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Extrait

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Omar Maghraoui
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Harlequin HQN® est une marque déposée par Harlequin S.A.

© 2015, Harlequin S.A.

Réalisation graphique couverture : Aude Danguy des Déserts

Le visuel de couverture est reproduit avec l’autorisation de :


© RoyaltyFree/iStock/Suriko
© RoyaltyFree/ThinkstockTatiana_Ti
Tous droits réservés.

ISBN 9782280301893

Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de tout ou


partie de l’ouvrage, sous quelque forme que ce soit. Ce livre est publié
avec l’autorisation de HARLEQUIN BOOKS S.A. Cette œuvre est
une œuvre de fiction. Les noms propres, les personnages, les lieux, les
intrigues, sont soit le fruit de l’imagination de l’auteur, soit utilisés dans
le cadre d’une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes
réelles, vivantes ou décédées, des entreprises, des événements ou des
lieux, serait une pure coïncidence. HARLEQUIN, ainsi que H et le logo
en forme de losange, appartiennent à Harlequin Enterprises Limited ou à
ses filiales, et sont utilisés par d’autres sous licence.

83‑85, boulevard Vincent Auriol, 75646 PARIS CEDEX 13.

Service Lectrices — Tél. : 01 45 82 47 47

[Link]
— Mademoiselle ? m’interpella le barman face à moi.
Je relevai les yeux de mon téléphone, ignorant ainsi le dernier
message de David. Notre dispute de la veille résonnait encore à
mes oreilles ; mes cris, ses jurons, mes questions, ses excuses.
Cette fois, j’étais décidée à mettre un terme à cette mascarade.
Notre couple était un mirage, une douce illusion qui me réchauffait
la nuit, mais me glaçait au réveil.
Je secouai la tête et rangeai mon téléphone. Je devais cesser
de penser à lui et de croire en nous. Il n’y avait plus de « nous »,
juste un trou béant qui aurait fini par m’aspirer si je n’avais pas
pris cette décision.
— Je vais prendre un moka, s’il vous plaît. Un grand, avec
double dose d’expresso.
Je jetai un coup d’œil à ma montre — un ultime cadeau de
David, que je devrais lui rendre prochainement —, m’assurant
d’être dans les temps. Mon embarquement était prévu dans une
heure, j’avais donc largement le temps de lire le briefing transmis
par Belinda. Je m’installai à une table et parcourus mes mails.
J’ouvris le message de ma responsable, découvrant mon pro‑
chain lieu de villégiature. Belinda avait dégoté une pousada1 sur
l’île de Boipeba, près de Salvador de Bahia. Le trajet s’annonçait
long et tortueux : après mon vol avec correspondance à Chicago
de plus de dix heures, je devrais enchaîner avec une heure de
bateau et une heure de voiture.
Je partais loin. Loin de tout, loin de David et loin du froid
polaire qui régnait à New York. Parfait. Ce déplacement n’était

1. Etablissement hôtelier de catégorie supérieure, offrant une qualité


de service personnalisée et de haut niveau.
4 The Man Next Door

pas prévu initialement dans mon planning, mais Belinda me


connaissait : quand je l’avais appelée pour lui dire que j’avais
besoin de prendre l’air, elle m’avait aussitôt proposé un dossier.
Le lieu promettait calme, repos et une vue à couper le souffle.
Les photos transpiraient la sérénité, dévoilant de petits bunga‑
lows intégrés dans la nature, se confondant presque avec le vert
omniprésent de la forêt.
« Idéal pour une lune de miel », avait précisé Belinda.
Ironie, ironie.
J’espérai juste que cet endroit paradisiaque ne regorgerait pas
de couples énamourés : quand vous pansez une plaie, vous n’avez
pas besoin d’un rappel de l’origine du mal.
Le serveur vint déposer mon mug de café, m’offrant un sourire
timide. Je le remerciai, avant de replonger dans les détails de mon
séjour. En quelques jours, je devrais décider si cette pousada
pouvait intégrer notre catalogue et devenir une étape dans un
séjour au long cours. Mais déjà, la difficulté du trajet semblait
presque éliminatoire.
Sauf, effectivement, à l’intégrer dans un séjour pour jeunes
mariés. Ces derniers sont tellement absorbés par leur nouveau
statut marital, qu’ils se fichent de la nature ou de la durée du
trajet. Ils n’aspirent qu’à retrouver calme et sable blanc à perte
de vue.
J’abandonnai ma lecture, presque découragée par le voyage
qui s’annonçait. Pour être honnête, voir la neige tomber sur New
York était ma seule motivation pour partir au soleil.
Mon café était brûlant et je le recrachai dès la première gorgée.
Dans la manœuvre, je massacrai mon pull en laine, ornant ma
poitrine d’un splendide chapelet de taches. Je soupirai lourdement,
tapotant en vain les dégâts avec une serviette en papier.
— Avez-­vous les journaux du jour ? demandai-­je au barman
en ravalant mon agacement.
— Sur le comptoir.
Je récupérai le New York Times, survolant les premières pages
de l’actualité. Je n’avais pas besoin de me miner encore plus le
moral avec un énième scandale financier. Rapidement, je parvins
à la page « culture », m’arrêtant sur une photo.
The Man Next Door 5

« Andrew Blake accompagné d’une amie. »


La photo me tira un sourire et chassa momentanément le démon
de ma rupture avec David.
Mon frère et moi partagions cet inhabituel point commun :
nous voyagions aussi souvent l’un que l’autre. Lui, ballotté de
réunions en dîners pour Blake Medias ; moi, visitant hôtels et
autres complexes touristiques. Nathan m’avait brossé un rapide
portrait de son patron : brillant, puissant et surtout inconsolable
depuis l’accident qui avait coûté la vie à sa femme. Je l’avais
croisé à plusieurs reprises — essentiellement quand j’allais rendre
visite à mon frère à son bureau — et j’avais été frappée par
sa mélancolie persistante. Au fil de nos rencontres et de nos
échanges de banalités affligeantes, nous avions tissé des liens,
refait le monde et j’avais appris à connaître l’homme au-­delà des
apparences trompeuses du pouvoir.
Par ailleurs, nous nous étions trouvé un irrésistible point com‑
mun : nous adorions taquiner Nate.
Apparemment, si j’en croyais son regard profond et sa main éga‑
rée dans le dos de la jeune femme sur cette photo, Andrew semblait
avoir trouvé une bonne raison de vivre de nouveau. Un sourire
apparut instantanément sur mes lèvres. Nathan devait être soulagé,
lui qui cherchait par tous les moyens à sortir Andrew de son deuil.
Avec tristesse, je songeai que David ne m’avait jamais regar‑
dée ainsi, avec cette dévotion palpable et ce sourire extatique. Je
faisais partie de son paysage, silhouette rassurante et familière
dans son monde onirique. Les artistes ne vivent pas dans le même
monde que nous autres, ils sont ailleurs, loin de la réalité, dans
une bulle parfaite et idéale.
Bulle dans laquelle personne n’entre vraiment.
J’avais encore plus de trente minutes avant mon embarque‑
ment. Si j’en croyais l’article, la photo avait été prise la veille,
lors d’une soirée de gala au Peninsula. Avec un peu de chance,
Nathan était encore sur place. Je composai son numéro, sirotant
prudemment mon moka.
— Andrew Blake.
Je m’étouffai avec mon café, ruinant définitivement mon pull.
Je jurai et repoussai définitivement l’arme de destruction massive
de pull-­over qu’était ce maudit moka.
6 The Man Next Door

— Monsieur Blake. Euh… bonjour, Andrew. Toutes mes


excuses, je pensais tomber sur Nate.
— Il est en webconférence, Sarah.
— Oh. Euh… vous m’avez reconnue ?
— Votre nom s’est affiché. Très jolie photo, ajouta-­t‑il.
Même à distance, je devinai le sourire taquin qui devait s’affi‑
cher sur son visage. Je soupçonnai Nate d’avoir mis cette photo
terrible où je cavalais en couche dans le jardin de nos parents.
Ma vengeance serait terrible.
— Je vous retourne le compliment, je suis en ce moment
devant l’article du New York Times.
— Ma cavalière était en effet très jolie. C’était une très belle
soirée.
Je jetai un coup d’œil rapide au cliché. Superbe fut le seul
mot qui me vint à l’esprit. Andrew Blake rayonnait devant cette
jeune femme, qui semblait plutôt intimidée. Mais leur couple
était évident et magnétique. Un soupçon de jalousie me rongea.
— La photo est très réussie, vous avez l’air heureux. Toutes
mes excuses, me repris-­je après un court silence, ma remarque
était déplacée et…
— Je le suis, confirma Blake avec douceur. Je n’ai pas honte
d’être heureux. Kat a ce pouvoir sur moi. Ne le dites pas à Nate,
mais c’est un peu grâce à lui.
— Pouvez-­vous lui dire d’œuvrer un peu pour sa sœur déses‑
pérée ? m’esclaffai-­je.
— Ne sortiez-­vous pas avec un certain… Daniel ?
— David, corrigeai-­je. C’est terminé. Depuis… eh bien, depuis
que je suis à l’aéroport, je crois.
Et en une seconde, le poids que je portais sur les épaules s’en‑
vola. Je savais que ma relation avec David était vouée à l’échec,
mais l’avouer rendait ma décision officielle et concrète. Cela ne
la rendait pas moins douloureuse : je savais que David n’avait
sûrement pas encore compris que j’étais définitivement partie.
— Que faites-­vous à l’aéroport ?
— Je vais au Brésil. J’ai une visite à faire pour un circuit
touristique.
— Vous avez un métier de rêve, s’amusa-­t‑il.
— C’est pour un circuit « Lune de Miel », lui fis-­je remarquer.
The Man Next Door 7

— De mieux en mieux. Je vous rappellerai d’ici quelques


semaines pour programmer une escapade là-­bas.
— Vous plaisantez ? Pour une lune de miel ?
— Pas le moins du monde. Je vous l’ai dit : Kat me rend
heureux. Par ailleurs, j’aime que ce qui m’appartient porte mon
nom et je refuse de perdre davantage de temps. Il ne reste qu’un
simple détail à régler.
— Qui est ? m’enquis-­je avec curiosité.
— Il faut simplement qu’elle soit d’accord. Elle est du genre…
têtue.
— Quel genre de femme oserait vous dire non ? plaisantai-­je
en riant.
— Elle. De toute évidence, elle doit faire exception, murmura-­
t‑il, pensif. Je dois rejoindre Nate avant qu’il ne ruine toutes nos
négociations. Je lui dirai que vous avez appelé. Et je vais lui dire
de faire paraître une annonce pour vous !
— Une annonce ? répétai-­je sans comprendre.
— Longue histoire, éluda-­t‑il.
— Merci. Je dois raccrocher, mon vol est annoncé.
— A bientôt, Sarah.
— A bientôt, Andrew.
Mon moka était froid désormais. Je grimaçai en buvant une
dernière gorgée, avant de me lever de ma table pour gagner la
porte d’embarquement. Je vérifiai une dernière fois mon portable :
aucun signe de David. Je n’aurais pas dû être surprise, pourtant
son silence me fit mal.
Mon vol se passa sans encombre et sans surprise : une hôtesse
souriante, un plateau-­repas décevant et mon amertume qui repre‑
nait le dessus. Je ruminai ma colère mâtinée de défaitisme : je
savais depuis longtemps que cela ne fonctionnerait pas, pourquoi
étais-­je si déçue ? Mon entrain et ma bonne volonté avaient dis‑
paru dans les turbulences.
A mon arrivée à Salvador de Bahia, entourée par la foule
grouillante, suffoquant sous la chaleur moite et groggy par une
sieste impromptue à la fin de mon vol, je constatai que ma valise,
quant à elle, avait disparu tout court.
— Comment ça, vous pensez qu’elle est restée à New York ?
8 The Man Next Door

— Il y avait deux vols pour le Brésil, dont le vôtre. Le second


a été annulé. Nous pensons que votre valise est restée dans le
second avion. Nous allons faire notre possible pour vous l’ache‑
miner sous 24 heures.
— Et en attendant, je fais comment ?
Mon jean me collait désagréablement aux cuisses et mon
pull en laine — option taches de café — n’était définitivement
pas adapté au climat tropical. L’hôtesse devant moi haussa les
épaules, impuissante. J’abandonnai. M’énerver contre elle ne
changerait rien de toute façon. Avec mon seul sac à main et
mon téléphone, je sortis de l’aéroport. L’air brûlant me frappa
le visage et pendant un court instant, j’envisageai de retour‑
ner à l’intérieur pour acheter une robe légère et de nouvelles
tongs. Mais je n’avais plus le temps, je devais encore prendre
le bateau, puis crapahuter en pleine forêt avant d’atteindre ma
destination.
Je repensai furtivement à Andrew Blake : sûrement qu’il aurait
trouvé un moyen pour arriver directement à la pousada, sans
devoir subir cet éprouvant trajet.
Si le voyage en bateau se passa convenablement, celui en bus
fut catastrophique. La route, sinueuse et caillouteuse, m’empêchait
de dormir et j’étais ballottée sur la banquette. Les autres passagers
parlaient d’une voix forte, presque dérangeante. J’avais pourtant
l’expérience de ce genre de périple — le Népal, le Pérou et une
excursion au nord de la Norvège — mais mon humeur maussade
m’empêchait d’en profiter pleinement.
David, même à distance, parvenait encore à me ruiner le
moral. Pis encore, il surgissait dans mes pensées, alors même
que mon métier était le seul domaine exempt de sa présence, le
seul domaine dans lequel j’espérais me réfugier en attendant des
jours meilleurs.
Quand finalement nous parvînmes à destination, le Brésil que
j’avais sous les yeux n’était pas du tout celui que j’avais vu à
l’aéroport. La jungle hostile avait laissé place à un cadre verdoyant
et luxuriant. Au loin, je devinai le bruit des vagues, régulier et
apaisant, et il n’y avait plus ce bourdonnement agressif de la
foule, mais une symphonie de chants d’oiseaux.
The Man Next Door 9

En une seconde, j’oubliai mon voyage désastreux. J’oubliai


David. J’oubliai ma vie grise, terne et sans surprise. Si le paradis
existait, il devait être… au Brésil !

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