurs non odontogènes et aux odontalgies atypiques
tra des aides aux diagnostics pour la recherche de lésions (fig. 7). Les causes non odontogènes sont des névralgies
ou de structures anatomiques (fig. 6). du trijumeau, des sinusites maxillaires, des troubles tem-
Un indice péri-apical adapté au CBCT a été élaboré par poro-mandibulaires, des migraines. Celles-ci sont sou-
Estrela en 2008 [19]. Il s’agit de mesurer la plus longue vent diurnes, avec des descriptions imprécises sur leur
largeur de la lésion en lui attribuant un indice D ou E localisation ou leur forme. L’odontalgie atypique est
selon qu’il y ait destruction ou expansion de la corticale. une neuropathie qui se caractérise par un symptôme
Faisant preuve de moins de subjectivité que l’indice PAI douloureux persistant (chronique) et continu, localisé
sur clichés rétro-alvéolaires, cet outil est intéressant. dans la région dento-alvéolaire et qui ne peut être expli-
Mais la réalisation d’un CBCT devant toujours être qué dans le contexte d’autres maladies ou troubles [21].
justifiée, le seul souhait de vouloir comparer le volume La recherche d’une zone d’allodynie, appelée « trigger
d’une lésion ne suffit pas. Le recours à l’imagerie CBCT zone », avec une sonde permet de différencier une
2 - Charte d’évaluation de la difficulté clinique (adaptée d’après les systèmes canadien et américain) [25]
Critère Risque moyen Risque élevé
et sous-critère 1 point par item 3 points par item
A – Facteurs liés au patient
Radiographie
(réalisation/interprétation)
❏ Difficulté minimale ❏ Difficulté modérée (plancher ou palais peu profonds)
C – Facteurs supplémentaires
Relations endo-
parodontales
❏ Parodonte sain ❏ Maladie parodontale
Tableau 3 - Charte simplifiée proposée - les raisons qui l’ont poussé à consulter en omnipratique ;
par l’Association Néerlandaise d’Endodontie [25] - les constatations cliniques exhaustives qui permettront
Problèmes médicaux (score ASA > 2) une cohérence de discours entre l’omnipraticien et le
correspondant. La confiance du patient en est améliorée
Limitation physique (ouverture buccale, réflexe
et renforcée ;
nauséeux) / Coopération difficile
- les raisons de l’orientation du patient vers un spécia-
Difficulté diagnostique liste, notamment en relevant les difficultés notées via les
Prémolaire > 2 canaux chartes ;
Molaire > 3 canaux / Dents de sagesse - les hypothèses diagnostiques ;
Division canalaire dans le tiers médian ou le tiers - les projets de restaurations futures de la dent concer-
apical née.
Rotation ou inclinaison de la dent modérée
à sévère
Conclusion
Morphologie coronaire ou radiculaire aberrante/
La réalisation des actes endodontiques, y compris les
Racine très longue (> 30 mm)
retraitements, est de la capacité du chirurgien-dentiste,
Difficulté d’isolation mais celui-ci doit identifier les situations à risques en pré-
Démontage prothétique compliqué opératoire afin d’éviter ou de limiter le recours à un tiers
Courbure radiculaire modérée à sévère (> 10°) pour gérer une complication survenue au cours du trai-
tement ou pour réaliser le retraitement en cas d’échec.
Obstruction (oblitération canalaire, calcification),
perforation, apex ouvert L’analyse de la difficulté, avant de commencer un trai-
tement, est propre à chacun et des référentiels existent
Retraitement
pour nous aider à la déterminer. Ces chartes permettent
Lésion endo-parodontale alors d’adresser au bon moment à des confrères spéciali-
Traumatisme alvéo-dentaire sés. Ceux-ci devraient être plus facilement identifiables,
dans l’avenir, avec la reconnaissance de la spécialité ou
par l’acquisition d’une qualification de « praticien ayant
une compétence particulière » dont la Société Française
Il est important de toujours privilégier l’intérêt du d’Endodontie (SFE) serait la garante. Si la réussite n’est
patient et de ne pas décider à sa place. Dans le cadre de pas toujours assurée, toutes les chances seront alors réu-
l’endodontie, les alternatives sont simples : réaliser le nies pour offrir au patient le meilleur pronostic, et donc
traitement, s’abstenir ou extraire (seul acte avec 100 % la conservation le plus longtemps possible de la dent
de succès pour la guérison d’une parodontite apicale) en sur l’arcade. Dans le cas contraire, la notion de perte de
expliquant les différents risques et avantages. Le consen- chance pourra être discutée.
tement éclairé est indispensable pour aider le patient
à évaluer l’investissement nécessaire à la lumière des
informations délivrées de manière adaptée et lui laisser
le choix de sa décision (article R4127-233 du Code de POINTS ESSENTIELS
déontologie). • Prendre le temps d’établir un diagnostic clair et précis.
• Repérer et analyser en préopératoire les difficultés
Lors de la communication avec le correspondant, il est éventuelles.
important de donner les informations pour que celui-
• Connaître les protocoles opératoires et leurs mises
ci puisse facilement comprendre, analyser et traiter le
en œuvre.
problème. De plus, la trace écrite d’un courrier permet
de montrer une volonté d’un travail consciencieux d’un • Communiquer avec le patient lorsqu’il doit être
point de vue médico-légal en cas de litige. adressé.
Il faut indiquer sur le courrier : • Communiquer avec le correspondant en lui précisant
- l’état civil du patient ; les éléments nécessaires à la bonne prise en charge
- l’état de santé ; endodontique.
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Tomographie volumique
à faisceau conique
Applications cliniques
L
MCU-PH
Responsable du centre de soins
odontologiques de Rangueil a radiographie, élément indispensable en endo-
Coresponsable du DIU dontie, est présente durant les trois phases du
d’Endodontie de Toulouse traitement. Elle permet par exemple la recon-
naissance et la caractérisation des structures anato-
miques en pré-opératoire, ainsi que la vérification des
Franck Diemer différentes étapes endodontiques et le suivi de la santé
PU-PH péri-apicale en per- et postopératoire [2, 3].
Responsable du DIU Parmi l’arsenal technique à notre disposition, une tech-
d’Endodontie de Toulouse nologie plus récente, datant de la fin des années 1990, a
ouvert une perspective dans les trois sens de l’espace. Il
s’agit de la tomographie volumique à faisceau conique,
communément appelée Cone Beam ou CBCT (pour
« Cone Beam Computed Tomography »). Cette tech-
nique d’imagerie a vu son développement s’accélérer, car
1. Images
radio-claires
volumineuses
au maxillaire
antérieur (en haut)
et à la mandibule
dans le secteur
molaire (en bas).
elle présente de nombreux avantages, comme l’absence sée essentiellement pour l’exploration des structures
de superposition des éléments anatomiques, importante osseuses, notamment en chirurgie et en implantologie.
en endodontie. Malgré tous ces avantages, au fil des Toutefois, elle a un intérêt en parodontologie, en ortho-
années, certaines limites ont pu être identifiées. dontie et en endodontie. Il existe deux types de machines
en fonction de leur champ d’acquisition. Soit il est fixe et
Indications du Cone Beam peut être petit, moyen ou grand ; soit il est variable, sa
taille est alors déterminée au moment de chaque acquisi-
en odontologie tion en fonction de la zone d’intérêt.
L’utilisation de la tomographie volumique par faisceau En chirurgie, le Cone Beam renforce la sécurité per-
conique en odontologie remonte à 1998. Ce procédé opératoire et réduit le traumatisme chirurgical (dents
radiologique consiste en l’acquisition des données du ectopiques, incluses, surnuméraires, visualisation des
volume cylindrique à explorer, par la projection d’un sinus, individualisation de kyste par rapport aux élé-
faisceau conique de rayon X qui effectue une rotation ments environnants (fig. 1), etc.).
partielle ou complète autour de la tête du patient [4]. En implantologie, il est utile dans le cas d’une réha-
En odontologie, la tomographie volumique est utili- bilitation de grande étendue, d’une quantité osseuse
4. Image Cone
Beam d’une molaire
mandibulaire,
avec présence
d’une image
canalaire
« fantôme ».
Indications
En ce qui concerne les indications,
nous pouvons dénombrer 8 examens
en odontologie pédiatrique (1,43 %),
20 en orthodontie (3,57 %), 86 en
chirurgie buccale (15,33 %), 11 en
parodontie (1,96 %), 223 en implan-
tologie (39,74 %), 206 en endodontie
(36,72 %), et 7 sans précision (1,25 %).
Nous remarquerons que l’essentiel des
Cone Beam a pour indication soit l’im-
plantologie, soit l’endodontie (76,46 %
à eux deux).
Sur le nombre total de CBCT dont
l’indication est l’endodontie (n = 206), 5. Première et deuxième molaires maxillaires à quatre canaux.
68 % (140) se rapportent à l’examen
du maxillaire, et 32 % (66) à l’examen de la mandibule.
Ainsi, nous pouvons constater la tendance d’un nombre Lors de cette observation des Cone Beam d’indication
de CBCT maxillaires supérieur à celui de CBCT man- endodontique, nous avons pu visualiser la présence de
dibulaires, comme pour le nombre total des Cone Beam. 4 cas de prémolaires maxillaires et mandibulaires pré-
sentant 3 canaux, soit par la présence de 2 canaux sur
Images « fantômes » une même racine, soit par la présence d’une troisième
Au cours de l’observation des différents Cone Beam, racine. De plus, nous avons pu visualiser plusieurs cas
nous avons recherché la prévalence des images dites de canines mandibulaires dotées de 2 racines ou de 2
« fantômes ». Dans le même temps d’observation, canaux sur une seule racine. Il en est de même pour cer-
nous avons également relevé la prévalence d’un second taines incisives mandibulaires qui présentent 2 canaux
canal mésio-vestibulaire sur les premières et secondes bien distincts.
molaires maxillaires, ainsi que l’existence d’un second
canal distal sur les premières molaires mandibulaires. Conclusion
En ce qui concerne l’image « fantôme », elle est visible Les performances techniques et dosimétriques du
dans 37 examens (fig. 4), sur les 206 prescriptions à visée CBCT peuvent permettre de le proposer dans des indi-
endodontique. Il s’agit d’un nombre peu élevé, si l’on se cations cliniques bien sélectionnées : pour le diagnostic
reporte au nombre de dents examinées. de pathologies ou un bilan pré-opératoire, en chirurgie
Cette image a pu se visualiser essentiellement sur des buccale, implantologie, mais aussi en parodontologie et
dents monoradiculées. Elle peut être visible aussi bien en endodontie.
sur des coupes transversales qu’axiales. Dans tous ces cas, des principes fondamentaux de jus-
tification et d’optimisation doivent être respectés. Le
Variations anatomiques Cone Beam ne peut se substituer aux autres examens
Concernant le second canal mésio-vestibulaire des d’imagerie s’il n’améliore pas la prise en charge des
molaires maxillaires, nous avons pu relever une préva- patients.
lence de 52 premières molaires maxillaires présentant Nous venons d’exposer quelques limites concernant la
un MV2, sur 104 examinées, soit 50 %. La prévalence de tomographie volumique à faisceau conique, notamment
MV2 (fig. 5) pour la seconde molaire maxillaire est de 12 en endodontie, avec la suspicion d’une image canalaire
sur 104, soit 11,5 %, ce qui est faible par rapport aux pré- « fantôme », même si sa prévalence reste faible.
valences généralement rapportées dans la littérature [22]. Au contraire, nous pouvons remarquer un taux relative-
Nous avons aussi observé la présence d’un second canal ment élevé d’un second canal mésio-vestibulaire sur les
distal au niveau de 6 premières molaires mandibulaires, premières molaires maxillaires. Cela confirme l’intérêt
sur 79 ciblées par le CBCT, soit 7,6 % des premières du Cone Beam pour l’exploration anatomique et rend
molaires mandibulaires observées. cet outil d’autant plus précieux en endodontie.
POINTS ESSENTIELS
• Privilégier la radiographie 2D en première intention.
• La présence de résorption radiculaire externe ou d’anatomie endodontique très complexe
justifie le recours au Cone Beam.
• Le Cone Beam est un excellent outil de planification d’acte endodontique ou chirurgical.
• Privilégier le champ le plus petit compatible avec la zone à explorer et la taille de voxel
la plus adaptée.
• La présence de nombreux éléments métalliques (prothétiques ou implantaires) interfère
fortement avec l’acquisition et peut rendre l’image reconstruite inexploitable.
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J Clin Exp Med 2015 ; 8 (6) : 9128-9134.
Dr Franck Renouard
Docteur en Chirurgie Dentaire
Pratique exclusive
de l’implantologie chirurgicale, Paris
Stress
Le Stress
soit endogène chez l’Homme, c’est-à-dire qu’il se développe le plus souvent
à partir de problèmes hypothétiques, ses effets sont tout aussi importants.
L’une des principales conséquences du stress est de diminuer la fonction
Le
cognitive. Le raisonnement est moins fiable et la prise de décision peut
se trouver altérée. L’erreur de diagnostic ou la mise en œuvre d’un traitement
inapproprié se rapproche alors dangereusement.
Le but de ce travail est de passer en revue tous les aspects du stress aigu,
en commençant par comprendre comment il se développe au niveau
du cerveau. Ses impacts sur les comportements humains, et donc sur
la pratique professionnelle, sont ensuite développés. Enfin, des mesures
Anticiper et Gérer
et des techniques de prévention ou de traitement du stress sont discutées.
Coordination scientifique Franck Renouard
Les auteurs des articles de cet ouvrage viennent toutes et tous d’horizons
très différents. Sociologues, médecins, ingénieurs, infirmier, chirurgiens, pilotes
Editions ESPACE id
et chirurgiens-dentistes mettent en commun leurs travaux et leur expérience
pour offrir un travail cohérent sur un problème partagé par tout le monde.
C’est là que résident l’originalité et la force de cet ouvrage.
Code Barre
Édition publiée dans L’INFORMATION DENTAIRE - n° 41/ 2015
20€
Questions
La médecine bucco-dentaire se médicalise et le patient a obtenu des droits
que la société intègre souvent aux comportements éthiques attendus d’un
praticien. Chaque chirurgien-dentiste est interpellé dans son exercice profes-
sionnel et se questionne sur la meilleure solution à proposer à son patient, à
d’éthique
l’organisation de son cabinet dans le respect des règles éthiques.
Ce nouvel ouvrage collectif, dirigé par le Docteur Philippe Pirnay, Maître
de conférences à la Faculté d’odontologie de l’Université Paris Descartes et
Président du Comité National Odontologique d’Ethique vient en aide aux pra-
ticiens, aux étudiants et aux chercheurs car il soulève des situations concrètes
■ Maladies ostéo-articulaires
40 avenue Bugeaud - 75784 Paris Cedex 16 ■ Affections hépatodigestives
Tél. 01 56 26 50 00 - Fax 01 56 26 50 01
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DOSSIER Endodontie
Formations diplômantes
et compétences particulières
Jean-Philippe Mallet
Chargé de mission de la Société Française d’Endodontie (SFE) auprès du groupe de travail de l’ADF
sur les « compétences particulières »
D
Les formations diplômantes de troisième
epuis quelques années, sous l’impulsion com-
cycle en France sont les seules formations mune de sociétés scientifiques réunies en
garantes de l’acquisition d’un savoir-faire un groupement nommé « 4S » identifié au
complémentaire dans certaines disciplines. congrès de l’ADF (Société Française d’Endodontie,
Elles sont les compléments nécessaires SFE ; Société Française de Parodontologie et d’Implan-
à la réponse de la nécessité de reconnaissance tologie Orale, SFPIO ; Société Française d’Odontologie
de praticiens à « compétences particulières » Pédiatrique, SFOP ; Collège National d’Occlusodon-
valorisés et exerçant sous conditions tologie, CNO), un groupe de réflexion a vu le jour au
sein de l’Association Dentaire Française sur la notion de
de « partenariat » au profit de la profession
« compétences particulières ». Ce groupe de travail s’est
comme des patients. vu confier il y a un an la mise en œuvre d’un rapport sur
le thème de la reconnaissance des « compétences parti-
culières en Odontologie » et l’a présenté à l’ADF il y a
quelques semaines.
(/3 ans)
• Travaux de recherche
• Assiste à un congrès national (/2 ans)
• Abonnement à une revue scientifique
•D élivre une conférence internationale
• E-learning
à l’étranger
• Délivre une conférence nationale
Les validations de ces prérequis pourraient être orga- La finalité de ce processus de réflexion, présenté au sein
nisées par des comités d’évaluation au sein desquels du séminaire triennal de l’ADF, s’il n’est que les pré-
seraient représentées les sociétés scientifiques reconnues mices de propositions d’une élaboration de cette recon-
au sein de sociétés scientifiques européennes ou inter- naissance de compétence particulière, serait également
nationales de la discipline. Le jury, quant à lui, pourrait de pouvoir proposer à nos futurs praticiens la possibilité
être, sous l’égide de l’Ordre, composé d’experts dans la de se préparer à un exercice à compétences particulières
discipline (universitaires, responsables scientifiques de la par l’acquisition de compétences lors d’un troisième
société scientifique, membre européen ou membre inter- cycle dans la discipline concernée. La création de filières
national de la société scientifique…). Universitaires ou de Diplômes Universitaires reconnus
Les critères (spécifiques à chaque « compétence par- et accrédités dans les disciplines concernées pourra en
ticulière ») se situeraient à quatre niveaux : Exercice, découler. Enfin, ces reconnaissances de compétences
Acquisition des compétences, Enseignement et Recher- particulières seraient une réponse de santé publique
che. pour le bien des patients et pour les praticiens parfois
Ils nécessiteraient des modules principaux et des items démunis lorsqu’il s’agit d’adresser leurs patients pour un
complémentaires à définir. Des points devraient être avis ou un acte qu’ils ne pourraient réaliser en accord
validés à la fois dans les modules principaux et dans les avec leur exercice.
items complémentaires, avec un minimum de 70 % des
points requis parmi les modules principaux.
La reconnaissance de « praticien à compétences particu-
lières » imposera à ce dernier un plateau technique et se
ferait pour une durée déterminée à partir d’un nombre
de points encore en discussion. Le renouvellement de
cette reconnaissance se ferait à la demande du praticien
concerné au-delà de la durée déterminée par la valida- Correspondance
tion des items complémentaires renouvelés. drmallet@[Link]