Cours Math Discretes 2
Cours Math Discretes 2
(adapté de)
Mathieu S ABLIK
Table des matières
IV Cardinalité 27
IV.1 Cardinalité des ensembles finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
IV.1.1 Ensembles de même cardinalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
IV.1.2 Cardinal d’un ensemble fini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
IV.1.3 Principe des tiroirs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
IV.2 Dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.2.1 Dénombrement et opération sur les ensembles . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
IV.2.2 Arrangements et combinaisons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
IV.3 Cas des ensembles infinis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
IV.3.1 Définition et premiers exemples d’ensembles dénombrables . . . . . . . . . . 35
IV.3.2 Critères de dénombrabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
IV.3.3 Ensembles non dénombrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
IV.3.4 Théorème de Cantor-Schröder-Bernstein . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
VI Relations d’ordre 45
VI.1 Premières notions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
VI.1.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
VI.1.2 Exemples de relations d’ordre classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
VI.1.3 Mode de représentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
VI.1.4 Fonctions croissantes et décroissantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
VI.2 Bornes d’un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
VI.3 Induction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
VI.3.1 Ordre bien fondé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
VI.3.2 Application à l’étude de la terminaison d’algorithme . . . . . . . . . . . . . . 48
VI.3.3 N
et le principe de récurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
VI.3.4 Principe d’induction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
VI.3.5 Définition inductive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Chapitre I
Elé ments de logique
L’objet de ce chapitre et de mettre en lumière les opérations logiques à l’œuvre dans tout rai-
sonnement mathématique. Il pourra sembler abstrait ou formel dans un premier temps, par oppo-
sition à la logique qui semble ne devoir relever que du seul bon sens. Pour autant, il est tout à fait
fondamental puisqu’il est au cœur même de toute activité mathématique.
Aussi, s’efforcer de formaliser ses propres raisonnements pour les voir s’articuler en fonctions
des principes fondamentaux de ce chapitre est essentiel : cela devient rapidement un confort de
pensée, et la rigueur mathématique se transforme alors en un outil pour explorer l’intuition.
De même, Peano a donné des axiomes qui permettent de travailler avec les entiers natu-
rels : ils ne définissent pas ce qu’est un entier, mais comment ils se comportent (successeur,
principe de récurrence, etc...)
Proposition : (ou affirmation ou assertion) c’est un énoncé, syntaxiquement correct, mais qui peut
être vrai ou faux. Par exemple “le carré de tout nombre réel est positif”, ou “tout entier est
pair”...
Théorème : C’est une proposition dont on a démontré la véracité, c’est à dire qu’on l’a reliée par
une suite d’opération logiques aux axiomes.
Corolaire : Un corolaire d’un théorème, c’est un autre théorème qui est une conséquence facile du
premier.
Lemme : C’est un théorème qui sert à démontrer un théorème plus important.
Conjecture : C’est une proposition, dont on pense qu’elle est vraie, mais pour laquelle on n’a pas
encore trouvé de preuve.
Définition : C’est un énoncé dans lequel on décrit les particularités d’objets particuliers, auxquels
on donne un nom.
Par exemple, parmi les nombre entiers naturels, on définit les nombres premiers comme étant
ceux qui n’ont pas d’autre diviseur que 1 et eux-mêmes.
Comme une définition fournit la liste des propriétés particulières que doivent avoir a priori
tous les objets répondant à cette définition, ces propriétés particulières sont parfois appelées
abusivement “axiomes”.
Remarque I.3. Dans un cours de mathématiques, il est très courant d’employer le terme proposi-
tion dans un autre sens que celui donné ci-dessus. En effet, on l’emploie comme un synonyme de
théorème (avec souvent la nuance qu’une proposition est un théorème que l’on juge moins impor-
tant que d’autres résultats du cours qui eux sont qualifiés de théorèmes). Dans ce chapitre, nous
utiliserons le terme proposition seulement dans le sens d’assertion.
— La proposition “P ou Q”, qu’on note aussi P ∨ Q, est la proposition qui est vraie si au moins
une des deux propositions P ou Q est vraie, et fausse sinon :
P Q P∨Q
V V V
F V V
V F V
F F F
Remarque I.5. On peut noter qu’il existe de subtiles différences entre les opérations logiques for-
melles, et celles utilisées dans le langage courant. Par exemple, le “et” français sous entend une
chronologie : “éplucher les légumes et les couper en rondelles” ne prend pas le même temps que
“couper les légumes en rondelles et les éplucher”.
Cet exemple a peu d’incidence, mais comme on l’a vu avec la négation, il existe de nombreux
autres sous entendus ou ambiguités dans la langue courante qui ne sont pas bienvenus dans un
raisonnement logique. C’est précisément le rôle du langage formel de séparer le discours mathé-
matique de la langue courante, et on prendra soin de ne jamais mélanger les deux.
®
P
Remarque I.6. En plus de P ∧ Q, P et Q se note aussi .
Q
Cette dernière notation (avec l’accolade) est notamment celle qui est tradionnellement utilisée
dans le cadre d’un système d’équations.
P Q P⇔Q
V V V
F V F
V F F
F F V
L’équivalence joue donc parmi les propositions le rôle de l’égalité parmi les nombres : les ex-
pressions 3 + 2 et 5 sont distinctes, et pourtant 3 + 2 = 5. De même, si x, y sont des réels, les expres-
sions x2 + y2 = 0 et x = y = 0 sont distinctes, et pourtant équivalentes : x2 + y2 = 0 ⇔ x = y = 0.
valeurs de a, b, c, d P Q
a=b=c=d=1 V V
a = b = c = 1, d = 2 F F
a = d = 1, b = c = 2 F V
Bien entendu, il n’est pas possible de donner des valeurs à a, b, c et d de sorte que P soit vraie et Q
soit fausse !
Remarque I.8. Insistons sur la différence entre “⇒” et “donc”. “Si j’ai la jambe cassée, je ne peux
pas courir le 100m” est très différent de “J’ai la jambe cassée, donc je ne peux pas courir le 100m”.
Dans le premier cas, je peux avoir la jambe cassée, ou pas. Dans le second, j’ai effectivement la
jambe cassée.
Les deux sens sont très différents, et on a besoin de pouvoir distinguer les deux sans ambi-
guité : c’est le rôle du symbole “⇒”. Il ne faut donc en aucun cas l’utiliser comme une abréviation
ou synonyme de “donc”, puisqu’on ne disposerait plus alors de moyen d’exprimer la relation
d’implication.
Par exemple, le raisonnement par récurrence peut se formaliser sous la forme :
®
∀n ∈ N, Pn .
P0
∀n ∈ N, (Pn ⇒ Pn+1 )
⇒
L’écriture Pn ⇒ Pn+1 ne signifie en aucune façon que Pn est vraie, mais seulement que s’il se trouve
qu’elle l’est, alors Pn+1 l’est aussi.
Théorème I.1
La relation d’implication peut s’exprimer à l’aide des opérations déjà vues :
(P ⇒ Q) ⇔ P ou Q
P Q P P ou Q P⇒Q
V V F V V
F V V V V
V F F F F
F F V V V
Les quatrième et cinquième colonne de cette table sont les mêmes : cela montre l’équivalence des
propositions “P ou Q” d’une part et “P ⇒ Q” d’autre part.
Corollaire I.2
Etant données deux propositions P et Q, on a
(P ⇒ Q) ⇔ P et Q
Démonstration : Comme précédemment, il suffit d’écrire les tables de vérité de ces deux expressions, et
de constater qu’elles sont les mêmes.
Théorème I.3
Etant données deux propositions P et Q, on a
(P ⇒ Q) ⇔ Q⇒P
Démonstration : Comme précédemment, il suffit d’écrire les tables de vérité de ces deux expressions, et
de constater qu’elles sont les mêmes.
i) P ⇔ P
ii) (P et Q) ⇔ (Q et P) (P ou Q) ⇔ (Q ou P)
iii) (P et P) ⇔ P (P ou P) ⇔ P
iv) (P et Q) et R ⇔ P et (Q et R) (P ou Q) ou R ⇔ P ou (Q ou R)
v) (P et Q) ou R ⇔ (P ou R) et (Q ou R) (P ou Q) et R ⇔ (P et R) ou (Q et R)
vi) (P et Q) ⇔ P ou Q (P ou Q) ⇔ P et Q
(On exprime parfois ces propriétés en disant que (i) “ non ” est involutive, (ii) “ et ” et “ ou ” sont
commutatives, (iv) “ et ” et “ ou ” sont associatives, (v) “ et ” et “ ou ” sont distributives l’une par
rapport à l’autre. Les expressions (vi) de la négation de “ et ” et “ ou ” sont parfois appellées lois
de Morgan.)
Autre fait important, l’implication est transitive :
Ä ä
(P ⇒ Q) et (Q ⇒ R) ⇒ (P ⇒ R)
Enfin :
(P ⇔ Q) ⇔ (P ⇒ Q et Q ⇒ P)
ce qui signifie que pour montrer une équivalence, on peut montrer séparément les implications
dans chaque sens. On dit qu’on sépare conditions nécessaire et condition suffisante :
— P ⇒ Q signifie que Q est une condition nécessaire pour que P soit vraie.
— Q ⇒ P signifie que Q est une condition suffisante pour que P soit vraie.
Quand P ⇔ Q, on dit que Q est une condition nécessaire et suffisante (parfois abrégé en CNS) pour
que P soit vraie.
I.4 Quantificateurs
I.4.1 Prédicats et quantificateurs
Définition I.1. Un prédicat P(x) sur un ensemble E est une proposition dont la valeur de vérité
dépend d’un élément x de E.
Par exemple, la proposition P(n) :“l’entier n est pair” dépend d’un entier. C’est un prédicat sur
les entiers. Si n = 2 (ou 4, 6, 218, ...) alors P(n) est vraie, si n = 3 alors P(n) est fausse.
En pratique, étant donné un prédicat P(x) dépendant d’un élément x de E, il y a deux situations
extrêmes qui sont utiles à considérer :
— celle où P(x) est toujours vrai, peu importe l’élément x de E considéré
— celle où P(x) n’est vrai pour aucun élément x de E : notons que sa négation signifie qu’il
existe (au moins) un élément x de pour lequel P(x) est vrai.
Cela conduit à introduire le formalisme suivant.
La proposition “pour tout x de E, P(x) est vraie” s’écrit en langage formel :
∀ x ∈ E, P(x).
TABLE DES M ATIÈRES 8
La proposition “il existe au moins un x de E pour lequel P(x) est vraie” s’écrit en langage
formel :
∃ x ∈ E, P(x).
La proposition “il existe un unique x de E pour lequel P(x) est vraie” s’écrit en langage formel :
∃!x ∈ E, P(x).
Remarque I.9. Contrairement aux apparences, la proposition “∀ x ∈ E, P(x)”, ne dépend pas d’un
élément x de E, puisqu’ils sont tous testés. On dit que dans cette écriture, x est une variable muette.
En particulier, on peut changer ce symbole par n’importe quoi d’autre sans changer le sens de
l’affirmation :
(∀ x ∈ E, P(x)) ⇔ (∀y ∈ E, P(y)).
Formellement, c’est la même chose pour l’affirmation “∃ x ∈ E, P(x)”. Cependant, il arrive par
commodité que lorsqu’on utilise une telle affirmation, alors dans la suite le symbole x désigne un
élément qui satisfait P(x).
√
Exemple : ∀ x ∈ [0, +∞[, ∃!y x ∈ [0, +∞[, x = y2x . On note x ce réel y x .
Concrètement :
— Pour montrer une proposition de la forme “∀ x ∈ E, P(x)”, on fixe un élément x de E (quel-
conque), et on montre que P(x) est vraie pour cet élément là .
— Pour montrer une proposition de la forme “∃ x ∈ E, P(x)”, le plus souvent on donne expli-
citement un x qui convient.
Exemple I.1. A titre d’exemple, montrons que
∀e > 0, ∃ρ ∈ Q, ρ ∈]0, e[
Ce qu’on veut montrer commence par “∀e > 0, ...”, on commence donc par se donner un e > 0
quelconque, ce qui peut s’écrire :
Soit e > 0 donné quelconque.
Q
Ce qu’il faut montrer pour cet e commence pas ∃ρ ∈ , .... On cherche donc un rationnel
explicite ρ qui satisfait la condition voulue, à savoir 0 < ρ < e. Par exemple on peut chercher une
N
solution de la forme 10−k . Pour k ∈ , on a
(∀ x ∈ E, P(x)) ⇔ (∃ x ∈ E, P(x))
(∃ x ∈ E, P(x)) ⇔ (∀ x ∈ E, P(x))
Exemple : Bien identifier les nuances entre les quatre notions suivantes qui sont toutes diffé-
rentes :
— Dire qu’une fonction f : R → R est la fonction nulle s’écrit : ∀x ∈ R, f (x) = 0.
— Dire qu’une fonction f : R → R n’est pas la fonction nulle s’écrit : ∃x ∈ R, f (x) 6= 0.
— Dire qu’une fonction f : R → R s’annule s’écrit : ∃x ∈ R, f (x) = 0.
— Dire qu’une fonction f : R → R ne s’annule pas s’écrit : ∀x ∈ R, f (x) 6= 0.
On montre également les liens suivants entre quantificateurs et les connecteurs “et” et “ou” :
Å ã
(1) ∀ x ∈ E, P(x) et Q(x) ⇔ ∀ x ∈ E, P(x) et ∀ x ∈ E, Q(x)
⇐
Å ã
(2) ∀ x ∈ E, P(x) ou Q(x) ∀ x ∈ E, P(x) ou ∀ x ∈ E, Q(x)
6⇒
⇒
Å ã
(3) ∃ x ∈ E, P(x) et Q(x) ∃ x ∈ E, P(x) et ∃ x ∈ E, Q(x)
6⇐
Å ã
(4) ∃ x ∈ E, P(x) ou Q(x) ⇔ ∃ x ∈ E, P(x) ou ∃ x ∈ E, Q(x)
Dans (2), la proposition de gauche signifie que pour chaque x, P(x) ou Q(x) est vraie, mais il peut
y avoir des éléments x pour lesquels c’est P(x) qui est vraie, et d’autres pour lesquels c’est Q(x)
La proposition de droite par contre affirme que P(x) est toujours vraie ou Q(x) est toujours
vraie.
Z
A titre d’exemple, considérons E = , P(n) :”n est pair” et Q(n) :”n est impair”. Alors il est
vrai que chaque entier est pair ou impair, mais il est faux que tous les entiers sont pairs ou tous les
entiers sont impairs.
Dans (3) la proposition de gauche affirme qu’il y a au moins un élément x qui satisfait à la fois
P(x) et Q(x), alors que celle de droite affirme qu’il y a au moins un élément x qui satisfait P(x) et
un élément x 0 qui satisfait Q(x 0 ), mais ce ne sont pas nécessairement les mêmes.
R R
Par exemple, la proposition “il existe x ∈ tel que sin x = 0 et il existe x ∈ tel que cos x = 0”
R
est vraie (puisque sin 0 = 0 et cos π2 = 0). Mais la proposition “il existe x ∈ tel que sin x = 0 et
R
cos x = 0” est fausse (puisque la relation sin2 x + cos2 x = 1 est vraie pour tout x ∈ , et que par
conséquent les fonctions sin et cos ne peuvent pas s’annuler sur un même réel x).
∀ x ∈ E, ∀y ∈ E, P(x, y) ⇔ ∀y ∈ E, ∀ x ∈ E, P(x, y)
∃ x ∈ E, ∃y ∈ E, P(x, y) ⇔ ∃y ∈ E, ∃ x ∈ E, P(x, y)
∀ x ∈ R, ∃c x ∈ R, f (x) = c x
I.5 Raisonnements
I.5.1 Raisonnement déductif
Le raisonnement déductif est le suivant :
Si P et P ⇒ Q sont vraies, alors Q est vraie.
Remarque I.11. C’est le raisonnement le plus utilisé. Le plus souvent l’affirmation de P ⇒ Q est
suffisamment évidente pour être sous entendue. On se contente alors d’écrire “P, donc Q”.
Par exemple, le fragment de raisonnement “n est divisible par 4 donc n est divisible par 2”,
utilise de façon sous entendue que “être divisible par 4 implique être divisible par 2”.
En pratique, dans une raisonnement déductif, on utilise la transitivité de “⇒” pour enchainer
des étapes élémentaires :
®
P vraie
⇒ Pk vraie .
P ⇒ P1 ⇒ P2 ⇒ · · · ⇒ Pk
en démontrant la contrapposée
En effet, si a = 2a0 , alors ab = (2a0 )b = 2(a0 b) est pair. De même si b = 2b0 , alors ab = a(2b0 ) = 2(ab0 )
est pair.
√ √
Exemple I.4. Montrons que 2 est irrationnel. Pour cela, supposons √ par l’absurde que 2 soir
rationnel : cela signifie qu’il existe a ∈ N
et b ∈ N
r {0} tels que 2 = ba . De plus, quitte à
a
simplifier le numérateur et le dénominateur de b par un facteur commun, on peut supposer que a
et b sont premiers entre eux (c’est-à-dire que 1 est le seul diviseur commun à a et b).
√
Puisque 2 = ba , on obtient en élevant au carré que 2b2 = a2 . En particulier, 2 divise a2 (ce que
N
l’on note 2| a2 ). Par conséquent 1 on obtient que 2| a. Cela signifie qu’il existe a0 ∈ tel que a = 2a0 .
On en déduit que 2b2 = (2a0 )2 = 4a02 , et donc que 2a02 = b2 . En particulier 2|b2 , et donc 2|b. Donc
2 est un diviseur comme à a et b, ce qui contredit le fait que a et b sont premiers entre eux.
√
On peut donc conclure que 2 est irrationnel.
P ⇔ P1
⇔ P2
..
.
⇔Q
x ∈ A ⇔ ...
⇔ ...
⇔x∈B
Donc A = B.
Ou bien raisonner par double inclusion :
— M’est donné x ∈ A. Alors [. . . ] et donc x ∈ B. Donc A ⊆ B.
— M’est donné y ∈ B. Alors [. . . ] et donc y ∈ A. Donc B ⊆ A.
Ainsi, A = B.
1. Ce fait non trivial est une conséquence du Lemme de Gauss que l’on verra dans le chapitre sur l’arithmétique dans
Z. On peut aussi le voir comme une conséquence de l’unicité de la décomposition d’un entier en facteurs premiers. 2Dé-
montrons la contraposée (en admettant l’unicité de la décomposition d’un entier en facteurs premiers) : 2 6 | a ⇒ 2 6 | a . Si
2 6 | a, alors 2 n’apparaît pas dans la décomposition en facteurs premiers de a. En élevant au carré tous les facteurs de la
décomposition en facteurs premiers de a, on obtient une décomposition en facteurs premiers de a2 , qui est LA décomposi-
tion en facteurs premiers de a2 (par unicité de la dćomposition). Donc 2 n’apparaît pas dans la décomposition en facteurs
premiers de a2 . En particulier, 2 6 | a.
TABLE DES M ATIÈRES 12
De la même manière, déterminer les solutions x d’un problème P(x), revient à déterminer l’en-
semble S des x pour lesquels P(x) est vraie.
On peut raisonner par équivalence :
Soit x ∈ E (nota : on ne suppose pas que x vérifie P(x) ! !).
On a :
P(x) ⇔ [. . . ]
⇔ x ∈ { x1 , . . . , x n }
√
®
x2 = 2 − x
x= 2−x ⇔
x≥0
®
x2 + x − 2 = 0
⇔
x≥0
®
x ∈ {1, −2}
⇔
x≥0
⇔x=1
Donc S = {1}.
Chapitre II
Introduction à la théorie des ensembles
Objets distincts On peut distinguer deux éléments entre eux et un ensemble ne peut pas contenir
deux fois le même objet.
Ensemble vide Il existe un ensemble qui ne contient aucun élément, c’est l’ensemble vide et on le
note ∅ ou {}.
Paradoxe de Russell Un ensemble peut être élément d’un autre ensemble mais pas de lui même.
Remarque II.1. Cette dernière règle peut ne pas sembler naturelle. A la naissance de la théorie
des ensembles, les mathématiciens ne voyaient pas d’objection à envisager un ensemble dont les
éléments seraient tous les ensembles : l’ensemble des ensembles. Russell leur opposa le paradoxe
suivant :
Supposons que l’ensemble de tous les ensembles existe, et notons-le E. On considère l’ensemble
A = {x ∈ E : x ∈ / x } . Comme E contient tous les ensembles, A appartient à E. Est-ce que A
appartient à A ?
— si A ∈ A alors par définition de A, on a A ∈ / A,
— si A ∈ / A alors par définition de A, on a A ∈ A.
II.1.3 Représentation
On peut représenter les ensembles à l’aide d’un diagramme de Venn, ce sont les fameux dia-
grammes “patates”.
Exemple II.4. L’ensembe {Pierre ; Paul ; Marie ; Julie ; Karim} se représente par :
Julie Pierre
×
×
Karim
×
Marie
×
Paul
×
II.2 Sous-ensembles
II.2.1 Inclusion
Définition II.1 (Sous-ensembles). L’ensemble A est un sous-ensemble de B si tous les éléments de
A sont des éléments de B (autrement dit x ∈ A =⇒ x ∈ B). On dit aussi que A est inclus dans B,
on le note A ⊆ B.
Remarque II.2. Pour tout ensemble A on a ∅ ⊆ A et A ⊆ A.
Exemple II.5. On a {1, 2} ⊆ {1, 2, 3}.
N Z Q R C
Bien sûr on a ⊆ ⊆ ⊆ ⊆ .
Définition II.2 (Egalité d’ensembles). Deux ensembles sont égaux si et seulement si ils ont les
mêmes éléments, autrement dit si A ⊆ B et B ⊆ A.
Définition II.5 (Intersection). L’intersection des ensembles A et B est l’ensemble des éléments com-
muns à A et à B. On le note A ∩ B.
On dit que deux ensembles sont disjoints (ou incompatibles) si A ∩ B = ∅.
Proposition II.2 Propriétés de l’intersection
L’intersection admet certaines propriétés :
Idempotence : A ∩ A = A
Commutativité : A ∩ B = B ∩ A
Associativité : A ∩ (B ∩ C) = (A ∩ B) ∩ C
Elément neutre : si l’on se place dans un ensemble Ω appelé univers et que A est un sous-
ensemble de Ω alors A ∩ Ω = A
Définition II.7 (Différence symétrique). La différence symétrique entre les ensembles A et B est
l’ensemble des éléments qui sont dans A ou B mais pas dans les deux, on le note
A∆B = (A ∪ B) r (A ∩ B).
Remarque II.4. Il faut obligatoirement se placer dans un ensemble de référence pour définir la
complémentation.
Proposition II.4 Propriétés de la complémentation
La complémentation a plusieurs propriétés :
Chapitre II. I NTRODUCTION À LA THÉORIE DES ENSEMBLES 16
Involution : A = A
Loi de Morgan : A ∩ B = A ∪ B et A ∪ B = A ∩ B
A B
Ω
n D Diff
iff éren
on ctio ér ce sy
Uni rs
e en mét
riqu
te ce e
In
Passage au complémentaire
F IGURE II.1 – Exemples de constructions d’ensembles à partir des ensembles A et B contenus dans
l’univers Ω
On dit que v est un préfixe de u s’il existe un mot w tel que u = v · w. On dit que v est un suffixe
de u s’il existe un mot w tel que u = w · v.
Un langage L sur un alphabet fini A est un ensemble de mots définis sur A, autrement dit L est
une partie de A∗ : L ⊆ A∗ .
Chapitre II. I NTRODUCTION À LA THÉORIE DES ENSEMBLES 18
Chapitre III
Fonctions et applications
La notion d’application permet d’associer à chaque élément d’un ensemble un élément d’un
R R
autre ensemble. Il y a bien sûr l’exemple d’applications de dans , mais il ne faut pas s’y limiter :
les applications peuvent être définies sur toute sortes d’ensembles, et permettent d’étudier les
objets sous toutes sortes d’aspects.
Par exemple, on peut s’intéresser aux suites réelles, et plus particulièrement à leur premier
terme. Cela revient à considérer l’application qui à une suite u = (un )n∈N associe son premier
terme u0 est faite pour ça :
N →
R R
.
(un )n∈N 7→ u0
Autrement dit
f :E −→ F
1 7−→ a
2 7−→ c
3 7−→ a
4 7−→ a
On dit que a est l’image de 1 par f . Les éléments 1, 3, 4 sont les antécédents de a par f . L’élément
b n’a pas d’antécédent par f .
f (A) = { f (x), x ∈ A}
= {y ∈ F : il existe x ∈ E tel que f (x) = y}
= {y ∈ F : il existe x ∈ E tel que (x, y) ∈ G f };
— la préimage de B par f :
Définition III.3 (Image d’une application). L’ensemble image d’une fonction f : E → F, noté Im( f )
est l’ensemble des éléments de y ∈ E qui ont un antécédent par f . Autrement dit :
Im( f ) = f (E)
= { f (x), x ∈ F }
= {y ∈ F : il existe x ∈ E tel que f (x) = y}
Exemple III.2. Soit E = {1, 2, 3, 4} et F = { a, b, c}. On considère la fonction f définit par le graphe
G f = {(1, a), (2, c), (3, a), (4, a)} ⊆ E × F.
On a :
— f ({1}) = { a}, f ({1, 4}) = { a}, et f ({1, 2, 3}) = { a, c} ;
— f −1 ({ a}) = {1, 3, 4}, f −1 ({ a, c}) = {1, 2, 3, 4}, f −1 (∅) = ∅ et f −1 ({b}) = ∅ ;
— l’image de l’application f est Im( f ) = { a, c}.
Exemple III.3. R R R
— L’application f : → , x 7→ sin x et l’application g : [0, +∞[→ , x 7→ sin x
ne sont pas égales (puisqu’elles n’ont pas le même ensemble de départ).
R R R R
— L’application f : → , x 7→ sin2 x + cos2 x et l’application g : → , x 7→ 1 sont égales
R
puisque : ∀ x ∈ , sin2 x + cos2 x = 1.
21 III.1. Premières notions
N N
— L’application f : → , n 7→ n2 2n + 3 et l’application g : N → N, n 7→ n(n+1)(n
3
+2)
ne sont
pas égales puisque f (1) = 5 6= 2 = g(1).
Définition III.5. Si E et F sont des ensembles, la collection des applications de E vers F forment
un ensemble : l’ensemble de fonctions de E vers F que l’on note
F (E, F) ou F E .
Exemple III.4. La notation RN désigne l’ensemble des applications de N dans R, autrement dit
l’ensemble des suites réeles.
Table de valeur Pour chaque élément de E on donne l’élément de F associé. Si E est fini on peut
représenter cela sous forme de tableau.
x 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
f(x) aa nj zj nk za az aa aa zz ju
Diagramme de Venn Parfois il est plus visuel de montrer les différents liens sur un diagramme
de Venn.
1
×
e b 2
× × ×
a
d × 4
× ×
c
× 3
×
E
F
Formule algébrique Lorsque l’ensemble E est infini, on ne peut pas stocker toutes les valeurs,
on peut définir la fonction par une formule :
f : R −→ R
x 7−→ 3x2 + 2x − 5
Courbe On peut aussi représenter la fonction sous forme de courbe qui à chaque point de l’abs-
cisse fait correspondre un élément de l’ordonnée. Autrement dit, les points de la courbe représen-
tative de f sont précisément les points dont les coordonnées sont dans le graphe G f de f .
Chapitre III. F ONCTIONS ET APPLICATIONS 22
2
0 5 10 15 20
Algorithme On peut aussi définir une fonction f : E → F par un algorithme qui prend en
argument un élément de E et lorsqu’il s’arrête, il renvoie un élément de F. Le domaine de définition
est l’ensemble des valeurs pour lesquelles l’algorithme s’arrête.
1
×
e
α × b
× × 2
a ×
β × 4
× d ×
× c
× 3
γ ×
×
f g
E F G
g◦ f
Remarque III.4. Au milieu du XXème siècle, quelques mathématiciens trouvèrent que la notation
g ◦ f portait à confusion et décidèrent d’utiliser une notation post-fixée : x f pour f (x) et x f g pour
g ◦ f (x).
23 III.1. Premières notions
Fonctions caractéristiques
Définition III.10. Soit Ω un ensemble. Pour tout A ⊆ Ω, on définit la fonction caractéristique de
l’ensemble A par
1 A : Ω −→ {0, 1}
®
1 si x ∈ A
x 7−→
0 si x ∈
/A
La fonction caractéristique d’un ensemble permet de définir un ensemble de manière fonction-
nelle. Ainsi, on a :
A = { x ∈ Ω : 1 A (x) = 1}
Proposition III.2 Propriétés des fonctions caractéristiques
Soient A, B ∈ P (Ω), pour tout x ∈ Ω, on a :
1. 1 A∩ B (x) = 1 A (x) × 1 B (x)
2. 1 A∪ B (x) = 1 A (x) + 1 B (x) − 1 A∩ B (x) = 1 A (x) + 1 B (x) − 1 A (x) × 1 B (x)
3. 1 A (x) = 1 − 1 A (x)
Exemple III.6. A l’aide des fonctions caractéristiques on peut retrouver les formules classiques, par
exemple pour tout x ∈ Ω, on a :
1 A∪ B (x) = 1 − (1 A (x) + 1 B (x) − 1 A∩ B (x))
= 1 − 1 A (x) − 1 B (x) + 1 A (x)1 B (x)
= (1 − 1 A (x))(1 − 1 B (x))
= 1 A (x)1 B (x)
= 1 A∩ B (x)
Chapitre III. F ONCTIONS ET APPLICATIONS 24
∀ x, x 0 ∈ E f (x) = f (x 0 ) ⇒ x = x 0
Définition III.12 (Fonction surjective). Une fonction est surjective si chaque élément de l’espace
d’arrivée admet au moins un antécédent :
∀y ∈ F, ∃ x ∈ E, f (x) = y.
∀y ∈ F, ∃!x ∈ E, f (x) = y.
Proposition III.3
L’application f : E → F est bijective si et seulement si il existe une application g : F → E
telle que f ◦ g = IdF et g ◦ f = IdE .
Si f est bijective, l’application g est unique, c’est l’ application réciproque de l’application f ,
notée f −1 .
Q y
— surjective car pour tout y ∈ on a 2 ∈ et f ( 2 ) = y ; Q y
Q
— injective car si x, y ∈ vérifient f (x) = f (y) alors 2x = 2y autrement dit x = y.
Elle est donc bijective.
2d point de vue : Soit g : Q Q
→ , x 7→ 2x . Alors pour tout x ∈ , g( f (x)) = g(2x) = Q 2x
2 = x et
f (g(x)) = f 2 = 2 2 = x. Donc f est donc bijective et f −1 = g.
x x
Proposition III.4
Soient f : E → F et g : F → G deux bijections. La composée g ◦ f est bijective et
(g ◦ f )−1 = f −1 ◦ g−1 .
Démonstration : On a :
De même, on a :
Exemple III.8. Z Z
— L’application f : → définie par f (n) = n + 1 est bijective : son application
Z Z
réciproque est l’application g : → définie par g(n) = n − 1.
N N
— L’application f : → définie par f (n) = n + 1 est injective, mais pas surjective. En effet,
si f (n) = f (m), alors n + 1 = m + 1 et donc n = m. Par contre, 0 n’a pas d’antécédent par f
N
car ∀n ∈ , f (n) ≥ 1.
N N
— L’application f : → ∗ définie par f (n) = n + 1 est bijective.
Comme on le voit, être ou non injectif ou surjectif dépend fortement du choix des ensembles
de départ et d’arrivée.
Remarque III.6. On peut toujours rendre une application surjective en réduisant son ensemble d’ar-
rivée. Soit f : E → F une application. Alors l’application
E → Im( f )
f˜ :
x 7→ f (x)
U → U
®
Sd : 0 si n = 0
u = (un )n∈N 7→ v = (vn )n∈N où vn =
u n −1 si n > 0.
Ainsi : Sd (u0 , u1 , u2 , ...) = (0, u0 , u1 , u2 , ...). Alors :
Chapitre III. F ONCTIONS ET APPLICATIONS 26
— Sd est injective : si u = (u0 , u1 , u2 , ...) et u0 = (u00 , u10 , u20 , ...) sont deux suites donné es telles
que Sd (u) = Sd (u0 ), alors (0, u0 , u1 , u2 , ...) = (0, u00 , u10 , u20 , ...). Ainsi,
0=0
u0 = u00
u = u 0
1 1
u = u 0
2 2
u3 = u30
...
donc u = u0 .
— Sd n’est pas surjective : par exemple, la suite v = (1, 0, 0, 0, ...) n’a pas d’anté cé dent puisque
pour toute suite u ∈ U , le premier terme de Sd (u) est 0.
Remarquons enfin que Sg ◦ Sd = IdU , alors que Sd ◦ Sg est l’application qui remplace le premier
terme d’une suite par 0.
Chapitre IV
Cardinalité
N N
Démonstration : Montrons par récurrence sur n ∈ ∗ la propriété Pn : pour tout k ∈ , s’il existe une
application injective de {1, . . . , n} dans {1, . . . , k} alors n ≤ k.
Clairement cette propriété est vraie pour P1 car il n’y a pas d’application d’un ensemble non vide
dans un ensemble vide.
Supposons que Pn est vérifiée et montrons que Pn+1 est aussi vérifiée. Soit f : {1, . . . , n + 1} →
{1, . . . , k} une injection. Pour tout x ∈ {1, . . . , n}, on a f (x) 6= f (n + 1) car f est une injection. On a
deux cas possibles :
— Si f (x) < f (n + 1) pour tout x ∈ {1, . . . , n} alors f (x) ∈ {1, . . . , k − 1} car f (x) ≤ f (n + 1) − 1 ≤
k − 1. En utilisant l’hypothèse de récurrence, on en déduit que n ≤ k − 1 et donc n + 1 ≤ k.
Chapitre IV. C ARDINALITÉ 28
— Sinon, on considère x0 ∈ {1, . . . , n} tel que f (x0 ) > f (x) pour tout x ∈ {1, . . . , n + 1} r { x0 }. On
définit la fonction g : {1, . . . , n + 1} → {1, . . . , k} telle que g(x) = f (x) pour tout x ∈ {1, . . . , n +
1} r { x0 , n + 1}, g(x0 ) = f (n + 1) et g(n + 1) = f (x0 ). Comme f est une injection, les éléments de
{1, . . . , n + 1} n’ont pas deux images identiques par g donc g est injective. De plus g(x) < g(n + 1)
pour tout x ∈ {1, . . . , n}, en réalisant le même raisonnement que le point précédent, on en déduit
que n + 1 ≤ k.
Par récurrence la propriété Pn est vérifiée pour tout n ∈ N ce qui montre le premier point du
lemme.
Si f : {1, . . . , n} → {1, . . . , k} est bijective, elle est injective d’où n ≤ k, et elle est surjective d’où
n ≥ k. On en déduit que n = k.
Définition IV.2 (Cardinal d’un ensemble fini). Un ensemble E est fini s’il est vide ou s’il existe
N
n ∈ ∗ tel que E est en bijection avec {1, . . . , n}. Cet entier est unique, il est appelé le cardinal de
E. On le note Card (E). Si E est vide, on pose Card (E) = 0.
Remarque IV.2. Le cardinal d’un ensemble fini correspond à l’idée naturelle du nombre d’éléments
d’un ensemble.
Proposition IV.2
Soient E et F deux ensembles finis. On a :
— Il existe une application injective de E dans F si et seulement si Card (E) ≤ Card (F).
— Il existe une application surjective de E dans F si et seulement si Card (E) ≥ Card (F).
— Il existe une application bijective de E dans F si et seulement si Card (E) = Card (F).
Démonstration : Soient g : E → {1, . . . , Card (E)} et h : F → {1, . . . , Card (F)} deux bijections définissant
le cardinal de E et F.
Montrons le premier point. Soit f : E → F une injection, h ◦ f ◦ g−1 est une injection de {1, . . . , Card (E)}
dans {1, . . . , Card (F)}, donc Card (E) ≤ Card (F). Réciproquement, supposons que Card (E) ≤ Card (F).
On définit ϕ = h−1 ◦ i ◦ f où i : x 7→ x est l’injection canonique de {1, . . . , Card (E)} dans {1, . . . , Card (F)}.
L’application ϕ est une injection de E dans F.
Montrons le deuxième point. Soit f : E → F une surjection, h ◦ f ◦ g−1 est une surjection de
{1, . . . , Card (E)} dans {1, . . . , Card (F)}, donc Card (E) ≥ Card (F). Réciproquement, supposons que
Card (E) ≥ Card (F). On définit ϕ = h−1 ◦ s ◦ f où s : {1, . . . , Card (E)} → {1, . . . , Card (F)} est définie
par s(x) = x si x ∈ {1, . . . , Card (F)} et s(x) = 1 si x ∈ {Card (F) + 1, . . . , Card (E)}. L’application s est
surjective et donc ϕ est une surjection de E dans F.
Pour le dernier point, on considère une bijection f : E → F. Alors h ◦ f ◦ g−1 est une bijection
de {1, . . . , Card (E)} dans {1, . . . , Card (F)}, on en déduit que Card (E) = Card (F). Réciproquement,
supposons que Card (E) = Card (F) = n et considérons deux bijections g : E → {1, . . . , n} et h : F →
{1, . . . , n}. On en déduit que h−1 ◦ g est une bijection de E dans F.
Démonstration : On peut faire une preuve directe de ce résultat. Comme E est fini on note E = { x1 , . . . , xCard(E) }.
Soit f : E → F et supposons que f (xi ) 6= f (x j ) si i 6= j. On en déduit que f (x1 ), . . . , f (xCard(E) ) sont tous
distincts et sont des éléments de F ainsi Card (E) ≤ Card (F). On en déduit que si Card (E) > Card (F)
alors au moins deux éléments de E ont la même image.
Exemple IV.1. Il y a au moins deux personnes à Paris qui ont exactement le même nombre de
cheveux. Le nombre moyen de cheveux chez un humain est de 150000 donc raisonnablement,
personne n’en a plus d’un million. Or il y a plus d’un million d’habitants à Paris, donc au moins
deux habitants ont le même nombre de cheveux.
Il est possible d’étendre le principe des tiroirs.
Proposition IV.4
Soient E et F deux ensembles finis non vides et f : E → F une application. Si Card (E) >
N
k Card (F) avec k ∈ ∗ alors il existe une valeur de f qui est répétée au moins k + 1 fois.
Démonstration : Si chaque valeur de f est répétée au plus k fois alors E contient au plus k Card (F) élé-
ments. Ainsi si Card (E) > k Card (F), une valeur de f est répétée au moins k + 1 fois.
Exemple IV.2. Voyons combien de noms différents doivent apparaître dans l’annuaire pour qu’au
moins cinq noms commencent et terminent par la même lettre. Soient E l’ensemble des noms et
F l’ensemble des paires de lettres qu’il est possible de constituer avec un alphabet de 26 lettres.
Clairement Card (F) = 26 × 26 = 676. On considère la fonction f : E → F qui renvoie pour
chaque nom la paire de lettre correspondant aux premières et dernières lettre du nom (par exemple
f (maurice) = (m, e)). Pour avoir cinq noms qui commence par la même lettre et termine par la
même lettre il faut que Card (E) > 4 Card (F) = 4 × 676 = 2704. Ainsi il faut que l’annuaire
contienne au moins 2705 noms.
Exemple IV.3. Montrons que dans tout groupe de six personnes, trois se connaissent mutuellement
ou trois ne se sont jamais vues. Considérons x une personne, E l’ensemble des cinq autres per-
sonnes et B = {0, 1}. Prenons la fonction f : E → B tel que f (a) = 1 si a ∈ E connaît x et 0 sinon.
Comme Card (E) > 2 Card (B), soit trois personnes connaissent x, soit il ne connaissent pas x.
Supposons que a, b et c connaissent x. Si deux d’entre eux se connaissent, avec x on a trouvé
trois personnes qui se connaissent mutuellement. Sinon a, b et c ne se connaissent pas.
Le même type de raisonnement fonctionne si a, b et c ne connaissent pas x.
IV.2 Dénombrement
On cherche le cardinal d’un ensemble fini, c’est à dire à dénombrer le nombre d’éléments de
cet ensemble. Dans votre scolarité en informatique vous utiliserez la notion de dénombrement au
moins dans les deux cas de figures suivants :
— dénombrer le nombre de cas à analyser par un algorithme en vu d’étudier sa complexité ;
— lorsqu’on tire au hasard un élément dans un univers finis Ω de manière équiprobable (c’est
à dire que chaque élément à la même probabilité d’être tiré), la probabilité que cet élément
soit dans l’ensemble A ⊆ Ω est
Card (A)
P(A) = .
Card (Ω)
Union et intersection
Si A et B sont deux ensembles disjoints, c’est à dire A ∩ B = ∅, on a :
Card (A ∪ B) = Card (A) + Card (B) .
Chapitre IV. C ARDINALITÉ 30
Lorsque A et B sont deux ensembles quelconques, on cherche à écrire l’union comme une union
disjointe d’ensembles. Ainsi A ∪ B = (A r B) ∪ (B r A) ∪ (A ∩ B) et l’union est disjointe ainsi
Exemple IV.4 (Nombre de carrés). On cherche à compter le nombre de carrés dans la figure ci
dessous :
Produit cartésien
Soient A et B deux ensembles finis. L’ensemble A × B correspond aux couples d’éléments (a, b)
où a ∈ A et b ∈ B. Ainsi on a Card (A) possibilités pour choisir le premier éléments et une fois
que l’on a choisi un élément de A, il y a Card (B) possibilités pour choisir b ∈ B. On en déduit que
A × B contient Card (A) × Card (B) éléments. On peut représenter les différents choix à l’aide d’un
arbre comme sur la figure IV.1.
A = { a1 , a2 , a3 , a4 }
a1 a2 a3 a4 B = {b1 , b2 , b3 }
Card (A × B) = 4 × 3 = 12
(a1 , b1 ) (a1 , b2 ) (a1 , b3 ) (a2 , b1 ) (a2 , b2 ) (a2 , b3 ) (a3 , b1 ) (a3 , b2 ) (a3 , b3 ) (a4 , b1 ) (a4 , b2 ) (a4 , b3 )
F IGURE IV.1 – Représentation sous forme d’arbre du produit cartésien de deux ensembles finis.
Et plus généralement, si (Ai )i∈{1,...,n} est une famille finie d’ensembles finis alors :
Exemple IV.5 (Nombre de mots). On considère un alphabet A de cardinal Card (A) = m, on sou-
haite compter le nombre de mots de longueur n noté An (par exemple pour connaitre le nombre
de mots de passe possibles).
Si A = { a, b} et n = 4, le nombre de mots de longueur 4 qui peuvent être composés à partir
des lettres a et b est 24 = 16, on peut les énumérer :
aaaa, aaab, aaba, aabb, abaa, abab, abba, abbb, baaa, baab, baba, babb, bbaa, bbab, bbba, bbbb
Exemple IV.6 (Nombre de noms de variables BASIC). Les noms des variables du langage BASIC se
définissent ainsi :
<Lettre>::= A|B|... |Z
<Digit> ::= 0|1|... |9
<Var> ::= <Lettre> | <Lettre><Digit>
Ainsi une variable est une lettre ou bien une lettre composée d’un digit. Le nombre de variables
est donc :
Card (<Var>) = Card (<Lettre>|) + Card (<Lettre>) .Card (<Digit>) = 26 + (26 ∗ 10) = 286
Passage au complémentaire
Arrangement
Proposition IV.7
Permutation de n éléments : c’est le nombre de façon de ranger n objets dans l’ordre.
n! = n × (n − 1) × (n − 2) × · · · × 2 × 1
Exemple IV.8. De combien de façons pouvez-vous ranger 10 livres sur une étagère ?
10! = 3628800
36! = 3, 72.1041
Proposition IV.8
Arrangements de p éléments parmi n sans répétition : c’est le nombre de listes de p élé-
ments parmi n, les éléments sont donc ordonnés dans la liste.
p n!
An = n × (n − 1) × (n − 2) × · · · × (n − p + 1) =
(n − p)!
Démonstration : Le premier élément peut être choisi de n façons différents, le deuxième peut prendre
n − 1 valeurs, le troisième n − 2 valeurs et le p-ième élément n − p + 1 valeurs. D’où :
p n!
An = n × (n − 1) × (n − 2) × · · · × (n − p + 1) =
(n − p)!
Exemple IV.10. Après les prolongations d’un match de football, l’entraîneur doit choisir les 5 tireurs
de penaltys parmi les onze joueurs et l’ordre de passage. Combien de choix a-t-il ?
A511 = 11 × 10 × 9 × 8 × 7 = 55440
Exemple IV.11. Le bingo est un jeu où les nombres tirés sont annoncés les uns à la suite des autres.
S’il y a 90 numéros en tout dans un sac, combien de suites différentes peut-on former avec les 10
premiers numéros tirés ?
A10
90 ' 2, 076.10
19
Proposition IV.9
Arrangement de p éléments parmi n avec répétition : c’est le nombre de listes de p élé-
ments parmi n, mais on s’autorise des répétitions éventuelles des éléments. Les éléments sont
ordonnés dans la liste.
np
Démonstration : Le premier élément peut être choisi de n façons différents, le deuxième d n façons, le
troisième n valeurs... Il y a donc n p possibilités.
aa ab ac ba bb bc ca cb cc
107
On a 6 clochettes produisant chacune un son différent des autres. On veut faire une mélodie de
10 notes avec ces clochettes. Combien de possibilités a-t-on ?
610 = 60466176
Chapitre IV. C ARDINALITÉ 34
Proposition IV.10
Soient E et F deux ensembles finis, le cardinal de l’ensemble des applications de E dans F,
noté F E , est : Ä ä
Card F E = Card (F)Card(E)
Démonstration : Pour définir une fonction de E dans F, il faut associé à chaque élément de E un élément
de F. Pour chaque élément de E on a donc Card (F) possibilités.
Combinaison
Proposition IV.11
Combinaisons de p éléments parmi n sans répétition : c’est le nombre de sous-ensembles
de p éléments dans un ensemble contenant n éléments, les éléments ne sont donc pas ordonnés.
p n!
Cn =
p!(n − p)!
p
Démonstration : Le nombre de combinaisons de p éléments choisis parmi n est noté Cn . Si l’on permute
les éléments de chaque combinaison simple, on obtient tous les arrangements simples. Il y a donc p!
p p
fois plus d’arrangements que de combinaisons, ce qui s’écrit An = p!Cn . Le nombre de combinaisons
de p éléments choisis parmi n est donc :
p
p An n!
Cn = =
p! p!(n − p)!
3!
Exemple IV.14. Les C32 = 2!1! = 3 combinaisons de 2 éléments choisis parmi a, b, c :
ab ac bc
Proposition IV.12
Quelques formules :
n− p p
Cn = Cn
p +1 p p +1
Cn+1 = Cn + Cn
n
(a + b)n = ∑ Cnk ak bn−k (formule du binôme)
i =0
Proposition IV.13
Combinaisons de p éléments parmi n avec répétition : c’est le nombre de listes non or-
données, avec répétition éventuelle, de p éléments dans un ensemble contenant n éléments, les
éléments ne sont donc pas ordonnés.
p p (n + p − 1)!
Kn = Cn+ p−1 =
p!(n − 1)!
(4+2−1)! 5×4
Exemple IV.15. Les K42 = C42+2−1 = (4−1)!2! = 2 = 10 combinaisons avec répétitions de 2 lettres
choisies parmi a, b, c, d sont :
aa ab ac ad bb bc bd cc cd dd
Exemple IV.16. Combien y a-t-il de dominos avec 10 symboles différents ?
2 2 11! 11 × 10
K10 = C10 +2−1 = = = 55
9!.2! 2
35 IV.3. Cas des ensembles infinis
f : N −→ N r {0} .
n 7−→ n+1
N
— l’ensemble des nombres pairs, noté 2 , est dénombrable par la bijection
f : N −→ 2N
.
n 7−→ 2n
N2 N
4 10 16 23 31 40
3 6 11 17 24 32 f : −→
p + q −1 (p+q)(p+q+1)
2 3 7 12 18 25 (p, q) 7−→ p + ∑ i =0 (i + 1) = p + 2
1 1 4 8 13 19
0 0 2 5 9 14
0 1 2 3 4 p
Proposition IV.15
Il existe une application f : X → N qui est injective si et seulement si X est dénombrable.
Démonstration : Supposons que X est infini, autrement c’est terminé.
Si f : X → N
est injective alors X est en bijection avec f (X), qui est un sous-ensemble infini de
N. D’après la proposition IV.14, f (X) est dénombrable, comme f (X) est infini, il existe une bijection
N
h : f (X) → . Dans ce cas, h ◦ f réalise une bijection de X sur . N
La réciproque découle de la définition de la dénombrabilité.
Exemple IV.18 (Applications). Cette proposition est très commode pour montrer qu’un ensemble
est dénombrable :
— Un sous-ensemble d’un ensemble dénombrable est dénombrable.
N
— 2 est dénombrable car l’application suivante est injective :
f : N2 −→ N
.
(p, q) 7−→ 2 p 3q
f : Nk −→ Na a .
(a1 , . . . , ak ) 7−→ p11 p2a2 . . . pkk
Proposition IV.16
Un produit fini d’ensembles dénombrables est dénombrable.
Si h( f 1 (x1 ), . . . , f k (xk )) = h( f 1 (x10 ), . . . , f k (xk0 )) pour (x1 , . . . , xk ), (x10 , . . . , xk0 ) ∈ X1 × · · · × Xk alors ( f 1 (x1 ), . . . , f k (xk )) =
( f 1 (x10 ), . . . , f k (xk0 )) par injectivité de h et (x1 , . . . , xk ) = (x10 , . . . , xk0 ) par injectivité de chaque f i . On en
déduit que ϕ est injective donc X1 × · · · × Xk est dénombrable.
Proposition IV.17
Il existe une application f : N → X qui est surjective si et seulement si X est dénombrable.
Démonstration : Supposons X infini autrement c’est terminé. Par hypothèse, il existe une application
N
f : → X qui est surjective. Pour tout x ∈ X , définissons g(x) = min{y ∈ : f (y) = x }. On vérifie N
N
que g : X → est injective et on en déduit que X est dénombrable.
Cette application est surjective et en composant avec une bijection de N sur Z × N on obtient une
surjection de sur . N Q
Proposition IV.18
Une réunion dénombrable d’ensembles dénombrables est dénombrable.
37 IV.3. Cas des ensembles infinis
Démonstration : Soit I un ensemble dénombrable et (Xi )i∈ I une famille d’ensembles dénombrables in-
N
dexées par I. Pour chaque i ∈ I, il existe une application injective f i : Xi → . On définit l’ensemble
N
[
Y= {(i, f i (x)) : x ∈ Xi } ⊆ I ×
i∈ I
N
L’ensemble I × est dénombrable, donc Y est dénombrable. Pour tout (i, y) ∈ Y, on définit ϕ(i, y)
la préimage de y par f i qui est défini de manière unique par injectivité de f i .
L’application ϕ : Y → i∈ I Xi est surjective et Y est dénombrable, donc i∈ I Xi est dénombrable.
S S
A = {x ∈ E : x ∈
/ f (x)}
Un autre argument utilisé en informatique théorique permet de montrer que [0, 1[ n’est pas
dénombrable. C’est l’argument diagonal de Cantor.
Théorème IV.20 (Argument diagonal de Cantor)
L’ensemble [0, 1[ n’est pas dénombrable.
Démonstration : Supposons que [0, 1[ soit dénombrable alors il existe une suite de réels (xi )i∈N telle
N
que [0, 1[= { xi : i ∈ }. Chaque réel xi admet une écriture décimale xi = 0, xi0 xi1 xi2 xi3 . . . avec
j
xi ∈ {0, 1, . . . , 9} pour j ∈ N.
N
Considérons une suite d’entiers yi ∈ {0, 1, . . . , 8} telle que yi 6= xii pour tout i ∈ . Alors le réel
N
y = 0, y1 y2 y3 · · · ∈ [0, 1[ est différent du réel xi pour tout i ∈ car il diffère pour la ième décimal. On
en déduit une contradiction.
R
On en déduit que n’est pas dénombrable. De plus l’ensemble des nombres réels irrationnels,
R Q
c’est à dire r , n’est pas dénombrable. En effet, si tel n’était pas le cas, = ( r ) ∪ serait R R Q Q
dénombrable.
Exemple IV.20. Ce théorème est très utile pour montrer que deux ensembles sont équipotent. On
R N
peut montrer que [0, 1], ]0, 1[, ]0, 1[2 , et P ( ) sont équipotents deux à deux. Par exemple pour
N
montrer que P ( ) et [0, 1] sont en bijection, on montre que les deux fonctions suivantes sont des
injections :
GR = {(a, Math), (a, Phys), (b, In f o), (c, Ang), (d, Ang), (e, Math), (e, Ang)}
— la relation S définit par GS = {(a, Math), (c, Math), (d, Ang)} qui décrit si un étudiant pré-
sent à un intérêt personnel pour la matière (éventuellement il peut présenter un intérêt pour
la matière mais ne va pas souvent en cours).
Diagramme cartésien et matrice de relation Un diagramme cartésien est un tableau où les lignes
désignent les éléments de E et les colonnes les éléments de F. Les couples en relations sont marqués
par le symbole V. On peut aussi représenter la relation par une matrice en remplaçant les espaces
vides par 0 et les espaces marqués par 1.
Diagramme sagittal Par un graphique où les éléments de E sont situés à gauche, les éléments de
F sont situé à droite et les éléments en relation sont reliés par une arête. On appelle cela un graphe
biparti.
a
In f o
b
Ang
c
Phys
d
Math
e
Graphe orienté Lorsque on a une relation interne sur un ensemble fini, on dessine un graphe
orienté où les sommets sont les éléments et on a un arc allant d’un sommet a à un sommet b si a est
en relation avec b.
Par exemple la relation interne sur {1, 2, 3, 4} définit par {(2; 1); (2; 2); (3; 1); (1; 4); (4; 3)} est re-
présentée par :
2 3 4
Remarques sur ces représentations Lorsqu’on représente une relation entre l’ensemble E et l’en-
semble F, tous les liens entre les éléments de E et F sont représentés et peuvent être reconstitués.
Cependant, dans les représentations précédentes les choix sont arbitraires :
— Diagramme sagittal : où placer les sommets et quelle forme donner aux flèches ?
— Diagramme cartésien et matrice : quel ordre de parcours faut il donner aux éléments ?
De manière générale établir l’égalité entre deux relations est un problème difficile et il n’y a pas
d’algorithme performant pour décider ce problème.
GR f = {(x, f (x)) : x ∈ E} ⊆ E × F.
Réciproquement, pour une relation R telle que pour tout x ∈ E il y a au plus un y ∈ F vérifiant
x Ry alors on peut lui associer une fonction f telle que f (x) = y si et seulement si x Ry. On dit que
R est une relation fonctionnelle.
Relation n-aire Etant donné n ensembles E1 , E2 , . . . , En , une relation n-aire R est définie par un
sous ensemble GR ⊆ E1 × E2 × · · · × En .
Si n = 2, on retrouve la notion de relation binaire, si n = 3 on dit que l’on a une relation
ternaire... La notion de relation n-aire est au centre des bases de données qui cherchent à mettre en
relation différentes données.
41 V.2. Propriétés sur les relations
x R x.
3 2
1 2 3
1 V V V
2 V V
1 3 V
Exemple V.2. Quel que soit l’ensemble, la relation d’égalité = est réflexive. Sur N, la relation ≤ est
réflexive, mais < n’est pas réflexive.
l
Exemple V.3. Sur l’ensemble des mots A∗ , on considère la relation ≡ définit par
l
u ≡ v si et seulement si u et v ont même longueur.
l l l
Par exemple grand ≡ petit et grand ≡ grand mais grand 6≡ grande.
l
La relation ≡ est réflexive.
x Ry si et seulement si yR x.
3 2
1 2 3
1 V V
2 V
1 3 V
Exemple V.4. Quel que soit l’ensemble, la relation d’égalité = est symétrique. Sur N, la relation ≤
est n’est pas symétrique.
l
La relation ≡ sur A∗ est symétrique.
1 3 4
1 2 3 4
1 V
2 V V V V
3
2
4 V
x Ry et yR x implique que x = y.
1 3 4
1 2 3 4
1 V
2 V V
3 V V
2
4 V V
Définition V.2. Une relation binaire définie sur un unique ensemble E est une relation d’équivalence
si elle est réflexive, symétrique et transitive.
Z
Exemple V.5. Par définition, pour x, y ∈ , on note x ≡ y[mod n], lire x est congru à y modulo n, si
Z
et seulement s’il existe k ∈ tel que x − y = kn. On a défini une relation d’équivalence sur car Z
on peut vérifier :
— Réflexivité : x ≡ x[mod n] car x − x = 0.n et 0 ∈ . Z
Z
— Symétrie : si x ≡ y[mod n] alors il existe k ∈ tel que x − y = k.n, on a donc y − x = −k.n
Z
et −k ∈ d’où y ≡ x[mod n].
Z
— Transitivité : si x ≡ y[mod n] et y ≡ z[mod n] alors il existe k, k0 ∈ tels que x − y = k.n et
y − z = k0 .n. Ainsi x − z = x − y + y − z = (k + k0 ).n. On en déduit que x ≡ z[mod n]
Exemple V.6. Voici quelques exemples de relations d’équivalence :
— Sur l’ensemble des personnes, la relation "a le même âge que" est une relation d’équivalence.
Des personnes liées appartiennent à la même tranche d’âge.
— Sur l’ensemble des triangles, la relation "a les mêmes angles que" est une relation d’équiva-
lence. Des triangles liés par cette relation sont dits semblables.
43 V.3. Relations d’équivalence
R
— La relation R définie sur r {0} par x Ry si et seulement si xy > 0 est une relation d’équi-
valence. Deux réels liés par cette relation ont le même signe.
On pourra vérifier que ce sont bien des relations d’équivalence.
Remarque V.1. Si R est une relation d’équivalence, on dit que x est équivalent à y si aRb. La relation
étant symétrique, on a aussi b est équivalent à a. On dit que a et b sont équivalents.
Cl(x) = {y ∈ E : x Ry}.
Démonstration : La classe d’un élément contient toujours au moins cet élément par réflexivité de la rela-
tion d’équivalence.
Proposition V.2
L’intersection de deux classes d’équivalence distinctes est vide.
Démonstration : Soit R une relation d’équivalence sur un ensemble E, on considère deux éléments x, y ∈
E et leurs classes d’équivalence Cl(x) et Cl(y).
Supposons qu’il existe z ∈ Cl(x) ∩ Cl(y), on a donc x Rz et yRz. Par symétrie, on a zRy. Ainsi
x Rz et zRy par transitivité on en déduit que x Ry et par réflexivité yR x.
Pour tout t ∈ Cl(y), on a yRt donc par transitivité x Rt d’ou t ∈ Cl(x). Autrement dit Cl(y) ⊆
Cl(x).
De même, pour tout t ∈ Cl(x), on a x Rt donc par transitivité yRt d’ou t ∈ Cl(y). Autrement dit
Cl(x) ⊆ Cl(y).
On en déduit que Cl(x) = Cl(y). Ainsi si deux classes sont distinctes alors l’intersection est vide.
Définition V.4. Soit E un ensemble, la famille d’ensembles (Ai )i∈ I indexée par I est une partition
si :
— l’union des (Ai )i∈ I est égale à E, c’est à dire E = ∪i∈ I Ai ,
— deux éléments de (Ai )i∈ I distincts sont disjoints, c’est à dire que si i 6= j alors Ai ∩ A j = ∅.
Théorème V.3
Etant donné une relation d’équivalence sur un ensemble, les classes d’équivalences forment
une partition.
Démonstration : Les classes sont des parties de E. De plus la classe d’un élément contient cet élément.
L’union des classes d’équivalence est donc E.
Si l’on choisi deux classes distinctes (i.e. Cl(x) 6= Cl(y)) alors leur intersection est vide d’après la
proposition précédente.
f : E −→ E/R
x 7−→ Cl(x)
Parfois, pour parler aisément d’une classe, on choisit un de ses éléments qui représente cette
classe. Cet élément, surmonté d’un point, sert à représenter la classe en question.
Exemple V.8 (Congruence modulo 4). On considère Z muni de la relation d’équivalence x ≡
Z Z
y[mod 4]. On choisit pour représentants les entiers 0, 1, 2 et 3. L’ensemble-quotient est /4 =
{0̇, 1̇, 2̇, 3̇}.
Chapitre VI
Relations d’ordre
Dans ce chapitre on va définir la notion de relation d’ordre sur un ensemble qui permet de
mettre en place une hiérarchie sur E par une relation de précédence : l’élément a est en relation
avec b si a précède b dans la hiérarchie.
Ordres sur les parties d’un ensemble Soit E un ensemble l’inclusion, notée ⊆, est une relation
d’ordre sur l’ensemble des parties P (E) qui n’est pas totale.
Ordres sur les mots Soit A un alphabet. Il existe différentes notions pour ordonner l’ensemble
des mots A∗ :
— La relation u est préfixe de v, notée u <perd v et définit par il existe un mot w ∈ A∗ tel que
v = u.w, est une relation d’ordre qui n’est pas total
Chapitre VI. R ELATIONS D ’ ORDRE 46
3 2
1 2 3
1 V V V
2 V V
1 3 V
Pour simplifier la lecture du diagramme, on supprime les boucles dues à la réflexivité et les
flèches déductibles par transitivité :
1 2 3
L’idée est de représenter les sommets du diagramme et tracer seulement les flèches correspon-
dant aux successeurs immédiats. On dit que y est un successeur immédiat de x si x y, x 6= y et
il n’existe pas de z tel que x z y.
L’élément x minore y, (x y) si et seulement si on peut passer du point qui représente x au
point qui représente y en suivant les flèches du diagramme de Hasse. Le diagramme de Hasse
d’un ordre total est une chaîne.
{1, 2, 3}
Définition VI.4. Un élément minimal de A est un élément de A qui n’admet pas d’élément plus
petit dans A.
On appelle minorant de A tout élément de E qui est plus petit que n’importe lequel des éléments
de A. Autrement dit :
Par la propriété d’antisymétrie, A admet au plus un seul minorant dans A, c’est le plus petit
élément de A, s’il existe on le note min(A).
On appelle borne inférieure le plus grand des minorants, on le note inf(A). Autrement dit
pour tout y ∈ A on a x y
(x est un minorant)
x borne inférieure de A ⇐⇒ et
pour tout z minorant A on a z x (x est le plus grand des minorants)
Définition VI.5. Un élément maximal de A est un élément de A qui n’admet pas d’élément plus
grand dans A.
On appelle majorant de A tout élément de E qui est plus grand que n’importe lequel des élé-
ments de A. Autrement dit :
Par la propriété d’antisymétrie, A admet au plus un seul majorant dans A, c’est le plus grand
élément de A.
On appelle borne supérieur le plus petit des majorant, on le note sup(A). Autrement dit
pour tout y ∈ A on a y x
(x est un majorant)
x borne supérieur de A ⇐⇒ et
pour tout z majorant de A on a x y (x est le plus petit des majorants)
{1, 2, 3}
On a
A B C
Eléments minimaux {1} {2}, {3} {1}, {2}, {3}
Eléments maximaux {1, 2}, {1, 3} {2, 3} {1, 2}, {1, 3}, {2, 3}
Plus petit élément {1} non existant non existant
Plus grand élément non existant {2, 3} non existant
Borne inférieure {1} ∅ ∅
Borne supérieure {1, 2, 3} non existant {1, 2, 3}
VI.3 Induction
VI.3.1 Ordre bien fondé
Définition VI.6. Un ensemble ordonné (E, ) est bien fondé s’il n’existe pas de suite infinie stricte-
ment décroissante d’éléments de E.
N
Exemple VI.3. L’ordre usuel ≤ sur est bien fondé mais il ne l’est pas sur , Z R, [0, 1].
N
L’ordre | sur \ {0, 1} défini par "a|b ⇐⇒ a divise b" est bien fondé.
N
L’ordre lexicographique sur 2 est bien fondé. Il est défini par
Soit A un alphabet contenant au moins deux lettres, <perd est bien fondé mais pas ≤lex .
Exemple VI.4. Considérons l’algorithme d’Euclide (algorithme 1), la fonction (a, b) → b est un
variant de boucle donc l’algorithme termine.
49 VI.3. Induction
a ← x;
b ← y;
while b 6= 0 do
tmp ← a;
a ← b;
b ← tmp[mod b];
Exemple VI.7. On cherche à démontrer par récurrence la propriété P(n) définie par :
n
∑ (2i + 1) = (n + 1)2
i =0
n +1 n
∑ (2i + 1) = 2(n + 1) + 1 + ∑ (2i + 1)
i =0 i =0
= 2(n + 1) + 1 + (n + 1)2 (par hypothèse de récurrence)
= (n + 1)2 + 2(n + 1) + 12
= ((n + 1) + 1)2
n +1
∑ (2i + 1) = (n + 2)2
i =0
Par le principe de récurrence on en déduit que pour tout n ∈ N on a ∑in=0 (2i + 1) = (n + 1)2 .
Le principe de récurrence peut être généralisé en considérant que dans la deuxième hypothèse
la propriété est vraie pour tout k ≤ n.
Corollaire VI.6 Principe de récurrence généralisée
Soit P une propriété dépendant d’un élément n de N. Si les deux hypothèses suivantes sont
vérifiées
Initialisation : P(0) est vraie.
Héridité : si pour tout n ∈ N on a la propriété suivante :
"P(k) est vraie pour tout k ≤ n =⇒ P(n + 1) est vraie"
Alors pour tout n ∈ N, la propriété P(n) est vraie.
Démonstration : On applique le principe de récurrence du théorème VI.5 à la propriété Q tel que pour
N
n ∈ , Q(n) est vraie si P(k) est vraie pour tout k ≤ n.
Exemple VI.8. Démontrons que pour deux mots u, v ∈ A∗ tels que uv = vu alors u et v sont des
puissances d’un même mot w. On note P(n) la propriété suivante :
Démonstration : On raisonne par l’absurde : supposons que les hypothèse du théorème sont vraies mais
que la conclusion est fausse.
Soit X = { x ∈ E, P(x) est fausse}. L’ensemble X est une partie non vide de E, comme (E, ) est
bien fondé, X admet un plus petit élément noté x0 .
Comme P est vraie pour tout élément minimal de E, l’élément x0 n’est pas minimal. Pour tout
y ∈ E tel que y x0 et y 6= x0 , la propriété P(y) est vraie car x0 minimal dans X et donc y ∈
/ X . Par
hypothèse d’hérédité P(x0 ) est vraie ce qui est contradictoire avec le fait que x0 ∈ X.
N
Exemple VI.9. Montrons par induction que tout entier n ∈ \ {0, 1} la propriété P(n) suivante est
vérifiée : "n s’écrit comme un produit de nombre premier".
N
L’ensemble E = \ {0, 1} muni de l’ordre divise, noté |, est bien fondé et les éléments mini-
maux sont les nombres premiers.
Initialisation : Pour tout nombre premier x ∈ E la propriété P(x) est vraie.
Héridité : Soit x ∈ E qui n’est pas minimal on suppose que pour tout y ∈ E tel que tel que y divise
x et y 6= x la propriété P(y) est vraie. Montrons que P(x) est vraie.
Comme x n’est pas minimal, x n’est pas premier donc il existe x1 , x2 ∈ E tel que x = x1 × x2 .
On a x 6= x1 et x 6= x2 , et x1 divise x et x2 divise x. Par hypothèse d’hérédité x1 et x2
s’écrivent comme produit de nombre premiers donc x = x1 × x2 s’écrit aussi comme produit
de nombres premiers.
Induction :
ϕ: N−→ N .
n 7−→ n+2
— L’ensemble des entiers impairs est défini par :
Base : B = {1},
Induction :
ϕ: N−→ N .
n 7−→ n+2
— L’ensemble des mots binaires est défini par :
Base : B = {ε},
ϕ0 : A∗ −→ A∗ ϕ : A∗ −→ A∗
Induction : et 1 .
u 7−→ 0u u 7−→ 1u
— ∗
L’ensemble des mots de {0, 1} qui contiennent autant de 0 que de 1 est défini par :
Base : B = {ε},
ψ1 : A∗ × A∗ −→ A∗ ψ : A∗ × A∗ −→ A∗
Induction : et 2 .
(u, v) 7−→ 0u1v (u, v) 7−→ 1u0v
— L’ensemble des mots de Dyck ∆ ⊆ {0, 1}∗ est défini par :
Base : B = {ε},
ψ : A∗ × A∗ −→ A∗
Induction : .
(u, v) 7−→ 0u1v
Exemple VI.11. On considère l’ensemble des mots de Dyck ∆ ⊆ {0, 1}∗ défini par :
Base : B = {ε},
ψ : A∗ × A∗ −→ A∗
Induction : .
(u, v) 7−→ 0u1v
On veut montrer par induction que tout mot w ∈ ∆ vérifie la propriété P(w) : "w a autant de 0
que de 1 et tout préfixe de w a plus de 0 que de 1".
Base : ε vérifie la propriété demandée,
Induction : Soient u, v ∈ ∆ tels que P(u) et P(v) soient vérifiées. On note w = ψ(u, v) = 0u1v.
Comme u et v ont autant de 0 et de 1, il en est de même pour w. Soit t un préfixe de w. Il y
a deux cas :
— Si |t| ≤ 1 + |u| alors t est un préfixe de 0u. Il s’écrit t = 0t0 où t0 est un préfixe de u.
Comme les préfixes de u ont plus de 0 que de 1, on en déduit que t a plus de 0 que de 1.
— Si |t| > 1 + |u| alors t s’écrit t = 0u1t0 où t0 est un préfixe de v. Comme les préfixes de v
ont plus de 0 que de 1, on en déduit que t a plus de 0 que de 1.
Langages rationnels
Définition VI.11. On définit inductivement les langages rationnels R at ⊆ P (A∗ ) par :
Base : ∅ ∈ R at, {ε} ∈ R at et { a} ∈ R at pour tout a ∈ A ;
Induction : Si L et L0 sont des langages rationnels alors :
— L ∪ L0 ∈ R at,
— L.L0 ∈ R at,
— L∗ ∈ R at.