Les technologies blockchain au service du secteur public
Perrine de Coëtlogon, Marc Durand, Maxime Jeantet, Claire Génin, Romuald
Ramon, Pierre Boulet
To cite this version:
Perrine de Coëtlogon, Marc Durand, Maxime Jeantet, Claire Génin, Romuald Ramon, et al.. Les
technologies blockchain au service du secteur public. [Rapport de recherche] Université de Lille (2018-
..). 2021. �hal-03232816v2�
HAL Id: hal-03232816
https://hal.science/hal-03232816v2
Submitted on 23 Jun 2021
HAL is a multi-disciplinary open access L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents
entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de
teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
Distributed under a Creative Commons Attribution - ShareAlike 4.0 International License
Livre blanc
Les technologies blockchain
au service du secteur public
Université de Lille avec KAPALT
v1.0.1, juin 2021
Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Partage
dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
Vous êtes autorisé à :
Partager — copier, distribuer et communiquer le matériel par tous moyens et sous tous formats .
Adapter — remixer, transformer et créer à partir du matériel pour toute utilisation, y compris commerciale.
Selon les conditions suivantes :
Attribution — Vous devez créditer l'Œuvre, intégrer un lien vers la licence et indiquer si des modifications ont été
effectuées à l'Oeuvre. Vous devez indiquer ces informations par tous les moyens raisonnables, sans toutefois suggérer
que l'Offrant vous soutient ou soutient la façon dont vous avez utilisé son Oeuvre.
Partage dans les Mêmes Conditions — Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir
du matériel composant l'Oeuvre originale, vous devez diffuser l'Oeuvre modifiée dans les même conditions, c'est à dire
avec la même licence avec laquelle l'Oeuvre originale a été diffusée.
Pas de restrictions complémentaires — Vous n'êtes pas autorisé à appliquer des conditions légales ou des mesures
techniques qui restreindraient légalement autrui à utiliser l'Oeuvre dans les conditions décrites par la licence.
Sommaire
Introduction …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..……….4
Méthodologie …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………5
1. Secteur public : une vision française et européenne de la blockchain …………..…………………………………………………………..…….7
1.1. La blockchain : du Bitcoin à une technologie au service des usagers du service public …………..……………………………..…….7
1.2. Comprendre la blockchain d’un point de vue métier …………………………………………………………………………………………………….12
1.3. Les apports de la blockchain dans un environnement de transformation digitale de l’État ………………………………………14
1.4. Mon problème métier peut-il être résolu par les technologies blockchain ? ………………………………………………………………16
1.5. Pourquoi utiliser une blockchain plutôt qu’une autre technologie ? …………………………………………………………………………..18
1.6. En quoi la blockchain peut-elle faciliter la collaboration entre administrations ? …………………………………………………….20
2. L’EBSI : infrastructure europeenne de service blockchain ……………………………………………………………………………………………….21
2.1. Le partenariat Européen de la blockchain …………………………………………………………………………………………………………………….21
2.2. Introduction à l’EBSI - European Blockchain Service Infrastructure …………………………………………………………………………….23
2.3. L’EBSI, une blockchain qui se démarque de toutes les autres …………………………………………………………………….……………….24
2.4. Une technologie à utiliser dans un cadre de souveraineté nationale et européenne …………………………….………………….25
2.5. La trajectoire de l’EBSI : de la phase pilote (V1) à la feuille de route technologique (V2, V3) …….……………………………….26
2.6. Les bénéfices de l’EBSI ………………………………………………………………………………………………………………………………………….……….29
2.7. Pourquoi en tant qu’administration, utiliser EBSI plutôt qu’une autre blockchain ? ………………………………………………….30
3. Utilisation pratique de la blockchain pour l’amelioration du service public ………………………………………………………………….31
3.1. Éléments fondamentaux de mise en place d’un projet blockchain au sein du secteur public …..……………………………….31
3.2. Les sept cas d’usage présélectionnés par l’EBSI avec des projets en cours …………………………………………………….………….35
4. Fiches descriptives de cas d’utilisation …………………………………………………………………………………………………………....….………….41
Équipe ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….……….56
Remerciements …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….57
Contact
3 Les technologies blockchain au service du secteur public
Introduction
Les technologies blockchain combinent des innovations à des solutions
informatiques existantes sur des systèmes informatiques distribués. Elles modifient
de façon décisive la façon dont les organisations, même concurrentes, émettent et
transfèrent en confiance des données ou des actifs numériques¹ , sans passer par
une structure centrale de contrôle.
Il peut sembler paradoxal de réfléchir aux applications de la blockchain dans le
secteur public, alors que son origine, au travers de l’apparition du bitcoin, avait un
objectif précis : désintermédier des institutions étatiques et des tiers de confiance
dans les fonctions régaliennes de l’émission de la monnaie et du suivi des
transactions financières et de leur enregistrement.
Si cette antinomie est historiquement légitime, les objectifs de ce document sont
d’expliquer pourquoi il convient de distinguer la philosophie originelle de la
blockchain de sa capacité fonctionnelle, de montrer comment depuis plusieurs
années elle a fortement évolué et a su démontrer sa compatibilité avec un
environnement réglementé et sa maturité technologique.
D'ailleurs aujourd’hui, vouloir parler de « LA » blockchain² est un exercice vain. Elle
se décline désormais sous différentes formes avec des caractéristiques communes
(distribution, registre, transparence, traçabilité, immutabilité, sécurité) mais aussi
des différences significatives quant aux méthodes de gouvernance,
d’authentification des acteurs et de confidentialité des transactions.
L’enjeu de ce document est de montrer que le secteur public peut bénéficier des
caractéristiques uniques offertes par les technologies blockchain, tout en respectant
ses valeurs et en offrant une meilleure expérience et une confiance renforcée à
l’usager du service public français et européen.
Cette réflexion sur leur utilisation dans ce secteur particulier repose sur plusieurs
questions de fond :
● Comment peuvent-elles concourir à la mise en place d’une infrastructure
interopérable et commune, tout en conservant les architectures et applications
existantes dans chaque administration ou société intervenante ?
● Existe-t-il des perspectives particulièrement intéressantes face à des
écosystèmes complexes où diverses parties prenantes doivent collaborer autour
de procédures et logiques métiers ?
● Comment s’assurer que cette collaboration se réalise tout en garantissant la
qualité, la source, la confidentialité et la transparence des données échangées
qui sont devenues les seuls gages de confiance pour l’utilisateur final ?
¹ La notion d’actif numérique permet de représenter et modéliser aussi bien des objets intangibles et
immatériels via l’agrégation de données provenant de plusieurs systèmes d’information ⁽des diplômes, des
brevets, des dossiers administratifs…⁾ que des objets tangibles, matériels ⁽un immeuble, un véhicule, un
conteneur, un produit alimentaire, un vaccin…⁾ représentés par son jumeau numérique.
² Ce document de travail utilise le terme « blockchain » par souci de lisibilité : il doit être compris pour
désigner les « technologies blockchain » ou « technologies chaînes de bloc » en général.
4 Les technologies blockchain au service du secteur public
Méthodologie
L’université de Lille est à l’initiative du présent livre blanc. Porteuse depuis 2018 du
groupe de travail Blockchain Education France pour la Direction du Numérique pour
l’Éducation du Ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, elle
est l'opérateur de la Direction Interministérielle du Numérique (Service du Premier
Ministre, ci-après DINUM) pour la réponse à l’appel à projets européen CEF-TELECOM-
BLOCKCHAIN avec ses partenaires RENATER (Réseau National de télécommunications
pour la Technologie l’Enseignement et la Recherche) et la société Blockchain
Certified Data SAS.
À ce titre, elle testera en 2021 et 2022 les cas d’usage « diplôme », « notarisation » et
« identité auto-souveraine » sur l'Infrastructure Européenne de Service Blockchain
(European Blockchain Service Infrastructure, ci-après EBSI).
Avec ce document, elle porte à la connaissance des administrations des éclairages
sur les technologies blockchain en général, les sept premiers cas d’usage en cours de
production ou d'étude sur l’EBSI ou sur d'autres blockchains. Forte de l’expertise
acquise au sein du Partenariat Européen de la Blockchain, elle souhaite promouvoir
ces technologies pour leur potentiel considérable de transformation numérique des
services publics, nationaux, européens et internationaux.
Elle s’appuie sur des expérimentations « métier » pour décrire les potentialités sans
cacher les obstacles actuels à leur adoption dans différents usages qui intéressent
directement des administrations françaises : la certification, les transactions, la
troisième génération de l’identité numérique ou encore l’archivage. Ces dernières
pourraient améliorer considérablement l’efficacité des services en ligne à l’usage, en
adaptant bien entendu la technologie au type de prestation à exécuter.
Les informations fournies ici résultent d’une revue maîtrisée de la littérature sur le
domaine de la blockchain et de la documentation à disposition sur le site dédié à
l’EBSI à la date de production de ce document. Les auteurs se sont appuyés sur des
entretiens avec les responsables métiers d’administrations françaises ou des
délégataires de service public.
Prochainement en ligne, ce livre blanc a vocation à
évoluer, s'enrichir de nouveaux sujets thématiques
(santé, transport, recherche) ou technologiques (jumeau
numérique, jeton non fongible ou NFT, non fungible
token). Il se déploiera en points focus, points contacts,
propositions et donnera des pistes de financements.
5 Les technologies blockchain au service du secteur public
1. Secteur public : une vision française
et européenne de la blockchain
1.1. La blockchain : du Bitcoin à une technologie au service
des usagers du service public
Internet a radicalement transformé l'accès à l'information et son échange et il joue
un rôle fondamental dans la société et l’économie actuelles. Il était pourtant difficile
d’imaginer l’ensemble des services offerts aujourd’hui lors de l’introduction des
premiers outils nécessaires à sa démocratisation il y a trente ans.
La blockchain, depuis la publication du livre blanc du bitcoin en tant que premier
actif numérique, a considérablement élargi en une dizaine d’années la palette de ses
domaines d’application et de ses cas d’usage potentiels ; elle pourrait jouer, sous
différentes formes, un rôle comparable à celui d’Internet dans un domaine que
celui-ci ne couvre pas : la transaction informatique et juridique de confiance.
En effet, si Internet est le véhicule privilégié de l’échange de toutes les formes
numérisées de l’information, il n’est pas le garant, en tant qu'infrastructure réseau,
de son unicité ou de son fonctionnement.
Considérons l’exemple d’un service numérique tel qu’un logiciel. Libre, il peut être
dupliqué gratuitement à l’infini et Internet va nous permettre d’y accéder très
simplement. Mais s’il est soumis à une licence que nous voulons acquérir, la
transaction va nécessiter, outre l’intervention d’un tiers de confiance (par exemple le
GIE Visa), une « délégation » de notre confiance vis-à-vis du fournisseur (l’éditeur de
logiciel qui gère les droits de licence selon ses propres règles techniques auxquelles
nous n'avons pas accès). Il nous sera donc impossible d'en céder la propriété ou une
licence à un tiers, contrairement à l'exemplaire d'un livre par exemple, acquis une
fois pour toutes.
C’est à cette problématique que les technologies blockchain répondent : autoriser
les échanges fiables de pair à pair, sans passer par un organe de contrôle unique et
centralisé, en assurant le processus vérifiable et permanent d'enregistrement des
transactions et de suivi des actifs numériques. Ceci est réalisé sur la base d’une
infrastructure décentralisée et en s’appuyant sur un registre partagé et distribué sur
les nœuds (terme technique pour définir un ordinateur, un serveur) du réseau,
chaque nœud possédant une copie intégrale du registre.
La blockchain est une infrastructure décentralisée
enregistrant des transactions horodatées, représentant
un changement d’état sur un actif numérique.
L’enchaînement de ces transactions constitue le registre
partagé.
Le mot transaction doit être pris ici dans son acception large, ne se réduisant pas à
l’échange d’un actif numérique (digital asset) mais couvrant aussi ses changements
7 Les technologies blockchain au service du secteur public
d’état (événement, fait, acte). Dans l’administration, c’est par exemple un dossier qui
va changer de « propriétaire » au sens de responsable, au fur et à mesure de son
avancement entre différentes entités impliquées dans son traitement global.
La blockchain, infrastructure centrée autour de la notion d’actif numérique, en
assure la traçabilité à partir de sa création et tout au long de son cycle de vie en
l’accompagnant dans le temps. Ceci va s’articuler en particulier au travers d’échanges
sécurisés que l’on retrouve au cœur des relations et des processus entre les
différents acteurs de l’écosystème du secteur public : de l’usager à l’administration
en passant par une série d’organismes, de sociétés ou d’intervenants du monde
public, semi-public ou privé.
En plus de l'enregistrement d’une transaction sans tiers de confiance, les
technologies blockchain ont vu apparaître la capacité, avec la création d’Ethereum
en 2015, d’automatiser des processus, là encore sans nécessité d’une intermédiation
humaine. Ceci se fait par le biais de contrats dits “intelligents” (smart-contracts),
programmes informatiques s’exécutant sur la base de logique métier et s’intègre
comme composante supportée par une blockchain.
Schématiquement, l’environnement nécessaire à la mise en place d’une blockchain
peut s’apparenter à une structure en 4 couches :
● La couche 1 représente les protocoles d’échange d’information et de consensus
de validation des transactions qui transitent sur la blockchain et qui sont
historisées dans le registre partagé. Cette couche s’appuie exclusivement sur
des logiciels en open source pour des raisons de sécurité et de confiance dans
l’infrastructure.
● La couche 2 porte le déploiement de l’infrastructure et du réseau qui sous-tend
l’ensemble des nœuds, c’est-à-dire des participants actifs de la blockchain.
● La couche 3 correspond à la couche applicative elle-même constituée des
contrats intelligents (smart-contracts) représentant les règles métiers et des
applications destinées à l’utilisateur final.
● La couche 4 symbolise l’intégration de la blockchain dans un existant : les autres
applications et les sources de données du système d’information.
La mise en place d’une Blockchain d’entreprise va s’appuyer sur 4 couches principales
4. Intégration avec d’autres applications ou autres sources de
données.
Couche 4
3. Développement des smart-contracts, des règles métier et
des applications destinées à l'utilisateur final.
Couche 3
2. Déploiement de l’infrastructure, du réseau et des nœuds.
Couche 2
1. Protocole, consensus de validation et registre des
transactions.
Couche 1
Source : KAPALT
8 Les technologies blockchain au service du secteur public
La blockchain est donc clairement une infrastructure
décentralisée et non pas une application, une plateforme
ou un site web « traditionnels » : les couches 1 et 2
déterminent les caractéristiques de l’écosystème et de la
gouvernance de la blockchain en tant que telle, tandis
que les couches 3 et 4 représentent les spécificités de la
réponse aux besoins métier dans l’environnement
propre.
Toutes les blockchains vont présenter des caractéristiques communes et uniques :
● Consensus : sur les méthodes et donc les inscriptions du registre : l’algorithme
correspondant assure que les règles du protocole soient respectées et que
toutes les transactions aient lieu de manière fiable, ce qui induit que l’ensemble
des acteurs possède en temps réel une vision commune et transparente.
● Immutabilité : une transaction ou un événement enregistré dans la blockchain
est daté, historisé et ne peut plus être modifié ou supprimé.
● Irrévocabilité : une transaction respectant les règles métiers et validée selon les
règles du consensus ne peut être annulée.
● Provenance : tout actif géré par la blockchain est tracé de manière transparente
et son historique est visible pour les acteurs ayant les droits.
Comme le formule Antony Lewis, directeur de la recherche chez R3, “Quand les gens
disent que les blockchains sont immuables, cela ne veut pas dire que les données ne
peuvent pas être modifiées, ils veulent dire qu’il est extrêmement difficile de changer
leurs états sans collusion ou action frauduleuse, et si vous essayez, il sera
extrêmement facile de détecter la tentative”.
Catégorisation des blockchains
En simplifiant, deux grands types de blockchain existent. Pour un participant, elles
vont se différencier par l’autorisation d’accès (totalement libre ou administré) et le
type d’action (écriture et/ou lecture simple) qu’il peut réaliser.
A) Les blockchains sans permission dites « publiques »
Elles sont nées avec le bitcoin. Leur développement est open source, et tout leur
contenu (informations et transactions) est public. Elles sont accessibles à tous, ne
nécessitent aucune autorisation d’accès et chacun peut y réaliser des transactions.
Les participants n’y sont donc pas identifiés et utilisent des pseudonymes. Ces
réseaux rémunèrent la participation des entités chargées de la validation des
transactions du réseau par un système de jeton (token).
9 Les technologies blockchain au service du secteur public
Dans les faits, ce type de blockchain s’appuie pour les couches 1 et 2, sur des
fondations externes assurant le bon fonctionnement du protocole, le
développement de l’écosystème et les modalités de gouvernance. Citons par
exemple : Fondation Ethereum, Tezos ...
Les jetons (ou tokens) constituent une crypto-monnaie ou un actif numérique,
pouvant être acheté ou vendu sur une plateforme d'échanges. Ainsi, le bitcoin est le
jeton de la blockchain Bitcoin et l'ether celui de la blockchain Ethereum.
Il faut souligner ici que le qualificatif de « public » n’a aucun lien avec la notion de
secteur public, puisqu’au contraire l’essence même de ce type de blockchain repose
sur une décentralisation totale et sur l'absence de tout organe de contrôle.
Lors d'une transaction sur le réseau (Bitcoin, Ethereum, Tezos ...) l’échange «
monétaire » se réalise en toute sécurité et en toute confiance entre inconnus, sans
système bancaire, car la validation de la transaction est liée à un algorithme de
consensus, qui dans la majorité des cas est soit la « preuve de travail »
soit la « preuve d'enjeu».
Dans le cas de Bitcoin par exemple, l’algorithme de consensus est la « preuve de
travail ». C’est celui-ci qui est à l’origine du coût énergétique engendré sur Bitcoin.
Il est cependant important de rappeler que ce type de mécanisme de validation a été
choisi par les premiers réseaux comme Bitcoin ou Ethereum pour son niveau de
sécurité, prérequis nécessaire à la construction de la confiance alors que l’accès au
réseau est ouvert à tous et sans obligation d’identité. Dans ce contexte, toute
connexion doit être considérée comme potentiellement frauduleuse.
Afin de résoudre ce problème de consommation énergétique mais aussi d’augmenter
la rapidité de validation et la capacité en nombre de transactions par seconde
possible, de nouvelles technologies blockchain ont vu le jour (ARKecosystem, TEZOS,
Tollar hashnet, Polkadot...). En intégrant l’algorithme de « preuve d’enjeu », la
consommation énergétique nécessaire à la validation des transactions est réduite en
quasi-totalité tout en assurant une augmentation significative de la capacité de
transactions et en gardant un niveau de sécurité élevé.
Sur les réseaux dits publics, les parties n’ont pas besoin
de se connaître pour réaliser des transactions. Les
algorithmes de consensus sont garants de la confiance et
du bon déroulement des transactions. Ces
infrastructures et ces réseaux sont particulièrement
résilients étant donné leur décentralisation sur des
milliers de nœuds interconnectés qui enregistrent et
mettent à jour le registre.
10 Les technologies blockchain au service du secteur public
B) Les blockchains à permission
Ces réseaux émergent en 2016, forts du constat que certains écosystèmes composés
d’acteurs régulés et identifiés pourraient bénéficier d’infrastructures réseaux
dédiées permettant une meilleure gestion des flux de données et de leurs partages.
À l’inverse des blockchains sans permission qui offrent une infrastructure réseau clé
en main, les technologies blockchains à permission apparaissent sous la forme de
briques technologiques (framework) open source, déployables à la demande et dont
l’architecture dépendra de l’écosystème et de la problématique sous-jacente.
Elles vont être utilisées dans des cas d’usage où l’anonymat ou, plus précisément, le
pseudonymat des intervenants n’est pas envisageable ou souhaité. De la même
façon, elles s’imposent dans les contextes où une décentralisation complète de la
gouvernance ou l’utilisation d’une cryptomonnaie ou d’un jeton ne sont pas
nécessaires. Les participants sont parfaitement identifiés. L'accès et les actions en
écriture vont être soumis à autorisation, seule la lecture restant potentiellement
libre. La source des données est authentifiée. Elles permettent également de gérer à
un niveau de granularité extrêmement fin, la nature des données (publiques,
partagées ou privées), de les chiffrer et donc d’assurer moins de transfert de
données personnelles et une confidentialité des échanges plus forte entre les
acteurs du réseau.
Ce type de blockchain existe le plus souvent dans un cadre régulé ou réglementé, ou
pour un consortium d’entreprises en B2B (business to business). Citons par exemple
pour la couche 1 : Hyperledger Fabric et Besu de la Linux Foundation, Quorum, Corda,
Multichain etc. Les participants vont pouvoir y jouer des rôles différents en fonction
de la gouvernance adoptée et la notion de confiance apparaît.
11 Les technologies blockchain au service du secteur public
À la différence d’une blockchain sans permission
(publique), les parties prenantes sont connues. Leur
qualité va jouer un rôle dans la validation d’une
transaction : c’est la distinction fondamentale dans cette
typologie.
En cohérence avec l'objectif de transparence, toutes les technologies blockchain
sont par philosophie open source ; ce qui rapprochent la plupart de leurs
promoteurs des mouvements de l’ouverture tels que l'open governement, open
data, open science, open education…
1.2. Comprendre la blockchain d’un point de vue métier
De manière générale, la blockchain contribue, sans nécessité d’un tiers de confiance
(c’est-à-dire d’une structure « extérieure » à l’écosystème vérifiant les transactions
et empêchant toute sorte de fraude), à lever simultanément trois incertitudes ou
difficultés récurrentes du secteur public :
● Authentification : savoir avec qui l’on traite, c’est-à-dire avec confiance quant à
la légitimité de l’intervenant, ce qui inclut les compétences ou les certifications
dans le cas d’un prestataire de services au sens large. La réputation pour un tiers
devient un élément clé qui bénéficie naturellement avec le temps de
l’effet « réseau ».
● Traçabilité : avoir une connaissance certifiée de l’évolution d’un actif dans le
temps via une auditabilité, une traçabilité et une certification de la donnée qui
le représente dans le monde digital. Cela permet de posséder une
correspondance fiable et permanente entre un actif physique (un véhicule, un
bien immobilier, etc.) et son jumeau digital.
● Unicité : supprimer entre les différentes parties prenantes les frictions qui
actuellement sont la cause d’échanges multiples de mails, de fichiers de
différents formats, de discontinuités dans le traitement des informations voire
de litiges. La numérisation des workflows entre les acteurs, la fiabilité des
transactions ou des échanges réalisés et la transparence du registre vont faire
diminuer drastiquement le nombre de ces écarts et vont garantir, sans besoin
d’un tiers de confiance extérieur, la complétude et la qualité des échanges.
Évolution des réseaux professionnels fonction des capacités technologiques du marché
1990 / 2000 Présent Prémices
Réseau privé Réseau privé avec acteurs externes Réseau partagé
Entreprise Entreprise Partie tierce Entreprise Partie tierce
Autres
1. Processus automatisé basé sur une 1. Processus automatisé basé sur une 1. Les processus métiers sont conçus et
infrastructure propre infrastructure propre coordonnés sur la base d'une
infrastructure commune
2. Contact indirect avec le monde extérieur 2. Contact direct avec le monde extérieur via
par l'intermédiaire d'une tierce partie une interface centralisée telle qu'une API ou 2. Les processus suivent des normes de
un portail validation communes strictes et acceptées
par toutes les parties concernées.
Source : KAPALT
12 Les technologies blockchain au service du secteur public
Du point de vue des processus « métier », la blockchain
représente de facto les prémices d’une évolution
profonde du mode de fonctionnement en réseau des
organisations au sens large, secteur public inclus, que ce
soit entre elles ou avec les acteurs externes.
Bien entendu, d’autres technologies autorisent déjà l’échange d’informations de
manière sécurisée mais elles s'appuient sur des processus internes à chaque
organisation. La blockchain offre une nouvelle possibilité : une entité a la capacité de
« partager » une sous-partie d’un processus de manière transparente et sécurisée
avec d’autres parties prenantes de son écosystème tout en gardant la maîtrise totale
de ses données propres.
Les technologies blockchain ne doivent donc pas être considérées comme un
nouveau support d'envoi et de réception de données, mais bien comme un registre
partagé par plusieurs entités. Les blocs d'informations qui composent ce registre
contiennent des enregistrements permanents qui dépendent du domaine applicatif.
À titre d’illustrations dans le secteur public, une blockchain a la capacité de créer un
enregistrement immuable et décentralisé :
● des changements d’état durant le cycle de vie d’un document (visualisation par
le fonctionnaire de l’évolution du document) ;
● des étapes que les produits franchissent le long d’une chaîne
d’approvisionnement (traçabilité des mouvements douaniers, etc.) ;
● des transactions financières (suivi des subventions, de flux financiers…).
Et puisque ce registre est dupliqué et distribué en temps réel (ou quasi-réel) à tous
ses participants, la blockchain va permettre et faciliter le passage d’une perspective
totalement « privée » des processus vers un plus grand partage des données
métiers.
Attention : il est important de préciser que, la plupart du
temps, le registre partagé entre les parties prenantes ne
contient que les attributs de preuve de la donnée et non
la donnée elle-même. La donnée reste pour sa part en
base de données et, dans ce cas, seule son empreinte
numérique est enregistrée dans le registre blockchain.
Cela n’élimine pas pour autant les questions de sécurité et de véracité. En effet, si
l’attribut de preuve enregistré sur la blockchain permet la transparence,
l’immuabilité et la traçabilité, en cas de perte de la donnée en base, ces attributs de
preuve ne permettront pas de la retrouver ou de la reconstruire.
13 Les technologies blockchain au service du secteur public
1.3. Les apports de la blockchain dans un environnement de
transformation digitale de l’État
La blockchain se pense comme une infrastructure en réseau de type « pair à pair »
sur laquelle vont tourner des applications transactionnelles qui peuvent être en
mode
● G2G – Gouvernement à Gouvernement (par exemple entre différentes
administrations ou agences publiques nationales et transnationales) ;
● G2C - Gouvernement à Citoyen (entre une administration et un citoyen) ;
● C2C - Citoyen à Citoyen (entre citoyens incluant un élément relevant du service
public).
Les organismes gouvernementaux sont les intermédiaires essentiels de ces
transactions et les garants de leur bon fonctionnement. Les documents qu’ils
délivrent ou certifient sont le moyen standard de pouvoir vérifier les informations
sur les personnes (cartes d’identité, permis de travail, permis de conduire, etc.) et les
biens (origine des conteneurs, sécurité des produits, etc.).
Par rapport aux bases de données centralisées traditionnelles, la blockchain
garantit deux spécificités :
● par construction, l’intégrité et la traçabilité en temps réel des données, pour
une collaboration efficace et transparente entre les utilisateurs, sans utilisation
d’un tiers de confiance extérieur ;
● l’auto-exécution de contrats intelligents pour automatiser et sécuriser des
processus, avec à la clé des gains en termes d’efficacité et de qualité.
Dans le cas des services publics, cela signifie par exemple que la blockchain peut
faciliter les contrôles de l’intégrité et de l’origine des documents officiels sans qu’il
soit nécessaire de contacter à chaque fois leur entité émettrice. Dans ce cas, le
partage des données peut se faire de manière totalement sécurisée entre
portefeuilles numériques.
Puisque les blockchains représentent des systèmes distribués avec une forte
automatisation potentielle, elles peuvent être utilisées pour concevoir efficacement
des plateformes peu coûteuses, conduisant à des économies significatives dans le
traitement des données, tout en augmentant la robustesse du système.
Les solutions mises en place dans des applications distribuées (dApp) doivent être
conçues comme toutes applications de façon ergonomique.
14 Les technologies blockchain au service du secteur public
Les avantages de la blockchain peuvent se décliner en quatre catégories
principales :
Bénéfices liés à l’utilisation d’une Blockchain
Sécurité renforcée Nouveau modèle
Gain de temps Réduction des coûts
& Gestion d’identité économique
• Mutualiser le coût • Protéger contre la • Conduire à la création
• Réaliser des
des infrastructures falsification, la fraude de nouvelles
transactions en
et la cybercriminalité entreprises
temps quasi-réel
• Optimiser les
intermédiaires • Créer un réseau • Réinventer le produit
• Optimiser la
membres multi-entités existant
validation des
• Supprimer les
processus
tâches redondantes • Fournir une gestion de • Permettre la création
l'identité de nouveaux produits /
• Supprimer le papier services
• Fournir une granularité
• Améliorer la qualité d'accès à différents • Créer de nouveaux flux
des données niveaux de revenus
• Traçabilité de
l’historique
Source : KAPALT
Pour tout type de structure du secteur public, les possibles améliorations
opérationnelles des technologies blockchain visent :
● le coût de vérification des identités ;
● le coût de vérification de l’origine ou de l’historique ;
● la réduction de la fraude ;
● l'audit des événements et des changements d’état ;
● l'automatisation de certains processus : facturation, paiement, etc. ;
● la gestion automatique de l’allocation d’actifs non-financiers ;
● l'accélération des transactions.
15 Les technologies blockchain au service du secteur public
1.4. Mon problème métier peut-il être résolu par les
technologies blockchain ?
C’est bien entendu le cœur du questionnement pour une administration ou une
agence du secteur public. Les technologies blockchain n’échappent en rien aux
règles habituelles qui devraient précéder toute introduction potentielle d’une
technologie : quelles sont les conditions nécessaires, et non pas simplement
suffisantes, pour en justifier l’usage ?
Une blockchain, de manière générale, n'est d'aucune
utilité pour résoudre un problème purement interne à
une organisation. Son intérêt ne se pose donc que dans le
cadre d’interactions externes avec son environnement.
Il est donc important de recourir à une approche holistique en se plaçant au niveau
de l’écosystème et de sa dynamique :
● Quels sont mes partenaires de travail actuels ou potentiels afin de résoudre ce
problème ou de répondre à ce besoin ?
● Quels sont mes points de frictions sur la chaîne de valeur de ma procédure ?
Sont-elles internes à mon organisation ou externes ? Suis-je dépendant de
sources de données externes ?
● Quelle est la macrotrajectoire : périmètre fonctionnel et/ou le nombre de
parties prenantes (aujourd’hui, dans un an, dans 3 ans…) ?
À ce premier niveau, un certain nombre de critères doivent être analysés. Sachant
que cette liste n’est naturellement pas exhaustive, on peut citer :
● le nombre d’acteurs impliqués (administrations, agences publiques,
délégataires, sociétés privées, destinataires...) ;
● la volumétrie des échanges et des transactions ;
● le degré de collaboration et de transparence souhaité ;
● la fréquence des dysfonctionnements, des ruptures de traitement, des frictions
ou des litiges actuels ;
● le niveau de confidentialité et de sécurité à atteindre ;
● les bénéfices potentiels pour chacune des parties.
16 Les technologies blockchain au service du secteur public
Les principaux critères de choix pour utiliser une Blockchain / DLT ou pas…
Si la donnée est uniquement utilisée
Registre distribué
par un nombre réduit d’entités ou si
Besoin de partager des
le degré de collaboration entre les
données entre plusieurs
entitées « Écosystème parties tierces n’est pas élevé ou si le
D’administration ». ratio entre mises à jour sur lectures
Transparence Smart-contract
pour les transactions est faible alors
Besoin de visibilité au Besoin que les règles
métier et les données
l’utilisation d’une blockchain est
travers d’un registre sur Confiance
l’état des procédures et utilisées lors des hautement challengable
de manière visibles. procédures soient visibles
par tous les membres.
Mul�par�e
Besoin d’un réseau
distribué afin de garder un
niveau de confiance.
Source : GARTNER
Ainsi, de manière macroscopique, si la réponse à un (ou plusieurs) de ces critères est
peu élevée à terme, il est légitime de considérer que le choix d’utiliser la blockchain
n’est pas forcément le meilleur. Cela ne signifie pas que des critères suffisamment
forts ne puissent pas à eux seuls justifier une analyse complémentaire, mais ils
doivent être pondérés dans une vue globale.
En particulier, des bénéfices clairs pour chacun des participants actifs du réseau
doivent être à ce stade identifiés. Ceux-ci peuvent être de nature différente pour
deux parties prenantes avec, par exemple, une meilleure excellence opérationnelle
pour l’une et une meilleure qualité des données pour l’autre. Mais la croissance du
réseau qui est la condition sine qua non d’une initiative blockchain ne se réalisera
pas sans eux.
Une blockchain ne se construit pas au simple bénéfice
d’une partie unique, elle ne se justifiera dans le temps
qu’au travers de la conjonction de bénéfices tangibles
pour les différents acteurs impliqués dans l’écosystème.
C’est cette caractéristique qui fait que la blockchain peut avoir des apports uniques,
mais à la condition d’être pensée dans un environnement pouvant se révéler
complexe.
Si le niveau des critères préliminaires apparaît comme suffisamment élevé, et il
dépend bien entendu du contexte métier, alors une analyse plus fine des besoins à
résoudre pourra être ensuite lancée. Il conviendra de ne pas simplement les
confronter aux capacités et aux apports de la technologie elle-même, mais aussi de
comprendre en amont quels sont les facteurs clés de succès de la mise en place
potentielle d’une blockchain.
17 Les technologies blockchain au service du secteur public
1.5. Pourquoi utiliser une blockchain plutôt qu’une autre
technologie ?
Les technologies blockchain sont des technologies récentes qui évoluent
constamment, mais qui n’ont pas vocation à se substituer, en tant que telles, à une
technologie déjà en exploitation et qui a fait, parfois depuis de très nombreuses
années, la preuve de sa robustesse. En comparaison directe, une technologie plus
mature (par exemple une base de données centralisée ou distribuée, l’EDI, etc.) va
offrir une meilleure maîtrise de la mise en place et des coûts associés (conception,
design, développement, mise en production, maintenance, etc.).
Pour faire de la traçabilité dans une chaîne d’approvisionnement, du partage
sécurisé d’informations ou encore de la réconciliation de données entre partenaires
dans tous les secteurs d’activité, nul n’a attendu la mise en place des couches 1 à 3
des technologies blockchain.
Considérons maintenant, par exemple, le cas fréquent du rapprochement de
données transitant d’une organisation à une autre. Il y a potentiellement des
différences de format, des incohérences, des problèmes de qualité et de complétude
des données, etc. Cette situation est génératrice d’un surcroît de travail parfois très
lourd de contrôles manuels voire de ressaisies n’apportant aucune valeur ajoutée au
destinataire.
La question que l’on peut alors se poser semble naturelle : pourquoi les autres
technologies et outils existants n’ont pas permis de résoudre certains de ces
problèmes ?
Les considérations à prendre en compte ici sont loin d’être stricto sensu techniques.
On peut citer :
● Qui est le propriétaire de la donnée à un instant spécifique du processus ?
● Quelles sont les limites de responsabilité de chacun ?
● Quel est le niveau de confiance entre les acteurs ?
● Existe-t-il le besoin d’une intermédiation ou pas ?
Une autre technologie ou la combinaison d’autres technologies pourrait (ou aurait
pu), dans de nombreux cas de figure, répondre aux besoins fonctionnels, mais ce
sont les conditions relatives à l’écosystème ou à la gouvernance qui peuvent ici
favoriser le choix d’une technologie blockchain. C’était techniquement possible mais
de facto irréalisable opérationnellement parlant.
18 Les technologies blockchain au service du secteur public
C’est pourquoi, dans les réalisations opérationnelles du
marché, la grande majorité des usages de la blockchain
offre non pas une substitution « améliorée » à une
fonction existante mais bien plutôt un complément ou un
nouveau service à valeur ajoutée qui ne pouvait pas être
proposé auparavant de manière réaliste sans cette
technologie.
Certaines réussites tout à fait significatives, comme TradeLens³ , un registre
permettant la traçabilité des containers dans le transport maritime mondial,
passent d'ailleurs par la « simple » numérisation d'un document « papier ».
Leurs versions numériques circulent entre un nombre significatif de structures
(publiques et privées) et nécessitent la transformation digitale de l'ensemble des
processus associés.
³ TradeLens : https://www.tradelens.com
19 Les technologies blockchain au service du secteur public
1.6. En quoi la blockchain peut-elle faciliter la collaboration
entre administrations ?
Pour éviter, dans le cadre du secteur public, le travers de nombreux projets
préliminaires (PoC : Proof-of-Concept) blockchain lancés ces dernières années dans
tous les secteurs, il semble important de mener une double investigation préalable
à un début de projet :
1. S’assurer que la technologie est capable de répondre aux exigences nécessaires
à l’application (volumétrie, performance, sécurité, respect de la conformité...) en
production réelle.
2. Comprendre en quoi l’une (a minima) des propriétés spécifiques de la
blockchain (consensus, immutabilité, irrévocabilité, provenance) est réellement
nécessaire au processus.
En vérifiant seulement le premier point, on est conduit à un projet peut-être
techniquement réalisable, mais où l’utilisation d’une blockchain en tant qu’apport
métier ne se justifie pas. Comme vu précédemment, pourquoi faire dans ces
conditions le choix de cette technologie plutôt que celui d’une autre plus mature et
mieux maîtrisée ?
En se focalisant sur le second point, on arrive à un projet qui, au-delà du pilote, va
se révéler tout simplement impossible à mettre à l’échelle ou en production ; ceci
pour des raisons de gouvernance, de coût, de complexité technique ou de
conformité. Un nombre très significatif de projets préliminaires blockchain se
retrouvent dans ce cas de figure.
Respecter cette approche duale doit permettre de s’assurer que le projet envisagé a
la capacité de fournir de façon opérationnelle un ou plusieurs avantages tangibles de
la blockchain pour le secteur public par rapport à d’autres solutions technologiques
entre administrations, nationales, européennes ou internationales :
● Supprimer les tâches redondantes de vérification de données et de duplication
des processus grâce aux partages d’une source commune validée et acceptée
comme telle par l’ensemble des parties.
● Fournir une transparence et une confiance puisqu’il n’y a pas de
propriétaire « unique » des données du registre partagé.
● Identifier et quantifier plus facilement les bénéfices pour chacune des parties
puisque l’intérêt commun et le service de l’usager constituent la valeur cardinale
et partagée par les acteurs.
20 Les technologies blockchain au service du secteur public
2. L’EBSI : infrastructure européenne de
service blockchain
L’EBSI représente une illustration concrète d’une blockchain pour le secteur public.
2.1. Le Partenariat Européen de la Blockchain
Le Partenariat européen de la blockchain (EBP)⁵ est une initiative conjointe de la
Commission européenne, des 27 États membres de l’Union Européenne, de la
Norvège et du Lichtenstein (membres de l’Association Européenne de Libre-Échange)
signé le 10 avril 2018. Cet accord prévoit notamment :
● le développement de visions et d’initiatives conjointes par le biais du
partenariat dans une approche paneuropéenne ;
● la mise en place pour le secteur public européen et transfrontalier de
l’Infrastructure Européenne de Service Blockchain (EBSI) ;
● la promotion de la sécurité juridique avec un cadre juridique global favorable à
l’innovation (actifs numériques, contrats intelligents) ;
● l’accroissement des financements pour l’innovation blockchain (subventions et
soutien aux investissements) ;
● le soutien à l’interopérabilité et aux normes ;
● le soutien aux formations pour le développement des compétences blockchain;
● l’interaction avec la communauté blockchain (dont INATBA, l’association
européenne des parties prenantes de la blockchain et le Forum-Observatoire de
la Blockchain au niveau européen, mais aussi les réseaux internationaux).
Le groupe politique du Partenariat Européen de la Blockchain a confié à sa direction
du numérique, la DGCNECT, le soin de créer, avec sa Direction des Systèmes
d’Information, la DIGIT, l’infrastructure Blockchain Européen (EBSI – European
Blockchain Service Infrastructure) dans le respect des « acquis » européens.
L'infrastructure déployée est « durable » (excluant par exemple l’algorithme de
preuve de travail et intégrant des technologies utilisant des algorithmes tels que «
la preuve d’enjeu », « la preuve d’autorité », etc.). Elle participe à la création des
standards internationaux et respecte la réglementation sur les données
personnelles.
⁴ https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/news/european-countries-join-
blockchain-partnership
21 Les technologies blockchain au service du secteur public
L’objectif est d’offrir aux États membres du partenariat
un environnement et une infrastructure clé en main,
permettant un haut niveau de collaboration et une
gouvernance inédite afin d’améliorer et d’innover en
matière de services publics nationaux et transnationaux.
L’EBSI est une composante de base du Connecting Europe Facility (CEF),
l’infrastructure informatique européenne de connexion, avec ses « blocs de
construction » (building blocks), destinés à s'interfacer (schéma ci-dessous). Il
fournit des logiciels, des spécifications et des services interopérables et réutilisables
permettant son adoption par les institutions européennes, les administrations
publiques européennes et à terme également les entreprises.
Au terme d'un processus de consultation des Etats membres alliant construction
technologique et réglementaire, certaines parties du CEF font d'ailleurs l'objet de
réglementation directement applicable dans les Etats membres (par exemple la
réglementation sur l'identité numérique eIDAS).
10
Réduisez les charges administra�ves des citoyens et des entreprises. Ce service commencera en 2023 et perme�ra aux en�tés
Once Only Principle
publiques de partager les données des citoyens entre elles, via une iden�té.
9
Découvrez le futur avec l'infrastructure européenne des services blockchain (EBSI) afin d’améliorer vos services publics via plus de
Blockchain EBSI
collabora�on interservices à la fois au niveau Na�onal et transfrontalier.
8
C’est un ensemble de normes, d'outils et de services gratuits qui aident les administrations publiques et les entreprises à
eSignature services
accélérer la création et la vérification de signatures électroniques juridiquement valables dans tous les États membres.
7
Big Data Test Infrastructure BDTI fournit un ensemble de services pour aider les administrations publiques à explorer et à expérimenter diverses
services (BDTI) sources de données, logiciels et méthodologies.
6
eDelivery services Échanger des documents et des données de manière sûre et fiable.
CEF - 5
Connectin eInvoicing services Envoyez et recevez des factures électroniques conformes à la norme européenne sur la factura�on électronique.
g Europe 4
Facility eID services Offre des services numériques capables d'iden�fier électroniquement les u�lisateurs de toute l'Europe.
3
eTranslation services Un outil de traduction gratuit, simple et sécurisé pour briser les barrières linguistiques dans l'UE.
2
Context Broker services Collectez des données à partir de différentes sources et soutenez les décisions intelligentes au bon moment.
1
eArchiving services Facilitez la préservation, la migration, la réutilisation et la confiance de vos informations.
Trois réglementations
RGPD3 NIS4 eidas5
Euorpéennes
Source : KAPALT
Sources :
● CE / traduction Kapalt - Blockchain pour Entreprise
● Connecting Europe Facility ⁵
● RGPD (protection des données) ⁶
● NIS: sécurité informatique ⁷
● eidas: services de confiance ⁸
⁵ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/display/cefdigital/cef+digital+home
⁶ https://ec.europa.eu/info/law/law-topic/data-protection/data-protection-eu_en
⁷ https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/network-and-information-security-nis-directive
⁸ https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/policies/trust-services-and-eidentification
22 Les technologies blockchain au service du secteur public
2.2. Introduction à l’EBSI - European Blockchain Service
Infrastructure
L'EBSI offre une infrastructure clé en main, intégrant de nombreuses briques
technologiques. Dans ce contexte, les administrations peuvent l’integrer au coeur de
leur propre stratégie de transformation digitale et profiter de nombreux outils
proposés en surcouche.
L'idée est d'apporter la confiance par une infrastructure européenne unique gérée
conjointement par des institutions publiques. EBSI n'est pas axée sur la création
d'une technologie mais plutôt sur la création d'un réseau utilisant des technologies
disponibles et éprouvées, en les complétant si elles ne suffisent pas.
L’EBSI s’organise autour d’une architecture en plusieurs couches (voir le schéma
ci-dessous), regroupant différentes briques technologiques et déployables
“as-a-service” et sur la base des cas d’usage présélectionnés par les États membres
(schéma ci-dessous). Les 4 premiers cas d’usages (numérotés de 1 à 4) sont actifs et
bénéficient d’une antériorité par rapport aux 3 derniers (numérotés de 5 à 7), qui
débutent à la date du présent rapport.
Dans le domaine du secteur public, la blockchain européenne EBSI joue un rôle
fondamental. Elle offre un cadre flexible pour les couches 1 et 2 tout en assurant le
strict respect des règles de confidentialité, de sécurité des données et de conformité.
Tout usager ou intervenant du service public en tirera les bénéfices en termes de
confiance, transparence et efficacité opérationnelle, au travers des applications
mises à disposition dans la couche 3 tandis que l’intégration avec le patrimoine
applicatif existant de la couche 4 sera simplifiée.
Les aspects techniques sont détaillés dans la documentation du site :
https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/display/CEFDIGITALEBSI
Couche métier Application business
1 2 3 4 5 6 7
Couche cas Sept cas
d’usages d’usages
séléctionnés
Fonctionalités
Aurodatage Signature éléctronique Sceau électronique
communes
Couche
Services
Interface avec les
Composants de la Management des Management de la
systèmes
plateforme identités et des accés donnée
d’enregistrement
Hyperledger Besu
Blockchain
Couche Hyperledger Fabric
Infrastructure
Connectivité réseau
Source : KAPALT
23 Les technologies blockchain au service du secteur public
2.3. L’EBSI, une blockchain qui se démarque de toutes les
autres
Comme mentionné au début de ce rapport, une blockchain est un registre distribué
accessible au sein d’un réseau de pair à pair et dont les écritures (transactions) sont
émises et validées par consensus entre les membres du réseau.
Ainsi, la blockchain du fait de son architecture (différente
d’un réseau à un autre) permet la création d’une
infrastructure propre à un écosystème donné. Cette
infrastructure blockchain permet à chacun des membres
de travailler et de collaborer dans un environnement de
confiance tout en gardant le contrôle sur ses procédures
métier et ses données propres.
Le déploiement d’une blockchain entre acteurs d’un même écosystème nécessite
donc la mise en place de règles de gouvernance.
Dans ce sens, il est important de comprendre comment l’EBSI s'articule au niveau de
son architecture, lui permettant de créer cet environnement de confiance à la fois
pour les administrations et son utilisateur final, le citoyen.
Contrairement à d’autres réseaux blockchain comme Bitcoin ou Tezos où la confiance
dans la bonne exécution des transactions réside exclusivement dans les algorithmes
de consensus / validation (preuve de travail et preuve d’enjeu, respectivement), la
blockchain EBSI, dans sa version 1, intègre un algorithme de validation beaucoup
plus régalien dans tous les sens du terme, : la preuve d’autorité (Proof-of-Authority).
Cette notion de preuve d’autorité est fondamentale car elle permet à l’État, et par
extension à ses administrations et délégations de service public ou autres acteurs,
le droit de devenir nœuds validateurs de données et d’écrire sur le registre de
manière immuable et irrévocable des événements (transactions), traduisant un
changement d’état sur des données du service public.
L’EBSI par son design, ne désintermédie pas la confiance
dans la fonction régalienne de l’État et s’inscrit dans une
perspective de fluidification, de conservation, de
transportabilité et de pérennité des services publics et
des données du citoyen.
Cette architecture initiale permet donc de proposer un premier niveau de valeurs
probantes des données sous format numérique, nécessaire à la création d’un
environnement de confiance pour une meilleure collaboration entre les
administrations dans leur mission aux citoyens.
À l’image de sa technologie sous-jacente, l’EBSI permettra de créer une nouvelle
génération d'applications ouvertes et collaboratives sur la base de procédures
administratives multipartites. Elle contribuera à l’établissement d’une vision unique
24 Les technologies blockchain au service du secteur public
des procédures pour l’ensemble des parties prenantes fondées sur la responsabilité
et la transparence, et au bénéfice de l’usager.
2.4. Une technologie à utiliser dans un cadre de souveraineté
nationale et européenne
À l’heure où l’Europe accuse un important retard technologique comparativement
aux géants de la technologie américains et chinois, des questions de souveraineté
numérique se posent quant à la dépendance européenne tant dans le secteur public
que privé.
Dans un contexte de transformation numérique accélérée du fait de la pandémie, le
choix des technologies et des infrastructures sur lesquelles les États européens
construiront leurs services publics de demain est crucial. Tout particulièrement en
ce qui concerne les infrastructures de stockage et de gestion des données du
citoyen.
Dans ce sens, “si la numérisation des documents officiels
accélère le flux d’informations et facilite la vie des
citoyens, elle laisse également place à des activités
frauduleuses, car sans les outils numériques appropriés,
les documents numériques restent relativement faciles à
falsifier. Cela reste l’une des principales raisons pour
lesquelles le manque de confiance dans le monde
numérique constitue toujours un défi majeur pour les
gouvernements. En bref, le problème est bien plus
important que le partage de documents et
d’informations sensibles sur Internet. Aujourd’hui, le
principal défi consiste à trouver un moyen de rendre les
interactions en ligne quotidiennes, sûres et dignes de
confiance pour toutes les parties concernées.” ⁹
Dans ce contexte, les technologies blockchain, et en particulier l’EBSI, offrent une
opportunité rare de chiffrer nos données, les rendant sécurisées, vérifiables,
traçables (unicité), transportables, ceci grâce à une technologie durable et sur la
base d’un référentiel commun au niveau de l'Union Européenne et interopérable au
niveau mondial. Le contrôle et la sécurité de nos données via l’EBSI au travers de son
architecture et de sa gouvernance assureront une souveraineté renouvelée aux États
membres, permettant des collaborations inédites tout en conservant un contrôle
adéquat.
En effet, la gouvernance de l’EBSI englobe dans son périmètre à la fois le stockage
de données et la mise en place des critères nécessaires pour fournir des services qui
touchent à l’identité du citoyen (par exemple RENATER pour la France est à la fois
fournisseur de stockage et opérateur de fédération d’identité pour l’enseignement
supérieur et la recherche).
⁹ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/display/cefdigital/the+challenge+for+digital+transformation+in+public+administration
25 Les technologies blockchain au service du secteur public
2.5. La trajectoire de l’EBSI : de la phase pilote (V1) à la feuille
de route technologique (V2, V3)
L’objectif ultime du Partenariat Européen de la Blockchain est de réussir à créer à la
fois une infrastructure blockchain européenne mais également un environnement
technologique et juridique permettant une transformation harmonieuse des
services publics vers le numérique. Le défi le plus ambitieux est de construire et
mettre à disposition des services publics, de manière incrémentale, cette
infrastructure de l’EBSI. De plus, au niveau des cas d’usages et des parties prenantes
un travail important, mais salvateur sur les données concernées sera nécessaire.
Cette mise en commun permettra d’innover au cœur des services publics européens
ou transfrontaliers et constituera l’un des blocs technologiques majeurs dans la
construction de solutions informatiques européennes interconnectées, de nature à
instaurer la confiance du citoyen européen.
Dans les deux prochaines années, l’objectif du partenariat européen de la
blockchain et de l’EBSI dans sa version 1 et bientôt 2 sera de tester, sous le pilotage
du groupe « Politique » et avec l’aide d’un groupe « Technique », les sept cas
d’usages :
1. Identité auto-souveraine (avec un pont vers la technologie mise en place par la
réglementation eIDAS) ;
2. Diplômes et certificats vérifiables ;
3. Notarisation ;
4. Partage de données sécurisé ;
5. Demande de droit d’asile ;
6. Émission d’obligations pour la reprise post-CoVid19 ;
7. Numéro de sécurité sociale européen.
À plus long terme, les autres objectifs stratégiques de l’EBSI sont d’améliorer les
services gouvernementaux transfrontaliers et de réduire l’impact environnemental
de l’Europe, de permettre le développement de pôles et de projets technologiques
européens et d’améliorer la mobilité transfrontalière des citoyens et des entreprises
tout en respectant les réglementations applicables, notamment le RGPD et l’eIDAS.
La première version de l’EBSI est sortie au mois de juillet 2020 dans une phase pilote.
Elle est basée sur deux protocoles open source à permission utilisables par tous :
Hyperledger Fabric et Hyperledger Besu, qui intègrent un algorithme de validation de
preuve d’autorité (Proof-of-Authority). Des nœuds sont installés et testés dans tous
les États membres par les organisations autorisées. RENATER (Réseau National de
télécommunications pour la Technologie l’Enseignement et la Recherche) porte pour
la France les premiers nœuds EBSI.
En effet, la gouvernance de l’EBSI englobe dans son périmètre à la fois le stockage
de données et la mise en place des critères nécessaires pour fournir des services qui
touchent à l’identité du citoyen (par exemple RENATER pour la France est à la fois
fournisseur de stockage et opérateur de fédération d’identité pour l’enseignement
supérieur et la recherche).
26 Les technologies blockchain au service du secteur public
Une suite d’APIs a été développée sur quatre cas d’usages sélectionnés pour leur
facilité de mise en test par des administrations et parties prenantes avec le soutien
et l’accompagnement des équipes techniques de la commission Européenne ¹⁰.
La version 2 est attendue pour le début de 2021. Elle permettra le déploiement de
nouveaux nœuds, une mise en production des 4 cas d’usages de la version 1 ainsi
que les tests et mise en production de 3 cas d’usages supplémentaires sélectionnés
par les États membres. Cette version 2 se verra ajouter un nouveau protocole
intégrant une implémentation de l’algorithme de validation de la preuve d’enjeu
(Proof of Stake), qui permettra de travailler sur l’interopérabilité d’au moins deux
modèles de blockchain.
De manière plus générale, cette stratégie a pour but
d’intégrer au sein de l’EBSI et au fil des versions d’autres
réseaux et protocoles. Cette approche très ouverte
permettra à l’Union européenne de profiter pleinement
des technologies construites autour de l’open source et
leurs communautés à travers le monde. En d’autres
termes, l’EBSI intégrera dans son architecture modulable
au fil de l’eau toute technologie qui respectera les
critères, les standards et la compatibilité des
réglementations en place. C’est une caractéristique
essentielle pour assurer la pérennité de l’infrastructure.
Dans cet esprit, il n’est pas exclu que des blockchains sans permission (dites
publiques) soient à l’avenir proposées au sein de la boîte à outils EBSI. Ces ajouts de
briques technologiques permettront également de répondre à un plus grand nombre
de cas d’usage. La construction du réseau sous-jacent devra répondre à des
spécificités à la fois métier (procédure et réglementation) mais aussi d’écosystème
et de gouvernance propre à chaque pays et administration.
¹⁰ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/display/cefdigital/get+started+ebs
27 Les technologies blockchain au service du secteur public
Sur des versions ultérieures (horizon 2023/2024 pour la Version 3), un accès à l’EBSI
sera proposé aux entreprises dans une optique de cocréation et sur une base
commune : l’économie circulaire de demain. Les cas d’usage retenus dans le cadre de
cette version font actuellement l’objet d’appels d’offres ¹² ayant pour but d’accélérer
la recherche et le développement de solutions. Ces cas d’usages sont définis comme
étant à haut volume et haute vélocité (V&V) et sont en grande partie inspirés du
Circular Action Plan Report et du passeport produit digital¹³ (liste non exhaustive) :
1. Soutien au développement d’une économie circulaire et à l’exploitation du
passeport de produits numériques améliorant la traçabilité et la circularité de
tous les produits et composants sur le marché de l’UE10. Cela concerne
potentiellement le suivi des matières premières dans les produits physiques qui
sont commercialisés et utilisés dans l’UE ou des données qui devraient être
suivies à travers différents cycles de vie des produits (par exemple les batteries).
2. Traçabilité des données et documents concernant l’ensemble des bâtiments,
équipements et matériaux.
3. Traçabilité des produits pour limiter la contrefaçon.
4. Preuve de l’origine et du conditionnement du produit dans les chaînes
alimentaires et agroalimentaires.
5. Suivi des articles douaniers compatibles avec l’internet des objets (IoT : Internet
of Things) à autres applications telles que le suivi en temps réel du
géopositionnement et de l’état du système d’objets en mouvement rapide à
travers les frontières.
6. Suivi des transactions ou des factures à des fins de TVA (limitation de la fraude
à la TVA).
7. Gestion à l’échelle de l’UE des droits de propriété intellectuelle (comme les
brevets, les marques, les droits d’auteur), y compris la gestion des droits
d’auteur qui peuvent être directement associés au contenu numérique en temps
quasi-réel.
¹¹ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/display/cefdigital/2020/12/03/eu+blockchain+call+for+tenders+launched
¹² https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:9903b325-6388-11ea-b735-01aa75ed71a1.0017.02/doc_1&format=pdf
28 Les technologies blockchain au service du secteur public
2.6. Les bénéfices de l’EBSI
En participant au réseau EBSI, l’administration nationale pourra utiliser
l’infrastructure et les solutions disponibles pour :
● Offrir des services intégrés améliorés aux usagers et aux entreprises, à la fois
dans son propre pays et au sein de l’Union européenne
● Améliorer la transparence et la confiance dans les services publics
● Simplifier les processus administratifs et en augmenter l’efficacité
● Augmenter la sécurité et la confidentialité des données
● Assurer la durabilité, la portabilité et la viabilité des données
Les nœuds validateurs seront localisés dans les États membres et chez les
partenaires commerciaux en dehors de l’ Espace Economique Européen.
L’architecture modulable de l’EBSI fournit :
● Une résilience accrue d’un réseau de systèmes et de données pouvant prendre
le relais sur des nœuds défaillants et distribuer les preuves géographiquement
● Une confiance accrue grâce à l’utilisation de protocoles blockchain robustes,
capables de passer à l’échelle et permettant le déploiement de contrats
intelligents (smart-contracts)
● Une cyber sécurité améliorée grâce à l’application des pratiques de chiffrement
● Une amélioration des performances des systèmes transfrontaliers grâce à
l’utilisation de système de stockage de données distribuées
● Des capacités à géométrie variable pouvant convenir à des États membres de
taille différente ainsi que des applications locales ou transfrontalières.
En d’autres termes, l’EBSI est une infrastructure
blockchain regroupant une véritable boîte à outils
déployable à la demande.
Ce panel d’outils est d’ores et déjà disponible en version de test et à la disposition
des administrations et du secteur public dans leurs projets de transformation
digitale avec le but d’améliorer les services publics et la vie du citoyen.
29 Les technologies blockchain au service du secteur public
2.7. Pourquoi en tant qu’administration, utiliser EBSI plutôt
qu’une autre blockchain ?
Pour une entité du secteur public, il est légitime, dans le cas de figure où une
opportunité blockchain est susceptible d’exister, quel que soit son niveau de
maturité, de s’interroger sur la pertinence du choix de la blockchain EBSI. En quoi
possède-t-elle la capacité de faciliter, accélérer un projet et d’en assurer la pérennité
en tant qu’administration au service du citoyen ?
Ici, il convient d’évaluer, par rapport aux autres offres du marché, les caractéristiques
de l’EBSI susceptibles d’offrir des avantages dans les différentes étapes de l’initiative
Blockchain, de la réflexion initiale au déploiement :
● la mise à disposition d’une boite à outils pour accélérer le développement et la
mise en place d’une initiative blockchain ;
● l’interopérabilité progressive avec d’autres types de blockchain, qui viendra en
soutien à la massification des transactions réalisées ;
● l’aide quant au choix des différents composants d’une blockchain, en particulier
pour les couches 1 et 2 ; cette sélection étant de manière générale extrêmement
chronophage et complexe pour un projet pris individuellement (benchmarks,
compétences techniques nécessaires, etc.) ;
● la pérennité puisque les choix technologiques sont supportés par l’ensemble de
la communauté et que celle-ci est le garant de la continuité et de la compatibilité
dans le temps des différentes versions ;
● la gouvernance qui, comme l’écosystème, est au cœur de toute initiative
blockchain et qui va pouvoir directement bénéficier de l’offre l’ESBI en particulier
pour les couches 1 et 2 ;
● l’offre clé en main pour l’infrastructure de réseau (couche 2) puisque chaque
projet blockchain se heurte ici à un choix difficile : soit dépendre étroitement des
choix des fournisseurs/opérateurs de l’infrastructure (sécurité, réseau, etc.) soit
avoir la responsabilité de gérer ces problèmes complexes et nécessitant des
compétences encore rares.
Sur tous ces points, l’EBSI fournit une réponse simple et
flexible et répondant directement, par construction, aux
exigences du secteur public en termes d’ouverture, de
pérennité et d’indépendance.
30 Les technologies blockchain au service du secteur public
3. Utilisation pratique de la blockchain
pour l’amélioration du service public
La blockchain a pu être perçue comme une technologie innovante avec un fort
potentiel de transformation, voire à vocation disruptive, qu’une organisation se
devrait absolument de tester au risque de rater le dernier phénomène à la mode. Ce
qui explique que de nombreux projets pilotes, jusqu’à ces toutes dernières années,
ont été lancés alors que l’utilisation de cette technologie ne se révélait ni
indispensable ni même justifiée.
En appliquant cette approche, la blockchain est une solution qui rechercherait un
problème à résoudre. Or, partir de la technologie et non pas du problème métier est
un exercice particulièrement inefficace d’un point de vue utilisateur. C’est aussi une
cause classique d’échec de projet de transformation numérique des organisations.
Nous proposons ici d’appliquer une démarche inverse :
“J’ai identifié un problème existant ou un besoin
nouveau, je recherche quelles technologies sont les plus
à même de les satisfaire”.
3.1. Éléments fondamentaux de mise en place d’un projet
blockchain au sein du secteur public
La blockchain, comme toute autre technologie, n’échappe pas aux fondamentaux de
gestion d’un projet de transformation numérique.
Cependant, à l’inverse d’un projet traditionnel le plus souvent centré sur une vision
“interne à une organisation”, la blockchain nécessite systématiquement une
approche très collaborative, tenant compte des parties prenantes et des différents
systèmes d’information entrant en jeu.
En d’autres termes, la technologie blockchain, c’est faire le choix d’un sport d’équipe.
● le sport c’est la « blockchain ».
● l’équipe, ce sont les parties prenantes qui constitueront l’écosystème.
Le but du jeu, c’est de créer de la valeur ajoutée en
dynamisant une problématique commune et en tirant à
travers ces synergies des bénéfices clairs pour chacune
des parties prenantes.
Ce « but du jeu » va prendre différentes formes en fonction de la problématique.
31 Les technologies blockchain au service du secteur public
Il peut se traduire par de l’amélioration de service public existant comme le passage
d’une procédure papier s’appuyant sur un écosystème complexe (par exemple : la
procédure de droit d’asile ou l’e-apostille) à de nouveaux services aux usagers
comme la mise en place actuelle d’un véritable service public du C.V. , moteur de
l'engagement de Blockchain Education France au sein de l'EBSI.
Dans ce contexte, il est important que la mise en place d’un projet blockchain, dès
lors que la problématique a été identifiée et qualifiée, puisse se réaliser au sein d’un
environnement de projet permettant l’intégration des parties prenantes.
De plus, un projet blockchain s’accompagne de la mise en place d’une gouvernance
bien précise. Cela permettra le bon déroulement de celui-ci tant dans la définition
des rôles de chaque partie prenante (qui fait quoi et apporte quoi ?) que dans le
maintien de l’infrastructure globale (qui paye quoi ?) sur le long terme.
La mise en place d’un environnement projet adéquat est fondamentale à la bonne
communication et collaboration entre toutes les parties prenantes amenées à
travailler ensemble sur le réseau distribué.
Identification & Mise en place de Projet Agile
Qualification l’environnement projet
Gouvernance
Votre Si oui
problèmatique Système financier
est-elle éligible à
Équipe
la Blockchain ?
De 0 à 1
Étude d’opportunité et
qualification de la problématique
Source : KAPALT
La phase de 0 à 1 illustrée ci-dessus est particulièrement importante afin de bien
comprendre pourquoi la blockchain présente un intérêt (ou non). Cette phase
permettra également de tester et présenter le projet aux parties prenantes qui sont
indispensables à la réalisation du projet.
32 Les technologies blockchain au service du secteur public
Trois types de projets blockchain sont imaginables :
A) La problématique relève à 100% du service public et est gérée par
un écosystème d’administrations
Il s’agit d’ouvrir les silos d’informations afin de permettre une meilleure
réconciliation et collaboration des différentes procédures au sein des
administrations.
Bien entendu, la confiance au sein de l’écosystème est implicite, forte du fait de la
connaissance des parties prenantes entre elles et leur appartenance commune au
secteur public. Dans ce cas, une infrastructure blockchain contribuera à atteindre
une excellence opérationnelle de bout en bout.
Dans ce cas de figure, la complexité de l’écosystème devra être examinée avec soin
afin de justifier l’utilisation de ce type de technologie. Il est tout à fait possible,
puisque la confiance entre les parties est assurée de fait, que d’autres technologies
répondent également à la problématique.
B) La problématique touche un service public dont la responsabilité
relève de l’État contractualisant avec une structure privée
La structure privée peut être à but lucratif ou non (exemple : le système de santé,
l’éducation, etc.).
Dans ce cas de figure, l’État propose une infrastructure et un environnement de
projet qui permet de créer un niveau de confiance tout en améliorant la
collaboration et la traçabilité.
La confiance étant moindre que dans le cas précédant étant donné un écosystème
plus complexe, une infrastructure blockchain est vraisemblablement plus légitime
comparativement à une autre technologie.
Ici, les administrations jouent un rôle majeur dans l’écosystème et permettent le
déploiement d’une infrastructure et d’outils à destination des autres parties
prenantes.
C) La demande est étatique mais l’information provient en tout ou
partie du secteur privé
Il s’agit ici des cas où l’État souhaite améliorer la traçabilité et l’efficacité de ses
services en collaborant mieux avec le secteur privé tout en préservant le degré de
liberté et de responsabilité de l’écosystème privé.
Exemples : le suivi des transactions ou des factures à des fins de TVA (avec à la clé la
limitation de la fraude à la TVA), le suivi des procédures de remboursement par la
sécurité sociale (réduction de la fraude également).
Dans ces contextes, la blockchain (le registre distribué) se verra jouer un rôle
fédérateur autour d’une infrastructure commune et partagée, permettant la
standardisation des procédures en représentant une complémentarité aux
plateformes de l’État.
33 Les technologies blockchain au service du secteur public
De plus, il est important de rappeler que la blockchain s’inscrit dans une logique de
partage de l’infrastructure, permettant à chaque partie prenante de garder ces
responsabilités et ces règles, tout en donnant un niveau de transparence et
d’accessibilité (sur un principe équivalent à celui du « besoin d’en savoir ») sur la
procédure en question aux autres parties prenantes.
Dans cette logique d’écosystème, de maintien de l’infrastructure blockchain et de
décentralisation minimum, il est très probable que les administrations devront
s’appuyer et s’associer à des entreprises françaises dont l’État est aujourd’hui
actionnaire (par exemple : IN Groupe, Orange, La Poste, EDF, Thalès, Engie…). Cette
collaboration est nécessaire afin de permettre de rassembler les compétences pour
le déploiement des infrastructures blockchain.
En effet, alors que la valeur est portée par l’application métier, la majorité des coûts
réside dans l’infrastructure blockchain elle-même. Cela explique, dans une certaine
mesure, les freins ou les réticences rencontrées actuellement pour l’adoption de ces
technologies blockchain. Répondre à cette problématique est bien l’objectif même
du projet EBSI.
Une des clés de la réussite de la mise en œuvre de l’EBSI
ou de toute infrastructure blockchain réside dans la
capacité à s’appuyer sur une filière blockchain française
et européenne forte rassemblant un grand nombre
d’entreprises et de compétences prêtes à soutenir et
accompagner les administrations dans cette
transformation et également l’EBSI elle-même dans son
passage en production.
La valeur réside dans l’application métier…et la majorité des coûts dans l’infrastructure
Cela explique dans une certaine mesure les freins actuels à l’adoption de la technologie blockchain
Coût d’infrastructure VS Valeur métier
Application métier
Maintenance : multi-cloud,
gouvernance, smart-contract …
Infrastructure : déploiement, choix du
protocole, consensus, architecture.
Source : KAPALT
34 Les technologies blockchain au service du secteur public
3.2. Les sept cas d’usage présélectionnés par l’EBSI avec des
projets en cours
1) Identité auto-souveraine
Elle représente un pont vers la technologie mise en place par la réglementation
eIDAS au sein de l’infrastructure européenne connectée CFE.
Ce cas d’usage est particulièrement transverse à
l’ensemble des autres cas d’usage. Il est d’autant plus
stratégique pour les États puisqu’il s’agit de préserver la
souveraineté des individus via leurs identités et donc
l’accessibilité à une identité sécurisée et de qualité.
L’Identité auto-souveraine est une nouvelle approche
pour stocker, gérer, contrôler et partager des données en
rapport avec des individus, des organisations ou des
objets.
Cette approche, qui se situe aujourd’hui entre la recherche, le développement et
quelques mises en production à venir prochainement, a le potentiel de créer une
valeur significative dans différents secteurs de l’économie.
Les possibilités d’utilisation dans le secteur public sont très nombreuses. Les cas
suivants ont été identifiés comme étant susceptibles de couvrir le plus grand
nombre d’États membres :
● la facilitation de l’accès aux services d’administration en ligne ;
● la demande d’asile ;
● la numérisation des diplômes ;
● la numérisation des papiers d’identité (Passeport, carte d’identité …) ;
● les prescriptions de médicaments en lien avec les systèmes de sécurité sociale
existants ;
● les licences publiques et autres documents publics (permis de conduire, carte
grise …) ;
● les transports publics et transferts sociaux (retraite, invalidité, maternité…).
35 Les technologies blockchain au service du secteur public
Au-delà de ces cas d’utilisation ambitieux, c’est bien une
opportunité formidable pour nos démocraties
européennes de replacer le citoyen au centre de la
perspective en lui redonnant le contrôle sur ses données.
Dans ce contexte, plusieurs projets d’implémentation d’identité auto-souveraine ont
émergé Ces projets sont en grande majorité open source permettant un
développement à la fois de haute qualité et s’appuyant sur un écosystème riche.
En Europe, des initiatives similaires à Alastria en Espagne, dont l’une des briques
cœur du projet est l’identité auto-souveraine, devraient voir le jour en 2021. On peut
citer aussi les travaux d’AgdataHub en France pour des identités auto-souveraines à
destination du monde agricole (individus, entreprises, objets) qui nécessitent une
interconnexion avec le régalien en matière d’identité civile.
Agdatahub : https://agdatahub.eu
ESSIF :
La Commission Européenne travaille également à l’élaboration d’une solution de
Référentiel de l’Identité Auto-Souveraine Européen, le projet ESSIF (European Self-
Sovereign Identity Framework ¹⁴). L’objectif est de déployer l’ESSIF en l’alignant avec
l’EBSI de sorte qu’il existe une identification utilisable, soutenue par une plateforme
(un hub) d'identifiants personnels stockés en conformité avec le Règlement Général
sur la Protection des Données Personnelles ¹⁵.
Il est fondamental de rappeler que le projet ESSIF ne prend en aucun cas le contrôle
sur les identités des citoyens au niveau européen, mais propose un cadre et une
implémentation via une boîte à outils paramétrable en fonction du contexte
d’utilisation dans le pays concerné.
La norme et les fonctionnalités proposées via l’ESSIF et l’EBSI permettent aux
administrations, si elles le souhaitent, de tirer parti d’une véritable brique
technologique des identités numériques fortes à destination du citoyen.
¹⁴ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/pages/viewpage.action?pageId=262505734
¹⁵ https://ec.europa.eu/cefdigital/wiki/pages/viewpage.action?pageId=262505360
36 Les technologies blockchain au service du secteur public
2) Notarisation
Ce cas d’usage décrit en réalité l’une des technologies de base utilisées au sein d’une
solution blockchain. Cette technologie, ou devrions-nous dire ce concept, qui ne
date pas de la blockchain, réside dans l’utilisation des « fonctions de hash » en
cryptographie.
Un « hash » en informatique permet de générer une empreinte cryptographique
unique à une donnée numérique (un pdf, un livre, un nom, une adresse, un contrat,
etc.). Cette méthode informatique est plus communément appelée, notarisation.
Dans ce sens, le cas d’usage « Notarisation » vise à
démontrer que dans bien des cas, cette seule
fonctionnalité, nativement incluse dans le design d’une
infrastructure de registre distribué permettrait de
résoudre de nombreux problèmes liés aux erreurs
relatives à l’état et la véracité probante d’une procédure
multipartite.
Une infrastructure blockchain (par exemple l’EBSI) permettrait donc, via cette
méthode de notarisation, l’enregistrement de l’identité numérique des documents
ou de l’état de la procédure à l’instant T au sein du registre distribué, créant
mécaniquement une liaison entre les données et une historisation de celle-ci.
Cette notarisation serait, dans le cas de la blockchain EBSI, liée à une délégation de
pouvoir d’écriture sur ce registre à l’administration ou à l’entité concernée. Elle
permettrait donc de réconcilier des procédures entières sur une même infrastructure
permettant les actions suivantes :
● Enregistrer des documents numériques ;
● Vérifier leur authenticité ;
● Créer un historique sécurisé et horodaté des données ;
● Relier les empreintes numériques de fichiers et leurs métadonnées ;
● Échanger des empreintes numériques de données avec des tiers de manière
conforme au RGPD.
Cette fonctionnalité de la blockchain est ici mise à profit pour créer des pistes
d’audit numériques fiables et probantes, permettant d’automatiser les contrôles de
conformité et prouver l’intégrité des données.
37 Les technologies blockchain au service du secteur public
3) Diplômes et certificats vérifiables
Le cas d’usage des diplômes numériques, sélectionné dans le cadre de l’EBSI, vise à
poser les bases d’une plateforme européenne de gestion des “digital credentials” :
attestation de réussite au diplôme, open badges et autres titres de compétences,
infalsifiables, vérifiables et consultables en ligne.
L’utilisation d’une technologie de registre distribué et de
règles transparentes a pour but de créer de la confiance
dans l’authenticité des diplômes (lutte contre la fraude),
mais également de réduire le temps et les coûts de
vérification, la gestion et l'archivage de ces documents.
La technologie d’identité auto-souveraine permettra de
placer le citoyen, le diplômé, au cœur du dispositif, en le
rendant propriétaire et responsable de l’utilisation de
son titre numérique.
La feuille de route du cas d’usage « Diplôme » d’EBSI vise à rendre disponible un
ensemble cohérent de services pour les personnes, les institutions d’enseignement,
les entreprises et les recruteurs.
Le modèle de données permettant aux universités, organismes de formation et
entreprises d’émettre des diplômes et attestations est basé sur les standards
internationaux tels qu'implémentés dans Europass, mis en place par le projet
d'infrastructure des identifiants numériques (EDCI) de la Commission européenne. Il
s’agit d’un ensemble de services centralisés permettant la délivrance de justificatifs
numériques et leur utilisation via un système de portfolio ou CV en ligne dans 29
langues. Europass et l’EBSI ont vocation à pouvoir être utilisés simultanément pour
créer un écosystème complet.
4) Partage sécurisé de données
Afin de promouvoir la coopération transfrontalière et de fournir un accès facile aux
informations réglementées des institutions publiques / privées sur les marchés
réglementés de l’Union européenne, l’EBSI propose une plateforme qui offre la
possibilité d’accéder à une vue unique des informations actuellement stockées dans
différentes administrations des États membres. Ces informations sont accessibles
sur autorisation basée sur le concept du « besoin d’en connaître ».
38 Les technologies blockchain au service du secteur public
La plateforme de partage de donnée sécurisée « Trusted
data shared » (TDS) se fonde sur une nouvelle approche
pour construire un système distribué et décentralisé en
interconnectant les entités publiques / privées de tous
les États membres dans une plateforme dédiée. Cela
évite d’échanger ces données et offre à la fois une
traçabilité complète et une gestion de la propriété tout
au long du cycle de vie des données.
L’objectif de TDS consiste à développer une infrastructure de type blockchain,
permettant techniquement aux entités des États membres de partager des données
de manière publique ou privée et d’en vérifier la validité, la propriété et /ou
l’authenticité.
Cette infrastructure de partage de données de confiance (TDS) cible des groupes
spécifiques d’entités des États membres ayant besoin de partager des données sur
une plateforme sécurisée et fiable, conforme au RGPD, sans utiliser d’intermédiaire.
L’EBSI permet une mise en œuvre de ce cas d’usage grâce à une infrastructure
modulable.
5) Émission d’obligations pour les PME pour la reprise post-CoVid19
Au travers de ce cas d’usage, l’EBSI veut permettre l’émergence de plateformes à
l’échelle de l’Union Européenne pour le financement des petites et moyennes
entreprises, soit par emprunt ou pour le capital. L’objectif est de libérer et cibler
l’épargne et les politiques d’investissement vers du co-financement dans le domaine
de l’économie durable, de l’innovation et de la modernisation des PME/ETI. La (ou
les) plateforme(s) publique(s) déployée(s) au niveau des États membres, dont la
colonne vertébrale sera l’EBSI, permettra (ont) d’offrir des services fournis, non pas
par une administration, mais directement par un ensemble d’entités privées et
publiques fédérées autour de cette infrastructure.
Ce cas d’usage a pour objectif de faciliter le flux de
financements privés des propriétaires de capitaux vers
les PME ou les projets verts.
39 Les technologies blockchain au service du secteur public
6) Numéro de sécurité sociale européen (ESSIN)
Ce cas d’usage ambitieux devrait permettre à terme la portabilité des droits d’un
citoyen européen entre les différents États membres.
Il vise à homogénéiser le partage de données afin de
prévenir la fraude, les erreurs et les duplications
d’identité complexes à gérer. Ce type de solution
permettra d’assurer une communication, un échange de
données plus facile et plus sécurisé et fluides entre les
pays européens et leurs administrations.
L’ESSIN sera un processus mis en œuvre par les autorités publiques fournissant des
services de protection sociale pour analyser en toute sécurité les données des
citoyens de l’UE et garantir un niveau de service uniforme.
Sur ce sujet, certains pays sont plus avancés que d’autres. Il sera donc intéressant de
comparer les approches faites dans chaque pays sur le thème. Au-delà de la vision à
long terme, de nombreuses implémentations entre administrations au sein d’un
même pays afin de tester la solution EBSI sont envisageables.
Ce cas d’utilisation est en lien étroit avec les cas d’usage identité auto-souveraine et
le partage sécurisé de données.
7) Demande de droit d’asile
Ce cas d’utilisation visera à étendre la portée de l’EBSI à un large éventail de
processus du secteur public. Il facilitera la gestion des processus transfrontaliers et
inter-autorités. Avec pour première problématique, la procédure de traitement des
demandeurs d’asile.
Cette problématique dont l’écosystème de parties
prenantes est complexe et humainement sensible,
pourrait trouver au travers de l’EBSI une solution
d’infrastructure fédératrice pour propager en toute
sécurité les mises à jour des procédures entre les
autorités compétentes en matière d’asile.
Ce cas d’utilisation est en lien étroit avec les cas d’usage identité auto-souveraine et
le partage sécurisé de données.
40 Les technologies blockchain au service du secteur public
4. Fiches descriptives de cas
d’utilisation
41 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : Diplôme & certificat vérifiable
>>> Le Projet FR-EBSI
Point de contacts : Le contexte:
Le projet Fr.EBSI vise à mettre en œuvre, dans le cadre du partenariat européen
DINUM & Université de Blockchain (EBP) signé par la France le 10 avril 2018, une première expérimentation du cas
Lille : d'usage «Diplôme» sur le service européen de la blockchain Infrastructure (EBSI). Ce projet
Perrine de Coëtlogon est à ce jour soutenu par le Ministère de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des
Responsable EBP - EBSI Sports.
France L’objectif de Fr.EBSI est d’expérimenter, au sein des institutions partenaires du projet
Email: perrine.de- (Université de Lille, France Education International, CRI Paris, emlyon business school,
[email protected] Réseau Canopé), un service d’émission et de gestion de certificats numériques émis sur
l’infrastructure EBSI à l’aide de la plateforme BCdiploma :
Renater : Anthony Fisson • délivrance de certificats numériques vérifiables au format « Verifiable Credential »
Responsable Infrastructure W3C/EDCI,
et systèmes chez RENATER • mise en place d’identifiants d'identité décentralisés liés aux credentials,
• étude des implications juridiques, réglementaires et organisationnelles découlant de
BCdiploma : l’usage de ces briques technologiques.
Luc Jarry-Lacombe L’écosytème (à date):
Co-founder & CEO
Le projet Fr.EBSI s’articule autour d’un écosystème de partenaires accrédités par la France
Email: luc.jarry-
et dont l'exécution est confiée à ce consortium de 3 partenaires :
[email protected]Maturité du projet: RENATER étant le Réseau National de la Recherche et de l'Éducation qui
assurera la maintenance et le test des nœuds EBSI dans le cadre de sa
Pilot mission d'innovation et avec ses partenaires européens, GRnet, Belnet et
RedIdriss, tous membres du réseau paneuropéen GEANT.
BCdiploma, société française spécialiste des blockchain digital credentials,
fournit une plateforme clé en main permettant aux institutions d’émettre
des certificats numériques infalsifiables, pérennes et vérifiables, en
utilisant une technologie blockchain brevetée, dont la mise en œuvre
permet aux Institutions de respecter le règlement général sur la
protection des données (RGPD). Le projet Fr.EBSI permettra de déployer
la solution BCdiploma sur le Blockchain Services Infrastructure (EBSI) pour
un certain nombre de cas d'utilisation, dont celui des diplômes
numériques et les certificats, mais aussi sur le cas d'utilisation de l'identité
auto-souveraine et de la notarisation. Grâce à son expérience dans l’usage
de différents protocoles et infrastructures distribuées, BCdiploma a
également été choisi afin de déployer un nœud EBSI.
L'Université de Lille (ULille) coordonnera le projet et sa diffusion, avec un
fort soutien de l'AMUE (en charge du développement du logiciel scolaire
partagé à l'échelle nationale), RENATER et le Crous, titulaire du projet
European Student Card et My Academic ID. L'Université de Lille va
documenter de manière indépendante toutes les expériences grâce au
financement d'un coordinateur scientifique.
42 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : Diplôme & certificat vérifiable
Formation
Training
>>> Le Projet FR-EBSI
Une vue aérienne de la solution par couches:
FR-EBSI
4. Intégration avec d’autres applications ou autres sources de
BCdiploma
données
Couche 4
3. Développement des smart contracts, des règles métier et
des applications destinées à l'utilisateur final Goland
Couche 3
2. Déploiement de l’infrastructure, du réseau et des nœuds Renater
Couche 2
1. Protocole, consensus de validation et registre des
transactions EBSI – Hyperledger Fabric – PoA*
Couche 1 *Proof of Authority
Attention, il est important de comprendre sur ce schéma d’architecture ci-dessus que
les couches 1 à 3 représentent l’infrastructure. Celle-ci sera à terme disponible à
d’autres applications métiers et d'autres opérateurs de services, dès lors qu’ils
respecteront les réglementations Européennes et la gouvernance de l’infrastructure
EBSI sous-jacente.
Cela permettra aux étudiants, universités et entreprises de réaliser les actions
suivantes:
Les trois partenaires présenteront une plateforme opérationnelle connectée à EBSI qui
pourra être testée par toute institution émettant des diplômes, titres de compétences
ou attestations officielles. L’enjeu de Fr.EBSI est de promouvoir un modèle distribué
permettant une bonne fluidité des échanges entre les systèmes d’information
centralisés des ministères et ceux des établissements d'enseignement supérieur. Cela
permettra aux établissements de garder un certain niveau d’autonomie dans leurs
procédures, tout en les harmonisant au niveau national et européen.
Grâce à l'utilisation d’EBSI et du standard international W3C Verifiable Credential,
Fr.EBSI créera un lien concret entre les partenaires européens, le projet EDCI et les
partenaires internationaux membres du Digital Credentials Consortium et du W3C (MIT
Media Lab, Harvard, Toronto, Monterrey, TU Munich, TU Delft ...).
43 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : l’identité auto-souveraine
>>> Le Projet d’identité des exploitations agricoles
Point de contacts: Le contexte:
API-Agro, une SAS créée fin 2017 par 30 associés publics et privés pour rassembler une
Orange Business Services:
communauté ouverte d’utilisateurs afin d’opérer une plateforme d’échanges de données
Antoine Maisonneuve
agricoles, avec le soutien initial du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
API-Agro est depuis 2020 la holding agricole de la société Agdatahub, dont la Banque des
Agdatahub:
Territoires est également actionnaire.
Sébastien Picardat
La raison d’être de ce projet: « Doter l’agriculture française et européenne d’une
infrastructure souveraine et mutualisée de consentement, d’hébergement, de
standardisation et d’échanges de données issues des exploitations agricoles et des
Maturité du projet: opérateurs de l’amont agricole visant à alimenter les modèles d’Intelligence Artificielle et
Proof of Concept les nouveaux services utiles aux producteurs agricoles et aux consommateurs français. »
En 2020, la société Agdatahub, en partenariat avec Orange Business Services, décide de
lancer un projet de co-innovation sur la thématique de l’identité auto-souveraine. Ce
projet a pour ambition de proposer une identité auto-souveraine aux 450 000
exploitations agricoles françaises. L’objectif du projet est d’associer cette identité des
agriculteurs (personnes physiques) avec les exploitations (personnes morales) afin de
répondre aux besoins de protection et d’échange des données au sein des filières
agricoles et agroalimentaires.
Registre
des Actifs
Agricoles
L’exploitation
agricole Légitimité
agricole
Le producteur agricole
Preuve
d’existence
Le producteur agricole
Source: http://www.justice.gouv.fr/europe-et-international-10045/cinquantenaire-de-la-convention-de-la-haye-du-5-octobre-1961-
22935.html
1
44 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : l’identité auto-souveraine
Formation
Training
>>> Le Projet d’identité des exploitations agricoles
L’écosystème (à date):
Le projet rassemble actuellement une grande partie de l’écosystème agricole
APPA
Une vue aérienne de la solution par couches à date:
Porteur du projet
4. Intégration avec d’autres applications ou autres sources de
données
Couche 4
3. Développement des smart contracts, des règles métier et
des applications destinées à l'utilisateur final n/a
Couche 3
2. Déploiement de l’infrastructure, du réseau et des nœuds
Couche 2
1. Protocole, consensus de validation et registre des
transactions
Couche 1
Attention, il est important de comprendre sur le schéma d’architecture ci-dessus que
les couches 1 à 3 représentent l’infrastructure. Celle-ci n’utilise pas à date
l’infrastrcture EBSI mais s’oriente vers une interopérabilité avec l’EBSI.
La couche 2 n’est pas l’exclusivité d’Orange Business Service et d’autres fournisseurs
de Cloud seront à terme du projet inviter à proposer d’héberger des nœuds et
permettre une décentralisation plus complète de l’architecture.
2
45 Les technologies blockchain au service du secteur public
46 Les technologies blockchain au service du secteur public
47 Les technologies blockchain au service du secteur public
48 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : Une preuve d’existence pour les enfants sans identités
>>> Le Projet DID4ALL
Le contexte :
Point de contacts : Le projet DID4ALL vise à mettre en œuvre puis à garantir un système d’enregistrement,
global, accessible, fiable et pérenne, du parcours de vie des enfants qui ne bénéficient pas
IN Groupe
d’une existence juridique dans leur pays. Selon UNICEF, cette inexistence légale
Olivier Dussutour
concernerait 166 millions d’enfants dans le monde. Plus généralement et selon la Banque
Jean-François Demeestere
Mondiale, ce serait près d’un milliard de personnes dans le monde qui ne pourraient pas
Thomas Foutrein
justifier d’une reconnaissance ou d’une identité légale.
Thibault Langlois-Berthelot
L’objectif de DID4ALL est d’expérimenter, dans des pays en voie de développement, une
solution digitale simple et efficace qui utilise trois technologies combinées – la
reconnaissance vocale, la blockchain et les systèmes de télécommunication – afin de
proposer à chaque enfant une preuve d’existence cryptographique, dématérialisée et
Maturité du projet : légale tout au long de son enfance. Cette preuve d’existence peut ainsi être déployée
Pilot facilement par UNICEF : elle ne dépend pas d’un accès à internet, elle est accessible par
tous, même les personnes qui ne savent pas lire ou écrire, elle est fiable, car elle repose
sur l’identification par la voix qui est un facteur d’authentification unique et, enfin, elle est
sécurisée puisque les données sont stockées de façon distribuée puis horodatée sur une
blockchain.
L’écosystème (à date) :
Le projet DID4ALL s’articule autour de deux partenaires reconnus et de confiance,
respectivement, sur l’identité numérique et la sauvegarde des droits fondamentaux des
personnes :
Partenaire de l’État français depuis près de 500 ans, IN Groupe (ex Imprimerie
Nationale) propose des solutions d’identité et des services numériques
sécurisés à la pointe de la technologie, intégrant électronique, optique et
biométrie. Des composants aux services, en passant par les titres et les
systèmes interopérables, en tant que spécialiste mondial de l’identité et des
services numériques sécurisés, IN Groupe est présent au quotidien pour
faciliter la vie de chacun. Accompagner les États dans l’exercice de leur
souveraineté. Protéger l’identité des citoyens. Préserver l’intégrité des
entreprises. Quel que soit l’enjeu, IN Groupe, entreprise de souveraineté
numérique, contribue à faire valoir pour chacun un droit fondamental : le
Droit d’être Soi. IN Groupe est la nouvelle marque du Groupe Imprimerie
Nationale et anime la marque affiliée Nexus, experte en solutions d’identité
numérique corporate et IoT.
UNICEF est une agence des Nations unies, créée en 1946. Elle est chargée,
dans le monde entier, de défendre les droits des enfants, de répondre à leurs
besoins essentiels et de favoriser leur plein épanouissement. UNICEF travaille
dans les endroits les plus inhospitaliers du monde pour atteindre les enfants et
les adolescents les plus défavorisés afin de défendre les droits de chaque
enfant, où qu’il soit. Dans 190 pays et territoires, UNICEF met tout en œuvre
pour aider les enfants à vivre, à s’épanouir et à réaliser leur potentiel, de la
petite enfance à l’adolescence. UNICEF intervient également en cas d’urgence
en coordination avec les organismes des Nations unies, les principales
organisations humanitaires, et les gouvernements nationaux. Avant, pendant
et après les urgences humanitaires, UNICEF est présent sur le terrain pour
apporter une aide vitale et de l’espoir aux enfants et à leurs familles. 1
49 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : Une preuve d’existence pour les enfants sans identités
Formation
Training
>>> Le Projet DID4ALL
Une vue aérienne de la solution par couches :
DID4ALL
• Application utilisateur pour
4. Intégration avec d’autres applications ou autres sources de
émettre
données
et/ou gérer
souverainement les justificatifs
Couche 4
numériques
3. Développement de preuve
des smart contracts, d’existence
des règles métier et
des applications destinées à l'utilisateur final
• Utilisation des standards du
Couche 3
W3C (DID
2. Déploiement & VC)
de l’infrastructure, du réseau et des nœuds
Couche 2 • Stockage sur des serveurs distribués
1. Protocole, consensus de validation et registre des
• Récolte des attributs d’identité
transactions
Couche 1 uniques de l’enfant/parents par
reconnaissance vocale
DID4ALL permet de garantir à l’enfant une preuve d’existence, en lui offrant in fine, le
droit d’être soi.
En s’appuyant sur des standards internationaux (OSIA, W3C), IN Groupe et UNICEF
France ont répondu à une problématique jusque-là inexplorée : une identité numérique
dans un contexte de faible connectivité, d’équipement technologiquement limité
(«feature-phone»), d’illettrisme et d’illectronisme. Ces travaux nous ont permis de
mettre en œuvre ces standards en s’appuyant sur la blockchain, la biométrie vocale, la
décentralisation des données et autres technologies de rupture.
Par conséquent, la réponse de DID4ALL est articulée autour de 4 piliers :
✓ Accessibilité :
• fonctionnel en 100 % vocal (avec possibilité de modes dégradés) ;
• accent mis sur l'aisance de manipulation des identifiants ;
• flexibilité dans la gestion de l’identifiant.
✓ Interopérabilité :
• utilisation de standards open source ;
• standard OSIA ;
• standards W3C (DID & VC) ;
• utilisable par tous les services & pays compatibles.
✓ Résilience :
• stockage décentralisé sur IPFS ;
• gestion d'un registre d'état civil ;
• application décentralisée ;
• notarisation DLT sur Ethereum.
✓ GSM conforme :
• n'utilisant que le réseau téléphonique (GSM) ;
• « feature » phone ;
• interactions par appel et/ou SMS uniquement.
50 Les technologies blockchain au service du secteur public
Cas d’utilisation : Coordination de l’utilisation de fréquences libres
>>> Le projet Blockchain des fréquences PMSE Audio
Point de contacts : Le contexte:
ANFR : En capitalisant sur les résultats d’un PoC « Proof of Concept » réalisé dans le cadre d’un
Cédric NOZET projet financé par la Programme des Investissements d’Avenir (PIA) en 2018, l’Agence
Nationale de Fréquences (ANFR), accompagnée par un partenaire technique, a développé
une solution permettant de coordonner l’utilisation de fréquences audio libres lors de
grands évènements (tournois sportifs, salons professionnels, etc.) afin d’y éviter les
brouillages.
Cette solution s’appuie sur une blockchain privée Ethereum stockant un registre des
fréquences libres de droit utilisables en fonction de la localisation des évènements, un
registre des évènements créés et un registre des fréquences déclarées utilisées pour
Maturité du projet: chaque évènement.
En production Le recours à une blockchain répond au contexte d’autorégulation des bandes de
fréquences libres et assure l’intégrité, l’audibilité et la traçabilité des actions réalisées par
les utilisateurs du service « Blockchain des fréquences ».
La maturité:
Des tests « grandeur nature » ont été réalisés en 2019 lors de plusieurs grands
événements sur lesquels l’ANFR intervient. Le lancement opérationnel du service était
prévu en 2020 et a été reporté du fait de la situation sanitaire. Si le contexte y est plus
favorable, la solution sera présentée courant 2021 aux principaux organisateurs de grands
événements avec lesquels l’ANFR interagit ainsi qu’aux principaux diffuseurs intervenant
lors de ces grands événements.
Le fonctionnement:
Un organisateur d’évènement enregistre la localisation et les dates d’un évènement via
l’interface web mise à disposition par l’ANFR. Tout utilisateur de fréquences audio libres
pendant cet événement peut, au travers de la même interface web, identifier les
fréquences libres et occupées (notamment celles de la TNT via un interfaçage avec un
service du CSA), puis déclarer l’utilisation des fréquences dont il aura besoin.
L’architecture simplifiée:
51 Les technologies blockchain au service du secteur public
Fiche Recherche : Le projet « verdissement» des blockchains au service de la
transition énergétique.
Le contexte
Point de contacts : En 2018, le CEA-List crée un nouveau laboratoire entièrement dédié aux
technologies distribuées pour la confiance, dont les blockchains ou registres
CEA: distribués.
Sara TUCCI Ses équipes évaluent et proposent des algorithmes mis en œuvre au cœur des
Coordinatrice blockchain
blockchains, qui garantissent la cohérence des données et leur inviolabilité́ ;
du CEA List
Email: étudient leurs propriétés, les problématiques de passage à l’échelle, d’ «
Email: [email protected] interopérabilité » (c’est-à-dire de compatibilité́ entre différentes blockchains
associées), l’analyse et le contrôle des menaces; et accompagnent les acteurs
industriels dans la mise en œuvre de solutions à base de blockchain, par exemple
via la formalisation de smart-contracts dédiés et vérifiables.
Dès le premier jour, le laboratoire s'est immédiatement attaché à évaluer si les
technologies blockchain pouvaient être moins gourmandes en énergie1. Le
« verdissement » des algorithmes de consensus, en particulier pour les blockchain
publiques, est en effet une étape obligatoire dans le contexte actuel de la
transition énergétique. Des blockchains efficaces sur le plan énergétique
pourraient constituer un véritable tournant pour les applications futures.
Maturité du projet: La classe des blockchains basées sur la preuve d’enjeu (PoS l’acronyme en anglais)
Pilot semble très prometteuse de ce point de vue. Bien que des études quantitatives sur
la consommation globale d'une blockchain fonctionnant avec la PoS n'aient pas
encore été réalisées, leur fonctionnement ne repose pas sur une course à la
vitesse de calcul, mais sur des méthodes d'élection basées sur des crypto-actifs
investis par les validateurs.
L’amélioration de ces classes d’algorithmes est donc un objectif majeur. Dans ce
domaine, le laboratoire a déjà développé une évolution de l'algorithme de
consensus de la blockchain Tezos, en collaboration avec Nomadic Labs. Cet
algorithme appelé Tenderbake2, est basé sur la PoS pour la sélection d'un comité
de taille fixe, qui produit un bloc grâce à un algorithme collaboratif robuste aux
attaques malveillantes. Tenderbake, par rapport à l'algorithme précédent, garantit
que les transactions bénéficient d'un caractère définitif immédiat, qu'elles sont
donc irrévocables. Avant ces travaux, le laboratoire avait déjà analysé l'algorithme
Tendermint3, au cœur de la blockchain publique Cosmos. L'étude avait mis en
évidence les principales vulnérabilités et proposé des correctifs, qui ont ensuite
été intégrés dans le protocole public.
Bien que certains progrès aient été réalisés, il reste encore de nombreux défis à
relever pour exploiter pleinement les propriétés de transparence et de
certification que la blockchain peut apporter.
Le rapport de la mission numérique sur les verrous technologiques de la
blockchain4, préparé par le CEA LIST en collaboration avec INRIA et IMT, met en
lumière un grand nombre de ces défis, y compris le passage à l’échelle (des
algorithmes et de l'exécution de smart-contracts), l'interopérabilité, la question de
savoir comment créer des incitations efficaces pour garantir le bon
fonctionnement de la blockchain dans la durée, et enfin la question de savoir
comment assurer la confidentialité sans sacrifier la vérifiabilité des transactions
et/ou des contrats intelligents. Des études comparatives sur la consommation
d'énergie des blockchains à PoS devraient également être lancées.
1
52 Les technologies blockchain au service du secteur public
Fiche Recherche : Le projet « verdissement» des blockchains au service de la
transition énergétique.
Ces défis, toutefois, ne doivent pas nous effrayer, d'autant plus qu'il est déjà
possible de faire beaucoup avec la technologie actuelle. A cet égard, nous pouvons
mentionner l'application Live Audit de Connecting Food dédiée à la certification de
produits dans le secteur alimentaire, dont le premier prototype a été conçu par le
CEA LIST en 2017. Cette application est aujourd’hui commercialisée par Connecting
Food. Fort de cette expérience, le CEA LIST travaille aujourd’hui à des services de
traçabilité et audit dans des multiples domaines. Dans le secteur de l’énergie nous
pouvons mentionner le service de transparence pour les contrats de performance
énergétique avec Veolia5, ou encore la vérification des smart contract de
certification de l’énergie verte, développées par la start-up TEO6.
Ces succès nous propulsent aujourd'hui vers des projets encore plus ambitieux,
comme le passeport produit et la certification de l’empreinte carbone ou les places
de marché des crédits carbone. Pour ces projets l'intégration entre l'IoT, la
blockchain et l’IA sera clairement la clé de voute pour réussir.
Ecosystème du CEA List autour de la thématique « blockchains ».
Contributions:
Couche 1:
• Nouveaux protocoles pour des algorithmes de consensus non
énergivores
• Evaluation énergétique de solutions blockchains
Couche 3:
• Conception d’une solution de passeport produit modélisation,
métriques, simulation expérimentale.
1. https://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption/
2. Aştefanoaei, L., Chambart, P., Del Pozzo, A., Rieutord, T., Tate, E., Tucci, S., & Zălinescu, E. (2020). Tenderbake--A
Solution to Dynamic Repeated Consensus for Blockchains. arXiv preprint arXiv:2001.11965
3. Amoussou-Guenou, Y., Del Pozzo, A., Potop-Butucaru, M., & Tucci-Piergiovanni, S. (2018). Correctness and
fairness of tendermint-core blockchains. OPODIS 2018.
4. https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/01-nouveau-portail/Evenements/numerique/presentation-bercy-
mission-verrousbc-200210-fr_finale_3.pdf
5. Önder Gürcan, Marc Agenis-Nevers, Yves-Marie Batany, Mohamed Elmtiri, François Le Fèvre, Sara Tucci
Piergiovanni: An Industrial Prototype of Trusted Energy Performance Contracts Using Blockchain Technologies.
HPCC/SmartCity/DSS 2018: 1336-1343
6. https://group.bureauveritas.com/newsroom/bureau-veritas-engie-and-cea-assure-traceability-green-energy-
thanks-blockchain
7. Sara Tucci Piergiovanni: - Invited Paper: On the Characterization of Blockchain Consensus Under 2
Incentives. SSS 2019: 1-15
53 Les technologies blockchain au service du secteur public
5. Synthèse
Une blockchain doit être considérée non pas comme une « simple » application mais
bien comme une infrastructure visant à résoudre dans un écosystème de
nombreuses problématiques métiers, notamment dans les domaines du partage de
l’information et de la collaboration.
En utilisant un modèle de données partagé cohérent et un langage offrant la
possibilité de modéliser des logiques métiers automatisés, elle autorise le
déploiement d’un réseau intégrant un flux de travail multipartite qui valide et stocke
les transactions (exemple : des événements sur une procédure administrative) de
manière partagée. Elle permet la valorisation de ces données partagées, y compris
des jeux de données ouverts par l’administration.
Elle apporte la capacité unique d’éliminer les différences ou écarts entre les
structures de données et les interprétations de ces changements d’état. Ainsi, les
technologies blockchain dont l’EBSI permettent de réduire voire d’éliminer à terme
les « silos de données » traditionnels qui persistent depuis des décennies entre
deux entités, ceci en toute transparence et sans besoin d’intermédiation.
Dans un contexte de transformation numérique encore
trop souvent considérée dans une perspective purement
interne à une organisation, une blockchain offre
l’opportunité unique de construire un réseau homogène
dont les buts sont de permettre le partage des données
et des informations en toute confiance et d’offrir des
améliorations significatives en termes d’excellence
opérationnelle pour toutes les parties prenantes au
service de l’usager du service public.
À l’image de toute implémentation ou introduction d’une nouvelle technologie, la
mise en place d’une blockchain est un exercice délicat qui nécessite la rencontre de
différents impératifs, seule capable de conduire à une mise en œuvre réussie.
La recommandation méthodologique est de veiller à adopter une approche
holistique en intégrant, le plus en amont possible, une vue d’ensemble de la
problématique et d’éviter ainsi de ne considérer la blockchain que sous son angle
technique.
Cet équilibre s’articule autour de 4 grandes thématiques toutes nécessaires au bon
achèvement à terme d’un projet blockchain :
1/ L’applicabilité : Pourquoi utilise-t-on cette technologie ? Quels bénéfices précis en
attendre ? Quelles caractéristiques sont nécessaires ?
54 Les technologies blockchain au service du secteur public
2/ L’écosystème : Quels sont les environnements, les acteurs et leurs interactions
nécessitant le déploiement d’une infrastructure partagée / décentralisée ?
3/ La gouvernance : Qui supporte quoi ? Qui a accès à quelle information ? Qui valide
quoi ? Qui paye quoi ? Qui bénéfice de quoi ?
4/ La faisabilité : Quel protocole et quelle technologie utiliser ? Quels sont les
niveaux de performance, sécurité, confidentialité à atteindre ? Quelle intégration
avec l’existant ?
Quand ces quatre domaines trouvent un périmètre
de convergence, alors les conditions nécessaires à la
réussite d’une initiative blockchain sont
vraisemblablement réunies.
La rencontre des critères PAGE
Technologie immature
Applicabilité
Écosystème insuffisant
Sweet Écosystème
Gouvernance Spot
Faisabilité
Gouvernance trop complexe
PPourquoi la blockchain ?
55 Les technologies blockchain au service du secteur public
Équipe
Perrine DE COETLOGON
Cheffe de projet blockchain & open education à la Direction de l'Innovation
Pédagogique (Université de Lille), Perrine de Coëtlogon est le point contact français
du Partenariat Européen de la Blockchain pour la Direction Interministérielle du
Numérique. Elle est membre du board d'Open Education Global.
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/perrine-de-coetlogon/
Marc DURAND
Co-fondateur et responsable de la société Kapalt dédiée aux technologies
blockchain, Marc Durand est spécialisé dans l'évaluation et la mise en œuvre
opérationnelle des technologies innovantes.
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/marc--durand/
Maxime JEANTET
Co-fondateur et consultant blockchain chez Kapalt, Maxime Jeantet accompagne les
entreprises et organisations dans leurs réflexions blockchain (formation, étude
d'écosystème, étude de faisabilité, gouvernance...).
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/maxime-jeantet/
Claire GÉNIN
Ingénieure-projets européens, Claire GÉNIN est spécialisée dans l'accompagnement
des établissements supérieurs et de recherche à la mise en œuvre d'actions des
programmes ERASMUS+ et HORIZON-EUROPE.
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/clairegnin/
Romuald RAMON
Spécialiste en design, communication et marketing (stratégie, création web,
graphisme et réseaux sociaux), Il est également le co-fondateur du club de
réseautage Rigolatis Commons.
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/romualdramon/
Pierre BOULET
Professeur d'informatique à l'Université de Lille, Pierre Boulet en est le
vice-président à la transformation numérique. Il enseigne les systèmes distribués
depuis plus de 20 ans et mène des recherches en parallélisme, architecture des
ordinateurs génie logiciel et systèmes embarqués. Il fait partie du groupe technique
du Partenariat Européen pour la Blockchain.
E-mail : [email protected]
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/pierreboulet/
56 Les technologies blockchain au service du secteur public
Remerciements
Claudio CIMELLI
Ministère de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports
Philippe CLÉMENT
Orange
Anne-Cécile DAVRON
Davron Translations
Olivier DUSSUTOUR
IN Groupe
Roland FAURE
Aérosureté
Luc JARRY-LACOMBE
BCdiploma
Laurent JOUBERT
Agence du Numérique en Santé
Thibault LANGLOIS-BERTHELOT
IN Groupe
Antoine MAISONNEUVE
Orange Business Services
Stéphane MOUY
SGM Consulting Services
Cédric NOZET
ANFR
Agnès LANUSSE
CEA List
Sara TUCCI-PIERGIOVANNI
CEA List
Franceline FORTERRE-CHAPARD
Ministère de l'Intérieur
Béatrice BERJON-SZATANIK
Ministère de l'Intérieur
57 Les technologies blockchain au service du secteur public
Contact
Direction de l’Innovation Pédagogique
Campus cité scientifique
Avenue Paul Langevin
59655 Villeneuve-d’Ascq
FRANCE