CF - DE - Histoire des mondes arabes
Introduction : les mondes arabes ?
- Monde arabe : singulier par paresse et dérive de simplification
- Notion d’Orient : Européo-centré
- Simplifications à outrance : 15 ans de « guerre de religion » au Liban, 11 ans de « guerre
civile » en Syrie, expression des Printemps Arabes très européo-centrée, et quid du Yémen ?
la Palestine est un symbole de l’inanité du Droit International
- Facteurs de rassemblement : langue, religion, culture, géographie > Bases de l’arabité ?
- Diversité fondamentale
1 – Maghreb (Couchant)
- Maroc, Algérie, Tunisie
- + Lybie + Mauritanie (Grand Maghreb)
- « Transition religieuse » : majorité chrétienne dans le passé (St-Augustin est né à Thagaste et
était berbère), quasi-inexistante aujourd’hui après conquêtes arabes du VIIème siècle et
migrations
- Elément tribal majeur : 40M de berbérophones, populations kabyles
2 – Machrek (Levant)
- Liban, Syrie, Irak, Palestine, Jordanie, Egypte)
- Subdivision du Cham, Grande Syrie (+ Liban, Palestine et Jordanie), province historique de
Damas
- Diversité religieuse (trois abrahamiques), ethnique (40M de kurdes apatrides entre Turquie,
Syrie et Irak) et linguistique (copte, syriaque, arménien)
- Différences socio-économiques
- Hétérogénéité des systèmes politiques (Républiques, monarchies, émirats)
- Rôle militaire important
- Castes au pouvoir depuis des décennies (Ben Ali, El-Assad)
- Economie de rente (Liban désigné comme la Suisse du Proche-Orient)
3 – Péninsule arabique
- Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Emirats-Arabes-Unis, Qatar, Bahreïn
- Contraste entre luxe et esclavagisme moderne
- Pétrodollars qui dérangent les sociétés occidentales (peu conformes à l’image)
- Economies libérales
- Ultracapitalistes
- Disparités énormes économiquement, PIB : Qatar 75000$/h, Yémen 1330$/h
I – Une situation complexe
- Les mondes arabes sont associés au chaos, au désordre, aux conflits et aux tensions : Maroc-
Algérie (Sahara occidental), Lybie (Chute de Kadafi en 2011), Yémen (Crise humanitaire peu
évoquée en raison de l’implication de l’Arabie Saoudite depuis 2012), Syrie (Daech,
insurrections), Irak (junte au pouvoir depuis la déposition de Saddam Hussein puis le départ
des forces américaines), Kurdistan (Bien qu’invités à la Conférence de Versailles de 1919,
n’ont rien obtenu), Palestine-Israël (Implication de tous les pays)…
- Question de la responsabilité coloniale : des peuples n’ayant rien à voir entre eux ont été
forcés de se rassembler à coups de frontières artificielles, d’Etats-Nations créés ex nihilo
- Velléités antérieures au joug arabe : kurdes, berbères
- Diversité religieuse éparse : Maghreb 98% sunnisme, Orient diversifié
- 400M de musulmans arabes sont minoritaires par rapport aux 1,5G dans le monde
- Le terme arabo-musulman est ainsi critiquable dans le contexte actuel
1 - Communautés Juives
- Diaspora historique et fondatrice depuis Nabuchodonosor, puis Hadrien, etc
- En 70 AD le temple de Jérusalem est mis à sac
- Les arabes chassent les juifs à partir du VIIème siècle
- La Reconquista puis l’Inquisition mettent à mal la foi des juifs : les Séfarades (signifiant
péninsule ibérique en hébreu) ont dû fuir l’Andalousie pour le Maghreb
- Le 25 mai 1948 est créé l’Etat d’Israël, peuplé en grande partie par des Ashkénazes
(Originaires d'Europe de l’Est)
2 – Communautés Chrétiennes
- Diversité : Coptes (volonté de montrer sa légitimité avec des églises grandioses, et des
surestimations statistiques), Maronites et Syriaques au Liban, Chaldéens en Mésopotamie…
- L’Empire Romain d’Orient (IV-XV), orthodoxe, connaît son apogée de 476 (chute de l’Empire
Romain d’Occident) à 1453 (chute de Constantinople).
- L’édit de Milan de 313 autorise le christianisme, et l’édit de Thessalonique de 380 en fait la
religion officielle de l’Empire
- La présence de nombreuses Eglises en dans les centres des villes est due au Grand Schisme,
qui lance des controverses entre Orthodoxes et Catholiques
- Qui est le Christ ? Concile de Chalcédoine en 451 qui réfute le monophysisme de Jésus
(divine > homme) et affirme son diphysisme (divin = homme) ; rupture avec les églises des 3
conciles (qui acceptent Nicée, Constantinople et Ephèse)
- Les chrétiens sont protégés « naturellement » par l’Europe chrétienne : Soliman le
Magnifique et François Ier signent des accords pour garantir aux chrétiens de l’Empire
Ottoman la protection du Royaume de France. La création d’exclaves françaises en Orient est
aboutie : à Jérusalem sous François Ier, puis à Alep sous Louis XIII
- Au XIXème, la protection est « répartie » : Les Russes protègent les Arméniens orthodoxes
(justification génocide 1915), les Anglais les Druzes, les Américains les Protestants.
- Les différentes missions se partagent les communautés présentes, divisant encore plus le
prisme religieux oriental
- L’Islam propose également une forme de protection : en l’échange d’une infériorité juridique
et d’un impôt, les chrétiens n’ont pas à se convertir : ce sont les Dhimmis
3 – Communautés Islamiques
- Ne pas faire l’amalgame entre musulmans et arabes (bien que Muhammad soit arabe et que
ceux-ci aient porté l’Islam à ses débuts) : tout musulman n’est pas arabe, tout arabe n’est pas
musulman
- Au XIX, les intellectuels arabes, chrétiens comme musulmans, débattent sur la Nahda :
Qu’est-ce qu’un arabe ? + constitution d’un arabe littéraire, de presse
- Ultérieurement à 622, les arabes sont juifs, chrétiens, païens, zoroastriens…
- L’élément de la langue est sacré : le Coran (Récitation) est dicté par Djibril à Muhammad
- Les nombreux dialectes s’expliquent par le temps et les naufrages géographiques, aléas de la
linguistique : on trouve des traces d’Arabe dès 800 BC
- La civilisation arabe est plurielle, faite d’apports et de contacts divers : Hérodote note dans
son Voyage en Egypte et en Syrie des coutumes que l’on retrouve dans l’Islam
- 570 naissance de Muhammad, 610 Djibril ordonne de dévoiler le Coran, 622 Hégire (fuite
vers Yathrib qui deviendra Médine, début du calendrier hégirien), 632 mort de Muhammad
sans héritier
- Sa mort marque le début de la conquête
- L’Islam a cinq piliers : la prière cinq fois par jour, la profession de foi, le Ramadan, l’aumône
(Zakat) et le pèlerinage
- L’Islam n’a pas de clergé : les Imams sont libres et sermonnent librement
- Le Coran comporte 114 sourates
- La succession de Muhammad pose question : Calife = successeur
- Perturbations politiques
- Les califes « rachidun » (biens guidés) : Abu Bakr, Omar, Othman, Ali
- LIRE DOSSIER SUNNITES CHIITES
- Certains considèrent que la succession se fait par le sang (hérédité, famille). Ali, gendre du
prophète, créé le camp Chiite (shia)
- Dès le début, l’idée d’une succession au plus méritant apparaît (sunna), élections
- Division de la oumma (communauté musulmane)
- Marginalisation immédiate des chiites dès 640 : Ali est assassiné, les sunnites sont
majoritaires (troubles, succession par les imams, disparition du 12ème en 874 (chiisme
duodécimain en Iran))
- Comment, à partir du VIIème siècle, les musulmans ont-ils conquis des terres immenses
- Début : Le premier califat, omeyyade, est créé en 660, sa capitale est Damas
- Coup d’arrêt des conquêtes en 732 à Poitiers
- 750, suprématie du califat abbasside, capitale à Bagdad, stabilisation spatiale de l’Atlantique
à l’Indus : âge d’or, le monde est inondé par la culture, les sciences et la philosophie arabe,
mais en langue persane > véhicule scientifique, commercial…
- Civilisation arabo-persane, importance de la langue
- 1055 : avènement des Turcs, dans la péninsule anatolienne, qui poussent vers le sud :
incursion et conquête de Bagdad par les Seldjoukides > fin de l’hégémonie politique des
arabes sur la gestion
- 1258, Bagdad est rasé par les Mongols
- L’Islam se développe au Maghreb, en Inde…
- Les Almoravides et les Almohades, deux dynasties tribales berbères prennent le pouvoir et
règnent de 1060 à 1269 sur un territoire mixte, transméditerranéen, au Maroc et en
Espagne, avec Marrakech et Séville comme capitales
- En Orient, nouvel âge d’or : montée en puissance des empires turco-musulmans (gunpowder
empires)
- Sidération mondiale : en un siècle de 632, à 732, passage de la Péninsule Arabique aux
Pyrénées
- Paradoxes entre efficacité guerrière de mauvais soldats originaires de régions pauvres et
désertiques contre des empires puissants (byzantins, séleucides)
- Explication : 1 - message religieux (inspiration, mais ferveur présente chez l’ennemi
également. Miracle de l’unification des tribus par le ciment de la foi), 2 - rencontre de la
civilisation urbaine (développement rapide des mosquées, répartition des étudiants,
constitution d’académies), 3- tolérance vis-à-vis des autres croyants des terres occupées (le
jihad (amélioration constante tournée vers Allah) permet l’affirmation et la transmission de
sa foi par la conversion : les païens sont convaincus par la force, mais les abrahamiques ne
suscitent pas une volonté d’imposition, et vivent inférieurs mais relativement libres :
dhimma, protection(même si un grand nombre se convertit)), 4 – superposition de l’Islam
aux dogmes préexistants (impossibilité de détruire le passé, proximité des peuples malgré
l'acte militaire et politique évident (les arabes ne sortent pas de nulle part), situation très
relativement pacifique (en excluant les campagnes d’Égypte et de Mésopotamie), 5 – unicité
de Dieu retrouvée dans l’Islam par les abrahamiques (les points communs sont nombreux
malgré les différences certaines (absence de clergé, société de croyants fraternels)
- La conquête plus tardive, faite de conversion et de prédications, est faite pacifiquement
- Le contrôle des mers est un enjeu majeur : l’importance de la Méditerranée est
contrebalancée par le nouveau monde, et la maitrise des voies maritimes devient le fait des
Occidentaux
- Grandes dates du Califat :
- 661 : Califat Omeyyade, capitale à Damas, extension et conquêtes fulgurantes
- 750 : Califat Abbasside, capitale Bagdad, prend le contrôle après la bataille du Grand Zab
- 1258 : Le Calife, institution temporelle et spirituelle, connaît un tournant : à Baghdâd, ville de
rayonnement mondial, les Mongols rasent la ville. Le Calife fuit au Caire, dans une dynastie
musulmane alliée. Le respect est maintenu mais pas son pouvoir temporel, ni son autorité
- 1517 : les ottomans qui conquièrent le Moyen-Orient tuent le Calife et récupèrent son
pouvoir spirituel, additionné à la fonction temporelle du Sultan turc > puissance absolue des
Ottomans
- 1924 : Mustafa Kemal Atatürk bâtit la Turquie sur les ruines de l’Empire Ottoman, et
supprime le Califat dans une volonté laïque et progressiste.
- 2014 : El-Baghdadi autoproclame le Califat entre l’Irak et la Syrie
4 – Déterminismes géographiques et culturels
- Notion d’aridité, homogénéité des Mondes Arabes, milieu dur, manque d’eau, soumission de
l’Homme à la rigueur du climat et à ses aléas : importance de l’irrigation, peur de l’érosion
naturelle ou artificielle
- Steppes mésopotamiennes, déserts : culture pastorale, chameau et au cheval
- Conflit originel entre sédentaires et nomades (Caïn et Abel), mais c’est du désert que les
tribus se lancent à la conquête (VIIèe siècle arabes, XIIIème siècle mongols)
- Importance des fleuves (Nil, Tigre, Euphrate : Croissant Fertile, origines des civilisations et
apparition de l’écriture cunéiforme en 5000 BC, villes en 4000 BC) > Matrice civilisationnelle
- Source de fierté, de légitimation et d’espoir
- Iran, empires perses Achéménides puis Sassanides
- Turquie, histoire inscrite dans la durée et étendue sur tout l’Asie centrale
- Notion de plaines, obstacles rares et résistances fréquentes de populations en contexte
naturel difficilement accessible (kurdes, maronites, berbères…)
- Multi-linguisme : arabe (sémitique), persan (indo-européen) et turc (turquo-tatar) (langues
orientales) + hébreu, et présence de langues liturgiques plus ou moins mortes (grec,
araméen, copte, syriaque (sémitique)…)
- Multi-religion : monothéistes et abrahamiques
II – Sémantiques, chronologies et terminologie
- Terme d’Orient apparaît au XVIème, et est flou mais se précise au fil des échanges
commerciaux (port de Lorient, Compagnie du Levant, des Indes)
- La monarchie française utilise le terme de « Levant » pour désigner les côtes
méditerranéennes de l'Empire Ottoman
- L’affirmation de la puissance coloniale de l’Europe fait atteindre un paroxysme de
l’européocentrisme
- L’Empire Ottoman est défini plus précisément
- Bonaparte se lance à la conquête de l’Egypte avec l’armée d’Orient
- Connotation marquée : dès le XIXème siècle, ensemble des pays marqués par la faiblesse
économique, politique > opportunité de renforcer le territoire colonial (même vers la Chine)
- Création du terme Extrême-Orient pour organiser le morcellement de la Chine
- Le Proche-Orient devient la référence et remplace le Levant
- Trou à combler entre les deux, succès du terme de Moyen-Orient (par Alfred Maan, 1902 :
the persian gulf and international relations, utilisation de Middle-East par la presse) >
territoires entre la Péninsule arabique et l’Inde, avec pour cœur le golfe Persique
- Aboutissement à un paradoxe : région dont l’Europe occupe l’espace, mais les Asiatiques, les
Russes ou les Africains utilisent la terminologie d’« Orient »
- Dérive chimérique de l’administration Bush, « great middle-East » de l’Afrique à l’Himalaya
- Connotation négative
- Volonté de cohérence, de bonne organisation
- Après la 1GM, disparition de certains termes au profit de celui de Moyen-Orient (Churchill
créée un ministère spécialisé avec ce terme imprécis »
- Création du Middle-East Institute en 1946, référence incontournable
- Résistance de la France, utilisation de Proche-Orient pour marquer une approche française
- Décolonisation, création de la direction « Afrique-Levant » jusqu’en 1973
- Appellations des bureaux du ministère des Affaires Étrangères révélatrice : AMMO (Afrique
du Nord, Moyen-Orient)
- Émergence de l’utilisation de « l’Asie Occidentale » à la fin des années 1970 sans
concurrencer « Moyen-Orient » > neutralité politique idéologique paradoxale
- « Golfe Persique » : guerre sémantique entre Iran et Péninsule Arabique
- Samuel Haddington, The clash of civilisations : erreur de croire que la chute de l’URSS est la
victoire, car c’est le moment de la guerre entre civilisations : entre confucéens et islamiques