NOTE DE SYNTHESE SUR LA FINANCE ISLAMIQUE
I. DEFINITION DES CONCEPTS CLES DE L’ECONOMIE ET DE LA FINANCE ISLAMIQUE
1. Economie islamique
L’économie islamique est la science qui a pour objet l’affectation des biens en vue de satisfaire les besoins
et d’améliorer la qualité de vie, conformément aux principes (Usûl) et aux finalités (Maqâsid) de la Chari'a.
La Chari'a approuve ce qui renforce la justice et la stabilité et désapprouve ce qui conduit à l’injustice et
l’instabilité.
2. Zakât
Elle signifie le droit accordé à certaines catégories de personnes se trouvant dans le besoin (Coran,9 : 60)
sous certaines conditions. Le terme Zakât englobe toute forme de redistribution répondant à des besoins
humains réels. Cela signifie que la Zakât englobe toutes les transactions financières permises.
3. Ribâ
Le terme Ribâ signifie accroissement lié à certains biens utilisés comme moyen d'échange (or, argent,
monnaie). Le terme Ribâ englobe toute acquisition de biens obtenue de façon manifestement illégale. Cela
signifie que le Ribâ englobe toutes les transactions financières prohibées.
II. PRINCIPES DE L’ECONOMIE ISLAMIQUE
Le système économique islamique s’appuie sur un ensemble de principes, énoncés par le Coran et la Sunna,
qui contribuent à la résolution des problèmes économiques et sociaux. Le modèle économique islamique
repose sur deux principes centraux invariants : le principe de l’interdiction du Ribâ et le principe de
l’acquittement de la Zakât.
Le principe de Ribâ, c'est l'exploitation de l'instant pour en tirer le meilleur profit dans la vie présente
(horizon temporel borné). Le principe de Zakât véhicule une vision où les hommes cherchent davantage à
construire (culture de l'I'mâr) qu'à posséder (culture du paraître) pour le bien de la société et l’humanité
toute entière
1. Principes économiques
a. Droit de propriété (Coran, 70 : 24-25)
L'acquittement de la Zakât, en tant que pilier de l'Islam, reconnaît implicitement le droit de propriété. A
travers ce droit de propriété acquis légalement, chacun assume la responsabilité de sa situation
économique.
b. Liberté économique responsable (Coran, 2 : 267)
L'acquittement de la Zakât confère la liberté de disposer de ses biens de façon responsable, c'est-à-dire dans
le respect des principes et finalités du système économique islamique.
c. Intervention de l’Etat
L’Etat se charge de collecter et distribuer la Zakât des biens.
d. Consommation modérée (Coran, 25 : 67)
L’esprit du principe de Zakât est d’éviter toutes dépenses inutiles issues de maux sociaux afin d’augmenter
le nombre des bénéficiaires parmi les nécessiteux et renforcer ainsi la paix civile et la cohésion sociale.
e. Prohibition de la thésaurisation (Iktinâz) (Coran, 9 : 34)
La thésaurisation, appelée parfois préférence à conserver un actif sous la forme de monnaie stérile, consiste
à conserver le revenu pour équilibrer dans le temps les recettes et les dépenses courantes.
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f. Libre circulation des biens (Tadâwul) (Coran, 59 : 7)
Ce principe implique la disparition des obstacles à la libre circulation des biens légalement fabriqués et
commercialisés.
g. Le salaire
(Ajr) ne se limite pas au revenu matériel et financier Le salaire englobe les aspects matériels et immatériels,
quantifiables et non quantifiables (satisfaction, réconfort, sentiment d'entraide, etc.)
2. Principes extra-économique
a. L'économie se conçoit dans une vie en société
L'acquittement de la Zakât n'est concevable que dans une vie en société (Ijtimâ').Il y a un donneur et un
bénéficiaire, donc l’opportunité de construire un avenir commun basé sur la confiance, la solidarité et
l'intérêt mutuel.
b. Participation active à l’édification multidimensionnelle ou I’mâr (Coran, 11 : 61)
L’économie s’inscrit dans un projet de société collectif pour accomplir les droits du Créateur et cieux des
hommes à travers la réalisation de I’mâr.
c. Gérance responsable ou Istikhlâf (Coran, 57 : 7)
L’homme n’est ni le premier ni le dernier propriétaire des ressources de ce monde (Coran, 75 : 3). Il doit
donc satisfaire ses besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les
leurs.
d. Equité ('Adl) et non égalité (Mussâwât)
L'équité signifie mettre chaque chose à la place qui lui revient. Autrement dit, traiter tout le monde de
manière équitable en tenant compte des différences de chacun.
III. LIEN ENTRE PRINCIPES DE L’ECONOMIE ET DE LA FINANCE ISLAMIQUE
Les principes du système économique islamique sont les suivants :
a. Acquittement de la Zakât
b. Adossement de tout financement à un actif tangible
L'acquittement de la Zakât est lié à des biens réels. D'où le principe d'adossement à un actif tangible que l'on
retrouve dans la littérature consacrée à la finance islamique.
c. Partage des pertes et profits
L'acquittement de la Zakât et l'interdiction du Ribâ incitent à l'investissement du revenu disponible, sinon
celui-ci ne cessera de diminuer de manière substantielle.
h. Prohibition du Ribâ, du Gharar (aléa majeur), du Maysir (jeux de hasard ou paris avec mise) et de la
spéculation dans les marchés financiers
Le Gharar ou aléa majeur est synonyme de risque. Le Gharar signifie aléa, doute, incertitude,
indétermination, embarras et hésitation. Il convient de relever que le Gharar interdit est le Gharar majeur
ou celui que l’on peut éviter.
i. Liberté d’investir dans toute activité tant que celle-ci n'est pas prohibée.
Il convient de relever à cet égard, d’une part, qu'en matière de relations économiques, la règle est la
permission et, d’autre part, que les interdictions y sont minimes par rapport aux permissions. L'interdiction
d'investir dans une activité illicite englobe à la fois la propriété, le mode de financement, la nature de
l'activité et les effets de l'activité sur la santé et l'environnement.
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IV- PRINCIPAUX INSTRUMENTS DE LA FINANCE ISLAMIQUE
1. Les instruments de financement islamique
a. « Al Mourabaha »
« Al Mourabaha » suppose que le créancier (la banque) achète un actif donné à un prix connu des deux
parties pour le compte de son client. Ensuite, le créancier (la banque) revend cet actif au client moyennant
des paiements échelonnés ou non sur une période donnée, à un prix convenu d'avance entre les deux parties
supérieures au prix d’achat.
b. « Al Ijara »
Une opération de « Ijara » consiste pour le créancier (la banque) à acheter des biens qu'il loue à un client
pouvant bénéficier de la possibilité de rachat au terme du contrat. L'Ijara est très proche, dans la forme et
dans l'esprit, d'un contrat de crédit-bail.
c. « Al Salam »
La vente « Al Salam » est une vente à terme, c'est-à-dire une opération où le paiement se fait au comptant
alors que la livraison se fait dans le futur. La Finance Islamique interdit, en principe, la vente d'un bien non-
existant car celle-ci implique le hasard (« gharar »).
d. « Al Istisnaa »
Ce contrat financier permet à un acheteur de se procurer des biens qu'il se fait livrer à terme. A la différence
du « Salam », dans ce type de contrat, le prix, convenu à l'avance, est payé graduellement tout au long de la
fabrication du bien.
2. Les instruments participatifs
a. Al Moudharaba »
Cette opération met en relation un investisseur (« Rab el Mel ») qui fournit le capital (financier ou autre) et
un entrepreneur (« Moudharib ») qui fournit son expertise. Dans cette structure financière, proche de
l'organisation de la société en commandite en France, la responsabilité de la gestion de l'activité incombe
entièrement à l'entrepreneur. Les bénéfices engrangés sont partagés entre les deux parties prenantes selon
une répartition convenue à l'avance après que l'investisseur ait recouvré son capital et que les frais de
gestion de l'entrepreneur aient été acquittés.
b. « Al Moucharakah »
« Al Moucharakah » est la traduction de « association ». Dans cette opération, deux partenaires investissent
ensemble dans un projet et en partagent les bénéfices en fonction du capital investi. Il existe donc des formes
diverses de « Al Moucharakah » et de nouvelles variantes pourraient être imaginées. Une forme intéressante
de la moucharakah est « Al Moucharakah » dégressive (diminishing Musharakah) : une opération où la part
de l'un des associés dans l'association est progressivement rachetée par les autres associés. Elle est utilisée
essentiellement dans des projets d'investissement à petite échelle.
3. Les instruments des institutions non bancaires
a. Les « Sukuk »
« Sukuk » est un produit financier adossé à un actif tangible et à échéance fixe qui confère un droit de créance
à son propriétaire. Celui-ci reçoit une part du profit attaché au rendement de l’actif sous jacent (doit être
obligatoirement licite), et non un taux d’intérêt. L’AAOIFI a défini au moins 14 modalités de structuration
des « Sukuk », mais dans la pratique, les plus usitées sont « Sukuk Al Ijara » , « Sukuk Al
Wakala/Mudharaba », « Sukuk Al Musharaka » et « Sukuk Al Istisna »
b. L’assurance « Takaful »
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Takaful dérive du verbe arabe « KAFALAH » : garantir C’est un concept d’assurance basé sur la coopération
et la protection et sur l’aide réciproque entre les participants. Il est fondé également sur la mutualisation
des risques, l’absence d’intérêt (interdiction du Riba), le partage des profits et des pertes (Moudharaba), la
délégation de gestion par contrat d’agence (« Wakala »), l’interdiction des investissements illicites (« Haram
»).
V- CONDITIONS POUR LA REUSSITE DE LA FIANANCE ISLAMIQUE
Des conditions doivent être réunies pour garantir à cette finance les chances de réussite. Nous pouvons en
citer essentiellement :
1. La définition d’une stratégie globale pour la promotion de l’industrie financière islamique à travers les
différentes composantes du système : banques, compagnie Takaful, fonds d’investissement ;
2. La nécessité de mettre en place dans les meilleurs délais un cadre réglementaire complet et approprié
régissant toute l’activité financière islamique, y compris les mécanismes d’accompagnement, de
contrôle, d’organisation ;
3. La nécessité d’éviter de transposer des expériences toutes prêtes d’autres pays sans tenir compte des
spécificités et du contexte local ;
4. La préparation des différents acteurs par une formation adéquate dans les divers domaines de la finance
islamique, tant sur le plan technique que sur le plan de la chari’a.
5. La nécessité de créer un Comité Chari’a « Chariaa Board » à l’échelle nationale à côté des autres comités
siégeant dans chaque banque ;
6. L’intégration du contrôle charaïque au sein des autres mécanismes de contrôle de conformité, d’audit
tout en veillant à l’émission d’un manuel ou guide sur la gouvernance dans les institutions financières
islamiques ;
7. La prise en considération de la structure et des spécificités du mode de fonctionnement spécifique des
banques islamiques dans la définition de certains aspects réglementaires ;
8. La définition des mécanismes de fonctionnement et d’instruments du marché monétaire et de la gestion
de trésorerie qui sont conformes aux principes de la finance islamique ;
9. La nécessité de se conformer aux règles, normes et standards définis par les organes de contrôle et de
régulation tels que l’AAOIFI, le CIBAFI, IICRA…
Par ailleurs, d’autres mesures d’accompagnement doivent être initiées et visant essentiellement à instaurer
les règles de bonne gouvernance, de transparence fiscale dans les entreprises.