Bonjour à tous.
Aujourd’hui, nous allons commencer la partie la
plus grisante de la comptabilité. Si tant est
que la comptabilité soit grisante, l’inventaire
est véritablement la partie qui, pour moi, rend
le métier de comptable le plus intéressant. Car
c’est cette partie-là où, je dirais, nous
allons sortir des sentiers battus de
l’enregistrement de factures classiques, de
charges, etc., enregistrement que d’ailleurs
les comptables eux-mêmes cherchent à largement
automatiser, de manière à ne pas le subir. Il
s’agit donc là de procéder aux enregistrements
des écritures d’inventaire, où la notion de
valeur va être prépondérante.
L’inventaire, qu’est-ce que c’est ? Je vous ai
mis un bilan classique, où nous avons fait
99 pourcents de l’activité de l’entreprise,
c’est-à-dire que nous avons enregistré les
constructions, les titres, les stocks, etc.
L’inventaire, cela va être quoi, là-dedans ?
Eh bien, si on parle de l’actif, faire
l’inventaire de l’actif consiste à bien
identifier les actifs et à leur donner une
valeur. Alors, vous allez me dire : « Une
valeur ? Mais il y en a déjà ». Oui. Mais
justement, faire l’inventaire consiste à
challenger les valeurs existantes au bilan.
Si on parle du passif maintenant, et bien,
pareil. Le passif, lui, il doit être aussi
identifié et aussi valorisé. Sous-entendu,
l’idée c’est d’essayer de voir si la richesse
que l’on observe actuellement, qui est à
l’heure actuelle de 150 000, est la richesse au
moment où l’on doit rendre les comptes aux
clients de l’entreprise, aux actionnaires et à
l’Etat.
Alors, évidemment, si vous êtes presque un
commissaire aux comptes, quand on fait une
mission de commissariat aux comptes, qu’est-ce
qu’on fait ? Et bien, quand on dit identifier
l’actif, c’est simple. Nous, en tant que
commissaire aux comptes, on fait ce qu’on
appelle de la « circularisation ».
On voit à l’heure actuelle là, sur le bilan,
qu’il y a une créance. Qu’est-ce qu’il faut
faire en tant que commissaire aux comptes pour
savoir si l’actif est identifié ? On écrit au
client de l’entreprise et on lui dit :
« D’après nos comptes, vous nous devez encore
100 000 euros. Est-ce exact ? Oui / Non ». On
ne dit pas : « Oui ou non vous nous devez
100 000 euros ». A ce moment-là, le client peut
répondre : « Tout à fait. Désolé, je suis en
litige avec vous, jamais je ne vous paierai ».
A ce moment-là, la valeur de la créance n’est
plus celle que l’on croit. Quelle est la valeur
que l’on doit intégrer ?
Pareil dans le passif. On sonde l’entreprise,
quand on est commissaire aux comptes, pour
savoir s’il n’y a pas des passifs larvés, si
toutes les dettes y figurent bien. Au fond,
l’entreprise ne serait-elle pas en procès ? N’y
aurait il pas des dettes qui mériteraient
d’être enregistrées, parce que, au fond, il y a
un procès qu’on a presque déjà perdu, et il
faudrait presque enregistrer un passif à venir
de la pénalité que l’on va avoir en première
instance. Cela, c’est le véritable travail qui
consiste à faire l’inventaire.
Ensuite, vous avez identifié qu’il y avait le
mot « valoriser » dans les deux camps. Cela,
c’est très important et nous allons le voir.
Comment valoriser ?
Il s’avère qu’il y a au moins quatre façons de
valoriser, de donner une valeur à un actif.
- Il y a ce qu’on appelle la valeur classique,
la valeur comptable. C’est celle du coût auquel
on a enregistré le bien. Par exemple, si je
fais un petit retour en arrière, la
construction, elle a une valeur comptable
actuellement de 100 000. Si on avait eu un
terrain, la valeur comptable serait de 100 000
si c’était un terrain.
- Il y a une seconde valeur qu’on appelle « la
valeur-coût ». C’est la même valeur comptable,
sauf qu’on peut légitimement - et on n’a pas
encore vu le chapitre, on le développera -
diminuer la valeur comptable de son
utilisation, de son usure. C’est ce qu’on
appelle « l’amortissement ». On tombe à ce
moment-là sur une valeur comptable qu’on
appelle la « valeur-coût ».
- Il y a une troisième valeur qu’on appelle la
« valeur de marché ». En effet, un bien peut
tout à fait avoir une correspondance sur un
marché clairement identifié, à condition qu’il
existe le marché de ce bien-là. Attention,
j’indique quand même qu’il faut faire très
attention à la valeur de marché, parce qu’il y
a des indices d’usure qui rentrent en compte et
qui peuvent amoindrir ou réaugmenter la valeur
d’un bien. Je pense à l’argus d’une voiture qui
ne fixe pas la valeur immédiate d’une
automobile mais une valeur tendancielle.
- Il existe enfin une dernière valeur, alors
celle-ci, elle peut donner des maux de tête aux
non-initiés. C’est ce qu’on appelle la « valeur
actuarielle », donnée aussi sous le nom de
« valeur d’usage », ou encore « valeur
d’utilité ». C’est une valeur qui découle de
l’évaluation de certains actifs qui génèrent
des flux de trésorerie, c’est-à-dire qu’il y a
des actifs qui génèrent des sous. On estime
donc que les sous que ces actifs rapportent
peuvent nous aider à matérialiser une valeur.
Cela peut être le cas d’une marque, d’un fonds
de commerce, mais je prendrais plus l’exemple
d’un brevet. Un brevet, une molécule, cela peut
rapporter des sous, autrement dit, les sous,
l’argent que peut nous faire rapporter ce
brevet, peuvent nous aider à matérialiser une
valeur, qu’on appelle une « valeur
actuarielle ». Nous y reviendrons.
Alors évidemment, maintenant que j’en ai cité
quatre, laquelle prend-on ? Et bien, la
valorisation d’un bilan doit respecter deux
principes fondamentaux. Le premier, c’est le
principe d’image fidèle, et le second, c’est le
principe de prudence.
Le principe d’image fidèle, au fond, c’est
quoi ? C’est dire que le comptable doit être
neutre, le plus neutre possible, le plus
objectif. C’est-à-dire que quand il valorise un
bien, il doit se coller au plus près de la
réalité de la valeur de ce bien. Il ne doit pas
chercher à embellir le bilan ou au contraire,
l’appauvrir.
Il y a un second principe qui vient un petit
peu perturber quand même l’ensemble, c’est le
principe de prudence. Au fond, l’Etat nous a
dit quand même, pour éviter tout risque de
subjectivité, à toutes les valeurs dont on
dispose, l’Etat nous demande d’enregistrer à la
valeur la plus prudente, c’est-à-dire la plus
basse. Pourquoi ? Parce que l’Etat ne souhaite
pas que nous ayons un actif dont la valeur est
surévaluée. Pourquoi ? Parce que c’est grâce à
l’actif qu’on peut se procurer des emprunts,
c’est grâce à l’actif que nos fournisseurs nous
font confiance en termes de délais. Il ne faut
pas flouer les personnes qui sont susceptibles
de nous apporter des fonds et à qui on doit les
rembourser. Il ne faut donc pas « habiller la
mariée plus belle qu’elle ne l’est ». Ce n’est
pas très élégant, mais c’est un peu vraiment
l’idée. C’est que l’on ne peut pas, on n’a pas
le droit de fausser le bilan à la hausse. Il
vaut mieux pécher par excès de prudence. Voilà
ce que nous dit la comptabilité, la loi.
Alors évidemment, comment est-ce qu’on fait
pour enregistrer cette prudence ? Et bien,
regardez notre bilan : il va s’agrandir. Vous
vous rappeliez d’un bilan à une colonne ici, et
bien maintenant, vous en avez trois : une
colonne que vous connaissez déjà, qui est
l’enregistrement de la valeur initiale, une
colonne qui va nous permettre de minorer,
d’amoindrir la valeur de nos actifs ; cela sera
soit par le biais de l’amortissement, soit par
le biais de la dépréciation. Ces deux outils
vont nous permettre, si on a une valeur par
exemple de 10, et que l’on estime que la valeur
actuelle est de 8, il va y avoir un outil
comptable qui va nous permettre de faire moins
2. Et c’est ce moins deux-là qui va nous
permettre de mettre en conformité notre bilan
avec la valeur des actifs au jour où on
l’établit.
Si, par contre, on anticipe un passif nouveau,
alors ce ne seront pas les outils
d’amortissement et de dépréciation que l’on va
utiliser. Nous allons avoir un outil spécial
qui va nous permettre de créer du passif là où
il en manque, une provision par exemple pour
litige. Vous êtes en procès avec un client, et
ce client, il va vous faire payer quelque chose
comme une rupture de contrat abusive, n’importe
quel problème. Vous êtes en train de perdre le
procès. Et bien, nous avons l’obligation
d’enregistrer la perte potentielle du procès
que vous êtes en train de perdre. Attention,
rien ne vous empêche de faire appel et
d’essayer de gagner en appel, de vous pourvoir
en cassation, etc. Il n’empêche que si vous
êtes condamné, nous on doit, en tant que
comptable, devons donner la valeur exacte de
votre bilan au moment où on le fait.
Nous entrons là dans ce qui est le plus
important, le plus grisant en termes de
comptabilité : c’est toute cette petite enquête
que nous devons mener pour sortir un bilan
correct, fiable, actuel, au client et à l’Etat.
Merci.