Chambres Régionale d’Agriculture de Tahoua
Culture des oignons en hivernage
Expérience des producteurs pour
la réalisation des pépinières
17 août 2016
Rédaction : Equipe technique de la CRA Tahoua et du RECA
Dans la région de Tahoua, de nombreux
producteurs font une culture d’oignon d’hivernage.
En fait, le calendrier de ces cultures est très étalé
avec des pépinières qui vont de juin à août et des
repiquages de juillet à septembre. Les récoltes se
font toutes en saison sèche, de fin septembre pour
les cultures les plus précoces jusqu’à fin décembre
ou début janvier. Ce sont donc des oignons qui
arrivent sur le marché au moment où les quantités
disponibles sont réduites.
Sabon Guida le 11 août : Au premier plan parcelle d’oignon repiquée en juillet et au second plan repiquage
en cours.
Lors de la saison des pluies 2015, la CRA de Tahoua avait travaillé sur cet oignon d’hivernage avec
plusieurs producteurs en ayant choisi « deux portes d’entrée ». Celles-ci avaient été jugées
importantes pour la réussite de la culture : la réalisation de la pépinière et des tests de plusieurs
variétés pour comparer leurs comportements pendant la saison des pluies.
1. La pratique des producteurs pour la pépinière d’oignon d’hivernage
Différents documents et le suivi de pépinières dans d’autres régions indiquaient des problèmes de
fonte de semis (attaques de champignons) et de pertes dues aux fortes pluies éventuelles. La
réalisation des pépinières d’oignon en saison des pluies est, en général, considérée comme délicate.
Aussi, la CRA avait conseillé aux producteurs de réaliser des pépinières surélevées, méthode
classique en saison des pluies pour éviter une stagnation de l’eau au niveau des jeunes plants et les
conséquences que cela peut entraîner. Des démonstrations avaient été réalisées.
Malheureusement, un manque de moyens n’a pas permis aux techniciens de la CRA de suivre ces
réalisations. Cependant, un an après, les CRA et le RECA sont allés prendre l’avis de « pro » de
l’oignon d’hivernage. Il s’agit de producteurs et productrices pratiquant cette culture depuis plus de
15 ans. Cette note présente les résultats des entretiens réalisés avec Madame Hadiza Nomao,
Secrétaire générale de la Coopérative Rahama à Guidan Idder et Vice-Présidente de la CRA Tahoua
et avec Monsieur Oumarou Issaka, producteur d’oignon toutes saisons à Sabon Guida.
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La pratique de l’oignon d’hivernage est généralisée à Guidan
Idder.
Dans la majorité des cas, les semences sont produites par les
producteurs eux-mêmes.
Pour la campagne de saison sèche qui va démarrer, beaucoup
de producteurs vont avoir un problème de semences car ils
n’ont pas pu investir assez, suite à la mauvaise campagne
vivrière de l’année précédente.
Ce n’est pas le cas de notre productrice qui dispose de
semences parfaitement triées de sa production. La tia de 1,5 kg
de semences locales se vend à 30.000 F soit 20.000 F par kg.
La pépinière est faite dans la cour de la maison. Elle comprend 66 planches « creuses », classiques,
d’environ 2 m2 chacune, soit une surface totale entre 120 et 130 m2. Le petit pot en verre sert de
mesure pour chaque planche. Elle utilise deux pots et demi par planche. Elle compte une tia de
semences pour 12 planches ou 24 m2 (1,5 kg).
Suite à une formation réalisée dans le cadre du PRODEX1, les producteurs et productrices de Guidan
Idder ont diminué la taille des planches des pépinières qui étaient plus grandes auparavant. Ils
estiment qu’avec une taille plus réduite, l’entretien et l’arrosage sont plus faciles.
Levée des oignons semés le 4 août 2016 Mme Hadiza Nomao expliquant ses pratiques
Pour la préparation, le terrain est désherbé avec un herbicide ; nom commercial et matière active
inconnus, à priori un herbicide total (glyphosate) très courant et très employé dans la région. La
productrice laisse passer un temps suffisant après l’application de l’herbicide et fait un bon arrosage
avant le semis afin d’être certaine que le produit a disparu.
La pépinière reçoit une dose de compost bien décomposé. La productrice dispose d’une compostière
sur place. Une fertilisation minimum en engrais est appliquée : 1 kg d’urée pour l’ensemble des
planches soit une dose environ 80 kg par ha. Les semences sont traitées avec un fongicide. La
productrice n’enregistre aucune attaque, et surtout aucune pourriture, sauf la présence de sauteriaux
qui peuvent lui demander de faire un traitement insecticide. Les pluies ne lui causent pas de
dommages. Elle a pris l’exemple d’une pluie de 103 mm en 2015 qui n’a pas provoqué de dégâts sur
sa pépinière. Elle irrigue chaque jour s’il ne pleut pas.
Par contre la rosée peut être un problème mais elle utilise de la cendre pour épandre sur les feuilles.
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Projet de Développement des Exportations et des Marchés Agro-Sylvo-Pastoraux.
Commentaire de la CRA : trois facteurs peuvent expliquer ces très bons résultats :
La pépinière est sur un sol sableux qui ne retient pas l’eau et assure un très bon drainage,
même en cas de fortes pluies. Ce n’est donc pas un milieu favorable au développement des
maladies fongiques c’est-à-dire dues à des champignons.
La productrice utilise un compost bien fermenté, qui a pu « chauffer » lors de sa
décomposition afin de tuer les micro-organismes, ravageurs et graines de mauvaises herbes
qu’il pouvait contenir.
Une dose très réduite d’engrais pour ne pas favoriser les pourritures.
En plus, elle limite les risques en utilisant un fongicide pour le traitement de ses semences (mais tous
les producteurs ne le font pas) et elle peut s’occuper tous les jours de sa pépinière qui est … à la
maison.
Elle a semé ses planches en deux fois (4 et 8 août) pour
pouvoir mieux étaler le repiquage.
D’autres producteurs sont plus en avance qu’elle car ils ont
fait leur semis en fin juin ou juillet, et certains ont déjà vendu
leurs plants à des acheteurs du Nigeria.
Pépinière de Mme Hadiza Nomao le 19 septembre 2015 (année
précédente)
La moitié de sa pépinière va lui permettre de repiquer 0,5 ha
en septembre (40 jours en pépinière). L’autre partie sera
vendue à des acheteurs venant de Madaoua ou du Nigeria. Ces ventes de plants prêts à repiquer sont
une pratique généralisée à Guidan Idder. La récolte est prévue en fin décembre ou début janvier.
En 2015, avec l’oignon d’hivernage, elle a produit, 40 sacs de 120 kg vendus à 25.000 F le sac. Pour
l’oignon de la saison sèche 2015 / 2016, en retardant la vente, elle a pu vendre le sac à 11.000 [Link]
c’est-à-dire largement au-dessus du prix de 5.000 F au moment de la récolte. Généralement, elle
obtient un meilleur prix compte tenu de la qualité de son oignon.
Selon notre productrice, l’oignon d’hivernage apporte un meilleur revenu grâce à un prix de vente
plus élevé mais aussi un meilleur rendement car les attaques des ravageurs sont quasi inexistantes
contrairement à la saison sèche. Cette productrice estime que son rendement est plus bas en saison
sèche qu’en hivernage compte tenu des pertes dues aux attaques des ravageurs.
Cependant le cycle de la culture est plus long en saison d’hivernage, 5 mois contre 4 mois en saison
sèche.
Donc, il ne faut pas rester sur la simple différence du prix de vente du sac pour comparer les marges
brutes en saison sèche et saison d’hivernage. Il est nécessaire de prendre en compte les charges :
Un coût plus élevé de la main d’œuvre car c’est la saison des cultures pluviales ;
Pour la quantité de main d’œuvre utilisée, c’est difficile de répondre car si le cycle est plus
long il peut y avoir moins d’arrosage ;
Pour le carburant c’est la même chose, un cycle plus long peut être compensé (ou en partie)
par un moindre besoin en hivernage.
Un groupe de producteurs de Guidan Idder a suivi une formation (IFDC) sur les comptes
d’exploitation de leur culture. Ils ont pris conscience qu’il était difficile de savoir ce qu’ils gagnaient
réellement et de connaître le coût de revient d’un sac d’oignon faute d’enregistrement des dépenses,
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notamment de la main d’œuvre utilisée. Depuis cette campagne certains ont commencé à noter toutes
les dépenses. La CRA proposera un appui pour le traitement de ces enregistrements et une analyse de
groupe (conseil de gestion).
Pour finir sur la pépinière, les producteurs de Sabon Guida nous ont clairement fait comprendre que
la technique de planche surélevée (recommandée en saison des pluies dans tous les bons manuels de
pratique du maraîchage) n’a pas donné de bons résultats et s’avère non adaptée à leurs conditions. Ils
maîtrisent parfaitement la pépinière avec leurs planches traditionnelles et vont continuer ainsi. La
leçon a été bien comprise par la CRA et le RECA.
2. Tests de variétés pour la saison d’hivernage
Des tests variétaux réalisés par la recherche du Burkina Faso avait indiqué que la variété Violet de
Galmi « Techisem » est peu adaptée pour la saison des pluies et donne de faibles rendements.
Egalement, depuis 2010 dans la région de Tahoua, une société nigérienne diffuse une variété d’origine
thaïlandaise (Prema) sélectionnée pour la saison des pluies. C’est d’ailleurs cette variété qui a eu les
meilleurs résultats au Burkina Faso. La CRA a donc demandé à des producteurs s’ils voulaient faire
une comparaison de variétés en 2015 avec en plus deux variétés hybrides proposées par la société
Agrimex.
A Sabon Guida, différentes variétés ont été cultivées sur un site exploité par 5 producteurs. Les semis
ont été faits le 11 mai 2015 et le repiquage le 15 juin 2015 (35 jours) avec les variétés suivantes :
La variété Jambar, proposée pour essai par la société AGRIMEX pour recueillir l’avis des
producteurs ;
La variété Prema, déjà diffusée dans la région de Tahoua par un distributeur agréé privé ;
c’est une variété présentée comme adaptée à la culture d’hivernage ;
La variété « Jan Iri » provenant du Nigeria et introduite depuis 3 ans directement par les
producteurs pour la culture d’hivernage ;
La variété Violet de Galmi locale.
Au niveau de la production, les producteurs estiment que la variété Jambar domine les autres variétés,
ensuite vient le Jan Iri, puis le Violet de Galmi et enfin en dernière position la variété Prema qui ne
leur a pas donné satisfaction. Les couleurs de ces variétés sont proches (voir photo ci-dessus).
En termes de taux de mortalité, les producteurs ont constaté que la variété Prema présente le
taux le plus élevé ensuite le Violet de Galmi, la variété Jan Iri vient en troisième position, et
la variété Jambar quant à elle n’a enregistré aucune mortalité.
Le Prema a été presque entièrement détruit par la rosée ce qui explique le fort taux de mortalité
de la variété.
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Toutes les variétés ont tenu en pépinière du fait de la rareté des pluies, c’est seulement une
fois en culture c’est-à-dire au moment du repiquage que les pluies ont commencé.
Jambar a concerné 21 planches et la variété se détache des autres. Les feuilles de Jambar sont
vert-foncées, avec beaucoup de feuilles par rapport aux autres variétés. Il a montré une très
bonne résistance à la rosée.
Jan Iri du Nigeria a des feuilles vert-pâles.
Au niveau de la commercialisation, les producteurs
savent que, si la variété Jan Iri a une meilleure
production en hivernage que la variété Violet de
Galmi, elle subit une décote lors de la
commercialisation, le prix de vente du sac est
toujours inférieur. Par contre ils sont satisfaits de la
variété Jambar qui a été vendue au même prix que
le Violet de Galmi.
Variété Jambar à Sabon Guida le 11 août 2016,
repiquage en juillet.
Commentaires de la CRA :
Pour le Violet de Galmi, son classement par les producteurs n’est pas surprenant car la
variété n’est pas considérée comme une bonne variété d’hivernage et enregistre de la
mortalité au repiquage avec les fortes pluies. Cependant les producteurs ont mis en avant
deux points : en premier il n’y a pas « un seul » Violet de Galmi mais différents écotypes
qui n’ont pas tous le même comportement en hivernage - l’écotype qu’ils utilisent a un
rendement moins élevé qu’en saison sèche mais reste intéressant – en second, les
producteurs insistent sur le fait que le Violet de Galmi est commercialisé plus facilement et
à meilleur prix ce qui compense la baisse de rendement. Le prix du sac de 100 kg dépasse
d’au moins 15.000 [Link] les autres variétés ce qui est énorme et compense largement un
moindre rendement. Déjà le petit panier d’oignon des autres variétés est à 2.000 [Link]
contre 3.500 [Link] le même panier de VDG.
A Guidan Idder, la productrice interrogée estime que sa variété Violet de Galmi a un bon
rendement en saison d’hivernage mais la date de repiquage est en septembre et non au cœur
de la saison des pluies comme à Sabon Guida.
Le très mauvais comportement de la variété Prema a été surprenant sur ce test pour un
oignon spécifique d’hivernage. Il faudra revoir cette variété l’année prochaine pour
confirmation des résultats. Cela indique qu’il faut tester des variétés dans les différents sites
de production et qu’il n’est pas possible de généraliser pour toute une région.
La variété Jan Iri se comporte très bien mais elle se valorise moins bien. Les producteurs
produisent eux-mêmes les semences depuis qu’elle a été introduite.
Certains producteurs ont repris la variété Jambar cette saison. La CRA fera une mesure de
la production pour connaître le rendement.
Pour la variété Jambar, M. Oumarou Issaka a récolté 8 sacs de 50 kg sur 22 planches de 5 m2, soit
36 tonnes par ha si toute la surface était plantée. Compte tenu de l’aménagement (canaux, diguettes)
la production réelle sur un ha doit être plus proche de 30 tonnes. Cela reste un excellent résultat.
La CRA retient également qu’il n’est pas possible de tirer des conclusions d’un test dans un site ou
bassin de production par rapport aux autres sites de la région. Les comportements des variétés peuvent
changer d’un site à l’autre en fonction des dates de semis et repiquage et du milieu. Il est nécessaire
de tester systématiquement les variétés proposées même si des résultats ont été obtenus à un endroit.
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3. Le phénomène de rosée, un risque de pertes non négligeable
La rosée est une remontée capillaire des gouttelettes qui se déposent sur les feuilles des plantes
pendant la saison des pluies. Au lever du soleil, les gouttelettes d’eau forment un film qui sous l’action
du soleil peut entrainer un desséchement ou une brûlure des feuilles. Cela peut également amener un
développement de champignons. Ce « phénomène de rosée » peut provoquer la destruction de la
pépinière d’oignon en saison de pluie.
A Sabon Guidda, les producteurs utilisent de la cendre qui est épandue à l’apparition des gouttes de
rosée sur les feuilles. Les producteurs de Tabelot (Région d’Agadez) utilisent de l’argile kaolinite.
En absorbant l’eau, l’argile empêche l’action du soleil et la brûlure des feuilles. La cendre doit avoir
le même effet.
Voir la note proposée par Dr Zakari Abdoul Habou, Adam Boukary Issoufou et Nouhou Mohamed
de l’INRAN sur l’utilisation de l’argile contre la rosée.
[Link]
Techniciens de la CRA Tahoua et producteurs de Sabon Guidda
sur des parcelles d’oignon d’hivernage