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NOTE TECHNIQUE N° 06 bis
LA DÉSINFECTION
ET LES DÉSINFECTANTS EN PISCICULTURE
J.P. G E R A R D *
La désinfection a pour but de détruire les agents pathogènes du p o i s s o n présents
dans le milieu extérieur (habitat, e a u , matériel de manutention et de transport).
— Elle se- j u s t i f i e par le fait que l'élevage intensif favorise l'accumulation des
agents de maladie (virus, bactéries, parasites) dans les e x p l o i t a t i o n s et q u e le transfert
d'éléments contaminés d'une pisciculture è une autre est souvent le point de départ
d'une maladie contagieuse.
— Elle c o n c e r n e donc tout spécialement ce qui sort ou rentre dans u n e exploitation.
— Elle exige q u e les matériels ou surfaces à désinfecter soient propres, donc
préalablement nettoyés.
— Elle utilise des moyens physiques ou c h i m i q u e s employés seuls ou combinés,
les moyens physiques employés seuls ayant pour avantage de ne pas laisser de résidus
éventuellement toxiques.
1. DESINFECTION PAR LES M O Y E N S PHYSIQUES
1.1. L'Assec
Son intérêt pratique en bassins extérieurs, repose sur les effets de la température
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et de l'ensoleillement. Pour une température de + 15 C, la durée minimum est de
1 mois pour les surfaces non poreuses et d e 4 m o i s pour les surfaces poreuses (terre)
Donc pour gagner du temps, l'assec est associé à des traitements chimiques
Pour les surfaces poreuses on emploie la chaux vive ( c f . 2.3.) p o u r les surfaces dures
mais anfractueuses, il f a u d r a préférer la s o u d e (cf. 2.7.).
1.2. La chaleur
1.2.1. Chaleur sèche
P o u r les s u r f a c e s n o n p o r e u s e s e t n o n i n f l a m m a b l e s , le l a n c e flamme ou le chalumeau
sont des armes absolues à condition d'opérer de sorte q u e toutes les parties à désinfecter
soient traitées.
1.2.2. Chaleur humide
La vapeur est tout indiquée pour les cuves de transport. Il faut maintenir une
température de 90 ° C pendant au moins 5 minutes pour inactiver le v i r u s d e la Nécrose
Pancréatique qui est le plus résistant des virus des poissons. Il existe des appareils
appelés « blocs de lavage à haute pression d'eau chaude » qui produisent d e la vapeu'
à 150 ° C et sont capables d e la distribuer sous une pression allant jusqu'à 70 bars.
Ils assurent donc le nettoyage et la désinfection. Leur coût est élevé, de l'ordre de
21 0 0 0 F, c ' e s t pourquoi peu de piscicultures possèdent ce matériel. Mais la plupart des
abattoirs de bétail en s o n t équipés e t les v é h i c u l e s de transport de poissons pourraient y
être désinfectés.
Institut National de la Recherche Agronomique — Laboratoire d'Ichtyopathologie -
78850 THIVERVAL-GRIGNON.
Article available at http://www.kmae-journal.org or http://dx.doi.org/10.1051/kmae:1981026
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1.3. Les rayons ultraviolets
Déjà utilisés pour la désinfection de l'eau destinée à la consommation humaine,
les rayons ultraviolets présentent l'intérêt de ne pas modifier les qualités physico-chi-
miques de celle-ci. Divers dispositifs sont disponibles dans le commerce, ou ont été
« bricolés » à la d e m a n d e . Ils font appel soit à des lampes placées au-dessus de la lame
d'eau à désinfecter, soit à des lampes installées dans l'axe du tube dans lequel s'écoule
l'eau. Cette dernière solution est plus favorable du point de vue rendement. L'intensité
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germicide nécessaire pour inactiver les agents pathogènes va de m o i n s de 50 000 ju.W/s/cm
pour les plus sensibles (Virus d'EGTVED, Aeromonas salmonicida) à plus de 350 000 pour
le virus de la Nécrose Pancréatique Infectieuse. Pratiquement avec un tube émetteur
ultraviolet Philips T G 30 d'une puissance de 30 watts placé au centre et dans l'axe d'un
tube en P.V.C. de 100 m m de diamètre extérieur, la stérilisation est complète en ce qui
concerne le virus de la Septicémie Hémorragique Virale (SHV) et les Aeromonas pour
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un débit de 10 m / h e u r e . Le débit doit être de 5 m /heure pour les Saprolegnia, de 500
l/heure pour les Ichtyophtirius et les Costia. Pour le virus de la Nécrose Pancréatique
Infectieuse avec le même tube et pour un débit de 600 l/heure l'inactivation n'est que
de 80 % . D'autre part il est nécessaire de traiter de l'eau claire, donc éventuellement
filtrée ou décantée au préalable. Pour des raisons de coûts cette technique ne peut être
envisagée que pour l'alimentation en eau de salles d'alevinage ou d'unités de recyclage.
Dans le dernier cas, un dispositif complémentaire peut être monté sur le recyclage lui-
même. Enfin on disposera rarement d'une intensité germicide suffisante pour se garantir
des agents pathogènes les plus résistants. Malgré ces limites les ultraviolets, encore peu
employés en salmoniculture, peuvent trouver leur place dans les moyens de prévention
des maladies.
2. DESINFECTION PAR LES MOYENS CHIMIQUES
2.1. L'aldéhyde formique
Un dispositif très pratique renfermant un précurseur, le trioxyméthylène, est com-
mercialisé sous le nom de A l d o r Formogène (1).
Le conditionnement comprend une boite métallique qui peut être chauffée par une
bougie. Le couvercle de la boite est débouché dans la cuve ou le local à désinfecter,
la bougie est allumée et l'aldéhyde formique que dégage la bombe désinfecte en 12
heures un volume de 20 mètres cubes.
2.2. Les ammoniums quaternaires (cf. note technique n° 12)
Les solutions d'ammoniums sont utilisées pour désinfecter les mains des opérateurs,
Iss objets métalliques, les é p u i s e t t e s et en g é n é r a l tout le matériel risquant d'être dégradé
par le chlore. Comme avec l'eau de Javel, les objets à désinfecter pourront être soit
immergés, soit lavés avec une éponge imbibée du produit.
La dose désinfectante est de 1 g/litre.
2.3. La chaux vive
La chaux vive sera surtout employée pour désinfecter les étangs et les bassins
e n t e r r e , à la d o s e d e 2 0 0 0 à 5 0 0 0 k g p a r h e c t a r e . A p r è s la v i d a n g e , la c h a u x est répandue
dans les bassins, sur le fond et les bords encore humides. On laisse agir pendant au
moins 2 jours puis on remet en eau et l'eau devient laiteuse. On mesure le pH. S'il est
inférieur à 8,5 on peut vidanger. Sinon il faut attendre qu'il redescende, ou relâcher
l'eau par fractions, ou encore la pomper et répandre.
2.4. Le chlore
Le chlore est un gaz dont la dissolution dans l'eau à la concentration de 200 mg
donne un excellent désinfectant.
L'eau de Javel ou hypochlorite de soude représente la source la plus fréquente
d'approvisionnement en chlore. La teneur en chlore de l'eau de Javel s'exprime en degrés
chlorométriques. Le titre chlorométrique est la q u a n t i t é de chlore actif en litres contenue
dans un kilogramme d'hypochloritc.
(1) Ets Dechosal. 39, rue Roger Salengro - 93140 BONDY.
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L'eau de Javel est conditionnée en b e r l i n g o t s de 250 millilitres titrant 45" chloro-
métriques ou en bonbonnes dont le degré chlorométrique est indiqué. En ajoutant à un
berlingot 750 millilitres d'eau on obtient une solution d'eau de Javel à environ 12° chlo-
rométriques, c'est cette solution qu'on appelle couramment eau de Javel.
Dans les conditions normales de température et de pression, 1 litre de Cl 2 pèse
3,17 g.
Un litre d'eau de Javel à 12 chlorométriques contient donc :
3,17 g X 12 = 38 grammes de chlore.
En utilisant l'eau de Javel à 0,5 % , c e qui correspond à 5 ml par litre ou 0,5 litre
par 100 litres d'eau (soit 1 berlingot pour 200 litres d'eau), on obtient une solution
contenant environ 200 mg de chlore titrant approximativement 0,06 degré chlorométrique.
L'eau de Javel est utilisée pour désinfecter les bacs en plastique, les bottes, les
objets non métalliques. Il e s t à n o t e r q u e le c h l o r e a c t i f c o n t e n u dans l'eau d e Javel s'éva-
pore. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire de remplacer tous les 2 jours l'eau de
Javel contenue dans las pédiluves afin de c o n s e r v e r une efficacité maximum.
Les objets à désinfecter seront immergés dans la solution antiseptique et laissés
en contact une dizaine de minutes. Si cela n'est pas possible ils pourront être lavés
à l'aide d'une éponge ou dune brosse imbibée dune solution qui sera deux ou trois fois
plus concentrée.
Neutralisation
Le chlore est très toxique pour l e s p o i s s o n s . Il e s t d o n c nécessaire de le neutraliser
pour rejeter l'eau sans danger pour la rivière ou sa propre exploitation. Nous conseillons
l'emploi de l'hyposulfite de sodium ou thiosulfate de sodium.
Le tableau 1 indique les d o s e s à e m p l o y e r avec une solution de thiosulfate à 220 g/l.
Tableau 1 : Neutralisation du chlore par une solution à 220 g/l de thiosulfate de sodium.
Volume de la Volume d'eau de Javel
solution neutralisante neutralisée
1 litre 1 litre d'eau de Javel à 12°
1 litre 200 litres d'eau javellisée à 0,06°
5 ml 1 litre d'eau javellisée à 0,06°
Cette neutralisation peut être effectuée de toute urgence si on a commis la mala-
dresse de renverser de l'eau de Javel dans une arrivée d'eau.
2.5. La cyanamide calcique
La cyanamide est employée pour désinfecter les bassins en terre. La dose est
de 2500 kg par hectare.
La c y a n a m i d e est répandue c o m m e la c h a u x v i v e dans l e s b a s s i n s v i d é s , s u r le fond
et les bords humides. On laisse agir une s e m a i n e puis on remet en eau. La cyanamide
garde son action toxique pendant trois mois. C'est pourquoi il ne faut pas rejeter l'eau
des bassins traités, là où il y a des poissons, sans avoir préalablement fait un essai de
toxicité sur quelques sujets.
2.6. L'ozone
L'ozone est un des meilleurs désinfectants pour l'eau. Mais les appareils destinés
à le p r o d u i r e s o n t o n é r e u x et c o n s o m m e n t de l'énergie (environ 25 à 3 0 w a t t s par gramme
d'ozone produit). Les agents pathogènes pour le poisson sont détruits pour une concen-
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tration de 1 mg d'ozone par litre si le c o n t a c t est d'au moins 1 minute. L'ozone est très
toxique pour les poissons. Avant utilisation de l'eau ainsi traitée, il faut que les traces
qui restent n'excèdent pas 2 ttg/l, soit 1/500 de la dose désinfectante. Sur des circuits
d'eau recyclée ce mode de désinfection peut présenter un intérêt, mais du fait de son
coût élevé il e s t difficilement utilisable dans les piscicultures de production.
2.7. L'iode (cf. note technique n° 03 bis)
C'est un bon désinfectant à la dose de 250 mg/l d'iode actif. Il est commercialise
sous la forme d iodophores. Ses indications sont les mêmes que celles des ammoniums
quaternaires. Il est neutralisable par le thiosulfate de sodium.
2.8. La soude caustique
La soude s'utilise en pulvérisation pour désinfecter les bassins en ciment, à raison
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de 1 litre pour 6 m du mélange suivant :
— Soude caustique 100 g
— Teepol 10 g
— Chaux éteinte ventilée .... 2 kg
— Eau 10 litres
D e s p r é c a u t i o n s s o n t à p r e n d r e : la m a n i p u l a t i o n d e la s o u d e n é c e s s i t e d e s vêtements
et des lunettes de protection.
La confection de la solution de soude exige que l'on verse la soude dans l'eau
et non l'inverse car il y aurait alors danger de projections.
I TABLEAU COMPARATIF DES DESINFECTANTS CHIMIQUES
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Do*e Conse.li p'Jt c,ues Agents Natu-e de 'a 3
(IOi.rn.*ï»ji} (1) °'" "
Aldehyde ALOOR rORMOGENE i Oo»e • Déboucher te couvercle, Parantes ,e>- s
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