DISCUSSION
DISCUSSION
Généralités et rappels :
Partie 1: Pied diabétique
I. Définition et épidémiologie :
Le pied diabétique est défini par l’ensemble des anomalies cliniques du pied, tel que la présence de
plaies et d’ulcérations chroniques ou récidivantes chez un patient diabétique, et qui sont la conséquence du
développement de plusieurs complications du diabète présentées par l’artériopathie, la neuropathie et
l’infection.
L'ulcération du pied est une complication majeure du diabète sucré et est associée à des niveaux
élevés de morbidité et mortalité, ainsi qu'un coût financier important.
Le Groupe International de Travail sur le Pied Diabétique (International Working Group on the
Diabetic Foot) stipule que le risque d’ulcération du pied et d’amputation des membres inférieurs est
beaucoup plus élevé dans la population diabétique puisque une amputation est réalisée toutes les 30
secondes chez un patient diabétique de par le monde et que 85% des amputations de membre inférieur
sont précédées par une ulcération du pied.
On estime que 19 à 34% des patients diabétiques présenterons une ulcération du pied au cours de
leur vie , avec un taux d'incidence annuel de 2 %.
Les patients ayant des plaies du pied diabétique sont à risque de récidive. On estime à 40% le
risque de récidive à 1 an et 65% à 3 ans.
Au Maroc, selon les estimations de lOMS, le taux du prévalence du diabete dans la population
adulte est de 12,4 %. soit environ 2,5 millions personnes.
Le pied est la partie la plus distale du membre inférieur. Il est relié à la jambe par l'articulation de
la cheville et est caractérisé par ses différents morphotypes et ses variations anatomiques.
Il permet le soutien postural en supportant l’ensemble du poids du corps en position debout et
assurant des appuis stables au sol ainsi que la locomotion grâce à la mobilité́ des articulations et le
déroulement de la voute plantaire. Il assure donc un rôle essentiel dans l'équilibre, l'amortissement et la
propulsion.
Le pied comprend : 28 os, 16 articulations, 107 ligaments qui tiennent ces dernières, 20 muscles
intrinsèques.
Le pied est considéré comme un cœur périphérique. Il joue le rôle de pompe permettant le retour
veineux du sang vers le cœur.
1. Ostéologie :
Le squelette du cou-de-pied est formé par l’extrémité inférieure du tibia et du péroné, solidarisés
par l’articulation tibio-péronière inférieure formant une mortaise où se fixe l’astragale.
─ Groupe 1 : Le tarse est constitué par 7 os courts. Il représente à lui seul la moitié supérieure du
squelette du pied, et il s’élargit d’arrière en avant du tarse postérieur au tarse antérieur.
C’est un os court, cubique, allongé dans le sens antéropostérieur, placé au dessus de la voûte plantaire,
solidement enclavé entre la mortaise tibio-péronière, le calcanéum et le scaphoïde. On lui distingue trois
parties : le corps, le col et la tête.
• Le scaphoïde ou os naviculaire (en arrière), situé entre la tête de l’astragale et les trois
– L'articulation tibio-tarsienne : réunissant la jambe au pied, c’est une articulation qui met
correspondre:
3. Myologie du pied :
Les muscles intrinsèques du pied sont répartis en plusieurs loges : les loges plantaires,
l'hallux.
La loge plantaire centrale contient sept muscles : le court fléchisseur des orteils, les 4
cinquième orteil.
interosseuxdorsaux.
La loge dorsale contient un seul muscle : le court extenseur des orteils.
4. L’innervation du pied :
Les nerfs du pied sont essentiellement issus du nerf sciatique dans la cuisse. Ce sont des
branches du nerf tibial d'une part, et d'autre part des nerfs fibulaire superficiel et fibulaire profond,
issus du nerf fibulaire commun dans la jambe. Une petite partie de l'innervation est assurée par
des branches du nerf saphène, issu du nerf fémoral dans la cuisse.
5. La vascularisation du pied :
L’artère tibiale antérieure devient artère pédieuse et chemine à la face dorsale du pied.
Branche pour le 1er espace interosseux qui s’anastomose avec l’arcade artérielle
plantaire.
L’artère tibiale postérieure croise la malléole d’arrière en avant, se divise dans le canal
Artère plantaire latérale qui forme l’arcade artérielle plantaire et qui donne les artères inter-
Le risque de survenue d’un trouble trophique du pied peut atteindre 25 % des patients diabétiques
au cours de leur vie.
essentiel de connaître afin d'en prévenir l'apparition et d'en assurer une prise en charge précoce.
Le pied est une cible privilégiée de ces complications du fait des zones d’hyperpression qu’il
– Le pied est la zone de contact du corps avec le sol qui le soumet à des forces de contraintes
de la marche, des forces tangentielles dites de cisaillement, ces forces sont encore
majorées par des zones d’hyperpressions provoquées par la neuropathie dont l’expression
Le diabète lui-même peut favoriser le risque par son ancienneté, son mauvais équilibre et
son retentissement visuel et rénal. Enfin certaines situations psychosociales, comme un syndrome
dépressif, une hygiène défectueuse peuvent avoir un impact sur l’apparition des lésions du pied.
La cicatrisation des lésions du pied est un processus prolongé avec une fréquence élevée
de la périphérie.
– L’artériopathie est souvent distale exposant donc le pied en premier.
1. La neuropathie :
Bien que la neuropathie soit la plus fréquente des complications spécifiques du diabète,
Aussi fréquente dans le diabète type 1 que dans le type 2, la présence d’une neuropathie
Les études du Diabetes Control and Complications Trial (DCCT) dans le diabète type 1 et
de l’ United Kingdom Prospective Diabetes Study (UKPDS) dans le diabète type 2 ont permis de
La neuropathie est retrouvée chez plus de 90% des cas d’ulcère de pied diabétique. En
diversement associés .
Figure : Rôle de la neuropathie dans l’apparition d’un ulcère du pied diabétique
C’est l’atteinte la plus fréquente ;les signes dépendent du type des nerfs impliqués :
Le pied est donc insensible aux traumatismes minimes notamment causés par friction ou par
chaussures serrées et aux changements de température. Ainsi, et devant l’absence de douleur - véritable
symptôme d’alarme qui motive en général des consultations dans notre contexte- il y a un retard
diagnostique avec élévation du risque de perte du membre .
Elle entraine une faiblesse et atrophie des muscles interosseux du pied, un déséquilibre
déformations du pied aggravées par la limitation de la mobilité articulaire. [13] Ces modifications
Elle peut donner secondairement une raideur et perte de la mobilité de l’articulation, qui
sont dus aussi à la glycosylation du tissu conjonctif entrainant une fibrose du cartilage, des tissus
mous et de la peau.
Elle provoque aussi l’ouverture des shunts artério-veineux et induit un dérèglement du flux
capillaire local [17]. De ce fait, le pied neuropathique est chaud parfois œdématié avec des veines
2. Artériopathie :
plus diffuse comparée à celle d’un patient non diabétique [20], et cela avec un risque relatif
L’étude UKPDS a montré que le risque de développer une AOMI au cours du suivi
augmentait de 28 % pour une différence d’1 % d’HbA1c, donc ce risque est directement
Par ailleurs, seulement 10 à 15% des ulcères diabétiques sont liés uniquement à une
l’incidence d’apparition des lésions du pied chez le patient diabétique serait de l’ordre de 25
à 50% [22][23].
athérosclérose joue un rôle clé dans le retard de cicatrisation, ainsi que dans l’évolution vers
3. Infection :
L’infection est la 3ème composante du trépied physiopathologique du pied diabétique. Elle est
définie par l’invasion des tissus par des micro-organismes et leurs multiplication, s’accompagnant d’une
destruction tissulaire ou d’une réponse inflammatoire de l’hôte. Elle doit être distinguée de la
Elle est exceptionnellement à l’origine directe d’une plaie. Seule une mycose interdigitale (IIO)
patient sera douloureux. En revanche l’infection d’une plaie préexistante est un facteurd’aggravation
majeur qui peut mettre en péril le membre et parfois la vie du patient [19]
artériopathie, l’infection fera le lit de la gangrène qui est un motif fréquent d’amputation.
susceptibilité particulière des diabétiques aux infections pourrait être en rapport avec un déficit
des mécanismes cellulaires de défense, majoré par l’hyperglycémie, capable d’altérer les fonctions
La neuropathie joue un rôle aggravant : d’une part l’indolence peut retarder le diagnostic
d’infection et d’autre part la persistance des forces de pression sur l’ulcération, lors de la marche,
comme le suggère la diminution de l’incidence des ostéites et des amputations lorsque le temps
de cicatrisation est raccourci . Par ailleurs l’hypoxie secondaire à l’artériopathie est fréquente et
La sévérité particulière des infections sur ce terrain d’artériopathie peut s’expliquer aussi
par une réduction de l’afflux sanguin au site de la plaie en diminuant ainsi l’apport des facteurs
Au total, la neuropathie et l’artériopathie sont les deux principaux facteurs pathogènes des
troubles trophiques du pied diabétique. L’infection est considérée comme un facteur aggravant
surajouté.
Lexamen du pied est une étape incontournable et obligatoire dans toute comsultation dun patient
L'inspection des pieds chez les patients diabétiques doit être systématique à chaque consultation.
Une fois les patients à risque dépistés, ces patients doivent bénéficier d'une éducation et d'une
Avant de procéder à l’examen clinique, il faut réaliser un interrogatoire minutieux qui orientera
l’examinateur et ce grâce aux signes fonctionnels des entités physiopathologiques déjà évoquées dans
le chapitre précédent.
1. Neuropathie :
Il est très important dans l’examen du pied diabétique de rechercher les signes d’une
neuropathie car elle est considérée comme un facteur essentiel pour le développement des lésions
du pied. [38]
Le pied neuropathique est plutôt chaud avec des pouls bondissants, une peau épaisse et
sèche, et une hyperkératose au niveau des points d’appui (sous la tête des métatarsiens et au
La localisation des ulcères est aussi très intéressante car les ulcères plantaires sont dans
diabétique :
est retrouvée dans un test positif. Au delà de 65 ans, cet examen n’est plus interprétable.
2. Artériopathie :
A l'examen clinique, les pouls distaux peuvent être présents même en présence d'une
artériopathie sévère , L'absence d'un pouls permet d'affirmer l'artériopathie mais la présence de pouls
distaux ne permet pas de l'éliminer.
En présence d’une gangrène ou d’un ulcère ischémique, l’artériopathie est confirmée même
neuropathie, peut être froid avec une peau fine et fragile, cicatrisant difficilement, dépilée et
pâle, avec des ongles épais et fragiles, on peut noter la présence de souffles vasculaires avec un
3. Infection :
Le diagnostic positif de l’infection du pied diabétique est essentiellement clinique et non
bactériologique
Charcot aigu.
Le contact osseux est évalué avec un stylet boutonné métallique et permet de préciser la
Le contact osseux "rugueux" au moyen d'une sonde métallique stérile à pointe mousse
introduite à travers l'ulcération a une haute valeur prédictive positive, mais son absence n'élimine
pas le diagnostic.
Figure : Evaluation du contact osseux par stylet
– La gangrène humide
La gravité de toute infection du pied diabétique doit être évaluée en utilisant le système de
classification du pied diabétique établie par IDSA (Infectious Diseases Society of America) [17-18]
• Écoulement purulent.
marge de la plaie.
4. Examen podologique :
Un examen médical podologique devrait être systématique chez tout patient de plus de40 ans
Divers appareils permettent cette analyse dynamique des pressions plantaires: Le pédobarographe,
L’échelle de Wagner est la plus utilisée dans la pratique clinique, elle évalue la
si cette échelle est utilisée dans plusieurs études cliniques, elle a l’inconvénient de ne
Gangrène massive du pied associée à des lésions nécrotiques et à une infection des
Grade 5
tissus mous
une matrice de quatre grades, cette échelle a une plus grande précision, et peut
Grade
Étape 0 I II III
A Lésion pré ou post Plaie superficielle sans Plaie atteignant le Plaie atteignant l'os
ulcérative complètement atteinte du tendon, de la tendon ou la ou l'articulation
cicatrisée capsule ou de l'os capsule
Cependant, ces dernières classifications ne font pas toujours l’unanimité, raison pour
laquelle, depuis quelques années, une nouvelle classification, appelée SINBAD (Site,
Ischaemia, Neuropathy, Bacterial Infection, Area, Depth), est proposée. Elle consiste à
Localisation Avant-pied 0
Au milieu du pied ou arrière-pied 1
existe des signes cliniques infectieux. L'altération éventuelle des fonctions rénales et
hépatiques est
évaluée. La glycémie et l 'HbA1c sont également contrôlées car l 'hyperglycé mie aggrave le
2. Prélevements bactériologiques :
La plaie du pied diabé tique est toujours colonisée par des germes qui ne sont pas
forcément pathogènes. Il ne faut donc prélever une plaie que si elle est cliniquement infecté e.
Le diagnostic des germes incriminé s dans l 'infection est difficile car l 'écologie
surface , et avec transport immediat en milieu humide , permet d 'identifier les germes
pathogènes , mais aussi souvent des germes commensaux dont il faut savoir ne pas
drainage d'un abcè s ou la biopsie chirurgicale sont plus fiables, mais pas toujours
réalisables.
3. Bilan Vasculaire :
Généralement le bilan d’une artériopathie est le même chez les diabétiques que chez les
non diabétiques.
L’appréciation de la diffusion des lésions artérielles est ainsi indispensable par la recherche
d’une atteinte des coronaires et des carotides puisque le diabétique est aussi un
athéroscléreux[52-53].
Elle peut montrer les lésions de médiacalcose au niveau de la jambe et au pied et des
à la cheville et celle au niveau du bras à l’aide d’un appareil de poche à effet Doppler. C’est un
asymptomatiques [55–56].Les valeurs normales sont comprises entre 0,9 et 1,3. Un IPS <0,9
permet d’affirmer le diagnostic d’artériopathie. On parle d’artériopathie modérée, quand cet index
est compris entre 0,5 et 0,9mmHg, en dessous de 0,5 ou 0,3 on parle d’artériopathie sévère qui
La seule limite de l’interprétation de l’IPS est la médiacalcose des artères de cheville qui est
présente chez 30% des diabétiques et qui rend les artères peu ou pas compressibles ce qui élève
faussement la pression systolique. Un IPS > à 1,3 est le témoin de cette incompressibilitéet
L’examen doit étudier tous les segments depuis l’aorte abdominale jusqu’au tronc tibio-péronier.
niveau des artères de la jambe, en sorte que si le profil lésionnel à ce niveau est décisif pour porter
la TCPO2 normale mesurée sur le dos du pied est d’environ 50mmHg chez les diabétiques
Au-dessus de 30 mm Hg, la cicatrisation est possible dans plus de 90% des cas. Une valeur
inférieure à 20-30mmHg oriente vers une ischémie critique avec un taux de cicatrisation, par des
Elle a une bonne valeur prédictive positive pour considérer que l’ischémie est sévère.
Cependant, il faut savoir que la mesure trans-cutanée de la pression en oxygène est faussement
abaissée an cas d’œdème du dos du pied ou d’infection, donc ils sont considérés des contre-
3.5 Artériographie :
l’injection d’un produit de contraste iodé, qui est dix fois plus élevé que chez le non diabétique. Certaines
Ils sont réalisés sans ponction artérielle directe et sans injection de produits iodés pour l'angio-IRM,
peuvent devenir des alternatives à l'artériographie des membres inférieurs pour évaluer les lésions,
L'ulcère du pied diabétique est causé par plusieurs mécanismes et ses complications sont divers et
complexes. Par conséquent, il est pratiquement impossible d'assurer l'ensemble des aspects diagnostiques
et thérapeutiques par une seule spécialité. Il est donc essentiel d'avoir une équipe médicale et paramédicale
pluridisciplinaire pour traiter l'ulcère. Cette équipe a également un rôle de prévention et d’éducation
La classification des ulcères permet aux différents intervenants d’utiliser les mêmes outils et surtout
Dès que l’infection est établie cliniquement, des prélèvements microbiologiques sont
réalisés et une antibiothérapie probabiliste doit être débutée sans délai en raison du risque d’une
La voie parentérale permet d’atteindre des taux sériques élevés rapidement , elle est donc
préconisée chez les patients en mauvais état général ou avec une infection sévère.
Le choix des antibiotiques se portera sur des molécules à bonne diffusion osseuse, en
évitant une monothérapie , avec un spectre suffisamment large pour couvrir les germes
L’équilibre glycémique est un facteur qui favorise la lutte contre les ulcéres. Même chez
les patients diabétiques de type 2 non insulinodépendants, une insulinothérapie optimisée par
multiples injections est souvent nécessaire, soit pour l’effet bénéfique sur la cicatrisation qu’elle
a, ou pour son action protectrice directe sur l’endothélium, et ainsi, elle favorise l’obtention
infectieux aigu.
Il faut nettoyer les plaies par eau ou sérum physiologique , faire un debridement et
humide.
Il est important de choisir des pansements non adhésifs et non occlusifs et d’employer
nature.
Il faut proscrire l’utilisation des antiseptiques car ils peuvent altérer la cicatrisation et
Un traitement antalgique du palier I ou II est souvent prescrit aux patients afin de lutter
l’alitement.
L’état nutritionnel des patients doit être évalué avec une éventuelle correction des
4. Décharge :
La décharge consiste à éviter toute contrainte mécanique au niveau de lulcère, elle est
[45] : repos au lit, fauteuil roulant (avec horizontalisation du membre inférieur concerné).
chaussures (Les chaussures de type Barouk pour l'avant-pied ou les Sanital pour l'arrière-pied),
ou bottes de décharge (les bottes de décharge inamovibles, les bottes en résine fenêtrées et des
5.Oxygénothérapie hyperbare :
l’oxygène pur à une pression au moins supérieure à 1,3 fois la pression atmosphérique.
Elle a pour but d’entrainer une réversibilité physique des effets délétères d’une variation
barométrique trop intense ou trop rapide, d’entrainer une hyper-oxygénation ou corriger une
Elle est indiquée en cas d’ulcère associé à une infection sévère avec impossibilité de
revascularisation.
6. Revascularisation :
Les gestes de revascularisation ont deux objectifs principaux : assurer le sauvetage d’un
membre dont la viabilité peut être compromise par une ischémie sévère, et favoriser la
Le traitement de l’infection doit être démarré sans délai et la revascularisation doit être initiée
une fois la situation infectieuse soit maîtrisée. En cas de mise à plat chirurgicale, le geste de
revascularisation devra être réalisé dans le délai le plus bref possible afin d’éviter la prolifération
même vital. L’idéal sera de pouvoir réaliser la revascularisation au même temps que le geste de
débridement.
potentiel de cicatrisation des plaies, de la qualité du lit artériel, du siège des lésions, et aussi
du niveau lésionnel, par exemple, les lésions à plusieurs étages qui sont les plus fréquentes,
7.Débridement :7
contaminés et les tissus fibreux, et ne laisser en place que du tissu sain afin de
C’est est une étape primordiale dans la prise en charge des ulcères. Plus il est fréquent et
Les zones hyperkératosiques, les tissus infectés ou nécrotiques sont excisés afin
d'obtenir une plaie propre et de favoriser le développement d'un tissu de granulation . Le pus et
Une anesthésie n'est pas nécessaire dans la plupart des cas, en raison de la perte de la sensibilité
associée à la neuropathie.
8. Amputation :
Toute amputation doit rester exceptionnelle et tendre à être la plus conservatrice possible
de façon à maintenir l’appui sur talon appareillable. Toutefois, elle semble parfois êtreiné vitable
Il existe deux types d’amputations, celles qui sont dites mineurs qui sont limitées aux orteils et aux
métatarses avec conservation de l’appui normal du pied et les amputations majeurs qui sont indiquée
uniquement en cas d’infection mettant en jeu le pronostic vital ou en cas de troubles extensifs
irrevérsibles.
membre inférieur aux amputations de jambe ou au -dessus du genou, quand cela est possible.
Aucune indication d’amputation ou de chirurgie orthopédique ne doit être posée sans avoir
une évaluation précise de l’état vasculaire des membres inférieurs du patient. D’où l’intérêt
Une amputation urgente est rarement indiquée , elle trouve son utilité si la nécrose ou
l’infection sont extensives et représentent une menace pour la survie du patient [64].
Le choix du niveau d’amputation est dé terminé par des arguments cliniques ,
choisi, la technique chirurgicale doit être la moins traumatisante possible pour les tissus laissés
en place . Si ces tissus sont infectés, ils ne doivent pas être suturés mais laissés largement
ouverts, ils cicatriseront par une deuxième intervention. Elle doit limiter le risque de ré -
Une plaie chronique contient de nombreuses perturbations des facteurs de croissance et des
cytokines, notamment une diminution des niveaux de facteur de croissance épidermique (EGF), de facteur
de croissance des fibroblastes (FGF), de facteur de croissance transformant β (TGF-β), de PDGF et de facteur
de croissance endothélial vasculaire (VEGF) [68]. Plusieurs études ont démontré que leur utilisation améliore
Une prise en charge adéquate du pied diabétique doit débuter par la prévention, bien avant l’apparition des
ulcères, chez tous les patients diabétiques à risque.
L’éducation thérapeutique doit faire partie intégrante dans les programmes de prévention des ulcères du pied
diabétique. Elle a pour but de susciter une prise de conscience, et de responsabiliser le patient.
Il est primordial de fournir aux patients une liste écrite comprenant les gestes à éviter et les principales mesures
à suivre afin de protéger leur pied :
Inspection journalière des pieds, y compris les espaces entre les orteils.
Aide d’une tierce personne possédant les compétences nécessaires pour inspecter les pieds, si le patient
diabétique est incapable de le faire (si la vision est altérée, les diabétiques ne doivent pas se charger de leurs
propres soins des pieds).
Lavage régulier des pieds avec séchage très soigneux, particulièrement entre les orteils.
Pas de marche pieds nus à l’intérieur comme à l’extérieur ; ne pas porter de chaussures sans chaussettes.
Pas d’utilisation de produits chimiques ou de pansements pour enlever les cors et les cals.
Pas de chaussures serrées ou des chaussures avec des bords rugueux et des coutures irrégulières.
Prévenir le soignant de la survenue d’une ampoule, d’une coupure, d’une égratignure ou d’une plaie.
Sensibilisation des patients à la nécessité que leurs pieds soient examinés régulièrement par un
professionnel de santé.
Partie 2 : Cicatrisation
1. Anatomie de la peau :
La peau, d’une surface de 2 m2et un poids de 5 kilos chez l’adulte, est un organe complexe
qui protège son hôte de son environnement et qui a comme fonctions principales :
matriciels où l’on peut distinguer trois couches principales qui sont de la superficie à la
hypoderme). Ces couches sont traversées par des annexes (phanères et glandes) et des fibres
L'épiderme est la partie la plus externe de la peau et est composé à 90% de kératinocytes,
formant un épithélium squameux stratifié kératinisé . Répartis entre ces kératinocytes sont
également présents des mélanocytes (responsables de la production de mé lanine), des cellules
neurosensoriel.
reflétant les stades de différenc iation verticale des kératinocytes orientées vers l’extérieur : la
basale. Elle joue aussi un rôle primordial dans les échanges et la communication cellulaire entre
Le derme constitue une barrière mécanique beaucoup plus épaisse que l’épiderme (0,5 à 5
mm). Il se compose de deux couches très différentes : Stratum papillaire ou derme papillaire et
Le derme papillaire est solidement rattaché à la couche basale de l’épiderme par les
lymphatiques, les terminaisons nerveuses libres ainsi que les thermoré cepteurs et les
mecanorécepteurs.
Au sein de son ré seau de fibres de collagène et de fibres élastiques se retrouvent les
diff rentes cellules constitutives du derme : Les fibroblastes , qui se diffe rencient en
Le derme réticulaire est moins cellulaire et composé d’un très dense réseau de fibres
des lobules graisseux entre lesquels passent des septums fibreux rattachant le derme
La graisse sous -cutanée est, selon la topographie et la profondeur , soit une graisse de
d’amortisseur des chocs ) et thermique , soit une graisse de dépôt , qui est mobilisable et qui
Des artères et des veines sous-cutane es de gros calibre cheminent en profondeur parallèlement
l'hypoderme. En profondeur du derme ces artères collatérales forment le plexus vasculaire dermique
profond. Des arté rioles plus fines naissent de ce plexus profond et forment au niveau de la jonction
papilles dermique une anse capillaire . L’epiderme ne comporte aucun vaisseau . Sa vascularisation
n’est ré alisée que par diffusion des nutriments à partir de ces anses capillaires au sein des papilles
dermiques.
La circulation veineuse est organisé e de façon parallèle à la circulation artérielle au sein des
capillaires papillaires, des plexus superficiels , des plexus profonds et des veines sous –cutané es. De
nombreuses anastomoses entre ces diffé rents réseaux permettent de moduler le flux sanguin au
sein du derme . Les anastomoses pré et post -capillaires sont entourées de fibres nerveuses et de
fibres musculaires lisses , formant ainsi le glomus de Masson . La contraction ou le relâchement des
fibres musculaires lisses permettent une modulation rapide du flux sanguin . Cette ré gulation est
modulé e par le système nerveux sympathique (dont la stimulation entraine une vasoconstriction ), et
de faç on indirecte par différents stimuli mécanique (le grattage ), physique (la tempé rature) ou
végétative. La première est composée de fibres nerveuses et de différents récepteurs , sensibles aux
sensoriels : majoritairement des ré cepteurs libres et de façon plus rare des récepteurs encapsulés .
Les principaux re cepteurs encapsulés sont les corpuscules de Meissner , sensibles à la friction. Ces
récepteurs sont en majorité au niveau de la paume, de la plante, de la peau glabre, des lèvres et des
organes génitaux. Les corpuscules de Pacini sont sensibles à la pression et sont les plus nombreux
au niveau des doigts. L'innervation végétative cutané e est uniquement sympathique. Elle agit sur les
Le système nerveux cutané assure 2 fonctions : la fonction afférente responsable des fonctions
eccrines, du control du flux sanguin, de l'érection des poils, et la fonction efférente transmettant le
signal sensoriel vers le système nerveux central. Cette vision binaire est controversée par la découverte
du premier neuropeptide, "la substance P". En effet, ces protéines secrétées par les
terminaisons nerveuses interviennent dans la modulation de la réponse immunitaire en stimulant les
2. Définition de la cicatrisation :
permettant à partir d'une effraction cutanée de restaurer l’ensemble des structures de la peau .
Ainsi l’organisme est capable de réparer de façon spontanée des lésions localisées de la peau.
En cas de plaie franche, traumatique ou chirurgicale , une réparation immédiate par suture
intention.
3. Phases de la cicatrisation :
spécifiques.
L'hémostase est la première étape du processus de cicatrisation (Figure ). Elle est initiée par
le contact des plaquettes avec les protéines matricielles du tissu blessé , notamment le collagè
ne, ce qui entraîne l'activation des plaquettes, leur adhésion à l'endothélium lésé et leur agré
provisoire permettant par la suite la migration des autres types cellulaires impliques dans la
cicatrisation, tels que les cellules endothéliales, les fibroblastes , les kératinocytes, et les
cellules immunitaires.
Les plaquettes activées libèrent des chimiokines /ché moattractants qui induisent la
migration des cellules immunitaires vers le site de lésion puis leur adhésion, ainsi que plusieurs
facteurs de croissance nécessaires aux cellules cutanées , tels que le PDGF (platelet derived
growth factor), le TNF- (tumor necrosis factor-alpha) et le TGF- (transforming growth factor
beta) .
Figure : Les différentes cellules impliqués dans les 4 phases de cicatrisation
3.2 La phase inflammatoire :
immunitaires vers le site de la plaie (Figure), dont les principales sont les neutrophiles et les
macrophages. L'expression et l'activation de molé cules d'adhésion sur les cellules endothéliales
vasculaires favorisent l 'adhésion des cellules immunitaires à l'endothélium, qui migrent ensuite
Les neutrophiles sont les premières cellules immunitaires à arriver , jouant un rôle majeur
dans le contrôle des infections, ainsi que dans le débridement de la plaie par la production de
interleukines 1/6/12 (IL-1, IL-6, IL-12), le TNF- et l'oxyde nitrique synthase inductible -iNOS-,
Les neutrophiles ont une grande capacité à dégrader la matrice , ce qui peut être délétère
pour la résolution de la cicatrisation . De plus ils produisent une grande quantité de radicaux
libres, créant un stress oxydatif local pouvant cause r des dommages tissulaires additionnels .
Aussi, les macrophages participent à la suppression des neutrophiles présents par de multiples
M2 anti-inflammatoire.
b. Phase anti-inflammatoire : stimulation pour la prolifération cellulaire :
molécules favorisant la prolifération cellulaire et la synthèse protéique telles que le TGF -1, le
VEGF (vascular endothelial growth factor ) et l’IGF-1 (insulin-like growth factor-1), ainsi que par
la production de proté ases et de leurs inhibiteurs qui influent sur le contenu et le remodelage
de la MEC . Ils sé crètent également des médiateurs anti -inflammatoires, tels que l 'antagoniste
Ainsi la transition M1-M2 des macrophages induit la ré solution de la phase inflammatoire
La formation d’un nouveau tissu permettant de combler et couvrir des pertes de substances
occupée par le caillot , dé pend essentiellement des facteurs de croissances : EGF, TGF, FGF,
Une phase de migration des cellules supra basales entre la 12e et la 24e
heure.
les plaies profondes, alors qu’elle se fait de faç on centrifuge à partir d’ilots
[90].
La réparation conjonctivo -é pithéliale aboutit à une cicatrisation rouge , peu surélevée, qui
Tous ces phénomènes expliquent le caractère torpide et la gravité des plaies chez
le patient
diabétique .
Partie 3 : Les facteurs de croissance épidermique :
I. Histoire :
cornées de lapins.
cicatrisation de la peau.
• Année 1989 : premier essai clinique aux États-Unis. FCE obtenu par
recombinant.
bornes.
II. Origine :
Le facteur de croissance épidermique (EGF) est un polypeptide de 53 acides
aminés, isolé pour la première fois par Cohen à partir des glandes sous-maxillaires de
souris. Sur la base de la maturation et de la croissance histologiquement apparentes de
l'épiderme dans les tissus de souris traités, le facteur a été appelé facteur de croissance
épidermique.
L’EGF est sécrété par les plaquettes, les macrophages et les fibroblastes. Il
stimule la prolifération des fibroblastes, des kératinocytes et des cellules endothéliales
vasculaires qui contribuent à la cicatrisation. Son mécanisme d’action repose sur l’interaction
avec des récepteurs spécifiques (EGFR) à activité tyrosine kinase . La présence de ces
récepteurs a été rapportée dans la majorité des tissus humains avec une abondance relative
dans la peau
L’EGF se lie à son récepteur (EGFR), qui est une protéine transmembranaire tyrosine
kinase présente dans tout l'épiderme, bien que sa présence membranaire soit plus
importante dans la couche basale, ce qui entraîne la dimérisation du récepteur, son
autophosphorylation et la phosphorylation de la tyrosine des protéines en aval. L'activation
de l'EGFR joue un rôle important dans la réépithélialisation en augmentant la prolifération
des kératinocytes et la migration cellulaire. Des études expérimentales in vitro ont montré
que dans les plaies chroniques, l'EGFR (récepteur) a été trouvé dans le cytoplasme des
kératinocytes au lieu de la membrane. D'autres études in vitro démontrent une dégradation
substantielle de l'EGF exogène et de l'EGFR réversible avec l'ajout d'inhibiteurs de la
métalloprotéinase (MMP) dans les ulcères chroniques. Ceci suggère que l'EGF est sensible à
l'environnement protéolytique présent dans ces plaies et la mauvaise localisation du
récepteur peuvent participer à la diminution de l’épithélialisation chez les patients atteints
des ulcères.
III. SYNTHESE :
épidermique humain recombinant actif (rhEGF, hétérologue, bio identique) purifié à des
le rhEGF en tant que principe actif pour déterminer les effets, les possibilités, les
P » est un nouveau médicament, unique en son genre et destiné à traiter les ulcères
diabétiques du pied (UDP) idéalement grade 3 et 4 wagner, produit par le centre d'ingénierie
Depuis avril 2007, le médicament a été introduit dans le cadre des médicaments
de base de Cuba après avoir été approuvé par la Commission nationale de formulation des
médicaments. Depuis lors, une stratégie d'extension du médicament a été mise en place
sous l'égide du système national de santé publique, dont l'une des principales étapes est la
surveillance précoce afin de déterminer son efficacité et sa sécurité dans la pratique clinique
quotidienne.
également été enregistré dans environ 40 pays notamment les États-Unis, Europe, Japon,
Canada, Australie, Hong Kong, Singapour, Corée du Sud, Afrique du Sud, Russie, Chine,
marché sont en cours dans d’autres pays tels que le Brésil, la Russie, la Chine, l’Afrique
injectable de 75 µg par ampoule de 5 ml, au prix de 8966.00 dirhams [57], et il n'est pas
L'EGF exerce ses effets en se liant à des récepteurs spécifiques situés à la surface
des cellules épidermiques. Cette liaison déclenche une cascade de signaux intracellulaires
P » chez des patients atteints d’UPD ont été menés, démontrant la sécurité et l’efficacité.
L’essaie réalisée par Fernandez Montequin , a montrée que 85% des patients
présentants des ulcères du pied diabetique grade III ou IV défini par Wagner ont eu une
epidermiaue humain recombinant « Heberprot-P » à 75 μg, trois fois par semaine. Ainsi
que 100% des patients ont présentées une réponse granulaire totale , aucune amputation
et al, la guérison complète des plaies chroniques à 5 semaines a été obtenue chez 73,9%
et 50,0% des patients traités avec 75 et 25 μg d’EGF (citoprot) en 3 fois par semaine
pendant 8 semaines, respectivement. Ces résultats ont été vérifiés par une extension de
classification de Wagner, qui ont bénéficié plus du pansement standard une injection au
sein de la plaie 3 fois par semaine de 75ug et 25ug d'EGF respectivement de groupe 1 et
groupe 2 et une injection d'un placebo chez le 3ème groupe. La cicatrisation des plaies
est survenue chez 77,4 % (41/53), 52,1 % (25/48) et 56,2 % (27/48) des patients traités
par 75 μg EGF, 25 μg EGF et placebo, respectivement, tandis que le délai avant la
Dans Une autre étude réalisée par Bulent M. Ertugrul, le taux de guérison suite a
linjection Heberprot-P » à 75 μg, trois fois par semaine été de 94 % (16 /17 ) patients .
alors que tout les patients était agée de plus de 60 ans avec un diamétre d’ulcère
Les facteurs de croissance sont utilisées aussi en forme de topique mais sont
testé par Viswanathan, 78% des patients du groupe traité par le gel EGF ont cicatrisé,
alors que seulement 52% des patients ont signalé une guérison complète dans le groupe
témoin.
Dans une étude réalisée par Tsang et al, a étudié l’application de crème contenant
0,04% d’EGF chez des patients diabétiques répartis en trois groupes. Le groupe 1 a été
traité avec 0,04% hEGF avec crème Actovegin, le groupe 2 avec 0,02% hEGF plus Actovegin
et le groupe 3 (témoin) avec Actovegin 5% crème seul. Les taux de cicatrisation étaient
95,30% pour le groupe 1 traité par 0,04% l’EGF, tandis que le groupe 2 traité par 0,02% a
taux de cicatrisation.
Pour la forme spray, une étude croisée prospective à l’essai ouvert, réalisée par
HONG et al, a montré que 76% des patients atteints d’ulcère du pied diabétique grade II
ou III défini par Wagner, ont eu une guérison complète suite à l’application topique de