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Action en Justice

Cours de l’action en justice

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INTRODUCTION

L’objet de ce cours est d’étudier la justice civile plus précisément de mettre en


lumière les notions essentielles de la matière telle que la notion d’action en justice
puis d’indiquer quel juge saisir ; comment le juge est saisi et quels sont les délais
impartis aux plaideurs pour accomplir les différents actes de procédure. Mais
avant d’élucider ces questions, il nous semble nécessaire de traiter des principes
qui régissent cette justice civile. Certains s’inscrivent dans les rapports que la
justice entretient avec les autres pouvoirs (I) et les autres ont trait au service
public de la justice (II).
I-LES PRINCIPES DU DJP CONCERNANT LES RAPPORTS ENTRE LA
JUSTICE ET LES AUTRES POUVOIRS DE L’ETAT
Il s’agit du principe de la séparation des pouvoirs et du principe de l’indépendance
du juge.
A-LE PRINCIPE DE LA SEPARATION DES POUVOIRS
Clé de coûte de toute démocratie, le principe de la séparation des pouvoirs a vu le
jour en Angleterre. LOCKE, un de ses précurseurs fera valoir qu’ « il est
nécessaire d’opposer le pouvoir législatif au pouvoir exécutif ; le pouvoir
législatif doit prendre le dessus sur le pouvoir exécutif ». Cette théorie sera
réaffirmée par Montesquieu dans « l’esprit des lois ». Il relève notamment que
« tout serait perdu si le même homme ou le même corps des principaux ou des
nobles ou du peuple exerçait ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui
d’exécuter les résolutions publiques et celui de juger les crimes ou les différends
des particuliers ». Ce principe sera ensuite consacré par la Déclaration des droits
de l’homme et du citoyen de 1789 en son article 16 en ces termes : « toute société
dans laquelle la garantie des lois n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs
déterminée n’a point de constitution ». Les constitutions du 03 novembre 1960
celle du 1er Août 2000 ainsi que celle du 08 novembre 2016 abonderont plus tard
dans le même sens.
Ce principe signifie que la fonction d’édicter les règles générales, celle
d’exécuter ces règles ainsi que celle de règlement des litiges ne doivent pas être
confiées au même organe. Il faut que chaque pouvoir soit confié à des organes
différents pour éviter la concentration des pouvoirs entre les mêmes mains. « Pour
ne pas que l’on puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses,
le pouvoir arrête le pouvoir »1. Fort de ce principe, le juge est en aval du processus
des lois. Il n’a pas que le pouvoir d’appliquer la loi ; il est un fidèle serviteur de
la loi, qui en général est adoptée par le parlement et promulguée par le président

1
Charles Louis de… Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748

1
de la république, chef de l’exécutif. Et pour mener à bien cette mission, la
constitution lui reconnait une certaine indépendance.
B-L’INDEPENDANCE DU JUGE
Le juge est indépendant tant à l’égard du pouvoir exécutif que du pouvoir
législatif. Il l’est également à l’égard d’autres magistrats tels que les magistrats
du ministère public.
Ce principe de l’indépendance du juge est consacré par la constitution du 08
novembre 2016 qui dispose que « le pouvoir judiciaire est indépendant du
pouvoir exécutif et du pouvoir législatif ». Cette indépendance est prévue à
l’égard de toute autre institution ou autorité en ces termes :« les magistrats ne
sont soumis, dans l’exercice de leur fonction qu’à l’autorité de la loi. Les
magistrats du siège sont inamovibles ». L’inamovibilité du magistrat du siège qui
est une garantie de cette indépendance, implique que celui-ci ne peut être affecté
sans son consentement.
Pour renforcer cette indépendance, la nouvelle constitution prescrit en son
article 145 que le président de la république ne préside pas le conseil supérieur
de la magistrature. Il est présidé par une personnalité nommée par le chef de l’Etat
parmi les hauts magistrats en fonction ou à la retraite.
Le juge est également indépendant vis-à-vis du pouvoir législatif. En effet,
aucune disposition de loi ne donne au parlement le pouvoir de faire des incursions
dans les attributions du pouvoir judiciaire.
II-LES PRINCIPES DU DJP AYANT TRAIT AU SERVICE PUBLIC DE
LA JUSTICE
Quatre principes sont ici à relever :
- Le principe selon lequel, la justice est le monopole de l’Etat
- Le principe de la gratuité des actes de justice
- Le principe de la continuité de la justice
- Le principe de l’égalité des justiciables

A-LA JUSTICE : UN MONOPOLE DE L’ETAT


Cette règle est énoncée par la constitution du 08 novembre 2016 qui prescrit que
« la justice est rendue sur toute l’étendue du territoire national au nom du peuple
par les juridictions suprêmes : cour de cassation, conseil d’Etat, cour des comptes
et par des cours d’Appel et des tribunaux ».Toutes ces institutions sont des
services publics plus exactement des juridictions étatiques. L’Etat dispose d’un
monopole absolu lorsque les parties au procès n’ont pas la libre disposition de
2
leurs droits. En revanche, si elles ont la libre disposition de leurs droits, l’Etat ne
dispose pas d’un monopole puisque la fonction de juger peut être partagée avec
des instances arbitrales. Même quand la décision est rendue par une instance
arbitrale, la justice étatique exerce un certain contrôle. L’arbitrage est d’ailleurs
encadré par la loi plus précisément la loi n°93-671 du 09 Août 1993 relative à
l’arbitrage et par l’acte uniforme de l’OHADA relatif au Droit de l’arbitrage.
B-LE PRINCIPE DE LA GRATUITE DES ACTES DE JUSTICE
La gratuité est un principe qui garantit le libre accès à la justice énoncé par la
constitution du 08 novembre 2016 qui prescrit que « toute personne a droit un à
libre et égal accès à la justice ». Ce principe n’induit pas que le justiciable aura
accès aux tribunaux sans débourser un centime. Il signifie que les magistrats et
tous les agents de l’Etat qui interviennent dans la procédure ne sont pas rémunérés
par les justiciables.
Cependant, le procès peut selon sa complexité ou sa nature nécessiter des frais
plus au moins importants. Le justiciable peut recourir aux services des
professionnels libéraux, plus exactement des auxiliaires de justice 2. En principe,
il appartient au plaideur de supporter les honoraires de ces auxiliaires de justice.
Ces honoraires sont réglementés par le décret n°2013-279 du 24 Avril 2013
portant tarification des émoluments et frais de justice en matière civile,
commerciale, administrative et sociale. Par ailleurs, la loi prévoit pour la partie
triomphante le remboursement par son adversaire, la partie succombante, de
certains frais tels que les frais de procédure dus à l’assistance d’un avocat.

Pour ne pas que ces honoraires entravent le libre accès aux tribunaux pour
les personnes à revenus insuffisants, le décret n°75-319 du 9 mai 1975 fixant les
modalités d’application de la loi 72-833 du 21 décembre 1972, portant code de
procédure civile, commerciale et administrative institue une aide juridictionnelle
apportée par l’Etat.
Le justiciable à revenus insuffisants voulant bénéficier de l’assistance judiciaire
doit en faire la demande par simple lettre adressée au bureau national d’assistance
judiciaire qui siège à la chancellerie à Abidjan. La demande peut être aussi
adressée au juge de section ou au Procureur de la République près le tribunal de
première instance dans le ressort duquel habite le requérant qui la fait parvenir au
bureau d’assistance judiciaire.
Cette demande doit comporter les indications suivantes :

2
Il peut s’agir d’un avocat, d’un huissier, d’un expert, d’un notaire etc…

3
-les noms, prénoms, profession et domicile du requérant. Si celui-ci est une
personne morale, ses dénominations, objet et siège social.
-soit la nature du litige, l’exposé sommaire des faits et motifs invoqués par le
requérant et le cas échéant la juridiction saisie ; soit la nature de l’acte
conservatoire ou de la voie d’exécution, le lieu où ils doivent être effectués et un
exposé sommaire des faits ;
-ou, le nom et adresse de l’avocat et des officiers publics ou ministériels qui lui
prêtent leur concours ou qui ont accepté de lui prêter leur concours au titre de
l’assistance judiciaire.
Le requérant doit joindre à son demande :
-un certificat d’imposition ou de non-imposition délivré par le percepteur de son
domicile ;
-ou, copie de la décision contre laquelle il entend exercer un recours ou du titre
dont il veut poursuivre l’exécution.
Lorsque l’assistance est admise au profit du requérant, les frais faits à sa requête
auxquels donnent lieu les procédures suivies avec le bénéfice de l’assistance
judiciaire sont taxés suivants les tarifs en vigueur et payés par le trésor public.
L’article 29 du décret précité admet par ailleurs l’assistance judiciaire en matière
correctionnelle.
Quoi qu’on dise, même avec l’assistance judiciaire, le principe de la gratuité
semble être un leurre ; il ne doit entendu que dans le sens sus-indiqué.
C-LE PRINCIPE DE LA CONTINUITE DE LA JUSTICE
Ce principe doit s’appliquer aussi bien dans le temps que dans l’espace. La
mission de juger confiée aux tribunaux par la loi ne doit pas être interrompue ;
elle doit être assurée toute l’année. Même pendant les vacances judiciaires les
tribunaux ne doivent pas être fermés.
En ce qui concerne le champ spatial du principe, il requiert que les palais de justice
soit proches des justiciables ; qu’il existe des tribunaux sur l’ensemble du
territoire. En d’autres mots, toutes les juridictions ne doivent pas être concentrées
dans une seule localité sinon cela mettraient à mal le principe du libre accès à la
justice. L’éloignement du tribunal constituerait en effet un obstacle majeur à
l’effectivité du libre accès à la justice.

4
D-L’EGALITE DES JUSTICIABLES
L’égalité des justiciables qui est un principe général de Droit est consacré à la
fois par des textes internationaux et nationaux.
La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 proclame en son
article 1 l’égalité de tous les citoyens et la non-discrimination. Son article 7
prescrit en ce sens que « tous les citoyens sont égaux devant la loi et ont droit à
une égalité de protection de la loi »3. L’article 8 se veut plus précis en disposant
que « toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales
compétentes contre les actes violents. Les droits fondamentaux qui lui sont
reconnus par la constitution ou par la loi ». La charte africaine des droits de
l’homme et des peuples de 1981 prévoit dans la même veine que les personnes
sont égales devant la loi et ont droit à la protection de la loi. Toute personne a
droit à ce que sa cause soit entendue, le droit de saisir les juridictions en cas de
violation de ses droits. Dans la même veine, la constitution du 08 novembre 2016
prescrit que « la personne humaine est sacrée. Tous les êtres humains naissent
libres et égaux devant la loi… »
Ce principe de l’égalité des justiciables implique deux choses :
-Une identité des règles applicables pour résoudre un même litige. En d’autres
termes, la règle de droit ne doit pas varier en tenant compte de la situation
personnelle du plaideur mais de la nature de l’affaire.
-Une identité de juridictions pour des affaires de même nature.
Après l’exposé de ces principes, nous traiterons de :
- l’action en justice (titre I),
-les actes et délais de procédure (titre II)
-la compétence juridictionnelle (titre III).

3
Article 7 de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948

5
Titre I : L’ACTION EN JUSTICE

L’action en justice est une notion essentielle de la théorie de la juridiction. Aussi


nous apparaît-il nécessaire que cette notion soit élucidée avant d’examiner ses
conditions et ses formes.

CHAPITRE I : LA NOTION D’ACTION EN JUSTICE


L’action en justice est le droit de saisir une juridiction pour obtenir le respect ; la
reconnaissance ou la protection d’un droit subjectif. En d’autres termes, c’est le
droit mis en mouvement. L’action crée un lien d’obligation entre le juge et le
demandeur créancier de l’obligation de juger. Cette définition découle de l’article
1er du code de procédure civile, commerciale et administrative 4. Mais l’article 30
du nouveau code de procédure civile français nous paraît plus précis sur ce point.
Il définit en effet l’action comme « le droit pour l’auteur d’une prétention d’être
entendu sur le fondement de celle-ci afin que le juge la dise bien ou mal fondée ;
pour l’adversaire, l’action est le droit de discuter le bien- fondé de cette
prétention ». L’action en justice ainsi définie doit être distinguée des notions
voisines. Il nous faudra, en sus, pour être complet sur ce point, exposer la
typologie des actions.
SECTION I : LA DISTINCTION ACTION EN JUSTICE - NOTIONS
VOISINES ET LES CARACTERES DE L’ACTION
Comme nous y invite l’intitulé, il convient d’élucider la distinction entre l’action
en justice et ses notions voisines avant de traiter de ses caractères.
PARAGRAPHE 1 : L’ACTION EN JUSTICE ET LES NOTIONS
VOISINES
On peut déduire deux choses de la définition de l’action : elle doit être distinguée
du droit allégué et de la demande en justice.
A-L’ACTION ET LE DROIT
Dans l’ancien Droit, on soutenait que l’action et le droit était une même chose,
considérée sous des angles différents. Mais aujourd’hui, on s’accorde à
reconnaître que l’action en justice est indépendante du droit allégué quoiqu’il
existe les limites à cette autonomie.

4
Il ressort un effet de l’article 1er du CPC que l’action est le droit qu’a toute personne d’agir devant les
juridictions de la République de Côte d’Ivoire en vue d’obtenir la reconnaissance, la protection ou la sanction de
son droit.

6
Il existe en effet des actions en justice sans droit. C’est le cas des actions en
justice fondées sur des prétentions juridiques inexistantes. On peut à titre
d’illustration citer l’exemple du demandeur qui réclame l’exécution d’une
obligation alors même qu’il n’existe pas de contrat. Dès lors que le juge est
régulièrement saisi, il a l’obligation de statuer. Ce n’est donc qu’après l’examen
au fond que le demandeur sera débouté de sa demande. Il aurait néanmoins intenté
une action alors qu’il n’existe pas de droit.
A l’inverse, il peut exister un droit sans action. Cela peut advenir notamment
lorsque le titulaire du droit renonce à l’action ou n’agit pas dans les délais et
formes requis par la loi.
L’autonomie de l’action en justice par rapport au droit allégué se justifie donc par
l’hypothèse d’une action fondée sur un droit imaginaire. Dans ce cas de figure, le
plaideur se prévaut tout de même d’un droit substantiel. Cette autonomie est
cependant limitée par le fait que le régime du droit substantiel déteint sur le régime
de l’action en justice. Si le droit allégué est mobilier, l’action sera mobilière. Les
règles applicables seront naturellement celles des actions mobilières.
B-L’ACTION ET LA DEMANDE
La demande en justice est l’acte par lequel une personne soumet au juge une
prétention à caractère juridique. Alors que l’action est un simple pouvoir virtuel
que son titulaire peut ne pas exercer, la demande est un acte. En effet, si le titulaire
de ce pouvoir virtuel veut effectivement l’exercer, il devra transformer la faculté
qui est l’action en acte qui est la demande. La demande est souvent un acte
d’huissier (une assignation). Elle peut aussi être une simple requête.
PARAGRAPHE 2 : LES CARACTERES DE L’ACTION EN JUSTICE
L’action en justice revêt deux caractères : le caractère libre et le caractère
facultatif
A-LE CARACTERE LIBRE
Le caractère libre de l’action en justice signifie que le demandeur qui réunit les
conditions de saisine du juge, n’engage pas sa responsabilité civile en cas d’échec
de son action. Il peut donc librement et sans aucune crainte saisir n’importe quelle
juridiction sans craindre une éventuelle condamnation à des dommages et intérêts.
L’accès aux tribunaux ne serait pas libre si celui qui prend l’initiative de l’action
devrait être condamné à des dommages et intérêts pour avoir succombé.
Les dépens prévus aux articles 149 à 152 du code de procédure civile,
commerciale et administrative ne constituent nullement pas une sanction du
succombant. C’est une obligation légale pour la partie succombante indépendante
de toute faute. A juste titre, l’article 149 du CPC dispose que « toute partie qui

7
succombe est condamnée aux dépens, sauf au tribunal à laisser la totalité ou une
fraction de ceux-ci à la charge d’une autre partie, par décision spéciale et
motivée ».
Cependant, le plaideur qui commet un abus de droit dans l’exercice de son
action peut être sanctionné. Dans ce cas de figure, ce qui est sanctionné, c’est la
faute commise qui est constituée par l’intention de nuire à l’adversaire. Tel serait
le cas pour un plaideur qui intente une action tout en sachant pertinemment qu’il
n’est titulaire d’aucun droit qu’il puisse faire valoir mais il le fait dans le seul but
de nuire à son adversaire. Commettrait également un abus de droit, le demandeur
qui agit en justice de manière dilatoire c'est-à-dire qui agit dans le but de retarder
la solution du litige. Un tel plaideur engage sa responsabilité civile délictuelle. A
été également reconnu comme un abus de droit d’agir :
-le fait pour un demandeur d’agir contre une commune en revendication d’un droit
de propriété. Il a été prouvé que cette action avait été intentée uniquement parce
que le demandeur avait appris que la commune avait égaré le titre de propriété du
terrain litigieux5.
-le fait pour un plaideur d’assigner en justice une société en redressement
judiciaire dans l’unique but de faire pression sur cette société qui était son
débiteur6.

B-LE CARACTERE FACULTATIF


Le caractère facultatif de l’action en justice signifie que celui qui subit une
violation de son droit n’est jamais obligé d’agir en justice. Il apprécie librement
les avantages et les inconvénients de l’action et décide de la suite à donner à la
violation dont il est victime. Pour des raisons qui lui sont personnelles, la victime
peut décider de ne pas agir en justice sans aucunement engager sa responsabilité
civile. On ne saurait imposer au titulaire d’un droit, le recours au juge. Aussi, en
aucun cas, une action individuelle ne saurait être diligentée contre la volonté de
l’intéressé. Même un syndicat des travailleurs ne peut agir en justice pour
défendre les intérêts individuels d’un salarié sans son accord.
Toutefois, cette règle ne s’applique pas dans les hypothèses de la représentativité.
En effet, le représentant à l’obligation d’exercer l’action en justice, lorsque les
droits du représenté sont violés sous peine d’engager sa responsabilité civile. Par
exemple, le tuteur a l’obligation d’agir en justice si les droits de l’incapable sont
violés.
SECTION II : LA TYPOLOGIE DES ACTIONS EN JUSTICE

5
3e chambre civile 29 juin 1976
6
Chambre commerciale 1er octobre 1997

8
On distingue plusieurs types d’action en justice :
-les actions réelles, personnelles et mixtes
-les actions mobilières et immobilières
-les actions possessoires et pétitoires.
PARAGRAPHE 1 : LES ACTIONS REELLES, PERSONNELLES ET
MIXTES
Cette classification est fondée sur la nature du droit exercé. Il convient d’examiner
successivement chaque type d’action.
A- LES ACTIONS REELLES
L’action est réelle quand elle est l’exercice d’un droit réel ; c’est l’action au
moyen de laquelle s’exerce un droit réel. Tel est le cas de l’action en
revendication, les actions confessoires et négatoires d’une servitude ; les actions
sanctionnant un droit réel d’usufruit, d’antichrèse, d’hypothèque et de gage.
L’action réelle peut être intentée contre tout détenteur de la chose, objet du droit
réel, c’est l’action in rem c'est-à-dire l’action qui suit la chose.
B-LES ACTIONS PERSONNELLES
L’action personnelle est celle au moyen de laquelle s’exerce un droit personnel ;
elle est l’exercice d’un droit d’obligation. C’est l’action in personam c'est-à-dire
l’action qui ne suit pas la chose. A titre d’illustration, on peut citer l’action en
recouvrement d’une créance, les actions relatives à l’état des personnes.
Elle ne peut être intentée que contre un nombre limité de personnes, qui sont les
sujets passifs du droit d’obligation. Le tribunal compétent en la matière est en
principe aux termes de l’article 11 du code de procédure civile, commerciale et
administrative, le tribunal du domicile réel ou élu du défendeur et, en l’absence
de domicile, celui de sa résidence7.
B- L’ACTION MIXTE
Les actions mixtes constituent une catégorie intermédiaire entre les actions réelles
et personnelles. En réalité ce qui est mixte, c’est la matière sur laquelle l’action
porte. L’action mixte tend donc à la fois, à la réalisation d’un droit personnel et
d’un droit réel nés d’une même opération. En d’autres termes, ici le plaideur se
prévaut cumulativement d’un droit réel et d’un droit personnel nés d’une même
opération juridique.

7
Voire les articles 11 à 18 du code de procédure civile

9
Exemple : après la conclusion d’un contrat de vente d’un bien immobilier
l’acheteur ne paie pas l’intégralité du prix. Le vendeur intente une action mixte
tendant à réclamer à la fois un droit réel sur l’immeuble et un droit personnel
constitué par la créance.
On distingue deux sortes d’actions mixtes : les premières ont pour objet
l’exécution d’un acte juridique qui transfère un droit réel immobilier tout en
donnant naissance à un droit de créance (tel est le cas de l’action en exécution
d’un contrat de vente immobilière) ; les secondes tendant à l’anéantissement des
actes immobiliers (actions en nullité, rescision, résolution)
L’intérêt de l’action mixte réside dans l’option de compétence ouverte au profit
du demandeur. Il peut saisir soit la juridiction du lieu où est situé l’immeuble (art
12 1er du CPC) s’il invoque un droit réel, soit la juridiction du domicile ou de la
résidence du défendeur (art 11 al 1) s’il invoque un droit personnel.
PARAGRAPHE 2 : LES ACTIONS MOBILIERES ET LES ACTIONS
IMMOBILIERES
La qualification de l’action découle ici de la nature mobilière ou immobilière de
l’objet du droit litigieux. L’action mobilière a pour objet la sanction d’un droit
portant sur un bien qui est mobilier par sa nature, par détermination de la loi ou
par anticipation. Tel est par exemple le cas de l’action en paiement d’une créance.
La catégorie de ces choses est extensive dans la mesure où toute chose qui n’est
pas immeuble est réputée meuble.
Quant à l’action immobilière, elle tend à assurer la sanction d’un droit portant sur
un bien qui est immeuble par sa nature, par destination ou pour l’objet auquel il
s’applique. Il en est ainsi de l’action en revendication d’un immeuble.
L’intérêt essentiel de la distinction porte sur la compétence juridictionnelle.
L’action mobilière relève de la compétence du tribunal du domicile ou à défaut,
de la résidence du défendeur alors que l’action immobilière relève de la
compétence du tribunal du lieu de situation de l’immeuble.
Un autre intérêt existe en matière de capacité et de pouvoir d’agir en justice.
Traditionnellement, il est admis que pour exercer une action mobilière, il suffit
d’avoir le pouvoir de passer des actes d’administration, alors que les actions
immobilières supposent la capacité et le pouvoir de passer des actes de
disposition.
Ainsi dans le mandat conçu en termes généraux ne sont admis que les actes
d’administration, le mandataire ne peut exercer une action immobilière qu’en
vertu d’un mandat exprès.

10
PARAGRAPHE 3 : LES ACTIONS PETITOIRES ET LES ACTIONS
POSSESSOIRES
Les actions pétitoires et possessoires sont toutes deux les actions immobilières.
A-LES ACTIONS PETITOIRES
L’action pétitoire tend à la protection du droit de propriété en matière
immobilière. Elle peut viser également la protection des droits qui constituent les
démembrements du droit de propriété, tels que les droits d’usufruit, de servitude
ou d’emphytéose. A titre d’illustration, on peut citer l’action en revendication en
matière immobilière. La contestation peut porter soit sur l’existence du droit, soit
sur son étendu.
B-LES ACTIONS POSSESSOIRES
Les actions possessoires sont des actions qui ont pour objet d’assurer la protection
d’une possession portant sur un droit réel immobilier. Ces actions permettent au
possesseur, par des procédures simples et rapides de protéger sa possession. Il
n’aura pour cela qu’à démontrer sa qualité de possesseur.
Il s’agit donc de protéger la possession tout en ne faisant pas abstraction du droit
de propriété pour deux raisons. En effet, c’est à travers la possession que l’on
protège le propriétaire, car le plus souvent, le possesseur et le propriétaire
défendent les mêmes intérêts. On considère par ailleurs que l’exercice de ces
actions contribuent au maintien de l’ordre public et évite qu’en cas d’éviction, le
propriétaire ne recourt à des voies de fait pour récupérer son bien.
Il existe 3 types d’actions possessoires à savoir la complainte, la dénonciation de
nouvel œuvre et la réintégrande. La complainte est l’action possessoire la plus
courante. Elle doit être mise en œuvre lorsque le trouble est actuel. Il peut s’agir
d’un trouble provoqué par une situation de fait ou par l’exercice d’un droit.
Exemple : la complainte peut être exercée :
- lorsqu’une personne prend l’habitude de passer sur un terrain dont vous êtes
possesseur pour se rendre chez elle.
- lorsqu’une personne stationne régulièrement son véhicule sur un terrain
dont vous êtes possesseur.
Si la complainte permet de sanctionner un trouble actuel, la dénonciation de
nouvel œuvre octroie, quand à elle, la possibilité de prévenir un trouble éventuel.
Exemple : On remarque que le voisin entreprend des travaux chez lui dont
l’ampleur permet de penser que ceux-ci risquent de nous causer un trouble
possessoire car le dépassement de la limite de propriété semble inévitable. On

11
peut dans cette hypothèse intenter la dénonciation du nouvel œuvre pour obtenir
la cessation des travaux.
Il y a enfin la réintégrande encore appelée action en réintégration. Elle est
exclusivement réservée aux cas de dépossession par acte de violence et a pour
objet de permettre au possesseur de réintégrer son fonds.
Ces différentes actions possessoires obéissent à un même régime juridique. Le
tribunal compétant est le tribunal du lieu de situation du bien puisque nous somme
en matière immobilière.
Il est impossible d’exercer en même temps une action possessoire et une action
pétitoire. Il existe en effet, un principe de non-cumul entre le possessoire et le
pétitoire. Cela s’explique par la finalité de chaque action. Les actions possessoires
sont destinées à mettre fin à un trouble dans la possession d’un bien et non pas à
faire reconnaître un droit de propriété sur celui-ci car ce dernier objectif demeure
celui de l’action en revendication qui est une action pétitoire.
CHAPITRE II : LES CONDITIONS DE L’ACTION EN JUSTICE
Pour accéder aux tribunaux, le plaideur doit satisfaire à des conditions dont
certaines tiennent à l’existence de l’action en justice et d’autres à son exercice.
SECTION I : LES CONDITIONS D’EXISTENCE DE L’ACTION EN
JUSTICE
Il y a des conditions concernant le droit d’accès aux tribunaux, qu’il faut examiner
avant de traiter de l’intérêt et de la qualité.
PARAGRAPHE 1 : LES RESTRICTIONS RELATIVES AU DROIT
D’ACCES AUX TRIBUNAUX
Certaines sont relatives à l’existence juridique du plaideur et les autres à sa
nationalité.
A-L’EXISTENCE JURIDIQUE DU PLAIDEUR
Pour agir en justice, fut-il en qualité de demandeur ou de défendeur, le plaideur
doit exister juridiquement. Si cette condition ne nécessite pas de commentaire
particulier pour les personnes physiques, depuis l’abolition de la mort civile, tel
n’est pas le cas pour les groupements.
La mort civile était la cessation de toute participation aux droits civils. En d’autres
termes, elle était l’extinction de la personnalité juridique . Elle emportait donc
privation de tous les droits. La personne était réputée ne plus exister juridiquement
bien que vivant physiquement. Elle était réputée morte au regard du droit. Elle
était une peine complémentaire prononcée par le juge. Le condamné à la mort
civile était après le prononcé de la décision dépouillée de ses biens, il était
12
incapable de succéder ; les biens qu’il acquiert après sa condamnation tombaient
en déshérence et étaient attribués à l’Etat. Il était incapable de contracter un
mariage. S’il était marié antérieurement, son mariage était dissous. Il ne pouvait
conclure aucun contrat. Il ne pouvait pas non plus agir en justice. Mais depuis la
loi française du 31 mai 1854, la mort civile a été abolie.
En conséquence, depuis cette loi, il est reconnu à toute personne humaine, une
existence juridique. Toutefois, le problème de l’existence juridique de la personne
physique peut se poser quand la demande est intentée au non d’une personne
décédée après qu’elle ait mandaté son avocat d’agir en ses lieux et place. Ce
dernier ignorant la mort de son client se heurtera à l’irrecevabilité de la demande.
Le problème se pose avec un peu plus d’acuité pour les groupements. Un
groupement non doté de la personnalité juridique ne peut en principe agir en
justice. Tel est notamment le cas des associations non déclarées et les sociétés en
participation. Il est cependant reconnu à chaque membre d’un tel groupement
d’agir dans l’intérêt de tous8.
La solution est différente lorsqu’on envisage l’action en justice non pas comme
une demande mais comme une défense. Dans cette perspective, la jurisprudence
considère que l’association non déclarée peut être assignée en justice 9.L’on
reconnait à de tels groupements une personnalité passive.
B-LES RESTRICTIONS RELATIVES A LA NATIONALITE
Il s’agit en réalité d’une condition qui restreint le droit de plaider des non-
nationaux qui sont demandeurs à une instance à la condition que l’adversaire
ivoirien l’exige.
L’origine de cette exception de procédure remontre au Droit romain. En effet,
dans l’empire romain, les étrangers jouissaient d’un régime de défaveur qui se
perpétua jusqu’au moyen âge. Ce principe de faveur des nationaux a dominé
toutes les législations des peuples théocratiques de l’antiquité : le national est
soumis à la religion du groupe, l’étranger en est exclu et comme tel, il est
considéré comme un « hors la loi ». On le retrouvait chez les hindous, en Egypte,
en Grèce sous Amasis, chez les hébreux notamment. Cette caution n’avait pas le
même sens dans toutes ces différentes législations. Par exemple à Rome, la
cautiojudicatumsolvi était une des obligations contractées par le plaideur qui se
présentait pour autrui. La cautiojudicatumsolvi trouve néanmoins son origine dans
la nouvelle 112 de justinien deuxième qui traite d’une caution que tout demandeur
doit fournir avant de citer son adversaire en justice.

8
Paris, 11 juin 1963, DH 1964, Som. 27
9
Trib civ, Meaux, 23 avril 1952, D. 1952, 431 er Rennes, 2 Fev 1955, JCP 1953, II, 7449 (Congrégations
religieuses non réconnues)

13
Cette caution jugée discriminatoire donc contraire au principe de l’égalité de tous
devant la loi, a été abolie dans certaines législations notamment en Droit français.
Elle n’existe plus en France depuis le décret du 20 Juillet 1972, confirmé par la
loi n°75-596 du 9 juillet 1975. Sa pratique a été condamnée par la CJCE dans un
arrêt du 1er juillet 1993.
Le législateur ivoirien s’est démarquée de cette solution en la prévoyant dans le
CPC en son 4 article en ces termes : « sauf conventions diplomatiques contraires,
l’étranger demandeur principal ou intervenant, peut être tenu, si le défendeur le
requiert à garantir le paiement des frais et dommages intérêts auxquels il pourrait
être condamné, à moins qu’il ne justifie que la valeur de ses immeubles situés en
Côte d’Ivoire est suffisante pour répondre de ses condamnations éventuelles. Il
pourra être substitué à la caution, un cautionnement dont le montant sera fixé par
le juge. »
Le but de cette caution est de garantir le défendeur national contre une éventuelle
insolvabilité du demandeur initial ou intervenant étranger. Elle vise à payer le jugé
tant au principal qu’aux dépens au cas où le demandeur succomberait dans
l’instance. Seul le demandeur initial ou l’intervenant étranger est ténu de cette
caution car on considère que le défendeur même non national ne fait courir aucun
risque à son adversaire.
Comme le prescrit expressément l’article 4 du CPC, l’étranger peut dans certains
cas être exempté de cette caution.
-Soit le défendeur ivoirien ne la requiert pas
-Soit, il existe des conventions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire le pays
d’origine du demandeur initial ou de l’intervenant, lesquelles conventions
prévoient l’exemption de la caution.
-Soit le non national demandeur a des biens immobiliers en Côte d’Ivoire
susceptibles de couvrir ses condamnations éventuelles. Et dans ce dernier cas de
figure, la caution est remplacée par un cautionnement.
La présentation de la cautiojudicatumsolvi ne se fait après que le défendeur ait
soulevé cette exception. Il s’agit donc d’une exception de procédure qui doit être
soulevée in liminelitis.
PARAGRAPHE 2 : L’INTERET A AGIR
L’article 3 alinéa 1 du CPC dispose que l’action n’est recevable que si le
demandeur justifie d’un intérêt légitime juridiquement protégé direct et personnel.
Nul ne peut donc agir en justice pour demander la protection d’un droit qui ne
l’intéresse aucunement. L’intérêt doit être entendu comme l’utilité que l’action
procure au plaideur. L’adage “pas d’intérêt pas d’action” illustre parfaitement
l’importance de cette condition.

14
L’intérêt doit revêtir différents caractères, il doit être :
- légitime et juridiquement protégé
- direct et personnel
- né et actuel
A-UN INTERET LEGITIME ET JURIDIQUEMENT PROTEGE
L’intérêt dont la lésion est invoquée par le plaideur doit être légitime et
juridiquement protégé. L’expression “légitime et juridiquement protégé” parait
tautologique car ce qui est légitime est fort logiquement protégé par la loi. Mais
quoiqu’il en soit, à travers cette expression l’article 3 alinéa 1 du CPC exige que
la demande ne doit pas être fondée sur un acte illicite ; un acte que réprouve la
morale.
C’est le défaut d’un intérêt ainsi qualifié qui fit pendant longtemps déclarer
irrecevable l’action en dommages-intérêts de la concubine privée, par un accident
de la circulation, de l’appui de celui qui subvenait à ses besoins. Cette solution est
remise en cause par le code CIMA qui permet désormais l’indemnisation de la
concubine survivante après un accident de la circulation qui a entrainé le décès de
son partenaire.
B-UN INTERET DIRECT ET PERSONNEL
Le droit d’agir en justice n’appartient qu’à celui qui a un intérêt personnel et direct
à agir. L’idée est d’interdire que le plaideur demande la protection d’un droit qui
ne lui est pas propre, qui ne le concerne aucunement pas. On écarte ici l’hypothèse
de la représentation car dans ce cas on considère que c’est le représenté lui-même
qui agit. La question prend un intérêt particulier lorsque ce sont les personnes
morales qui agissent en justice. Il n’y a aucune difficulté lorsque la personne
morale agit pour un préjudice personnel mais lorsqu’elle défend des intérêts
collectifs. Les règles applicables en la matière, différent suivant qu’il s’agit d’un
syndicat ou d’une association.
1- Le cas de figure des syndicats professionnels
Lorsque le syndicat plaide pour un élément de son patrimoine, il invoque un
intérêt personnel et direct. Tel n’est pas le cas lorsqu’il défend des intérêts
individuels de ses syndiqués. Une telle action est irrecevable dans la mesure où
« nul ne plaide par procureur ».10 L’intérêt collectif dont il s’agit est donc un
intérêt qui n’est pas personnel au syndicat et qui n’appartient pas non plus en
propre à un syndiqué.

10
Maxime qui trouve son origine dans l’ancien Droit et qui signifiait que personne ne pouvait si ce n’est le roi se
faire représenter en justice, il faillait comparaître en personne.

15
Le principe qui gouverne la matière est que les syndicats professionnels peuvent
agir en justice pour la sauvegarde des intérêts collectifs. Mais encore faut-il pour
cela que deux conditions cumulatives soient réunies. L’intérêt doit avoir un
caractère professionnel et faire partir des objectifs que le syndicat s’est assigné.

2-Le cas des associations


Les associations ne peuvent agir en justice que pour défendre leurs intérêts directs
et personnels. Elles ne sont donc pas admises à agir en justice pour la défense des
intérêts collectifs de leurs membres. Toutefois, une telle action est recevable si
une loi le prévoit expressément. Tel est le cas en France de la loi Royer qui permet
aux associations de consommations d’agir en justice pour défendre les intérêts
collectifs des consommateurs 11.
En effet, l’article L.421-1 autorise les associations de défense des intérêts des
consommateurs agréées à exercer les droits reconnus à la partie civile en cas de
préjudice direct ou indirect à l’intérêt collectif des consommateurs lorsqu’il y a
une infraction pénale portant atteinte aux intérêts collectifs des consommateurs
ou indépendamment de faits constitutifs d’infractions. A sa suite, l’article L.421-
6 autorise, ces associations à agir devant la juridiction civile pour demander, le
cas échéant sous astreinte, la suppression d’une clause illicite, ou d’une clause
abusive dans les contrats proposés aux consommateurs. Abondant dans le même
sens, l’article L 421-7 prescrit que ces associations, dans le cadre d’une action en
réparation d’un préjudice engagée par un ou plusieurs consommateurs à raison de
faits non constitutifs d’une infraction pénale, sont autorisées à demander la
cessation de pratiques illicites ou la suppression de clauses illicites.
La jurisprudence française admet même que des associations constituées pour
rassembler des personnes dont les intérêts individuels sont atteints et qui trouvent
dans le principe d’un rapprochement associatif le moyen d’en assurer une
meilleure défense tels que les ligues de défense ; les comités de quartier ou
d’usagers ou des comités de soutien peuvent agir au civil pour défendre les
intérêts individuels de leurs membres. Cette action est considérée par cette
jurisprudence 12 comme une représentation d’une personne à l’action, différente
de la représentation à l’instance par l’avocat.
En Droit ivoirien, il n’existe pas pour l’instant de loi habilitant les associations à
défendre des intérêts collectifs de leurs membres. Nous n’avons pas non plus
trouvé de décisions de justice abondant dans le même sens que la jurisprudence
précitée.

11
Voire articles L421-1 à L.421-7 du code de la consommation (français) -La loi Royer a en effet été intégré
dans le code de la consommation
12
Voire notamment com. 1er 1998 et 19 janvier 1999, D. 1999, 331 notre Louis BORE

16
C-UN INTERET NE ET ACTUEL
Le rôle du juge étant de trancher les litiges déjà nés, il est imposé au demandeur
de faire valoir un intérêt né et actuel. Cet intérêt s’apprécie au jour où l’action est
exercée. Aussi bien l’intérêt passé éteint par la prescription que l’intérêt futur rend
l’action en principe irrecevable. Cette exigence permet d’interdire en principe les
actions interrogatoires et les actions provocatoires.
Les actions interrogatoires ont pour objet de contraindre une personne disposant
d’un délai généralement assez long pour lever une option à se déclarer
immédiatement. Quant aux actions provocatoires, elles ont pour objet de
permettre au plaideur de forcer celui qui se vante d’avoir un droit à prouver ses
prétentions en justice, dans un certain délai, sinon, à se taire pour toujours sur ce
point. Une telle action est contraire au caractère facultatif de l’action en justice.
En effet, si l’action est le pouvoir d’agir, elle est aussi le pouvoir de ne pas agir.
Il existe cependant des atténuations à ce principe. On admet en effet les actions
préventives. Par ce vocable, on désigne l’action qui permet d’ordonner toute
mesure d’instruction s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant
tout procès la preuve des faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige. Tout
intéressé peut demander que soit ordonnée une telle mesure, soit sur requête, soit
en référé.
Il y a aussi des cas où la loi permet au particulier d’agir préventivement avant que
son droit ne soit violé. La dénonciation de nouvel œuvre en est une plausible
illustration.

PARAGRAPHE 3 : LA QUALITE POUR AGIR


Selon le professeur Loïc CADIET, « la qualité est le titre juridique conférant le
droit d’agir ; c'est-à-dire le droit de solliciter du juge qu’il examine le bien- fondé
d’une prétention ». Autrement dit, c’est le titre qui donne à une personne le
pouvoir d’exercer en justice le droit dont elle demande la sanction. Le problème
de la qualité ne se pose que si ce n’est pas le titulaire du droit qui agit. On part de
l’idée que nul ne peut agir en ses lieux et place sans qu’il ne lui en donne le titre.
Lorsque le titulaire du droit allégué est représenté, le représentant doit justifier du
pouvoir qui l’habilite à agir sinon l’action sera déclarée irrecevable pour défaut
de qualité.
En principe, l’assistance et la représentation des parties devant le juge sont assurée
par les avocats sous les réserves suivantes :

17
-les personnes physiques peuvent toujours se faire représenter par leur conjoint et
leurs parents jusqu’au troisième degré ;
-les gérants des sociétés de personnes se faire représenter par un associé dans les
actions intéressant la société ;
-les personnes morales privées ou publiques ne peuvent comparaître devant la
cour d’appel qu’en étant représentées par un de leurs préposés fondé de pouvoir ;
-devant la cour suprême, la représentation des parties est exclusivement assurée
par les avocats.
Lorsque les avocats installés dans le ressort de la juridiction sont en nombre
insuffisant pour représenter les parties, celles-ci à défaut d’avocats peuvent se
faire représenter par un mandataire spécial, agréé au préalable par le président de
la juridiction.
L’article 22 du CPC prend le soin de déterminer la nature du titre susceptible de
justifier le mandat. Il en ressort que le mandat de représentation de la partie donné
au conjoint, à ses parents ou au mandataire spécial est justifié soit par un acte
authentique, soit par un acte sous seing privé dont la signature est légalisée.
Quant au mandat de représentation donné à l’avocat, il résulte soit d’une
déclaration écrite, soit de la mention qui en est faite dans l’acte d’assignation, soit
d’une mention portée au registre d’audience.
Il faut par ailleurs relever que certaines personnes ne peuvent pas être admises
comme mandataires.
Il s’agit :
- des individus privés du droit de témoigner en justice
- ceux condamnés pour crime ou délits, exception faite des délits dont la
répression n’est pas subordonnée à la preuve de la mauvaise foi de leurs
auteurs ;
- les anciens officiers publics ou ministériels et les fonctionnaires destitués,
mis à la retraite d’office ou révoqués.13
Le plaideur et son représentant peuvent conclure le mandat de représentation à
tout moment de la procédure. Il peut également être révoqué à tout moment avant
la mise en délibéré du jugement.
Lorsqu’un avocat ou un mandataire se déporte en cours d’instance, la juridiction
saisie doit fixer une date de renvoi suffisamment éloignée pour permettre à la
partie intéressée de prendre toutes dispositions utiles en vue d’assurer sa défense.
L’avocat ou le mandataire qui se déporte, doit aviser son client, le juge et la partie
adverse de son déport.

13
Article 23 du CPC

18
Lorsque les conditions d’existence de l’action en justice sont réunies, le plaideur
devra en sus réunir la condition de son exercice pour que son action soit recevable.
SECTION II : LA CONDITION D’EXERCICE DE L’ACTION EN
JUSTICE : LA CAPACITE D’ESTER EN JUSTICE
Il faut distinguer la capacité de jouissance de la capacité d’exercice.
PARAGRAPHE 1 : LA CAPACITE DE JOUISSANCE
Toute personne, pourvu qu’elle existe dispose de la capacité de jouissance et, à ce
titre, peut agir en justice. Toutes les personnes physiques ont donc le droit d’agir
en justice à la condition d’être vivantes.
Quant aux groupements, il leur suffit comme précédemment relevé d’être doté de
la personnalité juridique pour avoir le droit d’agir en justice. Il en découle fort
logiquement qu’une assignation effectuée par un groupement non doté de la
personnalité juridique est nulle.

PARAGRAPHE 2 : LA CAPACITE D’EXERCICE


Le droit civil organise les incapacités d’exercice ; celle des mineurs ainsi que
celles des majeurs incapables. Il prévoit également la solution à ces incapacités :
il s’agit de la représentation. Le représentant légal a en effet le pouvoir d’agir à la
place de l’incapable. Ainsi, le tuteur peut agir en justice sans autorisation du
conseil de famille pour certains actes.
Le débiteur en liquidation des biens, en raison du dessaisissement qui le frappe,
est représenté par un administrateur judiciaire. En cas de redressement judiciaire,
un administrateur judiciaire est nommé. Mais le tribunal conserve la possibilité
d’adopter l’une des trois solutions suivantes :
- soit le débiteur conserve la direction de l’entreprise
- soit il est assisté par l’administrateur judiciaire
- soit il est représenté par l’administrateur judiciaire.

19
CHAPITRE III : LES FORMES DE L’ACTION EN JUSTICE
L’action n’est qu’un simple pouvoir virtuel comme précédemment relevé. Elle se
transformera en une demande si celui dont le droit est violé décide de saisir le
juge. En revanche, en nous situant de son côté passif, l’action portera le nom d’une
défense.
SECTION I : LES DEMANDES EN JUSTICE
Il nous faut examiner les différentes catégories de demandes en justice et leurs
effets.
PARAGRAPHE 1 : LES DIFFERENTES CATEGORIES DE DEMANDE
EN JUSTICE
Il importe de distinguer la demande initiale des demandes incidentes.
A-LA DEMANDE INITIALE
Encore appelée demande introductive d’instance ou demande principale, la
demande initiale est celle par laquelle un plaideur prend l’initiative d’un procès
en soumettant au juge ses prétentions. C’est donc l’acte qui ouvre les hostilités ;
c’est l’acte qui entame l’instance. Elle peut prendre la forme d’une assignation ou
d’une requête.
B-LES DEMANDES INCIDENTES
La demande est dite incidente lorsqu’elle vient se greffer sur la demande initiale
lors d’une instance déjà introduite. La demande incidente intervient donc au cours
d’un procès déjà pendant. Il existe plusieurs types de demandes incidentes.
Il y a :
-la demande additionnelle qui est celle par laquelle une partie modifie ses
prétentions antérieures. Il peut s’agir du demandeur, du défendeur ou d’un tiers
intervenant.
-la demande reconventionnelle ou demande par reconvention qui est celle par
laquelle le défendeur originel prétend obtenir un avantage autre que le simple rejet
de la demande. C’est celle par laquelle le défendeur soumet à son tour une
prétention au juge qui se trouve désormais saisi de deux demandes : la demande
initiale et la demande reconventionnelle.
De cette définition, il découle que la demande incidente est d’abord et avant tout
une demande incidente. Elle n’est pas indépendante dans la mesure où son sort
dépend du sort de l’instance principale. En effet, si le demandeur initial se désiste,
en remplissant les conditions prévues à cet effet, la demande reconventionnelle
s’éteint automatiquement. En outre, la demande reconventionnelle n’est pas
nécessairement un simple reflexe de la demande principale. Elle ne se borne pas
20
à un rejet. Au contraire, la reconvention cherche soit à effacer totalement la
demande principale par voie de compensation ; soit à attaquer le demandeur
principal en allant au-delà de la simple compensation.
L’avantage de la demande reconventionnelle est qu’elle sert l’économie du procès
et la bonne administration de la justice. En effet, en cas de connexité des demandes
respectives, il est nécessaire de pouvoir les regrouper pour entendre l’affaire dans
tous ses états. Une procédure plutôt que deux procédures séparées réalise une
appréciable économie du procès. Un tel procédé permet également une meilleure
administration de la justice. Le juge est mis à mesure d’avoir une vision
d’ensemble sur l’affaire. Il peut se faisant, éviter les jugements mal articulés voire
contradictoires. Ce procédé illustre enfin l’égalité des parties. Permettre au
défendeur de faire valoir des contre-plaintes dans la même instance, contribue à
éradiquer à la base toute velléité d’unilatéralité et toute impression de
déséquilibre.
Outre la demande additionnelle et la demande reconventionnelle, il y a la demande
en intervention. Il peut s’agir d’une demande en intervention volontaire qui est
spontanément formée par un tiers ou d’une demande en intervention forcée qui
est celle dirigée par le demandeur ou le défendeur contre un tiers.
PARAGRAPHE 2 : LES EFFETS JURIDIQUES DE LA DEMANDE
La demande en justice entraine un certain nombre de conséquences. Pour le juge,
elle est d’abord la condition nécessaire de sa saisine, ce qui entraînera dès qu’elle
sera introduite, obligation pour le juge de statuer sous peine de déni de justice. Le
juge n’est considéré comme saisi que suite à la remise de l’assignation ou de la
requête au greffe.
La demande a en outre pour effet d’interrompre la prescription et les délais de
forclusion. Par ailleurs, elle opère mise en demeure et fait donc courir les intérêts
moratoires, même s’il s’agit d’une demande reconventionnelle. En conséquence,
l’introduction d’une action en résolution d’un contrat valant mise en demeure, elle
n’est pas subordonnée à une mise en demeure préalablement adressée au créancier
d’avoir à exécuter son obligation. Enfin, elle opère un transfert des risques mettant
les risques à la charge du défendeur.
SECTION II : LES MOYENS DE DEFENSE
Si à l’égard du demandeur, l’action est le pouvoir légal de saisir un organe
juridictionnel pour l’obliger à l’entendre et à dire si la prétention est bien ou mal
fondé en Droit, pour le défendeur, elle est le droit de discuter cette prétention. Il
a cet effet deux options : soit il adopte une attitude offensive qui consistera au-
delà de la simple défense à soumettre à son tour une autre demande au juge. C’est
la demande reconventionnelle déjà examinée ; soit il peut avoir une attitude
purement défensive qui se limite à opposer à la demande, des moyens de défense
21
qui peuvent être des défenses au fond ; des exceptions de procédure ou des fins
de non-recevoir.
PARAGRAPHE 1 : LA DEFENSE AU FOND
La défense au fond est un moyen dirigé directement contre la demande par
laquelle le défendeur conteste soit l’existence du droit allégué, soit son étendu.
C’est donc une dénégation du droit allégué par le demandeur. Au créancier qui
réclame l’exécution d’une obligation contractuelle, le défendeur pourra opposer
le fait qu’elle a été précédemment exécutée par paiement.
S’agissant de son régime procédural, la défense au fond peut être soulevée en tout
état de cause jusqu’à l’ordonnance de clôture. Elle peut même être présentée en
appel ou en cassation dans la mesure où elle ne constitue pas un nouveau moyen.
Si la défense au fond prospère, le demandeur est débouté. Il ne pourra donc pas
saisir à nouveau le même juge sur la même cause avec le même objet et entre les
mêmes parties, la décision étant revêtue de l’autorité de la chose jugée.
PARAGRAPHE 2 : LES EXCEPTIONS DE PROCEDURE
L’exception de procédure est un obstacle à l’action, le plus souvent temporaire,
qui est dirigé contre la procédure. Par l’exception de procédure, le défendeur ne
discute pas le fond du droit mais il entend ajourner l’examen au fond. En d’autres
mots, c’est un moyen qui tend soit à déclarer la procédure irrégulière ou éteinte,
soit à en suspendre le cours. Le CPC en fait une énumération aux articles 115 à
123. Il nous faut les examiner avant de traiter de leur régime procédural.
A-LES DIFFERENTES EXCEPTIONS DE PROCEDURE
Les articles 115 à 123 du CPC traitent de :
- l’exception d’incompétence
- des exceptions dilatoires
- l’exception de nullité
- l’exception de litispendance
- l’exception de connexité
- l’exception de renvoi
- l’exception de règlement de juges
- l’exception de communication de pièces

1-L’exception d’incompétence
Aux termes de l’article 115 al 1 du CPC « l’exception d’incompétence a pour but
le renvoi de l’affaire devant la juridiction compétente ». Cette exception ne peut
être invoquée que si le défendeur estime que la juridiction saisie n’est pas celle à

22
qui la loi attribue compétence de trancher le litige. Le plaideur peut contester la
compétence territoriale ou la compétence d’attribution. L’alinéa 2 de l’article 115
du CPC exige que la partie qui soulève l’exception d’incompétence indique, sous
peine d’irrecevabilité, la juridiction qui selon elle est compétente pour connaitre
du litige. Dans certains cas, l’incompétence peut être prononcée d’office par le
juge.
2-Les exceptions dilatoires
Les exceptions dilatoires tendent à obtenir une suspension d’instance qui se traduit
par une décision de sursis à statuer. Le défendeur peut par exemple demander au
tribunal de surseoir à statuer parce qu’il bénéficie d’un délai légal pour effectuer
certains actes juridiques relatifs à l’instance en cours. Il peut s’agir de délai
nécessaire pour faire appel à une caution ; ou d’un délai pour exercer un recours
contre une décision rendue en matière pénale dont le contenu a une influence sur
la résolution du litige en cours.
Le juge peut en outre suspendre la procédure, lorsque le défendeur invoque une
décision de justice à l’appui de ses prétentions qui n’est pas encore passée en force
de chose jugée, parce qu’il existe encore des voies de recours dont les délais n’ont
pas expiré. Le juge peut enfin accorder des délais à un défendeur pour lui
permettre d’appeler une tierce personne (par exemple un assureur) en garantie.
3-L’exception de nullité
L’exception de nullité a pour but selon l’article 122 du CPC de faire déclarer nul
un acte de procédure lorsque cet acte ne réunit pas les conditions de forme
prescrites par la loi. Elle n’est recevable que si trois conditions cumulatives sont
réunies :
- le vice allégué doit être une cause de nullité
- l’irrégularité de forme doit avoir causé un grief à la partie adverse
- il faut enfin une absence de régularisation
Sur le premier point, la règle d’or est qu’il n’y a pas de nullité sans texte. Ce
principe signifie qu’aucun acte de procédure ne peut être déclaré nul pour vice de
forme que si la nullité est expressément prévue par la loi, sauf en cas
d’inobservation d’une formalité substantielle ou d’ordre public.
Cette dérogation nous invite à faire la démarcation entre les formalités qu’on peut
juger accessoires d’une part et d’autre part celles qui sont substantielles ou d’ordre
public.
L’idée est que l’omission d’une formalité considérée comme accessoire ne fait
pas perdre à l’acte ni son caractère ni sa nature propre. Elle ne peut donc entrainer

23
la nullité que si la loi le prévoit expressément. Au titre des formalités qu’on
considère comme accessoires, on peut citer, le coût de l’acte.
En revanche, la formalité est dite substantielle lorsque c’est elle qui confère à
l’acte sa raison d’être et lui est indispensable pour atteindre son objet. Elles
échappent à la règle « pas de nullité sans texte ». Par ailleurs, l’irrégularité de
forme doit avoir causé un grief à la partie qui veut invoquer l’exception de nullité :
c’est la règle « pas de nullité sans grief ». En effet, la nullité ne peut être
prononcée qu’à charge pour celui qui l’invoque de prouver le grief que lui cause
cette irrégularité même lorsqu’il s’agit d’une formalité substantielle ou d’ordre
public.
Il faut enfin une absence de régularisation. L’omission de certaines mentions peut
faire l’objet de régularisation. Et en pareille hypothèse, la nullité serait couverte
c’est-à-dire qu’il est impossible d’invoquer la nullité d’un tel acte. Toutefois, la
régularisation n’est possible qu’à deux conditions cumulatives :
-Il faut primo qu’aucune forclusion ne soit pas intervenue dans l’intervalle. Par
exemple, le délai pour faire appel d’un jugement est en principe d’un mois. Si
l’acte d’appel formé dans ce délai est entaché de nullité, il est possible de le
régulariser mais à la condition que cette régularisation intervienne avant
l’expiration du mois imparti au plaideur pour interjeter appel. Si elle intervient
après, la nullité ne sera pas couverte.
Il faut, secundo que la régularisation ne laisse subsister aucun grief.
4-L’exception de litispendance
Il y a litispendance lorsque le même litige est pendant devant deux juridictions de
même degré toutes compétences pour connaître du litige. Cela peut par exemple
se produire en matière de contestations relatives aux pensions alimentaires dans
la mesure où l’article 11 du CPC attribue compétence en la matière au tribunal du
domicile ou de la résidence du défendeur et à celui du domicile ou de résidence
du demandeur, laissant le choix à la partie demanderesse. Il peut arriver que le
demandeur saisisse simultanément les deux juridictions. Mais encore faut-il pour
qu’il y ait litispendance que les conditions suivantes soient réunies :
-le litige doit être identique.
Cela implique l’identité de parties, d’objet, de fait générateur et de cause
-le même litige doit être pendant devant deux juridictions effectivement saisies.
-les deux juridictions doivent être encore saisies au moment où l’incident est
soulevé.
Lorsque l’exception de litispendance est admise, la juridiction saisie en second
lieu doit se dessaisir au profit de l’autre.

24
5-L’exception de connexité
Alors que l’exception de litispendance suppose que la même affaire soit pendante
devant au moins deux juridictions, dans l’exception de connexité, il s’agit
d’affaires différentes présentant un lien tel qu’il parait opportun de les juger
ensemble.
En ce sens, l’article 117 du CPC dispose que « l’exception de connexité a pour
but le renvoi de l’affaire et sa jonction avec une autre instance déjà pendante soit
devant la même juridiction, soit devant une autre, lorsque les deux affaires
présentent entre elles un rapport tel qu’il paraît nécessaire, dans l’intérêt d’une
bonne administration de la justice, qu’une seule décision intervienne sur les deux
contestations ».
Il en découle que cette exception ne peut être admise que si :
-il s’agit de litiges différents
-ces litiges doivent avoir un lien étroit
-toutes les juridictions saisies doivent être compétentes pour connaître de ces
litiges.
En présence d’une connexité, la règle de principe est la liberté de choix. L’une
des juridictions saisies peut demander à l’autre de se dessaisir à son profit. Cette
liberté est cependant écartée dans deux cas :
-lorsque les juridictions saisies ne sont pas de même degré ou
-lorsque l’une des juridictions saisies jouit d’une compétence exclusive pour
connaître du litige.
A la différence de l’exception de litispendance, l’exception de connexité ne peut
être soulevée que par les parties. La connexité se démontre par la production de
la copie de l’acte introductif de la seconde instance.
6-L’exception de renvoi
L’exception de renvoi est un moyen de défense qui permet au plaideur de récuser
un ou plusieurs magistrats, c’est à dire de refuser d’être jugé en sa ou leur présence
parce qu’il doute de son ou de leur impartialité.
Aux termes de l’article 118 du CPC, cette exception a pour but le dessaisissement
d’une juridiction en faveur d’une autre, pour cause de parenté, d’alliance, de
suspicion légitime ou de sureté publique.
Il s’en dégage que le juge peut être récusé pour trois catégories de raisons :
-soit il existe un lien de filiation entre au moins un magistrat et l’adversaire du
plaideur qui soulève l’exception. Il peut s’agir d’une filiation légitime, naturelle
ou adoptive ou d’une parenté par alliance.
25
-Il peut aussi s’agir de toute raison susceptible de justifier une suspicion légitime.
Cette suspicion peut être justifiée par un lien de dépendance entre un magistrat et
une partie au procès. Le lien de dépendance peut être de nature économique. Tel
serait le cas si l’une des parties est l’employeur du conjoint d’un des magistrats
ou est ou bien a été à son service.
Ce lien peut être aussi de nature professionnelle. Il peut en être ainsi lorsque le
juge ou son conjoint, les personnes dont il est tuteur, curateur ou conseil judiciaire,
les sociétés ou associations à l’administration ou la surveillance desquelles il
participe ont intérêt dans la contestation. Le lien de dépendance peut être aussi de
nature judiciaire. Il peut avoir existé un procès entre le juge ou son conjoint et
l’une des parties.
La dernière cause énoncée à l’article 118 du CPC susceptible de justifier
l’exception de renvoi est la sureté publique. Elle vise l’hypothèse dans laquelle le
défendeur a des raisons de croire que la tenue du procès devant la juridiction saisie
peut occasionner des troubles à l’ordre public, il peut demander son
dessaisissement au profit d’une autre.
7-L’exception de règlement de juges
Cette exception se rapproche de l’exception de litispendance dans la mesure où
dans ces deux cas, deux ou plusieurs juridictions se trouvent simultanément
saisies d’une même affaire. Mais tandis que dans la litispendance, le défendeur
demande au juge devant lequel l’exception est soulevée de se dessaisir au profit
d’une autre juridiction déjà saisie de la même affaire, dans l’exception de
règlement de juges, le défendeur saisit une juridiction supérieure à qui il demande
de trancher le conflit de compétence matérielle ou territoriale. Son objet est donc
comme l’indique l’article 119 du CPC, de faire déterminer par une juridiction
supérieure laquelle de deux ou plusieurs juridictions inférieures doit connaître
d’une procédure dont elles se trouvent simultanément saisies.
8-L’exception de communication des pièces
Les pièces sont d’une importance capitale dans le procès puisque son issue en
dépend en grande partie. Chaque partie a l’obligation d’étayer ses prétentions par
des preuves qui peuvent être des pièces. La partie qui détient ces pièces a
l’obligation de les produire, c'est-à-dire les mettre à la disposition du juge mais
également de la partie adverse. Cette règle vise à garantie l’égalité des armes et
ce faisant à respecter le principe du contradictoire.
L’exception de communication des pièces est donc soulevée lorsqu’une partie
omet de mettre ses pièces à la disposition de son adversaire ou les retient
volontairement. Son objet est d’exiger que soient communiquées à la partie qui la
soulève, les pièces sur lesquelles la partie adverse entend fonder sa demande ou

26
sa défense. Ces pièces sont déposées au dossier et il en est donné connaissance
sous le contrôle du juge.

B-LE REGIME PROCEDURAL DES EXCEPTIONS DE PROCEDURE


Toutes les exceptions de procédure doivent être soulevées in liminelitis c'est-à-
dire dès le début du procès ; avant que ne commence l’examen au fond. La raison
d’être de cette règle est d’éviter que la procédure s’éternise inutilement en
permettant au défendeur de multiplier les exceptions de procédure en vue
d’obtenir le report de l’examen au fond du litige. Elles doivent être présentées non
seulement au seuil du procès mais aussi de façon simultanée. Le juge a
l’obligation de rendre une décision sur chaque moyen de procédure soulevé avant
que ne débute l’examen au fond du litige. En conséquence, aucune exception de
procédure n’est recevable dès lors que commence le débat sur le fond.
PARAGRAPHE 3 : LES FINS DE NON-RECEVOIR
Est une fin de non-recevoir, aux termes de l’article 124 du CPC, tout moyen ayant
pour objet de faire rejeter la demande comme irrecevable, sans discuter le
fondement de la prétention du demandeur. Par ce moyen, le défendeur demande
au juge de ne même pas examiner le fond du litige parce que la demande est
irrecevable pour de défaut de qualité, d’intérêt ; de prescription ; de forclusion ou
d’autorité de la chose jugée. La définition de THIERRY LE BARS permet de
mieux cerner la notion. Selon lui, c’est un moyen qui tend à rejeter, sans examen
au fond, une demande parce que la partie ne satisfait pas aux conditions exigées
pour pouvoir soumettre au juge cet acte processuel.
Si par exemple, le pourvoi en cassation n’a pas été formé dans le délai imparti par
la loi, point besoin de discuter du bien-fondé de la prétention, le défendeur n’aura
qu’à soulever la fin de non-recevoir tirée de la forclusion en demandant au juge
de ne même pas recevoir la demande.
Les fins de non-recevoir sont limitativement énumérées par la loi. Il s’agit comme
précédemment indiqué :
-du défaut de qualité
-du défaut de d’intérêt
-de la prescription
-de la forclusion
-de l’autorité de la chose jugée
L’effet principal de la fin de non-recevoir est de mettre fin au litige sans examen
au fond.

27
La fin de non-recevoir a une nature hybride en ce sens qu’elle entretient des liens
à la fois avec la défense au fond et les exceptions de procédure. Elle se rapproche
de l’exception de procédure dans la mesure où elle fait obstacle à l’examen au
fond un peu à l’instar de la première qui en retarde le débat. Sa similitude avec la
défense au fond se manifeste au niveau de son régime procédural. En effet, elle
peut être présentée en tout état de cause c'est-à-dire à n’importe quel moment du
procès. Elle est soulevée sans que celui qui l’invoque n’est à justifier d’un grief
comme c’est le cas pour l’exception de nullité.

28
Titre II : LES DELAIS ET LES ACTES DE
PROCEDURE

Le temps est d’une importance capitale dans tout procès. Tous les actes de
procédure doivent être accomplis dans les délais impartis au plaideur par
la loi sous peine de nullité.

CHAPITRE I : LES DELAIS DE PROCEDURE


Les délais de procédure peuvent être exprimés en jours. Dans ce cas, on
compte de minuit à minuit. Ils peuvent être exprimés également en mois ou
en années, on compte dans ce cas de figure de quantième à quantième.
Le délai exprimé en mois n’est pas nécessairement égal à une période de
trente jours. Le délai d’un mois qui commence à courir le 31 janvier prendra
fin le 28 ou le 29 Février selon que l’année est bissextile ou non.
Le délai peut exceptionnellement être fixé d’heure à heure dans les
procédures d’urgence.
Comment procède-t-on au calcul des délais de procédure ? Qui décide de
leur modification et quid de la sanction de leur inobservation.
SECTION I : LA COMPUTATION DES DELAIS
Deux points feront l’objet de notre attention : le point de départ des délais
et leur échéance.
PARAGRAPHE 1 : LE POINT DE DEPART DU DELAI
Le jour où se produit l’évènement qui entraîne le calcul du délai appelé le
« dies a quo » est-il ou non compris dans le délai de procédure ?
A cette question le législateur français répond par l’affirmative. En effet,
l’on a abandonné en Droit français le principe qui exclut le « dies a quo »
de la computation du délai. L’article 640 du CPC français prescrit le
principe selon lequel les délais de procédure courent à partir du jour de
l’acte, de l’évènement, de la notification.

29
Le législateur ivoirien retient la solution inverse. Est donc exclu du délai
en Droit ivoirien, le « dies a quo ». Pour le délai de comparution de huit
(08) jours qui a pour point de départ la signification de l’acte qui a eu lieu
le 07 Avril à 10 heures par exemple, le délai ne commencera à courir que
le lendemain, c’est-à-dire le 08 Avril à 00 heures.

PARAGRAPHE 2 : L’ECHEANCE DU DELAI


L’article 430 du CPC prescrivant que « les délais prévus par le CPC sont
tous francs, a le mérite de mettre fin aux querelles soulevées par la question
de savoir quand un délai est franc ou non 14. Le délai est dit non franc
lorsque la formalité peut être accomplie le dernier jour du délai.
Il est en revanche dit franc, lorsque la formalité peut être accomplie le
lendemain du jour où le délai vient à expiration.
Quand le délai est exprimé en mois ou en années, il expire le jour du dernier
mois ou de la dernière année qui porte le même quantième que le jour de
l’acte, de l’évènement, de la décision ou de la notification qui fait courir le
délai. A défaut de quantième identique, le délai expire le dernier jour du
mois.
Par exemple, un délai d’un mois qui commence à couvrir le 30 Janvier
d’une année bissextile, arrivera à échéance le 29 Février de la même année.
Lorsque le délai est exprimé en jour, le jour où le délai vient à expiration,
qu’on appelle le « dies ad quem » n’est pas pris en compte dans la
computation. Les délais étant francs, l’acte peut être servi le lendemain du
« dies ad quem ». L’échéance du délai s’obtient en procédant comme suit :
« Dies a quo » + délai + 1
L’échéance du délai de comparution de huit (8) jours une pour assignation
notifiée le 16 Avril est : 16 Avril + 08 + 1 = 25 Avril
Mais il peut arriver qu’il y ait des jours fériés ou jours non ouvrables dans
le délai de procédure. Quelle est leur incidence sur la computation des
délais ? Lorsqu’un des jours du délai est non ouvrable, il est compté comme
un jour ordinaire. En d’autres termes, lorsque le jour non ouvrable est
intercalé dans le délai, il n’a aucune incidence sur l’échéance du délai.

14
Cette querelle a longtemps existé en Droit français, Droit dont la Côte d’Ivoire, faut -il le rappeler,
a hérité par l’effet de l’article 76 de la Constitution de 1960 repris par l’article 133 de la Constitution
du 1 er août 2000. En Droit français, c’est le décret du 26 Novembre 1965 qui a tranché la question en
disposant que les délais ne sont pas francs.

30
Il en va autrement si c’est le dernier jour du délai, c’est -à-dire si c’est le
jour qui devrait être le dernier jour utile qui est non ouvrable, le délai est
prorogé jusqu’au jour ouvrable suivant. La solution vaut également pour
les délais calculés en heure.

SECTION II : LA MODIFICATION DES DELAIS DE PROCEDURE


La modification du délai peut être légale ou judiciaire.
PARAGRAPHE 1 : LA MODIFICATION LEGALE
Le législateur envisage trois cas de figure dans lesquels le délai de
procédure peut faire l’objet d’une augmentation :
-l’augmentation des délais en raison de la distance
-l’augmentation due à des cas de force majeure
-l’augmentation des délais par leur suspension
En effet, les délais de procédure ne sont pas immuables. Ils varient en
fonction de la distance qui sépare la juridiction devant laquelle l’affaire est
pendante et le domicile ou la résidence du plaideur devant agir.
Aux termes de l’article 34 Alinéa 2, les délais de procédure sont augmentés
de quinze (15) jours si le plaideur est domicilié dans un autre ressort et de
deux mois s’il demeure hors du territoire de la République. Cette
augmentation ne s’applique pas seule ment au délai de comparution. Elle
s’applique à tous les délais sauf si la loi prévoit une dérogation.
Outre cette hypothèse expressément prévue par le code de procédure civile,
les délais peuvent aussi être prorogés par application de l’article 1148 du
Code civil qui prévoit le cas de force majeure.
Le délai de procédure peut donc être prorogé si un évènement qui réunit les
caractères de la force majeure empêche le plaideur d’agir dans les délais à
lui initialement impartis par la loi. Cet évènement doit être extérieur,
imprévisible et irrésistible.
Le caractère extérieur induit que l’évènement doit résulter d’une cause
étrangère ou indépendante de la volonté du plaideur. L’extériorité est
entendue au sens strict. On considère ainsi par exemple qu’une maladie
telle qu’une crise d’épilepsie n’est pas extérieure au plaideur.
Le caractère imprévisible implique que le plaideur n’ait aucune possibilité
de prévoir cet évènement. On apprécie l’imprévisibilité en se mettant à la

31
place d’une personne prudente et diligente, en tenant compte des
circonstances de lieu, de temps, de raison.
L’irrésistibilité permet d’écarter un simple empêchement ou une simple
difficulté. Il doit s’agir d’un évènement insurmontable.
Enfin, les délais de procédure peuvent faire l’objet d’une augmentation s’ils
ont été suspendus. En effet, ils sont indirectement augmentés par
application des causes de suspension et d’interruption prévues par la loi.

PARAGRAPHE 2 : LES MODIFICATIONS DES DELAIS PAR


INTERVENTION JUDICIAIRE
Le juge ne doit modifier un délai de procédure que dans des cas
limitativement prévus par la loi. En effet, dans certains cas, le législateur
autorise le juge à réduire les délais ou à les augmenter.
Il est permis au juge de réduire certains délais dans les procédures
d’urgence aux termes de l’article 34 alinéas 1 du CPC.
Il a aussi le pouvoir de proroger certains délais. Tel est le cas lorsqu’une
expertise est nécessaire, ou lors de la mise en état d’un dossier où le juge
qui a imparti aux plaideurs un délai pour le dépôt de leurs conclusions peut
proroger le délai qu’il a lui-même fixé.
PARAGRAPHE 3 : LA SANCTION DE L’INOBSERVATION DES
DELAIS
L’inobservation du délai de procédure entraîne la forclusion. La forclusion
est donc la sanction qui, en raison de l’échéance du délai qui lui était
légalement imparti pour faire valoir ses droits en justice, éteint l’action
dont disposait le plaideur pour le faire.
Elle est l’effet que la loi attache à une déchéance, à une prescription ou à
une péremption.
L’acte non accompli dans les délais légaux est irrecevable. L’adversaire du
plaideur n’aura qu’à invoquer la fin de non-recevoir tirée justement de la
forclusion.
Le juge peut aussi relever d’office les fins de non-recevoir qui ont un
caractère d’ordre public, notamment celles résultant de l’inobservation des
délais dans lesquels doivent être exercées les voies de recours.

32
Toutefois, il peut avoir un relevé de forclusion en cas de force majeure.
Encore faut-il que l’évènement invoqué réunisse les caractères de la force
majeure précédemment examinés.

CHAPITRE II : LES ACTES DE PROCEDURE


En la forme, l’acte est un écrit nécessaire à la validité ou à la preuve d’une
situation juridique (l’instrumentum). Au fond, c’est une manifestation de volonté
destinée à produire des effets de droit (le negotium).
L’acte de procédure est d’abord et avant tout un écrit, un instrumentum mais il est
également une manifestation de volonté, un acte juridique et qu’à ce titre, il ne
peut être régulièrement accompli que par une personne capable 15.
Les actes de procédure sont faits pour le compte des parties par un certain nombre
d’auxiliaires de justice16 ; on les oppose aux actes faits par le juge.
A défaut de procéder à une énumération de tous les actes de procédure, on peut
sommairement les présenter en deux catégories. Il y a d’une part, les actes
judiciaires et de l’autre, les actes extra-judiciaires.
L’acte judiciaire est un acte qui est lié au déroulement d’une procédure
contentieuse ou gracieuse ou qui vise à réaliser une exécution forcée. Un tel acte
peut être effectué par un plaideur. Il est généralement effectué par un auxiliaire de
justice agissant au nom et pour le compte du plaideur. On peut à titre d’illustration
citer, la convocation d’un témoin, la rédaction et la signification de conclusion, la
citation en justice ou l’assignation.
Quant à l’acte extra-judiciaire, il produit des effets en dehors de toute procédure
engagée devant une juridiction. Il est signifié par un huissier. Il est le plus souvent
le préliminaire ou la suite d’une instance. La sommation, le commandement, le
constat d’huissier, le procès-verbal, un protêt en sont des exemples.
Nous traiterons de la rédaction des actes ainsi que leur notification.
SECTION I : LA REDACTION DES ACTES DE PROCEDURE
D’autant plus qu’il existe une diversité d’actes de procédure, il nous est
impossible d’examiner les règles régissant la rédaction de chacun d’eux. Nous

15
Article 3.3emt du CPC
16
Les huissiers de justice jouent un rôle importantissime dans la mise en œuvre du formalisme
procédural. Leur rôle consiste soit à préparer et à porter à la connaissance des particuliers
certains actes par une signification soit à faire connaître les actes rédigés par d’autres personnes.
33
examinerons subsidiairement celle des avocats et greffiers et principalement celle
des huissiers.
PARAGRAPHE 1 : LA REDACTION DES ACTES D’HUISSIER DE
JUSTICE
Les actes d’huissier, étant des instrumentum, doivent être rédigés en langue
française, sans blanc, ni ratures, ni surcharges. S’il y a des surcharges ou des
renvois, ils doivent être approuvés par l’huissier. Ils sont rédigés en deux
originaux et en autant de copies qu’il y a d’intéressés. Les copies ont la même
valeur que l’original. Les mentions devant figurer dans les actes d’huissier sont
énoncées à l’article 246 du CPC. Il en ressort que « les exploits dressés par les
huissiers de justice contiennent notamment :
-la date de l’acte avec l’indication des jour, mois, an, et heure ;
-le nom du requérant, ses prénoms, profession, nationalité et domicile réel ou élu,
et le cas échéant, les nom, prénoms, profession et domicile de son représentant
légal ou statutaire ;
Si le requérant est une personne physique, la date et le lieu de sa naissance ;
-le nom de l’huissier et sa résidence ;
-les nom, prénoms, profession et domicile du destinataire et s’il n’a pas de
domicile connu au moment où l’acte est dressé, sa dernière résidence ;
-la signature du destinataire ou son refus de l’apposer avec l’indication des
motifs ;
-le nom de la personne à laquelle l’acte est remis s’il ne s’agit pas du destinataire ;
-la signature de l’huissier sur l’original et la copie ;
-le coût de l’acte avec l’indication des émoluments de l’huissier sur les originaux
et la ou les copies ;
-l’objet de l’exploit ».
Cette énumération n’est qu’indicative. Il s’en suit que l’huissier pourra ajouter
toute autre mention qu’il juge utile.
Les mentions énumérées par l’Article 246 du CPC sont obligatoires. Le défaut de
l’une d’elles entraîne en principe la nullité. Mais pour éviter la nullité aveugle, la
jurisprudence a élaboré une jurisprudence connue sous le nom de la théorie des
équipollents.
Cette jurisprudence permet d’éviter que des actes soient annulés pour des erreurs
minimes. Elle permet à cet effet, de réparer les omissions ou lacunes à partir
d’autres énonciations contenues dans le corps de l’acte. Par exemple, si un prénom
du requérant a été omis dans une partie de l’acte, mais que dans le corps le prénom
est mentionné correctement, on peut se servir de la mention figurant dans le corps
de l’acte pour combler la mention manquante évitant ainsi la nullité de l’acte.
PARAGRAPHE 2 : LA REDACTION DES ACTES DE GREFFIERS

34
Dans sa mission qui est de garantir le bon déroulement des débats à l’audience,
d’en rapporter par écrit les échanges, déclarations et observations et d’authentifier
les actes juridictionnels d’une juridiction, le greffier rédige quelques actes de
procédure. Il s’agit des procès-verbaux, des convocations et des notifications.
Les procès-verbaux contiennent les mentions suivantes :
-la date
-les nom et prénoms ainsi que la qualité du greffier rédacteur
-les nom et prénoms et le domicile de la partie requérante ou déclarante
-toute autre mention spécifique à l’acte rédigé.
-la signature du greffier ;
-la signature de la partie. Si elle ne sait pas signer, il en est fait mention.
Ces procès-verbaux de dépôt au greffe sont dressés sur le champ et inscrit sur le
répertoire spécialement prévu à cet effet.
Ce sont des actes authentiques qui font preuve jusqu’à inscription de faux.
Outre les procès-verbaux de dépôt, le greffier établit également les convocations.
Elles contiennent :
-les nom et prénoms des parties ou de toute personne concernée
-leur domicile
-les dates, heures et lieux pour lesquels elles sont faites
-leur objet.
En principe, elles sont adressées par lettre recommandée avec demande d’avis de
réception. Mais dans certains cas, si cela est nécessaire, elles peuvent être
transmises par voie administrative. Un récépissé est alors signé du destinataire.
En cas d’urgence, elles peuvent exceptionnellement être faites par télégramme
dont l’expédition sera justifiée par reçu.
Quant aux notifications, elles doivent contenir :
-les nom et prénoms des parties
-leur qualité
-leur domicile
-il y est joint la copie de la décision notifiée.
Elles sont délivrées dans les mêmes formes que les convocations.
PARAGRAPHE 2 : LES ACTES DES AVOCATS
Agissant au nom et pour le compte des parties, les avocats peuvent rédiger des
actes de procédure. Il peut s’agir d’actes de palais c’est-à-dire ceux qui ont trait

35
au déroulement de l’instance tels que les constitutions d’avocats, les sommations
de communiquer les pièces, les conclusions17, les actes de désistement ou des
mémoires18. Les avocats peuvent également rédiger au nom de la partie qu’ils
représentent des requêtes.
La notification des actes du palais se fait au cours de l’instance entre les avocats
constitués par les parties.
SECTION II : LA SIGNIFICATION DES ACTES D’HUISSIER
Il faut d’entrée de jeu, préciser qu’il y a une nuance entre la signification et la
notification. La notification est la formalité par laquelle on porte un acte de
procédure à la connaissance d’une personne. La notification est qualifiée de
signification lorsque cette formalité est accomplie par un huissier de justice.
Par qui et quand est faite la signification ? A qui et comment la signification est-
elle faite ?

PARAGRAPHE 1 : PAR QUI ET QUAND EST FAITE LA


SIGNIFICATION ?
C’est l’huissier de justice qui doit effectuer personnellement la signification. En
effet, sa qualité d’officier ministériel lui impose d’accomplir en personne les
devoirs de sa charge. Mais cette règle admet une dérogation. L’huissier de justice
peut se faire aider dans sa tâche par son clerc assermenté. Dans ces cas de
suppléance, le clerc agit sous la responsabilité de l’huissier.
Relativement, au moment de la signification, l’article 46 Alinéa 2 de l’Acte
Uniforme portant procédure simplifiée de recouvrement de créances et voie
d’exécution dispose qu’ « aucune mesure d’exécution ne peut être commencée
avant 08 heures du matin ou après 18 heures dans l’après-midi ».
Cela induit que la signification doit se faire entre 08 heures et 18 heures.

17
Les conclusions constituent des actes qui contiennent l’exposé des moyens de fait ou de droit
sur lesquels les avocats entendent fonder les prétentions et les défenses des parties. Les
conclusions récapitulatives sont celles qui résument. Dans les procédures dites « orales » c’est-
à-dire sans représentation obligatoire par un avocat, les conclusions ne sont pas obligatoires :
les parties peuvent présenter oralement leurs arguments.
18
En pratique, les conclusions sont appelés mémoires lorsqu’elles sont présentées en première
instance ou en appel par des personnes qui n’ont pas la qualité d’avocats. Mais dans le langage
juridique, le mémoire désigne un acte présenté par les avocats devant la cour suprême,
contenant de moyens de fait ou de droit. On parle de mémoire au pourvoi et de mémoire en
défense. Le premier vient en appoint à l’acte d’huissier qui saisit la cour suprême tandis que le
second répond aux arguments présentés par le demandeur. Il tend généralement au rejet de la
demande.
36
L’alinéa 1 de l’article précité, prescrit que les significations ne doivent se faire
que les jours ouvrables.
Toutefois, avec l’autorisation du juge, on peut déroger aux règles qui gouvernent
le moment de la signification. Le constat d’adultère peut par exemple être fait la
nuit avec l’autorisation du juge.

PARAGRAPHE 2 : A QUI ET COMMENT LA SIGNIFICATION EST-


ELLE FAITE ?
L’Article 6 de la loi n°97-514 du 04 Septembre 1997 portant statut des huissiers
de justice disposant que « lorsque l’huissier de justice titulaire de charge est requis
pour instrumenter hors de la juridiction au siège de laquelle il est nommé, la partie
requérante supporte seule les frais de déplacement, de séjour de l’huissier
requis… », consacre le principe selon lequel la compétence territoriale de
l’huissier de justice s’étend sur l’ensemble du territoire national. Il peut donc
signifier l’acte de procédure sur l’ensemble du territoire soit à personne, soit à
domicile, soit à mairie ou encore à parquet.
Au moment de la signification, l’huissier doit décrire dans une formule dénommée
« Parler à … » les conditions dans lesquelles la signification a eu lieu. Dans cette
formule, l’huissier doit indiquer à qui il a parlé et s’il ne peut garantir la qualité
de la personne avec laquelle il a échangé, il ajoute « ainsi déclaré ».
Lorsqu’il doit signifier l’exploit à une personne se trouvant sur le territoire
ivoirien dont on connaît le domicile :
-Il remet l’acte à la personne concernée
-En l’absence de la personne concernée, il remet l’acte à la personne qu’il aura
trouvé au domicile de la personne concernée en prenant soin d’indiquer les nom,
prénoms et qualité de la personne qui réceptionne l’acte.
-S’il n’y a personne au domicile du destinataire de l’acte, l’huissier de justice
remet l’acte au Maire, au Sous-préfet, au chef de quartier, au chef de village, à
parquet. Il avise dans ce cas sans délai la personne concernée par lettre
recommandée avec accusé de réception de la remise de l’acte aux personnalités
ci-dessus indiquées et qu’elle doit le retirer le plus rapidement possible.
Lorsqu’il doit signifier l’exploit à une personne se trouvant sur le territoire
ivoirien avec le domicile inconnu :
-l’huissier de justice qui ne connaît pas le domicile du destinataire de l’acte, remet
une copie de l’exploit au Parquet près le tribunal où la demande est portée. Il remet
précisément l’exploit au Procureur de la République ou à son substitut.
Après avoir visé l’original, le Procureur de la République ou son substitut le
recherchera et lui remettra l’acte s’il le trouve.

37
Lorsqu’il doit signifier l’exploit à une personne se trouvant hors du territoire
ivoirien :
-l’huissier de justice remet une copie de l’exploit au Parquet entre les mains du
Procureur de la République ou son substitut qui vise l’original et fait parvenir une
copie au Ministère des Affaires Etrangères aux fins de remise au destinataire par
voie diplomatique, sauf dérogations en matière d’entraide judiciaire.

Lorsqu’il doit signifier l’exploit à une personne morale :


-S’il s’agit de l’Etat de Côte d’Ivoire, l’huissier de justice signifie l’exploit au
Ministère de l’Economie et des Finances ou à l’agent judiciaire du Trésor.
-La signification aux établissements publics et sociétés d’économies mixtes se fait
à un chef de service en son bureau.
-Pour les communes, l’acte est remis au Maire, aux adjoints au Maire ou au
secrétaire général de la Mairie.
-Pour les sociétés de commerce, jusqu’à leur liquidation définitive, en leur siège
social et, s’il n’y en a pas, en la personne ou au domicile de leurs associés.
-Pour les unions de créanciers en la personne ou au domicile de l’un des syndics.
-Pour les personnes morales de droit privé, autres que les sociétés de commerce,
en la personne de leur représentant.

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