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Églises de Réveil à Lubumbashi: Cadre Légal

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LES EGLISES DE REVEIL DANS LA VILLE DE

LUBUMBASHI : FONDEMENTS JURIDIQUES ET


APPLICATION

Par Makungu Kanange et Tshesu Mbayo1

INTRODUCTION

Les églises de réveil appelées néo-pentecôtistes et considérées à l’origine comme des


églises indépendantes2, sont la consécration de la mondialisation religieuse3.
Deux temps forts marquent leur existence : l’arrivée des missionnaires américains vers
les années 1980 et l’ouverture politique décrétée en 1990, proclamant la liberté d’associa-
tion, ont profondément bouleversé le paysage religieux de la RDC, alors République du
Zaïre4.
Cependant, au nom de la liberté de culte, l’on assiste à la prolifération des églises de
réveil sur tout le territoire national et, de manière aussi impressionnante dans la ville de Lu-
bumbashi, à telle enseigne qu’il est devenu depuis un certain temps difficile de parcourir
cinq cents mètres sans apercevoir une église de réveil. Ce phénomène donc n’épargne au-
cune ville de la République Démocratique du Congo.
Ceci étant, il est difficile voire impossible à l’heure actuelle de déterminer avec exacti-
tude le nombre des églises de réveil implantées dans la ville de Lubumbashi.
Or, en République Démocratique du Congo, la création d’une association sans but lu-
cratif à caractère confessionnel et l’exercice des cultes ou de pratique religieuse relèvent du
régime d’autorisation administrative préalable au regard de la loi n°004/2001 du 20 juillet
2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux éta-
blissements d’utilité publique.
Toutefois, l’on assiste en pratique, dans la ville de Lubumbashi, au foisonnement des
églises de réveil et ce, en violation des normes relatives aux conditions de création des as-
sociations confessionnelles, aux conditions d’exercice, de perception des dimes, aumônes,

1 Tous Assistants à la Faculté de Droit de l’Université de Lubumbashi.


2 José MVUEZOLO BAZONZI, Les Eglises de réveil de Kinshasa à l’ombre du mouvement néo-
pentecôtiste mondial : entre nivellement et déconstruction culturels, éd. C.E.P, Kinshasa, 2011, p.3.
3 Les églises de réveil sont des structures religieuses dites indépendantes parce qu’elles ne sont pas
contrôlées, ne dépendent pas de la hiérarchie des grandes religions existantes, et peuvent être créées
librement par des pasteurs sans que cela nécessite une autorisation particulière autre que celle des
autorités politico-administratives. Ces sont d’inspiration pentecôtiste et elles prolongent l’action de
celles qui ont émergé aux Etats-Unis et en Grande Bretagne dans les années 1960, autour de la doc-
trine du baptême du Saint-Esprit et de la liberté du choix de la langue de culte.
4 MVUEZOLO BAZONZI, op. cit., p.4.

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dons et présents5, ainsi qu’à celles d’éligibilité au titre de fondateur ou représentant légal
desdites églises. Toutes ces violations se commettent sous l’œil impuissant voire complai-
sant de l’Etat congolais qui se traduit par son incapacité d’appliquer les textes légaux en la
matière.
C’est pourquoi, il appert donc judicieux, au regard de la situation ci-dessus dépeinte,
que les pouvoirs publics congolais prennent des mesures préventives et coercitives suscep-
tibles d’empêcher la prolifération irrégulière desdites églises de réveil en vue de mettre fin
aux atteintes à l’ordre public et aux abus de toute nature déplorés dans la ville de Lubumba-
shi notamment les tapages nocturnes et diurnes, le manque des lieux de culte appropriés,
l’immoralité des pasteurs et représentants légaux des églises de réveil etc.

A. HISTORIQUE ET EMERGENCE DES EGLISES DE REVEIL DANS LA VILLE DE


LUBUMBASHI

1. PRESENTATION DE LA VILLE DE LUBUMBASHI

Chef-lieu de la Province du Katanga, Lubumbashi appelée aussi capitale du cuivre, est la


deuxième ville de la République Démocratique du Congo. Elle a une superficie de 747 km2
ou 747000 ha et compte actuellement plus ou moins 1.958.499 habitants6.
Fondée en 19107 par la Belgique sous le nom d’Elisabethville avec 1.300 habitants dont
300 européens et 1.000 africains, Elisabethville, capitale de l’éphémère Etat autoproclamé
du Katanga sous l’impulsion de Moïse Tshombe, fut renommée Lubumbashi en 1965, dé-
nomination tirée du nom de la rivière au bord de laquelle elle avait été fondée. Suite à la
crise économique de 1930, Elisabethville va être dépeuplée. Ce n’est qu’après la deuxième
guerre mondiale qu’elle va attirer beaucoup d’immigrés de l’Europe et de l’intérieur de la
colonie et ce, grâce à la prospérité de l’industrie du cuivre avec comme conséquence l’ac-
croissement de la population atteignant 180.000 habitants en 1957.
Pour accommoder ce flux, de nouveaux quartiers furent aménagés notamment Kenya,
Katuba, Ruashi, Kampemba, Kamalondo et Annexe qui constituent aujourd’hui les com-
munes principales de la ville de Lubumbashi.

2. ORIGINES DES EGLISES DE REVEIL

Il n’existe pas de date officielle de naissance du mouvement pentecôtiste. Cependant, un


fils d’esclaves affranchis, le pasteur de la chapelle Aziza Street Mission, William Joseph

5 Article 48 al. 2 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables
aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
6 Rapport de la commission provinciale d’urbanisme pour la validation et les commentaires sur les
options proposées dans le cadre de l’élaboration du plan urbain de référence de Lubumbashi, 2009.
7 Ce chiffre est approximatif car il est difficile de déterminer avec exactitude la démographie de la
population dans la ville de Lubumbashi par manque de données fiables.

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Seymour, né en Louisiane aux Etats-Unis d’Amérique en date du 2 mai 1870, est considéré
comme le père fondateur du pentecôtisme en 19068.
Le pentecôtisme est un mouvement pluriel issu du christianisme. Ainsi, plusieurs va-
riantes et classifications peuvent être évoquées entre autres, le pentecôtisme classique, le
néo-pentecôtisme connu sous le vocable « églises de réveil », les mouvements charisma-
tiques catholiques ou protestants, les églises prophétiques et messianiques (le Kimban-
guisme congolais et l’Al adura Church du Nigeria)9.
Ainsi, les églises de réveil, émanation des mouvements religieux américains, se sont
implantées sur le continent africain dès le début du 20ème siècle. Etablies d’abord en
Afrique de l’ouest, elles vont se diffuser très rapidement dans toute l’Afrique pendant la pé-
riode des indépendances jusqu’à la fin des années 198010.
Existant sous forme de cellules ou de fraternités de prière, ces groupements vont se
transformer en églises structurées au début des années 1990, époque au cours de laquelle
elles vont connaître une grande propension due principalement non seulement à la décep-
tion grandissante des fidèles chrétiens à l’égard des structures religieuses classiques (catho-
lique, méthodiste, protestante…) et au déploiement d’un regard critique des populations sur
la gestion politico-sociale de leurs pays et surtout à la démocratisation qui, dans nombre
d’Etats africains, vont autoriser la liberté d’association et de culte, comme il en fut de la
République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) où le régime dictatorial de Mobutu11 à parti
unique avait longtemps instauré un contrôle rigoureux de la vie religieuse12.
Comme pour l’ensemble de la République Démocratique du Congo, les églises de ré-
veil vont faire leur apparition dans la ville de Lubumbashi vers les années 1980.
Toutes les églises en République Démocratique du Congo dont notamment celles de ré-
veil sont des associations sans but lucratif de nature confessionnelle. Par conséquent, elles
sont encadrées et réglementées par la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions
générales applicables aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité pu-
blique.

8 [Link] consulté le 12 septembre janvier


2013.
9 BATIBONAK S., Les pentecôtismes africains, socle de métamorphoses : le cas du Cameroun,
s.éd., 2012, p.3.
10 SOIRON Fallut M., Les églises de réveil en Afrique centrale et leurs impacts sur l’équilibre du
pouvoir et la stabilité des Etats : le cas du Cameroun, du Gabon et la République du Congo, Frans
ville, 2012, p.3.
11 Ancien président de la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) qui a régné de 1965 à 1997.
12 DEVEY M., Eglises de réveil ou d’endormissement?, [Link], consulté le 3 octobre
2013.

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B. CADRE JURIDIQUE RELATIF A LA CONSTITUTION D’UNE ASSOCIATION


CONFESSIONNELLE

En République Démocratique du Congo, il n’y a pas de religion d’État13. Toute personne a


droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Cela étant, tout individu peut mani-
fester sa religion ou ses convictions, seule ou en commun, tant en public qu’en privé par le
culte, l’enseignement, les pratiques, l’accomplissement des rites et l’état de vie religieuse
sous réserve du respect de l’ordre public et de bonnes mœurs14 et des droits d’autrui15.
Cependant, en libéralisant l’exercice des associations religieuses le législateur congolais
a pris le soin de les encadrer en vue d’éviter justement que ce libéralisme ne porte atteinte à
l’ordre public et donne lieu à toutes sortes d’abus qui sont d’ailleurs déplorés ci et là.
Ainsi, au regard des articles 2 et 48 alinéa 1 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001
portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux établisse-
ments d’utilité publique, toute association confessionnelle, en République Démocratique du
Congo, est d’abord une association sans but lucratif16. La dite loi soumet l’exercice de toute
activité d’une association confessionnelle à l’obtention de la personnalité juridique accor-
dée par le ministre de la Justice17 et détermine la procédure à suivre quant à ce18.
Néanmoins, en attendant l’obtention de la personnalité juridique, l’association confes-
sionnelle peut fonctionner après avis favorable du ministre national des affaires sociales ou
après autorisation provisoire de fonctionnement délivré par le gouverneur de Province19.
Tous ces actes administratifs, à savoir l’avis favorable ainsi que l’autorisation de fonction-
nement sont valables pour une durée de six mois. Leur arrivée à terme les rendent nuls.
D’où, l’association confessionnelle qui n’a pas pu obtenir sa personnalité juridique endéans
ledit délai de 6 mois devient d’office une association de fait avec toutes les conséquences
de droit qui en découlent.
Il sied de noter qu’outre les conditions d’obtention de la personnalité juridique appli-
cables à toutes les catégories d’associations sans but lucratif conformément aux articles 4, 6

13 Article 46 al. 1 la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
14 Article 46 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
15 Article 22 de la constitution de la République Démocratique du Congo modifiée par la Loi n°
11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République
Démocratique du Congo du 18 février 2006.
16 Article 1 et 2 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
17 Article 3 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux as-
sociations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
18 Article 4 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux as-
sociations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
19 Article 5 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux as-
sociations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.

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et 7 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux


associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique, l’association confes-
sionnelle doit produire un dossier renfermant les principes fondamentaux ainsi que les
lignes maîtresses de l’enseignement religieux à dispenser, de manière à traduire clairement
sa doctrine.
Elle doit, par ailleurs, s’interdire d’édicter des règles ni dispenser des enseignements
contraires aux lois en vigueur, aux bonnes mœurs et à l’ordre public. Enfin, elle doit s’inter-
dire des pratiques et règles pouvant porter atteinte à la vie ou à la santé de ses membres20.
Pour décourager les pratiques illégales, des sanctions pénales ainsi que des mesures
conservatoires ont été prévues par le législateur en matière d’exercice des associations sans
but lucratif. A cet effet, quant aux mesures conservatoires, la loi donne compétence, en cas
d’une activité menaçant la sécurité intérieure ou extérieure de l’État, au ministre de la Jus-
tice de suspendre par voie d’arrêté, toute association auteur desdits faits et ce pour une pé-
riode ne dépassant pas trois mois21. De même, en cas de conflit, au sein de l’association,
menaçant l’ordre public, la suspension d’activité de ladite association peut être arrêtée par
le ministre précité jusqu’à ce qu’au règlement dudit conflit.
Cependant, si la reprise de cette activité s’avère nuisible à la sécurité de l’État et qu’au-
cune conciliation n’est possible en cas de conflit interne de l’association22, la dissolution de
ladite association ne peut être sollicitée que devant le Tribunal de Grande Instance par le
ministère public sur injonction du ministre de la justice23.
En plus des mesures conservatoires, des peines de servitude pénale et/ou d’amende
peuvent être prononcées à l’endroit de tout individu qui aura perçu des dons, présents, legs
ou aumônes au nom d’une association confessionnelle n’ayant pas la personnalité juridique
ou l’autorisation de fonctionnement24 ou soit de celui qui aura relancé les activités d’une
association confessionnelle suspendue ou soit encore celui qui aura participé au maintien ou
à la reconstitution d’une association confessionnelle dissoute25.
En application des articles 55 et 56 alinéa 2 de la loi sus vantée, les peines de servitude
pénale varient entre un à deux ans; Celles d’amende entre cinquante mille à deux cent mille
francs congolais. Quant à l’alinéa 1 de l’article 56, la peine de servitude pénale maximale

20 Article 52 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
21 Article 53 al.1 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001portant dispositions générales applicables
aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
22 Article 54 al 4, [Link].
23 Article 53 al. 2 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001portant dispositions générales applicables
aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
24 Article 55 de loi n°004/2001 du 20 juillet 2001portant dispositions générales applicables aux asso-
ciations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
25 Article 56 de loi n°004/2001 du 20 juillet 2001portant dispositions générales applicables aux asso-
ciations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.

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est d’un an et d’une amende de vingt mille à cent mille francs congolais. Ces peines
peuvent être doublées en cas de récidive.

C. LES EGLISES DE REVEIL ET LEURS PROBLEMES DANS LA VILLE DE


LUBUMBASHI: ANALYSE CRITIQUE ET REMEDES

La quasi non application de la loi qui encadre les associations sans but lucratif, en l’occur-
rence les associations confessionnelles, semble être à la base de plusieurs problèmes qui
impliquent dans de l’administration congolais la prise des mesures susceptibles d’assainir
les activités des églises de réveil afin de mettre un terme non seulement à leur création irré-
gulière mais également de mettre fin ou tout au moins réduire les abus constatés dans
l’exercice de leur pratique religieuse qui causent beaucoup de dommages aux Lushois no-
tamment l’insalubrité et la pollution sonore qui constituent des atteintes aux libertés et
droits d’autrui.

1. CREATION IRREGULIERE DES EGLISES DE REVEIL

L’article 22 de la constitution de la République Démocratique du Congo stipule que « Toute


personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ». Elle renchérit dans
son article 37 que « L’Etat garantit la liberté d’association ». D’où, aucune mesure tendant à
limiter le nombre des églises dans une circonscription ne peut se concevoir et serait
contraire à la constitution de la République Démocratique du Congo qui du reste garantit
les libertés de religion et de culte. Néanmoins, toutes ces libertés doivent s’exercer sous ré-
serve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui. C’est
ainsi que pour préserver les droits des tiers, le législateur congolais a réglementé les moda-
lités d’exercice, de fonctionnement et d’organisation des associations confessionnelles.
Cependant, nous avons constaté sur terrain que le foisonnement des églises de réveil
dans la ville de Lubumbashi prend des allures de plus en plus inquiétantes. C’est devenu un
véritable phénomène de société. Des maisons de culte poussent de partout sans qu’elles ne
se conforment à la réglementation sur les associations sans but lucratif. Pire encore, une
certaine connaissance de la Parole « inspirée », la verve oratoire, des tambours et quelques
chantres suffisent pour démarrer « cette affaire » même en dessous d’un arbre, dans des
hangars, dans des parcelles abandonnées, sur des places publiques, alors que l’article 47 de
la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associa-
tions sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique prescrit que les lieux de culte
ou de pratique religieuse doivent répondre aux normes sécuritaires et commodataires pour
garantir la quiétude des populations riveraines.
Ces implantations massives et hors normes des églises de réveil ne peuvent leur être im-
putées totalement. Car, certaines d’entre elles retrouvent dans l’illégalité faute pour l’admi-
nistration congolaise de ne les avoir pas délivré en temps utile les autorisations. Et cela est
dû à la mauvaise organisation et au mauvais fonctionnement des services attitrés.

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C’est ainsi que pour contourner l’illégalité, certaines églises se présentent comme le
prolongement des églises installées légalement. Une fois à pied d’œuvre, ces églises prolon-
gées partagent « leur revenu » avec les représentants des églises qui les couvrent. Ce n’est
qu’après plusieurs années de fonctionnement que certaines d’entre elles cherchent à se
conformer à la loi.
Ces églises, en tant qu’association sans but lucratif, sont appelées à collaborer avec les
pouvoirs publics car elles contribuent au développement social, économique, intellectuel,
moral et spirituel des populations et à l’éducation des citoyennes et des citoyens. Cela étant,
ces églises partenaires sociales de l’Etat devrait faire corps avec l’Etat congolais pour mili-
ter pour le respect de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales ap-
plicables aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
Or, l’existence de ces églises n’est pas à démontrer dans la ville de Lubumbashi. Af-
fiches, banderoles, enseignes, distribution de dépliants, déploiement sur les grandes artères
suffisent pour permettre, à l’administration publique, d’identifier celles exerçant leurs acti-
vités dans l’illégalité et de prendre des mesures adéquates pour résorber ce fléau afin d’éta-
blir une banque de données fiables et crédibles.

2. LES TROUBLES DE VOISINAGE, LES TAPAGES NOCTURNES ET LA QUASI-


ABSENCE DES LIEUX DE CULTE APPROPRIES

Dans la ville de Lubumbashi, les Églises de réveil organisent leur culte dans de différents
lieux et de différents milieux dont la plupart ne répondent pas aux prescrits de l’article 47
de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux asso-
ciations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
A ce sujet, il peut s’agir soit des cours de maisons d’habitation, des anciens lieux de
cinéma et boîtes de nuit, des garages et hangars, des terrains municipaux, des marchés po-
pulaires, des stades de football, en plein centre ville de Lubumbashi surtout le jeudi matin
comme les lieux de négoce s’ouvrent autour de 10 heures et également le samedi.
Ces lieux de culte étant pour la plupart fortement sonorisés ne retiennent pas les bruits
ou mieux le vacarme généré non seulement par les prières, les cantiques et les chants de
louanges des fidèles mais encore par l’utilisation des instruments de musique électroniques
High Tech tels que les haut-parleurs et baffles de haute performance sonore très souvent
installés à l’extérieur des lieux de culte servant d’alerte et d’attrait des fidèles, les synthéti-
seurs haute définition semblables à ceux utilisés par les musiciens mondains, etc.
Ces bruits, qualifiés de tapages soit de nocturnes lorsqu’ils se produisent pendant la
nuit, ou de troubles de voisinage lorsqu’ils ont lieu pendant la journée, font l’objet généra-
lement de plaintes de la part des Lushois.
Après recensement opéré par la mairie de la ville de Lubumbashi au mois de février
2014, la commune Kampemba à elle seule compte 800 églises de réveil pour une superficie
de 47 Km2 ou soit 800 églises pour 47.000 hectare, soit 58 églises par ha. Quant à la Kenya,
constituée de trois quartiers, le quartier Luapula à lui seul regorge 153 églises pour une su-

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perficie de 7 Km2 ou soit 123 églises pour 7.000 ha soit 57 églises par ha. Avec une telle
statistique, il est sans doute difficile de se réserver d’affirmer les populations de la ville de
Lubumbashi sont exposées aux tapages nocturnes ainsi qu’aux troubles de voisinage.
Ces nuisances sonores sont insupportables par les riverains26, car non seulement elles
les empêchent de se reposer ou de travailler dans les conditions adéquates mais aussi
constituent une atteinte à l’ordre public. C’est pourquoi, pour assurer l’ordre public, la loi n
°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations
sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique oblige les associations confession-
nelles à se doter des lieux de culte ou de pratique religieuse qui garantissent la quiétude27
des populations environnantes.
Malheureusement, ces églises ne se soucient pas de leurs lieux de prière. Maisons in-
achevées, anciens dépôts des marchandises et bars, bâches, tentes, hangars, construits de
fortune servent d’abris à ces « chercheurs de la vie éternelle ».
Or, au regard de l’article 27 de l’arrêté n°013/2005 CAB/[Link]-HAB./2005 du 6
mai 2005 modifiant l’arrêté n°CAB/CE/URB./012/88 du 22 octobre 1988 réglementant la
délivrance de l’autorisation de bâtir, toute personne qui construit ou fait construire, qui en-
treprend ou fait entreprendre, qui modifie ou fait modifier une construction sans autorisa-
tion de bâtir encourt une sanction de servitude pénal principale de six mois maximum et
d’une amende de 1.000 à 5.000 francs.
Et à la demande de l’administration, une réparation par nature ou par équivalent, peut
être ordonnée par le tribunal compétent28. Malheureusement, les services compétents dans
la cherche et la constatation des infractions aux violations des règles générales d’aménage-
ment et d’urbanisme ainsi qu’aux manquements des autorisations de bâtir et leur prescrip-
tion n’y consacrent pas de temps.
De même, conscients du problème de nuisance sonore et de la pratique religieuse dans
des lieux inappropriés, ces églises soutiennent pour justifier leur violation de la loi par des
pseudo-arguments du genre que « Dieu n’habite pas dans des maisons construites des mains
d’hommes mais dans nos cœurs et, qu’en plus, prétendent-ils, aucun culte ne peut être célé-
bré dans le silence car il faut diffuser le message de Jésus le plus loin et le plus fort pos-
sible ». Au révérend pasteur Bravo jacques-martin Yoka de renchérir que « si certaines
églises évangéliques à forte affluence des fidèles se voient dans l’obligation de recourir à
un matériel de sonorisation pour amplifier le volume de la voix du prédicateur, d’autres, des
plus petites tailles, utilisent la sonorisation pour appâter d’éventuelles ouailles29».

26 Demart, S., « Le combat pour l’intégration des églises issues du Réveil congolais (RDC) », in Re-
vue européenne des migrations internationales, vol. 24, n°3, 2008, [Link] consulté le
29 décembre 2013.
27 Ordonnance n°064/CONT du 16/9/1925 sur le tapage nocturne, modifiée par l’ordonnance n°92/
AIMO du 28/03/1941.
28 Article 24 du décret du 20 juin 1957 sur l’urbanisme.
29 Ben Mazunda, traque des églises de réveil non en règle, faux problème de vouloir les fermer, 2014,
www.mé[Link], consulté le 3/10/2013.

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La non-application efficiente de la loi sur les associations sans but lucratif de la part des
pouvoirs publics dans la ville de Lubumbashi favorise les troubles à l’ordre public causés
par les églises de réveil et la pratique de culte dans les lieux qui sont en marge de la loi30.
Or, tous les jours, dans la ville de Lubumbashi, ces églises organisent des cultes,
conventions de prière, marathons de prière, veillées de prière et des croisades de prière sans
fin qui troublent quotidiennement la tranquillité publique et enfreignent les droits civiques
et politiques reconnus à tout individu par la constitution de la République Démocratique du
Congo.
Et ce que nous constatons que ce n’est qu’à titre exceptionnel généralement que cer-
taines de ces églises de réveil font l’objet de mesures préventives31.

3. LE NON RESPECT DES CONDITIONS D’ELIGIBILITE AU TITRE DE


FONDATEUR OU DE REPRESENTANT LEGAL D’UNE CONFESSION
RELIGIEUSE

L’on assiste, il y a plus d’une décennie, au problème de leadership entre pasteurs fondateurs
et/ou représentant légal et les adeptes de leurs églises. A l’origine de ces litiges, le non-res-
pect des actes constitutifs qui les régissent et surtout le fait de considérer ces églises comme
des « établissements de commerce ».
C’est pour ces raisons que les leaders desdites églises cherchent à être succédés à la tête
de leurs associations confessionnelles par leurs propres enfants ou épouses32 et ce, en vue
de sauvegarder leurs intérêts qui ne sont autres que lucratifs.
Or, en tant qu’association sans but lucratif, les églises de réveil doivent préalablement
se doter des statuts qui définissent l’organisation de l’administration, le mode de nomina-
tion et de révocation des personnes chargées de cette administration, la durée de leur man-
dat, l’étendue de leurs pouvoirs et la manière dont l’association confessionnelle est repré-
sentée à l’égard des tiers.33
En plus, la loi exige du fondateur d’une association confessionnelle d’être non seule-
ment sain d’esprit, de bonne moralité, âgé d’au moins trente ans mais aussi de démontrer
qu’il possède une doctrine religieuse suffisante et élaborée34. Quant au représentant légal,
en sus des conditions imposées au fondateur, il doit justifier qu’il est détenteur d’un di-

30 Article 47 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
31 Arrêté urbain n°056/BUR-Maire/ville/L’shi/2013 du 19/10/2013 portant mesures de fermeture
d’une église dans la ville de Lubumbashi.
32 Marshall-Fratani R., « Prospérité miraculeuse: les pasteurs pentecôtistes au parfum de scandale »,
in Politique africaine, n° 82, juin 2001, p.4.
33 Articles 7 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
34 Article 49 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.

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plôme d’études supérieures, universitaires ou d’un niveau équivalent en matières religieuses


délivré par un établissement agréé35.
Toutes ces conditions visent à parer aux déviations administratives et théologiques dans
le chef du fondateur ou du représentant légal.
Cependant, d’aucun n’ignore qu’enseigner et instruire un groupe de personnes ne s’im-
provisent pas. C’est une tâche très laborieuse qui répond à l’orthodoxie pédagogique et qui
présuppose de la part de l’enseignant une formation biblique et théologique suffisante et
une formation complémentaire satisfaisante.
Par ailleurs, dans la ville de Lubumbashi, beaucoup de fondateurs des églises de réveil
ne font preuve d’aucune formation théorique éprouvée.
Ainsi, il n’est pas rare de constater qu’un fidèle, nouvellement converti, bible à la main,
se proclame ou carrément se voit consacré pasteur par son père spirituel, lui aussi devenu
pasteur selon à peu près le même parcours.
Habilité désormais à exercer son ministère36, le nouveau pasteur peut même créer son
Église.
Comme conséquence, les conditions requises pour être fondateur ou représentant légal
d’une association confessionnelle restent constamment violées. La déficience dans la for-
mation des différents prédicateurs débouche sur des enseignements et interprétations erro-
nés et superficiels da la Bible.
Il importe de relever que, à Lubumbashi, les églises de réveil sont considérées par leur
fondateur comme des biens privés ou des entreprises unipersonnelles37.
Pour preuve, seuls les héritiers du fondateur ou du représentant légal de ces églises de
réveil (femme, enfant, neveux…) sont habilités à leur succéder en cas de décès ou suite une
autre circonstance les empêchant d’exercer leur fonction au sein de l’église. Ces genres de
comportement provoquent des conflits internes et font que les collaborateurs de ces diri-
geants mécontents arrivent à créer leurs propres églises38. Plusieurs illustrations peuvent
être évoquées39.
Ces églises étant pour la plupart des biens individuels propriétés du fondateur ou du re-
présentant légal, les statuts qui les constituent n’ont pas de valeur juridique aux yeux de ces

35 Article 50 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux
associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
36 Fonctions liées aux cinq charges d’une église notamment l’apôtre, le pasteur, la prophétie, l’ensei-
gnement et le docteur. Tous ces ministères constituent en fait des dons qui doivent être exercés au
sein d’une même église et non de manière séparée.
37 Marshall Fratani R., op. cit., p.4.
38 Pathy Mawete Mabuisa, op. cit., p.3.
39 A l’église du Dieu vivant du feu Pasteur-prophète SIKATENDA, la direction de l’église a été
confiée au fils Jacques SIKATENDA NEEMA, après la mort du père. Lui aussi s’est vite séparé
des collaborateurs de son père mécontents de sa méthode imposante au sein de l’église.

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LES EGLISES DE REVEIL DANS LA VILLE DE LUBUMBASHI : FONDEMENTS JURIDIQUES ET APPLICATION

derniers40. Ces actes constitutifs ne sont pour eux qu’accessoires41 leur permettant juste de
se conformer aux formalités légales pour créer une association confessionnelle. Et
d’ailleurs, le foisonnement des églises de réveil irrégulières dans la ville de Lubumbashi
constitue un moyen éloquent quant à ce.
A ce propos, suite à l’affaire Prophète MUKUNGUBILA du 30 décembre 2013 à la
base de laquelle les éléments armés fidèles audit prophète se sont confrontés aux forces ar-
mées de la République Démocratique du Congo, attaque ayant simultanément eu lieu à Kin-
shasa, Lubumbashi, Kolwezi et Kindu, est consécutive à la décision, du gouvernement
congolais, de fermeture de toutes les églises fonctionnant dans l’illégalité à travers tout le
territoire de la République Démocratique du Congo42.
C’est dans l’application de ladite mesure que le maire de la ville de Lubumbashi a or-
donné à toutes les églises de réveil de se faire enregistrer soit à la mairie du même nom ou
soit à la commune dans laquelle elles sont implantées.
Cette mesure a eu pour finalité vérifier le respect par lesdites églises des dispositions
légales qui règlement la création, l’exercice, le fonctionnement et l’organisation des asso-
ciations sans but lucratif en République Démocratique du Congo.

4. LES PROBLEMES LIES A LA MORALITE DES PASTEURS ET REPRESENTANTS


LEGAUX DES EGLISES DE REVEIL

Enfin, un autre problème à mettre au passif des chefs d’églises de réveil est leur dérive mo-
rale. Des cas d’abus à l’endroit des fidèles sont légion : arnaques financières, spoliations
des biens matériels des fidèles, agressions sexuelles, influence des chefs d’églises sur la
sphère familiale et désintégration de la famille qui en découle43.

40 Cité Bethel, située au quartier Funa dans la commune de Limete. Un conflit de succession est né
entre l’apôtre et représentant légal, Emmanuel Mbiye, et deux de ses collaborateurs. Ce dernier a
préféré introniser son fils Moïse Mbiye comme étant représentant légal de la même église. Les
deux pasteurs de l’extension de Lemba, Florent Musiteki et Richards Malanda ont tout de suite
dénoncé le favoritisme du père vis-à-vis de son fils. Pour les deux hommes de Dieu, le jeune
homme ne peut être élevé à ce poste de pasteur et représentant légal faute d’expérience. Pour net-
toyer la maison avant que la bombe n’explose, l’apôtre Mbiye Emmanuel a eu, en date du 5 juillet
2012, à rendre publique sa décision d’excommunication de sa communauté les deux pasteurs cité
ci-haut. Ces derniers ont eu à porter l’affaire devant les instances judiciaires.
41 Le même problème a vécu au sein de l’église Armée de Victoire du pasteur KUTHINO Fernando
placée sous la direction, depuis six ans, de son épouse, alors que selon la hiérarchie, c’est le
deuxième pasteur responsable de l’église qui devrait assumer l’intérim en l’absence du pasteur ti-
tulaire.
42 Mwamba Kalenga, l’énigmatique question de démolition des églises soi-disant « non-viables », in
Médiacongo, www.mé[Link], consulté le 3/2/2013.
43 Le pasteur Lukusa de l’église Come and See, sise avenue maniema, commune de Lubumbashi, a
eu à enceinter l’une de ses fidèles. Devant cette ignominie, il lui a contraint d’avorter. Ne faisant
pas droit à cette demande, elle a été retrouvée morte après quelques jours. Condamné par le Tribu-
nal de Grande Instance de Lubumbashi pour homicide volontaire, il fut incarcéré à la prison de la
Kasapa où mourut.

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A ce propos Masua Mimbari en parle en des termes sévères : « le chef charismatique,


dit-il, très souvent intellectuellement borné s’enferme dans le culte de la personnalité. Les
fidèles envoutés par la personnalité de leur chef, s’enferment dans l’irrationnel et dans le
fanatisme »44.
Toutes ces déviations sont dues au fait que n’importe qui peut devenir fondateur ou re-
présentant légal d’une église de réveil. Et cela, parce que l’Etat Congolais est incapable
d’avoir une maîtrise de ces églises de leur création à leur dissolution. Or, les articles 49 et
50 de la loi n°004/2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but
lucratif et aux établissements d’utilité publique exigent à ce que le fondateur ainsi que le
représentant légal soient saints d’esprit et d’une bonne moralité.
Pourtant, la moralité qu’on exige d’eux ne peut être vérifiée car limitée à la seule pré-
sentation du certificat de bonne vie et mœurs que le bureau de l’état civil délivre à n’im-
porte qui et de manière quelconque. Bref, le payement des frais y afférent suffit pour attes-
ter sa moralité.
Ce laxisme à outrance induit que même des individus d’une immoralité patente peuvent
être fondateurs ou représentants légaux des églises de réveil avec toutes les conséquences
que cela peut éventuellement entraîner au sein de la société. Cela est vérifiable sur terrain.
Il s’ensuit que le fondateur des Eglises de réveil n’est pas malheureusement considéré
comme un homme ordinaire. Ses fidèles pensent et sont d’ailleurs convaincus qu’il est la
voie obligée pour l’intercession auprès de Dieu : lui seul a des visions; lui seul peut prédire;
lui seul peut parler à Dieu; lui seul est écouté par Dieu.
Dans ce cadre que l’on peut indiquer qu’à Lubumbashi, les églises de réveil ont été et
sont à l’origine de l’amplification du phénomène enfants de la rue. Ledit phénomène émane
des diagnostics farfelus posés par ces églises qui, malheureusement qualifient les enfants
malades psychologiquement ou psychiatriquement des sorciers.
En conséquence, ces enfants présumés sorciers sont non seulement livrés à la vindicte
populaire mais aussi aux ruptures familiales. La plupart d’entre eux sont expulsés de leurs
familles et traînent dans la rue car considérés comme indésirables par la société. Ces en-
fants appelés « moineaux » à Lubumbashi et « shegé » à Kinshasa, sont ingérables, insup-
portables et causent d’énormes dégâts dans la ville de Lubumbashi : viol, vol, escroquerie,
etc.
Toutes ces accusations relèvent d’abus de faiblesse qui sont imputables à ces églises de
réveil afin d’obtenir quelques faveurs auprès de leurs membres.
Il importe aussi de mettre en lumière ce que nous pourrions appeler « la théologie de la
prospérité » enseignée par ces églises puisque la logique de l’argent n’est pas étrangère à
leur succès.

44 Museka Ntumba, « Les Eglises indépendantes et charismatiques en RDC et leur engagement dans
le développement », in le porteur du développement durable en RD Congo, éd. Cepas, Kin, 2010,
pp 327.

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En effet, un des leitmotivs desdites églises est de lutter contre «l’esprit de pauvreté45».
C’est ainsi que l’on entend dans les discours de ces églises la métaphore de la « Banque de
Dieu46 » qui consiste lisiblement dans la recommandation faite aux fidèles de remplir la
maison de l’Eternel des trésors. C’est ainsi que argents, voitures, bijoux en or, immeubles
sont donnés aux pasteurs dans l’espoir pour ceux qui font ces dons d’accumuler davantage
de richesses.
Il arrive de fois que certains fidèles sont parfois obligés de se débarrasser de biens de
valeur au motif que le pasteur aurait décelé en eux des «mauvais esprits». Malencontreuse-
ment, ces biens se retrouvent de fois dans les maisons desdits pasteurs et, plus grave encore
les bijoux, pagnes, montres, etc. prétendument maléfiques se retrouvent également au cou,
pied, main de l’épouse ou enfants du pasteur.
Il convient de relever que la loi portant dispositions générales applicables aux associa-
tions sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique ne prévoit aucune disposition
règlementant la perception des biens de valeurs et des libéralités comme il en est pour le
législateur Belge qui conditionne l’acceptation des libéralités entre vif ou testamentaire au
profit d’une association sans but lucratif doivent être autorisées par le roi à l’acception de
celles dont la valeur n’excède pas 100.000 EUR47.
Les rapports avec les femmes en particulier sont loin d’être innocents et même des plus
scandaleux. Pour se voir délivrer de certains démons spéciaux et dangereux, des attouche-
ments sexuels, des viols, des attentats à la pudeur sont commis par ces soi-disants hommes
de Dieu sur les femmes. Quant aux femmes mariées et désireuses d’une progéniture, elles
sont forcées malicieusement d’avoir des rapports intimes avec leurs pasteurs pour être déli-
vrées de l’esprit de stérilité.
Ces pratiques immorales seraient fréquentes dans presque toutes les églises de réveil de
l’Afrique48.

45 En vue de sortir de la pauvreté, Yvette Monga, une habitante de Lubumbashi, n’as pas hésité à
semer. Fin 2012, elle a remis un congélateur à son pasteur et confie désormais la conservation de
ses vivres frais à sa voisine.
46 Le pasteur demande à ses fidèles d’approvisionner son église en aumônes, dîmes, dons et présents.
En le faisant, c’est à « Dieu » qu’ils présent leur offrandes.
47 Article 16 de la Loi du 2 mai 2002 sur les associations sans but lucratif, les associations internatio-
nales sans but lucratif et les fondations.
48 Willy Musitu Lufungula et willy Kitoko Matumona, « Nouveaux mouvements religieux et identité
culturelle », in classiques des sciences sociales, inédit, 2007 p. 10 [Link]
des_sciences_sociales, consulté le 3 janvier 2014.
Un pasteur d’une église pentecôtiste du Malawi a été arrêté pour avoir ordonné à 15 de ses parois-
siennes de se dénuder pendant qu’il priait pour elles. Ce prêtre de l’église des Croyants de la Bible,
l’une des nombreuses églises pentecôtistes présentes au Malawi, a été interpellé dans le district de
Salima, au centre du pays, après que l’une des femmes eut déposé plainte. Il avait demandé à ces
fidèles de se déshabiller pendant qu’il prononçait pour elles des « prières spéciales ».

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Ces églises de réveil s’adonnent aussi aux pratiques occultes et aux rituels sataniques
avec comme spécificité les sacrifices des êtres humains.49 Cependant à Lubumbashi, il est
rare que ces pratiques soient relayées sur des chaînes de télévision et portées devant les
Cours et Tribunaux.
Ces informations, bien que portées à la connaissance du public lushois de manière in-
formelle c’est-à-dire de bouche à oreille ou à la suite des dissensions, dislocations ou des
scissions, sont étouffées moyennant argent par les gourous desdites églises.

REMEDES

Il ressort de ce qui précède que les églises de réveil, loin d’être uniquement des organisa-
tions à caractère spirituel, remplissent quelque rôle social. Ils contribuent à donner un sens
et un but à la vie et à l’existence humaine, autant qu’ils sont des espaces de pratique de
solidarité, de création et de consolidation des relations sociales. Elles sont les gardiens de la
morale sociale et façonnent en conséquence le comportement des individus.
Cependant, en dépit de leur rôle social positif, des critiques s’élèvent contre elles por-
tant sur notamment les troubles à l’ordre public, les agressions sexuelles, les spoliations des
biens matériels des membres, les implantations illégales, les arnaques financières etc. Tous
ces problèmes requièrent de la part du pouvoir public congolais des solutions appropriées
pour faire respecter la loi qui est constamment violée par ces églises de réveil.
Ainsi, l’Etat congolais doit :
● Recenser porte à porte toutes les églises de réveil œuvrant dans la ville de Lubumbashi
en vue d’établir un fichier d’identification fiable.
● Procéder à la fermeture de celles créées irrégulièrement c’est-à-dire exerçant sans per-
sonnalité juridique ou autorisation provisoire de fonctionnement ou dont la durée provi-
soire dépasse six mois.
● Initier des actions judiciaires pour escroquerie à l’endroit des fondateurs ou représen-
tants légaux et pasteurs desdites églises pour perception frauduleuse des dons, legs, au-
mônes et présents.
● Prévoir des sanctions à l’égard de l’association confessionnelle créée illégalement no-
tamment la fermeture des églises implantées irrégulièrement. Car aucune sanction n’est
prévue quant à ce par la loi portant dispositions générales applicables aux associations
sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.

49 Marshall Fratani R., [Link]., p. 4


À Owerri au Nigeria, un homme est arrêté, tenant une tête d’enfant récemment coupée. La police
lance un appel à la télévision pour être aidée à l’identifier l’enfant victime. Le lendemain, on re-
trouve le corps dans l’hôtel, tenu par un riche homme d’affaires, où travaillait l’homme arrêté. Très
vite, les choses se sont emballées. A la suite de rumeurs faisant état d’autres découvertes macabres
– un corps humain «rôti» dans la propriété de (…), et, dans l’enceinte de l’église pentecôtiste qu’il
fréquentait, appartenant à l’Over comers Christian Mission, des crânes humains enterrés, ainsi
qu’une marmite de «soupe au poivre et à la chair humaine». La (…) ont été incendiées ainsi que
l’église et la maison de son pasteur et encore d’autres églises pentecôtistes.

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● Revoir à la hausse le taux des peines de servitude pénale et d’amendes pour les incrimi-
nations et la catégorie d’acteurs reprises dans les articles 55 et 56 de la loi n°004/2001
du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but
lucratif et aux établissements d’utilité publique. Car, le niveau très bas des sanctions pé-
nales actuelles ne joue pas son rôle dissuasif mais constitue par contre une incitation à la
violation de la loi précitée.
● Rendre lisible les frais à percevoir par le trésor public sur les actes des associations
confessionnelles relatifs au dépôt et à l’enregistrement, à la publication, à l’approbation
de modification des statuts ou à la nomination des personnes chargées de l’administra-
tion ou de la direction de l’association et enfin ceux approuvant la déclaration de l’ac-
ceptation des dons, legs et libéralités car en pratique ces frais varient du jour au lende-
main sans base légale.
● Par voie d’édit, ou d’arrêté provincial ou urbain, réglementer le bruit (heures d’ouver-
ture et fermeture des lieux de culte) et réglementer les concerts et/ou cantiques religieux
dans les milieux non fermés ou ne pouvant contenir les nuisances sonores.
● Redynamiser la commission de suivi de la moralité et de la qualité des enseignements
donnés par les pasteurs des églises de réveil.

CONCLUSION

La Constitution de la République Démocratique du Congo modifiée par la loi n°11/002 du


20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la constitution du 18 février 2006
consacre la liberté de pensée, de conscience et de religion. C’est ainsi que tout individu est
libre de manifester sa religion ou ses convictions par le culte, l’enseignement, les pratiques
en public ou en privé, seule ou en commun.
Cependant, pour éviter que ladite liberté ne puisse porter atteinte à l’ordre public et à la
sécurité de l’Etat, l’exercice public des associations confessionnelles a fait l’objet d’enca-
drement par la Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables
aux associations sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique.
Toutefois, cette loi, bien que violée constamment par les églises de réveil, souffre de la
non-application par les instances habilités quant à ce dans la ville de Lubumbashi. En
conséquence, nous assistons, dans la ville de Lubumbashi, au foisonnement des églises de
réveil créées en marge de la loi précitée soulevant, en dépit de leur contribution à la conso-
lidation de la paix sociale, multiples problèmes liés notamment aux implantations irrégu-
lières, aux tapages nocturnes et diurnes et aux manque des lieux de cultes, au défaut des
conditions d’éligibilité au titre de fondateur ou de représentant légal et à la moralité des
pasteurs et représentants légaux desdites églises de réveil, aux arnaques financières, aux
adultères et aux spoliations des biens matériels des fidèles.
Toutes ces analyses imposent d’abord, la révision de certaines dispositions de la loi n
°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations
sans but lucratif et aux établissements d’utilité publique spécialement en matière des pénali-

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tés, des frais d’actes et de l’exercice des cultes mais ensuite nécessitent de l’Etat congolais
la prise des mesures préventives et coercitives à même d’endiguer et assainir les milieux
des églises de réveil afin de restaurer dans la ville de Lubumbashi la sécurité, la tranquillité
et la salubrité publiques troublées par ces églises de réveil.

BIBLIOGRAPHIE

I. DOCUMENTS OFFICIELS

1. Constitution de la République Démocratique du Congo modifiée par la loi n°11/002 du


20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la constitution du 18 février
2006.
2. Loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant règlement des associations sans but lucratif et
des établissements d’utilités publiques.
3. Ordonnance n°064/CONT du 16/9/1925 sur le tapage nocturne, modifiée par l’ordon-
nance n°92/AIMO du 28/03/1941.
4. Arrêté urbain n°056/BUR-Maire/ville/L’shi/2013 du 19/10/2013 portant mesures de fer-
meture d’une église dans la ville de Lubumbashi.

II. OUVRAGES

5. LAURENT J-P., Les pentecôtismes du Burkina-Faso, mariage, pouvoir et guérison, éd.


Karthala, Paris, 2003.
6. José MVUEZOLO BAZONZI, Les Eglises de réveil de Kinshasa à l’ombre du mouve-
ment néo-pentecôtiste mondial : entre nivellement et déconstruction culturels, CEP,
Kinshasa, 2011.
7. BATIBONAK S., Les pentecôtismes africains, socle de métamorphoses : le cas du Ca-
meroun, s.éd., 2012.
8. SOIRON FALLUT M., Les églises de réveil en Afrique centrale et leurs impacts sur
l’équilibre du pouvoir et la stabilité des Etats : le cas du Cameroun, du Gabon et la Ré-
publique du Congo, éd.,Frans ville, 2012.

III. ARTICLES ET REVUES

9. Willy MUSITU LUFUNGULA et Willy KITOKO MATUMONA, « Nouveaux mou-


vements religieux et identité culturelle », in classiques des sciences sociales, inédit,
2007, [Link]
10. MARSHALL-FRATANI R., « Prospérité miraculeuse: les pasteurs pentecôtistes au
parfum de scandale », in Politique africaine, n° 82, juin 2001.
11. DEMART S., « Le combat pour l’intégration des églises issues du Réveil congolais
(RDC) », in Revue européenne des migrations internationales, vol. 24, n°3, 2008.
12. DEVEY M., Eglises de réveil ou d’endormissement?, [Link]

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13. PATHY MAWETE MABUISA, « Cité Bethel, deux pasteurs excommuniés par Emma-
nuel Mbiye », in Events RDC, 2012, [Link]
14. MUSEKA NTUMBA, « Les Eglises indépendantes et charismatiques en RDC et leur
engagement dans le développement », in le porteur du développement durable en RD
Congo, éd. Cepas, Kin, 2010, pp 325-335

IV. RAPPORTS ET ETUDES

15. Rapport de la commission provinciale d’urbanisme pour la validation et les commen-


taires sur les options proposées dans le cadre de l’élaboration du plan urbain de réfé-
rence de Lubumbashi, 2009.
16. Faculté des sciences humaines de l’université de Lubumbashi et le Centre de recherche
« Ecritures » de l’Université Paul Verlaine-Metz : appel à contribution pour la publica-
tion d’un recueil d’études, 2009.

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