CHAPITRE XI
STRATÉGIES « PRIVÉES» D'OCCUPATION
DE L'ESPACE EN MILIEU URBAIN
ET PÉRI-URBAIN
1. STRATEGIES POPULAIRES POUR L'ACCES AU SOL
DANS LA V1LLE AFRICAINE:
une grande partie de dés dans la banlieue d'Abidjan
(ou l'impossible débat avec l'Etat)
Philippe HAERINGER
La réaction populaire aux situations foncières appelle une analyse à plu.
sieurs échelles. En dépit d'une apparente permanence des données et des
comportements, on ne saurait ignorer la très grande disparité des situations
de part et d'autre des frontières ou simplement d'une ville à l'autre. Un regard
à l'échelle du continent s'impose donc d'autant plus qu'il y a, bien entendu,
des constantes fondamentales que la diversité des situations rend encore plus
remarquables, plus signifiantes.
Dans le cadre d'une ville, c'est un peu l'inverse qui se passe. La situation
globale est la mëme pour tous, mais chaque groupe réagit différemment selon
sa position. On ne saurait se pencher sur le comportement de tel ou tel groupe
sans se référer à la situation globale, laquelle se nourrit des comportements
des autres groupes.
Tout habitant suit sa stratégie propre, qui, toutefois, participe à tout ou
partie d'une stratégie collective, et souvent emprunte à plusieurs stratégies
collectives différentes. C'est à ce niveau d'observation que tout s'éclaire et
que tout prend son sens, à la condition, bien sür, que l'on ait suivi le parcours
ci-dessus et que l'on garde l'idée d'y revenir, de refaire le chemin en sens
inverse.
n est malheureusement impossible, dans le cadre d'un exposé, de suivre
tout ce circuit. Je passerai vite sur la première dimension, un peu moins vite
sur la seconde, mais je ne parviendrai pas à la dernière. Car je m'arrêterai, à
mi-chemin, sur un degré de l'échelle où l'on est le mieux à mëme de suivre
les péripéties d'une confrontation, celle qui oppose l'autorité de l'etat aux
stratégies populaires lorsque celles-ci se développent en marge de la planifica-
tion officielle. , _ _. _.
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342 APPROFONDISSEMENT
Cet échelon intermédiaire, c'est évidemment celui du quartier, et je l'illus-
trerai avec la frange pionnière de la banlieue nord d'Abidjan. Puis je remonterai
doucement, en conclusion, les degrés supérieurs de l'échelle, sans plus quitter
le thème de la confrontation. La question de la fm sera la suivante: l'espoir
de faire disparaître cette confrontation douloureuse a-t-il un sens?
VARIATIONS SUR UN THEME A DIVERSES OCHELLES
Un continent
On ne peut parler, tout bonnement, du milieu urbain en Afrique noire
comme s'il s'agissait d'un tout qui ne présenterait que quelques nuances. Avant
de l'évoquer à l'aide de tel ou tel exemple, et particulièrement lorsque l'on
s'apprête à débattre de problèmes fonciers, il est nécessaire de prendre con-
science de la grande disparité des situations qui règnent d'un pays à l'autre,
d'une ville à l'autre.
On ne peut faire l'amalgame entre, par exemple, Kinshasa, la ville des
cités belges, des damiers inftnis et des chefs de terre ; Douala, la ville
des « rois » procéduriers et des Bamiléké conquérants ; Lagos, aux densités
asiatiques ; Kano la soudanaise ; Kumasi, oü la couronne britannique se heurta
au « stool » ashanti ; Tema et San-Pedro, les villes d'un régime, d'un
programme, d'un organe promoteur; Bouaké, la ville d'un maire; Yamoussou-
kro, la ville d'un président ; Abidjan, métropole cosmopolite d'un Etat fort ;
Ouagadougou, la capitale de l'Etat pauvre; Dakar, ses médinas et son double,
Pikine ; Nouakchott dans les sables et sa couronne de tentes...
La confrontation des situations foncières qui prévalent dans chacune de
ces villes montrerait à l'envi combien ces situations foncières sont tributaires
et sont le reflet de contextes historiques, politiques, économiques et culturels
plus contrastés qu'on ne le croit généralement. Dans ces conditions, il faut
naturellement s'attendre à des modèles de comportement et à des types de
réaction également très contrastés, cette réaction et ces comportements étant
à leur tour des agents actifs de cette différenciation.
Pourtant, au-delà de ce qui varie, il est probable que l'on peut trouver
un certain nombre de dénominateurs communs à l'ensemble du continent
noir, peut-être même des caractères irréductibles, inhérents à ce continent,
et qui pourraient être versés au dossier d'une identité urbaine « africaine »
encore mal cernée.
Irréductible sans doute, mais partagée avec d'autres régions « en déve-
loppement » : la lutte de vitesse permanente, structurelle, entre une urbani-
sation officielle et une urbanisation spontanée incontrôlée et hors-la-loi. Plus
spéciftque à l'Afrique noire, sans qu'il y ait pour autant exclusivité : la dia-
lectique du droit écrit et du droit coutumier, c'est-à-dire d'un droit réputé
intangible et d'un droit au mieux appelé (en Afrique francophone) à se faire
connaître aux fins de « purge» (horrible terme du jargon juridique français),
mais que l'impuissance du pouvoir d'Etat et la force d'inertie du nombre
maintiennent à la base du processus de création d'une part importante du
sol urbain.
STRATÉGIES PRIVÉES 343
Une ville
Si, maintenant, on considère une ville en particulier, il est bien évident que
la réaction populaire au cadre foncier et bâti n'est pas monolithique, même si
l'on s'en tient à l'observation des comportements collectifs. Pourtant, chaque
modèle de comportement réagit à la situation globale de la ville, pour ne pas
dire, quand on sait le continuel va-et-vient qui se poursuit entre la ville et ce
que l'on peut appeler son bassin démographique, à la situation globale dans
tout cet espace.
Ces considérations font que si l'on fonde son observation sur une portion
d'espace - un quartier de la ville -, le danger est de ne pas être en mesure de
relativiser les phénomènes observés et d'être conduit à des conclusions non
pertinentes. Un angle d'attaque non spatialisé - par exemple si l'on part d'un
groupe social - est peut-être moins dangereux à cet égard. Cependant, c'est
tout de même le terrain, l'unité territoriale, donc le quartier qui constituent
le cadre et l'échelle vrais des affrontements entre les volontés dirigistes et la
réaction populaire; surtout dans le contexte d'une politique urbaine au coup
à coup, qui est le cas le plus général.
Donc, études de quartier, oui. Mais dans le cadre d'une appréhension
globale de la ville. Cela dit, que faut-il entendre par « réaction populaire aux
structures foncières li de la ville ? Il y a lieu, à mon sens, de distinguer, d'une
part des comportements d'usage et, d'autre part, des comportements de créati-
vité. C'est à ces derniers que s'arrête habituellement l'analyse du phénomène:
les bidonvilles, l'urbanisation spontanée focalisent l'attention. On oppose
donc la ville officielle et une sorte de « ville-bis » créée par la population
pour répondre aux besoins de logement non satisfaits.
En fait, les populations réagissent évidemment à l'ensemble du cadre
offert non seulement en lui adjoignant des espaces de leur cru, mais aussi
en le réinterprétant tout entier par l'usage qu'elles en font. Cela va parfois
jusqu'à effacer et contredire la signification ou la destination première des
lotissements et des ensembles immobiliers créés par la puissance publique
ou avec sa bénédiction.
Par exemple, le phénomène bien connu de la sur-densification. En réponse
à la pénurie chronique de logements, la population ne crée pas seulement de
nouveaux quartiers mais se précipite sur les quartiers existants, de préférence
sur les lotissements anciens parce que la centralité relative de ceux-ci modère
les problèmes aigus du transport urbain. Les densités d'occupation des lots
doublent ou décuplent. Les modes de mise en valeur et de cohabitation s'en
trouvent bouleversés; des lots familiaux spacieux, conçus pour ménager une
transition entre le mode de vie villageois et les conditions urbaines, deviennent
des cours multilocatives surexploitées; ou bien, là où la loi le permet, les grands
lots d'origine se morcellent en une poussière de lots exigus; à moins que,
centralité aidant, le paisible quartier dortoir se mue en place commerçante,
les façades des lots faisant alors souvent l'objet de baux emphytéotiques au
bénéfice de commerçants étrangers, particulièrement des Levantins, des Grecs,
des Portugais, des Indiens (selon les régions). Dans tous les cas le législateur
est amené, s'il le veut, à modifier ou compléter la réglementation en matière
de mise en valeur ou de mutation foncière; et, s'il le peut, à réviser les nonnes
de l'équipement public.
Même lorsque le cadre bâti est donné « clé en main », avec ce que l'on
croit être un statut intangible et un standing précis, ce statut et ce standing
sont régulièrement remis en cause par la situation globale. On sait bien mainte-
344 APPROFONDISSEMENT
nant, à Abidjan, que les unités domestiques statistiquement les plus grosses-
elles comprennent souvent deux ou trois ménages - se trouvent dans les loge-
ments des sociétés immobilières, sensés promouvoir, en principe, dans les
classes moyennes, le modèle de la famille nucléaire. D'autre part, ces mêmes
logements sont souvent sous-loués et ne sont donc plus, pour leurs locataires
titulaires, les logements sociaux qu'on croyait, mais une sorte de crypte-
propriété. Enfm, lorsqu'ils ont été cédés en « accession à la propriété », on les
voit aussitôt éventrés, transformés, agrandis,embellis, ce qui montre au surplus
que l'adéquation entre le niveau du logement et les capacités de l'attributaire
a été mal ajustée.
Abidjan
L'apparition de quartiers hors-la-loi n'est donc que la portion la plus
voyante et la plus radicale d'un réajustement populaire qui s'exprime sur
tous les plans. Elle est la mauvaise conscience des villesd' Afrique et d'ailleurs;
elle semble à elle seule recéler toute la misère urbaine des tropiques; de sorte
que, dans le même temps qu'on tente de la cacher, elle fait couler beaucoup
d'encre.
Mais toute cette encre n'empêche pas qu'on en véhicule une imagerie
stéréotypée et fausse à bien des égards. Le premier péché de connaissance
que l'on commet à son endroit est d'en méconnaître la diversité de forme et
de signification. En vérité, non seulement d'une ville à l'autre, mais à l'intérieur
d'une même ville, elle peut résulter de pulsions très diverses. Cela est au moins
vrai pour des villes complexes comme peuvent l'être les métropoles qui s'égrè-
nent tout au long de la côte atlantique, de Luanda à Dakar.
A mi-parcours de ce chapelet, l'orgueilleuse capitale ivoirienne, Abidjan,
n'est pas en reste. La typologie des établissements « spontanés » y est parti-
culièrement riche et contrastée.
Au centre du dispositif apparalt une opposition majeure : d'une part,
au cœur même de l'agglomération (dans l'île de Petit-Bassam), un très dense
« poto-poto » ; d'autre part, à la périphérie nord (Abobo), une immense
banlieue. Le premier se sait précaire, la seconde se veut durable, définitive.
Le poto-poto a, comme son nom l'indique, les pieds dans la boue d'une zone
provisoirement non urbanisable. Ses cabanes sont en planches de récupéra-
tion. Elles abritent, avec des densités de 1 500 habitants à l'hectare, une part
importante des salariés de la zone industrielle et portuaire dont elles sont
immédiatement voisines et dont elles sont, en somme, le précieux complé-
ment. Voici cent mille immigrés - en majorité étrangers - campant aux
portes des usines, en supplément inattendu des capacités d'accueil des lotis-
sements de ce secteur de la ville, et qui allègent d'autant l'encombrement des
transports urbains, atténuant ainsi l'énorme déséquilibre résidences-emploi
dont souffre Abidjan.
C'est un autre déséquilibre que tend à corriger le puissant mouvement
qui, en contradiction avec les options prises par la planification, pousse la
ville vers le nord. Bien entendu, la pénurie générale de logement est toujours
en cause. Ici encore, elle est le moteur. Mais pour le groupe social - d'ail-
leurs très hétérogène - qui, porté par ce moteur, crée jour après jour ce nouvel
espace bâti, l'objectif est d'investir. La banlieue d'Abobo est, en effet, une
immense opération spontanée de rééquilibrage d'une politique officielle peu
favorable, depuis vingt ans, à la cour locative désormais classique. L'essentiel
STRATÉGIES PRIVÉES 345
de l'effort public allant aux ensembles immobiliers, au détriment de ce qu'il
est convenu d'appeler des lotissements évolutifs, des milliers de citadins pren-
nent le risque de créer leur patrimoine locatif hors légalité. Une marquetterie
de pseudo-lotissements naît ainsi, mise sur le marché par les propriétaires
coutumiers du sol et par quelques autres. Trois catégories d'acteurs: les lotis-
seurs, les investisseurs,la foule des locataires.
De nombreuses variantes de ces deux modèles principaux existent. On
peut citer, pour le premier, les campements qui s'annexent aux entreprises
isolées de la périphérie, par exemple aux parcs à bois qui s'égrènent tout au
long de la baie du Banco; ou bien d'autres campements cachés dans les vallons
qui ourlent les quartiers riches du nord-est de l'agglomération, campements
de boys, gardiens, jardiniers et cuisiniers qui se rendent ainsi disponibles pour
les horaires particuliers de leur profession; d'autres cas encore, qui résultent
toujours, en réalité, d'une stratégie ou d'une organisation spécifiques. Au
second modèle peut être rattaché, au moins au niveau du principe mais avec
des résultats visuellement très différents, le cas particulier des petits lotisse-
ments résidentiels illégaux que l'on trouve ici ou là et, de plus en plus, un
peu à l'écart, sur les plus beaux rivages lagunaires dont les riches acquéreurs
ont compris la valeur.
Un troisième modèle, en voie de disparition, mais qui eut un grand déve-
loppement, pourrait être rattaché au premier s'il ne remontait pas à une
période ancienne où ces établissements libres purent s'établir près des grands
chantiers de l'époque coloniale (le wharf de Port-Bouet, le canal de Yridi) avec
la bénédiction de l'Administration. Port-Bouet a disparu. Reste Yridi, en
ultime sursis. L'ancienneté de l'implantation, le sentiment de quasi-légitimité,
la prospérité des familles autour des patriarches fondateurs, avaient longtemps
valu à ces quartiers une sorte de qualité villageoise.
C'est ce que l'on retrouve partiellement dans un quatrième modèle qui,
dans une certaine mesure, prend le relais du précédent: chassées de là, beau-
coup de familles viennent ici, c'est-à-dire sous l'immense cocoteraie du cordon
littoral. C'est cette cocote raie de plantation qui confère à cet habitat « spon-
tané » l'originalité de son statut foncier: seul l'usage du sous-bois est cédé (en
location) par des propriétaires qui continuent d'exploiter le coprah. Cela
entralne l'obligation de construire en matériaux légers - planches ou palmes -
et cela donne aussi la trame des quartiers ainsi fonnés : lots et « rues » épou-
sent l'alignement des arbres.
Parmi quelques autres modèles d'habitat « spontané », il faut encore au
moins citer le cas des villages autochtones rejoints par l'agglomération et à
qui l'Administration laisse, à cette occasion, la disposition d'un petit territoire.
Dans les cas les plus anciens (Adjamé, Anoumabo), cet espace s'est rapidement
couvert d'un habitat locatif compact enserrant comme une gangue le village-rue
d'origine. Aujourd'hui, les villages en passe d'être rejoints (plus d'une vingtaine
sont actuellement concernés) prennent les devants pour obtenir un maximum
de réserve foncière. A cette fm, ils établissent un projet de lotissement « com-
munautaire » inaliénable, puis négocient l'agrément du pouvoir et l'obtiennent,
en moyenne, pour un territoire sextuplant l'emprise du village traditionnel.
Alors commence la mise en valeur locative, mais en conformité avec la loi.
C'est là le seul exemple, dans la capitale ivoirienne, d'un compromis mené
à son terme entre la puissance publique et une pulsion populaire portant sur
la création d'espace à bâtir. On va voir maintenant qu'une autre tentative a
été faite, mais sans succès. Echec significatif dans la mesure où la tentative
s'appliquait à l'une des formes dominantes de l'urbanisation populaire.
346 APPROFONDISSEMENT
Abobo
C'est en effet à Abobo qu'il faut revenir. Plus exactement sur la frange
nord de cette banlieue nord, dans des quartiers qui se sont greffés sur le lieudit
Avocatier (1). Troisième échelle d'investigation qui va nous permettre de voir
comment, pratiquement, l'affrontement s'exprime; mais de voir aussi, aupara-
vant, de quel jeu foncier complexe et diversifié résulte une banlieue « spon-
tanée » d'apparence homogène.
C'est cette homogénéité d'apparence qui fit problème lorsque en 1975, la
petite équipe que je dirigeais fut chargée de décrypter les tenants et les aboutis-
sants de cette urbanisation hors-la-loi, puis d'évaluer la « faisabilité » d'une
opération de réhabilitation que le bon sens et l'air du temps inspiraient alors,
pour la première fois, à l'administration compétente (2).
Derrière la neutralité des trames et le mimétisme des mises en valeur, se
cachaient une dizaine d'opérations de lotissement et une grande diversité
sociale chez les bâtisseurs. Les lotissements relevaient au moins de trois dyna-
miques différentes. Certains, purement spéculatifs, étaient le fait de chefs de
famille issus de la communauté autochtone ébrié. Lots vendus en totalité.
D'autres étaient au contraire des lotissements de prévention communautaires,
mis en place par des groupuscules attie semi-autochtones et très vulnérables.
Hôtes des &rié depuis un demi-siècle, mais mal connus de l'Administration,
ces petits groupes pouvaient craindre à juste titre que leurs modestes terroirs
soient ignorés et laminés par la formidable poussée urbaine; craindre d'être
ignorés de l'Administration, mais peut-être aussi d'être contestés par la com-
munauté ëbrië à l'heure des grands marchandages, comme cela avait pu se voir
dans d'autres secteurs de la périphérie urbaine. Déjà, le secteur d'Avocatier
était virtuellement mais officiellement annexé à la grande zone industrielle
amorcée plus au nord, sans que le sort des établissements attié ait été discuté
(les villagesëbrië, eux, restaient en dehors de cette zone).
Le problème des Attie d'Abobo-Nord se pose moins qu'on pourrait le
croire en termes d'économie. Sauf quelques patriarches, les chefs de ménage
sont tous fonctionnaires ou salariés. L'économie de plantation n'existe plus
qu'à l'état de vestiges, la production vivrière n'est plus qu'une ressource com-
merciale d'appoint. Le problème posé est d'abord le problème d'un patrimoine
foncier. n est aussi celui de la survie d'une communauté résidentielle, d'un
(1) Pour simplif"ler, j'étendIai ce toponyme, dans la suite de cet exposé, à l'ensemble
du secteur de réhabilitation dont il va être question. Officiellement dénommé « Secteur
de la gendarmerie » puce que la gendarmerie d'Abobo en marque rentrée, il couvre plus
d'un kilomètre carré depuis le quartier Mpononjusqu'au quartier Agnissankoi.
(2) Pour la première fois à Abidjan. Mais il faut précisez que ce nouvel état d'espr?t
s'était déjà manifesté, un an plus tOt, à propos de la ville nouvelle de San-Pedro ou le
projet dit du Bardo, avec le soutien actif de la Caisse Centrale de Coopération Economique
(France), préwyait le maintien, in ritu et dans le respect de sa trame d'origine, d'une
importante agglomération « spontanée» parallèle à la ville nouvelle. On avait certes vu,
dans le passé, 9uelques exemples de quartiers illégaux « repêchés » pu l'Administration.
Mais celle-ci s'etait contentée de plaquer, sans grands ménagements et au prix de beaucoup
de destructions, une trame orthogonale de voies trop larges et livrées sans équipement.
Cela avait été le cas d'Adjamé Saint-Michel en 1958, d'Abobo-Muché en 1967, de
Yopougon-Andokoi après 1970. Dès 1975, embottant le pas au projet d'Avocatier, un
autre projet fut lancé dans le même esprit au bénéfice d'Adjamo.Pélieuville,dans le centre
d'Abidjan. Peu après, la Banque Mondiale allait encourl!8er ce genre d'opération et les
projets se muhiplièrent. Mais à ce jour (septembre 1980) aucune de ces réhabilitations
nouvelle manière ne s'est concrétisée sur le terrain.
STRATÉGIES PRIVÉES 347
« village », même si elle est actuellement dispersée en plusieurs hameaux (3).
C'est pourquoi la parade a d'abord été de quadriller le plus vaste espace pos-
sible, d'en borner chaque lot, de les attribuer aux épouses, aux alliés et cousins,
et à tous les enfants nés ou à naître, d'en bâtir un maximum et de les louer.
C'est ainsi que le premier lotissement, réalisé autour du hameau principal
(Avocatier), était resté, en 1975, à peu près indemne de toute vente, bien qu'il
anticipât très largement sur les possibilités de mise en valeur. A ce lotissement
collectif, qui représente le village de demain, s'ajoutèrent par la suite des initia-
tives plus individuelles. Les famil1es qui le pouvaient transformaient, non sans
quelque mégalomanie, leurs champs et plantations en lotissements portant
leur nom. Mais ici les intentions étaient doubles: constitution d'un patrimoine
immobilier familial d'une part, vente d'un copieux reliquat de lots d'autre
part. Ce qui fut fait (4).
Ainsi, sans entrer dans les détails, les lotissements constitutifs du secteur
étudié résultent bien de trois stratégies foncières différentes, que l'on peut
grossièrement qualifier ainsi : spéculative, communautaire, familiale (avec
option spéculative). Mais les points communs sont importants. Tout d'abord,
ces lotissements revêtent toutes les apparences de la légalité : dans tous les
cas le plan de lotissement est l'œuvre d'un géomètre rétribué, les lots sont
bornés, numérotés, ils ont des dimensions classiques (20 mètres sur 20 le
plus souvent), leur vente est consignée par un acte écrit. Les rues, également,
sont dimensionnées et hiérarchisées selon les canons bien qu'elles ne soient,
bien sür, ni revêtues, ni profilées, ni pourvues de caniveaux; néanmoins elles
sont ouvertes au « bull ». Une disparité malgré tout: certains lotissements
ëbrié, par la grâce de tel ou tel acquéreur bien placé, ont obtenu une adduction
d'eau partielle et (ou) l'électricité.
A la disparité des stratégies foncières répond celle des stratégies immo-
bilières. Les investisseurs qui se sont portés acquéreurs des lots appartiennent
à toutes les catégories sociales, à toutes les ethnies et à toutes les nationalités.
Autant de gens du nord que de gens du sud, autant de commerçants et artisans
que de salariés et fonctionnaires. Aussi bien des juges, des députés ou de riches
commerçants que des boys-cuisiniers ou des chauffeurs. Une moyenne de
revenus qui ne veut donc pas dire grand-chose, mais que l'on peut tout de
Meme situer à 80 ou 100 000 francs C.F.A. (valeur 1980).
(3) Ces hameaux sont : Nguessanko~ Avocatier (au sens strict), Ayéby, Tanohkoi,
Agnissankoi, Aléchikoi. Seuls Avocatier et Ayéby sont aggloméa'és au périmètre urbanisé
dont il est ici question. Les autres en sont distants de quelques centaines de mètres, jouis-
sant encore d'un environnement semi-rural, .Le berceau de la communauté est
Nguessankoi, aujourd'hui réduit à peu de chose du fait de la voie autoroutière Abidjan-
Anyama. Mais, à la suite d'une scission vieille d'une vingtaine d'années, le groupe se
partage à présent entre deux chefs : le patriarche de Nguessankoi et celui d'Agnissankoi.
Ensemble on compte à peu près une quarantaine de familles qui totalisent un millier de
personnes (en comptant celles qui, tenues éloignées par leurs activités, n'y vivent qu'en
fin de semaine ou pendant leurs congés).
(4) L'initiative la plus spectaculaire est ceUe d'une famille de Nguessankoi qui donna
son nom au quartier Ayéby. Elle fut en effet la cheville ouvrière de ce lotissement au
cœur duquel elle s'instaDa, s'y réservant quarante-quatre lots sur lesquels furent simulta-
nément mises en chantier quarante-quatre villas jumelles d'une conception originale,
mais qui ne s'élèvent guère qu'au rythme d'une rangée de briques par an, le seul salaire
confortable dont dispose la famille ne permettant pas d'en faire plus. La passion créative
du jeune chef de la famille Ayéby - géomètre de métier - se manifeste encore par des
rues complantées de palmiers et surtout par une école primaire de bonnes dimensions
qu'il sut mettre en place très tOt (c'est un mattre d'école privé qui l'exploite) et qui fut
certainement un bon facteur de développement pour ce quartier à l'origine très isolé.
348 APPROFONDISSEMENT
D est évident que l'aventure - car c'est une aventure - n'est pas la même
pour les uns et pour les autres, selon qu'il s'agisse d'une affaire parmi d'autres
(l'Ivoirien qui le peut a un sens très poussé de l'investissement tous azimuts)
ou bien d'une première et laborieuse accession à la propriété, comme c'est
le cas le plus général. Dans ce cas, se loger soi-même aujourd'hui ou demain
est presque toujours l'objectif poursuivi dans les lotissements communautaires
ou familiaux ; cet objectif n'intervient qu'une fois sur trois ou quatre dans
les autres lotissements, et alors il coexiste toujours avec l'intention de louer
la majeure partie des locaux construits.
L'aventure n'est pas la même et pourtant la valeur absolue de l'effort de
construction est toujours du même ordre de grandeur; la réalisation répond
presque toujours au même modèle : celui de la « cour » fermée, comportant
un bâtiment sur rue et un bâtiment sur cour, longs bâtiments en rez-
de-chaussée, compartimentés, en dur avec persiennes et tôles galvanisées, les
deux côtés transversaux de la cour étant occupés par les équipements corn-
muns : cabines de douche et de toilette d'un côté (il y a toujours une fosse
septique), cuisines de l'autre. Modèle conçu pour et se prêtant bien à l'exploi-
tation locative : trois à six logements de deux à quatre pièces, ouverts sur
cour, dans chaque bâtiment. Investissement : quatre à six millions de francs
C.F.A. en 1980, selon la finition, pour deux bâtiments de vingt mètres sur
sept et leurs annexes. Sauf lorsque l'intention locative est absente, ce qui se
traduit quelquefois, dans les lotissements villageois, par des réalisations proches
du modèle de la villa et parfois luxueuses, la capacité financière des proprié-
taires n'influe donc que secondairement : les uns et les autres se conforment
au marché, à une demande relativement peu différenciée compte tenu
de l'image de marque populaire d'Abobo.
Quoi qu'il en soit, on ne peut pas ne pas être frappé par l'énormité de l'ef-
fort consenti quand on sait les modestes revenus de la majorité des investisseurs
et quand on sait surtout le risque encouru, du fait de l'irrégularité juridique
de la situation, face à l'inflexible dynamisme de l'[Link] en matière d'urbanisme.
I.e modèle supporte heureusement bien d'être fractionné : on peut, dans une
première étape, ne réaliser qu'un bâtiment ou même la moitié d'un et, déjà,
mettre en location. D faut en moyenne deux à trois ans pour terminer un
bâtiment. Pour l'achèvement d'une cour, depuis l'achat du lot (5), dix années
sont souvent nécessaires au cours desquelles le petit salarié vit au jour le jour
une vie de privation. L'aventure devient pathétique lorsque - ce n'est pas
rare - le candidat propriétaire en est à sa deuxième ou troisième tentative,
ayant été successivement « déguerpi » (encore un désagréable mot du jargon
administratif, mais les gens en ont un autre et disent qu'ils ont été « cassés »)
dans d'autres secteurs de la ville (6).
(5) La majorité des lots du secteur étudié avaient été vendus aux environs de l'année
1970 (entre 1966 et 1972) il des prix proches de 150000 francs C.F.A. (soit plus de
400 000 francs de 1980). Quant aux loyers pratiqués au moment de renquete de 1975,
ils se situaient autour de 4 000 francs mensuels pour un logement de deux pièces. Un
bâtiment (une demi-cour) pouvait donc rapporter 24 000 francs (50 000 francs de 1980)
qui, il condition que les encaissements fussent sans problème, faisaient un appoint non
négligeable pour la suite de l'effort d'investissement.
(6) Il faut préciser à cet endroit que tous les propriétaires vus, en 1975, dans le
secteur étudié, avaient pris soin de déposer, souvent depuis fort longtemps, une demande
en bonne et due forme pour rachat d'un lot administratif et qu'aucun n'avait jamais
reçu de réponse.
STRATÉGIES PRIVÉES 349
AVOCATIER: LE CHAT ET LA SOURIS
Un contrat honnête
Au milieu de l'année 1975, la société d'etat, qui, depuis le début de la
décennie, détient le quasi-monopole de l'équipement des terrains urbains,
fut chargée par le gouvernement de rechercher une solution amiable au pro-
blème posé par l'occupation de fait d'un espace officiellement réservé à
d'autres fins. Convaincu par ailleurs que son projet de zone industrielle était
trop vaste, l'etat renonçait volontiers à récupérer le secteur d'Avocatier déjà
bâti, mais entendait en même temps stopper le processus et préserver, plus au
nord, ce qui restait de la zone à vocation industrielle. Il s'agissait donc de
saisir la situation au stade où elle se trouvait, de lui trouver une issue honorable
et d'en rester là. Mais les choses n'allaient pas être aussi simples. En 1980, la
situation est plus confuse que jamais; et les cinq années écoulées ont accumulé
espoirs déçus, spéculations hasardeuses, dialogues de sourds et conflits ouverts
entre l'Administration et la population; sur le terrain, aucune action concrète
de caractère positif; mais, en revanche, de grandes manœuvres de « bulls »
destructeurs. La zone impliquée, bien entendu, n'a cessé de s'agrandir.
Pourtant, dans l'esprit des responsables initiaux, l'opération devait se
dérouler très rapidement. Et tout, ou presque, semblait devoir le permettre,
notamment la conjonction des intérêts respectifs de l'Administration et des
pseudo-propriétaires. Ceux-ci ne pouvaient pas ne pas être intéressés par une
régularisation inespérée de leur situation, même au prix d'une participation
financière à l'équipement de leur quartier, ce que l'Administration avait
décidé de demander en échange de leur confirmauon en tant que propriétaires.
Une enquête, qui semblait ne pas pouvoir attendre, fut lancée tambour
battant au cœur d'une saison des pluies mémorable. Avant même qu'un jeu
de photographies aériennes ait pu être réalisé, l'équipe d'enquête eut à déchif-
frer la trame des lotissements, dénouer l'enchevêtrement des intérêts fonciers
et découvrir leurs justifications sociologiques; puis apprécier le bâti, sa valeur,
le dynamisme de sa mise en œuvre; enfin, et surtout, identifier les proprié-
taires, prendre connaissance de leurs stratégies d'investisseurs, de leurs ressour-
ces, et les tester quant à leurs bonnes ou mauvaises dispositions à l'égard des
interventions prévues sur leur quartier et de la participation financière que
l'on attendait d'eux.
Cet ensemble d'investigations ne put être entrepris sans mettre en émoi
les quelque mille propriétaires alors concernés. D'ailleurs, le premier acte
avait consisté à les alerter par voie de presse écrite et parlée, et à les convo-
quer à une réunion publique (dans la salle du cinéma Amakéfou) présidée
par le sous-préfet. Le principe de l'opération leur avait été expliqué dès cet
instant : on procéderait à l'équipement de leur quartier en s'efforçant de
se limiter à des ajustements de trame aussi peu destructeurs que possible,
et la participation financière qui leur serait demandée ne pouvait être consi-
dérée que comme le prix raisonnable d'une confortation de leurs droits; du
reste, le dialogue serait entretenu avec eux par d'autres réunions; dans l'im-
médiat, chacun était invité à se présenter dans un délai de quinze jours à
l'antenne que l'équipe d'enquête établissait au cœur du quartier.
C'est l'enquête elle-même qui acheva de convaincre. Au bout du délar
imparti, seule une minorité des propriétaires s'était présentée. On quadrupla
la mise et des contacts de confiance peu à peu établis ici ou là permirent
350 APPROFONDISSEMENT
d'atteindre une bonne couverture du terrain et surtout d'approfondir cer-
tains axes de l'étude. Un effort particulier fut fait, notamment, pour con-
naltre la structure de la communauté attié et comprendre sa position face
à la poussée urbaine (7).
Dès le milieu de l'enquête, une note de synthèse (8) à l'intention de la
société d'etat responsable concluait à la « factibilité » de l'opération envisagée.
La S.E.T.U. n'en attendait pas davantage pour s'engager plus avant et pour
décider, en concertation avec les pouvoirs publics, que l'opération aurait lieu.
Tout un train d'études techniques devait dès lors être lancé.
Ces conclusions provisoires, confirmées par la suite, faisaient notamment
état de l'assentiment des propriétaires interrogés sur le principe de leur parti-
cipation fmancière, le montant de celle-ci ayant été forfaitairement chiffré
pour les besoins du questionnaire (9). Entre les propriétaires qui ont répondu
« présent » et la société promotrice qui, en réponse, lança ses équipes de
géomètres et d'urbanistes sur le terrain, une sorte de contrat tacite était donc
instauré.
Le traitement réservé au cas spécifique des communautés attië et de leurs
lotissements communautaires ou semi-communautaires n'était certes pas .
arrêté. Les conclusions de la mi-enquête et les rapports qui suivirent mon-
traient bien qu'on ne pouvait appliquer uniformément et aveuglément la
même procédure sur l'ensemble du secteur d'intervention. Comment un patriar-
che attië aurait-il pu cotiser au titre des quelques dizaines de lots qu'il réservait
à sa famille actuelle et future ? n apparaissait clairement que la contribution
des Attie devait être replacée dans le cadre d'un règlement global de leur situa-
tion en tant que communauté rurale gagnée par la ville. Une jurisprudence
déjà très fournie en la matière permettait de penser que cette nouvelle négo-
ciation ville-village serait normalement engagée et aboutirait, comme dans de
nombreux cas passés, à des dispositions équitables (IO).
LeS promesses de dtalogue et de concertation lancées par les autorités,
l'imminence apparente des opérations armoncées ont convaincu le chef, son
(7) Cf. Koffi Nzian Jacob, NgueSSilnko~ un vü1Jzge rejoint par l'agglomération ab id-
ja1lllise. et Louis Blaise Ab, Agnissanko~ une fédération de campements attié dJJns 1Jz
périphérie abidja1lllise. Centre O.R.S.T.O.M. de Petit-Bassam, 2 x 60 p. multigr.
Cf. aussi, pour Penquëte générale, Pascal Destouches, Le secteur de rénovation
d'Abobo-Nord (1. Etude foncière. II. Etude du bâti, 1II. Les propriétaires), Centre O.R.S.-
T.O.M. de Petit-Bassam, 24 p. plus 19 p. plus 36 p. multigr.
(8) Ph. H., Note à 1Jz S.E. T.U. sur le projet de rénovation urbaine d'Abobo. 1975,
Centre O.R.S.T.O.M. de Petit-Bassam, 12 p. multigr.
(9) Plusieurs options ont en fait été proposées, plus ou moins chères selon le degré
d'équipement urbain. Tous ont, bien entendu, choisi la moins onéreuse (soit, tout de
mêm'1 600000 C.F.A. par lot, plus d'un million 1980). Mais, plus que ces déclarations
d'adhesion, c'est l'importance des investissements réalisés, le faible endettement des
propriétaires (rares étaient ceux qui avaient pu avoir accès à des crédits non familiaux)
et la valeur des revenus locatifs qui nous ont convaincus que les intéressés étaient solva-
bles pour peu que la S.E.T.U. ait accepté d'étaler dans le temps la contribution espérée.
(10) Les communautés villageoises obtiennent en général, outre la disposition d'un
lotissement communautaire de bonne dimension, diverses indemnisations individuelles
sur la base du nombre d'hectares de terres réquisitionnées pour les besoins de la ville.
Au nombre de ces indemnisations figure l'octroi d'une certaine quantité de lots dans les
lotissements créés par l'Etat. Au total, la disparition de la rente agricole est correctement,
voire largement, compensée par la constitution d'un patrimoine foncier d'une nouvelle
nature et qui recèle, notamment, d'importantes potentialités de rente locative.
(11) Le porte-canne est le premier des notables et il exerce, en l'occurrence, la
réalité du pouvoir au nom d'un patriarche très âgé.
STRATÉGIES PRIVÉES 351
porte-canne (11) et les notables d'Avocatier (12) qu'ils seraient incessam-
ment consultés es qualité, et de nombreuses réunions préparatoires furent
organisées par eux à la hâte dans le village. TI en fut de même, du reste, dans
le camp des propriétaires de lots des quartiers spéculatifs. L'un des principaux
freins au déroulement de l'enquête - dans un premier temps - fut une sorte
de mouvement associatif qui se signala, dans certains lotissements, dès l'an-
nonce du projet (mais deux associations, au moins, préexistaient), les proprié-
taires de ces lotissements refusant de se présenter à l'antenne d'enquete avant
d'avoir eu le temps de se concerter, ce qui ne fut pas immédiat en raison de
deux autres pesanteurs dont eut à souffrir l'enquête. la première venait de
ce que la plupart des propriétaires n'habitaient pas leur lot (60 % de non-
résidents, 75 % si l'on tient compte des lots non encore bâtis) ; la seconde
tenait à ce que les résidents eux-mêmes, travailleurs à Abidjan, n'étaient guère
visibles que pendant le repos dominical, les liaisons avec les zones d'emploi,
en cet hivernage 1975, s'établissant à près de deux heures dans chaque sens.
Glissements pervers
Toute cette agitation tomba à plat. Non que le projet ait été abandonné,
ce qui aurait pu avoir l'avantage de la clarté, mais, simplement, les années
passèrent. Un premier plan d'urbanisme dut être repris en raison d'un change-
ment de tracé autoroutier sur lequel, d'ailleurs, l'incertitude demeure (13).
Les populations ne furent informées que par les bribes glanées par tel ou tel
dans les bureaux. Le processus officiel d'information-concertation n'était
pas allé au-delà de la première réunion publique au cinéma Amakéfou.
Toutefois, ce projet latent ne fut pas sans effet sur le mouvement d'urba-
nisation. Au cours même de l'enquête de « faisabilité », et dès les premières
semaines, le mouvement s'était fébrilement accéléré. On vit en pleine saison
des pluies ce qui n'arrive normalement qu'en saison sèche : un surgissement
de nombreux chantiers. C'est bien en raison de ce danger que les responsa-
bles s'étaient primitivement donnés la consigne de la rapidité d'intervention.
Et l'on s'était empressé de peindre des numéros verts sur les constructions
existantes. Mais lorsqu'on en vint, trois ans plus tard, à la rédaction du plan
d'urbanisme définitif - ou que l'on croyait tel -, la densité du bâti
avait atteint un niveau dont on ne pouvait pas ne pas tenir compte. Une nou-
velle couverture photographique aérienne (fm 1978) fit foi et on l'annonça
à la population par voie préfectorale. Les mises en garde, dès lors, redou-
blèrent. Mais comment pouvait-on empêcher les intéressés de faire un pari
sur une prochaine caducité des nouvelles dispositions ? Ceux qui ont
pu prendre connaissance du nouveau plan - toujours en forçant la porte des
bureaux d'Abidjan - purent constater que les réserves administratives (pour
(12) Il faudrait dire, ici, Agnissankoi. Le chef Agnissan règne sur Agnissankoi (la
cour, le village d'Agnissan) dont dépend Avocatier (le carrefour de l'avocatier). Mais
Agnissanko~ au sens restreint, n'est qu'un petit campement en sursis à deux pas du mor-
oeau de ville qu'est devenu Avocatier.
(13) La question est surtout la suivante : la « voie triomphale » qui doit orner le
cœur de la capitale sera-t-elle poursuivie, à l'instar de faxe Concorde-Défense à Paris,
jusqu'à cette lointaine banlieue? Auquel cas, en rejoignant à Avocatier l'autoroute exis-
tante, elle devrait avoir une forte incidence sur la structure et l'étendue de ce quartier.
Mais ce sont là des considérations à très long terme, ce qui les rend d'autant plus diffI-
ciles à mettre en équation.
352 APPROFONDISSEMENT
écoles, dispensaires et autres équipements publics) et les emprises des voies
nouvelles ou modifiées sacrifiaient aussi bien des maisons de 1975 que des
maisons récentes.
Plus grave que la densification du périmètre retenu pour l'opération (mais
quel habitant connaissait au juste ses limites ?), la poursuite du mouvement
d'urbanisation hors de ce périmètre était bien davantage redouté par les pou-
voirs publics. Or, ce phénomène lui aussi s'accéléra dès l'annonce du projet
en 1975 et en dépit de la règle du jeu annoncée. Une brèche était ouverte
dans l'intransigeance de l'Administration à l'égard des lotissements irréguliers.
Cela suffisait à redoubler l'intérêt des candidats investisseurs pour cette zone
d'Abobo, candidats qui, d'ailleurs, n'étaient pas sensés connaître le caractère
limité et restrictif de l'opération S.B.T.U. ; ignorance que les propriétaires
fonciers ne manquèrent sûrement pas d'exploiter. Pour ces derniers, il était
urgent de saisir ce qui pouvait être leur dernière chance de tirer parti de leur
bien : puisque l'etat se préoccupait d'urbaniser le secteur, il était à craindre
qu'au-delà d'un Avocatier réhabilité, il ne s'apprête à jouer son rôle habituel
de lotisseur après une expropriation modérément rémunératrice.
Le bâton
C'est en effet ce qui arriva; ou du moins c'est ce que l'etat, soudain,
pensa faire et cela avant mëme de réaliser son projet initial. Conséquence
d'un autre projet, d'une inspiration voisine, mais puissamment aidé par
la Banque Mondiale (il s'agissait et il s'agit toujours de rénover le plus ancien
secteur d'Abobo, d'origine « spontanée » lui aussi), l'Administration eut
besoin d'un espace de recasement pour les inévitables victïrnesde la restruc-
turation de ce quartier surpeuplé. C'est sur ce qui restait du site d'Avocatier
que le choix se porta (14), un choix d'ailleurs limité à moins de se résoudre
à expatrier au loin les intéressés..
Cette seconde affaire eut l'effet de réveiller l'Administration car elle fut
l'occasion pour elle d'un nouveau constat désagréable: une grande part de la
zone désignée était d'ores et déjà bâtie et bien bâtie, et la poursuite des trames
orthogonales, en filigrane sur fond de brousse, ne laissait aucun doute sur la
bonne marche des affaires. L'Administration, alors, changea de ton. Des com-
muniqués préfectoraux répétés rappelèrent les limites arrêtées en 1975, c'est.
à-dire celles du plan d'urbanisme (d'ailleurs assez larges et dépassant
sensiblement le périmètre bâti de l'année de référence), et assurèrent que tout,
au-delà de ce cadre, serait incessamment détruit. Une année se passa encore
en vaines menaces. Sans effet apparent sur le rythme de construction. Une
observation sommaire donne meme la nette impression que, dans ce nouvel
espace litigieux, les réalisations sont plus soignées, plus volumineuses, plus
rondement menées que dans l'ancien secteur. Les prix de vente des lots attei-
gnent des sommets. La barre n'est plus à cent mille francs comme en 1970,
mais à un demi-million (de francs C.F.A.).
Pourtant, un matin, les « bulls » étaient là. Avec la mission de raser tout
le quartier litigieux. Mais ils n'en firent rien: la population se montra et se fit
convainquante, les notables coutumiers d'Avocatier plaidèrent et emportèrent
(14) C'est-à-dire, plus précisément, sur sa frange nord-est, compte tenu de la réserve
industrielle au nord-ouest et de l'agglomération abobolaise au sud-est et au sud-ouest.
STRATÉGIES PRIVÉES 353
la décision de temporiser. Des panneaux d'interdiction de construire allaient
être plantés sur la ligne de démarcation comme un cordon sanitaire. Ce ne fut
qu'un répit pour les deux camps. L'Administration n'eut pas le sentiment
d'obtenir satisfaction et elle reprit ses avertissements (15). Entre-temps, il
semble qu'elle ait neutralisé - mais par des tractations non publiques - l'oppo-
sition des propriétaires coutumiers. Et, au milieu de la grande saison sèche
1980, les « bulls » revinrent et firent leur travail sans concessions, assistés
par la force publique. Sous un soleil de plomb, des centaines de millions
d'investissement privé se muèrent en un immense champ de décombres.
Autopsie d'un gachis
Ainsi, non seulement l'opération originale et de bonne compagnie promise
au secteur d'Avocatier dans ses limites de 1975 reste désespérément à l'état
de projet, mais elle a, du seul fait d'avoir été conçue, provoqué une énonne
méprise qui se solde par un drame. Bien sür, le conflit latent entre les pouvoirs
publics et les acteurs de l'urbanisation extra-légale préexistait - il fournit
mërne le point de départ du projet - et la zone litigieuse était naturellement
promise à connaitre une phase d'urbanisation spontanée. Mais ce mouvement
aurait probablement été moins rapide et surtout plus durable et donc moins
absurde. Moins provoquant, il aurait pu bénéficier de l'espèce de liberté provi-
soire dont jouit globalement, à Abidjan, l'urbanisation extra-Iégale, qui trouve
ainsi le temps de jouer son rOle d'appoint - sans doute indispensable - dans la
satisfaction des besoins d'investissement d'une part, de logement d'autre part.
Le côté négatif de ce dénouement est d'autant plus saisissant qu'il se
double d'un aspect douloureusement cocasse. C'est en effet pour « recaser»
(et non reloger) les « déguerpis » potentiels d'une opération à venir que les
« bulls » de l'Administration ont spolié une population voisine, de profil
sociologique absolument identique. Ceux-ci venaient d'achever tout ou partie
d'une cour (16) que ceux-là, sur des décombres, auront à rebâtir ... En termes
comptables, l'opération de rénovation du centre d'Abobo, qui nécessitait la
casse de X maisons, se soldera - si elle a lieu - par un déficit sensiblement
double.
Mais les principes sont saufs. Ou du moins, de justesse, a-t-on cru les
sauver. L'Administration avait interdit, la sanction est venue. C'est au niveau
(15) A partir d'ici, tout de même, et sans doute depuis la première alerte au bull,
l'inquiétude s'était épaissie au point que les lots se vendirent moins bien. Même, dans
les derniers temps, certains acheteurs de fra1che date tentèrent de réclamer leur rembour-
sement. Les lotisseurs qui, à la périphérie du quartier, s'attendaient à prendre enfin leur
tour de bonne fortune, se trouvèrent pris de court, frustrés dans leurs espoirs. Mais une
perche fut tendue au principal d'entre eux, qui s'apprêtait à mettre sur le marché une
vin~ine d'hectares de lots. lei, on entre dans le domaine où les langues s'aiguisent
côte rue, où le timbre des voix se voile, côté bureaux. La version rue, la seule explicite'
doit néanmoins n'être considérée que pour ce qu'elle est. EUe parle de corruption, bie~
sür, Le préfet aurait tout pris pour lui, ne laissant au propriétaire foncier que trois lots
~ hectare, mais trois lots qui désormais pourr~lnt se vendre plus d'un million. Pourquoi
SI cher? Parce qu'une lettre d'attribution consignera chaque vente. L'arrangement ferait
donc l'affaire du propriétaire foncier menacé de tout perdre. Un petit propriétaire voisin
aurait tenté, en vain jusqu'Ici, d'obtenir le même arrangement. Ce qui compte en défmi-
tive, au-delà de la rumeur sur la destination des profits, c'est que le lotissement 'préfectoral
existe comme un 110tdans la zone interdite et que, justifié ou pas, il ajoute à l'incohérence
générale et donc au trouble des esprits.
(16) Sur la notion de cour, voir page 348.
354 APPROFONDISSEMENT
de l'autorité de la puissance publique que le bât blessait. Mais, en réalité,
l'ambiguïté reste totale en termes de droit. Les propriétaires spoliés de ce
que l'on peut appeler Avocatier 2 n'étaient pas davantage en infraction devant
la loi que ceux du secteur sauvegardé (Avocatier 1) qui avaient bâti sur des
terrains réservés, de notoriété publique, à l'activité industrielle. Le sud <Je
cette zone avait d'ailleurs déjà fait l'objet, en 1967, d'une « expédition puni-
tive », laquelle avait assez rapidement tourné court non pas tant, conune en
1979, du fait des manifestations populaires (il n'y avait, à cette époque, que
quelques constructions dispersées), mais du fait du conducteur de bull lui-
mëme : ébahi d'avoir à raser des maisons flambant neuves et fort bien bâties,
il avait arrêté sa machine pow tenter, de retour dans la capitale, de convaincre
son chef de service. La hiérarchie n'avait pas insisté. Des panneaux d'interdic-
tion de bâtir avaient alors été posés, mais avec le succès que l'on sait. Huit
années plus tard, pourtant, devant un millier de cours, c'était la proposition
de normalisation dont il est question dans ces pages; une victoire, selon les
apparences, de l'urbanisation populaire, de la force de conviction qu'elle
exerce par sa masse et, ici, par son bon niveau qualitatif.
Le cas d'Avocatier 2 peut être également comparé avec cette partie cen-
trale d'Abobo (Abobo-Marché) qui fait aujowd'hui l'objet du programme
soutenu par la Banque Mondiale. Bâti illégalement dès le milieu des années 60,
c'est ce quartier qui, le premier, avait attiré les « bulls » sur le site de cette
banlieue naissante. Des bulls déjà chargés, non pas de raser, mais de restruc-
turer un quartier anarchique, de le quadriller de rues afin de permettre, dans
un deuxième temps, la régularisation de sa situation foncière (bornage des
lots, etc.); tout cela, toutefois, d'une façon infmiment plus sonunaire que dans
le projet conçu à partir de 1975 pow Avocatier 1. C'est powquoi dix ans
plus tard, le quartier s'étant considérablement densifié et jouant désonnais
la fonction de centre d'une banlieue très vaste (Abobo compte plusieurs cen-
taines de milliers d'habitants), on s'apprête à lui donner une nouvelle structu-
ration et un niveau d'équipement supériew. Les propriétaires que les hasards
du nouveau plan d'urbanisme épargneront seront ainsi passés, en l'espace d'une
quinzaine d'années et en deux étapes, d'une situation hors-la-loi à la position
respectable et lucrative de possédants dans un centre urbain attractif et con-
sacré.
Ainsi, avec des nuances, l'histoire se répète: Avocatier 2 n'est, en somme,
par rapport à Avocatier 1 que ce que celui-ci était par rapport à Abobo-
Marché, la mise en application d'un espoir né de la bonne fortune des gens
d'avant, des gens installés. Les efforts conjugués des lotisseurs et des investis-
seurs le confirment, les premiers cherchant à donner à leur lotissement une
forme crédible, les seconds construisant sans lésiner des maisons pow durer.
Pourtant, on ne peut pas dire que les propriétaires d'Avocatier 2 aient été
surpris de ce qui lew est arrivé. Conunent l'auraient-ils été, sachant que la
puissance publique, à Abidjan, a fourni beaucoup plus de preuves de fermeté
que de mansuétude au cours des dix ou quinze dernières années? Simplement,
à cause de deux exemples heureux dans le voisinage immédiat, ils ont cru
un peu plus qu'ailleurs que leur audacieux pari pouvait réussir. Ils ont donc
misé beaucoup, mais ils avaient un mauvais numéro.
n semble en effet que l'attitude des pouvoirs publics obéisse à des pulsions
alternativement radicales et modérées. Le projet exceptionnellement bienveil-
lant de 1975, contemporain de deux autres projets du même style pour la
ville nouvelle de San-Pedro et pow le quartier abidjanais de Pélieuville, fait
suite à une série particulièrement intense de « déguerpissements » dans la
STRATÉGIES PRIVÉES 355
capitale. Au cours des années 1973-1974, une sorte de grand nettoyage a été
réalisé dans divers points de la ville et de ses banlieues, touchant probable-
ment près de deux cent mille personnes, un quart de la population d'alors !
Cette opération avait laissé une impression pénible, c'est le moins que l'on
puisse dire. Mais, en même temps qu'une certaine mauvaise conscience, elle
semble avoir donné à l'Administration suffisamment d'assurance dans sa
lutte contre l'habitat illégal pour lui faire prêter l'oreille aux solutions douces
qu'on lui soufflait de-ci de-là. Inversement, en 1980, dans le cas précis
d'Abobo, après tant et tant d'appels sans effet, l'autorité publique fut manifes-
tement en proie à un sentiment d'impuissance, d'où sa réaction (17).
L'IMPOSSIBLE DEBAT
Tout ce que je viens de relater est évidemment bien peu encourageant
pour celui qui s'interrogerait sur les chances de voir s'instaurer quelque part
une sorte de convivialité constructive entre le Pouvoir et les manifestations
populaires du besoin d'être logé. On connaît des pays tropicaux où le Pouvoir
laisse faire, par défaut de moyens ou par impuissance. Les conditions d'habitat
du citadin moyen sont alors souvent moins défavorables que pourrait le faire
croire l'examen de la situation à l'échelle administrative. En l'absence de tra-
casseries de la part du pouvoir, les masses citadines savent prendre leurs aises
et compenser ainsi, dans une certaine mesure, l'insuffisance des équipements
et l'inorganisation à l'échelle de la ville (18). Maisse plaindra-t-on de constater,
dans une ville comme Abidjan, une réelle ambition des pouvoirs publics pour
la ville, y compris dans le domaine de l'habitat populaire?
Un duo diffICile
Malheureusement, lorsqu'il intervient dans ce domaine, l'Etat ne semble
parvenir à des résultats positifs que lorsqu'il opère en terrain vierge, qu'il y
est le seul maître et qu'il y applique ses recettes. Malheureusement encore,
ses programmes ne suffisent jamais à combler les besoins et ils répondent mal
aux besoins des plus modestes. L'urbanisation extra-légale fait l'appoint avec
une infinie souplesse, épousant au plus près les besoins réels et la spécificité
des situations, comme on a pu le voir plus haut à l'énoncé des divers types
d'habitat « spontané ». Mais les occasions de conflit avec l'autorité sont d'au-
tant plus nombreuses que celle-ci se montre elle-même très active sur le terrain
urbanistique.
Ce conflit latent et souvent vif, comme on l'a vu, a pour conséquence non
seulement les très dommageables destructions que l'on sait, mais aussi, lorsque
l'insécurité est trop forte et qu'aucun espoir de convaincre l'autorité n'est
permis, une minoration de l'effort d'investissement : c'est le bidonville lorsque
(17) Aux dernières nouveUes (début 1981), le retour de balancier ne se serait pas
fait attendre : les propriétaires spoliés auraient été autorisés à revenir sur leurs décombres
et à rebâtir leur maison, .. Je n'ai pas eu l'occasion de le vérifier; si cela était vrai, cela achè-
verait de démontrer l'irrationalite de la démarche publique et, par conséquent, la justesse
de l'actif attentisme dont font preuve les acteurs de l'urbanisation spontanee.
356 APPROFONDISSEMENT
finsécurité est totale (comme dans les interstices du tissu urbain central), c'est
le très honorable habitat d'Avocatier lorsque l'espoir de durée, voire de régula-
risation existe. fi est logique de penser qu'avec une sécurité accrue on obtien-
drait encore davantage des mêmes acteurs, car cet élément est bien le critère
de différenciation numéro un; la capacité économique des acteurs n'intervient
qu'en deuxième position, les différences de cet ordre étant atténuées par toutes
sortes de mécanismes (étalement de l'investissement dans le temps, solidarité
familiale, mimétisme architectural, celui-ci étant notamment lié à la qualité
du marché locatif, etc.).
Alors, pour réunir les effets positifs de deux dynamismes, l'étatique et le
populaire, est-il possible d'imaginer qu'une formule de concertation puisse être
mise sur pied ?
Quelle concertation ?
fi est tentant d'essayer de construire, sur le papier, un beau mécanisme.
Mais l'expérience .d'Avocatier, qui bénéficiait de nombreux atouts rarement
réunis dans une ville africaine (solvabilité des propriétaires, société d'interven-
tion ordinairement efficace et dynamique, etc.) n'incite-t-elle pas à penser que,
sur le terrain, les pesanteurs et les effets pervers laisseront toujours peu de
chance de réussite à des entreprises de ce genre? Et qu'elles ne pourront donc
vraisemblablement jamais s'étendre et se développer à l'échelle du problème
dans sa vraie dimension?
D'ailleurs, si l'on quitte le plan expérimental pour se placer sur celui du
raisonnement pur, on ne peut manquer d'observer que l'objectif ci-dessus est
un non-sens logique : si les mouvements d'urbanisation spontanée étaient
astreints à concertation avec la planification d'Etat, il n'y aurait plus de mou-
vements spontanés; si l'urbanisation illégale recevait l'agrément du pouvoir,
son caractère hors-la-loi ne serait plus - au pire - que de pure forme. Or,
c'est précisément parce qu'il se place en marge de toute programmation que
ce mode d'urbanisation rend service à ceux qui le vivent (même s'ils aspirent
à la normalisation de leur statut), mais aussi à l'Etat bien au-delà de la gëne
et de la mauvaiseconscience qu'il lui cause parfois.
On voit bien l'ambivalence du phénomène et des questions qu'il soulève.
On ne peut donc s'étonner de l'imbroglio de contradictions auquel conduit
toute action tentant de l'améliorer, de le canaliser, de le neutraliser ou de le
réhabiliter. Quel que soit le contexte et la méthode d'approche, les enthou-
siasmes ou la détermination semblent toujours devoir se briser sur cet écueil
fondamental. Beaucoup de projets avortés ou bien qui, après trop d'efforts,
laissent à leurs auteurs et à leurs servants l'amertume d'une action ni bonne
ni mauvaise et qui n'aura pas l'effet d'entraInement escompté. Voir le projet
du Bardo (19) à San-Pedro (dénaturé) ou l'opération de Cissin (20) à Ouaga-
dougou (épuisante et ambiguë dans ses résultats).
Faut-il pour autant baisser les bras ? Dans les pays où toute autorité
procède de celle de l'Etat (c'est le cas général dans les anciennes colonies
(18) Œ. les exemples de Brazzaville et de Douala in Ph. H. : « L'urbanisation de
masse en question. Quatre ville d'Afrique noire» (Colloque du C.N.R.S. sur la croissance
urbaine en Afrique noire et à Madagascar, 1970).
(19) Soutenu par la Caisse Centrale de Coopération Economique (France).
(20) Soutenu par les Nations-Unes,
STRATÉGIES PRIVÉES 357
françaises), où donc il est difficile de sortir d'une dialectique manichéenne
opposant l'etat (et toute autorité qui émane de lui) à un ensemble concurrent
qui se situe hors de la loi, il est nécessaire de comprendre que, l'opposition
des deux parties étant structurelle et inévitable, on peut seulement travailler
à atténuer le choc, peut-être par le « dialogue à l'ivoirienne » dont les media
abidjanais font grand cas mais qui ne peut guère, en la matière, que panser des
plaies ou temporiser. Dans un bain de compréhension humaine plus ou moins
chaleureux, les villes des pays à etat fort continueront longtemps à se cons-
truire dans la douleur de cet affrontement entre deux générateurs pourtant
complémentaires et nécessaires l'un à l'autre. Tout cela à moins de penser
qu'un jour l'un de ces etats parviendra par les seules voies légales, donc par
une planification parfaite, à subvenir à l'ensemble des besoins en logements
urbains; mais, sans même tenir compte des faiblesses pécuniaires ou structu-
relles, cette hypothèse restera très improbable tant que les taux de croissance
continueront de faire doubler la population des villes de ce continent en six,
dix ou quinze ans. Reste l'hypothèse d'un etat policier aux rigueurs sans
failles, mais l'urbanisme périphérique n'est pas un thème cher aux etats poli-
ciers. Et si la rage de casser peut les prendre, comment, par ce seul acte négatif,
résoudraient-ils l'irrépressible poussée, sauf à tuer la ville ?
L'hypothèse du pouvoir local
D existe cependant des pays où l'etat est économiquement et politique-
ment faible. D en est d'autres où, par tradition britannique, l'etat laisse au
« stool » (au pouvoir coutumier) une certaine autonomie de gestion du sol, y
compris en milieu urbain. Dans les deux cas, les détenteurs coutumiers de la
terre sont, par leurs initiatives de lotissement, à la base du processus de créa-
tion de tout ou partie de la ville périphérique, et cela avec peu d'entraves.
Dans le deuxième cas, les lotissements coutumiers peuvent faire l'objet, avant
leur lancement, d'une procédure d'agrément par les services du cadastre et de
l'urbanisme. En réalité, il s'en faut de beaucoup que les choses soient toujours
aussi claires. Les agréments sont fréquemment sollicités après coup; les plans
présentés ne correspondent pas toujours à la réalité; surtout, le jeu n'est pas
vraiment joué par l'Administration : celle-ci le ramène généralement à un
simple contrôle de police, négligeant d'associer ses interlocuteurs à la concep-
tion de la ville, et prêtant au total peu d'attention au phénomène tant qu'il ne
la gêne pas. Ce jour venu, on se trouve, en gros, ramené au problème précédent,
c'est-à-dire à une situation de conflit et de violence.
D y a peut-être néanmoins, dans ces faits, l'ombre d'une voie féconde.
Renoncer au monopole du pouvoir central (etat ou municipalité) sur la créa-
tion urbaine, plus exactement sur la création du sol urbain, est une voie qui,
en dépit de mille embOches, mérite sûrement d'être explorée. D ne serait sans
doute pas réaliste de vouloir restaurer, là où il a été anéanti ou marginalisé,
le pouvoir coutumier, même limité à la maîtrise des terres. Mais la mise en
place ou le renforcement, au niveau des grandes divisions naturelles d'une
agglomération, d'une instance d'animation et d'action dans le domaine de
l'habitat et des édilités comme dans le domaine socio-culturel permettrait
peut-être de canaliser certaines pulsions populaires, de prévenir sur le terrain
et par un dialogue local certaines incompatibilités avec les options nationales.
une telle pratique pouvant éventuellement exercer une influence sur ces
options. D n'est pas interdit d'imaginer - mais il est si facile d'imaginer ! -
358 APPROFONDISSEMENT
que des modifications fondamentales des dispositions légales deviendraient
possiblesdans le sens d'une plus grande autonomie de gestion.
Premièrement, sur le plan foncier. On peut penser que, les grandes options
urbanistiques ayant été déterminées en haut lieu, le pouvoir local pourrait être
étroitement associé à l'élaboration d'une sorte de plan d'occupation des sols
à l'échelle du district; et qu'ensuite, dans ce cadre assez lâche, les détenteurs
naturels du sol pourraient être habilités à réaliser eux-mêmes, à l'intérieur de
certaines limites et sous certaines conditions, les actions que le marché leur
inspirerait. Une sorte de liberté surveillée et au grand jour au lieu de la liberté
provisoire et à la sauvette qui a cours aujourd'hui. Légale, cette urbanisation
spontanée pourrait être astreinte à une restitution partielle de la rente de
situation, sous la forme d'une obligation minimum d'équipement, par exem-
pie; ce qui nous conduit au deuxième niveau - après l'étape de la distribution
foncière - auquel pourrait s'exercer la participation populaire : celui de la
gestion des quartiers.
Ce n'est pas une révélation: nombreux (quoique limités) sont les cas où
une forme d'autogestion spontanée a pu se développer dans le cadre d'un quar-
tier, et singulièrement dans le cadre d'un quartier extra-légal. Abidjan n'est
certainement pas la cité la plus riche en expériences de ce type, sans doute à
cause du grand mélange des ethnies et des nationalités dans tous les quartiers.
Toutefois, dans le seul secteur d'Avocatier, plusieurs élans de cette nature ont
pu être notés.
J'ai déjà cité le cas particulier du quartier Ayéby où le lotisseur lui-même
couve son œuvre dont il entend rester le maitre. C'est lui qui y a créé une asso-
ciation des propriétaires et une association des locataires. L'entretien des rues
et l'évacuation des ordures ménagères sont au nombre des objectifs poursuivis.
Je ne dis pas que cela marche bien, mais il y a davantage qu'une velléité de
faire quelque chose dans ce sens.
Dans le quartier Mponon, le plus ancien, ce sont les propriétaires de lots
qui ont pris les choses en main et qui sont à l'origine de la très bonne tenue
de ce quartier en 1975, année où non seulement il tranchait sur la plupart
des autres lotissements du secteur d'Avocatier, mais où, surtout, il en remon-
trait à bien des lotissements officiels de la capitale. Sous la férule de l'un
d'entre eux, les propriétaires de Mponon avaient en effet obtenu plusieurs
résultats de poids. En se cotisant, ils avaient pu faire dessoucher et profiler
les rues du lotissement. Us avaient réussi à faire installer l'électricité et ils
étaient en passe d'obtenir l'eau, tout cela en dépit de l'interdiction faite aux
sociétés distributrices d'opérer hors des lotissements légaux (21).
li n'est pas douteux que les potentialités d'autogestion sont importantes,
mais sans doute uniquement lorsque cette autogestion représente une con-
quête. On la voit mal prendre le relais, sur ordre, d'une gestion administrative
dans un ensemble administratif. n n'est pas besoin, d'autre part, d'insister sur
ses mérites humains comparativement à la passivité revendicative des bénéfi-
ciaires du « clé-en-main » ; ni sur ses insuffisances, son amateurisme et surtout
sa faible longévité. Autrement dit, si l'on veut tirer parti de ces estimables
(21) Le lotissement Mponon compte 175 lots de 400 mètres carrés, le lotissement
Ayéby en compte un peu plus de 200; les autres lotissements du secteur d'Avocatier ont
tous des dimensions de cet ordre (entre 125 et 250 lots). On remarquera que ces dimen-
sions sont proches de celles que les urbanistes admettent habituellement pour définir
ce qu'ils appellent des unités de voisinage, lesquelles sont sensées permettre une identiâ-
cation de l'habitant à son quartier.
STRATÉGIES PRIVÉES 359
dispositions de la nature humaine, il est nécessaire que l'Etat continue d'aban-
donner la genèse d'une part significative de l'habitat populaire à ceux dont
il est, de toute manière, incapable d'assumer le logement. Mais pour que les
expériences autogestionnaires positives ne restent pas exceptionnelles et
fugitives, il est également nécessaire qu'elles puissent s'exercer en toute impu-
nité - donc légalement -, qu'elles trouvent en outre certains encouragements
et un climat d'émulation qui ne pourrait nulle part mieux se cultiver qu'au
niveau d'un pouvoir local.
Un pouvoir local qui, c'est certain, ne saurait, dans cette perspective,
se résumer à une autorité sous-préfectorale, ni même à une antenne (une
délégation) d'un pouvoir municipal central, surtout quand on sait la nature
très peu collégiale et les attributions strictement techniques et administra-
tives (d'ailleurs très subalternes) de l'institution communale en Afrique, au
moins dans les villes-capitales du domaine francophone. C'est d'une structure
vivante, polyvalente, autonome et, surtout, en prise directe avec la population,
qu'il faudrait trouver la formule. Est-il raisonnable de s'autoriser à y rêver ?
L'agglomération d'Abidjan est précisément en train de vivre les premières
étapes d'une refonte complète de son encadrement municipal. La commune
ne s'étendait pas aux banlieues; on l'a fait éclater. Désormais, ily aura autant
de communes que d'ensembles territoriaux naturels, une dizaine pour l'agglo-
mération actuelle. Abobo est l'une d'elles. Le tout, néanmoins, sera fédéré
au sein de la « Ville d'Abidjan ». Les maires éliront parmi eux le « maire
central », alors que précédemment le mouvement était inverse : le maire
unique nommait les maires-délégués qui siégeaient dans chaque arrondissement
de la ville. Dans le même esprit, il n'y a plus de candidatures officielles; la
campagne vient de s'ouvrir et, dans chaque circonscription, plusieurs candidats
se disputent les suffrages, ce qui engendre un débat d'idées jamais vu, dans ce
pays, à l'occasion des consultations populaires. Ainsi, chaque élu sera vérita-
blement « en contrat » avec ses électeurs, ce qui, conjugué avec la promotion
des quartiers en communes de plein exercice, change déjà beaucoup de choses.
Mais beaucoup d'inconnues demeurent sur ce que sera la vie de ces nou-
velles entités. Les textes sont encore très flous quant aux attributions et aux
moyens de ces nouveaux pouvoirs. On peut seulement noter que ce flou
pèche plutôt par excès (les attributions seraient bien trop vastes pour qu'on
y croit tout-à-fait) et qu'à cet optimisme des textes répond une grande espé-
rance perceptible chez bon nombre de responsables de la vie culturelle et de
l'animation sociale. On semble croire, dans ces milieux, que les nouvelles
mairies pourront servir de support, de point d'ancrage à diverses initiatives,
donc à une vie locale plus authentique que dans le passé ; et qu'elles permet-
tront de développer un esprit de responsabilité tel que des problèmes aussi
délicats que la prévention de la délinquance juvénile - un thème très sensible
à l'heure actuelle - pourraient y trouver un début de solution.
Prenons acte de ce nouvel espoir et prenons rendez-vous pour dans deux
ans, pour dans dix ans. Nul doute que si les racines de la délinquance juvénile
peuvent être extirpées, on saura aussi trouver remède au casse-tête de la guerre
foncière. n n'y a aucune ironie à mettre dans ces formules. L'espoir est trop
respectable et l'enjeu trop grave. Mais comment ne pas craindre que, dans
cette ville comme dans bien d'autres, la paix foncière ne soit pas pour ce
_siècle? .
TABLE DES MATIÈRES
Préambule :.................... 5
Liste des membres du comité scientifique de préparation. . . . . . . . . 8
PREMIÈRE PARTIE
LES ENJEUX INITIAUX
Critiquer et dépasser une image caricaturale de l'Afrique
noire précoloniale
Introduction, par E. Le Roy Il
The initial stakes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
CHAPITRE 1
Rapport introductif aux journées d'études, par J .-P. Chauveau,
J.-P. Dozon, E. Le Bris, E. Le Roy, G. Salem, F.-G. Snyder.
1. L'émergence de l'objet foncier dans la littérature administrative
et scientifique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2. L'actualité des problèmes fonciers en Afrique noire et les ques-
tions qu'elle suggère. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
CHAPITRE II
Approches thématiques
422 TABLE DES MATIÈRES
I. Le statut du foncier dans l'analyse de l'économie de plantation
au Ghana, par J .-P. Chauveau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2. Épistémologie du « foncier» dans le cadre des économies de
plantation ivoiriennes, par J.-P. Dozon 56
3. Le statut du foncier dans les études de terroirs menées par les
géographes en Afrique de l'Ouest, par E. Le Bris. . . . . . . . . . . . 61
4. Le régime foncier rural en Afrique noire, par C. Coquery-
Vidrovitch . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5. Une approche pragmatique des situations foncières, par Ph.
Haeringer 84
CHAPITRE III
Première discussion générale sur le rapport introductif
I. Interventions............................................. 91
2. Débats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
DEUXIÈME PARTIE
L'APPROFONDISSEMENT DES ENJEUX
La terre dans les discours, les pratiques et les représenta-
tions de l'Afrique contemporaine.
Introduction, par E. Le Roy 97
CHAPITRE IV
Représentations autochtones de l'espace
1. Représentations et organisations endogènes de l'espace chez les
Myene du Gabon (Nkomi et Mpongwe), par P.-L. Agondjo-
Okawe.................................................. 101
2. Lectures de l'espace africain, par Betote Dika Akwa Nya
Bonanbela . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
3. L'espace et l'organisation foncière toucouleur (Sénégal et Mau-
ritanie), par M. Wane 118
4. Rapports des débats, par P.L. Agondjo-Okawe . . . . . . . . . . . . . . 120
5. Synthèse des débats, par E. Le Roy... ... ... ..... . .. .. . .... 122
6. L'accès à la terre chez les paysans basundi (région du Pool,
Congo), par D. Desjeux , . .. .. 126
TABLE DES MATIÈRES 423
CHAPITRE V
La logique foncière de l'État depuis la colonisation
1. Le choix d'une problématique juridique, par R. Verdier... . . . . 133
2. L'expérience ivoirienne, par A. Ley. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
3. L'expérience malienne, par A. Rochegude... 141
4. Rapport des débats, par A. Ley, A. Rochegude et R. Verdier.. 148
5. Synthèse des débats, par E. Le Roy 150
CHAPITRE VI
La rente foncière
1. Genèse de la rente foncière et du capitalisme agraire, par J.
Charmes 155
2. Rapport des débats, par F. Snyder 163
3. Synthèse des débats, par E. Le Bris 165
CHAPITRE VII
Agro-pastoralisme
1. Le processus juridique, les droits fonciers et l'aménagement de
l'environnement dans un canton hausaphone du Niger, par
J.-T. Thompson.......................................... 169
2. Les Leyde du Delta central du Niger: tenure traditionnelle ou
exemple d'un aménagement de territoire classique, par S. Cissé 178
3. Rapport des débats, par E. Grégoire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
4. Synthèse des débats, par E. Grégoire 192
5. Évolution du régime foncier dans une société d'éleveurs noma-
des. Le cas des Twaregs Kel dinnik dans la région de Tahoua
(Niger), par G. Lainé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
6. Un système de production agro-pastoral en crise: le terroir de
Gourjae (Niger), par E. Grégoire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
7. Pastoralisme, agro-pastoralisme et organisation foncière: le cas
des Peuls, par D. Kintz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 212
CHAPITRE VIII
La mise en place des réformes agrofoncières
1. Réflexions sur la réforme foncière sénégalaise de 1964, par M.
Niang. .. . . .. . . . 219
2. Le projet de la mise en valeur de la vallée de Baila en Basse-
Casamance (Sénégal), par M. Diao . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228
3. La réforme agrofoncière au Togo, par K. Koffigoh. . . . . . . . . . . 240
4. La réforme agrofoncière et droit coutumier au Togo, par M.
Foli.... .. ... .. ... . ... ... . .... .. . . .. . . . 253
5. Rapport des débats. par M. Foli 263
424 TABLE DES MATIÈRES
6. Synthèse des débats, par E. Le Roy 264
7. Droit d'usage et propriété privée, par J.-M. Gastellu 269
CHAPITRE IX
Les grands projets d'aménagement et de développement dons les
domaines agricoles, forestiers, hydrauliques, miniers ou pastoraux.
1. Transformations « dirigées» de l'espace agraire et réponses
paysannes à la périphérie des lacs volta (Ghana) et kossou
(Côte-d'Ivoire), par V. Lassailly-Jacob , ,.. 281
2. Grands projets de développement et pratique foncière en Côte
d'Ivoire. L'exemple de l'opération San Pedro, par A. Schwartz 293
3. L'aménagement du fleuve Sénégal et ses implications foncières,
par J .-L. Boutillier 301
4. Rapport des débats, par J.-P. Chauveau et G. Pontié · 308
5. Synthèse des débats, par E. Grégoire.. . . . . . . . . .. . .. . .. . . 311
6. Organisation foncière et opération de développement. Le cas
soninke du Sénégal, par J.-Y. Weigel 315
CHAPITRE X
Politique foncière de l'État dons l'aménagement urbain
1. Mimétisme et droit de la planification urbaine en Afrique
noire, par M. Prouzet 325
2. Objet d'une recherche sur les politiques foncières de l'État
dans l'aménagement urbain, par A. Durand-Lasserve et J.-F.
Tribillon 330
3. Rapport des débats, par A. Durand-Lasserve, M. Prouzet et
J.-F. Tribillon 334
4. Synthèse des débats, par E. Le Bris 336
CHAPITRE XI
Stratégies « privées» d'occupation de l'espace en milieu urbain et
péri-urbain
1. Stratégies populaires pour l'accès au sol dans la ville africaine,
par Ph. Haeringer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 341
2. Stratégie spatiale et stratégie familiale: la volonté de maintien
en centre ville (exemple dakarois), par G. Salem 360
3. Rapport des débats, par E. Le Bris. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 370
4. Synthèse des débats, par E. Le Roy. . .. . .. . . . .. . . . . . . . . . .. . 372
TABLE DES MATIÈRES 425
TROISIÈME PARTIE
LES NOUVEAUX ENJEUX
Quels seront les rapports sociaux impliqués par l'espace à
l'horizon de l'an 2000 ?'
Introduction, par E. Le Roy 379
CHAPITRE XII
Discussion générale et bilan
1. Synthèse du débat de clôture, par E. Le Bris 381
2. Bilan des journées d'études, par E. Le Bris et E. Le Roy 382
CHAPITRE XIII
La question foncière en Afrique noire
- Comment la « question foncière» est-elle abordée dans les dis-
cours sur l'Afrique noire à l'époque contemporaine? 391
- Le rôle central de l'État africain dans l'évolution contempo-
raine de la « question foncière » ••••••••••••••••••••••••••• 392
- Les enjeux de la « question foncière » à l'horizon de l'an 2000 395
ANNEXES
1. Liste des participants aux « Journées d'études sur les problè-
mes fonciers », Paris, 22-25 septembre 1980 . . . . . . . . . . . . . . . .. 401
2. Liste des organismes et des sigles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 405
3. Index des noms de groupes et de lieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 407
4. Index des concepts 413
5. Liste des cartes et des figures , 420
ÉDITIONS KARTHALA
Collection MÉRIDIENS
Christian RUDEL, Guatemala, terrorisme d'État.
Bernard JOINET, Tanzanie, manger d'abord.
Philippe LEYMARJE, Océan Indien, le nouveau cœur du monde.
André LAUDOUZE, Djibouti, nation-carrefour.
Bernard LEHEMBRE, L'Ile Maurice.
Collection LES AFRIQUES
Essedine MESTlRI, Les Cubains et l'Afrique.
I. MBAYE DIENG et J. BUGNICOURT, Touristes-rois en Afrique.
Carlos MOORE, Fela Fela, cette putain de vie.
Bernard LANNE, Tchad-Libye: la querelle des frontières.
J .S. WHITAKER, Les États-Unis et l'Afrique: les intérêts en jeu.
Abdou TOURÉ, La civilisation quotidienne en Côte-d'Ivoire. Procès
d'occidentalisation.
G.R.A.A.P., Paroles de brousse: Des villageois africains racontent.
Jean-Marc ELA, L'Afrique des villages.
Guy BELLONCLE, La question paysanne en Afrique noire.
Collectif, Alphabétisation et gestion des groupements villageoisen Afrique
sahélienne.
Collection HOMMES ET SOCIÉTÉS
1. Sciences politiques et économiques
Abdoulaye Bara DIOP, La société wolof.
J.F. MEDARD, Y.A. FAURE et al., État et bourgeoisie en Côte-d'Ivoire.
Guy ROCHETEAU, Pouvoir financier et indépendance économique en Afri-
que: le cas du Sénégal. En coédition avec l'ORSTOM.
Collectif, Enjeux fonciers en Afrique noire. En coédition avec l'ORSTOM.
2. Histoire et Anthropologie
Joseph AMBOUROUE-AvARO, Un peuple gabonais à l'aube de la coloni-
sation. Le bas Ogowé au x/x' siècle. En coédition avec le Centre de
Recherches Africaines.
Collectif, La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs. En coé-
dition avec le Centre de Civilisation Burundaise.
François GAULME, Le pays de Cama. Un ancien État côtier du Gabon
et ses origines. En coédition avec le Centre de Recherches Africaines.
Antoine GISLER, L'esclavage aux Antilles françaises (XVII'-X/X' siècles).
Juliette BESSIS, La Méditerranée fasciste, l'Italie mussolinienne et la
Tunisie. En coédition avec les Publications de la Sorbonne.
Yoro FALL. L'Afrique à la naissance de la cartographie moderne
(XIV'·XV' siècle). En coédition avec le Centre de Recherches
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Zakari DRAMANI ISSIFOU, L'Afrique dans les relations internationales
au XVI' siècle. En coédition avec le Centre de Recherches Africaines,
Louis NGONGO, Histoire des Forces religieuses au Cameroun
(1916-1955).
Françoise RAISON (Et. réunies par), Les souverains malgaches. Cons-
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Bakoly OOMENICHINI-RAMIARAMANANA, Du Ohabolana au Hainteny :
langue, littérature et politique à Madagascar. En coédition avec le
Centre de Recherches Africaines.
3. Langues et cultures
Pierre DUMONT, Le français et les langues africaines au Sénégal. En
coédition avec l'A.C.C.T.
Philippe NTAHOMBAYE, Des noms et des hommes. Aspects psychologi-
ques et sociologiques du nom au Burundi.
Collection RELIRE
Eugène MAGE, Voyage au Soudan occidental (1863-1866). Introduction
d'Yves Person.
David LIVINGSTONE, Explorations dans l'Afrique australe et dans le
Bassin du Zambèse (1840-1864). Introduction d'Elikia M'Bokolo.
Ida PFEIFFER, Voyage à Madagascar (1856). Introduction de Faranirina
Essoavelomandroso.
Victor SCHOELCHER, Vie de Toussaint Louverture. Introduction de J.
Adélaïde-Merlande.
Collection LETTRES DU SUD
Yodi KARONE, Le bal des caïmans.
Max JEANNE, La chasse au racoon.
Merle HODGE, Crick crack monkey,
Gérard CORPATAUX, Voyage sans retour.
Joël LUGUERN, Les parasols de Danang,
José LOUZEIRO, Pixote ou la loi du plus faible.
Collection DE CONTES
Gabriel MFOMO, Soirées au village (Cameroun).
Jacques PUCHEU, Contes haoussa du Niger.
Gabriel MFOMO, Les initiés (Cameroun).
Henri TOURNEUX, Les nuits de Zanzibar (contes swahili).
Marie-Paule FERRY, Les dits de la nuit (contes tenda du Sénégal).
Collection SARABANDE (livres pour enfants)
Chouka la mangouste antillaise (texte de Maryse Cériote et dessins de
Bordeclerc).
Marcy DANS LEE, [bon, l'oiseau des Philippines.
HORS COLLECTION
[Link].N.A.F.L.A.,lnitiation à la linguistique africaine par les
langues du Mali.
ANSELIN (Alain), La question peule et l'histoire des Égyptes ouest-
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MICHEL (Andrée) et Coll., Femmes et multinationales.
Collectif, Culture et politique en Guadeloupe et Martinique. En coédi-
tion avec le journal Alizés.
Collectif, Études africaines en Europe,' Bilan et inventaire (2 tomes).
ZHEGIDOUR (Slimane), La poésie arabe moderne entre l'islam et
l'occident.
POLITIQUE AFRICAINE (revue trimestrielle)
1. La politique en Afrique noire: le haut et le bas.
2. L'Afrique dans le système international.
3. Tensions et ruptures politiques en Afrique noire.
4. La question islamique en Afrique noire.
5. La France en Afrique.
6. Le pouvoir d'être riche.
7. Le pouvoir de tuer.
8. Discours populistes, mouvements populaires.
(Pour plus de précisions sur ces titres, demandez le catalogue complet des éditions
Karthala : 22-24, bd Arago, 75013 Paris.)