Zaha Hadid
Zaha Hadid
Histoire de L’Architecture
Contemporaine
Etudiant :
Alexis Ndibatchou 19TP2AO208
C'est au début des années 1990 que Zaha Hadid connaît ses premières concrétisations
majeures, matérialisant enfin son langage architectural contestataire développé dès ses années de
formation à l'Architectural Association School de Londres. Le Centre de Loisirs Vitra en Allemagne,
avec ses parois de béton incurvées repoussant les limites de la construction traditionnelle, incarne
cette transition vers une ère architecturale sans contraintes.
Les réalisations de Hadid se distinguent autant par leur puissante affirmation plastique que
par leur utilisation avant-gardiste des technologies de pointe, qu'il s'agisse du BIM, de la simulation
numérique, de la fabrication additive ou des matériaux composites. À Bakou par exemple,
l'impressionnante structure organique du Heydar Aliyev Center démontre avec brio la symbiose
1
féconde entre ingénierie pointue et vision artistique transcendée par le digital.
Son legs architectural visionnaire insuffle une vision du futur ancrée dès le présent à travers
des monuments iconiques qui percent le paysage urbain. Des musées comme le MAXXI de Rome
aux lignes tourbillonnantes ou la Cité des Arts à Galice illustrent cette esthétique sculpture futuriste
caractéristique.
Au-delà du spectaculaire visuel, les projets de Zaha Hadid consacrent un renouveau du rapport à
l'espace habité et du potentiel de transformation de l'architecture en tant que discipline. Son travail
ulta-contemporain, toujours en avance sur son temps, redéfinit perpétuellement les codes du bâti
pour mieux embrasser la complexité des enjeux sociétaux, technologiques et environnementaux
actuels
2
I. Biographie de Zaha Hadid
1. Parcours Scolaire
Zaha Hadid est née le 31 octobre 1950 à Bagdad, en Irak, dans une famille irakienne de haute
classe. Son père, Muhammad al-Hajj Husayn Hadid, était un riche industriel de Mossoul. Il a
cofondé le groupe de la gauche libérale al-Ahali en 1932. Le groupe était une organisation politique
importante dans les années 1930 et 1940. Cofondateur du Parti national démocratique en Irak, il a
été ministre des Finances après le renversement du monarque après le coup d’État irakien de 1958
pour le gouvernement du général Abd al-Karim Qasim. Sa mère, Wajiha al-Sabunji, était une artiste
de Mossoul tandis que son frère Foulath Hadid était écrivain, comptable et expert en affaires arabes.
Dans les années 1960, Hadid a fréquenté des pensionnats en Angleterre et en Suisse.
La vocation architecturale de Zaha Hadid est née durant ses jeunes années en Irak. Elle suit
d’abord des études de mathématiques dans un collège catholique. C’est là que naît son goût pour la
géométrie et les structures complexes. En 1968, à l’âge de 18 ans, elle intègre l'Université Américaine
de Beyrouth pour étudier les mathématiques.
Mais rapidement, elle se découvre une nouvelle passion : l’architecture. Elle est fascinée par les
théories des grands architectes modernistes comme Kazimir Malevitch ou El Lissitzky. Leurs
réflexions sur l’espace en mouvement et l’utilisation de la géométrie comme outil conceptuel la
stimulent énormément.
En 1972, elle décide donc de partir étudier l’architecture à Londres, à l’Architectural Association
School. Cette école d’avant-garde accueille tous les esprits novateurs. Le corps enseignant et les
étudiants conçoivent des projets radicaux, en rupture avec l’architecture classique. Zaha Hadid
s’épanouit pleinement dans cet environnement expérimental et créatif.
Elle suit notamment les cours des professeurs Rem Koolhaas et Elia Zenghelis. Avec eux, elle
approfondit ses connaissances en théorie architecturale, sur les concepts philosophiques
sous-tendant la discipline. Ses mentors encouragent les étudiants à toujours repousser les frontières
de la création architecturale. Ces années seront déterminantes pour la formulation des idées radicales
de Zaha Hadid sur l’espace dynamique.
Son ancien professeur, Koolhaas, l’a décrite à la remise des diplômes comme « une planète dans
sa propre orbite ». Zenghelis l’a décrite comme l’élève la plus remarquable qu’il ait jamais
enseignée. Nous l’appelions l’inventrice des 89 degrés. Rien n’a jamais été à 90 degrés. Elle a eu
une vision spectaculaire. Tous les bâtiments explosaient en petits morceaux. » Il a rappelé qu’elle
s’intéressait moins aux détails, comme les escaliers. « La façon dont elle dessinait un escalier, tu te
fracassais la tête contre le plafond, et l’espace se réduisait de plus en plus, et tu te retrouvais dans le
coin supérieur du plafond. Elle ne pouvait pas se soucier des moindres détails. Elle avait l’esprit
3
tourné vers des images plus larges – lorsqu’elle s’est rendue à la menuiserie, elle savait que nous
pourrions réparer cela plus tard. Elle avait raison. Son projet d’étudiant de quatrième année était une
peinture d’hôtel en forme de pont, inspirée par les œuvres de l’artiste suprémaniste russe Kazimir
Malevich
En 1977, diplômée avec les félicitations du jury, Zaha Hadid rejoint ensuite l’agence OMA de
Rem Koolhaas comme collaboratrice. Ce passage dans le monde professionnel parfait sa formation
et lui permet de côtoyer les plus grands architectes déconstructivistes et radicalistes du moment, qui
inspireront toute son œuvre future révolutionnaire.
Pendant une longue période, les projets audacieux de Zaha, surnommée « l’architecte de
papier », ont été systématiquement rejetés. Dévouée au monde de l’architecture, elle a présenté de
nombreuses idées novatrices, mais elles ont été inlassablement critiquées. Malgré sa multitude de
concepts et de plans, aucun de ses projets n’a vu le jour avant les années 90.
Pourtant, ses créations remportaient régulièrement les premières places dans des concours
internationaux, mais elles demeuraient confinées au papier, considérées comme trop
excentriques et irréalisables. Elle n’avait d’autre choix que de persévérer, entretenant l’espoir de
percer dans le monde de l’architecture.
Puis, en 1982, la chance lui a finalement souri : l’un de ses projets a été approuvé, un club de
sports situé au sommet d’une montagne à Hong Kong. Malheureusement, un an plus tard, la
construction a été annulée, et le projet est resté lettre morte, une fois de plus, sur le papier.
4
2. Carrière d’Architecte
Après avoir obtenu son diplôme en 1977, elle a travaillé pour ses anciens professeurs, Koolhaas
et Zenghelis, à l’Office for Metropolitan Architecture, à Rotterdam, aux Pays-Bas.
Après s’être aiguisée par les architectes les plus avant-gardistes de son temps, Zaha Hadid fonde
son agence à Londres en 1979, à l’âge de 29 ans. Elle a pu compter sur l’ingénieur en architecture
Peter Rice, qui l’a soutenue et encouragée. Hadid est naturalisé citoyen du Royaume-Uni dans la
foulée.
Dans un premier temps, elle peint beaucoup, développant dans ses toiles ou aquarelles sa vision
radicale de formes et perspectives fracturées. En parallèle, elle conçoit des projets architecturaux très
conceptuels, sans jamais obtenir de commandes de la part de clients encore trop frileux.
Dans les années 1980, ses croquis et dessins certes séduisent la critique et le milieu universitaire
architectural. Mais ses idées sont perçues comme trop révolutionnaires et aucun maître d’ouvrage
n’ose franchir le pas de construire ses bâtiments déconstructivistes aux allures de vaisseaux spatiaux.
Pendant près de 15 ans, Zaha Hadid bute sur ce plafond de verre et cette incompréhension des
architectes traditionalistes. Se sentant marginalisée, elle quitte même Londres pour enseigner à
l’Université de Harvard quelques années. Elle participe aussi à de nombreux colloques et expositions
pour diffuser ses théories radicales remettant en cause les paradigmes établis de la discipline.
Finalement, en 1993, elle remporte le concours pour la construction de la Vitra Fire Station en
5
Allemagne. À l’âge de 43 ans, Hadid parvient ENFIN à faire construire l’un de ses audacieux projets.
La matérialisation de ses croquis visionnaires sur ce site industriel capte l’attention du monde entier.
Dès lors, sa carrière est définitivement lancée.
Malheureusement, le 31 mars 2016, alors qu’elle était encore au sommet de son art, Hadid est
décédée d’une crise cardiaque dans un hôpital de Miami, où elle était traitée pour une bronchite.
La déclaration publiée par son studio de design basé à Londres annonçant sa mort se lisait
comme suit : « Zaha Hadid était largement considérée comme la plus grande architecte féminine au
monde aujourd’hui ». Elle est enterrée entre son père Mohammed Hadid et son frère Foulath Hadid
au cimetière de Brookwood à Brookwood, Surrey, Angleterre. Dans son testament, elle a laissé 67
millions de livres sterling et légué divers montants à son associé et aux membres de sa famille. Ses
entreprises internationales de design, qui représentaient la majeure partie de sa fortune, ont été
laissées en fiducie. Elle n’était pas mariée et n’avait pas d’enfants.
Après sa mort en mars 2016, Michael Kimmelman, du New York Times, écrivait : « ses
structures en vol ont marqué les horizons et l’imaginaire et, ce faisant, ont remodelé l’architecture de
l’époque moderne… Ses bâtiments ont fait de l’incertitude un art, transmis de la manière étrange
dont on y entrait et qu’on traversait, et des questions que ses structures posaient sur leur mode de
soutien… Hadid incarnait, dans sa prodigalité et sa promesse, l’ère des soi-disant féculents qui
parcouraient la planète à la recherche de leur propre génie créateur, offrant des miracles, parfois des
livraisons. »
Deyan Sudjic du Guardian décrit Hadid comme « un architecte qui a d’abord imaginé, puis
prouvé, que l’espace pouvait fonctionner de manière radicalement nouvelle… Tout au long de sa
carrière, elle a été une enseignante dévouée, enthousiasmée par l’énergie des jeunes. Elle n’avait pas
envie d’être qualifiée d’architecte femme. Elle était simplement architecte. »
Dans une interview publiée dans le magazine Icon, elle a déclaré : « Je n’utilise jamais la question
d’être une femme architecte… mais si ça aide les jeunes gens à savoir qu’ils peuvent briser le plafond
de verre, ça ne me dérange pas. »
Parfois appelée la « Reine de la courbe », Hadid est souvent décrite dans la presse comme la
meilleure architecte féminine du monde, bien que son œuvre ait également été critiquée. Le
Metropolitan Museum de New York a cité ses « bâtiments non conventionnels qui semblent défier la
logique de la construction ». Son langage architectural a été décrit comme « célèbre pour son
6
extravagance » et elle a été accusée d’avoir construit des « États dictateurs « . L’architecte Sean
Griffiths a caractérisé l’œuvre de Hadid comme « un vaisseau vide qui aspire n’importe quelle
idéologie qui pourrait être à proximité ».
En tant qu’architecte d’un stade destiné à la Coupe du Monde de la FIFA 2022 au Qatar, Hadid
a été accusée dans The New York Review of Books de donner une interview dans laquelle elle ne se
serait pas inquiétée de la mort des travailleurs migrants au Qatar impliqués dans ce projet. En août
2014, Hadid a poursuivi The New York Review of Books pour diffamation et a gagné.
Immédiatement après, l’analyste et auteur de la pièce dans laquelle elle était accusée de ne pas
s’inquiéter a publié une rétractation dans laquelle il a déclaré que « les travaux n’ont commencé sur le
site du stade Al Wakrah, que deux mois après que Mme Hadid ait fait ces commentaires ; et la
construction ne devrait commencer que vers 2015… Il n’y a pas eu de décès de travailleurs sur
le projet Al Wakrah et les commentaires de Mme Hadid sur le Qatar que j’ai cités dans l’étude
n’avaient rien à voir avec le site Al Wakrah ou l’un de ses projets. Je regrette l’erreur. »
Hadid a été nommé membre honoraire de l’American Academy of Arts and Letters et membre
honoraire de l’American Institute of Architects. Elle a siégé au conseil d’administration de
l’Architecture Foundation.
En 2008, elle était classée 69e sur la liste Forbes des « 100 femmes les plus puissantes du
monde ». En 2010, elle a été nommée par Time comme penseuse influente dans le numéro 2010 du
TIME 100. En septembre 2010, le New Statesman a classé Zaha Hadid au 42e rang de son enquête
annuelle « Les 50 personnalités les plus influentes de 2010 ».
En 2013, elle a été évaluée comme l’une des 100 femmes les plus puissantes du Royaume-Uni
par Woman’s Hour sur BBC Radio 4. En 2014, 2015 et 2016, Hadid figure sur la liste des personnes
les plus influentes de Debrett au Royaume-Uni. En janvier 2015, elle a été mise en nomination pour
le prix Services to Science and Engineering aux British Muslim Awards.
Elle a remporté le prix Stirling, le prix d’architecture le plus prestigieux du Royaume-Uni, deux
années consécutives : en 2010, pour l’une de ses œuvres les plus célèbres, le MAXXI à Rome, et en
7
2011 pour l’Evelyn Grace Academy, une école en Z à Brixton, Londres. Elle a également conçu le
Dongdaemun Design Plaza & Park à Séoul, en Corée du Sud, qui a été la pièce maîtresse des
festivités pour la désignation de la ville comme capitale mondiale du design 2010. En 2014, le Centre
culturel Heydar Aliyev, qu’elle a conçu, a remporté le Prix du design de l’année du Musée du
design, ce qui fait d’elle la première femme à remporter le premier prix dans ce concours. En 23015,
elle devient la première femme à recevoir la médaille d’or royale décernée par le Royal Institute of
British Architects.
En 2016 à Anvers, en Belgique, une place porte son nom, Zaha Hadidplein, devant l’extension
de la maison du port d’Anvers conçue par Zaha Hadid.
Google a célébré ses réalisations avec un Doodle le 31 mai 2017, pour commémorer la date (en
2004) à laquelle Hadid est devenue la première femme à remporter le prestigieux Pritzker
Architecture Prize.
1982 : Médaille d’or pour le design architectural, Architecture britannique pour le 59 Eaton
Place, Londres
2005 : Prix d’architecture allemand pour le bâtiment central de l’usine BMW à Leipzig
8
2010 : Prix européen RIBA pour MAXXI
2012 : Membre du jury pour l’attribution du prix Pritzker à Wang Shu à Los Angeles.
9
II. Philosophie de Conception
D'une part, il fait écho à la critique littéraire déconstructionniste des années 1970. Celle-ci
entendait disséquer les textes, les décortiquer méticuleusement pour en extraire des strates de
signification sous-jacentes, que les auteurs eux-mêmes ignoraient bien souvent.
Avant même son "baptême" officiel au MoMa de New York en 1988, quelques précurseurs
audacieux exploraient déjà cette veine subversive. Notamment l'architecte Frank Gehry qui, dès
1977, entreprit de transformer sa propre maison en un patchwork hétéroclite de volumes
déstructurés. Verrières inclinées, extension en tôle ondulée, annexes en résilles métalliques... Cet
assemblage de matériaux bruts semblait concevoir le bâti comme une sculpture abrasive, un artefact
presque industriel.
10
Quelques années plus tard à Paris, le projet des Folies du Parc de La Villette par Bernard
Tschumi posa également les bases du mouvement à venir. Conçu comme un ensemble de pavillons
ludiques égrenés dans le parc, il explorait un sens inédit de l'espace, entre fragmentation et
désaxement des perspectives. Tschumi y injectait cependant une certaine cohérence formelle et
chromatique, peignant l'intégralité des structures d'un rougevif éclatant.
L'américain Frank Gehry exploite désormais les outils numériques pour donner vie à des
formes toujours plus spectaculaires, à l'instar de la célèbre Fondation Guggenheim de Bilbao et de
ses volumes courbes et sinueux. L'israélien Daniel Libeskind use quant à lui d'espaces déstructurés
très graphiques pour mieux symboliser les méandres tourmentés de l'Histoire du 20ème siècle,
comme dans son Musée Juif de Berlin. Des cabinets tels que le viennois Coop Himmelb(l)au
repoussent la fragmentation jusqu'à une dimension quasiment expressionniste, tandis que le
néerlandais Ben Van Berkel privilégie des créations plus organiques.
Même le caméléon Peter Eisenman, coutumier de la table rase stylistique, n'a pu résister à
l'appel du déconstructivisme et de sa beauté disloquée. Ses réalisations comme la Aronoff Center de
Cincinnati ou le Nunotani Building à Tokyo semblent défier la pesanteur, à la limite de
l'effondrement structurel.
Dans cet éventail foisonnant de talents, Zaha Hadid occuperait une place à part, de par la
radicalité de sa démarche. Chez elle, les réminiscences du suprématisme russe innervent des édifices
aux allures de vaisseaux spatiaux futuristes, tout en courbes, ruptures de volumes et perspectives
démultipliées. Du Guangzhou Opera House au MAXXI de Rome, ses créations aux airs de
sculptures hyper-technologiques repoussent encore plus loin les frontières du construire, vers de
nouveaux territoires de l'imaginaire architectural.
11
Face au règne grandissant du capitalisme financiarisé et de sa production architecturale
normée répondant à une logique spéculative, le déconstructivisme réinjecte de la radicalité, du sens,
de la narrativité symbolique dans l'art de bâtir. Ses distorsions assumées sont autant de pieds de nez
à la platitude ambiante.
Le principal legs de Zaha Hadid à l’architecture mondiale est d’avoir transcendé la dimension
utilitaire du bâti pour en faire un art majeur, vecteur d’émotions primitives puissantes. Du génie de
cette architecte-plasticienne jaillit toute une philosophie novatrice de notre rapport ancestral à
l’espace, au temps et au mouvement.
Ce qui la fascinait par dessus tout était la retranscription perpétuelle de l’énergie dynamique,
de la sensation de vitesse et de devenir perpétuel, à travers des volumes impossibles et des tracés
aériens spectaculaires. Influencée par le peintre suprématiste Malevitch, elle cherchait à insuffler
l’illusion du mouvement incessant à ses créations architecturales. Qu’il s’agisse de plans diagonaux
vertigineux, de passerelles fuyantes, de rampes chutantes ou de boucles réentrantes, ses bâtiments
vectorisent les parcours, propulsant le visiteur dans des voyages spatiaux ébouriffants.
Cet intérêt profond pour la dynamique traduit aussi sa fascination pour la représentation du
corps en mouvement. Elle puisait son inspiration dans les chronophotographies de Muybridge
décomposant le mouvement ou la danse. Elle en extrayait une quintessence graphique qu’elle
réinterprétait en volutes structurelles, en ondulations façadières : paraboles, courbes, trajectoires
toutes en rondeurs. Ces échos cinétiques innervent des projets comme l’Opéra de Guangzhou, le
Centre Aquatique de Londres, la CMA Tower à Marseille ou encore les tours Capital Hill à Moscou.
12
Par ailleurs, Zaha Hadid était hantée par la densification croissante du monde globalisé, par
les mégapoles tentaculaires aux réseaux s’enchevêtrant jusqu’au vertige. Elle se plaisait à matérialiser
dans ses plans et coupes les intrications du chaos urbain contemporain. Qu’il s’agisse du Galaxy
Soho à Pékin, du Daxing Airport près de Canton ou de la Cité des Arts et des Sciences à Rabat, ses
réalisations figurent d’improbables cartographies tridimensionnelles de nos dédales mentaux
modernes.
Surtout, Zaha Hadid voyait dans l’architecture radicale un formidable moyen d’anticiper les
futurs de sociétés en accélération permanente. Elle imaginait des cités dynamiques, des bâtiments
mutants en rupture totale avec les lignes passéistes. Ses audacieuses créations de verre et d’acier
pareilles à des vaisseaux extraterrestres semblent avoir atterri depuis peu, prêtes à rebondir bientôt
vers des horizons intersidéraux imaginaires.
Certes, nombre des visions extraordinaires de Hadid ne sortiront jamais des cartons à dessins
pour dépoter librement leur grâce insolente dans nos ciels de béton et de verre. Mais l’essence de sa
pensée spatiale a déjà infiltré l’imaginaire collectif, ouvrant la voie à de nouveaux paradigmes pour
notre environnement bâti de demain. Son influence libératrice ne cessera de croître au fil du temps.
Et dans quelques décennies peut-être, la plupart de nos mégapoles pulsantes arboreront les
contours organiques de vaisseaux intergalactiques gracieux, dont Zaha Hadid aura été la lointaine et
visionnaire inspiratrice. Ses idées voyageuses traverseront aussi les siècles pour reptiler dans les plans
de cités lunaires, martiennes et bien au-delà, vers des colonies spatiales suprématistes.
Car du talent protéiforme de cette pionnière jaillit une nouvelle façon de concevoir nos
espaces de vie. Une architecture vivante et palpitante, habile à capter et retranscrire les pulsations
énergétiques de l’Univers qui nous entoure et nous constitue. Pour Zaha Hadid, tout bâtiment digne
de ce nom se devait d’être une ode poétique à la beauté dynamique du Cosmos, une célébration de
ses forces créatrices.
13
Zaha Hadid nous lègue ainsi une conception majestueuse de l’architecture comme Art
Suprême, comme transcription éphémère de l’invisible Symphonie Cosmique. Ses bâtiments
fluidiques s’élèvent alors tels les interprètes inspirés de cette vibrante musique sphérique, pour notre
plus grand bonheur.
Dès ses années de formation à Londres dans les années 70, Zaha Hadid voue une passion
dévorante pour la peinture. Elle y trouve un espace de liberté totale pour donner vie à ses visions les
plus folles, sans les contraintes techniques de l'architecture. Ses tableaux, gouaches et collages
regorgent de perspectives fracturées, de lignes de fuites vertigineuses qui deviendront sa marque de
fabrique.
Cette expérimentation picturale est déterminante dans la formation du style Hadid. Ses toiles
se libèrent de la gravité, avec des paysages spatiaux éclatés proches de l'abstraction. On y devine déjà
en filigrane ses futurs bâtiments aux formes intergalactiques, comme autant de translations de ses
espaces peints. La peinture constitue le terrain de jeu ultime pour repousser les frontières du visible
et concevoir ses architectures audacieuses.
Dans sa quête d'espaces dynamiques, Zaha Hadid puise son inspiration chez les grands
maîtres modernes comme le peintre Suprématiste Kazimir Malevitch. Ce dernier fonda un
mouvement artistique autour de la pureté de la forme et de la géométrie. Ses créations tout en lignes,
cercles et plans obliques fascinent Hadid et innervent sa propre vision radicale.
Elle s'imprègne également des théories du Construtivisme Russe dont les peintres
cherchaient à transcrire le mouvement dans l'art. En particulier, les spatialistes tels qu'El Lissitzky
l'influenceront avec leurs compositions multidirectionnelles jouant sur les perspectives.
On retrouve cet héritage des avant-gardes picturales du début XXème dans toutes les
réalisations de Zaha Hadid. Qu'il s'agisse du MAXXI à Rome ou de la structure en spirales du
Guangzhou Opera House, ses bâtiments semblent reptiler hors de ses toiles les plus ambitieuses.
14
La force de Zaha Hadid est d'avoir su transférer dans ses constructions en béton, acier et
verre toute la radicalité plastique de ses explorations picturales. Ses réalisations les plus expressives
fusionnent les principes de la peinture et de l'architecture, donnant naissance à des espaces
dynamiques et abstraits à la fois.
En sculptant la lumière par des volumes et courbes audacieux, elle fait de l'acte de construire
un geste artistique proche du Suprématisme. Chaque perspective singulière, chaque fuite semble
directement jaillir de ses tableaux les plus intrigants.
Ainsi, l'approche résolument plastique de Zaha Hadid lui permit de réinventer les codes
esthétiques et conceptuels régissant l'art de concevoir et d'habiter des espaces, ouvrant la voie à de
nouveaux possibles pour l'architecture de demain.
15
III. Les éléments constructifs
1. Matériaux Employés
L'un des aspects signature du travail de Zaha Hadid était l'emploi du béton pour créer des
formes organiques complexes. Elle fut l'une des premières à utiliser des mélanges de béton
auto-compactant dans ses créations aux silhouettes futuristes. Ce béton high-tech se distingue par sa
grande fluidité, permettant un coulage précis dans des coffrages aux géométries non standard. Le
Heydar Aliyev Center à Bakou, avec sa façade ondoyante, ou encore le centre de ski au pic de la Tête
en Suisse, intégré harmonieusement dans les montagnes, démontrent le potentiel sculptural unique
de ce béton innovant.
Dans la conception de ses structures audacieuses, Zaha Hadid faisait preuve d'une grande
inventivité dans le choix et l'agencement des matériaux. Pour le Guangzhou Opera House en Chine
par exemple, elle a juxtaposé un volume principal en béton, évoquant les galets du fleuve local, à un
espace intérieur ultramoderne fait d'acier et de verre. Ce contraste permet une mise en valeur
réciproque entre la tradition et la modernité.
Toujours en quête de nouvelles solutions techniques, Zaha Hadid s'est également intéressée de
près aux avancées en matière de fabrication numérique. Elle a conçu plusieurs installations et
prototypes architecturaux en recourant à des procédés de pointe comme l'impression 3D. L'agence
Zaha Hadid Architects a notamment développé des unités de logement imprimées en 3D, augurant
un potentiel pour des modes constructifs radicalement différents.
Outre le béton et l'impression 3D, Zaha Hadid affectionnait l'association de matériaux a priori
antagonistes dans ses réalisations. L'architecture du Port House d'Anvers en Belgique repose sur ce
savant contraste entre classicisme et modernisme. La partie historique en pierre du XIXè siècle se
voit coiffée d'une extension contemporaine à la silhouette élancée faite d'acier et de verre. Cette
greffe audacieuse dialogue élégamment avec le bâtiment existant par un jeu de transparence et de
reflets.
Tout en explorant des designs singuliers, Zaha Hadid accordait une importance primordiale à
l'intégration de ses bâtiments dans leur environnement. Pour le Centre Psychiatrique du Nord Alsace
par exemple, elle a opté pour une façade en terre cuite et en bois afin de s'harmoniser avec le
caractère rural des lieux. La conception modulaire de cet établissement de santé s'inspire des strates
géologiques et de la végétation locale.
Parmi les autres matériaux novateurs mis en œuvre dans les projets de Zaha Hadid Architecture
on peut citer la fibre de verre. Celle-ci a été utilisée conjointement avec des techniques de fabrication
16
numérique de pointe pour réaliser des structures et des installations aux formes complexes pour des
expositions itinérantes, comme « Zaha Hadid: Form in Motion ». Ces démonstrateurs permettent
de concevoir des environnements immersifs dynamiques qui seraient irréalisables avec des méthodes
traditionnelles.
Que ce soit par goût du contraste des textures, par souci d’intégration au site ou par volonté
d’innover, Zaha Hadid faisait preuve d’une créativité sans limites dans ses agencements de
matériaux. Ses choix audacieux reflètent sa quête constante de repousser les frontières de la
conception architecturale. Ses réalisations sculpturales futuristes ont ouvert la voie à une nouvelle
génération de bâtiments aux formes libres et aux matériaux inattendus. Le legs de Zaha Hadid est
une inspiration à oser l'expérimentation et à repousser en permanence les limites du possible
Derrière les silhouettes sculpturales signature de Zaha Hadid se cachent des structures porteuses
hyper-optimisées qui permettent de concrétiser l'inventivité formelle de l'architecte. La conception
paramétrique par ordinateur permet de créer des enveloppes de bâtiments à géométries élaborées qui
seraient impossibles à représenter avec des méthodes traditionnelles.
L'une des caractéristiques majeures de son travail réside dans l'utilisation audacieuse des
matériaux comme le béton armé, l'acier ou les composites pour créer des structures aux
morphologies à double courbure défiant les standards orthogonaux. Le Centre Aquatique de
Londres constitue un exemple frappant avec son impressionnant toit elliptique en porte-à-faux qui
semble flotter au-dessus du bâtiment principal.
Ces coques structurales uniques sont le fruit de recherches mathématiques approfondies. Des
collaborations avec les meilleurs bureaux d'étude au monde sont nécessaires pour valider la
faisabilité de ces architectures complexes. Des logiciels de calcul structurel de pointe analysant la
répartition des forces, des contraintes et de la stabilité globale permettent de dimensionner ces
ossatures tridimensionnelles non-orthogonales.
La modélisation numérique évoluée appliquée par Zaha Hadid relève du domino de l'ingénierie
paramétrique. Cette approche considère chaque composant comme un élément intelligent, conscient
de son environnement, capable d'optimiser sa forme ou sa position de façon automatique. Ainsi,
chaque pièce structurale s'adapte en fonction des exigences globales, résultant en des compositions
épurées extrêmement performantes.
Pour réaliser cette prouesse architecturale et structurelle, les ingénieurs ont dû déployer des
techniques de calcul et de fabrication de pointe. Tout d'abord, la conception paramétrique sur
logiciel 3D a permis de modéliser précisément les géométries complexes du toit. Puis, la simulation
numérique en éléments finis a permis d'analyser de façon approfondie le comportement structural,
17
les flux aérodynamiques et les transferts thermiques de cette enveloppe courbée. Sur cette base, une
ossature fine et légère en acier haute résistance usinée par commande numérique a pu être mise en
œuvre.
Concrètement, ces méthodes avancées de conception générative se traduisent par des structures
porteuses hybrides alliant audace esthétique et excellence technique. Des matériaux comme l'acier, le
béton et le verre sont mis en œuvre pour matérialiser les visions expressives de Zaha Hadid.
Son projet phare du Centre Aquatique pour les Jeux Olympiques de Londres en 2012 représente
un tour de force structurel remarquable. Ce complexe sportif est recouvert par un toit en acier aux
courbes sinueuses qui semble flotter magiquement au-dessus du site. Pour obtenir ses voiles minces
et effilés, la modélisation numérique paramétrique fut utilisée de concert avec des logiciels de
simulation en dynamique des fluides. Ce dialogue entre architecture et ingénierie de pointe permit
d’optimiser l’aérodynamisme de cette immense structure porteuse en porte-à-faux.
L'utilisation créative de matériaux composites a aussi été déterminante dans de nombreux projets
de Hadid. La passerelle éphémère pour l'Exposition de Saragosse en 2008 combinait une coque
structurelle fibrée d'à peine 30 mm d'épaisseur à une ossature hybride acier/carbone, rendant
l'ensemble stable tout en préservant sa légèreté visuelle. Les éléments de surface à double courbure
complexe avaient été thermoformés sur d'immenses moules numériques uniques avant un précis
assemblage en chantier naval.
Autre chef d'œuvre d’ingéniosité : le centre culturel Heydar Aliyev à Bakou, en Azerbaïdjan. La
surface extérieure de béton aux plis et contre-plis complexes évoque les mouvements des vagues.
Pour matérialiser cette figure tridimensionnelle aux courbures libres, Zaha Hadid eut recours à la
modélisation topologique diffuse. Cette méthode de conception assistée par ordinateur considère la
géométrie comme une masse dotée de certaines caractéristiques physiques ; la forme finale découle
des forces internes s’appliquant sur cette matière numérique. Dans le cas présent, le logiciel génératif
paramétrique a permis de créer un squelette structurel intelligent à même de supporter cette
silhouette audacieuse.
18
Plusieurs réalisations de Zaha Hadid poussent l’expérimentation avec les technologies de
fabrication numérique jusqu’à imprimer des éléments architecturaux en 3 dimensions. Ce procédé
ouvre la voie à des formes d’une intrication extrême irréalisable par assemblage de composants
standards. Ce mode de production prometteur renforce les principes de conception biomimétique
morphogénétique, où la forme émerge des propriétés inhérentes aux matériaux ainsi que des
interactions avec l’environnement.
En définitive, les structures audacieuses créées par Zaha Hadid sont le fruit d'innovations tant
conceptuelles que techniques. Sa vision futuriste reposait sur une utilisation poussée des outils
informatiques de conception et simulation pour matérialiser des espaces à la géométrie
non-euclidienne. Ses bâtiments organiques hyper-contemporains ont révolutionné nos attentes face
au cadre bâti, grâce aux partenariats étroits noués avec les ingénieurs pour réaliser l'impossible.
19
IV. Bâtiments emblématiques
Dès l’origine, la conception de la Vitra Fire Station s’appuie sur les dernières avancées en
matière de modélisation numérique tridimensionnelle. Contrairement aux représentations en deux
dimensions du dessin traditionnel qui séparent les plans en vues de face, de côté et de dessus, les
logiciels employés permettent de visualiser le volume dans son ensemble. Zaha Hadid et ses
collaborateurs manipulent ainsi un modèle virtuel, vision futuriste d’une construction affranchie des
limites techniques du passé.
La forme finale audacieuse, avec ses parois fuyantes et ses contours dynamiques évoquant
des vagues, ne pouvait être conçue sans l’assistance de l’ordinateur. Des simulations structurelles et
des calculs paramétriques complexes permettent de générer ces courbes et d’en assurer la faisabilité
constructive. Cette prouesse visuelle repose sur une modélisation topologique de pointe, alliant
sculpture digitale et optimum technique.
Le choix du matériau s’est porté vers le béton armé, pour sa capacité à épouser des formes
libres ainsi que sa plasticité minérale intrinsèque. Néanmoins la réalisation pratique de coffrages
adéquats pour cette géométrie extraordinaire s’avère hautement problématique avec les procédés
conventionnels. La solution réside dans des moules innovants composés de panneaux de bois
courbés recouvert de plaques de polyuréthane usinées en 3 dimensions.
Ces moules composites uniques sont obtenus par fraisage numérique à partir des données du
modèle virtuel. Ils combinent ainsi artisanat de précision et technologie de pointe, à l’image de cette
réalisation d’avant-garde. Jamais auparavant des formes architecturales n’avaient nécessité un tel
degré de complexité pour leur mise en œuvre concrète. Il a fallu repousser les limites des modes
connus de construction pour matérialiser cette vision du futur.
Le béton est coulé par sections dans ces coffrages sur-mesure avant d’être démoulé et
assemblé. Les murs et parois ainsi réalisés forment une continuité sculpturale, tel un paysage
ondulant pétrifié. L’ossature interne en béton armé, protégée par une fine peau extérieure, reproduit
la fluidité des modelés informatiques. L’ensemble compose une structure monolithique dont les
20
sinueuses vagues semblent avoir jailli du sol.
Pour encadrer ce processus de fabrication innovant, le bureau d’étude Ove Arup & Partners
est mandaté en tant qu’ingénieur structure. Leur expertise en calcul de béton armé vient compléter
l’inventivité géométrique déployée par Zaha Hadid. La conjugaison des dernières méthodes
numériques de modélisation et de l’ingénierie des structures a été déterminante dans l’aboutissement
de ce projet complet.
Bien consciente des défis techniques posés par cette forme libre, le cabinet d’architecture
prend le temps de réaliser une maquette au 1:10ème de l’ensemble. Cette reproduction à taille réelle
d’un morceau de mur permet de tester la faisabilité constructive et d’appréhender concrètement les
volumes complexes. Cette démarche empiricale illustre la portée révolutionnaire de l’entreprise, tant
d’un point de vu conceptuel que pratique.
L’édification de la caserne de pompiers Vitra incarne une prouesse tous azimuts, qu’il s’agisse
de la créativité formelle débridée, de l’ingénierie hors normes ou de la résolution pragmatique
d’impératifs matériels sans précédent dans le monde de la construction. En repoussant les frontières
de l’architecture et en repensant entièrement sa fabrication, Zaha Hadid signe avec ce projet radical
un manifeste technologique résolument tourné vers le futur.
Trente ans après son inauguration, la Vitra Fire Station impressionne encore par son design
visionnaire aux inspirations marines. Véritable sculpture architecturale, cette réalisation virtuose
démontre avec force le génie de Zaha Hadid, toute en maîtrise numérique et matérielle. Ce bâtiment
emblématique symbolise plus qu’une forme innovante, mais une approche globale réinventant le
rapport à l’espace bâti.
Inauguré en 2010 sur l’île de Zhujiang à Guangzhou, le Guangzhou Opera House est
considéré comme l’une des réalisations les plus marquantes de l’architecture contemporaine. La
célèbre architecte Zaha Hadid y signe une création sculpturale futuriste aussi audacieuse sur le plan
formel que constructif.
21
Le concept architectonique s’inspire de la configuration fluviale des lieux, situés au confluent
de la rivière des Perles. Les deux volumes asymétriques évoquent des galets aux formes organiques
modelées par le courant. Le dialogue entre ces corps érodés et le paysage alentour se reflète dans la
conception biomimétique du bâtiment.
Fidèle à son style visionnaire, Zaha Hadid pousse ici la complexité géométrique à son
paroxysme. Les surfaces extérieures ondoyantes se prolongent dans le foyer puis les salles de
spectacles, conférant à l’espace intérieur un dynamisme saisissant. La fluidité des enveloppes se
trouve accentuée par un revêtement réfléchissant en aluminium, fracturant les perspectives.
Pour matérialiser cette topographie mouvante, les architectes utilisent la modélisation
paramétrique avancée. Des algorithmes numériques permettent de générer une morphologie
non-standard assurant une cohérence globale entre la structure porteuse et l’enveloppe spectaculaire.
L’ingénierie complexe nécessaire à ce type de formes libres a été facilitée par l’essor des outils
numériques.
Le projet lauréat du concours en 2002 avait initialement imaginé une ossature métallique.
Cependant la conception organique retenue par le jury conduit à opter pour une charpente en béton
armé. Sa plasticité facilite la reproduction des courbes complexes tout en offrant souplesse
constructive et résistance structurelle optimale.
Le Guangzhou Opera House devient ainsi l’un des premiers bâtiments au monde constitué
d’un exosquelette en béton à géométrie non standard. Sa réalisation nécessite le développement de
procédés de construction et de fabrication numérique de pointe sous la supervision du cabinet
d’ingénierie Arup.
Des moules courbes en acier et des coffrages sur-mesure sont produits pour moduler les
parois de béton. La précision du banchage atteint des précisions de l’ordre du millimètre pour
garantir la continuité Spatiale recherchée. Le spectaculaire foyer traversant notamment réclame un
travail pointilleux de jonction entre les différentes sections de voile porteur.
Au final, le volume extérieur en béton contraste avec les espaces intérieurs revêtus de
panneaux métalliques aux reflets changeants. Cette association de matériaux bruts et high-tech
reflète la démarche résolument contemporaine du cabinet Zaha Hadid Architects. L’enveloppe
massive abrite des auditoriums résolument futuristes dotés des technologies scéniques de pointe.
22
Tant par son ampleur que par son ambition formelle, ce projet phare consacre Zaha Hadid
comme chef de file de l’architecture contemporaine mondiale. Véritable acmé de complexité
géométrique, le Guangzhou Opera House repousse les frontières de la construction par son
hybridation réussie d’ingénierie avancée et d’inventivité plastique.
Inauguré en 2012 dans la capitale azérie, le Centre Culturel Heydar Aliyev est considéré
comme l’un des projets les plus ambitieux jamais entrepris par Zaha Hadid de par sa complexité
technologique. Cet ensemble architectural multifonctionnel conjugue ingénierie de pointe et design
avant-gardiste pour donner vie à une vision du futur.
Le concept sculptural s’inspire des paysages contrastés du pays, entre la vieille ville historique
de Baku avec ses remparts et les paysages naturels accidentés de l’Azerbaïdjan. La forme dynamique
évoque un mouvement de vague qui viendrait lécher le littoral de la Mer Caspienne toute proche
avant de se briser sur la façade.
Cette dernière présente une surface extérieure complexe constituée de plis de béton à angles
obliques. Sa géométrie à double courbure asymétrique défie les flux naturels par ces origamis
minéraux. Le cabinet Zaha Hadid Architects repousse ici les limites de la construction en termes de
complexité tridimensionnelle.
Pour donner corps à cette silhouette changeante, la conception assistée par ordinateur a joué
un rôle majeur. Des logiciels de modélisation paramétrique et des simulations numériques ont été
mises à profit durant toute la phase de design. Ces outils mathématiques avancés permettent de créer
des architectures aux géométries non standard tout en garantissant leur constructibilité.
Le processus de conception fait ainsi appel aux méthodes de modelage topologique basées
sur les champs. Grâce à ces algorithmes, la forme finale émerge en prise avec les caractéristiques du
site selon un ancrage contextuel fort. L’enveloppe du bâtiment semble avoir été générée par les
seules forces environnantes plutôt que dessinée.
Ces milliers de panneaux préfabriqués uniques sont ensuite assemblés tel un puzzle géant à
même le chantier selon un séquençage rigoureux. La précision des ajustements au millimètre près
23
permet d’assurer l’harmonie et la continuité d’ensemble en dépit de la complexité géométrique
extrême du projet. Jamais pareil défi technique n’avait été relevé dans l’histoire de l’architecture
contemporaine.
Au final, le Centre Heydar Aliyev forme un paysage minéral à la géométrie fractale chaotique
mais néanmoins unifiée. Véritable prouesse technologique, sa construction aura mobilisé une pléiade
d’entreprises et de bureaux d’études pour matérialiser la vision futuriste de Zaha Hadid. Son
enveloppe dynamique en flux tendu incarne une démonstration virtuose de design paramétrique
doublé d’un savoir-faire éprouvé.
Ainsi, le Centre Culturel Heydar Aliyev témoigne avec brio de la symbiose féconde entre
ingénierie de pointe et architecture d’avant-garde dont Zaha Hadid s’est faite la promotrice
inlassable. En repoussant toujours plus loin les frontières du possible, elle ouvre la voie à de
nouveaux langages formels porteurs d’avenir pour les constructions de demain.
Édifié à l’occasion des Jeux de la XXXème Olympiade, le London Aquatics Centre s’impose
comme l’un des projets les plus spectaculaires et techniques mis au point par Zaha Hadid durant sa
riche carrière. Par son design visionnaire, sa prouesse d’ingénierie et son usage singulier des
matériaux, ce complexe aquatique devient l’icône pérenne de l’héritage olympique dans la capitale
britannique.
Dès le concours en 2007, la proposition radicale du cabinet Zaha Hadid Architects (ZHA) se
distingue par son approche futuriste, affranchie des standards conventionnels pour ce type
d’équipement sportif. Lauréate face à des concepteurs de renom, la conceptrice irako-britannique
imagine une architecture-paysage ondulante, en symbiose parfaite avec le site de Stratford aux
abords du parc olympique.
Fidèle à son style organique, Zaha Hadid conçoit le bâtiment tel un ensemble de lignes de
flux à l’image des trajets aquatiques, plongeant et émergeant. Sa caractéristique forme ovalaire se
trouve recouverte d’un toit-coque en porte-à-faux de 50 mètres de long, donnant l’impression de
flotter au-dessus de l’édifice. Cette performance technique sans précédent confère au Centre
Aquatique sa silhouette emblématique si reconnaissable.
Pour concrétiser cette vision audacieuse en accord avec le cahier des charges olympique, la
modélisation numérique paramétrique a joué un rôle déterminant. Dès le concours, le cabinet ZHA
élabore des esquisses en 3 dimensions à l’aide de logiciels de CAO de pointe, permettant d’affiner les
courbes du volume. Ce recours au design computationnel facilite les simulations structurelles
menant à la forme finale spectaculaire.
24
Au-delà de la prouesse graphique, cet outil permet de garantir la constructibilité effective du
concept architectural et la conformité avec les impératifs du site aquatique. En intégrant l’ensemble
des paramètres physiques, spatiaux et techniques dès l’origine, la modélisation générative assure une
cohérence globale au projet. Cette approche résolument numérique autorise des audaces formelles
inenvisageables auparavant.
Pour matérialiser cette silhouette innovante, le choix des matériaux s’est porté sur une
ossature principale en acier pour le toit et les gradins ainsi qu’une base en béton pour les bassins et
les locaux techniques. Cette hybridation répond efficacement aux contraintes structurelles complexes
engendrées par la conception non standard du Centre Aquatique.
Le spectaculaire toit effilé de 120 m de portée nécessite une ingénierie hors normes, prenant
en compte les déformations, la résistance aux charges climatiques et les contraintes sismiques. Sa
relative finesse exige un acier de haute résistance pour la charpente triangulée en treillis supportant la
couverture. Sa forme organique unique a requis le développement de nœuds de connections sur
mesure pour les nombreuses diagonales.
25
porte-à-faux au-dessus du Canal Imperial d’Aragon.
Dès le concours, Zaha Hadid imagine une passerelle fluidifiée qui semble flotter tel un voile
au-dessus du canal historique. Sa silhouette organique s’inscrit dans la continuité des recherches
menées par le cabinet Zaha Hadid Architects sur les formes libres et les fluides. La conception
paramétrique assistée par ordinateur permet de générer ces courbes aérodynamiques uniques, puis
d’en tester la résistance.
Pour relever le défi de construire cet objet architectural aussi audacieux sur le plan esthétique
que structurel, l’agence fait appel aux experts en ingénierie du cabinet Arup. En conjuguant créativité
formelle et simulations numériques de pointe, les équipes pluridisciplinaires donnent vie à ce projet
emblématique au design biomimétique caractéristique.
La Passerelle des Eaux prend ainsi la forme d’une coque mince et sinueuse de 258 m de long
suspendue à près de 10 m au-dessus du canal par seulement deux piles de soutien. Sa surface lisse et
continue en fibre de verre composite blanche contraste avec le paysage industriel environnant. Seul
le garde-corps en acier inoxydable vient rythmer cette épure structurelle grâce à un motif en
chevrons.
Réalisée en matériaux composites plutôt qu’en béton ou en acier, l’enveloppe ondule comme
une vague gelée témoignant de la maîtrise technique totale de ses concepteurs. Sa fabrication relève
d’une prouesse à la fois esthétique et technologique. Des moules numériques sur-mesure ont permis
de thermoformer les panneaux à double courbure irrégulière constituant la surface.
L’assemblage précis de ces centaines de pièces uniques fut effectué à même le chantier naval
pour garantir une continuité parfaite. La coque ainsi réalisée présente une épaisseur de seulement 30
mm, d’où sa légèreté visuelle quasi immatérielle. Elle repose sur une ossature hybride en acier et
carbone permettant de solidifier l’ensemble et de reporter les charges vers les deux pieds.
Aujourd’hui démantelée à l’issue de l’évènement, la Passerelle des Eaux n’en demeure pas moins
une référence en architecture d’avant-garde et un exemple abouti des recherches prospectives de
Zaha Hadid. Par son approche collaborative pluridisciplinaire, ce projet visionnaire annonçait les
modes de conception de demain, où intuition créatrice et simulations numériques évolueront en
symbiose
26
V. Album photo
1. Peintures
27
Kurfuerstendamm 70 - 1986. Image Cortesía de Zaha Hadid
28
Great
Utopias - 1992. Image Cortesía de Zaha Hadid
29
2. Bâtiments
30
Centre Culturel Heydar Aliyev
31
Conclusion
L'œuvre de Zaha Hadid se caractérise avant tout par son extrême inventivité plastique et
structurelle. Ses bâtiments défient les normes établies pour embrasser des morphologies organiques,
fluides et déconstructivistes qui semblent parfois défier les lois naturelles. Des lignes ondoyantes aux
enveloppes texturées quasi-liquides, chacune de ses créations déploie un univers formel inédit, à la
frontière entre objet sculptural et architecture habitable.
Cette recherche permanente de rupture visuelle avec les conventions se double d'une
constante remise en cause des modes constructifs traditionnels. En repoussant sans cesse les limites
techniques des matériaux comme le béton armé, l'acier ou les composites, Zaha Hadid a
révolutionné les processus de conception et de construction architecturale.
Le Heydar Aliyev Center à Bakou incarne avec brio cette approche novatrice, alliant mise en
forme digitale, structures optimisées et procédés de construction high-tech. Les mouvements
complexes de ses voiles de béton sculptés réinterprètent notre rapport à l'espace habité tout en
transcendant les limites historiques des techniques de construction. Architecture vivante à l'identité
formelle unique, cette réalisation emblématique défie les codes de représentation et de
matérialisation établis.
Au-delà du spectaculaire formel et technique, le legs de Zaha Hadid réside aussi dans sa
vision globale de la conception architecturale. Elle prônait une approche holistique, intégrant dès
l'origine l'ensemble des paramètres spatiaux, structurels, fonctionnels et environnementaux au sein
d'un processus créatif organique.
32
Cette vision avant-gardiste annonçait les mutations profondes de la conception architecturale
vers une approche pluridisciplinaire, voire transdisciplinaire. Associant expertise scientifique,
créativité artistique et développement informatique, les réalisations de Hadid font la démonstration
des synergies à venir entre spécialités autrefois cloisonnées. Ses édifices expérientiels aux dimensions
multiples dépassent le simple cadre de l'objet bâti pour embrasser toute la complexité des enjeux
sociétaux contemporains.
En transcendant les codes historiquement admis, Zaha Hadid a ouvert un champ des
possibles illimité pour réinventer notre manière de concevoir et habiter l'espace. Son architecture
"liquide" aux surfaces texturées semble transfigurer la matière inerte pour s'animer d'un mouvement
perpétuel.
Ce pouvoir de remise en question, bien au-delà de l'architecture stricto sensu, constitue sans
nul doute le legs le plus précieux de l'artiste visionnaire. En réinventant notre cadre de vie, en
bousculant nos certitudes esthétiques et matérielles, Zaha Hadid nous invite à remettre en
perspective nos conceptions de l'habitat comme de l'urbanité au sens large.
33
Bibliographie
Ouvrages :
Zaha Hadid (Monographie), Philip Jodidio, Taschen (2017)
Zaha Hadid: Complete Works 1979-Today, Patrik Schumacher, Rizzoli (2004)
Zaha Hadid: Architecture, Andreas Ruby, Edition Axel Menges (2007)
Zaha Hadid Architects: Redefining Architecture, Design Book (2008)
Articles de presse :
"Zaha Hadid, Architecte Visionnaire" par Rowan Moore, The Guardian (2016)
"Zaha Hadid's Architecture Legacy" par James S. Russell, The New York Times (2016)
"Exploring the Architectural Genius of Zaha Hadid" par Oliver Wainwright, The Guardian
(2016)
"How Zaha Hadid Reinvented Architecture" par Ian Volner, The Wall Street Journal (2016)
Sites web :
Site officiel Zaha Hadid Architects : [Link]
Page Wikipedia détaillée : [Link]
Dossier spécial sur ArchDaily : [Link]
Vidéos d'analyse sur ArchiCentral (YouTube) : [Link]
Publications scientifiques :
"The Computational Design of Zaha Hadid's Structures", Advances in Architectural
Geometry (2010)
"Architectural Innovations Through Digital Design Workflows", par Shayam Bhavnani,
RIBAj (2013)
"Complex Surface Formation by Intersecting Parametric Meshes", Journal of Architectural
Engineering (2016)
34