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Article Sur L'afrique Et La Crise Mondiale

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La crise mondiale et l'Afrique : transmission, impacts et

enjeux
Philippe Hugon
Dans Afrique contemporaine 2009/4 (n° 232), pages 151 à 170
Éditions De Boeck Supérieur
ISSN 0002-0478
ISBN 9782804104597
DOI 10.3917/afco.232.0151
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La crise mondiale et l’Afrique :
La crise mondiale et l’Afrique
transmission, impacts et enjeux

Philippe HUGON *

Il est toujours délicat d’aborder « à chaud » une question dont on ne peut


connaître ni l’ampleur, ni la durée, ni l’intensité. Pour comprendre l’impact de
la crise mondiale sur l’Afrique, il faut prendre en compte les facteurs structu-
rels et les interdépendances asymétriques dans un système à la fois global et
différencié, et distinguer les effets de court, de moyen et de long terme.
Dans un contexte de mondialisation, toutes les économies sont touchées
par le canal financier (chute des Bourses) et par l’instabilité des places finan-
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cières. La récession des économies industrielles réduit les exportations des
économies d’Afrique, elle limite les investissements directs et accroît les ris-
ques. Mais les formes de résilience diffèrent selon les dynamiques endogè-
nes et les modes d’intégration à l’économie mondiale.
Cet article différencie l’impact prévisible à court et moyen terme de la crise
en Afrique d’un point de vue global, puis présente les différenciations des
effets par secteurs et par pays, et les enjeux géopolitiques pour l’Afrique.

LES CANAUX DE CONTAGION DE LA CRISE


La crise mondiale infléchit les trajectoires de l’Afrique par le biais de trois
principaux canaux de transmission.

* Philippe Hugon, agrégé en sciences économiques, est professeur émérite, enseignant-chercheur à Paris X Nanterre et
directeur du Centre spécialisé en économie du développement et de la transition. Il est consultant pour de nombreux orga-
nismes internationaux et nationaux d’aide au développement (Banque mondiale, BIT, Commission européenne, OCDE,
ministère des Affaires étrangères, Pnud, Unesco).

DOI: 10.3917/afco.232.0151 151


■ Afrique contemporaine ■

Le canal commercial et productif


La chute de la demande des pays industriels et émergents et la montée
du protectionnisme ont réduit les exportations africaines en volume 1. Ainsi,
en 6 mois, les importations européennes de produits venant d’Afrique ont
baissé de 5 %. La récession des pays industriels a conduit à une baisse en
valeur des exportations qui s’est accompagnée d’une baisse des prix des
matières premières. Les termes de l’échange de (+ 12,2 % en 2008) ont baissé
de 15,3 % au début de l’année 2009. Ce choc a été particulièrement impor-
tant pour les pays pétroliers : de + 29 % en 2008 ils ont chuté de 44,9 % au
début de l’année 2009.
Certains produits, comme l’or ou le cacao, ont connu une évolution à la
hausse. Le prix du cacao a ainsi augmenté malgré la chute de la demande
de chocolat car la filière ivoirienne, dans un contexte de crise politique,
pressurisée par la fiscalité et marquée par l’insécurité des fronts pionniers,
a chuté. Par conséquent, le Ghana et le Nigeria ont été bénéficiaires. Bien
entendu, l’effet de volatilité des prix est plus important que celui du trend et
l’on a observé, au milieu de l’année 2009, une certaine reprise des cours des
matières premières 2.
La baisse en valeur des exportations s’est répercutée en termes de devises
et de recettes budgétaires. La chute de la demande de produits primaires et
de leurs prix ralentit les projets d’investissements mis en place en période
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de flambée des prix que ce soit dans le domaine pétrolier, minier ou agri-
cole. On a ainsi observé une chute des prix des hydrocarbures, des produits
miniers (sauf l’or) et des produits agricoles (sauf le sucre, le maïs et le cacao).
Les effets des baisses de prix des produits primaires sont positifs pour les
importateurs nets d’hydrocarbures et de produits alimentaires, même s’ils
rendent moins rentables certains projets agricoles. Ils sont, en revanche, très
négatifs pour les États producteurs d’hydrocarbures (Angola, Nigeria, Sou-
dan) et de produits miniers et agricoles (Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie,
Kenya, pays du Sahel exportateurs de coton).

Le canal financier

À court terme, les économies africaines ont été relativement déconnec-


tées de la crise financière, exception faite des pays les plus intégrés au sys-

1. Il est prévu que les exportations chutent de 634 milliards de dollars à 383 milliards en 2009. Les excédents des comptes
courants estimés à 2,7 % du PIB en 2008 (40 milliards de dollars) devraient se situer à – 4,3 % du PIB (– 65 milliards de
dollars) selon la BAD (2009).
2. Selon l’indice Scotia des prix des produits de base, après une plongée de 45 % entre juillet 2008 et avril 2009, on
observe une remontée selon un trend mensuel de 2,2 %.

152
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

tème financier mondial et/ou connaissant une libéralisation financière. C’est


le cas du Botswana, de la Côte d’Ivoire, de l’île Maurice, du Nigeria, de
l’Égypte, de l’Afrique du Sud et du Kenya où les places financières ont chuté.
Celles d’Accra, de Douala, de Tunis, du Malawi ou de la Tanzanie ont connu
une hausse. Il y a plusieurs raisons à ce constat : les produits financiers sont
peu sophistiqués, les marchés financiers sont embryonnaires, les marchés
monétaires sont limités. les banques, globalement « surliquides », ont peu
de produits toxiques, les capitaux extérieurs à court terme sont limités et le
poids de l’endettement extérieur est devenu limité compte tenu des mesu-
res d’allégement.
Plusieurs effets financiers apparaissent néanmoins. La chute des trans-
ferts des migrants est estimée à un milliard de dollars alors qu’elle repré-
sente vingt milliards de dollars en Afrique. Les emplois et les revenus des
immigrés sont les premiers touchés dans les pays industriels et émergents
(emplois précaires, secteur immobilier). Les investissements directs étran-
gers chutent, notamment dans le secteur minier et forestier. Les filiales des
banques multinationales voient leurs crédits se réduire, conduisant à la sus-
pension de plusieurs projets d’investissement et à la réduction des lignes de
crédits commerciaux pour les importations ou les investissements. D’autre
part, la montée des déficits publics risque de créer des effets d’éviction vis-
à-vis des projets privés. On note une chute de la part don de l’aide publique
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au développement (APD) qui est devenue inférieure à 100 milliards de dol-
lars (à comparer avec les 3 000 milliards de plans de relance des pays indus-
triels) alors que 150 milliards sont nécessaires pour atteindre les Objectifs
du millénaire du développement (OMD) de 2015. Le redéploiement vers les
prêts aux dépens des dons bénéficie aux projets et aux pays les plus solvables.
La conférence de Doha de décembre 2008 sur le financement du développe-
ment a été un signe du désengagement relatif des puissances occidentales vis-
à-vis des pays les plus pauvres alors que l’Afrique a besoin de flux de capi-
taux sécurisés.
Les effets financiers sont différents selon les économies. Certains pays
appartenant à des unions monétaires n’ont pas la contrainte du niveau des
réserves extérieures ni les risques des volatilités des capitaux à court terme.
Les 15 pays de la zone franc ou ceux de la zone CMA 3 appartiennent à des
unions monétaires réduisant le risque de change et les volatilités des capi-
taux flottants. En revanche, la dépréciation du rand a contrasté avec l’évo-
lution du FCFA rattaché à l’euro. On notait en 2008 une appréciation du

3. Communauté monétaire d’Afrique australe.

153
■ Afrique contemporaine ■

taux de change réel des pays exportateurs de pétrole et des membres des
unions monétaires et une dépréciation des pays à taux flottant ou à régimes
conventionnels de parité fixe. La finance islamique (300 institutions qui
pèsent pour 500 à 700 milliards dollars d’actifs), interdite de spéculation,
résiste apparemment mieux (Debt Rating Agency Moody), ayant moins de
produits toxiques et d’instruments financiers complexes. Elle n’est pas tou-
tefois à l’abri du manque de liquidité, de la faiblesse du marché interban-
caire et du poids élevé des obligations à court terme (90 % contre 67 % pour
les banques conventionnelles) 4.

Prix et flux : risques, incertitudes et instabilités

Largement dépendantes des prix pétroliers, agricoles et alimentaires, les


économies africaines subissent les effets de l’extrême volatilité des prix, ren-
dant impossible toute prévision et privilégiant ainsi des comportements
courts termistes. La sécurisation des flux s’est réduite : c’est le cas des trans-
ferts des migrants ou des crédits commerciaux. La crise se propage ainsi par
le canal des risques accrus et avec une forte aversion aux risques des inves-
tisseurs. Les économies sont devenues vulnérables aux chocs extérieurs. Il
est prévu que le rythme d’inflation baisse en moyenne de la moitié en 2009
mais il est impossible de prévoir les comportements sur des marchés aussi
spéculatifs que les hydrocarbures et les produits alimentaires.
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L’ensemble de ces facteurs devrait conduire à une chute de plus de deux
points du taux de croissance en 2009, qui devrait se situer entre 2,5 % (FMI,
avril 2008) et 2,8 % (BAD, juillet 2009) contre 5,7 % en 2007 (FMI, avril
2009). On estime qu’une chute de 1 point de la croissance mondiale (pondé-
rée en fonction des échanges par partenaires commerciaux) se traduit en
moyenne par un recul entre 0,3 et 0,5 point de la croissance africaine (FMI,
2009). Dans l’ensemble, les pays africains ont relativement maintenu leur taux
d’investissement (23 %) et leur taux d’importation (38 %) alors que le taux
d’épargne est passé de 24,5 % à 17,6 %, le taux d’exportation de 40,8 % à
32,1 %. On peut noter une aggravation des trois déficits de la balance interne,
de la balance courante et du budget. Il est prévu une perte des recettes fiscales
en part du PIB de 3,9 % pour 2009 (Banque mondiale, mars 2009). L’excé-
dent budgétaire de 2,8 % en 2008 devrait se situer à – 5,4 % en 2009. L’excé-
dent global du compte courant de 2,7 % du PIB en 2007 et 2008 devrait
conduire à un déficit de 4,3 % en 2009 (BAD, mai 2009).

4. Sources : Mc Kinsey et Company.

154
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

L’impact de la crise varie selon les régions 5 : les pays exportateurs de


pétrole (+ 2,8 %) seraient plus touchés que les pays importateurs ; les pays
à revenu moyen élevé, les pays miniers et pétroliers sont plus touchés que
les pays les moins avancés ; les pays en conflits et à forte défaillance institu-
tionnelle connaissent des crises largement déconnectées de la crise mon-
diale. Bien entendu, ces données macroéconomiques et statistiques reflètent
mal la structure et les dynamiques des économies africaines. Elles ne pren-
nent pas en compte les effets sur l’économie souterraine ou « informelle ».

LES DIFFÉRENTS IMPACTS DE LA CRISE


La présentation précédente reste à un niveau global. Elle ne prend pas
en compte le jeu des grands acteurs transnationaux qui ont des stratégies
différenciées par grands secteurs et selon les territoires. Elle n’intègre pas
les différentes vulnérabilités et politiques des États, leurs marges de manœu-
vre ni les effets des plans de relance.
À l’échelle mondiale, les principaux groupes concernés par la crise sont
la banque, l’automobile, l’immobilier, même si par des effets multiplicateurs
la plupart des entreprises sont touchées. La question majeure est de voir
comment se restructurent les grandes entreprises africaines et les filiales des
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multinationales. Les firmes multinationales (FMN) font des arbitrages entre
investissement direct à l’étranger (IDE), exportation, sous-traitance entre
internalisation et externalisation, entre territoires. Les critères sont multi-
ples (dimension des marchés, sécurité et risques, accès aux financements,
climat des affaires, infrastructures). Les IDE s’appuient à la fois sur des
financements locaux, des pays d’origine mais s’insèrent aussi dans des cir-
cuits mondiaux, y compris les paradis fiscaux 6. L’Afrique du Sud demeure
la puissance économique dominante avec 156 des premières entreprises sur
500, mais son poids tend à se réduire 7.
Trois grands types de groupes peuvent être différenciés : les grandes
entreprises publiques que l’on trouve notamment dans les hydrocarbures

5. Selon la BAD (juillet 2009), les taux de croissance prévisibles pour 2009 seraient de 0,2 % en Afrique australe, de
2,8 % en Afrique centrale, de 3,3 % en Afrique du Nord, de 4,2 % en Afrique de l’Ouest et de 5,5 % en Afrique de l’Est.
6. On observait, avant la crise mondiale, une augmentation du chiffre d’affaires des 500 premières entreprises africaines.
Le chiffre d’affaires avait augmenté de 24 % en 2008 (567,5 milliards contre 456 milliards de dollars en 2007).
7. Il est passé de 70 % en 1998 à 51,6 % en 2008. Viennent ensuite les entreprises algériennes (15,6 % avec le poids
de la Sonatrach), égyptiennes (7,7 %), marocaines (6,7 %), angolaises (3,3 %), nigérianes (3,2 %), tunisiennes (2,4 %).
Les autres pays hors de la zone franc représentent 5,1 % et les pays de la zone franc 4,8 % du chiffre d’affaires. Les principaux
secteurs sont les hydrocarbures (22,2 %), les télécommunications (12,5 %), les mines (8 %), le commerce (9,8 %), l’agro-
alimentaire (6,2 %).

155
■ Afrique contemporaine ■

(par exemple, la Sonatrach, première société africaine), les filiales ou les


joint-ventures des groupes multinationaux non africains, les multinationales
africaines (notamment sud-africaines et marocaines). Les effets de la crise
sont différents selon les grands secteurs. Les secteurs les plus touchés à court
terme en Afrique sont les mines, les hydrocarbures, le tourisme, les BTP et
les transports notamment aériens 8. On observe une crise des petites com-
pagnies ne pouvant accéder aux financements. Les secteurs fournisseurs de
matières premières pour la construction immobilière (bois), pour les indus-
tries automobiles ou les équipements (produits, minéraux) sont fortement
touchés. En revanche, les secteurs des télécommunications, de l’agroalimen-
taire, du textile restent dynamiques.
Le secteur bancaire est évidemment touché. Il est différemment exposé
aux risques selon que les marchés financiers sont émergents, pionniers ou
peu développés. L’ouverture est ainsi limitée en Algérie, plus élevée en
Tunisie et forte au Maroc avec une croissance externe des banques. Les pays
de la zone franc connaissent une concentration des banques avec des
fusions/acquisitions.

Tableau 1 – Effets de la crise sur les principaux secteurs africains

Chiffre Court Moyen Long


Secteurs
d’affaires terme terme terme
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Hydrocarbures 22,2 baisse instabilité hausse
Télécommunications 12,5 hausse hausse hausse
Commerce 10 stagnation hausse hausse
Mines 8,0 forte baisse instabilité instabilité
Agroalimentaire 6,2 stagnation hausse hausse
Transports 4,9 baisse hausse hausse
Finances 4,9 baisse instabilité hausse
BTP 4,4 baisse hausse hausse
Industrie chimique 4,4 baisse hausse hausse
Eau, gaz, électricité 3,0 stagnation hausse hausse
Bois, forêt forte baisse stagnation reprise ?
Banques assurances baisse stagnation reprise ?
Sources : calculs à partir de données récoltées dans Jeune Afrique. Nous avons pris comme critère du poids des grands
secteurs le chiffre d’affaires des 500 premières entreprises africaines.

8. La baisse des prix des hydrocarbures réduit la surenchère sur les permis d’exploration et la rentabilité de nombreux
gisements (en mer profonde de l’Angola, de la Côte d’Ivoire ou du Ghana supposant un baril à 65 dollars, ou des sables
bitumineux de Madagascar ou du Congo supposant un prix de 80 dollars le baril).

156
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

Les groupes multinationaux ayant une surface importante ont des straté-
gies attentistes ou offensives, mais peu de retrait. C’est le cas de Total inves-
tissant en Angola et au Nigeria ou du groupe Bolloré se positionnant en
Afrique du Sud, en Angola et au Nigeria. Les groupes chinois ayant des stra-
tégies de long terme cherchent à prendre les places de ceux qui se retirent.
En revanche, des groupes forestiers comme Rougier ont vu leur chiffre
d’affaires se réduire de 16 % en Afrique et se spécialisent sur des produits à
plus haute valeur ajoutée.

LES CAPACITÉS DE RÉSILIENCE


Les effets de la crise varient aussi en fonction de sa durée, selon les structures
de production et d’exportations des États africains, leur exposition au système
financier ou leur capacité d’amortir les effets négatifs.
Les résiliences durables à la crise évoluent selon les facteurs démographi-
ques, environnementaux, technologiques, politiques et pas seulement éco-
nomiques et financiers. Les profils institutionnels sont essentiels : si
globalement les pays africains se situent en bas des indicateurs mondiaux de
qualité institutionnelle, on observe des écarts importants à l’intérieur de ce
continent (Meisel, Ould-Aoudia, 2007). Les indicateurs de résilience des
économies à la crise sont à la fois liés à leur mode d’insertion dans l’économie
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mondiale (endettement, réserves de change, taux de change non apprécié,
insertion dans les chaînes de valeur) et aux facteurs internes (solidité et libé-
ralisation contrôlée du système financier, rôle régulateur de l’État, indice de
Gini, profils institutionnels). La contagion de la crise à court et moyen terme
diffère pour des raisons financières mais également des facteurs structurels.
Notre typologie combine deux critères structurels et conjoncturels de vul-
nérabilité face à la crise :
1. Structurellement, les régimes rentiers, liés aux exportations de produits
primaires, notamment d’hydrocarbures et de produits miniers (malédiction
pétrolière, croissance extravertie, enclaves minières ou pétrolières, importa-
tions alimentaires), divergent des régimes d’accumulation extensive ou
intensive. Ceux-ci sont, selon des degrés divers, tirés par les exportations et
l’ouverture (IDE, sous-traitance, off shoring) ou par le marché intérieur. Les
dynamiques extraverties des premiers diffèrent des dynamiques intraverties
ou mixtes des seconds (croissance et diffusion de la productivité, remontée
en gamme de produits exportés, différenciation du système productif, com-
posantes technologiques des exportations avec effets d’entraînements, fortes
valeurs ajoutées et élasticité de la demande mondiale). Le jeu des firmes mul-
tinationales et les dynamiques sectorielles sont centraux dans cette résilience.

157
■ Afrique contemporaine ■

2. Il faut combiner ces indicateurs structurels avec des indicateurs de vul-


nérabilité que l’on trouve dans les rapports internationaux indiquant les
marges de manœuvre des politiques économiques. Nous distinguerons les
indicateurs de vulnérabilité et de contraintes extérieures (déficits courants,
poids de la dette extérieure en part du PIB, réserves de change en mois
d’importation, indice de diversification) et les indicateurs de contrainte
interne (déficits publics, dette publique, solde global en part du PIB).
3. Il faut intégrer les effets des politiques internationales, (rôle de l’aide,
de la gestion de la dette extérieure, des conditionnalités), des politiques
régionales (programme de relance des banques régionales, effets d’entraî-
nement des pôles régionaux) et les politiques nationales de relance qui peu-
vent être de nature différentes.
La combinaison des trois dynamiques structurelles et des trois situations
financières conduit à neuf configurations possibles (cf. tableau 3).

Tableau 3 – Diversité des vulnérabilités des pays africains à la crise mondiale

Régimes Régimes ren-


Économies Régimes
d’accumulation/ tiers miniers
agro-exportatri- mixtes
Contraintes et pétroliers
ces accumulation
financières extravertis
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Éthiopie, Côte
d’Ivoire Congo-
Déficits extérieurs.
Contrainte Économies sous Brazzaville,
extérieure forte perfusion RDC, Zambie
Afrique du
Déficits publics Burundi, Mauritanie, Sud
Ghana, Kenya, Congo-
Poids élevé de la Brazzaville,
Burkina Faso,
dette publique. Tchad
Madagascar,
Mali, Sénégal

Pays pétroliers Botswana,


Pas de contrainte Liberia, (Algérie, île Maurice,
financière forte Tanzanie Angola Maroc,
Nigeria) Tunisie

158
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

UNE TYPOLOGIE EN SIX GROUPES DE PAYS


Selon la combinaison des différents critères, six catégories de pays peu-
vent être définies.

Les petites économies ouvertes à régime d’accumulation

Ces pays sont vulnérables mais leurs groupes économiques ont de gran-
des capacités de restructuration et peuvent rebondir. Ceux dont la crois-
sance est orientée vers l’exportation sont touchés par la baisse de celles-ci,
du tourisme et des transferts des migrants avec incertitude sur leur attracti-
vité sur les investissements. En revanche, ils peuvent bénéficier d’une dyna-
mique de la demande intérieure, de la solidité du secteur financier et des
stratégies de relocalisation de la part des grands groupes occidentaux. Leur
système financier est relativement développé. Le Maroc et la Tunisie, large-
ment orientés vers l’Union européenne (80 % des échanges) visent à deve-
nir des lieux d’accueil des firmes des pays émergents (par exemple, dans
l’automobile) et à se réorienter vers les marchés du Sud. La baisse des marchés
européens conduit à une chute du textile pour le Maroc (20 000 emplois
perdus) et à des stratégies de repositionnement vers le marché intérieur et
asiatique. Le Maroc et la Tunisie veulent profiter de la délocalisation des
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entreprises européennes par l’off shoring et la sous-traitance automobile
pour des modèles bon marché. La BAD prévoit un taux de croissance de
5,7 % et les autorités prévoyaient, grâce au plan de relance, une croissance
de 6,9 % en 2009 9. La Tunisie devrait avoir un taux de croissance réduit
d’un point (autour de 4 % en 2009) 10. Le plan émergence du Maroc 2012,
orienté vers les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, du tourisme, de
l’électronique et du textile, porté par les nouvelles technologies, l’attracti-
vité de Tanger et de Casablanca et la formation de 15 000 ingénieurs, est
maintenu. Les facteurs de vulnérabilités sont essentiellement internes
(montée de l’intégrisme religieux, inégalités sociales, impatience des jeunes
face au chômage faisant le lit du terrorisme). Il faudrait pour le Maghreb
créer 16 millions d’emplois supplémentaires entre 2000 et 2020 pour
accueillir les jeunes. Le Maroc a un taux officiel de chômage de 15 % mais

9. Le Maroc dispose de 56 des 500 premiers groupes africains et représente 6,8 % du total de leur chiffre d’affaires. Le
groupe ONA d’activités diversifiées, la Société marocaine de raffinage, Maroc Telecom, l’Office chérifien de phosphate ou
Royal Air Maroc demeurent des poids lourds.
10. La Tunisie comprend 27 des 500 premières entreprises africaines. (2,4 % du chiffre d’affaires des 500 entreprises). La
Société nationale des industries de raffinage, le groupe agroalimentaire Poulima, les téléphones mobiles de Tunisana ou
les industries d’équipement électrique ont une surface pour résister et se restructurer.

159
■ Afrique contemporaine ■

de 37 % de sous-emploi chez les jeunes. L’île Maurice, qui avait subi les
chocs de la réduction des cours préférentiels du sucre sur les marchés euro-
péens et de la hausse des prix des hydrocarbures et des aliments en 2007-
2008, doit gérer la conjonction de la baisse du tourisme et des BTP entraî-
née par la baisse du secteur hôtelier, de l’immobilier, des transports aériens
et des exportations des zones franches, mais elle a su absorber la suppres-
sion des accords multifibres en se repositionnant sur des produits de gamme
supérieure. Son taux de croissance devrait passer de 4,8 % à 3 % en 2009.

Les pays pétroliers rentiers à régime extraverti

Ils sont particulièrement touchés par la chute et la volatilité des cours des
hydrocarbures. Le niveau de leur dette est devenu faible (sauf au Congo et
au Tchad), les réserves de change sont notables ou ne constituent pas une
contrainte majeure (cas des pays de la Communauté économique et moné-
taire de l’Afrique centrale – CEMAC), le solde global est positif (sauf au
Congo) et ils subissent une chute significative du taux de croissance. Les
pays en excédents de réserve exportant des hydrocarbures connaissent une
chute de leurs réserves de change (Algérie, Nigeria). En Algérie, la crois-
sance a été de 4,2 % par an entre 1999 et 2008 contre 0,9 % en 1989-1998.
La balance commerciale est largement excédentaire et le budget est décon-
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necté du prix des hydrocarbures 11. L’Algérie connaît certes un développe-
ment des télécommunications, de l’agroalimentaire et des BTP mais elle
demeure une économie rentière ou le secteur public joue un rôle central. La
fiscalité pétrolière représente les trois quarts des recettes publiques. Les
importations agroalimentaires s’élèvent à 8 milliards de dollars. La chute
durable des ressources des hydrocarbures sera-t-elle une opportunité pour sor-
tir du tout pétrolier (98 % des exportations, 75 % des recettes budgétaires) ?
La crise peut être une opportunité pour gérer l’après-pétrole, relancer
l’agriculture et sortir d’une économie de rente. De nombreux pays pétroliers
avaient établi leur budget sur la base d’un prix élevé du baril (ce n’est tou-
tefois pas le cas du Nigeria). Ils pratiquent dans l’ensemble des politiques
procycliques et n’ont pas de fonds de stabilité. Les principaux secteurs tou-
chés sont l’immobilier, notamment à cause de la raréfaction du crédit. Ren-
trent dans cette catégorie, l’Angola et les six États de la CEMAC. Certains

11. La Sonatrach demeure le premier groupe africain avec 67,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2008 (contre
14,2 milliards en 1998) et 10,2 milliards de résultats nets en 2008. L’Algérie assure 30 % des besoins énergétiques de
l’Europe en gaz et devrait en assurer 60 % en 2015-2017. La Sonatrach est présente en Afrique (Égypte, Libye, Mauritanie,
Nigeria) et en Amérique latine.

160
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

pays, tels le Congo (et à un degré moindre le Gabon), n’ont pas découplé
leur budget des prix volatils du pétrole et programmé leurs dépenses sur
des cours élevés. Ils risquent de connaître une forte réduction des excédents
pétroliers sans avoir réduit leur dette (c’est le cas du Congo mais pas du
Nigeria) tout en subissant les effets du syndrome hollandais de désindustria-
lisation et de déruralisation. Certains ont également à gérer l’après-pétrole
alors que toute leur économie est organisée autour de ce produit. Le ralen-
tissement de la croissance se traduit par une baisse des transferts des
migrants au sein de cette zone.

Les pays rentiers miniers

Ce sont ces économies africaines qui ont subi les effets de la forte chute
des prix des minerais, exception faite de l’or et du diamant (RDC, Zambie).
Par ailleurs, ces économies ont une forte contrainte extérieure (faibles réser-
ves) et interne (solde global négatif). La RDC est exsangue financièrement
en subissant à la fois les effets des conflits, des pillages et gaspillages des res-
sources et de la baisse des prix des produits miniers et forestiers. Il y a ralen-
tissement des projets d’investissement mais également un repositionnement
des conglomérats chinois. Les enjeux sont essentiellement internes dans la
gestion de la rente minière. Certains pays, comme la RDC, demeurent pillés
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alors que la gestion de la rente diamantifère au Botswana demeure rigou-
reuse. Les pays forestiers d’Afrique centrale se trouvent dans une configura-
tion proche avec une forte chute des prix et de la demande et une faillite de
près de la moitié des entreprises. Comme pour les produits miniers, l’incer-
titude porte sur les stratégies de présence à terme des émergents, notam-
ment Chinois, face au retrait des opérateurs américains et européens.

L’Afrique du sud : une puissance régionale


semi-industrialisée

Ce pays dispose d’un marché financier émergent. Son économie exerce


des effets d’entraînements sur les autres économies notamment d’Afrique
centrale 12. Les pays déficitaires et semi-industrialisés comme l’Afrique du
Sud subissent le double effet de leur intégration au marché mondial et des
marges de manœuvre limitées des politiques de relance. L’Afrique du sud,
dont le taux de croissance était passé de 5,2 % en 2007 à 3,1 % en 2008,

12. Des tests réalisés par le FMI ont montré qu’une baisse de 1 point de croissance de l’Afrique du sud est associée à un
fléchissement de croissance compris entre 0,5 et 0,75 du reste de l’Afrique (FMI, 2009).

161
■ Afrique contemporaine ■

devrait voir son PIB se situer autour de 1 %. Le marché financier a subi la


crise financière mondiale, le secteur bancaire est intégré au plan mondial et
l’économie dépend des capitaux étrangers. La chute des cours miniers a
pesé négativement et les pays qui ont un déficit des paiements courants ris-
quent au contraire de subir un ralentissement et un manque de crédit. Une
stagnation économique est prévue pour 2009. La chute des prix des pro-
duits miniers, qui représentent la moitié des exportations (exception faite
de l’or) se répercute sur les devises et les recettes budgétaires. Un plan de
relance est difficile compte tenu des investissements publics développés avant
la crise et du montant du déficit public. En revanche, la dépréciation du rand
et la baisse du prix des hydrocarbures ont joué positivement. Des réponses
monétaires et fiscales expansionnistes sont possibles : infrastructures, services
sociaux, coupe du monde de football en 2010. Dans un pays où le chômage
officiel s’élève à près de 25 %, il y a eu en 6 mois une forte augmentation des
licenciements (de l’ordre de 300 000). Toutes les économies fortement inté-
grées à l’Afrique du sud par la SACU 13 et la CMA 14 (Botswana, Lesotho,
Namibie et Swaziland) connaissent une chute significative de la croissance.

Les pays agro-exportateurs relativement diversifiés

Les principaux pays agro-exportateurs (Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya,


Ouganda) ont subi immédiatement les effets de la baisse des cours des pro-
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duits agricoles (café, coton, huile de palme). Les situations sont en fait très
contrastées selon les pays : des pays comme le Ghana ou le Kenya n’ont pas
eu d’impacts négatifs significatifs. Le Ghana a bénéficié de la crise du cacao
de la Côte d’Ivoire, des cours favorables de l’or, des découvertes pétrolières
dans un régime stable politiquement et crédible internationalement (le bon
élève des institutions de Bretton Woods). La dynamique des télécommuni-
cations s’est maintenue. Pour sa part, le Kenya a moins résisté au choc. S’il
a retrouvé une relative stabilité politique après les troubles de 2008, et si son
agriculture demeure un moteur, les secteurs du tourisme et des transports
ont en revanche subi les effets négatifs de la crise.
La situation de la Côte d’Ivoire est aussi mitigée. La relative stagnation
de la filière du cacao, a été un facteur de la hausse mondiale du prix par la
chute de sa production (parafiscalité dissuasive, épuisement des plants,
insécurité des fonts pionniers). Certes, l’économie se diversifie avec le rôle
des hydrocarbures, des télécommunications, des sociétés de transport ou

13. Southern Africa Customs Union.


14. Common Monetary Area.

162
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

des groupes agroalimentaires, mais l’insécurité politique et la crise politico-


militaire sont plus déterminantes que les facteurs internationaux. En revan-
che, l’appartenance à l’UEMOA (Union économique et monétaire d’Afrique
de l’Ouest) est un facteur central de stabilité monétaire.

Les pays les moins avancés

Les pays les moins avancés sont les moins touchés par la crise, tout en
demeurant fortement vulnérables. Des pays enclavés tels le Burkina Faso ou
le Mali subissent les effets de la baisse des transferts des migrants ou des
cours du coton, mais la facture des hydrocarbures a chuté. Les évolutions
économiques sont davantage d’ordre interne et encore fortement pénalisées
par l’absence ou la timidité des réformes structurelles visant le renforcement
de la compétitivité économique. Dans le même contexte international, la
filière coton du Mali s’est effondrée en passant, entre 2006 et 2007, de
415 000 à 247 000 tonnes alors que celle du Burkina Faso passait de
1 000 000 à 700 000 tonnes. En revanche, le Mali bénéficie des cours de l’or,
mais dans le même temps la production baisse significativement.
Un pays comme le Sénégal a vu son taux de croissance passer de 4,2 % en
2007 à 2,5 % en 2008 et à 1,5 % (prévision) en 2009. Il y a eu une conjonc-
tion de la baisse des transferts courants (transferts des émigrés, chute de
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l’aide publique et de l’investissement direct, baisse des recettes d’exporta-
tion). Malgré les bonnes récoltes agricoles, la baisse de la production a con-
cerné surtout le secteur industriel et tertiaire (immobilier). La faible hausse
des recettes budgétaires, combinée avec une hausse des dépenses publiques,
a fait passer le déficit public de 3,5 % (2007) à 4,6 % (2008) et 4,2 % (2009).
Les pays fragiles ou en conflits ouverts constituent une catégorie à part
qui les déconnecte relativement de la crise mondiale. On peut différencier
les pays en conflits ouverts et guerre civile (Somalie), les pays en forte insta-
bilité sociopolitique (Guinée-Bissau, Zimbabwe) et les pays en reconstruction
(Liberia, Sierra Leone). Ces pays sont à des degrés différents sous perfusion
de l’aide internationale.

L’AFRIQUE DANS LA NOUVELLE ARCHITECTURE INTERNATIONALE


Le devenir des pays africains face à la crise ne dépend pas des seuls fac-
teurs économiques. Plus fondamentalement, il est fonction des politiques
menées par les États en fonction de leurs intérêts et par les organismes

163
■ Afrique contemporaine ■

internationaux : même en déséquilibre financier, le Ghana, bon élève éco-


nomique et politique, sera soutenu ; le Liberia recevra une aide importante
liée à sa fragilité alors que les pays amis de la Chine ou des pays arabes
pétroliers recevront des soutiens. Les sommes à mobiliser sont très faibles
comparées aux plans de relance des pays industriels ou émergents voire aux
bonus versés par les banques américaines en 2009 (30 milliards de dollars).

Les pays émergents : un rôle de relais ?

Les reconfigurations géopolitiques liées à la crise ont un impact sur les


pays africains même si ces derniers sont plus spectateurs qu’acteurs, voire
disposent de pouvoirs de nuisance plus que de puissance. Le renforcement
des alliances et des relations avec l’Asie, et spécialement avec la Chine, d’un
continent traditionnellement tourné vers l’Europe, a transformé structurel-
lement les zones d’influence. L’Afrique demeure convoitée pour ses ressour-
ces (terres arables, biodiversité, forêt, hydrocarbures, mines) et pour un
marché qui de 900 millions de personnes doit atteindre 2 milliards en 2050.
Les enjeux sont également ceux de la sécurité et des risques liés à la proli-
fération de « maux publics régionaux ou mondiaux ». Les États-Unis sont
de plus en plus présents par les bases militaires, l’initiative transsaharienne
ou l’Africom (unité de commandement pour l’Afrique). La sécurisation des
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routes maritimes, notamment des tankers pétroliers et des lieux d’exploita-
tion minière et pétrolière, est devenue centrale.
Les économies émergentes, comme la Chine, pèsent à court terme indi-
rectement de manière négative sur les économies du tiers-monde par la
chute des prix des matières premières. En revanche, plusieurs indices mon-
trent qu’elles joueront un rôle croissant de relais face au retrait relatif des
économies européennes. A priori, la Chine ralentira peu sa demande de pro-
duits africains (bois, métaux) mais verra son excédent commercial avec
l’Afrique se réduire. La montée en puissance des pays émergents donne aux
pays africains beaucoup plus de marges de manœuvre pour se dispenser des
mesures d’assainissement de leur finance publique ou de leur politique éco-
nomique. Néanmoins, les rapports entre l’Afrique et les économies émer-
gentes ne sont pas exempts de relations postcoloniales et ils sont peu
transparents entre des pays africains exportateurs de produits primaires et
les pays exportateurs de produits manufacturés et de BTP.
Ces nouvelles alliances et relations seront-elles porteuses d’émergence
pour les pays les moins avancés ? Dans quelle mesure les pays pauvres
d’Afrique pourront-ils s’insérer positivement dans les chaînes de valeur
internationales ? La montée en gamme de produits et la diversification des

164
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

productions supposeraient à la fois des pôles de compétitivité autour des


territoires et des insertions dans les segments intégrés aux processus pro-
ductifs techniques et cognitifs mondiaux, notamment par le biais des firmes
multinationales. Pour exercer des effets d’entraînement et non d’enclave,
ces insertions doivent s’articuler avec le tissu productif local, la création
d’infrastructures et le développement de ressources humaines.

La voix de l’Afrique

L’enjeu géopolitique est que les pays africains aient voix au chapitre,
qu’ils participent aux instances de décision (Conseil de sécurité des Nations
unies), qu’ils voient s’accroître leurs quotes-parts et part de capital aux ins-
titutions de Bretton Woods. Les négociations et réformes concernent les
niveaux multilatéraux et régionaux. L’élargissement des membres perma-
nents du Conseil de sécurité des Nations unies doit permettre à un pays afri-
cain (a priori l’Afrique du Sud) d’être intégré.
Sur le plan commercial, la fin du cycle de Doha doit exclure le protection-
nisme tout en prenant en compte les spécificités de certains secteurs tels que
la multifonctionnalité de l’agriculture. Les pays africains ont à gagner de la
mise en place de règles limitant les seuls rapports de force et réduisant la
concurrence déloyale, notamment dans le domaine agricole et alimentaire.
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Cela peut passer par la baisse des subventions à l’exportation ou encore
le protectionnisme par les normes. Les accords de libre-échange et de par-
tenariat peuvent favoriser l’ancrage des politiques et accroître la prévisibi-
lité des opérateurs 15. En effet, ils ne doivent pas être appliqués selon une
optique uniquement commerciale pour les produits sensibles et stratégiques
tels les produits agricoles et alimentaires. L’interprétation doit prendre en
compte les handicaps spécifiques des pays pauvres pris dans les trappes à
pauvreté et ayant à gérer une forte croissance démographique et urbaine.
Au niveau environnemental, le nouvel ordre écologique mondial et la
négociation de Copenhague doivent réviser l’annexe II du protocole de
Kyoto et les mécanismes du développement propre dont les pays africains
ne sont pas bénéficiaires. Il s’agit de valoriser la biodiversité, les captations
de carbone (par exemple, le bassin du Congo) et de compenser les pays qui
subissent le plus directement les changements climatiques dus aux gaz à
effet de serre alors qu’ils n’y contribuent que pour moins de 4 %. La priorité
est également d’accroître la résilience et la mitigation.

15. Pour ce faire, l’article XXIV du GATT/OMC sur le traitement spécial et différencié ou la libéralisation substantielle sup-
pose une interprétation qui prenne en compte une vision du développement.

165
■ Afrique contemporaine ■

LES RÉFORMES ENVISAGEABLES


La crise peut être une opportunité pour réaliser des réformes structurel-
les de long terme tout en trouvant des réponses immédiates aux chocs exté-
rieurs.
Le FMI préconise d’utiliser les marges de manœuvre budgétaires, d’assou-
plir la politique monétaire et de laisser le taux de change s’adapter. Il a
accru fortement ses prêts concessionnels aux pays pauvres (17 milliards de
prêts supplémentaires d’ici 2014 dont 8 milliards dans les deux ans) et pré-
conisé une nouvelle boîte à outils en adoptant des traitements différenciés,
avec des conditionnalités limitées et des facilités de crédit plus rapide (prêts
de précaution, prêt d’urgence dans le cas de chocs exogènes). Plusieurs axes
peuvent être privilégiés
L’affection des capitaux à des fins contra-cycliques est le premier axe. Plu-
sieurs mesures sont envisageables. Robert Zoellick, Dominique Strauss-Kahn
ou Jacques Chirac ont ainsi proposé d’affecter 1 % des plans de relance pour
un fonds vers les pays les plus vulnérables. Une autre possibilité serait de
consacrer 10 % des 500 milliards du FMI à de nouveaux allégements de la
dette. Il paraît aussi nécessaire de sécuriser les engagements du G20, notam-
ment à Gleneagles.
La Banque mondiale pourrait sortir de son rôle classique de financement
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des projets et programmes à long terme et venir au secours des systèmes
bancaires vulnérables ou fragiles, notamment des banques privées abandon-
nées par leur maison mère. Un tel projet est déjà mis en œuvre par la BAD.
Des fonds de liquidité d’urgence pourraient être débloqués. La question des
fonds de garantie permettant de transformer l’épargne en prêt à long terme
se pose avec acuité.
Le deuxième axe serait de stabiliser l’environnement des marchés inter-
nationaux. Les pays africains exportateurs de produits primaires en dollars
subissent de plein fouet la volatilité des cours des produits de base. En effet,
ceux-ci étaient, avant la crise, devenus des produits financiers valeurs refuge
ou des placements de la part des hedge funds. Or, ces recettes déterminent
les capacités d’importation et d’investissement ainsi qu’une part importante
des recettes budgétaires. À défaut d’accords sur les produits ou de monnaie
internationale fondée sur les matières premières, plusieurs axes sont priori-
taires : réduire le rôle des hedge funds, prendre pour référence des prix des
paniers de monnaie, compenser les instabilités des prix et des recettes, met-
tre en place des fonds de stabilité lissant les conjonctures.
Les mesures d’accroissement des régulations, la plus grande transpa-
rence vis-à-vis des circuits financiers et commerciaux parallèles ou des cir-

166
■ La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

cuits criminels devraient réduire l’insertion de l’Afrique dans une économie


criminelle. L’Afrique est directement concernée par l’initiative de transpa-
rence des industries extractives, le processus de Kimberley, les taxations des
fonds venant des paradis fiscaux, les contrôles des trafics de narcodollars,
de coltan, d’êtres humains. La levée du secret bancaire des on shore et off shore
bancaires est un levier essentiel pour réduire la fuite des capitaux.
Les fondements de cette nouvelle architecture renvoient aux interdépen-
dances planétaires sous plusieurs angles. La nouvelle gouvernance doit se
situer également au niveau régional Sud/Sud et Nord/Sud à travers les fonds
monétaires régionaux et les banques régionales de développement. Sur le
plan régional, des politiques doivent fournir des apprentissages sur les mar-
chés régionaux permettant des montées en gamme, notamment sur certai-
nes filières. On peut citer l’exemple du riz en Afrique de l’Ouest ou du
coton/textile. La solution à de nombreux problèmes de gouvernance politi-
que et économique, dans les domaines énergétique et agricole par exemple,
passe par une intégration renforcée et la montée en puissance des organisa-
tions régionales et continentales. Pour l’Afrique de l’Ouest, il faut ainsi
miser en priorité sur la dimension régionale car les pays sont trop petits
pour pouvoir développer l’économie sur des marchés porteurs. Pour cela, il
faut davantage susciter une volonté politique en faveur de la coopération
puis d’une réelle intégration régionale. Certaines réformes structurelles
comme dans le secteur de l’énergie ou de l’agriculture ne peuvent ainsi être
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envisagées qu’à ce niveau.
La relance économique n’est cependant pas la seule réponse à la crise en
Afrique. Beaucoup de pays du continent sont encore touchés par une infla-
tion importante et un espace fiscal insuffisant. Dès lors, une relance écono-
mique ne s’inscrirait pas dans les meilleures conditions sans les réformes
structurelles qui en tout état de cause devaient être conduites avant la crise.
De surcroît, le contexte de crise se prête à la prise de mesures drastiques.
La crise dans certains pays a en effet entraîné une prise de conscience du
caractère insupportable des distorsions économiques et du poids prohibitif
des déficits budgétaires. Comme avant la crise, l’Afrique a besoin d’investir
fortement dans des infrastructures pour lesquelles les besoins des finance-
ments non couverts sont estimés à 40 milliards par an. Cependant, la Ban-
que mondiale considère que 50 % de ce besoin pourraient être trouvés en
conduisant les réformes économiques et budgétaires nécessaires.
Les pays industriels sont concernés par les nuisances venant des maillons
les plus faibles (risques épidémiologiques, conflits) ; tous les pays partici-
pent de manière inégale à la constitution d’externalités négatives (émission
de gaz à effet de serre, déforestation). Certains biens et services sont réser-

167
■ Afrique contemporaine ■

vés aux seules puissances riches (savoirs, recherche). La question des biens
publics mondiaux avec un recours à de nouveaux financements, notamment
par la taxation Tobin sur les mouvements de capitaux, à commencer par
ceux venant des paradis fiscaux ou sur les émissions de gaz à effet de serre
se pose avec acuité. Pourtant, elle a été largement absente des différentes
réunions du G8 ou du G20.

BIBLIOGRAPHIE
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BAD-OCDE (2009), Les Perspectives économiques de l’Afrique, juillet.
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168
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ANNEXE
Tableau 2 – Indicateurs financiers de vulnérabilité à la crise

Dette Réserves de Indice de Déficit Revenu Taux de Taux de


Pays extérieure change en mois diversification budgétaire par habitant croissance croissance du
en PIB importations des exportations en % du PIB en dollars du PIB en 2008 PIB en 2009
1. Pétroliers
Algérie 2,8 59,2 2,4 6,8 4 625 3,3 0,2
Angola 7,6 9,9 1,1 10,8 6 821 15,6 -
Cameroun 5,7 7 3,3 5,9 1 325 4,1 3,1
Congo 44,8 9,1 1,4 – 0,7 3 548 7 7,7
Gabon 13,4 6,7 1,9 12,9 12 252 5,5 4
Nigeria* 1,7 15,7 1,3 0,9 1 431 6,1
Soudan 0,3 - 1,2 0,5 1 376 8,4 5
RDC (minier) 40,8 0,5 7,6 – 1,7 194 5,7 -
Zambie (minier) 5,5 2,8 2,5 – 2,1 1 178 5,5 2,8
Tchad 34,7 16,7 1,1 12,7 555 0 -
2. Agro-exportateurs
Côte d’Ivoire 83,2 3,1 7,7 – 0,2 1 172 2,3 3,8
La crise mondiale et l’Afrique : transmission, impacts et enjeux ■

Ghana* 46,2 - 4,5 – 10,0 612 6,4


Kenya* 13,1 2,8 21,9 – 6,1 1 087 2,6 5
Ouganda* 11,3 7,2 10,4 – 2,2 521 7 5,6

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Dette Réserves de Indice de Déficit Revenu Taux de Taux de
Pays extérieure change en mois diversification budgétaire par habitant croissance croissance du
en PIB importations des exportations en % du PIB en dollars du PIB en 2008 PIB en 2009
3. Afrique du Sud** 34 4,3 45,6 0,3 5 311 3,1 1,1
4. PMA
Burkina Faso 21,4 6,2 1,9 – 6,4 538 4,2 6
Bénin 13,2 12,2 6,4 – 0,5 681 5 5,3

Burundi 131,3 10,4 2,6 – 8,9 126 3,2 2,9


Éthiopie 11 - 4,7 – 1,8 295 6,5
Guinée 66,7 - 3,2 1 482 4,7 3,8
Liberia 388,8 1,7 3,5 1,1 307 7,3
Madagascar 28,7 4,1 21,2 – 4,5 993 3,7 3,5
Malawi 22,9 1,2 3,8 – 2,9 212 8,4
Mali 22,2 5 2 – 5,4 661 3,6 4,2
Afrique contemporaine ■

Mauritanie 56,6 1,3 3,9 – 3,7 1 177 5,2 3,4


Mozambique* 34,5 3,6 3,5 – 4,4 663 6,2 4
Niger 15,4 6,9 1,4 5,1 349 4,8 1,8
Rwanda 17,3 10,5 4,1 – 0,3 381 8,5 6,6
Sénégal 44 2,9 22,3 – 4,5 993 3,7 3,5
Tanzanie* 37,3 5,6 30,1 0 442 7,2 7,3
Togo 75,5 4,6 9,3 0,3 373 0,8 3,9
Sources : BAD (2009) ;*marchés financiers pionniers selon le FMI ;**marchés financiers émergents.

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