Structure d'un espace vectoriel
Structure d'un espace vectoriel
14.1 Présentation
Définition 14.1 Soit E un ensemble muni d’une loi de composition interne
+ et d’une loi de composition externe à domaine d’opérateurs K noté ⊥. On
dit que (E, +, ⊥) est un K-espace vectoriel ou espace vectoriel sur K si et
seulement si :
• (E, +) est un groupe abélien.
• pour tout (λ, µ, x) ∈ K2 × E, λ ⊥ (µ ⊥ x) = (λµ) ⊥ x.
• pour tout x ∈ E, 1 ⊥ x = x.
• pour tout (λ, x, y) ∈ K × E 2 , λ ⊥ (x + y) = λ ⊥ x + λ ⊥ y.
• pour tout (λ, µ, x) ∈ K2 × E, (λ + µ) ⊥ x = λ ⊥ x + µ ⊥ x.
Dans ce cas, les éléments de E s’appellent des vecteurs et ceux de K des
scalaires.
⊥ se note · (et s’oublie). On retient que · est prioritaire sur +.
En particulier le deuxième point se réécrit : pour tout (λ, µ, x) ∈ K2 × E,
externe externe
z }| { z}|{
( λµ )x = λ( µx ).
|{z} | {z }
interne externe
Exemple 14.1 On pose :
(
K×K → K
+:
(x, y) 7 → x+y
(
K×K → K
⊥ :
(λ, x) 7→ λx
109
CHAPITRE 14. STRUCTURE D’ESPACE VECTORIEL
On note que (K, + ⊥) est un K-espace vectoriel. Cette structure est dite
canonique sur K.
Exemple 14.2 Soient (E, +, ·) et (E ′ , +, ·) deux K-espaces vectoriels. On
pose : (
(E × E ′ ) × (E × E ′ ) → E × E ′
+:
((x, x′ ), (y, y ′)) 7→ (x + y, x′ + y ′ )
(
K × (E × E ′ ) → E × E′
·:
(λ, (x, x′ )) 7→ (λx, λx′ )
(E × E ′ , +, ·) est un espace vectoriel. On dit qu’on a muni E × E ′ de sa
structure vectorielle canonique.
Remarque 14.1 Soit (x, y) ∈ E × E ′ .
• λ × 0 + λ × 0 = λ(0 + 0) = λ × 0 = λ × 0 + 0 donc λ × 0 = 0.
De même, 0x + 0x = (0 + 0)x = 0x = 0x + 0 donc 0x = 0.
• Soit (λ, x) ∈ K × E. On suppose λx = 0 et λ 6= 0.
K est un corps et λ 6= 0 donc λ est inversible.
λ−1 (λx) = (λ−1 × λ)x = 1x = x
Or λ−1 (λx) = λ−1 0 = 0.
Donc x = 0
• Soit (λ, x) ∈ K × E. On a λx + (−λ)x = (λ + (−λ))x = 0x = 0.
Or + commute dans E donc −(λx) = (−λ)x.
De même, λx + λ(−x) = λ(x + (−x)) = λ0 = 0.
Or + commute dans E donc −(λx) = λ(−x).
On en déduit le résultat.
Remarque 14.4 Soit (λ, x, y) ∈ K × E 2 . λx = λy si et seulement si λ = 0
ou x = y ;
k=1
( n
)
X
Démonstration. On pose F = λk xk , (λ1 , · · · , λn ) ∈ K n
.
k=1
• Comme Vect {x1 , · · · , xn } est un sous-espace vectoriel de E contenant
x1 , · · · xn , F ⊂ Vect {x1 , · · · , xn }.
• – Soit i ∈ J1, nK.
n
X
xi = δi,k xk
k=1
n
X
λx + y = λ(λi + µi )xi
i=1
Démonstration.
• (0, 0) ∈ F × G donc 0 ∈ F + G donc F + G 6= ∅.
• Soit (λ, x, y) ∈ K × (F + G)2 .
Il existe (a, b) ∈ F × G tel que x = a + b. Il existe (c, d) ∈ F × G tel
que y = c + d.
λx + y = λa + λb + c + d = (λa + c) + (λb + d)
Or λa + c ∈ F et λb + d ∈ G donc λx + y ∈ F + G.
Donc F + G est un sous-espace vectoriel.
Remarque 14.9
• F + G = Vect {F ∪ G}.
Démonstration.
• On suppose F ∩ G = {0}.
Soit (x, y, x′ , y ′) ∈ (F × G)2 tel que x + y = x′ + y ′ .
On a x − x′ = y ′ − y. Or x − x′ ∈ F et y ′ − y ∈ G donc (x − x′ , y ′ − y) ∈
(F ∩ G)2 .
Donc x − x′ = 0 et y − y ′ = 0. Donc x = x′ et y = y ′.
• On suppose que tout élément se décompose de manière unique.
Soit x ∈ F ∩ G.
x + (−x) = 0 = 0 + 0
Or (x, −x) ∈ F × G donc 0 = x. Donc F ∩ G ⊂ {0}. L’autre inclusion
est claire.
Démonstration.
• Une suite constante qui converge vers 0 est nulle donc Z ∩ A ⊂ {0}.
• Il est clair que {0} ⊂ Z ∩ A .
• Soit u ∈ C . On note l la limite de u.
On note que u = (u − l) + l, u − l ∈ Z et l ∈ A . Donc u ∈ Z + A .
Donc C ⊂ Z + A .
• Il est clair que Z + A ⊂ C .
Finalement, Z ⊕ A = C .
Familles de vecteurs
125
CHAPITRE 15. FAMILLES DE VECTEURS
Remarque 15.3
• Si I est finie, Vect {xi , i ∈ I} est l’ensemble des combinaisons linéaires
de la famille x.
• Il existe des espaces vectoriels n’ayant pas de famille génératrice finie,
par exemple K[X].
Démonstration. Supposons qu’il existe une famille (P1 , · · · , Pn ) génératrice
de K[X].
Comme {deg(Pi ), i ∈ J1, nK} est finie, elle admet un plus grand élément
noté p.
n
X
Si P ∈ Vect {P1 , · · · , Pn }, il existe λ1 , · · · , λn ∈ Kn tel que P = λi Pi
i=1
Donc deg(P ) 6 p et K[X] ⊂ Kp [X]. Contradiction.
Définition 15.5 On dit que E est de dimension finie ssi il admet une famille
génératrice finie.
Remarque 15.4 Soit (n, p) ∈ (N∗ )2 et (x1 , · · · , xn , y1 , · · · , yp ) ∈ E n+p .
Si (x1 , · · · , xn ) est génératrice et pour tout i ∈ J1, nK, xi est une combi-
naison linéaire de (y1 , · · · , yp ) alors (y1 , · · · , yp ) est génératrice.
Démonstration. Vect {y1 , · · · , yp } est un sous-espace vectoriel de E qui contient
tous les xi donc E = Vect {x1 , · · · , xn } ⊂ Vect {y1 , · · · , yp}.
Donc E = Vect {y1 , · · · , yp }.
Exemple 15.1 On pose P0 = 1, P1 = X, P2 = X(X − 1) et P3 = X(X −
1)(X − 2).
Soit P ∈ R3 [X]. Montrer qu’il existe (λ, µ, ν, τ ) ∈ R4 tel que P = λP0 +
µP1 + νP2 + τ P3 .
(1, X, X 2 , X 3 ) est génératrice de R3 [X] et on a :
P0 =1
1 = P0
P1 =X X = P1
ssi
P2 = X(X − 1)
X 2 = P1 + P2
3
P3 = X(X − 1)(X − 2) X = P1 + 3P2 + P3
Démonstration.
1 ⇒ 2 Soit x ∈ E et (λ1 , · · · , λn , µ1 , · · · , µn ) ∈ K2n tel que
n
X n
X
λi xi = x = µi xi
i=1 i=1
n
X
Donc (λi − µi )xi = 0 et par hypothèse, pour tout i ∈ J1, nK, λi = µi .
i=1
n
X
2 ⇒ 1 S’il existe λ1 , · · · , λn ∈ K \ {0} tel que
n
λi xi = 0.
i=1
n
X n
X
On note que 0 = 0xi = λi xi , donc on a deux décompositions
i=1 i=1
distinctes de 0, et la deuxième assertion est fausse.
Définition 15.6 Une famille de vecteurs est dite libre ssi il n’y a pas de
relation linéaire dans la famille.
Une famille de vecteurs est dite liée ssi elle n’est pas libre.
Remarque 15.5
• Une famille contenant le vecteur nul est liée
• Une famille contenant deux fois le même vecteur est liée
• Soit (x1 , · · · , xn+1 ) ∈ E n+1 . Si (x1 , · · · , xn ) est libre et (x1 , · · · , xn+1 )
liée, alors xn+1 est une combinaison linéaire de (x1 , · · · , xn ).
Exemple 15.2 Si (P1 , · · · , Pn ) sont des polynômes non nuls tels que deg(P1 ) <
· · · < deg(Pn ) alors (P1 , · · · , Pn ) est libre.
n
X
Démonstration. Soit (λ1 , · · · , λn ) ∈ K tel que n
λi Pi = 0.
i=1
On pose E = {i ∈ J1, nK, λi 6= 0} et on le suppose non vide. Il admet alors
un plus grand élément noté k.
k−1
X
λi Pi + λk Pk = 0
i=1
k−1
!
X
Or deg(−λk Pk ) = deg(Pk ) et deg λi Pi 6 deg(Pk−1), donc deg(Pk−1 ) >
i=1
deg(Pk ). Contradiction.
Donc E = ∅ et, pour tout i ∈ J1, nK, λi = 0 et (P1 , · · · , Pn ) est libre.
Théorème 15.3 Si E est de dimension finie non réduit à {0} alors toutes
les bases de E contiennent le même nombre d’éléments.
Donc λ = 0 et µ = 0.
D’où dim(E × E ′ ) = n + p.
Définition 15.9 On appelle droite tout ev de dimension 1, plan tout ev de
dimension 2.
Donc (L1 , · · · , Ln ) est libre dans Kn−1 [X] qui est de dimension n. C’en
est donc une base.
1 1 1 2 1 0 0 0
−2 1 2 −2 −2 3 4 2
rg(A, B, C, D) = rg = rg
3 1 2 3 3 −2 −1 −3
1 −1 2 −3 1 −2 1 −5
1 0 0 0 1 0 0 0
−2 11 4 22 −2 11 4 0
= rg
3
= rg =3
−4 −1 −8
3
−4 −1 0
1 0 1 0 1 0 1 0
4 0 1 0 0 0
0 2 0 1 0 0
rg(f, g, cos3 , cos2 , cos, 1) = rg
−3 3 0 0 1 0
1 −1 0 0 0 1
4 2 1 0 0 −4
0 1 0 1 0 0
= rg
−3
0 0 0 1 3
1 0 0 0 0 0
4 2 1 0 0 −4
0 1 0 0 0 0
= rg
−3
0 0 0 1 3
1 0 0 0 0 0
4 2 1 0 0 0
0 1 0 0 0 0
= rg
−3
0 0 0 1 0
1 0 0 0 0 0
17.1 Généralités
17.1.1 Dimension d’un sous-espace vectoriel
Théorème 17.1 Soit F un sous-espace vectoriel de E.
• F est de dimension finie et dim(F ) 6 n
• F = E si et seulement si dim(F ) = n
Démonstration.
• L’ensemble F des familles libres de F contient une famille de cardinal
maximal et cette famille est une base de F . On note que les éléments
de F sont des familles libres de E donc possèdent au plus n éléments.
Finalement, F est de dimension finie et dim(F ) 6 n.
• On suppose dim(F ) = n. Il existe une base f de F . f est libre donc f
est une famille libre de vecteurs de E et dim(E) = n.
Donc f est une base de E. E = Vect {f } = F .
• L’autre implication est vraie.
Définition 17.1
• Si n > 2, on appelle hyperplan de E tout sous-espace vectoriel de E de
dimension n − 1.
151
CHAPITRE 17. SOUS-ESPACES VECTORIELS D’UN ESPACE
VECTORIEL DE DIMENSION FINIE
Démonstration.
Montrer que P ⊕ D = R3 .
1 2 1
rg((1, 1, 1), (2, 5, 1), (1, 2, 3)) = rg 1 5 2
1 1 3
1 0 0
= rg 1 1 1
1 −1 2
=3
Donc ((1, 1, 1), (2, 5, 1), (1, 2, 3)) est une famille libre de 3 vecteurs de R3 .
C’est donc une base de R3 .
Donc P ⊕ D = R3 .
Or (f1 , · · · , fp ) et (g1 , · · · , gq ) sont libres donc pour tout (i, j) ∈ J1, pK×
J1, qK, λi = 0 = µj .
Donc (f1 , · · · , fp , g1 , · · · , gq ) est libre.
• Soit x ∈ E.
F et G sont supplémentaires donc il existe (a, b) ∈ F × G tel que
x = a + b.
p
X
Il existe (λ1 , · · · , λp ) ∈ Kp tel que a = λi fi .
i=1
Xq
Il existe (µ1 , · · · , µq ) ∈ Kq tel que b = µi gi .
i=1
p
X q
X
Donc x = λi fi + µi gi .
i=1 i=1
Donc x se décompose sur (f1 , · · · , fp , g1 , · · · , gq ). Cette famille est donc
génératrice.
• Finalement, f1 , · · · , fp , g1, · · · , gq ) est une base de E.
Corollaire 17.1 Tout sous-espace vectoriel de E admet un supplémen-
taire.
Démonstration. Soit F un sous-espace vectoriel de E.
• Si F = E ou F = {0}, le résultat est clair.
• On suppose F 6= E et F 6= {0}. On note p = dim(F ).
Par hypothèse, p ∈ J1, n − 1K. Il existe (e1 , · · · , ep ) base de F .
Par définition, (e1 , · · · , ep ) est libre. Le théorème de la base incomplète
assure qu’il existe (ep+1 , · · · , en ) ∈ E n−p tel que (e1 , · · · , en ) soit une
base de E.
On a :
Donc :
f ⊕ Vect {ep+1 , · · · , en } = E
Ce qui assure le résultat.
17.2.2 Dimension
Théorème 17.4 Soit F et G deux sous-espaces vectoriels de E.
Démonstration.
• La formule est déjà prouvée si F ∩ G = {0}.
• Il existe un supplémentaire S de F ∩ G dans F .
Montrons que S ⊕ G = F + G.
– Par construction, S ⊂ F donc S + G ⊂ F + G.
– Clairement, {0} ⊂ F + G.
– Soit x ∈ F + G.
Il existe (a, b) ∈ F × G tel que x = a + b.
Il existe (c, d) ∈ S × (F ∩ G) tel que a = c + d.
On note que x = b + c + d, c ∈ S et b + d ∈ G.
Donc x ∈ S + G. Donc F + G ⊂ S + G.
Finalement, F + G = S + G.
– On a S ⊂ F donc (S ∩ G) ⊂ S ∩ (F ∩ G). Donc S ∩ G ⊂ {0}.
Finalement, S ∩ G = {0}.
On a donc S ⊕ G = F + G.
• Comme S ⊕ (F ∩ G) = F , dim(S) + dim(F ∩ G) = dim(F ).
Comme S ⊕ G = F + G, dim(S) + dim(G) = dim(F + G).
Finalement, dim(F ) + dim(G) = dim(F + G) + dim(F ∩ G).
Démonstration.
• On suppose F ∩ G = {0}.
On a dim(F ) + dim(G) = dim(F + G) + dim(F ∩G) donc dim(F + G) =
dim(E).
Or F + G ⊂ E.
Donc E = F + G.
Donc E = F ⊕ G.
• On suppose E = F + G.
On a dim(F ) + dim(G) = dim(F + G) + dim(F ∩G) donc dim(F + G) =
dim(E).
Donc dim(F ∩ G) = 0.
Donc F ∩ G = {0}.
Donc E = F ⊕ G.
• Si E = F ⊕ G, E = F + G et F ∩ G = {0}.