Cours de Droits Humains
Cours de Droits Humains
SOMMAIRE
1
I. INTRODUCTION GENERALE.................................................................................................................... 3
V. CONCLUSION GENERALE...................................................................................................................... 68
VII. ANNEXES......................................................................................................................................... 73
I. INTRODUCTION GENERALE
2
Les libertés fondamentales ou droits fondamentaux représentent juridiquement l'ensemble des
droits essentiels ou primordiaux pour l'individu, assurés dans un État de droit et une démocratie.
Elles recouvrent en partie les droits de l'homme au sens large.
Dans la doctrine juridique, le concept est relativement récent et il existe plusieurs façons
d'appréhender la « fondamentalité » d'un droit ou d'une liberté. L'idée même de fondamentalité
revient à prioriser et hiérarchiser les droits ou les libertés en fonction de leur essentialité.
Présentation
Une première lecture, normativiste, consiste à considérer que sont fondamentaux les droits et
libertés qui ont reçu une consécration normative à un niveau juridique supra-légal. Ceux qui, dans la
pyramide des normes, sont supérieurs aux simples lois.
Il s'agit par exemple, au rang constitutionnel, de ceux qui sont contenus en France dans la
Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, dans le Préambule de la Constitution de
1946, dans la Constitution de 1958 ou, finalement, dans la Charte de l'environnement de 2004, c'est-
à-dire, le bloc de constitutionnalité français ; en RDC dans la Constitution du 18 février 2006. Ensuite,
au rang conventionnel, ceux qui sont affirmés dans des conventions internationales contraignantes
telles que la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales de 1950 et
la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981. Et finalement, les droits proclamés
par les simples déclarations internationales comme la Déclaration universelle de 1948 et les pactes
de 1966 : celui relatif aux droits civils et politiques et celui relatif aux droits économiques sociaux et
culturels.
Une seconde, réaliste, revient, en partie, à rechercher la fondamentalité non seulement dans les
textes et la jurisprudence (comme le fait la précédente) mais également de la déduire de la
protection effective dont jouit la valeur qui est objet de protection (la vie pour le droit à la vie par
exemple). On se rend alors vite compte de la relativité tant spatiale que temporelle de la
fondamentalité, puisque les libertés et droits fondamentaux ne seront pas les mêmes (tant du point
de vu des droits et libertés eux-mêmes que de leurs contenus) selon les juridictions, législateurs ou
constituants.
Différences
3
- Certains systèmes traditionnels protégeant des libertés déjà affirmées dans des textes
de nature juridique diverse (ex. : Royaume-Uni ).
- La France adopte une attitude intermédiaire en ayant une jurisprudence « créatrice » de
protection, à partir de textes à l'origine purement déclaratifs1.
- D'autres privilégiant des listes de droits affirmées et protégés dès la Constitution
(Espagne et Allemagne). C’est le cas aussi en République Démocratique du Congo.
Ce cours s’adresse aux scientifiques, aux organisations de la société civile de défense des droits
humains, au personnel judiciaire et pénitentiaire et à toutes les personnes de bonne volonté, qui
« désirent ou ne cessent de prendre position devant la dégradation continuelle de la situation sociale
caractérisée par l’irresponsabilité, l’inconscience, la corruption, l’injustice sous toutes ses formes,
l’immoralité publique, la délinquance juvénile, la malnutrition, la violence, la guerre, en vue de la
formation sur les droits de l’Homme »2.
- Favoriser les valeurs d’humanité, les croyances et les modes de pensée et d’agir qui
incitent tous les lecteurs (étudiants) à respecter et à faire respecter leurs droits et ceux
des autres ;
- Contribuer de manière substantielle à prévenir à long terme les atteintes aux droits de
l’homme et libertés fondamentales et à réaliser une société juste dans laquelle tous les
droits et libertés bénéficient du strict respect minimum.
Ces objectifs institutionnels s’inscrivent en droite ligne des objectifs généraux et spécifiques ci-après :
1
Par sa Décision n°71-44 D-C du 16 juillet 1971 relative à la liberté d’association, le Conseil constitutionnel
français a déclaré « non conformes à la Constitution les dispositions de l’article 3 de la loi soumise à l’examen …
complétant les dispositions de l’article 7 de la loi du 1er juillet 1901 [relative au contrat d’association] ».
Pour le Conseil, « Considérant qu’au nombre des principes fondamentaux reconnus par les lois de la
République et solennellement réaffirmés par le préambule de la Constitution il y a lieu de ranger le principe de
la liberté d’association ; que ce principe est à la base des dispositions générales de la loi du 1 er juillet 1901
relative au contrat d’association, qu’en vertu de ce principe les associations se constituent librement et
peuvent être rendues publiques sous la seule réserve du dépôt d’une déclaration préalable ; qu’ainsi, à
l’exception des mesures susceptibles d’être prises à l’égard de catégories particulières d’associations, la
constitution d’associations, alors même qu’elles paraîtraient entachées de nullité ou avaient un objet illicite, ne
peut être soumise pour sa validité à l’intervention préalable de l’autorité administrative ou même de l’autorité
judiciaire », voir DUBOURG-LAVROFF (S.) et PANTELIS (A.), Les décisions essentielles du Conseil constitutionnel.
Des origines à nos jours, L’Harmattan, Paris, 1994, pp. 63-64.
2
MATENDIKA FININI (A.) et EYUPAR EPIETUNG, sous la direction de, Lexique sur les Droits de l’Homme, Kinshasa, Edition
Le Sénevé, 2000, p. 19.
4
- L’objectif général du cours est d’améliorer le niveau de connaissances et de renforcer
les compétences techniques des bénéficiaires sur l’ensemble des dispositions
internationales, constitutionnelles, légales et réglementaires qui prévoient et organisent
la protection des libertés fondamentales.
Favoriser chez les étudiants, l’acquisition des connaissances essentielles sur les
droits de l’homme et les libertés fondamentales
Apporter aux étudiants les connaissances théoriques et pratiques sur les
mécanismes congolais et internationaux de promotion et de protection des libertés
fondamentales
Contribuer à prévenir les atteintes aux droits de l’homme et aux libertés
fondamentales des justiciables
5
II. THEORIE GENERALE DES DROITS DE L’HOMME ET LIBERTES
FONDAMENTALES
Il sera ainsi question d’étudier : la définition de la notion « droits de l’homme » ; la typologie des
droits de l'homme ; les droits des personnes vulnérables et l’historique de la promotion et de la
protection des droits de l'homme.
A ce stade, il est impérieux d'adresser un avertissement à tous ceux qui comptent s'inscrire dans la
dynamique des spécialistes des questions des droits de l'homme. Ainsi, un « droit de l’hommiste »
est une personne outillée de la théorie générale des droits de l'homme au niveau interne et
international qui consacre son temps, son énergie et tous ses moyens pour mettre fin aux actes
attentatoires aux droits de l'homme par voie de promotion ou de protection. A cet égard, il doit vivre
les droits de l'homme au niveau personnel avant de les vulgariser auprès de l'opinion. Il devra
s'occuper quotidiennement de la protection des droits de l'homme et d'alerter toutes les personnes
qui ont une parcelle d'autorité afin que les violations puissent cesser. Il s'agit principalement des
violations verticales, classiques ou traditionnelles des droits de l'homme et non les violations
horizontales des droits de l'homme qui ne sont pas sous la responsabilité des autorités publiques.
Défendre les droits de l’homme est un travail à la fois exaltant et périlleux, car le défenseur des
droits de l’homme est la voix des sans voix, la bouche de ceux qui n’ont pas de bouches, bref la
personne des personnes qui n’ont personne. Il est aussi ce leader d’opinion qui défie les détracteurs
et violateurs de ces droits fondamentaux.
Cependant, il devra s’attendre inéluctablement à trois choses, dans son combat, soit : la prison
(Mandela en a fait pendant 27 ans), l’exil (Paul Nsapu, Secrétaire Général pour l’Afrique de la
Fédération Internationale des Droits de l’Homme – FIDH -) ou la mort (Floribert Chebeya Bayizire).
Malgré ces obstacles, il est temps de nous rappeler cette pensée de Blaise Pascal « le silence est la
plus grande persécution, jamais les saints ne se sont tus ». Défendre les droits de l’homme, c’est
avant tout accepter de vivre débout pour soi et pour ses semblables.
6
CHAPITRE I : DEFINITION DE LA NOTION DE « DROITS DE L’HOMME »
On en parle aujourd'hui comme s'il s'agissait d'une évidence intellectuelle établie : tout le monde les
défend, du moins en paroles et tant que cela n'engage pas grand-chose. Et pourtant en ce début du
XXIème Siècle, ils sont violés dans la plupart des pays, alors même que de belles et ambitieuses
Constitutions les proclament un peu partout comme le fondement des sociétés civilisées.
De façon subjective, « les droits de l'homme » sont des prérogatives reconnues à l'être humain afin
qu'il puisse vivre décemment. A ce sujet, l'homme ne peut pas s'épanouir avec un seul «droit de
l'homme ». C'est pour cette raison que nous allons développer plus loin les droits de la première,
deuxième et troisième génération.
Pour Alain GEWIRTH, les droits de l'homme constituent une catégorie des droits moraux que tous les
individus possèdent à l'égalité du simple fait de leur nature humaine (article 1 er de la Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme souligne que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en
dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres
dans un esprit de fraternité»).
Par contre, HOLFED, les appelle des revendications ou droits-revendications, car ils sont obtenus
toujours après de longs sacrifices. Ils sont toujours arrachés et ont un prix à payer (torture, décès,
emprisonnements ...)3.
Guy HARSCHER indique, pour sa part, qu'il s'agit d'un espace sacré infrangible. Ils constituent pour
l'individu, une sphère privée et inviolable. Autrement dit, des règles qui doivent être respectées par
les gouvernants et par les gouvernés pour qu'une vie digne de ce nom soit possible 4.
Ce sont des prérogatives accordées à l'individu que tout pouvoir se devrait d'en garantir parce qu'ils
sont liés à la vie et à l'épanouissement d'un être humain. A ces propos, le Doyen NYABIRUNGU écrit
que les droits fondamentaux sont « ce minimum en deçà duquel la dignité de l’homme est bafoué »5.
3
KALINDYE BYANJIRA, (D.), Nécessité de l'Etat de droit dans la promotion des droits de l'Homme au Zaïre, Mémoire du
D.E.A en Droits de l'Homme, Université Catholique de Lyon, pp. 12-13.
4
Idem, pp. 12-13.
5
NYABIRUNGU mwene SONGA, « Droit et société », in Philosophie et droits de l’homme, Actes de la Cinquième semaine
philosophique de Kinshasa du 26 avril au 1er mai 1981, Kinshasa, Faculté de Théologie catholique, 1982, pp. 125-138.
7
Selon la conception de la démocratie libérale, les droits de l’homme sont des droits inhérents à la
nature humaine, donc antérieurs et supérieurs à l’Etat, déclarés au plan national puis international,
et protégés notamment par voie juridictionnelle6.
En somme, toutes les définitions du concept « droits de l'homme » tournent autour de la protection
en tout temps et en tout lieu de la dignité humaine.
A ce stade, les droits de l'homme peuvent être définis comme l'ensemble des principes et des
normes fondés sur la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les êtres humains et qui visent à
en assurer le respect universel et effectif.
En élargissant la définition, l'on peut considérer que les droits de l'homme sont des droits ou des
prérogatives reconnus aux personnes humaines individuellement ou collectivement, soit qu'on les
considère comme inhérents à la personne humaine, soit qu'ils apparaissent comme nécessaires ou
indispensables à son épanouissement dans la dignité.
§3.Définition des droits de l’homme par la Loi portant création de la Commission Nationale des
Droits de l’Homme en RD Congo
Dans son exposé des motifs, la Loi organique n°13/011 du 21 mars 2013 portant institution,
organisation et fonctionnement de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, il est clairement
ressorti que « le respect de la dignité et de la valeur humaine constitue la substance des droits de
l’Homme, ces derniers jouissent, sur le plan international, d’une légitimité qui leur confère un poids
moral incontestable ».
A son article 2, cette loi définit les droits de l’homme comme « des droits inaliénables et inhérents
aux êtres humains … dont le respect et l’exercice, garantis par l’Etat, permettent l’épanouissement
intégral de l’homme ».
En clair, les droits de l'homme sont sûrement nombreux sur le plan analytique. Ce qui a amené
certains auteurs à parler d'inflation en la matière.
L'indivisibilité des droits de l'homme découle des rapports existants entre eux et pratiquement de la
consécration des instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l'homme qui refusent de
privilégier telle catégorie des droits de l'homme sur les autres. Il y a inséparabilité entre eux.
6
GUINCHARD (S.) et DEBARD (Th.), sous la direction de, Lexique des termes juridiques, 21 e édition, Paris, Dalloz, 2014, p.
366.
8
Par exemple, le droit à la famille dépend du respect du droit au logement, du droit au
développement, à la vie privée, au travail...
En effet, l'effectivité d'un droit est toujours le soubassement des autres. La Conférence de Vienne de
1993 a proclamé que tous les droits de l'homme sont universels, indissociables, interdépendants et
intimement liés et que la communauté internationale doit les traiter globalement de manière
équitable et équilibrée sur un pied d'égalité et en leur accordant la même importance.
Enfin, l'universalité des droits de l'homme signifie qu'ils sont fondés sur la nature et la dignité
humaine et qu’ils ont vocation à ce titre à s'appliquer à tous les hommes, quels que soient leur sexe,
leur âge, leur nationalité, leur ethnie, leur religion. Peu-importe donc les différences de cultures ou
de niveaux de développement des sociétés concernées ; les droits de l'homme devront exister et
s'appliquer.
C'est ainsi que René CASSIN, l'un des pères de la Déclaration Universelle des Droits de l'homme,
souligne que la science des droits de l'homme est constituée de toutes les disciplines qui mettent
l'homme en exergue en protégeant sa dignité en tout temps et en tous lieux 7.
Pour cet éminent auteur, les sciences humaines et exactes concourent à la protection et à la
promotion de la dignité humaine.
Le grand juriste sénégalais Kéba MBAYE, estime quant à lui que « les droits de l’homme sont attachés
à la condition humaine, fondement du principe d’égalité. Voilà pourquoi pour dénier des droits à un
groupe d’individus, on commence par contester à ses membres le droit à l’égalité », il continue en
insistant que la condition humaine est suffisante pour la jouissance des droits de l’homme. Tous les
êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droits et chacun peut se prévaloir de tous les
droits et de toutes les libertés proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme »8.
7
René CASSIN disait que la science des droits de l'homme peut être définie soit d éductivement soit inductivement.
Suivant la méthode déductive, la science des droits de l'homme est une branche particulière des sciences sociales qui a pour
objet d'étudier les rapports entre les hommes en fonction de la dignité humaine en déterminant les droits et facultés dont
l'ensemble est nécessaire à l'épanouissement de la personnalité de chaque être humain. Inductivement, la science des
droits de l'homme concerne, d'après KAREL VASAK, en particulier, l'homme travailleur vivant dans le cadre d'un Etat et qui,
accusé l'une infraction ou victime d'une situation de guerre, bénéficie de la protection de la loi, grâce à l'intervention
nationale et celle des organisations internationales (...) et dont les droits, et notamment le droit à l'égalité sont
harmonisés avec l'exigence de l'ordre public.
8
Kéba MBAYE, « Introduction aux droits de l’homme et des peuples », in Mohamed BADJAOUI, sous la direction, Droit
international. Bilan et perspectives, Paris, Ed. Pédone et UNESCO, 1991, p. 1119.
9
CHAPITRE II : TYPOLOGIE DES DROITS DE L'HOMME
La doctrine classifie les droits de l’homme de plusieurs manières, dont deux nous paraissent plus
pertinentes, il s’agit de la classification par générations (onusienne) et la classification par
thématiques.
Les premiers sont des droits de créances. II y a un débiteur qui est l'Etat et le créancier qui est le
citoyen (national ou étranger). L'homme jouit de ces droits que si et seulement si l'Etat s'abstient, car
ils exigent de la part de l'Etat une certaine abstention.
Les deuxièmes sont des droits programmatoires. Ils sont planifiés et l'Etat doit intervenir de façon
positive selon ses possibilités pour favoriser leurs jouissances (exercice).
A titre d'exemple, l'exercice de la liberté de la presse qui est la conséquence de la liberté d'opinion et
d'expression, n'exige pas des moyens financiers pour leur exercice alors que les droits à l'éducation
et à l’instruction sont tributaires des moyens matériels et financiers de la part de l'Etat.
Les troisièmes demandent l’implication de toute la communauté humine pour leur effectivité. C’est
le cas du droit à une paix durable.
La classification des droits de l'homme ou la catégorisation fondée sur l’histoire distingue trois
générations. La première catégorie concerne les droits civils et politiques. Ces droits ont été les
premiers à être proclamés au 18 ème et au 19èmesiècles. Ils sont opposables à l'Etat, à qui il est
demandé une attitude d'abstention à l'égard de leurs titulaires qui sont les hommes isolés. Certains
auteurs les considèrent tout simplement comme des " libertés publiques ". Ces droits ne peuvent
être garantis que si et seulement si l'Etat a la volonté. Etat, ici entendu comme personne morale
incarnée par un pouvoir institué, évoluant dans un environnement territorial ayant pour but de
traduire les aspirations profondes de la nation, en répondant aux desideratas de la population.
10
§2. Droits économiques sociaux et culturels
Les droits de la deuxième génération ne sont pas moins importants que les droits de la première
génération. C'est pour des raisons de pédagogie que la plupart des doctrinaires acceptent cette
catégorisation, étant donné que dans certains pays, les droits de la deuxième génération sont mis en
exergue avant les droits de la première génération.
Les droits de la seconde génération, droits économiques, sociaux et culturels, datent principalement
du début du 20ème siècle. Avec ces droits, l'on attend de l’Etat, non plus la plus grande abstention
possible, mais plutôt son intervention en matière économique et sociale pour la réalisation du bien-
être de tous. Ils contribuent à donner plus d'efficacité aux droits de la première génération.
Exemple : Le droit à la santé, le droit au logement, le droit à l'éducation, le droit au travail, le droit à
une alimentation suffisante et équilibrée, le droit au loisir, le droit de disposer d'un logement, le droit
à la culture…
Si nul ne s'aviserait aujourd'hui de nier ces droits fondamentaux de l'homme et de voir en lui un être
unique, une « unité active et responsable dans la société, la pratique des différents pays tolère trop
souvent et même justifie des violations du droit à la vie, à la pratique d'une religion ou à la facilité de
se déplacer d'un pays à un autre, ou des droits collectifs comme ceux d'association ou de
développement solidaire des peuples. L'écart qui existe entre le discours officiel des autorités
étatiques et la pratique dont ils s'accommodent, montrent qu'il y a lieu de mettre en doute l'idée que
les droits de l'homme ont toujours revêtu une importance universelle et fondamentale dans les
diverses civilisations »9 et, c'est la raison pour laquelle le développement est aussi conçu de manière
différente dans plusieurs pays à travers le monde.
Exemple : Le droit à la vie, la liberté d'opinion et d'expression, la liberté d'aller et venir, le droit à la
nationalité, la liberté de réunion et d'association, le droit à une bonne administration de la justice, le
droit à l'éducation, le droit à être éligible, le droit d'exercer une charge publique.
Les droits de la troisième génération sont de consécration plus récente. Certains auteurs les
considèrent comme « droits de solidarité » ou « droits communautaires » ou « droits collectifs »10.
En effet, leur réalisation nécessite la conjonction des efforts de tous les participants de la vie en
société : individus, Etats et autres entités publiques et privées ainsi qu'une coopération
internationale active.
Il faut souligner la difficulté de classement de certains droits dans l'une ou l'autre de ces catégories.
Cependant, les droits de la troisième génération reconnus mondialement sont : le droit au
développement, le droit à la paix, le droit à un environnement sain, le droit au patrimoine commun
de l'humanité, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (droit à l'autodétermination).
9
Conseil Pontifical " Justice et Paix ", Les Droits de l'Homme et l'Eglise (Réflexions historiques et théologiques, relations
présentées à un colloque international organisé à Rome du 14 au 16 nov. 1988, cité de Vatican 1990, pp. 11 et 12.
10
Pour le Professeur KALINDYE Dieudonné, ce sont des droits flous. C’est du fourre-tout car le débiteur n’est pas bien
identifier…il s’agit de cette fameuse communauté internationale.
11
Section 2. Classification thématique des libertés fondamentales
Les droits fondamentaux sont reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans
la Constitution de la RDC, dans la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et dans les
instruments pertinents relatifs aux droits de l’homme tels que les pactes internationaux relatifs aux
droits de l’homme. En effet, la doctrine regroupe les droits et libertés en six thèmes ci-après :
- Dignité - Liberté
- Egalité - Solidarité
- Citoyenneté - Justice.
§1. La Dignité
La personne humaine a une dignité inaliénable car toute personne est créé à l’image de Dieu 11. A
travers le terme biblique et patristique de l’image de Dieu, l’Église affirme vigoureusement cette
dignité et le caractère sacré de chaque personne humaine, par le fait même d’être humain. Cette
déclaration a plusieurs conséquences. Pour tout dire, la dignité c’est l’épanouissement sur plusieurs
plans.
Elle souligne que cette dignité de l’homme qui vient de la création divine, lui est donnée parce
qu’on est humain et différent des animaux. Par ailleurs, quel que soit l'état de la personne, la Bible
affirme que l'image de Dieu est irréversible en elle. Dans cette perspective anthropologique, le
concept d'image de Dieu indique que les humains partagent une même condition et il permet de
fonder solidement la valeur de la dignité humaine, au-delà d’une simple convention sociale.
La reconnaissance de la dignité d’un individu, de sa valeur absolue, concerne « la personne au sens le
plus profond », c’est ainsi qu’Emanuel KANT, ira plus loin en affirmant que cette dignité se fonde sur
la valeur absolue des personnes. Dans le même ordre d’idée, la Déclaration universelle des droits de
l’homme dans son préambule insista aussi sur la reconnaissance de la dignité à tous les membres de
la société sans discrimination que ce soit. Il y a aussi certains auteurs qui précisent que même la
dignité du corps, voire du cadavre doivent être respectées. C’est pourquoi on doit inhumer une
personne morte avec dignité. Mais dans d’autres cultures, c’est le contraire car on mutile les
cadavres avant l’enterrement.
En parlant du respect de la dignité humaine, nous faisons allusion à un droit aussi fondamental
qu’est celui du droit à la vie.
a. Droit à la vie
Le droit à la vie est un droit qui est défini différemment selon l'époque et le lieu.
De manière historique, il s'agit du droit à ne pas être tué. Ce droit est à l'origine d’une simple
réprobation générale de l'homicide.
Le droit à la vie peut dans cette définition se résumer au « Tu ne tueras point ». Cette vision a été
reprise dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et dans plusieurs textes
fondamentaux des droits de l’homme.
11
Les Saintes Ecritures, Traduction du monde nouveau, New York, Watchtower, Bible and tract society of New York, Inc,
Genèse 1, 26-27, p.8, 1995.
12
Par la suite, le droit à la vie a été invoqué pour protéger le citoyen contre ce qu'il considère comme
« un meurtre légal », autrement dit : la peine de mort.
C’est pourquoi, tous les Etats parties aux instruments internationaux garantissant le droit à la vie, ne
doivent plus prononcer la peine de mort peu importe l’infraction commise par l’individu. C’est ce qui
justifie d’ailleurs la fondamentalité de ce droit.
En d’autres termes, le droit à la vie est un droit carrefour, c’est un droit fondamental qui gouverne
tous les autres droits existants. S’il n’y a pas de vie, les autres droits fondamentaux n’ont plus de
raison d’exister, car y sont attachés. Enfin, les exécutions sommaires sont une négation du droit à la
vie.
Le corps humain est inviolable. L'intégrité physique de la personne doit être protégée contre les
atteintes des tiers, qui doivent être sanctionnées et réparées. Ainsi, les coups et blessures entraînent
la responsabilité pénale de leur auteur, et la victime peut obtenir des dommages-intérêts sur le plan
civil.
Mail il y a lieu de noter que, l’on peut porter atteinte à l'intégrité du corps humain qu'en cas de
nécessité médicale pour sauver la personne, ou à titre exceptionnel dans l'intérêt thérapeutique
d’autrui.
Chaque personne a le droit d’être protégée contre la torture et les peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants.
Par torture, on entend des actes dont le but est de briser la volonté d’une personne en lui infligeant
délibérément d'intenses souffrances ou douleurs, corporelles ou psychiques.
Les peines ou traitements inhumains concernent des actions, des conditions de détention ou des
peines causant d’intenses souffrances psychiques et physiques. Il faut signaler que les normes
contenues dans la convention interdisant la torture sont des règles impératives et ne peuvent être
dérogées en aucun cas.
L'esclavage est la condition d'une personne privée de sa liberté, qui devient la propriété, exploitable
et négociable comme un bien matériel, d'une autre personne.
L’esclavage et la servitude ainsi que leurs formes modernes 12 sont absolument interdits. En cas d’état
d’urgence, les Etats ne peuvent prendre aucune mesure dérogeant à cette interdiction.
12
Les formes modernes d’esclavage sont notamment : la traite des femmes et des enfants, la prostitution forcée, la traite
des êtres humains à des fins d’exploitation économique, les pires formes de travail des enfants, les pires formes
d’exploitation des sans papiers, le recrutement forcé d’enfants soldats, la servitude pour dettes, etc.
13
Par contre, on parle de travail forcé lorsque des personnes sont recrutées dans l’illégalité par des
Etats ou des particuliers et forcées à travailler pour eux. L’interdiction du travail forcé est absolue,
cependant les situations suivantes ne sont pas couvertes par l’interdiction : les travaux forcés, c’est-
à-dire une forme légale de travail forcé qui résulte d’une condamnation judiciaire, le travail fourni
dans le cadre du service militaire obligatoire ou du service alternatif, les services requis en cas de
catastrophe, les travaux et services faisant partie des obligations civiques normales
En clair, les droits analysés ci-dessus font partie des droits de la survie 13 d’une personne. Les Etats
doivent s’abstenir afin qu’ils puissent être effectifs.
§2. La liberté
D’une façon générale, la liberté est un concept qui désigne la possibilité d'action ou de mouvement
pour tout individu. Le sens originel du mot liberté est d'ailleurs assez proche de l'homme libre qui
est celui qui n'appartient pas à autrui, qui n'a pas le statut d'esclave.
Elle est un droit sacré et imprescriptible que possèdent tous les êtres humains. C’est la faculté d’agir
selon sa volonté, tout en respectant la loi et les droits d’autrui. Mieux, la liberté est l'état d'une
personne ou d'un peuple qui ne subit pas de contraintes, de soumissions, de servitudes exercées par
une autre personne.
En ce qui concerne le droit à la liberté, il s’agit du droit de ne pas être détenu arbitrairement, qui
portent nécessairement atteinte à la liberté individuelle. Ce droit implique :
- Droit à la sureté ;
- Respect de la vie privée et familiale ;
- Protection des données à caractère personnel ;
- Droit de se marier et de fonder une famille ;
- Liberté de pensée, de conscience et de religion ;
- Liberté d’expression et d’information ;
- Liberté de réunion et d’association ;
- Liberté de l’art, des sciences et des libertés académiques ;
- Droit à l’Education ;
- Liberté professionnelle ;
- Droit de travailler ;
- Liberté d’entreprise ;
- Droit de propriété ;
- Droit d’asile ;
- Protection en cas d’éloignement, d’expulsion et d’extradition
§3. L’égalité
La Déclaration universelle de droits de l’homme à son article premier précise déjà que tous les
hommes naissent libres, égaux… c’est pour affirmer qu’au regard des droits de l’homme, toutes les
13
KALINDYE BYANJIRA (D.), Cours d’ introduction aux droits de l’homme, Diplôme professionnel en droit de l’homme et en
droit international humanitaire, UNIKIN, FAC/Droit 2012- 2013 , inédit.
14
personnes sont égales et doivent bénéficier du même traitement en matière des droits et libertés
fondamentaux. Ces droits sont inaliénables, il s’agit de :
- Egalité en droit ;
- Non discrimination ;
- Diversité culturelle, religieuse et linguistique
- Egalité entre hommes et femmes ;
- Droits de l’enfant ;
- Personnes âgées ;
- Intégration des personnes handicapées ;
- Personnes vivant avec le VIH/SIDA
Les personnes vivant avec le VIH/ SIDA, sont les personnes qui méritent une attention particulière
par rapport à leur maladie. Elles ne doivent être rejetées et ni marginalisées, car ce sont des
personnes qui ont besoins d’être assistées afin de leur assurer une longue vie. La stigmatisation à
leur endroit est prohibée. Il y a lieu ici de saluer la législation en la matière14.
§4. Solidarité
La solidarité est un lien social d'engagement et de dépendance réciproques entre des personnes ainsi
tenues à l'endroit des autres, généralement des membres d’un même groupe liés par une
communauté de destin (famille, village, profession, entreprise, nation, etc.).
En droit, la solidarité (in solidum signifie pour le tout) des débiteurs signifie que le créancier peut
demander le paiement pour l'intégralité de la dette à n'importe lequel des débiteurs.
Dans son acception générale, la solidarité caractérise des personnes qui choisissent ou ressentent
une moralité d'assister une autre personne et réciproquement.
Ainsi, en droits de l’homme, les droits solidaires sont des droits auxquels leur réalisation nécessite la
conjonction des efforts émanant de plusieurs membres de la communauté internationale. A titre
illustratif, nous pouvons citer : les ONGs, les individus, les Etats, les O.I, les entités publiques et
privées. Les droits y afférents sont :
A ce sujet, il faut retenir que le travail des enfants est interdit. L'âge minimal d'admission au travail
ne peut être inférieur à l'âge auquel cesse la période de scolarité obligatoire, sans préjudice des
règles plus favorables aux jeunes et sauf dérogations limitées. Les jeunes admis au travail doivent
bénéficier de conditions de travail adaptées à leur âge et être protégés contre l'exploitation
économique ou contre tout travail susceptible de nuire à leur sécurité, à leur santé, à leur
14
Loi n°08/011 du 24 août 2008 portant protection des personnes vivant avec le VIH/SIDA et des personnes affectées.
15
développement physique, mental, moral ou social ou de compromettre leur éducation. La
République Démocratique du Congo, l’enfant peut conclure un contrat de travail à 16 ans révolus 15.
La protection de la famille est assurée sur le plan juridique, économique et social dans l’objectif
principal qui est celui de pouvoir concilier la vie familiale et la vie professionnelle.
Donc, toute personne a le droit d'être protégée contre tout licenciement pour un motif lié à la
maternité, ainsi que le droit à un congé de maternité payé et à un congé parental à la suite de la
naissance ou de l'adoption d'un enfant. Le congé en cas de décès d’un membre de la famille (en
tenant compte du degré) doit être aussi pris en compte.
L’Etat reconnaît et respecte le droit d'accès aux prestations de sécurité sociale et aux services
sociaux assurant une protection dans des cas tels que la maternité, la maladie, les accidents du
travail, la dépendance ou la vieillesse selon les règles établies par le droit national.
c. Protection de la santé
Ce droit fait partie des droits de la deuxième génération. Il veut que toute personne puisse avoir le
droit d'accéder à la prévention en matière de santé et de bénéficier de soins médicaux dans les
conditions établies par les législations nationales. Un niveau élevé de protection de la santé humaine
est assuré par l’Etat sans distinction que soit.
Ici, l'Etat reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt économique général tel qu'il est prévu
par les législations et pratiques nationales, conformément aux traités, afin de promouvoir la cohésion
sociale dans le pays.
e. Protection de l’environnement
La protection de l'environnement consiste à prendre des mesures pour limiter ou supprimer l'impact
négatif des activités de l'homme sur son environnement.
Ce droit est un droit de la troisième génération. Qui veut dire qu’un niveau élevé de protection de
l'environnement et l'amélioration de sa qualité doivent être intégrés dans les politiques des Etats et
assurés conformément au principe du développement durable16.
La protection des consommateurs exige qu’un niveau élevé de protection de ces derniers soit assuré
dans les politiques des Etats.
15
Article 50 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.
16
SAKATA M. TAWAB Garry, Responsabilité environnementale, Diplôme professionnel en droits de l’homme et en droit
international humanitaire, Notes de cours, CRIDHAC/Faculté de Droit, Université de Kinshasa, Kinshasa, Inédit.
16
§5. Citoyenneté
La citoyenneté est le fait pour un individu, pour une famille ou pour un groupe, d'être reconnu
officiellement comme citoyen, c'est-à-dire membre d'une ville ayant le statut de cité, ou plus
généralement d'un État. Etre citoyen implique que l'on fait partie d'un corps politique, un État, que
l'on a dans ce corps politique des droits et des devoirs. Donc, la citoyenneté est intimement liée à la
démocratie. Ces droits sont :
Le droit de vote et d’être éligible aux élections présidentielles, parlementaires et municipales sont
fondamentaux pour tout Etat dit démocratique.
Le droit de vote permet aux citoyens d'un État de voter pour exprimer leur volonté, à l'occasion d'un
scrutin.
Le droit d’être éligible permet à tout citoyen d’un Etat d’être élu à tout le stade des élections, selon
les conditions prévues par le droit national.
Le droit à une bonne administration veut que toute personne ait le droit de voir ses affaires traitées
d’une manière impartiale, équitable et dans un délai raisonnable par les institutions, organes
étatiques.
Ce droit comporte notamment le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure
individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, le droit d'accès de toute
personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du
secret professionnel et des affaires. L'obligation pour l'administration de motiver ses décisions.
Au regard de ce droit, nous disons que tout citoyen d’un Etat, ainsi que toute personne physique ou
morale résidant ou ayant son siège statutaire dans un État a un droit d'accès aux documents des
institutions ou organes de celui-ci, mais cela peut se faire dans le respect de la procédure et aux
normes régissant cette matière.
17
Tout citoyen d’un Etat, ainsi que toute personne physique ou morale résidant ou ayant son siège
statutaire dans un État, a le droit de saisir le médiateur national ou international en cas de mauvaise
administration dans l'action des institutions et organes.
e. Droit de pétition
Tout citoyen d’un Etat ainsi que toute personne physique ou morale résidant ou ayant son siège
statutaire dans un État quelconque a le droit de pétition devant les instances compétentes afin d’être
rétabli dans ses droits.
La liberté de circulation et de séjour permet à tout citoyen de circuler et de séjourner librement sur
le territoire des États, mais en respectant les règles nationales de ces derniers.
La liberté de circulation et de séjour peut être accordée, conformément aux traités internationaux. A
cette fin, il faut noter que si l’Etat constate que l’intéressé qui veut séjourner sur son territoire est
très dangereux, cet Etat peut lui refuser le droit de séjourner, de peur qu’elle déstabilise la paix.
La protection diplomatique et consulaire exige à ce que les droits fondamentaux des individus
ressortissants d’un quelconque Etat soient protégés. Dans le cas contraire, l’Etat dont son
ressortissant est victime peut engager la protection diplomatique.
§6. Justice
La justice est un principe philosophique, juridique et moral fondamental en vertu duquel les actions
humaines doivent être sanctionnées ou récompensées en fonction de leur mérite au regard du droit,
de la morale, de la vertu ou autres sources normatives de comportements.
Il sied de noter qu’elle est un idéal souvent jugé fondamental pour la vie sociale et la civilisation. En
tant qu’institution, sans lien nécessaire avec la notion, elle est jugée fondamentale pour faire
respecter les lois de l’autorité en place, légitime ou pas. La justice est censée punir quiconque ne
respectant pas une loi au sein de sa société avec une sanction ayant pour but de lui apprendre la loi
et parfois de contribuer à la réparation des torts faits à autrui, au patrimoine privé ou commun ou à
l'environnement.
Dans tout Etat de droit, la justice doit fonctionner en respectant le principe clé qui est celui de
l’indépendance.
Au-delà de ce principe, il y en a d’autres que nous tenterons d’étudier dans les lignes suivantes.
18
A ce droit, il faut dire que toute personne dont les droits et libertés garantis par les instruments
internationaux ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal indépendant et dans le
respect des conditions prévues par le droit local.
Par rapport au tribunal impartial, on exige aux juges d’être impartiaux, donc ne pas être juge et
partie, par contre, l’exigence d’un tribunal indépendant veut que celui-ci ne puisse pas recevoir des
injonctions de part et d’autre et surtout des autorités.
b. Présomption d’innocence
La présomption d'innocence est le principe selon lequel toute personne qui se voit reprocher une
infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement prouvée et établie par
son juge naturel. A ce sujet, il faut aussi dire que le respect des droits de la défense doit être
garanti à tout accusé tout au long de la procédure pénale.
c. Droits de la défense
Ces droits sont les prérogatives que possède une personne pour se défendre lors d'un procès.
Ce droit souligne la possibilité à toute personne de pouvoir se défendre en justice, que ce soit
personnellement, ou bien assistée par un avocat ou un défenseur judiciaire.
Par rapport à ces principes, on admet que nul ne peut être condamné pour une action ou une
omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit
national ou le droit international.
De même, il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où
l'infraction a été commise. Si, postérieurement à cette infraction, la loi prévoit une peine plus légère,
celle-ci doit être appliquée.
L'intensité des peines ne doit pas être disproportionnée par rapport à l'infraction commise par une
personne.
e. Droit de ne pas être jugé ou puni pénalement deux fois pour une même infraction
Le droit de ne pas être jugé ou puni pénalement deux fois pour une même infraction nous renvoie à
la règle de « non bis in idem ». C’est un principe classique de la procédure pénale déjà connu du
droit, d'après lequel nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement à raison des mêmes faits.
19
Cette expression désigne donc l'autorité de la chose jugée au pénal sur le pénal qui interdit toute
nouvelle poursuite contre la même personne pour les mêmes faits. Cette règle interdit la double
incrimination. C’est pour la finalité de protéger des libertés individuelles de la personne poursuivie.
A côté des droits reconnus à chaque humain, il s’est avéré que certaines catégories nécessitent une
protection particulière, ce sont les vulnérables.
20
CHAPITRE III : DROITS DES PERSONNES VULNÉRABLES
Normalement, il est impensable de parler des vulnérables après avoir développé la protection
internationale des droits de l'homme. En effet, existe-t-il un homme qui a une protection normale et
un autre, dit vulnérable, qui nécessite une protection spéciale ?
Les avis de la doctrine sont partagés. Pour une minorité, il est inconcevable de parler des vulnérables
alors qu'il y a des mécanismes efficaces pour la sauvegarde et la restauration de la dignité humaine.
Cependant, la majorité estime qu'il y a des catégories faibles qui doivent bénéficier de la
« discrimination positive ». Celle-ci entendu comme « la mise en place des mécanismes qui
accorderaient plus d'avantages aux vulnérables afin de restaurer l'équilibre social ». Les vulnérables
sont les personnes qui sont dans une situation de faiblesse d'esprit ou de conditions physiques,
morales, psychologiques et intellectuelles nécessaires à leur épanouissement, d'où une protection
spéciale.
Les instruments les plus importants dans la protection des réfugiés sont :
Un réfugié est toute personne qui, du fait d'une agression, d'une occupation extérieure, d'une
domination étrangère ou d'événement troublant gravement l'ordre public dans une partie ou dans la
totalité de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité est obligé de quitter sa résidence
habituelle pour chercher refuge dans un autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays
dont elle a la nationalité. Cette définition n'indique pas la date limite ni une limitation géographique
comme la Convention de 1951.
21
pays .
- Ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa
résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou en raison de ladite
crainte, ne veut y retourner.
a. Clauses d'inclusion
Voir les éléments de la définition du statut de réfugié (Convention de 1951, Protocole de 1967 et la
Convention de l'OUA).
b. Clauses de cessation
c. Clauses d'exclusion
II y a plusieurs personnes qui ne peuvent pas obtenir le statut de réfugié, même si elle réunissait les
clauses d'inclusion.
- Personnes bénéficiant déjà d'une protection ou d'une assistance de la part des Nations
Unies ;
- Personnes qui ne sont pas considérées comme requérant une protection internationale ;
- Personnes que l'on considère ne pas devoir bénéficier d'une protection internationale
parce qu'elles ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, des
crimes contre la paix, des crimes de droit commun et posé des actes contraires aux buts
et principes des Nations Unies.
-
22
§5. Droits et devoirs des réfugiés
Dans les pays d'accueil, les réfugiés disposent des droits sociaux, économiques et culturels et des
droits civils. Les droits politiques ne sont pas accordés à un réfugié.
Comme obligation, il doit respecter les lois du pays d'accueil et s'interdire de déstabiliser cet Etat par
ses actes.
A ce jour, il n'existe pas d'instrument international qui traite de façon exhaustive des droits des
minorités17. Néanmoins, certains textes importants garantissent aux membres des minorités la
possibilité d'exprimer et de préserver leurs caractéristiques culturelles, religieuses et linguistiques. Il
s'agit de :
- Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (son article 27) de 1966;
- La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948;
- La Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination
raciale de 1965 ;
- La Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 ;
- La Convention concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de
l'enseignement de 1966.
Il n'a pas été possible jusqu'ici d'arriver à définir de manière satisfaisante pour tout ce que l'on
entend par minorité. L'on entend généralement par minorité, un groupe national ethnique, religieux
ou linguistique différent des autres groupes à l'intérieur d'un Etat souverain. D'autres critères pris
ensemble s'appliquent à toutes les situations des minorités.
§3. Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques
religieuses et linguistiques
La Commission des droits de l'homme en sa 48 èmesession en 1992 avait adopté ce texte comme étant
le 1er acte ou la première manifestation de la communauté internationale de protéger les droits
spéciaux des minorités. Plus de 22 ans après, aucun effort n'a été fait pour transformer ces textes en
un traité.
N.B. : La plupart des Etats ont horreur des minorités car ils redoutent la sécession des Etats. C'est
pour cette raison que les Etats membres de l'ONU n'accordent pas une attention particulière à la
protection des minorités.
17
Sauf dans le cadre du Conseil de l’Europe, organisation internationale de développement démocratique et des droits de
l’homme dans l’espace européen.
23
Section 3. Droits des femmes
En dehors des instruments de protection généraux des droits de l'homme contenus dans la Charte
internationale des droits de l'homme, il y a lieu de citer :
La Commission de la condition de la femme établie en 1947 par l’ECOSOC est efficace dans la
promotion des droits fondamentaux des femmes.
En dehors des instruments généraux de protection des droits de l'homme, il y a lieu de citer :
La Convention de 1989 relative aux droits de l'enfant définit un enfant comme suit : « Tout être
humain, âgé de moins de 18 ans sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation lui
applicable ».
En dehors de tous les autres mécanismes de protection des droits de l'homme au niveau interne et
international, la Convention du 20 novembre 1989 a institué un Comité des droits de l'enfant qui a
pour mission de :
- Définir les dangers qui menacent le bien-être des enfants dans le monde ;
- Chercher des solutions pratiques à des problèmes spécifiques ;
24
- Mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires à la solution de ces
problèmes ;
- Sensibiliser et intéresser d'avantage le public à la protection et à la promotion des droits
de l'enfant;
- Commander des études spéciales pour les droits de l'enfant.
Les résolutions des Nations Unies et des agences spécialisées ont fait une mention particulière sur la
promotion et protection de cette catégorie des vulnérables avant l’adoption de la Convention
relative aux droits de personnes handicapées et le Protocole facultatif s’y rapportant.
En effet, des organismes s'occupant des droits de l'homme contribuent depuis longtemps à
l'amélioration du respect des droits des personnes avec handicap. Il existe des organes qui militent
pour la protection des droits des personnes avec handicap. Il s’agit de :
En effet la personne avec handicap est toute personne qui a un handicap physique, mental,
psychologique ou moral. Ce sont les personnes humaines qui n'ont pas ou plus leurs capacités et
devraient attirer l'attention des gouvernements. Et pourtant, ces personnes peuvent encore
contribuer au développement de leur pays si elles sont prises en charge. A ce sujet, il faut mettre en
place des structures qui peuvent contribuer énormément à la sauvegarde de leur dignité. Ainsi, elles
pourront travailler et cesseront d'être considérées comme une charge pour l'Etat. D’où la promotion
de la Convention dans les Etats où cette question n’est pas prise en compte.
La Convention relative aux droits des personnes handicapées est une convention internationale pour
« promouvoir, protéger et assurer » la dignité, l'égalité devant la loi, les droits humains et les libertés
fondamentales des personnes avec des handicaps en tous genres. L’objectif est la pleine jouissance
des droits humains fondamentaux par les personnes handicapées et leur participation active à la vie
politique, économique, sociale et culturelle.
Elle a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 13 décembre2006, et est entrée en
vigueur le 3 mai 2008. Il est à signaler que l’ONG Handicap International a participé activement au
processus d'élaboration de ce texte.
Au 23 avril 2014, 159 pays l'ont signée, et 154 pays l'ont ratifiée, dont la France et l'Union
européenne ainsi que la République Démocratique du Congo (Convention signée le 15 janvier 2008
et ratifiée le 25 septembre 2009).
25
Le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits des personnes handicapées
définit dans son article 1.1 4 ; la compétence du Comité des droits des personnes handicapées à :
« Recevoir et examiner les communications présentées par des particuliers ou groupes de particuliers
ou au nom de particuliers ou groupes de particuliers relevant de sa juridiction qui prétendent être
victimes d’une violation par cet État Partie des dispositions de la Convention. »
26
III. MECANISMES CONGOLAIS DE PROMOTION ET DE PROTECTION
DES LIBERTES FONDAMENTALES
Ce sont des instruments (Constitution, lois et règlements) ainsi que des institutions prévus par le
droit interne de la République démocratique du Congo en vue d’assurer la promotion et la protection
des droits et libertés fondamentaux. Il s’agit des garanties constitutionnelles, légales et
réglementaires.
27
CHAPITRE I : LES GARANTIES CONSTITUTIONNELLES DES DROITS ET LIBERTES
La Constitution est, d’après Hans KELSEN, au sommet de la hiérarchie des normes juridiques et de
fait et de droit elle coiffe toutes les autres sources de l’arsenal juridique au sein l’Etat, ce qui l'adapte
à pic aux exigences de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés
publiques. D’elle, les droits et libertés bénéficient de la notoriété et du prestige, d’où leur caractère
fondamental.
Il se dégage que l'ordre juridique apparaît comme un ordre logique dans la mesure où la multiplicité
des sources du droit impose que s'établisse logiquement une hiérarchie entre les normes. La réalité
juridique révèle à ce sujet que dans un Etat, c'est finalement la Constitution qui répartit la matière
normative et la loi ne peut exprimer, selon l'heureuse formule du Conseil constitutionnel français, la
volonté générale que dans le respect de la Constitution. Il s'en déduit donc deux légalités : l'une
constitutionnelle qui relève du pouvoir constituant et, l'autre, ordinaire puisqu'elle relève du pouvoir
législatif et réglementaire autonome18.
Dans son Préambule, la Constitution19 pose un certain nombre de principes et valeurs structuraux,
tels :
18
Dieudonné KALUBA DIBWA, Du contentieux constitutionnel en République démocratique du Congo. Contribution à l'étude
des fondements et des modalités d'exercice de la justice constitutionnelle, Thèse de droit public, Université de Kinshasa,
30 août 2010, p.6.
19
La doctrine fait état d'une conception politique de la notion de Constitution qui fait apparaître celle-ci tantôt comme un
outil d'organisation de l'Etat mais aussi celui de limitation du pouvoir du monarque et de garantie des libertés
individuelles tantôt comme un instrument de garantie de droits fondamentaux et de limitation des pouvoirs par leur
séparation. Lire à ce propos NTUMBA-LUABA LUMU (A.-D.), Droit constitutionnel général, Kinshasa, EUA, 2005, pp. 119-
120. Cité par Dieudonné KALUBA DIBWA, op. cit., p. 8.
28
Afin de matérialiser ces idéaux, le constituant a consacré le Titre II de la Constitution aux droits,
libertés et devoirs du citoyens et de l’Etat. En effet, il, le constituant, commence par poser les
principes structuraux avant de lister les droits et libertés y afférents.
a. Principes
- Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. (Art 11)
- Tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois.
(Art. 12)
- La non-discrimination, en matière d’éducation et d’accès aux fonctions publiques ni en
aucune autre matière. (Art. 13)
- La parité homme et femme dans les institutions nationales, provinciales et locales. (Art.
14)
- L’élimination des violences sexuelles. (Art. 15)
- La sacralité de la personne humaine. (Art. 16)
- La liberté individuelle ; la légalité des délits, des peines et de procédures ;
l’individualisation de la responsabilité pénale ; la non rétroactivité de la loi pénale ;
l’application de la loi la plus favorable et la présomption d’innocence. (Art. 17)
- L’information immédiate des motifs de son arrestation. (Art 18)
- La garde à vue ne peut excéder quarante-huit heures. A l’expiration de ce délai, la
personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l’autorité judiciaire
compétente. (Art. 18)
- Nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal. Tout individu, tout agent de
l’Etat est délié du devoir d’obéissance, lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte
manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques et des bonnes
mœurs. (Art. 28)
- Il convient de souligner que la preuve de l’illégalité manifeste de l’ordre incombe à la
personne qui refuse de l’exécuter.
- L’inviolabilité du domicile. (Art. 29)
29
- Le droit, en cas d’arrestation, d’entrer immédiatement en contact avec sa famille ou
avec son conseil, et le droit de tout détenu de bénéficier d’un traitement qui préserve sa
vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité. (Art. 18)
- Le droit à un procès équitable. (Art. 19, 20 et 21 )
- Nul ne peut être ni soustrait ni distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne.
- Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai raisonnable par le
juge compétent.
- Le droit de la défense est organisé et garanti.
- Toute personne a le droit de se défendre elle-même ou de se faire assister d’un
défenseur de son choix et ce, à tous les niveaux de la procédure pénale, y compris
l’enquête policière et l’instruction préjuridictionnelle. Elle peut se faire assister
également devant les services de sécurité.
- Les audiences des cours et tribunaux sont publiques, à moins que cette publicité ne soit
jugée dangereuse pour l’ordre public ou les bonnes mœurs. Dans ce cas, le tribunal
ordonne le huis clos.
- Tout jugement est écrit et motivé. Il est prononcé en audience publique.
- Le droit de former un recours contre un jugement est garanti à tous. Il est exercé dans
les conditions fixées par la loi.
- Le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. (Art. 22)
- Le droit à la liberté d’expression. (Art. 23)Ce droit implique la liberté d’exprimer ses
opinions ou ses convictions, notamment par la parole, l’écrit et l’image, sous réserve du
respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs.
- Le droit à l’information. (Art. 24)
- La liberté des réunions pacifiques et sans armes est garantie sous réserve du respect de
la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs. (Art 25)
- La liberté de manifestation est garantie. (Art. 26)Toutefois, toute manifestation sur les
voies publiques ou en plein air, impose aux organisateurs d’informer par écrit l’autorité
administrative compétente. Nul ne peut être contraint à prendre part à une
manifestation.
- Le droit, à tout congolais, d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à
l’autorité publique qui y répond dans les trois mois. (Art. 27)A ce propos, nul ne peut
faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille
initiative.
- Le droit, à toute personne, de circuler librement sur le territoire de la République, d’y
fixer sa résidence, de le quitter et d’y revenir, dans les conditions fixées par la loi. (Art.
30) .Aucun Congolais ne peut être ni expulsé du territoire de la République, ni être
contraint à l’exil, ni être forcé à habiter hors de sa résidence habituelle.
- Le droit, à toute personne, au respect de sa vie privée et au secret de la correspondance,
de la télécommunication ou de toute autre forme de communication. Il ne peut être
porté atteinte à ce droit que dans les cas prévus par la loi. (Art. 31)
30
- Tout étranger qui se trouve légalement sur le territoire national jouit de la protection
accordée aux personnes et à leurs biens dans les conditions déterminées par les traités
et les lois. Il est tenu de se conformer aux lois et règlements de la République. (Art. 32)
- Le droit d’asile est reconnu. (Art. 33)Pour ce faire, la République Démocratique du
Congo accorde, sous réserve de la sécurité nationale, l’asile sur son territoire aux
ressortissants étrangers, poursuivis ou persécutés en raison, notamment, de leur
opinion, leur croyance, leur appartenance raciale, tribale, ethnique, linguistique ou de
leur action en faveur de la démocratie et de la défense des droits de l’homme et des
peuples, conformément aux lois et règlements en vigueur. Il est interdit à toute
personne jouissant régulièrement du droit d’asile d’entreprendre toute activité
subversive contre son pays d’origine ou contre tout autre pays, à partir du territoire de
la République Démocratique du Congo. Les réfugiés ne peuvent ni être remis à l’autorité
de l’Etat dans lequel ils sont persécutés ni être refoulés sur le territoire de celui-ci. En
aucun cas, nul ne peut être acheminé vers le territoire d’un Etat dans lequel il risque la
torture, des peines ou des traitements cruels, dégradants et inhumains.
a. Principes
La propriété privée est sacrée. (Art. 34), Cela sous-entend :
b. Droits et libertés
20
Une partie de la doctrine estime que ce droit fait aussi partie des droits de la première génération étant donné son
encadrement par des lois strictes dans le domaine de la succession. En effet, lorsque le droit à la succession du conjoint
survivant, des orphelins et autres ayants droit est garanti, le droit à la propriété de ces infortunés est assuré.
31
- Le droit au travail, la protection contre le chômage et une rémunération équitable et
satisfaisante assurant au travailleur ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la
dignité humaine, complétée par tous les autres moyens de protection sociale,
notamment, la pension de retraite et la rente viagère. (Art. 36)Tout Congolais a le droit
et le devoir de contribuer par son travail à la construction et à la prospérité nationale.
- La liberté d’association. (Art. 37)
- La liberté syndicale est reconnue et garantie. (Art. 38)
- Le droit de grève est reconnu et garanti. (Art. 39)
- Cependant, ce droit s’exerce dans les conditions fixées par la loi qui peut en interdire ou
en limiter l’exercice dans les domaines de la défense nationale et de la sécurité ou pour
toute activité ou tout service public d’intérêt vital pour la nation.
- Le droit de se marier21 avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une
famille. (Art. 40)
- Tout enfant mineur a le droit de connaître les noms de son père et de sa mère.
- Il a également le droit de jouir de la protection de sa famille, de la société et des
pouvoirs publics. (Art.41)
- L’abandon et la maltraitance des enfants, notamment la pédophilie, les abus sexuels
ainsi que l’accusation de sorcellerie sont prohibés et punis par la loi.
- Les parents ont le devoir de prendre soin de leurs enfants et d’assurer leur protection
contre tout acte de violence tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du foyer.
- Le droit à l’éducation scolaire. Il y est pourvu par l’enseignement national. (Art. 43)
- Les parents ont le droit de choisir le mode d’éducation à donner à leurs enfants.
- Le droit à la culture, la liberté de création intellectuelle et artistique, et celle de la
recherche scientifique et technologique sont garantis sous réserve du respect de la loi,
de l’ordre public et des bonnes mœurs. (Art. 46)
- Le droit à la santé et à la sécurité alimentaire est garanti. (Art. 47)
- Le droit à un logement décent, le droit d’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique
sont garantis. (Art. 48)
- Protection, par l’Etat, des droits et les intérêts légitimes des Congolais qui se trouvent
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. (Art. 50)
- Le devoir d’assurer et de promouvoir la coexistence pacifique et harmonieuse de tous
les groupes ethniques du pays. (Art. 51)
- L’Etat assure également la protection et la promotion des groupes vulnérables et de
toutes les minorités.
21
Ce droit est repris dans la deuxième génération dans la constitution congolaise mais il relève bel et bien des droits de la
première génération, car aucun effort, de la part de l’Etat, est attendu. Cependant, si le constituant l’a intégré dans la
deuxième génération, c’est par rapport aux moyens recherchés par les futurs conjoints en vue de répondre aux exigences
du ménage.
32
- La protection de l’environnement et à la santé des populations. (Art. 53)
- La réparation ou la compensation en cas de pollution ou destruction environnementale.
(Art. 54)
- La criminalisation des activités, portant atteintes à l’environnement (Art. 55) et des
pillages des ressources ou richesses naturelles, notamment s’ils sont le fait d’une
personne investie d’autorité publique (Art. 56 et 57)
- La justice sociale dans la jouissance des richesses nationales. (Art. 58)
- Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales consacrés dans la
Constitution s’impose aux pouvoirs publics et à toute personne. (Art. 60)
- L’intangibilité des droits, principes et libertés du noyau dur. (Art. 61)Il s’agit de :
le droit à la vie ;
l’interdiction de la torture et des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants ;
l’interdiction de l’esclavage et de la servitude ;
le principe de la légalité des infractions et des peines ;
les droits de la défense et le droit de recours ;
l’interdiction de l’emprisonnement pour dettes ;
la liberté de pensée, de conscience et de religion.
Pour renforcer la protection des droits et libertés, les dispositions ci-haut sont verrouillées à l’article
220 qui dispose à son alinéa 2 :
« Est formellement interdite toute révision constitutionnelle ayant
pour objet ou pour effet de réduire les droits et libertés de la
personne ou de réduire les prérogatives des provinces et des entités
territoriales décentralisées ».
b. Droits et libertés
- Le droit à la paix et à la sécurité, tant sur le plan national qu’international. (Art. 52)
- A cet effet, Aucun individu ou groupe d’individus ne peut utiliser une portion du
territoire national comme base de départ d’activités subversives ou terroristes contre
l’Etat congolais ou tout autre Etat.
- Le droit à un environnement sain et propice à son épanouissement intégral. (Art. 53)
- Le droit, à tout congolais, de jouir du patrimoine commun de l’humanité. (Art. 59)
22
Dieudonné KALUBA DIBWA, op cit, p.6.
33
Section 2 : les garanties institutionnelles23
Elles regroupent l’ensemble des institutions habilitées par la Constitution à assurer la protection des
droits constitutionnels. Il s’agit, dans le langage courant, de ce que l’on appelle les mécanismes
juridictionnels et des mécanismes quasi-juridictionnels.
Ce sont les plus efficaces, en ce sens qu’ils disposent du pouvoir d’imposer, par la force, le respect
des droits constitutionnels. Comme l’affirme fort opportunément l’article 150, alinéa 1 er de la
Constitution du 18 février 2006, « Le Pouvoir judiciaire est le garant des libertés individuelles et des
droits fondamentaux des citoyens ». Sans s’attarder sur la distinction « libertés individuelles – droits
fondamentaux », il faut constater que, des trois pouvoirs traditionnels de l’Etat, seul le « Pouvoir
judiciaire » est ainsi expressément désigné par le Constituant « garant » des droits constitutionnels -
ceux proclamés dans la Constitution - , voire d’autres droits - ceux proclamés dans d’autres
instruments juridiques-.
Le « pouvoir judiciaire » ayant été dévolu, aux termes de l’article 149, alinéa 1 er, de la même
Constitution, « aux cours et tribunaux qui sont : la Cour constitutionnelle, la Cour de cassation, le
Conseil d’Etat, la Haute Cour militaire, les cours et tribunaux civils et militaires … », c’est en somme à
l’ensemble des juridictions de l’ordre constitutionnel, de l’ordre administratif et de l’ordre judiciaire
qu’est ainsi confiée la mission de protection des droits constitutionnels. On soulignera ici plus
particulièrement le rôle joué, en ce domaine, par la Cour constitutionnelle, par la juridiction
administrative et par la juridiction judiciaire.
La Cour constitutionnelle assure la protection des droits humains à travers l’ensemble des
contentieux lui dévolus, qu’il s’agisse du contrôle de la constitutionnalité des normes juridiques
(contentieux normatif), du contrôle de la régularité et de l’authenticité des manifestations de la
volonté populaire (contentieux électoral et référendaire), du contrôle du respect des règles
répartitrices de compétences entre pouvoirs publics
(contentieux relatif aux conflits de compétence), du jugement pénal de certaines autorités politiques
(contentieux pénal) ou du contrôle du respect proprement dit des droits constitutionnels
(contentieux des droits constitutionnels).
NB : Il n’existe pas, en droit positif congolais, de recours constitutionnel direct devant le juge
constitutionnel pour la protection des droits constitutionnels, à l’instar de ce qui existe dans les
systèmes allemand, espagnole et portugais. Cette situation est réglée par l’article 49 de la de loi
n°13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la Cour Constitutionnelle,
aux termes duquel, précisément pour la protection de ces droits,
34
lorsqu’ils portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne
humaine ou aux libertés publiques ».
Comme juge pénal, les juridictions de l’ordre judiciaire assurent la protection des droits
constitutionnels de deux manières : d’une part, en faisant application directe des garanties
judiciaires prévues aux articles 17, 18, 19, 20 et 21 de la Constitution
(principe de la primauté de la liberté sur la détention ; principe de la légalité des crimes, des
poursuites, des détentions, des condamnations et des peines ; principe de la proportionnalité
des peines ; principe de la rétroactivité de la loi pénale douce ; principe de la responsabilité
pénale individuelle ; principe de la présomption d’innocence ; principe de la publicité des
audiences ; principe de la motivation des jugements ; droit d’être informé, dans sa langue,
des motifs de son arrestation et toute accusation portée contre soi ; droit d’être informé de
ses droits en cas d’arrestation ; droit d’entrer en contact avec sa famille ou avec son conseil
en cas de garde à vue ; droit à un traitement digne en cas de détention ; droit au juge que la
loi assigne ; droit à un procès raisonnable ; droits de la défense ; droit au recours contre un
jugement) ; d’autre part, en sanctionnant pénalement des comportements liberticides
préalablement érigés en infractions par le législateur (ex : meurtre et assassinat sanctionnés
comme atteinte au droit à la vie ; arrestations arbitraires et détentions illégales sanctionnées
comme atteintes à la liberté individuelle ; diffamations et dénonciations calomnieuses
sanctionnées comme atteintes au droit à l’honneur et à la dignité, etc.).
35
Comme juge civil, ces juridictions protègent les droits constitutionnels en les transformant
en droits directement justiciables et pécuniairement utiles pour les victimes des dommages
civils (ex : une atteinte à l’honneur et à la dignité qui se solde par l’allocation d’une
indemnité).
Sans s’attarder sur la nébuleuse des associations de défense des droits de l’homme existant au Congo
qui renforcent et fournissent de la matière aux mécanismes quasi-juridictionnels ; il sied de signaler
la pratique récurrente de l’institution d’un mécanisme gouvernemental de promotion et de
protection des droits de l’homme (sur base des Principes de Paris de 1993), alors même que, partant
de l’expérience suédoise, l’idée de l’instauration d’une Commission Nationale des Droits de l’Homme
a été concrétisée par l’entremise d’une loi. A cet effet, nous allons développer ce mécanisme dans les
garanties légales.
Elles concernent un certain nombre de principes, usités dans toute procédure, s’analysant en terme
de conditions de jouissance, voire d’existence, des droits proclamés dans la Constitution. Parmi ces
principes, on citerait : l’applicabilité directe des normes constitutionnelles relatives aux droits
fondamentaux, la réserve de compétence législative en matière de création ou d’aménagement des
droits fondamentaux, le caractère exceptionnel et conditionné des suspensions de garanties relatives
aux droits fondamentaux et l’interdiction de réduction du niveau de reconnaissance ou de protection
des droits fondamentaux.
§1. Le principe de l’applicabilité directe des normes constitutionnelles relatives aux droits
fondamentaux
Contrairement aux Constitutions portugaise (article 18) et espagnole (article 53-3), ce principe n’est
affirmé nulle part en droit positif congolais. Il découle cependant tant de l’autorité de la Constitution
que de la légistique constitutionnelle.
En tant que norme suprême de l’Etat, il est normal que les droits affirmés dans la
Constitution bénéficient d’un prestige et d’une autorité spéciale qui les met à l’abri de toute
négligence ou de toute minoration de la part des pouvoirs constitués. Ce caractère découle
directement de l’origine des normes constitutionnelles, en tant qu’elles sont prescrites par
un pouvoir suprême : le Pouvoir constituant originaire.
Etant édictées par ce pouvoir suprême, il n’appartient en principe qu’à ce dernier de définir
les conditions d’applicabilité de ses normes.
36
« Toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son arrestation
et de toute accusation portée contre elle, et ce, dans la langue qu’elle comprend » (article
18, al. 1er). Parfois même, ces affirmations ne sont accompagnées d’aucune réserve ou
d’aucune délégation de pouvoirs (ex. article. 12: « Tous les Congolais sont égaux devant la loi
et ont droit à une égale protection des lois »). Ce caractère décisif de la norme
constitutionnelle lui confère toute son autorité, c’est-à-dire tous les attributs de la norme
applicable. Par conséquent, et sauf dérogation ou habilitation expresse du Constituant, la
norme constitutionnelle, et spécialement celle relative aux droits fondamentaux, ne doit
souffrir d’aucune « conditionnalité » avant son application.
Si, par dérogation au principe précédent, le Constituant consent tout de même de conditionner
l’applicabilité d’une norme constitutionnelle à la réunion d’un certain nombre d’exigences, de
contraintes ou d’éléments, il est de tradition démocratique que le pouvoir de définir ces conditions
revienne, non plus au pouvoir exécutif (accusé d’être le bourreau des droits de l’homme) ou au
pouvoir judiciaire (chargé du contrôle de l’exécution des lois en matière des droits de l’homme), mais
au pouvoir législatif (censé offrir plus de garanties de protection de ces droits). En conséquence, la
plupart des Constitutions modernes réservent à la loi le pouvoir de définir les modalités d’exécution,
voire de création, des normes constitutionnelles relatives aux droits fondamentaux.
En vertu des principes gouvernant toute délégation de pouvoir, cette réserve de compétence
législative doit cependant être expresse, c’est-à-dire découler directement du texte de la
Constitution. Ainsi par exemple, dans l’article 12 de la Constitution déjà cité (principe de l’égalité des
congolais devant la loi), il ne saurait se concevoir une intervention du législateur, en tout cas pas
dans le sens de la réduction du droit ainsi affirmé, puisque le Constituant ne l’a pas prévu. A
contrario, si, pour l’application d’une norme constitutionnelle relative aux droits fondamentaux, le
Constituant a prévu l’intervention d’une loi – soit « pour fixer les modalités d’exécution de ce droit »,
soit pour soumettre l’exercice de ce droit « au respect de la loi » - la jouissance d’un tel droit risque
de demeurer théorique si pareille loi n’est pas intervenue. Ainsi en avait décidé la Cour suprême de
Justice à propos, par exemple, de la liberté de réunion et de manifestation (CSJ, arrêt Bavela Vuadi et
crts…). Il faut cependant critiquer cette jurisprudence parce que la non-intervention de la loi ne peut
aucunement aboutir à la négation du droit déjà affirmé, du moins dans son principe, par la
Constitution. Il n’en reste pas moins vrai que, parmi les trois pouvoirs traditionnels de l’Etat, seul le
pouvoir législatif a reçu expressément mission, de la part du Constitution, de « fixer les règles »
relatives aux droits fondamentaux.
37
§3. Le caractère exceptionnel et conditionné des limitations des garanties relatives aux droits
fondamentaux
L’importance accordée aux droits constitutionnels a poussé le Constituant jusqu’à prévoir des
mesures spéciales de leur protection en cas de survenance des circonstances exceptionnelles
affectant la vie de l’Etat et de la Nation. Il s’agit, comme le prévoient les articles 85 et 86 de la
Constitution congolaise du 18 février 2006, de l’état d’urgence et de l’état de siège. Conformément à
la théorie générale, lorsque sont survenues ces circonstances, le Constituant autorise le Président de
la République, après une série de consultations, à substituer à la « légalité ordinaire » une « légalité
exceptionnelle » (art. 85 et 86 combinés aux articles 144 et 145 de la Constitution).
Mais, comme le souligne l’article 61 de la Constitution,
En règle générale, il ne peut y avoir ni suspension ni dérogation aux droits fondamentaux. Toutefois,
lorsque surviennent certaines circonstances exceptionnelles, le Constituant autorise pareilles
suspension ou dérogation, à condition que l’autorité chargée de la conduite des affaires de l’Etat en
ce moment respecte un certain nombre de conditions posées dans la Constitution. Et si ces
conditions sont réunies, il ne peut tout de même pas être porté atteinte aux droits énumérés à
l’article 61 de la Constitution. Tout ceci souligne, en fin de compte, le caractère exceptionnel et
conditionné des limitations des droits fondamentaux.
La Constitution congolaise du 18 février 2006 s’illustre notamment par sa perspicacité à avoir prévu,
aux termes de son article 220, une série de matières jugées intangibles, c’est-à-dire les matières sur
lesquelles aucune révision constitutionnelle n’est possible. L’alinéa 2 de cet article concerne plus
spécifiquement les droits fondamentaux :
Cette disposition constitutionnelle doit être interprétée à deux niveaux : d’abord au niveau de la
portée de la révision constitutionnelle elle-même : celle-ci ne doit avoir ni « pour objet » ni « pour
effet » de réduire les droits fondamentaux ; ensuite au niveau du statut des droits fondamentaux
eux-mêmes : l’interdiction de la révision, et par conséquent de la réduction, concerne aussi bien leur
« reconnaissance » que leur « protection ».
38
Ce qui signifie, d’une part, que la liste et, d’autre part, que les garanties des droits fondamentaux ne
doivent, en aucune manière, subir de réduction du fait de la révision constitutionnelle.
39
CHAPITRE II : MECANISMES LEGAUX ET REGLEMENTAIRES
Si la Constitution ne pose que des principes généraux, il appartient aux lois et règlements d’expliquer
en des termes explicites voire prévoir les matières spécifiques relevant du domaine de la loi.
A ce propos, quelques textes légaux et règlementaires méritent d’être mis en exergue, vu leur
pertinence dans la promotion et la protection des droits de l’homme et libertés publiques, il s’agit
notamment de la Loi portant création, organisation et fonctionnement de la Commission Nationale
des Droits de l’Homme, du Conseil Supérieur de l’Audiovisuelle et de la Communication et de la
Commission Electorale Nationale Indépendante.
Par la Loi organique n° 13/011 du 21 mars 2013 portant institution, organisation et fonctionnement
de la Commission Nationale des Droits de l'Homme, la RDC s’est dotée d’une Institution d’appui à la
démocratie.
Le respect de la dignité et de la valeur humaine constitue la substance des droits de l'homme. Ces
derniers jouissent, sur le plan international, d'une légitimité qui leur confère un poids moral
incontestable et qui conduit les Etats et Gouvernements membres des Nations Unies à ratifier des
traités et à se soumettre librement aux obligations contraignantes en la matière. Ce même effort a
prévalu en République Démocratique du Congo, à travers la mise en place de plusieurs structures,
notamment celle du Ministère des Droits et Libertés des Citoyens, diversement dénommé selon les
époques, ainsi que celle de l'Observatoire National des Droits de l'Homme, institué par le Parlement
de Transition en application de la résolution n° 8/DIC/CHSC du Dialogue Intercongolais.
Par ailleurs, il est important de souligner la détermination dont la société civile congolaise a fait
montre dans ce domaine ces vingt dernières années. En dépit de ces multiples entreprises pour la
promotion et la protection des droits de l'homme, la République Démocratique du Congo accuse,
dans ce secteur, un déficit qui impose des innovations induites par le processus démocratique,
cristallisé dans la Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée par la Loi n° 11/002 du 20 janvier
2011 portant révision de certains articles.
En effet, pour réaffirmer son attachement au respect des droits de l'homme et aux libertés
fondamentales, la Constitution s'appesantit largement sur les droits civils et politiques, les droits
économiques, sociaux et culturels, ainsi que sur les droits collectifs garantis par l'Etat.
40
Pour confirmer cette volonté politique, elle offre, dans son article 222, alinéa 3, la possibilité de créer
une institution d'appui à la démocratie. Cette institution, en l'occurrence la Commission Nationale
des Droits de l'Homme, est un mécanisme mis en place par la présente Loi qui s'assigne comme
objectif d'aider les pouvoirs publics à assumer correctement leurs obligations constitutionnelles en la
matière.
La Commission Nationale des Droits de l'Homme, CNDH en sigle, est un organisme technique et
consultatif chargé de la promotion et de la protection des droits de l'homme.
Elle veille au respect des droits de l'homme et des mécanismes de garantie des libertés
fondamentales. Dans l'accomplissement de sa mission, la CNDH n'est soumise qu'à l'autorité de la
Loi.
La CNDH exerce son action à l'égard des personnes physiques ou morales tant publiques que privées
se trouvant sur le territoire national ou à l'étranger. Elle exerce son action à l'égard des personnes
physiques, victimes ou auteurs, et des personnes morales auteurs des violations des droits de
l'homme en République Démocratique du Congo. Elle exerce également son action à l'égard des
personnes physiques de nationalité congolaise se trouvant à l'étranger, victimes ou auteurs des
violations des droits de l'homme.
24
Principes concernant le statut et le fonctionnement des institutions nationales pour la protection et la promotion des
droits de l'homme. Ils constituent une série exhaustive de recommandations sur le rôle, la composition, le statut et les
fonctions des institutions nationales chargées des droits de l'homme. Ces recommandations, qui ont été approuvées par la
Commission des droits de l'homme en mars 1992, (résolution 1992/54) et par l'Assemblée générale (résolution
A/RES/48/134 du 20 décembre 1993).
41
- Renforcer les capacités d'intervention des associations de défense des droits de
l'homme ;
- Veiller à l'application des normes juridiques nationales et des instruments juridiques
régionaux et internationaux relatifs aux droits de l'homme dûment ratifiés par la
République Démocratique du Congo ;
- Régler certains cas de violation des droits de l'homme par la conciliation;
- Formuler des recommandations pour la ratification des instruments juridiques régionaux
et internationaux des droits de l'homme ;
- Promouvoir et veiller à l'harmonisation de la législation, des règlements et des pratiques
nationaux avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme dûment
ratifiés par la République Démocratique du Congo ;
- Dresser des rapports sur l'état d'application des normes nationales et des instruments
juridiques internationaux en matière des droits de l'homme ;
- Contribuer à la préparation des rapports que la République Démocratique du Congo
présente devant les organisations internationales, en application de ses obligations
conventionnelles dans le domaine des droits de l'homme ;
- Examiner la législation interne relative aux droits de l'homme et faire des
recommandations pour son ordonnancement législatif ;
- Formuler des suggestions susceptibles de susciter le sens des devoirs indispensable à la
promotion collective des droits de l'homme ;
- Emettre des avis et faire des propositions au Parlement, au Gouvernement et aux autres
institutions concernant les questions relatives à la promotion et à la protection des
droits de l'homme ainsi qu'au droit international humanitaire et à l'action humanitaire ;
- Développer des réseaux et des relations de coopération avec les institutions de la
République, les organisations locales, nationales et internationales poursuivant les
mêmes objectifs ;
- Exercer toute autre attribution ou activité rentrant dans le cadre de sa mission.
La CNDH publie le rapport annuel sur ses activités et le transmet au Président de la République, à
l'Assemblée Nationale, au Sénat, au Gouvernement, à la Cour Constitutionnelle, à la Cour de
Cassation, au Conseil d'Etat, à la Haute Cour Militaire et aux Parquets près ces juridictions. Ce rapport
fait l'objet d'un débat à l'Assemblée Nationale.
Elle publie et leur adresse, en outre, des rapports semestriels sur la situation générale des droits de
l'homme en République Démocratique du Congo et des rapports ponctuels chaque fois que la
situation l'exige. Ces rapports sont publiés dans un site Internet.
§3. Composition
Article 14 : La CNDH est représentative des forces sociales engagées dans la promotion et la
protection des droits de l'homme. Elle est composée de neuf membres, chaque genre étant
représenté par au moins trente pour cent des membres. Il s'agit de :
42
- représentant des organisations non gouvernementales des droits de l'homme;
- un représentant des ordres professionnels;
- un représentant des syndicats;
- un représentant des universitaires;
- deux représentants des confessions religieuses;
- un représentant des personnes avec handicap;
- un représentant des organisations non gouvernementales des droits spécifiques de la
femme;
- un représentant des personnes vivant avec le VIH/Sida.
Article 15 : Nul ne peut devenir membre de la CNDH s'il ne remplit les conditions ci- après:
Article 16 : Les membres de la CNDH sont choisis par l'Assemblée Nationale sur une liste de 2
personnalités par groupe, dont une femme, désignées par leurs pairs. Les représentants des
confessions religieuses sont choisis par l'Assemblée Nationale sur une liste de 4
personnalités, dont deux femmes, désignées par leurs pairs.
§4. Procédures
Article 28 : Toute personne physique victime de violation des droits de l'homme peut saisir la
CNDH. De même, un groupe de personnes peut collectivement saisir la CNDH. Les
organisations légalement constituées, ayant la défense et la promotion des droits de
l'homme dans leurs missions, peuvent aussi saisir la CNDH en lieu et place des victimes. La
CNDH peut également se saisir d'office.
Article 29 : Toute personne physique ou toute organisation ayant saisi la CNDH ne peut être
inquiétée. Les autorités tant civiles que militaires assurent sa protection. Cette protection
s'étend aux proches de la victime, aux membres de l'organisation ainsi qu'aux témoins.
43
Article 31 : Sous réserve du respect des droits et libertés garanties par la Constitution, la
CNDH a le pouvoir d'accéder à tout lieu pour vérifier les allégations relatives aux violations
des droits de l'homme.
Article 32 : L’anonymat n’est accordé à toute personne qui le requiert pour son témoignage
devant la CNDH.
Comme acteur du processus électoral, le CSAC fixe les règles de productions, de programmations, et
de défissions des émissions relatives aux campagnes électorales à travers les medias audio-visuels et
la presse écrite ainsi que tout autre moyen d’information et de communication de masses.
25
Cette question sera développée dans la nouvelle édition du droit congolais de l’information en cours d’élaboration dans
le cadre d’une recherche institutionnelle.
26
Journal Officiel de la République Démocratique du Congo, no spécial du 16 janvier 2011.
44
En effet, si la liberté d’expression est largement considérée comme la liberté la plus fondamentale
qui existe en régime démocratique, c’est principalement en raison des fondements, associés au
libéralisme, qui sont invoqués au soutien de cette liberté. En effet, sans liberté d’expression
politique, aucune autre liberté ne pourrait être reconnue et protégée législativement ou
constitutionnellement : « Il est difficile d’imaginer une liberté garantie qui soit plus importante que la
liberté d’expression dans une société démocratique. En effet, il ne peut y avoir de démocratie sans la
liberté d’exprimer de nouvelles idées et des opinions sur le fonctionnement des institutions
publiques »27.
Cette désignation tient compte de l’expertise dans le secteur des médias, de la représentation
nationale ainsi que de celle de la femme.
Article 25 : Nul ne peut être membre du Conseil s’il ne remplit les conditions suivantes :
27
Stéphane Bernatchez, « La signification du droit à la liberté d’expression au crépuscule de l’idéal » in Les Cahiers de droit,
vol. 53, n° 4, 2012, p. 688-689.
45
Article 27 : Avant d’entrer en fonction, les membres du Conseil sont présentés à la Nation
successivement par l’Assemblée nationale et le Sénat siégeant en séance plénière.
En tant qu’institution d’appui à la démocratie, cette Commission est appelée à jouer un rôle
catalyseur dans l’organisation des élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées et dans
la consolidation de l’Etat de droit en République Démocratique du Congo.
Ainsi, la CENI est composée de 13 délégués, respectivement désignés par les forces politiques de
l’Assemblée nationale à raison de 6 délégués dont 2 femmes par la Majorité et de 4 dont une femme
par l’Opposition politique. La société civile y est représenté par 3 délégués, respectivement de:
- Confessions religieuses ;
- Organisations féminines et de défense des droits de l’homme ; et
- Organisations d’éducation civique et électorale.
46
Section 4. Garanties des libertés fondamentales dans une affaire civile (voir
communications dans les annexes – Annexes 1 & 2)
Section 5. Garanties des libertés fondamentales dans une affaire pénale (voir
communication dans les annexes – Annexe 3)
47
IV. MECANISMES INTERNATIONAUX DE PROMOTION ET DE
PROTECTION DES DROITS ET LIBERTES FONDAMENTAUX EN
PERIODE DE PAIX
« Les droits de l'homme ne sont pas seulement un idéal abstrait, ils constituent des droits réels, des
droits justiciables », affirme le professeur Emmanuel DECAUX. La garantie la plus importante réside
dans l'existence d'un mécanisme de protection qui constitue l'ultime recours des victimes des
violations face à la dictature de l'arbitraire.
Les Nations Unies ont su répondre à cette préoccupation car il existe différentes institutions et
agences de droits de l'homme onusiennes qui ont en commun le but de promouvoir et de protéger
les droits humains - civils, culturels, économiques, politiques et sociaux- qui ont été l'objet d'accords
internationaux. Chaque personne y a droit de manière égale.
Le système des Nations Unies pour la promotion et la protection des droits de l'homme est constitué
de deux types d'organismes : il s'agit de ceux créés sous la Charte des Nations Unies, d'une part ; et
ceux crées par les traités internationaux des droits de l'homme, d'autre part adoptés par l’Assemblée
Générale des Nations Unies. Il y a lieu de commencer par ceux qui s’avèrent efficaces : les
mécanismes relevant des Traités et diverses conventions.
48
CHAPITRE I : MECANISMES UNIVERSELS
§1. Mécanisme du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : Le Comité des droits de
l’homme
Le 16 décembre 1966, par la Résolution 2200 A (XXI), l'Assemblée Générale de l'ONU adoptait trois
instruments à valeur de traité, c'est-à-dire obligatoires à l'égard des Etats qui les auront ratifiés. Il
s'agit du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), du Pacte International relatif
aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et du Protocole facultatif se rapportant au
premier Pacte dont l'objet est de préciser et de développer les droits reconnus dans la DUDH. Le
PIDESC n'étant pas garanti d'une grande effectivité parce que la réalisation des droits qu'il reconnaît
dépend, avant tout, des ressources économiques des Etats, il se borne à énoncer des objectifs ou des
standards plutôt que des engagements précis et contraignants. Il en va autrement du PIDCP qui
« renferme un catalogue fort élaboré de droits concrets et effectifs » dont l'exigibilité est immédiate
et dont lesdits droits concernent les individus et non les groupes.
Le contrôle international des obligations souscrites en adhérant tant au PIDCP qu'au Protocole
facultatif s'y rapportant s'effectue par des mécanismes qui furent ouverts à la signature des Etats. Il
s'agit, d'abord, de la soumission par les Etats parties des rapports périodiques et, ensuite, du
contrôle sur plaintes qui porte sur les faits précis constituant une violation alléguée d'obligations
conventionnelles. Les deux techniques sont utilisées devant le « Comité des droits de l'homme »,
organe de contrôle créé en vertu des articles 28 et suivants du PIDCP, composé de 18 membres
ressortissants des Etats parties et élus par eux pour quatre ans qui siègent à titre individuel et
doivent posséder une compétence reconnue, dans le domaine des droits de l'homme.
§2. Le système des rapports périodiques : un dialogue constructif avec les Etats
En tant qu'organe de « conseil et surveillance », le Comité des droits de l'homme a pour fonction
principale l'examen des rapports présentés par les Etats parties « sur les mesures qu'ils auront
arrêtées et qui donnent effet aux droits reconnus dans le [...] Pacte et sur les progrès réalisés dans la
jouissance de ces droits ». Le texte n’ajoute que les « rapports devront indiquer, le cas échéant, les
facteurs et les difficultés qui affectent la mise en œuvre des dispositions du présent Pacte ».
L'autre volet du système de contrôle institué par le Pacte est représenté par les communications ou
les plaintes qui donnent au Comité des droits de l'homme la qualité pour connaître des atteintes
précises aux droits énoncés dans le Pacte.
49
Section 2. Mécanisme du Traité de Rome : La cour pénale internationale
La Cour pénale internationale est une juridiction permanente chargée de juger les personnes
accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d'agression et de crime de guerre.
Depuis le 1er avril 2015, 124 États sur les 193 États membres de l'ONU ont ratifié le Statut de Rome et
acceptent l'autorité de la CPI. Trente-deux États supplémentaires, dont la Russie et les États-Unis
d’Amérique, ont signé le Statut de Rome mais ne l’ont pas ratifié. Certains, dont la Chine, l’Inde et
Israël, émettent des critiques au sujet de la Cour et n’ont pas signé le Statut 28.
À ce jour, la Cour a ouvert une procédure d’enquête dans sept cas, tous en Afrique : l’Ouganda, la
République démocratique du Congo, la République de Centrafrique, le Darfour (Soudan), la
République du Kenya, la Libye et la Côte d’Ivoire. La Cour a mis en accusation seize personnes, dont
sept sont en fuite, deux sont décédées (ou supposées telles), quatre sont en détention, et trois se
sont présentées volontairement devant la Cour. Une enquête est ouverte sur le Mali.
Le premier procès de la CPI, celui du CongolaisThomas Lubanga pour crimes de guerre, avait
commencé le 26 janvier 2009. Le 14 mars 2012, Thomas Lubanga avait été reconnu coupable de
crimes de guerre. C'est le premier jugement de la Cour pénale internationale. Le deuxième jugement
a acquitté, en date du 18 décembre 2012 en Chambre de première instance et confirmé le 27 février
2015 en Chambre d’appel, le sieur Mathieu Ngudjolo Chui qui est rentré en République
Démocratique du Congo après le rejet de sa demande d’asile au Pays-Bas et en Suisse.
§1. Fonctionnement
Les États parties ou le Conseil de Sécurité de l'ONU peuvent déférer au Procureur des situations
concernant des crimes relevant de la compétence de la Cour. Le Procureur, après examen des
renseignements disponibles, décide d'ouvrir -ou non- une enquête.
28
La Palestine est le 123è Etat partie avec toute la controverse.
50
Le Procureur peut, aussi, décider d'ouvrir une enquête de sa propre initiative sur base des
renseignements reçus. Avant de le décider, il doit demander à la Chambre préliminaire de l'y
autoriser.
Les enquêtes du Procureur s'étendent à tous faits et éléments de preuve pertinents pour évaluer la
responsabilité pénale des personnes impliquées. Le Procureur enquête à charge et à décharge.
Au cours d'une enquête, chaque situation est assignée à une Chambre préliminaire qui devient, de
par cette saisine, responsable des aspects juridiques de la procédure. C’est l’audience de
confirmation des charges.
En cas de confirmation des charges par ladite Chambre, l'affaire est assignée à une Chambre de 1 re
instance composée de 3 juges : procédure équitable et diligente / respect de la présomption
d'innocence.
Si condamnation il y a, la peine maximale est de 30 ans d'emprisonnement (Principe) et, dans des cas
extrêmes, la réclusion à perpétuité.
La Chambre est, aussi, compétente pour accorder des réparations aux victimes.
Il existe une possibilité d'appel contre les décisions / ordonnances de la Chambre de 1 re instance
devant la Chambre d'appel composée de 5 juges.
a. Composition
2. Les Chambres : elles se chargent des fonctions judiciaires (juger les prévenus). Les
Chambres sont composées de juges qui sont élus par les États parties pour un mandat
d'une durée de trois, six ou neuf ans. Tous les juges sont originaires des États parties. Les
chambres sont au nombre de trois :
51
3. Le Bureau du Procureur : il se compose du Procureur (et éventuellement de Procureurs
adjoints) qui est élu pour 9 ans par l'Assemblée des États parties. Le rôle du Procureur
est d'ouvrir et de diriger les enquêtes, de proposer l'inculpation des accusés aux
chambres et de rassembler des preuves à présenter lors des procès, où il mène
l'accusation.
Le Bureau du Procureur est un organe indépendant de la Présidence et du Greffe, et
gère en autonomie son budget et son organisation. Le Procureur a un pouvoir
discrétionnaire à l'heure d'ouvrir une enquête, et est le seul à pouvoir le faire, de son
propre chef ou sur demande du Conseil de sécurité de l'ONU.
4. Le Greffe : il est chargé des aspects non judiciaires (comme la gestion des preuves). Il est
dirigé par le Greffier qui est élu à bulletin secret, à la majorité absolue des juges. Il est
sous l’autorité du Président de la Cour.
Actuellement, le Président de la CPI est Silvia ALEJANDRA FERNANDEZ DE GURMENDI (Argentine), élu
pour un mandat de trois ans. Le Procureur est la Gambienne Fatou Bensouda, celle-ci ayant remplacé
le 15juin2012 l'Argentin Luis Moreno Ocampo. Le Greffier de la CPI est Herman Von Hebel (Pays-Bas),
élu pour un mandat de cinq ans. Plus de 800 personnes travaillent à la CPI.
b. Compétence
Elle juge des individus. C'est là l'innovation principale (la Cour internationale de justice ne juge que
les États).
Sa compétence n'est pas rétroactive : les crimes doivent avoir été commis après l'entrée en vigueur
de son statut (1er juillet 2002). Il n'y a pas de prescription pour les crimes commis après l'entrée en
vigueur de son statut.
Sa compétence matérielle concerne les crimes de guerre, crimes contre l'humanité, crimes de
génocide et crimes d'agression (art. 5 du statut) :
De plus, il y a eu un grand débat pour savoir s'il fallait ou non inclure le terrorisme dans la
compétence de la CPI. L'idée a finalement été abandonnée. La Cour n'est compétente que si l'une
des trois conditions suivantes est remplie :
52
- L'accusé est ressortissant d'un État partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI
en l'espèce ;
- Le crime a été commis sur le territoire d'un État partie ou qui accepte la juridiction de la
CPI en l'espèce ;
- Le Conseil de sécurité a saisi le procureur en vertu du chapitre VII de la Charte des
Nations Unies (pas de limite alors de compétence ratione personae) ;
- En vertu du principe de subsidiarité, les États conserveront à titre principal la
responsabilité de poursuivre et juger les crimes les plus graves : la CPI ne sera
compétente qu'en cas de défaillance ou de mauvaise volonté des États ;
- La CPI ne peut être saisie que par un État partie (c'est-à-dire qui a ratifié le statut de
Rome), le procureur ou le Conseil de sécurité des Nations unies.
Afin d'éviter les procès qui traînent en longueur ou les saisines fantaisistes, une chambre préliminaire
a été créée. Celle-ci instruit le dossier préalablement à l'audience et devra notamment établir le
« contexte historique » des crimes. Elle établit un véritable dialogue avec le parquet, voire un
contrôle, et confère ainsi aux juges une marge d'intervention susceptible d'appel sur la politique du
parquet et le déroulement du procès : fixer des délais, limiter le nombre des témoins, …
La Cour peut prononcer une peine d'emprisonnement maximal de 30 ans ou une peine
d'emprisonnement à perpétuité « si l'extrême gravité du crime et la situation personnelle du
condamné le justifient ». La Cour peut ajouter à ces peines une amende ou « la confiscation des
profits, biens et avoirs tirés directement ou indirectement du crime (…). » C'est une innovation dans
la justice internationale visant à donner une réalité à la participation des victimes lors des procès, qui
peuvent alors bénéficier de rétributions compensatoires. Les peines d'emprisonnement sont
accomplies dans un État désigné par la Cour sur une liste de pays candidats.
La peine de mort n'a pas été retenue, tout comme pour les tribunaux internationaux de l'après
seconde Guerre mondiale (les tribunaux d'ex-Yougoslavie (TPIY), du Rwanda (TPIR) et de Sierra Leone
(TSSL)).
53
CHAPITRE II : MECANISMES ONUSIENS
L'article 68 de la Charte de l'ONU donne mandat au « Conseil Economique et Social » d'instituer « des
commissions [...] pour le progrès des droits de l'homme »y compris « la Commission des Droits de
l'Homme » (CDH). Instituée par la résolution 5 (I) du 16 février 1946, la Commission des Droits de
l'Homme était le principal organe des Nations Unies pour la promotion et la protection de ces droits.
Son mandat très large en faisait l'organe pivot que Mary ROBINSON, ancienne Haut-Commissaire des
Droits de l'Homme, n'hésitait pas à qualifier de « principal architecte de l'action des Nations Unies
dans le domaine des droits de l'homme ».
Il est important de noter que la Commission était un organe politique composé de représentants des
Etats qui agissaient sur leurs instructions. Elle comptait 53 Etats membres choisis pour trois ans en
fonction de subtils équilibres régionaux pour donner une image fidèle de la communauté
internationale. C'est en vertu de cela qu'il était qualifié de mécanisme extra-conventionnel. Et
Olivier de FROUVILLE préfère parler, carrément, d'organe intergouvernemental qu'il ne fallait pas
confondre avec son organe subsidiaire, la Sous-commission de la lutte contre les mesures
discriminatoires et de la protection des minorités devenue Sous-commission des droits de l'homme.
Depuis sa création, la Commission constituait un forum d'expression unique sur les droits humains.
Elle attirait régulièrement des hauts responsables gouvernementaux ainsi que des victimes, des
institutions nationales de défense des droits humains, d'autres organes des Nations Unies et des
Organisations Non Gouvernementales qui lui fournissaient des informations sur la situation des
droits humains dans toutes les régions du monde et lui apportaient leurs compétence sur les thèmes
inscrits à l'ordre du jour de ses sessions. 45(*) L'instauration d'un espace de dialogue avait ainsi permis
la mise en place d'un système solide de protection des droits humains : l'élaboration des traités et
autres normes juridiquement contraignants. Son mandat se trouvait élargi à tous les droits - civils,
culturels, économiques, politiques et sociaux, y compris le droit au développement -.
L'ensemble des procédures et mécanismes de la Commission des Droits de l'Homme formait les
« procédures spéciales » dont le caractère « ad hoc » permettait de répondre de façon plus souple
aux graves violations des droits de l'homme. Les mandats y relatifs consistaient à examiner et à
surveiller la situation des droits de l'homme dans un pays ou un territoire donné ou les violations
majeures des droits de l'homme à l'échelle mondiale. Dans le premier cas, on parlait de mécanismes
ou mandats par pays tandis que dans le second cas il s'agissait des mécanismes ou mandats par
thèmes.
54
Section 2. Mécanisme de l’examen périodique universel
Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire Général des Nations Unies souligne que le mécanisme d’Examen
Périodique Universel « est plein de promesses en ce qu’il ouvre un nouveau chapitre dans la
promotion des droits de l’homme et en souligne l’universalité ».
En effet, l’Examen Périodique Universel (EPU) est un processus unique en son genre. Il consiste à
passer en revue les réalisations de l’ensemble des Etats membres de l’ONU dans le domaine des
droits de l’homme. Il s’agit d’un processus mené par les Etats, sous les auspices du Conseil des droits
de l’homme. Il fournit à chaque Etat l’opportunité de présenter les mesures qu’il a pris pour
améliorer la situation des droits de l’homme sur son territoire et remplir ses obligations en la
matière. Mécanisme central du Conseil des droits de l’homme, l’EPU est conçu pour assurer une
égalité de traitement à chaque pays.
L’Examen Périodique Universel (EPU) a été établi par la Résolution de l’Assemblée Générale des
Nations Unies, Résolution (60/251) adoptée le 15 mars 2006 et qui est à l’origine de la création du
Conseil des Droits de l’Homme. Ce processus, basé sur la coopération, a permis à fin octobre 2011,
d’examiner la situation des droits de l’homme des 193 Etats membres de l'ONU. Aucun autre
mécanisme universel de ce type n’existe à l’heure actuelle. L’EPU est un des piliers sur lequel
s’appuie le Conseil : il rappelle aux Etats leur responsabilité de respecter pleinement et de mettre en
œuvre tous les droits de l’homme et libertés fondamentales. L’objectif ultime de l’EPU est
d’améliorer la situation des droits de l’homme dans tous les pays et de traiter des violations des
droits de l’homme, où qu’elles se produisent.
C’est dans ce contexte que la RDC a présenté son premier rapport de l’EPU en décembre 2009. Ce
dernier a fait état des 124 recommandations acceptées par la RDC. A ce sujet, il faut appuyer la RDC
dans la mise en œuvre des recommandations de l’EPU 2009 et 2014 (190 recommandations dont 163
des recommandations acceptées comme étant déjà en processus de mise en œuvre selon la RDC).
55
- Processus intergouvernemental
- Entière association du pays soumis à examen.
- Pleine intégration d’une perspective de genre
- Prise en compte du degré de développement et des particularités propres à chaque
pays, sans préjudice des obligations contenues dans les bases de l’Examen
- Mené d’une façon objective, transparente, non sélective, constructive, non politisée et
sans confrontation.
- Participation de toutes les parties prenantes, y compris des Organisations Non
Gouvernementales et des Institutions Nationales des Droits de l’Homme.
- Tous les 193 Etats Membres des Nations Unies (au 31 mai 2015) sont soumis à l’examen
- La période entre deux cycles d’examen est de 4 ans et demi
- 42 Etats sont examinés par an
- L’ordre de l’examen durant le cycle est élaboré par le Conseil
Le Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme (HCDH) est une des agences
spécialisées de l'ONU qui a pour but de promouvoir, de contrôler et de renseigner sur le respect du
droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire dans le monde, selon
l'adoption de la Déclaration et programme d'action de Vienne. La première femme Haut-
Commissaire était l'honorable Louise Arbour, de nationalité canadienne. La Sud-Africaine
Navanethem Pillay a été Haut-Commissaire de 2008 à septembre 2014. Elle a été remplacée au 1 er
septembre 2014 par le prince jordanien Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein.
Le mandat du Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme a été créé lors de la mise en œuvre d’une
exigence de la Conférence mondiale de Vienne pour les droits de l’homme de 1993, par l’Assemblée
générale des Nations unies le 20 décembre 1993. Le HCDH est rattaché directement au Secrétaire
Général de l'Organisation des Nations unies. Son siège est à Genève.
56
En plus du HCDH, les Nations Unies disposent d'autres organes chargés de veiller au respect des
droits de l'homme:
Comme nous l’avions indiqué, la Commission des Droits de l'Homme était l'organe suprême des
Nations Unies chargé de veiller au respect des droits de l'homme. C'était le principal forum mondial
des droits de l’homme. Créée en 1946, elle comprenait 53 États-membres, élus pour trois ans et
représentant les cinq continents. Elle tenait chaque année à Genève (Suisse) une session ordinaire de
six semaines, en mars et en avril, à laquelle participèrent plus de 3 000 représentants d'États
membres, d'États observateurs et d'organisations non gouvernementales.
Le 15mars2006, l'Assemblée Générale de l'ONU adopte par 170 voix (sur 191 pays membres), la
création du Conseil des Droits de l'Homme, qui va remplacer la Commission du même nom, malgré
l'opposition des États-Unis, qui ont voté contre, jugeant insuffisants les nouveaux garde-fous posés
pour garantir l'exclusion des pays indésirables. C'est la présence trop fréquente, au sein de l'ancienne
Commission, de pays peu respectueux des droits de l'homme, qui a conduit au remplacement d'un
organe onusien discrédité.
La première élection a eu lieu le 9mai2006 et la durée du mandat initial des membres a été
déterminée par tirage au sort.
Les États-Unis s’étaient opposés à la création d'un Conseil sous cette forme. Ils avaient par le passé
vivement critiqué l'ancienne Commission, qu'ils jugeaient avoir perdu totalement de sa crédibilité
suite à la présence de plusieurs pays violant les droits de l'homme. Les garanties apportées par la
création de ce nouveau Conseil ne les satisfaisant pas, ils ne se sont pas présentés comme candidats
à la première élection. La première réunion du Conseil a eu lieu le 19 juin 2006.
57
c. Organes de traités
58
CHAPITRE III : MECANISMES REGIONAUX
Les organisations multilatérales régionales ont élaboré des mécanismes et instruments propres aux
droits de l'Homme. Les instruments régionaux des droits de l'Homme sont ancrés dans le droit
international. Ils jouent un rôle essentiel dans la localisation des droits de l'Homme.
Divers organismes intergouvernementaux ont élaboré des conventions et des déclarations relatives
aux droits de l'Homme qui sont propres à chaque région. Comme dans le système international,
certaines de ces conventions s'accompagnent d'organes de supervision chargés de surveiller
l'application par les Etats de leurs conventions respectives. Ces organes défendent et protègent les
droits de l'homme, par les actions suivantes :
L'Europe a mis en place trois organismes, disposant chacun de ses propres mécanismes ou
instruments de défense des droits de l'homme, à savoir le Conseil de l’Europe, l'Union Européenne et
l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. La Cour Européenne des Droits de
l'Homme, un organe subsidiaire du Conseil de l’Europe, est la principale instance où sont jugés les cas
relatifs aux droits de l'homme et où est élaborée une jurisprudence souvent progressiste.
En Afrique, un système régional de défense des droits de l'homme a été mis en place par
l'Organisation pour l'Unité Africaine (OUA), devenue l'Union Africaine (UA) en 2001. Les instruments
principaux de défense des droits de l'homme incluent la Charte africaine des droits de l’homme et
des peuples (1981). Les principaux mécanismes de supervision sont la Commission Africaine des
Droits de l'Homme et des Peuples et la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples,
devenue la Cour Africaine de Justice et des Droits de l’Homme.
59
En Asie, l'organisation intergouvernementale régionale, l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est
(ASEAN), et avancée en matière de mise en place d'un système régional de défense des droits de
l'Homme pour l'Asie du Sud-est. Il faut noter que la Charte de l'ASEAN, qui cite la responsabilité de
l'ASEAN dans la protection et la promotion des droits de l'homme, est entrée en vigueur en 2008,
après sa ratification par 10 États. L'Article 14 de la Charte décrit la mise en place d'un organe de
défense des droits de l'homme. La Commission Intergouvernementale de l’ASEAN des Droits de
l'Homme a été établie le 23 Octobre 2009. La Déclaration des Droits de l'Homme de l'ASEAN a été
rédigée en 2012.
Le Moyen-Orient n'a pas encore mise en place un système complet de défense des droits de
l'homme. Cependant, les pays de la région ont élaboré plusieurs instruments de défense des droits
de l'homme, notamment :
- La Déclaration Universelle Islamique des Droits de l'Homme rédigée par les Conseils
Islamiques de Paris et Londres (1981) ;
- La Déclaration du Caire sur les Droits de l'Homme dans l'Islam adoptée par
l'Organisation de la Conférence Islamique (1990) ;
- La Charte Arabe des Droits de l'Homme adoptée par la Ligue des États Arabes (2004) ;
- Le Comité Arabe des Droits de l'Homme, établi par la Ligue des États Arabes (2009).
L'Organisation de l'Unité Africaine, désormais devenue l’Union Africaine (UA), a adopté la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. D'autres instruments de défense des droits
de l'Homme ont été élaborés depuis, plus particulièrement la Charte africaine des droits et du bien-
être de l'Enfant (1990) et le Protocole se rapportant à la Charte africaine des droits de l'homme et
des peuples concernant les droits de la femme en Afrique (2003).
La Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et le Comité Africain d'Experts sur les
Droits et le Bien-être de l'Enfant sont chargés de protéger et d'interpréter les droits réaffirmés par les
deux chartes. Les États doivent soumettre à chaque comité des rapports périodiques sur l'application
de cette charte sur leur territoire national. Les ONG et les autres organismes de la société civile
peuvent soumettre des rapports parallèles à la Commission au sujet de la situation des droits de
l'homme dans chaque État. Après un dialogue constructif avec l'État partie, les Commissions
émettent des observations finales et des recommandations. Les États et les personnes peuvent
déposer des plaintes relatives aux violations présumées des droits réaffirmés par la Charte Africaine
auprès de la Commission.
La Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples (CADHP) a été établie par un Protocole se
rapportant à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle est chargée de rendre des
décisions relatives au respect et à l’application de la Charte par chaque État. La CADHP a émis sa
première décision en 2009, jugeant inadmissible une demande de procédure contre le Sénégal.
L'Union Africaine a mis en place les instruments de défense des droits de l'Homme suivants :
- La Convention de l’Union Africaine régissant les aspects propres aux problèmes des
réfugiés en Afrique ;
60
- La Charte culturelle pour l'Afrique ;
- La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples ;
- La Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant ;
- Le Protocole se rapportant à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples,
portant création de la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples ;
- Le Protocole additionnel se rapportant à la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples sur les droits des femmes en Afrique ;
- Le Protocole se rapportant à la Cour de Justice de l'Union Africaine ;
- La Convention de l'Union Africaine relative à la prévention et la lutte contre la
corruption ;
- La Charte de la jeunesse africaine ;
- La Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance ;
- La Charte pour la renaissance culturelle africaine ;
- Le Protocole se rapportant au Statut de la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des
Peuples ;
- Le Statut de la Commission de l'Union Africaine sur le Droit International ;
- La Charte africaine sur les statistiques.
61
CHAPITRE IV : MECANISMES DE LA SOCIETE CIVILE
La société civile est « le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement
autosuffisant et autonome de l'État ». Une élection est un des événements principaux où la société
civile se trouve mobilisée, notamment à travers l'éducation de l'électorat. C'est le corps social, par
opposition à la classe politique.
La société civile regroupe l'ensemble des associations à caractère non gouvernemental et à but non
lucratif, si on généralise la définition établie par l'UNESCO pour le domaine de l'éducation. Il s'agit
donc de l'auto-organisation de la société, en dehors de tout cadre institutionnel (au sens politique du
terme), administratif ou commercial.
Le Livre Blanc de la gouvernance de l'Union européenne donne cette définition : « La société civile
regroupe notamment les organisations syndicales et patronales (les « partenaires sociaux »), les
organisations non gouvernementales (ONG), les associations professionnelles, les organisations
caritatives, les organisations de base, les organisations qui impliquent les citoyens dans la vie locale
et municipale, avec une contribution spécifique des Églises et communautés religieuses ».
Il y a dans cette conception le risque d'une certaine confusion entre la société comme ensemble des
citoyens et des organisations censées représenter leur volonté, surtout quand certaines d'entre elles
prétendent incarner l'ensemble des citoyens et s'attribuent ainsi une légitimité de représentant de
« la » société civile en général.
Pour qu'une telle association ou organisation soit en effet une partie active et l'expression de la
volonté des citoyens, il s'avère nécessaire que les associations formant la société civile disposent
d'une structure et d'une forme d'action intérieure tout à fait démocratiques. Ces nécessités excluent
par conséquent des organisations qui ont été constituées par l'État, l'économie ou des églises.
Dans cette section, nous allons nous limiter à la France, patrie des droits de l’homme. C’est ainsi que
le pays aime se présenter à l’étranger… Force est toutefois de constater que nombreuses sont les
initiatives visant à promouvoir et défendre les droits civils, politiques, économiques, sociaux et
culturels.
62
§2. Amnesty international France (AIF)
Amnesty International est un mouvement qui regroupe plus de 2,2 millions de membres et de
sympathisants actifs dans plus de 150 pays et territoires. Amnesty France a déterminé des priorités
et des grandes orientations :
- Le soutien actif aux défenseurs des droits humains qui sont les cibles privilégiées des
États, des groupes paramilitaires et des groupes armés ;
- La défense du droit des réfugiés, des demandeurs d’asile, des personnes déplacées et
des migrants au niveau français et européen ;
- L’éducation et la sensibilisation aux droits humains ;
- La lutte contre l’impunité et le soutien apporté à la Cour pénale internationale afin
qu’elle devienne un véritable outil de dissuasion et un instrument efficace de promotion
des droits humains ;
- La dénonciation des dérives de la lutte contre le terrorisme et de la pratique de la
torture dans les centres de détention sous contrôle américain.
L’Acat, association œcuménique s’engage aux cotes de tous ceux qui luttent pour l’abolition de la
torture et des exécutions capitales.
L’ACAT :
- Veille, grâce à son réseau d’informateurs et celui d’autres ONG dans le monde entier ;
- Informe et dénonce par des conférences, des campagnes de presse, des publications,
des témoignages et son mensuel Courrier de l’ACAT ;
- Soutient les victimes de tortures par des lettres et des signatures, directement auprès
des gouvernements concernés et leurs ambassades en France ;
- Intervient auprès du Gouvernement français par des prises de position et des
recommandations quant à sa politique internationale.
Promouvoir l’abolition universelle de la peine de mort par une politique globale et internationale, tel
est le credo d’ECPM. A la charnière de la défense des droits humains et d’une conception humaniste
de la justice pénale, ECPM contribue à faire de la peine de mort et de son abolition un enjeu des
relations internationales et, ainsi, à promouvoir la mondialisation des droits humains.
ECPM s’efforce de faire pression sur les 80 pays qui s’arrogent encore le droit de mettre à mort des
individus, le plus souvent de façon discriminatoire et au terme de procès non équitables.
63
§5. Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)
La FIDH a été créée en 1922 par quelques ligues de défense des droits humains. Elle en fédère
aujourd’hui 155 dans 100 États. Elle coordonne et soutient les actions de ses ligues et leur apporte un
relais sur le plan international. La FIDH et les ligues qui en sont membres sont non-partisanes, non-
confessionnelles et indépendantes de tout Gouvernement. Leur vocation est généraliste : elles
défendent tous les droits humains, les droits civils et politiques, indissociables des droits
économiques, sociaux et culturels. Elles agissent au quotidien, dans leur pays, afin de lutter contre les
violations des libertés et des droits fondamentaux.
Créé en 1994 pour lutter contre toutes les formes d’esclavage, le Comité Contre l’Esclavage Moderne
s’est rapidement spécialisé dans la prise en charge des personnes victimes d’esclavage domestique.
L’association peut également prendre en charge des personnes dont les conditions d’exploitation
dans des secteurs différents (bâtiment, restauration, ateliers d’artisanat, exploitations agricoles…)
s’apparentent aux conditions d’asservissement observées dans le travail domestique.
La mission du CCEM est principalement axée sur l’accompagnement des victimes dans le cadre des
procédures judiciaires qu’elles souhaitent engager contre leur employeur. Parallèlement à
l’accompagnement juridique fourni aux personnes prises en charge, l’association a également mis en
place des outils destinés à répondre à leurs besoins sociaux, administratifs et psychologiques. Les
centaines de procédures judiciaires suivies par le Comité, depuis sa création, lui confèrent une
connaissance approfondie des obstacles posés par la législation actuelle et l’institution judiciaire
concernant la répression des faits d’esclavage et la réparation de leurs effets dommageables. Fort de
cette expertise, le CCEM conduit des actions de lobbying auprès des pouvoirs publics, notamment
pour la création de services de police et personnels judiciaires spécialisés dans le traitement des
affaires d’esclavage.
64
§8. Ligue Odebi (LO)
La Ligue Odebi est organisation indépendante destinée à défendre les droits et libertés
fondamentaux dans la société de l’information. Son activité de veille, en particulier législative,
permet l’identification le plus en amont possible des différentes menaces sur les libertés numériques.
La ligue Odebi mène aussi des campagnes auprès du Gouvernement et des parlementaires en vue de
défendre les droits fondamentaux des internautes.
§9. Comité Inter Mouvements auprès des Evacués (CIMADE) : service œcuménique d’entraide
Combats pour les droits de l’homme est un blog engagé dans la promotion des droits de l’homme. Il
vise à donner à ses lecteurs un point de vue et un décodage de juristes spécialisés dans ce domaine
sur l’actualité des droits de l’homme.
Ce blog valorise aussi des travaux d’étudiants en Master en Droits de l’homme, particulièrement ceux
du Master 2 Droit de l’homme et droit humanitaire de l’Université Evry-Val-d’Essonne.
Nous devons démontrer ici quelle est la place des organisations non gouvernementales dans le cadre
des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes internationaux relevant de la compétence de
la Cour Pénale Internationale.
Les organisations non gouvernementales ne peuvent pas être assimilables au Procureur de la Cour
Pénale Internationale, bien qu'elles l'aident dans le cadre des poursuites des auteurs des crimes
internationaux.
Dans le même contexte, il est pour nous un devoir de rappeler que le Statut de Rome portant
création de la CPI prévoit que le Procureur de la Cour, lors de la conduite des enquêtes, peut recevoir
des renseignements supplémentaires de la part des Organisations Non Gouvernementales.
Mais la question qui reste à examiner ici est celle de savoir, maintenant, la valeur ou la portée
juridique du travail que les ONG peuvent présenter à la CPI dans la perspective de l'aider à
poursuivre les auteurs des crimes relevant de sa compétence.
Nous devons, par ailleurs, préciser que les Organisations Non Gouvernementales sont toujours
présentes sur les terrains de conflit, c'est- à- dire sur les lieux où se commettent souvent les crimes.
65
Leur mission s'inscrit dans une logique de responsabilisation des acteurs de violence et déploiement
de secours pour les populations affectées par les conflits (mission des organisations non
gouvernementales humanitaires). Cette mission est différente de celle des organisations de défense
des droits de l'homme, dont la fonction essentielle est de dénoncer l'ensemble de violations des
droits de l'homme et du droit humanitaire qui peuvent se produire dans un pays de façon massive ou
individuelle.
La spécificité des organisations humanitaires repose sur la capacité à dialoguer et à négocier, sur le
terrain, avec les acteurs des violences pour obtenir les garanties pour les actions de secours au profit
de la population.
Pour pouvoir remplir cette mission, les acteurs humanitaires doivent être sur terrain (présents sur le
lieu où se commet le crime) au coté des victimes, mais également en contact permanent avec les
criminels présumés : acteurs politiques, acteurs armés dans les sociétés où la légitimité n'est plus
assurée par l'Etat.
Il faut d'emblée préciser que Les organisations non gouvernementales (ONG), dont la FIDH,
regroupées au sein de la Coalition internationale pour la CPI (CCPI), ont activement suivi les
négociations du Statut et participé à la mise en place de la Cour. Elles ont mené des campagnes
régionales et nationales visant la ratification et la mise en œuvre du statut en droit interne. Ainsi, la
FIDH a, par exemple, directement participé à la création de coalitions nationales et régionales d'ONG.
Cette coalition intervient dans le cadre des activités de la Cour Pénale Internationale, qui s'inscrit
dans la logique de la prévention et de la répression des crimes internationaux.
Etant donné que les preuves de l'enquête doivent être suffisantes pour permettre l'ouverture d'une
procédure juridictionnelle en vue de poursuivre les auteurs d'atteintes graves aux droits de l'homme
et éventuellement l'assistance juridique à apporter aux victimes, voire les témoins des violations
commises, les organisations non gouvernementales qui s'impliquent davantage sur les questions
relatives aux violations des droits de l'homme peuvent, également aider la CPI en lui apportant des
informations en rapport avec les crimes commis, les auteurs et les victimes.
En réalité, les organisations non gouvernementales ne font pas ce que la Cour doit faire, elles
n'interviennent qu'à la limite de leur mission. D'où, il se présente la possibilité de faire la distinction
entre les expressions : dénonciation et répression.
Il va falloir ainsi d'examiner la question de savoir à qui revient la dénonciation et à qui revient la
répression des crimes internationaux.
66
Avant de réfléchir autour de cette question, précisons, tout d'abord, la distinction qui existe ou qui
peut exister, entre la dénonciation et la répression.
§1. La dénonciation
En effet, il convient de comprendre cette expression comme étant le fait, pour les organisations non
gouvernementales, réunies en une structure « Coalition Nationale pour la Cour Pénale
Internationale, CN-CPI en sigle » de dénoncer, par le canal de publication des rapports, des
communiqués de presse, ou de transmission des informations, relatives aux crimes internationaux, à
la CPI pour lesquels elle est compétente.
§2. La répression
Il importe de mentionner que la Cour pénale Internationale, lorsqu'elle estime qu'elle a tous les
éléments de preuve pour entamer les poursuites contre le présumé auteur du crime, elle lance un
mandat d’arrêt international et grâce à la coopération internationale contre les crimes d’une
extrême gravité ; certains mandats sont scellés.
Des précisions restent importantes à souligner par rapport à la question de savoir qui doit, en
principe, réprimer et doit dénoncer les crimes internationaux.
Sans doute, la compétence de réprimer les crimes internationaux revient à la Cour Pénale
Internationale et non aux organisations non gouvernementales. Les organisations non
gouvernementales par contre, ici nous faisons directement allusion à la Coalition Nationale
congolaise pour la Cour Pénale Internationale, ne peuvent intervenir que dans le cadre de
dénonciation. La dénonciation relève donc de la compétence des organisations non
gouvernementales, d'autant plus que ce sont elles qui sont toujours proches des victimes des
violations des droits de l'homme, qui constituent des cas pouvant relever de la compétence de la CPI.
Il est à souligner que la plupart des ONG Congolaises sont affiliées à des ONG internationales. Celles-
ci apportent du soutien financier et technique à certaines associations congolaises actives sur le
terrain. On peut citer les plus grandes ou les plus représentatives. Il s’agit de :
67
V. CONCLUSION GENERALE
Nous voici au terme de ce cours relatif aux droits de l’homme et libertés publiques en République
Démocratique du Congo.
En fait, les droits fondamentaux (ou libertés fondamentales) sont l'ensemble des droits subjectifs
primordiaux de l'individu, assurés dans un Etat de droit et une démocratie. C'est une notion abstraite
dont il n'existe pas de définition faisant l'unanimité.
Au niveau international, les droits fondamentaux sont protégés de manière limitée. Si une majorité
des libertés fondamentales est reconnue, les textes ayant une valeur impérative et générale sont
rares.
En effet, les principales initiatives internationales en matière de garantie des libertés fondamentales
sont les suivantes :
68
- Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (Union africaine).
La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne 29 a été adoptée sous la forme d'une
déclaration le 7 décembre 2000. Elle n'a, du point de vue juridique, une valeur contraignante que
depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009. Les protections sont
assurées par l'intermédiaire de la législation européenne ainsi que par la Cour européenne des droits
de l'Homme.
La France (modèle de protection des droits fondamentaux) aligne les principaux textes garantissant
les libertés fondamentales. Il s’agit de :
29
Cette Charte nous a inspirée pour thématiser les libertés fondamentales car la doctrine majoritaire regroupe ces
questions en six rubriques (dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté, et justice)
69
La Loi n° 06/019 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 6 août
1959 portant Code de Procédure Pénale Congolais ;
Le Code civil ;
L'Ordonnance-Loi n° 86-028 du 5 avril 1986 portant code des investissements.
Des textes réglementaires régissent des questions à fort impact sur la promotion et la protection des
droits de l'homme dont bon nombre datent de l'époque coloniale. Il s'agit notamment des textes
suivants :
- Le Décret-loi du 15 avril 1926 sur les juridictions coutumières tel que modifié et complété à ce
jour ;
- Le Décret du 21 juin 1937 sur la réhabilitation des condamnés ;
- Le Décret du 06 août 1959, mis à jour au 30 juin 1985, portant Code de procédure pénale ;
- l'Ordonnance n° 344 du 17 septembre 1965 portant régime pénitentiaire ;
- l'Ordonnance n° 78-289 du 03 juillet 1978 relative à l'exercice des attributions d'Officiers et
agents de Police judiciaire près les juridictions de droit commun.
D'une manière générale, le cadre législatif congolais se caractérise par un foisonnement des textes légaux et
réglementaires sans cohérence, parfois anachroniques, désuets et contradictoires, parce que adoptés dans
des contextes historiques, politiques, idéologiques et socio-économiques divers, selon des logiques
différentes.
En définitive, il y a lieu de souligner que la RDC dispose d’un arsenal important et remarquable en
matière des libertés fondamentales depuis le vent de la démocratisation qui a soufflé sur l’Afrique
vers les années 1990.
Toutefois, il y a lieu de déplorer un grand fossé entre les textes qui consacrent les mécanismes de
protection des libertés fondamentales et la jouissance effective des droits de l’homme et les libertés
fondamentales. C’est l’objectif même de ce manuel afin de relever ce déficit et projeter les moyens
de garanties effectives des droits fondamentaux. Comme le disait Kofi Annan, « c’est l’ignorance et
non la connaissance qui dresse les hommes les uns contre les autres ».
70
VI. BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE
71
20. KALINDYE BYANJIRA (D.), sous la direction et la collection de, Traité d’Education aux Droits de
l’Homme en République Démocratique du Congo. Tome II : Introduction aux Droits de
l’Homme : Histoire, Typologie et Systèmes de Promotion et de Protection, Kinshasa, Editions de
l’IADHD, 2004.
21. KALINDYE BYANJIRA (D.), sous la direction et la collection de, Traité d’Education aux Droits de
l’Homme en République Démocratique du Congo. Tome III : Liberté d’opinion et d’expression en
République Démocratique du Congo, Kinshasa, Editions de l’IADHD, 2004.
22. KALINDYE BYANJIRA (D.), sous la direction et la collection de, Traité d’Education aux Droits de
l’Homme en République Démocratique du Congo. Tome IV : Doctrine étrangère, Kinshasa,
Editions de l’IADHD, 2004.
72
VII. ANNEXES
Par :
Professeur Dieudonné KALINDYE BYANJIRA
et
Professeur Simon-Marcus TSHIMANGA N'TOLO
INTRODUCTION
La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 énonce à son article 10 : « Toute personne
a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un
Tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé
de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle, soit des contestations sur ses droits et
obligations de caractère civil ».
Cette disposition, qui s'applique du reste également aux matières civile, pénale et administrative, a
été développée et précisée par plusieurs instruments internationaux, conventionnels et non-
conventionnels, universels et régionaux, y compris dans le cadre régional africain, ainsi que dans le
cadre des travaux et activités à vocation normative d'organisations internationales
intergouvemementales ou non gouvernementales30.
30
Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, art. 14 §1 ;
- Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de 1953, art. 6 §1;
- Convention américaine des droits de l'homme de 1969, art. 8. §1 ;
- Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981, art. 7.
73
- Elle ne peut pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s'avouer coupable.
Tous ces principes constituent des garanties au profit du justiciable, et gage d'un procès équitable31.
La procédure à suivre dans une affaire civile et le respect des droits de l'homme imposent
incontestablement de relever aux différents stades d'un procès civil, non seulement les règles
juridiques qui gouvernent l'instance judiciaire mais aussi les mécanismes de protection des droits
humains durant toute cette procédure,
Les mécanismes procéduraux de protection des droits de la personne dans une affaire civile
procèdent à n'en point douter de l'application obligatoire par les Cours et Tribunaux civils des
principes généraux de garantie qui sont notamment le principe du contradictoire, le principe du
dispositif, le principe de l'oralité et de la publicité des débats, le principe du double degré de
juridiction et celui de la collégialité des juges32.
Une brève conclusion constituera 1a boucle de cette analyse que nous voulons plus pratique que
théorique. Les étapes d'un procès civil diffèrent suivant que le procès est contradictoire ou par
défaut. Dans le premier cas, toutes les parties au procès sont présentes ou représentées, dans le
second l'une des parties régulièrement appelées au procès n'est ni présente ni même représentée.
Dans un cas comme dans un autre, un certain nombre de formalités ou préalables s'imposent en
passage obligé avant le début de tout procès civil. Nous y reviendrons.
31
Pacte international relatif aux droits civils et politique adopté par l'Assemblée Générale de l'ONU dans sarésolution 2200
A (XXI) du 16 décembre 1966
32
BIBOMBE MUAMBA SHAMBUYI, «Mécanismes juridiques de protection des droits de la personne enRépublique du zaïre »
in RJ.P., EDIENA, 1982, p. 275.
74
CHAPITRE [Link] FONDAMENTAUX DU PROCES CIVIL OU GARANTIES
GENERALES DES DROITS DU JUSTICIABLE DANS UN PROCES CIVIL33
II s'agit des principes qui gouvernent le procès civil et dont le but ultime est la protection des droits
des justiciables.
Le Tribunal n'est pas saisi d'une prétention de droit si la partie contre laquelle elle a été formulée
n'en est pas avisée en bonne forme et dans les délais légaux. Le caractère contradictoire est essentiel
et propre à n'importe quelle procédure ; il assure aux parties la liberté d'attaquer et de se défendre,
la possibilité de connaître et de discuter les documents produits, les témoignages, d'assister aux
débats et aux procédures de preuves, de conclure et de plaider. Il assure le mieux la loyauté du
procès. Et cela est conforme à l'art 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Les Tribunaux peuvent certes juger « par défaut » comme nous le verrons, mais cette procédure
n'est admise que sous la présomption que la partie absente au procès a eu connaissance de l'objet
de ce procès ainsi que du lieu, de la date et de l'heure de l'audience. Bien plus, la procédure par
défaut ne réserve généralement les droits de la partie défaillance à faire revoir contradictoirement la
procédure à laquelle elle n'a pas pu assister. Une fois de plus ici, c'est le souci de protection des
droits du justiciable qui domine.
Ce principe veut que la direction du procès civil soit abandonnée aux parties exclusivement. Celles-
ci, dit-on, sont « maîtres » de leur procès.
Certes les tribunaux reçoivent de par la loi un pouvoir juridictionnel délimité par la compétence
matérielle et territoriale. Mais en matière civile, les Tribunaux ne peuvent user de cette compétence
que dans la mesure où ils en sont requis par les parties au procès. L'on dit que « le procès civil est la
chose des parties ». Toute demande en justice a nécessairement un objet, c'est-à-dire ce qui est
demandé au Tribunal et une cause, c'est-à-dire la règle de droit qui régit les faits allégués.
Le principe du dispositif impose au juge de s'en tenir de manière absolue à l'objet du procès et de
répondre à toutes les demandes formées par les parties. C'est aussi en vertu de ce principe qu'un
juge ne peut jamais apporter au litige une solution qui ne lui a pas été demandée quand même il
estimerait que sa solution serait plus adéquate aux intérêts légitimes des parties. Par exemple à une
demande de résolution de vente, le juge ne peut pas répondre par une réduction du prix. Enfin 1e
juge ne peut faire état dans son jugement de faits non allégués par les parties, c'est-à-dire qu'il ne
peut invoquer des faits qu'il connaîtrait de science personnelle ; il ne peut même pas suggérer aux
parties d'en faire état.
33
A. RUBBENS, Le droit judiciaire Zaïrois, [Link], P.U.Z, Rectorat- Kinshasa, 1978, p. 16-19;
75
En revanche, le juge peut faire état de faits notoires, c'est-à-dire ceux que chacun est censé
connaître (par exemple que le 30 juin le Congo a accédé à son indépendance) et d'expérience
commune c'est-à-dire ceux que chacun sait sans avoir une formation spéciale (par exemple qu'à 8
heures du matin, il fait jour à Kinshasa) ; le juge, en vertu du principe du dispositif doit tenir pour
établir les allégations, non contestées et à fortiori les allégations reconnues exactes par les parties au
procès, à moins que s'agissant d'une matière d'ordre public, il prévienne la collusion des parties, ou
qu'une allégation non contestée heurte la logique ou le bon sens ou qu'elle soit en contradiction
avec un fait notoire ou d'expérience.
Signalons au passage que d'application absolue jadis, le principe du dispositif est compris de nos
jours avec souplesse. Dans cette conception nouvelle, le rôle passif du juge est dépassé, et ce, dans
l'intérêt général d'une bonne administration de la justice. L'on reconnaît de nos jours au juge le rôle
à la fois de contrôle et d'initiative, lequel lui confère la direction du procès civil dans les limites d'une
stricte et loyale contradiction en vérifiant activement les éléments de fait et de droit du procès, en
garantissant la liberté de la défense etc.
Ce principe impose que les parties comparaissent en personne ou représentées par leurs conseils
respectifs, soutiennent verbalement leurs prétentions et plaident la thèse qu'elles soutiennent. Il
impose également que les audiences civiles soient publiques, cette publicité constituant une garantie
essentielle pour les justiciables.
La publicité des débats permet un contrôle populaire sur le déroulement du procès, ce qui met aussi
les juges à l'abri des suspicions. Elle peut toutefois être supprimée soit par le prononcé du huis clos,
1orsque l'accès de 1a salle d'audiences au public est susceptible de troubler l'ordre public ou de
heurter les bonnes mœurs, soit par mesure administrative du chef de juridiction qui peut interdire
l'accès de la salle d'audiences aux mineurs, en vertu de ses pouvoirs de police d'audience.
Par ailleurs, l’oralité ne s'oppose pas à ce que le greffier acte les déclarations des parties afin de
permettre au Tribunal de s'y référer au moment du délibéré et à la juridiction d'appel de constater
les motifs sur lesquels le premier juge a fondé sa conviction.
La justice étant une œuvre humaine, les erreurs judiciaires sont possibles. Pour réduire ces erreurs,
le législateur a multiplié les occasions de contrôle des décisions judiciaires. C'est ainsi qu'en RDC, il a
été institué des juridictions de premier degré ou de premier ressort et des juridictions de second
degré ou de dernier ressort sur le fond du litige.
A cet effet, les Tribunaux de Grande Instance connaissent de l'appel des décisions des Tribunaux de
Paix et, que les Cours d'Appel examinent les recours dirigés contre les décisions rendues au premier
degré par les Tribunaux de Grande Instance. La Cour Suprême de Justice 34 ne constitue pas le
troisième degré de juridiction. Il existe cependant en droit privé congolais des cas où le législateur,
soit interdit l'appel, soit ne le permet pas immédiatement.
34
La Suprême de Justice a été éclatée en plusieurs juridictions (Cour Constitutionnelle, Cour de Cassation et Cour d’Etat).
76
Malgré cette précaution destinée à assurer la protection les droits de la personne, la vérité
recherchée ou trouvée par les Cours et Tribunaux demeure cependant la vérité judiciaire, c'est-à-
dire la vérité relative, propre à l'espèce jugée et non la vérité absolue.
Dans un procès civil et au premier degré, le siège était à juge unique au Tribunal de Grande Instance
et au Tribunal de Paix, excepté le cas où ce dernier est saisi d'une cause dans laquelle il doit être fait
application de la coutume (dans l’ancien code de l’organisation et compétence judiciaire)
Au degré d'appel et à celui de cassation, le siège était aussi toujours collégial, c'est-à-dire à trois juges
au minimum. Le principe de collégialité permet de réduire les risques d'erreurs judiciaires (dans
l’ancien code de l’organisation et compétence judiciaire).
- Le Tribunal de paix siège au nombre de trois juges en matière répressive, d'un seul
juge en matière civile. Toutefois, il siège au nombre de trois juges lorsqu'il y a lieu de
faire application de la coutume locale. Dans ce cas, deux des trois juges sont des
notables du lieu désigné par le Président de la juridiction.
- La Cour d'appel siège au nombre de trois membres. Toutefois, elle siège au nombre de
cinq membres pour les infractions prévues au Statut de Rome de la Cour pénale
internationale.
La Cour de cassation comprend quatre chambres :
1. La chambre des pourvois en cassation en matière civile ;
2. La chambre des pourvois en cassation en matière commerciale ;
3. La chambre des pourvois en cassation en matière sociale ainsi que des procédures
spéciales devant la Cour de cassation ;
4. La chambre des pourvois en cassation en matière pénale et des appels des arrêts rendus
au premier degré par les Cours d'appel en matière répressive.
Chaque chambre siège au nombre de cinq membres.
77
CHAPITRE II : PROCEDURE A SUIVRE DANS UNE AFFA1RE CIVILE
Les premières questions auxquelles doit répondre la personne qui veut aller en justice contre une
autre sont les suivantes :
Les réponses à ces questions constituent des préalables obligatoires à tout procès et nul ne peut y
échapper, s'il veut s'éviter les désagréments d'une procédure mal engagée.
En général, la compétence d'une juridiction est déterminée en matière civile par 1a nature et le
montant de la demande36. Cela est conforme à la l'article 14 du Pacte International relatif au droits
civils et politiques qui prévoit que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendu par un
tribunal compétent.
35
KATUALA K.K., Code judiciaire Zaïrois annoté, éd. ASYST, SPRL, Kinshasa. 1995, p. 13-63
36
Art 119 du code de procédure civile
37
Art 127-136 du code de procédure civile ;
78
compétence du juge du siège de la société ;
- En matière immobilière, le juge compétent est celui du lieu de la situation de
l'immeuble;
- En matière de succession ouverte en RDC, c'est le juge du lieu où la succession est
ouverte, qui est compétent ;
- En matière d'exécution des décisions judiciaires, le juge compétent pour connaître des
contestations y relatives est le juge du lieu de l'exécution ;
- Les demandes fondées sur 1e caractère téméraire et vexatoire d'une action, sont
portées devant le Tribunal saisi de cette action.
Dès que le Tribunal compétent est déterminé, il faut alors le saisir. Comment y procéder?
Le 1égislateur a instauré trois modalités de saisine d'une juridiction civile à savoir, l'assignation, la
comparution volontaire des parties et la requête.
a. L'assignation38
C'est l'acte de procédure par lequel l'huissier ou le greffier porte à la connaissance d'une personne,
l'action en justice formée contre elle par une autre personne et lui ordonne de se présenter devant le
juge après l'écoulement d'un délai déterminé. Celui qui introduit l'action en justice s'appelle «
demandeur », il demande quelque chose au Tribunal. Celui contre lequel l'action est engagée
s'appelle « défendeur » parce qu'il est appelé à comparaître devant le Tribunal et qu'il va user, s'il
échet, de nombreux moyens de défense que la loi met à sa disposition pour faire rejeter l'action
engagée contre lui. L'assignation répond au souci de l'article 14 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques en ce qu'il exige que toute personne accusait en justice soit informée dans
le court délai et dans une langue qu'elle comprend des griefs articulés contre elle.
La loi a prévu des mentions que doit contenir une assignation pour être valable (art 2 du code de
procédure civile) notamment l'identité des parties, l'objet de la contestation,....
Par ailleurs, la charge de rédiger l'assignation incombe légalement au greffier. La personne qui veut
en assigner une autre fournit au greffier de la juridiction compétente, tous les éléments nécessaires à
la rédaction de l'assignation. Si elle sait écrire, elle lui remet une déclaration signée. Dans 1es
grandes villes où sont installés des Avocats, ceux-ci rédigent entièrement l'assignation qu'ils
remettent au greffier du Tribunal compétent.
Une fois l'assignation rédigée et enrôlée, elle doit être signifiée au défendeur par les soins de
l'huissier ou du greffier, c'est-à-dire portée à sa connaissance. La 1oi a prévu les modes de
signification de l'assignation (art 3 du Code de procédure civile).
38
Art 1 -7 du code de procédure civile ;
39
Art 12 du code de procédure civile
79
La loi prévoit que les parties peuvent toujours se présenter volontairement devant le juge. Le Pacte
International relatif aux droits civils et politiques prévoit sur ce point que toute personne accusé en
justice a droit d'être présente au procès ou de s'y faire représenter par un conseil de son choix.
Si toutes les parties sont présentes au procès, alors, elles sont d'accord de soumettre leur différend
au Tribunal et s'entendent sur ce point précis.
Si cet accord n'existe pas, l'action en justice ne peut être portée devant les Tribunaux que par
l'assignation ou la requête selon les cas.
Dans la pratique, on recourt à la comparution volontaire lorsqu'il est constaté que l'assignation est
entachée d'une irrégularité qui peut la faire déclarer non valable.
Dans ce cas, le défendeur accepte parfois de comparaître volontairement au lieu d'exiger qu'il soit
assigné régulièrement.
c. La requête
C'est l'acte par 1equel une personne demande directement à une autorité judiciaire, une décision de
sa compétence. Dans certains cas, la loi prévoit que le Tribunal pourra être saisi de l'action en justice
au moyen d'une requête et non d'une assignation.
Il arrive aussi que le législateur laisse à la partie qui désire introduire une action en justice, le choix de
présenter sa demande, soit sous forme d'une assignation, soit sous forme d'une requête.
Le Tribunal étant saisi de l'action en justice par l'assignation (éventuellement par la requête ou la
comparution volontaire), le procès va pouvoir commencer. Signalons que dès qu'une demande en
justice est introduite au greffe, elle est portée au rôle général des causes ; le greffier lui donne un
numéro d'ordre et indique l'audience à laquelle la cause pourra être introduite (en tenant compte
des délais prévus par la loi).
Le jour de l'audience, le greffier énumère les causes suivant leur numéro d'ordre figurant sur l'extrait
du rôle. Il appelle le nom de la ou des parties demanderesses, du ou des défendeurs. A ce moment,
plusieurs cas peuvent se présenter :
Dans les deux premiers cas, le procès est dit « par défaut » ; dans le troisième cas, il sera dit «
contradictoire », les deux parties présentant chacune leurs moyens à l'appui de la thèse qu'elles
défendent. Dans le quatrième cas, le Tribunal prononcera d'office la biffure de la cause
puisqu'aucune partie ne comparaît. Nous examinerons séparément le déroulement du procès
80
contradictoire et celui du procès par défaut en raison des différences qui existent entre ces deux
catégories de débats judiciaires.
Les parties comparaissent soit seules en personne, soit assistées chacune de son conseil. Elles
peuvent aussi comparaître représentées chacune par son conseil.
La loi accorde le monopole de représentation en justice aux Avocats, aux Défenseurs judiciaires et
aux mandataires de l'Etat.
L'Avocat ou le Défenseur judiciaire peuvent d'ailleurs représenter leurs clients devant les Tribunaux
sans devoir faire état d'une procuration. Toutefois, le pouvoir de représentation des Défenseurs
judiciaires est limité aux Tribunaux de paix et Tribunaux de même rang que les Tribunaux de Grande
Instance. Par ailleurs, un Avocat porteur des pièces (assignation et dossier) de son client, est
présumé avoir mandat pour le représenter en justice. On dit que l'Avocat est cru sur parole.
Les parties au procès sont obligées de se communiquer réciproquement au moins trois jours avant
l'audience des plaidoiries des documents dont elles veulent faire état. Tous les documents non
préalablement communiqués à la partie adverse doivent être rejetés des débats judiciaires. Il en est
de même de tout document obtenu pendant le procès soit « in tempore suspecto ». Agir autrement,
c'est violer l'un des droits fondamentaux du justiciable à savoir, le droit à un procès équitable, lequel
implique la loyauté et la transparence dans les débats judiciaires.
La loi prévoit que la communication des pièces se fasse soit directement entre parties ou leurs
conseils respectifs, soit par la voie du greffe. Lorsque la communication se fait par l'intermédiaire du
greffe, il est prudent de remettre au greffier les documents et de lui faire signer un inventaire pour
éviter la soustraction des pièces.
c. Conclusions et plaidoiries
A la première audience, les parties sont généralement d'accord pour demander au Tribunal de
renvoyer l'affaire au mois pour leur permettre de se communiquer réciproquement 1es pièces, à
moins que cette communication n’ait déjà eu 1ieu avant cette audience, ce qui est rare. Le
demandeur va le premier communiquer ses pièces au défendeur ou à chacun d'eux, s'ils sont
81
plusieurs. Le défendeur va alors répondre par écrit ou verbalement aux moyens invoqués dans
l'assignation. Le demandeur pourra répondre à son tour et son adversaire pourra à nouveau
répliquer s'il le désire. Les parties peuvent ainsi se répondre mutuellement et indéfiniment, sauf si le
Tribunal estime la cause en état de recevoir jugement. C'est ce développement verbal ou écrit de
l'argumentation des parties qu'on appelle « Conclusions ». Une fois la communication et l'échange
des conclusions terminés, vient alors l'étape des plaidoiries où chaque partie pourra une dernière
fois exposer son point de vue et ses arguments devant le juge.
Le Ministère Public (le Parquet) doit assister à toutes les audiences civiles des Tribunaux excepté les
Tribunaux de paix (art 9 du code d'organisation et de compétence judiciaires). Il peut intervenir soit
par voie d'action, soit par voie d'avis et donne obligatoirement son avis dans toute affaire. Il peut à
cette fin avoir communication des dossiers des parties.
Après plaidoiries, dépôt des dossiers, conclusions des parties, le juge déclare que les débats sont clos
et qu'il prend la cause en délibéré. II peut rendre immédiatement son jugement s'il échut ou bien
annoncer la date à laquelle il rendra son jugement en audience publique. Dans la pratique, le juge, à
la demande du Parquet ou d'office, communiquera le dossier au Ministère public pour son avis écrit
à devoir être lu endéans trente jours. Dans ce cas, il ne fixera pas la date à laquelle il rendra son
jugement, iI avise simplement qu'il statuera après avis du Ministère public. Signalons que le délai
légal endéans lequel le juge doit prononcer son jugement est de quinze jours à dater de la mise en
délibéré de l'affaire. Ce délai rencontre la préoccupation de l'article 14 du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques en ce qu'il exige que toute personne accusée soit jugée sans retard
excessif.
f. Le jugement
C'est une décision rendue par une juridiction compétente légalement constituée, sur une
contestation existant entre parties ayant introduit et poursuivi un litige conformément aux règles de
procédure.
Toutes les décisions rendues par un Tribunal légalement constitué ne portent pas toujours le nom de
jugement. En effet, les Cours rendent des « Arrêts ».
La partie qui se croit lésée par un jugement dispose des voies de recours ordinaires (opposition et
appel) et extraordinaires (cassation, tierce opposition, requête civile 40, Ces recours constituent
incontestablement des garanties protectrices des droits de la personne humaine.
40
Art 17 Pacte international relatif aux droits civils et politiques
41
MUKADI BONYI et KATUALA K.K, Procédure civile, éd. Batena Ntambua, Kinshasa, 1999, pp. 106-108.
82
Nous venons de souligner que toute personne accusée a le droit d'être présente au procès et à se
défendre elle-même ou à avoir l'assistance d'un défenseur de son choix.
Il arrive cependant souvent qu'une partie régulièrement avertie de la procédure engagée contre elle
ne se présente pas au procès ni ne s'y fasse représenter, en vue de faire valoir ses prétentions de
droit.
L'art 17 du Code Congolais de procédure tranche qu'en pareil cas, la personne défaillante sera jugée
par défaut. Notons par ailleurs qu'en RDC faire défaut est, en matière civile, une voie de droit, c'est-
à-dire que celui qui ne comparaît pas ne commet aucune faute, il use de son droit.
Le droit de tout accusé à être effectivement défendu par un Avocat figure parmi les éléments
fondamentaux du procès équitable. Un accusé n'en perd pas le bénéfice du seul fait de son absence
aux débats. Même si 1e 1égislateur doit pouvoir décourager 1es abstentions injustifiées, il ne peut
les sanctionner en dérogeant au droit d'assistance d'un défenseur. Les exigences légitimes de la
présence des accusés aux débats peuvent être assurées par d'autres moyens que la perte du droit à
la défense. Il y a en outre lieu d'observer que le législateur prévoit en tout état de cause la possibilité
pour le Tribunal, sans que sa décision puisse faire l'objet d'aucun recours, d'ordonner la comparution
personnelle de l'accusé.
Le défaut peut exister dès l'audience d'introduction ; il peut survenir en cours du débat si une partie
se retire avant la fin de l'instruction.
Il peut en cours d'instance être « rabattu » par la comparution du défaillant. Nous allons examiner
séparément le défaut du demandeur et celui du défendeur au regard des conséquences différentes
liées à leur comparution.
a. Le défaut du demandeur
L'article 17 du code de procédure civile prévoit que si le demandeur ne comparaît pas, le défendeur
peut demander défaut-congé sans qu'il soit statué au fond. Cette décision éteint l'instance. La
prescription demeure toutefois interrompue par l'assignation.
Mais le résultat atteint par la demande de défaut-congé c'est uniquement l'extinction de l'instance :
ni le droit, ni l'action ne se trouvent entamés par le défaut-congé, et le demandeur peut aussitôt
faire une nouvelle assignation. Son droit et son action demeurent donc protégés.
83
b. Le défaut du défendeur
L'alinéa 2 de l'article 17 du code congolais de procédure civile précité dispose que si le défendeur ne
comparaît pas, il est donné défaut et les conclusions du demandeur sont adjugées si elles se
trouvent justes et bien vérifiées.
Ici encore apparaît le souci de protection des droits du justiciable, car le juge ne peut allouer le profit
que si les conclusions du demandeur sont justes et bien vérifiées. C'est dire que le juge doit se
substituer au défendeur et vérifier le fondement de la demande. Et si le défendeur est condamné, il
peut faire opposition.
CONCLUSION
Le combat judiciaire doit être un combat loyal, transparent, dépouillé de tout effet de surprise et
soucieux de protéger les droits du justiciable. C'est dans ce but que le législateur congolais a imposé
que toute personne accusée, sauf exceptions prévues par la loi, a droit à un délai minimum de 8
jours francs plus un jour par l00 kms de distance, pour préparer ses moyens de défenses et se choisir
un conseil, et ce, conformément à l'article 14 du pacte International relatif aux droits civils et
politiques. Toute assignation ou requête qui, en l'absence de l'application des dispositions relatives à
l'abréviation des délais, contiendrait un délai inférieur est attentatoire aux droits du justiciable.
Dans le même ordre d'idées, aucune pièce ne peut être versée aux débats si la partie adverse n'en a
eu préalablement connaissance. Bien plus, le juge ne peut allouer que ce que les parties ont
demandé et non ni autre ni plus qu'autre chose. La publicité des débats judiciaires est requise dans le
même but, elle constitue un principe fondamental consacré par l'article 10 de la Déclaration
universelle des droits de l'homme et l'article 9 du Pacte International relatif aux droits civils et
politiques.
Elle protège les justiciables contre une justice secrète échappant au contrôle du public et constitue
ainsi l'un des moyens de contribuer à préserver la confiance dans les Tribunaux.
Pour la transparence qu'elle donne à l'administration de la justice, elle aide à atteindre le but des
dispositions précitées, à savoir, le procès équitable, dont la garantie compte parmi les principes de
toute société démocratique.
Mais le procès équitable dépend aussi de la compétence des juges, qui doivent avoir un niveau élevé
de formation professionnelle et d'expérience. Ils doivent également être d'une haute intégrité
morale, qualité qu'il est difficile d'estimer, mais qui est tout aussi importante que les autres
éléments propres à un procès équitable. En outre, les Avocats participants à un procès doivent être
compétents et indépendants.
84
BIBLIOGRAPHIE
I. Législation nationale
- Ordonnance-loi n°82/020 du 3 1 mars 1 982 portant C.O.C. J., journal officiel de la R.Z,
n°7 du 1er avril 1982.
- Loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences des juridictions de l'ordre judiciaire.
- Décret du 7 mars 1960 portant code de procédure civile, Moniteur congolais, 1960, 14-
1961, journal officiel de la R.Z. n°14, 1979.
III. Ouvrages
1. KATUALA KABA KASHALA, Code judiciaire zaïrois annoté, éd. ASYST SPRL,
Kinshasa, 1995.
2. MUKADI BONYI et KATUALA K.K., Procédure civile, Ed. Batena Ntambua, Kinshasa, 1999.
3. MUTUNDA MWEMBO, Justice et société en RDC, Kinshasa, 1999 ;
4. NGOMA BINDA, Justice, Démocratie et Paix en RDC, Kinshasa, 2000 ;
5. QUIRINI P., - Les droits des citoyens Zaïrois, 2ème éd., CEPAS, Kinshasa, 1 980 ;- Comment
fonctionne la justice au Zaïrois, CEPAS, Kinshasa, 1987 ;
6. RUBBENS A., Le droit judiciaire zaïrois, T. II, P.U.Z, Rectorat-Kinshasa, 1978 ;
7. SOHIER A., Droit de procédure du Congo Belge, 2eme éd., Brux, Maison Ferdinand
Larcier, 1955.
85
Annexe 2. Vulgarisation des notions de procédure civile congolaise
Par :
Maître ALONGO, Avocat au Barreau de Kinshasa-Gombe
INTRODUCTION
1. Le thème qui nous a été demandé d'aborder dans le cadre du présent traité a pour
énonciation « Les notions de la Procédure civile ».Il s'agira principalement pour nous
d'indiquer certaines notions pratiques du procès civil, cela en évitant autant que
possible les subtiles théories enseignées à l'Université relatives à la Procédure civile.
2. Pour plus de compréhension, notre exposé sera très sommaire.
3. Pour entrer dans le vif de notre sujet, il sied d'abord de poser la question de savoir ce
qu'on entend par « Procédure civile ».La définition la plus simpliste à donner consistera
à dire que par procédure civile, il faut entendre la voie à suivre pour mener en justice
une action portant sur un litige ou encore une affaire de nature civile.
4. Par rapport à cette définition, notre tâche consistera, dans le cadre de ce traité, à
présenter les actes à entreprendre ou mieux, les démarches à mener lorsqu'une
personne veut porter en justice une affaire qui le concerne et qui est d'ordre civil.
5. Mais qu'est-ce qu'on entend par « affaire civile » ? Il convient de préciser que dans la
société humaine, les conflits, les mésententes ne manquent jamais. Il n'existe nullement
dans le monde une société dans laquelle tout le monde vit en harmonie. Notre vie de
tous les jours est émaillée des faits qui sont généralement causes de litiges.
6. Pour que la gestion ou la recherche de solution à ces litiges ne puisse point engendrer
du désordre dans la société, l'Etat a érigé des structures appelées à trancher en toute
équité. Personne n'a ainsi le droit de se faire justice soi-même. Le rôle de trouver des
solutions au litige est dévolu aux tribunaux.
7. Un litige est dit civil lorsqu'il ne revêt pas d'aspect infractionnel. Il y a certes conflit entre
deux ou plusieurs personnes, mais aucune d'elles n'a posé un fait que la loi qualifie
d'infraction. C'est ce qu'on appelle matière civile, par opposition à la matière pénale qui,
elle, a trait aux infractions.
8. Quelques exemples de matière civile :
- 1° La question du prêt ou de la dette. Le non remboursement du prêt ou de la dette
ne constitue pas une infraction.
- 2° Le fait pour un jeune homme de 20 ans d'engrosser une fille qui a 18 ans et
plus. Cette pratique était répandue à Kinshasa : faire arrêter quelqu'un parce qu'il a
refusé de reconnaître une grossesse.
- 3° Le fait de ne pas payer son loyer.
- 4° La gestion de succession.
- 5°Le divorce et tout ce qui a trait aux questions de ménage : recherche de
paternité, de maternité, la pension alimentaire.
9. Bref, il y a matière civile toutes les fois que dans un conflit, il n'y a pas la présence des faits
que la loi qualifie d'infraction.
[Link]'un Officier de la Police Judiciaire (OP.J) vous interpelle ou vous arrête pour ce
86
genre de matière, il faut déjà lui préciser qu'il s'agit d'une matière civile.
[Link] donc une arrestation arbitraire, un OPJ qui vous arrêterait pour une
question de dette. Contre cet OPJ, vous êtes en droit de vous plaindre pour arrestation
arbitraire.
[Link] : A l’ occasion d'un litige purement civil, des infractions peuvent être
commises.
[Link], il ne faut pas injurier la personne qui vous doit, ni la brutaliser ni forcer d'entrer
dans sa maison pour saisir des objets au titre de gage.
[Link] matière civile n'est pas nécessairement un litige. Elle peut aussi être une affaire qui
n'oppose point deux ou plusieurs personnes,
[Link], une matière civile est dite contentieuse lorsqu'il y a litige. Cas des personnes qui
s'opposent pour une dette. Elle est dite gracieuse quand il n'y a pas de litige.
[Link] d'une personne qui sollicite un jugement supplétif d'acte de naissance, un
jugement d'adoption, de reconnaissance de paternité, etc. Ce sont là des affaires
gracieuses.
[Link]'un tribunal est saisi d'un conflit d'ordre civil, on dira qu'il siège en matière civile.
87
CHAPITRE I:QUE FAIRE POUR RECOUVRER SES DROITS DANS LE CADRE D'UN
CONFLIT CIVIL ?
88
Il y a en effet :
- 1° Le Droit : II faut être titulaire d'un droit. Droit de créance sur une personne, droit
de propriété, etc.
- 2° La Capacité : qui est l'aptitude à pouvoir ester en justice. Il faut être majeur et ne
pas être frappé d'interdiction d'exercer ses droits. Sont incapables, les mineurs, les
personnes déclarées imbéciles, les aliénés mentaux, les personnes placées sous
curatelle, etc. Attention : Les associations n'ont de capacité que si elles ont la
personnalité civile. Pour les sociétés, si les statuts authentifiés ont été déposés au
Greffe du Commerce ;
- 3° La Qualité : qui est le titre juridique en vertu duquel une personne peut ester en
justice. Il faut être propriétaire, titulaire du droit de créance, parent, etc ;
- 4° L'Intérêt : II faut avoir un intérêt et surtout, arriver à prouver que vous avez subit
personnellement un préjudice.
1. L'assignation est lancée et fixe l'objet de la demande ainsi que la date d'audience ;
2. La partie qui s'est plaint est appelée «demandeur, demanderesse ou partie
demanderesse ».La partie qui est traduite en justice est appelée « Défendeur,
Défenderesse ou partie défenderesse » ;
3. A la première audience, le tribunal renvoie l'affaire au mois pour échange des pièces et
[Link] demandeur va communiquer ses pièces, c'est-à-dire ses preuves au
défendeur qui va faire valoir ses conclusions dans lesquelles il mettra ses moyens de
défense ;
4. Le demandeur pourra répliquer aux conclusions du défendeur ;
5. Quand toutes les parties auront conclu, elles pourront alors plaider, c'est-à-dire faire le
développement oral de leurs conclusions ;
6. Après la plaidoirie, le juge va prendre l'affaire en délibéré ;
7. Le jugement à prononcer peut être contradictoire ou par défaut ;
8. Contradictoirement, si toutes les parties ont conclu et plaidé ;
9. Par défaut, si une partie n'a pas comparu ;
[Link] : Lorsque votre adversaire a comparu une fois et refuse de comparaître à
nouveau ou refuse de conclure, vous devez lui faire une « sommation de conclure».
C'est l'huissier qui dépose. Si à la date indiquée dans la sommation, votre adversaire ne
comparaît pas, le jugement sera réputé contradictoire et non par défaut ;
[Link] vous êtes défendeur et qu'à la première audience le demandeur ne comparaît pas
vous pouvez demander le défaut congé. L'affaire sera biffée lorsque les deux parties ne
comparaissent pas.
89
CHAPITRE III : LES VOIES DE RECOURS
1. Que faire quand vous n'avez pas trouvé satisfaction dans un jugement ?
2. Vous ferez l'opposition, quand le jugement n'a pas été contradictoire, c'est-à-dire par
défaut. Le délai d'opposition est de 15 jours à partir du jour de la signification ou du
jugement. L'opposition est faite devant le même tribunal qui a rendu la décision.
3. Vous ferez appel devant le tribunal supérieur et cela, dans un délai de 30 jours à dater
de la signification.
4. Lorsqu'un jugement a été rendu (entre deux personnes) et que vous considérez qu'il
préjudicie vos droits, vous pouvez faire la tierce opposition à tout moment. C'est par voie
d'assignation ou en tierce opposition.
5. Si au niveau d'appel vous n'avez pas eu gain de cause, vous pouvez alors aller en
cassation près la Cour Suprême Justice 42 dans le délai de trois mois à dater de la
signification. La requête introductive doit être introduite et signée par un avocat près la
Cour Suprême de Justice. Si vous n'avez pas de moyen pour avoir un tel avocat, vous
sollicitez un avocat gratuit auprès du Bâtonnier national.
42
Aujourd’hui, le Cour de Cassation dont ses compétences sont encore dévolues à la Cour Suprême de Justice à cause de
son ineffectivité.
90
Annexe 3. Garanties des libertés fondamentales dans une affaire pénale
Par :
Professeur Dieudonné KALINDYE BYANJIRA
et
Magistrat Chef de Travaux Gabriel BUSIMBA KASINDIKIRA (décédé)
Depuis l'effondrement de l'URSS à la suite du vent de la perestroïka et de la glasnost 43, une nouvelle
page s'est ouverte pour les pays africains marquée essentiellement par l'espoir de paix et de la
démocratie et l'émergence des conflits armés ou non armés justifiés par la recherche de
l'instauration d'un Etat de droit respectueux des droits de l'Homme.
En signe du respect de ces droits, il est devenu monnaie courante que les Etats contemporains
ratifient toutes les conventions internationales en matière des droits de l'homme en affirmant leur
adhésion aux instruments internationaux et en incorporant des sanctions conséquentes dans leurs
lois pénales internes.
Alors qu'il avait déjà, par Décret du 30 janvier 1940, adopté son code pénal tel que complété en ce
jour, la République Démocratique du Congo, qui ne fait pas exception, a choisi récemment de ratifier
systématiquement une bonne partie des Conventions précitées et s'est même dotée d'une
Commission Nationale des Droits de l’Homme (loi n°13/011 du 21 mars 2013 portant institution,
organisation et fonctionnement de la Commission Nationale des Droits de l’Homme).
Une chose est de prévoir tous ces textes internationaux et nationaux mais une autre est de mettre
en place un ensemble de règles assurant une bonne administration de la justice susceptible de
permettre l'appréciation de l'affectivité de la protection des droits de l'homme dans le vécu
quotidien du citoyen.
Point n'est besoin de rappeler que la responsabilité de maintenir l'ordre public incombe à l'Etat qui,
lorsqu'une loi pénale est violée, doit par des règles efficaces de procédure, organiser les mécanismes
de répression susceptible de sécuriser tous les acteurs de la scène de procédure pénale congolaise ; à
savoir le justicier (Officier de Police Judiciaire, Officier du Ministère Public et Juge) ; le justiciable (le
délinquant et la victime).
C’est pour cette raison qu’il convient de doter l'Etat des mécanismes de protection des droits des
particuliers. Autrement dit, l'adoption des règles de procédures dont la violation par les différents
acteurs sera sévèrement sanctionnée.
S'il est vrai que le domicile est inviolable, encore faut-il que chaque fois qu'il sera violé, ses violateurs
; quels qu'ils soient, soient poursuivis de l'infraction de violation de domicile.
43
- Perestroïka: reconstruction et restructuration
- Glasnost : transparence et bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques
91
En effet, la violation de la loi pénale déclenche la mise en mouvement de plusieurs mécanismes
allant de l'interrogatoire du délinquant par l'Officier de Police Judiciaire à la fixation par le juge de la
sanction appropriée en passant par l'instruction dirigée par l'Officier du Ministère Public pour une
première qualification des faits et le rassemblement de preuves de culpabilité.
La présente étude s'étendra sur deux points, à savoir : Principes fondamentaux de défense des droits
de l'homme et circuit judiciaire d'une affaire pénale.
1. Principe de la légalité ;
2. Principe de 1'égalité ;
3. Principe de la présomption d'innocence.
Le principe général de la légalité n'est pas à confondre avec celui de la légalité des délits et des
peines appelé communément la légalité pénale qui n'en est qu'une variante comme la gainé
administrative et la légalité disciplinaire.
En effet, alors que le principe de la légalité des délits et de peines consiste à la légalité des définitions
des infractions et la détermination des peines tel que consacré par l'article 1 er du code pénal
congolais qui stipule que : « Nulle infraction ne peut être punie des peines qui n'étaient pas portées
par la loi avant que l'infraction fut commise », le principe de la légalité en général tire son origine du
libéralisme politique et sa quintessence réside au fait qu'une autorité politique, administrative ou
judiciaire ne peut agir qu'en vertu et en conformité avec le droit en général dont la loi écrite est un
des éléments.
Il ne suffit pas d'être victime et/ou d'être coupable d'une infraction pour que des sanctions
conséquentes soient infligées, encore faut-il que la recherche de la preuve établissant cette
culpabilité et les poursuites judiciaires s'opèrent selon les règles procédurales prédéterminées par la
loi.
En matière de procédure pénale, MERLE et VITU ont bien fait l'application de ce principe en
expliquant que le délinquant ne doit être jugé et condamné qu'après un procès conduit selon les
règles de forme fixées à l'avance par la loi seule44.
Ainsi, dans la création des règles de procédure pénale, le législateur doit rechercher à tout instant un
équilibre satisfaisant entre les droits de l'accusation et de la défense avec la nécessité du respect des
44
MERLE R. et VITU A., Traité de droit criminel, Cujas, Paris, 1967, n° 149, p.
92
règles pré-établies relatives au déroulement de l'enquête, d’instruction criminelle et de la
condamnation. Il faut que la défense s'exprime librement, sans toutefois entraver ou rendre
impossible la répression. Bref, les règles de procédure pénale doivent donc être protectrices des
libertés individuelles autant que des intérêts de la société.
La légalité procédurale entraîne des conséquences pour l'organisation judiciaire et pour la procédure
suivie devant les tribunaux répressifs,
45
Les tribunaux d'exception crées et constitués après la commission des faits sont à proscrire. En République
Démocratique du Congo, toutes les constitutions ont interdit leur création. Toutefois, ils ont été créés et le dernier en
date est la Cour d'Ordre Militaire qui a été dissoute.
93
Section 2. Principe de l'égalité
L'article 7 de la Déclaration universelle des droits de l'homme stipule que : «Tout citoyen a droit à un
traitement égal devant les tribunaux. Ceux qui sont incapables de défendre leurs droits (mineurs,
vieillards) ont droit à la protection spéciale de la justice » et l'article 12 de la Constitution de la
République Démocratique du Congo renchérit en ces termes : « Tous les congolais sont égaux devant
la loi et ont droit à une égale protection des lois »46.
Il ressort de ces articles que tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ils ont tous les mêmes droits
et sont soumis aux mêmes obligations au regard de l'application de la loi. Ainsi, 1' Etat doit assurer
une égale protection légale de droit à tous ses citoyens.
Toute autorité investie d'un pouvoir étatique doit en vertu de l'égalité des citoyens procéder au
traitement inégalitaire des différents cas posés par les citoyens, ce qui revient à tenir compte des
particularités de chaque individu dans la solution des problèmes sociaux. Il en est de même du juge
qui tient compte de la personnalité du délinquant dans la fixation de la peine applicable.
En effet, les inégalités entre les citoyens sont inhérentes à la nature humaine (inégalité de richesse,
de santé, de capacité intellectuelle ou physique, etc.,). De par leur création, les hommes sont
inégaux et c'est donc l'Etat qui doit établir l'égalité par un traitement inégalitaire.
Ainsi, les lois à adopter doivent tenir compte de cette réalité sociale quand bien même elles sont
impersonnelles, abstraites et générales. Ainsi, à celui qui a plus il lui sera demandé de contribuer aux
charges de l'Etat plus que les autres au nom de la solidarité collective. Celui qui n'a qu'un cellulaire
paye la contribution sur les chiffres d'affaires à chaque appel tandis que celui qui a une voiture
contribue triplement en payant la contribution sur les chiffres d'affaires au litre d'essence, la vignette
pour la circulation routière et frais d'assurance à la SONAS. En matière d'égalité pénale, il y a lieu de
relever que si le juge naturel du citoyen ordinaire est le juge de paix, celui du Directeur ou du
politique (Ministre au sein du Gouvernement ou autre) est déterminé à la mesure du degré
d'influence. Ainsi, le Directeur est justiciable de la Cour d'Appel tandis que le Ministre est justiciable
de la Cour Suprême de Justice (Cour de Cassation actuellement).
Il ressort de cette analyse que le 1égislateur établit une différence entre les citoyens en tenant
compte de leur signe extérieur de richesse de sorte que certains biens sont luxueux car pour le
posséder le propriétaire doit avoir déjà résolu un certain nombre de besoins primaires. C'est le cas
du téléphone cellulaire, de la voiture, etc. En agissant de cette manière, il rétablit une certaine
égalité entre les citoyens malgré les inégalités de fait.
L'Etat est tenu de prendre et de défendre cette position au nom de la solidarité nationale sans
laquelle il n'existe pas de nation.
L'article 11 de la Déclaration universelle des droits de l'homme stipule que : «toute personne
accusée d'un acte délictueux est présumée innocente, jusqu'à ce que sa culpabilité ait été
légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui
auront été assurées ». Ce principe est repris également par l'article 17 alinéa 9 de la Constitution qui
46
Journal officiel, Numéro spécial du 05 février 2011.
94
dispose que : «Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa
culpabilité ait été établie par un jugement définitif».
Les deux articles précités énoncent le principe de la présomption d'innocence selon lequel, en
matière pénale, toute personne poursuivie est considérée comme innocente des faits qui lui sont
reprochés, tant qu'elle n'a pas été déclarée coupable par une juridiction compétente.
Ainsi, ce qui a été au départ des simples soupçons deviendra avec des éléments de preuve des
convictions évidentes assises sur des pièces et preuve matérielle saisie par l'Officier de Police
Judiciaire sur terrain ou lors de la perquisition.
Il en résulte que le délinquant a droit au silence, ce qui revient à dire qu'il n'a le devoir que de
donner sa version de faits. Il n'est même pas tenu d'apporter la preuve de son innocence.
Le défaut d'apporter la preuve de l'existence de tous les éléments constitutifs dans le chef du
délinquant ou encore l'incapacité pour l'Officier du Ministère Public de balayer le doute sur la
culpabilité de l'accusé entraîne pour le juge l'incertitude des faits et de la culpabilité du délinquant.
Ainsi, comme la responsabilité pénale 48 suppose l'établissement du couple culpabilité et imputabilité,
le défaut de l'une entraîne le doute et donc l'acquittement pur et simple.
Outre les conditions pour une saine administration de la justice, le législateur congolais tient à ce que
l'innocence du délinquant reste maintenue jusqu'à l'intervention d'un jugement définitif. Ici, il faille
noter qu'un jugement est dit définitif lorsqu'il est coulé en force de chose jugée c'est-à-dire qu'il n'y a
plus possibilité d'y revenir compte tenu du fait que tous les recours ordinaires ont été exercés, à
savoir l'opposition si le jugement était par défaut et l'appel si la décision était contradictoire. Ainsi les
vérités y contenues sont considérées comme non contestables car tous les recours exercés ne les ont
renversées.
47
NYABIRUNGU tnwene SONGA, Droit pénal général zaïrois, Ed. DES, Kinshasa, 1989, pp. 376-378
48
Idem, pp. 202 - 254.
95
Par ailleurs, un procès est régulier, juste et équitable lorsqu'il met en œuvre les différents
mécanismes de procédure garantissant à la personne accusée, au minimum le droit 49:
- à être informée, dans le plus court délai, dans une langue qu'elle comprend et de façon
détaillée, de la nature et des motifs de l'accusation ;
- à disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense et à
communiquer avec le conseil de son choix ;
- à être jugée sans retard excessif ;
- à être présente au procès et à se défendre elle-même ou à avoir l'assistance d'un
défenseur de son choix ; si elle n'a pas de défenseur, à être informée de son droit d'en
avoir un, et, chaque fois que l'intérêt de la justice l'exige, à se voir attribuer d'office un
défenseur, sans frais, si elle n'a pas les moyens de le rémunérer ;
- à interroger ou à faire interroger les témoins à charge et à obtenir la comparution et
l'interrogatoire des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à
charge;
- à se faire assister gratuitement d'un interprète si elle ne comprend pas ou ne parle pas
la langue employée à l'audience ;
- à ne pas être forcée de témoigner contre elle-même ou de s'avouer coupable.
49
Article 14 alinéa 3 du pacte international relatif aux droits civils et politiques.
96
CHAPITRE II: CIRCUIT JUDICIAIRE CONGOLAIS
La commission de l'infraction est une chose et sa répression en est une autre. Cette dernière dépend
de plusieurs facteurs notamment la connaissance par l'Officier de Police Judiciaire ou l'Officier du
Ministère Public.
Le présent point examinera le processus à suivre par une affaire pénale depuis sa découverte jusqu'à
l'intervention de la décision du juge.
II est vrai que la recherche des infractions est la mission principale confiée aux Officiers de Police
Judiciaire sous la supervision du Ministère Public 50 mais plusieurs infractions sont commises dans le
noir (criminalité officieuse) au point que les justiciers ne peuvent l'identifier.
Ainsi, à côté de l'œuvre utile de l'Officier de Police Judiciaire, les violations de la loi peuvent faire
l'objet d'une dénonciation, d'une plainte. Qu'en est-il ?
§1. La plainte
C'est le mode le plus fréquent utilisé par les victimes d'une infraction. En effet, la commission d'une
infraction peut léser les intérêts d'une communauté ou d'une personne touchée ou préjudicié par la
rupture de l'équilibre social.
Ainsi, la plainte est une déclaration faite aux autorités judiciaires par la victime d'une infraction.
50
Lire utilement les articles 1 et 2 du Code de procédure pénale congolaise
97
D'une manière générale, la plainte élaborée souvent sous forme d'une lettre doit être signée et son
expéditeur n'est pas à confondre avec l'informateur, qui est un collaborateur désintéressé.
Toutefois, le plaignant qui ne sait pas écrire peut se présenter devant l'Officier de Police Judiciaire et
faire acter sa plainte devant celui-ci ou désigner un représentant, dûment mandaté pour déposer la
plainte en ses lieux et place. Un service d'un Avocat est mieux indiqué.
La connaissance de l'auteur de l'infraction importe peu car le plaignant peut articuler sa déposition
contre inconnu ou contre une personne précise.
En tant qu'entorse à l'ordre public, la poursuite du délinquant peut être déclenchée en dépit du
retrait de la plainte de la victime par peur des représailles sauf s'il s'agit d'une infraction pour
laquelle les poursuites sont subordonnées à la plainte de la partie lésée (ex. Adultère).
Il convient de décrier cette mauvaise pratique décelée dans le milieu de la police nationale qui
procède à l'arrestation systématique des plaignants et délinquants à qui il est demandé des amendes
transactionnelles avant d'être relaxés. II s'agit bel et bien de la violation des droits de l'homme à
proscrire énergiquement.
§2. La dénonciation
A la différence de la plainte dont l'auteur est obligatoirement indiqué au regard du préjudice subi, la
dénonciation est l'œuvre de personnes désintéressées. En fait, la commission de l'infraction crée un
mariage judiciaire dont le couple composé d'un délinquant et de la victime est en désunion
permanente.
Ainsi, toutes les fois que les personnes tierces à ce mariage révèlent à l'autorité judiciaire les faits
infractionnels, il s'agit de la dénonciation.
C'est ici qu'il faut regretter le manque de participation de la population à l'administration de la justice
car celle-ci assiste passivement à la commission des multiples infractions dont le plus populaire est le
vol simple sans réaction responsable alors que la dénonciation aurait pu déclencher la poursuite
judiciaire et donc le rétablissement de l'ordre public et social ainsi rompu.
51
La lecture des articles 1 à 3 de l'Ordonnance - loi n° 78-001 du 24/02/1978 tel que modifié par l'Ordonnance - loi n° 79-
020 du 25/07/1979 relative aux infractions flagrantes renseigne qu'une infraction est dite flagrante lorsqu'elle est en train
de se commettre au moment où l'Officier de Police Judiciaire en est avisé ou bien lorsqu'elle vient tout juste de se
commettre. Par contre, une infraction est réputée flagrante lorsqu'une personne soupçonnée de l'avoir commise ou d'y
avoir participé est encore poursuivie par la clameur publique ou bien lorsqu'une personne est trouvée en possession
d'objets ou présentant des traces ou indices qui laissent penser qu'elle vient de commettre ladite infraction ou de participer
à sa commission.
En outre, est assimilée à une infraction flagrante ou réputée telle, toute infraction commise, même après un
certain temps, dans une habitation dont le chef requiert l'Officier de Police Judiciaire de venir la constater.
98
Pour parer à ce silence coupable de la population, la police utilise bénéfiquement ses informateurs et
indicateurs qu'on peut désigner comme dénonciateurs attitrés.
En effet, les informateurs sont des collaborateurs de la police appelés occasionnellement à apporter
leur concours au policier en fournissant de manière discrète des renseignements précieux dans le
cadre de leurs activités professionnelles ou non.
Dans le cadre de la recherche des infractions, l'OPJ doit avoir des relations sérieuses dans tous les
milieux de la vie nationale. Toutes ces personnes, sources de précieuses informations, doivent être
tenues secrètes.
Toutefois, lorsque ces personnes sont des anciens délinquants amendés, on les appelle des
indicateurs. Les OPJ habitués à la recherche des infractions recrutent ces indicateurs parmi les
tenanciers de bars, les garçons de restaurants ou cafés, les anciens condamnés ayant conservés des
liens avec le milieu d'origine, les prostituées, les souteneurs.
Les informations transmises par eux sont à considérer comme de simples renseignements compte
tenu de mobiles souvent cachés de leurs dénonciations : haine, amitiés de la police, etc. .,.
Les articles 1er et 2 du Code de Procédure Pénale ainsi l'article 2 de l'ordonnance 78-289 du
03/07/1978 relative à l'exercice des attributions d'officier et agent de police judiciaire près les
juridictions de droit commun circonscrivent le rôle de l'Officier de Police Judiciaire en ces termes ;
A compétence restreinte ou générale, le rôle des Officiers de Police Judiciaire ne consiste pas
seulement à exécuter des réquisitions d'information leur transmises par l'Officier du Ministère Public
mais aussi de procéder à des recherches en vue de détecter les infractions qui sont de sa
compétence.
Point n'est besoin de rappeler les effets avantageux de la proximité de la police nationale par le
phénomène de la « containerisation ». Dans un fonctionnement à merveille, cette présence policière
pourra jouer un rôle dissuasif décourageant ainsi la commission des infractions.
99
En conclusion, la commission de l'infraction entraîne le mariage entre le délinquant et la victime et
une fois portée à la connaissance des autorités judiciaires, elle déclenche ou met en mouvement le
circuit judiciaire qui commence par l'enquête préliminaire.
Dès lors que l'infraction commise est portée à la connaissance de l'Officier de Police Judiciaire ou de
l'Officier du Ministère Public, ce dernier doit procéder à l'ouverture d'un dossier judiciaire. Il s'agit
d'une farde-chemise sur laquelle est inscrit le nom du délinquant, à laquelle est attribué un numéro
d'ordre et dans laquelle seront désormais versées toutes les pièces de procédure.
En effet, l'enquête judiciaire dans la phase préjuridictionnelle s'effectue principalement par l'Officier
de Police Judiciaire. L'Officier du Ministère Public, sous forme de contrôle et en vertu de l’adage : «
qui peut le plus peut le moins » peut prendre l'initiative de l'enquête, donner des instructions
(perquisitions, arrestations, ...) ou encore réorienter l'enquête.
Ainsi, la présente étude examinera les droits de justicier, du délinquant et de la victime à travers
deux points intitulés Enquête préliminaire de l'Officier de Police Judiciaire et Enquête judiciaire de
l'Officier du Ministère Public.
Cette subdivision a été préférée à toute autre au regard du fait que le Procureur Général est maître
de l'action publique et a donc la plénitude de son exercice devant toutes les juridictions de son
ressort53. II est seul compétent pour apprécier l'opportunité des poursuites judiciaires en
déterminant ainsi la nécessité de l'ouverture d'une enquête judiciaire.
Il sied de signaler que quel qu'il soit, Officier de Police Judiciaire ou Magistrat instructeur, tous
agissent au nom du Procureur de la République qui fixe les affaires pour instruction auprès des
juridictions.
Ainsi, le point sous examen n'abordera que la question relative aux droits de l'homme à respecter
par l'OPJ.
52
La présente étude a réservé une longue analyse à l'œuvre de l'Officier de Police Judiciaire en reconnaissance du rôle
essentiel que celui-ci ne cesse de jouer dans le circuit judiciaire. En effet, il est le premier maillon de la chaîne
judiciaire qui intervient au moment le plus proche de faits et dont l'efficacité sur terrain pour rétablir l'ordre public
reste la seule image que les citoyens gardent de la justice.
Ainsi, pour les droits de l'homme dont il lui est reproché la violation, il faille que ses techniques d'enquête soient
fignolées, ses décisions conformes à la loi et ses procès-verbaux assez explicites quant aux faits mis à charge du
prévenu à la qualification retenue et aux différentes preuves recueillies sur place où à l'aide de l'audition des témoins.
En définitive, lorsque son travail est bien effectué, le travail de l'Officier du Ministère Public sera facilité et ainsi toute
prolongation de la détention ou violation des droits de l'homme ne sera pas possible.
53
Voir l’Art 77 de la Loi organique n°13/013 B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence
des juridictions de l’ordre judiciaire, qui reprend justement les dispositions de l’Art 13 al. 2 de l’Ordonnance loi n°82-
020 du 31 mars 1982 portant Code de l'Organisation et de la compétence judiciaire (abrogé dans certaines de ses
dispositions).
100
1. Audition du plaignant ;
2. Constatations sur les lieux (Interrogatoire du délinquant, Identification des victimes et
témoins et Recherche et Rassemblement des preuves - Perquisitions)
3. Arrestations,
[Link] du plaignant
La plainte revêt une forme écrite ; de ce fait, elle est muette et peut ne pas être l'œuvre de son
auteur,
Ainsi, généralement l'OPJ invite le plaignant à confirmer verbalement les termes de sa plainte. Ainsi,
par une question ouverte : « confirmez-vous les termes de votre plainte », l'OPJ se rassure du
contenu de la plainte et requiert les informations complémentaires.
S'agissant d'une dénonciation franche, le dénonciateur sera identifié sur le PV d'audition sauf s'il a
requis l'anonymat. Lorsqu'il s'agit d'une lettre anonyme, elle sera jointe au 1 er PV établi par l'OPJ. Au
cas où, il s'agit d'un coup de téléphone anonyme, l'OPJ en fera mention.
A ce niveau, il convient d'encourager l'œuvre héroïque des OPJ qui sont les premiers à entendre le
plaignant tout au début de maillon et plus proche de la commission de faits au moment où tout est
encore frais dans la mémoire collective de la population et du mémoire individuel.
Il est important que cette audition soit sérieuse pour permettre à l'OPJ de mieux mener les enquêtes
en démontrant à ses futurs interrogés sa parfaite connaissance de faits 54. Cette connaissance sera
issue d'une bonne audition du plaignant.
A partir de cette audition, l'OPJ cerne les faits, ce qui lui permettra d'aborder la seconde étape avec
méthode. Deux possibilités lui sont offertes, à savoir : soit il effectue une descente sur terrain pour
constater les faits soit encore il convoque les délinquants pré-identifiés pour les entendre sur les
faits mis à leur charge.
54
L‘interrogateur doit toujours faire croire à l'interrogé qu'il connaît très bien les faits et qu'il n'est point nécessaire de le
tromper.
101
L'auteur de toute infraction laisse toujours sur le lieu du crime ou mieux sur la scène criminelle de
nombreux indices susceptibles de faciliter son identification et de prouver sa culpabilité. A cet effet,
outre les dispositions pratiques à envisager en faveur de la victime, si elle est sur les lieux, l'OPJ doit
toutes affaires cessantes surtout quand il y a flagrance, effectuer la descente sur terrain afin de
rechercher, colliger et protéger les preuves.
Il faille noter que l'image de la justice que la population garde est celle transmise par l'efficacité de
l'OPJ lors de sa descente sur terrain.
a. Objectifs poursuivis
La descente sur terrain qui est la manifestation visible du début de l'enquête doit mener à la
découverte et à l'identification :
Les investigations doivent s'étendre à l'entourage de la victime : mari, épouse, père, mère, sœurs,
frères, parents, domestiques, voisins, amis, relations.
En cas de soupçon sur une personne déterminée, une perquisition minutieuse et approfondie
s'impose. C'est à l'enquêteur/OPJ qu'il appartient de déterminer, compte tenu des circonstances, si
son intervention doit être immédiate ou s'il ne vaudrait pas mieux de la retarder jusqu'au moment
où l'on sera en possession d'éléments déterminants.
c.1. Interrogatoires
55
Est suspect, toute personne qui a approché la victime dans un moment voisin du crime.
102
Un OPJ formé fait de l'interrogatoire un moment de partage d'information à travers un
questionnaire allant du général (questions ouvertes) au particulier (questions plus spécifiques).
Tout doit être signalé pour permettre à l'OMP de mieux apprécier l'opportunité des poursuites. De
l'identité du prévenu à la confrontation des faits par rapport à l'infraction commise au regard de ses
éléments constitutifs, l'OPJ ne doit rien négliger.
En effet, un fait apparemment anodin tel que l'état civil peut être déterminant lorsque le juge devra
apprécier les circonstances atténuantes ou aggravantes pour un délinquant qui a accompagné son
forfait d'un acte de viol.
En dehors des infractions qui ne requièrent pour leur existence l'élément intentionnel, toutes les
infractions sont commises après un long préparatif qui nécessite parfois la rencontre préalable avec
la victime. Ainsi, l'OPJ devra entendre toutes les personnes ayant eu de contacts avec la victime en
examinant les mobiles de leur rencontre et l'état de leurs relations personnelles. Avec les effets
avantageux de la technologie, l'examen de ces appels téléphoniques n'est pas à négliger.
Généralement, les délinquants des infractions de grande envergure telles qu'assassinat, vol à main
armée, ... retournent toujours au lieu du crime pour se rassurer qu'ils n'ont pas été reconnu. Ainsi, ils
sont confondus dans la masse qui se trouve sur le lieu soit en posant n'importe quelle question, soit
en embrouillant l'enquêteur.
L'OPJ peut facilement découvrir ces suspects car après avoir pris possession des lieux, groupé les
parents et témoins dans un endroit, au besoin sous surveillance, tous les autres personnes doivent
passer un interrogatoire sommaire du genre: Nom et Post-nom, lien avec la victime, raison de sa
présence dans ce lieu, comment a-t-il reçu l'information relative à la commission de l'infraction,
II convient de rappeler que le suspect vient aussi sur le lieu du crime pour effacer les traces et indices
susceptibles d'orienter vers l'identification des délinquants. A cet effet, au regard de la flagrance, il
convient de fouiller tous les suspects sur les lieux,
La fouille judiciaire ainsi ordonnée aura pour but, à la différence de la fouille administrative qui vise
la recherche d'un danger afin de l'éloigner ou d'y mettre fin, de rechercher et rassembler les
éléments de preuve de crimes et les éventuelles pièces à conviction. Ici, l'OPJ connaît l'infraction et
la nature d'indices à rechercher.
Il ne s'agit certes pas de l'exploration corporelle mais la nature de l'infraction pourra déterminer le
genre de fouille qui convient : fouille de vêtement, bagages, véhicules trouvés sur le lieu du crime,
etc.
La Constitution et les lois de la RDC consacrent la liberté d'aller et de venir ainsi que la protection de
la vie privée, A cet effet, le fait de procéder à la fouille de toute personne se trouvant sur le lieu du
crime dans le temps voisin de la commission de l'infraction est de nature à porter atteinte aux droits
103
et libertés de citoyens. L'OPJ doit l'utiliser avec précautions en respectant toutes les règles relatives à
la perquisition.
Pour mieux appréhender les faits, l'OPJ doit identifier et entendre les témoins qu'il doit recruter dans
la famille et l’entourage de la victime. La liste de témoins doit s'élargir à toute autre personne pour
autant qu'elle a été présente ou pas au moment de la commission de l'infraction.
Par ailleurs, pour la validité des témoignages, l'OPJ doit différencier d'une part les témoins proches
de la victime et du délinquant ainsi que ceux qui n'ont aucun lien de parenté avec eux et d'autre part
les témoins oculaires des témoins auriculaires.
Il convient de noter que l'interrogatoire des témoins doit porter que sur les éléments ayant des
rapports avec l'infraction.
Les témoins proches du couple criminel sont entendus à titre de renseignement ; à ce titre, leur
mensonge et dénaturalisation des faits peuvent être toléré car nul ne peut être contraint de
témoigner contre son frère.
Par contre, les autres témoignages recueillis sous serment seront analysés soigneusement par
l'Officier de Police Judiciaire qui pourrait recourir à la confrontation des témoins pour dégager une
version définitive.
Il est vrai que la loi sanctionne les témoins récalcitrants et le faux témoignage. Toutefois, si le témoin
récalcitrant et défaillant est celui qui refuse de comparaître ou qui comparait mais refuse de
participer à la manifestation de la vérité, le témoignage n'est faux qu'après un jugement définitif du
tribunal compétent.
Ainsi, l'OPJ peut transiger pour le cas du faux témoignage mais ne peut rien exiger du témoin encore
moins l'arrêter sans violer les droits de l'homme.
Dès son arrivée sur terrain, l'OPJ a l'obligation d'examiner rapidement la victime à ne pas confondre
avec le plaignant et prendre des mesures urgentes qu'exigent 1es circonstances dont notamment
évacuer la victime, si elle est encore en vie, vers l'hôpital le plus proche pour des soins appropriés ou
encore requérir d'urgence un médecin.
L'audition de la victime vise à identifier le préjudice causé par la commission de l'infraction. A cet
effet, elle peut se dérouler même plus tard. Toutefois, aussi rapide que possible, soit sur place soit à
l'hôpital dès que l'état de santé le permet, l'audition de la victime doit se limiter à l'immédiat ou/et
dans un premier temps aux questions relatives à la scène du crime et aux indications sur l'auteur.
Constituerait une violation des droits de l'homme, un interrogatoire musclé de la victime ayant un
tableau sanitaire critique malgré l'opposition de son médecin traitant.
104
Ainsi à ce stade, l'OPJ devra :
L'avantage à ce niveau est que l'OPJ connaît l'infraction concernée et au regard de la loi ainsi violée, il
connaît également les éléments de preuves à rassembler.
En effet, il n'est pas question de saisir la lampe à tempête utilisée par le voleur bien identifié lors de
l'enquête sur le vol simple alors qu'il ne s'agit pas d'un bien volé.
En dehors de la perquisition, la recherche de preuves passe par la saisie des pièces à conviction.
De prime à bord, il appert de préciser que l'enquête sur terrain se termine par la saisie de tous les
objets, traces ou matières qui pourront servir de preuves matérielles et techniques et qui auront été
découverts sur la victime, sur les suspects et sur les lieux du crime ou à proximité des lieux.
a. Sur la victime
Tout ce qui se trouve sur la victime doit être saisi ; vêtements, portefeuille, papiers, photos, objets
divers et sera minutieusement détaillé, côté et emballés ou glissées dans une enveloppe. Bien
entendu, ces différentes choses doivent avoir un lien avec l'infraction.
b. Sur le délinquant
Toute personne suspecte est soumise à une fouille visant la recherche des armes blanches ou non et
munitions, argent, objet éventuellement volé, documents, lettres et matériels d'effractions ou
fausses clés.
Ainsi, l'OPJ devra examiner le visage, cou, mains, salives pour déceler toute trace de blessures et
égratignures indiquant l'intensité de la résistance de la victime, donnant ainsi une idée sur
l'organisation criminelle et la dangerosité de délinquant.
105
A ce niveau, l'OPJ doit rechercher toutes les choses utilisées qui à l'analyse au laboratoire
scientifique peut receler les empreintes digitales du délinquant. Cette saisie doit se poursuivre sur
tout objet supposé appartenir au délinquant ou ceux qui a été utilisé par lui.
Ainsi, seront saisis les correspondances, agenda, cartes de visite, photos, argent, armes , papier
déchiré, cigarettes. La recherche devra s'étendre aux environs du lieu surtout dans la direction
adoptée par le délinquant pour quitter les lieux de crimes.
Il convient de regretter le fait que la police scientifique congolaise ne soit pas suffisamment outillé
pour procéder à des analyses de ce genre et même les formules dactyloscopiques sont mal
conservées et ne concernent qu'une infime partie de la population. Cependant, un effort est en train
d’être fait dans la ville province de Kinshasa avec l’appui de la coopération française.
1.3. Perquisition
II est de principe général de droit maintes fois consacré dans les Constitutions de la République
Démocratique du Congo que le domicile d'une personne est inviolable. Toutefois, les articles 22 et
23 du Code de Procédure Pénale prévoient une dérogation légale à ce principe en instaurant la
perquisition et visite domiciliaire soumise à des conditions draconiennes.
Comme tout individu, l'Officier de Police Judiciaire a le droit de s'introduire dans tout lieu ou tout le
monde est admis indistinctement pour vérifier si aucune infraction n'y est commise (cas de boîtes de
nuit) et cela à toute heure du jour ou de la nuit.
a. Manière d'opérer
106
est autorisée. A défaut de celle-ci, un voisin requis à cette fin peut assister à la
perquisition. L'identité des personnes présentes est mentionnée au Procès - Verbal.
2. Si les portes sont fermées et que les occupants ne répondent pas et si les nécessités de
l'enquête commandent que la perquisition doit être effectuée sans délai, l'OPJ peut
requérir un serrurier pour forcer la porte d'entrée. Mention de cette intervention est
consignée dans le Procès -Verbal.
3. L'Officier de Police Judiciaire perquisitionné doit décliner sa qualité et exhiber le
mandat ainsi que les insignes de sa fonction. Lorsque la perquisition a lieu par
consentement formel, mention en est faite au Procès-Verbal.
4. Les préjudiciés ne sont pas admis à participer à la perquisition sauf si le Magistrat
instructeur l'ordonne. Les objets recherchés et découverts leur seront montrés en vue
de les reconnaître. Ils doivent jouer un rôle tout à fait passif.
b. Interdiction de perquisitionner
S'ils ne peuvent ou ne veulent y assister, l'Officier de Police Judiciaire doit se référer à l'Officier de
Ministère Public qui peut seul y procéder.
Les perquisitions avec mandat de justice ne peuvent pas avoir lieu avant 5 heures du matin ni après
21 heures, sauf autorisation expresse du juge du Tribunal de Grande Instance.
Toutefois, une visite domiciliaire commencée avant 21 heures peut se poursuivre après cette heure.
En cas de flagrant délit et pour autant que l'infraction soit punissable de 6 mois au moins de SPP, la
perquisition peut aussi avoir lieu en tout temps, de même que si elle se fait par consentement
formel ou sur réquisition de la personne en cause.
Enfin, l'article 120 de l'ordonnance n°78/289 du 03/07/1978 relative à l'exercice des attributions
d'officier et agent de police judiciaires près les juridictions de droit commun stipule clairement ce qui
suit : « pour l'exécution d'un mandat d'amener, les officiers de police judiciaire qui en sont chargés
peuvent pénétrer dans le domicile de la personne recherchée et procéder à une perquisition aux fins
de l'appréhender ou de trouver les indices permettant de déterminer le lieu de sa retraite. La
perquisition est effectuée en présence des parents de l'intéressé ou de deux proches voisins ».
107
1.4. Arrestation du délinquant
En dehors de la flagrance qui autorise à tout particulier d'appréhender le coupable, l'OPJ peut au
regard des différents interrogatoires et auditions et du résultat de la descente sur terrain, procéder à
l'arrestation du délinquant.
Il convient de rappeler que la liberté du citoyen est la règle et l'arrestation une exception dont l'on
fait usage avec beaucoup de précautions pour éviter de violations des droits de l'homme. Cela se
résume par 1e strict respect de la légalité et de la dignité de la personne du prévenu -détenu.
Ainsi, toute personne soupçonnée d'avoir commis une infraction peut être retenue et gardée à vue
dans les locaux de la police (amigo, cachot, ...) pour les nécessités d'enquête. Il s'agit d'un local
fermé, aménagé à cet effet et placé sous la surveillance des agents de l'ordre. Mais dans quelles
conditions ?
L'examen des différentes conditions prévues par la loi révèle que le législateur congolais ne prescrit
pas de recourir à l'arrestation en tout état de cause mais autorise le recours à celle-ci en cas de
nécessité.
Il convient de rappeler que le but de l'arrestation est en soi de mettre le prévenu à la disposition de
la justice pour éviter qu'il ne se soustraie par la fuite à la répression, ne fasse disparaître les preuves
de l'infraction ou en dissimule le produit et nuise gravement à la bonne marche de l'instruction.
Ainsi, le recours à l'arrestation n'est envisageable que lorsque l'on ne peut atteindre ce résultat
autrement. Ainsi, le législateur soumet l'arrestation aux conditions ci-après :
En invoquant le caractère sérieux des indices, le législateur voudrait que l'OPJ n'envisage
l'arrestation que dans le cas de certitude de culpabilité en laissant de côté les simples soupçons, les
présomptions, ...
Il faut regretter que le législateur ait utilisé un terme à caractère général sur une question capitale
liée aux droits de l'homme car en effet les indices sont formés de tout fait ou de toutes circonstances
pouvant conduire à la manifestation de la vérité alors qu'il pouvait exiger de l'OPJ non des indices
mais des véritables preuves de culpabilité56.
56
Dans l'administration de la preuve, les indices occupent une place après plusieurs autres preuves jugées plus
consistantes
108
Pour corriger cette imperfection légale, il convient de tirer les conséquences de l'exigence du
caractère sérieux de ces indices pour affirmer que même s'il existe des indices de culpabilité, encore
faut-il qu'il s'agisse des indices sérieux assis sur d'autres preuves notamment la preuve matérielle.
Ainsi, sont exclus des simples indices, des simples présomptions dénoués de tout fondement
matériel.
Par ailleurs, il faut reconnaître que l'arrestation d'une personne suspecte est une mesure qui
suppose que l'Officier de Police Judiciaire est très sûr de la culpabilité du délinquant au regard des
éléments de preuve recueillis au travers ses investigations.
Constitue une violation des droits de l'homme à proscrire avec véhémence, le fait pour l'OPJ
d'arrêter les membres de la famille du suspect au titre de garantie de représentation étant donné
qu'ils n'ont aucun lien avec l'infraction et ne font pas partie du couple criminel.
En dépit du fait que les sauts d'humeur sont à proscrire dans le chef de l'OPJ, celui-ci envisagera
cette arrestation lorsque le suspect menace les plaignants, tente d'arriver au lieu de crime pour faire
disparaître les preuves de l'infraction ou en dissimuler le produit, essaye de suborner les témoins.
Toute violation d'une loi pénale est une infraction que la loi punit. Toutefois, lorsqu'il existe des
circonstances ou lorsque la commission d'une infraction requiert certaines particularités, le
législateur prévoit des lourdes sanctions. Ainsi, une infraction grave sera celle que le législateur a
pourvu d'une sanction très sévère.
En terme de pénologie, il est supposé qu'est grave l'infraction punissable de la peine de mort par
rapport à celle dont la peine maximum est de 6 mois. En effet, six mois est le seuil de gravité que
détermine le législateur en matière d'arrestation. Ainsi, lorsque l'infraction punissable déplus de 6
mois est commise, son auteur contre qui des éléments attestant sa culpabilité existe est susceptible
d'arrestation légale.
En revanche, lorsque l'infraction commise est punissable de moins de 6 mois et plus de 7 jours, seuls
les indices ne suffisent pas, encore faut-il que le suspect ait une identité douteuse ou inconnue et
que sa fuite soit à craindre pour justifier la décision d'arrestation.
Enfin, lorsque l'infraction est punissable de moins de 7 jours ou tout autre peine, quels que soit les
conditions, toute arrestation est injustifiable.
1° Lorsque les conditions cumulatives pré-examinées sont réunies l'arrestation du suspect peut être
opérée par l'OPJ même sans mandat (existence des indices sérieux + infractions punissables de plus
de 6 mois ou encore existence des indices sérieux + infractions punissables de moins de 6 mois mais
plus de 7 jours + fuite du délinquant à craindre + identité inconnue ou douteuse);
109
2° Pour tous les autres cas, l'arrestation est subordonnée à l'existence d'un mandat de justice. A ce
sujet, il existe trois sortes de mandat.
1. Mandat d'amener
L'article 15 du code de procédure pénale donne à l'OMP le pouvoir de décerner contre l'auteur
présumé d'une infraction un mandat d'amener à défaut par l'intéressé de satisfaire à un mandat de
comparution.
Le mandat d'amener est valable pour trois mois, il est renouvelable. En cas d'infraction flagrante ou
réputée flagrante passible d'une peine de servitude pénale de six mois, l'OPJ peut, si l'auteur
présumé de l'infraction n'est pas présent, délivrer contre lui un mandat d'amener, valable pour deux
mois (art.5 du code de procédure pénale).
Il faut décrier ici 1a délivrance d'un document intitulé « bulletin de recherche » par 1es OPJ de la
police nationale en lieu et place du mandat d'amener par eux délivré en vertu duquel plusieurs
arrestations sont effectuées alors qu'il ne s'agit pas d'un document légalement établi.
C'est un document décerné par l'OMP, pour détenir pendant 5 jours au maximum, après l'avoir
entendu sur procès-verbal, une personne dont la détention est indispensable.
C'est la réquisition de l'OMP pour procéder à l'exécution d'un jugement coulé en force de chose
jugée. C'est-à-dire non susceptible d'opposition ou d'appel ; ceci pour faire subir au condamné une
peine de SPP ou une peine de SPS en cas de non-paiement d'une amende.
Quand bien même ces différents mandats sont établis et exécutés, l'entrée dans le local de la police
pour la garde à vue ou l'arrêt provisoire n'empêche pas dans la pratique à ce que soit établi un billet
d'écrou provisoire par la personne qui a opéré l'arrestation qui précise les noms et adresse de la
personne arrêtée, l'infraction commise, la date de l'arrestation et la signature de la personne qui
arrête.
110
L'article 9 al. 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques confirmé par l'article 18 de
la constitution de la RDC impose aux justiciers (Officier de Police Judiciaire ou Officier du Ministère
Public) le devoir d'informer la personne délinquante des motifs de son arrestation dans une langue
qu'elle comprend et cela tout de suite après que l'OPJ a pris la décision d'arrestation.
Constitue donc une violation des droits de l'homme, le fait pour un OPJ de procéder à l'arrestation
d'un prévenu et de le garder à vue sans lui tenir au courant de termes de l'accusation ou de
l'infraction grave mise à sa charge et sans en informer sa famille notamment son épouse s'il est
marié ou encore ses frères directs et prendre des dispositions utiles pour la sécurisation de ses biens.
La question est de savoir de quels biens il s'agit ? Il convient de noter qu'il y a deux sortes de biens :
les biens liés à la personne que le délinquant a au moment de l'arrestation et les biens dont il a la
propriété se trouvant dans son domicile.
Comme la sécurité des biens à domicile dont s'occupe la famille ne pose souvent pas de problèmes,
l'Officier de Police Judiciaire indique dans son procès-verbal les biens du prévenu dont il dispose lors
de l'arrestation : montre, argent, courrier téléphone cellulaire, ...
Le prévenu ne peut-il pas utiliser son téléphone portable pour communiquer? Lui en priver n'est-il
pas la violation de l'article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques relatif à la
liberté de communication?
II s'agit d'un principe général de droit qui reconnaît au prévenu le droit de ne pas répondre aux
questions posées en signe de son refus de participer à la recherche des éléments établissant sa
culpabilité.
Point n'est besoin de rappeler qu'à ce niveau le principe civil : «le silence vaut consentement ou
encore qui ne dit mot consent » ne peut être d'application. Il ne peut s'agir d'un aveu qui occupe une
place très négligeable dans l'administration de la preuve et qui ne peut donc emporter la conviction
du juge.
Néanmoins, il est vrai que le silence peut psychologiquement inciter l'OPJ à scruter davantage pour
retrouver des éléments de culpabilité car le silence laisse présager de vérités que l'interrogé préfère
cacher.
II faut respecter le droit de la défense. Le délinquant peut choisir de se défendre seul ou assisté de
son Conseil, Avocat ou Défenseur Judiciaire.
Ainsi, informé de l'accusation contre lui et dans le souci de mieux se défendre, le délinquant peut
faire attendre impunément son interrogatoire à la présence de son Conseil.
111
Tel est le terme de l'article 19 al. 3 et 4 de la Constitution qui stipule :
Le législateur parle d'un droit d'assistance et non d'un droit de défense, ce qui laisse entrevoir que
ces personnes ne peuvent pas répondre à la place du délinquant ni l'orienter dans les réponses
encore moins les conseiller devant l'Officier de Police Judiciaire ou l'Officier du Ministère Public.
Il s'agit donc des témoins oculaires du traitement du délinquant, qui répond sans violence physiques
ou morales et sans intimidation ou menaces.
A contrario, le non-respect de ce droit constitue une violation des droits de l'homme qui devait
rendre nul le Procès - verbal et qui oblige le juge, une fois informé de reprendre l'interrogatoire ab
ovo.
Le délinquant ne peut, sous aucun prétexte, être soumis à la torture 57. Ainsi, son intégrité physique,
morale et sa vie doivent être protégées par les autorités pénitentiaires. Il a donc le droit de refuser
d'être soumis à des travaux quelconques.
En outre, la détention doit s'effectuer dans un local salubre suffisamment aéré outre le fait que le
délinquant a droit de se faire examiner par un médecin.
Les femmes et enfants mineurs doivent être incarcérés dans un autre local que celui des hommes.
Comme palliatif, les cachots étant mono-pièces, ces personnes sont placées à côté du corps de
garde. Là aussi, il peut être déploré des actes d'immoralité posés par eux à cause de la proximité.
Toutes les violations commises par l'OPJ peuvent encore être corrigées par l'Officier du Ministère
Public.
Dans son cheminement, le circuit judiciaire emprunte un virage décisif auprès de l'Officier du
Ministère Public pour une instruction préliminaire à caractère quasi-définitive.
En effet, en vertu de l'adage : « qui peut le plus peut le moins », l'article 11 du code de procédure
pénale stipule clairement que : « les Officiers du Ministère Public peuvent exercer eux-mêmes toutes
les attributions des Officiers de Police Judiciaire ».
57
Article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, article 7 du pacte international relatif aux droits civils et
politiques et article 16 al. 4 de la Constitution de la RDC.
112
Il en ressort que dans son activité, outre la mission de rechercher les infractions aux actes législatifs
et réglementaires qui sont commises sur le territoire de la République 58, l'Officier du Ministère Public
dispose exclusivement des pouvoirs ci-après:
A cet effet, l'Officier du Ministère Public a la direction et la surveillance de la police judiciaire outre le
fait qu'il a la plénitude de l'exercice de l'action publique conformément à l'article 1 er du code de
procédure pénale. En cette qualité, il contrôle toutes les activités de l'Officier du Police Judiciaire, qui
lui transmet tous les dossiers avec ou sans prévenu qu'il instruit pour décision, disposition et
compétence59.
Ainsi, deux sortes de dossiers sont soumises à l'Officier du Ministère Public qui les examine
différemment.
C'est un dossier transmis à son office par l'Officier de Police Judiciaire qui après instruction et
enquête a jugé nécessaire de garder à vue le délinquant.
Compte tenu des droits de l'homme qui sont en jeu notamment les conditions de garde, conditions
de détention, pareil dossier requiert célérité de la part de l'Officier du Ministère Public.
Ainsi, dès leur réception et après une lecture sommaire du dossier lui transmis il devra en premier
lieu auditionner le plaignant s'il est présent et ensuite interroger le prévenu sur les faits mis à sa
charge. S'il existe quelques zones d'ombres (soit le plaignant aggrave les faits ou le prévenu les
minimise), il procédera à la confrontation de deux parties et/ou entre eux et les témoins.
La procédure est la même que précédemment sauf que l'Officier du Ministère Public recourra à la
convocation des prévenus et des plaignants. C'est sous forme de mandat de comparution que ces
convocations seront décernées. Un mandat d'amener sera lancé à l'égard de la personne : prévenu
ou plaignant qui refusera de comparaître volontairement.
58
Voir l’art.67 de la Loi organique n°13/013 B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence des
juridictions de l’ordre judiciaire qui reprend les dispositions de l’Art 7 du Code d’OCJ de 1982.
59
Art.66 de la Loi organique n°13/013 B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence des
juridictions de l’ordre judiciaire qui remplace les prescrits de l’Art 6 du Code d’OCJ de 1982.
113
L'Officier du Ministère Public a, à sa charge, la clôture de l'instruction préjuridictionnelle. Ainsi,
suivant sa propre conviction et sans toute forme de pression, il peut prendre les décisions ci-après :
Cette décision est prise lorsque le magistrat constate qu'après investigation, l'inculpé n'est pas
l'auteur de l'infraction et que c'est à tort que de soupçons ont pesé sur lui.
Au cas où il y avait détention préventive, le classement sans suite entraîne la responsabilité de l'Etat
et la possibilité de poursuite individuelle contre le justicier (Officier de Police Judiciaire, Officier du
Ministère Public) du chef de l'arrestation arbitraire.
II s'agit d'une décision prise par le magistrat instructeur lorsqu'il constate que les faits sont bénins et
que s'ils étaient soumis au juge, celui-ci se contentera de prononcer une simple peine d'amende. Il
s'agit donc d'une sanction pénale prévue par le législateur qui a déjà prévue la hauteur de ces
amendes. L'avis du plaignant n'est pas requis car l'amende n'est pas prévue pour son
dédommagement.
Autant devant l'Officier de Police Judiciaire, la personne arrêtée devant l'Officier du Ministère
Public ici inculpée jouit de la protection légale qui considère qu'il est présumé innocente et donc il
dispose des droits ci-haut décrits : le droit de l'information et d'information ; le droit au silence ; le
droit d'être assisté ; le droit à un traitement décent,...
A côté de ces droits, le délinquant dispose du droit de réagir à sa détention pour que celle-ci ne soit
pas prolongée outre mesure et cela en demandant la liberté provisoire avec ou sans caution, faire
appel à la décision prise à ce sujet lorsqu'il n'accède pas à cette demande, et même en récusant le
magistrat instructeur ou en invoquant la suspicion légitime de toute la juridiction.
En tout état de cause, l'article 31 du CPP impose que la détention préventive même décidée par le
juge statuant en chambre du conseil ne soit pas excessivement longue. En illustration, ci-dessus les
délais obligatoires :
114
ACTES JUDICIAIRES AUTEURS DURÉE
S'agissant des prévenus dont l'affaire est en instruction en chambre foraine, le législateur leurs
reconnaît le droit de demander la libellé provisoire chaque 15 jours auprès du juge de fond.
En définitive, la durée de la détention préventive doit être raisonnable. Il est vrai que le concept
délai raisonnable a un contour complexe et flou en même temps. Toutefois en droit positif
congolais, de l'Officier de Police Judiciaire à l'instruction de la cause à l'audience publique ou à
l'audience foraine, la détention du délinquant ne doit pas dépasser 3 mois et 22 jours. Le
dépassement de cette durée constitue une prolongation abusive de la détention.
Un traitement digne
- d'être séparé des condamnés (art. 10 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques) ;
- de ne pas porter l'uniforme des condamnés (art. 88 paragraphe 2 de règle minima de
détention)
- de porter ses vêtements personnels si ceux-ci sont propres et convenables (idem)
- de ne pas être utilisé à des travaux réservés aux condamnés sauf s'il le désire (art.64 de
l’Ordonnance 344 du 17 septembre 1965 relative au Régime pénitentiaire) ;
- aux soins médicaux lorsqu'il tombe malade ;
- à une nourriture équilibrée et suffisante (art. 61 al. 1 et 62 de l'ord. Précité)
- aux promenades et aux exercices physiques dans l'enceinte de la maison d'arrêt
- de participer au culte de son choix
115
Un droit à l'information et de l'information
D'où l'intérêt de l'analyse approfondie pour déceler les différentes facettes de ces violations afin de
faciliter la recherche dont le premier artisan est le juge qui, à la réception de la dénonciation des
violations faites par l'OPJ et l'OMP est obligé de reprendre, dans un premier temps, l'instruction ab
ovo.
C'est la phase pendant laquelle l'Officier du Ministère Public présente à l'audience publique les
termes de son accusation c'est-à-dire soutenir publiquement l'infraction retenue à charge du
délinquant.
A partir de cet instant, le délinquant est à la disposition du Tribunal compétent qui à la date
convenue l'interroge, auditionne les témoins et toutes les personnes susceptibles d'éclairer sa
religion et sa conviction.
Avant d'examiner les droits du délinquant, il convient de déterminer avec exactitude le tribunal
compétent dont il s'agit car nul ne peut être contraint d'être jugé par une juge autre que son juge
naturel.
116
En matière pénale, le tableau ci-après indique les règles de compétence :
L'instruction à l'audience est le lieu de prédilection du respect des droits de l'homme. Ainsi, à ce
stade le délinquant a le droit :
117
- d'être cité et de comparaître dans le délai de 8 jours francs sauf dans le cas d'une
ordonnance abréviative de délai (art. 57 du Code de procédure pénale) ;
- d'être jugé par son juge naturel, c'est-à-dire par le juge compétent. Il est celui du lieu ou
l'infraction a été commise, du lieu du domicile du prévenu, ou du lieu où le prévenu
serait trouvé (art. 103 de la Loi organique n°13/013 B du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétence des juridictions de l’ordre judiciaire qui
reprend les dispositions de l’art. 104 al.1er du code de l'organisation et compétence
judiciaires) ;
- de bénéficier de la prescription de l'action publique, c'est-à-dire le fait de ne pas
être poursuivi après l'écoulement d'un certain laps de temps déterminé par la loi
relatif à l'infraction pour laquelle il est poursuivi (art. 24 du code pénal congolais livre
1er);
- de se défendre seul ou de se faire assister par un défenseur de son choix(Voir ci-
haut) ;
- de bénéficier des immunités judiciaires et du privilège de juridiction en vertu de la
personnalité des prévenus et de leur rang social ;
- de demander la communication des pièces sous la délivrance en expédition de la
plainte, de la dénonciation, des ordonnances, des jugements ou arrêts rendus dans une
cause pénale ou disciplinaire où il a été parti ;
- d'exercer contre la partie civile l'action reconventionnelle au cas où elle a agi de
manière téméraire et vexatoire;
- de bénéficier d'une juste et équitable réparation du préjudice subi au cas où il a été
victime d'une arrestation ou d'une détention illégale ;
- de poser des questions à l'audience aux témoins, aux experts, à la partie civile par le
truchement du tribunal et de soulever des exceptions ;
- de récuser le juge lorsqu'il estime qu'il est partial ;
- de suspecter un tribunal partial et de demander un renvoi devant un autre tribunal
impartial de même rang et de même compétence ;
- d'interjeter contre une décision du tribunal prise pendant l'instruction, c'est-à-dire de
solliciter le réexamen de son affaire par un tribunal supérieur ;
- de se voir accorder la parole le dernier à l'audience ; c'est un droit du prévenu dont les
paroles prononcées en ce moment-là vont avoir une certaine résonnance dans l'intellect
et le fort intérieur des juges avant qu'ils ne se retirent pour délibérer.
118
3. de former opposition s'il est condamné par défaut, c'est-à-dire lorsqu'il ne s'est pas
présenté à l'audience (art, 88 du CPP) ;
4. d'interjeter appel devant une juridiction supérieure (art. 96 du CPP) et de former un
pourvoi en cassation devant la Cour Suprême de Justice (art. 47 du Code de procédure
devant la Cour Suprême de Justice)62 ;
5. de solliciter la grâce ou la communication de peine lorsqu'il est condamné à la peine
capitale (peine de mort) ; art.6 point 4 du Pacte international des droits civils et
politiques.
En guise de conclusion, la présente étude a relevé les différentes imperfections susceptibles d'être
commise par les justiciers pour court-circuiter le déroulement normal de la procédure d'une affaire
pénale afin que le chercheur en fasse l'objet de ses recherches pour une solution équitable, le
parlementaire envisage des modifications législatives et les justiciers concernés prennent ses gardes.
Une place particulière a été réservée au stade de l'instruction préjuridictionnelle du fait que c'est
souvent sur cette scène que se remarquent nombreuses violations des droits de l'homme.
62
Cour de Cassation actuellement comme nous l’avons indiqué précédemment.
119
Annexe 4. Déclaration Universelle des droits d’homme
Le 10 décembre 1948, les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale ont
adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot (résolution
217 A (III)).
Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l'homme est célébrée chaque année le
10 décembre.
Ce document fondateur continue d’être, pour chacun d’entre nous, une source d’inspiration, et
pour promouvoir l'exercice universel des droits de l'homme.
Préambule
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine
et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix
dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de
barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres
humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé
comme la plus haute aspiration de l'homme.
Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour
que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et
l'oppression.
Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans
les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans
l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le
progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.
Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des
Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance
pour remplir pleinement cet engagement.
L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme
l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et
tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par
l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par
des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application
120
universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles
des territoires placés sous leur juridiction.
Article 1
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de
conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2
1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente
Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de
religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de
fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou
international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou
territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque
de souveraineté.
Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous
toutes leurs formes.
Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
Article 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont
droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et
contre toute provocation à une telle discrimination.
Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les
actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.
Article 9
121
Article 10
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et
publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations,
soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
Article 11
1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa
culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties
nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été
commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international.
De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment
où l'acte délictueux a été commis.
Article 12
Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa
correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la
protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14
1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en
d'autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de
droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Article 16
1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la
nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits
égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la
société et de l'Etat.
122
Article 17
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la
liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa
conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte
et l'accomplissement des rites.
Article 19
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de
frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
Article 20
1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.
Article 21
1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit
directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de
son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit
s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage
universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du
vote.
Article 22
Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à
obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au
libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale,
compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.
Article 23
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et
satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à
sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous
autres moyens de protection sociale.
123
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des
syndicats pour la défense de ses intérêts.
Article 24
Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée
du travail et à des congés payés périodiques.
Article 25
1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux
de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux
ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de
maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens
de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciale. Tous les enfants,
qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
Article 26
1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui
concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est
obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études
supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au
renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit
favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes
raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le
maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.
Article 27
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de
jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production
scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.
Article 28
Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que
les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.
Article 29
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein
développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux
limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect
124
des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre
public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux
principes des Nations Unies.
Article 30
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un
Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un
acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.
125
Table des matières
SOMMAIRE.................................................................................................................................................... 2
I. INTRODUCTION GENERALE.................................................................................................................... 3
126
III. MECANISMES CONGOLAIS DE PROMOTION ET DE PROTECTION DES LIBERTES FONDAMENTALES.........27
SECTION 1. DISPOSITIONS PERTINENTES RELATIVES AUX DROITS ET LIBERTÉS CONTENUS DANS LA CONSTITUTION DU 18 FÉVRIER
2006.................................................................................................................................................................28
§1. Des Droits civils et politiques..................................................................................................................29
§2. Des droits économiques, sociaux et culturels.........................................................................................31
§3. Des droits collectifs................................................................................................................................32
SECTION 2 : LES GARANTIES INSTITUTIONNELLES.........................................................................................................34
§1. Les mécanismes juridictionnels de protection des droits et libertés constitutionnels.............................34
§2. Les mécanismes quasi juridictionnels de protection des droits constitutionnels....................................36
SECTION 3. LES GARANTIES PROCÉDURALES...............................................................................................................36
§1. Le principe de l’applicabilité directe des normes constitutionnelles relatives aux droits fondamentaux 36
§2. Le principe de la réserve de compétence législative en matière de droits fondamentaux......................37
§3. Le caractère exceptionnel et conditionné des limitations des garanties relatives aux droits
fondamentaux.............................................................................................................................................38
§4. L’interdiction de réduction du niveau de reconnaissance ou de protection des droits fondamentaux. . .38
127
SECTION 2. MÉCANISME DE L’EXAMEN PÉRIODIQUE UNIVERSEL.....................................................................................55
§1. Genèse du mécanisme EPU....................................................................................................................55
§2. Bases de l’Examen Périodique Universel................................................................................................55
§3. Principes de l’Examen Périodique Universel...........................................................................................55
§4. Objectifs de l’examen périodique universel............................................................................................56
§5. Périodicité et ordre de l’examen............................................................................................................56
SECTION 3. MÉCANISME DU HAUT-COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES AUX DROITS DE L’HOMME.......................................56
§1. Organes des droits de l'homme..............................................................................................................57
§2. Organes de la Charte.............................................................................................................................57
SECTION 1. CONQUÊTE DES DROITS ET LIBERTÉS PAR LES ASSOCIATIONS ET ONGS DE DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME EN
FRANCE.............................................................................................................................................................. 62
SECTION 2. MÉCANISMES DES ONGS INTERNATIONALES..............................................................................................65
SECTION 3. MÉCANISMES DES ONGS NATIONALES.....................................................................................................66
§1. La dénonciation......................................................................................................................................67
§2. La répression..........................................................................................................................................67
V. CONCLUSION GENERALE...................................................................................................................... 68
VII. ANNEXES......................................................................................................................................... 73
ANNEXE 1. PROCÉDURE D’UNE AFFAIRE CIVILE ET RESPECT DES DROITS DE L’HOMME EN RDC.....................73
CHAPITRE I: QUE FAIRE POUR RECOUVRER SES DROITS DANS LE CADRE D'UN CONFLIT CIVIL ?.....................88
128
CHAPITRE I : PRINCIPES FONDAMENTAUX.................................................................................................... 92
129