23 Didier NDANGI
23 Didier NDANGI
RESUME
E
n République Démocratique du Congo, bien que la loi fondamentale
stipule que « tous les congolais sont égaux devant la loi et ont droit à
une égale protection des lois », cette affirmation ne tient pas debout.
Certains justiciables compte tenu de leur rang social bénéficient des privilèges et des
faveurs même lorsqu’ils ont commis d’infractions. Cette situation bien que voulue par
le législateur, crée une fosse des inégalités entre les justiciables devant la loi et plus
précisément devant les instances judiciaires. Il n’est pas bon d’accorder à une catégorie
d’individus trop de faveurs même lorsqu’ils parviennent à enfreindre la loi pénale et
surtout, le fait de conditionner les poursuites d’un présumé criminel à des autorisations
préalables. Il va falloir que les textes traitant de l’organisation et de la compétence des
juridictions, mais également de la procédure à suivre soient révisés dans le sens d’éviter
toutes ces procédures de faveurs qui risqueraient d’asseoir l’impunité plutôt que de
lutter contre elle.
INTRODUCTION
L
a République Démocratique du Congo est dans ses frontières du
30 juin 1960, un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et
indivisible, social, démocratique et laïc1.
Dans le cadre de cette réflexion, le regard sera plus fixé sur l’alinéa
premier de l’article premier de la Constitution en vigueur auquel nous faisons
allusion juste pour dire que la République Démocratique du Congo est un Etat
de droit et démocratique. En effet, un Etat de droit s’appréhende comme celui
qui « est à la fois esclave et protecteur des libertés, tire sa légitimité de son
aptitude à les développer et à s’y soumettre », ou encore celui qui, « dans ses
1
Art.1 al. 1 de la Constitution de la République Démocratique du Congo telle que modifie par la loi n° 11/002 du 20
janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la R.D.C du 18 février 2006.
492 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
rapports avec ses sujets et pour la garantie de leur statut individuel, se soumet
lui-même à un régime de droit ». Tandis qu’un Etat démocratique intègre en
droit pénal, outre l’idée de la protection des institutions démocratiques, la
référence aux droits humains et aux libertés fondamentales et fait corps avec
l’idée d’un Etat de droit démocratique puisque leur respect, proclame l’article
60 de la Constitution, s’impose aux pouvoirs publics et à toute personne2. Mais
également, l’article 12 de la Constitution qui dispose : « Tous les congolais sont
égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois »3.
Cependant, lorsque l’ordre public est troublé par une infraction
quelconque, il s’impose de le rétablir en menant l’enquête sur les éléments de
preuve, en mettant la main si possible sur le suspect et, éventuellement ses
autres participants, en procédant à l’interrogatoire de ceux-ci et dans la mesure
du possible, à l’audition de témoins, en vue d’aboutir à l’établissement de la
responsabilité. Dans la mesure où l’on considère que l’auteur d’une infraction
contracte une dette envers la société, qu’il doit expier. Cela répond à une
exigence morale partagée par toutes les sociétés, et à toutes les époques. C’est
pour cette raison que les bons actes doivent être récompensés et les mauvais
doivent être punis. Et le sentiment comme l’expression populaire sont que
« justice est faite » lorsque l’auteur d’un crime crapuleux monte à l’échafaud4.
C’est la raison pour laquelle au Congo, jusqu’à ce jour, le principe qui est
posé est que seules les personnes physiques sont capables de délinquer. Ni les
choses, ni les animaux ne peuvent être sujet de l’infraction. Seuls des êtres fait
des chairs, dotés de volonté et d’intelligence peuvent commettre une infraction
et, de ce fait, encourir une peine. L’esprit individualiste de droit pénal fait
qu’on ne peut attribuer un acte coupable et appliquer une peine qu’à
l’individu5. Qui doit être normalement auteur de cet acte criminel.
Malheureusement avant d’en arriver à cette responsabilité, l’on
constatera que le délinquant n’est pas un citoyen ordinaire qui doit subir des
mesures à tous, prévus à l’avant-procès6, qui peuvent être l’arrestation et
l’inculpation de celui-ci juste après son audition par le magistrat instructeur. Il
va falloir que celui-ci (magistrat instructeur), après avoir rassemblé les
éléments de preuve et transformé les soupçons et les charges en une certitude
suffisante7, convaincu que le délinquant a effectivement commis les faits lui
reprochés, il peut se décider de prendre des mesures restrictives, en
2
AKELE ADAU P., Réforme du code pénal congolais, options axiologiques et techniques fondamentales, Tome III,
Kinshasa, CEPAS, 2009, pp .31-32.
3
Art.12 de la Constitution de la République Démocratique du Congo telle que modifiée par la loi n° 11/002 du 20
janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la R.D.C. du 18 février 2006.
4
NYABIRUNGU Mwene SONGA, Traité de droit pénal général, Kinshasa, 2ème éd., E.U.A, 2007, p. 270.
5
Ibidem.
6
TASOKI MANZELE, J.M., Procédure pénale congolais, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 85-87.
7
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, Manuel de procédure pénale, Kinshasa, P.U.C, 2011, p. 61.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 493
Le concept privilège a plusieurs sens selon que l’on est en droit civil ou
en droit pénal. Au sens civiliste, il signifie droit que la loi reconnaît à un
créancier, d’être préféré aux autres créanciers, même hypothécaires, sur
l’ensemble des biens de son débiteur (privilège général) ou sur certains d’entre
eux seulement8.
Mais dans le cas de cette étude, il ne sera pas examiné les privilèges selon
le sens civiliste que nous venons de définir, mais plutôt selon le sens du droit
de la procédure pénale qui fait état non seulement des privilèges tout court,
mais ajoute les privilèges de juridictions. A cet effet, il faut entendre par
privilège de juridictions, une dérogation aux règles de compétence matérielle
répressive qui fait que certaines catégories des personnes puissent être jugées
par des juridictions bien déterminées, à l’exclusion de toutes les autres, et ce,
dans le souci d’empêcher que ces personnes ne puissent influencer ces
juridictions9. C’est une institution juridique selon laquelle une personne,
compte tenu de sa personnalité c’est-à-dire des fonctions qu’elle exerce ne soit
jugée que par une juridiction déterminée quelle que soit l’infraction commise.
Cependant, abondant dans le même sens, RUBBENS écrit : « Les
privilèges de juridiction que connaît le droit congolais renvoyant certains
justiciables devant la juridiction supérieure à celles que leur désigne le droit
commun, n’a pas pour but de ménager leurs intérêts, ni même le prestige de
leur fonction. Les privilèges ne sont toutefois pas accordés comme faveurs,
mais visent plutôt à éviter que les magistrats ne soient pas amenés à assurer les
responsabilités excessives au jugement respectivement des dignitaires dont le
rang et le prestige pourraient les influencer »10.
Les privilèges de juridictions sont un avantage, une faveur que la loi
accorde à certains dignitaires d’être justiciables non devant les juges inférieurs,
mais devant les hauts juges qu’ils ne peuvent pas facilement influencer. Etant
donné que ces bénéficiaires sont des autorités qui peuvent facilement emballer
des petits magistrats compte tenu de l’influence qu’elles peuvent exercer.
En effet, les privilèges de juridictions trouvent leur fondement dans le
souci de voir même des personnes jouissant d’un rang social élevé, répondre
de leurs actes répréhensibles sur le plan pénal. Etant donné qu’il est admis dans
des textes nationaux que certaines personnes vis-à-vis des fonctions, des rangs
qu’elles occupent dans la société puissent bénéficier de certaines faveurs, sous
entendues des privilèges et immunités qui pourraient être un obstacle à leur
poursuite ; éventuellement, à leur répression en cas d’infraction. Néanmoins,
8
GUINCHARD, S. et DEBARD, Th. (dir.), Lexique des termes juridiques, Paris, 19ème éd., Dalloz, 2012, p. 681.
9
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, [Link]., pp. 90-91.
10
RUBBENS, A., Le droit judiciaire congolais. Tome I. Le pouvoir, l’organisation et compétence judiciaire, Bruxelles,
Ed. Larcier, 1970, p. 156.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 495
pour éviter que ces protections n’assurent leur impunité, le législateur a conçu
un procédé pouvant rendre possible la poursuite et la sanction de ces
dignitaires. Ceux-ci sont soumis désormais à un juge supérieur par rapport au
juge naturel de toute personne ordinaire11.
C’est pour cette raison, bénéficier de privilèges de juridictions n’est pas
tellement avantageux. Car en effet, ces justiciables sont privés du bénéfice de
double degré de juridiction, qui est un principe constitutionnel12, qui garantit
le droit pour toute affaire soumise aux cours et tribunaux de faire l’objet
d’examen quant au fond à deux niveaux : au premier degré et en appel13. C’est
pour veiller à ce que les décisions des tribunaux, qui peuvent être entachées
d’insuffisances ou d’erreurs, voire d’injustice, fassent l’objet d’un second
examen.
En effet, qui sont-ils les justiciables de la cour de cassation ? Ce sont les
autorités délinquantes qui peuvent commettre des infractions et que la cour les
juge en premier et dernier ressort. Il s’agit entre autres : des membres de
l’Assemblée nationale et du Sénat, les membres du gouvernement autres que
le Premier ministre ; les membres de la cour constitutionnelle et ceux du
parquet près cette cour ; les membres de la cour de cassation et ceux du parquet
près cette cour ; les membres du Conseil d’Etat et ceux du parquet près ce
conseil ; les membres de la cour de comptes et ceux du parquet près cette cour ;
les premiers présidents des cours d’appel et des cours administratives d’appel
ainsi que les procureurs généraux près ces cours ; les gouverneurs, les vice-
gouverneurs de provinces et les ministres provinciaux ainsi que les présidents
des Assemblées provinciales14.
Il convient de préciser que tous ces justiciables que nous venons de citer
bénéficient de privilèges de juridictions, mais également parmi eux seuls les
membres du parlement bénéficient outre des privilèges de juridictions, des
immunités et inviolabilité. Tandis que les membres du gouvernement ne sont
pas immunisés, mais bénéficient plutôt de l’inviolabilité et les restes, ne sont
bénéficiaires que des privilèges de juridictions. Voilà pourquoi il serait
souhaitable d’abord d’étudier les membres du parlement : pouvoir législatif
pour connaître leur statut et ensuite les membres du gouvernement : pouvoir
11
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, [Link]., p. 291.
12
Art.21 al.2 de la Constitution de la République Démocratique du Congo telle que modifiée par la loi n° 11/002 du 20
janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la R.D.C du 18 février 2006.
13
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, [Link]., p. 471 ; voir TASOKI MANZELE, J.M., [Link]., p. 321.
14
TASOKI MANZELE, J.M., [Link]., pp. 409-410 ; art.93, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire ; Art.153 al.3 de la Constitution de
la R.D.C telle que modifiée par la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certaines articles de la
Constitution de la R.D.C du 18 février 2006. VUNDUAWE TE PEMAKO, F., Cours de contentieux administratif
congolais, Vol. 1, Notions de juridiction et délimitation du contentieux administratif en République Démocratique du
Congo, Kinshasa, 2018.
496 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
15
Lire avec intérêt des articles 101, 104.
16
VUNDUAWE TE PEMAKO, F., [Link]., p. 9.
17
Art. 90 al.1 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
18
Art. 163 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…[Link].
19
GUINCHARD, S. et DEBARD, Th., [Link]., p. 561.
20
Art. 93 al. 2 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée… , [Link].
21
MBOKO DJ’ANDIMA, J.M., Droit congolais des services publics, Bruxelles/Paris, Academia/L’Harmattan, 2015,
pp. 377-382.
22
Art. 94 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 497
Cependant, comme nous l’avions soutenu que ces autorités n’ont pas
d’immunité comme les membres du parlement dans l’exercice de leurs
fonctions. Ils bénéficient simplement de l’inviolabilité qui prohibe toute
atteinte à leur intégrité corporelle, sauf nécessité médicale pour la personne et
le consentement préalable de l’intéressé.
Après avoir fini l’examen des membres du gouvernement, il va falloir
étudier les membres du pouvoir judiciaire et autres autorités politiques.
3. Les membres du pouvoir judiciaire et autres autorités politiques
Dans ce point, il sera traité d’une part tous les membres du pouvoir
judiciaire justiciables de la cour de cassation et d’autre part, les autres autorités
politiques.
a) Les membres du pouvoir judiciaire
Ici, nous étudierons les différentes catégories des magistrats qui sont
justiciables de la cour de cassation et qui siègent dans des cours et tribunaux
de la République Démocratique du Congo. Il s’agit de : membres de la cour
constitutionnelle et ceux du paquet près cette cour, les membres de la cour de
cassation et ceux du parquet près cette cour, les membres du conseil d’Etat et
ceux du parquet près ce conseil, les membres de la cour des comptes et ceux du
parquet près cette cour, les membres des cours d’appel et ceux des parquets
près ces cours et enfin, les membres de cours administratives d’appel et ceux
des parquets près ces cours. A cet effet, il va falloir passer en revue chacune de
catégorie de ces magistrats.
a.1. Les membres de la cour constitutionnelle et ceux du parquet près cette
cour
En réalité, la cour constitutionnelle est une juridiction créée en vue de
répondre à l’option de la Constitution de 2006, de séparer les contentieux
constitutionnels du contentieux administratif et judiciaire ; mais aussi à
renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire face aux pouvoirs législatif et
exécutif, comme il est dit dans l’exposé des motifs de la loi organique n° 13/026
du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour
constitutionnelle.
En effet, la cour constitutionnelle comprend neuf membres nommés par
le Président de la République dont trois sur sa propre initiative, trois désignés
par le parlement réuni en congrès et trois autres désignés par le conseil
supérieur de la magistrature. Les deux tiers des membres de la cour
constitutionnelle doivent être des juristes provenant de la magistrature, du
barreau ou de l’enseignement universitaire. Le mandat des membres de la cour
constitutionnelle est de neuf ans renouvelable. La cour constitutionnelle est
renouvelée par tiers tous les trois ans. Toutefois, lors de chaque
498 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
23
Allusion faite aux deux juges qui ont démissionné en date du 9 avril 2018. Il s’agit du juge BANYAKU LUAPE et
ESAMBO KANGASHE d’une part, et d’autre part, la mort du juge KALONDA KIELE Yvon, à la veille.
24
Art.12, 13 et 14 de la loi organique n° 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour
constitutionnelle.
25
Art.2 point 1 et 2 de la loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et
compétences de juridictions de l’ordre judiciaire.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 499
26
TASOKI MANZELE, J.M., op. cit., p. 116 ; voir aussi l’art.72, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire.
27
NDANGI BAZEBANZIA, Le défaut de pertinence de la qualité officielle en droit pénal congolais, Mémoire de D.E.S
en Droit Pénal, Faculté de Droit, UNIKIN, 2011-2013, p. 61 ; RUBBENS, A., Le droit judiciaire congolais, Tome II.
L’instruction criminelle et la procédure pénale, Bruxelles, Larcier, 1965, p. 59 ; TASOKI MANZELE, J.M., [Link].,
p. 111.
28
Art.26 et 44, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des
juridictions de l’ordre administratif.
500 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
29
Art.15 et 16, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des
juridictions de l’ordre administratif.
30
Art.36 et 38, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des
juridictions de l’ordre administratif.
31
Art.33, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des
juridictions de l’ordre administratif.
32
Art.178 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
33
VUNDUAWE TE PEMAKO, F., Traité de droit administratif, Bruxelles, Larcier, 2007, p. 449.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 501
34
QUERTAINMONT et MAMBOLE OSONGO ESALAKALUNGA, [Link]., p. 553.
35
Art.6, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence de juridictions
de l’ordre judiciaire.
36
Art.19, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence de juridiction
de l’ordre judiciaire.
37
Art.91, loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétence de juridiction
de l’ordre judiciaire ; voir NDANGI BAZEBANZIA, [Link]., pp. 68-71.
502 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
38
Art.61, loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des
juridictions de l’ordre administratif.
39
Art.7, loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces.
40
VUNDUAWE TE PEMAKO, F., [Link]., p. 497.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 503
En effet, après son élection par ses pairs que celui-ci devient de droit le
président du bureau de l’assemblée provinciale. Il a le pouvoir d’engager cette
institution. Il est justiciable de la cour de cassation41.
b.2. Les gouverneurs et les vice-gouverneurs de provinces
Le gouvernement provincial est l’organe exécutif de la province. Il
dispose des services publics provinciaux. Le gouvernement provincial est
constitué d’un gouverneur, d’un vice-gouverneur et des ministres provinciaux.
Le gouverneur et le vice-gouverneur sont élus sur une même liste, au suffrage
indirect et au scrutin majoritaire à deux tours, par les députés provinciaux au
sein ou en dehors de l’assemblée provinciale. Leur mandat est de cinq ans
renouvelable une seule fois. Après élection, le gouverneur et le vice-
gouverneur sont investis par ordonnance du Président de la République. Mais
avant d’entrer en fonction, le gouverneur présente à l’assemblée provinciale le
programme de son gouvernement42. Les gouverneurs des provinces, les vice-
gouverneurs et les ministres provinciaux sont justiciables de la cour de
cassation43.
En effet, le gouverneur est le chef de l’exécutif provincial, il représente la
province en justice et auprès des tiers. Il nomme, relève de leurs fonctions et, le
cas échéant, révoque les ministres provinciaux. Il dispose de l’administration
publique ne province. A ce titre, tous les services publics provinciaux et
nationaux en province sont placés sous son autorité. Il promulgue les édits
dans les quinze jours de leur transmission. Il dispose d’un cabinet dont le
nombre ne peut dépasser dix.
b.3. Les ministres provinciaux
Le ministre provincial est responsable de son département ministériel. Il
applique le programme du gouvernement provincial dans son ministère, sous
la coordination et l’autorité du gouverneur de province. Il exerce le pouvoir
réglementaire dans son secteur par voie d’arrêté du ministre provincial44. Il
dispose d’un cabinet dont le nombre de membres ne peut dépasser quatre. Il
est justiciable de la cour de cassation45.
Après voir fini l’examen des autres autorités politiques justiciables de la
cour de cassation, il convient d’étudier la procédure de leur privation de liberté
avant leur condamnation.
41
Art.153 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
42
VUNDUAWE TE PEMAKO, F., [Link]., p. 500 ; Art.83 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée par la loi
n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution du 18 février 2006.
43
Art.153 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
44
Art. 29, loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces.
45
Art. 30, loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces.
504 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
46
Art.107 al.2 et 3 de la Constitution de la R.D.C. telle que modifiée…, [Link]. ; Art.68 al.2, loi n° 08/012 du 31 juillet
2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces.
47
Art.85, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
48
NDANGI BAZEBANZIA, op. cit., pp. 61-62.
49
LUZOLO BAMBI LESSA et BAYONA BA MEYA, op. cit., p. 90.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 505
50
FAVOREU, L. et PHILIP, L., Les grandes décisions du conseil constitutionnel, Paris, 14ème éd., Dalloz, 2007, p.
274 ; voir TASOKI MANZELE, J.M., [Link]., p. 59.
51
Art.27 et 28 du code de procédure pénale ; voir TASOKI MANZELE, J.M., [Link]., pp. 183-184.
52
Art.107 de la Constitution de la R.D.C telle que modifiée…, [Link].
506 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
53
Art.166 al.2 de la Constitution de la R.D.C. telle que modifiée…, [Link].
54
Art.85, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
55
Art.86, loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la cour de cassation.
56
Art.27 et 28 du décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénale.
57
Allusion faite à la résidence surveillée de ces députés ONUSUMBA, MOHINDO NZANGI, DIOMI NDONGALA,
EWANGA…, lorsqu’ils avaient des différends avec le procureur général de la République où ils étaient assignés à
l’Hôtel Invest à Kinshasa en violation de la procédure prévue par la loi. Car ils étaient d’abord envoyés à Makala et
ils sont revenus à l’hôtel quelques jours plus tard…
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 507
carrément lui assigné dans sa résidence. Mais là, il y aura certaines conditions
qui seront appréciées par les magistrats, précisément les juges.
Cependant, pour étayer ce que nous avons soutenu, la manière de traiter
les justiciables au Congo crée une certaine injustice bien que voulu par le
législateur. Au moment où les citoyens ordinaires sont violentés, frappés et
parfois même torturés, ceux-ci ne sont pas inquiétés, vivent en paix comme si
de rien était en faisant tous ceux qu’ils peuvent ; ce n’est pas juste. Cela étant,
il convient d’examiner l’égalité du traitement et pertinence de la qualité
officielle.
3. L’égalité de traitement et pertinence de la qualité officielle
L’égalité de traitement voudrait tout simplement dire que tous les
congolais devaient être traités de manière égale devant les instances judiciaires
après qu’il y ait commission d’infraction ou de crime. Tandis que la pertinence
de la qualité officielle signifie que son bénéficiaire, bien qu’ayant commis une
infraction ou un crime, continue à se faire prévaloir du titre par lequel il est
désigné dans la société, tout en ayant les mêmes faveurs et avantages comme
s’il était encore en fonction et se comportant en bon monsieur. Cela étant, il va
falloir d’une part analyser le principe d’égalité de traitement et son exception
et d’autre part, faire une analyse critique et donner les perspectives d’avenir.
a) Le principe et l’exception
Le principe dont il est question ici est celui de traitement égalitaire de
tous les citoyens devant les instances judiciaires, c’est-à-dire que, lorsqu’ils
commettent les infractions, ils doivent normalement répondre devant les
mêmes organes institués par la loi pour poursuivre tout le monde ayant
commis le même manquement. Mais, il se fait que les bénéficiaires de la qualité
officielle, par ricochet les justiciables de la cour de cassation, ne sont pas soumis
à cette logique qui voudrait que tous les citoyens soient traités de manière égale
devant les instances judiciaires. Ils sont exemptés de la procédure ordinaire que
doit subir tout citoyen ordinaire après avoir commis un acte qualifié
d’infraction par un texte ou une norme. Il peut s’agir d’une loi au sens strict du
terme, mais aussi de toute autre norme58.
Nous estimons qu’il n’est pas bon de confier à une certaine catégorie
d’individus trop de faveurs même lorsqu’ils parviennent d’enfreindre la loi.
Parce que sous d’autres cieux, même le Chef d’Etat ne bénéficie pas de ces
faveurs59, a fortiori certaines autorités ? Nous sommes contre toutes ces faveurs
qui peuvent être des immunités, des inviolabilités, des privilèges de
juridictions et surtout, le fait de conditionner les poursuites d’un criminel à des
autorisations préalables.
58
WANE BAMEME, B.-A., Cours de droit pénal spécial, destiné aux étudiants de Troisième graduat Droit, UNIKIN,
2015-2016, p. 16, inédit.
59
CASSESE, A. et DELMAS-MARTY, M., Juridictions nationales et crimes internationaux, Paris, P.U.F, 2002,
p. 414 : « Malgré ses pouvoirs constitutionnels et législatifs, le Président de la République ne jouit pas d’une
immunité ».
508 La privation de liberté de mouvements des justiciables de la cour de cassation avant leur
condamnation : entre l’égalité de traitement et la pertinence de la qualité officielle
60
NDANGI BAZEBANZIA, op. cit., pp. 61-62.
61
Art.27 du Traité de Rome portant Statut de la Cour Pénale Internationale du 17 juillet 1998 entré en vigueur le 1 er
juillet 2002.
62
Art.42bis de la loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant code
pénal congolais tel que modifié à ce jour.
63
Art.163 de la loi n° 024/2002 du 18 novembre 2002, portant code pénal militaire qui dispose : « L’immunité attachée
à la qualité officielle d’une personne ne l’exonère pas des poursuites pour crimes de guerre ou crimes contre
l’humanité ».
64
DAVID, E., Eléments de droit pénal international et européen, Bruxelles, Bruylant, 2009, pp. 114-115 ; SALMON,
J., Manuel de droit diplomatique, Bruxelles, Bruylant, 1994, p. 603, Tribunal Militaire International de Nuremberg,
1er octobre 1946.
ANNALES DE LA FACULTE DE DROIT 509
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
I. TEXTES JURIDIQUES
1. Traité de Rome du 17 juillet 1998 portant statut de la Cour pénale
Internationale.
2. Constitution de la République Démocratique du Congo telle que modifiée
par la loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles
de la constitution de la RDC du 18 février 2006, in JORDC, n° spécial, 52ème
année.
3. Loi organique n° 13/011-B du 11avril 2013 portant organisation,
fonctionnement et compétences des juridictions de de l’ordre judiciaire.
4. Loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation et
fonctionnement de la Cour constitutionnelle.
5. Loi organique n° 16/027 du 15 octobre 2016 portant organisation,
compétence et fonctionnement des juridictions de l’ordre administratif.
6. Loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la
libre administration des provinces.
7. Loi organique n° 13/010 du 19 février 2013 relative à la procédure devant la
Cour de cassation.
8. Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles modifiant et
complétant le Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal congolais.
9. Loi n° 024/2002 du 18 novembre 2002, portant code pénal militaire
congolais.
II. DOCTRINE
1. AKELE ADAU P., Réforme du code pénal Congolais Option axiologiques et
techniques fondamentales, Tome III, Kinshasa, CEPAS, 2009.
2. CASSE, A. et DELMAS – MARTY M., Juridictions nationales et Crimes
internationaux, Paris, PUF, 2002.
3. DAVID, E., Eléments de droit pénal international et européen, Bruxelles
Buryllant, Paris, PUF, 2009.
4. GUINCHARD, S. et DEBARD, Th. (dir.), Lexique des termes juridiques, Paris,
19ème éd. Dalloz, 2012.
5. LUZOLO BAMBI LESSA, et BAYONA-Ba-MEYA, Manuel de Procédure
pénale, Kinshasa, PUC, 2011.
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